ERRÓ

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2018 - 2021

ERRÓ photographié par © Philipp Hugues Bonan




QUELQUEFOIS, J’AI BESOIN D’UN CIEL PLUVIEUX, ALORS JE VAIS DANS LE TIROIR DES CIELS. Henri-François Debailleux : Vos œuvres les plus récentes sont plus denses, et les couleurs semblent encore plus vives qu’auparavant. Pourquoi ? Erró : En réalité, je ne connais pas la raison profonde parce que c’est arrivé spontanément. Je pense que c’est parce que j’ai vieilli. J’ai aujourd’hui 9O ans et j’ai sans doute besoin de plus de gaieté autour de moi. De même, j’ai envie que ces tableaux soient les plus animés possible, qu’ils grouillent de partout, parce que avec l’âge on a besoin non pas de plus de détails, mais de plus de richesse, plus de joie.

H-F D : Qu’est-ce qui vous a conduit, dans cette nouvelle série, à reprendre les héros et les super-héros que vous avez déjà utilisés par le passé ? E : Le fait qu’ils représentent bien le siècle, qu’ils sont très visuels et très beaux. Mais là je les ai utilisés de façon un peu différente, leur taille change, ils ne se télescopent pas de la même manière. Cela dit, quand je fais mes collages je ne réfléchis pas. Je ne me contrôle pas, les sujets viennent tout seuls, ils s’imposent comme une évidence visuelle.

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H-F D : Comment êtes-vous devenu artiste ? E : En Islande, j’avais fait l’École des beaux-arts, pour devenir professeur. Je me souviens d’avoir eu une très bonne note sur une dizaine de sujets différents. Parallèlement, ma tante a gagné à la Loterie nationale et elle m’a dit : « Voilà, cet argent est pour toi, pour que tu ailles à l’étranger. » Je suis parti en Norvège, car je voulais faire du ski. Là-bas, j’ai suivi des cours dans une académie classique et également dans une école de gravure. Après cette aventure, je suis rentré en Islande, où j’ai travaillé comme menuisier à la base américaine. Puis je suis reparti, à Florence cette fois, où j’ai fait la rencontre déterminante de Jean-Jacques Lebel. C’est grâce à lui que je suis venu à Paris. À Florence, son père lui avait envoyé des magazines d’art qui m’avaient beaucoup intéressé.

H-F D : Qu’est-ce qui vous amène par la suite à travailler avec des images que vous découpez justement dans des magazines ? E : Quand je suis arrivé à Paris en 1958, j’habitais rue Maître-Albert, pas très loin de la place Maubert où il y avait trois dépôts, un pour le papier, un autre pour le fer et le dernier pour le verre. Des clochards se présentaient tous les matins avec des poussettes d’enfants, quelquefois trois ou quatre accrochées ensemble et ils vendaient ce qu’ils apportaient par kilos. Le propriétaire de ces dépôts était très sympathique et il m’a dit un jour que je pouvais prendre tout ce que je voulais. J’ai trouvé une revue qui s’appelait L’Usine nouvelle, qui existe encore je crois. Elle est ressortie après une période d’interruption. Elle était imprimée sur un très bon papier, qui rendait toutes les autres publications assez fades à côté. C’est aussi l’époque où le sculpteur Philippe Hiquily m’a emmené voir des dépôts de bouts de ferraille à côté de Paris, où je ramassais plein d’objets. Entre ces pièces en volume que j’utilisais pour des sculptures et les images de machines que je découpais pour mes collages, j’ai commencé tout un travail que j’ai appelé le Meca. J’ai même rédigé un Mecanifeste, avec différents points précis concernant le Mecartiste, le Mecamouvement, etc. Je suis en train d’écrire un livre avec Arnauld Pierre sur toute cette période.

H-F D : Et vous n’avez jamais cessé depuis, d’utiliser des images de magazines ou de bandes dessinées pour vos collages… E : Je suis poussé par la curiosité. Et puis, c’est un matériel facile à trouver. Il peut venir de n’importe où. Je peux en acheter, on m’en envoie régulièrement, j’en ai toujours rapporté de mes voyages. Quand je me rends à New York, je vais évidemment toujours au Midtown Comics, cette grande librairie spécialisée en bandes dessinées.

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H-F D : Quand vos personnages, issus notamment des comics, sont-ils arrivés dans votre travail ? E : Au début des années 1960, à l’issue du premier voyage que j’ai fait à New York. J’avais été très impressionné d’un côté par les supermarchés et de l’autre par les bandes dessinées, ce qui m’intéressait le plus. Et cet intérêt n’a jamais cessé, et je continue encore aujourd’hui à m’y intéresser. Quand je trouve un nouveau matériel, je pense toujours que cela peut être l’occasion de nouveaux sujets.

H-F D : Savez-vous combien d’images vous avez à votre disposition ? E : Oh là ! c’est impossible à calculer. Je sais simplement que j’ai réalisé environ 16 000 tableaux et entre 30 000 et 40 000 collages. Nous sommes en train de préparer une exposition qui aura lieu à Genève dans un an et qui sera exclusivement consacrée à mes collages.

H-F D : Comment travaillez-vous avec vos images ? E : Je les découpe et je les range par thèmes. Je dois avoir une quarantaine de tiroirs où tous mes papiers sont classés ; il y a les lacs, les montagnes, les dictateurs, les fleurs, etc. Quelquefois, j’ai besoin d’un ciel pluvieux, alors je vais dans le tiroir des ciels et je trouve un arc-en-ciel magnifique et je me dis : voilà, c’est lui qu’il me faut. Quelquefois, c’est l’inverse : je mets des images de ciels devant moi, et c’est eux qui vont me conduire vers autre chose. De temps en temps, je prends deux images de chaque tiroir pour avoir du matériel de départ et commencer à travailler à partir de cette base. Il y a plein de possibilités. Toutes ces images sont la source de mes collages dont certains deviendront des modèles de tableaux et elles me permettent une variation constante et non pas une répétition. J’en ai tellement que, souvent, des collègues me demandent si j’ai un portrait d’Amin Dada ou un de Kadhafi. Je leur réponds oui, que j’ai tout ce qu’il faut, et je leur fais une photocopie.

H-F D : Lisez-vous les bandes dessinées dans lesquelles vous piochez vos images ? Connaissez-vous l’histoire de vos personnages ? E : Non, ça ne m’intéresse pas du tout. (Éclat de rire.) Ce ne sont que les images qui m’intéressent. Je lis les images. Je les connais un peu lorsque je vois un film fait sur eux ou avec eux, mais c’est tout.

H-F D : À côté des personnages de bandes dessinées, vous avez aussi régulièrement utilisé des images d’hommes ou de femmes politiques…

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E : Oui, parce que avec une bonne sélection d’images on peut porter un regard intéressant et même quelquesfois drôle sur ce qui s’est passé depuis cinquante ans. Sarajevo, Mao Tsé-toung, Kadhafi, etc. J’ai beaucoup utilisé d’images de conflits ainsi que les portraits de tous ces dirigeants, tout en ayant toujours conscience qu’il y a des sujets qu’il valait mieux oublier. Certains sujets m’ont impressionné, d’autres encore m’ont amusé. Je me souviens d’avoir fait un tableau sur Clinton. Il était allé avec son épouse en visite officielle au Japon. Un conseiller avait expliqué au Premier ministre, qui ne parlait pas du tout anglais, qu’il fallait l’accueillir en lui demandant « How are you ? », qu’il répondrait « Very well » et qu’il faudrait alors lui dire « Me too ». Hillary Clinton descend la première de l’avion, comme une star, suivie par son mari. Le Premier ministre qui n’a pas bien compris, plutôt que « How are you ? », demande à Clinton « Who are you ? ». Il lui répond : « I am the husband of Hillary Clinton. » Et le Premier ministre de répondre à son tour « Me too ». J’en ai fait un tableau.

H-F D : Vous vous êtes aussi intéressé aux cosmonautes… E : Quand je trouve un nouveau sujet signifiant, je m’y plonge. On m’avait dit qu’il était impossible de pénétrer dans les locaux de la NASA. Un jour, j’étais au vernissage d’une exposition à Houston, et j’ai rencontré une femme japonaise qui avait étudié à Paris et qui enseignait la gravure. Nous discutons, et elle me dit que dans sa classe il y a deux femmes de cosmonautes et un cosmonaute. Elle prend le numéro de ma chambre d’hôtel et, à 7 heures le lendemain matin, je reçois un coup de téléphone de la part de la NASA et l’on me dit : « Prenez un taxi et venez. » Ils m’ont gardé pendant quatre jours et m’ont tout montré, j’étais habillé en cosmonaute, ça a été formidable, vraiment formidable. Par la suite, je leur ai apporté des tableaux que j’avais faits sur les cosmonautes, et notamment un qui évoquait un rendez-vous avec les Russes, lorsqu’ils se serrent la main. Ça a dû leur plaire, puisqu’ils ont mis du matériel à ma disposition que je suis allé chercher à l’ambassade américaine.

H-F D : À une époque, vous avez beaucoup travaillé avec des images liées à la Chine. Où en êtes-vous avec ce sujet ? E : J’ai arrêté parce que ça ne m’intéresse plus. Je me souviens, on avait fait un livre rouge dont on a vendu 26 000 exemplaires en quelques jours. Étonnant. Dans mes tableaux, j’avais fait faire le tour du monde à Mao alors qu’à l’exception d’un voyage à Moscou à 29 ans, il n’était jamais sorti de Chine. Lors d’un séjour à Pékin, un couple d’amis m’a emmené dans un restaurant au nom de « Mao ». Il y en a des centaines en Chine, on mange ce plat favori qu’est la tête de poisson cuit. En sortant, j’ai glissé et je suis tombé dans l’escalier, sur un genou, ce qui m’a fait horri-

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blement mal. Mes amis m’ont raccompagné à mon hôtel. Dans la nuit, j’ai essayé de marcher, ça n’allait pas du tout. À 7 heures du matin, un guide et une amie sont venus me chercher pour visiter le mausolée de Mao. Ils m’ont laissé à l’entrée et m’ont attendu dehors. J’ai fait trois fois le tour du corps de Mao et, en sortant, je n’avais plus du tout mal au genou. Le guide m’a dit : « Ah ! il t’a remercié parce que toi tu lui as fait faire le tour du monde. » (Éclat de rire.)

H-F D : Vous avez également toujours intégré des références à l’histoire de l’art, notamment Fernand Léger et Pablo Picasso… E : Oui, parce qu’on les évoque en permanence. Il y a aussi Matisse et Braque. Et Le Greco qui m’a toujours impressionné. On parle d’eux comme des comics ! D’ailleurs, je trouve qu’ils vont bien ensemble. Ils font eux aussi partie de l’époque. Et, avec eux, j’ai assez de matériel pour travailler encore pendant une cinquantaine d’années. Mais je le fais sans en avoir conscience. C’est comme dans un rêve, lorsque je travaille je ne décide pas vraiment, les choses viennent toutes seules. Ce sont mes doigts qui commandent.

H-F D : N’y a-t-il pas dans votre façon de travailler et de faire se télescoper des images un esprit surréaliste ? E : Tout à fait. J’ai toujours trouvé que c’était le mouvement le plus vivant et le plus intéressant, le plus varié et le plus inattendu. J’étais très ami avec Victor Brauner, que Jean-Jacques Lebel m’avait fait rencontrer, et également avec Matta. Il était formidable ce Matta. Il m’invitait chez lui tous les vendredis à 18 heures pour qu’on dessine ensemble, ce que nous faisions pendant deux heures. Par la suite, je lui ai donné, ainsi qu’à sa femme, la moitié de ce que nous avions fait, et j’ai offert l’autre moitié au musée en Islande. Je vais d’ailleurs bientôt aller en Islande où vont être présentés deux cents tableaux. L’exposition restera quelques mois en Islande et elle ira ensuite en Russie, au Danemark, à Angoulême et peutêtre à Barcelone.

H-F D : Quel sentiment vous procure le fait d’avoir, à 90 ans, une si importante exposition dans le pays où vous êtes né ? E : Je trouve ça presque normal ! (Rire.) J’ai donné quelque 6500 œuvres à ce musée. En plus, les gens qui s’en occupent travaillent très bien, ils prêtent des œuvres à l’extérieur, ils les font circuler et prennent soin de bien les conserver. J’ai déjà fait plusieurs expositions là-bas, mais celle-là sera la plus importante. À l’occasion de la sortie du livre sur le Meca, nous irons d’ailleurs aussi en Islande pour montrer tous les objets mécaniques qui sont dans les réserves.

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H-F D : Vous avez toujours fait partie du mouvement de la Figuration narrative et vous aimez raconter des histoires. D’où vient ce penchant ? E : J’adore les histoires. Vraies ou pas, d’ailleurs, ça m’est égal. Je pense que cela vient de mon enfance. Autrefois, en Islande, des gens passaient d’une ferme à l’autre pour raconter des histoires, ce qui leur permettait d’être nourris gratuitement. Je dois avoir cela dans mes gènes.

H-F D : Vous êtes-vous senti à un moment de votre vie proche du pop art ? E : Je suis très content d’être né au bon moment pour avoir vécu et connu cette période-là, parce qu’elle correspond à un renouvellement complet de la peinture, avec les Anglais d’abord et les Américains ensuite. Je suis bien tombé. Mais ce n’est pas à moi de situer mon travail par rapport à cela : c’est le rôle des critiques, des historiens d’art, des commissaires d’exposition. Arthur C. Danto, le grand philosophe américain, en voyant l’un de mes tableaux, a dit : « Voilà un artiste pop baroque. » Cela m’a beaucoup plu parce que j’adore la peinture et la musique baroques.

H-F D : Comment travaillez-vous ? E : J’ai la chance de m’endormir assez tôt le soir et pendant la nuit je me réveille deux ou trois fois, je me lève et je pense à ce que je vais faire dans la journée, ce qu’il faut finir ou ce que je vais commencer. C’est très pratique. Ensuite, le matin à 8 heures un taxi vient me chercher devant chez moi, il m’emmène à l’atelier et vient me rechercher à 17 heures. C’est le même chauffeur depuis longtemps et avant lui c’était son père. En fait, je travaille tout le temps. Si je ne travaille pas je m’ennuie, je m’ennuie vraiment. Je travaille pour faire passer le temps. Propos recueillis par Henri-François Debailleux

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J’ADORE LES HISTOIRES. VRAIES OU PAS, D’AILLEURS, ÇA M’EST ÉGAL. JE PENSE QUE CELA VIENT DE MON ENFANCE. AUTREFOIS, EN ISLANDE, DES GENS PASSAIENT D’UNE FERME À L’AUTRE POUR RACONTER DES HISTOIRES, CE QUI LEUR PERMETTAIT D’ÊTRE NOURRIS GRATUITEMENT. JE DOIS AVOIR CELA DANS MES GÈNES.



Acrylique sur toile 2020 (160x160cm)

Acrylique sur toile 2020 (200x286cm)




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Acrylique sur toile 2020 (198x158cm)


Acrylique sur toile 2020 (199x141cm)

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JE TRAVAILLE TOUT LE TEMPS. SI JE NE TRAVAILLE PAS, JE M’ENNUIE. JE TRAVAILLE POUR FAIRE PASSER LE TEMPS.




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Acrylique sur toile 2018 (296x196cm)

Acrylique sur toile 2020 (209x291cm)





Acrylique sur toile 2018 (137x156cm)

Acrylique sur toile 2020 (200x300cm)




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Acrylique sur toile 2020 (197x120cm)


Acrylique sur toile 2018 (158x115cm)

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LES IMAGES, JE LES DÉCOUPE ET JE LES RANGE PAR THÈMES. JE DOIS AVOIR UNE QUARANTAINE DE TIROIRS OÙ TOUS MES PAPIERS SONT CLASSÉS; IL Y A LES LACS, LES MONTAGNES, LES DICTATEURS, LES FLEURS… QUELQUEFOIS J’AI BESOIN D’UN CIEL PLUVIEUX, ALORS JE VAIS DANS LE TIROIR DES CIELS ET JE TROUVE UN ARC-EN-CIEL MAGNIFIQUE ET JE ME DIS : VOILÀ C’EST LUI QU’IL ME FAUT.




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Acrylique sur toile 2020 (196x154cm)


Acrylique sur toile 2018 (148x118cm)

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Acrylique sur toile 2018 (203x140cm)


Acrylique sur toile 2020 (170x126cm)

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Acrylique sur toile 2020 (200x155cm)


Acrylique sur toile 2020 (196x120cm)

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Acrylique sur toile 2020 (199x101cm)


Acrylique sur toile 2018 (200x150cm)

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Acrylique sur toile 2020 (78x167cm)


Acrylique sur toile 2020 (198x120cm)

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Acrylique sur toile 2020 (224x140cm)

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Acrylique sur toile 2018 (155x77cm)


Acrylique sur toile 2020 (147x196cm)

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Acrylique sur toile 2020 (198x135cm)


Acrylique sur toile 2020 (198x150cm)

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Acrylique sur toile 2020 (150x198cm)

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Acrylique sur toile 2020 (197x111cm)


Acrylique sur toile 2018 (99x55cm)

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Acrylique sur toile 2018 (99x75cm)


Acrylique sur toile 2018 (99x69m)

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Acrylique sur toile 2020 (128x158cm)


Acrylique sur toile 2018 (135x60cm)

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Acrylique sur toile 2021 (195x145cm)


Acrylique sur toile 2020 (199x100cm)

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Acrylique sur toile 2020 (199x100cm)


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C’EST COMME DANS UN RÊVE, LORSQUE JE TRAVAILLE, JE NE DÉCIDE PAS VRAIMENT, LES CHOSES VIENNENT TOUTES SEULES. CE SONT MES DOIGTS QUI COMMANDENT.




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Acrylique sur toile 2018 (112x158cm)


Acrylique sur toile 2020 (205x197cm)

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Acrylique sur toile 2018 (196x132cm)


Acrylique sur toile 2020 (200x200cm)

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Acrylique sur toile 2020 (197x139cm)


Acrylique sur toile 2018 (157x104cm)

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Acrylique sur toile 2020 (198x119cm)


Acrylique sur toile 2018 (196x150cm)

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Acrylique sur toile 2018 (179x120cm)


Acrylique sur toile 2018 (177x122cm)

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Acrylique sur toile 2020 (195x157cm)


Acrylique sur toile 2020 (156x125cm)

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Acrylique sur toile 2018 (182x120cm)


Acrylique sur toile 2018 (196x130cm)

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ARTHUR C. DANTO, LE GRAND PHILOSOPHE AMÉRICAIN, EN VOYANT L’UN DE MES TABLEAUX, A DIT : « VOILÀ UN ARTISTE POP BAROQUE. » CELA M’A BEAUCOUP PLU PARCE QUE J’ADORE LA PEINTURE ET LA MUSIQUE BAROQUES.




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Acrylique sur toile 2020 (200x121cm)


Acrylique sur toile 2021 (150x226cm)

Acrylique sur toile 2018 (200x300cm)




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Acrylique sur toile 2018 (180x121cm)


Acrylique sur toile 2020 (196x102cm)

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Acrylique sur toile 2020 (200x270cm)



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Acrylique sur toile 2020 (199x133cm)


Acrylique sur toile 2020 (199x133cm)

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Acrylique sur toile 2020 (199x113cm)


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Acrylique sur toile 2018 (142x194cm)



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Acrylique sur toile 2020 (293x198cm)


Acrylique sur toile 2020 (197x163cm)

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Acrylique sur toile 2020 (198x161cm)




Acrylique sur toile 2020 (276x208cm)

Acrylique sur toile 2018 (197x296cm)




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Acrylique sur toile 2020 (197x120cm)


Acrylique sur toile 2020 (199x100cm)

Acrylique sur toile 2020 (224x138cm)

Acrylique sur toile 2018 (121x294cm)




Acrylique sur toile 2020 (199x275cm)


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Acrylique sur toile 2020 (168x157cm)


Acrylique sur toile 2020 (167x106cm)

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Acrylique sur toile 2018 (127x213cm)


Acrylique sur toile 2018 (138x180cm)

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Acrylique sur toile 2020 (196x134cm)


Acrylique sur toile 2018 (199x105cm)

Acrylique sur toile 2018 (198x296cm)




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Acrylique sur toile 2018 (165x114cm)


Acrylique sur toile 2018 (110x165cm)

Acrylique sur toile 2018 (118x160cm)

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Acrylique sur toile 2018 (99x138cm)


Acrylique sur toile 2020 (213x199cm)

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Acrylique sur toile 2020 (200x253cm)


Acrylique sur toile 2020 (200x208cm)

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QUAND JE FAIS MES COLLAGES, JE NE RÉFLÉCHIS PAS, LES SUJETS S’IMPOSENT COMME UNE ÉVIDENCE VISUELLE.





Acrylique sur toile 2018 (137x166cm)

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Acrylique sur toile 2018 (97x159cm)


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Acrylique sur toile 2020 (200x334cm)


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J’AI AUJOURD’HUI 9O ANS ET J’AI SANS DOUTE BESOIN DE PLUS DE GAIETÉ AUTOUR DE MOI. J’AI ENVIE QUE CES TABLEAUX SOIENT LES PLUS ANIMÉS POSSIBLE, QU’ILS GROUILLENT DE PARTOUT, PARCE QUE AVEC L’ÂGE ON A BESOIN NON PAS DE PLUS DE DÉTAILS, MAIS DE PLUS DE RICHESSE, PLUS DE JOIE.





SOMETIMES, I NEED A RAINY SKY, SO I OPEN THE DRAWER OF SKIES. Henri-François Debailleux : Your most recent works are somewhat heavier, and the colors seem even more vibrant than they were before. Why is that ?

Erró : I don’t know the ultimate reason actually, because this is something that occurred spontaneously. Perhaps, I think, it’s because I got older. I am 90 years old now, and I probably need to be surrounded by more happiness. In the same way, I want these paintings to be as dynamic and lively as possible, to be buzzing all over, because with age, it is not more details that one needs, but more abundance and joy.

H-F D : What has driven you, in this new series, to bring back the heroes and superheroes you have already worked with in the past ?

E : The fact that they are a good depiction of the century, and they are striking, and very beautiful. But in this case, I used them a bit differently. Their size changes, they don’t collide in the same way. That said, when I make my collages, I don’t think. I don’t control myself, the subjects appear on their own, they are visually obvious to me.

H-F D : How did you become an artist ? E : In Iceland, I went to the School of Fine Arts. I wanted to become a teacher. I remember getting a very good grade on about ten different courses. At the same time, my aunt won at the National Lottery and she said, «Here, this money is for you to go abroad.» I went to Norway, because I wanted to ski. I took courses in a classical academy there. I also went to engraving school. After this adventure, I returned to Iceland, where I worked as a carpenter at the American base. Then I flew abroad again, to Florence this time. That is where I met Jean-Jacques Lebel. He introduced me to Paris. In Florence, his father had sent him art magazines that had interested me a lot.


H-F D : What brought you to work later on with images that you cut out from magazines ?

E : When I arrived in Paris in 1958, I lived on Maître-Albert street, not far from Place Maubert, where three warehouses were located: one for paper, one for iron and one for glass. The homeless would show up every morning with children’s strollers, sometimes three or four hanging together, and they would sell for kilos of what they brought in. The owner of these warehouses was very friendly and told me one day that I could take whatever I wanted. I found a magazine called L’Usine Nouvelle (The New Factory), which still exists, I think. It stopped publishing for a while and came out again. It was printed on very good quality paper, which made all the other publications look pretty bland. At that time, the sculptor Philippe Hiquily took me to scrap metal yards near Paris, where I collected lots of objects. With these pieces that I used for sculptures and the images of machines that I cut out for my collages, I started a whole body of work that I called the Meca. I even wrote a Manifesto, with various specific points, regarding the Mecartist, the Mecamovement, etc. I am currently co-writing a book with Arnauld Pierre on this entire period.

H-F D : And you have never stopped using images from magazines or comics for your collages…

E : I am driven by curiosity. And also, it is an easy material to find. It can be found anywhere. I can buy it, people send it to me regularly, and I always bring some back when I travel. When in New York, I always visit Midtown Comics, of course, the big comic book store.

H-F D : When did your characters, from comic books notably, start appearing in your work ?

E : In the early 1960s, after my first trip to New York. I was very impressed with the supermarkets on one hand and the comic books on the other, which interested me the most. And that never stopped triggering me, and I’m still interested in them today. When I find new materials, I always see an opportunity for new subjects.

H-F D : Do you know how many images you have at your disposal ? E : Oh that! Well that is impossible to calculate. All I know is that I have created about 16,000 paintings, and between 30,000 and 40,000 collages. We are currently preparing an exhibition which will be held in Geneva in a year’s time. It will be devoted to my collages exclusively.

H-F D : How do you work with your images ? E : I cut them up and arrange them by theme. I must have about 40 drawers, where all my cut out papers are filed; there are lakes, mountains, dictators,


flowers, etc. Sometimes I need a rainy sky, so I open the drawer of skies and find a beautiful rainbow, and I say to myself, «That’s the one I need.” Sometimes it’s the other way around: I put images of skies in front of me, and those images will take me elsewhere. And from time to time, I take two images from each drawer to get some material to start with, and I work from there. There are many possibilities. These images are all at the source of my collages. Some will become models for paintings. These images offer me constant variation, and no repetition. I have so many that colleagues often ask me if I have a portrait of Amin Dada or one of Gaddafi. I tell them that I have everything they need, and I make them a photocopy.

H-F D : Do you read the comics you draw your images from? Do you know your characters’ stories ?

E : No, it doesn’t interest me at all (Laughter.) I’m only interested in the pictures. I read the images. I know a little bit about them when I see one of their films but that’s all.

H-F D : In addition to comic book characters, you have also used images of politicians quite regularly…

E : Yes, because, with a good selection of images, you can take an interesting and sometimes even funny look at what has happened in the last fifty years. Sarajevo, Mao Tse-tung, Gaddafi, etc. I used a lot of images of conflicts as well as the portraits of all these leaders, while always being aware that some subjects were better forgotten. Some subjects impressed me, others amused me. I remember doing a painting on Clinton. He had gone with his wife on an official visit to Japan. An advisor had explained to the Prime Minister, who spoke no English at all, that he should be greeted with a «How are you?» and that he would answer «Very well» and then you would have to say «Me too”. Hillary Clinton was the first one to step off the plane, like a star. She was followed by her husband. The Prime Minister, who did not quite understand, asked Clinton «Who are you?” He replied, «I am Hillary Clinton’s husband.” And it was the Prime Minister’s turn to reply, «Me too”. I made a painting out of it.

H-F D : You also took interest in cosmonauts... E : When I find a new and meaningful topic, I dive into it. I was told that it was impossible to get into the NASA facility. And one day, I was at an exhibition opening in Houston, and I met a Japanese woman who had studied in Paris and who taught printmaking. We were talking, and she told me that in her class there was a cosmonaut and two cosmonaut’s wives. She took my hotel room number, and at 7 o’clock the next morning I received a phone call from NASA. They said, «Get in a cab and come over.» I stayed with them for four days and showed me everything. I was dressed as a cosmonaut, it was great, really great. Afterwards, I brought them some paintings I had done on cosmonauts, and one in particular that was about an encounter with the Russians, at the moment when they shake


hands. They must have liked it, because they put some media at my disposal, which I went to collect at the American Embassy.

H-F D : At one time, you worked with a lot of images in relation to China. Where do you stand with this subject ?

E : I stopped because I’m not interested in that anymore. I remember we published a red book and sold 26,000 copies in just a few days. Astonishing. In my paintings, I took Mao around the world, although, with the exception of a trip to Moscow, at the age of 29, he had never left China. During a stay in Beijing, a couple of friends took me to a restaurant named «Mao». There are hundreds of them in China. We ate the best local dish: cooked fish head. On the way out, I slipped and fell down the stairs, on my knee, which hurt like hell. My friends walked me back to my hotel. I tried to walk at night, but it was no good at all. At 7 am, a guide and a friend came to pick me up to visit Mao’s mausoleum. They left me at the entrance and waited for me outside. I walked around Mao’s body three times and when I came out, my knee didn’t hurt at all. The guide said to me, «Oh, he thanked you because you took him around the world.“ (Laughs.)

H-F D : You have also always included references to art history, notably Fernand Léger and Pablo Picasso…

E : Yes, because they are always mentioned. There is also Matisse and Braque. And El Greco who has always impressed me. We talk about them like they are comics! Besides, I find that they go well together. They are also part of the era. And with them, I have enough material to work with for another fifty years. But when I do it, I am aware of what I am doing. When I’m working, it’s kind of like a dream. I don’t really decide, things just happen on their own. My fingers are the ones in charge.

H-F D : Would you agree that there is something surrealist about your creative process and the way you make images collide ?

E : Absolutely. I have always found this movement to be the most interesting and exciting, the most versatile and unexpected. I was good friends with Victor Brauner, whom Jean-Jacques Lebel had introduced me to, and also with Matta of course. Matta was fantastic. He invited me to his house every Friday at 6 p.m. for us to draw together, which we did for two hours. Afterwards, I gave him and his wife half of what we had done, and I gave the other half to the museum in Iceland. I will be traveling to Iceland soon, where two hundred of those paintings will be presented. The exhibition will be held in Iceland for a few months and then it will travel to Russia, Denmark, Angouleme and maybe Barcelona.

H-F D : How does it feel to have, at the age of 90, such an important notoriety in the country where you were born ?

E : It almost feels normal! (Laughs.) I’ve donated about 6,500 artworks to this


museum. And the people who run it are very good at what they do. They lend the pieces, make them travel, and take good care of them. I’ve already had several exhibitions there, but this will be the most important one. When the book on the Meca is released, we will also go to Iceland to show all the mechanical objects in the storerooms.

H-F D : You have always been part of the Narrative Figuration movement and you enjoy telling stories. Where does this tendency come from ?

E : I love stories. True or not, I don’t care. I think it comes from my childhood. In the old days in Iceland, people would go from farm to farm telling stories, in exchange for free food. I must have that in my genes.

H-F D : Did you feel close to Pop Art at any point in your life ? E : I am very happy to have been born at the right time, and to have known this period, because there was a complete renewal of Painting at the time, with the English first and then with the Americans. I was there at the right time. But it’s not up to me to position my work in relation to that: that role belongs to critics, art historians and exhibition curators. Arthur C. Danto, the great American philosopher said: «This is a baroque pop artist.” when he saw my work. I appreciated that very much because I love Baroque painting and music.

H-F D : How do you work ? E : I’m lucky enough to fall asleep fairly early at night, and during the night I wake up two or three times, get up and think about what I’m going to do during the day, what I need to finish or what I’m going to start. It’s very practical. Then, in the morning at 8 o’clock, a cab picks me up in front of my house, takes me to the studio and picks me up at 5 o’clock. It has been the same driver for a long time and before him it was his father. In fact, I work all the time. If I don’t work, I’m bored, really bored. I work to pass time. Interview by Henri-François Debailleux


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Acrylique sur toile 2020 (160x160cm)

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