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Š Sabine Serrad

La revue

NUMERO

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Design XXe

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Š Sabine Serrad

Edito


B

akélite, ce nom claque comme une chanson de Gainsbourg à la mélodie outrageusement vintage. Cette revue fait la part belle aux talentueux artistes, aux artisans passionnés de tradition et de savoir-faire, aux créateurs inspirés et inspirants. Interview intime et sans fard, Pierre et Patrick Frey nous ouvrent généreusement et en toute élégance les portes des archives de leur illustre maison d’édition de tapis et de tissus à Paris. Vincent Rohart est un artiste aux mille visages énigmatiques et mystérieux... il est aussi envoutant que son œuvre.

Nathalie Rives Rédactrice en chef

Vincent Fouillet ébéniste de talent nous plonge dans son atelier où sa maitrise du bois flirte avec l’art et la création. J’espère que vous prendrez autant de plaisir à lire Bakélite que nous en avons eu à la créer. Cette revue a pour vocation d’être un véritable trait d’union entre le design XXème et celui d’aujourd’hui. Bakélite remonte le temps tout en captant l’air du nôtre. Et si l’amour du design était contagieux?

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Sommaire

«Intérieurs Modernes», Édition Charles Massin

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Numéro 01 Spring Summer 2016

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Edito

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Interview l Patrick et Pierre Frey

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Cliché

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Savoir-Faire l Vincent Fouillet

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Trend Book

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Reportage l Retour vers le futur

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Cheap & Chic

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Actu Design

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Web Stories

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Artiste l Vincent Rohart

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Adress Book

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Avoir l’oeil

70

Ours

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Index

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Papier peint «Hookedonwalls» de Stig Lindberg édité par Scandinavian Designers


Fauteuil Guariche, annĂŠes 1950, velours rouge Elitis

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Š Sabine Serrad

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Interview


PF PATRICK & PIERRE FREY LE TALENT EN HÉRITAGE Recevoir une illustre maison d’édition de tissus, tapis et papier peint en héritage et la développer avec un sens artistique avisé est le challenge brillamment relevé par Patrick. Ses fils l’ont rejoint dans l’aventure et il considère que c’est sa plus belle réussite. Avec beaucoup de générosité et d’élégance, Patrick et Pierre nous ouvrent leurs archives de la rue des Petits Champs à Paris. Leur nouvelle collection inspirée par les œuvres de l’artiste Jean Lurçat est subtilement vintage. Et si c’était ça la nouveauté ?

Q

u’est ce qui vous rend de bonne humeur? Pierre: Les couleurs Patrick : Le ciel bleu Qu’est-ce qui vous a fait éclater de rire dernièrement ? Pierre : Mon fils de deux ans et demi qui commence à parler et qui me fait mourir de rire. Patrick : Mon dernier dîner entre copains. Quand on a la chance d’avoir traversé la moitié de la vie avec eux, on a dépassé les engueulades, on peut dire n’importe quoi, c’est léger et drôle. Quel autre métier auriez-vous aimé exercer? Pierre: Photographe parce que l’on va à la découverte des lieux, des gens. J’aurais aimé être architecte aussi, comme Zaha Hadid1, histoire de laisser une trace sur cette terre. Patrick: Je me serais bien occupé d’enfants… Ou lancé dans la politique, mais ni à droite ni à gauche, je pense plutôt à la politique concrète et pragmatique. Dans l’absolu, j’aurais aimé essayer de changer les choses. Votre Madeleine de Proust? Pierre: Les boutons de manchettes, je les collectionne. J’en achète aussi bien des vintage qui ne coûtent rien que ceux de mon ami Samuel Gossman2.

C’est la personne la plus esthète et pointue que je connaisse. Il a commencé chez lui à New York et il possède aujourd’hui des boutiques dans le monde entier. Patrick: La femme! Les femmes possèdent la drôlerie, l’intelligence, la fantaisie, la curiosité, la volonté... Je m’amuse beaucoup plus avec les femmes qu’avec les hommes. Les cigares ne m’intéressent pas, ni les voitures, ni le foot. Je suis passionné par le sens esthétique, par la famille, les enfants, la déco, les voyages, la sensibilité, le regard... et je trouve que ce sont des domaines plus féminins que masculins. Je dois ma carrière aux femmes qui m’ont entouré : ma mère, une styliste... Dans ma vie, j’ai été marqué davantage par les femmes que par les hommes, à l’exception de mon père. Ce sont elles qui m’ont donné l’envie d’avancer. Si vous étiez une couleur? Pierre : Le rouge. Patrick : L’arc en ciel. Et un matériau? Pierre : Le bois, dans toutes ses essences. Patrick : Je ne peux pas répondre autre chose que le textile.

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Studio de création de papier peint

Studio de création

Studio de création

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Studio de crĂŠation


Studio de crĂŠation

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Votre artiste préféré? Pierre : Matisse pour son sens de la géométrie, des couleurs, des formes et sa période jazz incarnée dans le livre Jazz3. Toute cette époque est géniale. Patrick : Picasso pour son éclectisme. C’est le seul artiste à avoir traversé autant de périodes. C’est le génie absolu. Le lieu que vous auriez aimé décorer ? Pierre : L’hôtel Coste4. Sa rénovation a été révolutionnaire à l’époque. C’est un endroit unique au monde et peut-être l’hôtel le plus connu après le Ritz. Il a inventé le concept de play-list qui a été largement copié depuis. C’est un hôtel qui ne désemplit pas et attire tout le show-business. Patrick : Arc-et-Senans5, c’est un lieu magnifique et d’une grande modernité. Et l’appartement ? Pierre : Celui du couple Obama, juste pour avoir l’occasion de rencontrer Michelle Obama et passer des heures à l’écouter. Patrick : Celui de Matisse, également pour le rencontrer. Avez-vous reçu un coup de pouce déterminant dans votre carrière? Pierre : Quand j’ai fait mes armes, avant d’entrer chez Frey, pour m’aider à comprendre le métier, mon père m’a envoyé chez nos fournisseurs et nos clients. A 20 ans, j’ai travaillé pendant plusieurs mois à Lyon chez le tapissier Jouffre. Je plantais des clous, j’ai appris la tapisserie. Cette expérience chez Jouffre m’a donné l’envie de créer des tissus. Patrick : L’Amérique parce qu’on y fait confiance aux jeunes. Les gens que j’ai rencontrés aux Etats-Unis m’ont transcendé. J’y retourne régulièrement, je m’y sens comme chez moi, j’aime son côté far-west. Avec de la volonté, du travail et un peu de talent, l’Amérique vous est ouverte.

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Votre concept-store préféré ? Pierre : John Derian6 à New York. C’est lui qui représente Astier de Villatte aux Etats-Unis. Il dessine également pour eux. Il a trois boutiques côte à côte dans l’East Village. John Derian est très éclectique, il mélange le textile, les meubles de jardin… Nous sommes en train de monter une collaboration avec lui. Patrick : La chaine de magasin Eataly7. Votre enseigne grand public favorite? Pierre : L’enseigne danoise Hay8. Leur pop-up store de Milan est génial. Patrick : Le Bon Marché qui s’intéresse autant à l’épicerie qu’à la déco. Votre dernier achat design ou arty ? Pierre : Un bougeoir en bois en forme de palmier. Je l’ai payé 10 euros dans une maison d’hôte de la vallée de l’Eure où j’ai passé le weekend. Patrick : Un tableau de Sandrine Couveau qui repeint de façon contemporaine le fond de la toile de la Joconde. De loin, il donne l’impression d’un tableau du XV ou XVIème siècle. Je trouve géniale l’idée d’attirer l’attention sur le fond alors que personne n’a l’habitude de le faire. Quelle est l’élégance suprême en décoration ? Pierre : Les mélanges opposés et extrêmes qui fonctionnent : installer un Damas dans un loft à New York. 300 ans les séparent mais leur cohabitation est harmonieuse. C’est ce qu’il y a de plus difficile à réussir. Patrick : La lumière, les éclairages indirects, la lueur de la bougie, les abats-jours. Votre faute de goût inavouable en déco ? Pierre : Un livre Taschen : «The Big Book Of Breasts»9 Patrick : J’ai fait des tas des fautes de goûts. Le goût est une perception personnelle et relative. Chacun a son mauvais goût. J’ai une espèce d’oiseau en plâtre à la campagne. Il ne ressemble à rien, tout le monde le trouve horrible, mais moi je l’adore. Posséder un objet qui dénote complètement fait aussi partie du jeu.

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Échantillon de papier peint de la nouvelle collection inspiré de l’artiste Jean Lurçat

Collection Pierre Frey

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Salle de stockage des échantillons


Une personne que vous avez envie de mettre en avant ? Pierre : Mathias Kiss10. C’est quelqu’un d’extrêmement intéressant et cultivé, j’aime énormément son travail. On est devenu potes. Nous avons créé une collection de tissus façon marbre ensemble et nous allons la décliner en papier peint. Patrick : Jordane Saget11, un jeune artiste qui crée des œuvres éphémères à la craie sur toutes les grandes places. C’est une amie, une papesse de la décoration, Marie-Paule Pellé, le voyant travailler par terre, lui a conseillé de m’appeler. On sort un tissu et un papier peint avec lui. Ma vie n’est finalement faite que de rencontres qui tombent au bon moment. Pierre, avez-vous une question à poser à votre père? Pierre : Quel est ton auteur préféré ? Patrick, avez-vous une question à poser à votre fils ? Patrick : Mes fils sont-ils heureux ? Avez-vous une question à me poser ? Pierre : Quel est votre artiste préféré ? Patrick : Quand est-ce qu’on recommence ?

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Nouvelle collection de tissu inspirée de l’artiste Jean Lurçat

© Sabine Serrad

Nathalie Rives


Patrick Frey

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© RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Thierry Ollivier

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© Sabine Serrad

© Sabine Serrad

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L’histoire du porte-clés de Pierre Le porte-clés de Pierre est un bijou en argent d’une marque espagnole sur lequel le prénom, la date, le poids et la taille de naissance de son fils Georges sont gravés ainsi qu’une médaille comportant la date, le lieu de son marriage et le prénom de son épouse

L’envers du décor (ses toilettes)

Dans les toilettes de Pierre tous les papiers sont chics surtout celui qui est collé contre les murs : Le papier peint Alexandri de la maison Pierre Frey. Pierre en rêvait et n’avait pas eu l’occasion de le placer ailleurs dans son appartement…

L’objet du désir La totalité de l’oeuvre d’ Auguste Rodin ! En plus du talent Pierre a reçu le goût en héritage !

La pièce design qu’il aurait aimé dessiner

Pierre aurait adoré avoir dessiné la lounge chair de Charles et Ray Eames créée en 1956.

Son coup de coeur chez Ikea

«Toutes les portes de cuisine Ikea ! Comme tout le monde, non ?»

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©Ikea

©Vitra

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Pierre Frey Bioexpress

08.04.74 Naissance

12.02.97

Quitte la résidence familiale

01.10.99

Rejoint la Maison familiale

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© Museos Estatales de Berlín/Sandra Steiß

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© Sabine Serrad

© Sabine Serrad

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L’histoire du porte-clés de Patrick

Patrick adore les porte-clés, il en a plusieurs mais celui-ci lui a été offert par sa femme.

L’envers du décor (ses toilettes)

Les toilettes de Patrick sont cosy, remplies de photos de famille et de trophés incroyables (notamment une canette d’or reçue par la maison Pierre Frey).

L’objet du désir

Quand Patrick rêve d’une pièce de design c’est forcement une pièce de collection digne d’un musée: le buste de Nefertiti. La femme toujours la femme.

La pièce design qu’il aurait aimé dessiner

Patrick aurait adoré dessiner le Musée Guggenheim de Bilbao de Frank Gehry.

Son coup de coeur chez Ikea

Le coup de cœur de Patrick chez ikea est a son image : poétique !

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© Ikea

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Patrick Frey Bioexpress 14.04.69

Entrée de Patrick Frey au sein de la Maison Pierre Frey.

13.04.94

Disparition du père de Patrick Frey, «Pierre Frey».

01.01.15

80 ans de la Maison Pierre Frey.

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ClichĂŠ


Publicité parue dans «Maison Française», années 50

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Savoir-faire


VF VINCENT FOUILLET le bois comme il respire Ebéniste, designer, bijoutier…Vincent Fouillet est un créateur sans limite. Il a accepté de nous ouvrir ses portes.

D

ans son atelier sur cour de la rue du Dauphiné à Lyon, Vincent dialogue avec le bois. Et avec son chat. Le chat est une rencontre réçente. Un coup de foudre partagé transformé en relation fusionnelle. Avec « Le Chat », Vincent partage tout, ses secrets de fabrication, comme son inspiration, ses réussites comme ses galères. Avec le bois, la relation est plus ancienne, mais tout aussi passionnée. C’est ici qu’il le restaure, le transforme, le caresse, le respire, le ponce, le sculpte, le vernit. Le bois, c’est sa vie. Ça crève les yeux, mais lui, a mis quelques années avant de s’en apercevoir. Vincent Fouillet a connu une première vie comme technico-commercial. Quelle idée ! Une fausse route, vite rectifiée par une formation d’ébéniste dont il est sorti major. Puis un stage d’apprentissage où il a découvert l’art de la restauration des meubles. Une véritable révélation. Dans le garage de ses parents, à Ecully, Vincent a improvisé son premier atelier. Le bouche à oreille a vite fait le reste. Il a commencé à restaurer des meubles anciens d’après guerre, des meubles signés.

En 2012, alors qu’il songeait à investir un atelier plus spacieux, le hasard a placé sur son chemin Michel, le grand-père d’une amie, qui, à 89 ans, se décidait à raccrocher la scie et la gouge. Une rencontre tombée du ciel. Michel n’osait plus espérer transmettre son atelier de menuiserie à quelqu’un du métier. Vincent, lui, n’imaginait pas tomber sur pareille merveille. La mémoire de plusieurs décennies de menuiserie à l’ancienne. Les machines, les outils, les petits bois de toutes les époques, de toutes les essences, de tous les styles. La petite boite à chimie aussi, avec ses vernis au tampon qui donne un rendu d’une brillance particulière. Et puis ces dizaines de boites de Nescafé sagement alignées, petites boites aux trésors renfermant autant de variétés de clous, de vis, de pointes. « Il m’a laissé plus de vingt ans de vis, de boulons et autres fournitures » s’émerveille-t-il, « J’ai tout sous la main, je ne vais jamais chez Casto ! ». Avec une telle collection, Vincent a pris le goût de la récupération et le sens du rangement. « Je conserve tout, comme le papy » confie Vincent qui n’hésite pas à se baisser dans la rue pour ramasser une belle vis. « Je préfère les objets qui ont vécu et ça se sent dans mon travail, quand je cherche une pièce de meuble des années 50, je la trouve à coup sûr ici ».

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Bijoux en laiton, ébène et ivoire végétal

L’atelier

A gauche : coquetier en cuivre et laiton; à droite : étagère de l’atelier

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Vincent Fouillet travaillant sur une enfilade Knoll en palissandre des Indes


«Enfant, le mobilier de mes grands-parents, réalisé par Marius, un ami ébéniste et décorateur de la rue Auguste Comte qui avait aménagé leur appartement, me fascinait ! Ma passion pour les meubles et les objets vient de là, c’est certain ». Il cite aussi Eileen Gray, Pierre Jeannerey, André Sornay, et Robert Mallet-Stevens pour l’ambiance de la Villa de Noailles construite sur les hauteurs de Hyères.

La liberté de la création le conduit naturellement jusqu’aux objets. Un retour à ses premiers amours. « J’ai toujours créé des objets. Les cadeaux de Noël, je les faisais moi-même, pas question de les acheter dans le commerce» sourit Vincent. Il se laisse inspirer par les matériaux avec l’idée de leur donner la vie là où on ne l’attend pas. D’un bloc de marbre, il sort des porte-savons. Un tuyau de cuivre ou de laiton donne naissance à un coquetier, un tuyau plus gros à un bracelet manchette. Tiens, on arrive aux bijoux. Bracelets, pendentifs, bagues… Le bois est toujours là, l’ébène se mêle au laiton, à l’ivoire végétal pris dans cette noix de Taga qui a la couleur et la dureté de la défense d’éléphant, mais éthique celle-ci. Et puis dans la cour, devant l’atelier, trône l’estafette Renault. Un modèle de 1979. Son premier outil de travail, qui transporte au quotidien ses matériaux, ses outils et ses meubles. Récemment repeinte d’un élégant noir et beige, elle est aussi sa marque de fabrique, sa signature.

Catherine Lagrange

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© Sabine Serrad

Notre jeune ébéniste consacre son temps à restaurer, rénover, customiser pour les professionnels, antiquaires et galeristes, mais se hasarde aussi sur le terrain de la création pour des clients esthètes. Des consoles, des bureaux, des bibliothèques... Ses références les plus marquantes vont aux créateurs des années 50 et 60, et plus récemment au mouvement italien des années 80 avec Ettore Sottsass et Enzo Mari.


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© Sabine Serrad

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L’histoire du porte-clés de Vincent Un simple anneau. Etonnant de la part de quelqu’un qui a le culte des objets. Mais ça prend moins de place dans la poche.

L’envers du décor (ses toilettes)

Les murs, du sol au plafond, sont entièrement recouverts de panneaux de bois de pin, posés par moimême bien sûr. Un côté chaleureux et minimaliste. Deux lithographies à l’encre noire de Picasso de 1936 y sont accrochées.

L’objet du désir Le canapé Ours Polaire dessiné en 1953 par Jean Royère. Magnifique par sa simplicité. Il a l’air tellement confortable. Mais je n’ai jamais eu l’occasion de m’asseoir dedans.

La pièce design qu’il aurait aimé dessiner

Le buffet de Gerrit Rietveld parce qu’il est simple et qu’il va à l’essentiel. Je pourrais le réaliser facilement en une demi-journée, mais il fallait en avoir l’idée. Créé dans les années 1920, il est d’une modernité incroyable.

Son coup de coeur chez Ikea

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Chez Ikea, le Tapis Olmsted blanc cassé en laine, tissé à la main. 275 euros. J’aime la sobriété de ce tapis avec cette touche d’élégance dans ses lignes. Sa couleur est apaisante.


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© Ikea

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Vincent Fouillet Bioexpress 30.06.85

Naissance à Tassin-la-demi-Lune.

04.12.12 © Sabine Serrad

Ouverture de son atelier d’ébénisterie, rue du Dauphiné à Lyon.

01.09.15

Lancement de « Vincent Vincent », sa marque de création de mobilier et de bijoux et de son site www.vincent-vincent.fr

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©Eric Saillet

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©Sabine Serrad

©Eric Saillet

Trend Book


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BLEU VELOURS 1. Table capsule, plateau en céramique bleu turquoise et structure en acier 2. Céramique Accolay 3. Table Capsule, plateau en céramique bleu nuit et structure en acier 4. Fauteuil années 50 velours Pierre Frey 5. Céramique années 50 Pol Chambost bleu nuit 6. Peinture Ressource, Collection Itinéraires, Bleu Velours par Nathalie Rives 7. Chaise en rotin années 50 8.Ensemble d’assiettes et plats en céramique signés Lifas 9. Chaise André Simard, édition Airborne années 50.

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Papier peint «Reflecto» d’Elitis


Carafe en céramique zoomorphe années 50

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Reportage VOYAGE DANS LE TEMPS Cette magnifique maison « des champs » à Sainte-Foy-lès-Lyon a été remaniée avec talent par les nouveaux propriétaires. Le mobilier et la mise en scène ont été confiés à la styliste d’intérieur Nathalie Rives. Cette maison XVIIIème est remise au goût du jour par cette famille d’érudits notamment par le choix du sol blanc et une subtile redistribution des pièces. Une enveloppe épurée faisant la part belle au mobilier XXème savamment mixé aux meubles de famille et aux jolis objets chinés par la maitresse de maison.

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Fauteuil en bam


© Sabine Serrad

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mbou tissu Boussac - Chaises années 50 laine Bisson Brunell - Chaise années 50 dessinée par André Simard éditée par Airborne tissu Pierre Frey Fauteuil tissu Pierre Frey - Suspensions en plastique projeté années 50 - Tableau Vincent Rohart - Céramiques Elchinger


CĂŠramiques Elchinger

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Suspensions en plastique projetĂŠ - Tableau de Vincent Rohart

Chaise laine Bisson Bruneel

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Fauteuil tissu Pierre Frey


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1. Fauteuil bleu années 50 tissu Casamance - Chaise longue Olivier Mourgue années 60 - Applique réédition Serge Mouille - Commode de famille - Miroir chiné par la maitresse de maison - Lampe zoomorphe années 50 abat-jour rafia Céramiques années 50 - Livres éditions Assouline - Paravent années 60 - Tables basses formes libres années 50 2. Table en céramique années 50

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1. Table basse en céramique Roger Capron - Table basse en osier et métal Mathieu Matégot - Céramiques Accolay 2. Coussins tissus Métaphore, Pierre Frey, Sahco et soie imprimé éthnique 3. Livres Assouline - Table roulante en bois années 50 - Photophore en Albatre contemporain - Lithographie THTF x JC Castelbajac Galerie Slika 4. Enfilade Lancel - Tapis Nazar Atelier Février - Coupelles en laiton Tom Dixon Tableau Vincent Rohart - Tableau années 50 Guerrier - Lampe Treepod Julien Barrault Bougie Tom Dixon - Céramique années 50 . 3.

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Tables basses formes libres - Lampe forme libre - Panier Ă fruits en bambou - Fauteuil gris annĂŠes 50 tissu Casamance

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Cheap & Chic

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1. CanapĂŠ Stockholm 2. Carafe Giltig 3. Cache pot Sinnerlig 4. Suspensions Viktig 5. Table basse Stockholm 6. Table basse Sinnerlig 7. Miroir Stockholm.


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IKEA

Réelle pépinière de designers, ce géant suédois de la décoration s’infiltre dans tous les intérieurs grâce à ses petits prix.

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8. Fauteuil en rotin Storsele 9. Bol Tillfälle 10. Rangement deux tiroirs Stockholm 11. Table à manger Sinnerlig 12. Fauteuil rotin Radviken 13. Divan Sinnerlig 14. Fauteuil Stockholm.

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Cheap & Chic

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1. Canapé années 1950 2. Vase en verre de Murano, 1960 3. Vase en céramique, 1950 4. Plafonnier en teck et corde scandinave, 1960 5. Table basse en bois et acier, 1960 6. Table basse Fristho en teck et métal, 1960 7. Miroir Luxus en teck, Uno & Osten Kristiansson, 1965.


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DESIGN MARKET

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Les antiquaires et leur mobilier XXème s’invitent enfin chez vous. Vous n’êtes plus qu’à un clic du rêve gràce au site de vente d’objets vintage www.designmarket.fr Parce qu’on a toujours besoin d’une pièce vintage chez soi.

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8. Fauteuil lounge en rotin, Dirk Van Sliedregt, 1960 9. Vide-poche en verre bleu Holmegaard, Per Lutken, 1956 10. Commode en teck Ab Karl Andersson, Borge Mogensen, 1950 11. Table à manger en teck, 1950 12. Fauteuil moderniste en rotin, 1950 13. Daybeb Minerva France & Son, Peter Hvidt & Orla M. Nielsen, 1950 14. Fauteuil «Senior», Marco Zanuso, années 50.

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Actu Design

Mathias Kiss casse les codes En savoir plus ...

La mode se fait et se défait à la vitesse des tendances. C’est l’éternel recommencement, rien ne se créé, tout se transforme. L’œil averti de la talentueuse Sylvie Thébaud, journaliste design au CV aussi long et solide que la muraille de Chine, et le grain de sel de Nathalie Rives captent l’air du temps. Tendez l’oreille, ouvrez l’œil c’est ici que cela se passe.

La céramique au féminin En savoir plus ...

Jean Lurçat, Au seul bruit du soleil En savoir plus ...

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Pierre Paulin, le retour vers le futur En savoir plus ...

Francesco Meda © Francesco Meda

En savoir plus ...

Services en céramique à Orangeade En savoir plus ...

n : Karen Swami

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Web Stories

North of the Seine, Vogue Australia

COUP DE COEUR Je post donc je suis. Nos goûts s’affirment s’affichent et se partagent aujourd’hui à coup de like et de pint sur internet. Voici nos coups de cœur sur la toile… à partager sans limites.

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Osvaldo Tenório, Casa Vogue


© Sabine Serrad © Philippe Garcia

Les enfants du design http://www.lesenfantsdudesign.com/

AD Vintage http://www.admagazine.fr/

© © Zara home

Virginie Duboscq http://www.deuxplus.fr/

L’oeil de Sylvie Thébaud http://loeilde.fr/

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Artiste


VR Vincent Rohart

L’homme aux mille visages Figure complexe, disons sombrement solaire, il est le peintre derrière les portraits de la galerie Nathalie Rives. Artiste de l’ombre sans profil numérique, ni plan de carrière, il façonne des personnages de papier dans un monde à part qui ne ressemble qu’à lui. Tête-à-têtes.

C

olline de la Croix-Rousse, côté Saône, à Lyon. On sonne à l’heure du café, un après-midi d’hiver. Vincent nous ouvre le portail du jardin et nous invite à sa suite, s’excusant déjà pour « son bordel accumulé ». Il s’installe devant la cuisine pour finir de préparer le café. On se fait un peu de place autour de la table, poussant des babioles qui trainent, à moins qu’elles ne trônent là. Il a le cheveu en bataille, de grands yeux bleu glacis et le rire facile. Le reste est plus en retenue. Le garçon a tout de l’être sensitif et sensible, mais avec ce truc, dans la mâchoire, des types qui en ont vu d’autres. Ses mains sont constamment occupées, par une cigarette ou à fouiller dans ses affaires. On passe au tutoiement direct et on range notre carnet, trop formel, pour laisser le téléphone capter les sons, les silences et la discussion. Le café est bon, doux, vite avalé. A peine le temps d’évoquer ses débuts car Vincent ne s’attarde pas. Il a fait une année de Beaux-Arts à Lyon. Après ? « Je me suis fait viré ». Il a aussi travaillé à l’URDLA* et joué les antiquaires. « Et puis ça m’a gonflé. » A la deuxième tasse on parle de son travail au côté d’un copain qui fait des toilettes sèches, « un boulot de saison qui permet de rester proche des réalités », ironise l’artiste. * Centre international de l’estampe et du livre

Il se marre, relâche un peu la garde et commence à rassembler son travail. Il y a des dessins partout, planqués dans des pochettes, posés sur un radiateur, encadrés et posés au sol, à même une lampe en papier… Mais pas sur les murs. Pas le genre du personnage, que de catapulter son œuvre et ses visages autour de lui. Sans doute sont-ils déjà tous là. Dans un coin de sa tête ou jetés sur toutes sortes de papiers, neufs ou récupérés, kraft, blanc, bleu, gris, d’emballage ou à cigarettes. Il y a surtout, presque exclusivement, des visages. « Ils sont tous barrés, ils tirent la tronche. C’est comme ça. J’en ai qui expriment la plénitude mais pas beaucoup. Pourtant j’aimerais bien qu’ils aient une bonne gueule, qu’ils soient beaux, souriants, mais je n’y arrive pas.» Face à faces Les dessins défilent. Vincent les sort rapidement, il les toise à peine. Timide ? Pudique ? Qui sait ? Reste que ses grands formats défilent à toute allure et que l’on se perd dans cette galerie de portraits formés d’un seul trait, interpellé par des yeux, une bouche, un nez, une pupille, parfois une chevelure. Si le support varie, la couleur est toujours la même : du noir. Celui des pinceaux, des stylos ou des feutres, comme sur ces diapos chinées, dessinées ou grattées, que l’on peut projeter sur un mur.

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Vincent Rohart

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Encre sur papier de Vincent Rohart

Salle Ă manger

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Atelier


Il déballe, dégaine d’autres dessins, « je ne sais jamais m’arrêter, il ne faudrait pas en montrer autant ». On proteste. Il continue donc, montre même les mauvaises séries « parce que tout est mélangé. Là, le support se détériore. Ici, il y a trop peu d’encre. Je devrais plus les planquer, eux. » On remarque des aspérités, de la matière. « Parce que la peinture est parfois mélangée à du sel, du bicarbonate, ce qui me tombe sous la main. » Son rythme de production est de son propre aveu aléatoire : « Je travaille peu, pas tous les jours, c’est mon problème. On va dire que je prends mon temps. Il n’y a pas de règle, une fois lancé je peux ne jamais m’arrêter et des fois ce qui sort me surprend, comme en transe… Il pouffe, non je ‘mythonne’ là. C’est ça, je suis ‘mythocondriaque’. » Au beau milieu de son petit monde, inventaire foutraque avec enchevêtrement de pinceaux, pots de peinture, mobiles bricolés, dessins de lapins crétins, portrait de chien complètement horssujet, masques en plastique du capitaine haddock, bout de volatile en plastique, mobilier vintage signé et « authentique merde du 19e siècle » (l’objet a vraiment une forme d’étron NDLR) on serait tenté de le croire, incapable de démêler le vrai, du presque vrai. Il faudra se contenter d’un seul de ses visages. Celui qu’on choisira.

Audrey Grosclaude

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© Sabine Serrad

C’est le moment où l’on apprend qu’il a déjà édité des t-shirts avec ses créations, qu’il ne s’est jamais battu de sa vie mais qu’il sait impressionner les gens avec ses yeux (sic !), qu’il a fait de la photo, qu’il ne serait pas contre la visite des deux fées du logis de M6, qu’il aime jouer au 421 et que parfois, les gens accrochent ses dessins à l’envers ! Il exhume aussi d’anciens carnets achetés aux puces. Le contraste est saisissant entre l’écriture liée des anciens propriétaires et ses esquisses. Sur certaines pages, il a noirci tout l’espace de figures minuscules, similaires et pourtant toutes différentes. L’effet est hypnotique. Troublant. « Répétitif mais jamais pareil ». On croise aussi quelques représentations géométriques et de rares silhouettes, des nus. Vincent est en perpétuel mouvement, il nous entraîne à côté, chez sa maman, pour nous montrer ses sculptures à elle, mais aussi un dessin à lui qu’il aime bien. On parle brocante, art africain et création spontanée alors qu’une délicieuse odeur de quatre-quart s’échappe du four. Une amie débarque. Il y a de la joie et du surréalisme dans la pièce, quelque chose de bohême et de tendrement décalé. On souligne le gène culturel de cette famille amatrice d’art. « D’art de vivre », corrige Vincent déjà en train de remonter vers son atelier.


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© Sabine Serrad

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© Sabine Serrad

© Sabine Serrad

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L’histoire du porte clés de Vincent En réalité, Vincent n’a pas vraiment de porte-clés mais « il pourrait ». Et à choisir il retiendrait quelques exemplaires de sa collection de mini-appareils photos en plastique, « ces trucs de gamins où l’on clique pour faire défiler les images. » Signe particulier? Ceux-là sont réservés aux grands garçons puisque ils abritent des images érotiques des années 50 ou 70 !

L’envers du décor (ses toilettes) Non, ce ne sont pas vraiment ses toilettes mais un gadget, pioché dans ses jouets, qu’il a choisi de nous montrer. « C’est quand même plus drôle, non ? ».

La pièce design qu’il aurait aimé dessiner Là, Vincent a beaucoup hésité avant de sortir sa suspension Taraxacum, dessinée par Achille Castiglioni pour Flos, « elle est abîmée d’un côté mais là ça ne se voit pas. Et Nathalie va aimer ».

L’objet du désir Le fauteuil Culbuto de l’architecte, designer et photographe Marc Held. Dessiné en 1967, il est édité par Knoll dès 1970 : «à la base le culbuto évoque le jouet, là c’est un fauteuil, c’est hyper ludique», résume Vincent, plutôt au fait en la matière au vu des multiples réminiscences de l’enfant que l’on déniche chez lui.

Son coup de coeur chez Ikea

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Un bol en inox Ikea. « C’est bien un bol. C’est pratique, on s’en sert tout le temps. »


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© Ikea

© Jacques Primois/Knoll International France

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Vincent Rohart Bioexpress

11.08.64 Naissance à Melle (74)

03.09.85 © Sabine Serrad

Début des beaux Art (express)

11.08.--

Date de sa disparation présumée...

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«Léger» de Kenneth E. Silver, éditions Assouline

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ÂŤAbove all, it is a matter of loving art, not understanding it.Âť

Fernand LĂŠger

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Adress Book

MURTOLI

Le domaine de Murtoli Le paradis sur terre est en Corse

MILAN Galerie Nilufar Le rĂŞve de tous les antiquaires.

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LYON Galerie du Désordre Le plus charmant des dénicheurs d’objets.

LONDRES © 2016 Abigail Ahern

CADAQUES Abigail Ahern Décoration ou fleuriste? A vous de choisir!

Maison de Salvador Dali Cette maison est aussi surréaliste que l’oeuvre du maître... Sa visite est un moment hors du temps.

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Avoir l’oeil Afin d’en savoir plus sur l’enfilade de vos grands parents ou sur un designer iconique, les conseils avisés de notre experte en art Laurence Lagrange vous aideront à vous repérer à travers les époques. Avoir l’oeil est définitivement bon pour notre culture générale!

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Fauteuils «Elysée» Pierre Paulin reconstitué par Ligne Roset


Sièges 577 dit Langue par Pierre Paulin

Fauteuil Mushroom par Pierre Paulin 1959

«F572» Artifort chairs par Pierre Paulin 1967

Pierre Paulin

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PIERRE PAULIN

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a force de Pierre Paulin est peut être de rester à jamais dans le futur. Parfum d’immortel...

Né d’une famille de sculpteurs et designers, Pierre Paulin se voit refuser l’accès au Beaux-arts. Mais Il ne reste pas catalogué mauvais élève bien longtemps et finit par obtenir son diplôme du Centre d’art et de techniques, l’École Camondo. Son travail est inspiré par celui de Florence Knoll, de Charles Eames et du mobilier scandinave. Pierre Paulin fabriquait ses fauteuils à partir de mousse recouvertes de son tissu de prédilection, le jersey, dans une gamme de couleurs vive et très reconnaissable. Madame Claude Pompidou choisit ses créations pour donner un air nouveau à l’Elysée et lance ainsi Pierre Paulin sur la scène internationale. Edité par de grandes maisons telles que Thonet à partir de 1954 puis par Artifort à partir de 1958, Il y développera des pièces colorées et voluptueuses : la Mushroom chair (1960), la Tongue chair (1967), et la Ribbon chair (1966). Les collections des plus grands musées du monde, le Moma à NewYork ou le Victoria and Albert Museum à Londres contiennent des créations de Pierre Paulin. Mais c’est à l’illustre Galerie Pascal Cuisiner à Paris que revient le privilège de posséder le plus grand nombre de ses oeuvres.

Exposition du 11 mai au 22 août 2016, sur l’œuvre de Pierre Paulin au Centre Pompidou.

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Ours

SYLVIE THÉBAUD Journaliste LAURENCE LAGRANGE Journaliste

AUDREY GROSCLAUDE Journaliste

CHRISTELLE GESLER Responsable de publication

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NATHALIE RIVES Rédactrice en chef

SABINE SERRAD Photographe CATHERINE LAGRANGE Journaliste

MANON PROBST Graphiste

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Phyllis Haver, «Bathing beauties», Archives TCD-Prod DB


Index

2. Samuel Gassmann

© Alexandre Guirkinger

10. Mathias Kiss

En couverture : Tapis Nazar Atelier février

Trend Book : Oeuvre de THTF 1. Zaha Hadid, Centre culturel de Bakou , Azerbaïdjan

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© patrimoine-environnement.fr

5. Arc-et-Senans

7. Eat Aly Milan

9. «The little book of Big Breasts, édition Taschen, de Dian Hanson © Hay

8. Hay concept store

4. Hôtel Coste 3. Livre Jazz de Matisse

© John Derian

6. John Derian à New-York

11. Jordane Saget

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www.nathalierives.com

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Ă Balthazar

Profile for GALERIE NATHALIE RIVES

Bakélite Numéro 01  

Bakélite Numéro 01