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Le premier hebdo cinéma 100% gratuit - Un nouveau mag tous les mardis

LE PETIT

CINEVORE

TRON : l’héritage N°01 - Semaine du 09 février 2011 au 15 février 2011


LE PETIT

CINEVORE Bienvenue dans ce premier numéro du Petit Cinévore ! Ce nouvel hebdo 100% gratuit sur le cinéma vous proposera chaque mardi de retrouver l’actualité de la semaine, mais aussi les critiques des nouveaux films ! Que vous le consultiez sur PC, Mac, iPad, tablette Android ou tout autre support numérique, nous espérons qu’il alimentera chaque semaine votre passion du cinéma. Bien sûr, au fur et à mesure des numéros, de nouvelles rubriques viendront apporter de nouveaux plus au magazine, à commencer par les liens vers les vidéos ! On attends vos avis, critiques, idées, par mail sur cinevore@funtribe.com !

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News

Le retour des héros ! 2

013 sera une année riche en matière d’animation, avec les suites d’ores et déjà annoncées de Dragons et de Moi, moche et méchant ! C’est à l’occasion de la sortie future en DVD de Moi, moche et méchant que Pierre Coffin, le co-réalisateur français du premier opus, a annoncé que la suite était envisagée. On devrait selon ses dires retrouver Gru, les Minions et les trois fillettes, et un nouveau méchant pour toujours autant de délire !

Quand à Dragons, dont le premier opus a remporté 10 des 15 Annie Awards (l’équivalent des Oscars pour le monde de l’animation), sa suite permettra de retrouver notre héros, quittera un peu plus les territoires Nordiques, les producteurs semblant partis pour faire une trilogie ! On nous promet de nouvelles races dragons dans un bestiaire déjà bien fourni, mais aussi quelques nouveaux personnages pour un épisode qui sera donc une transition vers un troisième film qui clôturera le tout.

qui

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Go for Bilbo ! C’

est la nouvelle que tous les fans attendaient ! Après un défilé de noms de réalisateur, une grêve générale en Nouvelle-Zélande pour éviter la délocalisation de la production et un petit pépin de santé de Peter Jackson, le tournage de Bilbo le hobbit (dont nous vous rappellons qu’il sera partagé en deux parties, la première sortant en décembre 2012, la seconde un an plus tard) commencera enfin le 21 mars, avec Martin Freeman dans le rôle de Bilbo, mais où l’on retrouvera également Ian McKellen, Andy Serkis, Elijah Wood et Cate Blanchet dans leurs rôles respectifs ! Espérons que Peter Jackson sera aussi passionné que pour le tournage du Seigneur des Anneaux, et alimentera les fans en croquis, reportages et infos sur le tournage, une tactique qui lui avait permis de susciter l’intérêt des fans de Tolkien longtemps avant la sortie de La Communauté de l’Anneau.

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Découvrez les premakes...

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ous connaissiez les sequels, les prequels, les remakes, découvrez désormais les premakes ! C’est l’idée géniale de Ivan Guerrero, qui cherchant du bouulot dans le monde du cinéma, a eu l’idée de monter des bandes-annonces de blockbusters récents en utilisant uniquement des extraits de films de vieux films (souvent de nanars) en noir et blanc. Au programme, Là Haut, l’Empire contre-attaque, Ghostbusters, Indiana Jones, Forrest Gump... A découvrir d’urgence sur son compte YouTube ! Internet : http://www.youtube.com/user/whoiseyevan

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Premières images

Sur la route de Walter Salles avec Garrett Hedlund et Kristen Stewart - 07/12/2011 5


Critique

TRON Décidé à renoncer à l’empire dont il a hérité, le fils du plus grand créateur de jeux vidéo reçoit un appel de ce père disparu. Un contact qui l’emmène dans l’autre monde, celui des programmes informatiques… 6


L heritage Après 30 ans de patience, le premier héros cinématographique du jeu vidéo revient sur les écrans. Des retrouvailles fascinantes car l’audacieux défi est plutôt réussi. 7


Critique > Tron : l’héritage

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am Flynn est le fils du fameux Kevin Flynn, inventeur de jeux vidéo au génie précurseur et fondateur d’un empire technologique avec la société ENCOM. Sam est l’héritier de cet empire, mais n’en a que faire. Depuis que son père s’est volatilisé en 1989, alors qu’il n’avait que 9 ans, Sam a laissé les rennes du pouvoir au fidèle ami de son père, Alan Bradley, devenu depuis minoritaire au sein d’une assemblée visant le profit maximum. Décidé à faire respecter l’idéal de gratuité de son père, Sam le rebelle se glisse alors chez ENCOM pour rappeler ces décideurs au bon souvenir de son père… Une rébellion spectaculaire mais dérisoire pour ce jeune homme en colère, décidé de toute façon à se séparer de ce trop lourd héritage. Jusqu’à ce que Alan ne vienne le voir avec un message, un message qui ne peut venir que de son père. Sam retourne alors dans la vieille salle de jeu abandonnée où tout a commencé. Derrière un jeu d’arcade Tron, le jeu qui fit son succès, Sam découvre un passage vers un laboratoire souterrain. Il y trouve surtout un étrange fauteuil…

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Dans la catégorie “séquelle inespérée et périlleuse”, cette suite de Tron est un cas d’école. Imaginer un second opus au film culte de Disney était un véritable fantasme tant le modèle original reste une oeuvre inclassable et avant-gardiste. Rappelons que cet échec commercial ne devint culte que sur la longueur. Sorti en 1982, le Tron de Steven Lisberger préfigurait l’influence aujourd’hui écrasante de l’univers du jeu vidéo. Un film qui proposait un scénario original misant avant tout sur l’action et utilisait à grande échelle des techniques aussi novatrices que l’image de synthèse et les décors virtuels. Un ovni esthétique qui réunissait des esprits créatifs d’exception comme le designer Syd Mead, génie méconnu auquel on doit aussi le design des décors de Blade Runner, et l’immense Moebius, qui donna aux personnages de Tron leur allure unique soulignée de lumière. Pour oser cette séquelle, Disney n’a pas lésiné sur les moyens. Si le réalisateur est un petit nouveau, il est doté d’un talent évident. Le budget est en conséquence (60 000 dollars pour le seul costume de pilote…), une production ambitieuse


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Critique > Tron : l’héritage

annonçant pas moins de 68 semaines de post-production, et la contribution de talents pas forcément issus de l’univers cinématographique comme ce designer de chez Bugatti qui a revisité avec réussite les fameuses motos… Restait à ménager le lien entre l’original et sa suite. Un héritage qui s’avère finalement bien géré. On retrouve évidemment les visages marquants du film de Lisberger, et si on regrette l’absence de David Warner, Bruce Boxleitner et

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l’irremplaçable Jeff Bridges sont bien là. Bridges qui innove à nouveau en étant le premier acteur à jouer face à une version rajeunie de lui-même… A leur côté, le jeune Garrett Hedlund et l’épatante Olivia Wilde sont convaincants, et on prend beaucoup de plaisir au numéro de Michael Sheen en tenancier de cabaret hyper-tronique. Mais l’essentiel c’est de retrouver cet univers graphique si particulier, avec sous la froideur des lumières glacées cette candeur de comics. Les décors sont magnifiques, et une bonne part des scènes d’actions carrément bluffantes. La 3D apporte son lot de spectacle, et fait de ce Tron un film à voir à tout prix dans une salle équipée. Et le scénario donc ? Simple mais carré, juste assez imaginatif pour recoller à la naïveté du premier, il est efficace, et s’autorise quelques clins d’oeils que les inconditionnels sauront apprécier à leur juste valeur. N’oublions pas un élément exemplaire dans l’art d’actualiser le classique : la BO. Le travail des Daft Punk est irréprochable. Consécration de l’influence du jeu vidéo, célébration d’un film novateur mal aimé avant de devenir une source d’inspiration, ce Tron L’Héritage vaut le détour, et ne devrait pas décevoir les accros de l’original. Il n’est pas impossible que, marketing aidant, Tron 2 devienne source d’inspiration à son tour…


Infos

L’avis du Petit Cinévore Tron est un film inclassable, précurseur en de nombreux domaine. Il était difficile d’être aussi révolutionnaire à l’heure ou internet est dans tous les foyers. Néanmoins, cet Héritage est un spectacle réussi, qui recolle à l’original et développe l’univers découvert en 1982. Il fallait oser, et le résultat est convaincant. F.L.

Science Fiction Réalisé par Joseph Kosinski Avec Jeff Bridges, Garrett Hedlund, Olivia Wilde, Bruce Boxleitner … Durée : 2h06 - 3D dans certaines salles Sortie en salles le 9 février 2011 Internet : www.disney.fr/tron

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Critique

Very Co

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old Trip Si Janne ne rapporte pas avant l’aube un décodeur à sa fiancée, il peut faire une croix sur leur couple. Mais quand on est fainéant, fauché, accompagné de bras cassés et perdu dans la nuit Laponaise, c’est un défi risqué… Road movie servi frappé juste ce qu’il faut, cette comédie prouve une fois de plus le potentiel comique qui sommeille sous les neiges du grand nord… 13


Critique > Very Cold Trip

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epuis que sa boutique de téléphonie à fermée, victime du téléphone portable, Janne a baissé les bras. Adolescent attardé souffrant d’un poil titanesque dans la main, il passe ses journées avec ses copains Kapu et Räihänen, deux autres trentenaires oisifs. Mais le soir où Titanic doit passer sur le câble, c’est la goutte qui fait déborder le vase de la patience de sa fiancée Inari. Elle lui avait donné l’argent pour acheter un décodeur en promotion, et comme d’habitude, Janne à oublié, dépensé l’argent, et n’a ramené à la maison que ses deux boulets de copains. Furieuse, Inari lui met le marché en main : il a jusqu’à l’aube pour lui ramener ce fichu décodeur, sinon tout est fini entre eux. Janne n’a pas le choix : se rendre en ville pour trouver l’engin. Accompagné de ses deux acolytes, le périple tourne court par manque d’essence. Et d’argent. Ca n’est que la première péripétie d’une très long voyage dans la nuit, marqué par un manque de chance récurrent et un don exceptionnel pour se coller dans des situations impossibles… En présentant ce film en dehors des frontières finlandaises, Dome Karukoski craignait que le sens

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de l’humour pratiqué du côté de la Laponie soit incompréhensible au reste de l’Europe. Qu’il soit rassuré, il est extrêmement facile de se familiariser avec le “perkele” ! Le terme n’a pas de traduction en d’autres langues. Les Finlandais l’utilisent parfois comme juron, mais ce “perkele” synthétise en fait toute une philosophie de la fatalité, une ironie cruelle à souhait qui fait directement écho à notre cynisme ou à l’humour noir britannique. Sur le ton de la comédie, le réalisateur voulait évoquer une mutation de la société, qui a vu les femmes devenir les garantes de la tradition, celles qui tiennent le foyer à bout de bras, nettement plus forte et mature que leurs compagnons, au point que Karukoski n’hésite pas à parler de “honte des hommes”. Et si on s’amuse énormément, le moins que l’on puise dire, c’est qu’il ne lésine pas dans le jeu de massacre, dépeignant les jeunes adultes comme des fainéants pathologiques, concentrés sur la consommation d’alcool et les bagarres nulles à pleurer pour entretenir leur image de macho de pacotille. Karukoski se demande lui-même comment on peut vivre dans un pays où on ne voie pas le soleil


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Critique > Very Cold Trip

de tout l’hiver alors qu’il ne se couche pas en été, un pays où le chômage culmine à 40% dans certaines régions, un pays surréaliste où le suicide est parfois présenté comme une option envisageable de fin de carrière… Et le meilleur, c’est que tous les ingrédients qui composent cette comédie sont parfaitement crédibles. Projeté devant un public lapon, le film a reçu un accueil emballé de la part des intéressés, qui y ont retrouvé à merveille leur quotidien enneigé ! Cinglés ces Finlandais ? Assurément ! Au point qu’il est impossible de ne pas éprouver d’entrée une terrible sympathie pour ce grand dadais maladroit de Janne et pour ses deux potes. C’est avec une sorte de jubilation, et sans l’once de méchanceté, que ce trio incarne l’art d’être un looser tout terrain. L’avalanche de galères, de baffes et de coups fourrés dont ils sont les victimes souvent involontaires ne fait qu’augmenter notre plaisir à assister au désastre, et à leur revanche sur la

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fatalité… Pour sa première comédie, Karukosi démontre qu’il est vraiment l’un des réalisateurs les plus intéressants de la jeune génération finlandaise. Et cela s’est vu. Après un carton dans les salles Finlandaise où Very Cold Trip est devenu le 5éme plus gros succès depuis 10 ans, le film est adopté dans les festivals, décrochant notamment deux prix au dernier festival de l’Alpe d’Huez. Montez en voiture avec ces trois gentils abrutis, vous ne le regretterez pas!

L’avis du Petit Cinévore Rien ne semble atteindre vraiment ce trio de potes dans une tempête d’emmerdes. Leur indolence ne les rend que plus sympathiques encore, même si ce sont les pires fégnasses de Laponie ! Comédie bien rythmée soutenue par des personnages épatants, Very Cold Trip est un antidépresseur conçu par des connaisseurs en la matière ! F.L.


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Comédie Réalisé par Dome Karukoski Avec Jussi Vatanen, Jasper Pääkkönen, Timo Lavikainen, Pamela Tola … Durée : 1h35 Sortie en salles le 9 février 2011

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BLACK SWAN Nina est enfin choisie pour devenir la danseuse étoile du New York City Ballet. Une consécration qui l’oblige à repousser ses limites, au risque de basculer dans la folie… Entre tradition Hitchcockienne du thriller et tentation horrifique du Giallo, Aronofsky esquisse un portrait frissonnant de la schizophrénie, et offre à Nathalie Portman un rôle majeur.

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Critique > Black Swan

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ravailleuse et discrète, Nina n’existe que pour la danse. Elle s’y consacre corps et âme depuis toujours et jusque chez elle où sa mère, ellemême ancienne danseuse classique, la surveille de très près. Une vie d’exercice et de sacrifice qui va peut-être prendre un nouvel élan lorsque Thomas Leroy, directeur artistique de la prestigieuse troupe du New York City Ballet, annonce que la danseuse étoile Beth McIntyre se retire. Il faut une nouvelle étoile au ballet en prévision de son prochain spectacle : le mythique Lac des cygnes. Par sa grâce et sa technique impeccable, Nina s’impose comme la nouvelle élue, à sa propre surprise. Mais tout n’est pas gagné, et pour conserver sa place, Nina va devoir devenir le premier rôle de l’histoire. Si elle incarne à merveille le cygne blanc, il va lui falloir devenir aussi le cygne noir, créature sensuelle et provocante à l’opposé de sa personnalité. Ce cygne noir qu’elle reconnaît dans la personnalité d’une nouvelle danseuse, la fascinante Lilly. Alors qu’une étrange relation se noue entre les deux danseuses, Nina doit à tous prix trouver en elle de quoi nourrir la facette obscure de son personnage…

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Adulé ou détesté, Darren Aronofsky a toujours su depuis son premier film provoquer les réactions les plus dithyrambiques. Ce Black Swan ne fait pas exception à la règle. Il est souvent fait référence à Hitchcock pour le présenter, et si l’influence du maître du suspens est bien présente, notamment dans la façon perverse d’amener le doute et l’angoisse, on pourra être surpris de voir ce thriller psychologique oser des images qui, à coup de références assez caricaturales –la symbolique du noir et du blanc pour symboliser bien et mal… - et d’effets spéciaux flippants, sont plutôt l’apanage du Giallo, modèle italien du polar de série B, connu pour user sans retenue des excès de l’horreur et de l’érotisme. Et à voir les effets dévastateurs de la folie sur la pauvre héroïne, certains pourront regretter que, assumant le genre jusqu’au bout, Aronofsky ne signe là un thriller carrément gore… Evoquant la vocation douloureuse et passionnelle des danseuses, Aronofsky filme à plusieurs reprises les chorégraphies avec une réelle inspiration, ce qui est toujours une gageure. Celle qui fait l’introduction du film est à citer en exemple. Mais là où Aronofsky s’illustre vraiment, c’est dans


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Critique > Black Swan

l’élaboration du labyrinthe de l’esprit fragile de Nina, son accès à une maturité qui ne fera qu’entraîner sa chute.

instable au bord du gouffre, Nathalie Portman nous entraîne sans mal dans sa folie, victime des pressions de toute part et obsédée par la perfection. Bien placé dans la course aux récompenses, ce Black Swan navigue non sans audace entre les genres. L’exercice ne fait pas toujours preuve de la plus grande légèreté, mais le savoir-faire de Aronofsky sait capter l’attention du spectateur pour ne le libérer qu’au dénouement.

Illustration de la schizophrénie et de la paranoïa la plus pathologique, l’histoire de Nina est une belle représentation d’une peur que chacun connaît et peut interpréter à sa façon: la peur de se faire voler sa vie. Un dédale oppressant et perturbant qui culmine avec les scènes étouffantes entre Nina et sa mère – formidable Barbara Hershey – et celles avec l’étonnante Lilly, à la fois la concurrente et la confidente. Mila Kunis est formidable Une fois de plus Aronofsky réussi le pari de nous surprendre. dans le rôle. Seul rôle masculin important, Suspens hanté d’un esprit fragile face à une insupportable pression, Vincent Cassel donne vie à un personnage il n’hésite pas à recourir aux artifices du cinéma fantastique pour qui aurait pu être caricatural. La cruauté nous faire partager cette expérience déstabilisante. L’ultime dont il fait plus ou moins consciemment preuve avec ses danseuses est parfaitement demi-heure est un aboutissement particulièrement efficace restituée. Très crédible en danseuse de de cette montée en tension. métier, attachante dans son équilibre

L’avis du Petit Cinévore

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Drame Réalisé par Darren Aronofsky Avec Nathalie Pormtan, Mila Kunis, Vincent Cassel, Barbara Hershey … Durée : 1h43 Sortie en salles le 9 février 2011 Internet : www.blackswan-lefilm.eu

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Critique

Vertiges Une jeune mariée, insatisfaite par son conjoint, est précipitée dans les bras d’un amant par sa plus proche amie, sensible à son charme… Le jeu des sentiments est trouble et la passion latente. Un regard sans fard sur une société traditionnelle qui s’éveille au désir, une peinture délicate et surtout audacieuse pour un cinéma vietnamien encore très confidentiel et rigoureux sur la morale.

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a belle Duyen vient de se marier avec Hai, un jeune chauffeur de taxi. La fête a lieu chez la mère du marié, se passe entre hommes, et est forcément très arrosée. Sa première nuit, Duyen la passe allongée à côté d’un mari complètement saoul qui dort comme une bûche. Mais Duyen ne s’en plaint pas et supporte avec la même bonne humeur les avalanches de conseil de sa belle mère et le voyage silencieux du lendemain matin qui emmène le jeune couple dans leur nouveau domicile. Un appartement que Hai déserte aussitôt pour repartir au travail. Loin de se départir de son optimisme, Duyen en profite pour rendre visite à son amie la plus proche, Cam, une écrivain à la santé fragile. La relation entre les deux femmes est très forte, et lorsque Cam lui demande un service, Duyen accepte sans hésiter : elle doit porter une lettre à Thô, un ami de Cam. Arrivée sur place, la porte s’ouvre sur un homme séduisant qui la saisit à bras le corps sans même prononcer un mot. Duyen se débat et s’enfuit. Elle retrouve son mari qui prétexte la fatigue pour garder ses distances. Alors que l’attitude de Hai devient une habitude, le souvenir du fascinant Thô revient hanter Duyen…

Les films vietnamiens sont rares et s’exportent encore plus rarement. Ce Vertige est donc une exception, qui a déjà connu une honorable carrière dans les festivals. Le second long métrage du réalisateur Chuyen Bui Thac est d’autant plus marquant qu’il aborde des thèmes très délicats au Vietnam : la sexualité, et notamment l’homosexualité. Vertiges approche cette thématique avec beaucoup de précaution, peut-être un peu trop dans ses lenteurs, mais avec une modernité et une inspiration indéniable. Les personnages sont forts, et les situations associent un romanesque sulfureux et une vision très réaliste de la société vietnamienne moderne. On peut être désarçonné par certaines ruptures de rythme, mais l’ensemble ne manque pas de caractère et fascine grâce à des acteurs très convaincants. Au spectateur de s’identifier aux personnages, qu’il s’agisse du jeune marié guère attiré par le sexe, sa femme qui cède à ses pulsions, cet énigmatique Thô qui dispose des femmes avec perversion, ce joueur de carte qui collectionne les femmes, cette amie trop proche qui l’amène dans les bras d’un amant à défaut de la garder pour elle, ou cette femme qui a été la partenaire sexuelle de Thô mais désespère de recevoir un baiser… La sexualité vietnamienne contemporaine est à chercher entre ces comportements. Vertiges bénéficie d’un casting séduisant. On reconnaît le visage de Jonny Nguyen, plus connu pour sa maîtrise des arts martiaux, mais c’est bien sûr le beau duo d’actrices vietnamiennes qui incarnent l’atmosphère de ce film. Le rôle de Câm est tenu par Linh Dan Pham, révélée par Indochine et consacrée par un César du meilleur espoir féminin, et celui de Duyen par la magnifique (Do Thi) Hai Yen, qui fit ses premiers pas devant les caméras dans A la verticale de l’été avant de s’imposer au côté de Michael Caine et Brendan Fraser dans Un américain bien tranquille. L’alchimie de ces deux actrices, le mystère de la première et la grâce de la seconde, fonctionne parfaitement. Au delà de quelques lenteurs, le raffinement de Vertiges devrait séduire sans mal les amateurs.

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L’avis du Petit Cinévore Sur fond de désir sexuel inassouvi, l’amitié trouble entre deux femmes et un mariage non consommé constituent le point de départ d’une recherche du plaisir raffinée qui contraste avec une société vietnamienne encore engoncée dans ses traditions sages. Une approche soignée mais audacieuse pour ce pays, portée par deux actrices magnifiques. C.M.

Drame Réalisé par Bùi Thac Chuyên Avec Do Thi Hai Yen, Linh-Dan Pham, Duy Khoa Nguyen… Durée : 1h50 Sortie en salles le 9 février 2011

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Le choix de Luna Pour Luna, l’amour et le désir d’un enfant sont remis en cause lorsque son compagnon Amar trouve l’équilibre dans la religion musulmane wahhabiste... Le thème est extrêmement délicat, mais traité avec beaucoup d’intelligence et de lucidité au cœur même d’une Bosnie peinant encore à se remettre de son drame. Zrinka Cvitesic est une révélation.

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emme épanouie et libérée, Luna est hôtesse de l’air et partage sa vie à Sarajevo avec Amar, contrôleur aérien à l’aéroport. Ils s’efforcent ensemble de faire un enfant, et sont décidés à recourir à la fécondation artificielle pour fonder une famille. Mais Amar ne s’est jamais remis de la guerre, et son alcoolisme finit par lui coûter son travail. Luna fait de son mieux pour le soutenir même lorsqu’il accepte la proposition d’un ancien compagnon de guerre, devenu religieux salafiste, de venir donner des cours d’informatique aux enfants d’un camp de la communauté wahhabiste. Amar trouve dans cet exercice particulier de la foi musulmane l’équilibre qui lui manquait. En dépit des a priori très négatifs, Luna s’efforce d’être à ses côtés, jusqu’à lui rendre visite dans ce camp. Mais la rigueur des règlements religieux lui devient vite insupportable. Lorsqu’elle retrouve Amar à Sarajevo, elle ne peut que constater les changements dans son attitude, ses priorités et ses opinions. Un conflit qu’il va lui falloir régler au plus vite car, contre toute attente, Luna est enceinte…

Après Sarajevo mon amour, long métrage plusieurs fois récompensé, notamment par un Ours d’Or à Berlin en 2008, Jasmila Zbanic continue d’explorer la reconstruction de son pays avec ce Choix de Luna. Un récit intense qui attaque de front le thème périlleux de la religion, se concentrant tout particulièrement sur les courants salafistes les plus susceptibles d’intégrisme. Un cadre difficile à traiter en dehors des a priori, et c’est pourtant ce que Zbanic parvient à faire avec sincérité, refusant de diaboliser aveuglément sans pour autant rien cacher du fossé qui peut se créer entre deux conjoints séparés par des choix de vie diamétralement opposés. Une évocation d’autant plus forte et pertinente qu’elle se déroule en Bosnie, pays qui lutte encore pour se réconcilier avec son terrible passé. Certaines scènes, comme ce pèlerinage à la maison où l’héroïne habitait avant guerre, sont bouleversantes. On n’est que plus sensible à la rigueur et l’honnêteté qui marque la démarche de la réalisatrice. Elle s’efforce de prendre en compte les choix et les besoins de chacun avec une véritable intelligence de traitement, quitte à lutter contre ses propres convictions par un long travail de recherche pour respecter au plus près toutes les communautés en question. Un délicat travail qui concerne aussi les acteurs, tous formidables. En dépit d’un parcours personnel très loin de son personnage, Leon Lucev est exemplaire dans le rôle difficile d’Amar. Dans celui de Luna, la prestation de Zrinka Cvitesic est d’une grande intensité. Son énergie, sa fragilité puis sa force de conviction en font une magnifique incarnation d’une femme moderne. C’est d’ailleurs la démonstration que la réalisatrice a pleinement atteint son but : si le cadre de l’histoire est sujet à toutes les passions, toutes les dérives, elle parvient à le traiter avec rigueur afin de se consacrer au portrait de Luna, femme indépendante, amoureuse et désireuse d’aller vers l’autre, mais qui doit décider quand il faut refuser au risque de perdre son intégrité et son idéal de vie. Réalisé avec beaucoup d’inspiration par Zbanic, qui nous montre Sarajevo et ses environs magnifiques comme on les a rarement vu, voilà un film brillant, sensible et profondément humain.

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L’avis du Petit Cinévore En racontant cette histoire d’amour brisé par les convictions musulmanes les plus strictes, Jasmila Zbanic ne se contente pas de présenter avec intelligence le choix de la religion. Elle continue à dresser avec humanité le portrait de son pays, et nous offre un personnage de femme moderne bouleversant. Un très beau film. F.L.

Drame Réalisé par Jasmila Zbanic Avec Zrinka Cvitesic, Leon Lucev, Emrin Bravo, Mirjana Karanovic… Durée : 1h40 Sortie en salles le 9 février 2011

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Critique

Qui a envie d’être aimé ? Un avocat cartésien à la vie tranquille cache à ses proches une rencontre imprévue, inattendue, soumise à toutes les suspicions : la religion… L’idée et l’approche de cette question d’actualité est habile. Et si le film ne tient pas toutes ses promesses, la qualité du casting gomme nombre de ses défauts. A voir sans trop d’hésitation donc !

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vocat apprécié, Antoine a la quarantaine énergique, une femme séduisante et deux beaux enfants. Un jour qu’il répond à une convocation d’un professeur de son fils, pour un motif sans gravité, il se voit remettre un prospectus pour un groupe de parole catholique. Par politesse, il se rend sur place. Pour ce pragmatique, la notion de religion remonte uniquement à son enfance avec sa sœur. L’expérience l’amuse avant tout, nourrissant commentaires et moqueries entre amis. Cette réflexion sur la foi ne va pourtant pas le quitter. D’autant que, inexorablement, le quotidien pèse sur Antoine en dépit de sa bonne volonté. Il y a sa sœur Hortense, adorable mais épuisante, toujours entre deux histoires de cœur, ce père distant qui ne jure que par son plus jeune fils, Alain, un homme violent et égoïste. Un héritage familial parfois si lourd qu’Antoine en devient injuste avec ses proches, particulièrement son fils aîné, un adolescent qui recherche sa reconnaissance. Les visites d’Antoine au groupe de parole vont se faire régulières, et son approche de la religion nourrir ce besoin de prendre du recul. Mais cette fréquentation inavouable va aussi nuire à l’équilibre de son couple…

Adapté de Catholique anonyme, roman très autobiographique de Thierry Bizot, Qui a envie d’être aimé ? s’attaque à un thème aussi délicat que glissant : la place de la religion dans notre société. Evitant de sombrer dans un prosélytisme hors de propos, l’expérience très personnelle d’Antoine est relatée avec sensibilité, n’hésitant pas s’amuser du fait qu’il est aujourd’hui presque plus facile de se rendre dans un sex-shop qu’une église... La façon très humaine et non dénuée d’humour dont est présenté le groupe de parole permet aussi d’approcher le choix d’Antoine en évitant les caricatures ou le publi-reportage pour l’église catholique. Et si la religion constitue le fil rouge de ce parcours, l’élément déclencheur d’une réflexion d’Antoine sur sa propre vie, elle n’est pas son thème le plus fort. Très vite, ce recours au catholicisme révèle avant tout la recherche d’un équilibre pour Antoine, qui parvient à une étape de sa vie où il ne peut plus supporter les déséquilibres familiaux qu’il a toujours subit. Parce que ces rapports, il commence à les reproduire avec ses propres enfants. Et c’est bien plus dans ce travail que dans le parcours d’Antoine face à la religion que le film touche. Un film intelligent et bien construit même s’il manque peut-être d’inspiration et de cohérence pour mener à terme toutes les pistes abordées. La scène finale apparaît ainsi bigrement rapide et facile… La réalisation, discrète, peut cependant s’appuyer sur un casting solide. Dans le rôle d’Antoine, Eric Caravaca est très juste et vite émouvant. Les scènes avec son père, impeccable Jean-Luc Bideau, sont parmi les plus fortes, les plus touchantes revenant à la relation avec son fils, joué par Quentin Grosset. La surprise de ce casting vient, une fois de plus, de Benjamin Biolay. Avec le rôle d’Alain, il compose un personnage inquiétant et détestable d’une totale crédibilité. La scène de la gifle est terrifiante. Qui a envie d’être aimé ? bénéficie d’un atout de plus, et qui se fait de plus en plus rare: une vraie affiche, signée Sempé... Créatrice avec Thierry Bizot de l’excellente série Fais pas ci fais pas ça, Anne Giafferi signe là sa première réalisation. C’est prometteur.

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Infos

L’avis du Petit Cinévore Voilà un film honnête, souvent juste, qui n’est ni une comédie des moeurs contemporaines, ni un documentaire sur les grandeurs de la religion. Evitant l’essentiel des clichés, l’histoire se concentre sur le parcours d’un homme qui doit régler ses comptes avec son passé pour ne pas que son avenir en souffre. Eric Carava et Jean-Luc Bideau sont impeccables. Et Benjamin Biolay surprenant. F.L.

Comédie Réalisé par Anne Giafferi Avec Eric Caravaca, Arly Jover, Valérie Bonneton, Jean-Luc Bideau… Durée : 1h29 Sortie en salles le 9 février 2011

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Critique

ANIM 30


MAUX

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Privé d’eau, le dernier paradis pour animaux d’Afrique menace de disparaître. Billy le Suricate prend la tête de la rébellion et part pour comprendre ce qui se passe… Adapter le livre de Erick Kästner est une idée judicieuse par les temps qui courent, d’autant que cette initiative amusante profite d’une animation 3D “made in Germany” vraiment séduisante. Une agréable surprise.

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Critique > Animaux & Cie

B

illy est un suricate très particulier. Avec son sens de l’humour, ses idées extravagantes et son manque de réussite, il passe pour un bon à rien auprès de la plupart des animaux de la savane, y compris de son propre fils. C’est pour cela qu’il apprécie la compagnie de son ami Socrate, lion végétarien adepte de la farniente. Mais l’heure est grâve même pour ce drôle de duo : l’eau qui se répand chaque année jusqu’au cœur du delta de l’Okavango et ramène la vie dans ce désert, cette eau se fait attendre cette année. Les rares points d’eau deviennent l’enjeu de terribles conflits entre les animaux les plus belliqueux. Lorsque Billy annonce fièrement qu’il va rapporter de l’eau, personne ne le croit. Mais bien qu’il ne soit pas l’animal le plus courageux, il est bien décidé à rendre son fils fier de lui. Alors il remonte la piste de l’eau, accompagné par Socrate bien sûr, mais aussi un ours polaire, un couple de tortues des Galapagos, un diable de Tasmanie, un kangourou et même un coq au caractère de meneur. Des animaux qui ont tous assisté

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à la destruction de leur territoire par les hommes. Et ce que ce drôle d’équipage découvre vite, c’est qu’un immense barrage empêche désormais l’eau d’atteindre le delta… Reinhard Klooss et Holger Tappe ne sont pas des inconnus dans le petit monde explosif de l’animation. Tappe a signé le prometteur Monde fabuleux de Gaya, et on a pu juger de la progression technique des studios allemands avec les films qu’ils ont co-signés mettant en vedette Impy le petit dinosaure. Animaux & Cie apporte une belle démonstration de cette qualité. Car plus que d’être bien animé, avec fluidité et justesse, le film est beau. Concession faite à la beauté de l’Afrique, les ciels utilisés sont authentiquement ceux saisi lors des repérages. Impossible d’en reproduire la pureté selon le duo ! Un résultat esthétique emballant, optimisé par une 3D vraiment agréable. Et si l’histoire est plaisante, c’est aussi parce qu’elle s’inspire d’un classique qui ne vieillit pas: “La conférence des


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Critique > Animaux & Cie

animaux”. Ecrit par le grand Erich Kästner au lendemain de la seconde guerre mondiale, ce récit mettait en vedette des animaux qui refusaient l’hégémonie des hommes, bien décidés à leur rappeler que cette planète n’appartenait pas qu’à eux. Pleine de sens et d’inventivité, cette parabole n’a rien perdu de sa force. Et si elle nourrit ici un récit très fantaisiste, la comédie lui rend hommage car elle sait aussi être incisive.

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Le moins que l’on puisse dire, c’est que Animaux & Cie refuse de diluer le message et de prendre des détours conciliants : la nature y est montrée ravagée par l’incurie, l’avidité et la bêtise d’un genre humain représenté par une brochette d’abrutis et d’inconséquents notoires. Le portrait sans pitié des participants à la énième conférence pour une hypothétique protection de la nature vaut à lui seul le détour… Radicalement militant le film ? Et comment ! La vivacité du ton est peut-être simpliste, caricaturale pour certains, mais elle a au moins le mérite d’être sincère et sans équivoque. Ce qui n’est pas pour déplaire au jeune public, convaincu d’avance ! Cette production décidément surprenante nous offre en outre quelques images soignées qui nous font regretter de ne pas en voir un peu plus, à l’exemple de ces baleines débarquant leur cargaison d’animaux sauvages sur le port de New-York avant qu’ils ne remontent les avenues vers le bâtiment des Nations Unies… Animaux et Cie aurait pu être plus abouti, voir ses arguments développés avec plus de finesse, mais sa sincérité, sa vigueur militante et l’indubitable qualité de son animation en fait une fort bonne surprise pour tous les amateurs d’animation, la petite classe en tête.


L’avis du Petit Cinévore Les personnages sont réussis, l’aventure très agréablement mouvementée et le message écologique franchement virulent! Cela a le mérite d’être clair, et les plus jeunes apprécient la caricature pas bête. Une bonne surprise sûrement moins raffinée d’un Pixar, mais la qualité de l’animation ne démérite pas du tout. Une distraction sympathique et pleine de sens. F.L.

Infos

L’avis des Enfants Les animaux sont marrants, surtout Billy et le coq ! C’est amusant tout le temps, mais des fois c’est triste aussi, comme quand les vieilles tortues meurent… C’est triste quand ça brûle, ou quand il y a de la marée noire. C’est à cause des hommes… J’ai bien aimé. Ce serait bien qu’il y ait une suite, pour qu’on voit ce qui se passe après… Charles, 9 ans

WWW Animation Réalisé par Reinhard Klooss et Holger Tappe Durée : 1h33 - 3D dans certaines salles Sortie en salles le 9 février 2011 Internet : www.animauxetcie-3d.fr

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Critique

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YOGI

l’ours Yogi et Booboo, les deux ours parlant les plus gaffeurs du parc Jellystone, vont devoir se battre pour sauver leur forêt… Inspiré d’un personnage de dessin animé plus célèbre aux USA que chez nous, cette adaptation limite les dégâts que l’on pouvait craindre grâce à une animation soignée des deux stars. A réserver cependant au jeune public.

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Critique > Yogi l’ours

L

e parc de Jellystone est un lieu de rêve pour profiter de la nature et venir pique-niquer en famille. Le Ranger Smith, responsable des lieux qui y a passé toute sa vie, le sait mieux que personne. Mais il ne peut que constater la baisse de fréquentation. Une désaffection dont l’origine tient en grande partie à l’activité de Yogi. Cet ours en chapeau et cravate verte, toujours suivi de son fidèle Booboo, est d’un genre très spécial. Il parle, beaucoup, et possède une imagination galopante. Car cet ours à la gourmandise insatiable ne se nourrit qu’en fauchant les paniers à pique-nique des visiteurs… Pour le malheur du parc Jellystone, le maire Brown, ambitieux et détestable individu qui a ruiné sa ville, voit une chance de remplir ses poches en vendant le parc. Le compte à rebours est lancé, et le ranger Brown va tout faire pour sauver Jellystone, aidé dans sa mission impossible par une jeune documentariste pleine de fougue ainsi bien sur que Yogi et Booboo. Encore que, même avec les meilleures intentions, Yogi est surtout doué pour provoquer des catastrophes…

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Yogi l’ours a débarqué sur les petits écrans américains en 1958 et se vit consacrer son propre show dès 1961. Héros de comics, star associée à la marque de céréale Kellogs, ce héros devint l’un des grands succès de Hannah-Barbera aux Etats-Unis, le personnage baptisant même de son nom une chaîne de restaurants et une autre de campings ! Si le public français lui a préféré Scoubidoo ou Les fous du volant, le plantigrade voleur de goûters est régulièrement apparu dans les émissions jeunesses de la télévision française depuis les années 60. Son adaptation en long métrage n’en restait pas moins périlleuse, la série animée n’ayant guère bouleversé l’histoire de la narration occidentale, et n’offrant aux scénaristes d’autres attraits que ce personnage fantaisiste et rigolo. On pouvait donc légitimement craindre une niaiserie gavée de phrases “cultes”, souvenirs d’enfances uniquement américaines qui laisseraient nos jeunes hexagonaux indifférents. De ce point de vue, le film que voilà ne s’en tire pas si mal. Si le scénario ne provoquera aucune embolie


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Critique > Yogi l’ours

cérébrale par sa complexité ou son originalité, la naïveté des personnages est encore supportable. Car dans ce genre d’exercice, où des héros d’animation interviennent dans le

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monde réel, le problème vient souvent des personnages en chair et en os qui, pour ne pas être né cartoon – privilège de l’unique Jim Carey…- sont amenés à surjouer honteusement, généralement jusqu’à se couvrir de ridicule. Si son rôle de ranger inconsistant n’apportera pas grand chose à la carrière de Tom Cavanaugh, pas plus que son personnage de reporter au grand cœur à Anna Faris, au moins n’en font-ils pas des tonnes, réflexe caractéristique de tout acteur en manque total d’inspiration pour un public enfant. On peut même prendre du plaisir à détester le maire et son acolyte. L’essentiel, c’est que ce Yogi animé fonctionne ! Profitant d’une 3D ludique, le résultat est convaincant. On retrouve la bonhomie du héros du petit écran, la richesse des expressions en plus. Et l’intégration de nos héros en synthèse dans les paysages de Nouvelle Zélande est réussie. Si l’on excepte l’attitude parfois embarrassée des autres acteurs... Sans jamais surprendre, l’histoire avance sans peine, les conversations entre Yogi et Booboo fonctionnant d’ailleurs bien mieux que les verbiages pas toujours indispensables des acteurs. Ca bouge gentiment, les catastrophes s’accumulent, et le jeune public s’amuse. C’est ce que l’on pouvait espérer de mieux, puisque ce film leur est expressément réservé.


Infos

L’avis du Petit Cinévore Même s’il n’a pas chez nous la même réputation qu’aux USA, le personnage est sympathique et ses aventures gaffeuses amusantes. La partie animation est de qualité, et donne toute sa valeur au film, d’autant que la 3D est réussie. Dépourvu de violence et ne forçant pas trop sur la morale ou les bons sentiments, ce Yogi est de taille à distraire le jeune public sans problème. C.M.

WWW Comédie Réalisé par Eric Brevig Durée : 1h20 Sortie en salles le 9 février 2011 Internet : www.yogilours-lefilm.com

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Les fables de Starewitch Attention miracle ! Tout droit sorti des trésors du cinéma français, voici ressuscité et restauré le travail d’un génial artisan de la marionnette, un artiste oublié et pourtant essentiel de l’histoire de l’animation : Ladislas Starewitch, ses “cinémarionnettes” et ses audacieuses adaptations des classiques de La Fontaine. À redécouvrir enfin !

C’

est pour expliquer l’entomologie que ce photographe autodidacte lituanien réalise en 1911 son premier film animé, image par image, avec des scarabées naturalisés. Cette première version de La cigale et la fourmi connaît une reconnaissance immédiate, et devient le premier film projeté à la cour du Tzar Nicolas 1er. Chassé par la révolution bolchévique, Starewitch s’installe en France en 1920, à Fontenay-Sous-Bois. Il ne cessera jusqu’à sa mort en 1965 de réaliser des films, dont une grande part avec des marionnettes animées. Une entreprise familiale : épaulé par sa fille Irène, Ladislas écrit, réalise et crée les marionnettes, sa femme Anna se charge des costumes, la cadette Nina devenant la vedette d’une série de films novateurs associant prise de vue réelle et animation. Comparé à Walt Disney dans les années 30, Starewitch a signé plus d’une centaine de films, et nombre d’entre eux ont marqué l’histoire de l’animation par leur inventivité, leur qualité technique d’animation et de réalisation, mais aussi par leur caractère, Starewitch adaptant avec fantaisie et audace ses classiques préférés, de La Fontaine à Goethe. Oublié du grand public, mais pas des maîtres contemporains de l’animation qui, de Terry Gilliam à Wes Anderson en passant par Tim Burton, connaissent bien son œuvre, voici enfin la chance pour nous de

revoir plusieurs de ces films étonnants, restaurés par Léona-Béatrice Martin-Starewitch, petite fille et collaboratrice du génial animateur pendant dix ans. Ce film réunit 5 chefs-d’œuvre de Starewitch. Le lion et le moucheron (1932), avec une musique et des commentaires créés pour l’occasion. Le rat de ville et le rat des champs (1926), Les grenouilles qui demandent un roi (1922), et La cigale et la fourmi (1927) retrouvent en revanche intertitres et textes originaux, ce qui participe indubitablement à faire revivre le travail du réalisateur. Le lion devenu vieux (1932), dépourvu de texte et de commentaire, n’en reste pas moins l’un des plus forts à redécouvrir. Car si l’on se concentre dans un premier temps sur l’inventivité de l’animation, la précision des expressions de visages, le rythme des scènes, un ensemble étonnant compte tenu des impératifs techniques de l’époque, c’est vite l’atmosphère propre aux films qui fascine. En transposant Le rat des villes et le rat des champs dans les années 30, avec bolides racés et fêtes arrosées, Starewitch livre une sorte de témoignage décalé sur son époque, où l’on reconnaît même le phénomène du moment, la danseuse Joséphine baker... Mais il incarne aussi toute une narration, beaucoup moins édulcorée, beaucoup plus proche de l’essence du conte, racontant le destin de ses personnages avec une cruauté qui n’est que l’écho de l’état d’esprit d’une époque. Et puis il y a ce noir et blanc, dense et fantomatique, qui confère à de nombreuses scènes un caractère impressionnant, presque effrayant avec ces animaux grotesques, leurs mimiques de gargouilles et leurs regards fixes. De ce genre d’image qui, lorsque l’on a l’imagination d’un enfant, vous marque longtemps avec un petit frisson… “Bonus” délicieux et judicieux, le programme se termine par un court document de trois minutes, “Comment naît et s’anime une cinémarionnette” (1932), où Starevitch et sa fille Irène expliquent leur travail et leurs techniques. Un sujet qui nous permet de replacer dans le temps les films que nous venons de retrouver. Un héritage magnifique, qui nous apparait bien plus proche de l’essence des contes des frères Grimm que des géniales prouesses de Wallace et Grommit. Indispensable à tout puriste du conte !

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Infos

L’avis du Petit Cinévore C’est bien sur l’histoire de l’animation qui se révèle à nous, mais aussi une vision stupéfiante des classiques de la Fontaine, entre respect pointilleux du texte et ingéniosité de l’adaptation. La mise en scène est fascinante, et peut-être être impressionnante pour les plus jeunes tant certaines images semblent menaçantes, inquiétantes. Avec ou sans commentaires, le jeune public rentre dans cet univers grotesque avec le petit frisson de l’inconnu… F.L.

Animation Réalisé par Ladislas Starewitch Durée : 1h10 Sortie en salles le 9 février 2011

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Pour finir...

Pas vus... Pas pris ! Eh oui... On ne peut pas tout voir ! Que le service de presse d’un film ne nous connaisse pas encore (non !), qu’il ne souhaite pas que son film soit chroniqué (ah bon ?), qu’il n’ait pas organisé de projection ou que nous l’ayons tout simplement raté, voici les films qui sortent (ou ressortent) et que nous n’avons vraiment pas vus (ou revus).

Aladin et la lampe merveilleuse de Jean Image Une lampe magique qui exécute les vœux, un abominable magicien prêt à tout pour se l’approprier, et un jeune garçon trompé mais pas si bête… tout le monde adore ce classique hérité des Mille et une nuit! Après le précurseur Jeannot l’intrépide, c’est au tour d’un autre incunable de Jean Image d’être redécouvert sur grand écran. Réalisé en seulement 10 mois, ce film connu un succès considérable à sa sortie en 1970. Incontournable pour les accros d’animation ! Quoi de neuf, Pussycat ? de Clive Donner Incapable de résister aux délicieuses tentations qui l’entourent, le rédacteur en chef d’une revue féminine parisienne consulte un psy pour calmer ses ardeurs. Mais c’est sans compter le hasard des rencontres et la jalousie de sa promise… Clive Donner est à la réalisation, Woody Allen au scénario, et devant la caméra Peter O’Toole en dragueur impénitent, Peter Sellers en psy déglingué et Romy Schneider en délicieuse jalouse. Un classique de la comédie britannique, un monument du «british nonsense». Le Mulot Menteur de Andre Kiss avec Marina Rosset, Rebecca Akoun et Sophie Roze Pour les bouts de choux en vacance, voici un programme composé de quatre films d’animation signés uniquement par des réalisatrices. Des histoires de bûcheron et d’ours, de loup et de berger, d’écolier et d’escargots et, gros morceau de la programmation, un mulot à l’imagination fertile qui donne son nom à l’ensemble. Un film en papier découpé signé Andrea Kiss, qui fait la démonstration d’une tradition hongroise de l’animation toujours aussi inspirée. Le marchand de sable de Jesper Moller et Sinenm Sakaoglu Le marchand de sable et son mouton Philibert peuvent compter sur le petit Théo qui, en dépit de ses peurs, va les aider à retrouver le fameux sable à rêve, volé par l’affreux Tourni-Cauchemar… L’un a réalisé 3 amis mènent l’Enquête et Asterix et les vikings, l’autre à produit l’adorable Jasper le pingouin explorateur. Ces deux pros de l’animation allemande s’associent pour adapter au cinéma les aventures du lutin marchand de sable, aussi indissociable de l’enfance en Allemagne que Nounours l’est chez nous! Un film craquant et poétique tout en marionnette animée image par image.

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Le Petit Cinevore 01  

L'actualité cinéma du 9 février au 15 février 2011