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Jean - Marc Felzenszwalbe Sols Arnulf Rainer


Avant-propos de Christophe Gaillard. Texte de Solenne Auger. Biographie de Serge Teskrat. Ce catalogue a été réalisé pour l’exposition Arnulf Rainer à la Galerie Christophe Gaillard du 15 mai au 24 juin 2008.


Arnulf RAINER

G ALE RIE CHRISTOPHE GA I L L A RD


Masque mortuaire de Tassigny, 1978 4


AVANT PROPOS

Rainer, le dernier des iconoclastes.

« Cette chambre où - avec force détours, retours, ratures, biffures, bifurcations diverses - présentement j’écris. » 1 Michel Leiris La biffure n’est pas la rature, ou pas seulement peut-on dire à la suite de Michel Leris . La biffure ne constitue pas seulement la négation de l’image ou du texte sur lequel elle s’applique. Elle secrète le champ des possibles, des changements de sens. Elle ouvre de nouvelles perspectives. Dans l’œuvre de Rainer, le principe de recouvrement présente une valeur positive : recouvrir= recouvrer. Comme on le dit de l’aveugle qui recouvre la vue. L’artiste comme passeur, c’est l’enjeu et la force de Rainer. A rayer, biffurer, cacher, il parvient à nous donner à voir. Il ne s’agit pas de corriger, mais au travers d’une trace, d’un geste, de dévoiler un secret. Le secret.

Voir au-delà de l’image. C.G.

1

Michel Leiris, Biffures, Gallimard, 1948, p. 78.

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La photographie écorchée vive

Violent face à ce double, face à cet autre qui n’est peut-être que lui-même, Arnulf Rainer s’adonne à la schizophrénie. Clown grimaçant dans ses autoportraits, il peut aussi paraître agressif lorsqu’il s’attaque aux masques mortuaires. Il photographie des objets, des images, retravaille ses clichés en les griffant de peinture souvent noire, parfois colorée. Cette méthode appelée « Ubermalungen » que l’on peut traduire par « surpeinture » modifie dès lors la signification de l’image initiale. Il insère de l’huile pour paradoxalement enlever le substrat du papier. Il ôte l’épiderme en le balafrant, griffant à la pointe sèche car le geste se fait brutal. Ecorchées vives sont ses photographies. Elles deviennent traces au cœur d’une autre empreinte que symbolise l’image initiale et à fortiori le masque. Ces visages ne sont pas sans faire écho à certaines estampes d’ Odilon Redon comme « le jour enfin paraît » de 1938 où la couronne d’épines encercle un Christ aux yeux clos et forme un halo obscur. Ce travail s’est poursuivi en trois dimensions sur le plâtre même, mais plus rarement en raison de la difficulté pour l’artiste d’acquérir de tels masques. Ainsi, le masque mortuaire devient une sculpture griffée, stigmatisée, presque christique. Chez Rainer, le visage apaisé du masque mortuaire photographié à plusieurs reprises jusqu’à en faire disparaître tout style, contraste avec l’agressivité expressive du geste de l’artiste. Son œuvre a une fonction cathartique évidente. Il feint et peint la folie, il l’approche sans y accéder véritablement.

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Réveiller les morts Arnulf Rainer appartient à cette génération d’artistes autrichiens que l’on nomme les actionnistes viennois Günter Brus, Otto Mühl, Hermann Nitsch- dont les performances avaient sans doute pour but la purgation. En reveillant les fantômes du passé, ils tentaient d’expier les traces de l’Histoire. Il faut sans cesse déterrer ses morts…pourrait-on dire. Sans adhérer à ce groupe très actif dans les années 60, Rainer n’aura de cesse de retranscrire cette violence intrinsèque à la seconde guerre mondiale et aux totalitarismes qui l’ont engendrée. Engagé dans une lutte acharnée et colérique contre la barbarie et l’inéluctable, son oeuvre ressemble à un long exorcisme. Dès lors, des liens évidents se tissent entre son travail et ces performances d’une rare bestialité. «Chez Rainer, la surface de la photographie se substitue à la peau pour recevoir tous les outrages de l’iconoclasme.» 1 La genèse des masques mortuaires provient également de l’observation de l’œuvre de Franz Xaver Messerschmidt, artiste autrichien du 18ème siècle. Sculpteur des humeurs, des états d’âmes de ses concitoyens -voire de lui-même- il a influencé assez directement la série des masques. Dès 1977, Rainer s’est intéressé à travailler les célèbres têtes grimaçantes ou « têtes de caractère » de Messerschmidt. Dans cette foule de faciès, on trouve « le sinistre, le mélancolique, l’inquiet, l’hypocrite… ». L’expressivité de ces sculptures est si puissante que Rainer a été happé par cette virtuosité réaliste. On peut les comparer aux « Face Farces » où l’artiste se mettait en scène, seul face à l’appareil photographique, faisant des grimaces, se mouvant dans tous les sens et se prenant en instantané : preuve d’une performance intime, hallucinatoire, pour mieux conjurer la mort. 1 Portraits/Visages

1853 - 2003, collection «Galerie de photographie», coédition de la Bibliothèque nationale de France et des éditions Gallimard

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A la recherche de l’éternel

« Je rôde autour des cimetières et des salles d’autopsie, je collectionne les photos funèbres, j’étudie la physionomie des morts et les mortifications. Ce secret fascine mon être ; ce problème obsède ma curiosité. Appartenant au commun des mortels, je me retrouve devant la plus terrible des confrontations. » 2 Arnulf Rainer explicite ainsi sa démarche quotidienne, processus créatif de toute une vie. Ces mêmes investigations ont scandé différentes étapes dans le cheminement de l’artiste. La non-acceptation de la mort et la confrontation quasi journalière avec celle-ci ont fait de son travail un paradigme des questionnements esthétiques du 20ème siècle. Images paradoxales : le crayonnage virulent et enfantin de l’artiste affronte les masques pétrifiés. Il faut réveiller ces hommes et ces femmes de leurs torpeurs éternelles et les faire basculer vers une existence sans fin. Cette action-performance tente l’ultime réanimation. Moments d’extase, de soulagement, de quiétude, de délivrance que soulignent ces masques de personnages connus - Napoléon II, Jacques II, Jean de Lattre de Tassigny…- mais également exclusifs vestiges de la trop longue absence de l’autre, absence que l’on ne se résout jamais à accepter. Objets de curiosités, ces masques mortuaires suscitent une fascination animiste et nous troublent par leur variété expressive. 2

L’image fœtale

Dès l’apparition de la photographie, le cadavre pouvait être immortalisé par un cliché, souvenir d’un être aimé. Unique ruine d’un corps disparu, le masque mortuaire demeure un témoin du passé. Arnulf Rainer cerne de noir toutes ses photographies mortifères dans le but de constituer une poche de protection placentique. Ces visages seuls en suspens au milieu du cadre, aux rides accentuées par la peinture sombre, demandent à être défendus tels le Christ dans sa mandorle. C’est d’ailleurs une figure connue pour qui est habitué à regarder les œuvres d’art brut. On citera à titre d’exemple certaines œuvres médiumniques de Fernand Desmoulin dont le sujet est lui aussi ramené à la forme primitive de l’œuf, du cocon, parfois de l’élytre. On peut ici rappeler la passion de Rainer pour l’art des aliénés, des marginaux et sa contribution à la reconnaissance de leurs créations par le biais d’une collection unique. Déjà, Antonin Artaud considèrait les créations des « fous », comme cristallisant la pureté originelle de l’art. « Il y a dans tout dément un génie incompris dont l’idée qui luisait dans sa tête fit peur, et qui n’a pu trouver que dans le délire une issue aux étranglements que lui avait préparés la vie. » 3

Arnulf Rainer, « Visages dérobés », Galerie Lelong, Paris, 2006, p 32. Artaud, « Van Gogh le suicidé de la société », Editions Gallimard, Paris, 2001, p 51.

3 Antonin

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Fernand Desmoulin Dessins mĂŠdiumniques, 1900 - 1902

Portrait de Liliencron 9


La série des VAN GOGH

Captivé par les autoportraits de Van Gogh, Rainer s’est mesuré à un de ses maîtres en photographiant les toiles de cet écorché vif pour mieux les appréhender. Il en a enfanté toute une série. L’autoportrait de Van Gogh qui date de 1889 -collection du Musée d’Orsay- fait suite à six mois d’internement de l’artiste à Arles. Ce tableau servira de modèle à Rainer. Cet autoportrait atteste de l’apaisement de Van Gogh à la suite d’une grave crise et témoigne du calme après la tempête. « Non, Van Gogh n’était pas fou, mais ses peintures étaient des feux grégeois, des bombes atomiques, dont l’angle de vision, à côté de toutes les autres peintures qui sévissaient à cette époque, eût été capable de déranger gravement le conformisme larvaire de la bourgeoisie second Empire et des sbires de Thiers, de Gambetta, de Félix Faure, comme ceux de Napoléon III » 4

De ces photographies tailladées, Rainer a engendré une œuvre unique. D’où une impossibilité de la perte de l’aura que Walter Benjamin évoquait dans son texte canonique « l’œuvre d’art à l’ère de la reproductibilité mécanique ». A contrario, il s’agit d’une résurrection de la photographie dans toute sa singularité. Un voile embaume toutes ces images telle une momification. Une Sacralisation même…

Un parallélisme entre l’oeuvre de Arnulf Rainer et Vincent Van Gogh peut alors s’établir : l’atomisation de la peinture, les expériences hallucinatoires qui permettent de frôler la démence, l’abnégation de soi. Rainer rend hommage à la peinture de Van Gogh qu’il admire profondément…et à un être incompris à son époque.

4 Antonin

Artaud, « Van Gogh le suicidé de la société », Gallimard, Paris, 2001, p 27.

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La réincarnation de l’aura

Solenne Auger


Van Gogh en Dorian Gray, 1980 11


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Verwischte Kontur , 1978 13


Masque mortuaire de Senefelder, 1978 14


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Masque mortuaire de Liliencron, 1978 Portrait de Liliencron


Portrait de Jacques II 16


Portrait de NapolĂŠon II 17


«Nous serons pauvres et nous souffrirons la misère aussi longtemps qu'il le faut, comme une ville assiégée qui n'entend pas capituler, mais nous montrerons que nous sommes quelque chose.» Vincent Van Gogh, Extrait d'une Lettre à Théo , Janvier 1886

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Vincent Van Gogh, Autoportrait à l’oreille bandée, 1889

Van Gogh en Dorian Gray, 1980 19


ÂŤ Peindre pour quitter la peinture Âť Arnulf Rainer

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Vincent Van Gogh, Autoportrait, 1889

Portrait de Van Gogh, 1979 21


Masque mortuaire de Guitry, circa 1986

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Masque mortuaire de Tassigny, 1978 23


«Le visage de l’être qui a souffert, qui est arrivé au bout de la souffrance, libéré d’elle, qui est arrivé au bout du combat, pacifié; l’apparition du terrible et de la délivrance.» Arnulf Rainer

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Portrait de Helmut von Moltke, 1980 - 1981


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Première de couverture, page 21 Portrait de Van Gogh, 1979 Huile sur photographie 60 x 48 cm

Page 15 Masque mortuaire de Liliencron, 1978 Encre et crayon gras sur photographie 60 x 50 cm

Page 4, 23 Masque mortuaire de Tassigny, 1978 Encre, crayon gras sur photo 22,5 x 20 cm

Page 15 Portrait de Liliencron Huile, crayon gras et encre sur photographie 60,5 x 50,5 cm

Page 7, 25 Portrait de Helmut von Moltke, 1980 - 1981 Encre, crayon et lavis d’encre sur photographie 22,5 x 32 cm

Page 16 Portrait de Jacques II Encre et aquarelle sur photographie 60,8 x 50,3 cm

Page 11, 19 Van Gogh en Dorian Gray, 1980 Huile sur photographie 59,5 x 48 cm

Page 17 Portrait de Napoléon II Huile sur photographie 50,5 x 60,5 cm

Page 13 Verwischte Kontur (Masque mortuaire), 1978 Encre et crayon gras sur photographie 50 x 60 cm

Page 22, 37 Masque mortuaire de Guitry, 1986 Encre, crayon gras sur photo 22,5 x 20 cm

Page 14 Masque mortuaire de Senefelder, 1978 Encre et crayon gras sur photographie 60 x 50 cm

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NOTES Aloys Senefelder, né le 6 novembre 1771 à Prague et mort à Munich le 26 février 1834, est un acteur et auteur dramatique autrichien. Il inventa la technique de la lithographie afin d’imprimer son propre travail d’auteur. Helmuth Karl Bernhard, comte von Moltke, né le 26 octobre 1800 à Parchim, mort le 24 avril 1891 à Berlin, est un général prussien puis allemand, qui devint parlementaire au Reichstag. Napoléon-François-Charles-Joseph BONAPARTE, prince français, roi de Rome, puis Napoléon II et enfin duc de Reichstadt, dit l’Aiglon. Né le 20 mars 1811 à Paris, mort le 22 juillet 1832, à Vienne, il est le fils de Napoléon Ier, empereur des Français, et de l’archiduchesse Marie-Louise d’Autriche. Detlev von Liliencron (3 juin 1844 - juillet, 1909) est un poète lyrique allemand de Kiel et romancier, reconnu avec son recueil de poèmes Adjutantenritte und andere Gedichte (1883), en rupture avec la littérature de l’époque. Jacques Stuart (James), né le 14 octobre 1633 à Londres et mort le 16 septembre 1701 à Saint-Germain-en-Laye. Roi d’Angleterre (Jacques II) et d’Écosse (Jacques VII) de 1685 à 1689. Marquis de Chaumont - Guitry, né en 1827 et mort en 1866. Il fut Chambellan de l’empereur et député de la Sarthe. Jean de Lattre de Tassigny est un maréchal de France, né le 2 février 1889 à Mouilleron-en-Pareds et mort le 11 janvier 1952 à Paris.

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Arnulf RAINER

Par Serge TESKRAT, docteur en histoire de l‘art. Peintre autrichien né à Baden près de Vienne, littérairement formé par ses lectures d’Artaud, de Georges Bataille et de Cioran, Rainer a commencé de 1949 à 1951 à peindre de manière informelle, selon des procédés automatiques, proches de l’automatisme surréaliste. Mais, déçu par sa rencontre avec André Breton, qui eut lieu pendant le voyage qu’il fit à Paris au début des années 1950, et constamment animé par un désir cathartique d’annihilation de tout discours, il s’est défini comme un artiste qui « peint pour quitter la peinture», sinon pour anéantir l’art lui-même. En 1951 à Vienne, lors du vernissage d’une exposition de ses œuvres, il a insulté ses invités: ce ne serait qu’une anecdote si l’on ne saisissait qu’il peint aussi pour insulter l’image, l’identité de ce qu’il peint (y compris la sienne, quand il peint, avec rage, sur la photographie de son propre visage). Proche d’artistes comme Vedova et Reinhardt, qui ont joué presque exclusivement de la couleur noire, Rainer fut, par son comportement autant que par ses œuvres, le maître admiré d’artistes d’avant-garde comme Nitsch et Schwarkogler, qui ont pratiqué l’art du happening jusqu’au sang et à l’autodestruction physique. Il ne peint pas des tableaux noirs, il les recouvre totalement ou en partie d’un noir de suie gluant, où il y a des éclats, une sorte de poil hirsute et des déchirures. «Dessins aveugles», «peintures recouvertes», «photos recouvertes» ou «peintures gestuelles», ce sont, chaque fois, des œuvres intentionnellement chaotiques, véhémentes sinon hargneuses, où la passion d’atteindre par la peinture quelque chose qui ne s’atteint que rarement par l’esprit envahit tout, déborde tout. Dans ses peintures gestuelles des années 1970, il a violemment réagi à la mode de l’art minimal et de l’art conceptuel, alors dominante.

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Rainer s’est intéressé très tôt, comme les surréalistes et Dubuffet, à l’expression des malades mentaux, et plus particulièrement aux dessins des catatoniques, qui ne s’expriment jamais par les mots, s’enferment la plupart du temps dans le théâtre intérieur de l’autisme. Ce qu’il apprécie le plus, dans l’expression des aliénés, c’est «un art sans couverture pseudo-sociale» et, dans certaines de ses œuvres, tout se passe comme s’il voulait non seulement se dérober au narcissisme du spectateur, mais récuser en bloc la fonction spectaculaire de tout art. Le critique d’art Johannes Gaschang a comparé sa démarche à celle de Giacometti, qui était en effet toujours insatisfait par ses œuvres et ne les considérait jamais comme achevées (voir A. Rainer ou la Nouvelle Croix , entretien de J. Gaschang avec A. Rainer, Galerie Lelong, Paris, 1990, et Arnulf Rainer , Galerie Lelong, Zurich, 1990). Mais Giacometti tentait de capter l’espace existant entre les hommes et les choses, la réalité même des corps, des visages réels, tandis que Rainer tente de capter, plus périlleusement, quelque chose qui échappe à toute définition spatiale: combat utopique, où il y a du mysticisme et de la mystification volontaire, qui apparente cette œuvre à un suicide perpétuellement différé, perpétuellement simulé pour être différé. Il n’est donc pas étonnant qu’un prélat, Mgr Mauer, attaché à la cathédrale Saint-Étienne de Vienne, se soit particulièrement intéressé à son œuvre, comme le père Couturier ou le père Laval ont pu le faire en France auprès de certains artistes, et d’Artaud: les exercices de destruction symbolique de Rainer peuvent être interprétés comme une quête de la vérité, en même temps qu’ils sont à ses yeux, comme toutes les œuvres d’art, «des concessions à notre monde corrompu dont nous avons honte». Rainer ne cesse de revenir à ses tableaux pour les «corriger», les manipuler, les «recouvrir» encore davantage, comme si,

pour en perpétuer le souvenir, il s’acharnait à les transformer en un champ de massacre - il a «recouvert» ainsi des photographies de masques mortuaires, ou encore des photographies de visages de cadavres -, et comme si son œuvre entier ne pouvait être qu’un énorme « repentir». «Ce que je préfère, écrit-il, c’est recouvrir toujours davantage une peinture déjà recouverte. Je n’ai jamais voulu détruire, seulement perfectionner.» Il peint donc sur des photographies d’œuvres d’art: eaux-fortes de Henri Michaux (1986), sur des photographies de livres de botanique ou de zoologie du XVIIIe siècle (1985), sur des gravures illustrant les tragédies de Racine (1991), etc. Tranchant sur l’art contemporain, où fourmillent les facilités et les complaisances, Rainer peut faire figure d’exception, bien qu’il soit considéré, depuis sa rétrospective à la Kunsthalle de Berne en 1977, comme une vedette de l’art international et qu’on ne puisse en faire, sans abus, une sorte de Van Gogh de la fin du XXe siècle. Reste qu’il a creusé dans l’espace de la peinture moderne une sorte de «trou noir», d’autant plus impénétrable qu’une volonté éperdue de sens, «intermédiaire, comme il le dit lui-même, entre l’esthétique et la métaphysique», dépossède précisément de sens ces tableaux qui se perdent dans la confusion d’un mimétisme de la catastrophe (séries Hiroshima , 1982). Malgré et à cause de son succès, Rainer vit à contre-courant l’esprit du temps: en 1982, il a présenté à la Documenta 7 de Kassel ses Peintures au doigt et à la main qui ressuscitent les abstractions lyriques et l’expressionnisme abstrait des années 1950. Un certain nombre de thèmes traversent son œuvre, comme celui de la croix qui a fait l’objet d’une importante exposition à la fondation Menil à Houston (Texas) en 1992. Ne s’agirait-il pas, au bout du compte, d’une volonté, obscure et contradictoire, de sauver la peinture de la mort par sa propre négation?

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Arnulf RAINER Expositions individuelles 1951

Galerie Kleinmayr, Klagenfurt, Autriche

1952

Galerie Franck, Frankfort, Allemagne Galerie Springer, Berlin, Allemagne

1954

Galerie Würthle, Vienne, Autriche

1956

Galerie Nächst St Stephan, Vienne, Autriche

1958

Galerie 33, Berne, Suisse

1960

Galerie Nächst St. Stephan, Vienne, Autriche

1961

Galleria del Cavallino, Venice, Italie

1962

Minami Gallery, Tokyo, Japon

1968

Museum des 20. Jahrhunderts, Vienne, Autriche

1969

Galerie Ariadne, Vienne, Autriche

1970

Galerie Nächst St. Stephan, Vienne, Autriche Kunstverein, Fribourg, Allemagne Galerie Van de Loo, Munich, Allemagne Galerie Müller, Stuttgart et Cologne, Allemagne

1971

Kunstverein, Hambourg, Allemagne Biennale, San Paolo, Italie

1972 1973

Bush-Reisinger-Museum, Cambridge, Massachusset, Etats Unis Goethe Institut, Amsterdam, Pays Bas

1974

Ariadne Gallery, New York, Etats Unis Kunstraum, Munich, Allemagne

1975

Galerie Stadler, Paris Hessisches Landesmuseum, Darmstadt, Allemagne

1976

Neue Galerie der Stadt, Linz, Autriche Kulturhaus, Graz, Autriche

1977

Kunsthalle, Bern, Allemagne Städtische Galerie im Lenbachhaus, Munich, Allemagne Kunstraum, Munich, Allemagne Kestner Gesellschaft, Hanovre, Allemagne

1978

Biennale, Venice, Italie Österreichische Galerie, Vienne, Autriche

1979

Württembergischer Kunstverein, Stuttgart, Allemagne Galerie Ulysses, Vienne, Autriche

1980

Nationalgalerie, Berlin, Allemagne

Graphische Sammlung Albertina, Vienne, Autriche

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1981

Städtisches Kunstmuseum, Bonn, Allemagne Museum des 20. Jahrhunderts, Vienne, Autriche Stedelijk van Abbemuseum, Eindhoven, Pays Bas Whitechapel Art Gallery, London, Royaume Uni Walter Art Gallery, Minneapolis, Etats Unis

1987

Centre Saidye Brtonfman, Montréal, Canada Centre National d’Art Contemporain, Grenoble Musée Cantonal des Beaux-Arts, Lausanne, Suisse Musée des Beaux – Arts, Bruxelles, Belgique Museum Overholland, Amsterdam, Pays Bas

1982

Suermont Museum, Aix-la-Chapelle, Allemagne Louisiana Museum, Humlebaek, Danemark Galerie m, Bochum, Allemagne

1983

Wilhem-Hack-Museum, Ludwigshafen, Allemagne Kunstmuseum, Hanovre, Allemagne Museum van Hedendaagse Kunst, Gand, Belgique

1988

Oberösterreichische Landesgalerie, Linz, Autriche Museen Haus Lange und Haus Esters, Krefeld, Allemagne Neue Galerie, Staatliche und Städtische Kunstsammlungenn, Cassel, Allemagne Städtisches Museum, Leverkusen, Allemagne

1984

Musée National d’Art Moderne, Centre Georges Pompidou, Paris Stedelijk van Abbemuseum, Eindhoven, Pays Bas Kunstmuseum, Düsseldorf, Allemagne Kunsthaus, Zurich, Allemagne

1985

Museum of Modern Art, Oxford, Royaume Uni Galerie Maeght Lelong, Zürich, Allemagne National Galerie, Berlin, Allemagne Galerie Ulysses, Vienne, Autriche

1989

Städtische Galerie, Ratisbonne, Allemagne Kunstverein, Braunschweig, Allemagne The Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Etats Unis Festpielhaus, Bregenz, Autriche Museum of Contemporary Art, Chicago, Etats Unis Historisches Museum der Stradt Wien, Vienne, Autriche Moore College of Art and design, Philadelphie, Etats Unis

1986

Ritter Art Gallery, Florida Atlantic University, Boca Raton, Etats Unis The Grey Art Gallery and Study Center,New York University, Etats Unis Abbazia di San Gregorio, Venice, Italie Neue Galerie – Sammlung Ludwig, Aix-la-Chapelle, Allemagne

1990

Castello di Rivoli, Turin, Italie Gemeentemuseum, La Haye, Pays Bas Bonnefantenmuseum, Maastrich, Pays Bas Städtisches Kunstmuseum, Bonn, Allemagne Saarlandmuseum, Sarrebruck, Allemagne

1991

Malmö Konsthall, Malmö, Suède Brandenburgische Kunstsammlungen,Cottbus, Allemagne Maximilianverlag, Munich, Allemagne Galerie Stadler, Paris

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1992

The Menil Collection, Houston, Etats Unis Kunst-Station St.Peter, Cologne, Allemagne Kärntner Landesgalerie, Klagenfurt, Autriche Fundação de Serralves, Porto, Portugal

1998

Staatliche Galerie Moritzburg, Die Radierungen National galerie, Prague, République Tchèque Carolino Augusteum, Salzburger Museum für Kunst und Kulturgeschichte, Galerie Ulysses, Vienne, Autriche

1993

Kunsthalle Dominikanerkirche, Osnabrück, Osnabrück Hessisches Landesmuseum, Darmstadt, Allemagne Oberösterreichischer Kunstverein, Linz, Autriche Moderna Galerija, Ljubljana, Slovénie

1994

Museum Moderner Kunst, Passau, Allemagne Kunsthalle, Recklinghausen, Allemagne Schömer-Haus, Klosterneuburg, Autriche

1999

Städtische Kunstsammlungen, Augsburg, Allemagne Salzburger Landessammlungen, Rupertinum, Salzbourg, Autriche Theater museum, Hanovre, Allemagne Galerie Ropac, Paris

1995

Museum für Moderne Kunst, Bozen, Italie Nationalmuseum Cotroceni, Bucarest, Roumanie - Brukenthal Museum, Hermannstadt, Hongrie Internationales Kulturzentrum Egon Schiele, Krumau, République Tchèque

2000

Rétrospective Kunstforum, Vienne, Autriche - Stedelijk Museum, Amsterdam, Pays Bas - Galleria d’Arte Moderna de Bologne, Italie

1996

Kärntner Landesgalerie, Klagenfurt, Autriche Landesmuseum, Oldenburg, Allemagne Islänsdische Nationalgalerie, Reykjavik, Islande Bonnefantenmuseum, Maastricht, Pays Bas Biennale Internationale de San Paolo, Italie Centro Galego de Arte Contemporánea, Saint-Jacques- de-Compostelle, Espagne

1997

Museo National de Bellas Artes, Buenos Aires, Argentine Kunsthalle, Krems, Autriche Museo National de Bellas Artes, Santiago, Chili Kunstmuseum, Bonn, Allemagne

2004

Musée Message Biblique Marc Chagall, Nice

2005

Galerie Hafenrichter & Flügel, Nuremberg, Allemagne

2006

Galerie Lelong, Paris

2007

Galerie Richard Ruberl, Vienne, Autriche

2008

Galerie Heinz Holtmann, Cologne, Allemagne

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ARNULF RAINER 15 mai - 24 juin 2008 Conception graphique: Christophe Gaillard et Bérangère Baralle.

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2008 Thierry Jacob pour les photographies. 2008 Solenne Auger et Christophe Gaillard pour les textes. 2008 Serge Teskrat pour la biographie. 2008 Galerie Christophe Gaillard pour le catalogue.

Remerciements Patrice Cotensin et la Galerie Lelong Caroline Bouchard et la Galerie Baudoin Lebon

GALERIE CHRISTOPHE GAILLARD 12, RUE DE THORIGNY 7 5 0 0 3 P A R I S TEL: 01 42 78 49 16 contact@galerie-gaillard.com w w w. g a l e r i e - g a i l l a r d . c o m

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Ce catalogue a été édité à 300 exemplaires, celui-ci numéroté

/300

Achevé d’imprimer en mai 2008 sur les presses d’ OFFSET 5 EDITION à La Mothe Achard, France 38


GALERIE CHRISTOPHE GAILLARD 12, RUE DE THORIGNY 7 5 0 0 3 P A R I S TEL: 01 42 78 49 16 con tac t@g al e r ie -g ail l ar d .c om w w w. g a l e r i e - g a i l l a r d . c o m

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Arnulf RAINER  

catalogue d'exposition

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