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Revue-bulletin 1er semestre 2017

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architecture-paysage


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MAISONS de BAMBOUS

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Ancien hippie installé depuis plus de trente ans sur la petite île de Bali, John Hardy est co-fondateur d'une Ecole Verte, sans murs, exploitant la curiosité des enfants et les ouvrant à l'environnement. Partie à New-York, ayant fait carrière dans la mode, sa fille Elora Hardy revient en 2010 à Bali où elle avait grandi. Inspirée par l'école de son père, elle se lance dans la construction en bambous en créant le studio de design Ibuku. Elle réalise la maison Sharma Springs dans la région d'Ubud (au centre de l'île).

MÉMORIAL du SICHUAN

RÉSIDENCE autour d'un PATIO

Le séisme de mai 2008 à une centaine de km au nord de Chengdu au pied du massif de l'Himalaya fit près de 90000 victimes dans cette province, en particulier dans le district de Wenchuan : le Musée du séisme de Wenchuan fut construit en 2011 dans la ville d'Anren (au sud-ouest de Chengdu) puis en 2013 fut ouvert le Mémorial du séisme de Wenchuan. Il se situe dans le village de Qushan, 50km au nord-ouest de Mianyang, près de l'épicentre ; sa conception paysagère (ci-dessus) exprime cette fracture de la croûte terrestre. Le lauréat d'une consultation interne à la faculté d'architecture de l'université de Tongji (Shanghai), Cai Yongjie, imagina en effet de faire disparaître les bâtiments sous des mouvements de sols, rappelant de drame, et créant des espaces extérieurs de méditation.

Les propriétaires souhaitaient s'installer ensemble avec leurs enfants et leurs familles : d'où ce nid familial de presque 2000m2 autour d'un patio avec piscine et jardin luxuriant, conçu par Chang Architects.

Cette démonstration des principes adoptés a servi pour les 18 maisons toutes différentes construites autour pour d'autres propriétaires par l'équipe d'Ibuku, formant le Green Village, en écho à la Green School à quelques pas ! Les unes et les autres se louent.

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SANCTUAIRE du SOUVENIR à MELBOURNE

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TOUR VERTE OASIA La cité-Etat continue à justifier son surnom de ville-jardin : la nouvelle tour de 27 étages (190m), conçue par Woha (Wong Mun Summ et Richard Hassel) est verte, perforée et velue ! Quatre jardins se superposent, au 6e niveau, au 12e, au 21e et au dernier. Ils correspondent aux 300 chambres des trois entités hôtelières Soho, Hotel et Club qui l'occupent. La façade en résille d'aluminium doit rapidement se transformer en forêt tropicale verticale, pour lutter contre la pollution et sa conception ajourée permet une climatisation naturelle. Woha n'en est pas à son premier immeuble végétalisé (cf bull n°49 p.58) et avait également réalisé l'Ecole d'art (Sota). (ci-contre) AR’SITE n°52 juin 2017

Ce monument de granit inauguré en 1934 était au départ en l'honneur des femmes et des hommes de l'état de Victoria ayant servi pendant la première guerre mondiale. Son volume cubique s'inspirait de l'architecture classique grecque et était surmonté d'un toit pyramidal évoquant un mausolée. Il est aujourd'hui devenu un lieu de célébration du souvenir tous les 11 novembre et devait être adapté (personnes à mobilité réduite) et agrandi pour étendre son message d'amour et de paix tout au long de l'année. L'extension fut réalisée en deux phases par ARM architecture (Ashton Raggatt et McDougall) en dégageant des cours semi-enterrées au pied du monument, au niveau de son sous-sol.


MUSÉE DALI en FLORIDE

En 2003 un centre pour les visiteurs a été construit dans les fondations, puis en 2014 un centre d'éducation avec salles audiovisuelle et artistique et une boutique. Chaque cour a son

Ouvert en 2011 sur le front de mer de Saint-Petersburg, à quelques blocs de l'ancien musée créé en 1982 qui a ainsi été doublé, il se présente comme une boite de béton blanche perturbée par un fluide organique transparent (triangulé de verre) nommé Enigma (nom d'un tableau de Dali en 1929) qui baigne le musée de lumière. L'agence HOK, architecte, continue ensuite de rappeler l'univers de Dali par la rocaille qui soulève la boite du sol et par la spirale de l'escalier qui à l'intérieur conduit les visiteurs jusqu'à la galerie du 3e étage où sont les tableaux, au dessus de la zone inondable en cas d'ouragan (un des contraintes fortes pour ce bâtiment).

nature, le bâtiment linéaire couvert en feuilles de palmiers s'adosse au milieu d'un mur de béton de près de 300m qui structure les diverses installations (ci-dessus). (Archidaily, mai 2016)

SAUNA PUBLIC à HELSINKI

R É A L I S AT I O N S

vue sur la plaine ou sur les sommets des Alborz. New Wave architecture (Lida Almasian et Shahin Heidari) a imaginé sur ce terrain pentu un empilage de trois volumes dont le premier semble issu du sol. L'ensemble livré en 2016 est relié verticalement par un escalier de bois, circulaire et très lumineux. (Designboom mai 2016)

Construit par Avanto Architects (Ville Hara & Anu Puustinen) en 2016 le Löyly (du nom de la vapeur du sauna) est né d'une initiative municipale. Proche du centre-ville à Hernesaari, ancien port industriel, il en marque la transformation à vocation touristique en offrant aux visiteurs l'expérience d'un sauna en bord de mer. Il intègre également un restaurant et son habillage de bois permet d'accéder à une terrasse belvédère. (voir page 71) www.loylyhelsinki.fi (revue AMC octobre 2016)

caractère, marqué soit par de la végétation du Pacifique et de l'Asie du Sud-Est, soit par des motifs graphiques rappelant les camouflages militaires. Elles sont d'une grande discrétion, y compris dans l'accès nécessaire aux salles d'exposition (cf page 66). Revue AA (Architecture Australia), nov dec 2015.

MAISON à TEHERAN Face à la chaîne montagneuse dominant la ville, la maison située dans un quartier nord est conçue pour offrir la

MAISON à Puerto Escondido

MAISON côte de VESTFOLD

Sur la côte d'Oaxaca, à 30mn de cette station balnéaire, Tadao Ando a livré en 2016 cette maison et centre d'art pour la Casa Wabi Foundation, un organisme à but non lucratif visant à promouvoir l’échange d’idées entre des artistes de différentes disciplines et les communautés locales. Avec l'idée d'une grande sobriété (Wabi) en osmose avec la

Jarmund/Vigsnæs (voir page 18) ont réalisé en 2009 cette maison d'été

sur les rochers de la côte sud d'Oslo, remplaçant au mieux un ancien bâtiment existant sur le site (silhouette, échelle, matériaux, couleur).

CENTRE ROUTIER Les mêmes architectes d'Oslo avaient construit en 2011 cette station de AR’SITE n°52 juin 2017

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RÉALISATIONS

pesage dans le Gullesfjord, à la jonction avant l'archipel des Vesterålen, (à Kvæfjord, Troms) incluant une station service, un café et des services. Une écriture contemporaine et un toit vert.

Ses espaces organiques sont associés à des jardins. Elle était encore prise en exemple dans un congrès européen de 2004 concernant les effets de l'architecture sur le staff et sur les patients, tant par les lieux que les pratiques médicales expérimentant des thérapies basées sur l'espace. (voir page 17).

PHILHARMONIE à HAMBOURG Inaugurée en janvier cette imposante structure de verre et d’acier coiffe le cube de briques d’un ancien entrepôt de café et cacao, au-dessus de l’Elbe.

MUSÉE de CÉRAMIQUE à MIDDELFART Avec son extension, l'ancien musée de céramique d'art, construit au XIXe siècle dans la forêt de Kongebro devient le CLAY Museum et expose la collection de porcelaine royale qui lui a été confiée. Livré en 2015, le nouveau bâtiment conçu par les Danois Kjaer & Richter apparaît comme un pavillon au fond du parc, face au lac et habillé de céramique ; en fait l'extension souterraine relie les deux espaces en doublant largement la surface disponible et en débouchant à niveau sur le lac à travers le talus. Le projet avait été gagné fin 2009 sur le principe d'une architecture entièrement parcourable, mais bien moins discrète.

Il serait issu d’une étude de 4 ans pour installer un supermarché dans le Millenium ; finalement installé le long de l’autoroute conduisant au Blackwall Tunnel à côté d’autres hangars plus traditionnels (même si leur silhouette adopte de larges voutains et si l’Odeon IMAX Cinéma à l’autre

extrémité est circulaire lui aussi), ce supermarché Sainsbury's se distingue par sa dimension paysagère et son efficacité énergétique.

BANQUE à PADOUE Herzog & de Meuron ont installé deux salles de concerts, un hôtel, café et restaurant, 45 appartements de grand luxe et un impressionnant parking en colimaçon. Ainsi perchée Elbphie (Elbphilharmonie) offre une vue étonnante sur l'estuaire du fleuve et la ville. L'accès se fait en rejoignant la place publique dessus de l'entrepôt à 37m d'altitude (cf page 45), grâce à un long tube-escalator qui y conduit directement.

La Banca Popolare Etica a été parmi les initiateurs de la Société européenne de finance éthique et alternative. Les architectes Tam Associati ont créé pour son siège administratif un bâtiment organique glissé dans le tissu urbain, réalisé en deux phases : la première achevée en 2007, a consisté à relier deux anciens pavillons avec un nouveau corps ventru réalisé en bois, la seconde en 2011 en ajoutant un

MAISON à ALDERLEY EDGE CLINIQUE à STUTTGART A Filderstadt-Bonlanden, la Filderklinik est l'une des trois principales cliniques anthroposophiques d'Allemagne. En 1975, elle avait été conçue par l'architecte Christoph Klein et l'artiste Wilfried Ogilvie.

Ce luxueux manoir du Cheshire au sud de Manchester a été agrandi en exploitant le sous-sol. Les sept volume (en bois aussi) de l'autre côté de la cour, communicant par une passerelle avec la 1ère phase (ci-dessus)

FONDATION à LISBONNE chambres et les diverses pièces bénéficient de piscine, salle de sport, de cinéma et même discothèque. Y habitait le footballeur Samir Nasri qui le vendait fin 2016 pour plus de 6 M€.

SUPERMARCHÉ à GREENWICH Au sud de la péninsule, l'architecte londonnien Chetwoods a construit en 1999 un étonnant supermarché, comme un disque posé sur des talus.

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A l'ouest de la tour de Belém, l'architecte indien Charles Correa a réalisé la Fondation Champalimaud en 2010. Dédiée à la recherche biomédicale, elle se nomme Centre for the


MUSÉE à LISBONNE Construit par l’EDP Foundation (le fournisseur d’électricité portugais), le nouveau MAAT (Musée d’Art, d’Architecture et des Technologies) se trouve sur les rives du Tage, dans le quartier de Bélem, aux côtés de la Central Tejo, l’ancienne centrale électrique de Lisbonne, réaménagée en musée de l’Électricité en 1990. Récemment rénovée et réouverte, celle-ci se double depuis ce printemps d'un bâtiment tout en courbes conçu par l’architecte britannique Amanda Levete pour déployer la collection de la Fondation, mais aussi

accueillir des propositions d’expos ambitieuses à la volonté transdisciplinaire. Du 22 mars au 21 août une des expos regroupant une soixantaine d’œuvres des années 1970 à nos jours, aussi bien ancrés dans une incarnation architecturale que dans des projets d’avenir (Utopia/ Dystopia). www.maat.pt

MAISON de L'ÉCRITURE à MONTRICHER Au pied du Jura vaudois au nordouest de Lausanne et face au lac Léman et aux Alpes, neuf cabanes suspendues complètent le projet architectural de la Fondation Jan Michalski pour l'écriture et la littérature créée en 2004. Pensée comme une petite cité à l’abri d’une canopée, posée au cœur d’une nature inspirante, la Fondation Jan Michalski a ouvert ses premiers espaces en 2013 et offre un lieu de rencontres unique, tourné vers le monde, où se mêlent écrivains, artistes et public. Cette première phase, par les architectes Vincent Mangeat et Pierre Wahlen de Nyon concernait les espaces communs, bibliothèque, auditorium, foyer et salle d'expositions, implantés à l'emplacement d'une ancienne colonie de vacances. Ils sont réunis dans deux bâtiments ancrés sur lesquels est accrochée une généreuse canopée semi ajourée : elle les masque et prépare la seconde phase achevée en 2017 : la suspension de sept modules destinés à accueillir écrivains et traducteurs en résidence pour des séjours à durée variable. Elles ont été réalisées sur concours par des architectes du monde entier. Les quatre autres servent aux fonctions administratives. www.fondation-janmichalski.com

Ci-dessous, devant les bâtiments ancrés, les cabanes suspendues Schaub-Zwicky (arrière plan) et Bonnet (premier plan)..

K'HUTTE à STRASBOURG (67) Cet immeuble sur mesure (voir page 15) est avec ses 23 logements et ses espaces communs le plus grand projet d’habitat participatif en autopromotion sorti de terre en France. Il se situe dans un écoquartier sur le site de l’ancienne canetterie de Kronenbourg où a été réalisé en 2014 pour les futurs 400 logements un parking enterré commun de 369 places (2 niveaux) laissant la surface libre pour les circulations douces et les aménagements paysagers. La K'Hutte, livrée en 2015, a été étudiée avec les habitants par l'atelier Yves Grossiord (maintenant installé dans l’immeuble !).

RÉALISATIONS

Unknown et comprend deux bâtiments : l'un pour les laboratoires et les salles, l'autre pour un auditorium et des expositions. Ses qualités sculpturales et paysagères confirment l'intérêt de l'architecture pour le bienêtre (voir pages 23 et 27).

CRÉMATORIUM à AMIENS (80) Livré début 2015 par Plan 01, ce projet s'inscrit dans la lignée des architectures-paysages de ce collectif, toutes en réponse à des questions de disparition et de mémoire : mémorial de Thiepval en 2005, historial de Vendée en 2006 et crématorium de Rennes en 2009. Comme ce dernier, il fait appel à des structures circulaires qui présentent l'avantage de quitter les références quotidiennes et de lover les proches autour du défunt (cf p.44). A la souplesse des espaces s'ajoute un soin particulier de la mise en scène du parcours du cercueil. A signaler que Plan 01, ce collectif de quatre agences fondé en 2002, n'existe plus depuis 2014.

Par le biais d’une passerelle au-dessus de l’avenue Brasilia et de sa toiture vallonnée entièrement accessible, la nouvelle construction établit un rapport étroit entre le centre-ville et l'estuaire (voir page 55).

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RÉALISATIONS

SEINE-MUSICALE à BOULOGNE-BILLANCOURT (92) Figure de proue de la métamorphose en cours, la Seine Musicale de Shigeru Ban et Jean de Gastines, a été inaugurée en avril 2017 (cf n°45 p.12). L’emblématique Auditorium (1150 places), un nid de bois tressé (épicéa lamellé collé) aux formes galbées est

Côté cœur de l’ile Seguin, les deux murs encadrent un large parvis dominé par un écran géant de 800m2 visible depuis le centre de l’ile et les berges de la Seine et masquant le bâtiment. A gauche l’accès au jardin Bellini par de généreux escaliers (et de généreuses grilles lors de la fermeture !) et à droite à la rue couverte de 230m

MAISON à SEYSSINS (38) Monolithe sombre et énigmatique, la résidence Saint-Ange accueille depuis 2016 des artistes pour de courts séjours. Conçu par Odile Decq, l’édifice prismatique est accroché à la pente face à la vallée de Grenoble, tout en conservant l'intimité de la Tour Saint-Ange située en arrière, résidence principale du commanditaire, collectionneur d’art contemporain. Il est intégralement réalisé en bois, laissé naturel à l’intérieur et teinté de goudron suédois noir intense à l’extérieur. Le soir, des volets traités à l’identique, obturent les fenêtres.

GARES à VIROFLAY (78) Entré en service mi 2016, le nouveau tramway francilien T6 dessert Meudon-la-Forêt depuis Châtillon et plonge ensuite dans un tunnel pour rejoindre Viroflay. Les deux gares, rive droite et rive gauche, assurant les correspondances vers Paris, sont ainsi construites en souterrain grâce à des parois moulées à plus de 30m de profondeur. L'espace généreux conçu par Pierre Schall est structuré par d’immenses arches en béton blanc, écho à celles du viaduc ferroviaire qui marque la ville. De chaque côté les murs sont conservés bruts de moulage (cf p.54) et au centre des mezzanines de métal et de bois relient à la surface. (infos Philippe Millard)

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positionné à l’extrémité de l’île. Une grande voile protectrice faite de panneaux photovoltaïques est censée tourner autour afin de capter le soleil plus efficacement et de mieux ombrager les coursives abritées entre l’auditorium (mosaïque irisée verte) et la résille de bois vitrée. Ce n’est que lui que retient d’ailleurs l’affiche publicitaire de son inauguration (ci-dessous). Organisé

qui, abritant boutiques et restaurants, traverse le bâtiment jusqu’à l’esplanade de la pointe aval en se glissant successivement sous la salle de spectacle puis l’auditorium pour les desservir. Au niveau de l’auditorium, elle débouche en balcon sur la Seine, rejoignant la promenade côté Meudon-Sèvres. Ouverte même en dehors des spectacles ou concerts, elle sera flanquée de commerces, cafés et restaurants traversants, et offrira également au promeneur des vues plongeantes sur des salles de répétitions située sous le socle de l’auditorium.

MELROSE SHEDS à PANTIN (93) en vignoble avec l’orchestre au centre, son acoustique a été mise au point avec Nagata Acoustics (Yasuhiro Toyota), comme celles des salles philharmoniques de Paris et de Hambourg. L’accès se fait sur 3 niveaux par de grandes coursives reliées entre elles par de généreux escaliers constituant une déambulation continue autour de la salle offrant des vues panoramiques sur le paysage environnant. La salle de spectacle (4 à 6000 places) disparaît car se situe entre les deux murs de béton qui reconstituent le « paquebot » évoquant l’ancienne usine, sous le jardin Bellini qui la recouvre (voir page 70) . A l’air libre, les murs soulignant les berges de l’île s’accompagnent d’une promenade longeant la rue intérieure qui se glisse sous la salle de spectacle côté Boulogne-Billancourt et d’une autre promenade côté Meudon, rejoignant la précédente puis la Seine à la pointe aval (qui a perdu ses peupliers à l’automne 2016, cf bull n°51 p.8)

Dix logements et un local professionnel ont été aménagé en 2012 dans un ancien atelier sous sheds (voir p.28). Des Clics et des Calques (Camille Besuelle, Nathalie Couineau et Mathilde Jauvin) qui y sont installées, ont créé des patios et ont mis en scène les espaces obtenus avec des chorégraphies photographies par Juan-Eduardo Sepulveda : elles soulignent ainsi que l’architecture englobe un champ bien plus large que la simple culture du bâtiment, et notamment les musiques actuelles telles que le Hip Hop.


S T E J O R

Créée en 1994 à Levallois, puis installée de 2000 à 2016 dans le 10ème arrondissement de Paris (cf bull n°50 p.10), l’agence de publicité BETC s’agrandit une nouvelle fois. Les anciens Magasins Généraux de Pantin, immense entrepôt abandonné (pendant 7 ans spot de graffeurs), sont transformés en bureaux modernes et atypiques pour ses 900 collaborateurs et des commerces, mais aussi à l’occasion sa centaine de clients, de jeunes startups ou bien encore des artistes de tous horizons. L'architecture de Frédéric Jung est conçue avec des terrasses pour travailler en plein-air, et tout l'aménagement

PROJETS

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BUREAUX BETC à PANTIN (93)

HUNDERTWASSER WHANGAREI

à

Le projet d'un Art Center au nom de l'artiste (HAC), associé à une Wairau Maori Art Gallery commence à voir le jour (cf doc HW 2015 p.3). Fin 2016 a été inaugurée Te Kakano (la graine) sur le port, représentative de l'esprit des espaces et des céramiques d'Hundertwasser : une sculpture en forme de koru, cette spirale de l'extrémité des fougères jeunes en train de dérouler, souvent utilisée dans la sculpture et le tatouage maori. La construction devrait démarrer mi-2017.

HOTEL-FORÊT à XINGYI Prévu au sein de la Wanfeng Valley dans la forêt des 10.000 Peaks Area de la province de Guizhou (reliefs karstiques cf page 39) cet hôtel de 250 chambres Stefano Boeri adapte ses Forêts Verticales de Milan (cf page 19) à une volumétrie de colline artificielle.

pensé autour de l'idée de bureaux libres, c'est-à-dire la liberté de choix selon la tâche à effectuer (voir p.12).

TOITS PARISIENS (75) Le projet porté à l'origine par l'Association française de culture hors-sol est directement issu de l'appel à projets Végétalisation innovante de la Ville de Paris mais il a vu le jour en 2015 grâce aux Galeries Lafayette qui le finance et l'accueille jusqu'à fin 2016. Les supports de culture sont réalisés à partir de chanvre et coton et les engrais fabriqués à partir de déchets de la restauration. Sont plantés une cinquantaine de variétés de fruits, fleurs et légumes. Suivant cet exemple le BHV Marais installe fin 2016 une production de cultures hors-sol ouverte au public, après avoir conforté son nouveau nom plus chic en ouvrant en 2015 le Perchoir Marais : quand le magasin ferme ses portes, la soirée commence sur son toit ! Une vie diurne ou nocturne de plus en plus courante : https://www.lebonbon.fr/paris/rooftops/top-des-rooftops-de-paris/

VILLA Y à TAINAN Cette résidence secondaire imaginée par MVRDV 40mn au sud-ouest de Taïwan surpend par sa forme de Y. Dans le creux au-dessus, entre les deux branches, une piscine (avec façade vitrée !), ainsi qu’une terrasse.

C O N D O M I N I U M SOUTERRAIN à ECTOR (Texas) Annoncé fin 2016 le projet Trident Lakes de Vintuary Holdings est en cours de construction à une heure au nord de Dallas, 2km à l'ouest d'Ector. L'architecte Charles Ralph a disposé les 510 appartements autour de trois lacs lagoons de sable blanc, accompagnés de services, d'un spa, d'un centre équestre, d'un practice et d'un parcours de golf, d'un champ de tir, et près de l'entrée marquée symboliquement par une fontaine néo-classique déjà

En dessous salon, salle à manger ou encore solarium sont situés en apesanteur dans la partie supérieure du bâtiment qui disposera de planchers obliques à gradins (ci-contre en haut et cf la maison de la culture de Firminy page 13). Dans le pied (de la lettre), se trouvent quatre chambres. AR’SITE n°52 juin 2017

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S T E J O R P

construite, la réception, des boutiques, un champ de polo et de tir à l'arc et une chapelle. Ce pourrait-être un condominium clos comme beaucoup d'autres, mais celuici est basé sur la peur, aujourd'hui du terrorisme, des violences policières... Les habitations sont décrites sous terre, mais le terme de bunker, utilisé, semble à relativiser avec les axonométries proposées sur le site qui ressemblent plus à des gradins semienterrés possédant en effet plusieurs pièces ou circulations aveugles en leur milieu, comme ce tunnel de sécu-

rité qui desservira aussi les appartements. Dans l'éventualité d'une catastrophe l'autonomie en eau et énergie est assurée et il est même question de pouvoir sauvegarder son ADN pour la survie de la lignée familiale ! D'ailleurs les candidats seront « triés sur le volet, de sorte à constituer la communauté la mieux équipée pour survivre »... Les premiers emménagements devraient avoir lieu courant 2018. Une communauté semblable serait envisagée en Ohio et dans d'autres états. (Courrier International n°1368, 19 janvier 2017 et site internet Curbed.com)

TOUR THYSSEN à ROTTWEIL Cette tour de test de 246m dessinée par Helmut Jahn se situe à 90km au sud de Stuttgart. ThyssenKrupp pourra prochainement y expérimenter ses nouvelles technologies d'ascenseurs (voir page 78), et le public bénéficiera d'un dernier étage panoramique (à la demande du maire !). Elle sera habillée d'une membrane en fibre de verre mise au point par Werner Sobek à la tête de l'Institut de construction légère et de design conceptuel de l'université de Suttgart.

IMMEUBLE HEP à ROUBAIX (59) Dans le cadre de l'écoquartier de l’Union (îlot Stephenson) devrait voir le jour un Habitat Ecologique Partagé (HEP) de 24 logements en location ou accession, en co-maîtrise d’ouvrage le bailleur social Notre Logis. L'image proposée jusqu'en 2014 (ci-dessous, dessin de Matthieu Marty) n'était-elle que raccoleuse ou malgré le silence du site web depuis 2014, un projet est-il en cours ?

CONNEXION à BELGRADE Avant la confluence avec le Danube, les rives de la Save sont marquées par une longue suite d'entrepôts de béton devenus la Beton Hala (halle de béton), un lieu particulièrement animé avec restaurants, clubs, etc. Sa connexion aux quartiers environnants était le sujet d'un concours dont

VILLAGE à SAMOËNS (74) Fin 2017 devrait ouvrir un village de vacances haut de gamme sur le plateau des Saix : Samoëns Grand Massif, à 11 km du cœur de village, offrira 420 chambres du Club Med et 222 places de parking souterrain.

le lauréat fut en 2012 Sou Fujimoto. Le volume du bâtiment reprend l'image des passerelles de liaison en créant une structure abritée par plusieures rampes piétonnes en spirale (voir p.76) offrant une vue imprenable sur la ville et sur le fleuve.

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L'architecture de FBG architecture (François-Bernard Gemgembre) épouse au mieux le site en talutant l'immeuble le plus haut et en adaptant à la pente les autres bâtiments, adossés à un soutènement ou recouverts d'une toiture végétalisée. (ci-dessous en bas de page)

TOUR à TOULOUSE (31) La mairie de Toulouse et la SNCF ont choisi l'américain D a n i e l Libeskind pour construire la première tour de grande hauteur de la ville près de la gare. De 150m de haut, Occitanie tower en forme de spirale sera végétalisée de haut en bas, elle abritera bureaux et logements et les derniers étages seront accessibles au public.La Compagnie de Phalsbourg, promoteur, l'envisage pour 20212022.

VILLAGES-NATURE à VAL d'EUROPE (77) Longtemps annoncée (cf bull n°42 p.10), cette opération conjointe Disney / Pierre et Vacances est située à proximité de Disneyland Paris. Les 900 cottages et appartements de cette première tranche seront loués dès cet été : si les collectifs sont regroupés autour du lac principal (voir p.71), les cottages sont disséminés en petites unités (avec des groupes de stationnements discrets) au sein de la nature, qu’il s’agisse d’un environnement forestier ou lacustre. L’objectif est en effet de diversifier les expériences touristiques, renforcé par la déclinaison thématique (et non hiérarchique) des ambiances intérieures entre ambiance Nature (charme d’un refuge champêtre, Country Premium), Clan (fabrique de souvenirs familiaux, Clan Comfort) ou Bulle (écrin de bien-être, traduit pour une meilleure compréhension européenne, en Cocon VIP !). Les paysages sont


l’Eau, lieu de promenade, de méditation et de découverte.

ECOLE CENTRALE SACLAY (91)

à

Après le concours remporté en 2012 l'agence d'architectes OMA a présenté son projet de développement urbain à Saclay. Le concept de LabCity (ville laboratoire ou laboratoire urbain ?) pour l'extension de l'école d'ingénieurs dans cette zone de recherche et d'innovation : un plan urbain ouvert sur le campus et non spécifique aux écoles d'ingénieurs. Le désordre créatif est cadré par le squelette de la structure en béton du

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toit, tout en permettant un maximum de lumière. Une rue principale traverse la ville laboratoire en diagonale, rythmée par une série d'espaces publics (ci-dessous) ; elle accueillera le flux d'élèves entre Supélec et la future station de métro. Rentrée fin 2017. (ci-dessous)

ILE de la CITÉ (1er & 4e)

ART & HOTEL à BOULOGNE-BILLANCOURT (92) La pointe amont de l'île Seguin devait accueillir le R4 (cf n°45 p.12), mais un changement de promoteur en 2016 débouche sur un nouveau projet de R4 à caractère culturel, présenté début 2017 : un centre d’art, mais aussi un hôtel, des cinémas, des bureaux, prévus pour 2021. A l'extrémité un hôtel arty de 220 chambres conçu par Baumschlager Eberle (architectes autrichiens Dietmar Eberle et Anne Speicher) avec roof-top bar panoramique et une piscine sur le toit. Séparé par un espace donnant de part et d'autre sur la Seine s’élévera un pôle culturel avec un centre d’art, un multiplex de 8 salles de cinéma et des bureaux et commerces. Le tout confié aux Catalans RCR Arquitectes, associés à l'agence française Calq. Des ouvertures dans le bâtiment créeront des ponts visuels entre Boulogne et Meudon, tandis que l'édifice sera surmonté par « une main tendue » entre les deux berges. L'effet "paquebot" conservé pour la Seine-musicale (cf p.6) est abandonné pour une plus grande proximité avec le fleuve. (ci-dessous à gauche)

Fin 2016 Dominique Perrault et Philippe Belaval, président du centre des Monuments nationaux, remettaient à François Hollande leur rapport sur ce que pourrait être la place de l’Ile de la Cité, à l’horizon des 25 prochaines années, après le déménagement du palais de Justice en 2018. Exposées à la Conciergerie (cf p.14), les 35 propositions sont imaginées par étapes, de l’accueil des Jeux olympiques en 2024 à l’Exposition universelle en 2025 pour restructurer l'espace public et les activités, puis à l'horizon 2040 le réaménagement complet des sous-sols : l'île de pierre deviendrait en effet aussi une île de verre, tant par la couverture des cours par des verrières que par la création de souterrains lumineux. L'actuelle rue de Lutèce devient une place structurante au centre de l'île, du Palais de Justice à l'Hôtel-Dieu : uniformisation du revêtement de sol, du mobilier urbain, de la signalétique et de la mise en lumière ; mais aussi une nouvelle Grande Galerie souterraine commerciale reliant les institutions situées autour de la place, le métro et le parc de stationnement existant. Elle recevrait la lumière naturelle vers le marché aux oiseaux, de même que le métro Cité agrémenté par un puits de lumière (cf p.55). Le parvis de Notre-Dame recouvert d’un plancher de verre dévoilerait la crypte et une série de nouveaux espaces en sous-sol, en lieu et place de l’actuel parking converti en accueil pour les visiteurs de la cathédrale et reliant comme un Forum, l’Hôtel-Dieu et la station Saint-Michel du RER. Investir la Seine fait aussi partie de la proposition, avec une grande promenade piétonne le long des quais sud et une colonnade ouvrant le parvis souterrain jusque sur le fleuve et un nouveau débarcadère. (ci-dessous)

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issus d'une bonne coordination entre Thierry Huau (paysagiste du Parc végétal Terra Botanica près d’Angers) et Jean de Gastines (qui avait également travaillé pour ce parc). Parfait exemple, l'intégration de l'architecture et du paysage dans les collectifs centraux : conçus sur dalle abritant les boutiques, le Foyer et les restaurants à thème, ils proposent audessus de celle-ci les Jardins suspendus, créés par les plantations sur dalle, par l'habillage des bâtiments par des murs végétaux et par des supports de balcons évoquant des arbres (cf p.66)… Ces collectifs sont des îlots qui laissent une perméabilité entre le lac et les Jardins extraordinaires qui se situent à l’arrière où d’importants talus plantés de bambous masquent la présence de la dalle (ci-dessous) et servent de toile de fond à ces jardins dédiés aux quatre éléments, la Terre, le Feu, l’Air et

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D'octobre 2016 à février 2017 le musée des Arts Décoratifs de Paris rendait hommage à l'école avant-gardiste fondée par Walter Gropius en 1919 avec une exposition très documentée.

nouveaux rapports entre les éléments et de traduire des courants d’énergie comme il avait fait en 1911 pour la maison Esche à Chemnitz (ci-dessus). Visitable aujourd'hui

www.villaesche.de

Le théâtre (ci-dessous) offre une grande unité plastique due à l'ancrage dans le paysage et la toiture enveloppante de ce bâtiment aux angles adoucis par des

Après l'Art nouveau... Simultanément à la Sécession viennoise (1897) qui crée en 1903 les Wiener Werkstätte (ateliers viennois), Henry Van de Velde devient en 1902 conseiller auprès de la Cour de SaxeWeimar avec mission de relever le niveau de la qualité des industries d’art et de l’artisanat du grand-duché. C'est le début d'une réforme profonde de l'enseignement artistique préparant le futur Bauhaus qui n'en a pas encore le nom. Van de Velde est avant celà un des acteurs de l’Art Nouveau en Belgique avec l’idée d’un art moral. Il donne des cours auquels assistera par ex Elisée Reclus (cf bull n°42 page 24) et produit surtout meubles et aménagements intérieurs, cherche l’ornement rationnel ou organique et non la suppression de l’ornement. Il est encore largement dans cette écriture architecturale lorsqu'en 1907 il construit à Weimar sa maison, la Haus Hohe Pappeln (sous les grands peupliers) :

La même année, il fonde avec Hermann Muthesius le Deutscher Werkbund (association allemande des artisans) à Munich, pour resserrer les liens entre industriels et artistes pour améliorer et valoriser la création allemande. Au bord du Rhin il réalise en 1914 à Cologne le théâtre expérimental (démoli en 1920) pour une exposition du Deutscher Werkbund. Il invente de nouvelles formes, tente d’exprimer de

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courbes. Une composition organique et rationaliste... qui a sans doute beaucoup inspiré Rudolph Steiner. Fin 1914 la guerre éclate et Van de Velde, Belge, est contraint de quitter son poste. Avant de partir, il prend le temps de recommander comme successeur Walter Gropius... Mais la rupture avec la sensibilité à l'architecture organique ou à l'expressionnisme ne fut pas pour autant immédiate après 1919 : - avec ses étudiants et en collaboration avec Adolf Meyer, Gropius construira en 1920-21 la maison Sommerfeld, en bois massif (pour le propriétaire d'une scierie à Berlin), premier grand projet commun du Bauhaus et un bel exemple de la tentative de créer une œuvre d'art unique. Structure avec poutres en porte-à-faux, toit soulevé, ambiance générale, sculpture minutieuse des éléments, autant d'éléments renvoyant aux oeuvres de Frank Lloyd Wright ! - Johannes Itten, peintre proposant des analyses structurelles de tableaux des maîtres anciens pour comprendre les principes généraux de construction d’une image, est marqué par l'expressionnisme et le mysticisme. Il démissionnera en 1923 année charnière de l'abandon de ces tendances (sans parler des débats internes au Bauhaus quant à la place à accorder au mazdéisme et ses règles de vie !) vers des formes plus abstraites accompagnant l’orientation prioritaire vers l’industrie. - le passage progressif des motifs floraux à des motifs anguleux et géomé-

triques dans les années 20 correspond -comme pour la typo- à s'adapter à la mécanisation croissante et aux modes de production industriels, et à les signifier. Mais si poétes et peintres imaginèrent possible de tirer un «langage» commun des principales composantes de l’art moderne, Le Bauhaus, au contraire, après des années de lutte entre expressionnistes et cubistes, choisit le cubisme sans même le proclamer avec clarté. Cette intransigeance et cette volonté de table rase se retrouve aussi dans l'absence d'un enseignement de l’histoire de l’architecture. Gropius ne le jugeait pas utile. Un point de vue loin d'être partagé par d'autres architectes modernes comme Le Corbusier, dont les notes de voyage révèlent une extraordinaire capacité de s’alimenter aux sources, en en découvrant, avec des yeux nouveaux, les aspects et les valeurs modernes. Bruno Zevi critiquera fortement cet ahistoricisme (L’Homme et la société, 2002/4 n°146 Monument et ville, chez L’Harmattan. P.31-39) ; l'explication qu'il en donne serait qu'il n’existait pas alors d’historiens anticlassiques, c’est-à-dire antidogmatiques (...) Il est probable qu’il ne le chercha même pas, et ce fut là son tort. Parce qu’il aurait dû comprendre que l’a-historisme n’offre pas un remède efficace contre l’historiographie réactionnaire, que l’on peut vaincre seulement grâce à une histoire nouvelle, interprétée en termes modernes.

...Un ballet mécanique L'aventure du Bauhaus réunit un peu plus de cinq ans d'activité bouillonnante et transdisciplinaire, de 1919 à 1925, puis un déménagement à Dessau jusqu'en 1928. Une décennie pour réunir art et industrie, pour repenser la vie dans l'habitat, tant du point de vue fonctionnel que du point de vue plaisir.


Une exposition organisée en 1923 à Weimar montrait des projets de le Corbusier ou de Mies van der Rohe (le gratte ciel de verre courbe, maquette de 1921), mais aussi une étonnante maison témoin Haus am Horn, construite à partir d’une esquisse de Georg Muche au sommet d'un petit talus. Sobre et cubique, c'est un prototype pour une production en série, qui s’articule autour d'un séjour-atrium couvert, prenant sa lumière latéralement au dessus du toit des autres pièces périphériques (ci-dessus). Elle est aujourd'hui reconstruite. Si l’organisation de la vie domestique est rationalisée avec la cuisine standardisée et intégrée qui va être l’un des points de départ pour la future Frankfurter Küche (1926), la photo de Goerg et El Muche devant la maison exprime une certaine connivence ludique avec l'espace construit, une manière de s’approprier l’espace que l'on retrouvera plus tard avec la Prellerhaus. http://www.hausamhorn.de En 1926 l'école fut reconstruite à Dessau dans un esprit très industriel faisant la part belle aux surfaces vitrées. Le bloc des 28 studios fut nommé Prellerhaus, en hommage à cette ancienne maison du peintre Friedrich Preller qui abrita au départ l'école fondée par Van de Velde à Weimar, les racines du Bauhaus. Avec ses balcons et sa terrasse la Prellerhaus (ci-contre sur l'affiche) permit particulièrement l'expression du jeu corporel que pouvait procurer une architecture à l’esthétique rigoureuse et cubiste. Mais conçue pour le plaisir des occupants, de leur mouvements, du plein-air et des performances… Les photos suivantes sont issues de cette époque. Depuis 2013 il est possible de louer l'un des studios. http://www.bauhaus-dessau.de

A la même époque, dans une forêt de pins sont également construits les 4 pavillons conçus pour les enseignants du Bauhaus. Restaurées à partir de 1990, deux seulement sont accessibles Ils font eux aussi une large part aux terrasses accessibles :

Hannes Meyer succédera à Gropius en 1928, ouvrira des classes de peinture libre, des leçons de gymnastique et un cours sur l'homme confié à Oskar Schlemmer. Il réorganise le cursus pour inciter à la production d'objets abordables et fonctionnels ; la mission sociale dont il investit le Bauhaus est renforcée par des liens établis entre la sociologie, l'architecture et les politiques marxistes et collectivistes. Elle lui coûtera son poste en 1930. Mies van der Rohe le remplace puis le Bauhaus, chassé de Dessau par les nazis, devient école privée, s'installe à Berlin en 1932 mais est de nouveau fermé et se dissout en 1933. Exilé aux Etats-unis Gropius monte une exposition au MomA de NewYork en 1938 (cf couverture catalogue page 10).

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Avec pour thème les mutations du travail (en anglais Working Promesse !), cette 10e Biennale Internationale de Design (cf les précédentes, bull n°27 p.10, n°31 p.17, n°35 p.16, n°39 p.10, n°44 p.18, n°48 p16-17) proposait en mars-avril 2017 de multiplier les regards pour mieux en percevoir l’évolution, en se focalisant à la fois sur l’histoire, sur le présent et sur l’avenir : elle doit toujours être un outil d’anticipation pour les entreprises. La représentation du travail dans le territoire stéphanois était le sujet d’une exposition très documentée au Puits Couriot (musée de la Mine) où se succédaient monuments, fresques ou vitraux, ronds-points et murs peints illustrant le passage de l’emblème du monde industriel du XIXe siècle aux allégories d’aujourd’hui évoquant un passé ayant marqué les générations précédentes. Il était aussi visible en ville avec ce crucifix de 25m à l’esthétique de puits de mine, dominant la ville : réalisé en 1895 sur la colline SainteBarbe (ci-contre, et en dessous le puits Couriot) il exprimait le savoir-faire du travail du métal. Il venait d'être installé 4m plus haut en mars 2017, avec pour socle la terrasse de récents parkings, bientôt aménagée en espace public à l’occasion de la création de 17 lofts dans une ancienne annexe de l’école des Beaux-Arts. La même démarche se retrouve encore aujourd'hui avec la résille du projet Steel (cf bull n°49 p.8 - dessinée par le Studio Joran Briand Associés) qui est quant à elle exposée en plusieurs endroits, comme une véritable marque de fabrique de la ville : l’activité et l’innovation industrielle. Résille ou mantille, cette peau de 30.000m2

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Le design et les mutations du travail La production et l’humain ne sont pas irrémédiablement associés : la question est posée de façon philosophique dans plusieurs parties du site de la Cité du Design (ci-dessous un Panorama-fresque murale d’une civilisaen aluminium recyclé, carapace d’un genre nouveau, est l'emblème du futur pôle commercial prévu fin 2018. Autre représentation du travail, ce sont bien sûr les traces des anciennes activités, ces friches industrielles éventuellement reconverties en lieux de mutation : à l'exemple de la porte d’entrée de la Cité du Design, où le Mixeur (ci-dessous) est présenté

comme un espace de co-working où peuvent échanger citoyens, étudiants, designers, industriels, startups et aménageurs. Une partie de l’exposition principale est d’ailleurs consacrée à illustrer l’émergence des Tiers lieux, ni maison, ni lieu de travail (Fablab, co-working place, hacker-space – cf bull n°50 p.20) où s’expérimentent de nouvelles façons de travailler susceptibles de réinventer un pan entier de l’organisation du travail dans notre société qui s’éloigne de plus en plus du plein emploi ; elle s’enrichit de l’approche post-industrielle de Détroit où le passage d’un système de montage linéaire à un système de production en réseau renforce les re-

lations entre la culture et l’économie ou de la découverte du Ouagalab de Ouagadougou développant des innovation frugales (ci-dessus, sous une voûte nubienne !), des Funky Citizens en Roumanie, Calafou à Barcelone ou encore les Gynepunk. Concernant le patrimoine industriel stéphanois, la Comédie de SaintEtienne devrait intégrer bientôt de nouveaux locaux conçus par le Studio Milou Architecture à partir de la restructuration de l'ancien site de la Société Stéphanoise des Constructions Mécaniques.

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tion des loisirs post-travail). D’autres civilisations peuvent-être imaginées libérées du travail ; le sens et le but de la vie seraient redéfinis et l’Homo Ludens, imaginé par le situationniste Constant Nieuwenhuys dans sa New Babylon conçue pour les loisirs, exploiterait sa créativité au quotidien comme moyen d'exister et de s'épanouir (voir page 72). Ces mutations signifient l’ouverture à d’autres activités que celles liées au travail traditionnel de fabrication d’objets matériels. Le design passe de la conception de beaux objets, expression d’une modernité rassurante, intemporelle ou s’inscrivant dans l’idée de mode ou de progrès, à la redéfinition de l’environnement accompagnant la recherche de nouveaux modèles de sociétés dans lesquelles les repères vacillent : immatérialité, services, temporalités sont les ingrédients du designer de demain… Dans l’expo principale, un call center à échelle réduite envahi par la jungle (ci-dessous) diffuse des vidéos présentant différents aspects de la fin du travail : de la folie au sabotage et au désengagement assumé en passant par des stratégies de survie ou échappatoires au travail (compétitions de chaises de bureau et autres séances de yoga sur chaises) ; imaginée par Stephane Degoutin et Gwenola Wagon,

site http://www.nogoland.com/wordpress/2009/09/fausses-montagnes/ des mêmes auteurs qui en 2009 développaient le thème architectural de la fausse montagne (cf bull n°46 p.26, n°50 p.63, n°51 p.36 et pages 69-72). Le XXIe siècle commence par le passage de l’organisation scientifique des gestes liés au travail, qui avec l’aide d’ergonomes et d’ingénieurs ont progressivement influencé l’organisation et les comportements domestiques modernes (particulièrement la cuisine), à la génération vautrée (attitudes repérées dans le mobilier depuis 2005) voire à l’horizontalité des corps y compris dans les nouvelles pratiques du travail lié à la généralisation dans le temps et dans l’espace des nouvelles technologies de l’information et de la communication (de plus en plus à la maison, pourquoi pas en position allongée depuis son lit ou son divan) : l’exposition Cut & Care,

qui reprend le titre de 2001 du duo californien Matmos, explore comment les éléments de mobilier horizontaux (lits, chaises longues, tatamis, etc.) et leurs accessoires permettent en même temps de prendre soin de soin (care) tout en restant en relation avec des interlocuteurs dont on est physiquement coupé (cut). Le tout installé dans un pseudo skatepark vert gazon ludique et des matelas de sol. (voir page 16 l’analyse du Monde magazine).

Cette même position vautrée, allongé à 127 degrés (l’angle idéal pour libérer son cerveau de la gravité et être le plus créatif !), est proposée aux visiteurs dans Ex-travaillance pour imaginer le post-travail (ci-dessus). cette mise en scène est intitulée Institut de Néoténie pour la fin du travail, ce terme désignant la croissance d’un organisme jusqu'à une taille adulte normale mais qui conserve des caractères juvéniles. Cette parodie d’un espace de travail dit paysagé renvoie au

Le design architectural et urbain Renouvelant le succès de Banc d’essai 2015, de nouveaux objets urbains étaient expérimentés, avec de nouveaux usages pour travailler, se réunir, faire une pause dans la ville ou pour jouer :


Désormais inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco avec d’autres œuvres de le Corbusier en juin 2016, le site de Firminy Vert (1957-63) est une des visites architecturales proposées : ce quartier moderne , complété par un centre civique de le Corbusier inauguré l’année de sa mort en 1965 et d’autres constructions réalisées à titre posthume, démontre avec brio l’adaptation au relief dans un site naturel comme plusieurs autres opérations de la région stéphanoise (cf guide d’architecture, bull n°44 p.18 et n°48 p.17). Cet attrait pour le « patrimoine Le Corbusier » a suscité l’intérêt d’une chorégraphe et d’un designer (Julie Desprairies et David Enon) qui en retirent avec humour des objets et des gestes, du gâteau reprenant la forme de l’église aux attitudes des médiatrices faisant visiter les bâtiments ! Leur propre sensibilité est également confrontée aux espaces : le Modulor

en creux au pied de l’unité d’habitation est-il une invitation à rentrer dans le moule théorique proposé (rappelant la critique faite par des femmes, cf bull n°45 p.17) ? Et paraphrasant le

designer Bruno Munari (qui en 1944 détournait un fauteuil en multipliant les façons de s’y installer), ils s’emparent des chauffeuses dessinées par Pierre Guariche et créent un nouveau poster de positions alternatives, à expérimenter avec un salon fait de ces chauffeuses basculées… Enfin dans cet espace intérieur dominé par la présence des gradins, ils suggéreront des attitudes corporelles redéfinissant l’appropriation possible d’une telle architecture (ci-dessus). Human Cities, projet actif depuis 2006, financé par l’Union européenne questionnant l’échelle urbaine et la co-création de la cité ; la période 2014 à 2018 réunit une dizaine de villes dont quatre villes créatives Unesco de Design (réseau créé en 2004) : SaintEtienne, Graz, Helsinki et Bilbao. L’occasion de faire un bilan et partager les expériences ayant pour objectif de valoriser le rôle des habitants et des créateurs pour réinventer une ville plus humaine : étaient présentés des projets d’Espoo en Finlande, de Tallinn et de l’île de Muhu en Estonie, de Cieszyn en Pologne, de Milan ou de Londres. A Saint-Etienne, un parcours urbain reliait les initiatives menées par 3 collectifs dans les quartiers Crêt de Roch et Beaubrun pour redynamiser les rez-de-chaussée vacants. http://humancities.eu/ La dynamique de la Biennale consistant à relancer l’activité de la ville s’appuie sur les savoir-faire et sur l’esprit ouvrier des habitants (au sens de « faire » et de solidarité). Si le Musée d’Art et d’Industrie et le Musée de la mine jouent partiellement ce rôle de mémoire, il existe depuis les années 1980 divers musées du travail en Europe : en Belgique à Molenbeek-Saint-Jean le Musée bruxellois de l’industrie du travail, en France à Roubaix les Archives nationales du monde du travail et enfin les Musées du travail en Allemagne à Hambourg et en Suède à Norrköping.

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L’objectif d’introduire le végétal dans l’architecture se retrouve dans le projet de façade verte Vertigo (Alice le Mouël), pour une végétalisation des murs aveugles facilitant de nouveaux usages grâce à une culture hors-sol sur des plateformes superposées. Sur le même sujet, il est à noter que depuis sa réalisation en 2013 la longue façade verte des bureaux l’Horizon construits par Fumihiko Maki pour accompagner la restructuration du quartier de la gare de Chateaucreux a bien du mal à s’installer sur les gardecorps prévus à cet effet (ci-dessous).

D'octobre 2016 à janvier 2017 l’Hôtel de la Monnaie de Paris accueillait une vingtaine de créations de Maurizio Cattelan dans une mise en scène accordée aux salons XVIIIe du lieu. Lorsque son portrait en cire transperce réellement le sol du musée (cf bull n°41 p.43), l’artiste semble se regarder dans un miroir installé pour l’occasion ; en dessous, la statue est réellement juchée sur une pyramide de livres !

L'emblématique renversement du pape Jean-Paul II par une météorite s'incrit dans l'alignement perspectif du cheval suspendu et de la femme crucifiée.

Jason deCaires Taylor est un sculpteur anglais passionné de plongée.

Museo Atlantico Inquiet du sort des récifs locaux de l'île de Grenade, endommagés par des ouragans en 2004 et 2005 et par le tourisme de masse, il crée en 2006 une oeuvre sous-marine avec l'objectif de les revivifier, la sculpture servant de socle aux développements de coraux et d'habitat aux poissons ou étoiles de mer. Le succès de l'initiative conduit à l'élaboration du Musée subaquatique d'art (MUSA), inauguré en 2010 au large de Cancún (Mexique) avec 450 sculptures. Museo Atlántico est à Lanzarote depuis l'été 2016, pour l’instant composé de deux œuvres monumentales, intitulées The Raft of Lampedusa et The Rubicon, toutes deux des hommages poignants aux migrants et aux réfugiés.

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Marée montante Parallèlement à ces sculptures immergées par 15 mètres de fond, accessibles aux plongeurs ou aux bateaux à coque de verre, deCaires Taylor crée aussi dans d'autres contextes aquatiques : en septembre 2015 à Londres, dans le cadre de Totally Thames, il a imaginé immerger des sculptures dans la Tamise, soumise à la marée. Quatre majestueux chevaux de travail et leurs cavaliers, intitulées The Tiding Rise (la Marée montante) sont découverts ou recouverts au gré des

marées. Ces chevaux de travail possèdent des têtes en forme de chevalet d'extraction de pétrole et attirent l'attention sur une dépendance continue des combustibles fossiles. (info Monique Labbé)

Parmi les membres fondateurs du CLAY Museum danois (cf page 4) Nina Hole (1941-2016) était installée aux Etats-Unis depuis les années 1970. Selon les principes de l'artiste californien John Roloff mi 1980, elle fit sa première sculpture cuite au feu en 1994, en Australie. Two Taarns, Appalachian State University à Boone, Caroline du Nord 2006 :

La salle des Gens d’Armes de la Conciergerie a accueilli de février à avril 2107 sous ses voûtes gothiques les 20 panneaux de très grand format présentant des réflexions sur l'avenir du site (cf page 9). Sa situation en contrebas du sol actuel (niveau original à l'époque de sa construction au XIVe siècle) est une intéressante introduction au rôle futur imaginé pour les sous-sols de l'île. Les projets suggérés sont très clairement présentés, même si des mots comme Colonnade pour l'ouverture basse du quai sud sur la Seine semble être un trait d'humour renvoyant à l'autre Perrault, Claude, auteur en 1670 de la célèbre colonnade du Louvre, chef-d'œuvre du classicisme français introduisant le doublement des colonnes qui choquait les classiques. La présentation n'impose pas une architecture particulière. Le parti a été pris de simuler les projets en empruntant des images à d'autres réalisations : des Fictions, comme Dominique Perrault avait déjà utilisé pour son livre Groundspace (cf p.19 et bull n°51 p.57). Ainsi la Colonnade est illustrée par le pavillon de Sverre Fehn pour Pavillon Nordique à la Biennale de Venise de 1962, (ci-dessous)

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Poursuivant sa réflexion autour des lieux dédiés aux divertissements – après l’exposition Landskating, les lieux du skate à travers le monde, en 2016, la villa Noailles à Hyères consacre, en février-mars 2017, son exposition annuelle d’architecture aux discothèques : La Boîte de nuit. Un lieu de nuit pour faire la fête, donc pour s'extraire des contraintes diurnes. Au-delà de la conception de l’objet bâti, le rôle de l'architecture s’étend à celle de l’expérience vécue, de l'imaginaire proposé. Roland Barthes, grand adepte de la nuit parisienne et du Palace, dira que l’architecture des boîtes de nuit s’affirme comme “tout un dispositif de sensations destinées à rendre les gens heureux”. Ce sont des lieux qui peuvent donc raconter négativement ce qu’à chaque époque un groupe social cherche à fuir. Cette dimension expérimentale est présentée de La Batterie, dancing construit en 1933 par Pierre Barbe sur la côte d'azur (dont les courbes du site déterminent celle du petit édifice à plan ovale ouvert sur la mer), à l'Altro Mondo, boîte emblématique de l'avant garde italienne à Rimini à la

et le Parvis de verre par la bibliothèque Jacob et Wilhelm Grimm à Berlin en 2103 par Max Dudler. fin des années 1960 (ci-dessous) proposant un autre monde, aux boîtes de la culture disco des années 1970, échappées de toutes les questions de minorités ethniques et sexuelles, puis aux rave parties des années 1990 qui renvoient à une vie en marge, réfugiée dans des lieux métamorphosés de manière provisoire, exploitant la mobilité et la “dissolution” des lieux clos.

En plus le visiteur reçoit une tablette interactive lui permettant à la fois de

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donner son avis et de découvrir le site en une dizaine de points géolocalisés ; pour mieux comprendre ces architectures institutionnelles du XIXe siècle, se familariser avec la monumentalité des symboles républicains.


HÔTELS Revue AMC spécial Hôtels, 2016 Un hors-série paru en octobre est consacré à l'évolution de l'hôtellerie et des attentes de la clientèle, d'affaires ou touristique. En ville avec boutiques, bars, espaces de coworking, galeries, salles de concerts ; dans la nature avec l'idée de ressourcement et de bien-être (spas ou thermes) et la proximité immédiate de l'environnement. Sont présentés 10 réhabilitations-transformations et 11 bâtiments neufs. Parmi eux, exploité en couverture, l'hôtel Casa Riga (ci-dessus) à 3 km de Comano Terme (Trente) entre Dolomites et Lac de Garde, réalisé en 2014 par Stefania Saracino et F r a n c o Tagliabue (cf page 44) h t t p : / / w w w. bedandbreakfastcomanotrentino.it/

PLEIN-AIR Revue Arquitectura Viva n°184 mai 2016 Titré Open Air, ce numéro propose des réflexions sur le payage et les matériaux, dont l'article généalogie de la géologie, vitalité contemporaine de la pierre, par David Sanz, dans un dossier sur les façades en pierre. Il est illustré de la description de 12 paysages espagnols : parmi eux l'aménagement du vallon de la Vinalopo (Elche, Alicante, en couverture), la restauration du Caminito del Rey (Malaga, cf bull n°27 p.33, n°41 p.62 et page 76) et sur la rive nord de la frontière portugaise la restructuration des berges du Miño (ci-dessous)

à Goián (Pontevedra) ; au pied du fort San Lorenzo et le reliant à la plage, face à la ville portugaise de Vila Nova de Cerveira (où existe depuis 2005 un musée aquatique pour la promotion et la diffusion du patrimoine naturel et culturel associée à la rivière) Pablo Gallego Picard a réalisé en 2012 un aménagement basé sur un soutènement continu qui sert alternativement comme un banc, un parapet, un faisceau, une tribune, une étape et une limite, sa hauteur utile pouvant s'adapter à chacune des utilisations.

ARCHI & TRANSITION Cahiers de l'IFMA n°25 décembre 2016 Avec en couverture une photo de l'éco-quartier d’Eva Lanxmeer (cf page 36) ces Cahiers consacrés à l'architecture organique se penchent sur la question de la Transition en architecture et de l'évolution Vers un nouveau paradigme. L'éditorial d'Olivier Prost rapproche l'ensemble des initiatives citoyennes de la transition, cherchant à créer de nouveaux rapports entre les individus et la nature et en favorisant le lien social et des circuits économiques locaux, avec la tri-articulation issue des réflexions de Rudolf Steiner au début du XXe siècle : l'Homme avec Nature (l’économie, l’homme appliquant son travail à la nature), avec les Autres

(juridique pour cohabitation harmonieuse) et avec LUI-Même (culturel, pour développer son potentiel). La transition en architecture est préférée au terme de durable par JeanLuc Thomas qui la décline en trois thèmes : Post-carbone et décroisance, Techniques de transition, L’habitat participatif, Urbanisme de transition Le rôle de l'architecture pour atteindre ces nouveaux modes de vivre ensemble développés dans le film DEMAIN est soulignée par Isabelle Val de Flor en ce qu'elle interfère dans notre relation à l'environnement et aux autres, dans notre manière de concevoir notre habitat, nos déplacements, nos échanges. Est par exemple citée l'architecture de la banque ethique de Padoue (cf page 4). Des lieux ancrés dans l'espace et le temps, qui reflètent la diversité des cosmogonies et des relations à la nature, sont enfin pour Yannick Champain la base du développement humain souhaité : à la fois coopératifs, culturels, situés, proches de la nature, sobres et conviviaux. Après le n°24 consacré à Cantercel, laboratoire d'architecture organique (cf bull n°50 p.15), celui-ci ouvre sur le passage de la question du bien-être à celle de la gestion de la complexité nécessaire à la vie ensemble (cf page 27).

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ARTICLES & REVUES

A U TO - P R O M O T I O N Journal Le Monde 24-26 décembre 2016 Loin du trip collectiviste des années 1970, un article décrit le développement de l’autopromotion, s'appuyant sur l'immeuble K'hutte (cf page 5) : un urbaniste strasbourgeois, Bertrand Barrère, défend l’idée d’un circuit court de l’immobilier, accessible à tous, car débarrassé de son côté militant. Avec sa société Unanim, fondée en 2010 comme assistance à maîtrise d'ouvrage, il a recruté puis accompagné les futurs habitants –qui ne se connaissaient pas- tout au long du projet, en servant d’intermédiaire avec l’architecte et les professionnels de la construction, et en animant les réunions et les débats. Les acquéreurs de lot ont la possibilité de dessiner leur appartement, de décider en commun de la forme du bâtiment aux matériaux employés et sont en même temps les associés de la société qui fait construire le bâtiment. Ils ont donc accès à la totalité des comptes de l’opération, en toute transparence. Comme Strasbourg, une des villes pionnières en la matière, de plus en plus de collectivités réservent du foncier à AR’SITE n°52 juin 2017

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ces opérations. Les bailleurs sociaux commencent aussi à lui faire une petite place à travers des programmes d’accession sociale ou de locatif. A l’autre bout de la chaîne, les promoteurs privés se mettent à intégrer, dans leurs programmes classiques, des espaces partagés inspirés de ces petites communautés d’habitants ! (info Dominique Jouvaud)

COULEUR ROUGE Journal Le Monde 25 août 2016 Dans le cadre d’une série intitulée Palette d’artistes, l’article d’Aureliano Tonet déplorait que loin des rayons bariolés du Corbusier ou les arlequinades du Centre Pompidou, les architectes choisissent de plus en plus fréquemment les couleurs qui n’en sont pas (noir, blanc, gris) ou les teintes évoquant des matières industrielles (verre, béton, métal) ou naturelles (bois clair, paille ou bambou). Lina Bo Bardi (1914-1992), a fait du rouge le fil de son œuvre : amarante, coralline, cinabre, écrevisse, cerise ou tomate. Avec Gio Ponti à Milan, elle se familiarise avec la conception méditerranéenne, et plus précisément pompéienne. Elle le mettra particulièrement en valeur à Pompéia, centre sportif et culturel d’un quartier défavorisé de Sao Paulo, dans d’anciennes usines transformées en 1977 (cf bull n°8 p.9 et n°26 p.58). Elle avait construit dès 1968 le musée d’art contemporain de la ville (MASP), mais ce n’est que lors de travaux de rénovation en 1988 que furent suivies les instructions initiales de le peindre couleur vermeil : les militaires s’étant violemment opposés à toute trace de rouge n’étaient plus au pouvoir à cette époque ! Cette couleur n’exprimait pas que les rages politiques de cette architecte communiste : sa passion pour les arts populaires reflète son idée d’une architecture conçue comme un corps vivant, vibrant ; en écho avec les populations indigènes d’Amazonie qui couvrent leurs objets et leurs peux d’ocre, d’ambre et de garance et lorsqu’elle parle de ses constructions, elle préférait le terme de substances au terme de matériaux. (info Dominique Jouvaud)

VILLAS GODZILLA Courrier International n°1378 30 mars 2017 Certes les villas des riches, de Palladio à Rem Koolhaas en passant par Mies van der Rohe ou Le Corbusier, ont permis à leurs concepteurs de faire avancer l’écriture architecturale… Mais à condition que la richesse soit aussi celle d’une culture architecturale ou d’un souci de s’inscrire dans une recherche spatiale et non de témoigner de sa réussite par un pavillon plantureux et boursouflé, parce que simplement plus que celui du voisin ! C'est le sujet de cet article de Gerhard Matzig du 12 mars 2017, critique d’architecture pour le Süddeutsche Zeitung, quotidien de Munich : Titus Bernhard est un architecte aux clients fortunés pour lesquels il construit des villas aux salles de séjour dont les dimensions sont telles qu’on se demande si le futur occupant n’aurait pas quelque lien de parenté avec Godzilla, le monstre mutant que l’on voit dans les films. Ces villas symbolisent la démesure totale, à ce point que l’architecte a prévu, pour son équilibre, de recommencer à dessiner plus de logements sociaux que de villas ! La course à « la maison la plus chère du monde » conduit à des réalisations qui pourraient s’apparenter à des châteaux-forts : exemple de la Gigavilla

de Los Angeles par Paul McLean (ci-dessus) qui avec ses 6900 m2 habitables reprend le principe de villas précédentes sur une plate-forme artificielle où le propriétaire recrée ici son propre univers sans plus avoir besoin de sortir et de se frotter au monde. Le site est ici entièrement repris pour composer le paysage du nouveau maître du territoire. Une démarche paysagère intéressante pour la plateforme mais la villa ellemême qui reste d’un modernisme assez conventionnel.

D E S I G N & T R AVA I L Revue M, Le Monde, 1er avril 2017 Spécial Design, ce magazine titrait sur Milan temple du goût et comportait un article de 7 pages de Johanna Seban Le bureau, sa vie, son œuvre.

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L’odyssée de l’open-space y est ainsi contée, depuis l’atrium du bâtiment administratif de Larkin (firme américaine de savon) à Buffalo conçu par Frank Lloyd Wright en 1906, puis en montrant les mutations en cours, thème développé par la biennale de Saint-Etienne (cf page 11) où sont d’ailleurs exposées quelques-unes des pièces de mobilier conçues pour BETC (cf page 7) par l’agence de design T & P Work Unit : Les gens pensaient que ces créations n’étaient que des idées un peu farfelues de

designers ! Il y avait un film qui montrait des employés évoluant dans ces espaces, et le public croyait que c’était une performance artistique ! Une application sur leur smartphone permet aux employés de se retrouver dans les différents espaces du bâtiment (le tgv, la baraque, le garage, le cab, etc.) où des gradins en bois brut côtoient des chenilles, surprenants espaces circulaires de confidentialité ceinturés de guirlandes de laine et dans lesquels on entre comme dans un isoloir (ci-dessus).

ARCHITECTURE & SANTÉ Revue Dynameis n°02 décembre 2016 Cette revue anthroposophe italienne pour l'architecture organique vivante publie un numéro spécial sur l'architecture pour la santé, en écho à un colloque à Trente, en mai 2016, sur la conception des espaces de soin. Après un article de l'architecte Stefano Andi sur le retour (rédemption) de la forme en architecture, basé tant sur les espaces colorés de Rudolf


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béton (ville nouvelle de Peterlee, 1969) support de jeu à escalader ou d'imaginaire pour l'enfant qu'il était, malgré ou grâce à ce matériau rugeux.

B R U TA L I S M E Steiner (Goetheanum ci-dessus) que sur les études de neuroarchitecture (cf Harry Mallgrave The Architect’s

par Peter CHADWICK (éd. Phaidon, 2016)

Brain: Neuroscience, Creativity, and Architecture en 2011, et page 22) sont présentés la Filderklinik de Stuttgart (ci-dessus et cf page 4), le nouvel hôpital pédiatrique Meyer à Florence (partiellement encastré dans la pente et

Graphiste profondément passionné par le brutalisme, l'auteur offre avec ce livre un écrin pour ce style architectural. Édité en noir et blanc mais vivifié par le rouge des pages de garde, l'ouvrage est lui-même un objet brut en adéquation totale avec le sujet : couverture épaisse, poids.

avec des circulations évitant les alignements de couloirs) en 2007 par Romano Del Nord de CSPE archi, puis la Clinique Isala à Zwolle (Pays-Bas) en 2013 par Alberts & van Huut :

Manifeste visuel plus que documentaire, l'ouvrage exprime le plaisir de cet amateur qui a grandi dans le nordest de l’Angeleterre, y développant une fascination pour les usines de sa ville natale, entouré d’un paysage architectural et sonore industriel. Ce monde brutal est mon univers écrit-il en introduction ; ce qui n'exclut pas la dimension ludique d'une œuvre comme l’Apollo Pavilion (cidessus) de l’artiste et architecte Victor Pasmore, vaisseau spatial cubiste en

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En écho à ces souvenirs fondateurs, il choisit en couverture un Espace de lecture ludique du parc architectural de Jinhua (cf bull n°31 p.2) ; en quatrième de couverture, il continue le rapprochement art et architecture : un mur plissé et aveugle de l’ancienne école de commerce de Bâle aujourd’hui école d’art et de design.

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Archi Brut, le titre, éloigne lui aussi l'idée de violence contenue dans brutalisme, au profit de ce que ce que Leonard Cohen appelait la volupté de l’austérité. Cette attitude éthique et esthétique, volonté d'affirmer les matériaux "bruts" est par exemple expérimentée par le Corbusier dès le début des

années 1950 avec l'unité de Marseille ou les maisons Jaoul à Neuilly. L'extension de cette pratique est analysée en 1966 par le critique architectural Reyner Banham qui a popularisé ce terme de brutalisme dont de nombreuses déclinaisons se retrouvent pour des programmes d'habitat comme le Robin Hood Gardens d'Alison & Peter Smithson en 1972 (ci-dessus et cf n°36 p.64 ainsi que l'encadré ci-dessous).

Intitulée les machines à habiter ensemble, l'exposition permanente du Familistère de Guise (1878, 320 logts) présente quelques autres expériences d’habitat de masse proposant une vie collective : le Bloc Justus Van Effen à Rotterdam (1922, 264 logts), Narkomfin à Moscou (1932, 50 logts) , Siedlung Halen à Berne (1961, 79 logts), Unité Habitation à Firminy (1965, 414 logts), Capsule Tower à Tokyo (1972, 140 capsules), Walden 7 à Barcelone (1974, 446 logts)… Autant de réponses qui par leur parti pris radical, par leur masse ou par leur traitement architectural peuvent être considérées comme brutales. (info Benoît Lambert)

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affirme sa monumentalité brutale. Il propose un autre paysage, un autre univers, mais qui valorise les éléments existants comme cette présence de l'eau et de l'océan. Une interprétation contemporaine du brutalisme face au paysage naturel est encore donnée en 2014 par la Porte de la Création de Tadao Ando pour l'université de Monterrey (Mexique) avec les montagnes en fond (ci-dessous et cf bull n°47 p.4). L'intérêt de Peter Chadwick pour la photographie l’a conduit à immortaliser ces bâtiments de béton et aux structures dominantes et anguleuses. A Londres, l’une de ses premières Le brutalisme s'étendit même rapidement à d'autres programmes, que ce soit l'habitat de loisir (Flaine en 1959 par Breuer), voire la finance (banque de Londres et d'Amérique du Sud, Buenos Aires en 1966 - ci-dessus). Cet exemple montre également que les courbes ne sont pas exclues du brutalisme dans la mesure où elles contribuent à donner l'unité, la masse spaciale. muses fut cette vision utopique sur un site autrefois défiguré par les bombardements : le Domaine de Barbican (Chamberlin, Powell et Bon, 1982). Le titre anglais, This Brutal World (ci-dessous), fait référence à son fil Twitter This Brutal House qu'il a créé en 2004 d’après le titre d’un morceau d’acid house enregistré par Nitro Deluxe en 1987 (ci-dessous).

Un même usage des courbes se retrouve par exemple (ci-dessus) dans la bibliothèque de la Phillips Exceter Academy (Exceter, New Haven, 1972) que Louis Kahn accompagne de la présence de matières chaleureuses en contraste avec le béton brut. Un effet de constraste qui existait déjà dans la réalisation du Salk Institute en 1963 (ci-dessous et cf page 23) qui face à l’océan Pacifique

Il émet l’hypothèse que le regain de popularité, qu’il constate à travers le succès de son fil Twitter, vient du regard porté sur le brutalisme : comme la vision d’une société confiante dans sa propre expression ; une société qui nous a donné l’architecture d’un état providence généreux, ouvert et radical. « L'architecture brutaliste était une esthétique politique, une attitude, une arme servant le précepte selon lequel rien n'était trop beau pour le commun des mortels. » Owen Hatherley.

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HABITER la NATURE (éd. Phaidon, 2017) L'ouvrage est un remarquable recueil de 60 maisons contemporaines dans la nature construites des années 1940 à aujourd’hui, en communion avec l’espace extérieur, qu’il s’agisse de forêts, de montagnes, de lacs, de déserts ou d’océans. Trois angles d'approche : - avec vue sur la nature - au sein de la nature - grâce à la nature

JARMUND-VIGSNÆS (éd. Equal Books, 2012) Avec ses 412 pages, l'ouvrage recense les travaux des Norvégiens Einar Jarmund et Håkon Vigsnæs qui ont fondé JVA – Jarmund/Vigsnæs/ Arkitekter à Oslo en 1996. De la nouvelle école d'architecture d'Oslo réali-

sée en 2001 le long de la rivière Akerselva à partir d'anciens bâtiments industriels (ci-dessus) à la station de pesage de 2011 (en couverture, et cf pages 3-4) en passant par une villa en partie encastrée au bord de l'océan, en 2004 à Stavanger. (ci-dessous) Une indiscutable sensibilité aux paysages. www.jva.no/


cité forestière, à partir de l'expérience des tours jumelles de Milan (cf bull n°42 p.5 et n°49 p.4) Simulation urbaine et coupe :

GROUNSCAPES par Dominique PERRAULT (éd. HYX, 2016) Malgré son incontestable intérêt pour qui s’intéresse à l’architecture-paysage (cf bull n°51 p.56-57), l’ouvrage peut désorienter par sa complexité. Côté positif, c’est en effet entièrement le sujet, et la fréquence des réalisations de Dominique Perrault parues dans le bulletin en témoigne, depuis les premiers numéros. Plusieurs réflexions de la part de ce praticien peuvent aider à mieux argumenter et mieux comprendre l’inscription d’une telle démarche dans l’aménagement urbain de demain (avec notamment de nombreuses photos ou schémas) : les notes qui suivent ne reprennent pas le sommaire mais listent des thèmes retenus à partir de la lecture : L’esthétique de la disparition Si la lecture d'un volume peut être perturbée en introduisant des lignes trompeuses, des jeux de matériaux, ou en recouvrant de plantes tout ou partie des façades et toitures, la réelle disparition, physique, n’est obtenue qu’en enterrant les bâtiments. Ce geste est présenté comme un acte politique dans le cas de la piscine et du vélodrome construits dans le cadre de la candidature de Berlin aux Jeux olympiques de 2000, s’opposant à l’architecture de la représentation des olympiades de 1936.

Ci-dessous, les émergences, prisme de verre et puits de lumière (et fontaine-cascade - cf p.55) éclairant les espaces enterrés entre les deux ailes de la National Gallery de Washington.

La sixième façade du bâtiment Après le terme de cinquième façade inventé pour promouvoir un réel dessin des toitures-terrasses des bâtiments, celles-ci étant visibles par le voisinage, Dominique Perrault introduit celui de sixième façade. Façade du dessous, elle est la face sombre, surface muette de tout objet construit. La penser, la dessiner signifie mettre en lumière un domaine négatif toujours occulté, mais aussi à prendre en compte tout le champ d’interrelation entre l’aérien et le souterrain, pour redessiner les possibles de l’architecture. Elle est invisible directement mais perceptible : elle n'exprime pas la nature du cloisonnement par rapport à l’extérieur comme les cinq façades habituelles (fenêtres, balcons, terrasses), elle détermine la transition à travers un ou des espaces intermédiaires entre les premiers étages et les fondations, comme l’étaient les caves, les sous-sols ou les pilotis…

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Ecrit avec divers intervenants, cet ouvrage est un guide pour créer une

Des racines dans le sol. On retrouve là le lien avec la géologie et avec l’archéologie de la planète : la question philosophique de l’ontologie ou de la métaphysique est soulevée. C’est l’ancrage que proposent les soubassements traditionnels d’une esthétique architecturale stratifiée, et dont la dernière couche assure une transition entre le sol et le construit : pierres à bossage rustique, rocailles, fausse géologie… Un ancrage qui pourrait profiter de l’apparition d’espaces tout à fait inédits engendrant d’autres affectations, d’autres sensations. Mais aussi le plaisir imaginaire répété à l’envi par Dominique Perrault de cet habitant d’une tour qui irait se ressourcer au sens propre par un bain dans la nappe phréatique accessible depuis le soussol de son immeuble.

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par Stefano BOERI (ed Corraini, 2015)

Ce peuvent également être des raisons thermiques qui encouragent la protection du volume, à la fois par ses formes et par l’épaisseur de terre installée en talus ou venant partiellement le recouvrir : principes bioclimatiques adoptés depuis des siècles par l’architecture vernaculaire, mais aussi depuis le XVIIème pour d’élégantes orangeries semi-enterrées ou depuis les années 1980 comme une des réponses architecturales aux premières crises de l’énergie. La disparition/enterrement est encore la solution adoptée pour densifier à proximité d’un site ou d’une construction que l’on souhaite préserver : les exemples abondent, des maquettes d’Hundertwasser à celles d’Emilio Ambasz, des réalisations de Bernard Zehrfuss (musée de Fourvière à côté des amphithéâtres romains de Lyon, bureaux à côté du siège historique de l’Unesco à Paris…) à Ieoh Ming Pei (National Gallery de Washington, Grand-Louvre à Paris, musée Miho…), Tadao Ando à Naoshima ou ailleurs.

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A VERTICAL FOREST UN BOSCO VERTICALE

Une architecture du vide Le vide est parfois valorisé, comme les silences en musique, comme l’espace entre-deux à l’instar du ma japonais ou de l’architecture de Mies van der Rohe dans laquelle Dominique Perrault note que rien de se touche vraiment : pour mieux singulariser les éléments constructifs, ceux-ci sont discontinus, le plafond ne touche pas les murs, les murs ne touchent pas le sol, comme si le vide était le liant. Depuis le début du XXème siècle l’urbanisme s’est ingénié à ouvrir l’espace, en opposition aux rues corridors. Les règles de composition sont passées des alignements ou des percements de l’urbanisme traditionnel à une accumulation d’objets standards ou individualisés, installés dans un vide inquiétant si rien ne vient lui donner sens (ni parcours piéton, ni relief, ni végétation).

Ci-dessus : Réalisé en 1975 par Gabetti et Isola le centre Olivetti Talponia à Ivrea entoure une colline par un bâtiment en arc de cercle conçu comme un belvédère piéton mettant en valeur le site naturel.

L’espace ouvert contemporain donne ainsi toute son importance au sol : c’est le constat du projet de sol de Bernardo Secchi (cf bull n°51 p.56) qui cherche à créer un espace lisible. AR’SITE n°52 juin 2017

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Une préoccupation partagée par les paysagistes qui interviennent de plus en plus fréquemment dans l’aménagement urbain. Dans des quartiers à forte densité, l’esthétique de la disparition (cf p.19) est également une solution pour densifier tout en laissant respirer la ville… Sont cités les exemples de bâtiments enterrés conçus pour créer de nouveaux lieux articulés autour d'un vide fédérateur : -La Bibliothèque nationale de France délimite un immense vide qui est devenu légitime avec la densification du quartier ; il centralise un site qui n’avait initialement pas d’ancrage. -L’Université Ewha à Séoul crée un paysage de faille qui focalise le campus et donne, grâce à cet espace public, une unité à l’ensemble des pavillons historiques dispersés. Un épiderme urbain Dominique Perrault poursuit la réflexion sur la densité et évoquant une couche de deux ou trois niveaux, avec ses rhizomes qui permettent de multiplier les connexions en sous-sol. Cette épaisseur des villes correspond à l'urbanisme souterrain en trois dimensions que prônait Edouard Utudjian. Pas uniquement par des dalles, niveaux artificiels hors-sol, mais par une réelle utilisation du sous-sol, par l’exploitation des volumes permis par une architecture soustractive. Le nouveau sol urbain est à imaginer comme un épiderme constitué de deux entités complémentaires, l’une le dessus et l’autre le dessous, à l’image du cerveau et ses deux hémisphères droit et gauche. Quelques exemples : - l’aménagement des Halles : le projet retenu a été le moins dérangeant, gardant un dessus et un dessous, alors que Rem Koolhaas proposait de relier les deux plus intimement en mêlant canyon urbain et émergences vitrées servant de puits de lumière (cf bull n°26 p.6-8) - l’université d’Ewha à Séoul, avec des liaisons souterraines vers les autres bâtiments existants mais invisibles pour les étudiantes bénéficiant d’un vaste jardin qui recouvre le nouveau programme. - absente car postérieure à l'ouvrage on pourrait ajouter la récente proposition pour l'île de la Cité (cf pages 9 et 14). Mener à bien tous ces travaux nécessite de connaître ce sous-sol et les potentialités de creusement, connaître la « substance urbaine » dont les aménageurs peuvent disposer, les couches géophysiques.

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Le choix des illustrations mêle de façon très intéressante art et architecture, imaginaire et réalisations : il propose une passionnante galerie des siècles précédents sur le thème du sous-sol, mais insiste trop lourdement sur les réalisations de Dominique Perrault et occulte la plupart des réalisations du XXème siècle (antécédentes) qui auraient pu constituer le corps d’une histoire de cette architecture-paysage ! Certaines apparaissent néanmoins sur le site de la Plateforme de recherche Groundscapes. Ci-dessus, une des doubles pages illustrant les logiques de la densité est exemplaire : à gauche une réalisation artistique (cf bull n°40 p.28), les étonnantes façades miniatures de Evol et le détournement de l’image des agglomérations de fenêtres qui évoquent la densité. The rural City a été réalisé en 2011 au MS Dockville music and art festival de Hambourg : des immeubles sous une surface à cultiver ! A droite un projet de Dominique Perrault, le concept d’origine (2005) pour la passerelle Arganzuela de Madrid, Entre terre et ciel, projet de franchissement du fleuve Manzanares réhabilité par la ville avec un grand parc urbain. Cette image n’a rien à voir avec la passerelle qu'il réalisera finalement en 2011. Son esprit « nappe » à base de cercles comme ses villas en Corée (Cf n°49 p.72 - étudiées sans doute à la même époque car achevées en 2013) est-il la raison pour laquelle il figure dans ce chapitre illustrant la densité ?

Créer de la valeur foncière On peut creuser pour enterrer des fonctions à protéger ou pour désencombrer l’espace (des égoûts au métro en passant par les distributions d’eau de gaz ou d’électricité), mais aussi pour créer de nouveaux espaces, pour densifier tout en gardant un environnement aéré. La technique des parois moulées permet de générer de nouveaux volumes aménageables (cf gares de Viroflay page 6 et projet de Villejuif dans lequel Perrault lui-même regrettait de ne pas avoir pu créer de nouvelles surfaces en lien avec l’institut Gustave Roussy –cf bull n°47 p.52). il invite à profiter des travaux, particulièrement de ceux des gares du GPE, pour imaginer de nouveaux espaces qu’il faudra ensuite mutualiser, répartir entre espaces publics, privés, en disposant ensuite d’une versatilité des programmes. Cet aménagement souterrain nécessite, comme l’encourageait dans les années 1930 le GECUS d’Edouard Utudjian, la mise en place de schémas de développement à la fois pour une ville « durable » (savoir où creuser) et pour planifier les travaux de ces pôles d’activité et d’échange (par où commencer). L’idée de construire dans ce groundspace, l’acceptation de ces projets seraient certainement facilitées par la profonde ( !) modification de la perception du monde souterrain par cette association à des liaisons, à des connexions et à l’usage d’espaces urbains.

Côté négatif Livre dérangeant, voire insupportable, par de nombreuses complexités inutiles : Une couverture en forme de Fiction, mais sans légende (collage superposant la structure de la National Galerie de Berlin et la géométrie d'une carrière de pierre), un sommaire abscons : Fictions, Archi-tectoniques, L’extension de la géographie, Le vide générique, Domaines de la transition, Logiques de la densité, Ontologies du sol, La substance urbaine… Des accents Houellebecquiens !

Le travail avec Frédéric Migayrou ne s’est sans doute pas contenté d’apporter une très riche iconographie et de co-signer la préface : l'écriture muséographique ou savante est loin de la simplicité de l’articulation proposée pour l’exposition (cf bull n°51 p.57) qui préfigurait l’ouvrage, ou de la déclinaison proposée sur la Plateforme de Recherche http://www.dpa-x.com/#!theme1 : Paysage, Matière et temporalité du sol, Disparition, Sacralisation, Lumière, Habiter, Profondeur, Enraciner…

Une critique en écho à celle de JeanPhilippe Hugron dans lecourrierdelarchitecte.com qui en décembre 2016 regrette ces pompeuses circonvolutions, d'autant plus qu'il voit là le socle d'une recherche qui n'attend plus que d'être approfondie : 'Groundscapes' pourrait être l'amorce d'une théorie ».


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SOUTERRAINS

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réels et imaginaires, divers ouvrages :

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Le DÉPEUPLEUR (éditions de Minuit, 1970)

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Ce petit texte de 55 pages écrit par Samuel Beckett se base sur un espace cylindrique peuplé d'une foule captive. Chacun cherche à sa manière comment s'y adapter ou s'en extraire... L'imaginaire s'appuie autant sur l'espoir d'une fuite aérienne que d'une issue souterraine, avec les descriptions des échelles posées contre les parois, des cavités, des tunnels en cul de sac… et cette étrange lumière zénithale.

Décor d'une récente lecture par Serge Merlin

LOUIS sous la TERRE (éd. Argol, 2015) Sereine Berlottier écrit un poème sur le peintre suisse Louis Soutter (1871-1942) reconnu tardivement (grâce notamment à son cousin Le Corbusier), croisant les oeuvres de celui-ci et son propre travail. Responsable d'un département d'art dans un collège américain, violoniste, il fut, de 1923 à sa mort, relégué dans un asile de vieillards où il vivra entre destruction et création.

ZWEIG et la SOUTERRAINE (éd. Artelia, 2016) Enfoui à 27 mètres sous la Banque de France, construit secrètement entre 1924-27, ce coffrefort gigantesque d'un hectare enferme des tonnes d’or. Arnaud Manas revient donc sur la visite historique que put en faire Stefan Zweig, et évoque le choc ressenti par l’écrivain en pénétrant dans la Souterraine.

PARIS SOUTERRAIN (éd. Parigramme, 2017) Gilles Thomas, après Les Catacombes. Histoire du Paris souterrain (dans la littérature), vient de réactualiser L’Atlas du Paris souterrain et fait paraître en mars Abris souterrains de Paris Refuges oubliés de la Seconde Guerre mondiale, sur les vestiges de la Défense Passive dans les sous-sols de la région parisienne.

La VIE SECRÈTE des ARBRES (éd. des Arènes, 2017) Le forestier Peter Wohlleben conte et explique dans ce best-seller germanique et américain comment s’organise la société des arbres. Il compare les forêts à des communautés humaines, avec leurs solidarités, leurs moyens d'échange. Leur système radiculaire leur permet de partager des nutriments avec les arbres malades mais aussi de communiquer entre eux. Et leurs racines peuvent perdurer plus de dix mille ans… Un des chapitres concerne d'ailleurs Le monde souterrain, avec la formation du sol forestier, sa composition et notamment le plancton terrestre que sont ces milliers de petits organismes qui y vivent. Il cite même la commune de Hümmel dont une partie de la forêt de hêtres est devenue cimetière où les urnes funéraires sont inhumées au pied des arbres. (cf aussi bull n°30 p.18)

COLLÈGE de FRANCE DANS le XXIème SIÈCLE par Jacques GLOWINSKI & François CARDINALI (éd. Michel de Maule, Collège de France, 2016) L’aventure de la profonde restructuration du Collège de France de 1998 à 2014 est décrite en détail par l'auteur, un des chercheurs ayant assuré cette responsabilité de maître d’ouvrage ; puis comparée grâce à son expérience avec le transfert des messages dans le cerveau ! (cf page 22). Intégré à la Mission des Grands Travaux, ce projet connut une 1ère étape livrée en 1998 (Bernard Huet et Wilmotte & Associés) puis deux autres achevées en 2014 (Jacques Ferrier avec Jean Bernhart et JeanMarie Coustère). Le résultat est d’une qualité exceptionnelle, du généreux amphithéâtre créé sous les pavés de la vénérable cour d’honneur de 1773 (ci-dessous) aux terrasses accessibles dominant le vieux Paris depuis le sommet du bâtiment de 1939, abritant désormais le centre d’accueil international pour les jeunes chercheurs étrangers (ci-dessus).

-Terrasse de la cafétéria avec ses bouches d’extraction masquées in-extremis (pour protéger la vue depuis le Panthéon) par un édicule entouré de vantelles qui est lui visible de la rue, altérant la pureté de la ligne architecturale du sommet du bâtiment -Façade du bâtiment de 1933 qui révélait les pentes des deux amphithéâtres superposés. Ils furent supprimés lors de la rénovation pour faciliter les communications avec les autres bâtiments mitoyens abritant les laboratoires de physique, chimie et biologie. (ci-dessous)

-Amphithéâtre Marguerite de Navarre (420pl) avec le rythme de ses piliers, son déambulatoire périphérique si caractéristique faisant respirer l’espace souterrain et son plafond à caissons en chêne clair.

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LE CERVEAU-ARCHITECTE sont les mots qui se détachent sur la couverture d’un récent livre (cf page 21) et interpellent, même s’ils ne font qu’accompagner le titre principal : Le Collège de France dans le XXI ème siècle. L’ouvrage s’inscrit en effet dans les réflexions entre architecture et recherche scientifique.

C’est dans le cadre des travaux de la profonde restructuration du Collège que Jacques Glowinski fit un rapprochement entre la programmation de l’organisation spatiale et sociale d’un ensemble de bâtiments et un modèle simplifié de l’architecture et du fonctionnement cérébral qu’il avait élaboré auparavant.

Un modèle simplifié de trois réseaux imbriqués est imaginé pour expliquer le transfert des messages dans le cerveau : grâce aux progrès réalisés en un demisiècle, les neurones sont aujourd’hui distingués par leur neurotransmetteur et ses effets sur ses récepteurs. Les connaissances sur ces messagers des cellules nerveuses peuvent être traduites selon 3 réseaux interconnectés , -un réseau exécutif, responsable de l’exécution des fonctions, constitué de longs neurones protégés par une gaine de myéline et assurant un transfert rapide de l’information entre les structures qu’ils relient.

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-un réseau régulateur, constitués d’autres longs neurones, mais à vitesse de conduction plus lente que les neurones myélinisés. Selon leur identité et celle des récepteurs mis en jeu, ces systèmes ont des effets régulateurs permissifs/restrictifs sur les circuits de neurones du réseau exécutif . Un même neurone, de l’un ou l’autre réseau, possède un neurotransmetteur et un ou deux cotransmetteurs libérés lors d’une stimulation intense ou de longue durée des neurones, amplifiant et diversifiant ainsi les capacités de transfert de l’information. -un réseau énergétique, constitué de trois types de cellules gliales : pour la formation de la myéline, pour les défenses immunitaires du cerveau et de la moelle épinière, et enfin pour capturer le glucose à partir de la circulation sanguine et assurer les capacités énergétiques des neurones. L’organisation des réseaux cérébraux et ceux d’une ville font d’abord l’objet d’une tentative de rapprochement : -le réseau exécutif serait constitué de plusieurs ensembles de bâtiments ou groupes de bâtiments impliqués dans l’exécution de fonctions distinctes (politique, administrative, financière, commerciale, distractive ou encore artisanale). -le réseau régulateur correspondrait à l’ensemble des moyens ou systèmes de régulation plus ou moins cohérents et efficaces intervenant dans le fonctionnement de la ville (les moyens de transport public, feux de croisement des voies de circulation, signalisation des directions, éclairage). -le réseau énergétique serait constitué de plusieurs familles de réseaux spécifiques plus ou moins vastes en interaction constante avec les deux réseaux précédents (électricité, eau, gaz, télécommunications, climatisation urbaine, égouts, déchets..). Le sujet revient avec plus d’insistance à partir de 1998 lors de la seconde phase et d’un changement de maîtrise d’œuvre. La collaboration étroite avec celle-ci tant pour préciser la programmation que pour examiner les premières maquettes, puis la proposition de donner une conférence dans une école d’architecture incitèrent Jacques Glowinski à réfléchir aux relations entre organisation cérébrale et

organisation spatiale des bâtiments… -le réseau exécutif du Collège était représenté lors de la programmation en définissant en priorité les ensembles d’espaces utilisés pour l’exécution des différentes fonctions de l’institution (enseignement, colloques, laboratoires, bibliothèques, administration, vie sociale) et en recherchant à la fois les organisations spatiales favorisant les relations les mieux adaptées pour l’exécution et les flexibilités possibles pour des évolutions. -le réseau régulateur consistait à rechercher les moyens d’amplifier ou de réduire temporairement les capacités des unités fonctionnelles précédentes localisation des circulations verticales et horizontales, des lieux de détente et de rencontre, homogénéité et harmonie des matériaux, lumière naturelle, signalétique et même matière, forme et couleur des mobiliers. -le réseau énergétique concernait essentiellement les questions techniques (chauffage, climatisation, distribution de fluides ou de gaz, équipements électriques, réseaux informatiques, logistique, circuits de livraisons, maintenance). L’adaptation du modèle cérébral des trois réseaux interconnectés continuera à être expérimentée puisqu’à la fin de sa mission, travaux achevés, il peut approfondir encore la question en participant dans l’agence d’un des architectes de la première phase à des réflexions sur différents projets, avec leurs programmes, leurs exigences et leurs contraintes. Un bilan est esquissé en commençant par souligner que ce modèle simplifié en trois réseaux imbriqués a eu une influence bénéfique sur les évolutions des recherches du laboratoire, mais a aussi été l’objet de discussions fructueuses avec des architectes à la recherche de relations entre les organisations fonctionnelles de systèmes vivants et de bâtiments, ou même de quartiers et de villes. Permettant de hiérarchiser et d’orienter les réflexions sur les organisations spatiales et fonctionnelles d’un groupe de bâtiments, ce modèle facilite le dialogue avec les utilisateurs, permet de tenir compte de leurs principales demandes et de les inciter à se projeter dans l’avenir pour discerner des évolutions possibles ou de nouvelles modalités d’échanges.


Innovation et création. Le dos de couverture de l’ouvrage souligne que « L’innovation résulte souvent de l’association de connaissances acquises dans des disciplines distinctes. Par leur diversité, leur ingéniosité, leur efficacité, les modèles biologiques ont toujours été une source d’inspiration. » En fait il conviendrait de préciser que, contrairement aux modèles biologiques, qui servent la plupart du temps littéralement, à travers leurs formes ou leurs propriétés constructives (bio mimétisme, etc.), il s’agit dans ce cas d’une source d’inspiration pour mieux gérer la complexité d’une création : Exécutif = programme, savoir ce qu’on cherche à créer, Régulateur = concept de matérialisation, compromis avec les intervenants, signification, Energétique = mise en forme technique pour que le projet fonctionne. Parallèlement à cette inspiration des réseaux cérébraux, le Collège de France s’est également intéressé depuis 2003 au processus de création avec la mise en place des chaires annuelles de création artistique. Christian de Portzamparc fut un des premiers intervenants en 2005-2006, proposant Architecture : figures du monde, figures du temps (cf bull n°30 p.12). Anselm Kiefer intervient en 2010-2011 L’art survivra à ses ruines (cf bull n°40 p.26), Gilles Clément intervint en 2011-2012 Jardins, paysage et génie naturel. Compositeurs, metteurs en scène, artistes se succèdent et leurs Leçons inaugurales sont éditées par le Collège et Fayard. C’est ici encore toute la complexité du processus de création qui est abordée.

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un effet de démultiplication, une large concertation intervint, chaque étape franchie étant fêtée pour entretenir la convivialité entre tous les acteurs. Jacques Glowinski conclut cette expérience en notant qu’avec le recul, force est de constater que les connexions entre l’organisation interne du cerveau et des constructions architecturales ou urbanistiques réussies me sont apparues évidentes au fil du temps.

Ces termes fréquemment rencontrés aujourd’hui renvoient à une inspiration venue de l’infiniment petit et des recherches menées à l’échelle de la molécule et des atomes… Nano est même le titre d’un livre, recueil de micro architectures surfant sur le succès des Cabanes ou des Tiny houses. Il n’est pas question d’une inspiration scientifique. Neuroarchitecture possède en revanche ses titres de noblesse dans certaines bibliographies (voir p.17) ou sur internet, présenté comme une discipline qui explore les relations entre neuroscience et conception des bâtiments :

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Une application allait ensuite être menée à une autre échelle avec la nomination de Jacques Glowinski en 2008 comme un des deux chefs du projet de campus de Saclay : il était chargé de coordonner en quelques mois les demandes des 21 acteurs signataires du projet et d’appuyer la fondation de coopération scientifique, porteuse du projet collectif, dans la rédaction du dossier. Là aussi l’adaptation du modèle cérébral des trois réseaux interconnectés a été salutaire pour obtenir dans un minimum de temps la plus large information et concertation tout en arrivant progressivement à des décisions largement acceptées par cette communauté scientifique. Pour illustrer la méthodologie employée le schéma d’une fleur avec trois larges pétales, un bouton central et une longue tige ramifiée et de nombreuses feuilles : chaque pétale, des cercles se recoupant, correspondait à un groupe de 12 à 15 personnes représentantes de l’un des trois réseaux. Le bouton était le centre de coordination et de décision, la tige et ses ramifications illustraient schématiquement l’innervation du territoire, ses îlots de verdure et de respiration, toujours à l’esprit de tous les acteurs. Chaque cercle représentait donc : -Le réseau exécutif avec les représentants des domaines scientifiques correspondant à des ensembles distribués sur le territoire du campus. -Le réseau régulateur avec des représentants des élus, des services administratifs et des secteurs économique et social qui devaient exprimer leur avis, besoins et craintes et donc exercer un rôle régulateur permissif ou au contraire restrictif. -Le réseau énergétique avec les constructeurs : ingénierie, urbanisme, architecture, spécialistes de programmation, géologues, paysagistes, bureaux d’études techniques, spécialistes des différentes modalités de transports, économistes. Ils devaient se concerter, collaborer pour arriver à des solutions fonctionnellement et techniquement cohérentes, et économiquement justifiées pour programmer et développer les quartiers et l’ensemble du campus. Accepté par tous les acteurs (qui certains se connaissaient déjà), ce modèle simplifié d’organisation pour traiter des problèmes assez complexes s’avéra très efficace : ainsi par

Neuro-architecture nano-architecture

Les recherches portent sur le process neuro-architectural, qui entre les espaces construits et le comportement des utilisateurs comprend une succession de filtres allant de l’esprit au corps en passant par le cerveau. Elles s’intéressent, comme les chaires de création artistique du Collège, au processus de conception, mais la plupart centrent l’analyse sur le résultat ressenti. Elles ne prennent pas en compte la complexité des échanges nécessaires entre tous les acteurs d’une construction et le parallèle fait précédemment avec le transfert des messages dans la biochimie du cerveau. Cette priorité donnée à l’utilisateur des bâtiments se retrouve dans les préoccupations de l’Institut Américain des Architectes qui dès 2003 aidait des recherches de Neuroarchitecture, l’une par le Salk Institute (voir p.18) et l’autre par le National Institute of Health (Institut National de la Santé). Elles devaient montrer à travers des expériences que certains environnements affectaient l’activité du cerveau, voire en modifiait la structure. L’objectif était dans un premier temps de s’assurer du point de départ supposant que l’artificialisation de l’environnement humain risque d’avoir à plus ou moins long terme un impact significatif sur le fonctionnement du AR’SITE n°52 juin 2017

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cerveau et du système nerveux. (cf ci-dessus image d'alerte rouge avec simulation de cerveau). Dans un second temps il s’agissait de déterminer des principes de conception qui fassent que les utilisateurs se sentent bien dans les espaces où ils vivent. Il existe ainsi une Academy of Neuroscience for Architecture (ANFA) fondée en 2003 par la section de San Diego de l’Institut Américain des Architectes. Son président John Paul Eberhard préface en 2006 l’ouvrage de John Zeisel Inquiry by Design (Enquête sur la conception - Environnement / Comportement / Neuroscience en architecture, intérieurs, paysage et urbanisme) puis publie en 2009 l’ouvrage Brain Landscape dans lequel il expose plus de 70 hypothèses développées par l’ANFA et pouvant alimenter d’éventuelles recherches universitaires. Parmi les exemples : -le cerveau est câblé pour répondre aux proportions basées sur le nombre d'or (comme illustré par Palladio) -l’architecture influe sur un ensemble d'activités cérébrales à travers tout le cerveau (y compris le cortex cérébral, le cervelet, les ganglions du basilic, l'amygdale et le mésencéphale) travaillant ensemble pour donner un sentiment particulier, comme dans la chapelle Thorncrown –cf ci-dessous et page 27- régulièrement citée comme particulièrement stimulante :

-les objets et mobilier personnels qui accompagnent les personnes âgées s’installant dans une institution spécialisée leur offrent un soutien régulier pour la mémoire grâce à des liens vers leur passé autobiographique. Les moyens d’investigation se multiplient : de l’analyse par IRM des zones de cerveau réagissant à certains environnements (couleurs, angularité des espaces, etc…) aux simulateurs d’espace comme les CAVE (Cave Automatic Virtual Environments) fournissant des réglages contrôlés (visuels et auditifs) pour tester et ajuster des hypothèses de conception avant de les figer, grâce à une interaction avec les images virtuelles qui permet de s’y déplacer. Ci-dessous :

Présentée comme un exemple d’espace ayant un impact positif sur l’esprit et le cerveau, la chapelle Thorncrown (Crown of thorns, couronne d'épines) a été construite en 1980 sur un terrain privé à 2 km au nord-ouest d'Eureka Springs, dans le nord de l'Arkansas (avec vue sur les monts Ozark), par l'architecte Euine Fay Jones (19212004). Conçue principalement en bois et autres matériaux locaux afin de minimiser les coûts de transports, elle ressemble à une structure ouverte à l'air libre bien qu’il s'agisse d'un espace clos, entouré de vitres. Son ouverture à la nature environnante et sa composition rappellent les architectures de Frank Lloyd Wright, dont Jones fut un apprenti. Elle fut considérée dès 2000 comme monument historique (inscrite dans le National Register of Historic Places), seulement 20 ans après sa construction en reconnaissance de son importance architecturale.

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De nombreuses conférences, échanges ou publications voient le jour. Elles sont souvent organisées en lien avec des professionnels de la santé, dans un but de soutien professionnel, d’échange d’expériences ou à l’occasion de la conception d’un futur bâtiment hospitalier, mais leur auditoire s’élargit de plus en plus. En 2006, Frank Gehry rend visite à la Society for Neuroscience (SfN) et se déclare intéressé par une meilleure compréhension de la perception des espaces par le cerveau humain. En mai 2016 la revue Architectural Record publie un article comment la neuroscience élargit la pensée visionnaire et artistique de l'architecture.

Les études en neuroscience confirment parfois le savoir-faire traditionnel des architectes. La luminosité offre un exemple parfait : la recherche scientifique a découvert au fond de la rétine des cellules qui ne sont pas utilisées pour la vision ; elles captent les changements de l’intensité lumineuse tout au long de la journée et communiquent l’information directement à l’horloge du cerveau. Elles règlent l’horloge biologique, la réponse du cerveau à l’écoulement du temps dans la journée. Des observations sont menées sur les effets que peut avoir une perturbation du rythme circadien sur de nombreux aspects du fonctionnement mental, de la santé mentale, du fonctionnement biologique et de la santé physique. Par ailleurs des essais de traduction architecturale sont appliquées pour des espaces de soin.


Plus directement liées à l’esthétique, d’autres études se sont développé dès le milieu du XIXe siècle pour en fournir une analyse plus scientifique : dans Géométrie des émotions, Estelle Thibault (cf bull n°41 p.24) décrit comment de 1860 à 1950 les relations entre l’espace et l’homme ont pu être comprises, parfois retranscrites par des schémas vectorisés de forces qui animent l’édifice de l’intérieur. Pourraient également être ajoutées nombreuses études sur la dimension culturelle de la perception des espaces : - la distance physique qui s'établit entre des personnes prises dans une interaction varie selon les cultures considérées. L’anthropologue Edward T. Hall en a tiré le néologisme de proxémie qu’il a développé dans l’ouvrage Dimension cachée (Seuil, 1971, original The Hidden Dimension, Doubleday 1966). Cette signification non consciente, différente selon les cultures, se retrouve dans l'architecture avec la façon d'organiser l'espace, de générer des relations entre personnes. Il l’étend même à la morphologie urbaine, formée inconsciemment en fonction de la perception culturelle de l'espace mais aussi du temps, corrélées à la structuration du langage, ce qui pourrait expliquer qu'elles se maintiennent sur plusieurs générations même avec un changement radical d'environnement comme dans le cas d'immigration.

- la théorie des types culturels architecturaux de l’anthropologue et architecte Christopher Alexander qui estime que les formes culturelles (artistiques, mathématiques, littéraires ou juridiques) sont des idéaux transhistoriques (les types ou modèles - pattern) vers lesquels tendent les créations individuelles : il en déduit une méthode de conception architecturale fondée d'une part sur les besoins et les attentes fonctionnelles, d'autre part sur les motifs culturels. (cf bull n°38 p.10) Edité en 1977 A pattern language : town, buildings, construction a été écrit dans les années 1970 à l'Université de Californie, Berkeley, influencé par la langue émergente décrivant la programmation informatique et le design ; un langage de formes possède la structure d'un réseau, et la mise en relation des plus de 200 modèles identifiés devrait permettre de donner à tout le monde, et non seulement aux professionnels, une méthode de travail pour améliorer une ville ou un quartier avec les habitants ou entre voisins, ou concevoir une maison pour soi-même. Son livre The Timeless Way of Building (Oxford University Press, 1979) que l'on pourrait traduire par "l'art de la construction intemporelle", décrit l'objectif d'une «qualité sans nom» (aux accents philosophiques) où bâtiments, villes et jardins nous parleraient de vie, valorisant les individus et accroissant ou réduisant leur sentiment de liberté : La manière de construire la plus efficace a des centaines d'années. Si vous prenez les monuments traditionnels dans lesquels l'homme se sent chez lui ; les villages, les tentes et les temples ont toujours été érigés par des gens proches de ces constructions et de ce qui a permis de les construire. Il est impossible de faire de grands monuments ou d'endroits confortables sans suivre cette méthode qui s'inspire de formes naturelles ancestrales tel que les arbres, les collines ou les visages. (extrait de Wikipedia)

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En France, cette approche anthropologique a été investie dans le champ des sciences de l'information et de la communication par Abraham Moles et Elisabeth Rohmer, notamment dans un livre intitulé Psychologie de l'espace (Casterman, 1972). Pourrait enfin être rappelé l’usage des moyens de représentation au moment de la conception, que ce soit les dessins en perspective, les maquettes et la vision de celles-ci avec des instruments optiques redonnant à l’image fournie l’impression d’une immersion dans l’espace représenté (principe d’un périscope qui installé dans la maquette reconstitue un point de vue humain, mais d’un humain qui mesurerait quelques millimètres ou centimètres de haut). Permettant de regarder directement et se déplacer dans la maquette, ou de prendre des photos en greffant l’accessoire sur l’objectif d’un reflex, le maquettoscope est issu en 1949 d’une adaptation d’un cystoscope*, appareil médical plus fin et précis que l’ancien périscope inversé expérimenté par Gaston Bardet en 1937, modifié pour s’approcher de la vision humaine. Il est utilisé dès 1954 par Robert Auzelle, et dans les années 1970 sous le nom de relatoscope par Martin S. Van Treek (auteur des Orgues de Flandre en 1967-76 – cf n°40 p.23 - cité par Dominique Perrault qui y avait travaillé).

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Ces nouveaux moyens scientifiques de compréhension des comportements déterminés par l’espace ne font que s’ajouter à l’ensemble des méthodes déjà mises en œuvre depuis des années : est par exemple citée une étude du psychosociologue Leon Festinger (1919-1989) sur les relations des étudiants à l’intérieur du nouveau dortoir qui venait d’être construit en 1948 par Alvar Aalto dans le MIT où il travaillait également. A partir de la situation des chambres, de leur distance entre elles, il fit entre autre le constat que les étudiants ayant le plus d’amis habitaient près des escaliers ou des boîtes aux lettres.

*Cystoscope, un tube mince muni à son extrémité d’une lentille reliée à une source lumineuse (un endoscope) et qui permet d’explorer les parois internes de la vessie en le glissant dans l’urètre. Inventée au milieu du XIXe siècle, cette méthode médicale d’exploration visuelle de l'intérieur (endon en grec) d'une cavité inaccessible à l'œil fut progressivement améliorée par l’endoscope en dotant le tube d’un système d’éclairage, puis à la fin des années 1950 par le fibroscope avec l’utilisation de fibres optiques permettant sa flexibilité.

Du bien-être à la créativité... Les recherches en neuroarchitecture sont menées dans trois directions : - La recherche de bien-être au sein des espaces bâtis, particulièrement pour des établissements hospitaliers, est ainsi l’un des objectifs revendiqués par la neuroarchitecture. Cette nouvelle approche scientifique de l’art de construire rejoint les analyses précédentes issues de la psychologie de l’espace, des recherches anthroposophiques ou organiques et des praAR’SITE n°52 juin 2017

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tiques ancestrales comme le feng shui ou le vastu shastra (cf page 27). Mais loin de venir compléter ou repositionner les acquis antérieurs, les neurosciences semblent trop fréquemment (en cherchant sur internet neuroarchitecture) servir d’alibi à un ramassis de soi-disant découvertes sur lesquelles s’appuient des individus pour réinventer l’eau chaude ! Elles s’ajoutent ou se substituent aux catalogues de recettes d’aménagement et de décoration ou autres quêtes de bien-être à travers l’espace, sans rien apporter de nouveau ! Pris positivement, on peut dire qu’il est salutaire de voir une démarche scientifique (et d’autres plus philosophiques) valider que le savoir-faire architectural ne se limite pas à savoir empiler les matériaux les uns sur les autres ! Le métier consiste en effet à faire la synthèse entre des données éventuellement contradictoires, du rapport au lieu (géologie, géobiologie, orientation) à la structure, en passant par la forme de l’espace, la nature des matériaux, les angles ou les courbes, la hauteur des plafonds, la couleur des murs, la présence de la lumière ou de la nature… Sans oublier la dimension culturelle propre aux futurs occupants, développée précédemment. Des affirmations péremptoires comme : avec d’autres spécialistes du domaine, cette diplômée en neuroscience et en architecture réunit un ensemble de preuves qui aidera les architectes à concevoir des bâtiments en phase avec les besoins des personnes qui les utilisent rappellent les nombreuses tentatives, de la part d’ingénieurs ou de scientifiques, pour réduire la complexité à une série de recettes ; dans le domaine de la forme (exemples de tentatives de création de carrosseries automobiles à partir de règles tirés d’enquêtes et d’analyses méthodiques) ou dans celui des espaces (exemples d’architectures conçues fonctionnellement ou dont les dimensions sont régulées par un tracé ou des cotes précises). C’est certainement là que l’expérience du transfert des messages dans le cerveau et le modèle en trois réseaux imbriqués prennent tout leur intérêt : les exemples cités par J Glowinski dans son aventure architecturale au Collège de France puis dans des ani-

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mations de réunions d’urbanisme sur des opérations comme le plateau de Saclay abordent cette question de la création d’une plateforme d’échange entre sensibilités et savoir-faire différents, de l’indispensable interconnexion des trois réseaux. Le côté souvent retenu par rapport à ces recherches en neuroarchitecture sur la perception de l’espace et le bien-être ne correspond qu’à l’un de ces réseaux ! Le processus de création, d’un objet ou d’un bâtiment, voire d’un quartier, est bien plus complexe ! - La compréhension de la part d’irrationnel, d’artistique à l’œuvre dans une pure création est également un des objectifs parfois revendiqués par la neuroarchitecture. L’art y est décrit comme le produit d’un arrangement délibéré d’éléments symboliques dans le but d’influencer et de simuler les sens, les émotions et ou l’intellect. Regroupant au sein du Brain Science Institute ( Johns Hopkins University School of Medicine, Baltimore, Maryland) neuroscientifiques, physiciens, artistes, architectes, danseurs et musiciens s’interrogeant sur les relations entre l’art et la science du cerveau, l’International Arts + Mind Lab (IAM Lab !) invitait avec l’ANFA en novembre 2016 à une journée Vers une Neuroscience pour l’Architecture et l’Esthétique. Il s’agit d’observer le processus de création en analysant l’activité cérébrale d’un architecte au cours du développement d’un projet (comme cela se fait avec des mathématiciens résolvant un problème). Les résultats permettront peut-être de mieux comprendre comment s’effectue la synthèse entre les données, mais aussi d’approcher la partie créative : celleci renvoie aux interrogations concer-

nant le passage du choix de sources d’inspiration à l’imagination, à l’incarnation créative du ressenti d’une époque, de ses peurs, de ses avancées scientifiques (cf ci-contre)… Comment les avancées scientifiques ont influencé la naissance de l'art abstrait, du surréalisme et de l'art conceptuel était d’ailleurs le thème de l’exposition du Centre PompidouMetz en 2016, "Cosa Mentale, les imaginaires de la télépathie dans l'art du XXe siècle". Elle mettait en avant les tentatives pour rendre visibles les processus de la pensée, l’idée faisant son chemin depuis la première radiographie réalisée en 1895 : si on arrive à voir à l’intérieur du corps, pourquoi ne verrait-on pas l'activité de la boîte crânienne ? Cela devrait permettre de mieux comprendre le phénomène créatif et les échanges d'idées. Les artistes en deviennent les illustrateurs, mais aussi les acteurs. Au début du XXe siècle, paraissent deux livres qui associent des couleurs à des états émotionnels : le rouge renverrait au désir et le bleu au spirituel. Les premiers peintres abstraits ont regardé de près ces affirmations scientifiques. Dans son travail, hautement coloré, Vassily Kandinsky crée, à sa façon, des états d'âme et souhaite toucher l'observateur, "d'esprit à esprit". Peindre un sujet ou un objet ne l'intéresse pas du tout. En revanche, la musique tient une part importante dans sa création. Le tableau pourrait alors se résumer à la rencontre harmonieuse d'une composition architecturée avec des ondes musicales et expressives. A partir de là, l'œuvre artistique explose. De plus en plus de créateurs se demandent, avec insistance, si l'œuvre a encore besoin d'un support. L'art devient aussi fluide qu'une pensée. Une salle entière est consacrée à de grands tableaux noirs crayonnés de rouge, jaune et blanc, par Rudolf Steiner au début des années 1920, mode d'emploi d'un nouveau langage conceptuel que veut mettre au point l'artiste.

Piet Mondrian, Vassily Kandinsky et d'autres, s'intéressent aux graphismes complexes de Steiner et à ses recherches pour le développement d'une conscience suprasensible, un grand changement pour l'avenir de l'humanité. Ses très nombreuses conférences détaillent ses


BIEN-ÊTRE

- L’intelligence artificielle est enfin un sujet de création contemporaine qui fait partie du domaine de la neuroarchitecture : si architecture neuromorphique désigne des architectures numériques conçues à l’image des architectures neuro-biologiques du cerveau, le terme regroupe aussi des recherches de design biophilique (objets ou bâtiments qui rallument, ravivent notre relation à la nature, mais au-delà du biomimétisme/inspiration, la biophilie* est une exigence) ou de smart buildings (bâtiments intelligents qui commencent à intégrer des aspects de la vie, de l'apprentissage et de la connaissance).

Le terme de bien-être revendiqué en architecture (cf précédemment) signifie en général l’attente une proposition nouvelle en réaction par rapport au constat d’un dysfonctionnement, d’un mal-être ressenti : autant dans les lieux de vie (logements, usines, bureaux…), de soin (hôpitaux, cliniques…), d’apprentissage (écoles, universités, médiathèques…) ou d’administration (mairies, services…) que dans des lieux collectifs fédérateurs pour les habitants, qu’ils soient liés à la culture (théâtres, musées…) ou au sacré (églises, sites naturels…) et qui permettent une lecture géographique (géologie, relief, rivières…) et historique (tracé des rues, ruines, monuments…) du cadre de vie de chacun. Le mal-être peut provenir d’une inadaptation de l’aménagement architectural ou urbain au confort ou à l’imaginaire des habitants ; or celui-ci est en perpétuelle évolution et trouve ses origines dans des affirmations conflictuelles de classe sociale, de génération, de philosophie de vie ou d’attitudes religieuses.

* Building for Life: Designing and Understanding the Human-Nature Connection, par Stephen R. Kellert (Island Press, 2005) et le livre Biophilic Design : the Theory, Science, and Practice of bringing Buildings to Life (qui possède en couverture la chapelle Thorncrown - cf page 24) écrit avec Judith Heerwagen et Martin Mador chez Wiley en 2008.

La médecine des espaces Les recherches médicales en sont la traduction littérale, quel que soit l’angle d’approche : c’est le cas de la neuroarchitecture et depuis longtemps de tous les essais de thérapies exploitant la mise en forme de l’espace, sa coloration ou la disposition des meubles. Cette préoccupation est également celle de nombreux architectes qui, ayant appréhendé le sujet de façon pragmatique et sensible retrouvèrent avec étonnement plusieurs de leurs résultats confirmés dans les savoirfaire ancestraux orientaux (cf Les Cahiers de l’IFMA n°24 p.11). Ils constatent ainsi une permanence de l’humain, au-delà du temps, de l’espace et des cultures : Le plus connu est aujourd’hui le Feng Shui qui signifie littéralement « le vent et l'eau » en chinois, un art

millénaire ayant pour but d'harmoniser l'énergie environnementale d'un lieu de manière à favoriser la santé, le bien-être et la prospérité de ses occupants (cf bull n°4 p.19). Parfois traduit par géomancie le feng shui s’intéresse tant à l'aménagement des pièces qu’à l'emplacement du terrain lui-même ; les habitations sont conçues en fonction des flux visibles (les cours d'eau) et invisibles (les vents) pour obtenir un équilibre des forces et une circulation de l'énergie. Il s'agit de l'un des arts taoïstes, au même titre que la médecine traditionnelle chinoise ou l'acupuncture, avec lesquelles il partage un tronc commun de connaissances. Depuis le milieu des années 1980, le feng shui a fait son apparition en Occident, mais s'appuyant sur de nombreux postulats n'ayant jamais été prouvés à travers quelque protocole scientifique que ce soit, la discipline reste une pseudoscience pour nos cultures ; ce qui n’a pas empêché le développement d’une variante New Age (par Thomas Lin Yun aux États-Unis, maitre respecté en bouddhisme) mêlant des principes tantriques bouddhistes tibétains et chinois, des concepts taoïstes, des superstitions populaires et des notions plus modernes telles que la psychologie et le design. Moins connu, le savoir-faire indien est le Vastu Shastra qui en sanskrit recouvre les mots de lieu, forme, habitat ou maison et ceux de science ou traité. Il serait l’ancêtre du feng shui et aurait été amené en Chine par des moines bouddhistes environ vers le Ve siècle avant notre ère. Les principes fondamentaux de cette discipline destinée à mettre en symbiose architecture et nature sont liés à la conception, l'orientation, les mesures, la préparation du sol, l'aménagement de l'espace et de la géométrie. Il utilise des motifs géométriques issus de croyances ancestrales, la symétrie et les alignements directionnels ; il cherche lui aussi à favoriser la circulation de l’énergie vitale.

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recherches sur la notion de transmission et son influence sur le social. Mondrian ira jusqu'à écrire : "L'art est un moyen d'évolution de l'humanité". Dans les années 1960, sous l'influence des drogues et de la culture psychédélique, les photographies prétendent illustrer les tourbillons et les volutes de la pensée, se multiplient. Il faut aller au plus profond, chercher le moindre soubresaut du cerveau humain, si possible sous l'influence des psychotropes qui servent de révélateur.

D’autres démarches scientifiques ont été le fait de sociologues ou psychosociologues (cf Leon Festinger page 25 ou bull n°3 p.10) qui tenteront au XXème siècle de comprendre comment l’espace bâti influe sur les comportements : La dialectique du logement et de son environnement, AR’SITE n°52 juin 2017

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B I E N - Ê T R E

contribution à une psychosociologie de l'espace urbain (Ministère de l'équipement et du logement, 1970) est écrit par Françoise Couchard, Jacqueline Palmade et Françoise Lugassy. Cette dernière sera également l’auteure en 1989 de Logement, corps, identité (L’Harmattan). Aujourd’hui, les préoccupations écologiques et la volonté de prendre soin de soi, de se protéger, deviennent prioritaires : les études contribuent à une vigilance accrue sur les produits utilisés pour construire, sur l’alimentation, l’entretien du corps et de l’esprit ; s’en suit une attention particulière aux divers conseils scientifiques ou philosophiques pour aménager l’espace. Le Londonien David Pearson est représentatif de cette évolution : il a fondé dès 1991 l'Ecological Design Association et dirige Gaia Environments, un cabinet de consultant en design orienté vers l'écologie et

la santé. Architecture naturelle : en quête du bien-être (Terre vivante, 2003) est la traduction tardive de l’ouvrage Earth to spirit : in search of natural architecture (De la Terre au spirituel…) qu’il avait écrit en 1994 avec une introduction de Victor Papanek (Gaia Books Ltd, cf bull n°8 p.20). Au-delà du simple choix de matériaux écologiques et de systèmes énergétiques sobres (déjà développé dans son premier livre, The Natural House Book, 1989 / Vivre au naturel, Flammarion 1992), il relie l’habitat à la spiritualité cherchant à réconcilier l'homme avec la nature et avec luimême, dans toutes les dimensions de son être. Le même lien est encore mis en avant dans un congrès organisé en 2009 par la société anthroposophique au Parc Euromédecine de Montpellier sur le thème de Soigner et habiter la Terre :

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Pierre Rabhi, invité à introduire le sujet, souligne que pour la soigner et lui rendre la vie, un élément fondamental est l’humus, ce que Rudolf Steiner avait parfaitement compris en encourageant dès 1924 la biodynamie (agriculture biologique dynamique). Ce sont ensuite Norbert Chautard et Dominique Beaux qui, abordant la question de l’architecture et des pathologies liées à l’habitat, appellent à relier la notion de matériaux et de techniques écologiques à un langage de formes vivantes prenant en compte les besoins humains dans leur intégralité. Le médecin de l’architecture ne fait rien d’autre que rétablir la dignité humaine et l’harmonie avec la nature et avec la création humaine affirmait Hundertwasser en 1990 (dossier Ar’site Hundertwasser 1992, p.11) après dix ans d’interventions architecturales. Cet artiste ayant lui aussi fait l’éloge de l’humus, de la moisissure, déclarait que toute maison, aussi laide et malade soit-elle, peut guérir. Le parallèle médical est souvent employé, que ce soit pour dénoncer un mal être (comme au début des années 1960 cette sarcellite, la maladie des habitants des grands ensembles, prenant Sarcelles pour emblème), ou pour au contraire appeler à soigner le cadre de vie : au sens de réparer, apaiser, redonner la santé, mais aussi dans le sens d’apporter beaucoup d’attention aux habitants, d’application à la réalisation. Le terme de Tendresse des murs (cf bull n°50 p.25) utilisé pour résumer le travail d’André Bruyère, disciple d’Emile Aillaud, est par exemple expressif de cette introduction de douceur, de courbes et de transitions fluides. Autre terme, celui de Politesse des maisons pris pour titre de l’ouvrage (L’Impensé, Actes Sud, 2009) co-signé par Bénédicte Chaljub et Renée Gailhoustet (cf n°50 p.24 et n°38 p.67) sur l’œuvre de celle-ci, permettant de retrouver le plaisir d'habiter dans la ville, de favoriser la vie ensemble en proposant d'autres modèles que ceux des quartiers haussmanniens et des grandes barres, en privilégiant les volumes, les duplex, la lumière, les terrasses, les patios ; un véritable témoignage puisque Bénédicte Chaljub, architecte, avait emménagé par hasard en 2000 dans un de ses logements et avait été séduite.

Rendre à la vie des bâtiments à l’abandon peut correspondre à un autre type d’intervention : l'occupation d'anciens locaux commerciaux ou industriels s’est développée depuis les années 1970, initiée par des artistes américains qui y trouvaient, à moindre coût, l'espace et le volume nécessaires à leurs créations. Ricardo Bofill installera en 1975 son atelier dans une ancienne cimenterie des années 1920 à Barcelone ; d’anciens escaliers conduisant nulle part, l’ajout d’éléments à référence médiévale (fenêtres géminées, arcs romans) appuient l’imaginaire surréaliste et l’ambiguïté de la lecture de cette architecture la positionne dans la postmodernité naissante : l’installation industrielle déchue devient château fort, les silos sont des tours, les structures des remparts et la cheminée un donjon (ci-dessous)

La transformation en logement, les fameux lofts, se caractérise par la possibilité d’habiter un volume généreux entièrement ouvert et largement éclairé par de grandes fenêtres ou par des toits plissés vitrés au nord, les sheds ; le mot loft ne viendrait pas de l’anglais mais de l’allemand luft qui signifie espace et air. De plus, ces espaces gardent l'empreinte, le souvenir visible de leur ancienne destination (dans leurs murs et dans leurs structures, poutrelles métalliques dans une ancienne usine, voûtes dans une ancienne chapelle etc.). Il permettent d’habiter un lieu avec son histoire, avec la satisfaction d’avoir partiellement sauvé sa mémoire.

Ancienne usine de chaussures à Londres


- en prônant l’absence de décor, après la première guerre mondiale, l’architecture moderne le laissait au mobilier, aux matériaux, à l'articulation des espaces. Mais ce moderne est également un style, une manière d’être : de nombreux exemples de rigueur et de minimalisme sont là pour prouver l’importance accordée au dessin du moindre détail, mais cohérent avec des volumes qui eux-aussi véhiculent une même philosophie. Le décor est moins extériorisé mais autant de soin est apporté que dans les réalisations traditionnelles. - la liberté et le plaisir exprimés par les programmes de loisirs après les années 1960 se sont traduits par une grande créativité formelle : la variété était par exemple obtenue dans une station balnéaire comme la Grande Motte (cf bull n°45 p.20) avec la déclinaison de décors de façades d’un style très sixties, semble-t-il appréciée par les utilisateurs. * Encore faut-il savoir ce que l’on entend par décor : David Orbach publiait en 2008 sur son blog l’interrogation provoquée par l’achèvement de la nouvelle Cité-jardin du PlessisRobinson (cf ci-contre et page 35) qui a pri-

vilégié le pittoresque et comporte des endroits que ne renierait pas Walt Disney... Des colonnes grecques toutes neuves ! Elle se revendique d’ailleurs modèle urbain de ce courant du "New Urbanism" américain prônant de revenir à des quartiers d'architecture néo-traditionnelle où les activités domestiques quotidiennes s'effectuent dans un périmètre accessible à pied.

Le quartier quoique dense est agréable et abondamment végétalisé, caractérisé par un parc, de l’eau et par l’absence de voitures. L'ensemble est un jardin public qui chemine au milieu de l'ilot avec promenades, bassins et rivières. La plus grande attention est portée aux détails des espaces publics, autant que le budget le permet. La diversité de composition est assurée par la conservation d’un alignement de pavillons datant de l’ancienne cité-jardin démolie et par le percement de certains fronts bâtis façon "îlot ouvert à la Porzamparc", créant des transparences entre les bâtiments, des promenades intérieures. Le quartier est structuré par des perspectives et ponctué par des points forts. David Orbach séduit par l’aménagement de l’espace interroge l’architecte Xavier Bohl quant au choix de ce décor architectural : aucune volonté de style post-moderniste, mouvement trop formel, et il n'aime de toute façon pas suivre des "-iste" qui enferment. Les toits, considérés comme fon-

damentaux pour rappeler l’Ile-de-France (des lucarnes aux mansardes), accompagnent ces pastiches dont certains (frontons grecs prétentieux, façades haussmanniennes,…) peuvent parfois rappeler ces architectures de promoteurs flattant le client. Ce style (puisant son langage dans les signes du passé) s’adapterait pour lui plus aisément à cette recherche d’une architecture parlant à l’habitant ; l’utilisation de façades contemporaine habillées d’une résille de béton, de métal ou de bois ne serait qu’une différence de style pour traiter ce décormédicament, mais sans certitude du résultat sur la guérison ! David Orbach concluait alors en incitant à retenir la réussite de cet urbanisme, réalisé avec une architecture basée sur la variété : des couleurs, des différences de hauteurs, des dimensions, des niveaux, des matériaux, des styles ; ces idées sont bonnes, mais pourquoi ne pas chercher à les interpréter aussi avec de l'architecture contemporaine ? http://www.paperblog.fr/501982/qui-aime-lurbanisme-contemporain/

Le risque d’aboutir à des remèdes, à des recettes ou des recommandations simplistes est le premier danger de cette démarche de médecine de l’architecture. Le constat peut être fait concernant les pratiques ancestrales, les découvertes scientifiques (critiques précédentes d'un aspect de la neuroarchitecture page 26) ou l’instrumentalisation dans le but de médiatiser des actions politiques municipales (cf page 35). La variété (cf conclusion de l’encadré ci-contre) qui était obtenue avec le temps, avec la vie et les interventions successives, se retrouve donnée d’emblée et nécessite également un coût supérieur : les 2000 logements abordables des HBM (Habitations Bon Marché) de l'ancienne cité jardin du Plessis-Robinson sont remplacés par seulement 250 logements sociaux sur les 1300 logements construits… D’autres obtiendront cette variété en associant les futurs habitants à la conception, évitant ainsi les gesticulations architecturales coûteuses. Après réalisation, le risque est aussi d’aboutir à des règlements contraignants qui figent toute évolution, réduisant l’habitant/citoyen à un rôle de spectateur dans une mise en scène artistique ou pittoresque, comme le visiteur d’un parc d’attraction dans lequel est créée une atmosphère spécifique, sans conflits, renvoyant aux imaginaires attendus ; conçue pour créer étonnement et surprises, elle est donc éventuellement sans cesse renouvelée pour encourager le visiteur à revenir, mais sans que l’habitant puisse intervenir lui-même. Quand le peintre Hundertwasser intervenait comme médecin de l’architecture, ce n’était pas en imaginant faire vivre les habitants dans une œuvre d’art mais en rêvant que chacun puisse s’exprimer à travers son droit à la fenêtre : il ne faisait qu’impulser la démarche, créant un bâti accueillant et respectueux de l’homme et de la nature (ci-dessous).

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La réintroduction du décor dans l’architecture est la traduction la plus manifeste et la plus spectaculaire de cette recherche de soins appliqués au cadre bâti. A partir de la philosophie hédoniste prônée par Michel Onfray, les architectes Isabelle Coste et David Orbach* (dans le cadre de l’Université populaire de Caen, cf bull n°48 p.33-34 et p.65) commencent par une analyse de la beauté et du bien-être en architecture et en urbanisme, proposent une relecture du musée qu’est l’architecture et une réinterprétation contemporaine des éléments clefs comme la colonne, la fenêtre, etc. : l’objectif est une architecture attentionnée, qui doit surprendre, apprendre, parler du site, du propriétaire… Et arrivent à la même conclusion : la présence d’un décor. Même si l’architecture du XXe siècle est souvent fortement critiquée, elle est cependant loin d’être exempte de décor et commence par le refus des styles traditionnels qui s’est d’abord manifesté à travers l’Art nouveau laissant à son créateur une liberté d’imagination, supprimant des codes mais s’exprimant par le décor :

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Architectures douces Le parallèle avec la médecine se retrouve avec le même qualificatif de douce : il évoque la délicatesse d’un traitement adapté à la constitution de chacun, à l’image des médecines douces comme l’homéopathie, l’acupuncture, l’ostéopathie, etc. Deux traductions architecturales (du volume général de la construction à son décor) peuvent être retenues, l’une privilégiant la proximité avec l’habitant, l’autre la proximité avec la nature : Un langage architectural qui parle à son utilisateur S’appuyant sur sa réalisation de la cité lacustre de Port Grimaud en 1966 dans le golfe de Saint-Tropez, François Spoerry (qui fut à 20 ans l'assistant de Jacques Couëlle entre 1932 et 1934) développa l’idée d’une Architecture douce avec le livre éponyme (Robert Laffont, 1977) qui permettait de qualifier positivement cette architecture « néo » critiquée par la plupart des professionnels (ci-dessous). S’en

suivirent entre autres dans les années 1980 le quartier de Port Liberté à Jersey City dans la baie de New York, puis en France Port Cergy, première marina d’Île-de-France inaugurée en 1990 dans la ville nouvelle au bord de l’Oise et enfin le quartier central du Plessis-Robinson en 2000. Après son décès en 1999, la Nouvelle Cité-Jardin en 2014 est réalisée par son successeur Xavier Bohl. Simultanément apparaissent des théories architecturales qui portent un regard nouveau sur la culture populaire et son expression architecturale (le vernaculaire commercial de Robert Venturi aux Etats-unis), ainsi que sur la ville européenne et la culture savante qui marque l’imaginaire des citoyens (le néoclassique de Ricardo Bofill). Venturi introduit l’idée de complexité et publie en 1966 Complexity and Contradiction in Architecture (MoMA – De l’ambiguïté en architecture, Dunod, 1976) proposant

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une esthétique de la juxtaposition de motifs d'origine et d'échelle différentes, renversant la célèbre formule moderne Less is more (Moins c'est plus) en Less is a bore (Moins c'est ennuyeux). Les emprunts au passé sont maintenant acceptés par la profession, dans le cadre de ce postmodernisme qui introduit l'ironie critique dans ce qui n’était jusque-là que néo- ou pastiche. En Europe paraissent à la fois Le Langage de l'architecture postmoderne de Charles Jencks (Wiley-Academy, 1977) qui encourage à cet éclectisme et Architecture Rationnelle, La Reconstruction de la Ville Européenne (éditions AAM, 1978) ouvrage collectif dont l’un des auteurs est Léon Krier (qui travailla pour James Stirling puis enseigna 20 ans au Royal College of Art). Celui-ci réalisa de nombreux dessins didactiques pour défendre ses théories (ci-dessous)

puis l’étude à la fin des années 1980 de Poundbury, une extension urbaine à Dorchester, construite à partir de 1993 sur un terrain appartenant au Duc de Cornouailles et selon une idée du prince Charles de Galles connu pour ses principes concernant l'organisation contemporaine des villes et l'architecture. Les plans de Krier furent critiqués pour le mélange d'un trop grand nombre de styles continentaux et l'utilisation de matériaux de construction ne provenant pas de la région, ce qui n'était pas cohérent avec les traditions de Dorchester.

Ce langage architectural peut devenir caricatural, comme au Plessis Robinson la Maison des Arts d'inspiration palladienne achevée en 2016 dans le prolongement de la halle du marché par Jean-Christophe Paul ancien collaborateur de Spoerry ; ce pôle culturel est pourtant intéressant quant à la place accordée au public apparaissant sur la loggia en façade (ci-dessus). Se revendiquant bien entendu de l’influence du New Urbanism américain (Cf bull n°30 p.58), une autre opération exemplaire de ce courant est Val d’Europe, le quartier urbain de Disneyland Paris : développé par l'agence new-yorkaise d'architecture et d'urbanisme Cooper, Robertson & Partners (CRP) et différents partenaires locaux, il a récemment été honoré par un prix du Congress for New Urbanism (CNU). La revendication d’une ville belle, organisée autour d'un réseau de rues et de places accueillantes, conçues dans la continuité de l'héritage culturel local, s’est concrétisée en 2006 par l’achèvement des places emblématiques d'Ariane et de Toscane ; celle-ci, réalisée par Pier Carlo Bontempi est librement inspirée de la place de l'amphithéâtre de Lucques en Toscane qui lui donne sa forme ovale, et de l'architecture parisienne pré-haussmannienne, ses immeubles abritant 150 logements et une résidence de 150 chambres. (ci-dessous). Le projet continue aujourd'hui avec du pastiche art-déco.

Lucien Kroll, qui lui a choisi de travailler avec les futurs utilisateurs, rejoint indirectement la question de la neuroarchitecture en comparant ce type d’architecture à du Prozac, à un


Un langage inspiré de fondamentaux naturels Le naturel peut orienter le choix de matériaux (construction ou décoration) présentant de l’agrément et préservant la santé et le bien-être des occupants, mais aussi le choix de l’aménagement urbain, pour recréer la proximité avec des fondamentaux comme l’eau, le végétal, le minéral et éventuellement le relief géographique. La recherche d’une architecture discrète dissimulée dans le végétal commença pour Malcom Wells sur la côte Est américaine avec la volonté de minimiser les surfaces goudronnées : il construit dès 1964 sa maison, son atelier et une galerie semi-enter-

rés et publie en 1977 Underground Designs, le premier d’une longue série. Il écrit également Gentle architecture (McGraw-Hill Companies, 1981) qui peut se traduire par Architecture douce… A la même époque, le peintre autrichien Hundertwasser milite pour plus de symbiose avec la nature et

après avoir découvert en 1973, lors de son installation en Nouvelle Zélande, une ferme dont le toit sert de pré aux moutons, il commence en 1974 une série de maquettes d’architecture proposant des constructions le moins visibles à vol d’oiseau et qui aboutiront 10 ans plus tard à la construction de son immeuble d’habitations à Vienne (ci-dessus) : il pourra y démontrer la réalité d’une architecture avec des arbres locataires, une forêt sur le toit, mais aussi des murs et sols ondulés, des fenêtres mises en valeur (un droit à la fenêtre au-delà des seules jardinières autrichiennes)... Les constructions intégrant le végétal connaissent peu à peu diverses interprétations, des maisons protégées par la terre (Earth sheltered) aux Etats-Unis depuis les premières crises pétrolières des années 1970 aux immeubles dont les terrasses des appartements sont d’emblée recouvertes de 30cm de terre pour que la nature s’y installe, même sans entretien, comme l’ont expérimenté en Europe Giancarlo de Carlo (cf bull n°26 p.16) et surtout Jean Renaudie. Le végétal deviendra ensuite un élément de composition architecturale : avec les toits ou terrasses verdis dans les années 1990, il est alors question de végétalisation, puis les façades ou cloisons accueillant des « murs végétaux » dans les années 2000. Une seconde étape de l’intégration concerne la place de plus en plus importante accordée aux matériaux végétaux : en revêtement de façade

ou en intérieur, mais aussi en structure, la justification étant à la fois liée à leur aspect naturel et à leur caractéristique d’être une matière première renouvelable. Là encore c’est une image liée à la santé, plus particulièrement à l’alimentation, qui est utilisée par Simón Velez (cf bull n°45 p.17), un architecte colombien qui utilise le bambou : il évoque une architecture végétarienne qui s’opposerait à nos habitudes carnivores ; une architecture qui abandonnerait son affirmation de puissance animale et de domination pour des espaces faits de courbes et de douceur. Sorte de huttes linéaires dont la structure descend jusqu’au sol, ses volumes-toits sont une interprétation très élégante des sources de l’architecture qui se rapprochent des architectures de bois du

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antidépresseur : un médicament psychotrope qui agit principalement sur l'état du système nerveux central en y modifiant certains processus biochimiques et physiologiques cérébraux ! Malgré les critiques face à l’usage de cette architecture pastiche permettant de s'imaginer dans un temps imaginaire, le résultat urbain est en revanche plus consensuel : il est relativement proche de celui préconisé par le Danois Jan Gehl qui, inspiré des travaux de Kevin Lynch sur la perception de l’espace (cf n°44 p.21), a écrit Pour des villes à échelle humaine (ed. Ecosociété, 2012, l’original étant Cities for People, Island Press, 2010 avec préface de Richard Rogers). Pour Gehl, penser la ville pour les gens qui y vivent nécessite de se mettre à leur niveau : retourner à une petite échelle, avec des hauteurs raisonnables, des lieux d'échanges, limiter les obstacles aux piétons et aux cyclistes etc. Pour ce faire, les architectes et urbanistes doivent travailler en renouant avec les sens : la vue, le toucher, l'ouïe... Il écrit aussi que la bonne architecture ne dépend pas des formes, mais bien de l'interaction entre la forme et la vie, ce qui est bien plus difficile et exigeant.

Hongrois Imre Makovecz (cf bull n°50 p.27) et ses poteaux arborescents. Simón Velez affirme qu’il ne fait pas de cubes, mais des toits (ci-dessus). Il relance d’ailleurs le débat sur l’opposition entre caverne et hutte ! «La construction [en béton], (…), produit des espaces caverneux : une caverne a un sol en pierre, des murs de pierre et un toit de pierre [...] Nous ne venons pas de cavernes, nous ne sommes pas des troglodytes ; nous venons des arbres et nous sommes des hommes des cimes, même si, aujourd'hui, nous vivons dans des cavernes. L'architecture actuelle suit un régime exagéré et malsain, elle est totalement carnivore. L'état de nature exige que nous revenions à un régime plus équilibré, plus végétarien». Un langage organique discret, inspiré de la vie, intuitif et dynamique, proche du corps, en tous cas de son organisation physiologique, est une troisième traduction qui fait en partie la synthèse entre les deux précédentes. Il a subsisté de façon discrète et mineure tout au long du XXe siècle, étouffé par l’agitation médiatique AR’SITE n°52 juin 2017

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autour de l’architecture moderne souvent à l’origine de réalisations ou de discours provoquants ce qui n’était pas le cas de ce courant organique. Dans une interview de mars 1997 (par Ariella Masboungi et Thierry Paquot) l’architecte Giancarlo de Carlo (1919-2005) revient sur les dérives dogmatiques des mouvements nés dans un esprit de liberté : les Ciam, congrès internationaux d’architecture moderne, avaient au départ (1928) une dimension expérimentale soustendue par sa conception d'un "esprit nouveau", d'un certain déploiement de la technique, les fondateurs étaient des chercheurs avec des idées différentes, mais avec la même passion pour questionner leur métier, leur pratique et pour en discuter collectivement. Après la Seconde Guerre mondiale, les Ciam dominés par une véritable dictature des orthodoxes, étaient devenus un parti. Dès 1953 était créé le Team X alternatif, reposant sur le principe d'une organisation souple, avec une grande liberté, sans un manifeste imposant une règle de conduite : mais le danger pour tous les groupes de réflexion est d'instaurer des "grands principes" qui, au fur et à mesure, se transforment en dogmes, en vérités incontestables. Il en conclut qu'il faut toujours lutter contre la routine, le conformisme, l'académisme, et se remettre sans cesse en cause. Giancarlo de Carlo avait ainsi rejoint le Team X en 1959 et choisi de ne pas renoncer aux acquis de la modernité, tout en demeurant attentif aux notions de lieu, de territoire, et surtout de proximité avec l'usager. Il avait été pour cela qualifié par l'historien norvégien Christian Norberg-Schulz de seul représentant de la troisième voie, pour décrire une attitude proche du courant organique qui connaîtra une renaissance dans les années 1950 à partir du Nord de l'Europe ; dans Scandinavie Architecture Alvar Aalto, mairie de Säynätsalo, 1952

1950-1990 écrit en 1991, NorbergSchulz explique le phénomène par les profondes racines vernaculaires de l’architecture nordique (importance de la relation avec le milieu naturel) qui ont fait que la modernité n’a pu y être réduite à la seule approche « sociale » (progrès et justice) risquant de masquer les objectifs artistiques et de réduire l’architecture à un simple problème politique (ce qui s’est malheureusement manifesté après la Seconde Guerre mondiale). L'architecture organique laisse et encourage la liberté d’imagination à son créateur – ce n’est pas un style avec ses règles (ce qu’était déjà le Baroque qui se développe sans traités, contrairement à la Renaissance) – mais aussi la liberté d’aménagement à son occupant qui peut faire évoluer son cadre de vie grâce à la flexibilité des espaces. Elle facilite surtout la relation entre la nature et l’habitant en s’appuyant sur les expériences historiques des recherches américaines de la fin du XIXe siècle (Frank Lloyd Wright), des traditions japonaises ou de l’inventivité du modernisme. La démarche organique était en 2013 le sujet d'un travail de fin d'études d'architecture réalisé par Fabien Baker avec Bâtir-Sain. En introduction il s'interroge sur sa définition comme une autre tradition du mouvement moderne : - En 1973, Charles Jenks dans Mouvements modernes en architecture date l’architecture organique du début des années 1950 et la positionne dans le courant intuitif, parmi les six traditions ou mouvements principaux qu'il distingue : logique, idéaliste, conscient, intuitif, militant, extrémiste. - Plus récemment, Karl Dieter Bodack dans Organic Design in contemporary architecture (IFMA n°23, avril 1998) associe l’origine de l’architecture organique au développement des sciences et particulièrement de la théorie de la relativité ayant permis de passer d’une approche statique à une approche dynamique et cybernétique du monde. Cette démarche correspondant à une vision organique des choses, il en cherche alors les fondements. - Le chapitre Organicisme de l'Encyclopédia Universalis confirme que de l'Antiquité à nos jours le parallèle est fait entre l’organisation physiologique du corps humain et celle qui permet le fonctionnement social. Il se trouve, de plus, considérablement renforcé, à la fin de XVIIIe et au début du XIXe, par le progrès des sciences physiques... Pour Lavoisier, comme pour Lamarck ou Cuvier, l’organisation du monde vivant révèle en effet l’intégration des fonctions et donc des organes en un tout cohérent. - L'analyse de Bruno Zevi en 1968 apporte un éclairage supplémentaire sur la complexité du mélange de multiples sensibilités, temporelles et géographiques : d'un fonctionnalisme de la

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fin du XIXe siècle à l'époque contemporaine, des Etats-unis au Japon, en passant par l'empirisme scandinave assouplissant le rationalisme moderne et intégrant la psychologie des usagers et par l'envie de sculpter l'espace conçu à partir de l'activité qu'il abrite. - L'idée de créer des espaces vivants se retrouve dans le discours de Bodack : le design ou l'architecure organique n'est pas un style, et les bâtiments issus de ce processus de travail (laissant au créateur une liberté complète dans la mesure ou celui-ci a la capacité d’insuffler une dynamique aux formes par la composition de motifs et cohérents entre eux) peuvent être vécu comme un espace « vivant », participant au développement individuel et social. L'idée se retrouvait déjà dans l'Art nouveau dont l'inspiration végétale et la liberté de création signifiaient cet objectif de ne pas se soumettre à une démarche "mécaniste" et d'exprimer la vie. Comme celle décrite par Goethe dans la métamorphose des plantes ou l'étude des mouvements. Architectures Vitalistes sera même le titre d'un ouvrage consacré à ces architectures en 1986 qui reboucle dans sa définition avec celle de Chales Jenks : le vitalisme apparaît comme une des constantes de l’architecture occidentale et peut se définir par rapport à son contraire, le rationalisme. Si le rationalisme trouve ses fondements dans la Grèce Antique et dans sa dégénérescence romaine, puis réapparait à la Renaissance et dans l’esthétique et l’éthique du Mouvement moderne, le vitalisme, lui, est un écho de l’art primitif. Le rationalisme recherche la mesure, l’équilibre et la stabilité ; le vitalisme aime la spontanéité et le pittoresque, le dynamisme, la profondeur Sa conclusion est enfin sur la capacité de cette architecture, conçue autour de ses occupants et non comme un objet abstrait, de pouvoir évoluer, s'adapter et être transformée. http://batirsain.org/?la-demarche-organique,519.html

Cités-jardins et Ecoquartiers Proposer un logement décent et bien-être au plus grand nombre était l’objectif des cités-jardins. L’idée avait été développée après les premières réalisations anglaises d’industriels novateurs, philanthropiques ou paternalistes, comme la cité de Bournville près de Birmingham en 1895 (cf bull n°50 p.67). Elles s’opposaient aux casernes ouvrières, l’appellation péjorative de ces immeubles de 4 à 5 étages qui dès 1850 proposèrent près de Paris des logements locatifs regroupant une population jugée dangereuse ; une interprétation plus isolée à Guise (Aisne) fut pourtant un palais social avec un corps central et deux ailes : le Familistère construit en 1883 pour le bien-être de ses 2000 habitants (dont les ouvriers) à côté de l’usine de poêles proposait ainsi tous une richesse de services grâce à leur mise en commun. La perception de ces cités comme repaires ou comme ghettos donna finalement des arguments aux militants d’un


Cité Napoléon, Paris, 1851

habitat social encourageant l’accession progressive à la propriété d’une maison individuelle, celle-ci étant estimée avoir des vertus morales. Mais la plupart des réalisations restent des pavillons ou des cottages jumelés ou partagés entre plusieurs familles, associés à des jardins ouvriers installés à proximité. La prise en charge collective par les pouvoirs publics de la résorption des taudis insalubres, tant pour l’hygiène que pour la paix sociale, conduit l’Anglais Ebenezer Howard à faire paraître en 1898 son ouvrage Tomorrow : A Peaceful Path to Real Reform (Demain, une vraie réforme par une voie pacifique) dans lequel il décrit son concept de garden-city. La cité-jardin limitée à 30.000 habitants offre la «combinaison saine, naturelle et équilibrée de la vie urbaine et de la vie rurale, et cela sur un sol dont la municipalité est propriétaire». Validée par les réalisations comme Bour-

nville ou les premières applications au nord de Londres (ci-dessus), l’idée séduit et l’Association des cités-jardins de France est créée en 1903 par Benoit-Lévy : d’abord dans une tradi-

C’est après la Première Guerre mondiale que le concept se diffuse vraiment. Administrateur puis président de l’Office départemental des Habitations à bon marché (HBM) de la Seine, Henri Sellier sera à l'origine de onze cités-jardins avec un réel soin quant à l’implantation et à la disposition d’équipements : il fonde en 1919, avec Marcel Poëte, l'École des hautes études urbaines (qui existe toujours aujourd'hui sous le nom d'Institut d'urbanisme de Paris) et il deviendra ministre de la Santé Publique et du Logement en 1936. Dans la Cité-Jardin de Suresnes dont il était maire, les principes hygiénistes aidaient à lutter contre le problème des maladies infectieuses : WC dans tous les logements, salle de bain, chauffage central… Des infirmières visiteuses venaient à domicile chez les plus démunis et la visite médicale est régulière dans les écoles. Un centre d’hygiène et de puériculture est édifié à la fin des années 30.

En 1920, la première cité jardin de Drancy est composée d’un lotissement de 210 maisons individuelles (aujourd’hui quasiment disparues), puis d’une extension en 1930 avec 58 logements semi-collectifs (Citéjardin Paul Bert, ci-dessus). Celle-ci sera suivie du lancement d’une des dernières opérations de «cité-jardin» (Cité-jardin de la Muette) mais restée dans l’histoire comme premier «grand ensemble»– cf bull n°50 p.28. Au Plessis-Robinson, en 1925 est construite une cité-jardin (Cité-basse) faite de petits immeubles minimalistes et de pavillons en bandes au milieu des jardins, comprenant 241 logements ainsi que des commerces, des jardins familiaux et réhabilitée dans les années 1990 (ci-dessous). Elle sera suivie entre 1933

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tion paternaliste de cité ouvrière, mais qu’il fait évoluer en 1910 dans l’objectif de contribuer à l’extension planifiée des villes avec des cités-jardins pittoresques et riantes, qui s’adressent désormais à tous. Il imagine une architecture régionaliste, susceptible de réaliser l’union entre la tradition paysanne et le progrès : il n’y a pour ainsi dire pas deux de ses villas qui se ressemblent, chacune correspondant à une condition sociale particulière de ses habitants et, surtout, à une conception originale de l’architecte, écrivait Benoit-Lévy. Parallèlement, c’est en 1903 également que Tony Garnier termine son séjour à la Villa Médicis avec le projet d’une Cité industrielle idéale (qui sera poursuivi jusqu’en 1917) dont la cité-jardin est prévue avec des bâtiments n’excédant pas 3 étages et s’étalant de manière non symétrique ; il opte pour des toits terrasse, dessine des formes épurées et utilise le béton armé, matériau innovant dont il se sert esthétiquement alors qu’il était caché à l’époque (ci-dessous).

et 1939 d’une cité haute de près de 2000 logements faite de pavillons partagés et de longues barres d’immeubles (démolies dans ces mêmes années 1990 – voir page 35). Les plus de 1500 logements de la citéjardin de la Butte-Rouge à ChâtenayMalabry seront construits de 1931 à 1939 avec une conception "anglaise" de l'aménagement, qui même en privilégiant de petits immeubles collectifs, dont une tour de logements de 12 étages (ci-dessous), l'insère dans un cadre de végétation, qui épouse les

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entourés d'espaces verts et accueillant des commerces à leur rez-de-chaussée ; l’autre est le nouveau centreville de Villeurbanne, appelé les Gratte-ciel du fait de la verticalité de ses deux tours de 19 étages et des immeubles en gradins de 9 à 11 étages (cf bull n°46 p.60) créant une centralité à l’Est, limitrophe de Lyon, intécourbes de niveau d'un terrain accidenté (ci-dessus, avec potagers). Elle sera complétée jusqu’en 1965. L’architecture pittoresque est de moins en moins d’actualité, d’autant que l’architecture moderne s’oriente vers le refus des styles et du décor, illustrée par les réalisations du Bauhaus dès 1923 (cf page 10) ou en 1924 des cités ouvrières de Le Corbusier à Lège et à Pessac (cf bull n°46 p.69). L’hygiénisme et le moralisme qui sous-tendent ce langage architectural moderne rappellent la rigueur, l’« épuration morale » qui se retrouvaient déjà chez les architectes de la Révolution qui au XVIIIe siècle souhaitaient inventer une simplicité des formes, une authenticité qui évoquerait des lois de la physique (cf n°46 p.63). Toutes ces recherches étaient présentées avec l’objectif du bien-être du plus grand nombre… Ces mêmes préoccupations d’un art moral se sont traduites à la fin du XIXe siècle avec le recours à la référence au végétal qui va générer tout l’Art nouveau, puis au début du XXe siècle et particulièrement après la Première Guerre par la référence à la nature, au plein-air : le langage architectural devient moins littéral et suggère des usages, un nouveau mode de vie. Dans cette quête, la traduction formelle se diversifie allant de l’expressionnisme parfois mystique ou ésotérique (comme les recherches de sagesse de l’anthroposophie ou du mazdéisme et ses règles de vie au Bauhaus cf page 10) à une grande rigueur géométrique privilégiant la ligne droite. Deux expériences lyonnaises ouvrent la voie à des immeubles de plus forte densité, comme en 1934 les 1560 logements du quartier des Etats-Unis (nom de l’avenue en hommage à la participation de ce pays à la première guerre mondiale en 1917) prévu avec des immeubles de 3 étages mais terminés à 5 étages, dotés de loggias,

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grant l’hôtel de ville et un palais du Travail aux 1500 logements du nouveau quartier redonnant leur fierté et urbanité aux ouvriers de la périphérie (ci-dessus à l'époque). Après la Seconde Guerre mondiale, la construction d’immeubles continua, que ce soit pour la reconstruction des centres-villes ou pour la création de nouveaux logements (cf bull n°40 p.21-22). L’architecture pouvait être faite en finesse en soignant la modénature comme au Havre ou à Evreux (cf bull n°50 p.25), voire adopter un langage plus dépouillé mais sur des volumes s’adaptant à un fort relief créant l’unité du lieu, comme à SaintEtienne (cf bull n°27 p.62, n°35 p.19). L’usage du béton et la recherche de vérité conduit même plusieurs architectes à jouer avec la structure du bâtiment laissée apparente, parfois à l’échelle d’une infrastructure, et traitée avec une certaine authenticité : le béton brut a donné son qualificatif à cette architecture dite brutaliste, un terme péjoratif basé sur son aspect rugueux et sa massivité comme l’avait été celui de gothique associé lors de la Renaissance à l’architecture médiévale tardive ! Certes le brutalisme

est loin d’évoquer spontanément le bien-être compris comme douceur de l’espace, mais il peut suggérer le plaisir d’une sorte de paysage minéral artificiel dans lequel le traitement des parties domestiques (leurs matériaux, leurs couleurs) viendrait contrecarrer la rigueur de la structure (cf page 17 livre sur le brutalisme). Profitant de cette tendance à la pureté et la simplicité de l’architecture, trop de constructions ont malheureusement été réalisées dans l’urgence et dépouillées, sans parler de leur localisation souvent isolée et monofonctionnelle, sous forme de volumes imposants et monotones troués d’une accumulation de fenêtres identiques dépersonnalisant l’habitation ; alors qu’à cette même époque, apparaissait un souci de plus en plus partagé d’exprimer sa personnalité. La diversité des formes architecturales dans les logements sociaux sera encouragée en France dès 1971, puis les Grands ensembles seront interdits en 1973. Dix ans plus tard les premières démolitions de tours commenceront aux Minguettes à Vénissieux en banlieue lyonnaise (après une flambée de violences en 1981) : elles furent même le prétexte à une interprétation « paysagère » de l’artiste J-P Raynaud proposant de conserver l’une d’elles en monument symbolique de la violence de cette période, la Tour Blanche, entièrement revêtue (y compris ses fenêtres) de céramiques blanches, comme une tour fantôme. La construction neuve à grande échelle a peu à peu cédé le pas à l’insertion dans le bâti existant et à la réhabilitation, restructuration : la conception des logements, collectifs ou individuels, a fortement évolué ces dernières années, avec la recherche d’espace en plus (aménagement de combles, surélévation, pièces en sous-sol), de luminosité (balcons ou terrasses habités, vérandas) ou de relation à la nature (toits verts, collecte des eaux pluviales pour arroser, terrasses-jardins). Comme l’anticipait le mouvement moderne, c’est bien l’espace de vie à l’intérieur qui est devenu prioritaire lorsqu’aujourd’hui le discours se préoccupe de mesurer la qualité de vie et de concevoir une Architecture à vivre (le magazine éponyme date de 2000). Certains imaginent même qu’avec la quête de


Une nouvelle Cité-Jardin voit le jour en 2008 au Plessis-Robinson : elle arbore ce nom puisqu’elle remplace l’ancienne Cité-haute de 1939 partiellement détruite en 1992 : la première phase de reconstruction, suite à un concours international au début des années 1990, avait été assurée par les lauréats Alluin et Mauduit.

Ils créent entre 1994-1997 une architecture moderne et aérée, loin des barres massives précédentes, avec des immeubles constitués de plots géométriques à larges balcons et reliés par de longues coursives ; ils s’adossent à certains bâtiments conservés entre lesquels l’espace libre est aménagé par le paysagiste Jacques Simon, parfois agrémenté par des ilots de jardins familiaux protégés au sein de haies circulaires. La seconde phase de reconstruction ne gardera que d’anciens pavillons et optera pour une architecture douce créée par Xavier Bohl, collaborateur de François Spoerry depuis 1984 et ayant repris son agence à son décès en 1999. Ce nom de nouvelle CitéJardin souligne le côté rassurant de ce langage pittoresque, retrouvant le sens de digne d’être peint, inventé par ce style anglais des XVIIIe et XIXe siècles encourageant à créer jardins et manoirs proches d’une nature sauvage et romantique ! Cette seconde phase reste en effet très «néo XIXe», de l’haussmannien aux robinsonnades, s’inscrivant en partie dans l’histoire locale :

Le pittoresque comme image historique. Au départ une première guinguette est créée en 1848 au pied du spectaculaire belvédère de la grande terrasse ouverte sur le sud-est parisien (aménagée en 1700 dans le Parc du château) : c’est un restaurant inspiré du mythe de Robinson Crusoé (XVIIIe siècle) et perché dans un imposant châtaignier (cf bull n°24 p.61) ; se multiplient alors plusieurs autres établissements et activités ludiques donnant à ce nouveau quartier le nom de Robinson, proposant une alternative aux joies du canotage des bords de la Seine ou de la Marne. Les guinguettes de Robinson tirent leur originalité de ce cadre forestier insolite qui incite les promeneurs à retrouver leur âme d’enfant et à rêver d’aventures exotiques. En 1909, la ville du Plessis-Piquet, reconnaissant la notoriété acquise en 60 ans par ce quartier de la fête populaire, change de nom et devient Le Plessis-Robinson. Au cours du XXe siècle l’image récréative se change vite en une potentialité résidentielle : le château et son parc sont vendus en 1917 à la société des HBM qui désirait le construire. C’est ainsi qu’apparaît en 1924 la première cité-jardin, la Cité basse, nichée au nord en contrebas du parc du château, suivie dans les années 1930 d’une seconde cité-jardin d’une toute autre échelle sur le haut de la ville. Le parc est ouvert au public en 1932 et le château accueille alors l’hôtel de ville. Les guinguettes ferment progressivement dans les années 1960. La cité-jardin se paupérise. En 1989 un changement de municipalité réoriente la ville vers une vocation plus résidentielle en la revitalisant : en 2000 est achevé un quartier dense, le Cœur de Ville (800 logements) dessiné par François Spoerry, sur le modèle d’une ville traditionnelle d’Ile-de-France, autour de l’hôtel de ville et de l’église existants. La seconde phase de la reconstruction de la Cité-haute sera naturellement envisagée avec le même type d’architecture douce, avec 1300 logements mais seulement 250 sociaux. A son achèvement en 2008 la ville reçoit le Grand Prix Européen d’Architecture Philippe Rotthier (cf bull n°30 p.16) récompensant « La reconstruction de la ville et la meilleure renaissance d’une banlieue urbaine » : la personnalisation des bâtiments a fait l’objet d’un grand soin, d’anciens pavillons au charme pittoresque sont conservés et intégrés, et enfin un véritable espace commun est offert dans les cheminements de la ville avec une rivière artificielle de plus d’un km et des plantations de l’architecte-paysagiste Diala Haddad (ci-dessous et page 29).

Remèdes et slogans La crainte émise d’aboutir à des recettes ou recommandations simplistes synthétisant une démarche de médecine de l’architecture en quête du bien-être (cf page 29) se confirme avec des conclusions trop formelles tirées de l’analyse des expériences urbaines d'amélioration des conditions de vie des habitants, mises en œuvre par des industriels pour loger leur personnel ou par des collectivités prenant à bras le corps la question du logement : c’est alors le risque de l’instrumentalisation de la question du logement par un parti politique à des fins électorales comme ce fut le cas en 2015 :

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bien-être les pièces humides d’hier (cuisine, salle-de-bains) deviendront, selon les intérêts de chacun, des espaces vastes et lumineux en lien avec la nature, cohérents avec le soin apporté au choix des produits utilisés. L’aspect extérieur n’est pas pour autant sacrifié mais il doit s’inscrire dans un urbanisme éco-responsable qui propose une proximité des éléments naturels, un soin de l’environnement, qui sont contenus dans les appellations d’Ecovillages, ou d’Ecoquartiers. On ne parle plus de CitéJardin, sauf…

Candidate UMP à la présidence de la région Ilede-France pour fin 2015, Valérie Pécresse lance en janvier le Club des maires Reconstructeurs, présenté comme une initiative spontanée de 70 maires franciliens de droite souhaitant promouvoir une vision quantitative et qualitative du logement (nombreux ayant été élus en 2014 après avoir fait campagne contre les projets urbains en cours). L’exemple le plus médiatisé est celui de la nouvelle Cité-Jardin du Plessis-Robinson dont l’architecture devient un remède à appliquer et les slogans de ce club deviennent : - en finir avec les grands ensembles - favoriser les façades avec balcons - préserver les espaces verts Autant de slogans démagogiques qui font référence à des lieux communs.

Des exemples simplistes « avant-après » montrent les bonnes pratiques en matière d’architecture à travers des exemples de passage d’une architecture « moderne / stricte » à une architecture de type « néo-haussmannien » ou résidentielle chic - avec balcons filants.

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Aujourd’hui, les Ecoquartiers sont le terme le plus fréquemment employé pour désigner des territoires plus ou moins étendus et conçus selon un urbanisme éco-responsable : une application restreinte de la charte d’Aalborg (1994), conférence européenne sur les villes durables où les municipalités signataires souhaitaient devenir des éco-villes en poursuivant et affinant l’élaboration des Agendas 21 locaux initiés au Sommet de la Terre à Rio en 1992. En phase avec l’accroissement de la recherche de bien-être et la sensibilisation à une écologie planétaire, ils sont aujourd’hui une appellation fourre-tout, des techniques écologiques (circulations douces, réduction des consommations d’eau, d’énergie, récupération et valorisation des déchets) aux processus de conception et de fonctionnement avec implication des habitants. Le gouvernement français a lancé en 2008 la démarche EcoQuartier, concrétisée en 2012 par la création d’un label national : pas de modèle mais des axes de travail pour sensibiliser les constructeurs, comme cela avait été fait au début des années 1990 pour la HQE (Haute Qualité Environnementale) qui permettait de choisir les actions privilégiées pour obtenir la certification. Ces groupements éco-responsables auxquels il est fait référence ont d’abord été conçus à petite échelle, et dans les pays nordiques à l’initiative de tenants d’une écologie radicale (cf bull n°6 p.16-17). Dans les années 1990 plusieurs projets se sont concrétisés : - L’ecovillage danois Dyssekilde est une communauté alternative d’une soixantaine de maisons près de la ville de Torup, à une heure et demi de train de Copenhague mais avec sa propre station de train pour faciliter les déplacements sans voiture. Depuis 1992 les habitants y partagent (échange, mise en commun) des valeurs d'écologie et de décroissance... Avec une diversification qui signifie explicitement un foisonnement de recherche, y compris architecturale,

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se côtoient des bâtiments en paille, d’autres semi-enterrés (cf n°44 p.4) ou encore des dômes (ci-dessous et en bas de page). Le site verdoyant comprend également sept éoliennes, un système de poubelles et de recyclage.

- L’écoquartier néerlandais Eva Landxmeer (cf bull n°38 p.10) est situé sur 10 hectares d’un ancien polder en banlieue de Culemborg à 16 km d’Utrecht. Débuté en 1999, il fut initié par la fondation EVA, un organisme d’éducation à la protection de l’environnement. Il propose la mixité des fonctions (résidentielle, commerciale, institutionnelle), les processus participatifs des citoyens, la gestion locale des déchets ainsi que le traitement et la récupération des eaux usées ou de pluie. Au départ, le projet prévoyait une population d’environ 600 personnes (270 unités d’habitations) ; malheureusement, cette population fut trop faible pour permettre la rentabilité de quelques espaces commerciaux qui durent être transformés en logements. Pour la dernière phase du projet, la ville de Culemborg souhaite pour la même raison densifier les dernières zones constructibles malgré la volonté de préserver le plus d’espaces verts possible, de la part des habitants. L’adhésion de

ceux-ci aux ambitions du programme est par ailleurs délicate, certains choix imposant une modification sensible de la vie quotidienne : c’est le cas des matériaux sains, des résidents préférant, d’un point de vue pratique et économique, une peinture durable un peu plus polluante qu’une peinture plus naturelle nécessitant une application tous les ans.

Pour créer une certaine diversité sociale, 40% des logements (2/3 de maisons, 1/3 d’immeubles) sont sociaux ou subventionnés. Ici également, une grande diversité de maisons, des maisons-serres (ci-dessus) à trois maisons semi-enterrées et regroupés sous une même butte de terre (cf page 65) : mais le prix au mètre carré des habitations dans l’écoquartier est néanmoins de 15 à 75% plus élevé que celui des habitations de Culemborg. Source Yves Perrier, 2015 http://guideperrier.ca/eva/ D’autres projets de plus grande ampleur ont également vu le jour, des quartiers de ville le plus souvent installés sur des friches industrielles (pour ne pas consommer les terres agricoles proches de la ville) en commençant par dépolluer les terrains (cf livre Habiter Demain, de Véronique Willemin, Alternatives, 2010 cf bull n°38 p.24) : - L’écoquartier suédois Hammarby Sjöstad au sud-est de Stockholm (cf bull n°38 p.25) est à proximité du centre-ville et entretient un rapport privilégié avec la nature : intentionnellement semi-urbain, avec des boulevards, des commerces au rez-dechaussée de certains immeubles et, grâce à la présence du lac Hammarby et d’un canal, la multiplication de quais et passerelles le long de l'eau. Créé depuis le début des années 1990, c’est un des plus grands avec 11000 logements mais sans habitat social ! Tous les matériaux, les consommables, ainsi que le système d’assainissement répondent aux normes environnementales les plus strictes.


12 anciens bâtiments ont été conservés et rénovés. De 1996, date des premiers occupants, à 2006 le quartier de 38 ha a accueilli 5000 habitants désirant Vivre ensemble autrement : de la prise en charge de leur logement par de nombreux groupes de construction à la diminution de l’usage de l’automobile et la conversion des rues en espaces de jeux, grâce à un centreville à 15mn de vélo et accessible depuis 2006 par un tramway (et des parkings-silos-solaires aux entrées du quartier). - L’écoquartier français des Trois Rivières à Stains (93) occupe d’anciens terrains industriels pour lier le parc de La Courneuve à la ville. Entre 2005-2010 les architectes Castro-Denissof-Casi capitalisent sur la tradition de la cité-jardin (Stains possède la Cité-jardin du Clos Saint-Lazare de 1650 logements dont 500 en pavillons) et réalisent un quartier dense de 350 logements dont 40 locatifs sociaux déclinés sur le concept de maisons superposées. Pour le moment, le site demeure coupé de la commune par d'anciens entrepôts, et la future gare Stains-Cerisaie ouvrira en2017.

- L’écoquartier des Temps durables à Limeil-Brevannes (94) est aménagé sur une ancienne ballastière (carrière à pierres de ballast utilisées sur les voies ferrées) qui aurait été comblée dans les années 1960 ou 1970 par les

déblais des excavations parisiennes effectuées pour la Tour Montparnasse ou le Trou des Halles, puis ayant servi aux Hôpitaux de Paris pour entreposer leurs déchets hospitaliers ! Forte de la 1ere école à énergie positive de France, la municipalité entreprend un projet de quartier de bâtiments à basse consommation (BBC) pour 2000 habitants au nord-ouest de la commune : construits en 2005-2012 par une vingtaine d’architectes pour en assurer la diversité, ces 1250 logements (en location et accession avec 20 et 30% de sociaux) sont autour d’un jardin public, d’un supermarché et de com-

merces de proximité. Des toits (cidessus) affirment par leur silhouette la présence de capteurs solaires thermiques et photovoltaïques et le chauffage est assuré par une centrale biomasse... La rentabilité de celle-ci a été améliorée en raccordant à son réseau le nouveau quartier voisin de Pasteur qui est comme Les Temps durables, intégré depuis 2014 dans l’un des cinq quartiers de la ville sous le nom de quartier des Ballastières. - L’écoquartier de la Caserne De Bonne à Grenoble (38) est sur le site de 8,5 hectares d’une ancienne caserne militaire inoccupée depuis 1994 et située en plein centre-ville. En 2005 le chantier est lancé pour une Zone d’Aménagement Concerté de 885 logements (39% de sociaux), 5000m² de bureaux, 15000m² de commerces, un cinéma d’art et d’essai, un hôtel 4 étoiles, une école, un établissement pour personnes âgées, et enfin une résidence pour étudiants ; quelquesuns des bâtiments sont conservés et structurent l’urbanisme nouveau qui crée des mails d’activités et de loisirs bordés par un parc, et rétablit les continuités urbaines. Les premiers habitants aménagent en 2008 et lorsque le ministère du Logement crée l’année suivante le premier palmarès des EcoQuartiers, la ZAC obtient le Grand Prix national et reçoit ainsi ce qualificatif : pourtant elle n’a pas été

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- L’écoquartier allemand Vauban à Fribourg-en-Brisgau (au pied de la Forêt-Noire, à une vingtaine de km de la frontière française) est installé à l’emplacement de l’ancienne caserne Vauban (désaffectée en 1992) dont

conçue sur ces critères, et au-delà des avancées effectives sur l’énergie et la construction, «les autres dynamiques écocitoyennes restent à développer». En conclusion, le bien-être à travers l’architecture doit être pensé en fonction des attentes et de l’imaginaire des utilisateurs, de leur culture et de leur mode de vie ; il ne peut en aucun cas s’agir d’une réponse unique et ne peut être induite par une simple (simpliste) recette opposant mal/bien ou avant/ après. Ce n’est pas un hasard si le 3e cycle proposé par l’Ecole Spéciale d’Architecture en 2017, consacré à l’Architecture Des Milieux est encadré par des architectes, urbanistes et par une philosophe anthropologue, Chris Younes. La formation s’inscrit dans une nouvelle culture émergente portée par des concepteurs et acteurs de la production de l’espace qui cherchent à construire des scénarios alternatifs de coexistence entre ville et nature. Il s’agit particulièrement d’acquérir une méthodologie de travail (articulation des échelles spatiales et temporelles, lecture anthropologique des lieux, cartographie des ressources locales, etc.) et une culture interdisciplinaire (apport des sciences humaines et des sciences de la nature) permettant d’affronter la complexité des milieux étudiés. La définition d’une architecture ou d’un urbanisme est beaucoup plus riche à travers une réelle implication des habitants et citoyens. Elle doit être élaborée et enrichie en faisant interagir divers réseaux, en intégrant quantité de modèles, comme le suggèrent les travaux de C Alexander ou les réflexions de J Glowinski (cf page 22) : le processus est déjà partiellement à l’œuvre avec les opérations conçues en participation ou les diverses oasis d’habitat partagé et de lieux écologiques solidaires (voir page 15 -Cahier de l’IFMA- et cf bull n°50 p16-17). AR’SITE n°52 juin 2017

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S O L G O R T

RESTAURANTS Cet aperçu des restaurants à ambiance rupestre est issu d'une page de la revue Ukraine Airlines (décembre 2016). De haut en bas et de gauche à droite, il présente :

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Chine (Hubei) à proximité de la grotte touristique de Sanyou le Fangweng à flanc de falaise au dessus de la rivière Yangtze. Kenya le Ali Baba's Cave sur la Diani Beach (aussi en photo de fond) Italie (Pouilles) le Grotta Palazzese à Polignano (cf n°49 p.31 et n°50 p.33) Jamaïque à Negril le Caves Hotel & Spa (cf bull n°48 p.41) Angleterre à South Shields, le Marsden Grotto (pub et produits de la mer) Afrique du Sud à Hermanus, le Beintang's seafood restaurant dominant la baie Walker appréciée pour l'observation des baleines. France à Montsoreau, le Saut aux Loups connu pour ses champignons. Espagne (Lanzarote) à l'intérieur des Jameos del Agua, cavités de plein-air créées par l'activité volcanique (aussi en photo de fond- cf bull n°25 p.39). Italie (Pouilles) à Ostuni, l'Osteria del Tempo Perso, dans une cave qui avait servi de boulangerie.


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Lucien GRATTÉ

http://www.lauragaispatrimoine.fr/PATRIMOINE/SURVIVANCE-ARTPARIETAL/SURVIVANCE-ART-PARIETAL.html

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Un des innombrables pics de karst de Wanfenglin (Forest of Ten Thousands Peaks, sud-est de Xingyi city, Guizhou, cf page 7 projet de Boeri) abrite une caverne aménagée en temple où se trouvent à l'intérieur des milliers de statues de Bouddha, allant de quelques centimètres à plusieurs mètres de hauteur.

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fortune et une école accueillait même des enfants venus des villages voisins (ci-dessus), mais elle fut fermée en 2010. La modernisation est en cours, le village a disposé de l'électricité en 2003, un des habitants a ouvert une maison d'hôte pour accueillir les touristes qui viennent malgré les 45mn de marche d'accès. Elle franchit une nouvelle étape avec l'aménagement d'un téléphérique reliant à la vallée.

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Ouverte au flanc d'une colline quartzique de 1800m, en plein pays Miao (comté de Ziyun, Anshun City, Guizhou), cette immense salle souterraine naturelle de 215 x 700 m abrite un village de quelques dizaines d'habitants. Sous la voûte, qui renvoie le moindre son, les maisons n'ont pas de toiture. Elles ont néanmoins des charpentes qui servent surtout à suspendre le maïs et le jambon. Une placette poussiéreuse est transformée en terrain de basket de

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Village de Zhongdong

Temple des Dix Mille Bouddhas

De haut en bas, illustrations de : Cotignac (dessin de la falaise par Paul Courbon cf bull n°47 p.44) Saint-Nectaire (ferme des Farges) Brézé (château et douves sèches "d") Jura (grotte de Moissey)

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CAVERNES CHINE

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Auteur de cette étude de 100 pages parue en 1985, Lucien Gratté était alors responsable des publications de la Fédération française de spéléologie. À la faveur de la nombreuse documentation qui lui passait entre les mains, il était convaincu que l’art pariétal des grottes avait perduré après le Paléolithique. Après la thèse de Christophe Gauchon, (cf bull n°18 p.37) qui ouvrait la notion de grotte aux cavités artificielles, et avec la puissance de la micro-informatique, il décide de revoir de fond en comble le périmètre de son travail, et d’y inclure aussi des sites que l’on pourrait considérer comme extensifs de la paroi, par creusement ou bâti. Le résultat est impressionnant, puisqu'il s'agit en 2015 d'une véritable encyclopédie en libre service ! L’ensemble de ce travail de plus de 1800 pages est accessible en ligne avec l'assistance de Jean-Charles Pétronio, spéléologue tarnais résidant à Revel. Il est téléchargeable en intégralité (200 mégaoctets), par départements ou par thèmes comme Troglodytes / Forteresses / Grotesques et Nymphées etc. Très documenté à l'aide de photos, cartes postales, relevés, et toutes les infos des spéléologues.

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Survivance de l'art pariétal

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À 20mn de Monticello, ce canyon est occupé par plusieurs troglodytes dont l'un était en vente il y a six ans à 649.000$ (cf bull n°39 p.28). Il est aujourd'hui habité par George Matochan, venu de Chicago (cf bas de page). En janvier 2017, c'était le Cliff Haven (850 Montezuma canyon), voisin du précédent, qui était proposé aux enchères à 599.000$. Les propriétaires actuels (le couple Houghton) l'avaient aménagé en 1986, en s'inspirant des anciens habitats de falaise des Anasazis. Maintenant, ils souhaitent laisser à de jeunes mains le soin de continuer le travail.

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Montezuma Canyon (Utah)

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ETATS-UNIS

EUROPE Troglo et Airbnb La plateforme communautaire payante de location et de réservation de logements de particuliers fondée en 2008 dispose aujourd'hui de plus de 150 hébergements troglodytes. Parmi eux :

Le terrain fait 12 acres (avec verger et vignoble), comporte un garage de 3 places et la surface habitable (3 chambres) peut être agrandie. Entièrement connectée, elle a été conçue pour être autonome et dispose ainsi d'une installation photovoltaïque, d'un immense réservoir d’eau en inox de 7500 litres, et d'un générateur de secours au gaz. Un tunnel sous la maison permet l'écoulement de l'eau de pluie qui peut être utilisé pour arroser le verger et d'autres plantations. L'air souterrain frais sert également d'air conditionné pendant l'été.

En France : Amboise (78€ chez Hélène), Montrichard (le Cavernacle 72€), Saumur (Bord de l’eau à Chacé 119€), Saint-Epain (Troglo de David, 52€), vers Clermont-Ferrand (Logis d’Hortense à Vic le Compte, semi-troglo 63€), dans le Luberon (5km de Bonnieux, Carrière de St Symphorien 146€ - ci-contre), Corse (Calvi Clos du mouflon, grotte des naufragés, 135€)... En Espagne : Catalogne (Domed Cave House à Tivenys, 72€ - troglodyte artificiel), à l'ouest de Valence Castille-La Mancha (Cuaeva del Tragaluz à Chinchilla de Monte-Aragon, 81€), sud de Valence (fantascica casa cueva en la montana au-dessus d’Alicante 94€ - ci-contre), Guadix (subterranean style 59€), aux Canaries (Acusa Seca cave house à Artenara 62€ –cf bull n°48 p.38), En Italie : Matera (Cas nei sassi 51€)

Ci-dessus, à gauche la chambre du fond avec mur de roche, à droite l'accès à la maison abritée dans un creux de falaise.

http://utahcliffhouse.com/ (Info Delphine Bois-Crettez) Ci-dessous, l'intérieur du troglodyte voisin, de George Matochan.

Dans les îles Grecques : Santorin (Lava cave 380€, Hector Cave House 303€), Thira (Cocoon 98€ ci-contre), En Turquie : Cappadoce (Anitya Cave House à Ortahisar, Nevsehir 110€, NaturelandCave Hotel à Göreme 38€), Aux Pays-Bas : pas dans le Limbourg (!) mais sous voûte à Utrecht (88€ 2 lits 3 pers) en contrebas de la rue. ci-dessous :

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Bains naturels à Miskolc (Hongrie)

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Les 15 plus incroyables caves proposées par Getty images regroupent des espaces fort différents :

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- grandes cavités ouvertes (un restaurant d'une centaine de places à Chenzhou, Hunan, et le village de Zongdong (cf page 39). - grotte naturelle aménagée en hôtel (le Grotto Bay Beach Resort Spa aux Bermudes) et une ancienne mine d'ardoise en parcours ludique (Bounce Below et Zip World Caverns au nord du Pays de Galles). - cellules ou chapelles de monastères (Lalibela en Ethiopie, Mellagalla au Sri-Lanka -en 1954 ou dans la colline Geller à Budapest - cf bull n°50 p.33). - un bunker chinois aménagé sur ordre de Lin Biao dans une ancienne cavité près de Beijing, et transformé en bar, son accès étant le nez d'un avion. - les Bains de Miskolctapolca (ci-dessous) dans des cavités naturelles disposant d'eau chaude.

Hôtel Le Silex à Vallon Pont d'Arc (07)

- simples troglodytes (un intérieur à Chang Qu, Shaanxi, le site de Nevsehir en Turquie, Angelo Mastropietro devant sa Rockhouse dans la Wyre Forest, Worcestershire, Angleterre, Bernard Savaete dans l'Escale Saint-Gabriel à Trôo, anciennes photos de repas familial ou de troglo du port de Santa-Cruz ).

FRANCE Masses rocheuses (84)

Au sud de Vacqueyras, le hameau de Roques (commune de Sarrians) est à proximité d'un énorme rocher érodé, prolongement d’un long affleurement rocheux de l’autre côté de la route. Le rocher de Saignon, dominant Apt sur le flanc septentrional du Luberon, ne garde pas de traces visibles de ses trois châteaux, mais en a conservé des témoignages creusés dans le roc, dont un moulin à huile (ci-contre).

Dans l'ancien méandre de l'Ardèche, adossé à la falaise percée par le Pont d'Arc, le hameau transformé en hôtel en 2016 est dissimulé aux regards par un épais rideau d'arbres. Il propose quatre chambres troglodytiques de 40 à 60 m2, en duplex ou en triplex : âge de pierre, de glace, de fer et fond des âges !

Sarthe, vallée du Loir (70) Situées le long de la Vallée du Loir, entre Château-du-Loir et la Chartre-sur-le-Loir, dans la partie sarthoise de la rivière, les maisons troglodytes avaient fait l'objet d'un reportage de France Bleu Maine en août 2016, sur un thème de saison, l'anti canicule : malgré ces qualités thermiques, seule une petite dizaine de maisons troglodytes seraient encore habitées en Sarthe, comme celle-ci à Vouvraysur-Loir (ci-contre).

Estuaire de la Gironde (33) En haut d'une falaise en amont du port de Roque de Thau, une trentaine de maisons troglodytiques ponctuent le paysage (dont le hameau de Marmisson). Le 4 juin 2017 un reportage de 3 mn était diffusé par FR3 régions sur ces cavités de carriers, puis de marins, dont certaines ont été rénovés et modernisées : l'une se loue sur airbnb, une autre, accessible par 99 marches offre un cadre de vie unique à une peintre qui depuis 15 ans a relié deux caves par un tunnel (perçé au marteau piqueur) et entretient soigneusement cet habitat, certes poussiereux et demandant un traitement régulier des murs à la chaux pour éviter l'humidité. AR’SITE n°52 juin 2017

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Global Nomadic Art Project (GNAP) en Anjou du 5 au 15 septembre 2017 Initiées par le groupe d'artistes sud-coréens Yatoo (Nature Art) ces rencontres annuelles, entre créateurs de divers pays partageant leur volonté de travailler directement en extérieur avec la nature, ont déjà eu lieu en Inde en 2015, en Iran et en Afrique du Sud en 2016, et auront lieu en Europe en 2017 : Bulgarie, Roumanie, Hongrie en juillet, Allemagne, France et Lituanie en août et septembre puis en Turquie en octobre. Le GNAP France sera accueilli à Doué-en-Anjou où les artistes réaliseront des oeuvres éphémères dans différents sites du Saumurois. Le thème sera bien entendu la relation de l'art aux espaces souterrains et à leur environnement, comme les bords de Loire et les coteaux. Le programme précis (dates et lieux) est disponible sur www.gnap-france.fr A la fin de l'évènement, une exposition au Centre des Perrières témoignera des installations ou performances réalisées.

Earth sheltered Le site https://www.niftyhomestead.com/blog/ earth-sheltered-homes/ posté en novembre 2016 par Keiren, un artiste de New York, propose un panorama mondial d'une vingtaine de maisons semi-enterrées et dissocie bien earth sheltered (recouvertes de terre) et earth bermed (talutées). Parmi elles Dragonfly Hill, 7061 Yaquina Bay Rd

CONTEMPORAIN Maison à Vals (Suisse) en location Sur le site www.villavals.ch l'étonnante villa troglodyte de Bjarne Maestenbroek et Christian Müller (cf bull n°38 couverture et p.36) est depuis 2016 disponible pour accueillir environ 10 personnes à un prix variant entre 950 et 3850 € en fonction des saisons. (Info Patrick Raffin)

à Newport (Oregon) autoconstruite de 2008 à 2016 par Steve Travis & Jeff Ingram. Ci-dessus avant recouvrement en 2012 http://dragonflyhill.org/ The Sedum House à Gimingham (North Norfolk, Angleterre) par Cam Architects de Norwich : elle est habitée depuis sa livraison en 2007 par un des directeurs de l'agence et sa famille. En bas à droite de l'image (ci-dessous), les pièces semi-enterrées.

Cuevas del Pino vers Cordoue (Espagne) Au nord de Villarrubia, 10km au sud-ouest de Cordoue dans la Sierra Morena – région reconnue pour ses roches en strates inclinées - une finca biologique de 25 ha comporte quatre maisons rurales sur la rive droite du Guadalquivir, le long du canal del Guadalmellato. La dernière est présentée comme seul gîte troglodyte de la province : une ancienne étable dans un abri sous roche dont l'extension donne le prétexte à des espaces contemporains, un loft de 90m2 intégrant les formations rocheuses. Réalisée par UMMO Estudio en 2009 elle met en valeur la géologie locale grâce au contraste avec des volumes géométriques purs (ci-dessous et en haut de page). L'opération a été aidée par la banque Arquia, à travers la Fondation Arquia. www.cuevasdelpino.com

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Findhorn sanctuary (Ecosse) Les réalisations de cet écovillage pionnier, devenu un parc depuis 1985, servent de support à la publication Simply Build Green, guide pratique et péda-


Troglo-Village-Origine (19) Une rencontre ce printemps avec son initiateur, Han van Geest, a permis de faire un point sur cette opération exemplaire (ci-dessous et illustration sur la page d’accueil du site de l’association, parmi les photos défilantes) ayant connu plusieurs phases de développement.

Ce terrain de 10 hectares, dont 3 ha de bois, a été acheté en 1991 sur le site de la Guillermie avec l’idée d’augmenter la capacité d’accueil de l’auberge de Leyvinie dont s’occupait Han van Geest (cf bull n°15 p.44) : distante d’environ 500m, elle disposait déjà de six gîtes. Le premier projet consista donc à réaliser, face au Puy d’Yssandon, une copropriété avec un tennis, une piscine et quatre maisons semi-enterrées (ci-dessous) ; celles de chaque extrémité étaient découpées en gîtes à louer (reconnaissables avec leurs oreilles d’éléphant destinées à isoler les gîtes les uns des autres (photo), les deux autres furent vendues comme résidences secondaires.

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traditionnelles et par les puits de lumière et de ventilation éclairant la partie enterrée (cuisine et petites chambres à lits superposés dans les gîtes). Le chauffage est électrique. Les garages proposés au départ (cf bull n°8 p.2) ne furent pas réalisés. En 2000 l’auberge de Leyvinie cédée à d’autres gérants, l’aménagement du reste du terrain devient à l’ordre du jour et prend la forme d’un projet de lotissement bénéficiant d’une vue exceptionnelle proposant de plus grandes parcelles vraiment indépendantes et pouvant recevoir des maisons semienterrées comme les précédentes. Quelques lots particulièrement pentus peuvent même accepter 2 niveaux d’habitation sans contraindre l’esprit paysager du lotissement qui a conservé son nom de Troglo Village Origine. Un projet est fait en 2004 par Jean-Jacques Delpech, architecte des premières maisons, avec un catalogue de propositions semi-enterrées (cf bull n°18 p.46, n°21 p.22-23). Le permis accordé en 2007, les travaux de viabilisation sont faits et des contacts sont pris avec un promoteur et une banque espagnols intéressés pour commercialiser le lotissement : Globalestates.fr propose en effet en 2008 un Troglovillage avec des maisons adossées à la pente, mais à l’aspect plus classique, recouvertes d’une généreuse toiture (cf bull n°35 p.53). La crise financière mettra un terme à cette étape. Après être retourné pour son travail quelques années aux Pays-bas, Han van Geest revient plus fréquemment en Corrèze et réaménage l’une des maisons-gîte semi-enterrée pour créer une habitation de 150m2, comme cela avait été fait pour l’autre maison-gîte précédemment. Il relance la commercialisation du lotissement, aidé par de nouveaux dessins de maisons semienterrées par des architectes de Maastricht (cf bull n°50 p.35). Ils ne sont là que pour illustrer les principes possibles pour conserver le côté paysager du lotissement, mais chacun reste libre de construire selon son goût. Deux premiers lots sont vendus pour réaliser des maisons à toiture semienterrée : l’une à ossature bois, encore en projet, l’autre dont le chantier, en autoconstruction, est déjà avancé (ci-dessous). Pour les suivantes Han van Geest imagine des maisons dont l’aspect bois serait valorisé, dans l’esprit des constructions de Sea Ranch (cf n°51 p.65-67) et entreprend également l’étude d’un projet avec un bureau d’architectes de Rotterdam associés à un paysagiste.

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gogique. Le village permet de voir concrètement les différentes pistes envisageables pour l'habitat et se veut une démonstration du lien entre les dimensions spirituelles, sociales, écologiques et économiques de la vie. Une salle ronde de 20m2 a été construite en 1987 en matériaux recyclés par l'architecte Ian Turnbull pour méditer et chanter : un sanctuaire de la nature (ci-contre, en bas de page).

Les trois premières constructions (1993) sont réalisées en panneaux de Siporex, la quatrième (1995) en blocs à bancher. Cette solution semble être moins sujette à la condensation (utilisation saisonnière). Les toitures sont composées de 40 cm de terre sur un géotextile anti-racinaire protégeant l’isolation thermique en polystyrène, qui repose avec un vide drainant sur l’étanchéité de la terrasse. Elles sont traversées par des émergences AR’SITE n°52 juin 2017

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Cet hôtel d'agrotourisme à structure bois (cf page 15) dispose de 11 chambres réparties dans deux ailes perpendiculaires (8 + 3) créant l'angle du bâtiment visible. Entre les deux un escalier droit conduit à la terrasse accessible sur laquelle un cheminement passe entre les quatre puits de lumière des patios éclairant la desserte des chambres. http://www.bedandbreakfastcomanotrentino.it/

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Hôtel Casa Riga (Italie)

Pavillon au Château La Coste (13) Au Puy-Sainte-Réparade, le Château est d'abord un vignoble de 200 hectares, mais aussi un immense parc naturel / centre d'art au cœur duquel, selon le souhait du propriétaire Patrick McKillen, surgissent depuis 2004 des dizaines d’œuvres de plasticiens et des bâtiments contemporains dessinés par des stars de l’architecture : Tadao Ando, Frank Gehry (cf bull n°45 p.8), Jean Nouvel, Norman Foster, Richard Rodgers, et depuis le mois de mai Renzo Piano. Pour ce pavillon de photographie, il a d’abord exploré le parc, et choisi de s'implanter à proximité d'un chêne isolé qui marquait le paysage (ci-dessus). Une excavation de six mètres de profondeur a permis d’inclure les 285 m2 de la construction dans le vignoble. Le béton est laissé brut, aussi bien pour les murs de soutènement que pour ceux des expositions, conversant avec les façades et le toit de verre. Celui-ci est par ailleurs recouvert d’un voile s’arrimant à de fines arches métalliques, qui reprennent le rythme graphique du vignoble. A l’intérieur, se dévoile la double vocation du pavillon : présenter l’art et conserver le vin. Une galerie de 160 m2 permet des expositions de sculpture et de photographie sous un éclairage naturel. Les 125 m2 restant sont destinés à la conservation du vin : des caves bordent l’espace d’exposition et deux alcôves à l’entrée de la galerie permettent d’en mesurer l’importance. Première exposition, les photographies The Sea and the Mirror de l’artiste Hiroshi Sugimoto, déjà présent avec sa flèche d’acier Mathematical Model, dans le bassin du centre d’art à l’entrée. Il est probable que ce pavillon ne se limitera pas à la photographie, mais qu’il pourrait accueillir tout type d’exposition, y compris des concerts, tant l’espace, à la fois convivial et ouvert à la lumière environnante, s’y prête. Visites : reservations@chateau-la-coste.com et 04 42 61 92 92
 (info Monique Labbé)

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COURBES Crématoriums et recueillement Les structures circulaires caractérisent le travail de Plan 01 autour de l'idée de recueillement, pour les crématoriums de Rennes en 2009 ou d'Amiens en 2015. Les deux sont en contrebas du terrain, mais ce dernier, plus urbain (ci-dessous et cf page 5), entre-


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Une visite pédagogique et amusante de 6mn40 : https://www.youtube.com/watch?v=g84jxG1gAUk &spfreload=10

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tient moins l'intimité avec la nature et le plein-air : celui de Rennes (ci-dessous), entouré de blocs de pierres, multipliait les préaux et des patios plantés.

Vitrages de l'Elbphilharmonie La nouvelle Philharmonie de Hambourg (cf page 4) est un paquebot de verre installé sur un ancien entrepôt en briques des années 1960. Les façades de la partie haute sont un festival de tranparences jouant sur les doubles courbures et sur les sérigraphies, que ce soit pour les espaces publics ou pour l'hôtel (ci-dessous à droite) dont les vitrages intègrent des grilles de ventilation permettant de sentir les odeurs. Les percements en U apparaissant aléatoirement sont des balcons dont la courbure accompagne la vue (ci-dessous à gauche).

COQUES Coque colorée (Californie)

L'entre deux est la Plaza, avec le foyer des salles de concert, le lobby de l’hôtel, différents restaurants, la boutique et tout autour une généreuse terrasse d’observation publique en plein-air offrant des vues fantastiques sur la ville et le fleuve. Si le toit est dessiné en vagues ou voiles, la sous-face est divisée en zones par les courbures du plafond qui accompagnent une grande arcade en hauteur sur la façade nord (ci-contre) et une plus plate dans la façade sud (ci-dessus) ouvrant la vue sur l'Elbe. Au niveau de ces arches, la limite entre terrasse et partie abritée est assurée par une paroi vitrée ondulante évoquant un milieu aquatique (ci-contre en haut).

Cette Flintstone house (Pierrafeu) de 3 chambres est au 45 Berryessa Way à Hillsborough. Elle a été construite par l'architecte William Nicholson en 1976, selon la technique de projection de béton (gunite) sur treillis et des coffrages gonflés (mis au point en 1975 par les frères South dans l'Idaho). Très dégradée à la fin des années 1980, elle fut restaurée puis mise en couleur dans les années 2000. Elle était en vente 3 à 4 millions de $ en 2015.

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Voile entre rocaille et coques (Ohio) Encore une maison baptisée Flintstone house en référence à son aspect minéral qui renvoie à l'univers de l'homme des cavernes (cf n°51 p.37), versus l'appellation maison de Hobbits qui renvoie elle à un univers végétal, à des terriers habités par un petit peuple imaginaire. Son écriture architecturale est pourtant très différénte de la précédente. Elle montre qu'une grande variété d'aspect est possible, sans parler des maisons bulles renvoyant aux Barbapapa par leurs formes plus arrondies. Celle-ci (ci-dessus) est l'oeuvre de l'artiste Wayne Trapp, connu par ailleurs pour ses grandes sculptures de métal installées en plein-air. Conçue avec 4 chambres, 2 salles de bains, une maison d'invités et un garage, elle a été réalisée lorsqu'il avait 30 ans, en 1970, avec semble-t-il l'aide d'étudiants. Visible depuis la rue, elle se situe au 7245 Cascade Rd au sud-est de Painesville (commune de Concord, Lake County), et appartient depuis 2000 à Richard Kristoff qui en propose d'éventuelles visites : 440-352-4444.

Maison Bernard Massie (33, disparue) Le site habitat-bulles.com évoque en février 2017 une ancienne maison construite par un constructeur de piscines (cf Naturadome/dream bull n°48 p.49) et qui apparaissait dans un annuaire des habitations en voile autoportant, proposé par le numéro 20 de la revue Habitat : page 26, dans le département de la Gironde figurait Cavignac, maison Massie. Fin janvier 2017, Bernard Massie contacte Philippe Delage pour lui dire tout le bien qu’il pense de son site qui lui a fait revivre des souvenirs ! Il a en effet voué sa vie à la construction de piscines, notamment de celles aux formes libres. C’est donc tout naturellement qu’il s’est construit sa maison

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bulle, sans architecte, ni artisan, seulement aidé par ses propres ouvriers. Une maison de deux niveaux dont le RC légèrement décaissé et taluté abrite garage, cellier, 3 chambres (ci-dessous à gauche), une salle de jeux et même une piscine intérieure. A l'étage, centrés autour d'une cheminée, l'entrée, le séjour, cuisine, chambre et un bureau. Les courbes

se retrouvent aussi au plancher pour créer des continuités (ci-dessus à droite). Aucune trace de cette maison à Cavignac, elle a bien disparu, détruite pour construire une autoroute.

Maison Unal (07) Les coques de cette maison exemplaire sont implantées avec délicatesse sur ces affleurements rocheux qui caractérisent la région et qui furent au début des années 1970 choisis par Claude et Joël Unal à la recherche d’un terrain propice à la création d’un habitat « pétré » exprimant leur passion pour l’art pariétal, qui les a conduit à visiter pratiquement toutes les grottes ornées françaises ! Le site retenu au-dessus de Chapias est une immense dalle circulaire qui servait à battre le blé et comporte même un ancien mégalithe écroulé et préservé (ci-dessous), les voiles de béton étant simplement ancrés sur les seules irrégularités du rocher, sans percement particulier. La forme des affleurements est exploitée pour y intégrer la citerne de 80m3 ou plus tard (lorsque l’eau courante fut ame-


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Conçue par Antti Lovag à Fontaines-sur-Saône, la villa (cf bull n°26 p.39) est depuis janvier 2017 elle aussi inscrite en totalité au titre des Monuments Historiques. C’est la deuxième villa de cet habitologue, après celle de Tourrettessur-Loup, a être inscrite à ce titre. Une reconnaissance méritée puisque c'est dans ces espaces courbes que Christian Roux a rédigé la revue Habitat puis fait vivre aujourd'hui le site architecture3d.org, manifestes pour une architecture plus douce.

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née) pour déterminer le dessin de la piscine en 1996, l’agrandissement de la terrasse en 2004 ou l’implantation de la nouvelle bulle (ci-dessous) construite en 2008 pour compléter la chambre d’amis par la salle de bains de Diane où le rocher apparaît à l’intérieur du volume ou sert de prétexte pour un banc ou une marche. Une pratique que Joël Unal a souvent mise en œuvre pour créer des piscines épousant les irrégularités du sol.

Dômes semi-enterrés à Peka Peka (NZ) Le jeu entre roche et végétal est aussi une de ses caractéristiques (cf bull n°50 p.42). Au milieu des chênes verts, les rochers étaient dès l’origine colonisés par plusieurs buis hirsutes ; certains ont été conservés et intégrés à l’extension de la maison, particulièrement la piscine et sa terrasse, où taillés en sphère ils font écho aux formes de la maisonbulle (et ont même été densifiés grâce à cette intervention). Après des travaux de restauration au début des années 2000 (peinture intérieure avec tout un jeu de couleurs, réfection de l’étanchéité) et un entretien extérieur régulier (peinture tous les 5 ans et nettoyage au Karcher de temps à autre, cf bull n°44 p.37), la maison Unal devient une référence pour une autre architecture, reçoit en 2003 le Label du Patrimoine du XXème siècle puis est inscrite en 2010 à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques (cf bull n°40 p.51) : la qualité de la réalisation, peut-être due au temps consacré grâce à l’auto-construction puis à son entretien régulier en fait ces dernières années une destination de visites souvent associée à celles de la Caverne du Pont d’Arc, renouant avec les passions du couple constructeur. Une maquette au 1/100ème est d’ailleurs présentée à l’intérieur pour permettre aux visiteurs de mieux en comprendre la géométrie complexe rappelant aujourd’hui celle des constructions prestigieuses facilitées par l’usage de l’informatique. (cf bull n°49 p.42, n°27 p.44-47, n°26 p.38) Pour l’inscription aux Monument Historiques, cette maison coque a été préférée à celle du Pouay (Pascal Häusermann en 1972 chemin des Combettes à Saint-Chamond, Loire, et également Patrimoine du XXème siècle) pour un meilleur lien avec son terrain et pour la qualité de l’agencement des coques entre elles. En 2014 sera également inscrit l’Hôtel L’eau vive à Raon-l’Etape, Vosges, rebaptisé Museumotel depuis 2008 (cf bull n°41 p.41 et n°35 p.39). Pratique du voile de béton en autoconstruction, le premier livre en 1981, depuis longtemps épuisé (cf bull n°27 p.45), a d’abord été diffusé en numérique (sur demande à son auteur) puis une réédition papier à partir d'internet permet à Joël Unal de l’expédier pour répondre à des demandes du monde entier. Arcs en ciel d’Ardèche, livre le plus récent réalisé en 2012 avec le poète et plasticien Daniel Abel (diffusé également dans la boutique de la Caverne du Pont d’Arc) résume quant à lui la sensibilité de Joël Unal, dessinateur industriel puis peintre-sculpteur, largement influencé dans sa jeunesse par sa rencontre avec ce poète qui l’initia aux courants surréalistes alors en pleine effervescence dans le milieu parisien (cf bull n°43 p.24 et n°36 p.43). Une expérience sans doute pas étrangère à ce goût pour une architecture hors des sentiers battus, pour des espaces poétiques complexes et chaleureux.

Fritz (Friedrich) Eisenhofer, architecte autrichien né en 1926 et installé en Nouvelle Zélande en 1953 a construit un dôme de ferro-ciment de 35mm recouvert d'herbe sur la côte Kapiti de l’ile Nord (Aotearoa), près de Wellington. Il vit depuis 1991 dans cette dune artificielle, la discrétion étant justifiée par sa situation dans un site sensible. Cette forme hémisphérique (agrémentée d'un autre petit dôme pour les invités - ci-dessous) était la

solution pour offrir une maison protégée par la terre mais bénéficiant d'espaces généreux, puisqu'elle dispose d'une piscine et d'un jardin tropical. Les grandes surfaces de verre (ci-dessous et

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Green Pod / Tiny bulle studio

ci-dessus) orientées vers le nord (au soleil de l'hémisphère sud !) servent de capteurs. Info du site https://www.niftyhomestead.com/ blog/earth-sheltered-homes/ (cf page 42) et https://www.youtube.com/watch?v=1xVIqU0zFBw

Une autre maison voisine mais avec un plus petit dôme avait également été construite par Eisenhofer (ci-dessus) ; elle était en vente en mars 2017.

SÉRIES Expo "Utopie Plastic" à Marseille Après l'Habitat Tropical du Cameroun de Jean Prouvé, la Friche de l'Escalette de Marseille (une ancienne usine à plomb) propose en 2017 pour sa seconde édition, une exposition sur les habitats futuristes des années 1970 (1er juillet au 30 septembre). Comme en 2016 des architectures conçues pour la série et échelle grandeur sont présentées : - l'Hexacube, imaginé par Georges Candilis et Anja Blomstedt tire son nom de sa forme hexagonale. - la Bulle à six coques (cf bull n°26 p.25), créée en 1968 par Jean Maneval sera visible en deux exemplaires, l'un est la propriété d'un restaurateur passionné qui y a conservé l'intégralité du mobilier de l'époque, l'autre est plus abîmé et servira de support à des restaurations sous les yeux des visiteurs curieux. - la Futuro House (cf bull n°39 p.68), également de 1968, imaginée par le Finlandais Matti Suuronen. Sa soixantaine d'exemplaires existant aujourd'hui à travers le monde en font la plus diffusée, sans doute grâce à sa forme de soucoupe volante qui rappelle et incarne l'esprit d'une époque fascinée par l'espace et par l'innovation architecturale promise par les nouveaux matériaux.

réservations sur le site www.friche-escalette.com

Parallèlement à son chantier de maison-bulle semienterrée qui devrait se terminer cette année, Philippe Delage envisage depuis début janvier de développer un projet auquel il réfléchit depuis plus de deux ans, et qui s'inscrit dans l'esprit des Tiny House et de ces habitats minimum car conçus au plus près de la vie des occupants : cabanons (cf Le Corbusier !), LoveShack (cf bull n°47 p.48), etc. Le projet devrait dans un premier temps prendre la place du gîte envisagé originalement, construit avec l'expérience acquise sur le chantier principal. L'objectif est de construire 2 ou 3 Green Pods, mini maisons bulles de 20/30 m2, sur un autre terrain, dont au moins une sera enterrée, et qui seront louées en location saisonnière. Pour prouver que l'on peut "vivre mieux dans moins d'espace".

AVN, Voûte nubienne Le programme un Toit, un Métier, un Marché porté par l'Association la Voûte Nubienne en Afrique de l'Ouest subsaharienne (cf bull n°49 p.43) est lauréat du World Habitat Award 2016-17, attribué par la Building and Social Housing Foundation (BSHF) en collaboration avec ONU-Habitat : ce projet a une perspective macro correspondant à la vision même des droits de l'homme à un logement décent.

Bulmotel à Feyzin (69) La construction en série d'une trentaine de maisonscoques (ci-contre en haut) a vu le jour au début des années 1980 au sud de Lyon (7 av. Jean-Jaurès). Conçu par l'architecte Philippe Aubaque, ce motel avait pour slogan L'autre façon de vivre l'hôtel, et les cellules (regroupant deux ou trois bulles chacune) étaient accompagnées d'une piscine et d'un bâtiment orthogonal (mais au RC en arcades voûtées ci-dessous à gauche) abritant l'accueil, un restaurant, un piano-bar et des salles de séminaire pour 120 personnes. Il accueillait encore des clients jusqu'à la fin des années 90 avant de fermer ses portes. Aujourd'hui (ci-dessous à droite), seuls les bungalows-bulles sont encore habités, entourés d'une végétation qui a près de trente ans. (cf bull n°50 p.44-46, n°48 p.49, n°45 p.38-39, n°41 p.40)

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mettre de réaliser le rêve d'Antti Lovag de démocratiser l'habitat dans des espaces courbes : avec les moules, pour une maison d'environ 150m2, le temps estimé est de trois mois (hors dalle), et possibilité de la faire sans avoir une équipe spécialisée. De plus, une fois les moules faits, ils peuvent être réutilisés pour encore d'autres constructions, ce qui permettra de mutualiser les moyens pour celles et ceux souhaitant se lancer dans cette aventure. Les premiers tests qui ont été fait ont confirmé que les moules servaient de nombreuses fois sans souffrir. Il est probable que ces bulles sont des Bulle azur, coques en béton allégé que commercialisait à cette époque un fabricant de Montelimar. De 5m30 de diamètre, elle avaient 14cm d'épaisseur (bulle préfabriquée 8cm + enduits extérieur et intérieur). Certains documents sont à retrouver sur le site Bulles Architectures tenu par Virginie Maneval, fille de Jean Benjamin Maneval l'auteur de la Bulle à Six Coques et sur http://bubblemania.fr/ la manie des bulles. Joël Unal en possède également les dépliants originaux

Biotekt Cette compagnie américaine basée en Floride propose des modules préfabriqués à partir de bouteilles en plastique recyclées : 15 bouteilles / m2 ! Les éléments sont montés sur une dalle de béton puis cette structure imperméable est ensuite recouverte de sacs de terre et de plantes. Les réalisations sont au Costa Rica près du lac Arenal (cicontre), une autre se termine d é b u t 2017 en Colombie p o u r démonstration et servir de location AirBnb. Aux USA, un premier Biotekt Eco-village de 120 maisons avec centre de yoga, boutiques, est prévu à River Haven pour bientôt. En 2009 l'architecte Manuel Lago Granger avait conçu les protoypes d'un système modulaire de constructions semi-enterrées en matériaux composites : the Green House system, fabriqué en Colombie par Colfibrex (cf bull n°50 p.45) qui ferma ses portes en 2013 malgré l'intérêt suscité et les constructions réalisées. En 2014 il travailla dans la péninsule arabe et mis au point un principe de modules Oasis, protégés par... du sable ! En 2016 est fondée Biotekt avec la société Ecosphère à qui les modules protégés par la terre doivent leur nom. La fabrication est dans l'ancien atelier de Colibrex puis bientôt en Louisiane également.

Aventure maison bulle Le site www.architecture3d.org se fait l'écho de la naissance d'un nouveau projet pour des habitations innovantes avec Aventure maison bulle, aboutissement des travaux de Numa et Mélanie CuisinLovag (cf bull n°51 p.45). Il concerne une maison expérimentale destinée à valider les principes de construction par projection sur moule , solution qui pourrait aujourd'hui avec l'aide de l'informatique per-

La question du matériau est évidemment soulevée, puisque la liberté de réalisation de ces maisons repose jusqu'à aujourd'hui sur le voile de béton. Si celui-ci est l'emblème des matériaux énergivore, il est cependant utilisé ici en bien moindre quantité, pour créer un voile mince. Les concepteurs assurent qu'il faut faire un choix entre la pérennité de l'ouvrage et les vertus écologiques de la construction et qu'ils étudient les alternatives actuelles telles que le ciment à base d'argile, le béton de chanvre, le béton de riz, le bétostyrène à base de polystyrène recyclé, le béton drainant, les nouvelles fibres... Les possibilités ne manquent pas. Notre seule préoccupation est de faire une maison insensible aux agents extérieurs (insectes, champignons, éléments naturels...) Le site https://www.aventurebulle.com/ accompagne la démarche avec plusieurs rubriques et la mise en place de tous les liens possibles vers d'autres sites, sources, afin que les plus curieux puissent approfondir ce sujet.

Le projet doit voir le jour dans le département de l'Aube (10), à 40 mn maximum de Troyes. Dans un but pédagogique, il comportera une maison familiale et un studio, afin que les curieux puissent expérimenter ce type d'habitat. Il est en effet difficile de s'imaginer vivre dans un espace rond, car il n'y aucun référentiel d'habitation dans cette forme, même si dans la région existent les cadoles, ces petites cabanes rondes dans les vignobles ! Suite à plusieurs balades et découvertes, deux pays ont été retenus : le Chaourçois et le Barséquanais, rares endroits où l'on dispose d'une vue. Et début 2017, ont été repérés quelques terrains susceptibles de convenir.

architecture3d.org Comme un encouragement au projet précédent ou à d'autres, le site est résolument optimiste : La photo a changé la peinture, le cinéma transformé le spectacle, l’enregistrement des sons renouvelé la musique, les imprimantes 3D susciteront une autre architecture. Les maisons bulles avant-gardistes préfigurent par leur liberté de formes le changement de l’architecture, cet art qui n’a pas encore été libéré. Les imprimantes 3D devraient faciliter les maisons bulles en rendant possible la variété des formes tout en diminuant les coûts excessifs de main d’œuvre.

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GROTTES ORNÉES Lascaux Le site est à Montignac avant que la Vézère serpente les long des falaises calcaires du Périgord Noir, jusqu’à la Dordogne, réunissant de nombreux sites du Paléolithique. Dans la colline proche de Montignac, la grotte de Lascaux et Le Regourdou (800m au-dessus de Lascaux, une tombe de pierre sèche surmontée d’une dalle funéraire abritait un squelette de Neanderthal en position fœtale –daté d’il y a 70 000 ans- et entouré d’outils et de trophées de chasse ; découvert en 1957 ainsi que de nombreux ossements d'ours brun dans une cavité). La vallée est surtout marquée par la présence de l’Homo Sapiens ou Cro-Magnon, notre ancêtre direct (cf bull n°31 p.22), arrivé le long de la Vézère il y a 35 000 ans, avec un foisonnement d’expression artistique et symbolique : parures (perles, dents percées, bracelets), sculptures et gravures sur os et sur pierre, et les grottes et abris ornés que sont Lascaux, La Mouthe, Font de Gaume, Combarelles et d’autres, dont 15 d'entre eux ont été classés au patrimoine mondial de l'Unesco en 1979 sous l'intitulé sites préhistoriques et grottes ornées de la vallée de la Vézère. Vers 10 000 ans environ se termine le Paléolithique et l’humanité se prépare à passer de l’économie primitive de chasse, de pêche et cueillette, à l’économie agricole et à l’élevage qui conduisent directement à la civilisation (André Leroi-Gourhan). La grotte originelle est protégée par sa géologie (une couche de marne imperméable l’isole de toute infiltration d’eau, empêchant toute nouvelle formation de concrétion de calcite) et par l’éboulement de l’entrée. A l’époque pas de forêt mais des falaises donnant accès aux cavités ; la première salle orientée plein ouest (des Taureaux) devait probablement bénéficier d’un éclairage naturel (cf bull n°41 p.45). L’éboulement de l’entrée il y a environ 15 000 ans a permis de préserver la cavité peinte ; un accès ne fut révélé qu’après le déracinement d’un arbre par une tempête au début du XXème siècle, créant un minuscule orifice. En 1940 sont ainsi découverts les 250m de galeries dont les peintures ou gravures réalisées sur le lumineux support de calcite blanche recouvrant la voûte minérale sont estimées entre 15 et 18 000 ans avant notre ère. La grotte est visitée dès 1943, aménagée pour recevoir le public (1 500 par jour) puis équipée d’un sas pour se protéger des désordres créés : trop de visiteurs entraîne une augmentation du taux de gaz carbonique et de bactéries, des algues prolifèrent près des lumignons… Le site sera fermé en 1963 (avant la première fermeture d’Altamira de 1977 à 1982) et un fac-similé est décidé en 1971 avec la formation d’un équipe de sculpteurs et de peintres ; deux reconstitutions auront lieu à proximité, l’une en 1983 (coques de béton et de fibrociment) et l’autre plus complète et plus précise en 2016 (coques de résine). AR’SITE n°52 juin 2017

Nef

Puits Sas entrée

Sas entrée Salle des Taureaux Diverticule axial

Puits

Entrée du fac-similé

La dernière (ci-dessus) est accompagnée d'un Atelier didactique (ci-dessous) où est présentée une maquette de la grotte au 1/50e (ci-dessus - les volumes creux sont en plein, comme un estomac déplié, et des mires permettent de voir intérieurement sur la tablette fournie –l’assistant de visite) et où les peintures, présentées en pièces détachées, sont détaillées, dessin par dessin. Elles sont expliquées vocalement par la tablette-assistant de visite et visuellement par des projections surlignant ou décomposant les dessins pour une meilleure compréhension. En haut un plan de la grotte originelle : en 1983 ne fut reconstituée que la galerie principale de la salle des Taureaux. En 2016 la réplique comporte également la Nef et l'Abside qui conduit dans la galerie du Puits. Celui-ci, trop difficilement accessible (5m en contrebas) ne figure pas dans le facsimilé ; il est en revanche présenté dans l'Atelier, au milieu des morceaux choisis (au premier plan de la maquette et à l'arrière plan ci-dessous).


S N I A R R

Celui-ci a été ouvert au public en 2015 (cf page 59 et bull n°47 p.14), accompagné du bâtiment de la Galerie de l'Aurignacien où sont expliqués l'environnement de l'époque, le site original et les arts pratiqués. La taille de la grotte fait que s’y retrouvent deux sortes d’expression pariétale, la première partie plutôt rouge (ocre) et la seconde plutôt noire (charbon de bois). Il est à noter que c’est d’ailleurs une des rares grottes où se rencontrent des traces de feu, qui servaient peut-être de balisage du parcours. Par ailleurs l’entrée de la cavité était utilisée par les ours en hiver pour leur hibernation, ce qui laisse supposer que les hommes ne l’investissaient qu’au départ des animaux : ils semblent avoir surtout représenté des scènes de printemps (dimension des bois des cervidés par exemple). Beaucoup moins sèche que Lascaux, la grotte du Pont d’Arc a été profondément marquée par l’augmentation de la pluviométrie depuis la fin de la période glaciaire il y a environ 10.000 ans. Elle possède de nombreuses formations (concrétions, stalactites et stalagmites, voilages avec coulures en biais, colorées par l’oxyde de fer de la roche…) ainsi que des effondrements de sol. La restitution combine ainsi mortier paysager et résine pour mieux reproduire le milieu souterrain, avec la scénographie conçue par Scène.

T U

Découverte en 1991 dans les calanques marseillaises, près du cap Morgiou, la grotte Cosquer est datée d’il y a 19 à 27 000 ans (cf bull n°41 p.45). Son entrée est sous plus de 30m d’eau (ci-dessous) car lors de la dernière glaciation le niveau de la mer était une centaine de mètres plus bas qu'aujourd'hui mais sa proximité a motivé des représentations d’animaux marins ; c’est sans doute il y a 7 000 ans que la galerie d’accès devint inaccessible et l’eau atteint maintenant la grotte elle-même, ayant seulement épargné 1/4 des œuvres, situées dans la partie hors d’eau, mais cette proportion risque de se réduire encore avec le réchauffement climatique. La question de la mise scène d’un éventuel fac-similé est donc urgente, y compris pour la continuité des travaux scientifiques.

E

Cosquer

O

Si Lascaux reproduit fidèlement à proximité du site de découverte une partie des galeries peintes, l’opération est impossible pour la grotte Chauvet qui s’étend sur 400m de profondeur et par endroit plus de 50m de large. Il s’agit donc de morceaux choisis après identification des éléments remarquables (cf ci-dessous). Le lieu de restitution n’a pas été choisi près du site originel qui se trouve être dans une des falaises d’un ancien méandre de l’Ardèche, celui où le Pont d’Arc a permis à la rivière un trajet direct : il est donc situé sur un plateau voisin, le passage de l’appellation grotte Chauvet à celui de caverne du Pont d’Arc permettant néanmoins de relier intellectuellement le fac-

similé à la cavité originale (cf bull n°48 p.50) qui était accessible par une longue rampe tracée naturellement dans une paroi rocheuse. Deux périodes d’occupation ont été identifiées, l’une dont les dessins remontent à -36 000 ans (aurignacienne, 2 fois plus vieux que les peintures de Lascaux, de -18 000 ans) et l’autre à -29 000 ans (gravettienne). Ils ont été conservés, comme à Lascaux, grâce à un éboulement du porche de l’entrée ayant eu lieu il y a 22 000 ans. Après sa découverte en 1994, elle fut protégée dès 1998 par la sécurisation immédiate de l’accès et de la progression dans la cavité, en créant un sas d’entrée et des passerelles de circulation que l’on retrouve en plus grande largeur dans le fac-similé. (cf bull n°41 p.44 et ci-contre en bas).

S

Caverne du Pont d'Arc

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avec son matériel d’époque, avant la mécanisation systématique de l’extraction de la pierre (cf bull n°48 p.60). Dans l’Echo des carrières (publication des éditions Le Treuil d’Eméville) ou sur le site internet https://carrierespatrimoine.wordpress.com/ sont diffusées nouvelles ou relevés consciencieux des traces de l'activité passée. Parmi les graffitis recensés, certains gardent la mémoire d'accidents de carrière : Au souvenir d'un carrier et de son fils écrasés le 11 mai 1838. Priez Dieu pour leurs âmes (ci-contre, en bas). Les outils représentés (un pic et un taillant) peuvent laisser penser qu’il s’agissait de deux carriers. Agora

Le choix d'un lieu suceptible d'abriter une reproduction de la grotte Cosquer (50m x 20m x 10m en taille réelle) fait couler beaucoup d'encre : dès 1994 les sous-sols des Docks de la Joliette, alors en plein travaux de rénovation, puis en 2007 dans les souterrains du fort d’Entrecasteaux, dominant l'entrée du vieux port, en 2011 dans le fort Saint-Jean et maintenant dans l'Agora de la Villa Méditerranée (cf bull n°44 p.9), voisine du Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem). Ce bâtiment de Stefano Boeri géré par la région a du mal à trouver son usage depuis son inauguration en 2013 et possède la particularité de posséder en sous-sol une grande salle, l’Agora, recouverte par un bassin et s’éclairant à travers (ci-dessus).

Il s’agirait d’une reproduction à 90% de la vraie grotte, accompagnée d’un espace multimédias dans le porte-à-faux de 40m qui surplombe le bassin. Dans cette hypothèse, le fac-similé serait donc, comme ceux de Lascaux et du Pont d'Arc, lui aussi accessible en descendant sous terre et sa situation sous le bassin entretiendrait une vraie relation avec la remontée des eaux depuis la fin de la période glaciaire et le changement d’environnement pour les hommes. Elle pourrait même remonter encore plus loin dans le temps et aborder le phénomène de drainage souterrain à l’origine géologique de formation de ces cavités il y a 60 millions d’années, à l’intérieur des calcaires accumulés précédemment au cours du crétacé supérieur dans une mer peu profonde. (info Martine Lonjon)

HISTOIRE Carrières Patrimoine Cette association picarde s'attache depuis plus de dix ans à dégager et faire revivre le patrimoine souterrain d' Eméville (Oise) : l'accès difficile de la Carrière Sarazin par puits uniquement a permis la préservation du matériel qu'elle contenait, témoignage de cette industrie de la pierre de la commune, vers 1920,

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Sarcophages à Terrasson-la-Villedieu (24) La découverte d'une quinzaine de sépultures mérovingiennes en 2003 en pleine ville lors de travaux de terrassement a conduit à créer une vitrine pour les mettre en valeur. Elles attestent de la présence d’un cimetière autour de l’ancienne église SaintJulien. L’aménagement paysager initialement prévu à cet emplacement se trouve désormais sur la terrasse, au-dessus de cette vitrine.

Southbridge, les Voûtes d'Edinburgh Dans cette ville d'Ecosse le Royal Mile est l'épine dorsale conduisant au château, bordée de chaque côté par deux longues vallées (ci-dessous). En prolongement du premier North bridge construit en 1772 entre High street (une des rues du Royal Mile) et Princes street, un pont Sud de 19 arches fut construit en 1788, reliant High street à Chambers street. Sous les arches, plus d'une centaine de voûtes et de pièces furent aménagées. Le pont existe toujours, mais disparaît aujourd'hui derrière les immeubles qui le bordent, sauf la grande arche du Cowgate qui le traverse en contrebas (ci-dessous en bas à droite). Pendant une trentaine d'année, les voûtes abritèrent tavernes, cordonniers ou stockage


COMMUNAUTÉS SOUTERRAINES A l'instar de projets de communautés de survie comme celle de Trident Lakes (cf page 7), d'autres installations souterraines sont imaginées :

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Vue du "dessous" d'un immeuble récemment construit entre Cowgate et South bridge par Allan Murray, suite à l'incendie de tout un ilot en 2002.

Edinburgh a également la particularité de posséder comme Pérouse (cf bull n°51 p.50) une ruelle souterraine, Mary King's Cove (= ruelle). A environ 150m du South bridge, une des nombreuses ruelles étroites qui descendaient depuis High street (ci-dessous à gauche au XVIe siècle) n'a pas entièrement disparu avec le quartier qu'elle desservait, car elle a été partiellement recouverte par le Royal Exchange (future City Chamber) construit en 1753 (ci-dessous).

En 2003 les restes de la ruelle oubliée ont été réouverts et transformés en attraction touristique (ci-contre), entre hitoires de fantômes (comme les Voûtes !) et vie au XVIe siècle.

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de biens illégaux, puis servirent d'habitat pour les plus pauvres. Les voûtes font aujourd'hui l'objet de visites mais n'ont plus d'usage. Les bâtiments ajacents ont des entrées, voire des fonctions séparées entre le dessus du pont (comme un immeuble normal) et le dessous (adossé aux voûtes).

Le groupe Vivos, fondé par Robert Vicino et basé en Californie, possède plusieurs lieux de bunkers souterrains aux U.S. et un en Allemagne. Des refuges privés capables d'accueillir des milliers d'individus en cas d'attaque nucléaire, menace chimique, d'origine terroriste ou accidentelle, voire une éruption solaire de grande ampleur. La multiplication des attentats aurait fait exploser la demande. https://terravivos.com/ D'un côté le groupe commercialise des abris Vivos Quantum Shelter à installer dans sa propriété (tubes de 12,20m et de 2m60 de diamètre), de l'autre il propose des communautés de survie généralement aménagées dans d'anciens bunkers. - Vivos Indiana est réalisé. Un ancien bunker de béton de l'époque de la guerre froide transformé dans l'esprit hotel : largement décoré, il comprend des réserves de nourriture, de fuel, d'eau... De quoi survivre pour 80 personnes un peu plus d'un an. L'accès se fait par une émergence.

- Vivos Survival Shelter & Resort est un abri suceptible d'accueillir 5000 personnes dans une ancienne carrière d'Atchison (Kansas). Lancé en 2013, ce projet proposait d'accueillir mobile-homes, caravanes ou camping-car au milieu des piliers, l'aménagement bénéficiant d'un parcours de golf et d'une piste de skateboard souterrains. Une survie d'un an était annoncée, mais le projet fut abandonné en 2014 suite aux incertitudes quant à la stabilité géologique de ces espaces souterrains, jugée incapable de résister aux forces catastrophiques prévues. (cf bull n°50 p.55-57) - Vivos XPoint est un vaste terrain dégagé situé au sud d'Edgemont (Dakota du Sud). Cet ancien dépôt d'explosifs et de munitions comporte 575 bunkers militaires en béton, désaffectés depuis 1967. Vivos acquiert

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SOUTERRAINS le terrain et les bunkers en 2016 et propose la plus grande communauté d’abris de survie. Les clients achètent leur bunker en l'état, sans plomberie, ni électricité ou filtration d'air ; ils l'aménagent à leur façon ou font appel à Vivos pour celà. Ci-dessus une proposition avec lumière simulée par des écrans de LCD. La société prévoit également de transformer l’un des abris en école et espace de formation.

- Vivos Europa One est enfin une ancienne forteresse souterraine de 25.000m2 à Rothenstein (près d'Iena, Land de Thuringe) qui devrait être réaménagée en Allemagne en résidence de luxe pour 6000 personnes avec piscine, aquarium, boulangerie, brasserie, studio de télé et de radio... Il y aura même des douches de décontamination et une banque d'ADN pour repeupler la planète en cas de grosse catastrophe ! Chaque famille dispose d'un espace de 232m2 dont la hauteur permet deux niveaux. (ci-dessous)

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Rome antique, dérivé du latin op-pedum, un espace fermé, utilisé pour décrire les forteresses qui ont été construites en Europe à l’âge du fer ! Le général à la retraite Andor Sandor est associé comme directeur de la sécurité et garant du projet Oppidum : fournir un logement à long terme pour les résidents – jusqu’à 10 ans si nécessaire – sans avoir besoin d’approvisionnements extérieurs. Cela impliquera des stocks à grande échelle de denrées non périssables et d’eau, ainsi que des équipements de purification de l’eau, des fournitures médicales, des installations chirurgicales, et des réseaux de communication avec le monde extérieur. Pour le confort et le luxe, il y a un jardin souterrain avec une lumière naturelle simulée, ainsi qu’un spa, une piscine (ci-dessus), un cinéma, une bibliothèque et d’autres installations de loisirs. Il y aura des bureaux et une salle de conférence ainsi que des coffres-forts personnalisés privés conçus pour stocker des objets de valeur et des collections d’art personnelles... Le projet ne semble pas encore avoir d'acquéreurs.

CONTEMPORAIN Parois moulées apparentes (78)

Vivos posséderait deux autres abris de survie sur le vieux continent. Ils pourraient accueillir chacun près de 1.000 personnes. Pour l'heure, aucun Etat n'aurait contacté la société qui ne compte que des particuliers parmi ses clients.

Ces deux nouvelles stations de tramway souterraines (cf page 6) se caractérisent par leurs conservés bruts de moulage : des parois moulées à plus de 30m de profondeur, réalisés successivement avec injection de boue de bentonite pour maintenir les terres, insertion des armatures puis injection du béton depuis le bas. Les flux souterrains laissent d'étonnantes traces mises en valeur par l'éclairage rasant.

Oppidum

Liaison souterraine (Eden Project)

Autre projet, un bunker militaire en République Tchèque. Construit entre 1984 et 1994, il est acquis par l'entrepreneur tchèque Jakub Zamrazil qui le nomme de ce mot latin signifiant le cœur principal dans une zone administrative de la

Ce projet d'hôtel de 109 chambres près de St-Austell (Cornouailles) respecte l'esprit du parc. Pour en diminuer l'impact visuel, l'architecte Tate Harmer l'a divisé en deux blocs reliés par un couloir de service souterrain. Livraison prévue en 2018.

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Ieoh Ming Pei à Washington Le généreux espace souterrain qui relie les deux ailes de la National Gallery réalisée en 1978 possède des émergences (voir p.19) qui permettent à la lumière de descendre même jusqu'au sol en suivant le plan incliné de la fontaine-cascade. Ci-dessous

Qu’elle soit directe ou transversale, qu’elle soit zénithale ou canalisée par un puits lumineux, la lumière vient renforcer l’identité de chacun des musées, prévus pour l'horizon 2020.

Maison souterraine à Manchester Les deux niveaux de cette maison circulaire sont installés en sous-sol (cf bull n°46 p.55), éclairés par un puits de lumière qui devient un atrium.

Edifié en 1982, l'ensemble des petit et grand volcans est inscrit au Patrimoine mondial de l'Unesco depuis 2005 et en 2010 est engagée la restauration de la place basse de l’espace Niemeyer. Le petit Volcan confié à Sogno Architecture devient en 2015 une médiathèque baignée de lumière grâce à une verrière monumentale couvrant le cratère.

Conçue par l'architecte James Bell, elle est accessible par un petit édicule classique dissimulant un jardin extérieur ceinturé d'une haie de lauriers. Sous son toit de verre, un escalier circulaire conduit au premier niveau (ci-dessus) comprenant autour l'atrium central les espaces de vie et les chambres triangulaires. Le même escalier (ou un toboggan depuis la chambre principale !) permet de rejoindre le second niveau consacré aux loisirs avec une pisicne-jacuzzi, un bar de billard, des vestiaires, une salle de sport et deux chambres supplémentaires, avec dressing et salle de bains. Située à Bowdon (comté du Grand Manchester), baptisée Perdu, elle a été imaginée et réalisée (bien que plusieurs images fassent très synthétiques !?) par deux entreprises, Neil Collins Homes et Huntsmere. (Info juin 2015 Inhabitat)

MAAT à Lisbonne

Métro Cité à Paris

Nouveau musée installé en rive du Tage (voir p.5), le MAAT dispose d'espaces souterrains éclairés indirectement par le reflet de la luminosité dans le surplomb de la façade au-dessus d'une verrière.

Dans les propositions de D. Perrault (voir p.9) il serait envisageable d'ouvrir à la lumière naturelle les puits de la station Cité, l'un sous la serre du marché aux fleurs, l'autre à une extrémité de la Place de Lutèce.

Espace Niemeyer au Havre

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Seine

Pôle muséal à Lausanne Deux projets pour regrouper plusieurs musées vaudois à proximité de la gare. Choisi en 2015, le projet de Aires Mateus concerne la photographie (l'Elysée) et de design (le Mudac) réunis dans un volume opaque semi-enterré traversé par une faille lumineuse exprimant un espace partagé.

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RÉINVENTER PARIS II CONGRÈS AFTES Appel à projets les Dessous de Paris Fin mai 2017 était lancée la deuxième édition de cette consultation lancée avec succès en novembre 2014. Comme prévu, elle porte sur le formidable potentiel que représentent les sous-sols parisiens (cf bull n°50 p.9). http://www.reinventer.paris/fr/sites/ (info Emmanuelle Doërr)

Annoncé depuis plusieurs bulletins (cf bull n°47 p.55, n°50 p.52) ce 15ème congrès de l'Association Française des Tunnels et de l'Espace Souterrain commencera par L’espace souterrain notre richesse, exposition et communications du 13 au 15 novembre 2017 au Palais des Congrès Porte Maillot). Il continuera le 16 novembre par Construire l’avenir à la Cité de l’Architecture et du patrimoine, qui proposera des réflexions de l'objet architectural souterrain à l'urbanisme entre sol et sous-sol, puis une comparaison de stratégies urbaines entre le Grand-Paris et Singapour. Interviendra également Dominique Perrault, et à cette date seront remises les premières pistes de projets pour les Dessous de Paris (cf ci-contre), le Rendu des manifestations d'intérêt de l'appel à projets étant annoncé pour le 15 novembre. www.aftes2017.com

LETTRE SFES Avec 34 nouveaux sites à réinventer, l’appel à projets va permettre aux équipes, partenariat entre divers acteurs pour fabriquer une ville, d'imaginer de nouvelles activités et de libèrer leur créativité : usages nocturnes, culturels, logistiques, sportifs, récréatifs. En y apportant de la lumière naturelle et en créant une nouvelle relation verticale entre la ville souterraine et la ville à l’air libre, les projets ouvriront une nouvelle dimension de l’urbanisme. Les tunnels, stations inutilisées, parkings, réservoirs, sont autant d’infrastructures qui méritent une seconde vie. Les mutations de la mobilité et de l’espace public nécessitent de se pencher sur tous ces espaces qui peuvent devenir des destinations. Entre autres, à consulter sur : http://www.reinventer.paris/fr/sites/ Tunnels routiers de la voie Georges Pompidou (850m de long à hauteur des Tuileries et du Louvre puis 240m à hauteur du Port Henri IV), du souterrain de la Place de l'Etoile, du souterrain du Pont-Neuf (2000m2 d'ancienne voie de transit des Halles) Parkings du Grenier Saint-Lazare (3e) avec les 2200m2 en sous-sol de cet ancien parc de stationnement automatisé, Procession (15e) dont les niveaux inférieurs seraient disponibles, Ardennes (19e) 70 emplacements sur 3 niveaux. Stations de métro fantômes (inutilisées) du Champs-de-Mars (7e), de CroixRouge (6e), de Saint-Martin (3e-10e), la Galerie Valois sous la place du Palais Royal (créée en 1900, 40m de long et 6m de large avec longue vitrine) et 170m d'espace sous les pilotis du métro aérien boulevard Blanqui (13e). Tunnel ferroviaire de la Petite Ceinture (250m entre l'espace aménagé pour le public et la parc Georges Brassens). Réservoirs de Passy (16e) pour le réseau d'eau non potable, deux d'entre eux sont inutilisés : Villejust sur 3000m2 au sol et deux compartiments superposés avec des hauteurs atteignant 6m sous voûte et La réserve incendie d'un seul niveau de 1000m2. La main jaune (17e), mythique discothèque du film La Boum, ouverte en 1979 et fermée en 2003, occupant avec un Bowling les 3 000 m² aménagés sous la voie publique et au-dessus d'un parc de stationnement et de l'ancienne station-service du périphérique intérieur porte Champerret (autre site de l'appel à projets). A proximité se trouve l'Espace Champerret où se tiennent en souterrain de nombreux salons. Aucun site ne propose de traiter des souterrains issus de carrières.

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En dehors des informations déjà intégrées dans le corps du bulletin, quelques extraits des dernières lettres de l'association française des souterrains :

Anasazis, dynastie féminine

Retour en 1896 : les archéologues découvraient les ruines d’une maison de 650 pièces sur le site de Pueblo Bonito, au Nouveau-Mexique, avec au centre une crypte à l’intérieur de laquelle 14 personnes étaient ensevelies avec des parures qui soulignaient leur importance au sein de cette hiérarchie maintenue entre 800 et 1250. Aujourd’hui, une analyse génétique des restes de neuf de ces personnes suggère que celles-ci appartenaient toutes à la même lignée maternelle. (lettre 183 février 2017)

Réservoir redécouvert à Houston (Texas)

Construit en 1926 pour l'alimentation en eau potable, ce réservoir fermé en 2007 a failli être détruit en 2010. Il fut d'abord cédé à l’association Buffalo Bayou Partnership chargée de la rénovation et de l’expansion du parc urbain à l’entrée du centre-ville, pour en faire un parking, puis devant la beauté du lieu avec ses 221 colonnes de 8m de haut (ci-dessous) il fut décidé de le sauvegarder.


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ils créent un parvis spacieux à l’entrée du boyau (ci-dessus état existant et état futur) et de l'autre ils le prolongent de 170m par un tunnel contemporain en pente douce, plus large et équipé de tapis roulants. Au milieu de l'ensemble (coupe en bas de page) un puits vertical abritera une sortie de secours et des locaux techniques d'éclairage et de ventilation. (lettre 182 janvier 2017) Rebaptisé The Cistern (La Citerne) et aménagé pour accueillir le public, le site a ouvert ses portes en mai 2016. Une entrée de plain pied est créée et l'artiste newyorkais Donald Lipski a installé un Down Periscope, permettant comme au parking des Célestins à Lyon de percevoir l'intérieur depuis la surface (ci-dessus et cf bull n°4 p.13). Dédié à l’exposition de créations artistiques contemporaines et éphémères, permettant aux artistes d’utiliser librement l’espace mis à leur disposition, il souhaite devenir l’un des lieux emblématiques de l’art américain moderne. (lettre 182 janvier 2017)

Réusage de tunnel à Champel (Suisse) Avenue de Beau-Séjour à Genève, un ancien tunnel en bon état, abandonné en 1958 après avoir servi de cave à fromage, est réutilisé pour la

liaison piétonne entre l'avenue et la future gare Champel du train régional transfrontalier. Braa, BR architectes associés, conservent la forme voûtée et en pierres apparentes de cet ouvrage d'une cinquantaine de mètres et à l'origine inconnue (ci-dessus, au fond de la perspective) ; d'un côté

Concours d'architecture à Matera (Italie) Dans un ancien sasso, un concours d’architecture entre 5 agences vise à aménager un lieu dédié à l’histoire des vins locaux et à leur dégustation. Les lauréats sont les Belges De Vylder, Vinck & Taillieu. (lettre 182 janvier 2017)

Eboulement à la Roque-Gageac en 1957 En janvier 1957, un pan de la falaise qui surplombe le village s'écroule, emportant la route, six maisons et une grange et trois personnes meurent. Sensible au soleil et à la pluie, le vieillissement du calcaire fragilise la roche et ses altérations peuvent déclencher des éboulements. Sans faire de victime, des roches s’étaient déjà détachées en 1920, puis de nouveau en 1994, 2010. Des travaux de consolidation sont en cours depuis 2015. (lettre 182 janvier 2017) Gare

<---------Ancien tunnel--------->

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Le premier fac-similé de Lascaux (cf p.50) est proposé en 1983, 200 m en contrebas de la grotte originale, au milieu de la forêt qui recouvre aujourd'hui la colline. Installé sous un volume de béton recouvert de terre et planté, son accès rappelle l'original (ci-dessous)

V

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G

LASCAUX 2

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PAYSAGE PRIMITIF

et l’aménagement d’un parc animalier rappelant les animaux peints (chevaux de Prjevalski, bisons, cerfs, aurochs…) ; ce centrage sur les relations entre l’homme et l’animal est motivé par leur importance non encore expliquée puisqu’ils sont le motif principal –quasi exclusif- des représentations à Lascaux (alors que des représentations humaines apparaissent dans la grotte du PechMerle -Lot- entre -24 000 et -14 000 ans).

LASCAUX 4

Lascaux 1, l'original

Lascaux 2

dont l'entrée a été protégée par un sas maçonné. La croissance des arbres depuis plus de 30 ans dissimule les émergences et les grilles installées au-dessus de ce tumulus et l’ensemble du site de Lascaux 2 est un sous-bois où des structures courbes en bois et en toile protègent des lieux d’information, d’attente pour l’accès, et les volumes de bois créés pour l’accueil et la boutique (ci-dessous). Une référence à du land’art est même proposée, les cheminements

Lascaux 2, le sous-bois

Lascaux 2, le tumulus

prenant en sous-bois la forme de dessins pariétaux emblématiques : en témoigne la sortie du fac-similé sur un palier en plein-air disposant d’une longue frise explicative sur les hommes de la préhistoire –la tombe de Neanderthal est toute proche- et de deux formes métalliques symbolisant les cornes du Grand Taureau représenté au sol. (ci-dessous)

Une seconde étape est franchie avec l’ouverture du parc du Thot à Thonac, en aval de Montignac qui se dote en 1984 puis 1991 de fac-similés de la Nef, et surtout d'une animation permettant de côtoyer les animaux préhistoriques disparus (mammouths, lions des cavernes, mégacéros…)

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Lascaux 2 étant trop près de la grotte c’est au pied de la colline de Montignac, aujourd’hui sanctuarisée, qu'ouvre fin 2016 Lascaux 4, Centre international de l’Art pariétal (cf bull n°51 p.8). Construit sur un terrain dégagé, l'environnement boisé n'est utilisé que pour évoquer les circonstances de la découverte de la grotte ornée ; le parcours d'approche comporte des simulations de l'environnement tel qu'il devait être il y a 20 000ans, sans forêt mais avec des falaises. Ci-dessous

L'architecture-paysage imaginée par le cabinet norvégien Snøhetta (associé au départ avec Duncan Lewis) sert la mise en scène : de loin le bâtiment à la toiture végétale apparaît comme une fente géologique dans le relief naturel. De près, la

sensation est confirmée avec des espaces géologiques comme la grotte de la cafeteria, le traitement stratifié des parois de béton et extérieurement un cheminement sur le toit ouvert à tous, indépendamment des circuits de visite. (voir page 71). De plus cette configuration permet d’offrir un véritable parcours initiatique aux visiteurs : depuis l’intérieur, un généreux ascenseur conduit sur la terrasse, en plein-air même si le temps est incertain, pour éprouver le contact avec le bois voisin, revivre la découverte de cette grotte en s’enfonçant progressivement sous terre grâce à un cheminement aménagé entre le bâtiment et la colline retenue par une paroi habillée de pierres du pays, du toit (recouvert de la terre excavée) à l’entrée du fac-similé (ci-contre, en haut).


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A l’opposé, l’espace de restauration appelé La Terrasse est un bâtiment très aérien et les seules architectures rencontrées pendant le cheminement sont 5 kiosques-découvertes, en bois, avec quelques panneaux explicatifs. (ci-dessous)

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Une démarche qui n’est pas sans rappeler celle qui était celle de Lascaux 2 au sein du couvert végétal de la colline et revendiquant une composition façon land’art (ici aussi l’organisation des volumes construits en 5 pôles est censée représenter une empreinte d’ours géante ! ). L’accès se fait par une ouverture dans un bâtiment discret qui clôt le parking : elle conduit à un espace en cour, protégé par une structure sur pilotis qui évoque le minéral et la falaise (ci-contre) que l’on retrouvera avec l'enveloppe du facsimilé de la caverne. Abritant la boutique et l’administration d’un côté, les espaces d’exposition artistiques et salles pédagogiques de l’autre, les deux ailes courbes s’éloignent progressivement l’une de l’autre jusqu’à disparaître et laisser le visiteur se guider grâce aux fléchages au milieu de la garrigue (ci-contre en haut). Il peut ainsi se rendre à quelques pas, dans

Les divers parcours à travers la végétation convergent à l’extrémité du site vers un chemin qui longe une évocation de falaise (le bâtiment circulaire abritant la reproduction de la caverne) et invite à s’enfoncer sous terre en empruntant une rampe circulaire : d’abord à ciel ouvert puis dans un espace couvert (ci-dessous) mais bénéficiant d’une large ouverture sur l’amont de la vallée de

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L’image retenue de l’architecture de cette restitution (cf p.51) est certes celle d’un aspect plissé reprenant la symbolique de la falaise, faute de retrouver à proximité du site de vraies falaises comme celle qui donne accès à l'original ; mais à la différence des vues aériennes ou des photos de la presse (cf bull n°47 p.14), les bâtiments sont d’une remarquable discrétion pour les visiteurs. L’éclatement du programme en plusieurs pôles a permis de disperser les volumes dans la garrigue de chênes verts et de buis, une immersion dans le paysage géré par le paysagiste parisien Franck Neau. Chauvet, l'original

la galerie de l’Aurignacien, centre de découverte du milieu paléolithique. Le bâtiment est partiellement taluté, ce qui permet d’y pénétrer en ayant la sensation de rentrer sous terre retrouver les origines, en suivant un chemin courbe et horizontal conduisant à une architecture très classique.

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PONT d'ARC

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Lascaux 4, entrée du fac-similé

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Lascaux 4, le parcours

Chauvet, entrée du fac-similé

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La protection et le respect de Tata'a et de la crique voisine de Vaitupa mobilisent nombre d’associations de l’île de Tahiti, le site étant menacé depuis 2009 par l'extension d'un hôtel de luxe qui s’étale déjà jusque sur la mer avec des bungalows pieds dans l’eau (ci-dessous) sur le domaine public. l’Ardèche. A cet endroit abrité les groupes sont constitués pour se préparer à la visite. En sortant de celle-ci les visiteurs se retrouvent au pied de la fausse falaise, mais sans jamais être écrasés par le bâtiment dont la courbure minimise la masse, et ils peuvent alors reprendre l’un ou l’autre des cheminements à travers la garrigue. Ce n’est qu’en circulant sur le plateau entre Vallon Pont d’Arc et le site de la reconstitution qu’apparaît, émergeant de la végétation au détour d’un virage, la façade minérale de la falaise plissée évoquant le site original (ci-dessus).

SITES SACRÉS en POLYNÉSIE La question d'un paysage primitif renvoie à l'idée qu'on s'en fait, entre géologie et végétation, comme dans le cas des sites accompagnant les fac-similés des grottes ornées (cf précédemment), ou renvoie à des mythes ancestraux qui ont donné une signification particulière à certains sites naturels. C'est le cas de lieux occupant les pointes nord-ouest des îles du Pacifique, sites sacrés ma’ohi localisés sous le vent (des Alizés). Selon la conception polynésienne du monde, l’âme, après s’être séparée de ses enveloppes temporelles, effectue un parcours précis, puis se dirige vers le promontoire où elle se recueille, fait le bilan de son incarnation et comprend ce qu’elle a accompli. Elle se concentre alors et prend, parmi les différents voies possibles, celle qui la mènera du monde matériel, visible au monde immatériel, invisible.

Sur l’île de Tahiti, le site majeur d’envol des âmes est la pointe Tata'a, situé sur une petite colline de la commune de Faa'a (ci-dessus). Le nom de Tata'a a été attribué à ce type de lieu, taa signifiant d’une part se séparer, se détacher et d’autre part comprendre. Ces lieux sont appelés Ke-Kaa (l’équivalent de Te-Taa, ou Ta-Taa) sur l’île de Maui (Hawaii), ou plus souvent nommés Te-Rei-A-Varua, Rere-AVarua, avec toutes les variantes linguistiques propres à chaque archipel ; dans la plupart des cas, ces lieux sont inconstructibles, et l'absence de structures construites de main d’homme tels que marae (ci-contre), ou paepae témoigne de la volonté de réserver ces lieux à l’usage exclusif des âmes en partance. Cette virginité affirme ou confirme l’extrême sacralité du lieu, un lieu si sacré que l’homme n’ose pas y apposer sa trace.

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Le gouvernement de Tahiti n’ose demander le classement de Tata'a au "patrimoine immatériel" de l'Unesco, malgré l'intérêt d'un tourisme mondial de plus en plus demandeur de culture authentique et de sanctuaire, ce que ce site voué à la quiétude et au recueillement pourrait devenir. Des parcs similaires sont vénérés au Japon. Un nouveau projet d’envergure apparaît en 2016 : étêter la colline d’envol des âmes, récupérer la terre déblayée pour remblayer la crique de Vaitupa ainsi transformée en marina de luxe, et sur la colline arasée implanter quatre immeubles dotés d’appartements avec vue. (infos Patrick Kulesza / Gitpa, Groupe International de Travail pour les Peuples Autochtones et https://www.tahitiheritage.pf/ envol-ames-rereraa-varua/) Cette tradition sacrée s'appuyant sur le vent remonte peut-être jusqu'à plusieurs millénaires ! Courrier international du 11 mai 2017 contient un aticle consacré aux cerfs-volants indonésiens de fibres végétales : ces kagathi kolope sont considérés comme l’ancêtre du cerf-volant. Ils chassaient les insectes prédateurs ou les oiseaux gourmands au-dessus des rizières, mais les anciens disent que le cerf-volant c’est une âme. Un parallèle avec ces lieux d’où s’envolent les âmes ? Selon diverses sources, le cerf-volant serait né en Chine voilà plus de 2 500 ans, mais les recherches récentes d’un anthropologue allemand affirment que les cerfs-volants existaient bien avant en Indonésie : il se base sur les peintures rupestres préhistoriques (de 40 000 ans !) de la grotte Sugi Patani à Liang Kabori dans l’île de Muna (voir Le premier homme au cerf-volant, par Wolfgang Bieck, 2003). Plus matériels, même s'ils ne sont pas forcéments imposants, les marae sont des plates-formes le plus souvent en pierres volcaniques ou en corail, où se déroulaient les anciens cultes, associés souvent à des cérémonies culturelles, sociales et politiques de la société polynésienne pré-européenne. Dans l'archipel de la Société, l'île Sous-le-vent de Raiatea comporte plusieurs marae dont le marae royal de Taputapuata, le plus grand et le plus sacré des marae de Polynésie (ci-dessous).


CLOÎTRES - à Barcelone, la cathédrale gothique de la Santa Creu i Santa Eulalia possède un cloître accessible depuis l'intérieur ou depuis la carrer del Bisbe. Datant du XIVe siècle, il est connu pour ses oies en liberté et sa fontaine. - en Avignon, le cloître Saint-Louis possède sous ses platanes centenaires une fontaine moussue. Construit au XVIIe siècle par les jésuites pour être leur noviciat, il fut transformé après la Révolution en succursale des Invalides puis en hospice Saint-Louis. A partir de 1987 il reçoit dans l'aile droite, un hôtel de prestige aménagé par Jean Nouvel, et dans les autres une école de spectacle des expositions.

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Nombreux sont les lieux de la bordure méditerranéenne où se rencontrent ces fontaines moussues qui apportent un peu de fraîcheur aux espaces soumis à la rigueur du soleil. Parmi eux :

- le bassin du square Planchon, ouvert en 1858 devant la gare, est agrémenté d'un îlot moussu : un petit rocher d'une cinquantaine de centimètres ayant pris cet aspect de choux-fleur-vert à force du dépôt de calcaire d'un jet d'eau et de la poussée de mousses. - En 1992 une petite Fontaine moussue vient animer la place Saint-Anne bordée de cafés et restaurants à l'ombre des arbres, installée pour marquer la rénovation de ce vieux quartier.

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FONTAINES VERTES

- à Salon-de-Provence (13), place Crousillat, la Fontaine Moussue est une véritable mascotte de la ville. Edifiée en 1775 sur ce grand lieu de promenades et de rencontres des Salonais venant profiter de la fraîcheur sur cette ancienne Place des Arbres (où une fontaine y existait déjà au XVIe siècle), cette Grande Fontaine est une fontaineabreuvoir servant lors de la transhumance : déco-

PLACES En Provence, les fontaines ont été le cœur de la vie commune. La sur-verse des fontaines et des lavoirs irriguait les jardins potagers en contrebas des habitations. Leur sauvegarde, puis leur restauration, ont commencé dès les années 1980

Dans les plus grandes villes, devenues ornement, les fontaines peuvent participer à l'ordonnancement urbain. - à Montpellier (34), la fontaine des Trois Grâces orne depuis 1793 la place de la Comédie, sur un socle de marbre blanc provenant d'une statue de Louis XIV abattue l'année précédente ; il se tranforme en une rocaille végétalisée.

rée de masques crachant de l'eau encadrés par des têtes de lions, elle est surmontée de deux vasques et les concrétions calcaires ont soudé les deux vasques ainsi que la mousse et la végétation qui lui donnent aujourd'hui cette forme si particulière. Une plus petite existait aussi en 1770, place Louis Blanc, avec également 2 vasques superposées avant que la mousse ne les recouvre. - à Aix-en-Provence (13), construite en 1666 à l'emplacement du rempart sud, la fontaine dite "moussue" a été la première des trois fontaines édifiées cours Mirabeau. Transformée en 1760, elle est alimentée par une eau chaude thermale à 18°, non potable mais longtemps utiliAR’SITE n°52 juin 2017

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sée pour laver le linge ou laver les sols ! Ses sculptures ont disparu aujourd'hui, sous les amas de mousse et de calcification (comparer l'évolution du volume entre le début du XXe siècle -p. 61- et le début du XXIe ci-contre). Emile Lèbre, intéressé par les plantes locales, y a noté trois mousses de variétés différentes, une algue à filaments et plusieurs espèce de diatomées (algues unicellulaires). - Autre fontaine du cours Mirabeau aujourd'hui moussue, celle des Neuf Canons fut construite à la suite de la démolition en 1690 d'une autre fontaine qui servait d'abreuvoir lors la transhumance des moutons provenant d'Arles : la ville décida d'édifier une nouvelle source d'eau accessible au bétail, grâce à une margelle basse, afin de conserver leur venue sur le cours. Pour l'esthétique l'eau coulait dans son large bassin depuis 9 sorties (des canons aplatis). - Plus récente, et réellement conçue pour que ses sculptures troglodytes (cf bull n°6 p.26) soient peu à peu recouvertes de mousse (comparer cidessous l'évolution en 40 ans), la fontaine Amado,

se trouve depuis 1977 en haut de la grande place du Forum des Cardeurs. Il s'agit en fait d'une bouche d'aération du parc de stationnement souterrain des Cardeurs habilement dissimulée par le sculpteur aixois Jean Amado (1922- 1995). - à Apt (84), la fontaine du Cours Lauze de Perret, dont la forme évolue avec l’amas de concrétions calcaires qui la recouvrent, orne depuis 1888 l’esplanade de ce cours dédié aux jeux de boules, aux marchés, aux fêtes, mais aussi aux parkings. Les deux chaussées latérales convergeant vers la fontaine ont été bordées d’alignements de platanes à partir de 1889, date du centenaire de la

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Révolution ; c’est à ce moment que le Cours reçut le nom de cet ancien conventionnel. Mémoire de ses sculptures originelles ou de leur déformation progressive, dès le début du XXe siècle, elle était baptisée fontaine de l'éléphant. - à Barjols (83), l'abondance de l'eau a longtemps généré de nombreuses activités, particulièrement les tanneries dont la dernière a fermé en 1983. En 1906 on comptait 32 fontaines publiques : - Sur la grande place de la Rouguière enjambant le ruisseau des Ecrevisses se tient depuis 1907 la fontaine Raynouard (du nom du donateur) située au-dessus du conduit souterrain canalisant le ruisseau ; au départ, elle célébrait par sa sculpture l'abondance de l'eau ; peu à peu des dépôts calcaires l'ont recouvert de travertin (tuf) et elle a été retaillée un siècle après pour créer une forme plus régulière. - Sur la place pentue de la Mairie (place Capitaine Vincens), la fontaine du Champignon est probablement la fontaine la plus célèbre de Barjols, mais elle était probablement formée de deux vasques. - Brignoles (83), construite en 1771, restaurée en 1825, la fontaine de la place Caramy possédait 3 vasques, disparus au cours du XXe siècle sous les dépôts calcaires et le végétal. Sur cette place où se situe l'hôtel de ville, la fontaine moussue a été restaurée en 2003 pour retrouver ses vasques.


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SEMI-ENTERRÉ

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Célèbre pour sa transparence quasi intégrale, la Glass House, construite en 1949 à New Canaan (Connecticut) à l'abri de nombreux arbres dans sa vaste propriété qui domine un étang, est la pièce maîtresse d'une véritable collection d'oeuvres d'art et d'architectures réalisées par Philip Johnson tout au long de sa carrière, inspirées des grands courants qui ont traversé le siècle. De Mies van der Rohe à Hedjuk et Gehry pour ses dernières "folies".

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MAISON de VERRE, Ph. JOHNSON

le leit motiv du cercle se retrouve dans la plupart des cas, du cylindre de briques de la Glass House (cheminée, toilettes et douche) aux hublots de la maison de

Maison de brique, (maison des invités, 1949)

Maison de verre

Galerie de peintures

Galerie de sculptures

Après la mort de Philip Johnson en 2005 à 98 ans, la propriété a été acquise par le National Trust for Historic Preservation et est ouverte au public depuis 2007. A part la galerie de sculptures de 1970 (ci-dessous)

brique, en passant par le bassin ou les toitures émergentes de la galerie de peintures semi enterrée créée en 1965 pour en feuilleter les accrochages sur des cloisons mobiles, comme les pages d'un livre (ci-dessus). La nature est omniprésente, des arbres au ruisseau qui serpente le long de la galerie de peintures, sans oublier l'idée de transparence, permettant de vivre au milieu de la nature sur une surface aménagée pour y vivre ou y exposer des sculptures. Pavillon d'entrée (hommage à Gehry, 1995)

Bibliothèque d'étude (hommage à Hedjuk, 1980)

PÉLERINAGE à MÁTRAVEREBÉLY (HONGRIE) Maison de brique

Près de sources dites miraculeuses dans les monts Mátra d'origine volcanique, ce centre de pélerinage est réalisé en 2015 par l'architecte Tamas Nagy.

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Un article du journal Le Moniteur le 18 janvier, un reportage en mars de l’émission Echo-Logis de France 5 (cf bull n°38 p.19, n°51 p.27), un succès d'estime pour ce principe de maisons semi-enterrées (n°48 p.49) qui avait fait partie des dix solutions Climat retenues pour l’initiative My positive impact de la Fondation Nicolas Hulot en vue de préparer la COP 21 fin 2015 (comme la Voûte nubienne AVN).

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NATURADOME

L'afflux de pélerins (environ 200.000 par an) au Szentkút Pilgrim Center nécessitait de rénover les bâtiments historiques, une église baroque et un monastère construits au XVIIIe siècle près des sources, et de donner une autre ampleur aux services proposés et au dortoir de 25 chambres doubles datant de 1930. Le nouveau projet d'environ 300m de long est semi-encastré en zig-zag au pied de la montagne (cf page 63) Il propose de généreux sanitaires, une salle polyvalente pour 200 personnes et trois dortoirs avec des chambres de 8 à 14 lits. L'ensemble est relié par un long corridor en pleinair ombragé par une structure de bois. L'accueil

est positionné à l'entrée du complexe, à la limite entre zone profane et zone sacrée. A l'opposé des bâtiment semi-enterrés sur le versant d'enface, celui-ci est traité en aérien : le côté de réception est une place semi-circulaire bordée par une arcade donnant accès aux diverses fonctions (toilettes, boutique de souvenirs religieux, galerie d'art et centre d'information avec une salle de conférence) qui, côté sacré, sont soutenues par des pilotis dégageant la pente originelle. http://szentkut.hu/en/

La société Naturadream qui commercialise ces maisons NaturaDome, maison arche à haute qualité environnementale, est par ailleurs un constructeur de piscines, NaturaSwin, inspirées de la nature ; Benoît Darré, responsable du groupe Pomès-Darré auquel appartient la société, a déjà à son actif plusieurs brevets déposés sur des bétons techniques avec applications directes dans l'agriculture, l'industrie, ou encore la construction de maisons et de piscines, ce qui rappelle de loin l'expérience de Bernard Massie (cf p.46). Intitulé Habiter une maison troglodyte au XXIe siècle, pourquoi pas ? l'article présentait cette maison bioclimatique enterrée, imaginée et conçue par Benoît Darré, accompagné pour ses premières réalisations par l’architecte parisien Pierre Dubus. Ces discrètes grottes habitables ont déjà connu quelques projets et réalisations et pourraient se dupliquer dans le cadre d’un écoquartier de 12 maisons prévu sur un terrain privé de Bartrès dans les Hautes-Pyrénées (cf bull n°49 p.43, mais en 2015 il n'était question que de 7 lots). Infos complémentaires isues du site www.habitat-bulles.com : - Hautes-Pyrénées : à Lapeyre, à 30 km au nord-est de Tarbes dans le département des HautesPyrénées, les prototypes de NaturaDome ont été construits dans le fief de leur inventeur. Ci-contre le second, avec voûte de 2e génération et garage intégré latéralement. - Calvados : à Saint-Léger-Dubosq, à 30 km à l’est de Caen. NaturaDream vient d'y livrer sa troisième maison dôme enterrée. (ci-dessus en haut de page). - Gers : à Sarraguzan, à 34 km au nord-ouest de Tarbes. En cours de construction (ci-contre). - Vendée : à Saint-Michel-Mont-Mercure entre Bressuire et La-Rochesur-Yon. Le chantier est démarré.

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TROIS MAISONS en ECO-VILLAGE Eva Lanxmeer à Culemborg est un écovillage qui se caractérise par la diversité des maisons, dont des maisons-serres (cf page 36). Située Marten Toonderpad, une butte gazonnée abrite depuis 2009 trois habitations mitoyennes près d'un petit lac qui sert à la baignade ou au patin à glace, selon la saison.

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Un couple de fermiers bio, Lorraine et Nigel Walker, décident en 2010 de construire leur maison sur leur ferme qui se situe près de Dixon, à environ 75 km au nord-ouest de San Francisco, où elle s’étend sur 43 hectares. Ils font appel pour cela aux services de la société Formworks Building qui leur conçoit un dôme enterré en béton armé : quatre voûtes se croisent et se rejoignent sous une lucarne qui apporte de la lumière au centre de la maison. Recouverte de terre, la maison est toujours fraiche en été et chaude lorsque les vents se lèvent. La cuisine centrale permet d’accueillir plus de 20 personnes à déjeuner. Info site habitat-bulles.com décembre 2016

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FERME de EATWELL (CALIFORNIE) naturel, prolongée par l'accès au toit planté percé du patio autour duquel s'organisent les chambres et qui préserve l'intimité familiale. - Au centre, la maison de Rob et Corry Hesper qui partage avec la suivante un jardin creusé derrière la butte. (ci-contre) - A l'autre extrémité Jasper Cremer qui est l'architecte de l'ensemble, s'est construit un studio où il travaillera (CK architecten, www.ckarchitecten.nl), proche de la rue Multatulilaan.

DUTCH MOUNTAIN à HUIZEN Réalisée en 2011 près d'Hilversum (cf bull n°42 p.4) cette colline hollandaise est à 20km d'Amsterdam dans la réserve naturelle du Gooi. Les architectes étaient Denieuwegeneratie (Sanna Oomen proprio et archi, Thomas Dieben et Oscar Vos architectes) qui depuis début 2015 sont séparés en 2 studios : KRFT and Oomen Ontwerpt. Du côté entrée et garage la maison disparaît sous la végétation mais de nombreuses fenêtres de toit assurent l'éclairage des pièces semi-enterrées.

- A l'une des extrémités, la maison de Carla et Tjerk de Jonge dispose depuis sa cuisine d'une fenêtre de 4,5 mètres de largeur (ci-dessous) donnant sur l'étang qui est juste de l'autre côté du chemin. Une vraie ouverture sur l'environnement

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VILLAGES NATURE La végétalisation des constructions collectives de ce projet (voir p.8) passe par l'installation de modules de type gabion accrochés sur des rails à une dizaine de cm de la façade pour absorber les réseaux divers et parcourus par un système d'irrigation :

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DISSIMULATION

La belle image avec beaucoup de vert, avait été créée en deux ans par un groupe de résidents locaux, d'architectes (Metapol) et d'urbanistes. Des opposants refusaient ce projet (hôtel de 125 chambres, salle de gym, salle de 1100 places) surmonté d'un parc urbain considéré comme greenwashing, alibi pour l'investissement immobilier. Leur argument, l'image d'une pyramide de verre banale parsemée de quelques végétaux chétifs, ce à quoi risquerait de ressembler la réalisation !

TALUS BASCULANT Dans l'extension talutée du mémorial de Melbourne (voir p.3) l'accès de service aux salles d'exposition disparaît grâce à une porte basculante reconstituant le talus. Cette solution était proposée par R. Koniesczny pour une maison (cf bull n°51 p.62).

VÉGÉTALISATION TOITS VERTS à IDENTIFIER Nombreuses images de toits végétaux circulent sur internet, mais souvent difficiles à identifier. Elles peuvent apparaitre dans des regroupements thématiques, des photos de voyage ou des illustrations de savoir-faire d'entreprises ou de fabricants... Le Pitrizza est un luxueux hôtel construit en 1964 en Sardaigne sur la baie de Liscia di Vacca à 4km au NW de Porto Cervo (ci-dessous). L'architecte, Luigi Vietti (1903-1998) avait travaillé avec Michele Busiri-Vici et Jacques Couelle au Comité Architectural de la Costa Smeralda éditant des règles à l'initiative de l'Aga Khan. Agglomération de villas aux terrasses plantées et aux acrotères de pierres, sa capacité initiale de 25 chambres fut portée à 55

BLOCKHAUS RECOUVERT Permis de construire obtenu en avril 2017, le projet d'humanisation et végétalisation de la Flakturm IV (tour anti-aérienne) au milieu du quartier de St-Pauli à Hambourg (cf bull n°48 p.74) va bien plus loin que la proposition d'Hundertwasser en 1992 : c'est une pyramide de plateaux végétaux de 20m de haut… Le chantier devrait donc commencer. Comme pour l'Elbphilharmonie (cf p.4) le bâtiment originel est surélevé de plusieurs niveaux mais les polémiques ont duré 3 ans (ci-contre en haut).

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lors de sa rénovation en 1990 ; toujours des toits terrasses plantés, mais des acrotères enduites. Le Old Country Market (ci-dessous) regroupe un café et un marché situés à Coombs, sur l'île en face de Vancouver : avec son slogan Goats on Roof, les


L A T E G E V (architecte, toiture froide en Auvergne, 85m2 en 2015), Yoann Alexandrowitsch (180m2 sur une fuste en Ardèche, 2013).

VERT-TIGE

Le même fantasme est illustré (ci-dessus, en haut) par ce pâturage architectural issu du site ZinCo, photo sans doute commandée par la société suisse qui propose dans le monde entier des solutions pour tous les types de végétalisation de toit ! Autre société intéressée, le fournisseur de matériel électrique Rexel Développement à Rueil-Malmaison accueille depuis 2015, 2 jours/mois d'avril à octobre, 2 à 3 moutons sur un toit végétalisé. La proposition vient de Vertdéco, qui prône l’introduction d’éco-pâturages en milieu urbain. Les photos identifiées à Rueil-Malmaison ne semblent pas correspondre à celle-ci (ci-dessus) qui illustre souvent les articles sur le sujet.

Ce complexe de 4 à 9 cm est un procédé de végétalisation en rouleau avec un système d’irrigation automatique, pour toitures-terrasses et toitures inclinées inaccessibles de pente ≤ 20 %, directement mis en oeuvre sur le revêtement d’étanchéité. En 2010, la société Vertige obtient l’Avis Technique du CSTB, en 2015 elle met au point le premier outil de modélisation thermique dynamique avec l’Ecole d’Ingénieurs du CESI. www.vert-tige.eu

RE-FAIRE le MUR à PARIS

UNE IDÉE de FORÊT

chèvres sur le toit, il a été créé dans les années 1970 comme une boutique réalisée comme un chalet nordique en troncs et toit en terre, par une famille norvégienne émigrée sur ce site canadien.

Après avoir fêté ses 10 ans en 2006, le musée du Quai Branly-Jacques Chirac lance de mai à juillet 2017 une campagne de mécénat participatif pour replanter son mur végétal : la croissance des 15.000 végétaux de 376 espèces a fragilisé la structure de leur support qui repose sur trois couches: un isolant, des plaques de PVC étanches et un feutre constitué de vêtements recyclés sur lequel se développent les racines des plantes. Les travaux devront renforcer l'étanchéité, le mode de fixation des plaques de PVC et l'isolant sera aussi épaissi. Les travaux doivent débuter le 12 juin pour une durée de cinq mois. #faiteslemur vise à collecter 50.000 euros, un tiers du financement nécessaire, en promettant que le mur végétal demeurera ainsi pendant des décennies un attribut fort du patrimoine parisien...

Conçue en 1992 par le sculpteur américain Robert Gober pour la Dia Art Foundation de New York, cette installation immersive Sans titre a été reconstruite en 2014 lors de l'exposition The Heart Is Not a Metaphor, au MoMA. Accompagné d'une antichambre et d'un cul-de-sac noir, l'espace principal peint à la main immerge le visiteur dans une forêt inspirée du paysage de Long Island North Fork (extrémité Est de Long Island où travaille également Robert Gober)... mais ce panorama verdoyant est interrompu en haut par des fenêtres de prison, et en bas par des éviers. Au sol, dans toute la galerie sont réparties des reproductions de boîtes d'appâts de rats et de paquets de journaux au contenu réel ou inventé. Emblématique du mal de vivre des années sida à New York, Robert Gober se fait remarquer dès les années 1980 par ses sculptures utilisant des objets de la vie quotidienne puis par des mises en scène de fragments de corps humain (la place du corps par rapport aux objets est primordiale). On retrouve ainsi le caractère étouffant des règles de vie dans la plupart de ses sculptures, abordant des thèmes et des tabous de société ou les exclus de la société. L’évier exprime selon Robert Gober la maladie et la mort.

LA MAISON ÉCOLOGIQUE Le n°99 (juin-juillet 2017) de cette revue associative (aujourd’hui devenue SCOP), en kiosque tous les 2 mois depuis 2001, propose un dossier de onze pages sur les toits végétaux. Encadrés sur les assurances, les solutions à adopter selon la pente (issus du Cahier technique de la Mairie de Paris, 2012), les substrats à base de recyclage (l'Atelier du végétal), les trois typologies (extensif, semi-intensif et intensif) Interviews de Nicolas Brun (240m2 de toit extensif dans le Périgord en 2015), Marine Linglart (Urban-Eco, 60m2 en 2012), Fernand Ribeiro

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Récemment, ce sont plusieurs programmes muséographiques qui proposent un nouveau rapport physique au bâti en incitant le public à parcourir le volume, offrant une véritable promenade architecturale au delà de la seule accessibilité du toit : - la Fondation Vuitton depuis 2014 (cf bull n°47 p.10), qui invite à des sorties nocturnes autour des blocs de l'iceberg abrités par les voiles de verre (ci-contre, photo Bruno Blaise). - le Musée des Confluences à Lyon depuis 2014 également (cf bull n°48 p.7), qui crée des cheminements épousant le site de cette presqu'île. - le MAAT de Lisbonne depuis 2017 (cf page 5) dont le volume est intégré aux berges du Tage.

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Musées

PARCOURS Eglises et cathédrales Quelques édifices religieux proposent au public de venir découvrir la ville depuis leur toit : c'est le cas de l'église Notre-Dame-de-la-Mer aux SaintesMaries-de-la-Mer (ci-dessus) à la couverture de pierres, ou de la cathédrale Notre-Dame-deRodez dont les Planètes (ci-contre et cf bull n°10 p.60), terrasses situées au-dessus des chapelles et du déambulatoire, offrent une promenade sous les arcs-boutants et conduisent au bas du clocher dont l’ascension est aussi possible. Une des plus célèbres est le Duomo de Milan : cette cathédrale de la Nativité-de-la-SainteVierge, autrefois au cœur du tissu urbain médiéval, est le résultat d'une idée gothique colossale et fantasmagorique réinterprétée au fil des siècles. La terrasse couverte en marbre est ceinturée d'une forêt de pinacles reliés entre eux par des arcs-boutants, rajoutés au XIXe siècle. (ci-dessous et ci-contre) Elle est accessible par un escalier le long de l'église ou par un ascenseur.

Ceci sans parler des précurseurs comme ont pû l'être Emilio Ambasz à Fukuoka (1994), FOA à Yokohama (2002), Hundertwasser à Blumau (1997) ou Snohetta à Oslo (2007), montrant la voie aussi bien pour un immeuble préfectoral qu'un terminal de ferry, en passant par un centre thermal ou un opéra. Le mouvement continue aujourd'hui :

Philharmonie de Paris Jean Nouvel a imaginé le bâtiment comme une colline minérale accessible au public (cf bull n°45 p.13), un repère dans le nord-est parisien offrant une vue panoramique dans laquelle la ville et sa banlieue se confondent.

La Philharmonie ouvrit pour son activité principale en janvier 2015 mais le chantier du toit pas encore fini ; rapidement inauguré le temps des journées du patrimoine en 2016, il n'est définitivement accessible que depuis mars 2017, pouvant accueillir jusqu'à 700 personnes ! Ce retard est en partie lié à la mise en place de conditions de sécurité compte-tenu du risque d'attentats. Du mercredi au dimanche de 12h à 20h, sauf l'hiver, le public peut gratuitement éprouver cette sensation de marcher sur la carapace du bâtiment, après avoir emprunté les ascenseurs qui se trouvent sous le volume, devant le hall principal ou ceux du parking et du restaurant Le Balcon. Le Belvédère est au neuvième étage à 37m de haut. Les visiteurs débouchent sur un vaste plateau, retrouvant au sol et aux murs la mosaïque en différentes nuances de gris de ces d’oiseaux emblématiques… Un passage est ménagé à travers le panneau d’affi-

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S N E I R É

Ces Promenades en apesanteur 3 niveaux au-dessus du parc (ci-dessus), participent à l'aspect stratifié du bâtiment-colline. La pelouse du parc est accessible par des rampes le long desquelles des interstices sont mis à profit pour éclairer et ventiler des espaces souterrains (parkings) dont les ouvertures sont masquées entre des talus qui auraient sans doute voulu être plantés mais se résument à des grillages retenant maladroitement la terre entassée (qui ne peut vivre sans pluie, sans lumière naturelle puisque sous le bâtiment). Ci-dessous

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chage transversal (qui attend ses projections) pour déboucher de l’autre côté, dominant l’ancienne Cité de la Musique (ci-dessous).

La descente s'effectue soit en reprenant les ascenseurs, soit par le sentier :

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Promenade ouest (au niveau 3)

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Mais il est loin de rejoindre la pelouse du parc comme il est parfois écrit ! A la fin de la descente, le sentier est clos par des portes de sortie coup de poing, interdisant toute montée depuis le niveau des Promenades périphériques sur lequel il débouche (ci-dessous).

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Une Grotte aménagée sous le bâtiment-butte accentue la métaphore tectonique en proposant l'accès au belvédère (et au restaurant Balcon) par un parcours quasi souterrain, de plain-pied avec le parc, et qui aurait dû recevoir rocaille, fontaine et jeux d'eau. Cet espace semi-ouvert est en continuité avec le café L’atelier d’Eric Kayser, le hall d’entrée de la petite salle de concert et des espaces d’expositions. Baptisé La Galerie du Parc, il peut abriter des évènements particuliers.

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Le sentier (cf couverture et p.84) est un chemin de montagne qui serpente sur le versant nord de la carapace, conduisant du belvédère au parc de la Villette.

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Porte coup de poing façon sortie de secours

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Promenade nord (au niveau 3) Grotte / Galerie du Parc

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S N E I R E A

La grande salle de la nouvelle Seine musicale à Boulogne-Billancourt disparaît sous le jardin Bellini qui la recouvre (ci-dessus et voir page 6). Comme le Belvédère de la Philharmonie, celui-ci est librement accessible du mercredi au dimanche par un ascenseur (intégré dans le bâtiment derrière l’écran géant) ou de généreux escaliers dotés de grilles coulissantes et desservant également d’autres espaces du programme aux étages

du bâtiment (en attendant que poussent les arbres qui ont été plantés à son pied). Il devient progressivement un balcon sur la ville où le végétal apparaît au milieu des immeubles, entre les trois blocs de la tour Horizon ou sur les gradins de la Cité du Pont de Sèvres (cf bull n°50 p.74). Côté petit bras de la Seine, le talus fait écho aux coteaux boisés du méandre, le parc Brimborion et le parc de Saint-Cloud (ci-dessus). Cette promenade circulaire de 700m fait le tour

intermédiaires (ci-dessus). Ils débouchent sur un cheminement en terrasse tournant autour d’une butte conséquente et revenant au point de départ, ces escaliers ou Les talus pentus, dont la terre et la végétation sont retenus par un grillage métallique à large maille, ne sont pas accessibles mais sont très présents. En se dirigeant côté BoulogneBillancourt (ci-dessous), le parcours est d’abord celui d’un chemin creux, bordé par le talus et par son reflet dans la façade-miroir du dernier étage

d'une butte de 7 000m2, elle-même accessible grâce à un escalier (ci-dessus à gauche) ou à des cheminements stabilisés qui permettent de serpenter pour accéder à son sommet et à une étonnante vue panoramique sur le site. Malgré son abondante végétation, le jardin ne dissimule pas sa nature artificielle, il reste une couverture et en émergent de nombreuses trappes et autres édicules (ci-dessus à droite). Tout autour, presque un hectare de toits paysagés (ci-dessous) vient le

Seine musicale départementale

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Ci-dessous, de haut en bas, quelques exemples de continuité réussie : - Sauna à Helsinki (cf page 3) dont la vêture sert de marches. - ZinCo photo non identifiée, comme celle de la page 67 ! - Lascaux 4 (cf page 58) accessible depuis chaque extrémité.

S N E I R E

La continuité avec le terrain est essentielle pour créer un bâtiment-colline parcourable qui ne se caractérise pas seulement par une toiture accessible ; même si le parcours est bien fait, comme dans le cas de la Philharmonie, il reste détaché du sol (voir page 69) et se présente comme un objet.

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Depuis le sol

prolonger visuellement. Cette surface est à la fois celle qui recouvre le bâtiment encadrant le parvis côté cœur de l’île, de part et d’autre de l’écran, et à la fois celle qui accompagne la rupture de niveau pour servir de socle au nid de l’auditorium, un écrin de verdure possédant des pentes de 76° ! Les solutions pour retenir les 40cm de terre sur une telle déclivité se sont inspiré des techniques de confortement de berges et particulièrement de la mise en place d’ouvrages en gabion en rives de Seine. Des cages rigides et auto-stables (en acier galvanisé) ont été remplies avec un substrat adapté aux besoins des végétaux et compatible avec les exigences de drainage et de filtration ; elles furent posées sur le géotextile drainant et anti-poinçonnement d’une étanchéité inversée et fixées durant l’été 2016 à l’aide de 1500 plots béton fixés sur la charpente (ci-dessus).

AquaLagon d'EuroDisney Point focal de Villages Nature Paris (cf page 8), cette pyramide de verre, conçue par Jacques Ferrier au bord du lac, sera entourée d’un lagon d’eau chaude géothermique (30°) et abritera un parc aquatique parsemé d’îles de tailles et de fonctions différentes. Les degrés pyramidaux de l’Aqualagon sont destinés à une promenade aérienne pédagogique bordée de végétation (pour mieux comprendre le milieu naturel qui vous environne), conduisant à un belvédère bénéficiant d’une vue panoramique pardessus le faîte des arbres, sur le domaine et les magnifiques forêts de la « Brie boisée ». Un parcours qui restera peut-être accessible en permanence car situé dans un lieu lui-même protégé.

Parfois la continuité existe, mais n'est qu'esthétique, pas faite pour être franchie : c'est le cas du Volcan Niemeyer au Havre (alors détourné de façon ludique en tremplin pour vélo -cf n°6 p.12ou en tobogan, cf ci-dessous à gauche photo Véronique Schaffar, 2011) ou du Palais Omnisport Paris-Bercy (dorénavant AccorHotels Arena !). Le plus souvent une protection est créée pour éviter que le public ne monte sur le toit comme pour la coque du Musée du quai Branly (cf bull n°46 p.41) ou l'Aire d'autoroute de la Chaponne (cf bull n°43 p.8) dont les lettres-barrière dissuasives sont complétées par des panneaux en interdisant l’accès ! (ci-dessous à droite)

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S N

D'autres tentatives de parcourabilité passent par la création de liaisons multiples entre les niveaux, par échelles, comme l'imaginait Constant Anton Nieuwenhuys pour son projet New Babylon qui devait rapprocher les hommes les uns des autres (ci-contre et n°41 p.19) ou par des rampes comme le suggérait Claude Parent dans sa théorie de la fonction oblique. Mais certains projets n'en gardent que la dimension esthétique, même avec le nom de Connect One...

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Obliques

à droite) à Roubaix dans les pratiques de Parkours 59, utiliser les espaces publics pour faire des acrobaties : grâce à quoi les adolescents apprennent à apprivoiser leur territoire et comprennent qu’il leur appartient dans son intégralité. A l'escalade des bâtiments s'ajoute celle des reliefs naturels en situation urbaine, comme les morros qui dominent l'agglomération de Rio (ci-dessus), ou des via ferrata aménagées sur des falaises de villes montagnardes. Il est donc imaginable d'envisager des parcours de grimpe sur des tours comme sur des immeubles. Descendre, sauter : Si la décalade est proposée sur certaines tours (cf bull n°38 p.54 et n°42 p.52), de nouveaux sports extrêmes se réapproprient et détournent la verticalité-gravité : Red Bull avec des sessions de plongeons urbains (ci-dessous) et les adeptes de base jump en se lançant du haut des tours.

Connect One est l’institut de formation Naver réalisé en 2014 par Kengo Kuma à Chuncheon-si (province du Gangwon, Corée du Sud). Les façades en gradin s'ouvrent en terrasses sur plusieurs niveaux qui deviennent, selon les cas, des jardins suspendus reliés les uns aux autres, des rampes d'accès, des places surélevées, des belvédères qui complètent l’expérience de séjour.

Verticales L'appropriation de la verticalité habituelle des façades renvoie à une dimension de jeu, voire de détournement. L'architecture ludique de musées comme le Centre Pompidou (avec ses escalators devant le volume) ou le Mucem à Marseille (le bâtiment devenant cheminement pour accéder au sommet du Fort Saint-Jean) permet d'offrir de vraies promenades publiques à travers le bâti. Monter, grimper, franchir : l'homme araignée Alain Robert (ci-dessous à gauche) fait l'ascension de gratte-ciel à mains nues (cf bull n°30 p.56). Les Stégophiles (du grec ancien stego, toit) escaladent les façades et se posent sur les toits (cf bull n°23 p.50). Les Yamakasi (cf n°20 p.62) ont développé une pratique créative de l’espace urbain que l'on retrouve aujourd'hui (ci-dessous

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MEGASTRUCTURES Routières Trente ans après son Hommage à Ferrari, la Fondation Cartier pour l'art contemporain expose d'avril à septembre 2017 Auto-Photo de

Gênes

Salerne


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Hors d'échelle, brutalistes, mégalomaniaques, les qualificatifs ne manquent pas pour désigner les constructions démesurées. Certaines peuvent faire formellement référence à des ouvrages militaires, comme ces blockhaus antiaériens (Flakturm, cf page 66) évoqués par la silhouette des Torres Blancas de Madrid, tours de 23 niveaux (logements et bureaux) construites par Francisco Javier Sáenz de Oiza en 1969, mais qui comportent cependant un large aspect organique...

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Bâties

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1900 à nos jours : une sorte de rétrospective de cette invention qui a façonné le paysage et bouleversé notre conception du temps et de l'espace, à travers le regard de photographes. Parmi les Paysages photomobiles présentés au rez-de-chaussée, des vues aériennes de Ed Ruscha illustrant la place consacrée aux aires de stationnement aux Etats-Unis, le reportage de Seiji Kurata sur la construction nocturne des voiries routières sur pilotis traversant Tokyo et le repérage de la photographe Sue Barr (ci-contre en bas et cf bull n°46 p.19) sur l'architecture du transit. Elle travaille entre autres pour l'Architectural Association de Londres et ce projet s'inscrit dans le cadre de son doctorat au Royal College of Art. http://www.architectureoftransit.com/

Aériennes Ayant progressivement remplacé les voies ferrées multipliant ponts et tunnels dans les massifs montagneux, les funiculaires aériens (ainsi nommés au début du siècle, le mot téléphérique n'existant pas) nécessitent l'adaptation pour des passagers du transport par câbles, et la construction de pylônes de

Avec certains accents wrightiens, la tour symbolisait une croissance de cellules habitables comme autant de feuilles de branches, et les espaces intérieurs n'étaient pas en reste, que ce soit avec les nombreuses courbes ou le plafond ondulant (ci-dessus). plus en plus hauts (ci-dessus) :

Autre référence militaire, près de Grenoble, le quartier Vauban à Seyssinet-Pariset (années 1980) ne

L'effervescence de structures métalliques de plus en plus impressionnantes, piles de viaducs, pylones de transports par câble conduit les ingénieurs d’Eiffel à proposer un pylône de 300m pour la ville de Paris en 1884 en vue du centenaire de la Révolution et de l’exposition universelle en 1889. Redessiné et urbanisé, il deviendra La Tour Eiffel à usage de belvédère et d'observatoire scientifique, comme à la montagne ! En 1927 le téléphérique des Glaciers est supporté par 45 pylônes de 12 à 33m (à gauche), en 2015 sur le versant italien du Mont-Blanc le Skyway de Doppelmayr utilise un pylône de 110m (au centre). Cf Pierre-Louis Roy, L’aiguille du midi et l’invention du téléphérique, ed. Glénat, 2004. (info François Bellanger / Transit City) AR’SITE n°52 juin 2017

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dépasse pas par la taille mais par se distingue par la création d'une enceinte rassurante (comme pouvait l'être la Citadelle douce à HérouvilleSaint-Clair près de Caen), par les courbes de ses balcons et par la perméabilité au sol entre les tours (ci-contre). Plus monumentales, les Portes de Belgrade (Serbie) sont des repères urbains : - la porte Ouest visible en arrivant de l’aéroport Nikola Tesla a été réalisée en 1979 par Mihajlo Mitrović dans un style brutaliste inspiré des tours londonniennes Balfron et Trellick (Ernő Goldfinger). Un restaurant panoramique et deux tours de 115m de haut ; celle de bureaux étant aujourd'hui désertée devient un portepanneaux d'affichage géant et abrite les émetteurs de télévision. Un nouveau propriétaire est rechecrhé depuis plus de dix ans. - la porte Est appellée Rudo (ci-contre), comprend trois immeubles d’habitation de 85m de haut, construites entre 1973 et 1976 par l'architecte Vera Ćirković. (info Pierre Bertholon) Même thème en Moldavie, les Portes de Chişinău (une capitale riche en parcs et en arbres) : les deux bâtiments à gradins encadrent au sud le boulevard qui vient de l'aéroport après avoir traversé jardins botanique et zoologique ainsi que le musée villageois.

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NAPPES Diverses solutions permettent de densifier l'habitat en regroupant les volumes bâtis tout en créant des espaces privatifs : depuis l'agglomération de maisons à patio (cf n°31 p.51, n°33 p.59, n°34 p.53 et n°38 p.21) aux bandes de maisons décalées, individualisant les habitats.

Labyrinthe minéral Le film israélo-danois Mountain (2015) met en scène de façon dramatique le Mont des Oliviers : ce cimetière juif face à la vieille ville de Jérusalem (et

qui a certainement inspiré le Mémorial de l'Holocauste à Berlin, cf bull n°38 p.51) sert de cadre à une fable antiintégrisme : pour y échapper une jeune femme juive orthodoxe erre dans ce labyrinthe minéral et peu à peu, entame des conversations avec des visiteurs nocturnes transgressifs.

Densité habitée à Paris En limite ouest de la Butte aux Cailles, zinc, tuiles et terrasses équipées de fenêtres de toit :


Agadir années 1950 L'industrie de salaisons s'étant développée dans un petit quartier industriel au nord-ouest d'Agadir, Michel Écochard, directeur de l'Urbanisme, mena une politique de logement social de grande envergure. La recherche d'économie mais également une volonté d'adapter le logement aux coutumes marocaines aboutirent à l'édification de maisons-cubes individuelles de 8m x 8m assemblées en blocs. Chaque habitat de 64 m2 en rez-de-chaussée comprenait 2 pièces ouvrant sur un patio d'environ 25 m2 et disposant d'une petite cuisine et d'un W.C. et d'un toit en terrasse. En 1953 les cités ouvrières furent ainsi constituées sur le modèle unique d'un ensemble d'unités d'habitations horizontales (bloc). Ci-dessus le quartier Boutchakat une des cités du Quartier Industriel.

Gansu, Chine années 2000 Longnan City (à l'ouest de Xi'an) a été particulièrement touchée par le tremblement de terre de 2008. Ci-dessous une des reconstructions le long d'une rivière dans le village de Longtanzi (comté de Kangxian), en 2011.

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Aujourd'hui perçu comme le troisième symbole de Téhéran ce géant de fer de 270 m suspendu 30 m au-dessus du trafic a été inauguré en 2014. Mis en concours en 2009 par la municipalité pour connecter deux parcs séparés l'un de l'autre par une vaste autoroute urbaine, le pont devait faire partie de la promenade. La lauréate fut une jeune étudiante,

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Pont Nature (Téhéran)

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PASSERELLES

Leila Araghian : son Pol-e-Tabiat (Pont Nature) est conçu à partir de trois plateformes, l'une proposant des cafés, l'autre un espace de promenade, de jogging et de cyclisme et une troisième sous forme de belvédère à même d'offrir une vue au-dessus de l'autoroute vers la chaîne de montagnes Alborz et le skyline de la ville. Tout est fait pour flaner, en évitant la ligne droite qui évoque trop le trajet le plus court.

Glacier 3000 (Gstaad) Dans le canton suisse de Vaud, en haut du glacier des Diablerets (Glacier 3000) et surplombant 1800 m de vide, le Peak Walk by Tissot de 107 m relie deux sommets voisins, le View Point (2 966m) au Scex rouge (2 971m). Ouvert en 2014 ce pont de 80cm de large est accessible après une courte montée en sortant du télécabine, après avoir été accueilli par un écran de montre géant (de Tissot !) indiquant l’heure ainsi que l’altitude. Au grand dam des défenseurs d'une nature -au moins les sommets !- préservée.

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Au bord de la Vézère, à la frontière du Limousin et du Quercy la ville est aujourd'hui dominée par la falaise du Malpas où restent quelques cluseaux et sur laquelle une abbaye fut fondée au XIème siècle. Mais jusqu’en 1750 la falaise allait jusqu’à la Vézère, puis une route plus large fut tracée à son pied et les maisons s’alignèrent sous la colline malgré le danger de glissements de terrain d’autant plus probable que plusieurs sources sourdent à cet

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La Terrasson-Villedieu (24)

Caminito del Rey (Malaga) Cet exceptionnel parcours d'1,5 km de passerelles accrochées à mi-hauteur des falaises d'un étroit défilé (cf bull n°27 p.33 et n°41 p.62) est enfin remis en état, parfois même reconstruit sur certaines sections. Il est accessible depuis 2015 tous les jours sauf le lundi et il faut désormais acquiter un droit d'entrée. Construit entre 1901 et 1905 pour le chantier des deux centrales hydroélectriques, ouvert au public après l'inauguration par le roi au début des années 1920, il était lentement tombé en désuétude, devenant la via ferrata la plus dangereuse du monde et a été officiellement fermé en 2000 après la mort par accident de plusieurs personnes.

Les Champignons (Seville) La structure de bois d'une hauteur de 28m, imaginée par Jürgen Mayer pour le concours de réhabilitation de la place s'intitule Metrosol Parasol mais sa forme de champignons lui a valu son surnom. Achevée en 2011 (cf bull n°41 p.6), elle abrite un marché et une galerie commerciale, une présentation des vestiges archéologiques (découverts lors d'un chantier qui fut interrompu) et une promenade

publique de 250m est aménagée au-dessus.

Nuage flottant (Belgrade) Lauréat du résenclavement du Beton Hala (cf p.8), Sou Fujimoto propose un bâtiment conçu autour de l'idée de liaison et de multiplication de passerelles aériennes, baptisé Floating Cloud.

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endroit et fragilisent le grès et que des rochers se détachaient. En 2003-2006 eu lieu un vaste chantier de sécurisation et de confortement de la falaise : plantation de végétaux rampants et non perforants, création de terrasses, éclairage à base de lucioles à intensité variable et installation d’une passerelle invitant à gravir la colline (ci-dessus). Quelques parties plus inclinées sont bétonnées (avec barbacanes), avec lorsque la pente le permettait un réinvestissement par la végétation.

Ville sans sol (Hong-Kong) L'analyse des différents niveaux de mobilité dans cette ville très dense installée sur un fort relief est illustrée et cartographiée dans City Without Ground (Adam Frampton, Jonathan D Solomon et Clara Wong, éd. Oro, 2012), certains dessins intégrant même le mouvement des paquebots et des barges ! Les passerelles sont bien entendu omniprésentes. (info François Bellanger / Transit City)


Ses 13 étages conjuguent les avantages économiques d’une structure verticale et les vertus hygiéniques de l’altitude. Cet exemple leur permet de remporter en 1934 le concours de l'hôpital universitaire de Lille (ci-dessous), achevé après-guerre.

Dans les années 1950, il construira à Paris la Maison des Elèves Ingénieurs Arts et Métiers (cf bull n°50 p.74) puis dans le 17e rue Verniquet entre les Maréchaux et la petite Ceinture ce qui pourrait s’apparenter à une barre (ci-dessous) mais est en fait l’assemblage de six éléments de 10 niveaux au plan en croix, et traversée préservée au sol de part et d'autre à travers les porches d'entrée.

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Dans les années 1930, la recherche du plein-air et de l'habitat de masse justifie de nouvelles pistes architecturales comme le gradin : Urbain Cassan (1890-1979) en sera un fervent partisan. Avec Jean Walter il construit l’hôpital Beaujon (ci-dessous) à Clichy (92) en 1935, premier hôpital vertical (gratte-ciel et non plus pavillonnaire).

En octobre 2016, un récent accident remet d'actualité la pratique des balcons, cette surface supplémentaire permettant à l'habitant de sortir en pleinair hors de son appartement et même d'en imaginer des usages fonctionnels (un espace en plus) ou ludiques comme l'a démontré le Bauhaus à l'époque (ci-dessous, voir p.11 et cf bull n°20 p.18).

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Gradins d'Urbain Cassan

Surcharge des balcons ?

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PLEI N -A I R

Alors qu'une dizaine d'étudiants se trouvait sur un balcon lors d'une pendaison de crémaillère, celui-ci s'est effondré entraînant la mort de quatre personnes et blessant gravement plusieurs autres. La résidence avait été construite en 1998 à Angers et la chute de ce balcon du troisième et dernier étage a entraîné les deux autres dans sa chute. L'accident n'est sans doute pas lié à la surcharge du balcon, la surcharge prévue par les normes en France étant très large (coefficient de sécurité de plus de 60% sur 350 kg/m² ce qui revient à prendre en compte une charge d'exploitation comprise entre 700 kg et 1.050 kg/m²). Serait envisagé un problème de chantier, un problème d'exécution des travaux lors de la constuction : ferraillages supérieurs insuffisants, infiltrations d'eau (ce balcon est le dernier et non protégé). En juin 2015 sur les treize étudiants installés au balcon lors d'un anniversaire à Berkeley (Californie), six meurent dans l'effondrement de celui-ci et sept sont grièvement blessés. C'était également le balcon du troisième et dernier étage d'un immeuble de 2007, mais il n'a pas entraîné les deux autres. D'autres sinistres, moins graves car les balcons étaient inoccupés, ont eu lieu : - en août 2015 l'effondrement d'un balcon du cinquième et dernier étage (ayant emporté tous les autres dans sa chute) dans l’écoquartier Ginko, à Bordeaux-Lac, livré en 2012. L’expertise rendue en février 2016 conclut que les 14 balcons du bâtiment présentent des malfaçons. - en septembre 2012 ce sont cinq balcons qui se sont subitement effondrés à Montrouge dans une résidence HLM datant de 1999. - en janvier 2007 c'est un pan de balcon du dernier étage d'un immeuble d'habitation de standing Le Parc de l'Isle (1989) à Issy-les-Moulineaux (habité par le maire André Santini !) qui décroche dans sa chute tous les balcons du dessous. Hors problème de malfaçons, c'est la solution constructive qui est soupçonnée. La leçon de la chute médiatique du balcon de Santini, c'est que les balcons conçus pour réduire les ponts thermiques subissent des infiltrations qui, à la longue, les désolidarisent de la façade sur laquelle ils ont été collés. Ce processus à bénéficié d'une autorisation provisoire du CSTB mais qui, à la suite des essai menés par cet organisme, n'a pas été validé : ainsi, pendant 5 ans, plus de 100 000 balcons auraient été construits sous ce régime provisoire. http://reseau.batiactu.com/forum/da-207217/que-disent-les-normes-de-construction-pour-les-balcons/p-2 Liaisons dangereuses ? Dernière règlementation thermique, la RT 2012 (appliquée depuis 2013 aux bâtiments d'habitation) fait en effet la chasse aux ponts thermiques : un balcon classique, constitué par la prolongation en porte-à-faux de la dalle béton, peut être comparé aux ailettes d’un radiateur ou à celles d’un moteur thermique à refroidissement par air. (cf bull n°35 p.60). Les balcons, même en porte-à-faux, sont désormais disjoints de la dalle entre étages et fixés à la structure du bâtiment, soit à l’aide de rupteurs de pont thermique (Schöck, IT Fixing), soit en limitant celui-ci à l’épaisseur de la dalle de compression tout en permettant la reprise du porte-à-faux engendré par le balcon (PLTASeacbois).

A la fin des années 1960, il abandonnera les gradins et construit la Tour Montparnasse dans le 14e avec Saubot, Beaudouin et Hoym de Marien !

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Pour la visite touristique du Grand Canyon d'Enshi (dans la province du Hubei), depuis 2016 un escalator de près de 700m serpente jusqu'à un point de vue, transportant environ 7000 personnes / heure. Il est couvert et en partie sur pilotis pour absorber le relief.

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Escalators en Chine

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DÉPLACEMENTS

Pistes aériennes A l'autodrome de Fiat installé sur son Lingotto à Turin en 1922, correspond à plus petite échelle la piste d'essais du Chrysler Building à Buenos Aires, construit pour un concessionnaire de la marque en 1927 par l'architecte Mario Palanti. Transformé en immeuble résidentiel en 1994 par le studio MSGSSS, il s'appelle Palacio Alcorta, du nom de l'avenue où il se situe.

D'autres pistes s'installent en ville, de façon éphémère : depuis une quinzaine d’années, Red Bull organise des compétitions urbaines de sports extrêmes. Il peut s'agir de plongeons comme à Polignano a Mare (cf page 72) ou Dubaï, mais aussi comme en 2009 dans la favela de Dona Marta à Rio de Janeiro la Red Bull Desafio no Morro, une course de descente en VTT de 760m avec 170m de dénivelé à travers les étroites rues de la cité sur une piste spécialement aménagée. (ci-contre) Début 2017, c'est une

Ascenseurs Multi Des réflexions existent depuis le début du siècle sur des ascenseurs se déplaçant en spirale, en continu (cf anciens télésièges) ou en façade en deux directions (cf Domobiles, bull n°24 p.10). Un nouveau concept de transport vertical (et horizontal) sans câbles

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piste de 320m pour une course de patin à glace Red Bull Crashed Ice qui est installée à Marseille (ci-dessus). Encadrée ou non, la pratique du jogging se développant, il est probable que la courrabilité d'une ville (facilement parcourable en courant) va devenir de plus en plus appréciée : en témoigne ci-contre, de haut en bas,

va réduire l’emprise des ascenseurs dans les bâtiments. Avec plusieurs cabines dans un même puits, les passagers n’attendront jamais l’ascenseur plus de 15 à 30 secondes. Thyssenkrupp a fait appel à son expérience en propulsion magnétique linéaire, acquise sur le projet de train Transrapid. Le projet sera testé dans la tour de Rottweil (cf page 8).

- un projet de réseau de http://www.nonarchitecture.eu/portfolio/iungo/ - au Japon, le Morinomiya Q’s Mall à Osaka qui a ouvert en 2015, sur le site de l'ancien Nissay baseball stadium. Réunissant visuellement les diverses installations (centre commercial, salles de fitness, escalade, etc), une piste de 300m est installée par dessus. - en Chine, une école élémentaire de 1800 élèves à Tiantai (province de Zhejiang) avec une piste de 200m construite sur son toit par l'architecte Ruan Hao. Trois niveaux de protection périphérique : extérieurement un mur de verre d'1m80, au milieu un eceinture verte et intérieurement un rail métallique d'1m20.

AR’SITE n°52 juin 2017

(info François Bellanger / Transit City)


S N E I R E A

Makoko Megacity L'artiste nigérian (basé à New-York) Olalekan Jeyifous propose en 2017 des images d'un avenir possible de Lagos, largement inspiré par Makoko, cet immense bidonville sur l'eau connu pour son

école flottante construite par Kunlé Adeyemi (cidessous) et confronté à des démolitions dès 2012 : une trame pour un développement organique. http://ideas.ted.com/gallery-an-intriguing-sci-fi-vision-of-a-megacity/

(info Serge Mouangue)

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l Abonnement annuel (2 numéros) : pour 23 € l'adhésion à Ar'site permet de recevoir le lien pour télécharger la version numérique en PDF ; et si souhaité, recevoir gracieusement par envoi postal la version papier en noir et blanc. Chèque ou virement à l'ordre de Ar'site. Nous demander le RIB à arsite@free.fr

Bulletins semestriels Revue Ar’site n° 1 & 2

Lettre d’Ar’site n° 1

Lettre d’Ar’site n° 2

décembre 1988, 66 pages

avril 1991, 4 pages

Habiter la roche et le végétal, Fiches de réalisations, Toits verts, Jacques Couëlle, Troglodytisme, l’autre architecture, Habitat, forme et comportement.

Alternatives européennes : vers une ville plus naturelle et plus sensuelle. Une architecture souriante, L'écologie créatrice, Une ville parcourable.

Le charme discret des puits de lumière.  Des pièces à ciel ouvert... ou à rez-de-terre... A l'urbanisme souterrain.

Lettre-bulletin n° 3

Lettre-bulletin n° 4

Lettre-bulletin n° 5

octobre 1991, 4 pages

janvier1993, 19 pages

juin 1993, 32 pages

Tourisme troglo et paysages, Conservatoire du Paysage, Médecine des espaces, L’Art et la Ville, Forêts, Paquebots.

Underground Space design, Ambiances souterraines et transport, Architectures-paysages en Chine, Land’art et architecture contemporaine.

Habiter les falaises, Comprendre les paysages «naturels», L’architecture : une seconde nature ?, Paysage pour un gouvernement Berlin.

Lettre-bulletin n° 6

Lettre-bulletin n° 7

Lettre-bulletin n° 8

janvier 1994, 44 pages

juin 1994, 44 pages

janvier 1995, 52 pages

Espaces souterrains, Land’art et troglodytes, fortifications, routes et paysages.

Terrasses, espaces souterrains, rochers de l’enfance.

Art et troglo, la ville souterraine, patrimoine géologique, génération glisse, années 70 et contre-culture.

Revue-bulletin n° 9

Revue-bulletin n° 10

Revue-bulletin n° 11

juin 1995, 48 pages

janvier 1996, 72 pages

juin 1996, 64 pages

Ecoville-Europe, Troglo US, Urbanisme souterrain, Paysages artificiels.

Disparition et modestie, Troglos contemporains, Tours.

An 2000, Italie, Rocailles, les Halles, Manhattan.

n° 12 juin 1997, 64 pages

n° 13 janvier 1998, 64 p.

n° 14 juin 1998, 64 pages

L. Kroll, Archi-sculpture, Vallée de la Loire, Idée de Nature, Ponts habités, Métabolisme.

L’autre ville, Autoroute et paysage, Troglos et Bories en Luberon, Campaniles, Végétaux sur les murs.

Waterworld, James Cutler, Naples, Liban, Sol américain, Maisons et lotissements verts, 50 ans d'ascenseurs et de terrasses...

n° 15 janvier 1999, 60 p.

n° 16 juin 1999, 64 pages

n° 17 janvier 2000, 64 p.

Définitions, Concours de Valkenburg, Musée à Étretat, Terrasses tradition, Immeubles circulables.

Archilab, F. Seigneur, Maisons-bulles, Ethiopie, Façades-Gabions, Coursives.

Maisons, Lenteur et paresse, Troglo et enfermement, Provence, 5ème façade, Skate, les Roues de 2000.

n° 18 juin 2000, 64 pages

n° 19 janvier 2001, 68 p.

n° 20 juin 2001, 68 pages

Immeuble qui pousse, Les premières fois, Archilab, Des cavernes et des hommes, Maisons Raynaud, Acros Fukuoka, Parcours aériens, Sites de falaises, Cités radieuses.

Troglos Loire et Meschers, Maroc, Chine et Thaïlande, Tectonique, Lumière en sous-sol, Renaudie, Verts Prés, Eco gratte-ciel, Ponts habités, Le Corbusier Firminy..

Mutations, Archilab, Vito Acconci, Pierres sèches, Coques, Colani, Carrières, Hundertwasser, E. François, Du plot au gradin, Cabanes, Vers une architecture furtive.

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janvier1997, 64 p.

consultation gratuite des bulletins : www.arsite.info


Archi 1940-2000, Espagne, Cambodge, Troglo-village, Grotte et Afghanistan, Parkings, Post-Ranch-Inn,11 septembre, Objets à habiter, Carchitecture, Parkings-silos

Ile d’Yeu, Maisons de banlieue, Böcklin, Stabulation libre (Kroll), Art du lieu, Trulli & Sassi, Coques, Croyances et souterrains, ClermontFerrand, L'an mil, Perchés.

Meulière, Canada Atlantique, Troglo Paris, Musée imaginaire, Rocailles, Biblio souterrains, Pologne, Façades végétales, Habitat industrialisé

n° 24 juillet 2003, 64 pages

n° 25 janvier 2004, 68 p.

n°26 juillet 2004, 64 pages

Carrosseries, Bièvre, Promoteurs, Pentes, Courbes en archi, Glace, Forêt, Pierres, Espace souterrain (colloque), Moulin souterrain, Parcours oblique, Densité.

Sénégal, Troglos mexicains, Vallée de la Loire, Paris souterrain, JeanMarie Massaud, Immeubles-jardins, Parisnature-habitants, Voiture à tous les étages.

Halles, Bièvre, Bathernay, Cotignac, Rennes, Parcours souterrain, Archi molle et poilue ? Jardins domestiques

n° 27 décembre 2004, 68 p.

n°28 juillet 2005, 68 pages

n°29 janvier 2006, 68 pages

Design, StEtienne, Milan, Halles, B & H Becher, Irrationnel, Ardèche, Guedes, Unal, Mémoire des murs, Peaux vertes, Ville privatisée ?

Montréal 60’, Paris durable, Habitat creusé, Cappadoce, Ethnicité, Cruzels, Coques, Tunnels, Prairie sur le toit, Huttes, Ponts couverts.

R & Sie, Moyen-âge, Barry, Gîte dans le falun, Toits et murs végétaux, Pallozas, Ville en 3D, Habitat et eau.

n°30 juillet 2006, 64 pages

n°31 mars 2007, 60 pages

n°32 juillet 2007, 56 pages

Création, Internet troglo, Dordogne, Oise, Lumière, Green archi, Sport, New urbanism

Biennale Venise, Rencontres Beas de Guadix, Tunisie, Jardins, Igloos, Sussargues, Vulcania, Vallée des Tombés, Cantercel, Arbres

Facteur Cheval, Land Art, Pavillon Seroussi, Tchéchénie, Elisée Reclus, Barbapapa, Claude Allègre, Jardin des Topiaires, Pentes vertes, Grande Motte.

n°33 février 2008, 64 pages

n°34 juillet 2008, 60 pages

n°35 janvier 2009, 68 pages

Lajus, Caves Network, Vallée Seine, Niemeyer et les courbes, Constitution de la Terre, Habiter le paysage, Terre armée, Stiltewoning, Iles tropicales & Zeppelins, Nappes habitées.

Histoires naturelles, Désolé plus d’essence, Haute Normandie, Monde souterrain, Shopping Green, Nappes habitées, Objets structures.

Sacré, Venise, St-Etienne, Archilab, Coques, Traces, Patrimoine souterrain, Earthships, Wang Shu, Parcours, La Défense.

n°36 juin 2009, 72 pages

n°37 décembre 2009, 72 p.

n°38 juillet 2010, 72 pages

Dunhuang, Habitat du Monde, Terrier, Monachisme, USA, Coques Mexique, Soussols, Grenoble, Zômes, Préfabriqués.

Habiter la montagne, 1ers RV Troglos, Sardaigne, Canaries, Chine, Semienterrées, Skate, Pentes années ‘60.

Batir écologique, Roche et Végétal, Art minéral, Champagne, Nice, Berlin, En mouvement, Bisses, Auto à l’étage, Art et skate

n°39 décembre 2010, 72 p.

n°40 août 2011, 72 pages

n°41 décembre 2011, 72 p.

Sud-Ouest américain, 2d RV Troglos, Maison terre cuite Colombie, Earth Sheltered, Caves viticoles, Terrasses, Parcours, Ville ludique & mobile, Futuro.

Naissance du "paysage", Paysage & urbanisme, Archi située, Troglos chinois, Roche reconstituée, Faux vert, Ailes, Sentiers d'art.

Mayas, Ordos, Illusions visuelles, Groundwork, Troglos libyens et tunisiens, Art et souterrains, Balades au-dessus, Rêve d'immatérailité, Tours.

n°42 juillet 2012, 64 pages

n°43 décembre 2012, 72 p.

n°44 juillet 2013, 72 pages

Chaume, Hundertwasser, Densité & liberté, Lire le territoire, 1er Colloque troglos Iran, Coques, Formations Sous-sol, Maisons vertes, Capteurs.

Sites rupestres, Voir le patrimoine, Courbes du Brésil, Espaces secrets, Maisons vertes, Cartopartie, Pentes brésiliennes, Empilages. .

Pédagogie du modernisme, Coques, Savoir-faire, Vieillissement, Volumes végétalisés, Echelle du territoire, Pentes japonaises, Dématérialisation.

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n° 23 janvier 2003, 56 p.

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n°22 juillet 2002, 52 pages

arsite@free.fr ou courrier postal pour exemplaires papiers ou numériques

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n°21 janvier 2002, 44 p.

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n°46 juin 2014, 72 pages

n°47 janvier 2015, 80 pages

Organicité, Rocailles Versailles, Deep City, Arbres locataires, Naturoptère, Mémoire industrielle, Rampes et ponts habités, Pilotis, Pentes, Barres désirables, Envols.

Matera, Falaises, Souterrains urbains, Végétal sacré, Socles urbains, Pilotis, Pente, Collines artificielles, Dalles et eau.

Gehry, Silos, Congrès de Lyon, Paille et Biosource, Arbres, Paysages de guerre, Patrimoine industriel, Toits et obliques, Ponts végétaux.

n°48 juillet 2015, 84 pages

n°49 décembre 2015, 84 p.

n° 50 août 2016, 84 pages

Confluences, Réinventer Paris, Géopoétique et Etats-unis, Canaries, Hotels troglos, Höhler, Signifier le végétal, Osaka 70, Valparaiso, Alger.

Gares GPE, American Bungalow, 2d Colloque troglo Iran, Chicago, Souterrains urbains, Geoffrey Bawa, Arbres, Pilotis, Voiles, Reliefs artificiels.

Passages, Bricolage, Makovecz, Troglododo, Coques en série, Ville et son sous-sol, Coeur de Gaia, Lotissements, Passerelles, Gradins, Auto et architecture.

Théâtre des sous-sols, Archi sacrée, Eco-logis, Troglos chinois, Rocailles, PAHS, Couëlle, Senosiain, Eau, Forts XIXeS, Souterrains urbains, Hobbits, Sea Ranch, Nappes.

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1er semestre 2017

n° 51 janvier 2017, 84 pages

Revue-bulletin

D O C U M E N T S

n°45 janvier 2014, 72 pages

architecture-paysage

n° 52 juin 2017, 84 pages Groundscapes, Neuroarchitecture, Bien-être, Troglovillage, Grottes ornées, Eclairage naturel, Paysage primitif, Fontaines vertes, Naturadome, Philharmonie, Seine musicale, Passerelles, Lagos.

Rédigé courant juin 2017, ce numéro doit beaucoup, comme les précédents, aux services offerts par Google. Pour fêter l’été, la page d’accueil du 21 juin 2017 présentait un terrier habité que venait percer un oiseau : la lumière y pénètre alors à flots et la souris éblouie se munit de ses lunettes de soleil.

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consultation gratuite des bulletins : www.arsite.info


qui habitaient les CliffDwellings du SudOuest des Etats-Unis, 1987, 58 pages

d’espace, Le confort thermique, L’équilibre écologique 2. Comment ? Aménager un puits de lumière, Épouser une pente naturelle, Créer un relief artificiel

Hundertwasser et l’architecture juin 1992, 72 p. Avec l’association les amis de Hundertwasser. Projets et réalisations resituées parmi les créations mondiales d’architecture-paysage.

Dalles, premier pas vers la 3ème dimension de l’espace public sept. 1993, 38 p.

Réalisé pour la Direction Gle du Développement de Spie-Batignolles. Espaces souterrains, Esthétique du stationt

Hundertwasser et l’architecture février 2015, 10 p.

Actualisation du document de 1992.

Architecturespaysages août 1994, 68 pages

Avec un reportage de 10 photos panoramiques de Philippe Houssin. Ateliers d'été de Cergy-Pontoise.

Hundertwasser, du peintre à l’architecte, de la peinture au paysage habité (1), 10 pages.

Hundertwasser, du peintre à l’architecte, de la peinture au paysage habité (2), 29 pages. Reprise du précédent, avec nouvelles illustrations, in Hundertwasser, Catalogue de l'exposition, éditions Viens à Marseille/Jnf Production, 2012.

Art troglo ou les galeries de l'art. juin 2007, 9 pages..

Habiter le Paysage,

intervention d'Olivier Huet au 3e colloque Habitat troglodytique et sites ruspestres, à Saint-Martin-leVieil (Aude).

Edité chez Alternatives, collection Anarchitectures. Réédition de Maisons creusées, maisons enter-

Architecturepaysage à Séoul février 2016, 18 p. Entre tradition d'un art de vivre avec la nature et le développement rapide d'une métropole mondiale.

Suite à la publication du rapport Roullier sur le futur des terrains Renault.

Patrimoine troglodytique du Vexin français octobre 1992, 95 p.

Pour les Ateliers d’été de Cergy-Pontoise. Accompagné d’un guide d’architectures-paysages en Région parisienne.

Dans Hommage à Hundertwasser, Musée des Beaux arts et de la Dentelle d’Alençon, 2001, Brochure de 60 pages, catalogue de l'exposition.

pour l’architecture-paysage ? février 1991, 12 pages

maisons creusées, maisons végétales septembre 2007, 192 p.

rées, www.editionsalternatives.com

Pour la Direction Régionale de l’Environnement Ile-deFrance, dans la continuité des inventaires nationaux. Vallées de l'Oise et de la Seine.

M

1. Pourquoi ? L’intégration au site, L’économie

mars 1990, 91 p.

Le méandre de l’île Seguin : laboratoire

Des troglodytes... à l’architecture-paysage dans la vallée du Rhône novembre 1997, 38 pages. Accompagné d’un guide d’architectures troglodytes et d’architecturespaysages.

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texte de présentation et légendes Disponible en CD

Qualité des parkings souterrains

Habitat creusé, le patrimoine troglodytique et sa restauration mai 2005, 224 pages Edité chez Eyrolles, collection “Au pied du mur”, prix de sensibilisation au patrimoine, en 2006, décerné par VMF. www.editions-eyrolles.com

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Habiter la roche & le végétal, fév. 1989

Edité chez Syros/ Alternatives. La première partie de l'ouvrage traite de l'historique et du futur : Du mythe antique aux paysages habités.

Paysages souterrains lyonnais octobre 2014, pour le Congrès de l'AFTES. Une page A3 recto-verso, repérage et illustrations au recto, texte et explications détaillées au verso.

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Visuel 80 diapositives

Réalisé par Olivier Huet

1988, 168 pages.

Paysages architecturaux novembre 2016, 26 p.

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Intervention d'Olivier Huet à Fontevraud en oct.1986 (1ères Rencontres nationales sur Troglodytisme).

Terrasses-jardins

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Ces Indiens Troglodytes

réalisations contemporaines en France et aux Etats-Unis, 19 pages.

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Habitat semi-enterré

classement chronologique

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Dossiers thématiques

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Née en 1986 du questionnement autour de l’habitat troglodytique et de son interprétation contemporaine, l’association Ar’site continue à explorer les constructions associées à la roche, au sol, aux plantes, ou créant un paysage anthropique : des architectures-paysages pouvant encourager d’autres rapports à la planète, à son socle minéral, à son couvert végétal ou au plein-air…

Catalogue des panneaux réalisés pour les expositions de Doué-la-Fontaine et de Paris (Six Elzévir) à l'occasion des 30 ans.

arsite@free.fr ou courrier postal pour exemplaires papiers ou numériques

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Pour que ces bulletins soient vraiment une plateforme d’échanges, nous aimerions disposer de vos avis, de vos impressions, pour les publier : vous connaissez une réalisation traditionnelle ou contemporaine particulièrement intéressante, ou vous venez de lire un article ou un livre passionnant et qui donne à réfléchir sur l’architecture-paysage ou le troglodytisme... N’hésitez pas, écrivez nous, envoyez photos, croquis, CD, liens Internet... Rédaction de ce bulletin : A. Aussedat, F. Bellanger, P. Bertholon, F. & P. Bertholon,, B. Blaise, D. Bois-Crettez, P. Delage, E. Doërr, J. Glowinski, O. Huet, B. Joffre, D. Jouvaud, P. Kulesza, M. Labbé, B. Lambert, M. Lonjon, P. Millard, S. Mouangue, P. Raffin, J-C. Trebbi, J. Unal.

Directeur de la publication : Patrick Bertholon Edition association Ar'site. Dépot légal à parution.

International Standard Serial Number

Accords d'échanges d'informations et de bulletins avec : Habitat, publié par l'association Homme et habitat qui regroupe les constructeurs et amateurs de maisons-bulles. http://architecture3d.org/ cf p. 47 et 49. Cahiers de l'ASER, Association de Sauvegarde, d'Etude et de Recherche pour le patrimoine naturel et culturel du Centre-Var. http://asercentrevar.free.fr Espace Souterrain, association pour l'utilisation rationnelle du sous-sol, Comité de l'AFTES, cf p. 56. www.subsurface.org et www.aftes.asso.fr IFMA-France, association pour la promotion et le développement de l'architecture organique (reliée au mouvement international IFMA : International Forum Man and Architecture). www.ifma-france.org cf p. 15. SFES, Société Française d'Etude des Souterrains qui s'interresse aussi aux espaces troglodytiques. cf p. 56 & 57. http://www.souterrains.eu

Titre Ar'site ISSN 2256-6392 CONSULTATION INTERNET : CONTACT : Ar'site, 16 rue des Bas Tillets, F 92310 Sèvres

arsite@free.fr

La collection complète des bulletins et (presque) des documents, des ressources (liens, bibliographie, etc.).

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Abonnez-vous (cf p. 80), sinon... Envoyez-nous votre e-mail, vous serez avertis de la parution (semestrielle) des bulletins, et de celle (aléatoire) des dossiers thématiques.

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Réalisations�������������������������������������������2 Projets���������������������������������������������������7 Expos, Esprit du Bauhaus������������������10 Biennale de Saint-Etienne������������������11 Articles, Livres ����������������������������������15 Brutalisme�������������������������������������������17 Groundscapes�������������������������������������19 Neuro-architecture������������������������������22 Bien-être, architectures douces����������27

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www.arsite.info

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Lucien Gratté��������������������������������������39 Troglovillage��������������������������������������43 Courbes�����������������������������������������������44 Coques������������������������������������������������45 Séries��������������������������������������������������48

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Grottes ornées�������������������������������������50 Communautés souterraines�����������������53 Eclairage naturel���������������������������������55

F A C A D E S

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V E R T E S

Paysage primitif (Lascaux, etc.)���������58 Fontaines vertes����������������������������������61 Naturadome����������������������������������������64 Dissimulation��������������������������������������66

E S P A C E S

A É R I E N S

Parcours (Philharmonie, etc.)�������������68 Passerelles�������������������������������������������75 Déplacements, Lagos��������������������������78

légende couverture : sentier sur la carapace de la Philharmonie de Paris (architecte Jean Nouvel). Le bâtiment, conçu comme butte de La Villette, propose un Belvédère sur son toit (cf p.68-69). Le sentier permet de rejoindre le niveau des Promenades périphériques qui conduisent à la grande salle, puis de redescendre jusqu'au Parc prolongé sous les strates du bâtiment-butte (photo W. Beaucardet).

Son extrémité basse, fermée par une porte coup-de-poing antipanique, est encore le témoignage des discussions avec la préfecture de Police qui voulait le cantonner le sentier à un rôle de sortie de secours !

Arsite n°52 • juin 2017  

Revue-bulletin de l'association Ar'site • 1er semestre 2017 • 84 pages • Sommaire en dernière page • Directeur de la publication : Patrick B...

Arsite n°52 • juin 2017  

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