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© Inra - Christian Slagmulder

RENÉ

ARCHORALES n° 17 > AGRONOMES DU CIRAD

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TOURTE

A

u sortir de la Seconde Guerre mondiale, le choix de l’agronomie tropicale semble s’imposer à lui, la France d’outre-mer l’attire, l’Afrique en particulier. René Tourte se forme à l’École supérieure d’application d’agriculture tropicale de Nogent. Il engage véritablement sa carrière au Centre de recherche agronomique de Bambey au Sénégal où il innove en prenant au sérieux la question de la vulgarisation. Jusqu’à la création du département Systèmes agraires au tout nouveau Cirad, il vit une aventure très riche qui lui permet en fin de carrière de publier la précieuse et volumineuse Histoire de la recherche agricole en Afrique tropicale francophone.

Pourriez-vous nous expliquer le contexte dans lequel vous avez pu faire des études et ensuite être amené à prendre la voie qui vous a conduit à obtenir en 1946 votre premier poste d’ingénieur adjoint stagiaire des services scientifiques et techniques de l’agriculture de la France d’outre-mer, à la section technique d’agriculture tropicale (Stat) à Nogent-Vincennes ? Je suis né le 1er juillet 1924 dans la Creuse - magnifique pays -, dans la commune de Bourganeuf. J’ai des racines paysannes profondes. Mes grands-parents paternels et maternels, et sans doute mes ancêtres depuis plusieurs siècles, étaient des petits paysans. On trouvait encore à ma naissance beaucoup de petites exploitations dans la Creuse. Mes parents n’ont cependant pas suivi la tradition. Mon père, après avoir fait la guerre de 1914-1918 entièrement, a eu la possibilité d’entrer dans la police à Paris. Cela m’a peut-être donné un certain goût de l’autorité, de la rigueur et de l’honnêteté. Tout en poursuivant mes études primaires, secondaires et supérieures à Paris, je revenais très régulièrement en vacances dans la Creuse. En fait, ma formation a d’abord été agroécologique, ma formation agronomique est venue après, à l’Institut national agronomique de Paris.

J’ai effectivement acquis cette formation agroécologique, d’abord avec mes grands-parents, mais aussi avec mes grands-oncles et oncles, mes cousins dont j’ai partagé, durant quinze années les travaux de la ferme lors de toutes mes vacances. Pour les habitants du village, j’étais un peu un enfant du pays. J’étais « René des Bruges » (« Les Bruges » était le nom de la ferme de mes grands-parents maternels). À l’époque, le monde agricole abordait les questions de culture et d’élevage mais quelle était la conscience écologique du moment ? J’ai appris depuis peu ce qu’était l’agroécologie officielle et je me suis rendu compte que mon grand-père maternel était un très grand agroécologiste. Tout ce que l’on peut dire sur les problèmes d’auto-fertilisation, de rotations, de successions, d’apports et de transferts de fertilité, était déjà largement connu et pratiqué par mon grand-père. Je pense avoir été agroécologiste avant d’être agronome. Habituellement le parcours est inverse, mais dans mon cas il en a été ainsi. Les exploitations familiales de la Creuse d’alors, donc des années 1935 jusqu’à 1950 et même 1960 pour certaines, étaient des fermes de petites dimensions, basées sur l’équilibre agriculture/élevage, à traction animale. Les

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