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Chronique d'un corps ordinaire


Entre les dents

La langue, organe que l'on voit peu et que l'on connaît peu... comme la plupart de nos organes me direz vous. La langue est enfermée dans une cavité, « l'enclos des dents » comme dirait Homère. Elle est retenue par plusieurs liens, elle est liée à la gorge, cependant le bout de la langue peut faire son apparition de temps en temps.

La langue qui fourche, la langue qui bave et commet des bavures. La langue que l'on mord, les langues de vipères. Que dire de la langue ? Que dirai­je si j'étais une langue ? La langue est un peu un fœtus qui a le choix de sortir ou de rentrer. Elle est dans un milieu chaud, humide, agréable parfois, même si, au lieu d'être dans une cage dorée, elle est dans une cage dentaire.


Peut­on dire que la langue a de la chance d'avoir le goût ? Je ne sais, la langue connaît le désespoir de l'amer, le piège charmeur du sucré... Elle est attaquée par l'acidité. La langue est une passerelle, un vigile, comme dans une boîte de nuit. Certains aliments, elle les adore et les laisse entrer, elle ne peut en tolérer d'autres, et si cela rentre de force, elle aide le corps à les vomir quand il y en a trop, ou que l'ambiance dans l'estomac est trop explosive. La langue est sur la défensive. La langue parfois ne sait s'exprimer, sous le coup de la colère, les mots restent coincés au fond de la langue, restent liés. La langue a un rapport amour/haine avec les mots. Les mots qu'elle aide à créer, améliore , ou dégrade. Parfois les mots l'utilisent contre sa volonté elle ne peut empêcher l'évasion de certains mots qui sont émotifs, violents, indélicats, inappropriés. La langue regrette d'avoir laissé échapper ces mots.


La langue en a plein la bouche, elle roule, elle tangue, glisse les aliments entre les dents. C'est une assistante dentaire. Une ouvrière nourricière, elle place la nourriture qui veut s'échapper entre les dents. La langue entre deux mots laisse échapper sa salive. Même si c'est un muscle de chair et de sang, la langue peut être de bois. Elle est souvent dure pour ceux qui l'ont crue. La langue siffle et se tord entre deux mensonges, elle persifle et se répand dans des rumeurs. La langue est sensuelle, elle aime séduire, elle aime faire des rencontres humides. Parfois une autre langue lui rend visite dans sa cage d'ivoire, pas trop longtemps, car il faut dégager la gorge pour que le corps respire.


Double A

Son buste c'est dédoublé, il est presque deux. Cette rupture est douloureuse. Il cherche des yeux quelqu'un pour lui porter secours. Il observe les environs. Personne. Tout est silencieux. Ses pieds enflent et se compressent contre le fer de ses bottes de sécurité. Il les enlève comme il peut. Il souffre Il veut crier, un son singulier sort de ses lèvres qui se déforme et se dédouble doucement. Deux membres sortent lentement du deuxième dos. Les têtes sont encore liées ensemble. Il pousse le deuxième buste pour tenter de finir cette violente division. Il souffre de plus belle. Enfin c'est terminer. Ils se fixent ils ont peur, ils reculent et se lorgnent du coin de l’œil. Ils tentent de communiquer ensemble. Leurs mots sont singuliers. Leur mots ont perdu une lettre. Contre ce dédoublement il fût obligé de donner son A.


Le Soleil et la Lune

Ce qu'elle aime le plus au monde : sa magnifique poitrine, ses seins doux et fermes qui remplissent le creux de ses mains. Quand personne ne la regarde, elle aime les caresser, les effleurer. Bien que la polygamie soit interdite, et elle le sait, c'était les deux compagnons de sa vie. Elle n'aime pas que les hommes les touchent, ils ne savent pas prendre soin d'eux. Ils les pinçent trop fort ou les malaxent comme si c'était une vulgaire pâte à pain. Est­ ce qu'elle a une tête de brioche ?


Des enfants ? Hors de question que ses deux roberts servent de vulgaires mamelles. Elle n'est pas un biberon. Elle ne souhaite pas voir ses mamelons se creuser sous la succion de la bouche baveuse d'un nourrisson. Elle ne veut pas les voir enfler, se tordre, se distordre, se percer et se répandre en un liquide blanchâtre. Même si sa peau a une belle couleur laiteuse elle ne veut pas se transformer en génisse.


Elle aime la taille de sa poitrine, elle n'a pas besoin, au contraire d'autres femmes, de les faire gonfler à l'aide d'artifices. Même si elle n'aime pas les autres parties de son corps, elle ne voit pas l’intérêt de les transformer. Adobe photoshop et sa fameuse touche annuler ( ctrl z pour les initiés) font partie du monde informatique. Hors de question de retoucher son corps si la touche ctrl z reste coincé dans un monde binaire.


Un jour, telle Sophie Marceau, une partie de son haut a glissé, laissant apparaître une partie de ses deux précieux trésors. Un passeur désobligeant hurla vulgairement « Waaa j'ai vu le soleil et la lune ! » Elle rougit en se rhabillant maladroitement et fut vexée de cette remarque. Mais la comparaison était majestueuse, astrale. Lové précieusement dans deux arcs de tissu, son buste fait fièrement un pied de nez à la chanson de Charles Trénet. Le soleil a un rendez vousavec la lune, la lune est là...


Pris la main dans le scan



Chronique d'un corps ordinaire