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Cinéma

Jamais Betty Anne n’abandonnera son frère Kenny. Convaincue qu’il est condamné à la prison à vie pour un crime qu’il n’a pas commis, elle ira au bout de sa promesse, même s’il faut pour cela qu’elle devienne avocate… L’histoire est vraie. Et le parcours accompli par cette femme pour sauver son frère force le respect. Si la réalisation manque d’intensité à force de sobriété, le film peut compter sur un casting trois étoiles, Hillary Swank et Sam Rockwell en tête. è

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a petite maison est isolée, et son occupante, Katherine Brow, a été victime d’un véritable carnage. Pas une pièce où on ne trouve son sang. La police songe immédiatement à Kenny Waters, un proche voisin de la victime connu de la justice depuis son enfance. Balloté entre un foyer chaotique et de multiples familles d’accueil, Kenny attire autant la sympathie que les ennuis. Ce fanfaron attachant aux réactions imprévisibles n’a qu’une certitude : sa sœur Betty Anne. Comme à leur première séparation déchirante pour leur premier placement, ces deux-là sont liés par un amour sans limites. Deux ans après le meurtre de Katherine Brow, la police vient arrêter Kenny. Le témoignage de deux de ses anciennes compagnes l’accuse du meurtre. Le procès est mené à charge et Kenny se retrouve emprisonné à vie pour un meurtre particulièrement sauvage. Convaincue de l’innocence de son frère, Betty Anne refuse d’abandonner son frère à son désespoir. À défaut de moyen pour payer un vrai avocat, et en l’échange d’une promesse de son Kenny de ne pas baisser les bras, elle s’engage personnellement dans cette croisade folle.

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Cette jeune mère de deux enfants reprend ses études pour passer son bac, suivre des études de droit et devenir avocate. Pendant 18 ans, sacrifiant son mariage, mais soutenue par ses deux garçons et une amie fidèle, Betty Anne va mener la bataille contre ce système judiciaire sourd et aveugle. L’usage révolutionnaire de l’ADN pour identifier les indices va lui offrir cette opportunité qu’elle attendait pour réviser le procès de Kenny… Betty Anne est un de ces personnages hors norme, un de ces destins qu’on aurait du mal à croire crédible dans une fiction. Bien réelle, son exploit valait bien un film. Mais adapter 18 années d’épreuves, de suspens, de coups de théâtre et de sentiments bouleversants est une vraie gageure si l’on veut être à la hauteur des personnages qui ont inspiré l’histoire. De fait, le scénario final a mis dix ans à être élaboré ! On sent bien que les longues années d’étude sont un peu vite évoquées, la dislocation de la famille de Betty-Anne aurait mérité plus d’attention. Mais l’évocation du destin de Kenny et sa sœur ait finalement réussi grâce


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è à un montage habile qui concilie avec fluidité trois époques majeures : une enfance mouvementée qui nourrit autant la terrible réputation de Kenny que l’amitié indestructible entre frère et sœur, les années 80 et les évènements qui mènent Kenny à sa condamnation, et enfin le dénouement de l’affaire en 2001. En retrait, la reconstitution est soignée, mais opte pour une réalisation débarrassée d’artifices, au plus prêt de ses personnages. Des rôles confiés à un casting irréprochable. Minnie Driver est une super copine exemplaire, Juliette Lewis se livre à un numéro aussi court que percutant en « ex » édentée, et Ari Graynor touche immédiatement dans le rôle glacial de la fille de Kenny. Et, comme quoi le hasard est une bonne blague, on retrouve Melissa Leo. Juste récompensée d’un Oscar pour ce rôle de mère étouffante dans Fighters, la revoici sous les traits glaçants d’arrogance d’une flic irascible. Le rôle est court, mais essentiel. Melissa Leo, une fois de plus, relève le défi haut la main. Le rôle de Kenny Waters a été confié à Sam Rockwell, ce que l’on ne saurait trop saluer ! Il est génial en inlassable blagueur

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éminemment sympathique, mais capable d’exploser en une seconde, dévoilant un aspect nettement plus inquiétant. Et comme Julia Roberts a eu son Erin Brokovitch, Hillary Swank trouve là le rôle de justicière magnifique qui lui collera à la peau. Productrice exécutive du film et admirative de cette femme remarquable, sa prestation est agréable, même si un peu plus de fièvre n’aurait pas été de refus ! On regrette forcément que le travail accompli par Barry Scheck et Peter Neufeld, fondateur de The Innocence Project ne soit qu’évoqué. Mais l’histoire des 258 innocents (dont 17 condamnés à mort) qu’ils ont sorti de prison grâce à l’ADN mérite à elle seule plus d’un film… On aurait apprécié que la mise en lumière des failles de la justice soit encore plus pertinente et militante, que les bouleversements entraînés par le rôle de l’ADN soient plus exploités, mais ne chipotons pas : l’émotion est bien là, et l’évocation de l’erreur judiciaire efficace. Et la complicité de Betty Anne et Kenny illustrée avec énormément de tendresse et de respect. Comme cet amour sans faille est le fil rouge de toute l’histoire, difficile de rester insensible.


Infos

L’avis de CpourlesFemmes Après deux Oscars, Hillary Swank n’a plus grandchose à prouver. Mais elle fait encore preuve d’intelligence en produisant ce film dont elle tient le bouleversant premier rôle. Face à une institution écrasante, le courage de Betty Anne est un exemple pour tous et toutes. Que l’on connaisse la conclusion de cette croisade ou pas, le film vous touchera. Une superbe déclaration d’amour fraternel. C.M.

Drame Réalisé par Tony Goldwyn Avec Hilary Swank, Sam Rockwell, Minnie Driver, Melissa Leo … Durée : 1h47 Sortie en salles le 16 mars 2011 Internet : www.conviction-lefilm.com

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