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N° 1028 3 novembre 2015

BETTERAVES

AGRICULTURE – INNOVATION 2025

De bonnes conditions Page 12 d’arrachage

Le cap sur les nouvelles technologies

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BIOMASSE

Le miscanthus, une énergie de proximité Page 11

MARCHÉS

Le sucre brut reprend Page 27 des couleurs

Le tracteur guide deux robots suiveurs en convoi.

ITB

• Méthodologie d’évaluation de l’innovation variétale • Une pression faible des maladies foliaires en 2015 En pages centrales

FISCALITÉ

Un double coup de pouce au SP95-E10

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SOMMAIRE du n° 1028 du 3 novembre 2015 8

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Afrique du Nord et Moyen-Orient Vers une dépendance alimentaire accrue

LA TRIBUNE

Arrachage des betteraves L’intégrale détrône l’automotrice

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L’ÉVÉNEMENT

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TECHNOLOGIES

5 - Rapport Agriculture – Innovation 2025 : Le cap sur les nouvelles technologies

20 - Médailles Agritechnica 2015 : Claas récompensé pour ses matériels de récolte - Fendt primé pour ses innovations sur ses tracteurs 22 - Matériels pomme de terre Dewulf : Une 6 ACTUALITÉ seconde génération de Kwatro 6 - Fiscalité : Un double coup de pouce - Matériels betteraviers : Le R-Soil Protect au SP95-E10 de Ropa primé par Agritechnica 8 - Afrique du Nord et Moyen-Orient : Vers une - Grimme lance un semoir à betteraves dépendance alimentaire accrue - L’arracheuse Maxtron de Grimme passe de 9 - Nourrir la planète : L’agriculture saura 490 à 530 ch répondre, selon Louise O. Fresco 10 - Environnement : Le plan Ecophyto 2 25 MARCHÉS confirme les - 50 % 11 - Biomasse : Le miscanthus, une énergie de 25 - Céréales : Un regain d’optimisme proximité 26 - Bourse : On marche sur les nuages 27 - Sucre : Le sucre brut prend des couleurs - Oléagineux : Le colza sous la pression du soja 12 TOUR DE PLAINE 12 - Les betteraves au 25 octobre : De bonnes conditions d’arrachage 15 - Arrachage des betteraves : L’intégrale détrône l’automotrice 16 - Cultures céréalières : Climato-dépendantes ou climato-actives ? 19 - Désherbage des protéagineux : Caler le bon programme I à IV

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LA TECHNIQUE BETTERAVIÈRE

I - Méthodologie d’évaluation de l’innovation variétale III - Une pression faible des maladies foliaires en 2015

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STRATÉGIE DE L’EXPLOITATION

28 - Sophie et Jean-François Gauduin dans le Pas-de-Calais : L’argent du beurre 30

FLASH INDUSTRIES

30 - Cristal Union : La sucrerie de Corbeilles passe au gaz 32 - Pulpe et luzerne déshydratées : Désialis accélère sa diversification à l’export 35

de Éric Lainé président de la CGB

Ambitions

E

nfin, les pouvoirs publics reconnaissent qu’il est indispensable d’accélérer la recherche et l’innovation pour que l’agriculture française retrouve ses ambitions (p. 5). Dans

de nombreux secteurs agricoles, la France perd son leadership. Dans l’élevage, nous en faisons amèrement le constat depuis des mois, mais c’est aussi le cas des semences, faute de ne pouvoir utiliser toutes les biotechnologies les plus en pointe. Ce secteur est pourtant l’un des fleurons de l’Hexagone, avec une première place mondiale à l’export.

Investir dans les technologies et les biotechnologies, c’est à ce prix que l’on pourra préserver une agriculture compétitive tout en étant respectueux de l’environnement et vigilant sur le bilan carbone. Les agriculteurs français, notamment les planteurs, sont prêts à faire évoluer leurs pratiques agricoles et leurs

¼

AUGMENTONS LA PRODUCTION CAR NOUS SOMMES ATTENDUS SUR LES MARCHÉS

itinéraires techniques, à condition de ne pas leur mettre des semelles de plomb en termes de contraintes. Ce n’est malheureusement pas l’orientation qu’a pris

CHASSE

35 - Offensive contre les chasses traditionnelles

Ce numéro contient un encart collé BASF de 4 pages en page 7.

le gouvernement dans son nouveau plan Ecophyto 2, qui reste sur des objectifs de baisse en volume à l’horizon 2025 (p. 10). La préservation de la qualité de l’eau ne doit pas passer uniquement par la réduction des usages des produits phytosanitaires, mais passe

Prochaine parution n° 1029 du 24 novembre 2015

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aussi par une meilleure couverture des sols. C’est l’une des vertus des cultures à biomasse, comme le miscanthus (p. 11). Innover, utiliser les nouvelles technologies et mieux valoriser les données numériques doivent nous permettre d’augmenter la production en France car nous sommes attendus sur les marchés, notamment par la région Afrique du Nord - Moyen-Orient (p. 8). En effet, les résultats de l’étude Pluriagri sur l’augmentation de la dépendance alimentaire de cette zone à l’horizon 2050 se révèlent particulièrement inquiétants. Exporter vers ces pays nous offrira demain des débouchés supplémentaires pour nos productions, ce qui contribuera à leur sécurité alimentaire ainsi qu’à leur stabilité politique et sociale.


L'ÉVÉNEMENT

Le Betteravier français n° 1028

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RAPPORT AGRICULTURE – INNOVATION 2025

Le cap sur les NOUVELLES TECHNOLOGIES

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UN SOUTIEN MASSIF AUX BIOTECHNOLOGIES

rapporteurs ont travaillé pour répondre à la mission qui leur était confiée : proposer les bases d’un plan « AgricultureInnovation 2025 » que Stéphane Le Foll, Axelle Lemaire, secrétaire d’Etat au numérique, et Thierry Mandon, secrétaire d’Etat à l’enseignement supérieur, ont présenté le 22 octobre. Les 4 rapporteurs, François Houllier, pdg de l’Inra, Jean-Marc Bournigal, président de l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (Irstea), Philippe Lecouvey, directeur général de l’ACTA (tête de réseau des instituts techniques) et Pierre Pringuet, président de l’association française des entreprises privées et du conseil d’administration d’AgroParisTech, en sont convaincus : l’innovation est indispensable pour rester performant en termes de production, mais aussi au niveau économique, environnemental, social et sanitaire. « Nous avons formulé nos propositions en 30 projets qui s’articulent autour de 3 axes : le transfert de connaissances pour faire de l’agriculture un contributeur à la lutte contre le dérèglement climatique grâce à la bioéconomie et l’agro-écologie ; l’investissement et la mise en œuvre de toutes les technologies ; et la mise en place de plateformes pour fédérer tous les acteurs et faire partager l’innovation », explique François Houllier.

Contribuer à la souveraineté énergétique Les pistes de travail sont vastes. Concernant la bioéconomie, le rapport souligne la nécessité de contribuer à la souveraineté énergétique et diversifier les bouquets de solutions en exploitant la ressource nationale en biomasse. « J’ai toujours considéré que les biocarburants faisaient partie de la solution, à condition qu’ils n’empiètent pas trop sur l’alimentation », a martelé

Stéphane Le Foll lors d’un débat organisé par l’Association française des journalistes agricoles (AFJA) le 25 octobre. Les rapporteurs croient en la possibilité de réindustrialiser la France par la création de nouveaux produits et filières dérivés de l’exploitation et du recyclage de biomasse (produits biosourcés, biocarburants, molécules pour la cosmétologie, pharmacie, chimie fine…). Il faut pour cela soutenir la recherche sur les procédés et les biotechnologies « blanches » basées sur les enzymes et les micro-organismes.

Renforcer les plateformes de génotypage et phénotypage à haut débit Le rapport fait la part belle à la génétique et aux biotechnologies. « Alors même que de nouvelles biotechnologies, plus précises et plus puissantes, émergent rapidement et suscitent des interrogations dans la société, la France, autrefois leader dans ce domaine, a vu sa position s’éroder », constatent les rapporteurs, même si la France reste le premier exportateur mondial de semences et plants. L’objectif est de « changer d’échelle » afin de conduire des programmes de sélection sur un plus grand

© Carre

L

e constat est imparable : la France est en perte progressive de compétitivité de sa filière agricole et agroalimentaire. Malgré la conjoncture difficile et les crises, il y a urgence à prendre de la hauteur pour recréer les conditions d’une compétitivité durable à l’horizon 2025. C’est dans ce cadre que les quatre

© Irstea

Pour restaurer la compétitivité de l’agriculture, la France doit donner une impulsion au numérique, à la robotique, à la génétique, aux biotechnologies et à la bioéconomie. C’est ce que préconise un rapport remis au gouvernement le 22 octobre.

Véhicule du type “mule” chargé de transporter du matériel en suivant automatiquement, sans intervention humaine, une personne. Il est équipé d’un télémètre laser à balayage.

nombre d’espèces, mais aussi de renforcer les plateformes de génotypage et phénotypage à haut débit pour travailler sur un plus grand nombre de caractères d’intérêt. La France est déjà engagée dans de tels programmes autour de la betterave (Aker), du blé (Breedwheat), du maïs (Amazing), du pois (Peamust), du colza (Rapsodyn),

Robot agricole qui assiste l’agriculteur dans son quotidien en réalisant en autonomie l’entretien des cultures par binage et aide à la décision dans le suivi des cultures par acquisition et traitement d’indicateurs.

du tournesol (Sunrise) et de la biomasse (BFF). « Au-delà du débat sur les OGM de première génération, la génétique offre de formidables perspectives pour résister à la sécheresse, aux maladies, et pour améliorer la qualité nutritive des produits agricoles », a souligné le ministre de l’Agriculture. « Ce rapport engage de multiples

JEAN-MARC BOURNIGAL, PRÉSIDENT DE L’IRSTEA

« Un portail de données gouverné par le monde agricole » Le président de l’institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (Irstea) explique le formidable accélérateur que pourrait constituer un portail de données agricoles en France, à condition que le monde agricole garde la main.

images satellitaires. Toutes ces données sont stockées soit chez les agriculteurs, soit sur des serveurs périphériques proposés par différents acteurs tels que les coopératives ou les constructeurs, notamment John Deere, AgCo et Claas. Ces derniers font des offres de service de stockage des données, mais ne les utilisent pas.

Le Betteravier français : Vous préconisez de créer un portail de données numériques agricoles français. Qui détient ces données ? Jean-Marc Bournigal : Beaucoup de données sont publiques, comme la cartographie et le parcellaire graphique issus des déclarations PAC, les données météo, l’identification des animaux, les données pédoclimatiques… D’autres sont privées et détenues par les coopératives, les chambres d’agriculture, les instituts techniques et, bien sûr, les agriculteurs eux-mêmes qui utilisent des capteurs au sol et embarqués, et qui utilisent des

Le B. F. : Quel accueil avez-vous reçu à cette proposition ? J.-M. B. : L’accueil est très bon mais il faut définir de façon précise le rôle du portail et ses fonctionnalités pour qu’il s’agisse seulement d’un portail de données et qu’ensuite chaque opérateur retrouve sa marge de liberté dans le traitement. Il y aura des licences gratuites et d’autres payantes. Nous avons présenté ce projet au Conseil de l’Agriculture française (CAF) qui regroupe le syndicalisme agricole majoritaire mais aussi les organisations agricoles. Les responsables agricoles se disent qu’il vaut mieux maîtriser ces données plutôt

que voir les agrochimistes ou les constructeurs s’en emparer, et perdre de la souveraineté et du pouvoir de décision. Les coopératives, elles, se montrent aussi ouvertes, tout comme InVivo et la société SMAG (ex Maferme-Neotic), les deux structures qui ont le plus investi à la fois dans la collecte de données et dans le traitement de celles-ci. Le B. F. : Qui sera à la tête de ce portail ? J.-M. B. : Le portail ne pourra fonctionner que s’il est gouverné par le monde agricole car il faut préserver une déontologie. Le portail pourrait aussi offrir un cloud agricole dédié aux agriculteurs pour y stocker leurs propres données. Il faudra aussi que l’Etat se mobilise au départ pour trouver son modèle économique. Et on verra sans doute très rapidement émerger des startups qui inventeront des OAD. Les jeunes générations d’agriculteurs sont très demandeuses. Propos recueillis par Nicole Ouvrard SUITE EN PAGE 6

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ACTUALITÉ

L'ÉVÉNEMENT

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FISCALITÉ

SUITE DE LA PAGE 5

Le cap sur les NOUVELLES TECHNOLOGIES (suite)

© S.labbe

regroupées de façon cohérente, permettre de développer des services pour accélérer l’agriculture de précision. L’idée est donc de créer un portail français de données agricoles pour mettre en commun et valoriser l’ensemble des données à disposition et à venir : données expérimentales, données issues des capteurs, collecte de traçabilité... « Cette massification des données permettra d’identifier des pratiques agronomiques, des effets environnementaux et économiques non décelables à une échelle plus rapprochée. Il y a matière à progrès », considère Hervé Escriou. Une caméra thermique sur drone permet d’évaluer le stress hydrique dans une parcelle agricole.

voies d’innovation dans lesquelles la filière betterave se retrouve : la génétique avec Aker, la robotique et les agroéquipements pouvant faire émerger des idées sur le désherbage mécanique ou la récolte, souligne Hervé Escriou, directeur scientifique de l’ITB. Même si la betterave profite favorablement du changement climatique, il est nécessaire d’anticiper les évolutions futures. La formation et la mise au point d’OAD sont les moyens privilégiés pour des transferts des connaissances et d’expériences nouvelles, mais ce sont également des moyens de recevoir les idées et innovations des agriculteurs, c’est une action très importante de l’ITB qui se trouve encouragée par ce rapport. » Le plus innovant dans la liste des propositions concerne le numérique. Dans le secteur agricole, un grand nombre d’organismes et les agriculteurs eux-mêmes détiennent une masse de données technico-économiques. Si ces données, isolées, ont peu de valeur, elles pourraient, une fois

Lancer 5 robots d’ici 2025 La robotique en agriculture peut, elle aussi, apporter des solutions techniques que l’on n’imagine même pas encore aujourd’hui, « car il s’agit d’un marché émergent sur lequel il n’existe pas encore de leader mondial », souligne Jean-Marc Bournigal, qui précise que la France est parmi les 3 pays leaders dans la robotique, avec le Japon et les Etats-Unis. Là encore il s’agit de mobiliser des moyens pour accélérer la recherche et le développement en robotique agricole afin d’améliorer la précision des travaux, mais aussi d’améliorer le confort et la sécurité des agriculteurs. Le rapport préconise d’intégrer la robotique agricole au sein des solutions de la « Nouvelle France industrielle », le plan gouvernemental lancé en septembre 2013 visant à relancer l’industrie française. L’objectif est de produire et commercialiser, à l’horizon 2025, cinq types de robots agricoles français intervenant soit en appui des agriculteurs (robot porteur), en essaim ou convoi (robots de récolte, de pulvérisation…), ou enfin de façon autonome (désherbage, récolte…). NICOLE OUVRARD

Créer des « living labs » ou « laboratoires du vivant » Comment faire partager l’information sur les itinéraires techniques innovants, les nouvelles technologies, les résultats des réseaux d’expérimentations sur les systèmes de production, les expériences de terrains sur l’agro-écologie  ? Le rapport préconise de créer des « living labs  » territoriaux. Mais de quoi s’agit-il ? Un living lab regroupe des acteurs publics, privés, entreprises, associations, dans l’objectif de tester «  grandeur nature  » des services, des outils ou des usages nouveaux, en permettant d’imbriquer

Le Betteravier français n° 1028

l’expérience de gens de terrain avec la recherche scientifique, avec un enrichissement réciproque. « La démarche Syppre mise en œuvre par les instituts techniques de grandes cultures (Arvalis, ITB, Terres Inovia), visant à mettre au point des systèmes de production performants et respecteux de l’environnement, est un moyen d’intégrer et de valoriser les expériences des agriculteurs dans les innovations et pourrait être l’embryon d’une démarche living lab », souligne Hervé Escriou de l’ITB. 

Un double coup de pouce au SP95-E10

L

’hégémonie du tout diesel en France se craquelle. Le gouvernement a annoncé, le 14 octobre, que la taxation du diesel augmentera de 1 centime par litre en 2016 puis en 2017, alors que celle de l’essence diminuera du même montant, de façon à rapprocher les prix des deux types de carburants d’ici à cinq ans. L’affaire des moteurs diesel truqués de Volkswagen, l’approche des régionales et de la conférence sur le climat à Paris y sont pour quelque chose dans cette décision qui était envisagée depuis quelque temps. Quels pourraient être les effets sur les ventes d’essence SP95-E10 ? Pour répondre à cette question, il faut analyser l’ensemble des décisions politiques en matière de fiscalité des carburants pour 2016 et 2017. Tout d’abord, il avait déjà été décidé précédemment de rehausser la fiscalité de tous les carburants en 2015 puis en 2016 du fait d’une augmentation de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) par la mise en œuvre d’une Contribution climat énergie (CCE). Ainsi, il était prévu que les taxes sur le gazole s’élèveraient en 2016 à 48,81 ct/l et celles sur l’essence (y compris le SP95-E10) à 64,12 ct/l (voir tableau). A cette mesure se sont ajoutées cet automne deux décisions gouvernementales. D’une part, le 3 septembre, dans le cadre du plan de soutien à l’élevage et à l’agriculture, Manuel Valls a annoncé que la TICPE sera réduite d’1 ct/l pour le SP95-E10, ce qui sera compensé par une augmentation d’1 ct/l pour les essences SP95 et SP98 afin de favoriser le développement du SP95-E10 et donc du bioéthanol. D’autre part, le gouvernement a donc annoncé, en première lecture du projet de

loi de finances 2016, sa volonté de réduire l’écart de prix entre le diesel et l’essence (y compris le SP95-E10) en agissant sur la fiscalité. Les deux mesures cumulées engendrent un double coup de pouce au SP95-E10. En effet, en 2015, l’écart de fiscalité entre l’essence (y compris l’E10) et le diesel était de 15,56 ct/l. Cet écart va passer en 2016 à 14,31 ct/l entre l’essence et le diesel, et il va même être réduit à 12,31 ct/l entre le SP95-E10 et le diesel.

Seuil psychologique de 5 ct/l d’écart de prix à la pompe Mais ce qui compte pour le consommateur c’est le prix à la pompe. « Alors que l’écart de prix entre le SP95-E10 et le gazole dans un même réseau de distribution est compris actuellement entre 2 et 3 ct/l, il va se situer en 2016 entre 4 et 5 ct/l, explique Nicolas Rialland, responsable éthanol et bioénergies de la CGB. Or, on sait qu’un écart de prix de 5 ct/l entre deux carburants correspond à un seuil psychologique pour un changement de comportement des consommateurs. Ce sera aussi un signal positif envoyé aux distributeurs pour installer davantage de pompes SP95-E10, dont le nombre évolue plus lentement ces dernières années. » D’autres mesures à venir devraient être annoncées dans le projet de loi de finances rectificatif 2016, notamment la possibilité pour les entreprises de déduire 80 % de la TVA payée sur les achats d’essence pour leur flotte de véhicules essence, alors qu’actuellement cet avantage fiscal ne s’applique que pour le diesel. Selon l’Observatoire des véhicules d’entreprise (OVE), le choix d’un parc à l’essence intéresse des entreprises car certains véhicules roulent moins de NICOLE OUVRARD 18 000 km.

Baisse des taxes sur le pool essence et hausse sur le diesel 2015

2016

Ce qui était prévu avant les nouvelles mesures

En centimes par litre

Mesure de soutien à l’E10

2017

Rééquilibrage diesel/essence d’1 ct/l

Nouveau rééquilibrage d’1 ct/l

49,81 (+ 1)

50,81 (+ 1)

Diesel

46,82

48,81

Essence SP95 et SP98

62,41

64,12

65,12 (+ 1)

64,12 (- 1)

63,12 (- 1)

Essence SP95-E10

62,41

64,12

63,12 (- 1)

62,12 (- 1)

61,12 (- 1)

Ecart entre SP95 ou SP98 et diesel

15,59

14,31

12,31

Ecart entre SP95-E10 et diesel

15,59

12,31

10,31


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ACTUALITÉ

Le Betteravier français n° 1028

AFRIQUE DU NORD ET MOYEN-ORIENT

Vers une dépendance alimentaire accrue La zone formée par l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient est l’une des régions du monde les plus dépendantes des importations alimentaires. Cette situation va s’aggraver d’ici 2050, d’autant qu’elle sera aussi l’une des plus affectées par les changements climatiques.

L

a région Afrique du Nord expliqué Gamel Zaza, ancien vice-ministre de l’AgriTaux de dépendance aux importations agricoles et Moyen-Orient fait culture d’Egypte. aujourd’hui l’objet de toutes « Le constat de dépendance que l’on observe semble les attentions du fait des être une fatalité. Mais ce n’est pas le cas : c’est le fruit tensions politiques, religieuses et d’accumulation de politiques choisies depuis des Maghreb Turquie Proche-Orient militaires qui la traverse. Mais un décennies », insiste Chantal Le Mouël, chercheuse à • 91 Mhab en 2012 ; • 74 Mhab en 2012 ; • 45 Mhab en 2012 ; autre élément mérite que l’on s’y l’Inra. L’équipe de l’Inra a analysé les conséquences • Dép. alim. : 51 % ; • Dép. alim. : 11 % ; • Dép. alim. : 51 % ; attarde, ce sont ses besoins alimend’un scénario dit « tendanciel », c’est-à-dire en pourEn 2050 : 54 % ; En 2050 : 10 % ; • En 2050 : 63 % ; Avec ch. clim : 69 %. Avec ch. clim : 10 %. taires colossaux. « L’ensemble de suivant toutes les tendances observées depuis 50 ans. • Avec ch. clim : 67 %. cette zone est aujourd’hui dépenUn doublement des importations d’ici 2050 dante des importations à 39 %. Par rapport à 2008, qui est l’année de référence, les Elle verrait sa dépendance passer à besoins en terre à l’horizon 2050 devraient augmenter 50 % dans un contexte climatique de 71 % pour répondre aux besoins alimentaires liés stable, et même 55 % si l’on intègre à la hausse de la population (+ 50 %) et à l’évolution un scénario de changements climades régimes alimentaires qui se rapprocheraient du tiques », souligne Jean-Christophe niveau actuel des pays européens. Malgré une pourDebar, directeur de Pluriagri, résuMoyen-Orient Egypte suite de la hausse des rendements, les terres cultivables mant les résultats d’une étude Inra• 180 Mhab en 2012 ; • 80 Mhab en 2012 ; vont manquer. « Le Moyen-Orient, le Proche-Orient Pluriagri présentée le 28 octobre, • Dép. alim. : 50 % ; • Dép. alim. : 36 % ; - Dép. alim. = dépendance alimentaire En 2050 : 62 % ; En 2050 : 53 % ; et l’Egypte vont manquer de surfaces agricoles, d’où basée sur des simulations de trajec(part des kilocalories consommées Avec ch. clim : 64 %. Avec ch. clim : 53 %. issues d’importations) des importations agricoles multipliées respectivement toires possibles du système agricole - ch. clim = changements climatiques par 2 et même par 2,7 pour l’Egypte, poursuit-elle. En et agroalimentaire de la région à Source : Inra - Pluriagri revanche, le Maghreb et la Turquie verraient leur prol’horizon 2050. La région Afrique du Nord et duction agricole s’accroître plus vite que la demande, Moyen-Orient a vu sa population leur permettant de réduire leur dépendance, voire être multipliée par 3,5 en 5 décenpour la Turquie de devenir exportatrice. » une multiplication par 6 en 50 ans des besoins en produits nies, passant ainsi de 139 millions d’habitants (Mhab) en agricoles de la région. Mais qu’adviendra-t-il si le pire scénario envisagé par le Giec 1961 à 496 Mhab aujourd’hui. Cette croissance démogra- Bien que la production végétale de cette grande zone ait (+ 2 °C en 2050 et + 5 °C en 2100) avait lieu ? « Nous avons phique s’accompagne d’une très forte urbanisation avec été multipliée par 4 sur cette période, cela n’a pas permis choisi ce scénario critique car les spécialistes s’accordent à un taux d’urbanisation de 65 %. L’augmentation de la de suivre la croissance de la démographie et des besoins dire que la région Afrique du Nord et Moyen-Orient va population se traduit par un besoin croissant en produits alimentaires. Car la grande majorité des terres sont de faible être l’une des plus affectées du globe », justifie Chantal alimentaires et agricoles de plus en plus importés, amplifié qualité, avec des précipitations faibles et sporadiques. « Bien Le Mouël. Les rendements seraient alors affectés ainsi que par l’évolution des régimes alimentaires et des types de pro- que la population active agricole augmente, elle s’accom- les productions animales. Dans un contexte de changements duits consommés. climatiques, le Maghreb pagne d’un morcellement des fermes DE 40 %, LA DÉPENDANCE serait lourdement pénalisé. familiales à chaque génération, la Une demande alimentaire multipliée par 6 en 50 ans moyenne étant autour de 1,5 ha, pourdépendance aux importaALIMENTAIRE PASSERAIT Sa « La région se classe parmi les plus dépendantes du marché suit la chercheuse. Les grands domaines tions passerait de 54 à 68 % international pour leur approvisionnement agricole et ali- dévolus à l’agriculture d’exportation À 50 % À L’HORIZON 2050, d’ici 2050. Au contraire, la mentaire, explique Pauline Marty, de l’Inra. Au Maghreb, sont ceux qui bénéficient des soutiens ET MÊME À 55 % DU FAIT DU Turquie renforcerait un peu au Proche-Orient et au Moyen-Orient, c’est une calorie pour améliorer l’efficience des intrants. » sa position d’exportateur net sur deux qui est importée, tandis que l’Egypte affiche une « Les mondes ruraux ont été mis de CHANGEMENT CLIMATIQUE des produits agricoles de la dépendance alimentaire oscillant entre 30 et 40 %. La côté par rapport à la mondialisation. région. A condition de mainTurquie fait figure d’exception, avec 10 %. » A la dépen- Ils n’ont même pas accès aux marchés de proximité, pas tenir son accès à l’eau, l’Egypte, quant à elle, maintiendrait dance alimentaire de la région, s’ajoute une vulnérabilité plus qu’au marché lié au tourisme local », constate Sébastien sa position. budgétaire, surtout pour les pays ne disposant pas de rente Abis, du Ciheam. Cette étude a permis de mesurer les effets de la lutte contre pétrolière ou gazière. les changements climatiques dans cette région du monde Pourtant, les apports caloriques quotidiens ont fortement La Turquie fait figure d’exception « qui est essentielle pour nous, pour des raisons de proxiaugmenté, atteignant entre 3 200 et 3 700 Kcal/per/jour Parmi les productions végétales, le blé reste encore très mité géographique et commerciale », souligne Eric Lainé, selon les zones. « Mais l’évolution du régime alimentaire cultivé, les plantes sucrières et les fruits et légumes ont aug- président de la CGB. « Mais, il ne faut pas oublier que l’acmoyen diffère du modèle occidental, souligne Pauline menté alors que les oléagineux ont reculé du fait de leur centuation de la dépendance alimentaire dans cette zone Marty. La part des céréales dans la ration alimentaire reste grande disponibilité sur les marchés mondiaux. Au niveau est avant tout liée au niveau de stabilité politique et de élevée (55 %), la consommation en huiles végétales non tra- agricole, deux pays se distinguent : la Turquie produit la sécurité territoriale, et non au niveau de rendements et à ditionnelles et en produits sucriers augmente; en revanche, moitié des calories végétales de la région, assure son auto- la technique », tempère Sébastien Abis. on observe une très faible part des produits animaux, qui suffisance et exporte même une partie de sa production ; NICOLE OUVRARD plafonne à 10 % de la ration et qui n’a pas évolué depuis les et l’Egypte a des rendements équivalents à ceux en Europe années 60. » La viande de volailles et les œufs sont de plus grâce à l’irrigation de l’ensemble des terres cultivées. « Nous en plus consommés, au détriment des petits ruminants, d’où avons un gros problème de gestion de l’eau et nous devons Pluriagri est une association formée par les acteurs des grandes cultures le développement d’élevages intensifs importateurs en maïs moderniser nos installations pour maximiser son efficience, (CGB, Avril, Unigrains) et par Crédit Agricole S.A. visant à mener des et tourteaux de soja. Toutes ces évolutions ont conduit à face à la demande des autres pays traversés par le Nil », a études prospectives sur les marchés et les politiques agricoles.

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ACTUALITÉ

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NOURRIR LA PLANÈTE

© Ambassade des Pays-Bas

L’agriculture saura répondre, selon Louise O. Fresco

D

ans le jardin d’Eden, si une Eve contemporaine cherchait à séduire son Adam, elle n’aurait plus recours à une pomme, qui s’est refait une réputation – une pomme par jour éloigne le médecin pour toujours, dit le dicton – Non, elle se procurerait… un hamburger. C’est la théorie de Louise O. Fresco, présidente de l’Université de Wageningen, aux Pays-Bas, grande spécialiste de l’alimentation, mondialement reconnue et ancienne directrice du département Agriculture de la FAO. Elle vient de publier un livre intitulé « Hamburgers au paradis ». Il s’agit là d’une œuvre majeure qui relate l’histoire de l’agriculture et de l’alimentation depuis l’existence de l’humanité jusqu’à nos jours, mais aussi de leur coévolution, l’auteur ayant une formidable capacité à vulgariser les informations scientifiques. « Le hamburger est la métaphore suprême de la tentation moderne du péché de nourriture, écrit-elle. Ce n’est pas un banal aliment, mais un super aliment, dont le pouvoir d’attraction est énorme ». C’est le symbole même de la mondialisation des comportements alimentaires, c’est

pourquoi Louise O. Fresco parle de « hamburgerisation du monde » qui accompagne l’urbanisation à grande vitesse à l’échelle de la planète. La scientifique souligne oh ! combien les Urbains devraient remercier les agriculteurs de servir l’intérêt commun en les nourrissant. Car n’oublions pas que l’Homme sort à peine de 100 000 ans de pénurie !

L’agriculture aura besoin de la science Les chiffres donnent le vertige : en 1800, notre planète comptait environ 1 milliard d’habitants (Mds hab) ; en 1950, nous étions 2,5 Mds ; aujourd’hui nous sommes 6 Mds et nous devrions être 9 Mds hab en 2050, voire 11 Mds en 2100. Une augmentation fulgurante ! Pour autant, la spécialiste en agronomie et en alimentation est persuadée que l’agriculture pourra nourrir la planète. « Aujourd’hui, dans les pays occidentaux, nous disposons d’une quantité de nourriture 30 % supérieure à nos besoins caloriques, d’où un développement inquiétant de l’obésité. L’agriculture saura répondre à la demande alimentaire, à condition de disposer de la science et des technologies

Louise O. Fresco. « C’est à l’Etat que revient la responsabilité d’une production alimentaire durable. Il doit créer les conditions nécessaires par la mise en place d’un ensemble de mesures politiques, juridiques et fiscales. »

pour développer une agriculture durable. Il faudra aussi réduire le gaspillage alimentaire et changer les habitudes alimentaires des pays occidentaux », explique-t-elle. Il s’agit avant tout de réduire les disparités régionales. S’il faut 1 ha pour alimenter un Africain pendant un an, il en faut 8 ha pour un Européen, 9 ha pour un Américain, et ce sont les Emirats Arabes Unis qui détiennent la palme avec une empreinte alimentaire de 9,5 ha. « Maintenant que l’homme sait que le paradis n’existe pas sur cette planète, que c’est le mythe d’un approvisionnement sans efforts et sans conséquence sur les écosystèmes naturels qui lui joue des tours, il peut se libérer de cette image, il peut créer un nouveau paradis. Un paradis qui mettrait à l’honneur la connaissance et l’effort », conclue-t-elle. L’homme deviendrait « un être sensé qui sait ce que la connaissance scientifique de l’écologie peut apporter à la terre pour satisfaire ses besoins réels ». L’avenir de l’humanité en dépend. NICOLE OUVRARD Editions Robert Laffont – 510 p. - 24 €.


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ACTUALITÉ

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ENVIRONNEMENT

Le plan ECOPHYTO 2 confirme les -50 % Le nouveau plan Ecophyto, présenté le 26 octobre par le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, réaffirme un objectif de diminution du recours aux produits phytosanitaires de 50 %.

L

L’Union des industries de la protection des plantes (UIPP) constate qu’« en allant au-delà de la réglementation européenne, cette disposition est totalement contradictoire avec le moratoire sur les normes environnementales annoncé par le Premier ministre il y a quelques semaines ».

Des moyens sur la recherche

©HARDI

a réduction de 50 % se fera en deux temps : une réduction de 25 % d’ici à 2020 reposant sur l’optimisation des systèmes de production et une de 25 % supplémentaires à l’horizon 2025, qui « sera atteinte grâce à des mutations plus profondes », indique le ministère. Pour atteindre ces objectifs ambitieux, le plan veut faire évoluer les pratiques et les systèmes agricoles. Le ministère attend beaucoup de la mise en place des certificats d’économie de produits phytopharmaceutiques (CEPP). Les distributeurs devront mettre en place des actions permettant de réduire la consommation de produits, avec des pénalités financières à la clé, si les objectifs ne sont pas atteints. Bien que le ministère indique que « l’indicateur de référence pour suivre les objectifs fixés au dispositif et les conditions de sa mise en œuvre seront établis en concertation avec les parties prenantes », ce point a cristallisé beaucoup de critiques. La Fédération du négoce agricole (FNA) s’oppose aux sanctions financières des CEPP : « Autant le négoce agricole poursuit et appuie son engagement dans la diffusion des bonnes pratiques auprès des agriculteurs, autant il s’oppose fermement aux sanctions administratives et financières en cas de non-atteinte des objectifs fixés aux

Selon la FNSEA, ce plan va « nuire à l’agriculture française qui n’a vraiment pas besoin de cela en ce moment ».

agriculteurs. » Coop de France Métiers du grain parle « d’une invraisemblable complexité technocratique » et estime que ce plan ne tient « pas compte de la rareté de solutions alternatives efficaces ».

La FNSEA prend aussi Manuel Valls à témoin : « Le 3 septembre dernier, le Premier ministre a fait le choix, après la mobilisation des paysans français, d’appliquer les règles environnementales européennes sans aller au-delà. Pourtant ce nouveau plan, concerté entre les administrations, des ministres de l’Environnement et de l’Agriculture, porte les stigmates de l’idéologie plus que de la réalité du terrain. Ces mêmes ministres démentent ainsi les engagements de Manuel Valls. » Si la FNSEA est très critique sur ce plan, le syndicat majoritaire reconnaît pourtant « la prise de conscience d’un axe recherche et innovation avec des moyens renforcés ». En effet, le plan propose d’amplifier les efforts de recherche, de développement et ceux alloués à l’innovation avec notamment une réorientation des efforts de recherche sur le biocontrôle. F.-X. D.


ACTUALITÉ

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BIOMASSE

Le MISCANTHUS, une énergie de proximité

Un hectare de miscanthus produit l’équivalent énergétique de 6 000 l de fuel (soit 6 000 €). Avec un rendement en matière sèche de 15  t/ha valorisée 100 €/t, l’utilisateur de miscanthus comme chauffage dépensera 1  500  €, d’où une économie de 4 500 €.

L’association France Miscanthus fait le bilan des expériences réussies concernant le chauffage au miscanthus. Outre les avantages économiques, cette culture apporte des solutions aux problèmes de qualité de l’eau dans les territoires.

Une économie sur la facture énergétique La première motivation qui revient dans les expériences présentées est la volonté de réduire sa consommation de fuel, notamment quand il s’agit de particuliers ou de responsables de collectivités locales. C’est le cas de Monsieur Bailleul, maire de la commune d’Hangest-sur-Somme, qui souhaitait réduire ses coûts de chauffage

des 1000 m2 de bâtiments communaux. Il avait aussi deux autres objectifs : sensibiliser les habitants aux enjeux écologiques et créer un lien fort entre le territoire agricole et sa collectivité. C’est en 2012 que la chaudière a été installée avec au départ un approvisionnement auprès d’un agriculteur de la commune, puis le maire a utilisé des terrains communaux pour implanter du miscanthus. Le coût d’implantation du miscanthus est d’environ 3 500 €/ha (rhizomes + implantation), mais il n’y en a quasiment plus ensuite, excepté les frais de récolte qui se chiffrent à 250 €/ha. Et la culture reste en place 15 à 20 ans. Au final, le maire d’Hangest-sur-Somme fait ses comptes : en 2012, la facture énergétique a été de 20 000 € pour 20 000 litres de fuel. En 2013, elle a été de 7 000 € pour environ 50 tonnes de miscanthus, soit une économie de 13 000 € par an. L’utilisation du miscanthus comme source d’énergie peut être prévue dès le début d’un projet de construction. Cela a été le cas pour l’établissement médicosocial de Moislains, à Allaines, dans la Somme, qui intègre des personnes handicapées par le travail. Il développe entre autres des activités d’imprimerie, de blanchisserie, de restauration et de diverses sous-traitances, avec des besoins importants en énergie. La réflexion a débuté en 2009 pour une livraison du bâtiment en 2012, avec l’installation de 2 chaudières polycombustibles de 200 kW brûlant 4 ha de miscanthus. Ce projet s’est intégré dans une réflexion globale d’optimisation énergétique grâce aux énergies renouvelables : panneaux photovoltaïques, éolienne,

Les usages du miscanthus en France La France compte actuellement 4 000 ha de miscanthus, principalement cultivés dans la partie nord de la France. • Les 2/3 des surfaces françaises de miscanthus sont consacrés au débouché biocombustible. • Sur le tiers restant, les utilisations se répartissent pour les 2/3 en paillages horticoles et pour 1/3 en litières pour animaux (bovins, volailles, animaux domestiques). • L’usage en alimentation pour bovins reste marginale.

© Ville de Brumath

E

n ces temps de réflexion sur les moyens de lutter contre les changements climatiques, les énergies renouvelables apparaissent comme l’une des solutions. Aujourd’hui en France, celles-ci représentent 13,7 % de la consommation nationale en énergie, alors que l’objectif fixé en 2020 est de 23 %. Après quelques décennies de développement en France de la culture du miscanthus, il est temps aujourd’hui de faire un bilan de l’intérêt économique et environnemental de l’usage de cette biomasse en tant que biocombustible auprès des utilisateurs. C’est ce qu’a fait l’association France Miscanthus, qui regroupe 15 membres acteurs de cette filière. Elle a présenté dans une brochure 14 projets les plus représentatifs de chauffage au miscanthus, avec une explication sur la genèse du projet, les investissements, le montage financier, y compris les subventions, le choix de la chaudière, l’implantation de la culture, l’intérêt environnemental et le bilan économique. Ce document s’adresse à tous ceux qui réfléchissent à un projet de chauffage à base de miscanthus, en particulier les collectivités locales.

Philippe Colin, producteur de miscanthus, et Gérard Bailleul, maire d’Hangest-sur-Somme, observent le développement de la culture.

chaudière à biomasse. L’établissement a été labellisé ISO 26000 « Responsabilité sociétale de l’entreprise ». Quand les porteurs de projets sont des agriculteurs, les motivations sont plus variées. Pour Nicolas Maisons, agriculteur à Thimert-Gâtelles, en Eure-et-Loir, c’est le fait de se chauffer avec sa propre production agricole qui l’a motivé, d’autant qu’il cultivait déjà un hectare de miscanthus sur l’exploitation.

Elément fixe qui favorise la biodiversité Depuis 2013, il en cultive 3 ha. « Mon miscanthus me permet d’économiser l’équivalent de 5 000 l de fuel par an, mais c’est aussi un nouvel habitat fixe pour la faune sauvage dans la plaine céréalière, favorable au développement de la biodiversité  », souligne Nicolas Maisons. Le miscanthus est en effet un moyen de faire face aux enjeux environnementaux, notamment de préserver les ressources en eau. C’est le point de départ du projet de la commune de Brumath, en Alsace. Alors que la mairie a besoin d’accroître sa capacité de chauffage, elle est aussi confrontée sur son territoire à des problèmes de qualité de l’eau dus à la présence excessive de nitrate et d’atrazine, ainsi qu’à des coulées de boues et d’érosion des sols par ruissellement. Sur les conseils de la chambre d’agriculture, le maire s’oriente vers l’implantation de miscanthus sur le périmètre de l’aire d’alimentation de captage. Une convention est passée entre la ville et 5 agriculteurs cultivant au total 15 ha de miscanthus sur une durée de 17 ans. Ils sont rémunérés 100 € hors taxe la tonne de matière sèche livrée (le prix est indexé sur l’indice des prix à la consommation). Un silo a été construit chez un agriculteur et un autre assure la livraison régulière pour chauffer 7 000 m2 de bâtiments communaux. Le modèle économique construit

avec les agriculteurs permet une rentabilité satisfaisante pour le maillon agricole. Ce projet fait aujourd’hui figure de modèle en matière de réponse à une problématique sur la qualité de l’eau. France Miscanthus cherche aujourd’hui à faire reconnaître le rôle bénéfique que peut jouer le miscanthus dans le cadre des captages Grenelle. Elle milite aussi pour rendre éligible cette culture aux surfaces d’intérêt écologique (SIE) pour la PAC de l’après 2020. Mais il faut pour cela chasser une idée reçue : l’espèce qui est cultivée en France, Miscanthus x giganteus, est non invasive. Il s’agit d’un hybride stérile. NICOLE OUVRARD Contact : france-miscanthus@gmail.com

France Miscanthus sera présente au Salon des maires qui se tiendra du 17 au 19 novembre à Paris, Porte de Versailles (Pavillon 3 – allée D – stand 81).

Chauffage au miscanthus : les facteurs clés de réussite • Maîtriser le dimensionnement du projet ; • Garantir une acceptation du projet par les acteurs locaux en cherchant un soutien politique ; • Garantir une approche territoriale dans son montage ; • Identifier efficacement les structures de soutien technique et/ou financier ; • Assurer un approvisionnement fiable et régulier en biomasse ; • Sensibiliser et former ou se former aux techniques et aux enjeux de la production et de la valorisation de la biomasse ; • Ne pas négliger le partage d’expériences entre porteurs de projets et la communication.


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TOUR DE PLAINE

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LES BETTERAVES AU 25 OCTOBRE

De bonnes conditions d’arrachage Au 25 octobre, 44 % des 382 800 ha étaient récoltés. La moyenne cumulée des rendements des 31 % de betteraves réceptionnées dans les usines était de 81,55 t/ha. Mais les disparités entre régions étaient très importantes comme le montre la carte ci-contre. La richesse se stabilise au-dessus de 18°S et la tare terre reste contenue à 8 % sur net lavé. Les mouvements sociaux, qui ont démarré le 15 octobre dans les usines Tereos de Boiry, Escaudœuvres, Artenay, Bucy, Chevrières et Origny, se sont terminés le 22 octobre. Ils ont contribué à des retards de fabrication qui varient de 2 à 6 jours selon les usines.

Fin octobre, un peu plus de la moitié des 6 330 ha de betteraves alsaciennes avait été arrachée dans de bonnes conditions. A 73 t/ha à 18 °S, soit 85 t/ha à 16, la moyenne des planteurs s’annonce plutôt correcte, mais recouvre une large gamme de situations. La fourchette de rendement à 16 va de 50 à 120 t/ha. Ce grand écart renvoie directement à l’irrigation ou aux très bonnes réserves hydriques des sols argileux. Outre la sécheresse, la cercosporiose apporte un autre bémol. Elle a représenté un gros souci, notamment en secteur irrigué le long du Rhin. La baisse d’efficacité remarquée des fongicides va obliger une sélection encore plus stricte des variétés en 2016. L’usine d’Erstein, qui a démarré le 22 septembre à un rythme de 6 200 t/j, prévoit la fin de sa campagne vers le 20 décembre. Le taux de déchets sur net lavé reste faible à 6,1 %. La qualité des pulpes est excellente mais le volume disponible est inférieur de 20 % à 2014. Pour la campagne complète, la prévision de rendement moyen C. R. à 16 s’établit à 91 t/ha.

NORD-PAS-DE-CALAIS Une bonne année En raison de la réduction des contrats, la surface betteravière a diminué de 8,5% cette année pour s’établir à 52 390 ha, le nombre de planteurs demeurant stable. La campagne a démarré un peu plus tard que prévu : le 21 septembre sur le littoral et le 26 à l’intérieur des terres ; elle devrait se terminer vers le 10 janvier au lieu du 4 comme envisagé initialement. Cela donnerait donc une campagne d’une centaine de jours un peu plus courte que la précédente. Au 26 octobre, les rendements paraissaient similaires à ceux de 2014 à 77,2 t/ha, à 18,3°S de richesse, soit 91 t/ha à 16 alors qu’à peu près 40 % des betteraves étaient arrachées malgré une période délicate sur la côte en raison des pluies de début septembre. L’approvisionnement des usines a aussi été perturbé par la grève sévissant chez

OISE Eté sec et minirendement

Tereos. Il n’a pas été fait état de maladies, de mauvaises livraisons, et la récolte s’avère de bonne qualité. Ces conditions globalement favorables ont entraîné une tare terre d’environ 8,5 %, en cumul au même niveau que l’an dernier. P. F.

La campagne s’annonçait bien, avec des semis précoces et homogènes sur 36 340 ha, (- 4 % par rapport à 2014). Mais la très faible pluviométrie estivale (100 mm de juin à août) et les fortes températures d’août ont pénalisé la progression de rendement. Puis les betteraves sont passées d’un manque de feuilles, mais une forte richesse, à une forte poussée foliaire engendrant une chute des richesses. Le poids racine progresse beaucoup moins que d’habitude depuis septembre. Les rendements vont du simple au triple, soit de 40 t à 115 t/ha, selon la pluie reçue. Au 20 octobre, 28 % des betteraves sont réceptionnées et 35 % arrachées. Le rendement cumulé de Chevrières atteint 71 t/ha à 16 et celui de l’Oise est estimé à 74 t/ha, avec un poids racine autour de 64 t/ha. La richesse a gagné un point en un mois à 18,06°S. Les betteraves malades (0,26 %) sont en augmentation, avec des dégâts dus au rhizopus. L’usine Tereos de Chevrières a subi une grève. Enfin, bonne nouvelle, la tare terre se maintient à 7 %. Au final, les 80 t/ha seront difficiles à atteindre, et certains planteurs se souviendront de la faiblesse des rendements. M.-P. C.

MARNE ARDENNES 20 t de moins que la moyenne 5 ans Les surfaces sont en baisse de 6 % avec 62 000 ha emblavés. La campagne a démarré le 1er octobre et devrait durer de 85 à 90 jours. Elle sera plus courte d’une vingtaine de jours que l’an dernier où elle avait débuté le 16 septembre. Au 23 octobre, 25 % des arrachages étaient réalisés. Le fait marquant est la sécheresse du printemps et de l’été qui a fortement pénalisé les rendements. Le déficit hydrique est plus marqué au Sud. La moyenne est attendue à 72 t/ha à 16, alors que sur 5 ans elle est de 91,6 t/ha à 16. Sur la craie, la fourchette va de 90 t/ha à 16 au plus haut et à peine à 60 t /ha au plus bas. Au 1er octobre, quelques réceptions étaient tout juste à 16 °S. De 70 à 110 mm sont tombés en septembre. Le bouquet foliaire s’est alors rétabli et cela a entraîné une chute des richesses. Depuis le début des arrachages le rendement a progressé de 4 à 5 t à 16 en moyenne. La tare terre est faible, inférieure à 7 %. Les parcelles sont restées propres. On relève une très forte pression teigne de début juillet à début septembre. Elle a nécessité trois interventions localement. P. C.

SOMME Vers 85 t/ha, avec des rendements très hétérogènes

© SBNE

ALSACE Le grand écart des rendements

Chantier de déterrage avec beaucoup de perte de betteraves par le travail du déterreur.

La surface betteravière de 38 700 ha a diminué de 7 % par rapport à 2014. Et le rendement sera lui aussi en retrait. Au 21 octobre, 38 % des betteraves de la Somme étaient arrachées et 30 % réceptionnées. Le rendement racine cumulé atteint 83 t/ha à 16, mais avec une grande hétérogénéité. La façade maritime et le nord du département qui ont reçu plus d’eau cet été atteignent de bons rendements, contrairement au sud de la Somme. Ainsi les rendements de SainteEmilie dépassent de près de 10 t ceux de Roye. La richesse cumulée s’élève à 18,16°S. Elle a progressé de un point en un mois. Par contre le poids racine évolue moins vite que

la normale depuis septembre. La tare terre reste à des niveaux faibles de 8 %, même si la tendance est à la hausse ces derniers jours. Pour la première fois, toutes les betteraves de la Somme sont déterrées, Sainte-Emilie ayant couvert toute sa zone de déterreurs. Autre nouveauté, l’application de l’accord départemental avec la possibilité de charger en demi-chaussée sur les départementales de niveau 3. Le système de pose de panneaux par les prestataires fonctionne bien. Au final, l’hypothèse d’un rendement moyen de 85 t/ha devrait être atteint, avec de gros écarts selon les zones géographiques. M.-P. C.

NORMANDIE Résultats mitigés dans l’Eure La campagne betteravière dans les trois départements normands ne se présente pas sous les mêmes auspices. En Seine-Maritime et dans le Calvados, les résultats sont prometteurs. On devrait obtenir de très bons rendements, 85 t/ha à 18 °S à Fontaine-leDun (76) et 84 t/ha à 17,8 °S à Cagny (14). Mais dans l’Eure, les rendements sont très hétérogènes et très bas en début de campagne. Au 24 octobre, on était très loin du compte avec 70 t/ha de poids racines. La végétation a été stoppée à cause du manque d’eau. La tare terre bien maîtrisée est de 7,3 % et les surfaces sont en baisse de 5 % avec 15 400 ha. De ce fait, la campagne à Etrépagny devrait être plus courte que prévu en passant à 100 jours. En Seine-Maritime, on se dirige vers de très bons résultats : 98 t/ha à 16. La campagne 2015 fera partie des trois meilleures années. La tare terre à 10 % est un peu élevée comparée aux deux autres départements normands, alors que 100 % des betteraves sont déterrées. Enfin, on enregistre une baisse des surfaces de 7 % avec 9 750 ha cultivés dans le département. À Cagny, on devrait finir la campagne avec de bons résultats, 96 t/ha à 16. 2015 pourrait même être la meilleure année dans le Calvados ! La tare terre est de 7,5 % avec des surfaces en baisse de 5,4 % à 12 100 ha. P. L.


TOUR DE PLAINE

Le Betteravier français n° 1028

Pas-de-Calais

Nord

Somme Seine-Maritime

Aisne

Ardennes

Oise Calvados

Eure

Marne

BasRhin

Ile-de-France

consulter le logiciel Silobet sur le site de l’ITB pour éviter les problèmes de conservation dans les silos. La vigilance doit également être de mise sur le déterrage des betteraves pour éviter les pertes. Les enlèvements ont pris 2 à 3 jours de retard, suite aux mouvements sociaux dans le groupe Tereos. F.-X. D.

Résultats cumulés au 25 octobre

Orne Aube

Eure-et-Loir Sarthe

Loiret

HautRhin

Yonne

Loir-et-Cher > à 83 t/ha Allier

ILE-DE-FRANCE Tare terre contenue à 11 %

de 75 t/ha à 83 t/ha < à 75 t/ha

Puy-de-Dôme

LOIRET Rendement de 93 t/ha Sur les 29 000 ha en cours d’arrachage en région Centre, les rendements, ramenés à 16, sont de 93 t/ha : une hausse de sept points par rapport à 2014. C’est le résultat de semis et d’implantations précoces. Le déficit hydrique entre le 1er mai et le 15 août a été compensé en partie par l’irrigation : la moyenne régionale des surfaces équipées est de 65 %. La tare terre est de 9,5 %, loin du record de 2011 (6 %) mais mieux qu’en 2014 (12,5 %). 60 % des betteraves sont déterrées dans le Loiret, et les usines de Toury et de Pithiviers disposent de trois déterreurs contre un seul en 2014. Concernant la pression de la rhizomanie, on découvre de nouvelles situations de contournement sur les variétés simples résistantes. En revanche, les variétés doubles résistantes apportent des solutions de haut niveau. L’approvisionnement des usines se déroule bien : il y a peu de betteraves malades malgré une situation diffuse sur l’ensemble de la zone, et le syndicat note aucun problème R. S. de réception et de fabrication.

AISNE Vigilance sur les arrachages Les 57 290 ha de betteraves (- 4 % par rapport à 2014) sont hétérogènes. Si les rendements sont moyens dans le Laonnois, le Chemin des Dames et le Soissonais, ils peuvent être très bons dans le nord de l’Aisne. Le rendement racine va de 60 t/ha à Bucy à 75 t/ha à Origny. La richesse en sucre continue de monter pour atteindre 18,4°S. Au total, le rendement devrait atteindre la moyenne 5 ans de 86 t/ha à 16. La tare terre reste contenue autour de 7 %, mais on note des blessures sur des betteraves arrachées dues à des réglages trop agressifs en absence de terre. Des pourritures se développent rapidement dans les silos. Ces parties retirées à la réception diminuent d’autant le rendement racine. La filière invite les planteurs à

Le lancement de la campagne a été un peu compliqué, avec des stocks en plaine assez faibles du fait de rendements plus bas que prévu. Mais les conditions d’arrachage sont bonnes. Alors que 60 % des betteraves d’Ilede-France étaient récoltées le 25 octobre, même avec très peu de déterrage (20 % à Nangis et rien à Souppes), la tare terre reste relativement faible : 12 % sur Nangis et 10,1 % sur Souppes. Les résultats sont très hétérogènes puisqu’ils vont de 40 t/ha en culture sèche à 130 t/ha en irriguée. Les planteurs qui ont irrigué les betteraves font donc une très bonne campagne. Le rendement moyen final est attendu à 75 t/ha à 16 à Nangis et 73 t/ha à 16 à Souppes. Au total, l’Ile-de-France va récolter 40 780 ha de betteraves (- 4,3 %). Les deux sucreries de la région ont eu des politiques différentes, puisque la surface est en diminution de 3 % à Nangis et elle augmente de 5 % à Souppes F.-X. D. (7 470 ha).

LIMAGNES Rendements de 50 à 100 t/ha Si les conditions de récoltes sont, pour le moment, plutôt bonnes, les rendements sont très hétérogènes. Ils peuvent aller de 50 t/ha à 100 t/ha. Au total, on s’attend à une récolte moyenne de l’ordre de 85 t/ha. La canicule est la principale cause de ces fortes variations de rendements. Les parcelles

POINT DE VUE

Jean-François Bariseau, délégué de la CIB pour les usines de Boiry-SainteRictrude et d’Escaudœuvres.

Usine

Richesse °S

BUCY

18,60

Tare Estimation terre Rendement sur N1 à 16 /ha

Aisne © Sophie Giraud

Rendements moyens des betteraves au 25 octobre (en t/ha à 16°)

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La terre noire de Limagne est souple sans pour autant accrocher outre mesure.

situées dans des terres peu profondes, qui n’ont pas été irriguées ont souffert. En raison de la canicule, les betteraves auvergnates ont subi des attaques de charançons et de teignes. En pénétrant dans les feuilles durant l’été, ces deux insectes ont entraîné le développement du rhizopus en fin de végétation. Par ailleurs, une mauvaise préparation des sols au printemps et un excès d’humidité ont engendré ici et là une prolifération de rhizoctone. Ces deux maladies conduisent au pourrissement des betteraves. Les arrachages ont débuté autour du 15 septembre bénéficiant en amont d’une bonne pluviométrie et d’un ensoleillement généreux. L’usine travaille en moyenne 4 000 tonnes de betteraves par jour. Les 420 planteurs de l’Allier et du Puy-deDôme ont emblavé cette année 4 870 ha S. G. (-7,2 % par rapport à 2014).

5,99

72,50

18,30 7,33 Oise-Somme CHEVRIERES 18,28 6,48 EPPEVILLE 18,33 8,46 ROYE 18,29 8,55 SAINTE-EMILIE 18,20 8,21 Nord-Pas-de-Calais ATTIN 18,09 8,94 BOIRY 18,16 8,52 ESCAUDŒUVRES 18,30 8,17 LILLERS 17,87 8,12 Nord-Est BAZANCOURT 17,69 9,03

86,50

ORIGNY

CONNANTRE SILLERY ARCIS NANGIS SOUPPES ARTENAY CORBEILLES PITHIVIERS TOURY ETRÉPAGNY FONTAINE CAGNY ERSTEIN

AUBE-YONNE Une petite année qui déçoit Un an après une campagne aux rendements records, la zone sud Champagne fait grise mine. Dans l’Aube où 22 700 ha sont à travailler (5 % de moins que l’an passé) et à l’heure où 40 % des betteraves sont arrachées, la «grande déception» porte sur un rendement racines moyen observé de 60-63 t/ha. Toutefois, selon les secteurs, la fourchette est large et va de 40 t/ha à plus de 125 t/ha en parcelles irriguées. L’eau du ciel apparue en septembre laissait imaginer une évolution favorable, mais il n’en a rien été. Cela a d’ailleurs amené à revoir à la baisse

BOURDON Moyenne générale

18,07

72,57 79,40 77,68 88,85 89,57 84,43 90,39 87,11 70,28

4,97

77,70

17,61 8,37 Aube 18,05 7,62 Ile-de-France 17,79 12,78 18,03 10,11 Loiret 17,84 6,31 18,20 7,32 18,20 11,46 18,13 9,57 Normandie 17,59 6,89 18,10 10,61 17,74 7,31 Alsace 17,97 5,93 Limagnes 17,94 7,32

72,70

18,06

8,07

72,70 71,42 68,80 88,20 84,80 92,00 100,00 77,40 91,80 88,90 84,10 75,90

81,55

les estimations de début de campagne qui portaient sur plus de 70 t/ha en moyenne et 18,2°S de richesse. Au final, on parle plus facilement d’un petit 70 t/ha. Quant à la richesse, Arcis s’accommodait de 18,05 °S en semaine 43. Point positif, la météo favorable permet aux usines de tourner à plein et écarte les risques de ruptures d’approvisionnement. Arcis, qui avait démarré le 29 septembre, tourne à plus de 25 000 t/jour, et Connantre, qui avait ouvert le ban le 30, se situe à 21 500 t/jour. Dans ce contexte, Arcis pense assurer les dernières réceptions entre P. D. Noël et Nouvel An.

On devrait dépasser les 90 t/ha à 16 » « Nos prélèvements, réalisés sur 28 parcelles dans le Nord-Pas-de-Calais, laissaient entrevoir pour cette campagne un rendement à 16 supérieur à la moyenne 5 ans et proche de celui de l’année dernière, soit 90,5 t/ha à 16. Dans la région, les démarrages des sucreries ont été plus tardifs que d’habitude : le 21 septembre pour Attin et Lillers ; le 28 septembre pour Boiry et Escaudœuvres. Les rendements sont corrects grâce à un stress hydrique estival moins marqué que dans d’autres régions. Les conditions pédoclimatiques de l’année (printemps frais, début d’été sans grande chaleur…) ont engendré des montées à graines

très marquées dans notre région. Dans le Nord Pas-de-Calais, environ 90 % des arrachages sont effectués par entreprise. Depuis l’homologation de la forfaitisation du collet, les planteurs et les entrepreneurs ont bien assimilé l’objectif d’une betterave sans feuille peu scalpée. Malgré des arrachages délicats sur la bordure côtière en début de campagne, avec plus de 200 mm entre la moisson et fin septembre, 40 % des surfaces étaient arrachées le 25 octobre, ce qui est dans la moyenne des années précédentes. Les 6 jours de grève perlée dans les usines du groupe Tereos n’ont pas diminué les cadences d’arrachage. »


14 ARRACHAGE DES B E

L’intégra l Depuis 10 ans, l’intégrale remplace petit à petit l’automotrice, un chantier typiquement français qui est aujourd’hui essentiellement composé de machines d’occasion. Les planteurs qui souhaitent rester autonomes disposent encore d’une diversité de matériels.

L

es planteurs devront encore mieux maîtriser leurs charges avec la fin des quotas. Mais pourront-ils encore trouver l’arracheuse adaptée à leurs besoins en disposant d’un large choix ? La question se pose, car les intégrales sont de plus en plus présentes dans la plaine. Elles semblent prendre inexorablement la place des automotrices. Cette montée en puissance va de pair avec le fait que davantage de planteurs font appel à des ETA. Celles-ci s’équipent d’intégrales, une machine onéreuse (500 000 € pour les plus grosses) qu’ils peuvent amortir sur beaucoup d’hectares. De plus en plus de CUMA sautent également le pas. Si le succès des intégrales ne se dément pas, il reste quand même une offre de matériels qui peut répondre à certains terroirs ou à des organisations du travail différentes dans les exploitations. Les planteurs qui choisissent de rester autonomes disposent d’une diversité de matériels neufs ou d’occasion  : automotrice, arracheuse chargeuse (Franquet, Gilles et Grimme), ou chantier décomposé (Franquet et Gilles). Des matériels moins sophistiqués,


TOUR DE PLAINE

Le Betteravier français n° 1028

a le détrône l’automotrice L’entreprise qui effectue une prestation rendue silo réfléchit au système de débardage adéquat en fonction de la longueur des parcelles et de l’éloignement des silos. Avec l’élargissement possible des bâtis d’arrachage, la question du débardage deviendra prépondérante. Une intégrale 12 rangs de grande capacité aura la même autonomie qu’une intégrale de petite capacité 6 rangs avec le double de production à débarder. »

s

Bientôt 8, 9 ou 12 rangs

é

Illustration des performances des nouvelles intégrales : la Holmer Terra Dos T4-30 de 12 rangs a récolté 85,6 ha de betteraves en 24 heures. Un record mondial.

plus souples d’utilisation pour arracher à moindre coût. La nouvelle arracheuse chargeuse X-Beet de Franquet est un bon exemple.

Seules 8 automotrices fabriquées en 2015 L’automotrice perd du terrain depuis le début des années 2000, mais le phénomène s’est accéléré depuis 2010. Il ne reste plus qu’un seul constructeur : Holmer Exxact, avec des machines qui découlent des anciennes Matrot et Moreau depuis les rachats des 2 marques par le groupe Exel Industries, respectivement en 2001 et 2007. Holmer Exxact n’a construit que 8 automotrices cette année ! Et il n’est pas certain qu’une automotrice soit fabriquée en 2016. « Si nous n’avons

pas 12 commandes avant la fin janvier, nous ne construirons pas d’automotrice l’année prochaine », indique Daniel Tragus, président d’Holmer Exxact, le pôle betteravier du groupe Exel Industries. Et d’ajouter : « On en parle beaucoup de l’automotrice, mais on n’en achète plus ». L’écart de prix avec les intégrales se resserre, la main-d’œuvre dans les fermes se raréfie, et des fins de campagne difficiles, notamment en 2012, ont permis aux intégrales de montrer leur capacité à sortir des betteraves. L’organisation du travail dans les exploitations va continuer à faire évoluer le matériel. « Dans l’avenir, la question du débardage va s’imposer, explique Cédric Royer, expert en agro-équipement à l’ITB.

Évolution des chantiers de récolte (en pourcentage des surfaces) 100 % 90 % 80 % 70 % 60 %

Intégrales

50 %

Automotrices

40 %

Tracteurs

30 % 20 % 10 % 0% 2007

2008

2009

2010

2011

2012

2013

2014

© Holmer

.

La concentration est-elle un frein à la progression de la technique ? « La concentration des constructeurs n’est pas un frein à la progression de la technique mais limitera les betteraviers dans leurs choix de machines. Si l’on perd en diversité, les constructeurs restants peuvent allouer davantage de moyens en recherche et développement  », répond Cédric Royer. La preuve : Ropa, Holmer et Grimme (qui a racheté Kleine en 2012) développent des machines plus larges pour augmenter le débit de chantier avec 8, 9 ou 12 rangs. Ils ont également fait de gros progrès sur les systèmes de scalpage et d’effeuillage. Selon Daniel Tragus, l’avenir réside dans des matériels avec des débits de chantier plus élevés. « Notre Holmer Terra Dos T4-30 de 12 rangs a récolté 85,6 ha de betteraves en 24 heures dans le nord de  l’Allemagne, le 28 septembre dernier  ». La machine sera dévoilée au salon Agritechnica. L’augmentation des rangs est devenue possible avec le système d’arrachage rang par rang guidé par le scalpeur - le système EasyLift de Holmer - sorti depuis 2 ans. « En augmentant le nombre de rangs, on pourra diminuer le coût d’arrachage de 20 %. Mais cela nécessitera d’adapter les semis », explique Daniel Tragus. L’informatique permettra également de faire des économies. Reliée au service après-vente par carte SIM, la machine peut être réparée à distance. Le traçage par GPS permet également d’analyser le déplacement de la machine pour voir s’il est possible d’optimiser son travail. FRANÇOIS-XAVIER DUQUENNE

GILLES BOLLÉ, BETTERAVIER DANS L’OISE

« J’arrache seul avec un chantier décomposé »

G

illes Bollé, betteravier à Cambronne-lèsClermont, dans l’Oise, apprécie sa nouvelle organisation de chantier. C’est la deuxième campagne qu’il arrache avec un chantier décomposé Gilles : une débardeuse achetée d’occasion en Belgique, une effeuilleuse d’occasion et une arracheuse tractée neuve. « Le chantier ne tourne que sur 100 à 120 ha selon les années. Je ne pouvais pas acheter du matériel neuf », justifie Gilles Bollé. « A l’origine j’avais une automotrice. Il fallait mobiliser 3 personnes. Puis j’ai travaillé 2 ans avec une entreprise qui avait une automotrice, car je suis assez sensible au tassement des sols. Mais il fallait encore mobiliser 2 personnes pour les bennes. Alors, j’ai regardé pour acheter une petite intégrale d’occasion, mais il fallait toujours une remorque. Or je ne suis pas toujours disponible du

fait de mes responsabilités au syndicat betteravier de l’Oise, à la CGB et dans le groupe coopératif Tereos. Avec un chantier décomposé, soit mon salarié travaille tout seul, soit nous travaillons à deux. Je peux aussi prendre de l’avance en arrachant seul et laisser ensuite les betteraves alignées par terre pendant quelques heures au soleil ou exposées au vent. » Gilles Bollé estime son coût d’arrachage autour de 180  €/ha, avec un amortissement sur 10 ans. « J’ai bloqué mon prix d’arrachage pour les années à venir », explique-t-il. A deux, Gilles Bollé et son salarié peuvent récolter 8 ha par jour. « On ne va pas trop vite, car je veux faire du bon travail, ne pas laisser de betteraves, ne pas tasser mes sols, arracher quand les conditions sont idéales, choisir ma météo et semer mes blés dans de bonnes conditions. » F.-X. D.

Gilles Bollé veut faire du bon travail au bon moment.

Le tracteur est équipé d’une effeuilleuse et d’une arracheuse tractée Gilles. La débardeuse ramasse les betteraves après quelques heures pour que la terre sèche.

© F.-X. Duquenne

B ETTERAVES

15


TOUR DE PLAINE

16

Le Betteravier français n° 1028

CULTURES CÉRÉALIÈRES

Climato-dépendantes ou climato-actives ? La canicule a marqué l’été 2015. Si elle a relativement épargné les cultures d’hiver, l’impact sera plus lourd sur le maïs et les cultures de printemps. Pour s’adapter aux écarts de climat, des pistes se profilent.

Qualité des blés 2015 : peut mieux faire sur les protéines Même les blés tardifs ont réussi à remobiliser les réserves accumulées autour de la floraison : le nombre élevé de grains/m2 associés à de bons PMG ont permis d’atteindre des rendements élevés, voire record. L’absence de pluie jusqu’à la récolte a préservé la qualité technologique jusqu’au bout : les poids spécifiques (PS) élevés initiés par le début de remplissage ensoleillé n’ont pas été dégradés, sans problème de germination sur pied. L’ombre au tableau réside dans les teneurs en protéines, la majorité de la collecte 2015 se situant entre 10,5 et 11,5 %. Ce taux semble dû à une dilution des protéines et à des absorptions d’azote plutôt faibles en post-floraison.

année. Et la profession s’interroge sur les moyens de mieux encaisser les à-coups imprévisibles du climat. La génétique fournit la première réponse. «On pourrait dès aujourd’hui observer des baisses de rendement s’il n’y avait pas eu de progrès génétique sur blés», observe Philippe Gate,

© M.Loison

“U

ne agriculture climatoactive”, tel est le credo d’Arvalis pour répondre aux effets du changement climatique. Le sujet a été évoqué autour d’une table ronde organisée le 14 octobre dernier, dans la perspective de la Conférence mondiale sur le climat COP21, et après une campagne hors norme. Le “coup de chaud” de l’été 2015 a suscité bien des inquiétudes auprès des producteurs et collecteurs. Sur céréales d’hiver, les conditions printanières avaient heureusement permis un bon départ. Et le potentiel mis en place fin avril a gommé en partie les effets du stress de fin de cycle. Le bilan est moins optimiste pour le maïs dont le potentiel chuterait de 20 % cette

Les outils de pilotage indiquant le statut azoté des feuilles en phase de croissance permettent de mieux s’adapter au climat de l’année.

Esquiver le stress hydrique en semant plus tôt le maïs est une voie pour lutter contre le réchauffement.

directeur scientifique d’Arvalis. La précocité des variétés et la gestion des dates de semis apportent une deuxième réponse.

L’esquive est une stratégie possible

Si les effets de la chaleur de fin juin-juillet 2015 ont été limités sur céréales, c’est sans doute parce que les cultures avaient souvent atteint la maturité physiologique ou s’en rapprochaient. Du coup, les orges d’hiver et les blés précoces ont esquivé cet épisode d’échaudage. Qu’en serait-il avec une vague de chaleur plus précoce ? Sans doute faudrait-il miser encore plus sur la génétique, avec des variétés précoces, résistantes aux températures élevées, tout en conservant une tolérance au froid. Sur céréales d’hiver, Arvalis conseille de diversifier les profils des variétés pour atténuer des aléas climatiques, qui deviennent plus extrêmes et plus fréquents. «La génétique pourra aussi nous aider sur colza en créant des variétés à floraison plus précoce, ou sur les protéagineux, avec des variétés dont la croissance repart après un stress», note André Merrien, de Terres Inovia. Mais cette stratégie d’esquive offre une marge de manoeuvre encore réduite. Les mélanges variétaux peuvent-ils apporter une autre réponse ? Sur céréales, le mélange ne semble pas augmenter la tolérance au stress ou le rendement. «Nous n’avons pas vu de différence entre le rendement de 4 blés en mélange et le rendement de ces variétés séparées», note Josiane Lorgeou, d’Arvalis.

La gestion de l’azote - reliquats et apports - est particulièrement dépendante du climat. Les quantités disponibles dans le sol à la fin de l’hiver varient beaucoup suivant les années entre parcelles et aussi au sein d’une même parcelle. «Il est donc fortement recommandé d’évaluer cette contribution du sol par des analyses de terre», estime Jean-Paul Bordes. L’idéal est de faire au moins une analyse par ilôt homogène (même type de sol et même précédent) pour avoir une première estimation des quantités disponibles. En sol profond, il est indispensable de faire un prélèvement jusqu’à 90 cm, et plus si nécessaire. En revanche, dans les sols caillouteux où les prélèvements de terre sont quasiment impossibles, il existe des méthodes de calcul régionales pour calculer des valeurs globales de fournitures du sol. Le pilotage des apports d’azote permet

de bien répondre aux besoins d’une céréale en cours de montaison. L’aide au pilotage est facilitée par les technologies telles que Farmstar, basées sur les images satellite, ou par le N-tester qui analyse directement l’état nutrionnel des feuilles. Aujourd’hui, plus d’un million d’hectares de blé bénéficient d’un pilotage d’azote en culture. Il procure un double avantage : corriger la dose d’azote initialement prévue à la hausse ou à la baisse en fonction du besoin exprimé par la céréale. Le pilotage permet aussi de gérer un apport tardif d’azote pour optimiser la teneur en protéines. On voit que la collecte de blé 2015 n’a pas vu remonter son taux de protéines, en dépit des actions lancées par la profession. Plus que jamais, la gestion de l’azote nécessite qu’on se mobilise. MARIANNE LOISON

POINT DE VUE Bien adapter la date de semis à la variété »

Jean-Paul Bordes, Arvalis

«Il est toujours difficile de choisir la date de semis car cela dépend avant tout des conditions climatiques du moment et de l’humidité du sol dont le statut est difficilement prévisible. Pour autant, il faut éviter de semer une variété précoce trop tôt. En cas d’hiver particulièrement doux, cette pratique pourrait entraîner une montaison précoce et, par la suite, des risques de gel d’épis dont le préjudice est un des plus importants. A l’inverse, il faut éviter de semer une variété tardive trop tard. Dans ce cas, c’est l’exposition à des stress hydriques et thermiques de fin de cycle qui pourrait devenir le principal facteur limitant.»


EN BREF

17 Variano Xpro de Bayer sur céréales

Dernier-né de la gamme Xpro, le fongicide Variano Xpro a obtenu son autorisation de mise sur le marché. La formulation associe trois molécules : le prothioconazole, le bixafen et la fluoxastrobine. Ces 3 modes d’action lui confèrent une polyvalence sur de nombreuses maladies des céréales, en particulier sur septoriose et rouille. Bayer constate aussi des effets physiologiques du Variano Xpro permettant une meilleure résistance de la plante au stress hydrique. Ce fongicide sera disponible au printemps 2016.

L’agenda complet d’Arvalis en ligne Arvalis-Institut du végétal vient d’ouvrir un nouveau site Internet dédié aux événements et colloques organisés par l’Institut et ceux auxquels il participe. On y trouve un agenda des réunions agriculteurs et techniciens en région, les programmes, les modes d’inscription, les recueils de communications. Ce site centralise toutes ces informations pour un usage simple et rapide. www.evenements-arvalis.fr

La chrysomèle du maïs toujours présente en Alsace

© Inra / S. Deridj

La chrysomèle du maïs fait l’objet de suivis dans différentes régions

grâce aux réseaux de surveillance. Sur les 135 pièges qui ont été suivis en Alsace durant l’été 2015, environ un tiers a détecté la présence de l’insecte. En RhôneAlpes, 93 pièges ont été suivis et ont totalisé 1 206 captures. Ces résultats confirment que l’insecte est répandu dans ces deux régions, mais en dessous du seuil de nuisibilité.


TOUR DE PLAINE

19

DÉSHERBAGE DES PROTÉAGINEUX

Caler le bon programme

Dans les parcelles envahies de dicots annuelles, la prélevée apporte une solution efficace. Une nouvelle spécialité antidicots est disponible en 2015 sur pois : Stallion Syntec (Belchim) qui associe clomazone et pendimethaline, deux molécules déjà utilisées en prélevée. Stallion est recommandé à la dose de 2 l/ha sur féverole et 2,5 l/ha sur pois, associé avec Challenge 600 (1,5 l à 2 l/ha). L’originalité vient de la formulation, avec deux matières actives co-encapsulées. On obtient ainsi une persistance d’action optimisée, même en conditions sèches. Lorsque le sol est humide, la capsule diffuse les deux molécules conjointement ; la diffusion s’arrête quand il fait sec, et reprend avec le retour des pluies si les capsules n’ont pas relargué tout leur contenu. Selon Terres Inovia, l’association Challenge 600 + Stallion permet de contrôler une flore assez large : gaillet, renouées, éthuse, chénopode, coquelicot.

En prélevée, ne pas négliger les graminées adventices D’autres associations classiques fonctionnent bien sur pois. Challenge 600 + Centium permet de se débarrasser des dicotylédones très concurrentielles comme gaillet, renouées, éthuse, chénopode. L’association Challenge + Nirvana permet de contrôler matricaire, renouée, fumeterre et crucifères. Challenge 600 est le seul produit qui peut s’appliquer au plus près de la levée (stade crosse sous terre). Les autres s’appliquent avec certaines limites. Nikeyl et Racer ME ne sont pas conseillés en pois d’hiver. Et le Nirvana S est à éviter en sols filtrants. En prélevée, la gestion des graminées adventices (ray-grass et vulpin) n’est pas à négliger. En effet, on peut appliquer un antigraminée racinaire comme Legurame PM 3 kg/ ha ou un produit à base de propyzamide comme Kerb Flo. Ces herbicides permettent de couper le

cycle des graminées résistantes aux herbicides foliaires des céréales (famille des FOP, DIME, DEN ou inhibiteur d’ALS type sulfonylurée).

La post-levée, seule ou en programme Sur pois, un désherbage unique en post reste aussi possible. Mais ce choix est à réserver aux parcelles peu enherbées. Ce traitement de post-levée est d’autant plus

© M. Loison

D

ifficile de se passer de désherbage de prélevée sur pois. Dans la plupart des situations, la prélevée reste le traitement pivot sur pois et sur féverole. Les herbicides permettent de contrôler la majorité des mauvaises herbes. Seules les vivaces doivent être contrôlées avant le semis, dans l’interculture.

Pour l’efficacité des herbicides, traiter sur sol frais et éviter les périodes à forts écarts de température jour/nuit.

efficace qu’il est réalisé sur des adventices jeunes (2 à 3 feuilles) et en conditions poussantes. Les associations Basagran + Prowl en post sont indiquées sur des flores à base de renouées, pensées, crucifères. Challenge 600 à 0,25 l/ha associé à Basagran permet de contrôler en plus le gaillet. L’herbicide de post Corum est intéressant sur des flores à base de renouées, éthuse, fumeterre. « Les programmes pré + post sont conseillés sur les parcelles très enherbées », estiment les spécialistes de Terres Inovia. Dans ce cas, l’herbicide de prélevée s’applique à dose modulée, c’est-à-dire les 3/4 de la dose homologuée. En post-levée, le choix se porte sur une spécialité adaptée à la flore, en restant attentif à sa sélectivité. Dans les sols très superficiels, le mélange Challenge 600 + Basagran est, par exemple, déconseillé. Sur féverole, le choix des produits de post levée demeure toujours réduit, du fait des risques de phyto. Certains mélanges sont déconseillés : Corum+Dash+Prowl 400 ou Baroud SC/Pentium Flo. Pour connaître les mélanges autorisés, ne pas hésiter à recourir à l’outil Internet « Mélanges » diffusé par Arvalis. M. L www.melanges.arvalisinstitutduvegetal.fr


TECHNOLOGIES

20

Le Betteravier français n° 1028

MÉDAILLES AGRITECHNICA 2015 CLAAS

CLAAS récompensé pour ses matériels de récolte

D

Médaille d’argent pour le système APC de Claas qui prend désormais en compte la qualité de la ficelle (photo) équipant les presses.

© D. – J. L.

La Lexion 770 de Claas (deux rotors, 585 ch, puissance maximale) profite du système de compensation de dévers 4 D.

du flux de récolte sur les nouvelles Lexion 700. Ce système permet de prévenir les pics de charge, évite au conducteur de commettre des erreurs de paramétrage et de connaître d’éventuelles difficultés avec le flux de récolte. Dans la pratique, le dispositif imaginé par les ingénieurs de Claas assure la surveillance et la comparaison permanentes du régime du moteur, du battage APS (Accelerated Pre-Separation) et de la séparation résiduelle des grains. Si un problème est détecté, le convoyeur, l’outil frontal et la vidange de la trémie s’arrêtent aussitôt et le frein de coupe est activé.

Nouvelle régulation de pression de pressage Les presses à balle carrée Quadrant 5200 et 4200 de Claas ont droit, elles aussi, à une distinction grâce à leur nouvelle régulation de la pression de pressage. Ce système appelé APC (Automatic Pressure Control) prend en compte non seulement la charge

de la machine comme paramètre de régulation, mais aussi la qualité de la ficelle, ce qui constitue ni plus ni moins une première, selon le constructeur allemand. Dès que le dispositif détecte un risque de dépassement des valeurs de consigne, soit pour la limite de rupture de la ficelle, soit pour la charge de la machine, la pression de pressage est réduite par paliers jusqu’à l’élimination du pic de charge. Puis le système revient par lui-même à la valeur de départ. La qualité de la ficelle utilisée (en mètre par kilo) et sa limite de rupture sont mémorisées par le conducteur sur le terminal de commande. Claas souligne qu’à présent des utilisateurs peu expérimentés peuvent exploiter le potentiel de la presse et produire des balles d’une densité uniforme, quelle que soit la matière à presser.

Rationaliser les passages des engins D’autre part, concernant l’équipement électronique des matériels, le logiciel

FENDT primé pour ses innov a sur ses tracteurs

FENDT

Le système Vario Grip, de Fendt, sur le pneumatique d’un tracteur 939 Vario Profi (390 ch).

F

© D. – J. L.

Le système Camera 360° sera installé sur les séries X et P des moissonneusesbatteuses de Fendt.

ans le cadre de l’Agritechnica - qui se tiendra du 8 au 15 novembre, à Hanovre -, Claas obtient cinq des quarantequatre médailles d’argent décernées par la DLG (Société allemande d’agriculture). Le constructeur allemand se voit récompensé pour des innovations qui vont toutes dans le sens d’une plus grande efficacité des matériels, donc de la rentabilité de l’exploitation agricole. Quatre des distinctions concernent les grandes cultures. Ainsi, dans le domaine de la récolte, le système de compensation de dévers 4 D, installé sur les modèles Hybrid de la nouvelle série de moissonneuses-batteuses Lexion 700, entre en action dès la séparation résiduelle des grains pour faciliter le nettoyage. La compensation s’articule autour de trois régulations  : celle des volets de rotor asservie à la gestion des dévers, et les 2 régulations automatiques des vents et de la grille inférieure ou grille à grain. Par ailleurs, le jury de l’Agritechnica a apprécié le contrôle automatique

endt rafle quatre médailles de l’Agritechnica, dont une en or pour le télégonflage intégré Vario Grip Pro. Ce dispositif réduit de manière appréciable le temps de gonflage d’un pneumatique puisqu’il ne faut pas plus de 30 secondes (au lieu de 7 minutes) pour y ajouter un bar de pression. Dans la jante est intégrée une réserve d’air tarée à six bars qui relâche instantanément le volume d’air nécessaire sans recours à une alimentation en continu du compresseur. Le constructeur bavarois reçoit une médaille d’argent pour son concept de transmission Vario Drive qui dissocie les forces motrices entre les ponts avant et arrière d’un tracteur. Jusqu’alors seul l’essieu arrière bénéficiait de l’intégralité de la puissance

du moteur, l’essieu avant ne la recevant que lors de son engagement par le conducteur. Grâce à un moteur hydraulique dédié à l’essieu avant, le Vario Drive répartit la puissance entre les deux essieux en fonction de la sollicitation du moment. Ce nouveau concept de transmission s’accompagne si nécessaire, et ce n’est pas le moindre des progrès, du passage complètement automatisé aux quatre roues motrices du tracteur. Sur ce type de machine, Fendt est également récompensé pour le Grip Assistant, un dispositif qui, à partir d’algorithmes, oriente le chauffeur dans le choix du lestage et de la pression des pneumatiques. Les informations communiquées au système – type de travail à effectuer, nature du sol, vitesse de travail choisie – lui permettent de calculer les valeurs justes

de lestage et de pression, même si le lestage présent sur le tracteur est fixe. Fendt a aussi obtenu une médaille d’argent pour sa Camera 360° montée sur ses moissonneuses-batteuses. Celle-ci est composée de quatre caméras munies d’une optique ultra grand angulaire fixées, chacune, sur l’un des quatre côtés de la machine. La combinaison des différentes prises de vue en une image unique affichée sur le terminal Vario Tronic dans la cabine de la moissonneuse-batteuse, a pour résultat visuel une vue aérienne de la partie supérieure de la machine. Un logiciel a en effet aplati les quatre images pour n’en faire qu’une. Conséquence, le conducteur sait tout ce qu’il se passe autour de lui, dans l’environnement immédiat de son engin. Les angles morts ont disparu puisqu’il voit la


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d’optimisation des passages sur les parcelles, qui a lui aussi été primé, reflète bien l’air du temps et son besoin d’efficacité. Finies les habitudes, bonnes ou mauvaises, de l’agriculteur qui choisit les passages avec sa machine en fonction de la limite la plus longue ou la plus droite de la parcelle. Le système mis au point par Claas E-Systems rationalise les meilleurs passages pour chaque parcelle et indique une durée prévisionnelle du chantier. Le logiciel ne néglige pas les subdivisions de ladite parcelle si cela s’avère judicieux. Claas E-Systems annonce un gain de temps de l’ordre de 6 % dû à cette rationalisation de l’intervention et précise que les tracés définis par le logiciel sont visibles sur ordinateur ou tablette, et sont imprimables. D. – J. L.

v ations totalité de la machine en vue de dessus, affirme Fendt. Les phases de manœuvre, forcément délicates, peuvent se dérouler en toute sécurité. L’image finale peut aussi être affichée en noir et blanc sur le Vario Terminal 10.4, en plein écran ou quart d’écran. Le système Camera 360 ° est proposé, pour la moisson  2016, sur les séries X et P. Ces machines haut de gamme ne pouvaient recevoir, jusqu’à maintenant, que des caméras filmant leur arrière, la vidange de la trémie et l’attelage. Pour Fendt et le jury d’Agritechnica, il s’agit d’une « augmentation significative de la sécurité ». D. - J. L.


TECHNOLOGIES

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MATÉRIELS POMME DE TERRE DEWULF

Une seconde génération de KWATRO Par ailleurs, l’arracheuse reçoit une trémie de 17,5 m³. Le poids de la machine réduit de 15 % et le montage possible d’une roue arrière extra large (Mitas 1250/50 R 32) constituent une bonne nouvelle pour les sols. L’angle de direction arrière a été augmenté jusqu’à 60 ° pour rendre la Kwatro plus manœuvrable. En cabine, le flux de produit est contrôlable sur trois écrans grâce à douze caméras montées sur la machine. Quant au moteur, il s’agit toujours du Scania DC 13 de 500 ch mis à la norme antipollution Stage IV (Tier IV-Final). La plage normale de son fonctionnement se situe entre 1 250 et 1 750 tours par minute, avec une limite à 1 550 tours sur la route. Aussi est-il possible, affirme Dewulf, d’allier performance et économie de carburant. Il convient de rappeler que le caractère modulaire de l’arracheuse lui permet d’être aussi à l’aise, souligne le constructeur belge, dans les récoltes de carottes industrielles, chicorée, oignons et céleri. En parallèle, dans le secteur de la carotte, son autre spécialité avec la pomme de terre, Dewulf lance une nouvelle génération d’arracheuse par levage à deux rangs avec trémie. En d’autres termes, la ZB II offre, selon son constructeur, une capacité de travail quotidien supérieure à 4,5 hectares. Outre le nouveau design de la machine, le moteur est un Scania DC 9 de 350 ch, conforme à la norme Stage IV contre les émissions polluantes, tournant au régime maximal de 1 600 tours par minute. L’arracheuse compte deux éléments d’arrachage individuels munis de lames d’équeutage indépendantes et reçoit un nouveau Gearbox Drive, le train d’engrenages sans entretien des couteaux. D. – J. L.

KWATRO DE DEWULF

La seconde génération de Kwatro reste fidèle au concept de la récolte frontale des pommes de terre et au positionnement du canal d’arrachage devant les chenilles.

La cabine de la Kwatro est signée Claas. Elle abrite deux unités de contrôle des sections d’arrachage et de conduite de la machine combinées à un joystick. © D. – J. L.

D

ewulf a opéré pour 2016 plusieurs modifications sur sa bien connue Kwatro, arracheuse de pommes de terre par tamisage à quatre rangs. Sans toucher au concept de la machine, qui a fait ses preuves depuis longtemps, la seconde génération de Kwatro se distingue par une effeuilleuse intégrale munie d’une distribution de clapper améliorée autorisant une force d’aspiration beaucoup plus grande. La machine profite d’un chemin de tamisage composé d’un tapis d’arrachage et de deux tapis de tamisage sans rétrécissement, lui octroyant 11 % de surface de tamisage en plus. Le tapis de tamisage est aussi plus court, le débit plus large et, selon le constructeur flamand de Roulers (Belgique), des vitesses de conduite élevées peuvent être atteintes lors de la récolte. Un secoueur rotatif facultatif, ajouté au tapis de tamisage, peut aussi accroître la capacité de tamisage. Le DSC (Dewulf Synchronisation Control) synchronise les vitesses du tapis de tamisage et de l’arracheuse en mouvement. Au centre, les convoyeurs de tamisage disposent d’une plaque pour limiter, au besoin, l’arrachage à deux rangs. Après le tamisage, le flux de pommes de terre arrive sur le tapis à tétines pour un premier nettoyage. Puis la récolte atteint l’unité de nettoyage Flexy Clean, que les utilisateurs de la RF 3060 connaissent bien. La hauteur de chute des pommes de terre est réduite au minimum. Leur distribution, avec un distributeur en trois parties, s’opère sur toute la largeur de l’élévateur Ring, muni de parois latérales qui les protègent de tout dommage.

MATÉRIELS BETTERAVIERS ROPA

GRIMME

© D. – J. L.

Nouveau semoir à betteraves Matrix

© D. – J. L.

Les arracheuses de betteraves Maxtron et Rexor de Grimme évoluent. Le constructeur de Damme (Basse-Saxe) monte un moteur de six cylindres et 12,8 litres de cylindrée Mercedes Benz de 530 ch (au lieu de 490 ch), sur la Maxtron. En cabine, plusieurs équipements sont nouveaux (accoudoir Ergo Drive, joystick). A l’extérieur, de série, l’arracheuse reçoit un éclairage par diodes électroluminescentes (Led). Quant aux Rexor 620 et 630, elles sont proposées dans une version 32 ou 40 km/h sur route et bénéficient d’un nouveau bâtis d’arrachage. Celui-ci peut compter 6, 8 ou 9 rangs, avec des socs alternatifs et un réglage individuel de la profondeur rang par rang. Grimme introduit également une nouvelle effeuilleuse, commandée en cabine, évacuant les fanes vers la gauche ou entre les rangs (système In Line). Une flexibilité utile, selon Grimme, dans des conditions humides, sur des terrains en pente ou envahis par les mauvaises herbes.

© Grimme

L’arracheuse Maxtron passe de 490 à 530 ch

Le R-Soil Protect primé par Agritechnica Ropa décroche une médaille d’argent Agritechnica 2015 pour son châssis hydraulique R-Soil Protect. Ce système offre l’avantage, selon le constructeur bavarois, de protéger les sols grâce à une pression des pneumatiques de la machine n’excédant pas 1,4 bar. Une interconnexion entre les trois essieux dotés de vérins hydrauliques, sur l’arracheuse de betteraves Tiger 5, répartit la charge et limite le report du poids sur une seule roue. La réduction du compactage du sol est également due à l’utilisation, sur la machine, de la nouvelle génération de pneumatiques Michelin – le Cerexbib IF 1000/55 R 32 – à la surface portante augmentée. Des mesures effectuées par Ropa et Michelin ont révélé que l’association du R-Soil Protect et du Cerexbib IF 1000/55 R 32 entraîne une diminution de 33 % de la pression exercée sur le sol et une augmentation de 49 % de la portance.

GRIMME

Grimme présente au salon Agritechnica 2015 un nouveau semoir de précision Matrix pour les betteraves sucrière et fourragère, la chicorée et le colza, en version douze ou dix-huit rangs écartés de 45, 48 ou 50 cm. Le Matrix dispose d’un équipement pour le semis simplifié (sous mulch) avec deux disques ouvreurs, guidés en profondeur par deux roues Farmflex. La mise en pression mécanique des éléments semeurs s’effectue dans 4 positions indexables et jusqu’à 90 kg par élément, ou bien elle est hydraulique (en option) jusque 190 kg. Une version du semoir avec des éléments pour un semis en itinéraire conventionnel est prévue. Le disque sélecteur est actionné par un moteur électrique, ce qui ouvre des possibilités de jalonnage avec le Clever Planting (semis plus dense de part et d’autre du rang débrayé), mais aussi le semis en quinconce et en parallèle. Le Matrix, compatible Isobus, se commande, de série, depuis le terminal à écran tactile en couleur CCI 100, et peut recevoir, en option, un microgranulateur. Grimme a confié à Kleine, constructeur allemand de matériel betteravier qu’il a repris en 2012, le soin de développer son semoir dont une présérie sera construite en 2016.


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ÉQUIPEMENTS PRO

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ÉQUIPEMENTS PRO

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MARCHÉS

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CÉRÉALES

Un regain d’optimisme Entre notre dernier commentaire de marché et l’actuel, les fondamentaux n’ont pas changé, mais la conjoncture est peut-être en train d’évoluer positivement et les cours ont rebondi fin octobre.

C

’est sans doute le marché du blé tendre qui cause le plus d’incertitudes. La récolte française reste située dans la zone des 41 Mt, mais entre son estimation de septembre et celle d’octobre (le 15) le conseil spécialisé céréales de FranceAgriMer est passé de 40,70 à 40,99 Mt, ce qui, noyé dans la masse, peut paraître modeste, mais n’en oblige pas moins FranceAgrimer à réajuster son bilan prévisionnel blé tendre pour y loger un supplément de 290 000 t. En premier lieu, les stocks et utilisations à la ferme ont été portés de 3,38 à 3,61 Mt, ce qui permet de soulager l’estimation de collecte, c’est-à-dire la part « commerciale » de la récolte, qui se retrouve quand même en hausse de 8 % sur la prévision de septembre, à 37,38 Mt. Ensuite, les utilisations intérieures ont été maintenues à un haut niveau grâce au poste « utilisations » par les fabricants d’aliments du bétail à 5,1 Mt, (+ 600 000 t). Mais, surtout, c’est dans l’augmentation de 500 000 t du poste « exportations » vers les pays tiers, porté à 11,5 Mt, que le conseil spécialisé trouve le moyen de ne pas alourdir le bilan de fin de campagne et même de l’alléger par rapport à septembre. Malgré l’accroissement des disponibilités, le stock dit « disponible » (s’ajoutant à un stock de report moyen sur 5 ans de 2,6 Mt) ressort à 2,16 Mt, contre 2,44 Mt prévu en septembre. Pour calculer le report « à l’ancienne », la différence entre les disponibilités et les besoins se chiffre à 40,16 - 35,39 = 4,78 Mt, contre 2,52 Mt fin de la dernière campagne.

Un démarrage d’exportations pays tiers laborieux Hors l’alimentation animale, les utilisations intérieures (panification, biscuiterie, amidonnerie…) ont un potentiel

Blé tendre €/t 250

Classe 2, en €/t, Rendu Rouen, livraison rapprochée Blé fourager, en €/t, Départ Eure-et-Loir

225 200 170

175 150 125 15 19 17 7 21 10 26 août avril mai juin juil.

Soft red winter

154

15 30 13 27 sept. oct.

Prix FOB Golfe, en $/t et en €/t

€/t et $/t 350 300 250

217,5 $

200 150

196 € 1 € = 1,11 $ 100 10 25 14 18 15 6 25 15 30 13 26 mars avril mai juin juil. août sept. oct. oct.

le Mexique. En 2014-2015, des marchés lointains nous ont permis d’écouler une pléthore de blé fourrager ; cette campagne, c’est à une abondance de bons blés qu’il va falloir trouver des clients, diversifiés.

Evolution des rendements en blé tendre (2015 par rapport à 2014) 100 q/ha

92 q/ha

Orge : tout pour la Chine

95 q/ha

81q/ha 88 q/ha

88 q/ha

76 q/ha 83 q/ha

76 q/ha

Hausse de plus de 10 % Hausse entre 5 et 10 %

77 q/ha

73 q/ha

68 q/ha

70 q/ha 60 q/ha

Hausse inférieure à 10 %

61 q/ha

Baisse

58 q/ha 56 q/ha

44 q/ha

36 q/ha

La production record de blé tendre à 41 Mt est en partie imputable à l’augmentation des surfaces, 3 % de plus qu’en 2014, et à un rendement record de 79,3 q/ha. Le Nord-Pas-de-Calais (103 q/ha) et la Picardie (96 q/ha) affichent des chiffres exceptionnels, suivis par la HauteNormandie. Au nord de la Loire, seule la Bretagne accuse un recul sur 2014.

d’évolution restreint. Reste l’exportation vers les pays tiers, la bonne récolte européenne excluant des perspectives en hausse notable des sorties en direction de l’UE. En élevant à 11,5 Mt les possibilités de ventes aux pays tiers, FranceAgriMer pêche-t-il par optimisme ? Si l’on considère le bilan actuel à près du tiers de la campagne, on pourrait le craindre. Le démarrage de l’export hors UE est laborieux ; les prises de certificats dans l’UE à 28 au 22 octobre représentaient 6,4 Mt contre 9,1 Mt à la même date en 2014, et les embarquements dans les ports français à destination des pays tiers affichaient, le 30 septembre (au quart de la campagne), 2 Mt, un chiffre proche de l’an dernier, mais toujours avec un client largement dominant : l’Algérie qui représente 1,4 Mt dans ce total, compensant la défection d’autres marchés, l’Egypte notamment. Cependant, la conjoncture est peut-être en train de tourner et la campagne d’export va s’accélérer rapidement. D’abord, l’Algérie (encore) vient d’acheter 675 000 t de blé à l’occasion d’un appel d’offres couvert en origine « optionnelle » mais dans lequel le blé français devrait avoir pris une place majoritaire. Ensuite, la présence plus soutenue des acheteurs marocains avec la réduction des droits d’accès à ce marché. Enfin, et ce n’est pas le moindre facteur de relance potentielle de l’exportation du blé européen, dont français : la baisse de l’euro face au dollar, avec une parité de 1,11 $ pour 1 € à la date du 26 octobre, contre près de 1,14 une semaine auparavant. Cet atout de compétitivité est important pour contrer la concurrence mer Noire, sur le marché égyptien entre autres. Les prochains appels d’offres du Caire seront instructifs. On peut ajouter à cette liste de facteurs en faveur de l’exportation des débouchés plus exotiques comme

L’orge, pour sa part, ne souffre pas de problème de débouché tant que la Chine reste aux achats. Elle continue d’assurer la quasi-totalité de nos ventes extra-communautaires et, pour les 3 premiers mois de la campagne, les exportations d’orge vers les pays tiers étaient en progression de 157 %, avec 1,86 Mt (à peine moins que le blé tendre), dont 1,82 Mt pour la Chine, alors que l’Arabie Saoudite a disparu des écrans radar. FranceAgriMer a revu en hausse de 100 000 t ses estimations de potentiel d’export pays tiers, à 3,7 Mt, mais avec une collecte portée à 10,8 Mt, quelque 10 % de plus que la dernière campagne, le report atteindrait 1,7 Mt contre 960 000 t fin 2014-2015. FranceAgriMer a revu à la baisse ses estimations de récolte et de collecte de maïs ; cette dernière a été réduite de 160 000 t, à 11,45 Mt, soit 30 % de moins qu’en 2014-2015. Cependant, au vu de la moisson qui avance rapidement, mais assez irrégulièrement selon les régions, les rendements se révèlent meilleurs que prévu, selon l’AGPM, et la production serait alors révisable, mais dans des proportions qui ne modifieraient pas fondamentalement les disponibilités. S’agissant des utilisations, le conseil spécialisé céréales a surtout augmenté de 100 000 t ses prévisions de ventes à l’UE, avec 5,14 Mt (- 31 %). Malgré la faiblesse de la récolte, les importations, qui restent prévues à 400 000 t, seraient en retrait de 2,6 % par rapport à la dernière campagne, se plaçant dans la moyenne. En effet, outre la chute des exportations, la demande de la part des fabricants d’aliments du bétail est confirmée en fort retrait (21 %) avec 2,9 Mt.

Sensible rebond des prix Au cours de ces dernières semaines, les fluctuations de prix mondiaux des céréales ont été largement dépendantes de celles de la météo. Encore aujourd’hui, les craintes climatiques sur le blé aux Etats-Unis ou dans la zone mer Noire et la spéculation sur une baisse de la production australienne, tirent les prix mondiaux du blé vers le haut. En début de semaine 43, le marché de Chicago a poussé les fonds à racheter massivement des positions shorts sur le blé ; cette hausse a été reprise par Euronext qui, avec l’aide de la baisse de l’euro, s’affichait à 181 €/t rendu Rouen, le 26 octobre, au plus haut depuis 2 mois. Les perspectives d’une reprise de l’exportation ont aussi contribué, pour le marché physique français, à un alignement sur cette tendance, malgré l’abondance de l’offre. Ainsi, le blé tendre (qualité 76/220/11), rendu Rouen, cotait 170 €/t le 26 octobre, 10 €/t de mieux qu’il y a 1 mois et au niveau de l’an dernier, même date. L’orge fourragère suit sans peine le mouvement haussier en s’affichant à 162 €/t, 4 € de plus qu’il y a un an. Et le maïs, à 168 €/t FOB Rhin, dépasse de 10 €/t le cours de l’an passé. P. G.


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MARCHÉS

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BOURSE

On marche sur les nuages L’indice phare de la Bourse de Paris, le CAC 40, a pour le moment progressé de 15 % depuis début 2015, et de 13 % sur 12 mois. Au fond, ce n’est pas si mal, se rassurent les opérateurs qui, depuis quelques mois, ont le sentiment de n’avoir pas beaucoup de prise sur les événements.

P

our donner la mesure de l’incertitude qui règne dans les milieux financiers, les opérateurs, en semaine 44, tournent leurs yeux vers Pékin et le Congrès du Parti Communiste chinois, qui devrait prendre des décisions pour soutenir l’investissement et la consommation. C’est dire de quoi et de qui on est maintenant dépendant… En attendant, le marché a, en semaine 43, concrétisé avec empressement sa satisfaction à l’écoute des promesses de Mario Draghi, le président de la BCE. Celui-ci, qui décidément fait tout ce qu’il peut pour soutenir la croissance européenne, a encore indiqué qu’il prendra des mesures positives d’ici décembre. Cette fois, on marche sur les nuages parfumés au « quantitative easing » qui viennent de Francfort : aussi longtemps qu’on planera dans cette atmosphère divinement artificielle, on ne tombera pas. Comme par ailleurs les résultats d’entreprises qui ont été publiés vont dans le bon sens, les investisseurs se sont un peu lâchés, et le CAC a gagné + 4,7 % pour s’installer à 4 923 points, tout près des 5 000 points à nouveau fantasmés. A vrai dire, cet engouement a été assez passager. Les opérateurs, certains d’entre eux au moins, ont été vite saisi du vertige des positions hautes qu’ils avaient prises et, dès le début de la semaine suivante, on décrochait un peu.

Une fin d’année dans de bonnes conditions

Bref, si le PC chinois le veut bien, si Mario Draghi reste de bonne humeur, si Warren Buffet ne s’est pas trop trompé, si Janet Yellen ne dit pas le contraire et si le gouvernement n’invente pas encore une de ces petites diableries fiscales dont il a le secret, on devrait finir l’année dans d’assez bonnes conditions. Pour l’agroalimentaire et la distribution, la période qui vient de s’achever est un peu difficile car la consommation des ménages est freinée par les dépenses de la rentrée scolaire, étudiante et… fiscale. Mais l’export continue d’être bien orienté, avec un euro au bon équilibre. En général, les résultats d’entreprises sont conformes à ce qu’on attendait, pas géniaux mais quand même substantiels.

Les entreprises

Monsanto annonce de lourdes pertes (495 M$ pour le dernier trimestre). Le groupe prévoit aussi 2 600 suppressions d’emplois dans les 18 à 24 mois à venir. Le chiffre d’affaires en maïs est en baisse de - 6 %, et de - 19 % pour le soja. Monsanto annonce un rachat de ses actions pour 3 Md$. Devant ces perspectives, le groupe avait essayé de reprendre le groupe suisse Syngenta, mais on sait que celui-ci a refusé l’offre de Monsanto. La société Sim-Sanders, codétenue par le groupe français Avril et la société algérienne Semoulerie industrielle de la Mitidja (Sim), a ouvert une usine d’aliments pour le bétail à Aïn Defla, à 140 km d’Alger. Elle permettra à SimSanders de devenir le leader de la nutrition animale dans le pays. D’une capacité de production de 150 000 tonnes d’aliments par an, elle valorisera les sous-produits et les

matières premières locales comme les caroubes, coques d’amandes, grignons d’olives. Nestlé a publié, pour les 9 mois de son exercice, un CA de 64,9 Md FS, en croissance organique de 4,2 %, et en croissance interne réelle de + 2 %. Une croissance moindre que prévu du fait « d’événements exceptionnels avec les nouilles Maggi en Inde et un réajustement des remises pour Nestlé Skin Health », commente Paul Bulcke, administrateur délégué de Nestlé. Dans la zone Asie Océanie Afrique, le groupe a ainsi vu ses ventes reculer de - 0,5 % en croissance organique. Agrogeneration, le groupe dirigé par Charles Beigbeder, vient de sécuriser sa prochaine campagne de céréales et d’oléagineux en Ukraine par le renouvellement d’un crédit spécifique de 35 M€ auprès d’Alfa-Bank Ukraine. Cet accord financier, dit un communiqué, « intervient dans un contexte de stabilisation encore fragile mais marqué par des avancées sur la restructuration financière de l’Ukraine et par des annonces récentes concernant le retrait progressif des armes dans la région du conflit ». Metro, le géant allemand de la distribution, a vu son CA baisser de - 1,2 %, à 59,2 Md€, sur l’exercice

En hausse Cours en € en semaine 43 (variations sur N-1) Crédit Agricole 11,46 (+ 3,3 %) L’amende de 694 M€ à payer au Trésor US ne semble pas avoir d’impact sur les opérateurs. Carrefour 30,20 (+ 4,2 %) Croissance et rentabilité sont redevenues les mots d’ordre du groupe, avec de meilleurs résultats à la clé. Danone 63,15 (+ 8,4 %) L’objectif d’un CA en croissance, + 4 à + 5 %, cette année est maintenu, avec + 4,6 % au 3e trimestre. Pernod Ricard 106,45 (+ 7,6 %) Le CA du 1er trimestre est à +9 % et on table sur +1 à +3 % en bénéfice opérationnel sur l’exercice en cours. Rémy Cointreau 63,85 (+ 5,8 %) Le CA du premier semestre est en hausse de +6,1 %, atteignant 500,7 M€. Vilmorin & Cie 64,57 (+ 2,9 %) L’activité OGM se développe par accord avec l’allemand KWS et avec le suisse Syngenta. Bonduelle 22,37 (+ 1,5 %) Le dernier exercice a été clos sur d’excellents résultats, mais les perspectives actuelles sont moins flatteuses. Naturex 64,18 (+ 2,7 %) Le premier semestre n’a pas été bon, mais la marge opérationnelle est en cours de redressement, ce qui a rassuré.

Le CAC 40 en points

4 857 pts

5 200 5 000 4 800 4 600 4 400 4 200 4 000

29 octobre 2014

29 octobre 2015

2014-2015 clos fin septembre, sous l’effet de taux de change défavorables et de changements de périmètre. Le groupe, présent en Europe de l’Est et en Russie, pâtit de la faiblesse des monnaies de cette région, en particulier du rouble. Metro dit s’attendre à une bonne saison de Noël. FRANÇOIS LANDRIEU

Fromageries Bel 372,00 (+ 1,9 %) Bonne orientation maintenue, avec +27,4 % en progression annuelle. Vranken Pommery 28,17 (+ 0,6 %) Faible intérêt autour du titre en ce moment, mais l’évolution est stable avec +19 % en annuel. Tipiak 74,50 (+ 1,4 %) Le titre évolue plus lentement, dans une fourchette moyenne à +14 % en annuel.

En baisse Laurent Perrier 78,59 (- 1,2 %) Petit recul ponctuel, mais la variation annuelle est à +18,8 %. Virbac 173,60 (- 2,9 %) Les résultats 6 mois de ce laboratoire vétérinaire sont plus défavorables que prévu. Vétoquinol 18,37 (- 5,8 %) Encore un labo veto à la peine. On invoque la réglementation renforcée sur les antibiotiques. Oneo 6,23 (- 0,8 %) On compte sur la nouvelle acquisition, la société portugaise Piedade, pour grossir le CA d’environ 40 M€. Crédit Agricole de la Crau 72,52 (- 9,4 %) Le recul se prolonge, avec déjà une baisse annuelle de -14 %. Graines Voltz Une descente qui se prolonge, - 29 % en annuel.

15,61 (- 2,3 %)

Grand Marnier 4 950,01 (+ 1 %) Le titre a gagné +11,4 % sur un an, un peu en dessous des moyennes de valorisation.

Toupargel 5,15 (- 1,3 %) Evolution très discrète, pour ne pas dire plus. Sur un an on a gagné +1,8 % c’est-à-dire rien.

Fleury Michon 65,31 (+ 1,3 %) Poursuite d’une revalorisation galopante, + 40 % en annuel.

Bernard Loiseau 3,46 (- 1,1 %) Petite hésitation sur le titre. L’évolution sur un an est à +10,2 %.


MARCHÉS

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SUCRE

Le sucre brut reprend des couleurs

L

e sucre brut est tiré vers le haut par les “opérateurs non commerciaux”, qui s’intéressent à lui depuis la fin septembre. C’est suffisamment nouveau pour être souligné, car on n’avait pas vu ceux que l’on nomme aussi “spéculateurs” en position dits “d’acheteurs” depuis juillet 2014 ! Ils étaient ainsi restés plus d’un an et demi à estimer que le marché était sur une pente descendante... Mais, depuis un peu plus d’un mois, ils estiment probable une remontée des cours et, se positionnant à l’achat, accompagnent l’effet de reprise. Et c’est ainsi que le sucre brut dépasse les 14,5 cts/lb sur le premier terme, ce qui ne s’était pas vu depuis février dernier. Le sucre raffiné suit un peu difficilement cette progression, et la prime de blanc est malmenée, sous les 70 US$/t.

Les imports chinois battent un record

La monnaie brésilienne, relativement assagie par rapport au mois dernier (il faut désormais un peu plus de 3,80 réals pour 1 US$ quand il en fallait plus

de 4 fin septembre) n’y est pas pour rien dans cette reprise. Et les fondamentaux restent également encourageants. Cette dernière quinzaine, plusieurs annonces sont en effet de nature à nous faire penser que la reprise peut durer. D’une part, la pluie au Brésil freine la fin de campagne, toujours estimée moindre en sucre cette année par rapport à l’an dernier (un peu au-dessus de 35 Mt contre 39,5 Mt la campagne précédente) et avec une allocation à l’éthanol à un maximum, au-delà de 58 %. D’autre part, les imports chinois, que l’on pensait à la peine au regard de ses stocks au plus haut et de signaux macroéconomiques peu encourageants, ont été plus que conséquents en septembre, clôturant la campagne 2014-2015 à presque 4,9 Mt de sucre importé, soit un nouveau record ! Une offre moindre et une demande légèrement haussière : c’est d’ailleurs confirmé par FoLicht, dans son premier bilan mondial pour la campagne 2015-2016, qui estime le déficit mondial à 5,2Mt, après 5 années de surplus. Cette nouvelle devrait être de nature à maintenir une pression à la hausse sur les cours du sucre… que l’on espère durable !

Cours mondial du sucre brut et raffiné (terme proche, en €/t) € 550

450

350

250

150 01/2011

07/2011

01/2012

07/2012

01/2013

07/2013

Sucre brut (New-York)

01/2014

07/2014

01/2015

07/2015

Sucre raffiné (Londres)

Le sucre roux poursuit sa progression et dépasse les 14,5 cts/lb le 22 octobre, pour la première fois depuis 8 mois. Malgré un euro qui remonte un peu face au dollar, la prouesse est belle, même de notre côté de l’Atlantique : + 35 % par rapport à septembre dernier (proche désormais des 290 €/t) ! Le sucre blanc monte aussi, mais moins vite (proche des 350 €/t), contractant la prime de blanc sous les 60 €/t.

Cours de l'éthanol américain (en $/hl) et européen (terme proche, en €/hl) $/hl

Aux USA, l’éthanol oscille autour des 40 $/hl, tiré par un maïs et un pétrole bas. En Europe, il reste attentiste, toujours au-dessus de 55 €/hl.

100

€/hl 70

90

65 60

80

55 70 50 60 45 50

40

40

35

30 09/2013

30 12/2013

03/2014

06/2014

09/2014

Ethanol US (en $/hl, échelle de gauche)

12/2014

03/2015

06/2015

09/2015

Ethanol UE (en €/hl, échelle de droite)

OLÉAGINEUX

Le colza sous la pression du soja

A

près une belle période de hausse puis une phase de stabilisation, le colza s’effrite légèrement fin octobre sous la pression de l’avancée satisfaisante des récoltes de soja aux USA et dans le sillage du pétrole. Le colza, même s’il évolue sur des fondamentaux différents de ceux du soja avec une baisse importante de la production mondiale, ne peut s’exonérer de l’impact de la marée montante de la récolte de soja. Il est particulièrement

Colza

Prix FOB Moselle, en €/t

€/t 450 425 400

379 €

375 350 325 25 23 16 avril mai juin

8

28 juil.

12 25 17 28 sept. août

13 27 oct.

sensible par ailleurs à l’évolution du cours du pétrole qui, sur cette fin de mois, casse sa zone support et repasse sous les 44,5 $ le baril. Le colza est également sensible au retour à la baisse de l’huile de palme qui souffre de chiffres à l’export assez mauvais pour la Malaisie. Il est enfin impacté par une amélioration en fin de parcours des perspectives de récolte de canola au Canada. Le Fob Moselle, qui avait réussi à franchir allègrement la barre des 380 €/t, revient fin octobre sur un nominal de 379 €/t en base novembre. Il faut noter à plus long terme l’impact haussier potentiel des mauvaises conditions d’implantation du colza sur la mer Noire. Alors que les bateaux ukrainiens ont déversé d’importantes quantités de colza dans les ports français sur ce début de campagne, on peut d’ores et déjà penser que la situation sera plus tendue en 2016. A plus court terme, El Niño pourrait également mettre en péril la récolte de canola en Australie.

En attente de l’évolution d’El Niño Les récoltes se poursuivent aux Etats-Unis et sont maintenant réalisées à hauteur de 87 % contre 68 % l’an dernier à la même date. Les premiers échos sur les rendements sont satisfaisants, la récolte pourrait atteindre 106 Mt, soit seulement 1 Mt de moins que sur la campagne dernière, malgré la baisse des surfaces. Ces premiers éléments font d’ores et déjà pression sur les cours. Au Brésil, les conditions

climatiques, qui jusqu’alors n’étaient guère favorables, le deviennent avec des pluies qui permettent aux semis de se réaliser dans de bonnes conditions dans les zones qui souffraient de sècheresse et le retour du beau temps dans celles jusqu’alors en excédent. En Argentine, le retour des pluies est bénéfique. Ces éléments renversent un marché qui, ces dernières semaines, a été soutenu par la vigueur des achats chinois de graines US qui ont doublé sur le mois de septembre et restent importants sur octobre. En perspective pour les mois à venir, et hors conditions météo sur l’Amérique du Sud, le marché va rester sensible au phénomène El Niño maintenant avéré, qui risque d’impacter la production des palmiers à huile. Les observateurs scrutent également avec attention l’évolution de la situation politique en Argentine avec les élections en cours. Les producteurs argentins sont pour l’heure assis sur un important tas de soja dans la crainte d’une éventuelle dévaluation de la monnaie. Si ce stock revenait brutalement sur le marché, il pourrait bousculer des équilibres déjà fragiles. Quant aux protéagineux, les prix des pois sur la dernière quinzaine d’octobre ont bénéficié du léger renchérissement du tourteau de soja et de la baisse des cours du blé. La mécanique s’inverse maintenant avec le retour à la baisse du soja et à la hausse du blé. JEAN LANGO


STRATÉGIE DE L'EXPLOITATION

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SOPHIE ET JEAN-FRANÇOIS GAUDUIN, DANS LE PAS-DE-CALAIS

L’argent du beurre Crème, beurre, fromage blanc et une gamme de plus de 30 yaourts. Jean-François et Sophie Gauduin transforment un tiers de leur lait à Waben, près de Fort-Mahon. Une diversification appréciée dans ces moments de crise laitière.

L

Un savoir-faire technique reconnu

«J’ai commencé avec une ancienne baratte en bois et le savoir transmis par une dame de 80 ans. Puis j’ai beaucoup progressé avec l’ARVD, l’association régionale de vente directe», explique-t-elle. Le couple suit des formations sur la production de beurre, de yaourts, de fromages frais ou affinés. « Nous avons gagné des années d’expérience grâce à ce réseau », avoue Jean-François, d’autant plus que chaque formation est suivie de visites chez des producteurs

Les Gauduin préparent 4 tonnes de beurre par an, un produit très technique.

Jean-François Gauduin : « La vente directe nous permet de mieux valoriser notre lait ».

© Marie-Pierre Crosnier

a côte d’Opale ne se résume pas aux gourmandises de la mer. Sur le marché bihebdomadaire de Berck-sur-mer, Sophie et Jean-François Gauduin proposent yaourts, beurre fermier, crème et fromage blanc. «De nombreux estivants ou vacanciers nous connaissent et apprécient nos produits locaux», se réjouit le couple d’agriculteurs. Jean-François, installé depuis sept ans à quelques kilomètres de la mer, à Waben (62), entre Berk et Fort-Mahon, élève avec son épouse 45 vaches laitières. « Nous transformons plus du tiers de notre lait, soit 140 000 litres par an », dévoile-t-il. Sur leur 105 ha de terres sableuses, très sensibles à la sécheresse, ils en consacrent une trentaine aux prairies, 14 ha aux betteraves sucrières livrées à la sucrerie d’Attin (Tereos), 40 ha au blé et à l’escourgeon et 22 ha au maïs. Le couple a complètement changé l’exploitation familiale qui ne disposait que de 25 laitières et d’un petit atelier porcin, le tout sur des bâtiments vétustes. En 2011, il investit 260 000 € dans une stabulation libre et une salle de traite 2x5, avec l’objectif de doubler la production. Sophie, passionnée de transformation, décide de créer un atelier de production fermière. Ancienne salariée du service de remplacement du Pas-de-Calais, elle a déjà participé à la transformation et à la vente à la ferme de produits aussi divers que le foie gras, les volailles et le lait.

Sophie Gauduin explique que 60 000 € ont été consacrés à l’atelier de production de beurre et yaourts, dont 24 000 € pour cette machine qui empote et emballe les yaourts.

fermiers. Ce réseau, spécifique au Nord-Pas-de-Calais, va sûrement s’élargir à la Picardie (régionalisation oblige). Il propose aussi des achats communs d’emballages, des suivis d’analyse qualité, des analyses bactériologiques et surtout un apport de conseils professionnels pertinents. «La fabrication du beurre est très technique, reconnaît la productrice. Il faut trouver le bon moment pour laver le beurre afin qu’il ait du goût, sans rancir». Au vu des nombreuses médailles acquises au concours de la Capelle et du plébiscite des consommateurs, nul doute que Sophie maitrise la fabrication. De même pour les yaourts qu’elle propose dans une gamme de 30 parfums différents. Les Gauduin transforment chaque année 50 000 l de lait en yaourts et fromage blanc et 90 000 l en beurre. Soit 4 tonnes de beurre par an (comptez 22 l de lait pour 1 kg

de beurre) ou encore plus de 1 500 yaourts par semaine. «Nous n’avons jamais réalisé de publicité. Le bouche à oreille a toujours suffit», se félicite Sophie. Les ventes ont lieu deux après-midi par semaine à la ferme et deux matinées sur le marché de Berck. Avec une très forte saisonnalité, les estivants et résidents secondaires étant de gros consommateurs. Le beurre d’été, plus jaune, réalisé avec une ration comportant beaucoup d’herbe est aussi fortement apprécié. Certains n’hésitent pas à le congeler... pour l’hiver. Le couple livre aussi trois collèges voisins en yaourts toutes les semaines, ainsi que des bouchers-traiteurs et maraichers. Une forte demande existe, mais Sophie et Jean-François veulent garder leur production artisanale et maîtriser la vente.

Herbe, lin, pommes de terre, maïs et pulpes de betteraves. L’alimentation des vaches est très suivie pour obtenir de bons produits.


29 Pour fabriquer de bons produits, les éleveurs accordent beaucoup de soin à la ration des laitières. Les vaches mangent de l’herbe l’été, même si les pâtures sont situées à 1 km.

De l’herbe, des pulpes et des pommes de terre...

Et la ration hivernale est bien « chti » avec pommes de terre et coproduits de betteraves ! Elle comporte 2 à 2,5 kg de pulpes déshydratées de betteraves, la même quantité de foin, 6 kg de pommes de terre, 45 kg de maïs, 900 g de mélasse, du tourteau de lin et un correcteur azoté. Au total, l’exploitation consomme 50 t de pulpes déshydratées. Pour gérer les temps de travaux et maîtriser les charges, l’agriculteur appartient à deux Cuma. Le matériel de l’exploitation se réduit à une mélangeuse pour l’élevage, un semoir et une remorque en copropriété et deux vieux tracteurs. Le producteur utilise les tracteurs de tête de la Cuma, le télescopique, la presse, le matériel d’épandage et de travail du sol. Un entrepreneur réalise les semis de betteraves et de maïs et leur récolte, ainsi que le battage du blé. Les betteraves sont récoltées par une intégrale en deux tours.

Trésorerie tendue

Reste que la trésorerie demeure tendue. Il faut amortir les 400 000 € investis au total, dont 260 000 € dans les bâtiments et 60 000 € dans l’atelier de transformation. L’aménagement des locaux du laboratoire (15 000 €), mais aussi la machine à empoter et emballer les yaourts (25 000 €), la baratte (7 000 €). Sans oublier de nombreux matériels achetés d’occasion (vitrines réfrigérées, chambre froide, matériel pour pasteuriser). Les producteurs doivent aussi disposer de deux tanks. Un circuit pour le lait “normal” et un autre pour le lait écrémé. Le chiffre d’affaires transformation atteint 90 000 €, avec un beurre vendu à 8,4 €/kg et des yaourts 60 ct l’unité. Au final, ils estiment la valorisation de litre transformé à 39 ct/l, contre 32 ct/l pour celui vendu à la laiterie Sodiaal actuellement. «Notre activité a permis de créer un emploi sur la ferme. Mais les résultats restent encore trop faibles, notamment pour pouvoir améliorer notre outil de transformation ou employer quelqu’un», regrette Sophie. «  Notre plus grande satisfaction est d’offrir un produit artisanal très apprécié par les consommateurs », conclut cette passionnée. Avis aux gourmets. MARIE-PIERRE CROSNIER


FLASH INDUSTRIES

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CRISTAL UNION

La sucrerie de CORBEILLES passe au gaz La sucrerie de Corbeilles-en-Gâtinais, dans le Loiret, vient d’opérer sa transition énergétique afin d’être plus performante, tout en limitant son impact sur l’environnement.

C

cas encore cette année », note Bruno Labilloy, directeur agricole du groupe. Selon lui, Cristal Union est placée dans les meilleures zones betteravières, soit 20 départements sur les 29 départements betteraviers français.

Rayon d’approvisionnement de 25 km

L’atelier de séchage des pulpes a été mis en service en septembre dernier. Il a une capacité de 50 000 l/h d’évaporation à 650 °C.

Zéro prélèvement d’eau en 2020 Les efforts portent aussi sur la consommation d’eau : « Aujourd’hui, la sucrerie ne prélève pratiquement plus d’eau dans la nappe phréatique, seulement 5 l par tonne de betterave travaillée. Toute l’eau de la betterave est recyclée au niveau des épandages agricoles.  L’objectif est d’atteindre zéro litre en 2020 », explique Maurice Lombard, directeur industriel du groupe. Au niveau de la performance industrielle, la quantité de pierres à chaux utilisées comme agents d’épuration a été diminuée de 15 % sur les 5 dernières années.

cy F-X Duquenne

ristal Union a inauguré, le 15 octobre dernier, sur son site de Corbeilles-en-Gâtinais, une nouvelle chaudière gaz et un nouvel atelier de déshydratation de pulpes. Ces deux réalisations ont nécessité un investissement global de 25 M€ et plus de deux ans de travaux. Le chantier s’est déroulé en plusieurs étapes. Quelque 12 km de tuyau ont été posés pour acheminer le gaz à 60 bars entre Pannes et la sucrerie où le gaz est détendu à 4 bars (les travaux ont coûté 5 M€). Pour la sucrerie, la chaudière existante qui fonctionnait au fioul a été convertie au gaz l’année dernière. Par ailleurs, une seconde chaudière gaz complémentaire a été installée en septembre dernier (le coût total pour les deux chaudières est de 10 M€). Enfin, les deux sécheurs à pulpes de betteraves, qui fonctionnaient également au fioul, ont été remplacés par un seul sécheur à gaz (coût 10 M€) d’une capacité de 35 tonnes à l’heure. Le fonctionnement au gaz rend la sucrerie plus performante et moins polluante, en réduisant de 30 % les rejets de CO2. Par ailleurs, la facture énergétique a baissé de plus de 25 %. Du côté du sécheur à pulpe, le passage au gaz devrait réduire de 30 % les coûts de production. Cristal Union attend aussi une augmentation de 20 % de la capacité de production, une diminution de 30 % des rejets de CO2 et des rejets de poussières divisés par 10 !

La particularité de l’usine de Corbeilles est de disposer de cuves de stockage de sirop qui permettent de faire fonctionner l’usine en intercampagne durant près de 50 jours supplémentaires, d’avril à mi-mai, pour 40 % de De belles fresques égaient l’intérieur de l’usine. sa production de sucre.

Enfin, la sucrerie va déterrer 100 % des betteraves cette année, contre 65 % en 2014. Le déterrage évite ainsi de transporter 25 000 t de terre (soit 800 transports routiers) qui restent sur les champs. Ces investissements renforcent le dispositif industriel de Cristal Union dans le sud de Paris. Cette région représente le 2e bassin betteravier du groupe. « Avec 70 % de la sole betteravière irriguée et 2 degrés de température en plus, les planteurs de la zone affichent un rendement supérieur à 14 t/ha de sucre. Cette région est régulièrement en tête des régions betteravières européennes, comme c’est le

L’équipe dirigeante de Corbeilles et de Cristal Union devant la chaudière gaz de la sucrerie. Elle a une capacité de production de 115 t/h vapeur (contre 80 t/h à 60 bars) et réduit la facture énergétique de plus de 25 %.

Les dirigeants pointent le fait que les 3 usines du Loiret ont un rayon d’approvisionnement moyen de 25 km, inférieur de 10 % de la moyenne nationale. « Nous avons un potentiel de développement des surfaces, sans allonger de façon exagérée les campagnes betteravières. Nous avons lancé un plan de développement des surfaces de 20 000 ha à partir de 2017 pour l’ensemble de Cristal Union. Cela est possible grâce à un engagement coopératif  de 98 % des planteurs. C’est un point fondamental pour demain », déclare Bruno Labilloy. Les sucreries de Corbeilles, Toury, Pithiviers et Bourdon se tiennent prêtes pour saisir les opportunités qui se présenteraient après 2017. Les 4 unités industrielles du sud de Paris ont été modernisées avec 90 M€ d’investissement sur les 5 dernières années. Outre le passage au gaz à Corbeilles, le préparateur à cossettes a été changé et l’évaporation a été modifiée à Pithiviers, le lavoir et la chaudière ont été renouvelés à Bourdon ainsi que le four à chaux à Toury. Sans réaliser d’investissements majeurs, les 4 sucreries pourront absorber les 20 % de betteraves supplémentaires. « Ce que vous voyez à Corbeilles, c’est la continuité des investissements réalisés pour l’après-quota. Cristal Union a investi au total 1 milliard d’euros dans ses usines. L’outil industriel est une des clés de l’avenir avec l’amont agricole et le commerce, a déclaré Olivier de Bohan, président de Cristal Union. Grâce à notre structure financière saine, nous sommes très sereins pour aborder 2017 ». FRANÇOIS-XAVIER DUQUENNE

REPÈRES Sucrerie de Corbeilles • Planteurs : 630 • Effectifs permanents : 135 • Surface : 8 900 ha • Capacité de betteraves : 11 500 t/j • Production sucre : 110 000 t/an • Déshydratation pulpes : 35 000 t/an


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La démarche de durabilité “Cristal Vision” reconnue par SAI Platform La démarche de durabilité de la betterave de Cristal Union vient d’être reconnue par les acteurs internationaux de l’industrie agroalimentaire et des boissons. Cette reconnaissance par SAI (Sustainable Agriculture Initiative) Platform* est l’aboutissement d’un travail lancé dès 2002 par le groupe sucrier avec la démarche “de qualité et de progrès de la production de betteraves sucrières“. « En janvier 2015, Cristal Union a mis en œuvre son propre référentiel “Cristal Vision, Smart Sugar Beet”, afin d’apporter une réponse claire et compréhensible à l’ensemble des différents enjeux de la durabilité  », explique un communiqué du groupe. “Cristal Vision“ permet aux planteurs de Cristal Union de faire connaître et de développer la durabilité de leurs systèmes de production, notamment sur le maintien de la fertilité des sols et les bonnes pratiques agro-environnementales, la performance économique, la sécurité des travailleurs et la prévention des risques. Au niveau de l’exploitation agricole, cette reconnaissance de “Cristal Vision“ permet aux planteurs de Cristal Union d’atteindre le niveau “Or“ du FSA (Farm Sustainability Assessment). Le déploiement et le suivi de l’application du référentiel “Cristal Vision“ sont assurés par des audits terrain réalisés chaque année auprès d’un panel de planteurs audités à la ferme. * Voir dossier dans le Betteravier Français n° 1025 p. 6.


FLASH INDUSTRIES Cap Filière Semences et Plants, épisode 2

Le projet “Cap Filière Semences et Plants 2010-2014” a été reconduit pour 4 ans, en partenariat avec le Conseil régional Centre - Val-de-Loire. Soutenu par les acteurs de la filière, il a pour but d’aider à la pérennisation et à la sécurisation de la production de semences et plants. La première édition a connu un véritable succès, le GNIS s’engage pour quatre nouvelles années.

Une vidéo pédagogique sur l’irrigation L’IRSTEA - Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture - a réalisé une vidéo pédagogique, en motion « design » qui explique le rôle de l’irrigation dans l’adaptation des territoires face aux changements climatiques et les travaux que fait l’institut dans ce domaine. Cette vidéo visant le grand public, très intéressante, fait partie d’une série de documents autour du thème “ Quelle dynamique des territoires face au changement climatique ? ”. Elle est conçue sur le même modèle que celle qu’a réalisé Nicolas Hulot sur la conférence sur le climat COP21 et qui rencontre un grand succès. www.irstea.fr

Aurea AgroSciences, fusion des labos d’Arvalis Issue de la fusion des laboratoires LCA, SAS, Agro-Systèmes et Agro-Prélèvement, Aurea AgroSciences vient de voir le jour. Arvalis a ainsi regroupé en une seule structure l’ensemble de ses filiales, et souhaite proposer toute la gamme de services d’analyses agro-environnementales : analyses de sol, de supports de culture et solutions nutritives, d’eaux, de produits organiques, de contaminants ainsi que les diagnostics sanitaires sur les végétaux. Avec presque 50 % du marché en France, Aurea AgroSciences devrait réaliser un chiffre d’affaires de 19 M€ et regroupe 200 collaborateurs. Elle affiche aussi une ambition de développement au niveau européen.

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PULPE ET LUZERNE DÉSHYDRATÉES

DÉSIALIS accélère sa diversification à l’export Après une campagne 2014-2015 où les prix ont tenu bon, la commercialisation des produits déshydratés va s’inscrire dans un contexte difficile pour la campagne 2015-2016. Dans le futur, Désialis compte développer l’export pour équilibrer ses marchés.

L

’importante campagne de production 2014-2015 pèse toujours sur les marchés. Si les prix moyens obtenus par Désialis se sont jusqu’alors plutôt bien tenus en pulpe et en luzerne, les trois prochaines années pourraient être compliquées, a pronostiqué le président Jean-Pol Verzeaux, lors de l’assemblée générale de Désialis, le 20 octobre dernier. « La pulpe et la luzerne baignent dans la mondialisation, a rappelé Serge Faller, directeur général de Désialis. Nous avons vendu presque la moitié de nos productions 2014-2015 à l’exportation. » Or les marchés des matières premières concurrentes (blé, maïs et soja) sont volatils et très déprimés depuis quelques mois. Les stocks mondiaux sont élevés en blé (221 Mt), maïs (195 Mt) et soja (87 Mt). Heureusement que la baisse de l’Euro par rapport au Dollar a ouvert des marchés en Extrême-Orient, notamment pour la luzerne en balles. En Europe, la santé de la filière lait est une des principales préoccupations de Désialis. La baisse significative des cours, qui sont aujourd’hui en dessous de 300 € les 1 000 l, fait que les trésoreries de nombreux éleveurs sont dans le rouge. La crise laitière a un fort impact sur la consommation des produits déshydratés en Europe. Pour la campagne 2014-2015, Désialis avait bien anticipé les mises en marché des luzernes et des pulpes de betteraves, ce qui a permis de finir l’exercice avec des prix moyens très satisfaisants : 200 €/t pour la luzerne et 169 €/t pour la pulpe.

Marketing direct auprès des éleveurs La ressource 2014-2015 (avec 704 000 t de luzerne et 664 000 t de pulpe) était supérieure de 300 000 t à celle de la précédente campagne. Pour 2015-2016, la ressource devrait être en baisse du fait de la sécheresse estivale. « L’objectif pour cette campagne est de privilégier les ventes sur du court terme pour trouver un équilibre dans les stockages réduits par les reports », a dévoilé Gérard Desvignes, directeur commercial de Désialis.

@ Désialis

EN BREF

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Des balles de luzerne arrivent aux Emirats Arabes Unis.

La société s’est appuyée sur une nouvelle politique de marketing direct auprès des éleveurs pour les balles de luzerne cet été, et va mettre en place cet automne des actions sur les pulpes et le mélange Silomix. Cette communication directe avec les éleveurs permet une approche régionalisée et ciblée avec le concours des distributeurs d’aliments.

Perspectives compliquées La gamme luzerne est tirée par les balles, qui apportent des fibres pour l’alimentation des bovins. Les balles prennent chaque année de l’importance, et représentent aujourd’hui 40 % du tonnage luzerne. Ce produit génère 4,5 €/t de plus-value par rapport à la filière pellet ! En pulpe de betterave, la consommation française n’est pas repartie en 2014-2015. Le report a été d’environ 50 000 t malgré l’exportation de 135 000 t “de maritime“, soit 21 % de la ressource. Les destinations sont : le Moyen-Orient, le Maroc, le Japon, la Corée et l’Europe du Nord. La perspective pour la campagne 2015-2016 en pulpe reste “impactée“ par les problèmes de trésorerie chez les éleveurs. Dans la difficulté, des clients de la filière viande et lait annulent certains contrats. L’offre de céréales est abondante et « les offres de pulpe russes donneront le “la“ jusqu’à la fin janvier 2016 avec la dévaluation du Rouble », pronostique Gérard Desvignes. Et puis, la pulpe égyptienne risque de prendre plus de place sur le marché. L’Egypte arrive sur la prochaine

La pulpe de betterave est chargée en vrac pour l’Arabie Saoudite. Les destinations de la pulpe française sont le MoyenOrient, le Maroc, le Japon, la Corée et l’Europe du Nord.

campagne avec 600 000 t à exporter. Les trois prochaines années vont être soumises à une concurrence internationale accrue. Concernant les drèches de blé, la production 2014-2015 a été plus faible que l’année record de 2013-2014, mais les stocks de report ont permis de compenser l’approvisionnement des clients et d’assurer la production de Silomix, qui augmente de 13 000 t. La production de Silomix (composé d’un mélange de granulés de pulpe, de luzerne et de drèches) est un objectif primordial, puisqu’il valorise mieux les 3 composants ensemble que lorsqu’ils sont vendus séparément. Selon Serge Faller, un important potentiel se trouve au Moyen et en Extrême-Orient. Avec la fin de l’irrigation des cultures en Arabie Saoudite et au Koweit. « C’est un marché colossal pour la luzerne et la pulpe si l’on parvient à répondre à leur cahier des charges », explique le directeur général. Le Japon et la Chine sont également des débouchés potentiels. La Chine va importer 1,2 Mt de luzerne, mais c’est un marché compliqué. Ces marchés sont également très importants à développer, alors que la fin des quotas sucriers en Europe pourrait se traduire par une augmentation des volumes de pulpe. « Nous sommes dans l’ère de la volatilité, c’est pour cela que Désialis va amplifier sa stratégie de différenciation, notamment au Moyen-Orient », a conclu Jean-Pol Verzeaux. FRANÇOIS-XAVIER DUQUENNE


FLASH INDUSTRIES

Actura, nouveau réseau de négoces agricoles Les adhérents des deux réseaux de négoces agricoles, Agridis et D’Clic, ont finalisé leur rapprochement. Les 133 adhérents du nouvel ensemble – pour un total de 154 entreprises - ont ainsi donné naissance à Actura, lors de la première assemblée générale le 2 octobre. Ils ont élu à la présidence d’Actura Frédéric Carré (ex-président de D’Clic, en photo), qui dirige le groupe familial Carré dans le Pas-deCalais, deuxième négociant français. Quant à Xavier Bernard, dirigeant du négoce du même nom dans l’Ain et ex-président d’Agridis, il prend la vice-présidence. Le nouveau directeur général est Eric Barbedette, ex-directeur général d’Agridis-Holdis,

et le directeur réseau est Jean-Baptiste Barbazanges, ancien DG de D’Clic. « Notre ambition est de devenir un acteur incontournable de l’agrofourniture, affirme Eric Barbedette, avec une stratégie visant à construire un réseau leader, de proximité, innovant et porteur de pérennité pour les entreprises adhérentes ». Le nouveau groupe affiche un chiffre d’affaires consolidé de 3,4 Md€, une collecte de 7 Mt. Il assure la distribution de 1,2 Mt d’engrais. Actura représente un potentiel d’achat de 410 M€, dont 315 M€ en produits phyto et 800 000 doses de semences, ce qui le place comme deuxième acteur national. « La qualité de mise en marché sera le socle de notre stratégie, précise Jean-Baptiste Barbazanges. En termes d’organisation de marché, nous allons renforcer l’accompagnement du réseau d’Actura par la création de bassins régionaux qui deviendront un lieu essentiel de l’animation commerciale. »

© Carré

Rapprochement entre Sodiaal et la CLHN La coopérative Sodiaal Union et la Coopérative laitière de HauteNormandie (CLHN) ont annoncé, le 29 octobre, qu’elles engagent un

et commercial qui a permis à la CLHN de s’appuyer sur le savoir-faire des équipes de Sodiaal pour réaliser et exploiter une nouvelle unité de transformation du lait dédiée à la microfiltration, qui trouvera des débouchés à valeur ajoutée pour la production de lait infantile et la valorisation de la protéine. Celle-ci sera prochainement inaugurée sur son site de Maromme, en Seine-Maritime.

© F.X. Duquenne

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projet de rapprochement qui sera proposé au vote de leurs assemblées générales respectives avant l’été 2016. La Coopérative Laitière de HauteNormandie (CLHN) collecte 240 millions de litres de lait, notamment destinés à des clients industriels, auprès de 475 producteurs sociétaires principalement de Haute-Normandie ainsi qu’en Picardie et Ile-de-France. 3e coopérative laitière européenne, Sodiaal compte 13 200 producteurs sociétaires, 9 400 salariés et 70 sites industriels en France. Sodiaal a collecté 4,8 milliards de litres de lait dans 70 départ ements français et réalisé un chiffre d’affaires de 5,4 Md€ en 2014. Sodiaal commercialise notamment les marques Entremont, Candia et Régilait. En février 2014, la CLHN avait engagé avec Sodiaal un partenariat industriel

Des livraisons d’engrais en baisse L’Union des industries de la fertilisation (Unifa) a annoncé un chiffre d’affaires réalisé par ses 50 adhérents en 2014 de 3 Md€, en recul de 3 %, pour un effectif stable de 4 120 emplois directs et environ 12 000 emplois indirects. La campagne 2014-2015 marque une légère baisse des tonnages livrés en engrais et amendements minéraux basiques à 12 millions de tonnes (- 1 % par rapport à la campagne précédente). Traduits en éléments nutritifs, il en résulte une hausse pour l’azote (+ 5%), un léger recul sur le potassium (- 2%) et une baisse du phosphore (- 8%) par rapport à la moyenne des trois dernières campagnes.

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AGENDA

Comités techniques de l’ITB Aisne Lundi 14 décembre 2015, à 9 h 30 Salle des fêtes de Chauny Place Yves Brinon - Chauny Centre - Sud Île-de-France Mercredi 16 décembre 2015, à 9 h 00 Salle des fêtes - Route de Laumonet Pithiviers-le-Vieil Champagne - Yonne Jeudi 17 décembre 2015, à 9 h 00 Salle des fêtes 14, rue Basse - Sarry Somme Mardi 5 janvier 2016, à 9 h 30 Salle des Events Avenue du Golf - Salouel Limagnes Mercredi 6 janvier 2016, à 8 h 30 Salle des Fêtes 18, route d’Entraigues Chappes Oise / Val-d’Oise Jeudi 7 janvier 2016, à 9 h 30 Salle de réunion 2, avenue du Maréchal Foch Estrées-Saint-Denis Normandie Mardi 12 janvier 2016, à 9 h 00 Salle des fêtes et de la culture 13, rue des Hauts Fourneaux Cuverville Nord - Pas-de-Calais Mercredi 13 janvier 2016, à 9 h 30 Salle des fêtes de Vimy Chemin Butez - Vimy Île-de-France Jeudi 14 janvier 2016, à 9 h 30 Salle Le Prieuré, Domaine de Champigny, RN 36 Crisenoy

Aube Démonstration d’arrachage, le 5 novembre La démonstration d’arrachage des betteraves, organisée par la FDCuma de l’Aube, le 5 novembre, se déroulera de 10 h à 12 h et de 14 h à 16 h à Yèvre-le-Petit. Les matériels présentés en dynamique seront : l’intégrale Ropa Panther, l’effeuilleusearracheuse-chargeuse Franquet Xbeet, l’intégrale Grimme Maxtron 620, l’intégrale Holmer Exxact Light Traxx et l’automotrice Lectra V3. A voir également différents partenaires dont l’ITB, le SBA, Cristal Union et Tereos, la présentation de l’outil Perfbet et des références économiques selon le type d’arrachage.


CHASSE

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Offensive contre les chasses traditionnelles Le lobby opposé aux chasses traditionnelles mène le combat sur plusieurs fronts : au parlement et devant l’opinion publique. Ce qui a obligé le président de la Fédération nationale des chasseurs à écrire au président de la République. Un argument de bon sens. Seulement voilà : la LPO admet la destruction des passereaux par la griffe et la dent des matous en maraude, elle tolère aussi la destruction des oies sauvages par le poison (pays scandinaves), mais un modeste prélèvement par le fusil la met hors d’elle. Cette association déteste le monde de la chasse.

Grive, ici une musicienne, c’est cet oiseau qui est concerné par les chasses traditionnelles.

G

Grive mauvis. La chasse à la glue consiste à enduire de colle un rameau. Quand la grive se pose elle ne peut plus s’envoler. Capturée vivante elle servira ensuite d’appelant pour attirer ses congénères.

rignoter progressivement la chasse française pour qu’elle tombe comme un fruit mûr est l’objectif de nombreuses associations dont la LPO (Ligue de protection des oiseaux) très influente tant auprès de l’opinion publique qu’auprès de nos parlementaires. A l’occasion du débat sur le projet de loi sur la biodiversité, elle a déjà obtenu un amendement des députés pour interdire la chasse à la glue. Une pratique « cruelle ». Elle récidive cet automne en faisant circuler une pétition demandant l’interdiction de toutes les chasses traditionnelles. « Sous prétexte de “traditions”, l’État ne fait pas respecter la loi, et se réfugie derrière une “tolérance” bien peu dissimulée pour couvrir les délinquants, écrit la LPO. Glue, matoles, tendelles… sont autant de dispositifs illégaux utilisés par les braconniers. Loin d’être marginales, ces pratiques occasionnent des prélèvements massifs. » Voyons cela de plus près. En ce qui concerne l’amendement interdisant la chasse à la glue, les sénateurs de la commission “développement durable” l’ont retiré du projet de loi pour la biodiversité, tel qu’il était sorti de l’Assemblée nationale en première lecture. Affaire à suivre au printemps lors de la poursuite du débat parlementaire. La capture des grives à la glue est une chasse traditionnelle du sud de la France autorisée par arrêté ministériel. Elle consiste à capturer des grives vivantes qui serviront d’appelants. Les oiseaux se posent sur des rameaux enduits de colle, les chasseurs les détachent, les nourrissent, les bichonnent et les utiliseront ensuite pour attirer d’autres grives qui, elles, seront chassées au fusil. Cette technique est sélective. Si d’autres oiseaux se posent sur les rameaux on peut les libérer. Et on ne voit pas bien en quoi elle serait « cruelle ». L’objectif des lobbies abolitionnistes en général, et de la LPO en particulier, consiste à faire l’amalgame entre chasse et braconnage pour faire interdire toutes les chasses traditionnelles qui sont pourtant autorisées par la loi. Il s’agit

Merle noir, dit « bec jaune ». C’est aussi une espèce concernée par les chasses traditionnelles. Ce petit gibier est dédaigné par une grande majorité de chasseurs et, par conséquent, les prélèvements sont dérisoires.

donc de mettre fin à la glue, au poste à feu (affût à grives) aux tendelles des Ardennes (lacets à grives), aux lecques (pièges de pierre utilisés dans le sud de la France pour capturer les grives). Ces chasses légales ne concernent que quelques dizaines de chasseurs et ne sont nullement destructrices des espèces.

Le chat et « les petits oiseaux » C’est ce qu’a rappelé Bernard Baudin, président de la Fédération nationale de la chasse, dans sa lettre au président de la République : « Il ne vous échappera pas l’amalgame fait dans ce texte entre le braconnage et des pratiques de chasse parfaitement légales en France (glue, matoles, tendelles…) au titre des dérogations à la directive européenne “Oiseaux”». De façon très choquante et mensongère, la LPO accuse l’Etat de ne pas faire respecter la loi, alors que ces pratiques sont totalement licites et parfaitement reconnues par la Commission européenne et la jurisprudence. Et de préciser : « Bien sûr, cette pétition cache aussi aux citoyens que les “petits oiseaux” ainsi capturés sont des espèces légalement chassables. Volontairement, les rédacteurs oublient de préciser le nombre très faible des prises et que ces chasses ne sont aucunement “dommageables pour la biodiversité”. Si le principe et la liberté de pétition ne sont pas contestables, la pierre angulaire de la démocratie est que le citoyen soit correctement informé pour se forger une opinion. Ici, il n’est pas trop de dire qu’il est trompé, manipulé et abusé ». Pour Bernard Baudin, si la LPO voulait vraiment s’occuper de la défense des “petits oiseaux”, elle devrait « se pencher en priorité sur le prélèvement annuel, par les chats domestiques, de plusieurs dizaines de millions d’espèces protégées, notamment dans les réserves volontaires de la LPO, autour des habitations ».

François Mitterrand et les ortolans

Il s’agit donc d’un travail de sape. Après les chasses traditionnelles on s’attaquera à la chasse à la hutte ou au gabion puis, pourquoi pas, à la chasse à courre, à la fauconnerie, bref tout ce qui peut contribuer à démanteler un loisir honni selon la fameuse « théorie des dominos » qui a fait ses preuves. L’exemple le plus consternant de cette offensive a été l’interdiction de la chasse à l’ortolan, chasse au prélèvement dérisoire et qui faisait partie des coutumes du Sud-Ouest. Cette pratique avait ses défenseurs. Roland Dumas dans ses Mémoires raconte que François Mitterrand, quand il était dans sa bergerie de Latché, se délectait des petits oiseaux engraissés à lard. Sans doute pensait-il – sans le dire publiquement bien entendu - que le prélèvement de quelques dizaines d’oiseaux, sur les milliers de bruants ortolans qui font escale dans notre pays, était dérisoire. Sans doute pensait-il aussi que déguster un ortolan faisait partie des traditions gastronomiques du Sud-Ouest. Et d’ailleurs, qui pourrait jurer que telle ou telle personnalité ne se livre pas encore, dans cette région, à ce petit plaisir d’autant plus exquis qu’il est aujourd’hui défendu ? Les chasses traditionnelles font partie de notre culture campagnarde. Elles intéressent des gens passionnés par la nature et qui peaufinent leurs installations année après année. Convient-il vraiment de les immoler sur l’autel d’une certaine idéologie ? C’est la question qui va se poser à nos hommes politiques. Dans le nord de la France, les sauvaginiers ont encore du poids. Les hommes politiques qui ont voulu s’y frotter se sont piqués. Mais que représente électoralement la poignée de chasseurs qui chasse la grive de façon traditionnelle  dans le Midi ou les Ardennes ? Pas grand-chose. C’est la raison pour laquelle nous avons toutes les raisons de craindre de nouvelles interdictions. ERIC JOLY


LA TECHNIQUE BETTERAVIÈRE

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Méthodologies d’évaluation de l’innovation variétale

L

’évaluation des variétés doit permettre de connaître les caractéristiques techniques du matériel génétique et leur adaptation aux différentes contraintes locales ou facteurs limitants de la zone de production betteravière. Différents réseaux d’expérimentation sont mis en place afin de repérer les variétés les plus innovantes répondant aux besoins des agriculteurs et permettant de prendre en considération les orientations d’une production agricole moins dépendante des intrants souhaitée par la société. Ils permettent de mesurer les caractéristiques importantes des variétés avec des dispositifs spécifiques pour chaque caractère recherché : les essais de rendement, les essais de tolérance aux maladies transmises par le sol, les observatoires de montées à graines et de maladies du feuillage.

Mise en place d’un réseau d’essais Un essai permet de comparer dans un même lieu, pour un même itinéraire cultural, plusieurs variétés. Un réseau d’essais permet de multiplier les situations tant du point de vue agro-climatique que du point de vue de l’itinéraire cultural mis en œuvre. L’optimisation du réseau d’essai est un point crucial pour fournir à l’agriculteur les informations pertinentes afin qu’il choisisse les meilleures variétés adaptées à sa parcelle. Le choix des sites d’expérimentation se complexifie au fur et à mesure que les caractéristiques recherchées chez les variétés évoluent : augmentation de la pression des bioagresseurs, recherche de variétés moins dépendantes des intrants s’additionnent aux caractères classiques de productivité et de qualité de récolte. De manière générale, les différences de rendement observées sur un réseau d’essais sont dues pour 90% au contexte agro-climatique, pour 5% à la variété et pour 5% à l’interaction entre la variété et le milieu puisque chaque variété subit différemment les effets du milieu. Il n’est donc jamais pertinent de se référer à un seul essai, même le plus proche de son exploitation, pour choisir ses variétés. Le type de sol (profondeur, réserve en eau,...) et les conditions de culture ont trop d’influence sur le résultat final. La gamme variétale proposée par les sélectionneurs s’est élargie grâce à un effort fait sur l’introduction de gènes de résistance ou de tolérance à certains bioagresseurs : rhizomanie, nématodes, rhizoctone brun, doubles tolérances. Il est donc nécessaire d’intégrer dans le choix des lieux d’essais cette dimension en caractérisant pour chaque lieu le niveau de pression et en choisissant les lieux appropriés pour évaluer les tolérances et s’assurer de la durabilité de ces résistances. Le réseau de l’ITB est structuré en différents dispositifs expérimentaux selon les critères à évaluer. En 2015, 32 essais ont été implantés (16 pour l’ITB, 16 pour les SAS) pour tester les variétés tolérantes à la rhizomanie et 21 essais pour les variétés spécifiques,

soit doubles tolérantes rhizomanie/nématodes, ou rhizomanie/rhizoctone brun. Pour la culture de betterave, un travail méthodologique a été mené entre l’ITB et les Services Agronomiques de Sucreries pour mettre en commun les réseaux d’essais et apporter de la cohérence dans le choix des lieux à expérimenter et dans l’analyse et la diffusion des résultats. Le tableau ci-contre récapitule les différents types d’essais mis en place à l’ITB avec le nombre de sites et de variétés testées en 2014.

Un réseau pour évaluer le rendement et la qualité industrielle

Liste des essais variétés mis en place en 2015 Types d’essai

Variétés

Sites

Rhizomanie (avec et sans rhizomanie)

42

16

Nématodes (sans nématodes)

25

6

Nématodes (avec nématodes)

25

9

Rhizoctone brun (sans rhizoctone brun)

11

6

Rhizoctone brun (avec rhizoctone brun)

11

1

1

Implantation de l’expérimentation varietés ITB en 2015

La recherche d’une productivité maximale est l’enjeu de compétitivité principal de la filière. La qualité technologique pour une meilleure transformation et un équilibre entre poids et richesse en sucre sont des objectifs à prendre en considération pour assurer le revenu des producteurs, d’une part, et optimiser le transport et le processus de transformation de l’industrie, d’autre part. Les progrès de rendement observés en betterave sont pour une grande partie liés aux évolutions génétiques, et on constate que le poids des racines augmente beaucoup plus fortement que la teneur en sucre. Un réseau multilocal d’évaluation des caractéristiques du rendement et de la qualité industrielle est implanté annuellement par l’ITB et les Services Agronomiques de Sucrerie ; il permet de proposer une liste interprofessionnelle de variétés conseillées. Afin de guider au mieux les agriculteurs dans le choix des variétés à cultiver, différents critères sont mesurés tout au long de la culture : - La qualité de levée fait l’objet d’une attention particulière car elle influence la qualité du désherbage et la production finale. La levée de betterave est une phase cruciale pour assurer une implantation optimale de la culture et la période post-semis est souvent une étape délicate. Une très bonne qualité de semences est donc recherchée. La vitesse de

Une plate-forme d’expérimentation.

www.itbfr.org • L’information en temps réel • Les avis de traitement • Les notes d’information • Les actualités régionales au quotidien en photos • Un moteur de recherche sur la documentation

I


LA TECHNIQUE BETTERAVIÈRE

levée et la population finale de chaque variété sont mesurées. Nous constatons une accélération de la rapidité de levée depuis la mise sur le marché de graines activées par les différentes sociétés semencières. - A la récolte, l’ITB utilise un matériel de récolte spécifique adapté aux travaux d’expérimentations. L’analyse des échantillons est réalisée dans notre nouveau centre de réception au Griffon, dans l’Aisne, pour mesurer les niveaux de rendement, de tare terre, de richesse et de qualité industrielle.

donc pris en compte cette évolution en intégrant plusieurs sources génétiques de résistance à la rhizomanie. En 2010, la première variété double tolérante Britta était à disposition des agriculteurs, de nouvelles variétés possédant cette double résistance apparaissent aujourd’hui sur le marché. Une attention particulière est donc portée aux choix des sites d’essais et à la répartition du nombre de sites avec une pression rhizomanie élevée. Il est en effet indispensable de s’assurer de la très bonne tolérance des variétés, en particulier dans le cas de très forte pression.

Un réseau dédié aux montées à graine et aux maladies foliaires

Semis d’une plate-forme d’expérimentation.

La présence de maladies foliaires doit être contrôlée très fréquemment car cela peut avoir un impact non négligeable sur les résultats, en particulier une protection fongicide systématique peut favoriser les variétés les plus sensibles en leur faisant exprimer un potentiel de rendement qu’elles ne peuvent pas reproduire en situation normale d’utilisation raisonnée des traitements fongicides et en contrepartie les variétés moins sensibles ne sont pas mises en valeur. Depuis 2010, de nouvelles règles sont appliquées pour gérer le déclenchement des traitements fongicides sur l’ensemble des variétés dans les expérimentations : des variétés sont choisies pour leur niveau de résistance aux maladies. Ces variétés font l’objet d’observations hebdomadaires pendant la période de risque pour suivre la contamination par les différentes maladies foliaires. Un traitement est déclenché sur la totalité de l’essai lorsque le seuil IPM (Indice de Pression de Maladie) est atteint sur la variété de référence. Pour s’engager dans la voie d’une réduction d’intrants, les variétés de référence choisies présentent un bon niveau de résistance aux maladies afin de favoriser les performances des variétés les plus résistantes et d’orienter ainsi les semenciers vers la recherche de variétés plus résistantes ou au minimum moins sensibles tout en faisant progresser la productivité.

Des essais spécifiques en terrains fortement infestés Des essais spécifiques en terrains fortement infestés par la rhizomanie ou les nématodes sont mis en place chaque année pour évaluer les performances des variétés tolérantes ou résistantes dans ces contextes particuliers. Les variétés disponibles sur le marché possèdent toutes au moins un gène de résistance à la rhizomanie, certaines sont en plus tolérantes au nématode à kystes ou tolérantes au rhizoctone brun. Depuis 2008, on observe une évolution de la gravité de la rhizomanie dans une zone du Loiret qui est historiquement particulièrement touchée par cette maladie. Il est probable que le virus s’adapte progressivement à la résistance variétale, et l’ITB a alerté les sélectionneurs sur ce contournement maintenant avéré de résistance. Ils ont

II

L’ITB met également en place un réseau spécifique appelé « réseau observatoire des variétés » pour comparer la sensibilité des variétés aux montées à graines et aux maladies foliaires. Ces essais ne font pas l’objet d’estimation de rendement. La tendance actuelle à des semis plus précoces expose la betterave à une période de vernalisation plus longue favorisant la montée à graine. Les printemps froids comme en 2013 sont également des conditions à risque. Il est donc capital de veiller au niveau de résistance à la montée à graine afin de minimiser les risques. Trois types de montées sont ciblés : sensibilité à la vernalisation forte, par des semis précoces en zone littorale (Haute-Normandie et Nord), sensibilité à la vernalisation moyenne (semis précoces en Picardie), présence de plantes annuelles dues aux pollutions polliniques dans les parcelles de production de graines (semis à date normale au sud de Paris et en Champagne). En ce qui concerne la sensibilité aux maladies foliaires, des notations sont réalisées pour chaque maladie (oïdium, rouille, cercosporiose, ramulariose). Pour ce faire, deux zones non traitées en fongicides sont aménagées dans le dispositif et un suivi très régulier pour des notations de gravité est réalisé sur toutes les variétés. L’utilisation de 4 ou 5 notes par variété permet d’obtenir un indice de sensibilité aux maladies foliaires très robustes. Le graphique page I illustre l’évolution des symptômes sur plusieurs variétés et montre des dynamiques d’évolutions de la gravité de la cercosporiose en fonction du temps très différents.

Adaptation d’une variété à son milieu de culture Une variété peut avoir un comportement différent d’un lieu à l’autre. Il est important d’en comprendre les raisons pour conseiller à l’agriculteur la variété la mieux adaptée au contexte de sa parcelle. Une telle démarche nécessite une meilleure prise en compte des conditions du milieu pour permettre d’identifier les variétés qui ont un comportement

Plate-forme d’expérimentation en cours de levée.

spécifique dans un environnement donné. L’INRA et les instituts techniques de grandes cultures mutualisent leurs efforts pour développer des méthodes permettant de mieux prendre en compte ces interactions entre les variétés et leur milieu de culture. L’enjeu est important dans le contexte actuel de diminution des intrants et de recherche de compétitivité. Le choix variétal doit intégrer non seulement la productivité des variétés mais également leur capacité à maintenir un bon potentiel en présence de facteurs limitants. Pour progresser dans l’évaluation variétale, il est donc nécessaire de progresser dans la caractérisation des milieux. Le climat est la caractéristique la plus facilement accessible, même si le climat subi par la plante ou la graine peut varier sensiblement par rapport au climat d’une station météo. La pression des maladies foliaires peut se quantifier pourvu qu’un suivi le plus régulier possible soit réalisé sur la parcelle d’essai. En revanche, la quantification des stress hydriques ou azotés est plus délicate. C’est la raison pour laquelle l’ITB recherche de nouvelles méthodes pour caractériser ces facteurs du milieu, par des modèles, des mesures, ou la complémentarité des deux.

Présentation des essais aux planteurs.

Pour identifier et quantifier les facteurs limitants, la première piste étudiée est la valorisation du réseau d’essais à l’échelle pluri-annuelle, certaines variétés pouvant se retrouver jusqu’à 8 ans dans l’ensemble des essais d’un réseau. La multiplication des sites et des années permet d’élargir la gamme de conditions agro-climatiques. Ces premières études ont montré en particulier que les variétés de betterave présentent des niveaux d’efficience différents vis-à-vis de l’azote. Dans ces études, le facteur limitant azote a été calculé grâce à l’utilisation du logiciel Azofert pour estimer à partir du climat réel les fournitures en azote du sol. En plus de l’utilisation d’Azofert, l’ITB met en place depuis 2009 un dispositif expérimental contigu des essais variétés avec différentes doses d’azote pour évaluer sur la base du rendement final la dose d’azote optimale de l’essai. Cette approche permet de porter un diagnostic sur l’adéquation entre la dose apportée sur l’essai, correspondant à celle calculée par Azofert avant le semis sur la base d’un climat moyen jusqu’à la récolte, et celle correspondant à la dose optimale a posteriori. Ces dispositifs annexes sur l’azote nous confirment par ailleurs l’existence d’une sensibilité variétale vis-à-vis de ce facteur limitant. Ces nouvelles méthodes en cours de développement doivent apporter une meilleure connaissance du comportement des variétés dans son milieu de culture et permettre de mieux instruire la question du choix variétal pour l’agriculteur. La caractérisation variétale doit être suffisante pour lui permettre d’opérer un choix optimal parmi les variétés disponibles, au regard de ses objectifs et de ses contraintes techniques et environnementales.


LA TECHNIQUE BETTERAVIÈRE

n° 1028 du 3 novembre 2015

Une pression faible des maladies foliaires en 2015

L

e complexe de maladies foliaires cryptogamiques (oïdium, cercosporiose, rouille et ramulariose) est présent chaque année dans les parcelles betteravières. L’importance de l’une ou de l’autre des maladies dépend fortement des facteurs climatiques annuels, des pratiques agronomiques et de la sensibilité variétale, qui va favoriser plus ou moins certaines maladies du complexe. Lorsqu’elles sont mal maîtrisées, elles peuvent entraîner de 15 à 20 % de pertes de rendement. La pression des maladies et le besoin en protection fongicide sont évalués chaque année dans le réseau de parcelles de référence, « RESOBET-FONGI ». La page suivante a pour objectif de réaliser à partir de ce réseau un bilan de la situation sanitaire des maladies foliaires.

Un développement des maladies surtout au mois d’août Un climat peu favorable avant le mois d’août Le climat de juin a été relativement chaud, mais surtout sec, ce qui a limité le développement des maladies foliaires. Les orages de la deuxième quinzaine de juin ont entraîné l’apparition des premières taches, mais ce développement a été stoppé par la suite du fait de l’absence d’humidité, notamment au moment de la vague de chaleur du 30 juin au 7 juillet. Après le retour d’une certaine pluviométrie, une deuxième vague de chaleur du 15 au 22 juillet a particulièrement affecté les régions du Sud-Ouest au Nord-Est, ce qui a limité le développement des maladies dans ces régions-là. Les parcelles les plus atteintes ce mois-là sont celles irriguées ou celles fortement arrosées, notamment au Nord-Ouest. Le mois d’août a été plus frais que le mois de juillet et pluvieux,voire orageux selon le même gradient nord-ouest/sud-est qu’au mois de juillet, ce qui a permis aux maladies de se développer. Seul le nord-est a conservé un temps plus chaud et plus sec que la normale avec un nouvel épisode de fortes chaleurs début août et des pluies peu abondantes, limitant fortement le développement des maladies. En revanche, sur les côtes de la Manche et du Cotentin, les cumuls de pluie ont été supérieurs à la normale. Au final, cet été 2015 s’avère être le 2e été le

plus chaud depuis plusieurs décennies, et l’un des plus secs (cf. figure 1). Les températures moyennes du mois de septembre ont continué à limiter le développement en arrière-saison des maladies, malgré le retour de l’humidité. Des interventions principalement en août La date moyenne de 1re intervention se situe au 4 août, et celle de 2e intervention au 26 août (cf. figure 2). La région la plus précoce cette année est la Normandie. Cette région a bénéficié de températures et d’une pluviométrie proche de ses normales saisonnières, ce qui n’était pas le cas des régions à l’est notamment. A part pour la Normandie, les 1re et 2e interventions sont plus tardives que la moyenne pluriannuelle de l’ordre d’une semaine, avec des écarts qui peuvent augmenter à plus de 10 jours sur tout l’est des zones betteravières. La rouille, maladie dominante de l’année La rouille a déclenché 57 % des 1res interventions, suivie à 21 % par l’oïdium, et par la cercosporiose à 19 % (cf. figure 3). La rouille est dominante dans toutes les régions, sauf en Champagne où la cercosporiose domine, et sauf en Normandie où l’oïdium déclenche près de 40 % des interventions. La rouille se développe à une température optimum de 10 à 22°C avec une humidité de 95 %, elle a donc été favorisée par la fraîcheur du mois d’août et le retour de l’humidité.

1

Ecart aux normales climatiques des étés 2011 à 2015

L’écart à la normale des précipitations est en abscisse et l’écart à la normale des températures est en ordonnée pour les étés (juin à septembre) 2011 à 2015. L’année 2015 s’avère être la plus chaude (+ 1 °C) et la plus sèche (- 20 %) depuis 2011.

2

Dates d’interventions pour les 1re et 2e interventions selon les régions

RESOBET-FONGI : un dispositif original Ce réseau est original de par sa dimension multi-partenaires : sont impliqués le développement agricole, des firmes, des semenciers, des services agronomiques de sucrerie, des SRAL et des agriculteurs. De plus, il permet de suivre un grand nombre de parcelles ; de 150 à 200 sont suivies chaque année de juin à la récolte, via une notation de la fréquence de feuilles atteintes pour chaque maladie qui permet d’obtenir une Intensité de Pression de Maladie (IPM). Une interface web de saisie inter-instituts, Vigicultures®, permet de saisir les données observées. Ces dernières permettent aux animateurs de filière de rédiger les analyses de risque des maladies foliaires, qui sont synthétisées dans les BSV, Bulletins de santé du Végétal, et complétées par des conseils dans les notes d’informations régionalisées.

La rubrique "La Technique betteravière" est rédigée par l'ITB - Reproduction interdite sans autorisation de la SEDA, société éditrice.

Les dates des 1re et 2e interventions de 2015 sont comparées aux dates moyennes de 2007 à 2014 dans le RESOBET-FONGI. Ainsi au niveau national, la date du T1 est en moyenne de 2007 à 2014 au 27 juillet, et en 2015 au 4 août. La date de 2e intervention est en moyenne de 2007 à 2014 au 18 août, et en 2015 au 26 août.

III


LA TECHNIQUE BETTERAVIÈRE

Le Betteravier français n° 1028

RESOBET FONGI : un réseau pour répondre aux enjeux de la protection des maladies foliaires Afin de répondre à une demande forte d’ajuster les interventions fongicides, l’ITB cherche à alerter, préconiser et conseiller au plus près des besoins des parcelles. Pour cela l’ITB caractérise chaque année le risque régional d’apparition et d’évolution des maladies foliaires, et le diffuse dans ses notes d’information et dans les BSV.

On retrouve la domination de la rouille pour les secondes interventions. En effet, elles ont été déclenchées à 64 % par la rouille, à 17 % par l’oïdium et à 17 % par la cercosporiose.

Un ajustement possible de la protection en année à pression moyenne, voire faible 2015 : 3e année avec une pression faible derrière 2013 et 2010 2015 apparaît comme la 3e année avec une pression faible, derrière 2013 puis 2010 (cf. figure 4). En effet cette année, 10 % des parcelles n’ont reçu aucun traitement, 60 % en ont reçu qu’un seul, et 30 % deux traitements. Pour comparaison, en 2014, 25 % des parcelles ont reçu un traitement, 65 % deux traitements et 10 % trois interventions. De ce fait, le nombre de traitements est de l’ordre de 1,2 traitement, le 3e plus faible derrière 2013 (0,9 traitement) et 2010 (1,1 traitement). Un meilleur respect des seuils d’intervention en année faible pression En année à faible pression (2010-20132015), les sites ayant respecté les seuils sont en moyenne de 80 %. En année à pression moyenne ou forte, ce pourcentage est inférieur à 70 %. Le respect des seuils implique de ne

3

Maladies déclenchant les premières interventions

L’ITB cherche également à raisonner le nombre de traitements ainsi que les dates de déclenchement, afin d’ajuster au plus près de la pression annuelle. L’ITB cherche à évaluer a posteriori les besoins en protection fongicide. Cela permet de réévaluer chaque année les seuils et d’intégrer une analyse de risque de plus en plus précise.

pas avancer la date d’intervention avant le pourcentage correspondant au nombre d’intervention, ni de trop retarder cette intervention à plus de 15 jours après la date où le seuil a été atteint. Il est donc plus facile d’ajuster ses interventions, et donc de diminuer le nombre de traitements en année à faible pression. Une diminution possible du nombre de traitement en ajustant au plus près des conditions de l’année L’évaluation a posteriori des besoins (cf. figure  5) montre qu’en année à forte pression (2007 et 2014), les agriculteurs n’adaptent pas leur programme à une pression plus importante, puisqu’ils ont réalisé moins d’interventions que ceux participant au RESOBET-FONGI. Au contraire, pour les années à pression moyenne, voire faible, les agriculteurs maintiennent le même programme, puisqu’ils ont réalisé plus d’interventions que dans le RESOBET-FONGI. En moyenne, les agriculteurs passent dans la plaine 1,7 fois, alors que depuis la mise en place du RESOBET-FONGI, les agriculteurs participant à ce réseau passent 1,5 fois. Globalement il est possible de réduire de 7 % le nombre de passages de l’ensemble du réseau, tout en maintenant une gravité (pourcentage de surfaces foliaires atteintes) inférieure à 10 % dans l’ensemble du réseau.

Le pourcentage de parcelles déclenchant les 1res interventions est indiqué pour chaque maladie. Ainsi au niveau national la rouille déclenche 57 % des 1res interventions, l’oïdium 21 % et la cercosporiose 19 % des interventions.

4

Nombre moyen d’interventions fongicides dans le RESOBET-FONGI

Le nombre d’interventions de 2015 est égal à 1,2, le 3e plus faible derrière 2013 (0,9 traitement) puis 2010 (1,1 traitement).

5

Comparaison du nombre moyen d’interventions fongicides dans RESOBET FONGI et SITE

Ce qu’il faut retenir - Les maladies foliaires entraînent des pertes de rendement, surtout lorsque la protection est mal maîtrisée. - 2015 s’avère être une année à faible pression, avec un développement des maladies principalement au mois d’août, la sécheresse de juin et juillet ayant limité leur développement. Les interventions ont été réalisées en moyenne au 4 août pour la 1re et au 26 août pour la 2e. - La maladie dominante cette année est la rouille, sauf en Champagne où la cercosporiose reste la maladie dominante, et en Normandie où l’oï-

IV

dium a entraîné 40 % des déclenchements. - Le nombre de traitements est de l’ordre de 1,2 traitement, soit le 3e plus bas derrière 2013 et 2010. - Le RESOBET-FONGI permet d’ajuster au mieux la protection à la pression de l’année : il permet d’économiser des traitements en années à faibles pressions pour pouvoir au contraire renforcer la protection lorsque cela est nécessaire. - Il est possible globalement de réduire de 7 % le nombre de passages fongicides en appliquant la méthode IPM.

Le nombre moyen d’interventions dans le RESOBET-FONGI est, en 2014, de 1,9 alors que dans l’enquête SITE (enquête des pratiques culturales) il est de 1,4. Il y a donc 39 % d’écart entre le RESOBET-FONGI et l’enquête SITE en 2014. En moyenne, de 2006 à 2015, les agriculteurs du RESOBET FONGI appliquant la méthode IPM passent 1,5 fois, soit 7 % de moins qu’en plaine.

INSTITUT TECHNIQUE DE LA BETTERAVE - 45, rue de Naples - 75008 Paris - Tél : 01.42.93.13.38 - Fax : 01.42.93.22.84 - www.itbfr.org - Président, Alexandre QUILLET - Vice-président, Bruno LABILLOY - Directeur Général, Vincent LAUDINAT La rubrique «La Technique betteravière» est rédigée par l’ITB - Reproduction interdite sans autorisation de l’éditeur


le Betteravier français N°1028  
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