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Revue-bulletin

a r c h i t e c t u r e - p a y s a g e

2d semestre 2012

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BUREAUX GALAXY SOHO à BEIJING

Au nord-est de la ville, dans le quartier d'affaires de la seconde couronne, cet ilôt de 330.000m2 en quatre immeubles ovoïdes reliés par des plateformes à différents niveaux, par des cours et un canyon central a étélivré en octobre par Zaha Hadid.

divers espaces communautaires et publics. gym, library, and a variety of communal and public spaces. Conçue par Urbanus (Liu Xiaodu, architecte à Beijing et Shenzhen), elle fait référence aux traditionnels Tulou circulaires des Hakkas, ces maisons de terre multifamiliales aux allures de forteresse à plusieurs étages que l’on trouve dans le sud-ouest de la province du Fujian (ci-dessous).

V U

Les trois niveaux inférieurs abritent commerces et divertissement, les niveaux immédiatement au-dessus sont des bureaux et les sommets sont dédiés aux bars, restaurants et cafés, bénéficiant d'une vue panoramique. La fluidité entre les espaces et la multiplication des cours lui fait rapprocher les parcours à l'intérieur de cette architecture futuriste de ceux qu'offraient les anciens hutongs, quartiers pékinois traditionnels d'habitations basses, mais denses.

Cette structure ronde abrite 245 appartements en coursive ainsi qu'une résidence d'étudiants, un hôtel, quelques commerces, une salle de gymnastique, une bibliothèque et

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LOGEMENTSàGUANGZHOU (GUANGDONG)

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Le Nanhai No. 1 - nom de la mer au Sud de la Chine (Nanhai) - est un navire vieux de 800 ans, de 25 mètres de long, qui coula sous la dynastie des Song (960-1279). L’épave a été découverte en 1987 dans la partie Ouest de l’embouchure de la Rivière des Perles (Zhu Jiang), point de départ de la Route Maritime de la Soie qui reliait la Chine au MoyenOrient et à l’Europe.

Elle est depuis 2008 exposée dans un musée aux formes circulaires (tubulaires) qui donne sur la Plage d’Argent de l’Île Hailing à proximité de Yangjiang, à trois heures de route de Guangdong. Le musée reproduit dans un très grand aquarium les caractéristiques du milieu aquatique où l’épave a été découverte.

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MUSEE à YANGJIANG (GUANGDONG)

AR’SITE n°43 décembre 2012

HOTEL TAINZI Y A N J I A O (HEBEI) Construites entre le XIIe et le XXe siècle elles pouvaient abriter jusqu'à 800 personnes et sont aujourd'hui inscrites par l'Unesco au patrimoine mondial. Ce Tulou affordable housing project d'Urbanus était exposé lors de la 5e Solos Exhibition du Cooper Hewitt National Design Museum de NewYork.

JARDINS à SHENZHEN (GUANGDONG)

En mars 2012, Urbanus aménageait un jardin au pied d'immeubles, à la fois pour revaloriser le site collinaire et pour introduire une agriculture urbaine.

à

Cet hôtel de dix étages construit en 2001 mesure 41,6m de haut et est entré dans le livre Guinness World Records, en tant que plus grand "bâtiment imagé". Les personnages-immeuble représentent "Fu Lu Shou" (les trois dieux bonheur - prospérité - longévité). Notez que Shou, le dieu à gauche, tient ce qui est apparemment une pêche, en fait une suite dans l'hôtel, les deux trous à l'avant étant des fenêtres. Les autres sont entre les personnages ou dans les motifs.


R É A L I S AT I O N S

ECOLE-PONT X I A S H I (FUJIAN)

à

Le prix d’architecture de l’Aga Khan a récompensé en novembre 2010 la réalisation d’une école-pont à Xiashi, petit village de la province de Fujian, par l’architecte Li Xiaodong Atelier en 2008. A vocation sociale et éducative, destinée à une population pauvre et tentée par l'éxode, elle est conçue comme un lieu fédérateur pour un village divisé par une rivière, et relie deux "tulou", bâtiments traditionnels de forme ronde (cf page précédente). Outre l'école, le pont abrite un théâtre, une bibliothèque, des espaces ouverts permettant la communication entre les habitants.

MAISON à KITASAKU (KARUIZAWA)

LOGEMENTS DENSES PINNACLE@DUXTON

Avec une politique sociale très développée dès les années 70 (dont par exemple un vaste préau au RC de tous les bâtiments pour favoriser le lien communautaire), le Housing and Development Board (HDB) est pour beaucoup dans l'essor de la ville. Une des plus étonnantes réalisations est en 2009 cet ensemble de 1848 appartements : 7 tours de 50 étages, reliées par deux passerelles, l'une intermédiaire au 26e étage, l'autre au sommet, au 50e étage. Il est issu du premier concours international lancé par HDB, en 2001, avec pour lauréat l'agence de

Singapour ARC Studio Architecture + Urbanism. Le projet est situé à l'emplacement des deux premiers immeubles HDB construits dans les années 60. La passerelle du 26e étage est réservée aux résidents à qui elle sert de zone de refuge (photo ci-dessous) et de services : salles de gymnastique, jeux d'enfants, aire communautaire... La passerelle sommitale est, elle, accessible au public et propose une vue panoramique sur la ville. L'une et l'autre ne peuvent recevoir plus de 1000 personnes pour des raisons de sécurité.

Cette maison, sushi ou coquille, a été réalisée en 2008 par les architectes japonais Artechnic comme résidence secondaire de plus de 300m2 en pleine nature à 1h30 de Tokyo.

Les coques de béton sont isolées intérieurement par 60mm d'urethane expansé recouvert d'une résine avec vermiculite. La climatisation à air pulsé est intégrée dans le sol. AR’SITE n°43 décembre 2012

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RÉALISATIONS

IMMEUBLE SKY GARAGE

Le promoteur KOP Properties propose une tour d'habitation de 30 étages, Hamilton Scotts (Scotts Road) dont les vitrages d'un angle de la façade laissent apercevoir le montecharge automatique qui amène les véhicules (de collection ?) en plein ciel, devant les baies vitrées de l'appartement, qu’il se situe au 1er ou au 30ème étage! Des systèmes presque similaires existent déjà à New-York ou Berlin (cf bull n°38 p.65 et n°42 p.56), mais jamais avec une telle mise en scène ou une telle hauteur.

HOTEL-CROCODILE JABIRU

à

Au sein du parc national Kakadu, 200km à l’Est de Darwin, dans la région Alligator Rivers, l’hôtel 4 étoiles Gagudju Crocodile (110 chambres sur deux étages avec vue sur une cour centrale) date de 1988. Il a un plan en forme de crocodile de 250 mètres entre la tête et la queue et 30 mètres de large au niveau du ventre du reptile emblématique du parc national (cf bull n°6 p.2) ! L’architecte John Wilkins (Darwin), avait remporté le concours. L'hôtel a été dessiné avec les aborigènes Gagudju et la silhouette de crocodile représente Ginga, un crocodile géant faisant partie de la mythologie ancestrale de ce peuple. Parfait pour la vue d’avion ou d’hélicoptère, courante en Australie, mais comment le perçoit-on du sol ? La photo ci-dessous en montre la tête et l'oeil, l’entrée se situant à travers ses mâchoires, conduisant au lobby. A l’intérieur, une galerie d’art et différents autres espaces présentent des œuvres aborigènes contemporaines.

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AR’SITE n°43 décembre 2012

MAISON à KENTFIELD (CALIFORNIE) Réalisée en 2010, cette maison est accrochée à la pente face au mont Tamalpais et à la baie de SanFrancisco. Les architectes Turnbull Griffin Haesloop ont imaginé un volume compact dissimulé sous sa terrasse plantée, la piscine étant ellemême protégée dans la cour ménagée entre la pente et la construction (photo).

MAISONS à LUQUE

Ces deux maisons côte à côte préfigurent ce que pourrait être un lotissement semi-enterré paysagé. Avec la préoccupation bioclimatique, les architectes Bauen (sur le projet Aldo Cristaldo Kegler) proposent deux tumulus d'où émergent les toits courbes de chacune des maisons. info www.contemporist.com

MAISON au CAP

Une maison disparaissant dans le paysage dans la baie de Betty, près du Cap. L’architecte Sarah Calburn, qui travaille souvent architecture et paysage dans ses maisons, a créé de petites cours protégées côté montagne, mais largement ouvertes sur la mer à travers les généreux vitrages panoramiques installés sous le toitterrasse planté de variété indigènes.

MAISONS SEMIENTERREES à LONG SUTTON (LINCOLNSHIRE) L'Unity Gardens est un lotissement de 6 maisons sociales réalisé en 2009 avec l'objectif d'autonomie énergétique, voire alimenatire avec les jardins. Très simples (à RC), mais toits solaires et pignons talutés, elles sont conçues par les architectes SEArch (Julie Butcher sur ce projet) et la Lincolnshire Rural Housing Association (LRHA). (cf ce bull. p.52) info Monique Labbé.


RÉALISATIONS

- le Camping Flat II, 4 plateaux d'échafaudages accueillant chacun une tente et un feu de camp (Kevin van Braak)

MAISON à BALDRINE (ILE de MAN)

Une Eco House démonstrative des gains énergétiques attendus, est réalisée par Kay Associates architectespuis vendue à la fin de Barroose Road, avec une vue sur la mer et proche des services des villages de Onchan et de Douglas.

TOUR THE LONDRES

SHARD

- le Blob VB3, récemment acquis et au départ pensé en 2009 comme une annexe d'habitation en bois, à la forme de "goutte" (Studio dmvA).

à

Inaugurée début juillet 2012 à grand renfort de jeux de lumière (lasers, phares...), c’est la plus haute tour d’Europe : 309 m, 72 étages. Ce prisme de verre conçu par l’architecte Renzo Piano n’est pas totalement symétrique. Sur une base carrée, se greffe une double peau par endroit. Comme si elle s’était habillée d’un vêtement retaillé par un designer de mode. A l'intérieur, des bureaux, des appartements, un hôtel, des commerces et des restaurants. Une plateforme panoramique accessible à tous devrait ouvrir en février 2013. Elle remplace la tour Southwark construite dans les années 70. A ses pieds, la gare actuelle de London Bridge, avec le métro et le train et un futur immeuble de 17 étages de bureaux, par R. Piano également.

MAISON WALL HOUSE 2 à GRONINGE

Originalement dessinée par l'architecte américain John Hejduk (19292000) dans les années 70, cette maison faisait partie de ses fictions, de ses recherches sur le langage architectural. Elle a été construite comme un hommage, en 2001 ! Elle se visite, 17 A.J. Lutulistraat (http://www.wallhouse.nl/) Ci-dessus et ci-dessous..

CAPSULES à KEMZEKE

Ouverte depuis 2007 entre Anvers et Gent par les collectionneurs Geert et Carla Verbeke, la Verbeke Foundation constitue un centre d’art unique où sur 12 ha et d'anciens hangars s’unissent nature, culture et écologie. Elle propose de dormir (120 à 180 euros pour 2) dans des créations d'artistes internationaux. Parmi celles-ci, - la CasAnus dès le début en 2007, un instestin humain à habiter (Joep Van Lieshout),

- la capsule de survie, recyclage de ces caissons de 4,25m de diamètre, couleur orange vif, utilisés depuis 1972 pour les plates-formes de forage pétrolier, à l'instar des deux autres hôtels-capsules déjà installés depuis 2004 dans le port d'Amsterdam quai de la Haye (Denis Oudendijk).

Chacune de ces créations est en phase avec la volonté d'encourager l’œuvre de bio artistes et d’artistes travaillant au moyen de plantes et d’animaux vivants. www.verbekefoundation.com AR’SITE n°43 décembre 2012

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RÉALISATIONS

MAISON à GERONE

La Casa Periscopio est réalisée en 2012 par C+arquitectos à La Selva de Mar : une rédidence secondaire à partir d'une maison en ruine d'un village protégé. Dans la plus grande discrétion, des espaces très contemporaine exploitant des vitrages généreux autour d'un puits de lumière pénétrant au coeur du volume, et une terrasse-périscope aménagée en toiture, conservant le paysage construit mais offrant de nouvelles sensations.

ENTREE de GROTTE à CRIACAO VELHA (ACORES)

Grotte volcanique de l'île del Pico, la Gruta das Torres a été classée en 2004 monument naturel régional et son ouverture au public a demandé un aménagement. Réalisé en 2005 par SAMI arquitectos, il s'inscrit dans le paysage avec les mêmes maçonneries que les empierrements du site, tamise la lumière à l'entrée de la cavité. Info Jean-Michel Reynier

CENTRE d'ART à CALHETA (MADERE) Musée d'art contemporain construit en 2004 par l'architecte Paulo David, ce Centro para las Artes Casa das Muda est à l'ouest de Funchal, avec la volonté de créer des liens entre oeuvres et paysage.

PÔLE PETITE ENFANCE à LA TRINITE (06)

Installé depuis 2011 en fond de terrain, à la place des restanques sous la route haute, l’équipement dégage la surface d’un jardin devenant public. Une promenade suture le haut et le bas de la ville. L’écriture architecturale de CAB architectes ne fait aucune concession à la prétendue échelle de la petite enfance : le bâtiment est minimaliste, béton brut, grandes baies coulissantes disparaissant derrière les façades de béton, porte à faux et espaces inondés de lumière malgré leur adossement au terrain. (Annuel optimiste d’architecture 2011)

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Le quartier Pierresvives est lancé avec l’inauguration en septembre 2012 de la Cité des savoirs et du sport pour tous dessinée par Zaha Hadid, un bâtiment de 198 m de long, 26.000 m2 sur 5 niveaux. Ce paquebot construit en périphérie, à proximité du quartier populaire de la Mosson, accueille une médiathèque, les archives départementales (60 km de rayonnage) et le service des sports. Autour du bâtiment, le Département aménage un nouveau quartier destiné à valoriser le Nord-ouest de la ville, comprenant des logements, des commerces, des services, des bureaux, des activités et équipements publics. Art & Build en est l’architecte en chef (Steven Beckers) et les premiers aménagements et bâtiments devraient être livrés en 2013.

LYCEE à FRONTON (31)

20km au sud de Montauban, le lycée Pierre Bourdieu avait été réalisé en 2004 par les Toulousains Séquences Architectes (Marc Pirovano, Jérôme Terlaud, Antoine Fleuriot). Ils viennent d'en signer une extension, lauréate du palmarès Architecture Aluminuim Technal de 2012. Elle confirme la démarche HQE de l'original, avec des talus protecteurs, masques solaires, etc. (cf bull n°39 p.52)

MAISON à VILLENEUVETOLOSANE (31)

Située dans un quartier pavillonnaire, la maison de 90m2 est composée de trois containers maritimes enterrés sous une butte de terre. Nicolas Eydoux a exploité des solutions bioclimatiques simples et efficaces telles que serre (bois et polycarbonate transparent) et solaire, isolation extérieure renforcée, protection et inertie de la terre (40cm) ou encore l’utilisation de matériaux recyclés et recyclables. Un projet que l'architecte nourissait depuis longtemps, et qui a pu voir le jour grâce à un ami intéressé par la démarche, Olivier Reynaud, professeur d'histoire-géographie. A noter que N. Eydoux travaille sur un projet d'atelier municipal à base de containers enterrés, invisibles dans le paysage, dans le village classé de Galey, en Ariège (près de Saint-Girons). (Journées 2012 d'Architectures à Vivre)

IMMEUBLE (44)

à

NANTES

Périphériques (E. Marin, A-F. Jumeau et D. Trottin) & Berranger Vincent architectes, ont livré 72 logements sociaux : un immeuble au plan en simple U mais à l’épannelage «paysagé », son appellation « Roller Coaster » renvoyant à l’image ludique (optimiste !) d’une « montagne russe » de fête foraine. Il crée une forme mémorisable dans le site plat de l’Ile de Nantes (rues Ligérienne/ rue Alain Colas) (Annuel optimiste d’architecture 2011)

RÉALISATIONS

CITE des SAVOIRS et du SPORT à MONTPELLIER (34)

Louvre-Lens, installé au sein de ce bassin minier classé en juin 2012 au Patrimoine Mondial de l’Unesco. Il est installé de plain-pied sur le site de l’ancien carreau de la fosse n°9 Théodore-Barrois des mines de Lens, transformé par Catherine Mosbach en un parc de détente et de loisirs en accès libre, composé à partir de son histoire minière : l’entrée historique est conservée, ainsi que le puits de mine et les anciennes voies ferrées « cavaliers ». Lauréats en 2005 du concours qui avait pour objectif un musée « différent, original », préférés au projet de Rudy Riciotti, les Japonais Sanaa (Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa) livrent un bâtiment minimaliste qui a connu de grandes difficultés de mise au point pour faire cohabiter originalité et respect du budget : prévu fin 2008, le musée ouvre aujourd’hui ! L’objectif est néanmoins atteint, et un site comme archicool.com peut même écrire : « Mies en aurait rêvé » ! (cf ce bull page 63).

CENTRE SOCIAL à LILLE (59)

Présenté comme un « monolithe fracturé », le Centre social de l’Arbrisseau est conçu par Colboc Franzen et ass. comme un bloc orthogonal de matériaux pauvres, parcouru par des escaliers périphériques. Il abrite des activités multiples : crèche, bibliothèque, salle d’activités dans une banlieue déshéritée… (Annuel optimiste d’architecture 2011)

CRECHE à SARREGUEMINES (57)

LOUVRE à LENS (62)

Jour de la sainte-Barbe, patronne traditionnelle des mineurs, le 4 décembre 2012 a été le prétexte à l’inauguration officielle du nouveau musée du

La Bulle enchantée a été imaginée par Paul Le Quernec & Michel Grasso dans le voisinage d’une zone industrielle peu avenante, au sud de la ville. Le programme s’est refermé au sein d’une clôture qui abrite des regards, des voitures et des entrepôts voisins. Tout tourne autour de l’espace de jeux sur lequel se focalisent AR’SITE n°43 décembre 2012

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RÉALISATIONS

Suivant la pente naturelle du terrain, la maison se "déplie" sur deux niveaux. Celui qui contient les espaces de vie profite d'une hauteur sous plafond plus importante, l'autre, comprenant l'espace de nuit, plus intimiste, a été entérré de façon à que la végétation pousse à la hauteur du lit. (Journées 2012 d'Architectures à Vivre)

MUSEE à MEAUX (77)

L'Atelier Christophe Lab (et Cécile Courtey) a été en 2008 lauréat du concours du Musée de la Grande Guerre du pays de Meaux. Face à la

les différentes fonctions du programme. Ce plan en marguerite emploie de nombreuses courbes, de volumes arrondis, en dômes, en cylindres, et qui plus est d'une ambiance « layette» de vieux rose et bleu pâle ! (Annuel optimiste d’architecture 2011)

nature d'une centaine de mètres de fortifications et d'une partie de camp romain. www.alesia.com

AIRE d'AUTOROUTE de la CHAPONNE (89)

Une nouvelle aire sur l’autoroute A6, vers le Sud à hauteur d'Avallon : un dôme au toit végétalisé, éclairé en façade et avec un puits de lumière central zénithal. Mise en service par Elior en avril 2012, elle a été imaginée par le designer Ora Ito.

MARCHE à REIMS (51)

Voûte de béton armé de 38m de portée, réalisées en 1929 et classées depuis 1990, les halles Boulingrin viennent d'être restaurées en 2012. Extérieurement, un système d'étanchéité liquide avec une dernière couche sablée retrouvant l'aspect mat du mortier d'origine, fortement dosé. Intérieurement purge, complément d'armatures, inhibiteur de corrosion et regarnissage au micro mortier. Le Moniteur 20 juillet 2012.

MAISON à GYE-sur-SEINE (10)

De 380m2, la maison se fond dans la topographie, évitant de confronter son volume à ceux des hangars agricoles voisins. Hérard & Da Costa l'ont installé sur des 54m de la parcelle, le long d'un chemin agricole bordé d'un mur de béton percé de petits oculus aléatoires.

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démesure de l’une des plus grandes furies de l’histoire, le bâtiment joue la puissance symbolique. Il s’inscrit discrètement sous une langue de terre prolongeant l’ancienne aire commémorative de la bataille de la Marne et son monument, la Victoire éplorée : c’est son toit terrasse qui abrite un bâtiment progressivement détaché du sol grâce à un spectaculaire porte-àfaux. Cette masse suspendue en équilibre est éventrée, créant échange entre ciel et terre ou rappelant les obus meurtriers. L’ensemble des détails de réalisation participe à cette atmosphère émotionnelle. (Annuel optimiste d’architecture 2011)

MUSEO PARC à ALESIA (21)

Ouvert en mars 2012, le MuséoParc comprend centre d'interprétation, musée archéologique et parcours-découverte. Il a été confié à Bernard Tschumi avec l'objectif d'innover... sans dénaturer, concilier la force de l'événement à l'impératif de “modestie” fixé par les scientifiques. Le bâtiment cylindrique enveloppé d'une résille de bois propose "l'interprétation" à l'intérieur d'un grand volume, et sa terrasse accessible et plantée offre un belvédère à 360° sur le site et la reconstitution grandeur

PISCINE à CALUIRE (69)

Agrandie en 2008, la piscine municipale s'inscrit dans la pente au pied des immeubles et comporte une partie de bassin découvrable : la toiture terrasse végétalisée coulisse sur une structure fixe (cf p.23). L'architecte est Nicolas Guillot (Lyon) associé à Emmanuel Coste (Montpellier, spécialiste piscines). Revue d'A n°184, sept 2009


PARC à SAINT-ETIENNE (42)

Lors de la dernière Biennale de Design fin 2010 (cf bull n°39 p.10) il était question des multiples projets signant le renouveau de la ville, dont un aménagement paysager par Alexandre Chemetoff pour relier une centaine d’hectares derrière le site de la Manufacture dans le quart nord-est de la ville et y installer le plus grand campus de la métropole. Le premier acte symbolique était le franchissement des infrastructures ferroviaires grâce à des passerelles ouvertes à la population… Début juillet 2011 ont été inaugurés les 13 ha du parc François Mitterrand, ouvert à la flânerie, aux loisirs en famille ou entre amis pour la détente, les pique-niques... sur l’emplacement de l'ancien parking du Palais des spectacles ! Du bitume de l'ancien parking aux zones de stationnement colorées, il reste des portions conservées, bicolores, qui dessinent les allées du parc ; mais le reste du parking a été décapé pour réaliser les prairies en stabilisé fertile, ce qui signifie de la terre végétale ensemencée sur une couche de bitume concassé en lieu et place des aires de stationnement : des sols peu coûteux, résistants et faciles à entretenir. Le même principe a été adopté sur la place Carnot voisine. (cf ce bull page 55)

CENTRE SPORTIF MANTES-la-JOLIE (78)

COMMISSARIAT à CLICHYMONTFERMEIL (93)

Toute l’ambiguïté de ce programme de Commissariat de sécurité de proximité (là où deux jeunes avaient été tués en 2005) est dans la réponse paysagère de Fabienne Bulle : côté rue, le long du futur tramway qui traversera la commune, le commisariat assure sa part d’urbanité et de prévention ; côté cité, c’est un soulèvement du sol prolongé par un plan incliné d’acier Corten qui dissimule les véhicule et répond à l’échelle des tours. (Annuel optimiste d’architecture 2011)

RÉALISATIONS

bitat collectif du Val Fourré et les collines du Vexin voisines. Livré fin 2011, il comporte une partie piscine, Aquanaute, et une partie ludique, Aqualude abritées sous des arches généreuses, végétalisées en toiture et protégées sur les vitrages sud par une claustra "mashrabiya" aux lignes ondulantes.

ECOTOURISME FONTAINEBLEAU (77)

à

Au cœur de la célèbre forêt, sur le site des gorges de Franchard, ce centre de sensibilisation du public à un environnement naturel remarquable a été livré en mai 2011. Imaginé par l’atelier grenoblois Inca (Gilles Marty), le projet comprend deux entités indissociables. La première, réunit hall, espaces d’exposition et de vente, bureau et local technique. La seconde, en forme un croissant de lune et semi-fermée, abrite des sanitaires et des espaces extérieurs, assortis de gradins et d’une halle ouverte destinée à des activités pédagogiques. Les deux abris écologiques dotés de carapaces sont entièrement bâtis en bois : ossature, bardage et toit. Site Le Moniteur.fr

CRECHE à PARIS (18e) ECOLE au BOURGET (93)

Hubert & Roy (Bruno J. Hubert et Michel Roy) qualifient de « biomorphe » le Groupe scolaire Louis-Blériot au Bourget : il déploie ses formes de bois dans un terrain entre habitat, voies ferrées et friches industrielles. Il se tord, se plie autour d’une galerie généreuse qui irrigue de lumière cet origami scolaire de 12 classes. (Annuel optimiste d’architecture 2011)

Porte Montmartre, la crèche Binet de Béal & Blanckaert, livrée en 2010, est le fer de lance de l’opération de «renouvellement urbain» Portes Pouchet, Montmartre et Clignancourt. Elle se présente comme un kiosque baroque semi ouvert sur un square, avec une façade de verre multicolore et d’inox qui brouille les reflets, ou le bastion d’angle d’une fortification, percé de fines meurtrières et protégeant en son centre un cloître rond. Mail Henri-Huchard 18e (Annuel optimiste d’architecture 2011)

à

Sur les bords de la Seine, ce centre a été gagné en 2005 par l'agence Search (Caroline Barat and Thomas Dubuisson) qui venait d'être créée ! Il assure le dialogue entre la zone d'ha-

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PROJETS

SCIENCE CITY à BEIJING

La future cité de la science imaginée par Urbanus (cf ce bull page 2) est positionnée à l’extrémité Est du corridor high-tech Changping-Qibei à une dizaine de km de l’aéroport du Nord-est de Beijing. Son principe d’aménagement est de faire cohabiter, façon yin et yang, deux grands espaces verts et deux blocs de forte densité reliés, par un cheminement piétonnier, entre eux et avec les services environnants (administration, centre de conférences, services médicaux, divertissements, commerces, hôtels, etc.). Symboliquement, nord et sud de la cité sont reliés par des passerelles qui permettent de conserver intact l’écosystème des sols traversés. Source site Designboom.com

HUANGSHAN MOUNTAIN VILLAGE au LAC TAIPING (ANHUI Province)

Un village résidentiel de 700 appartements, un hôtel et quelques services sont envisagés pour 2014 par Ma Yansong (MAD, cf bull n°41 et 42 p.2) sur les rives du lac Taiping, en Chine centrale à l’ouest de Shangai. L’architecture des immeubles multiplie les courbes : elles évoquent les

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formes géologiques de la région, créent des transitions douces avec l’environnement végétal et enfin invitent les résidents à dépasser l’attitude de spectateur pour entrer en relation avec le paysage naturel. (en haut et en bas de la colonne) Un peu à la façon des anciennes peintures de paysage faisant plutôt appel à l’imagination qu’au réalisme. La région est d’ailleurs l’un des lieux d’inspiration de ces œuvres, a été classé par l’Unesco, et est une destination touristique de plus en plus prisée. Source site Dezeen

GRATTE-CIEL HMONG MOUNTAIN (YUNNAN)

Sous le titre de “Mountain BandAid” ce projet a l’ambition de restaurer l’écologie des montagnes du Yunnan, détruites par une exploitation outrancière. Les architectes Yiting Shen, Nanjue Wang, Ji Xia, Zihan Wang ont obtenu avec (début 2012) la seconde place du dernier concours annuel de « gratte ciel » organisé depuis 2006 par le magazine américain eVolo. L’idée est d’installer une structure habitable au flanc des fortes pentes montagneuses : elle est imaginée accueillir les populations Hmong ayant été déplacées et les aider à retrouver leurs anciens modes de vie, et en même temps être une protection pour permettre aux sols de la montagne de se régénérer et de se revégétaliser (notamment en intégrant une irrigation). Ce « gratteciel» couché à flanc de montagne serait conçu selon la philosophie constructive traditionnelle des bâtiments de la Chine du Sud, le Chuan Dou style. (en haut de la page à droite)

HASHIMA, ILE FANTÔME (KYUSHU & YAMAGUCHI)

Une île japonaise abandonnée de 480m de long et 160m de large, Hashima, ou Gunkanjima (Battleship Island) ou Ghost Island, ancienne mine de charbon (le «diamant noir») à 15 km de Nagasaki et exploitée depuis 1890 par Mitsubishi, puis abandonnée en 1974. Dans les années 60 elle abritait plus de 5000 résidents, soit plus de 80.000 personnes au km2 ! Elle comporte le premier immeuble d’habitat collectif de 7 étages, en béton armé, construit au Japon en 1916. Coréens, Chinois étaient recrutés de force pour extraire ce charbon à moins 1100m pour alimenter toute la flotte japonaise.

Photo de 1901. Certains qui y ont vécu enfants ont fondé une association pour faire classer l’île au patrimoine mondial de l’Unesco comme l’un des site de l’héritage industriel moderne des régions de Kyushu et Yamaguchi, mais contesté par la Corée du Sud du fait de l’origine des mineurs contraints à y travailler. En août 2005, une première visite a


STATION BALNEAIRE et OPERA sur la MER MORTE

S T E J O

Un concours international a été lancé en 2010, en collaboration avec la firme californienne (S Francisco) Urban Re Vision, pour réaliser sur un parking du centre-ville proche de l’hôtel de ville, le premier « block » écologique : le lauréat est le projet Forwarding Dallas, un ensemble pour 854 habitants, des Portugais (Lisbonne) Atelier Data et MOOV. Il utilisera la construction en paille, des capteurs d’eau chaude solaire, des panneaux photovoltaïque, des éoliennes, des serres publiques. Les immeubles aux formes de collines sont recouverts de végétation. Le chantier a commencé en 2011.

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QUARTIER "DURABLE" à DALLAS (TEXAS)

Une architecture de désert appropriée, alliant ombre, ventilation naturelle et masse thermique, jouera un grand rôle dans la création d'un microclimat confortable pour des invités ; tout en les incitant à vivre une expérience naturelle dans le désert environnant. La construction devrait être finie pour 2014.

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été autorisée à des journalistes exclusivement, préparatif à un projet de restauration d’un port et d’un cheminement sécurisé d’environ 220m (envisagés pour 2008 puis prolongé l’année suivante). Il a été estimé possible d’ouvrir au public environ 160 jours par an, compte tenu des conditions météorologiques. Une partie est aujourd’hui réouverte aux visites depuis 2009 et elle apparaît dans un clip d’un groupe rock japonais, puis même récemment dans le dernier film de James Bond (Skyfall) ! Quel devenir ? A suivre... Site internet riche d’images : tumblr.com info Robert Jackson.

Le projet d’environ 45.000m2 devrait se fondre au mieux dans ce site à préserver : les architectes libanais Accent Design Group (Elie Abs) proposent une cascade de terrasses contenant les éléments du programme, au milieu d’un paysage naturel et artificiel de palmiers et de bassins descendant vers le rivage. Au point haut, la terrasse supérieure est reliée au sol par un plan.

L'immeuble de 1916 est au premier plan.

TOUR EDITT

Promettant un "Ecological Design In The Tropics" (EDITT), cette tour de 26 étages des architectes TR Hamzah & Yeang qui travaillent depuis longtemps le sujet (cf bull n°19 p.58-59) utiliserait panneaux photovoltaïques, ventilation naturelle, centrale de production de bio-gaz (à partir des eaux usées) et surtout une façade végétale sur 50% de la surface pour l'isolation naturelle et pour accroître la bio-diversité de la ville. Elle serait construite à partir de matériaux recyclés et recyclables.

HOTEL WADI RUM à PETRA

Oppenheim architectes (Floride) a gagné en 2011 un concours pour le projet "Wadi Rum Resort". En plein désert jordanien à proximité de Petra, ce complexe luxueux sera bâti et creusé à même la roche, dans des matériaux naturels directement extraits sur place. Des résidences, des chambres et des facilités hôtelières sont construits dans les falaises et insérés dans les fentes naturelles et les fissures des falaises. Des formes architecturales simples façonnent le paysage et offrent un rapport direct entre l'homme et la nature.

PONT de la PAIX entre GAZA et CISJORDANIE Dans le cadre d’une série de reportages consacrés à des constructions réelles ou imaginaires, Annette LévyWillard proposait The Missing Link, «le lien manquant» : un pont imaginé par Marc Mimram entre Gaza et la Cisjordanie. «Les deux parties de la composante palestinienne sont disjointes alors qu’il faut les rejoindre physiquement et politiquement», explique-t-il. Plutôt qu’un tunnel qui rappellerait les mauvais souvenirs des tunnels clandestins entre Gaza et l’Egypte, plutôt qu’une route qui séparerait le nord d’Israël du sud du pays, je propose une structure aérienne hybride qui ne serve pas seulement au transport, mais rende de multiples services aux Palestiniens et aux Israéliens.» The Missing Link est d’abord une ligne blanche qui traverse le désert du Néguev, inspirée des travaux de Christo, l’artiste bulgare qui emballe la géographie et l’histoire. C’est une œuvre d’art qui trans-

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S T E J O R P portera les gens, les voitures, l’eau salée (pour réalimenter la mer Morte), l’eau désalée (pour les villes israéliennes du désert du Néguev, puis pour la Cisjordanie) et, en plus, produira de l’énergie électrique solaire (par des panneaux sur sa façade plein sud). Mimram rêve plus tard d’un pont habité, avec des magasins, sur le modèle du Rialto à Venise ou du Ponte Vecchio à Florence. Libération, 31 juillet 2012

CANEBUZOàLONGSUTTON (LINCOLNSHIRE)

MUSEE ARCHEOLOGIQUE à PTUJ (BASSE STYRIE)

Au nord-ouest de la cité médiévale, ce musée conçu en 2011 par Enota est semi-enterré au pied de l'ancien monastère Dominicain. Les riches collections archéologiques ainsi qu'un ancien mur sont au niveau du soussol, mais restent visbles depuis le terrain naturel. Bureaux, stockages, bibliothèque et bar sont également intégrés dans ce bâtiment en cours de construction. info JC Trebbi, source site Archi daily

Canebuzo (Carbon Neutral Business Zone) est la première zone d’activités britannique sans pétrole, en construction à Hoddins Way : chaque bâtiment sera à énergie positive. Les architectes SEArch (Jeremy Harrall) reprennent les principes du lotissement déjà construit (cf ce bull p.4) mais adoptent là des formes rondes, dans l’esprit du prototype réalisé pour leur agence (cf ce bull p.53)

EUROPA CITY à GONESSE (95)

CAPSULE ALPINE à PIZ LA ILA (DOLOMITES)

A plus de 2100m aurait du voir le jour en 2010 une "bulle" réfléchissante conçue par le designer anglais Ross Lovegrove à la demande de Moritz Craffonara, déjà propriétaire de refuges prestigieux dans la région. Sous forme d'une goutte de mercure de 8m de daimètre, ce refuge aurait dû être revêtu d'une structure double de verre, recouverte à son tour d'une enveloppe spéciale qui réfléchit le milieu environnant. (ci-contre)

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Au printemps 2012, à l’occasion du Salon du Marché International des Professionnels de l’Immobilier (MIPIM) à Cannes, sous le chapiteau du Grand Paris, sur le stand de l’EPA Plaine de France, les maquettes des 4 projets architecturaux retenus dans le cadre d‘une consultation internationale débutée en avril 2011, ont été dévoilées au public. En septembre 2012, elles étaient de nouveau le support de l’exposition à la Maison de l’Architecture d’Ile de France (Paris

10e) « EuropaCity 2012 – Alliage(s) et Territoire(s) » présentant le concept du nouvel équipement urbain prévu pour les années 2020. Projet mégalomane pour certains (contestant le programme), ambitieux pour d’autres (avec la création d’un Comité de Pilotage), Europa City ne laisse personne indifférent. Implanté sur 80 hectares dans le territoire du triangle de Gonesse, entre Paris et l’aéroport Charles de Gaulle, déclaré en 2008 zone urbanisable par le Conseil régional, il est porté depuis 2010 par la filière immobilière du groupe Auchan, Immochan. Le groupe cherche en effet à réinventer le modèle traditionnel du centre commercial, face aux nouvelles donnes : faire les courses ennuie, prend du temps, est facilité par internet. Il faut donc un lieu ou les gens ne viendront plus « faire les courses », mais vivre une expérience culturelle, ludique, sociale et, éventuellement, commerciale à condition qu'elle soit dépaysante : naît ainsi l’idée d’un complexe à la fois ludique, commercial, touristique et culturel, mettant en avant l’Europe et ses différentes cultures. Avec parc aquatique, parc des neiges, cirque, congrès, hôtels, restauration et commerces... Les projets architecturaux sont logiquement issus de sensibilités européennes, et surtout revendiquent les uns et les autres une démarche très paysagère : pour Snohetta, (Norvégiens) «Europa City, cette icône culturelle, va réinventer une urbanité et créer un nouveau concept périurbain que sera l’agri-culture», et pour Bjarke Ingels, du cabinet BIG (Copenhague, New York), «Europa City sera un centre de vie organisé selon une promenade circulaire et doté d’un toit végétalisé». Côté équipes françaises, Manuelle Gautrand parle d’«inscrire le projetpaysage dans la coulée verte imaginée par Mathis Güller dans le plan de référence du Triangle de Gonesse» et Valode et Pistre, d’«offrir des sensations nouvelles, un rêve organisé le long d’une rivière qui rappelle la Seine». Vraie préoccupation écologique ou simple discours de "green washing" (cf bull n°40 p.61) comme le suppose l'attribution en 2012 au groupe Auchan de la seconde place au « prix Pinocchio du développement durable » dans la catégorie « plus vert que vert », prix décerné chaque année par plusieurs associations, dont Les Amis de la Terre : ici contre la perte des terres agricoles ?


De haut en bas : Snohetta, BIG, Manuelle Gautrand, les plus "architecture-paysage".

ÎLE SEGUIN à BOULOGNE (92)

Suite du feuilleton de l’aménagement de l’île Seguin depuis le départ de Renault il y a 20 ans, en 1992. Après une difficile recherche de contenu et de sens sur cette île baptisée un temps « des deux cultures » (art et sciences), la principale crainte des associations et des riverains est le revirement de la

municipalité de Boulogne-Billancourt, qui proposait de densifier avec de grandes tours comme le prévoyait un projet de Jean Nouvel, architecte choisi pour le réaménagement du site (cf bull n°40 p.9). Ce sont finalement 3 projets que propose fin novembre Jean Nouvel, et sur lesquels les habitants de Boulogne se sont prononcés mi-décembre : une seule tour !

S T E J O R P

1. Le projet le plus dense (superficie constructible: 310 000 m2) comporte 4 gratte-ciel (l’hôtel, le plus haut, culminera à 120 m de haut, les 3 autres à 100 m). L'espace libéré au sol permettra la création d'espaces verts, d'un jardin sous verrière de 13300 m2. Une grande rue reliant les 2 pointes de l'Ile sera bordée de restaurants, cafés, commerces et d'équipements culturels. Le projet préféré de Jean Nouvel pour sa silhouette de paquebot. Ci-dessous, 1/4 des votants.

2. Le projet intermédiaire (superficie constructible: 255 000 m2) mais avec une seule tour de 110 m de haut, un hôtel avec belvédère public. Pour mémoire, la tour Horizons construite en 2011 à proximité sur le Trapèze par le même architecte culmine à 88m (cf bull n°39 p.6), légèrement plus haute que les trois tours de bureaux du Pont de Sèvres (63m pour la plus haute, 1975), qui vont être rénovées et agrandies par Dominique Perrault. Au centre de l'Ile, le jardin sous verrière sera légèrement réduit pour laisser plus de place à la galerie commerçante. Des équipements sportifs (4500 m2 côté Meudon), un hôtel et une structure dédiée à l'art contemporain. En bas à gauche, lauréat avec 40% des votants (ont voté la moitié des électeurs aux municipales). 3. Projet le moins dense (superficie constructible: 232 000 m2), celui-ci ne comporte aucun gratte-ciel, et fait même « profil bas ». La place au sol étant réduite, moins d'espaces verts et la galerie commerçante s'agrandit. Risque de transformer l’île en centre commercial ? Ci-dessous,30% des votants.

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E X P O S I T I O N S

E X P O S

L’édition 2012 de Monumenta (maijuin) confiait la nef du Grand-Palais à Buren, artiste habitué à créer «in situ», l’œuvre naissant de l’espace dans lequel elle s’inscrit. Aidé de Patrick Bouchain, il réalise ici Excentrique(s), une forêt de poteaux noir et blancs (de la section fétiche de 8,7cm !) soutenant près de 400 cercles colorés transparents (orangé, jaune, bleu ou vert) entre 2m50 et 2m80 de hauteur. Le sol reprend du sens, habillé par les couleurs de la canopée, variant selon la luminosité diurne ou les projections nocturnes.

Le 21e Festival des Jardins, d'avril à octobre au chateau de Chaumontsur-Loire (41) avait pour thème "Jardins des délices, jardins des délires". De nouvelles parcelles viennent même étendre sur le plateau les interventions paysagères au delà des 26 parcelles originales. Dix hectares supplémentaires, "Les prés du Goualoup", confiés au paysagiste Louis Benech, sont accessibles par une passerelle qui enjambe la route existante. Les parcelles de 1000m2 seront pérennes, liées avec les grandes traditions du jardin dans le monde. Trois premières réalisations : un jardin chinois autour d'une étendue d'eau, Hualu - Ermitage sur la Loire par Che Bing Chiu, et à côté l'architecte Wang Shu , premier Chinois à recevoir le prix Pritzer est venu installer son Jardin des nuées qui s'attardent. Un peu plus loin Shigeko Hirakawa propose son Arbre aux fruits célestes. Parallèlement, le Parc du Chateau accueille plusieurs oeuvres d'art ou installations conçues avec la nature, d'un parcours de Giuseppe Penone dans un bosquet secret aux architectures végétales de Patrick Dougherty (ci-dessous), L'Arbre aux échelles de François Méchain, le Toi(t) en perspective et le Toi(t) à terre de Rainer Gross, ou même le Banc couvert, reconstitution d'une des constructions rustiques du parc dans les années 1880.

L’effet est renforcé par le contraste avec une entrée en noir et blanc, des rayures au sol symbolisant des flèches indiquant la direction du futur parcours, et par le déplacement de l’accès sur le petit côté, qui donne à voir la nef dans toute sa longueur. Au centre, au milieu du cheminement, une clairière correspond à l’installation de plusieurs miroirs circulaires reflétant la coupole : en montant sur ceux-ci, le visiteur peut ressentir l'impression de gouffre ou laisser aller son imagination, jouer.

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La cérémonie d'ouverture des 30e Jeux olympiques de Londres, fin juillet 2012, se tenait dans le stade de Stratford, créé avec l’ensemble du parc olympique dans un ancien site industriel, transformé en espace verdoyant. Elle retraçait de façon spectaculaire 400 ans d'histoire anglaise et mettait en avant en particulier le glorieux passé industriel de la Grande-Bretagne -premier pays a avoir fait sa révolution industrielle Bucolique, le premier tableau a montré la campagne anglaise pré-industrielle, vivant de l'agriculture et de l'élevage, nostalgie de paradis perdu pour ce peuple nourri de la Bible. Pour l'occasion le stade est un vrai parc verdoyant, avec de nombreux animaux, vaches, moutons, chevaux réunis sur scène, près d'une ferme et d'un moulin à eau pour l'énergie. Une copie du Tor (colline) de Glastonbury rappelle mystère et mythes. Des nuages de 10 mètres de long, gonflés à l'hélium parcourent le ciel du stade. Puis, soudain, de longues cheminées

ont transpercé le sol marquant l'avènement de l'ère industrielle, transformant le décor en un tableau grandiose et sombre. Une forge géante a ensuite donné leur forme aux anneaux olympiques qui, encore en fusion, se sont élevés dans le ciel. Les tableaux suivants alternèrent les références tant à l’histoire qu’à l’imaginaire britannique, en allant avec beaucoup d’humour d’Alice à Harry Potter, de Shakespeare à James Bond en passant par des infirmières, les


D'avril à juillet 2012 au musée du Quai Branly à Paris, l'exposition Les Maîtres du Désordre explorait les différentes traditions du combat sans fin de l'ordre et du désordre dans les différentes cultures, indispensable à l'équilibre : le dépliant stipule que l'architecture de Jakob+MacFarlane n'est pas une simple scénographie, mais accompagne l'évolution des sensations psychiques du visteur pendant son parcours. L'imperfection du monde, thème de la première séquence, est parfaitement rendu par la non "finition" volontaire d'un aménagement très organique, qui suggère éphémère et dégradation. Dans ce décor déstabilisant mais aux formes rassurantes

sont évoqués ensuite chamanes, sorciers ou artistes d'avant garde, maîtres du désordre car intermédiaires entre les forces du chaos et le monde des hommes : sont présentées leur apparence, puis leurs techniques du rapprochement avec le monde des esprits ; vols cosmiques, expériences de lévitation ou inversement voyages au fond de la mer ou sous la terre, en général en compagnie d'un animal. Enfin la dernière séquence recense diverses fêtes et excès organisés : baccanales, fêtes des fous et carnavals, évocation d'un monde à l'envers, d'un univers dont le désordre s'est emparé.

l’espace, les distributeurs automatiques et les convenience stores ouverts à toute heure, les enseignes lumineuses, le labyrinthe des câbles électriques et les pylônes associés, le mobilier urabin, des panneaux «bilingues» aux miroirs bombés des intersections étroites, et enfin la présence historique des canaux dans l’ombre de la vie installée autour. Six regards d’auteurs de mangas proposent ensuite des villes-personnages, indissociables de l’histoire dessinée. Les lieux symboliques de Tokyo sont présentés, comme autant de repères au sein d’un chaos urbain très présent : scènes de destruction, visions de destruction de la ville, à la lumière des catastrophes naturelles qui touchent régulièrement le Japon.

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suffragettes, la reine et les hits de la « pop » et du rock ! Le maître d'œuvre était le cinéaste Danny Boyle, réalisateur oscarisé en 2009 pour Slumdog millionnaire. Le stade a été réalisé par Populous et Sir Peter Cook, avec d’étonnants supports d’éclairage triangulaires, sur la périphérie de la couronne du stade, créant comme un diadème lumineux. L'Est londonien (East End)est également profondément modifié avec de nouveaux repères comme l'étonnante Orbit, gigantesque sculpture rouge désarticulée et plateforme d'observation, culminant à 115m juste à côté du stade. Symbole d'un équilibre trouvé pour une structure instable à l'image d'un nuage d'électrons, elle est créée par Anish Kapoor, étudiée par Cecil Balmond d'ARUP et en partie financée par Arcelor Mittal. (photo en haut de p.14 pendant la cérémonie d'ouverture, Alexander Kachkaev).

Pendant l'été 2011, deux expositions américaines sur l'agriculture urbaine : La première à Montréal, Carrot City, faisait l'inventaire des projets internationaux reconnus tant pour la qualité de leur conception de l’espace urbain que pour leur contribution aux meilleures pratiques d’agriculture urbaine et périurbaine. La seconde à New-York, Vertical Urban Factory, explorait le devenir des fermes verticales à la lumière des grands sites industriels urbains du siècle passé. En France, Carrot-City était exposée à Strasbourg de sept à novembre 2012, à la médiathèque André Malraux (ci-dessous et cf p.19 et p.54). Ci-dessus, photo du robot Tetsujin 28-go (« Homme de fer 28 ») construit à Kobe en 2009, à l’échelle grandeur, soit 18m de haut. Il est issu d’un manga datant de 1956. C’est le premier mettant en scène un robot. Contrairement aux robots géants qui apparaîtront en 1972 ce robot n’est pas piloté de l’intérieur mais téléguidé par un jeune garçon de 10 ans.

Mangapolis, la ville japonaise dans le Manga, était exposée à la Maison de l’Architecture et de la Ville de Lille, d’octobre au 19 janvier 2013 : un portrait de la ville japonaise, souvent personnage à part entière dans les mangas (aujourd’hui 1/3 des BD vendues en France) ; la rue japonaise y est d’abord décryptée, avec ses caractéristiques si particulières : une ville à étages, en aérien et en sous-sol, l’omniprésence du train, structurant

Cette construction fait suite à la construction du Gundam RX-78-2 �� Tokyo, de 18m également, dans le parc de Shikaze Le terme mecha (abréviation de mechanics) désigne un sous-genre de mangas qui mettent en scène des robots, et par extension, il désigne également l'armure/robot/cyborg en tant que telle, sortes de chars d’assaut humanoïdes puissamment armés. (cf Hotel Tianzi représentant trois dieux, ce bull page 2). AR’SITE n°43 décembre 2012

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Au musée Jacquemart-André (Paris) du 14 sept au 14 janvier 2013. Grands maîtres de la veduta, peinture de panoramas urbains, Antonio Canal (Canaletto) et Francesco Guardi expriment l’apogée du rayonnement culturel de Venise au XVIIIe siècle simultanément à son déclin économique et politique (elle était au MoyenÂge capitale d’un empire maritime et commercial). La Cité des Doges exerce à cet époque un attrait sans faille sur les artistes, les diplomates et sur les riches voyageurs européens, fascinés par son histoire prestigieuse. Les premières représentations en perspective de la ville apparaissent à la fin du XVIIe. L’usage d’un instrument optique, la camera obscura (chambre noire, percée d’un trou permettant de capter les rayons lumineux et les projeter sur la paroi opposée, où ils peuvent être redessinés), technique déjà utilisée sous l’Antiquité et remise au goût du jour avec la Renaissance, permet aux vedutistes de proposer des images relativement réalistes, tout en se conservant une grande liberté de composition, voire l’inversion de l’orientation solaire pour la place St Marc ! Vers 1721-22, Canaletto apparaît sur la scène vénitienne de la peinture de vues, avec une grande attention à la composition, privilégiant les jeux de lumière et les effets atmosphériques : les dimensions en sont progressivement réduites, à la demande de ses clients –particulièrement Anglaissouhaitant emporter ses toiles comme souvenirs de Venise. Pour ces riches voyageurs européens, l’image de Venise était indissociable des festivités qui l’animaient, entre autres les régates organisées régulièrement le long des canaux. Lors de celles-ci, les spectateurs qui ne sont pas sur les quais apparaissent aux fenêtres, sur les terrasses voire directement sur les toits de tuiles (cf détail d'un tableau de Canaletto, 1732)… Peu ou pas d’altanes dans ces représentations : l’objet date donc du XIXe siècle !

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EDOUARD FRANCOIS

Lors du Salon Maison & Objet de septembre 2011 à Paris, .Edouard François nommé « créateur de l’année » et International fellow du Royal Institute of British Architectes, était invité à exposer sa création. Une occasion d'un manifeste où il se déclare lui-même créateur « Vert & Alibi », bonne conscience du salon, et refuse d’en rajouter ! Une façon de se situer très décalée, déjà largement rodée, par exemple lors d’une conférence au CSTB en 2001 (cf bull n°20, P.49-51) Il propose une installation autour du recyclage des déchets produits par l’installation du salon et par ses visiteurs…

PAUL CHEMETOV

Chacun sa maison – du nom d’un album du Père Castor illustré par son père Alexandre Chem dans les années 1930 - était le titre de l'exposition à la Cité de l'Architecture (Paris) qui proposait près d'un demi siècle de travail sur la maison par Paul Chemetov. Seize logements individuels, construits entre 1962 et 2011, sont ainsi à découvrir au travers de maquettes (récentes, au 1/100e), plans, croquis d’études, articles de presse sortis au moment de leur livraison respective et d’agrandissements à l’échelle 1 de photos d’intérieurs. Le parcours invite à découvrir une face cachée de l'architecte connu pour ses grands projets : ce véritable «laboratoire de la maison» alimenté par les commentaires de l'architecte et les photos d'intérieur des habitants. « Chacun sa maison » est une façon pour l'architecte de 84 ans d'inviter ses confrères plus jeunes à réinvestir le champ de l'architecture domestique, base de la réflexion pour une plus grande échelle.

La maison Sterckeman à Avelin (59) est une maison-prototype réalisée en 1972 pour un fabricant de caravanes, conçue à base de matériaux industriels bruts : un prototype bon marché qu’architecte et commanditaire songeaient à diffuser auprès du plus grand nombre. Elle a été inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques en 2001.

La maison Phénix, exposée devant gare St Lazare en 1993, est également un prototype pour des maisons de 97 à 124 m2. Visitée par 15000 personnes, recevant 2500 intentions de commandes, une douzaine seulement semblent avoir été construites.

La maison à Labeaume (07) est une réhabilitation et extension de 1964 à 2005 d’une magnanerie du XIXe siècle, sur sa commune de naissance ! L'enveloppe bâtie est conservée, mais seules certaines parties sont closes et couvertes, permettant de disposer d'un espace protégé à ciel ouvert : "une ascèse d'espace, d'argent, de moyens..." Des pièces supplémentaires sont aménagées au cours du temps.

Photo : la cour est depuis la cuisine. De 2007 à 2009 un mazet est réhabilité à usage d'atelier sur le même terrain. Le même principe d'une boîte à l'intérieur des murs de pierre, et une grande casquette protectrice au dessus de l'ensemble.


Nancy rendait hommage de juin à octobre à Jean Prouvé à travers un parcours dans l'ensemble de la ville. Le Musée lorrain, fresque historique de la région, lui consacrait temporairement un étage du palais ducal, retraçant sa présence à Nancy et ses actions lors de la reconstruction. Une période de multiplication des chantiers d'expérimentation pour identifier les procédés de production en série rapides et bon marché (cf. à Noisy-lesec, bull n°14 p25, n°31 p54 et n°39 p66 ). Non retenu, avec une évolution de sa Maison de sinistrés (1944-45) dont un prototype est exposé grandeur nature, Jean Prouvé tentera de

nouveau l'expérience en 1956 avec la Maison des Jours Meilleurs pour l'abbé Pierre, exposée elle à Paris à la Galerie Patrick Seguin (ci-dessous).

Le musée des Beaux-Arts installe quant à lui au rez-de-chaussée de l'aile XXe siècle une collection Prouvé permanente, avec dessins croquis et peintures mais surtout ses réalisations concrètes, des meubles aux éléments architecturaux. Un complément est apporté par le musée du Fer (à Jarville-la-Malgrange) qui présente, de façon permanente également, l'ingénieur, l'inventeur, le technicien, plutôt que l'artiste. Sa propre maison, propriété de la ville, est louée mais était visitable. Une étonnante construction faite en partie de matériaux de récupération dans son usine, ne négligeant pas pour autant le plaisir d'habiter : en témoigne cette paroi vitrée pivotante, devant laquelle se tenait Jean Prouvé sur cette photo de 1963. Ci contre le détail de l'articulation au plafond, vu de l'extérieur, pour créer un séjour en plein-air.

Parallèlement, deux pavillons de type "Métropole", à portique axial et parois d'aluminium, construits à titre expérimental à Tourcoing (59) au début des années 50 ont été démontés en juillet 2012 pour être restaurés et remontés en début 2013 au même endroit, sur une dalle surélevée en béton servant de garage, atelier ou cave, rue du Général Marchand. Ils sont inscrits à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques.

E X P O S I T I O N S

JEAN PROUVE

Renzo Piano, à qui Prouvé permit de réaliser le Centre Pompidou puisqu'il était président du jury du concours, en parle en ces termes : "Il était un bâtisseur, un poète et un militant".

Bosch, Brueghel, Bles, Bril…au Palais des Beaux-Arts de Lille, d’octobre au 14 janvier 2013. Une centaine de tableaux de paysages flamands du XVIe siècle, époque de la naissance de ce thème pictural (cf bull n°40 p.12). Naissance à comprendre car, «même s’il existait des précédents depuis l’Antiquité, il acquiert alors une présence dans la conscience collective, religieuse en particulier, qui lui permet d’atteindre une forme (…) de prééminence par rapport à la figure. Il devient le véritable lieu du sens, l’image d’une nature réécrite, réinventée, faite de détails réalistes et de visions globales imaginaires». Fables du paysage flamand, le titre exprime que le paysage est alors porteur d’une pensée qui a des origines diverses : savantes, populaires, religieuses, mythologiques… Nombreuses images doubles sont à relier à «ce phénomène de la pensée chrétienne qui oppose constamment ressemblance et dissemblance : rochers anthropomorphes, zoomorphes, ces paysages mettent au défi notre regard avec l’opposition

entre les apparences trompeuses, illusoires, et le sens divin caché sous ces apparences (…). Par exemple, la colline sur laquelle est posée un village flamand est aussi une bouche d’enfer»… (cf ce bull p.21)

A côté est présentée l’exposition «Babel», œuvres contemporaines illustrant les multiples facettes du mythe babélien dans l’art contemporain, mais dont les prémices se trouvent à partir de Brueghel : en phase avec l’esprit des fables précédentes, « cette allégorie de la tour, issue de la multiplicité humaine et montant vers le divin, symbolise la nécessité constante de l’interprétation et la recherche d’un sens caché ».

Ci dessus, Tobias Verhaecht, XVIIe et Anselm Kiefer, The Fertile Crescent, 2009. Citations extraites du hors-série n°65 de L’estampille/l’objet d’art, éd. Faton. AR’SITE n°43 décembre 2012

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A R T I C L E S

ARTICLES

Sean Hellfritsch et Daren Rabinovitch qui dirigent une société d’animation numérique –Encyclo-pedia Pictura). Trout Gulch est composé de plusieurs petits bâtiments, dont une cabane à outils, une chambre d’ami, une vieille caravane, une cabane dans un arbre à plus de 7m du sol, un kiosque en séquoia, une chaumière d’herbe de la pampa (ci-dessous).

HABITER-VIVRE A U T R E M E N T Journal Le Monde, 30 juillet au 6 août 2012

Six articles successifs, illustrant des alternatives : parmi elles la vie sous terre de John McCakill chercheur d'opale à White Cliffs en Australie,

l'arbre cathédrale d'Horace Burgess (cf bull n°40 p.67) dans le Tennessee.

Mais aussi la vie dans une église aménagée à Kyloe au NE de l'Angleterre, dans un beffroi à Paris 7e, dans un ancien silo à grains en Israël, sur une île en Bretagne. A signaler sur le site lemonde.fr international la mise à disposition d'un portfolio donnant l'accès à de nombreuses images sur chacun des articles.

GEEKS

ECOLOS

Courrier International n°1131, 5-11 juillet 2012

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Bienvenue dans la tribu des geeks écolos, traduit du Utne Reader de Minneapolis (USA). Sur 4ha de collines de la commune d’Aptos, dans les montagnes de Santa Cruz (Californie) se construit « un village de hobbits ancré dans le XXIe siècle » d’après les acteurs de ce projet. Trout Gulch (c’est son nom) est une sorte d’espace créatif rural créé en Do It Yourself, animé par trois cinéastes et leurs amis (Isaiah Saxon, AR’SITE n°43 décembre 2012

La porte ne fait que 1m20 de haut et cette chambre est construite pour durer une dizaine d’années après quoi elle se décomposera et deviendra du paillis. « Nous cherchons à vivre dans la forêt sans tout détruire sur notre passage ». Plans et illustrations sont partagés sur le site internet de Encyclopedia Pictura. Un agriculteur originaire du Dakota du Nord est responsable des plantations qui fournissent l’essentiel de l’alimentation. Leur premier long métrage, provisoirement intitulé DIY (Di It Yourself), racontera l’histoire d’un garçon de 12 ans et de ses amis qui se découvrent des talents de charpentiers, de couvreurs et autres bricoleurs pour reconstruire leur ville après des inondations dévastatrices.

L I B E R TA R I E N S Courrier International n°1146, 18-24 octobre 2012

Dans le cadre d’une série de numéros consacrés aux Etats-Unis, article issu de Details, New-York, magazine masculin né en 1982. Une cité flottante préfigurant un nouveau type d’Etat où règnerait la liberté absolue. Cofondateur de PayPal (service de paiement sécurisé en ligne) et de Facebook, le milliardaire californien Peter Thiel finance aujourd’hui ce projet étonnant. A un peu plus de 300km au large de San Francisco devrait se concrétiser l’idée d’une « cité flottante » (seasteading) et la théorie libertarienne. L’auteur en est Patri Friedman, ancien ingénieur de chez Google et petit fils du Nobel d’économie Milton Friedman, grande figure de la pensée néolibéra-

le. Il développe ses théories sur son blog distributedrepublic.net/blog/ patri-friedman : fonder dans les eaux internationales de nouveaux Etats souverains qui ne seraient pas soumis à la réglementation, aux lois et à la pression morale des pays «terrestres». Le but est d’expérimenter de nouvelles idées d’Etat, et d’atteindre plusieurs dizaines de millions d’habitants à l’horizon 2050. Ces laboratoires flottants permettraient aux libertariens d’appliquer ces mesures qui ne rencontrent que peu de succès auprès des électeurs actuels : pas de protection sociale, pas de salaire minimum, un code de la construction moins contraignant, moins de restriction sur les armes… Un modèle possible est ce que Patri Friedman appelée Appletopia : une entreprise, Apple par exemple, crée un pays en tant qu’activité commerciale. Plus le pays est désirable, plus l’immobilier y est cher. De nouvelles « communautés fermées » à une autre échelle ! Le Seasteading Institute a même développé les plans d’un prototype, une structure de 12000 tonnes équipée de moteurs diesel et pouvant accueillir 270 personnes ! De telles structures de ce type, par dizaines voire centaines, pourraient ensuite être reliées entre elles. Un concours en 3-D avait eu lieu en 2009, avec 41 propositions, jugé en mai : http://www.seasteading. org/2009/05/design-contest-winners/ Un lauréat général et plusieurs selon des catégories : Esthétique, Personnalité, Meilleure Image (en haut) et enfin Choix de Communauté (cf ce bull page 63)


Cette revue mensuelle doublée d’un quotidien électronique Terraeco.net a été fondée en 2004 à Nantes et se fixe pour objectif de mettre l'économie et les enjeux du développement durable à la portée de tous et de replacer l'humain et l'environnement au cœur de l'économie. A l’origine Terra Economica, puis Terra eco en 2009. Comment vivrons-nous dans nos villes en 2050 est le thème de ce horssérie. A cet horizon, les 2/3 des Terriens vivront en ville : c’est là que se concentrent les principaux impacts écologiques du règne humain. Les villes européennes veulent diviser par quatre leurs émissions par rapport à 1990, mais tout en visant le bien-être de tous. L’habitat est largement abordé par exemple à travers les actions de personnalités : - promoteur immobilier solidaire, Bernard Devert a fondé en 1985 Habitat et Humanisme, association qui a acheté, renové et loué à prix modérés près de 2300 logements et en gère quelque 3500 autres. Il propose aux députés la réhabilitation de près de 4 millions de logements dont les factures énergétiques ne sont plus supportables pour leurs habitants. - professeur de permaculture, Rob Hopkins a lancé en 2005 le mouvement des « villes en transition » pour encourager des initiatives locales et partagées comme, entre autres, les jardins sur friches. Aujourd’hui dans une quinzaine de pays, en France une quarantaine de sites comme Sucy-enBrie ou Grenoble. - architectes de la récupération, Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal construisent des bâtiments où écologie et plaisir d’habiter coexistent. Au début des années 1990 une maison au budget limité conçue avec les serres agricoles des alentours, dix ans plus tard une soixantaine de logements sociaux doublés grâce à des serressalons, et récemment une tour d’habitations réhabilitée en greffant des jardins d’hiver sur chaque appartement, pour beaucoup moins cher que les classiques opérations de démolition-reconstruction… Plusieurs projets architecturaux sont d’ailleurs cités ou illustrent le discours : le Danois Bjarke Ingels (BIG) est présenté comme exemplaire car privilégiant toujours l’orientation plein-sud ( !), utilisant des matériaux

peu chers et recyclables et aménageant des lieux de rencontre ; le Belge Vincent Caillebaut illustre plusieurs projets utopiques, de Lilypad (« nénuphar »), ville flottante pour réfugiés climatiques (2008) à Dragonfly, ferme verticale flottant sur le fleuve à New-York (Roosevelt Island, 2009), pendant que Luc Schuiten et son Archiborescence permet de poser la question de la place de la nature dans la ville et de son association à l’architecture (à laquelle Terraeco répond sans hésiter par la négative : la société peut-elle accepter une nature non maîtrisée dans une ville, symbole même de la maîtrise ? Pour l’instant, pas du tout) ; Eric Guez propose depuis 2009 l’usage du bois massif plutôt que le béton pour construire des immeubles de sept étages à basse consommation, avec le «lamellé-croisé-collé» (collage de planches en trame inversée) qui assure une très grande stabilité et permet la préfabrication ; chez Système bois massif, des panneaux de 3m sur 10 sont préfabriqués dans une usine de Lorraine, le chantier étant ensuite très rapide. Le transport est en revanche un handicap qui rejoint un des reproches faits au béton (acheminement des ciments, graviers, sables et eau). La question du recyclage, autre point faible du béton, n’est pas évoquée. A Rennes, la « tour vivante » présentée par l’agence SOA pour un concours « fait fureur », s’inscrivant dans le projet de la métropole de devenir « locavore » en 2020, c’est-àdire en s’approvisionnant uniquement en produits cultivés localement : certes les habitudes alimentaires devraient être modifiées (plus de légumes, moins de viandes et de poissons), mais l’organisation urbaine choisie, en forme d’archipel, facilite une agriculture de proximité. A Nantes, le collectif de designers Faltazi propose des jardins familiaux flottants dans le cadre des «Ekovores» : des habitants curieux et débrouillards qui inventent des solutions technicopratiques-locales pour réaliser leur idéal alimentaire. Ils construisent des dispositifs à greffer dans la ville. Ils produisent en ceinture verte, jardinent au coeur des villes, distribuent, transforment, valorisent la production urbagricole, et facilitent les échanges entre Ekovores. A Grenoble, le futur îlot Cambridge du quartier Presqu’île Scientifique, labellisé Ecocité, est conçu par Eiffage avec des immeubles à énergie positive, modulables en fonction du nombre d’occupants en cours de

vie, et construits en bois d’œuvre et en pisé plutôt qu’en béton. Les architectes sont Antoine Félix-Faure, Philippe Macary et Dominique Page. A Montréal, le concept des fermes Lufa (cf p.54), imaginé par Kurt Lynn et Mohamed Hage avec une équipe d’ingénieurs, d’agronomes, de nutritionnistes et d’autres experts de l’université McGill, consiste en une serre pouvant être placée sur les toits de bâtiments industriels et permettant la culture de fruits et légumes avec une utilisation optimale de l’eau et de l’énergie. La première a été construite en 2010 dans Ahuntsic, près du marché central. Actuellement, les serres fournissent de la laitue, des tomates, des concombres, des poivrons, ou encore des herbes fraîches, qui poussent sur un substrat de fibres de noix de coco et de mousse de tourbe.

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NOS VILLES EN 2050

Terraeco hors-série octobre-novembre 2012

La spécificité de ces serres, qui ont demandé quatre ans de recherche, est : De s’adapter aux toits des bâtiments en respectant les codes civils en vigueur, De supporter l’éventuel poids de la neige en hiver grâce à une structure solide, De recréer des climats propices à la culture de chaque espèce cultivée, De récupérer l’eau de pluie pour un arrosage des plants au goutte à goutte, De minimiser la consommation d’énergie en absorbant la chaleur de l’édifice, en plaçant des rideaux énergétiques la nuit pour conserver la chaleur… D’utiliser des insectes utiles, comme la coccinelle, pour lutter contre les insectes nuisibles et éviter ainsi l’utilisation de produits chimiques. Au nord du Portugal, une “ville intelligente” serait en construction dans la commune de Parades à quelques kilomètres de Porto, avec des partenaires tels que Cisco et Microsoft : PlanIT Valley, conçue avec Buro Happold devrait être inaugurée en 2015 et accueillir 225.000 habitants tout en gérant à travers des millions de capteurs électroniques tous les aspects de leur vie... AR’SITE n°43 décembre 2012

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ATLAS des UTOPIES Hors série Le Monde & La Vie octobre 2012

Depuis 2007, une fois par an, un Atlas conjoint Le Monde et La Vie est publié (les migrations, les mondialisations, les religions, les minorités, les civilisations…). 2012 est l’année des Utopies ! Après s’être interrogé sur ce qu’est une utopie, l’Atlas nous emmène aux sources historiques, puis propose un aperçu de celles des deux siècles précédents, des actuelles et des futures… La définition de l’utopie est d’abord vue à travers différentes sensibilités : celle d’un architecte (Dominique Perrault, cf ce bull page 46), d’une juriste, d’un agriculteur (Pierre Rabhi, installé en Ardèche, évoque comment remettre en cause l’agronomie – la loi des champs, pouvait passer pour une utopie : l’agroécologie est en fait, au-delà d’une technique, une approche philosophique et spirituelle, celle de rejoindre le sacré dans la nature, en se présentant humblement devant elle, comme un serviteur de son extraordinaire accomplissement et non comme un prédateur cupide. L’utopie, un changement de paradigme, celui de replacer l’être humain et la nature au cœur de la société). Autre vision, celle d’un poète, et d’un psychiatre (Boris Cyrulnik, qui met en garde contre le danger des utopies comme rêve d’un monde parfait : ainsi fonctionnent les sociétés totalitaires, où toute tentative d’aventure personnelle, comme l’art ou la psychologie, est considérée comme un blasphème envers celui qui a conçu la cité idéale. Sans utopie, nous sommes désorientés. Avec utopie, nos sommes meurtriers). Enfin Edgar Morin suggère de ne pas s’évader du réel, mais sans être prisonnier de ce prétendu réel que nous connaissons si peu. L’improbable permet en fait l’espérance : c’est l’improbable qui s’est réalisé en 1945 (alors que le probable était en 1941 la victoire des nazis), comme il s’était réalisé cinq siècles avant notre ère au moment des guerres médiques, quand une toute petite cité, Athènes, a refoulé par deux fois une énorme armada perse qui, normalement, probablement, aurait dû l’écrabouiller. Grâce à cela, la démocratie et la philosophie sont nées. L’espérance ne peut donc jamais être béate, bébête ; l’espérance doit être alimentée par notre vouloir-vivre, par nos finalités, qui ne peuvent être que fraternitaires et libertaires. AR’SITE n°43 décembre 2012

UTOPIES & PARADIS, REPRESENTATIONS DU MONDE Le monde terrestre a de tous temps été visualisé par chaque civilisation à partir des éléments connus ou imaginés : en choisissant bien sûr de se mettre au centre, et en étant de plus en plus flou sur les zones éloignées, celles-ci pouvant même accueillir la localisation d’hypothétiques contrées fantasmées. En Europe à l’époque médiévale, c’est la représentation chrétienne du monde qui l’emporte, avec Jérusalem figurant au centre du monde connu. Dès le VIIe siècle, Isodore de Séville introduit les fameuses « cartes en T, ou T dans l’O », qui restèrent les représentations de référence jusqu’au XIIe siècle. Un T symbolique sépare Asie, Europe et Afrique, pendant que l’ensemble des trois continents est englobé dans un O qui symbolise l’océan : la branche gauche du T est la mer Egée, la droite est le Nil ; ce découpage en trois correspondait ainsi aux territoires des trois grandes parties de l’humanité, issues des trois fils de Noé qui partirent chacun dans une direction différente ! Et cette représentation intègre également l’idée de commencement de l’Histoire, puisque tout en haut de la carte est l’orient, lieu du lever du soleil (le terme d’ « orientation » est resté !) ; conformément avec la Bible, le Paradis est donc localisé là où tout commence, à l’extrême orient de la carte, tout en haut !

Une localisation possible du Paradis aux marges du Moyen Orient, telle que suggérée par l’archéologue David Rohl (cf bull n°25 p.33) en Iran, vers le village troglodytique de Kandovan, au Sud du Caucase, correspondrait

plus à l’emplacement hypothétique de l’Arche de Noé sur cette carte… Néanmoins, ce village est à quelques km de Tabriz, à l’Est du lac d’Ourmia, et le géographe Emanuel Bowen proposait lui aussi vers 1780 un emplacement relativement proche, à l’Ouest de ce même lac, proche du lac de Van ; il reprécisait ainsi les travaux du siècle précédent, à la fin du XVIIe, l’hydrographe Joseph Moxon et l’évêque Pierre-Daniel Huet localisant cet Eden vers l’embouchure du Tigre et de l’Euphrate. Les uns et les autres rapprochaient ainsi le Paradis du territoire historique de notre civilisation, parallèlement à l’éloignement suggéré dans les cartes « en T » ou par l’évolution des connaissances géographiques qui repoussaient les espaces inconnus.

A partir du XIIe siècle cette représentation « en T » fut perturbée par celle du géographe arabe Al-Idrisi qui apporta plus de précisions sur la péninsule arabe –replacée au centre comme il se doit pour un cartographe- et sur une réorientation de l’illustration avec le sud en haut (d’où vient le soleil !). Quelques siècles plus tard aux XVe et XVIe les Grandes Découvertes vont apporter les connaissances pour représenter le monde au plus juste, moins approximative, plus conforme. Elles seront appuyées par la redécouverte de l’Antiquité et de ses géographes.

Parmi eux, Claude Ptolémée (Grec du nom d’une dynastie de rois grecs d’Egypte), qui propose dans sa carte d’Aphricae (tabula quarta di Libya)


une représentation précise de l’Afrique du Nord où figure cette « trogloditica regione » entre Ethiopie et Egypte qui fit s’interroger de nombreux historiens sur cette contrée marquée par une culture troglodytique très ancienne (cf bull n°16 p.36) et suscita par exemple l’imaginaire de Montesquieu dans ses Lettres Persanes en 1721 ! Mais le Paradis n’est pas une utopie pour Mikael Corre, car il est présent dans toutes les cultures, dès le néolithique : c’est à partir de cette époque, explique l’historien des religions, Mircea Eliade, que la sépulture et les rituels funéraires se structurent et se précisent. Ils vont de pair avec une description toujours plus minutieuse de la « nouvelle demeure » du défunt. (…) Loin d’être circonscrit à un univers onirique et fictionnel, il est formellement localisé et fait l’objet d’une topographie et d’une géographie. En témoigne ce pays au-delà des monts de l’Altaï en Asie centrale, où le chaman accompagne l’âme des morts. Ou ces Champs Elysées situés par Hésiode dans les îles Fortunées. Ou encore ce pays de Yama, roi des morts pour les Indiens, situé vers le sud, à 86 000 lieues du monde des vivants, tandis que pour les Mexicains l’autre monde est à l’ouest, où se couche le soleil, «le lieu où dort le soleil». Les représentations du Paradis concernent tout autant sa localisation cartographique que son paysage et de cette harmonie parfaite qui le caractérise : les peintres occidentaux ont souvent traité ce thème comme prétexte à une composition imaginaire (cf bull n°40 p.12), illustration de ce mythe de l’âge d’or, paradis perdu (à cause du pêché originel !) ou paradis à atteindre après la mort (lors du Jugement Dernier !), ou de son vivant (en modifiant sa vie quotidienne et les rapports sociaux en phase avec un « projet » plus ou moins utopique !). L’exposition intitulée « Les fables du paysage flamand » (cf expo à Lille, ce n° page 17) exprime comment au XVIe siècle ce genre pictural intro-

n’est-elle pas tout ronde ? Après quoi Yvan Saint-Jours, rédacteur en chef, recense tous ces premiers habitats qui étaient arrondis : grotte, habitation troglodyte, hutte, case, yourte, tipi ou igloo. L'angle droit et le cube semblent être arrivés pour des raisons de densité urbaine et de techniques constructives. Les constructions rondes donnent d'autres perception de l'espace, l'absence d'angles et d'arêtes permettant à l'oeil de circuler librement, et donc d'estimer qu'il y a plus de surface qu'en réalité ! Ianto Evans, ancien enseignant en architecture et développeur du cob (particulièrement adapté aux formes rondes) dans l'Oregon imagine même un "mêtre rondé" par opposition au "mêtre carré". Près d'une dizaine de maisons rondes sont ensuite détaillées dans le dossier réalisé par Sylvain Moréteau : Maison bois à 16 facettes à Bellegarde-du-Razès (11). Autoconstruite, à deux niveaux habitables, les meubles s'inscrivent le long des faces planes.

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duit une double lecture des paysages, à la fois Paradis et Enfer : en témoigne ce Paradis (dans l’esprit de Jérôme Bosch, 1539), qui « montre vaguement un visage mais le cache en même temps. Il révèle aussi une association contre nature entre le symbole absolu du paradis, la fontaine (mais dont l’eau est noire et alimentée par des figures en train d’uriner !), et le symbole absolu de l’enfer, la bouche de l’enfer » (ci-dessous).

VIVRE DANS SA BULLE Le Point n°2091, 11 octobre 2012

Ecologie et vogue des années 70 oblige, des maisons bulles refleurissent... Cet article de 3 pages décrit la maison d'Antonio Beninca dans les monts du Forez, habitée depuis 1985, ainsi que le regain actuel pour ces constructions dont l'agrément encourage de nouvelles réalisations. Info site Habitat-bulles

Domespace, sorte de soucoupe volante en bois, elle tourne sur elle-même pour suivre le soleil. Commercialisé en kit, celui-ci est construit dans le Tarn. Zome à Cier-de-Rivière (31), à partir de facettes en losanges décomposant un volume sphérique, et donnant un volume intérieur généreux. Paligloo au milieu de la campagne sarthoise, à Breil-sur-Merize, réalisé en grandes palettes recyclées pour l'ossature et isolée en paille... L'auteur, Denis Lefranc prône l'écoconstruction très bon marché, simple à mettre en oeuvre soi-même. ci-dessous

HABITER LE ROND La Maison Ecologique n°70 été 2012

Cette revue d'origine bretonne propose un dossier d'une dizaine de pages sur les caractéristiques spatiales de maisons qui cherchent à sortir de la boîte carrée habituelle. L'éditorial rappelle que le premier habitat du petit terrien est un nid tout rond : le ventre de sa mère. Et notre grande maison commune, notre belle planète,

Oeuf à Ecolline, un écohabitat groupé à Saint Dié-des-Vosges (88), imaginé avec le cabinet d'architecture Ascendense. Des formes courbes AR’SITE n°43 décembre 2012

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A R T I C L E S mais des murs verticaux intégrés à des constructions mitoyennes. La maison ronde est à l'arrière plan de la photo ci-dessus Hourte près de Toulouse, 20m2 au fond du jardin inspirée d'une hutte et d'une yourte : 33 facettes verticales donnant l'impression d'une maison ronde, appréciée pour l'homogénéité de son espace intérieur ! Heliyourte près d'Eourres (26), une yourte en dur, charpente autoportante en mélèze, gabarit d'une maison, baies vitrées et puits de lumière. L'aspect extérieur n'est pas du feutre mais une bâche blanche en polyestercoton. Ker-terre dans le Finistère, un habitat à auto-construire dont la structure est uniquement constituée d'argiles, d'herbes et de pailles. L'enduit final de chaux recouvre l'ensemble, y compris sur la voûte.

GUIDES

PA P I E R

Journal Le Monde, 22-23 juillet 2012

Sous le titre Le guide papier fait de la résistance le journal constate que les services propsoés sur Internet sont plus complémentaires que rivaux, même les infos "en ligne" sont pour deux Français sur trois un soutien pour la préparation des voyages, pour bénéficier d'une mise à jour rassurante. Sur place, le guide papier à griffoner, annoter reste une valeur sûre en attendant la diffusion du Wi-Fi. Certaines applications numériques peuvent néanmoins se téléchager (payantes) et n'ont plus besoin d'internet pour être utilisées. Suivant en celà les pratiques touristiques, les guides offrent désormais davantages de courts séjours, de destinations proches, de formules weekend, et se singularisent aussi par des contenus originaux privilégiant l'insolite ou les activités hors normes. A côté des classiques Michelin, Routard ou Lonely Planet un certain nombre d'éditeurs proposent des points de vue plus particuliers : Bonneton sur les régions françaises ou sur Paris par thèmes

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(Editions-bonneton.com), Horay plus insolite comme les monastères, les sites industriels et techniques ou le cinéma (Horay-editeur.fr). National Geographic à travers ses "voyages dans l'histoire" permet de comprendre une ville ou un pays à la lumière de son passé (Nationalgeographic.com) Jonglez n'a que 10 ans et a développé une collection "insolite et secrète", pour les capitales, villes ou régions, rédigée par des habitants du lieu. (Editionsjonglez.com) Cette dernière démarche se rapproche de sites internet qui exploitent l'effet réseau de passionnés : Spottedbylocals.com (littéralement "repéré par des locaux"), site tenu par des néerlandais recense gratuitement (sauf l'application mobile) les bons plans de villes européennes, visites, balades, brunchs, repérés par des contributeurs bénévoles rencontrés et sélectionnés (4 à 6 par ville). Global Greeter Network (to greet = acceillir), est un réseau de bénévoles qui offrent aux touristes leurs regards si,gulers lors de vites guidées gratuites (cf bull n°40 p.34). Né à NewYork et relayé à La Haye, le réseau fonctionne parfois avec des offices du tourisme et demande simplement une inscription en ligne une à deux semaines avant (Globalgreeternetwork.info). Ces différentes manières de s'informer sont à imaginer pour exprimer et partager nos propres préoccupations d'architecture-paysage, de géologie ou de végétation. Faut-il s'intéresser à la fois à un lieu (ville ou région), et à un parcours, qui donne une vue plus générale, comme un trajet autoroutier ou ferroviaire (cf bull n°42 p.26) ?

BALADE

ARCHI

IDEAT, un été en Californie, n°94 juillet-août 2012

Dans ce hors série Californie, le chapitre architecture propose différentes pistes pour ressentir les espaces des maisons de Palm Spring en y pénétrant : balades organisées par Palm Spring Modern Tour (www.themoderntour.com) ou festival avec portes ouvertes (le prochain une semaine en février 2013, www.modernismweek. com). Plus cher, il est possible de louer quelques jours et donc dormir dans une villa de star en passant par quelques agences spécialisées dans ces maisons modernistes.

NORMANDIE des PROFONDEURS Au fil de la Normandie, n°35 automne 2012

Ce magazine trimestriel "à l'humeur vagabonde" dispose de deux couvertures, illustrant l'un ou l'autre des sujets traités : Evreux, ou une Grotte normande explorée en spéléologie ! La fascination du monde souterrain alimente un dossier de près de 30 pages "à la découverte du 6e continent" : grottes, rivières souterraines, marnières, mines de fer, carrières de pierre de Caen, risques miniers, secours souterrains, tunnel Jenner... L'exploitation du sous-sol commence dès la Préhistoire avec le silex : certains puits descendaient jusqu'à 6m sous terre et desservaient deux ou trois niveaux de galeries. Au Moyen Age, c'est la marne qui est recherchée pour augmenter le PH des terres trop acides, avec des puits s pouvant aller jusqu'à 30m de profondeur d'où partaient des galeries et des chambres d'extraction de 2 à 3m de haut. Sommairement rebouchés, indiqués avec un arbre planté au pied ou des bosquets autour, leur mémoire a disparu et les effondrements continuent, souvent liés à de fortes pluies. Après l'exploitation d'un affleurement de houille, le premier des 17 puits fut ouvert en 1743 au Molay-Littry. Le plus profond atteignait 117m. Plus de 250 ha d'anciennes carrières de pierre courent sous les quartiers ouest de Caen (cf bull n°40 p.37-38). L'essentiel de l'exploitation s'est faite entre 1800 et 1870. (ci-dessous)


tion de présoutènement de la voûte par injection de barres métalliques dans la roche)

Parmi les bâtiments tertiaires, la piscine Isabelle-Jouffroy à Caluire et Cuire (69) Sur un site urbain en forte pente, au sud et en contrebas du quartier de Montessuy créé dans les années 70, la piscine municipale restructurée a été réouverte en 2008 et joue avec la transparence et la luminosité. Un des bassins est découvrable grâce à un panneau de toiture coulissant et végétalisé comme les autres parties de toiture. En position découvert, le bassin est encadré par la structure de béton dont la trame de piliers forme une sorte d’atrium rappelant l’apparence des termes antiques. Agence d’architectures Nicolas C. Guillot. (cf ce bull p.8)

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Parmi les « maisons remarquées », Les Roquelles à Wassy (52) A 50m du centre bourg, des maisons groupées deux par deux, 3 fois 2 4pièces à RC et 2 fois 2 5pièces avec un étage : sur ceux-ci, la toiture est courbe et se prolonge jusqu’au sol. Les maisons son très isolées, les chauffage est par poêle à bois complété par deux radiateurs électriques, des capteurs solaires en façade sud placés en brise soleil au-dessus des baies pourvoient 65 à 70% des besoins en eau chaude sanitaire. Archi BCDE Architecture, Laurent Debrix et Anne Reychman.

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n°211-38, Journal des énergies renouvelables, Habitat solaire, Les lauréats du 13e concours. septembre-octobre 2012

Plus tard, et plus profondément (650m), le fer a été exploité du sud de Caen à Mortain jusqu'en 1989. Dans la région de Bayeux, c'est l'ardoise qui est exploitée milieu du XIXe siècle : plus solides que celles d'Angers, les ardoises de Caumont sont plus grossières et plus épaisses. (Souterroscope des Ardoisières).

L'actualité est également évoquée avec le percement des 575m du tunnel Jenner au Havre, pour le nouveau tramway reliant ville haute et ville basse. Les terrains traversés étant très hétérogènes, ils sont consolidés par une "voûte parapluie" périphérique avant creusement (ci-dessus, opéra-

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D'une profondeur de 10 à 20m, on y accédait par des puits carrés de 3m de côté. A l'est de la ville, elle sont plus anciennes et non répertoriées. Des visites sont régulièrement organisées par la ville. A Cintheaux, près de Caen, la pierre "de Quilly" est denouveau exploitée depuis plus de 8 ans pour des usages de restauration des bâtiments. Dans l'Eure, à quelques km en aval de Rouen, le plus grand site régional de spéléologie, les grottes de Caumont, renvoi également à l'exploitation de la pierre, puisqu'ici aussi des dizaines d'ha de galeries ont été creusées, parfois en rencontrant les cheminées, galeries et rivières souterraines qui traversent naturellement le plateau ! En 1943, les nazis y ont même construit un eusine souterraine de production de dioxygène liquide destiné à l'alimentation des fusées V2 (photo ci-dessus à G)

P A T R I M O I N E RURAL et BÂTI Provence Verte, ASER (Pays d'art et d'histoire, 2009)

Suite à la signature d'une convention entre l'ASER et le Pays d’Art et d’Histoire de la Provence Verte, Ada et Philippe Hameau (ASER) ont signé deux remarquables livrets à destination du tout public, à disposition gratuitement, et à retirer dans les offices du tourisme de la Provence Verte, située dans le nord du Var, ou à télécharger en pdf : http://www.laprovence-verte.net/accueil/documentation.php ("brochure touristique") - Le premier concerne le patrimoine rural entre campagnes et collines de la Provence Verte. De format carré, 32 pages, il est illustré de photos (R. Cailler) et dessins (ASER) pour présenter l'ensemble des structures visibles en traversant les plaines ou en randonnant dans la colline (bastides et cabanons, limites communales, fours à chaux, réserves d'eau, postes de chasse, etc.).

Bergerie des Maigres à Signes

Le troglodytisme y a naturellement une place de choix dans les techniques de construction : le travertin (ou tuf calcaire) se prête à de nombreux creusements d'étables, remises, granges voire habitations ou édifices religieux (Méounes, Seillons, Châteauvert, Correns, Cotignac, Barjols, Varages, etc.). Sont citées plusieurs gorges calcaires abritant des aménagements moyen-ageux, et de nombreuses utilisations pastorales ou agricoles des formations rocheuses. AR’SITE n°43 décembre 2012

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(ed de la French Touch, 2012)

- Le second concerne le patrimoine bâti entre bourgs et villages de la Provence Verte. Celui-ci est en partie réalisé à partir des recensements des patrimoines communaux proposés depuis 1999 par le Centre d'études PARTIR (cf bull n°9 p.30) qui regroupe des étudiants en architecture de Paris-La Villette et de MarseilleLuminy. Les photos sont complétées par d'innombrables croquis, schémas d'implantation, silhouettes, coupes géologiques ou plans, selon la nécessité. L'occupation du territoire est présentée, géographiquement et historiquement, l'habitat groupé caractérisant la majorité des villages. La question du rapport à l'eau, sa sécurisation et son exploitation sont particulièrement explicités dans le développement des agglomérations de Correns, Méounes, Varages Barjols ou Cotignac. Composition, construction et esthétique des bâtiments publics, des maisons de village, sont enfin détaillés pour contribuer à une meilleure connaissance du patrimoine, de l'organisation générale du village aux détails constructifs et de style qui font la cohérence d'un mode de vivre et d'habiter. Pour mieux concevoir l'évolution des bourgs et villages de demain.

C A D O L E S

de Michel et Marie-Pierre Troisgros, par Michèle Leloup & photos Cyrille Weiner (ed Archibooks 2012) Un ouvrage qui retrace et décrit la construction des "cadoles" au sein de La Colline du Colombier avec Patrick Bouchain et la botaniste Liliana Motta (cf bull n°42 p.61)

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Pour sa cinquième année consécutive, l'Annuel sélectionne une soixantaine de réalisations récentes en France (cf ce bull pages 6 à 9 et 53), mais présentées en français et en anglais . La démarche est toujours polémique, opposée aux "tenants de la pensée critique" : faire apparaître de nouveaux créateurs et dégageant "une tendance contemporaine faite du croisement de pensées situationnistes, avec un certain goût pour l'inédit et une reconnaissance des emprunts faits aux autres domaines artistiques. Du sample associé à une culture pop, culture clairement revendiquée."

ARCS en CIEL d'ARDECHE

La maison Unal, Daniel Abel & Joël Unal (ed Plumes d'Ardèche, 2012) Objectif réussi de lier poésie (de Daniel Abel) et architecture courbe (Claude Häusermann-Costy, réalisation , évolutions et photos Joël Unal), les courts textes associés à chaque angle de vue de la maison lui donnant encore une autre dimension. Les mots poétiques évoquant l’installation de la maison-bulle relativement aérienne sur la dalle rocheuse affleurante et le maquis environnant, sont ainsi : Animer la demeure de l’envol/Au roc dur/Sans blesser l’aubier tendre/ Eriger/A mains nues/Sur le roc impavide/L’habitable fulgurance. Ou encore Du roc délivré/Vers la cime/Vers le ciel/Pur souffle de pierre/ Passion des aubiers/Secrète nervure.

L’ouvrage est également le récit de la vie de la maison : de sa naissance mystérieuse du côté de la Vierge de Chapias comme l’évoque la Préface, au début des années 1970, jusqu’à son label «Patrimoine du XXe siècle» puis son inscription en 2010 aux monuments historiques ! Joël Unal raconte son savoir-faire de « ferrailleur » qu’il avait déjà décrit dans son livre de 1981 et Amélie Laville (après des études d’histoire de l’art) trace un rapide mais complet portrait des architectures courbes, expression de ce courant artistique de l’architecture-sculpture, où l’Homme et son environnement sont au centre des préoccupations. Elle distingue d’un côté les architectes réalisant des bâtiments monocoques, souvent préoccupés d’industrialisation et de lignes pures, et de l’autre les sculpteurs qui recherchent des sculptures habitables avec plus de liberté formelle (Pierre Székely, André Bloc, Vladimir Kalouguine, Jacques Couëlle…). www.plumesdardeche.com

ANTTI L O VA G HABITOLOGIE Pierre Roche (France Europe Editions, 2010)

La vie d'Antti Lovag écrite par Pierre Roche, son bras droit depuis longtemps, sa rencontre avec les deux mécènes Antoine Gaudet et Pierre Bernard, ses trois plus belles réalisations à Port la Galère, Théoule et le Rouréou (Tourrettes-sur-Loup) : une classée au Patrimoine des Monuments Historiques en 1998, deux classées Monuments du XXe siècle, dont le célèbre Palais Bulle de Pierre Cardin. Nombreux autres projets, réalisations


L E PA L A I S B U L L E S de PIERRE CARDIN J-P. Hesse et L-P. Breydel (ed Assouline, 2012)

Très illustré, ce "beau livre" (version française ou anglaise) sort à l'occasion du 20ème anniversaire de l'acquisition de cette maison de Théoulesur-Mer (Alpes-Maritimes) par Pierre Cardin, rachetée à Pierre Bernard. Il permet de parcourir le "Palais-Bulles" et découvrir les artistes et designers exposés sur place par le couturier qui est cité en dos de couverture : "Depuis le début de ma carrière, le rond est une constante dans toute ma création. Je voulais être le promoteur de l'insolite". La réalisation de ces bulles avait été commencée en 1975 parAntti Lovag, seconde commande de Pierre Bernard après sa maison de Port la Galère en 1971. Le Palais-Bulles peut être loué pour des évènements, http://www.palaisbulles.com

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PARIS DESSUS-DESSOUS

PARIS SENS DESSUSDESSOUS Philippe Mellot (ed Michèle Trinckvel, 1983)

Cet ouvrage prposait une balade insolite dans les catacombes de Paris photographiées pour la première fois par Nadar en 1861

SANS DESSUS-DESSOUS Jules Vernes (collection Hetzel, 1889)

Avec en sous-titre Ou la terre désaxée c'est ici l'aventure du Gun-Club de Baltimore, vingt ans après leur envoi fracassant d'un obus habité vers la

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Quinze endroits emblématiques de la capitale dont le lecteur découvre l'envers du décor de g r a n d s monuments de Paris : sous le musée d'Orsay, une Gare. Sous la Tour Eiffel, des centaines de rouages digne des Temps Modernes et un lac sous l'Opéra Garnier ! Un thème "Dessus-Dessous" qui rappelle deux autres ouvrages plus anciens :

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Corinne Targat (ed Tana, juin 2012)

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et autoconstructions. Ce hongrois, architecte sans diplôme, imaginait un nouveau type d'habitat, sans murs droits et sans aucun angle, tout en courbes, à l'image du corps humain et du mode de vie, d'où cette appellation "habitologie" et d'"habitologue".

Lune (De la Terre à la Lune et Autour de la Lune). L'entreprise est alors de faire émerger des zones minières situées sous la banquise au fond de l'océan près du pôle. La solution envisagée est de changer l'axe de rotation de la Terre, simplement en tirant un seul coup d'un canon titanesque : l'effet de son recul devrait faire basculer l'axe de 23°...

GUIDE SECRET de LILLE Stéphanie Morelli (ed Ouest-France, 2012)

L’origine de Lille (au départ Isla, île) est largement perceptible à travers son sous-sol : île de craie au milieu d’une Flandre d’argile, elle était aussi entourée des eaux de la Deûle puisque construite sur des marécages. La Deûle a longtemps servi de fossé naturel à l’enceinte primitive du Castrum et de nombreux canaux ont été aménagés avec des quais autour desquels se développe l’activité commerciale. En 1930, face à l’insalubrité des lieux la Basse Deûle est comblée (avenue du Peuple Belge), puis les canaux des Weppes, du Cirque et de la Monnaie qui passaient au pied des maisons autour du parvis de la Treille sont transformés en égoûts : le dessin des canaux se lit désormais dans les ruelles sinueuses, dans le paysage urbain et dans le nom des rues, et lors de visites de quelques canaux vidés mais sauvegardés, accessibles lors des journées du Patrimoine par exemple. Ainsi le canal Saint-Pierre traverse en sous-sol la rue de la Monnaie, où il actionnait les roues à aube d’un moulin dont un mur est encore visible hors sol, ou dans le quartier République le canal des Jésuites, passant sous l’ancien collège, récemment AR’SITE n°43 décembre 2012

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S E R V I L Lille, Canal des Weppes, 1855

redécouvert, intégré dans le halle d’accueil du nouveau bâtiment (une annexe de la Préfecture) et remis en eau en 2009 – il sert à réguler la température ! Concernant la nature du sous-sol, peu le savent, mais 15% des Lillois vivent au-dessus des catiches, 175 ha souterrains à Lille-Sud, Lille-Moulins, Hellemmes et Lezennes. Dès le XVe siècle, un mode souterrain est adopté pour extraire la craie (matériau de construction, fours à chaux, et surtout amendement des sols en remplacement de la marne), déjà exploitée par les Gaulois qui creusaient de grandes fosses. Ce sont les catiches (« terrier de loutre »), puits circulaire en forme de bouteille permettant d’atteindre entre 12 et 15m de profondeur : on y descendait par le trou (le goulot) qui était - en fin d'exploitation - scellé par un encorbellement de pierres sèches recouvert de quelques dizaines de cm de terre (cf l’exploitation du falun en Anjou).

L’appellation se retrouve en Picardie et dans le nord de la France, dans la zone de la craie, notamment aux environs de Lille, alors que dans l'arrageois, on parle plutôt de « boves » (terme utilisé dans l’Aisne ou la vallée de la Seine pour désigner les cavités troglodytes). Les catiches ont parfois été transformées en champignonnières ou en site de blanchiment d’endive : une cinquantaine dans les années 1960, deux en 2000. Aujourd’hui, selon les pompiers, une douzaine de plafonds de catiches s'effondrent chaque année, souvent brutalement et après une période de forte pluie et/ou gel, et parfois de manière spectaculaire. Site internet http://achft.ville-fachesthumesnil.org/esj_soussol/ Site réalisé par des étudiants de l'ESJ (Ecole Supérieure de Journalisme): Ainsi que celui d’une entreprise de travaux publics ASARL JOESTENS (à Wattignies) http://www.sarl-joestens.com/catiches.php Elle propose avec plusieurs croquis une sécurisation des têtes de catiches en préventif ou lors de l’effondrement. Le travail consiste à terrasser jusqu’à la craie rocheuse, à créer une dalle de répartition en béton armé, remblayer la fouille et remettre en état le terrain. Après autorisation de la C.U.D.L. (Communauté Urbaine de Lille), un puits d’accès peut également être créé au niveau d’une tête de catiche ou inversement un comblement réalisé avec un matériau non polluant pour la nappe phréatique et présentant de faibles tassements différés dans le temps.

V E G E TA L D E S I G N PATRICK NADEAU Thierry de Beaumont (ed Alternatives, 2012)

Ce type d'exploitation après un apogée aux XVe - XVIIIe siècles s'est éteint à la fin du XIXe siècle.

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Dans ce livre, on peut découvrir le chantier de la "maison vague" en projet depuis 2008 (cf bull n°35 p.17). Elle est construite dans le lotissement communal de Sillery, "La Haute Ville", à l’initiative de la société HLM l’Effort rémois, comme l’un des cinq lauréats du concours lancé sur le thème “Dans quels types de logements habiterons-nous en 2020, et quel y sera notre mode de vie ?”. La maison devait de plus être accessible à des locataires aux revenus modestes. . Sous une coque en bois et en béton végétalisée (pour une bonne isolation thermique - bien que l'épaisseur de la

végétalisation ne semble pas très conséquente, ndlr) et sur une dalle de béton CCV (composite ciment verre), ses 136m2 sont chauffés par un simple poêle à bois. La façade sud-ouest est comme une serre doublée d'une paroi en polycarbonate et permet de recueillir un maximum de soleil, de luminosité et de chaleur. Au nord-est la façade aux porte-fenêtres s'ouvre sur une terrasse de bois.

La particularité de cette architecturepaysage est de prendre à la fois la forme d’une petite colline, la "vague" (avec une végétalisation simple sans irrigation malgré la forte pente) et celle d'un objet en a-pesanteur audessus du sol : sa structure, décollée de 45 cm du sol, donne l’impression visuelle d’un élément autonome flottant et mobile dont la bordure peut être utilisée comme un banc sur lequel on peut s’asseoir (dessin ci-dessous). Cette dimension "objet" est la plus caractéristique, rejoignant la spécificité du travail de Patrick Nadeau qui


WILDER

MANN

Charles Fréger (ed Thames & Hudson, 2012)

Sous-titré "ou la figure du sauvage", ce reportage photographique sur les cérémonies multiséculaires de tradition européenne, encore pratiquées lors de fêtes rituelles, s'exprime par un travail neutre et froid. Les portraits associent la part d’animalité symbolique des costumes, ainsi que le rapport au monde naturel.représenté par le

E V O L SKYSCRAPERS

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(Evolo, ed limitées, 2012) Ce journal eVolo localisé à New-York et Los-Angeles a l'objectif de promouvoir et de débattre mondialement des idées architecturales d'avant-garde dans les écoles et chez les professionnels. Il organise depuis 2006 un concours de gratte-ciel, le eVolo Skysraper Competition (cf ce bull page 10 Hmong Mountain), devenu un prix mondialement reconnu qui redéfinit les communautés verticales à travers technologies, matériaux, esthétique ou organisation spatiale. L'ouvrage de 1200 pages recense 300 des plus exceptionnels projets retenus dans les réponses sur six ans de concours. Les chapitres sont Technological Advances, Ecological Urbanism, New Frontiers, Social Solutions, Morphotectonic Aesthetics et enfin Urban Theories and Strategies. Une première édition de 500 exemplaires, primée par le Wall Street Journal, a été épuisée en deux mois. Une réédition selon la demande a eu lieu en juillet (à 120$).

Le pamphlet est un site web montréalais qui propose des projets locaux et internationaux innovateurs dans le domaine de l’architecture de paysage. Quelques exemples :

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http://lepamphlet.com/

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L E PAM PHL ET.CO M

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soin apporté au paysage environnant les personnages. Il montre les différéntes interprétations de "l'homme sauvage" proche d'un des thèmes développé dans l'exposition "les maîtres du désordre" (cf ce bull p.15). Des notes très documentées viennent compléter le reportage. Robert McLiam Wilson qui préface l'ouvrage rappelle qu'"imiter le sauvage revient à lui couper les griffes, lui ôter le dard". Cette somme de portraits fait l’objet d’une exposition au MacVal à Vitrysur-Seine (94) du 23 février au 26 mai 2013.

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développe le "design végétal" (cf bull n°35 p.48)..Une démarche novatrice qu'il défriche par ses créations et depuis 2008 son enseignement auprès des étudiants de l'ESAD de Reims qui avait également inscrit dans son programme le "design culinaire". “Le design végétal s'intéresse aux problématiques liées à l'introduction du vivant dans l'environnement construit, à l'échelle de l'objet et des espaces quotidiens. Il envisage la plante comme sujet à la mesure de l'homme et cherche à mettre en place les conditions d'une coopération.” Au delà des recherches d'objets ou d'aménagements composés avec le végétal, les projets de plusieurs élèves ont déjà été retenus pour être réalisés dans des parcelles lors du Festival des Jardins de Chaumont. Le 6 novembre 2012 étaient d'ailleurs organisés à Reims un colloque "Poétique du végétal en milieu urbain" et une exposition "Le végétal, un modèle pour le design ?" Le design végétal (...) conjugue les pratiques du design avec des informations, des contraintes ou des modes opératoires issus d'univers très différents. Ainsi, le travail plastique s'enrichit des sciences du vivant, comme la botanique, la biologie, la physiologie... et l'économie de la production prend en compte la donne écologique.

Des objets dignes de l'appellation design végétal, mais aussi aménagements urbains ou architectures-paysages.

Ci-dessus nouvelle place à Torre di Mosta (Italie, Vénétie) par C & P Architetti. Ci-dessous, Blok K (cf bull n°20 p.6) dans la zone portuaire de l'est d'Amsterdam par NL Architects

Le pamphlet est généré par une professionnelle du domaine de l’architecture de paysage : tout d’abord horticultrice, Sarah Lacombe a continué ses études en Architecture de paysage à l’Université de Montréal Le site est une plateforme de diffusion pour promouvoir les projets d’ici, mais aussi les idées de partout à travers le monde pour arriver à générer des idées originales localement. C’est donc à travers des sites internet, des images, des citations, des revues et des vidéos que Le pamphlet aspire à nourrir l’imaginaire des architectes paysagistes, artistes, urbanistes, architectes, horticulteurs et plus encore. info association Volubilis, S. Giorgis AR’SITE n°43 décembre 2012

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SITES RUPESTRES Japon

Un site web sur l'architecture traditionnelle japonaise cite deux périodes illustrées par des constructions rupestres : l'Ere Heian (794-1185) pendant laquelle, en réaction à la richesse et au pouvoir croissant du Bouddhisme organisé à Nara, les temples d'une nouvelle secte furent érigés dans les montagnes en choisissant d'autres matériaux. (ci-dessous, à gauche, temple de Nageidedo de Sanbutsuji). l'Ere Kamakura (1185-1333) pendant laquelle apparaît la cérémonie du thé : les petites maisons rurales, aux matériaux naturels, servirent de modèle rustique à ces chashitsu (maisons de thé) destinées à se nettoyer l'esprit. (ci-dessous, à droite, Fudo-in Iwayado de Wakasa). http://www.la-pierre-et-le-sabre-iaido18.fr/ Architecture%20traditionnelle.htm

Bulgarie

Les nombreux monastères bulgares sont considérés comme des monuments nationaux témoins et acteurs du « Réveil national » aux XVIIIe et XIXe siècle et des luttes de libération nationale. Deux d'entre eux, au pied de grandes falaises, sont dominés par d'anciennes cellules d'anachorètes : celui de la Transfiguration (Préobrajenski manastir), traces de l’ancienne implantation au XIVe siècle, détruite pendant l’occupation ottomane ? Il se situe à 6 km à l’Ouest de VelikoTarnovo (capitale médiévale du pays), une centaine de km au sud de Rusé. Proche, le monastère Patriarche Sveta Troitsa (Sainte Trinité) construit au 10ème siècle par le patriarche Euthyme, est lui aussi au pied de deux grottes. Ces deux monastères entretiennent une étroite relation avec la falaise proche, mais ne sont pas particulièrement rupestres : seuls les quatre monastères suivants sont identifiés tels.

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Le monastère rupestre Alboutinski fait lui partie de ces monastères bulgares abandonnés depuis des décennies ou des siècles et dont l'emplacement n'est connu que des passionnés d'histoire, ayant une âme d'explorateur. Ses vestiges se situent entre les villages Rabrovo et Gradetz, au sud-ouest de Vidin (près de la frontière avec la Serbie). En 2003, l'emplacement du monastère n'était toujours pas indiqué ! Il se situe au dessus d'un lieu dégagé de la petite vallée de la rivière Bouïnichko-Rébravska, appelé Albotin. Le monastère fut aménagé, dans la partie nord, côté rivière, contre le massif rocheux où il y avait des cavernes peu profondes et des corniches naturelles. Les moines y ont creusé des cellules, élevé des murs et des façades. Chaque cellule ou habitation avait sa sortie vers la grande terrasse, recouverte jadis avec un abri. Elle était suspendu à 20-25 mètres au dessus de la rivière et ressemblait à un grand nid dans les rochers. Le monastère rupestre d’Aladja (ou de la Sainte Trinité) est situé 14 km au nord de Varna, au creux d’une falaise dominant la mer Noire. Il fait aujourd’hui partie du Parc national de Zlatni Pyassatsi (Sable d’Or), ouvert en 1943 et qui évoque ses peintures murales. Le Guide Bleu de 1933 en parlait comme d’un objet de curiosité plus qu’un but de pèlerinage, rappelant par sa situation « troglodyte » un autre monastère d’Europe centrale, celui des Trois-Saints près de Sébastopol en Crimée. Deux étages ont été creusés dans le roc calcaire, reliés par une échelle en bois, « montée » dans une tranchée cylindrique. A l’étage inférieur se trouve l’église (11m de long, 7m de large et 2m de haut), plusieurs pièces et cellules, surmontées par un oratoire et de petites cellules. A proximité de ce premier ensemble monastique a été identifié un deuxième monastère rupestre (ci-dessous).

Le monastère rupestre d’Ivanovo est particulièrement connu pour ses fresques médiévales incluses en 1979 dans la liste du Patrimoine Mondial de l’Unesco. Une double page lui est consacrée dans L’Art des Troglodytes (Jacek Rewerski, Arthaud, 1999). Il est taillé à 32m de hauteur dans la falaise dominant le val du Roussenski-Lom, au village d’Ivanovo. Cette vallée en canyon, non loin de Ruse (ou Roussé) près du Danube, est depuis 1970 un Parc national. Le monastère fut un ermitage à l’époque de l’ésychasme (au XIVe siècle) – une doctrine reli-


La château Predjamski Grad, signifie littéralement "le Château devant la Grotte". Il est situé à 10 kilomètres de Postojna, une commune du sudouest de la Slovénie dans la région de Basse-

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Slovenie

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Basarbovski est le seul monastère rupestre en activité, à environ 25 km de celui d’Ivanovo, également le long du fleuve Rusenski lom, près du village Basarbovo, à 10 km de la ville de Ruse. Il est mentionné pour la première fois en 1431. Saint Dimitriyi Basarbovski, né en 1685 dans le village de Basarbovo, a passé toute sa vie dans le monastère. Après sa mort, le moine a été enterré dans l’église du village, mais pendant la guerre russo-turque de 1768-1774, ses reliques ont été transférées à Bucarest. Au pied des rochers du monastère sont situés deux pièces et une caverne servant de salle à manger construites en 1956. Après l’ascension de 48 marches on atteint le palier rocheux abritant la niche où d’après légende couchait Saint Dimitryi. A gauche se trouve une église rocheuse à l’iconostase en bois sculpté faite en 1941 et tout près d’elle, la grande icône du saint en taille réelle. Un autre escalier en pierre mène à une caverne naturelle où fut enterré le moine Hrisant, qui a donné une vie nouvelle au monastère en 1937 après une période d’abandon au XIXe siècle. La caverne sert d’ossuaire et abrite aussi une exposition.

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Le monastère Saint Dimitryi

Les rochers de Madara dominent, à hauteur de Sumen, une plaine vallonnée qui part des Balkans pour se jeter dans la mer Noire vers Varna. Cette falaise d’une centaine de mètres possède à une vingtaine de mètres du sol un haut relief taillé représentant un cavalier (à sa taille réelle !) transperçant de sa lance un lion et suivi de son chien. Il a lui aussi été inscrit en 1979 dans la liste du Patrimoine Mondial. Sa signification serait la commémoration de la reconnaissance de la Bulgarie par Byzance au début du VIIIe siècle, en 705, triomphe d’un souverain bulgare. Le village de Madara, à l’est duquel se situe le cavalier, est au pied d’une falaise dont les flancs sont percés de grottes et d’abris préhistoriques, et où s’étendent les ruines de l’ancienne ville de Madara (vestiges d’une villa romaine, d’un bain et d’une église). A cet endroit avait surtout été construite une forteresse par le Khan bulgare Kroum (804814). Les cavités se retrouvent encore plus à l’est, puisqu’en direction de Varna, à 7 km au nord de Provadia près du village de Dérékeuy, le plateau est creusé de nombreuses grottes dont quelques unes servirent de retraites aux ermites (traces de peintures à fresque). Les informations touristiques actuelles parlent de vestiges des monastères rupestres aux alentours de la ville de Provadia - dans la région de Dobritch - près de Kavarna, dans le lieu-dit Yaltata - dans la région de Choumen – et de trois monastères dans le plateau de Choumen Hankroumovski, Divdyadovski et Kostandivovski. Ils sont tous pratiquement inaccessibles. (info Robert Bouvet)

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gieuse de la perfection atteinte par l’ascétisme et la contemplation. S’étant imposé à Bysance, l’ésychasme se répandit dans une Bulgarie profondément troublée par les dissensions féodales et l’injustice sociale. Les peintures murales de la grotte Tsarkva (l’Eglise) auraient été peintes sous le règne du tsar Ivan-Alexandre (1331-1371), qui fut à la fois donateur du monastère et protecteur de l’ésychasme : la fondation du monastère remonterait sans doute à cette époque. A la fin du XIVe siècle, la chute du royaume de Bulgarie sous la domination ottomane porta un coup irréparable à l’ermitage qui dépérit lentement.

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le grès tendre, appartiennent aujourd’hui au patrimoine de la région. Lieux de stockage depuis le XVIIIe siècle, elles furent habitées jusqu’en 1924. Au cours de la seconde guerre mondiale, elles servirent d’abris anti-aériens. Le pub "Ye Olde Trip to Jerusalem" datant de 1189, adossé à la roche, est en partie aménagé dans ce réseau de galeries, sous le château.

Carniole. Il est aussi connu sous le nom de château de Predjama (Predjama Castle). C'est un des châteaux les plus visités en Europe. Blotti dans le ventre de la montagne, le château de Predjama semble imprenable grâce à cette osmose parfaite entre les grottes karstiques millénaires et les techniques médiévales de construction. Au dessous du château il y a un fleuve qui disparaît de la surface, le Lokva, lequel a permis de former une grotte souterraine.

Provence

Un site web donne de nombreuses informations sur des grottes et abris sous-roche du Var et de Provence : par exemple les sites rupestres évoqués par Marcel Pagnol ou utilisés par Claude Berry (Manon des Sources tourné en 1984), la Baume Saint-Michel à Mazaugues (fouillée par l'ASER, cf ce bull p.23) ou la grotte fortifiée du Trou des Fées à Cabasse (au sud du lac de Carcès). http://randojp.free.fr/0-Diaporamas/Habitat/ Grottes/Grottes.html Ci-dessous

Depuis plusieurs années, un ambitieux projet d'archéologie souterraine à base de relevé 3D veut faire l'inventaire d'un réseau de plus de 450 cavités creusées sous les bâtiments et les rues et en estimer l'importance archéologique même si celles-ci ont de nombreuses utilisations privées. David StrangeWalker, archéologue en charge du projet Nottingham Cave Survey souhaiterait obtenir un classement au Patrimoine mondial de l'Unesco. Les cavités sont sous le niveau du sol, s'enfoncent au droit de la falaise ou sont des tunnels comme le Park Tunnel (ci-dessous) intégré au quotidien des habitants. La numérisation des volumes creusés doit permettre d'en faire une représentation (cartographie) mais aussi de les rendre visibles simultanément avec les bâtiments de surface, pour peu que ceux-ci aient également été scannés en 3D ! L'effet est alors impressionnant et de nombreuses imageries surréalistes sont expérimentées.

VOIR LE PATRIMOINE Nottingham Cave Survey

Les cavités artificielles de Nottingham ont une place importante dans l’histoire de la région de l'East Midlands. À la fois abris et refuges, ces galeries et ces salles d’habitation, excavées dans

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Faire prendre conscience de l'existence de ces cavités, de la densité de leur réseau, à partir de ces images de l'invisible encourage même David Strange-Walker à un autre objectif, qu'il expérimente d'abord localement : devant le nightclub Propaganda, il propose d'avoir simultanément la vision des caves, tunnels, escaliers, celliers, etc... depuis son propre smartphone et une application qu'il est en train de mettre au point !

De l'autre plusieurs animations (patrimoine, journée du piéton...), dont une estivale en 2011 et 2012, Troglodytes en Art où près de 20 artistes s'installent pendant quatre week-end dans le site, les cavités servant de galerie. Autant d'occasions de venir voir et revoir ces espaces chargés d'histoire.

HEBERGEMENTS Des luxueux hôtels aux chambres d'hôte isolées, les hébergements se multiplient dans les grands sites, soit en réhabilitant d'anciennes cavités (cidessous), soit en en créant de nouvelles comme ce projet à Petra (cf ce bull p.11).

Shanxi (Chine)

http://nottinghamcavessurvey.org.uk/ source BLDGBLOG (info François Bellanger)

Troglos de Monton (63)

Les "Grottes" de Veyre-Monton ont été en 1987 inscrites à l'inventaire des monuments naturels et sites à caractère archéologique, historique, scientifique et légendaire ou pittoresque. Depuis les travaux de consolidation des parois et des façades entrepris en 2008-9 par la municipalité, le site est de nouveau fréquenté. D'un côté des panneaux explicatifs réalisés par l'association "Sites et Patrimoine" permettent au visiteur de mieux voir ce qu'il a devant les yeux et qui est relativement dégradé. Explication avec texte et photos du site troglodytique, des habitations avec escaliers extérieurs, des pigeonniers et cheminées, dessin de reconstitution, etc.

En octobre 2012, le journal La Croix publiait une série d’articles sur la Chine avant le congrès du Parti communiste chinois début novembre 2012. Le second était consacré au village troglodyte de Lijiashan (« la montagne de la famille Li ») remonterait à plus de cinq siècles, creusé par les ancêtres dans cette terre jaune. La proximité de Lishi (environ 50km) a vidé le village, réduit à 200 habitants. Le potentiel touristique fait que la province du Shanxi est en train de classer le village « patrimoine de la province du Shanxi » et finance la reconstruction des vieilles maisons construites dans la terre. Certains se réjouissent car des touristes viendront dormir chez eux.

Cappadoce (Turquie)

Le Gamirasu Cave hôtel propose 18 chambres dans des troglodytes restaurés à Ayvali, un village près d'Urgup. (ci-dessus à droite et ci-dessous)

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fréquenté du département, un hôtel de 15 chambres troglos et quelques autres semi-troglos, avec piscine souterraine, devrait ouvrir en 2014 à l'initiative de Fabrice et Philippe Justeau.

Santorin (Grèce)

L'île la plus au sud des Cyclades, Santorin appellée aujourd'hui Thera, correspond en fait au cratère d'un volcan rempli d'eau mais toujours actif. Le village d'Oia est situé sur la pointe nord de l'île, au bord de la falaise. Oia-monastiri loue de petites maisons-cavernes toute l'année pour 4 personnes maximum. Elles sont situées 120 marches en contrebas des commerces du village. Deux sont voisines et peuvent être louées ensemble, Amenaki et Ampélia. Les autres sont la Maison Caverne et la Caverne des Poètes.

Matera (Italie)

Deux références d'hôtels installés dans d'anciens sassi : le Basiliani Hotel, trois*, Rione Casalnuovo (Sasso Caveoso), chambres simples mais relativement humides d'après un commentaire néanmoins enthousiaste (ci-dessous à gauche). Le Sextantio Le grotte Della Civita, quatre*, aménagé en 2008 avec 18 chambres, est situé dans le centre historique, Via Civita 28. http://www.sextantio.it (ci-dessous à droite)

A Beaulieu-lès-Loches (37), Les Troglos de Beaulieu proposent depuis 2011 deux hébergements dans un site d'anciennes carrières souterraines : pour quatre, un gîte dans l'ancienne maison semi-troglo des gardiens des carrières de tuffeau (ci-dessus), ou pour deux une chambre Pressoir à l'intérieur des galeries mais avec une tonnelle extérieure pour retrouver le plein-air. A Vouvray (37) sur la rive droite de la Loire, aux chambres d'hôtes du Clos Mariotte, au milieu des vignobles, a été ajoutée en 2010 une chambre entièrement troglodyte (ci-dessous).

Zoom : le Clos Mariotte

Val de Loire

Multiplication aussi des hébergement dans cette zone dynamisée par les "Rendez-vous Troglos" de 2009 à 2011 : à Rochemenier (49), dans le falun, au coeur de ce village qui est le 5e site le plus

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Grâce aux nouvelles technologies de construction, les cavités sont plus lumineuses : les ouvertures sont agrandies, l'éclairage zénithal se développe par la mise en place de lanterneaux ou de verrières. De même, le confort intérieur est accru grâce aux nouvelles techniques de ventilation simple et double flux, qui permettent une extraction de l'humidité performante, qui, avec un chauffage d'appoint, remplacent les anciennes cheminées. Les propriétaires du Clos Mariotte ont fait des choix de rénovation plus traditionnels, et qui fonctionnent très bien grâce à la bonne orienta-


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Le gîte comprend quatre chambres très différentes les unes des autres. La chambre « Brahma » est entièrement creusée dans la roche, tandis que la chambre « Java » est semi-troglodyte et ouvre sur une magnifique cour privative au coeur du rocher (seule la salle de bains est creusée dans le rocher). Les deux autres chambres se trouvent dans une annexe bâtie. La maison des logeurs est elle-même semi-troglodyte. L'accès à toutes les chambres est indépendant, et se fait par la cour et le jardin situés au pied du coteau.

naturelle. Un complément de chauffage électrique a installé dans le fond de la cavité. Les propriétaires ont souhaiter conserver une ventilation entièrement naturelle. Ce choix s'est avéré efficace grâce à une mise en oeuvre réussie : on trouve deux points d'entrée d'air en façade, qui peuvent être obstrués manuellement par un cache pour limiter les courants d'air en période froide, et un puits de ventilation zénithal en fond de cavité, dans les sanitaires. Ce choix nécessite une participation active des occupants : bien que l'on puisse obstruer les ouvertures, il est essentiel de les ouvrir autant que possible lorsque la pièce n'est pas occupée afin de limiter la stagnation de l'humidité qui détériorerait la cavité. Grâce à son orientation privilégiée, le soleil réchauffe la paroi du coteau et facilite la circulation d'air avec le puits de ventilation.

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tion de la propriété. D'une part, ils ont opté pour la conservation des ouvertures existantes, et d'autre part, la ventilation naturelle traditionnelle a été préservée. Une nuit dans l'une des chambres nous a permis de nous rendre compte que ces choix, correctement mis en oeuvre dans un décor contemporain, offrent un excellent confort.

De nombreuses autres photos sur le site du Clos Mariotte : http://www.closmariotte.fr/ (info, photos et article Delphine Bois-Crettez)

Gîtes contemporains en France

L'hébergement peut aussi être à l'intérieur d'architectures courbes contemporaines : témoins les Capsules d'art en Belgique (cf ce bull p.5), ou le projet de refuge-bulle alpin en Italie (cf ce bull p.11). La chambre « Brahma » se trouve au niveau du premier étage de l'habitation des logeurs. On y accède par un escalier indépendant depuis la cour commune. L'ouverture originelle permettant l'accès a été conservée, par choix. Sa hauteur réduite nécessite de se pencher pour pénétrer dans la pièce, et marque le seuil de la cavité aménagée de manière intéressante. Avec une petite ouverture ronde en complément, c’est le seul point de lumière naturel de cet espace (ci-dessus). La salle d'eau, spacieuse et chaleureuse, est située en fond de cavité et semi-ouverte sur la chambre (absence de porte entre les deux espaces), ce qui permet une bonne ventilation de la zone humide. Le côté privatif est conservé grâce à la cloison toute hauteur qui la sépare du coin nuit. La pièce est entièrement taillée dans la roche, et la cabine de douche intégrée au rocher a des parois en ardoise

Nids à Fère-en-Tardenois (02)

Dans la commune du célèbre pont habité (en ruines) enjambant les douves ceinturant le château installé sur une motte, Nid dans les Bruyères propose de l'insolite, avec 4 Cabanes dans les arbres et 3 "Cachettes", baptisées "maisons troglodytes" mais en fait huttes de bois et paille recouvertes d'herbe (ci-dessous)

Bulle dans le Gard

Au Bouquet (30) entre Alès et Bagnols-sur-Cèze, sur une exploitation en agriculture biologique, le gîte Maison bulle est loué à la semaine, pour 6 personnes. Cette coque de 10m de diamètre était à l'origine un AR’SITE n°43 décembre 2012

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seaux. Sur ce fond rocheux, l’horloger François Richard installe 88 automates grandeur nature, qui s’animent grâce à des systèmes hydrauliques ingénieux. Le thème général est une pastorale, où sont représentées de nombreuses scènes paysannes et bucoliques, la partie étroite du canal étant "aérée" par des paysages en trompe-l'oeil peints au milieu des blocs de grès. abri à foin, que l'architecte Jérôme Peyret (www. maison-bulle.fr) a transformé en gîte. Cet architecte parisien avait travaillé avec Antti Lovag au milieu des années 90.

ROCAILLES "Rocher" de Luneville (1742)

A 30km de Nancy et récemment restauré après un important incendie en 2003, le château de Luneville doit devenir centre de formation, retrouvant l'esprit plus que les ors des Lumières (détruits). Lorsqu'en 1737 Stanislas Leszczynski s'installe à Luneville, il intervient surtout dans le parc du château : il crée de nouveaux parterres et achète les terrains marécageux du bord de la Vezouze qu'il aménage avec de nombreuses "fabriques".

En face, de l'autre côté du canal, une autre fabrique, le "Trèfle" (1740), bâtiment en bois dont la toiture évoquait un kiosque chinois (une réplique existe échelle réduite au Palais de Sanssouci à Berlin). Depuis la mort de Stanislas en 1766, faute d'entretien, il n'en subsiste aucune trace. La réalisation la plus extraordinaire de l'architecte Emmanuel Héré est celle du «Rocher» : sur environ 250m, le soubassement de la terrasse du château du côté nord reçoit pierres et blocs de grès qui forment un ensemble artificiel de collines et de grottes traversées de sentiers et de ruis-

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Maison des Cascades du Hérisson

A Ménétrux-en-Joux (39), au bas de la spectaculaire cascade de l’Eventail, la Maison des Cascades crée un univers ludique et surprenant pour mieux expliquer un patrimoine naturel classé remarquable : la vallée du Hérisson, ses cascades, son histoire, ses légendes…


Béton vivant

Au départ, une démarche qui a réuni dans une même équipe des ingénieurs spécialisés dans le béton et des microbiologistes, dont Henk Jonker qui a dirigé ces recherches. A l'université technologique de Delft (Pays-Bas) vient d'être testé avec succès un béton capable de colmater tout seul et en un rien de temps les microfissures grâce aux microcapsules injectées à l’intérieur, contenant des bactéries dormantes et des nutriments. De quoi augmenter la durée de vie de nos futurs édifices de 20% à 40% d’après les expériences menées en laboratoire… On retrouve là l'obsession de reproduire le processus de création de la pierre : si le béton se fissure, les capsules présentes à cet endroit vont s’ouvrir et libérer leur contenu. Lorsque de l’eau s’infiltrera, elle activera les bactéries qui transformeront alors les nutriments en calcaire, ce qui comblera le trou. Ce "bio-béton", soutenu par l’Union européenne et le groupe néerlandais spécialiste de la construction Royal Bam, ne devrait pas apparaître avant 2016 après de nouvelles expériences hors labos. Relativement coûteux, il s’adresse d’abord aux bâtiments souffrant de problèmes de fuite, comme les tunnels ou les conteneurs, et ceux exposés à la corrosion, par exemple dans un environnement marin. Cf d'autres recherches dans Prospective minérale, Habiter le paysage, page 152.

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Suivant la vogue des "micro-architectures", on assiste à un regain d'intérêt pour le cabanon minimum (3m66 X 3m66) que Le Corbusier avait construit en 1952 à Roquebrune-Cap-Martin : une reproduction à l'échellle a été réalisée par Cassina (éditeur de certains meubles de Le Corbusier) et exposée en mai-juin 2012 à Paris dans le très chic Bon Marché Rive Gauche. La référence à l'abri minimum ou de fortune peut aussi être faite à propos de l'exploitation la roche ou des pierres :

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Cabanon et abri de fortune

Les Entretiens de Millançay, petit village de Sologne, ont été créés en 1992 par Philippe Desbrosses, pionnier de l’ agriculture biologique, écrivain, président de l’ association Intelligence Verte et fondateur de la Ferme de Sainte-Marthe qui abrite un Centre de Formation en agriculture biologique ainsi qu’ un Conservatoire de graines anciennes. Ils devaient être un événement ponctuel mais sont devenu un forum de discussion très prisé où se croisent chaque année, à la fin de l’été, intellectuels et praticiens ayant à coeur de réfléchir sur des modes de vie et de construction de la société plus justes et plus respectueux des hommes et de leur environnement et des acteurs de la société civile. C'est dans ce cadre qu'en 2012 ils se sont renouvelés, élargis, et devenus les Entretiens de Sologne à Mur-de-Sologne (41). Le Thème était Autonomia, ou les voies nouvelles vers l'Autonomie au quotidien. Quelques échanges très positifs ont eu lieu à propos d'une conférence sur l'habitat et de l'apport que pouvait constituer la protection par la terre, l'accumulation annuelle et les structures en coques. (info Antoine Strauss)

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Colons américains troglodytes

Préoccupé de propriété terrienne et prise de possession du sol, c’est tout naturellement qu’Elisée Reclus (cf bull n°32 p.24-25 et n°42 p.25) se penche dans sa Nouvelle Géographie Universelle (1892) sur la colonisation américaine. Voici un extrait du tome XVI : N’a-t-on pas vu naguère des peuplements soudains, pareils à des invasions de sauterelles, dans le territoire d’Oklahoma et dans l’enclave de Cheyenne River vendue par les Sioux ? L’heure d’entrée avait été fixée par décret, et la foule des spéculateurs et des colons futurs attendait sur la limite. Le canon annonçait la prise de possession officielle, et les premiers occupants se précipitaient pour aller faire constater leurs droits et planter les quelques pieux qui les constituaient propriétaires. (...) En quelques jours, le district colonisé avait pris la physionomie banale des contrées de l’Est depuis longtemps peuplées par l’homme blanc. Mais il est aussi des campements qui naissent loin des voies ferrées et dont l’aspect est plutôt celui d’un terrier d’animaux : la civilisation s’y montre tout à fait rudimentaire. Le pionnier a pour première habitation le dug-out ou la caverne ouverte dans le flanc de quelque berge ou colline : une légère charpente de branches ou de pieux se recouvre de foin, de roseaux ou mottes de gazon qui retiennent la chaleur dans le réduit ; la porte inclinée se compose des mêmes matériaux ; seule une cheminée trappue, en terre, qui ressemble de loin à une borne, décèle au voyageur l’habitation souterraine. Les troglodytes favorisés du sort accroissent bientôt l’étendue de leur demeures. Une deuxième caverne se creuse à côté de la première, et devant l’entrée s’ouvre une chambre nouvelle, la sod-house ou «mottière», dont les parois comme la toiture consistent en carrés de sol herbeux. La future cité commence à s’ériger au-dessus du sol. Les produits de la civilisation raffinée, meubles, livres, journaux, gravures, qu’avait apportés le pionnier, sortent de terre pour orner les demeures. (info Robert Bouvet. Sur ces maisons, cf bull n° 14 p.50-51) AR’SITE n°43 décembre 2012

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Abris de bergers en Corse

Les rochers creusés sur le plateau du Cuscione (Castellu Ornucciu) sont bien des abris sous-roche qu'utilisaient temporairement les bergers : ce qui explique l'absence de finition.

"Cabanes Vauban" du Cotentin

Une chaîne de corps de garde existait entre Granville et Avranches (50). Au XVIII siècle, le littoral était partagé en secteurs garde-côtes, composés d'un certain nombre de paroisses dont les habitants étaient assujettis au guet de la mer.

Trois de ces corps de garde, à St-Jean-le-Thomas, Champeaux et Carolles (ci-dessus), appelés «Cabane Vauban», sont en bon état de conservation. Ce sont de petits bâtiments en pierres, avec une toiture également en pierres, édifiés au bord de la falaise ; très monolithes, de forme rectangulaire, ils ne comportent qu'une pièce avec une porte, une cheminée, une fenêtre et un créneau.

"Utopix" en pierres sèches

Sur le causse de Sauveterre à 9km au nord de Sainte-Enimie (48), se trouve une interprétation contemporaine des anciens abris de pierre sèche. Pas sur le mode du cabanon, comme les cadoles hors sol (cf ce bull p.24), mais en reprenant le matériau pour recouvrir une habitation organique comme l'avait fait Savin Couëlle entre Corse et Sardaigne (cf bull n°17 p.23). Le projet du peintre et sculpteur Jo Pillet était de construire "un habitat genre architecture vitale", tout en courbes. Le permis est obtenu en 1978 et pendant dix ans le projet se réalise, à base d'"igloos" en parpaings revêtus de pierres. Il a été relativement médiatisé (cf bull n°23 p.22) et devant la demande de visite, le site est transformé en 1993 en espace touristique : parc et sculptures ludiques, et une partie de l'habitation. Depuis, baptisé Utopix, il est ouvert tous les jours d'avril à octobre. www.utopie-lozere.fr (info site Habitat-Bulles)

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COURBES du BRESIL Le site mouvementé de Rio et la culture indienne Le relief tourmenté de Rio et ses multiples « morros » (ou « mornes » en créole des Antilles) a conduit à en araser un certain nombre, tant pour le développement de la ville que pour son aération, et ensuite à multiplier les tunnels depuis les années 1940. Parmi les plus célèbres, le Pain de Sucre, colline de granit de 400m en bord de mer, dont le 1er téléphérique date de 1912. Le Corcovado (= le Bossu) domine lui à 704m avec le Christ rédempteur de 38m érigé après un concours au début des années 20, simultanément à l’arasement du morne du Castelo en 1922, dans le centre. Un funiculaire (Trenzinho) à crémaillère pour y aller existe depuis 1910 et servit pour la construction du Christ, terminé et illuminé en 1931. En pleine urbanisation également (et incluant le Corcovado) le gigantesque Parc naturel de Tijuca (= marais) est une forêt entièrement replantée à partir de 1860 et qui ouvre au hasard de ses routes de montagne, sur des panoramas superbes de la ville et de l’océan. L’ensemble de ces reliefs se joignent aux plages pour apporter ludicité et sensualité aux Cariocas : les parcours d’escalade se font en ville (y compris sur les pics précédents) et les visiteurs viennent se doucher à l’air libre sous les nombreuses cascades naturelles de la Tijuca. L’auberge Tupiniquim dans le quartier de Botofago offre même entre autres animations, un mur d’escalade intérieur (cf page 41) ! Son nom est celui d’une tribu indienne du groupe linguistique TupiGuarani, sur la côte nord de l’Etat de Rio, les Tupiniquins. www.tupiniquimhostel.com.br Ces cultures indiennes sont relativement présentes à Rio, avec notamment ce Museo do Indio dans le même quartier de Botofago, mais aussi avec cette tradition d’une esthétique architecturale jouant avec la légèreté (plumes, oiseaux…) et les formes naturelles courbes, expression d’une certaine proximité avec une nature exubérante, que l’on retrouve aussi dans les parcs publics ou privés ! www.museudoindio.org.br

Immeubles courbes Affonso Eduardo Reidy fit de nombreuses recherches d’habitat économique, dans l’esprit de cette « école d’architecture carioca », inspirée par Le Corbusier, mêlant ville et nature, avec pilotis, grandes baies vitrées ouvertes sur le paysage. Le Condominio do Conjunto Residencial Marquês de Sao Vicente est une des réponses en 1952 : immeuble pas très haut ondulant au pied du Morro Dois Irmaos, appartements à simple niveau près du sol et duplex au dessus (ci-contre,


en haut). Il subit une profonde modification en 1982 par l’ouverture d’un passage pour les voies de l’autoroute Lagoa-Barra (en partie recouverte d’un des côtés). Cette réalisation est à rapprocher de la Conjunto Residencial Prefeito Mendes de Morais appelé le « Pedregulho » (le bloc ou le rocher ?), à Sao Cristovao au nord du centre. Une des ses premières expériences en 1946, avec un ensemble remarquable comprenant écoles, marché, etc.

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Cette expérience aurait du donner naissance en 1973 à des quartiers de tours d’habitation dans le développement de la Barra de Tijuca (cf anciens dessins de Niemeyer, bulletin Ar’site n°3 p.10), entrepris depuis la fin des années 60 sur les plans de Lucio Costa. Un seul des blocks de tours circulaires semble avoir été construit au début de ces 18km de plage urbanisée : 2 tours Avenue das Americas, 206 Rua Gildásio Amado, sur pilotis, mais avec façade béton assez étonnante pour Niemeyer ? Une seule tour ronde et lisse apparaît au début des tours, av Afonso Annos de Melo Franco, rue bordant un parc traversant la Barra et le canal.

Maisons courbes Oscar Niemeyer crée architectures monumentales ou mobilier (cf bull n°19 p51) en exploitant un même registre de courbes qui suggèrent sensualité et rapport aérien avec le sol. Un parallèle est parfois tenté entre celles-ci, leurs tensions, et les mouvements de la capuera (cf bull n°33 p3435), ce qui est plus convainquant que le parallèle avec le baroque brésilien qui se limite surtout au décors (cf bull n°24 p.32). La casa de Canoas, construite en 1953 par Oscar Niemeyer comme résidence personnelle dans la forêt de Tijuca, est un véritable manifeste, comme

Sergio Bernardes très soucieux de l'inscription dans le site naturel (cf ce bull p.66) réalisa en 1966 un hotel circulaire de deux niveaux sur la plage à Joao Pessoa comme en écho au parc de Burle Marx en centre ville (cf n°42 p45). Oscar Niemeyer, confronté à la densité des constructions à Rio, exploite la discrétion des volumes cylindriques en créant plusieurs tours à plan circulaire. La première est une tour solitaire installée entre 1968 et 1972, l’hotel Horsa Nacional à Sao Conrado au pied du parc de la Tijuca et de la Pedra de Gavea : la tour dégage le paysage et au sol une dalle organique assure la liaison au terrain.

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pouvait l’être la villa Savoye de Le Corbusier (cf bull n°29 p.17). Ici la « partie nuit » (espaces privés) est encastrée dans la colline, comme des refuges dotés de petites fenêtres au profil en saillie qui ne font voir qu'une partie de la végétation subtropicale environnante. Au-dessus, la «partie jour» est faite de transparence, avec une couverture en béton de forme libre, soutenu par des pilotis, qui contribue à donner le caractère de l'habitation, renforcé par le rythme fluide de la façade de verre qui, entre autre, permet d'avoir une vue splendide sur la mer. La nature environnante magnifique n'apparaît pas détachée ou recréée artificiellement mais est libre de s'insinuer dans tous les méandres de

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la maison, comme c'est le cas par exemple pour le bloc de granit qui affleure dans le salon et le long duquel se fait l'accès à la partie nuit, semi-enterrée. L'intention de Niemeyer était celle de concevoir sa résidence en toute liberté, en en modelant délicatement les contours et en l'adaptant à l'irrégularité du terrain : ce n'est qu'ainsi qu'il pouvait permettre à la végétation d'y pénétrer. Cette liberté créatrice est inspirée par l'allure curviligne des montagnes et par la simple contemplation des formes de la nature. Pour celui qui est abrité dessous, la courbe du toit de la terrasse cadre le relief et permet d'apprécier le pic qui se dégage de la forêt tropicale environnante. (photo ci-dessous)

L’Instituto Moreira Salles http://ims.uol.com.br est un remarquable centre culturel installé dans une maison moderniste de 1951 à Gavea (Casa Moreira Salles, prévue pour de fréquentes réceptions), oeuvre de Olavo Redig de Campos avec des jardins tropicaux dessinés par le paysagiste Roberto Burle Marx, ainsi qu’un azulejo mural et une sculpture en bronze de Maria Martins.

Initialement possession enviée de l’influente famille de banquiers philanthropes Moreira Salles (dont le fils Walter est le réalisateur de “Central Do Brasil” et de “Carnets de Voyages”), la maison a été agrandie pour y aménager des salles d’exposition, une bibliothèque, un laboratoire de conservation et restauration, un restaurant et une librairie. Caché dans une colline de Rio de Janeiro, il s’inscrit à proximité du lit d’un petit torrent (photo ci-dessous) grâce auquel l’aménagement du jardin propose différents lieux avec vue vers les morros ou plongée dans la nature luxuriante.

Chemin Niemeyer

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De nombreuses photos sont à voir sur : http:// www.pushpullbar.com/forums/showthread. php?6445-Rio-de-Janeiro-Canoas-house-OscarNiemeyer En 2007, à l’occasion du centenaire de l’architecte, l’Iphan (protection du patrimoine) a décidé de restaurer 35 œuvres majeures, dont la villa Canoas. Après avoir été laissée à l'abandon pendant plusieurs années, l'habitation a été entièrement restructurée et abrite la Fondation Oscar Niemeyer. AR’SITE n°43 décembre 2012

De l’autre côté de la baie, la municipalité de Niteroi se dote progressivement d’une collection d’œuvres architecturales : le Caminho Niemeyer. Les premières ont été en 1994 un terminal de ferry (compagnie Charitas), puis en 1996 (dans la baie face au précédent) le musée d’Art contemporain (MAC), soucoupe volante posée au-dessus de la mer, tout en rondeurs, avec une rampe très aérienne (ci-contre, en haut). À partir de ces premiers bâtiments, Niemeyer a été invité en 2001 à réaliser d'autres ouvrages dans la ville. Bien que


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côté de la presqu’île du MAC ! Il regroupe sept équipements : un mémorial Roberto Silveira (inauguré en 2003), un théâtre populaire (théâtre « réversible », il peut être utilisé en plein air ou fermé, selon la disposition qu’on lui donne, inauguré en 2007 lors du 100e

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baptisé chemin Niemeyer, ce parcours est surtout caractérisé par l’accumulation «d’objets trouvés» sur un espace vide au bord de l’eau, de l’autre

anniversaire de Niemeyer, photo ci-dessous !), la fondation Niemeyer (en forme d’escargot, inaugurée chantier non fini en 2010), un incroyable musée du cinéma brésilien (Museu Petrobras de Cinema) en chantier et en projet une cathédrale baptiste, une cathédrale catholique, une école de danse ( ?), et aussi un complexe informatique et de bureaux ( ?)… « Quand on m’a proposé le chantier, j’ai dit : voilà la mer (il dessine), voilà les montagnes, voilà Rio, c’est le paysage, n’y touchons pas. » Niteroi souhaite terminer cette « collection », toutefois, en raison d'obstacles financiers, aucune date d'achèvement n'est avancée. Cette collection d’architectures d’Oscar Niemeyer est aussi l'occasion de parcourir d’autres sites urbanisés qui jouent également avec les reliefs mouvementés de « morros » (sur cette autre partie de la côte, mais aussi des centaines de km plus au nord, où les mêmes formations se retrouvent…)

Courbes industrielles Joao da Gama Filgueiras Lima (appelé Lélé, du nom du joueur de foot !), a acquis l'expérience de préfabrication au sein de l’agence Niemeyer. Parmi ses remarqaubles réalisations, les hôpitaux Sarah Kubitschek de réadaptation sont un ensemble d’institutions publiques développées dans six grandes villes du pays. Ils furent développés par Lélé à la fois du point de vue médical (une vraie réflexion sur la création d’espaces alternatifs de thérapie, la synergie entre architecture et médecine, avec le docteur Aloysio Campos da Paz) et d’un point de vue constructif (en poussant à fond la préfabrication du bâtiment). L’usine de préfabrication sera à côté de celui de Salvador de Bahia ! Ainsi, Lelé et le docteur Aloysio Campos da Paz décident de créer à Salvador non seulement une

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unité, mais également un centre de production industrielle pour tous les composants de ce modèle de bâtiment d’hôpital. Ils fondent le Centre de Technologie du Réseau Sarah (CTRS), une fantastique usine comportant plusieurs noyaux de production: métallurgie lourde pour les structures, ciment armé, charpenterie employant seulement des bois agglomérés et contre-plaqués, moulage plastique et fibre de verre. Dans le projet de Lelé, même les lits et les autres équipements hospitaliers sont produits au centre de métallurgie légère, pour chercher l’intégration de l’espace construit, des équipements et des utilisateurs.

A Bahia, Lelé profite de l’avantage du climat stable et chaud de la ville pour créer des infirmeries liées à l’environnement externe, connectées à des solariums et des jardins, avec de magnifiques éclairages naturels. La circulation de l’air, exigence hygiénique fondamentale, se fait par un système d’appel d’air qui force la ventilation naturelle. Une vrai réseau en sous-sol, de même surface que le rez-de-chaussée, distribue l’air vers toutes les chambres. Seul le centre chirurgical possède un système de climatisation artificielle, imposé par les normes internationales.

Les photos ci-contre à gauche, expriment la différence de perception de cet hôpital, selon que l'on observe le bâtiment dans son ensemble, industrialisé avec rigueur, ou au contraire que l'on observe les espaces obtenus à l'échelle de l'utilisateur. Le travail formel exploitant les courbes tant en plan libre (piscine, clôture, etc.) qu'en section (sheds ondulés, cf photo et croquis en haut de page) permet d'adoucir le traitement strictement orthogonal de la structure. Après l’hôpital de Salvador de Bahia, inauguré en 1991, plusieurs unités ont été construites à São Luís (1993), Belo Horizonte (1997), Fortaleza (2001), Rio de Janeiro (2002) et Brasília (2003). Fabriquées au CTRS de Salvador, les pièces sont envoyées partout au Brésil, soit pour l’entretien des bâtiments existants, soit pour la construction de nouvelles unités, faisant de cette usine un grand centre de production et développement de technologie. A Rio, sur la Barra de Tijuca, nouvelle zone de développement au sud de Rio : avec 52.000mètres carrés de surface construite, le complexe se distingue par sa toiture ondulée, différente des solu-

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tions classiquement adoptée dans les hôpitaux. En outre, il y a un auditorium interprété par les visiteurs comme une grotte locale, un chapiteau de cirque ou une fleur qui s'ouvre. Ce méli-mélo d'interprétations visuelles des espaces était une fonctionnalité utilisée par l’architecte John Filgueiras Lima pour soulager la douleur des patients (ci-dessus). A Brasilia, l'une des unités de l'hôpital (SarahLago Norte) est sur le bord du lac Paranoa (cidessous) et est reconnu comme Centre International de Neurosciences et Réadaptation.

Le corps à Rio : deux exemples de soin du corps dans une ambiance ludique : ci-dessus, le mur d'escalade de l'auberge Tipiniquim (cf page 36) : couleurs, mouvement, jeu et sport. Ci-dessous, des équipements installés sur des places publiques pour la santé et la protection civile, par 'l"Academia da Terceira Idade", l'Académie des Aînés (et déconseillés aux enfants !) pour entretrenir un effort physique régulier.

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SOUTERRAINS

PATRIMOINE SALINES dans le JURA La Grande Saline de Salins-les-Bains a été reconnue en 2009 au patrimoine mondial par l'Unesco, en extension de la Saline Royale d'Arc-et-Senans construite en 1774 par ClaudeNicolas Ledoux pour accroître la production régionale de sel. Pour acheminer la saumure depuis les salines de Salins-les-Bains, un saumoduc de 21 km fut construit, constitué de tronc de sapins creusés et emboités les uns dans les autres. Ils étaient enfouis dans le sol pour éviter le gel et les pillages, même si 10 postes de garde furent construit le long du trajet. La saline fonctionna jusqu'en 1962 (photos extraction de la saumure)

SYRIE SOUTERRAINE Deraa (Dar’a, Dara Daraa ou Dera !), cette ville du sud de la Syrie tout près de la frontière avec la Jordanie, a été le point de départ des protestations syriennes en mars 2011.

Dans un Guide de Terre Sainte des années 30 (par le père Barnabé Meistermann), le pays étant alors sous mandat français, la ville y était décrite avec une partie souterraine caractéristique : Déraa est composée de plusieurs villes superposées. L’inférieure, toute souterraine, est taillée dans le roc. C’est le plus beau type des demeures troglodytes ; il constitue, sans doute, l’œuvre de ces Raphaïm, ou géants, dont le roi Og était l’un des derniers descendants. C’est là, à l’entrée de son royaume, qu’il essaya d’arrêter la marche

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victorieuse du peuple de Dieu ; mais il trouva la mort sur le champ de bataille. Depuis lors, il n’est plus question d’Edrai dans la Bible, ancien nom de Déraa qui sous la domination des Grecs et des Romains s’appelait Adraa, une des ville les plus importantes de la province d’Arabie, comme Bostra ou Pétra. Le site de la ville occupe deux hauts plateaux entourés en grande partie par le vallon de Zadi, qui lui sert de fossé naturel. Au nord de la ville s’élève le Kérak, petite colline conique occupée jadis par la citadelle. La ville possède beaucoup de ruines et de sculptures romaines, particulièrement au sud-est autour de Sérail, et d’intéressantes maisons du vrai type hauranais. Celui-ci est déterminé par la région naturelle, ce bassin du Hauran qui présente une alternance de basaltes (djebel Druze ou djebel el-Arab) et de calcaires sous-jacents, donnant une pierre sombre (absence de mortier et de bois, plafonds et terrasses faits de dalles de lave) et une alimentation en eau par forages artésiens, complétant l’aqueduc créé à l’époque romaine. La ville souterraine, étrange cité difficilement accessible, est présentée comme la principale merveille de Déraa. Elle consiste en un vaste réseau de couloirs et de salles taillées dans le calcaire. Ces labyrinthes s’étendent sous toute la ville et avaient plusieurs entrées secrètes. Celle par laquelle y pénétra M. Schumacher est percée à l’extrémité orientale de la ville, sur les flancs du Ouadi Zadi. Un escalier de huit marches descend dans une construction en ruines, d’où un couloir en pente de 6m de longueur, mais à peine d’un mètre de hauteur et de largeur, aboutit à une porte en pierre. Celle-ci donne accès dans une

grotte artificielle d’environ 10m de long, 7m de large et 3m de haut. De pareilles pièces, reliées les unes aux autres par des passages plus ou moins longs et étroits, se succèdent en longues files d’une manière irrégulière. La voûte rocheuse est parfois soutenue par des piliers taillés dans la masse ; d’autres fois elle est consolidée par des colonnes romaines, ce qui prouve que cette forte-


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A 4 km au nord-ouest de la Mecque, en 610, Mahomet découvre sa mission à 40 ans : par des songes d'abord, puis par l’apparition de l'archange Gabriel dans la grotte où le futur prophète avait pris l'habitude de méditations solitaires près du sommet du mont Hira ; c'est là qu’il eu la révélation de la mission dont Dieu l'investissait en lui révélant les premiers versets du Coran. Son entourage reçut son message et l'encouragea ; les riches commerçants de La Mecque repoussèrent une doctrine qui ruinait leurs intérêts, tandis que les humbles formèrent un groupe d'adeptes. Dix ans après ses premières prédications, il s’exile à Médine (Yathrib, devenue Al-Madinat an-Nabi, « la ville du Prophète »). La grotte de Hira est alors un haut lieu sacré pour les Musulmans, accessible en gravissant 600 marches. Ainsi toutes les religions entretiennent un lien étroit avec la Terre, souvent symbole d’un ressourcement pour purifier pratiques et croyances humaines…

Un article du Guardian (9 nov 2012) de Olivier

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ICEBERG HOUSES

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La question de l’eau étant très vitale dans cette contrée, il n’est pas étonnant de rencontrer des aménagements de sources dans lesquelles l’eau est accessible à une trentaine de mètres de profondeur. C’est la cas à Ariqa, où un très vaste effondrement (diamètre environ 100 m) de la couche superficielle de basalte permet de descendre facilement d’une quinzaine de mètres. De là, un accès en escalier, en partie creusé, est aménagé dans une fracture naturelle jusqu’à la nappe. Le dernier tronçon de l’accès est muni d’une porte de basalte. C’est un dispositif de même nature qui existait sans doute à l’intérieur de la ville du Bronze ancien II de Labwe où seule la partie supérieure (consolidation des parois sur une hauteur de 8 m) est encore visible. Ariqah (Ariha), village de 3000 habitants, est au nord de As-Suwayda à 70km au sud de Damas et au nord est de Daraa, au cœur du plateau volcanique de Lejah (Lajat). Cet effondrement au centre du village est connu sous le nom de Ariqah Cave, avec son parcours de 2 à 3 km dans les anciens courants de lave, c’est-à-dire l’un des plus grands réseaux connu au sud de la Syrie. Il semble exister un restaurant installé au coeur de l’effondrement, abrité sous les palmiers qui y ont poussé. (ci-dessous)

ARABIE : GROTTE de MAHOMET

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resse inexpugnable fut utilisée à travers tous les siècles. L’air y est introduit par des soupiraux sous forme de cheminées, qui du plafond montent à la surface, où l’ouverture est masquée par une construction. Notons encore des niches destinées aux lampes, des mangeoires pour les animaux et des citernes en forme de bouteille dans les pièces les plus profondes, à 21m sous terre. Il semble très difficile d’obtenir aujourd’hui des informations sur ces cavités (infos Robert Bouvet)

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SOUTERRAINS

Wainwright. décrivait ces "basement de millionnaires", bunkers luxueux qui se trouvent sous les rues de Londres. Kensington street ou Chelsea street, des centaines d'extensions en sous-sol dont certaines s'enfoncent de 22m mais peuvent être éclairées naturellement : la partie enterrée de la maison est parfois plus grande que la partie visible... comme un iceberg ! (info Fr. Bellanger)

BAT CAVE

WELBECK ABBEY Dans le Nottinghamshire (qui possède une culture des souterrains, cf ce bull p.30), cette abbaye se caractérise par une série de tunnels et de salles enterrées réalisées fin XIXe : l'une est une bibliothèque de 76m, l'autre mesure près de 50m X 20m ; d'abord chapelle puis galerie de peinture elle fut aussi accessoirement salle de sport. Après avoir été léguée après guerre au minsitère de la Défense et servi de centre d'entraînement jusqu'en 2005 l'abbaye dispose pour sa salle de sport enterrée d'un ascenseur hydraulique capable de transporter 20 personnes à chaque voyage.

Quartier général secret de Batman, la Batcave n'est nommée qu'en 1944 (ci-dessus en 1948). C'est un entrelacement de souterrains situés sous le Manoir Wayne (derrière Batman se cache le play-boy milliardaire Bruce Wayne). Il s'en sert comme centre de commandes pour la surveillance locale, nationale et internationale. C'est aussi dans la Batcave qu'il garde précieusement tous ses véhicules et son équipement. La Batcave est aussi une sorte de musée dans lequel il garde des reliques lui rappelant certains faits de sa vie. Au fil des histoires, la localisation et la définition de la Batcave évolue. Semblable aux Iceberg houses, la dernière est encore plus profonde que la précédente. Les années 50 voient l'abandon de la référence à la cavité naturelle (pourtant porteurse de signification par rapport à l'homme-chauvesouris !) mais celle-ci reviendra dans les années 80 (ci-dessous en 1985).

Les dernières représentations cinématographiques s'appuient semble-t-il sur les impressionnants espaces de la mine de sel de Turda en Roumanie (cf bull n°40 p.53). (info François Bellanger)

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SPECTACLE à VERDUN (55) Des flammes à la lumière est un spectacle depuis 1996 dans les carrières d'Haudainville, à proximité de Verdun. En 2012, ce sont 500 bénévoles qui l'organisent pour parcourir le siècle des années 1900 à 1986, et rappeler en une heure et demie que la paix n'est pas une utopie. www.spectacle-verdun.com

TUNNEL au MUSEE (BERLIN) Le Musée des Alliés à Berlin est consacré à la présence des forces alliées occidentales à Berlin, qui dura presque 50 ans. Parmi les pièces, on retrouve la fameuse guérite de Checkpoint Charlie, ainsi que de nombreux témoignages du quotidien politique et militaire de cette période. Une des mises en scène étonnante est celle d'un tunnel métallique hors-sol : c'est celui qui avait été perçé sous le secteur Est de la ville pour placer sur écoute le quartier général soviétique. (Arte Doc, Berlin et le tunnel des espions, 22h35 le 15 mai 2012) www.alliiertenmuseum.de

La mine située à une dizaine de km de Helsinki sert également depuis 1988 de laboratoire à l'ascensoriste Kone : une "tour" test de 350m est enfouie sous terre pour des essais. Sur ce site unique au monde, Kone teste ainsi les systèmes de commande et de traction des ascenseurs, la signalisation, le confort lors du déplacement, l’influence de la pression de l’air, les méthodes d’installation et la sécurité des cabines. A moins 110m, l'accès est encore public, la mine ayant été transformée en véritable attraction touristique : à ce niveau le musée qui retrace l’épopée de cette mine de calcaire, les outils et machines de travail qui ont servi aux mineurs, et même un restaurant pour déjeuner et dîners festifs.

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MISE en SCENE

HEBERGEMENT en BUNKER (SUISSE)

REPAS SOUTERRAIN (FINLANDE)

Situé au coeur de la Suisse à Teuten dans l'Appenzellerland, le Null Stern Hotel (Hotel sans étoiles) est à l'origine un bunker nucléaire. Les clients disposent d'un environnement minimaliste mais avec néanmoins un tunnel caché par lequel, si c'est le souhait, le maître d'hôtel peut apporter un petit déjeuner au lit ! (ci-dessous à G).

Pendant 15 jours en septembre, un célèbre restaurant finlandais invitait les gastronomes dans une mine de calcaire en activité appelée Tytyri, à Lohja, pour une expérience inédite : un repas à 100m sous terre, organisé dans le cadre d'Helsinki Capitale Mondiale du Design 2012,

PERISCOPE URBAIN (LYON) Sens dessus-dessous (cf ce bull p. 25), c'est aussi le nom de l'oeuvre de Daniel Buren en 1994 au parking des Célestins à Lyon (cf bull n°8 p.3) : un périscope à l'envers, qui permet aux utilisateurs de la place de "jeter un oeil" en sous-sol et apercevoir le puits dont un miroir oblique rotatif et pivotant accentue la profondeur. (ci-dessus à D)

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UTOPIES & REALITES ARCHITECTURE-PAYSAGE Dans une réflexion sur « l’utopie » (cf L’Atlas des Utopies, ce n° page 20), Dominique Perrault en tant qu’architecte y voit la recherche et la production de nouvelles formes d’habiter et de vivre : Archigram, Buckminster Fuller, les projets d’autoconstruction ou la blob architecture sont autant de réponses imaginées pour libérer le monde des contraintes sociales et même territoriales. L’architecture construite vient compléter, accompagner le changement imaginé. Elle peut parfois suggérer de nouvelles pratiques, d’autres visions, lorsqu’elle s’affranchit des conventions, de la supposée réalité du métier. C’est le cas de certains projets proposant une disparition du bâtiment lui-même. Perrault est coutumier de l’exercice : il explique qu’il considère le sous-sol comme une ressource urbaine. Le bâtiment de l’université féminine Ewha, à Séoul (cf bulletin n°42 p.49), est conçu comme une vallée creusée dans une colline, se mêle à la terre. Nous avons créé là une nouvelle topographie au point que l’on ne sait plus distinguer ce qui était le paysage d’origine de ce qui a été rajouté. Ceci sans perdre la qualité des espaces intérieurs, agrémentés par des puits de lumière qui diffusent celle-ci grâce à des jeux de matières, comme de l’eau au sol et des plaques métalliques en paroi (ndlr). Il ajoute qu’en développant des dispositifs souterrains, on densifie les racines de la ville, conservant ainsi en surface son caractère ouvert et aéré. Nous travaillons d’ailleurs aussi sur le vide. Je le vois comme le lieu de tous les possibles : il représente l’espace où l’on peut être ensemble, où l’on peut respirer ou encore préserver des morceaux de nature… (…) Il faut apprendre à ne pas construire parfois. Dans un monde comme le nôtre où tout est connu et où plus aucun territoire n’est à conquérir, le vide a pris une dimension patrimoniale tout à fait nouvelle. La Bibliothèque nationale de France, à Paris, était en cela un bâtiment précurseur et l’on en voit aujourd’hui le résultat : les quatre tours d’angle entourent une vaste esplanade alors que le quartier autour s’est beaucoup construit. Elles ont préservé ce territoire. Cet espace libre fait partie du bâtiment, ou plutôt il a été créé par lui. Il a même été financé par lui. C’est un espace donné. (…) Comme pour le vélodrome et la piscine olympique de Berlin, enterrés au milieu d’un grand verger, on a un édifice très vaste et en même temps le sentiment d’une absence, d’une légèreté, d’une fluidité. L’architecture prend là une dimension tout à fait inédite.

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CRATERE ECO-CITY SIBERIENNE Par opposition à ce tissage fin entre sol et soussol que proposent les architectures-paysage de Dominique Perrault, d’autres projets souterrains du même Atlas des Utopies renvoient aux visions « futuristes » comme celles de Buckminster Fuller et à l’idée d’abriter la vie à l’intérieur d’un dôme géodésique : au lieu de s’inscrire à l’intérieur d’une sphère creuse créée spécifiquement à cet usage, la cité imaginaire s’installerait à l’intérieur d’un cratère existant « simplement » recouvert d’une coupole protectrice ! C’est par exemple le projet d’Eco-City 2020 envisagé pour l’Est de la Sibérie à Mirny, en occupant l’ancienne et gigantesque excavation d’une mine de diamant à ciel ouvert abandonnée en 2001 : le studio AB Elis Ltd propose de faire habiter 100 000 habitants dans ce cratère de plus d’1 km de diamètre et 550 m de profondeur protégé par un dôme en verre recouvert de cellules photovoltaïques permettant de subvenir aux besoins énergétiques de cette cité-jardin à l’abri du rigoureux hiver sibérien (température moyenne de -35°C au mois de janvier). Cette « ville » accueillerait des habitations, un centre de recherche, des fermes, une forêt (carrément !) et des activités récréatives. Les habitations seraient implantées au niveau le plus élevé afin de pouvoir profiter de la lumière extérieure et de la vue sur la forêt en contrebas. Une forme urbaine qui bien que « souterraine », ou plutôt « encastrée dans le sol », n’est pas sans rappeler les utopies de Paul Maymont, de JeanLouis Chanéac ou de Claude Parent dans les années 60.

CREUSEMENT : MATERIEL La pelle Liebherr R 924 Compact est spécialement conçue pour les tunnels : les équipements de travail — également permettent de creuser intégralement le profil du tunnel en une seule fois, sans avoir à changer d'équipement. Poids 31 tonnes. Un usage pour des chantiers à petite échelle ?


PETIT FUTE France Souterraine

La France dispose de tant de cavités sous terre qu’elle est devenue la première destination en matière de tourisme souterrain. Des spéléologues avertis ou amateurs qui, lampe au front, explorent quotidiennement de nouvelles grottes aux milliers de touristes qui visitent chaque année des grottes aménagées (Padirac, la Cocalière), le tourisme souterrain fait la part belle aux cavités naturelles. Mais pas seulement… Mines du Nord ou du Forez (et leurs musées respectifs), carrières, caves, catacombes, fortifications, métro parisien : autant de cavités artificielles qui se visitent et qui se vivent.. En mai 2012, par Dominique Auzias, Antoine Grognet et Jean-Paul Labourdette. (Lettre d'info n°131, oct 2012)

Lille / Lezennes

Un ouvrage paru en mars 2009, Voyage au coeur de Lezennes, se présente comme la chronique des carrières souterraines (cf ce bull p.26). Les documents portant sur les carrières lezennoises sont rares, mais l’apogée de l’extraction se situe du XVème au XVIIIème siècle avec, notamment la construction de la citadelle de Lille. Quand les activités agricoles (champignonières) cessèrent, dans les années 1950, vint le temps du silence et de l’oubli, parfois même jusqu’à la localisation des souterrains. Mais, les Lezennois prirent peu à peu conscience de l’importance de leur patrimoine et s’y intéressèrent de plus en plus. A l’aube du XXIème siècle, Lezennes redevint «Cité de la pierre» et diverses réalisations virent le jour : visite des carrières lors des journées du patrimoine, création d’un géant, le carrier Isidore Court’Orelle, fête de la pierre, mémorial aux carriers, remise de la dernière pierre à la ville de Lille. Enfin la municipalité élabore un projet destiné à protéger et faire connaître le patrimoine souterrain de la commune en aménageant un musée et un parcours souterrain. (Lettre d'info n°132, nov 2012)

grand bombardement de 1694, les gobes ont été occupées par l'armée allemande pendant la seconde guerre mondiale. Après le raid canadien de 1942, des tunnels on été perçés pendant deux ans par des prisonniers français ou italiens, rendant Dieppe imprenable par la mer. Tout un aménagement souterrain permettait d'avoir une citerne d'eau, un réfectoire, un casernement pour 60 soldats, un central téléphonique, des entrepôts... (Lettre d'info n°128, juil 2012)

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SFES

Reims

Ce sont pas moins de 3000 crayères, représentant plus de 100 kilomètres de souterrains, qui ont été répertoriées par le Service des Risques Majeurs de Reims. Mais à en croire leurs estimations, il en existerait en réalité le double, dispersées à plus ou moins 20 mètres de profondeur sous les pieds des Reimois. Après avoir servi de lieu de stockage pour le champagne, et de refuge pour les populations civiles et militaires à différentes époques de l'histoire, les crayères sont dorénavant fermées au public. Un patrimoine humain, industriel et même artistique qui se voit forcé de disparaître du fait de sa dangerosité. (Lettre d'info n°132, nov 2012)

Paris / Essones : cheminée

Située à Essones, au confluent de l'Essone et de la Seine, la papeterie Darblay était équipée de plusieurs cheminées évacuant les vapeurs. Le voisinage se plaignant en 1873 de l'odeur désagréable des résidus de soude, la politique paternaliste et sociale visant à offrir différents avantages à ses ouvriers, conduit la direction à édifier une grande cheminée (60m) plus loin en haut de la colline de l'Ermitage. Des traces du "carneau" on été retrouvée chez un particulier : le conduit souterrain qui acheminait le gaz jusqu'à la base de la cheminée (baptisée la Pipe de Darblay), passait sous l'Essone et sous les voies ferrées, et était juste interrompu par deux chambres de décantation dans lesquelles les suies se déposaient. (Lettre d'info n°133, dec 2012)

Dieppe

Sous le château, les vestiges sont fermés mais restent visitables sur demande. Creusées à l'époque médiévale et lors de la reconstruction après le AR’SITE n°43 décembre 2012

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Sonorités Souterraines

Lunay (41), sur le côteau Vendômois, a organisé en juin un parcours estival qui sillone le village et ses caves, avec neuf points sonores donnant à entendre les espaces creusés, souvent fermés comme débarras le reste de l'année. L'Echo des cavernes est né d'une idée de l'atelier Nomade et du maire de la commune. Un appel à créations a été lancé en mars et de nombreux musiciens, chacun à sa manière, a proposé d'investir les troglos. ateliernomade.net (Lettre d'info n°128, juil 2012)

CATP - CTATP

L'association Carrefour Anjou Touraine Poitou a changé de nom pour devenir Carrefour des Troglodytes Anjou Touraine Poitou(CTATP). Nouvel objet, plus en phase avec l'activité actuelle de l'association : valoriser le patrimoine dans son aire interrégionale et plus spécifiquement les cavités souterraines, par la sensibilisation et la coordination des actions de développement touristiques et pédagogiques et par l’assistance administrative et technique aux collectivités, aux professionnels et aux particuliers concernés dans la réalisation de leurs actions, dans la limite de ses possibilités ; animer un réseau autour des cavités souterraines sur le plan interrégional, national et international par toute action permettant leur mise en valeur. Le Siège social est toujours : 11, rue de Sévigné, 49400 Saumur. Date de la déclaration : 20 juillet 2012. (Lettre d'info n°130, sept 2012)

Angoulème

Effondrement meurtrier

Mi décembre, un effrondrement à Montoire (41) a provoqué le décès d'une mère de famille ensevelie sous les rochers et les gravats de sa maison semi-troglodyte. Un bloc d'une dizaine de m3 pesant une bonne douzaine de tonnes s'est détaché, sans doute fragilisé par les fortes pluies et les variations de températures. (Lettre d'info n°133, déc 2012)

CAVITES 37

Fin 1985, suite à un sinistre survenu en janvier à Marmoutier, est créé le Syndicat Cavités 37 à l'initiative de 14 maires soucieux de sécurité sur leur territoire. En 1987, la maîtrise d'oeuvre était assurée par la division topo d'EDF, la topographie par des géomètres locaux et les études géologiques par le BRGM d'Orléans. A partir de 1995, une nouvelle équipe présidée par Guy Nogier se constitue, Cavités 37 se développe, se professionnalise et élargit son domaine d'activité. En 1998, ce sont les premiers contacts avec le Parc Naturel Régional Loire Anjou Touraine, en 2003 l'élaboration d'une convention avec le Conseil Général dans le cadre du développement touristique en milieu troglodytique, et en 2006 l'installation du Syndicat à Saint-Avertin. En 2012, une centaine de communes font partie du Syndicat, tout s'y fait en interne, avec parfois le concours du Spéléoclub. www.cavites37.fr/ (Lettre d'info n°132, nov 2012)

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Lors du rachat d'une vieille maison bourgeoise de la rue de Cognac, un promoteur angoumoisin a découvert 1000 m2 de galeries et de salles qui servaient d'entrepôt aux brasseries. De nombreux passages sont murés mais devaient communiquer avec d'autres maisons voisines. Un autre souterrain s'enfonce en direction du plateau mais se termine en cul de sac sur un immense réservoir, certainement la réserve d'eau de l'ancienne abbaye de Saint-Cybard. L'ensemble est sain et pourrait donne rlieu à divers projets, après découpage de la maison en trois appartements de 100 m2. (Lettre d'info n°132, nov 2012)

Vézère

La découverte et la reconstitution d'un ancien réservoir d'eau de pluie dans l'ancien fort troglodytique de Tayac a permis de retrouver également les traces d'un café qui était exploité à cet endroit. Peu de chances pour voir une réouverture, compte tenu de l'absence de parking à proximité et des normes de sécurité nécessaires aujourd'hui pour ces sites vertigineux. (Lettre d'info n°128, juil 2012)

Algérie : hôpital souterrain

Le journal El Moudjahid publiait fin octobre un article visant à faire sortir de l'oubli l'hôpital de Nebka creusé pour de l'Armée de Libération Nationale, à Bitam (ouest de Batna) au sein des Aurès-Nememcha. Sur un terrain nu, en pleine steppe, sous les dunes mouvantes de la région d’Ouled Djehayache, il ne disposait d'aucune fortification naturelle : y accéder nécessitait un guide connaissant parfaitement les lieux. C'était la cas de cette visite, accompagnée par d'anciens comme Mohamed Agouni, 88 ans, puisatier de son état, qui a contribué à creuser les galeries (la nuit, comme des taupes !), ainsi que Rezik Rezik, responsable de la mechta d’Ouled Djehayache durant


Le congrès SFES 2013 se déroulera à

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prototype se documente aux Etats-Unis sur les possibilités de synthétiser les trois courants,maisons bulles, maisons enterrées et maisons écologiques. Les coffrages gonflables Binishell retiennent son attention (cf ce bull p.52-53) http://www.lepoint.fr/science/la-maison-des-hobbits-l-habitat-du-futur-16-12-2012-1587835_25. php (Lettre d'info n°133, déc 2012) Ribérac (Dordogne) du 5 au 7 octobre 2013. Plus d'information prochainement dans la lettre et sur le site de la SFES:www.souterrains.eu

ESPACE SOUTERRAIN SERVICES en SOUS-SOL à PARIS

Une centaine d'autres parkings souterrainsdevraient être équipés d'une station de véhicules électriques en libre-service Autolib, à l'image de la première station en sous-sol ouverte le 1er décembre 2012 avec 6 bornes de recharge dans le parking Rennes-Montparnasse. Espace Souterrain soulève également le futur problème de l'approvisionnement en matériaux pour suivre la cadence de construction prévue au SDRIF 2030 : une douzaine de nouvelles centrales à béton devraient voir le jour dans Paris et la petite couronne. La conception de centrales enterrées pourrait être une solution pour certaines d'entre elles.

SOUTERRAINS à SINGAPOUR la Révolution. On pénètre par une petite ouverture juste assez large pour laisser passer une personne. On descend tout de suite un escalier taillé à même le sol qui donne sur un couloir et des box dans lesquels sont aménagés des sièges dans le calcaire, le tout est équipé d’un système d’aération ingénieux. (Lettre d'info n°132, nov 2012)

Maisons semi-enterrées

Lors de leur visite à Singapour en novembre, au moment de la dernière Conférence ACUUS (Association des Centres de Recherche pour l’Utilisation Urbaine du Sous-sol), les deux membres d'Espace Souterrain ont découvert l'incroyable réseau souterrain construit au pied des trois tours du Marina Bay Sand (cf bull n°40 p.3). Centre commercial de plusieurs niveaux, avec passerelles et dont le fond est animé par un canal quasi vénitien, passage piéton souterrain reliant à la station de transport, interventions d'artistes comme Sol Le Witt , Ned Kahn...

Après l'article du mois d'octobre (ce bull p.21) Le Point s'interroge mi-décembre sur l'avenir des maisons des Hobbits : Crises Écologique, Économique et Énergétique obligent, la culture troglodyte fait son grand retour et l'habitat enterré ou semi-enterré pourrait émerger comme une tendance durable. De l'architecture douce de Malcom Wells dès la fin des années 60 en passant par la jupe isolante de John Hait au milieu des années 80, ou par les craintes habituelles du mariage architecture et nature... Les projets en cours sont présentés : Philippe Delage et sa maison à Montgivray (et son remarquable site internet Habitat-Bulles) ainsi que la démarche d'Antoine Strauss (cf bull 42 p.34-35) qui après son AR’SITE n°43 décembre 2012

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L A T

Les vestiges historiques témoignent de l’ancienneté de l’occupation du pays : - près du village de Mezek, dans la région de Svilengrad vers la frontière turque sur la ligne Sofia-Istanbul, une sépulture recouverte d’un tumulus daterait de la première moitié du IVe siècle avant notre ère. Le tumulus de 19m de diamètre et de 14m de haut abrite un corridor d’une vingtaine de mètres, large de 1m50 et de 2m40 à 2m60 de hauteur, recouvert par un encorbellement triangulaire. Il s’agit d’une des plus grandes sépultures thraces découvertes jusqu’à présent en Bulgarie. Le corridor conduit à trois chambres, deux petites et une chambre mortuaire avec un diamètre de 3m30 et une hauteur de 4m30, dans laquelle ont été retrouvés récipients en bronze et bijoux en or. - près de Pomorié, au nord-est de Burgas au bord de la mer Noire, une autre sépulture date elle de l’époque romaine, autour du IVe siècle. Elle est à la fois remarquable par ses dimensions et sa conception : elle associe les particularités du tombeau thrace à coupole sous tumulus à l’architecture du mausolée romain, avec une architecture soignée de briques et de pierres. Un corridor d’une vingtaine de mètres conduit toujours à deux petites chambres et à la chambre mortuaire, mais celle-ci est un anneau de 4m de large, 5,5m de haut et d’un diamètre de 11m60 : en son centre une colonne de 3m50, percée dans l’axe du corridor, et qui supporte la voûte torique. Les notes ci-dessus sont issues de Bulgarie, terre de civilisations antiques (Dimitar P. Dimitrov, directeur du musée archéologique de Sofia, 1961). Les documents pour le tourisme bulgare actuel parlent des riches funérailles, souvent dans des sépulcres monumentaux et sous des tumulus majestueux, qui sont une caractéristique et, en même temps, une manifestation bien connue de la culture aristocratique thracienne. Ci-dessous Pomorié (info Robert Bouvet)

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TUMULUS BULGARES

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TOITS VERTS NORVEGIEN Les toitures recouvertes d'herbe sont fréquentes en Norvège, mais se présentent souvent comme une pelouse. Voici l'aspect en herbes folles sur des toiture à Geiranger, au fond du fjord.

ARTISTES HABITARBRE, LUC SCHUITEN « La nature reprend ses droits dans la cité », tel est le titre de l’article de l’Atlas des Utopies (cf ce n° page 20), consacré aux utopies urbaines de demain : l’objectif est en effet de « réconcilier l’Homme avec une planète qu’il a mis en péril au cours des siècles passés (…) avec des progrès scientifiques immenses pour atteindre cette nouvelle urbanité qui ne pollue plus, ne détruit plus, mais préserve la planète ». Suivent les exemples de cités végétales, de conquête de la mer, de la vie sous terre ou dans le ciel… La cité végétale est illustrée par les travaux de Luc Schuiten dont l’utopie est de concevoir des constructions basées sur le « vivant », allant audelà des villes « transformées peu à peu en lais-


S E T R E V S C

L'intégration du végétal à ces architectures fait qu'elles s'adoucissent et prennent leur sens avec la croissance des plantes : 15 ans pour Blumau depuis 1997. ci-dessous (et cf ce bull p.70)

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(Nouvelle Zelande). Devant le succès rencontré, le Wangarei district ressort en 2011 des esquisses faites avant l'intervention précédente pour un musée Hundertwasser. Il sera peut-être construit, sous la responsabilité de Heinz Springmann. En 1999 il conçoit enfin à Abensberg, entre Ingolstadt et Regensburg, une tour de 35m qui sert d'hommage et de musée à la brasserie bavaroise Kuchlbauer. Elle fut achevée par Peter Pelikan en 2007 puis ouverte au public depuis 2010. En 2007, c'est aussi le centre pour enfants gravements malades de Valkenburg (Pays-Bas). Le Ronald McDonald Kindervallei propose des appartements colorés aux familles dans une spirale arc-en-ciel et avec l’utilisation de transpondeurs à la place de clés (ci-dessous).

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sant le végétal reprendre possession. Au fil du temps, les toits des immeubles se sont végétalisés, accueillant des jardins et des chemins de promenade qui communiquent par des passerelles de bois ». En 2100, on pourrait vivre dans des «habitarbres», une charpente vivante, à l’image de l’art topiaire ! « Les parois extérieures des maisons ou des immeubles sont formées d’une membrane biotextile proche du coton des insectes, de la toile d’araignée ou de la chitine des ailes de libellules. Les dalles de sol et les cloisons intérieures sont faites de terre stabilisée au moyen de la chaux et armées de structures végétales. (…) Fini le béton, l’homme utilise des matériaux naturels, comme le béton de coquillage, résistant, souple, étanche. Nul besoin de lampadaires ou de lampes de chevet, l’éclairage nocturne des habitarbres est produit par la bioluminescence, à l’image des vers luisants. Les villes poussent désormais naturellement, à partir du vivant. L’architecture biomimétique a pris le nom d’archiborescence ». Cette utopie est certes une « vision » qui pousse à l’extrême le lien entre architecture et végétal, comme Hundertwasser le cherchait à sa manière, ouvrant d’autres voies pour se convaincre comme Luc Schuiten de l’urgence de lutter contre « la société de consommation frénétique, encouragée par la publicité, qui nous fait croire que le superflu est indispensable, avant d’aller remplir nos poubelles ». Certains signes de changement apparaissent néanmoins, parallèlement à la dématérialisation accrue vers laquelle nous entraîne la consommation actuelle de services et d’information : l’abstraction et le virtuel ne semblent acceptables que s’ils sont contrebalancés par une prise de conscience du réel, d’un retour aux fondamentaux physiques. C’est vrai pour les relations entre individus, pour l’apprentissage d’un métier, mais aussi pour le respect de la planète : en ce sens l’évolution (dans de nombreuses villes) de l’environnement urbain vers une plus grande proximité avec l’eau, avec le végétal, avec la géologie et avec la géographie est significatif d’un changement de valeurs. L’architecturepaysage que promeut Ar’site exprime ces nouvelles valeurs au sein même de chaque bâtiment construit, cherchant à mettre en relation ses occupants –et les passants- face au végétal et au minéral, à les aider à s’inscrire dans la réalité géographique du lieu qu’ils habitent.

HUNDERTWASSER

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L'esprit d'un artiste peut perdurer même après sa disparition, les hommes ayant été associés à ses réalisations étant à même d'assurer la continuité : En 1998, Hundertwasser avait redessiné les toilettes publiques au centre de Kawakawa AR’SITE n°43 décembre 2012

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L A T E G E V

MAISONS VERTES Si la plupart des maisons semi-enterrées sont des initiatives individuelles (cf § Réalisations au début du bulletin), un certain nombre d'entre elles sont des opérations groupées, comme l'était par exemple l'étonnant regroupement de 9 maisonscoques en Suisse par Peter Vetsch.

- à Barnsdale (dans le Rutland, à l'ouest de Peterborough, 100km au nord de Londres) près du grand lac artificiel de Rutland, une maison individuelle "The walled Gardens" introduit des espaces courbes dans le plan.

SEArch A Long Sutton, dans le Lincolnshire, SEArch (Sustainable Ecological Architecture Ltd) explore différentes voies : l'Unity Gardens est, dans la même ville, un lotissement de 6 maisons sociales à pignons talutés (Cf ce bull p.4). La réalisation de quelques maisons individuelles laisse imaginer comment le même principe de groupement saurait être appliqué à d'autres formes de "protection par la terre" : - à Honningham (10km à l'ouest de Norwich, Norfolk) ce sont 4 maisons semi-enterrées qui sont au bout de la Fellowes Road. Elles sont monorientées au sud (cf ci-dessous vue Google)

- à East Tuddenham (Norfolk), une maison auto-construite, propose des baies aux formes obliques pour mieux accompagner les pentes de talus rapportés.

(infos Monique Labbé)

BINISHELL et la succession de deux d'entre elles donne un aperçu intéressant d'un lotissement "paysage"

Ci-dessous l'aspect de l'accès aux trois maisons mitoyennes : trois portes dans un talus !.

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Les coffrages gonflables conçus pour étayer la construction de coques sans avoir recours à des coffrages laborieux avait été mis au point et expérimenté dès les années 1930 (cf bull n°39 p.37), puis avait connu un développement à diverses échelles et dans le monde entier par Dante Bini qui avait diffusé les Binishell dans les années 60. Le système Bini est relancé aujourd'hui par son fils Nicolo, en apportant une plus grande souplesse architecturale.

Un engouement semble naître aux Etats-Unis puisqu'en 2008 un article de l'université de Princeton parlait des structures béton en voile mince comme des bâtiments les plus performants énergétiquement, et qu'une maison à base de Binishell est en chantier à Palmspring, ce labo-


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ratoire des luxueuses architectures "modernes" (cf ce bull p.22). Si dans ce climat désertique, seuls les pieds des coques sont végétalisés (cf ci-contre, en bas) on trouve sur le site de Binishell plusieurs illustra-

A la tête de SEArch, Jeremy Harrall prépare pour 2013 un ouvrage, “UK Earth-Sheltered Buildings”. L'éditeur Thames and Hudson envisagerait même une version européenne. (infos Monique Labbé)

BUREAUX à AMIENS (80)

tions suggérant un revêtement intégral (sans aller jusqu'au concept de semi-enterré qui suppose une certaine épaisseur de terre protectrice).

L'engouement irait-il jusqu'en Europe, puisque l'un des passionnés de maisons-bulles semi-enterrées, Antoine Strauss, projette de s'appuyer sur leur savoir-faire pour réaliser son second prototype en France (cf ce bull p.49) et que l'on trouve sur un site internet hongrois le dessin ci-dessus ?

L'extension des bureaux de la Chambre de commerce et d'industrie de Picardie (1800m2 avec bureaux, salles de réunions, réception et auditorium de 189 places) cotoye leur siège actuel, un ancien hôtel particulier amiénois (cf bull n°36 p.9). Figurant parmi les réalisations présentées dans l'Annuel Optimiste d'architecture 2011 (cf ce bull p.24), l'intervention des architectes Karine Chartier et Thomas Corbasson -lauréats du concours en 2004- présente deux faces : côté jardin de l’hôtel, une faille est laissée entre celui-ci et le nouveau bâtiment à la façade aux formes souples végétalisées, côté rue (mail Albert 1er) le gabarit urbain est retrouvé avec une façade vitrée simplement dissimulée derrière deux résilles métalliques décalées, qui permettent la ventilation et font office de brise soleil, apportant une intimité à l’intérieur des bureaux. Consultant façade végétale : Robert Van Santen et associés à Lille.

ÉQUIPEMENTS VERTS Au delà des seuls programmes d'habitation, les bureaux ou l'artisanat ou l'industrie peuvent aussi générer des architectures-paysage "vertes" ou semi-enterrées (cf ce bull pages 7 et 8).

SEArch Dans l'esprit de ses travaux sur l'habitat semi-enterré, SEArch mène aussi des recherches pour des bâtiments "tertiaires" : Canebuzo (Carbon Neutral Business Zone) est la première zone d’activités britannique sans pétrole, en construction à Hoddins Way, Long Sutton (cf ce bull p.12). Ils adoptent là des formes rondes du prototype réalisé pour leur agence (ci-contre en haut) AR’SITE n°43 décembre 2012

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FERMES en TERRASSE (CANADA)

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Le concept de fermes sur les toits, évoqués par Terraeco (cf ce bull p.19) cherche à se développer au Canada. On retrouve là le côté pragmatique d'un projet porté par la libre entreprise (un acteur principal qui négocie avec celui à qui appartient le toit !), a contrario de projets d'agriurbanisme (cf ce bull p.15) plus utopiques (de multiples habitants devant établir les règles d'usage en commun !) comme pour le projet pour Dallas (cf ci-dessous et ce bull p.11).

Pour parvenir à ce résultat sur le plan technique, la façade végétalisée a été mise en place sur une structure porteuse métallique, elle-même accrochée à la structure béton de l’immeuble. La structure métallique modélisée reprend les formes imaginées par l’architecte. Sur cette structure, les concepteurs ont mis en place des bacs acier. Ces derniers, malléables, reprennent les formes atypiques de la structure : « Nous avons utilisé la capacité des bacs acier à se gauchir ». Les bacs acier, eux, sont recouverts d’un complexe d’étanchéité classique avec son isolation. La végétalisation (Vertiflore de Tracer) est mise en place audessus de l’étanchéité sur une structure secondaire en métal. Ladite structure étant formée de rails métalliques maintenus entre eux par des attaches spécifiques à angles variables de manière à s’adapter aux formes du bâtiment. Les bacs de végétalisation sont ensuite installés et solidarisés aux rails. (info site web Le Moniteur) Une maquette réalisée sur site a permis de valider le projet de façade. Le procédé de végétalisation est, lui, composé d’un feutre maintenant le substrat dans lequel sont plantés les végétaux et d’un système d’arrosage goutte à goutte.

FACADES LONG MUR VEGETAL à MILAN Le centre commercial Fiordaliso, à Rozzano (périphérie de Milan), même s'il n'est pas l'unique centre où l'on peut consommer entouré de vert (!),

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possède "le plus grand jardin vertical" avec ses 1263 m2 de façade. Inauguré en 2010, il a été conçu par l'architecte Francesco Bollani en collaboration avec un studio d'architecture de Montpellier. « Nous avons mis un an pour faire pousser les plantes dans une serre et 90 jours pour les monter sur la façade (...) Il s'agit d'une méthode très rapide et pratique parce que l'on a utilisé de petits récipients métalliques. Ca a été un peu comme de construire un grand jeu de Lego » Le jardin revendique l'isolation thermique (ne serait-ce qu'en le protégeant l'été des rayons solaires), l'absorption du CO2 et l'attenuation des bruits ambiants. Il peut se maintenir en bon état grâce à la présence du sphaigne du Chili, une mousse végétale qui permet d'accumuler l'eau, garantissant la croissance des plantes même en l'absence de terre (cf bull n°35 p.54).

ENNESYS : ENERGIE FUTURE La Défense, avec depuis juin cet Urbanlab rue d'Arras à Nanterre, soutient Ennesys (start-up française) dans ses recherches pour l’installation, sur les toits et sur les façades des bâtiments, de cuves en plastique où prolifèrent des microalgues… qui transforment les eaux usées en énergie. Laquelle permettra ensuite de chauffer ou de fournir de l’électricité à ces mêmes bâtiments.

SOLS STABILISE FERTILE Après un chantier d'un an, d'abord sur la partie Sud, puis sur la partie Nord, la place Carnot de Saint-Etienne a réouvert en juin 2011 (ci-dessus). Elle a retrouvé un caractère de place urbaine, ouverte à la fois sur la Cité du Design et sur le centre-ville : le nouveau dessin améliore l'espace dévolu aux piétons, vélos et aux terrasses de café. La partie Sud voit l'herbe réapparaître, en "stabilisé fertile", comme dans le Parc François Mitterand (cf ce bull p.9).

TAPIS PAYSAGE Faute d'avoir de l'herbe dans son salon, ce tapis baptisé "sur les rochers" propose des ilôts pavés à composer ou à installer dans des pièces différentes, des plantes étant suggérées dans les interstices entre certaines dalles. Les designers Rafaële David et Géraldine Hetzel de az & mut ont présenté cette création au Salon Maison & Objets de janvier 2012. Les revêtements de sol sont tuftés main en Belgique à partir de lin.

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PARCOURS IBA BÂLE 2020

un voyage dans le paysage Les IBA sont des organismes d'origine allemande qui existent depuis plus d'un siècle. A la fois multiformes et polysémiques, elles sont un instrument culturel pour la mise en place de processus de planification architecturale et territoriale, et pour l'évolution permanente de ces processus. Les IBA accompagnent des projets qui doivent déboucher sur des changements concrets pour les villes, les régions et les populations concernées. L'IBA Basel 2020 a été mise en place en 2010, pour l'étude et l'accompagnement au développement de la ville de Bâle et de son l'agglomération. Une vision globale de ce site doit être présentée en 2013. Cette IBA est la première à avoir une vocation internationale, puisque le lieu réunit trois pays : la Suisse, la France et l'Allemagne. De même, les objectifs sont triples : le développement du sentiment d'appartenance de la population et des acteurs à une agglomération qu'ils partagent entre eux ; l'amélioration et l'optimisation de la culture de coopération transfrontalière ; et enfin le développement qualitatif du rayonnement national et international de l'agglomération. Une journée de conférences et de découverte de projets pilotés par l'IBA Basel 2020 a été organisée le 19 octobre 2012, en partenariat avec la FSAP (Fédération Suisse des Architectes Paysagistes) et le Fond National Suisse. Plus de 200 participants se sont réunis pour écouter des interventions touchant à la ville et au paysage, découvrir les berges du Rhin au fil de l'eau, et voyager sur terre pour mieux comprendre des projets concernant les sites-clé de l'agglomération de Bâle. En effet, l'IBA Basel 2020 a fait des appels à projets en avril 2011. 47 projets sont inclus dans la démarche, 28 sont pré-nominés et 19 sont toujours candidats. Un label sera obtenu sous conditions de faisabilité financière et technique. De nombreux projets sont présentés sur le site de l'IBA : http://www.iba-basel.net

VISITES DU TERRITOIRE : quelques projets pilotés par l'IBA Les participants à la journée organisée par l'IBA Basel 2020 sont conviés à «un voyage dans le paysage» de l’agglomération de Bâle. Afin d'offrir une vue d'ensemble du site, les principaux projets sont présentés depuis sommet de la colline-belvédère de Tüllinger-Herbert. Le trajet a été rythmé par des extraits de textes poétiques, des

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Présentation de Bâle et de son agglomération

« nuages de mots » relatifs au paysage, choisis par Sabine Wolf, rédactrice en chef du magazine Anthos (cf. en fin de l'article). La Wiese, affluent du Rhin qui sert de frontière partielle entre la Suisse et l'Allemagne, traverse la zone urbanisée de l'agglomération de Bâle. Ce cours d'eau est actuellement largement entouré de végétation (champs, espaces boisés, ...), et représente un atout pour l'agglomération. C'est un lieu porteur de qualité à valoriser, d'autant plus que la Wiese représente une part importante du captage d'eau potable de la zone urbaine. Le projet du parc paysager de la Wiese consiste essentiellement en la revitalisation du lieu, la protection de la nature, la création d'un espace de détente à travers l'aménagement d'une base de loisirs, et le renforcement de l'accessibilité et de l'utilisation des berges de la rivière. Il est prévu de mettre en place au coeur du parc un nouvel itinéraire cycles/piétons (modes de déplacements doux que l'IBA cherche à valoriser), marqué par l'implantation de six oeuvres de Land Art entre les fondations Vitra et Beyeler.

Arrivée à la colline-belvédère de Tüllinger-Herbert

Le projet d'aménagement et de renaturation Schänzli concerne la vallée de la Birs, autre rivière se jetant dans le Rhin, à proximité de Bâle. Il vise à créer un nouveau « parc de la Birs », un axe vert stratégique pour les habitants, une invi-


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S N E I R É A S E C A

« © les contributeurs d’OpenStreetMap » Situation du parc de la Wiese Ci-dessous : Vue des berges de la Birs

Pour appuyer cette idée, le Professeur-Docteur Angelus Eisinger (HCU de Hambourg) cite l'exemple des gravières présentes dans toute l'Alsace. Ces gisements alluvionnaires de sable et de graviers s'étendent sur tout le fossé Rhénan. Autrefois sites industrialisés en carrières pour la production de matériaux, ces plans d'eaux sont actuellement reconvertis en lacs artificiels destinés à la baignade et autres loisirs aquatiques. Ils sont présents dans les trois pays frontaliers, et constituent une emprise forte sur le territoire, à la fois culturelle et visuelle. Mais quel visage redonner aux paysages résultant d’activités agricoles ou industrielles ? La relation entre villes et paysages ruraux est complexe. Des gravures de Mérian datant du 17e siècle illustrent une vision du paysage non idéalisée de la ville et de ses environs, à l'époque où il existait une véritable bipolarité entre ville et campagne, et entre culture et nature. Cette bipolarité est effacée depuis l'exode rural : la puissance des villes ne se fonde plus sur les ressources de l'arrière-pays. Il apparaît alors le mitage, prolifération non maîtrisée de constructions en milieu

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L'introduction du Dr Martin Jann (IBA Basel 2012) et de Pascal Gysin (FSAP) fait ressortir la notion culturelle du paysage : celui de la région de Bâle est la somme de petites structures reflétant des activités humaines individuelles. Il paraît alors nécessaire de mettre au point des méthodes d'accompagnement au processus de développement tri-national de la région, de manière à rendre le paysage culturé plus visible et cohérent. En effet, le paysage, contrairement au territoire, n'a pas de frontière.

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CONFERENCES THEORIQUES autour du paysage

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Zone agricole du parc de la Wiese

tation au développement de la faune et de la flore, mais qui représente aussi l'affirmation d'une volonté politique de donner une nouvelle identité commune aux villes riveraines de la Birs. Actuellement, la frontière entre cantons est très affirmée. Une coopération est à développer dans ce sens pour créer une continuité visible. Le projet « depuis le sud » piloté par l'IBA vise à relier les trois vallées (du Rhin, de la Birs et de la Wiese) à travers un immense parc paysager qui ne s’arrêtera pas aux frontières, mais reflètera tout le sens que peut avoir un territoire urbain paysager. « Ainsi, le paysage sera perçu et ressenti comme un tout ».

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rural ou périurbain. Angelus Eisinger souligne alors que « ce n'est que lorsque la ville et le paysage sont pensés ensemble, qu'il devient possible de répondre aux besoins et de résoudre les conflits [que le mitage engendre]. » Le Professeur Christophe Girot (ETH Zürich) constate aussi que les paysages naturels ruraux sont en train de disparaître à cause du mitage. Par ailleurs, des « fragments de nature idéalisée » sont créés dans les villes à travers les petits parcs urbains, sans vision globale de planification. Comment faire marche arrière dans cette opposition ville/nature ? Comment concevoir une nature adaptée à notre société et développer ainsi un lien plus fort avec elle ? Notre image contemporaine d'idéal naturel est à reconstruire. Bruno Latour, philosophe français, a admis que le débat d'une vision contemporaine de la nature a disparu. Ne serait-il pas à remettre au goût du jour ? Il faut ouvrir de nouveaux liens entre hommes et nature, s'éloigner des sagesses conventionnelles pour trouver de nouvelles typologies de construction durable : « sans un aménagement du paysage adapté au site, les villes modernes et leurs périphéries continueront d'être prises dans un fouillis d’infrastructures fonctionnelles et de fragments de paysage. » Christophe Girot cite l'exemple des mégapoles chinoises qui font planifier des systèmes de conception de quartiers entiers par des ateliers de paysagistes, et selon lui, permettent une symbiose entre faune, flore, et paysage urbain. Il s'agit aujourd'hui d'abandonner l'idée de nature vierge, et de permettre aux acteurs de la construction d'intégrer le végétal à la typologie de

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Passerelle des Trois Pays depuis Huningue (France)

bâtiments et aux processus d'urbanisme. Cela demande de l'énergie, une véritable remise en question, et des démarches interdisciplinaires pour planifier une nouvelle approche économique et sociétale, mais aussi spirituelle, écologique, et symbolique (en abandonnant l'idée de nature-misère). Le Professeur-Docteur-Ingénieur Jürg Sulzer (TU Dresden) souligne le côté éphémère des valeurs sociales, démographiques et politiques. Les mises en scène architecturales incluant la culture urbaine et paysagère sont moins robustes, alors que la planification fonctionnelle à échelle métropolitaine donne un caractère de résistance à la ville, à conserver absolument. La ville européenne, en développement permanent, doit mêler changements démographiques, patrimoine historique et développement durable. Cela nécessite une vision globale et transdisciplinaire. Il est nécessaire de conserver l'identité d'une ville et des quartiers qui la composent. Les citoyens ont besoin de reconnaître leur quartier dans l'ensemble urbain. Il est d'autant plus important dans une métropole comme Bâle de sortir de l'architecture mondialiste impersonnelle par un réseau vecteur d'identité de la ville et de ses quartiers, pour acquérir une « nouvelle qualité urbaine » robuste. Au pied de la « passerelle des Trois Pays » à Huningue (France), l'architecte Françoise-Hélène Jourda (Prof. TU Wien) nous rappelle que le Rhin


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(info sur le site du Moniteur, article « Un quartier tri-national au nord de Bâle » par Laurent Miguet, 30/09/2011) L'ancienne île des chausseurs deviendrait un «petit Manhattan», zone de logements et d'emplois à la typologie marquée, et le quartier « Le Diamant » projeté par le groupement MVRDV/ Cabanne/Josephy (info Le Moniteur, article cité précédemment) aurait un fort impact tri-national. Une cohérence est recherchée au-delà des frontières, ce que n'offrait pas un premier projet qui a vite été abandonné.

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réunit trois pays, avec leurs différences culturelles, économiques, sociologiques et comportementales. Ces frontières doivent disparaître au profit d'un projet commun. Pour cela, il faut apprendre à vivre avec le lieu, ses ressources et ses usages. Si nous voyons le territoire comme un organisme, il s'agit de trouver ses points d’énergie et d'intervenir dessus à la manière d'un acuponcteur. C'est alors un travail de diffusion d'énergie qui s'instaure. Il faut s'ancrer dans le lieu lui-même, celui qui n'a pas de frontière, et imaginer les impacts que chaque projet engendrera sur le territoire.

PRESENTATION DE PROJETS dans l'agglomération de Bâle Richard Horn, Directeur Technique de la ville de Huningue, souligne l'importance prise par la «passerelle des Trois Pays» pour la réunion de la France, l'Allemagne et la Suisse, depuis sa construction en novembre 2006. Cet ouvrage a été imaginé et réalisé par Dietmar Feichtinger (franco-autrichien travaillant à Paris, qui a également réalisé la passerelle entre la Grande Bibliothèque et le Parc de Bercy en 1998. La passerelle reliant Huningue à Weil-am-Rhien est uniquement dédié aux piétons et aux cyclistes. Sa fréquentation dépasse de loin les estimations qui avaient été faites, ce qui prouve qu'il répond à un besoin réel de la population. Un projet de piste cyclable le long du Rhin, en continuité avec la passerelle, est encore à l'étude. Cette piste permettrait de relier l'éco-quartier de Huningue, qui est en projet, à l'actuel port de Bâle, qui serait quant à lui déplacé pour laisser place à la construction de nouveaux quartiers. Le projet d'assainissement des berges du Rhin, dénommé 3Land, a initialement été envisagé par la ville de Bâle, antérieurement à l'IBA. Les trois pays se sont vite réunis pour en faire un projet à échelle métropolitaine. En effet, cette démarche vient avant tout d'une volonté de densifier la ville et de l'ouvrir au monde international. Richard Horn et Christian Renner (Directeur des Services de Weil-am-Rhein) nous présentent cette étude comme la création d'une nouvelle zone urbaine dans la grande unité qu'est l’agglomération de Bâle (voir photos de la maquette). Les liaisons logiques entre ces nouveaux quartiers, le campus Novartis et les autres quartiers de Bâle, de Huningue, et de Weil-am-Rhein (dont un quartier est actuellement enclavé par l'autoroute et la voie ferrée) se feraient, entre autres, à travers le prolongement du tramway (qui deviendrait transfrontalier), ainsi que la mise en place de nouvelles passerelles de communication sur le Rhin. L'architecte néerlandais Winy Maas, du bureau MVRDV a imaginé une grande arche qui surplombe un pont reliant les deux rives du fleuve

Maquette du projet 3Land : vue depuis la Suisse, la passerelle des Trois Pays est au fond.

Maquette du 3Land vue depuis l' Allemagne

Une recherche d'autonomie énergétique, un développement des modes de déplacement doux et un accès direct à l'eau pour les quartiers les plus éloignés des berges du fleuve sont également à l'étude. Fritz Schumacher, Chef de Service Cantonal des Constructions à Bâle, ajoute que les voies d'eau sont des fils à mettre en valeur dans le projet 3Land. Pour cela, l'aménagement des berges des voies d'eau sera particulièrement soigné et des liens seront créés d'un pont à l'autre. Des aménagements-tests sont actuellement en cours. Pour faire avancer cette recherche, Emmanuel Jalbert (In Situ, Lyon) est venu présenter le projet d'aménagement des berges du Rhône à Lyon, dont la réalisation a maintenant cinq ans, ce qui permet d'avoir le recul nécessaire sur son fonctionnement. AR’SITE n°43 décembre 2012

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Le projet présenté lors de la réponse au marché de définition a permis d'instaurer un programme efficace. C'est en effet la stratégie d'aménagement plus que le projet lui-même qui a été retenue. Les liaisons entre quai haut et quai bas, le tressage nodal (réalisé à travers des « rubans de glisse » dédiés aux différents modes de déplacement), la renaturation de la partie aval au-delà de la limite du projet, et le processus de découpage des berges en « séquences d'aménagement » ont été les points forts de cette proposition. Les « séquences » mises en scène sont les fruits de la concertation avec les habitants et les études sur l'identité et la nature de chaque zone. Des ambiances très variées en ont résulté : zone-nature avec des îles-jardins, zone-circulation, amarrage des péniches habitées, aires de jeux ou pistes de skateboard, gradins, lame d'eau propre, etc… Cet aménagement est victime de son succès : les balançoires-pompes mises en place pour l'arrosage des végétaux n'ont pas résisté à la fréquentation, et la municipalité étudie la possibilité de mettre des jets d'eau sur les gradins, devenus trop fréquentés en fin de semaine. Les questions et le débat final ont essentiellement porté sur la question de la concertation des habitants évoquée par Emmanuel Jalbert pour l'aménagement des berges à Lyon. C'est a priori quelque chose qui n'existe pas dans la culture suisse, et les habitants n'auraient ni l'envie, ni l'habitude, ni les moyens de participer aux projets concernant leur ville. Néanmoins, des référendums devraient être mis en place pour recueillir les avis de la population et orienter les décisions générales des projets. Pour conclure ces interventions, le Prof. Angelus Eisinger rappelle que la conception du paysage permet de régénérer la ville et de la rendre pérenne. Le paysage végétalisé n'est pas un creux pas-

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sif : le territoire a besoin d'aménagements actifs, et une liaison directe entre renaturation et bâti a besoin d'être trouvée. D'autre part, il existe une vraie volonté d'ouvrir la communication transfrontalière et inter-cantonale car le territoire va au-delà des cultures et des frontières. En clôture de la journée était cité André Breton qui soulignait que si la ville n'est pas paysage, elle cessera d'être ville. Ces IBA, International Bauaustellung, vont largement au delà de la seule exposition de nouvelles architectures : elles permettent de prendre un vrai recul sur les qualités et les faiblesses d'un territoire, d'amener un nouveau point de vue sur les zones à développer pour mieux y intégrer de nouvelles typologies de bâti, et ouvrir une approche pluridisciplinaire et/ou transfrontalière. Les parcours proposés pour lier les différentes interventions, paysagées ou architecturales en témoignent. Le projet 3Land en est encore au stade de la réflexion (ci-dessous). La maquette du projet ne reflète malheureusement pas la continuité recherchée le long des voies d'eau, où la liaison entre les quartiers n'apparaît pas. Les typologies proposées sont encore très disparates selon les pays (de l’habitat individuel en France aux grandes tours en Suisse, en passant par du petit collectif en Allemagne...). L'insertion de ce projet au sein de l'IBA Basel 2020 devrait contribuer à rendre le projet 3Land plus cohérent, en bénéficiant de la richesse des échanges qui ont eu lieu. Article de Delphine Bois-Crettez Note : le dernier magasine Anthos : n°4.12, Eine Reise zur Landschaft / Un voyage dans le paysage est consacré à cette journée IBA Bâle 2020.


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C A R TO PA R T I E

http://numerique.urbalyon.org/1200/habiter-laville-par-la-marche-le-role-du-numerique.html La Cartopartie illustrée ci-contre correspond à une démarche pédagogique de Terre et Cité (Essonne) lancée en septembre 2012 avec le cabinet d'études Chronos et l'Ecole d'Architecture de Paris Malaquais (Sabine Chardonnet), pour mettre en place une carte collaborative libre de droits sur le Plateau de Saclay et vallée attenantes avec l'objectif de donner à chacun l'accès à des parcours de déplacements doux qui ne sont pas identifiés (chemin piétons, vélos, etc.) ! Ce projet vise à rassembler associations, étudiants et particuliers afin d’élaborer une carte qui rendra compte des ressources et des éléments patrimoniaux remarquables du plateau de Saclay et des vallées attenantes. C’est dans cette vision d’un territoire accessible et humain que cette carte libre de droit, interactive et évolutive sera créée, sur le modèle de la Carte OuVerte de Rennes, pour encourager la découverte du territoire par le biais des déplacements doux (marche, vélo). La Carte Ouverte du Plateau de Saclay comprendra des informations classées selon les catégories suivantes: mobilités, ressources pratiques, culture, événements, agri-cultures, patrimoines, sport et loisirs, balades. Elle proposera des outils de

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La marche redevient un sujet d’intérêt pour les décideurs et les chercheurs. Le numérique propose ses services de diffuseur d’informations, à la fois pour favoriser le passage d’un mode à l’autre (indications en temps réel des horaires de passage des transports en commun) mais également pour permettre un repérage dans la ville. Emile Hooge, consultant senior chez Nova7 alerte sur la nécessité de ne pas surestimer la dimension pratique et fonctionnelle du numérique. Claudine Guidat évoque alors la spécificité de l’expérience urbaine par la marche. Avec ce mode de déplacement, le rapport du corps à l’espace entraîne de fait une expérience sensible de la ville. Sabine Chardonnet met l’accent sur la différence de perception des marcheurs suivant les territoires en s’appuyant sur les exemples de Saint-Denis et du Plateau de Saclay. Le numérique peut venir renforcer cette expérience sensible, par un travail sur les ambiances, sur la modularité et les possibilités d’interactions avec les espaces publics.

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marche et numérique

calcul d’itinéraire basés sur les chemins et voies praticables sur le plateau et sera agrémentée au fur et à mesure de contenus multimédias. Terre et Cité : Dorian Spaak / dorian.spaak@terreetcite.org Chronos : Léa Marzloff / lea.marzloff@groupechronos.org ENSAPM : Sabine Chardonnet / sdarmaillacq@gmail.com Le parallèle est à faire avec une meilleure connaissance du territoire géographique (depuis Elisée Reclus), à travers les parcours en train ou en voiture (cf bull n°42 p.24 à 27), voire à travers l'appréhension de ce qui esr caché sous nos pieds (cf ce bull pages 30-31). ...

M U S E E PA R C O U R S

un origami routier, musée de l'auto Un concours international de 2008 pour un musée automobile chinois de 15.000m2 à Nanjing (Jiangning area, high-tech zone) a eu pour lauréat 3gatti Architecture Studio (Francesco Gatti), de Rome et Shanghai : une rampe périphérique qui invite le visiteur-automobiliste à parcourir le

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musée, en apercevant l’exposition, jusqu’au parking situé en toiture. De là, il redescend à pied à travers le musée dont les espaces sont conçus comme un origami géant donnant le sentiment d’être sur une route au milieu des véhicules, ou d’assister à une séquence de cinéma dont l’acteur principal est l’automobile... Ce projet rappelle à grande échelle l'esthétique de l'Asphalt Spot, parking de 20 places réalisé à Tokamashi (Japon) par François Roche (cf bull n°26 p.48) pour une galerie d'art en 2003. Info JCT et site milimetdesign (milimet.com) http://milimet.com/2010/06/automobile-museum-by-3gatti-architecture-studio.html

Son chantier a démarré en 1896. Deux arrêts sont prévus pour offrir des vues vertigineuses par les baies creusées dans la roche : le premier à 3160m pour admirer la mer de glace (photo ci-dessus et ci-dessous) et qui sera le terminus de 1905 à 1912, date à laquelle il atteint son point le plus haut.

T R A I N S D ' A LT I T U D E La fièvre des trains de montagne atteint son paroxysme à la fin du XIXe siècle, ère de l’industrialisation et de la confiance dans les progrès de la technique. Des chemins de fer à crémaillère gravissent le Rigi (1874), le Pilate (1889) ou les Rochers de Naye (1892). Né en 1893 du rêve d’un industriel zurichois Adolf Guyer-Zeller au pied du fameux trio mythique des Alpes bernoises à plus ou moins 4000 (l’Eiger, le Mönch et la Jungfrau), le chemin de fer à crémaillère de la Jungfrau près d’Interlaken atteint 3454m d’altitude, après un parcours de 9km dont 7km de tunnel dans l’Eiger.

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Les aménagements touristiques continueront pendant tout le siècle, pour l’accueil ou la balade des visiteurs (restaurant, ascenseur…). Le centenaire est marqué par le percement d’une galerie publique de 250m creusée dans la roche.


- Sea-Orbiter est un laboratoire flottant pour 18 personnes, imaginé par Jacques Rougerie, Jacques Picard et Jean-Loup Chrétien : 51 m de haut, dont la moitié immergé permettant de vivre sous le niveau de la mer (ci-dessous à gauche).

S N E I R

Utopie, ce nom forgé par Thomas More en 1516 signifie à la fois le lieu (topos) où tout est bien (eutopie) et le lieu de nulle part (u, préfixe privatif, outopie) : au-delà des cités idéales qui alimentent les réflexions des philosophes et des urbanistes, tout en faisant référence à la République de Platon, Thomas More écrit un «traité de la meilleure forme de gouvernement» (c’est le soustitre !) et invente l’île d’Utopie, contrepoint lumineux à l’Angleterre du XVIe siècle (cf L’Atlas des Utopies, ce n° p. 20). Cette île «nouvellement découverte» (on est à l’époque en pleine exploration des océans) ne sera jamais localisée, mais est le prétexte pour décrire un Etat soumis à un régime démocratique : l’économie utopienne repose sur la propriété collective des moyens de production et l’absence d’échanges marchands. Le tout sur une île isolée du reste du monde… Cet artifice littéraire se retrouve aujourd’hui dans la réalité avec les projets de cités flottantes du Seasteading Institute (cf § articles, ce n° p.18). La colonisation des océans par l’homme est cependant une aventure qui suscite de nombreux autres projets qui ne cherchent pas à s’isoler du reste du monde, et entreraient plutôt dans un chapitre « science fiction » (cf bull n°11 page 27) :

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Habiter l'eau

Explorer (ci-contre en bas), est conçu sur le modèle du Scott Carpenter Space Analog Station, un engin de simulation spatiale sous-marin de la Nasa. Deux à trois personnes devraient pouvoir y vivre pendant des semaines, pour des essais scientifiques. L’objectif, par la suite est d’accrocher les modules les uns aux autres à la manière des stations spatiales. Ce projet est assez proche de l’ancienne résidence Underwater Condos imaginée au fond du lac Ontario, mais qui avait été abandonné devant le coût prohibitif ! (ci-dessous) http://www.arthistoryarchive.com/arthistory/ architecture/Underwater-Condos.html

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UTOPIES HORS SOL

- Lilypad est enfin une série de plateformes insubmersibles imaginées par l’architecte Vincent Caillebaut pour accueillir les réfugiés climatiques ou pour étendre « offshore » les territoires des pays développés en quête d’espace. Ces « nénuphars » (Lilypad) se déplacent au gré des courants, mesurent 800m de diamètre et sont conçus pour s’auto-suffire.

Illusions Le Louvre Lens qui vient d’être inauguré (cf ce bull page 7) offre un espace irréel, beaucoup plus aérien que les musées traditionnels. Au delà du minimalisme, c'est une sorte de dématérialisation, d'illusion qui fait perdre ses repères au visiteur tout en le confrontant aux oeuvres exposées. Ces sensations ne sont pas étrangères aux architectes Sanaa qui s’étaient fait connaître en 2009 avec l'étonnante bibliothèque du campus de l’EPFL à Lausanne (cf bull n°38 p.4) et surtout en 2004 par la réalisation du musée d’Art contemporain du XXIe siècle de Kanazawa, ville sur la côte ouest du Japon. Leur architecture lumineuse et minimaliste était déjà très présente dans les façades du musée de 2004, d’autant que parmi les

- Aquatica est une colonisation sous-marine imaginée par l’ancien ingénieur de la Nasa Dennis Chamberland et le réalisateur James Cameron pour remédier à la surpopulation en s’installant sous l’eau: sur son site, Atlantica Expeditions, l’ingénieur de la Nasa a créé la Ligue des Nouveaux Mondes (League of the New Worlds) pour soutenir la recherche sur les colonies sous-marines. Le module d’habitation sousmarine, construit en Floride, le New World AR’SITE n°43 décembre 2012

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PENTES BRESILIENNES Morros du centre historique Vers le port de Rio, seul reste le monastère de Sao Bento de 1663, chef d’œuvre du baroque carioca. Il donne sur la baie, sur une colline qui a échappé au sort des autres reliefs, arasés pour dégager de l’espace et en gagner sur la mer !

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œuvres à toucher et à ressentir, certaines avaient été intégrées à la structure même du bâtiment : comme The swimming pool, de Leandro Erlich, qui crée l’illusion d’une vie sous l’eau, à voir depuis le dessus ou à ressentir depuis le dessous !

Elle avait été présentée en 2001 à la Biennale de Venise et depuis installée dans le musée.. Ses installations, visant à déstabiliser la perception que l’on peut avoir du réel (cf bull n°41 p.23-24), sont composées d’éléments architecturaux le plus souvent construits à l’échelle humaine, escalier, ascenseur, chambre, permettant au public d’entretenir avec l’œuvre une relation participative. Pour exemple, la façade installée au 104 à Paris (19e) en 2011 : en utilisant un effet de miroir, la façade posée au sol donne l’impression d’être verticale, et chaque visiteur peut ainsi facilement se « projeter » sur cet espace –normalement- vertigineux.

Mémoire de forme La prégnance symbolique des « morro » semble se retrouver dans le dessin de la Cathédrale Metropolitaine Sao Sebastiao, elle même installée sur le morro de Santo Antonio, partiellement arasé en 1964 : les architectes Edgar de Oliveira da Fonseca et N Sotto Major l’ont conçue comme un tronc de cône de 60m de haut, illuminé par quatre grands vitraux verticaux dissimulés derrière des brise soleil qui donnent le côté minéral du bâtiment. Réalisée de 1964 à 1976, inaugurée en 1979, elle peut accueillir jusqu’à 20.000 personnes.

Plus récemment un immeuble voisin – et plus grand- a été dessiné en donnant à voir en façade comme l’écho des formes du clocher, celui-ci étant une fine tour indépendante du cône de la cathédrale (ci-dessus à droite).

Morros étendus Dans le quartier des tours,

le long de l'avenue de la Republique du Chili, le socle du siège de la banque BNDES (Banque Nationale de Développement Economique et Social) entretient l'ambiguité avec la colline voisine : végétalisé, il est traité comme un prolongement du relief témoin de l’ancien morro de Santo Antonio, sur lequel reste le Couvent récemment restauré, et son église, une des plus anciennes de Rio. Construite en 1974 par une équipe d'architectes Alfred Willer, Ariel Stelle, Joel Ramalho Jr, José Sanchotente, Leonardo Oba, Oscar Mueller et Rubens Sanchotene, elle ne fut inaugurée que dix ans plus tard : créateur du paysage, Roberto Burle Marx intervint donc au départ puis en 1985. Relativement ignorée des guides, cette tour est remarquable par son inscription urbaine entre modernisme et reliefs naturels. (Cf couverture de ce bulletin et page ci-contre)

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S N E I R E A Ci-dessus, en haut l'entrée de la BNDES depuis la passerelle qui enjambe l'avenue du Chili, et en-dessous vue inverse sur le patio qui surplombe l'entrée (n°2 sur la coupe), avec vue sur la tour Petrobras en face de l'avenue. Sur Internet, de très bonnes photos de Leonardo Martins et de Leonardo Finotti.-

Reliefs habités Le récent Sommet de la Terre « Rio+20 » de l’Organisation des Nations Unies (20 ans après le 1er « Rio » en 1992), puis en 2014 la Coupe du Monde de football et les Jeux Olympiques en 2016 (les premiers en Amérique du Sud) font partie des prétextes pour développer de nombreuses opérations urbaines, visant à éliminer les gangs de la drogue et « pacifier » un grand nombre de favelas, tout en inscrivant Rio dans un développement soutenable (durable).

Les favelas installées sur les reliefs difficilement constructibles sont peu à peu équipées sanitairement, scolairement, et les initiatives culturelles qui en sont issues sont fortement encouragées : c’est le cas par exemple de l’intervention d’artistes avec les habitants (cf JR n°37 p12 ou les néerlandais Haas & Hahn n°40 p.65) ou l’organisation de spectacles ouverts à tous. Gilberto Gil, minisAR’SITE n°43 décembre 2012

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tre de la Culture de 2003 à 2008, proposait de masser les points vitaux du corps culturel afin d’en libérer les énergies, et a fini par parier sur les flux plutôt que d’investir les structures. Ainsi sont nés les « Pontos de Cultura » (Points de Culture), politique publique du Ministère de la Culture en articulation avec les pouvoirs locaux (états et villes) agissant par exemple dans plusieurs favelas. Certains architectes comme Sergio Bernardes (à la recherche d’une architecture dense, humaniste et utopiste) disait que « la seule architecture vraiment brésilienne ce sont les favelas ». Il s’est essayé en 1978 à la construction en nappe sur un relief prononcé, à Humaita (Botafogo) au pied du Morro da Saudade : rua Pinheiro Guimaraes, 149 (Condominio Parque Maria Candida Pareto). Les Casa Alta, 60 logements pour la classe moyenne profitant de la topographie. Le système de construction employé est une structure mixte de béton avec du bois, dégageant le volume de chaque maison à l’intérieur de la nappe. L’idée de standardisation transparaît dans l’aspect identique des maisons, de deux niveaux. Leur intérieur a été remodelé au fil des ans et l’espace semble apprécié même si un peu sombre. Elles sont desservies par deux funiculaires qui conduisent au sommet de la copropriété, au « 11e étage »… Ici, juste à côté de la forêt les habitant vivent au milieu des singes, des toucans et les pics, en ayant le sentiment d’être hors de la ville. (ci-dessous)

Circulations aériennes Funiculaires

Près du centre de Rio, l’aqueduto da Carioca (Arcos da Lapa), construit au XVIIIe pour acheminer l’eau depuis la colline de Santa Teresa, fut converti en viaduc en 1896 pour le passage du tramway. Celui-ci (le Bondinho, ou Bonde) est suspendu depuis un accident mortel (5 victimes) en 2011. Des funiculaires plus récents se rencontrent dans des ensembles privés comme les Casa Alta précédentes, ou dans des favellas pacifiées.

A Salvador de Bahia, ancienne capitale de 1549 à 1763, la vieille ville est sur une butte qui domine la baie « de tous les saints ». L’important relief est absorbé soit par des funiculaires, les Plano inclinado (celui du centre est arrêté, mais il existe le Pilar, de 1915, à l’autre extrémité du Pelhourino - ci-dessus à dr.), soit depuis 1931 par un ascenseur monumental arrivant sur la place principale, l'Elevator Lacerda de 1931 (cf bull n°41 p.68) récemment restauré. Des interprétations contemporaines se rencontrent, comme le petit ascenseur oblique installé par Joao da Gama Filgueiras Lima (Lélé), dans l'hôpital Sarah Kubitschek (ci-dessus à g. et cf ce bull p.39-40).

Télécabines

Le Complexo do Alemao au nord de Rio, est visible depuis l’aéroport. Depuis fin 2011, 6 stations relient les principaux quartiers périphériques de la zone à la gare Central Do Brasil qui sert de connexion vers le reste de la ville. Les 3,5km de trajet du « teleférico ».prennent 16 mn. Chacune

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Autre interprétation au centre de Rio, où le nouveau Musée d’Art de la ville de Rio (Museu de Arte do Rio, MAR, avec un jeu de mot maritime), conçu par les cariocas, Thiago Bernardes et Paulo Jacobsen (Bernardes + Jabosen), est le premier acte de la revitalisation à venir de la zone portuaire. A ce titre, afin d’assurer la future vitalité du quartier, il ouvrira nuit et jour. Un téléphérique relierait directement le toit du Musée avec la favela du Morro da Conceição (où fut tourné Orfeu Negro de Marcel Camus, sur un des morros qui servait de poste de surveillance aux 1ers colons). NOTE : Si un Metrocable existe à Medellin depuis 8 ans, que Caracas a désenclavé ainsi plusieurs quartiers (cf bull n°38 p.63), il existe également des projets en France, comme le Téléval Créteil-Villeneuve-Saint-Georges : en octobre, des élus du Val-de-Marne étaient à Bolzano pour y visiter un téléphérique urbain, et en tirer des leçons pour le projet de télécabine entre Créteil et Villeneuve-SaintGeorges en passant par Limeil-Brévannes (stations Emile Combes et Les Temps Durables) et Valenton, en correspondance avec la ligne de métro 8 et les différents bus. Des études sont en cours ainsi que la consultation des habitants. Cette solution est envisagée pour désenclaver un territoire marqué par d’importantes coupures urbaines. La trentaine de téléphériques urbains mis en service à travers le monde depuis 10 ans encourage les élus (New-York, Londres, Riode-Janeiro, Barcelone, Coblence, etc.). En France, Brest en sera dotée dès 2015 (cf bull n°42 p59), Toulouse en 2017. Le Téléval pourrait être le premier téléphérique d’Ile de France à l’horizon 2016-2018.

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est liée en parallèle à une activité sociale particulière : service juridique, formation-orientation pour la jeunesse, appui dans les domaines de l'assurance et de la banque, etc... Comme c’était déjà le cas avec le Metrocable et la bibliothèque de Medellin (cf bull n°34 p.3, et à propos de cette ville, elle vient d'équiper la favella Comuna 13 d'escalators publics en 2012). Le site du constructeur Poma est orienté depuis les années 80 vers les transports urbains, ce système permettant de survoler une topographie accidentée et très densément peuplée. Au Complexo do Alemao, une cabine pour 10 passagers sera en gare toutes les dix secondes. Elles sont adaptées aux nécessités tropicales, sans porte-skis mais avec pare-soleil, lumière pour fonctionner la nuit, radio pour communiquer avec les passagers, et ventilation ; le tout alimenté par la plaque solaire installée sur le toit.

conception desquels a notamment travaillé Lélé au milieu des années 80, ce qui explique le nombre et la qualité des passerelles construites dans plusieurs quartiers de Salvador vers 1986-88 (cf bull n°29 p.22). Il avait imaginé une usine d’équipements publics (FAEC, Fábrica de Equipamentos Comunitários), active dès la fin de la dictature militaire, à partir de1985 et jusqu’en 1989. Elle a laissé des traces importantes dans plusieurs quartiers de la ville, au delà des seules passerelles : bancs et jardinières, garderies d’enfants et plus de quarante écoles grâce à la rapidité et l’ingéniosité des constructions.

Apesanteur Béton : la leçon de Niemeyer

Le béton à très tôt été utilisé pour ses courbes et pour ses possibilités de porte-à-faux ou de franchissement : les effets plastiques privilégient l'accompagnement du mouvement et la sensation de légèreté, d'apesanteur. A Sao-Paulo, en témoigne le musée d'art construit en 1957 par Lina Bo Bardi (cf bull n°26 p58). A Rio, avec plus de souplesses dans les formes, le Musée d’art moderne (1953-58 et 1967-1968) est installé sur ces terrains gagnés sur la mer. Conçu par Affonso Reidy, il est en apesanteur au milieu d’un parc

Passerelles sur avenues

Le paysage des agglomérations de Rio ou de Salvador - mais semble-t-il aussi de nombreuses villes sudaméricaines - est profondément marqué par ces ouvrages qui créent le lien entre les quartiers coupés en deux par les voies rapides. Elles sont en rampes pour plus de facilités et débouchent directement au pied des arrêts des autobus. Ce sont des objets industriels à la AR’SITE n°43 décembre 2012

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sur d’imposants pilotis qui supportent aussi la corniche sculpturale destinée à contrôler la luminosité, complétée par de petits puits de lumières. De nombreux autres exemples de travail grâce au béton sur l'apesanteur et le paysage existent, comme les laboratoirs de métrologie Inmetro par Luiz Eduardo Indio da Costa en 1973 à 20km de Petropolis (cf n°42 p.46), plus récemment le Quai des arts à Vitoria par Metro Arquitetos Ass et Paulo Mendes da Rocha (cf n°42 p.3) ou à Rio la Cité de la Musique de Christian de Portzamparc, sur pilotis, dominant un jardin conçu par l’architecte brésilien Fernando Chacel et qui reprend parfaitement l’esprit de ces architectures en apesanteur. Livrée fin 2008, cette Cité de la musique semble avoir posé de nombreux problèmes de programmation : loin de la politique des « Points de Culture », cet « éléphant blanc en ciment » fut après le changement de municipalité, transformé en Cité des Arts (bull n°41 p.3).

Métal : la leçon de Lélé

Que ce soit pour ses courbes industrielles ou pour ses passerelles (cf ce bull p.39-40 et articles précédents), Joao da Gama Filgueiras Lima (Lélé), a préféré le métal. Celui-ci va lui aussi se plier à l'expression de l'apesanteur, comme l'hôtel de ville de Salvador (Palais Tomé de Sousa) installé discrètement sur pilotis en 1986 au dessus de la place principale (Place Municipale Tomé de Sousa) face au bâtiment historique (palais Rio Branco), et conservant dégagée la vue sur l'océan. Le bâtiment qui devait être provisoire a été préfabriqué pour être monté en 15 jours !

ture (mais décédé le jour de son investiture). L’hôpital Sarah Kubitschek est à proximité…. C'est le plus excentrique immeuble de Salvador da Bahia mais qui utilise lui aussi le métal. Construite en 1987 par les architectes Jáder Tavares, Otto Gomes et Fernando Frank, avec 14 étages et 58m de haut, elle comporte deux restaurants et un cinéma-théatre. Deux tours de béton et une structure d’acier sur laquelle viennent se greffer des cellules métalliques.

EMPILAGES AERIENS Habitacles-conteneurs Inaugurées au Havre en 2010, les résidences A Docks accueillent aujourd’hui une centaine d’étudiants dans des conteneurs réaménagés. Ce concept né aux Pays-Bas – où plus de 1.000 conteneurs ont été réaménagés depuis 2005 –, a déjà séduit l’Allemagne, l’Australie et le Canada (cf bull n°31 p.54). L’architecte italien, Alberto Cattani, a imaginé une structure métallique qui porte les conteneurs et permet de décaler les studios et d’implanter passerelles, balcons et terrasses. Les cent logements s’étagent sur quatre niveaux, autour d’un jardin intérieur. Les rez-de-chaussée ont été surélevés pour préserver l’intimité des résidents.

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La Chambre de Commerce de Salvador de Bahia Casa do comercio avec son restaurant panoramique au sommet (un restaurant-école) est située dans le nouveau centre économique, sur l’avenue Tancredo Neves, du nom du premier président élu en 1985 après les 20 ans de dictaAR’SITE n°43 décembre 2012


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Pour être habités, les conteneurs ont subi un lifting radical. Leurs deux extrémités ont été percées de baies vitrées. Ils ont « maigri » de 40 cm en largeur, pour peaufiner l’isolation phonique et thermique. Des murs coupe-feu en béton armé, et des patins en caoutchouc ont été implantés pour empêcher les vibrations.

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Végétaux artificiels Au pied des trois tours de 50 étages du Marina Bay Sand hôtel (cf bull n°40 p. 3 et ce bull p. 49), a récemment été inauguré (juillet 2012) le nouveau jardin de Singapour "Gardens by the Bay (South)" conçu par les architectes Grant Associates and Wilkinson Eyre. Le complexe est bordé de deux immenses galets de verre et hérissé d'arbres artificiels géants qui confèrent un paysage encore un peu plus surprenant à ce quartier entièrement bâti sur les fameux « Reclaimed Land » gagnés sur la mer. Il doit être une "icône" dans la vision de Singapour en tant que "cité des jardins", à l'instar de Central Park à New York ou Hyde Park à Londres",.. Les deux galets sont des serres géantes, ou plutôt des "Biomes", espaces de conservation de la biodiversité : Flower Dome (climat sec de type méditerranéen) et Cloud Forest (climat tropical). Dans cette dernière une montagne de végétation de 35m de hauteur d'où tombe une cascade. Le visiteur ici encore emprute une passerelle qui lui permet de redescendre tout en admirant les végétaux. (ci-contre) Au total, ce sont 18 "super arbres" qui se dressent de toutes leur hauteur au milieu d'un parterre de plantes. Leur structure faite de béton et de fer est entièrement recouverte de végétation, peau vivante qui servira de site de reproduction pour oiseaux et insectes. D'une altitude de 25 à 50 mètres, les arbres sont reliés entre eux par une passerelle suspendue à 25 mètres du sol. Les visiteurs peuvent ainsi bénéficier d'une vue à couper le souffle sur l'ensemble du site. Un des arbres abrite même un bar Outre leur rôle ludique et didactique, ces arbres servent d'évacuation à l'air des serres, de support à des cellules photovoltaïques et de collecteurs d'eau pluviale...

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D O C U M E N T S

L’ASSOCIATION AR’SITE a été créée en 1986 pour favoriser L’ARCHITECTURE-PAYSAGE, DES HABITATS TROGLODYTIQUES AUX ARCHITECTURES CONTEMPORAINES CONÇUES EN ÉTROITE LIAISON AVEC LE MINÉRAL OU LE VÉGÉTAL, OU À L’INTERFACE ENTRE LE SOL ET LE SOUS-SOL. AR’SITE édite un BULLETIN SEMESTRIEL,et plusieurs DOSSIERS sur des thèmes plus précis arsite@free.fr

Dossiers thématiques Visuel de 80 diapositives Habiter la roche & le végétal février 1989 (texte de présentation et légendes) 1. Pourquoi ?  L’intégration au site L’économie d’espace Le confort thermique L’équilibre écologique 2. Comment ? Aménager un puits de lumière Épouser une pente naturelle Créer un relief artificiel disponible en CD participation aux frais 15€

Qualité des parkings souterrains

mars 1990, 91 pages Réalisé à la demande de la Direction Générale du Développement de SpieBatignolles. participation aux frais 13€

Le méandre de l’île Seguin : laboratoire pour l’architecturepaysage ?

février 1991, 12 pages Réalisé suite à la publication du rapport Roullier. participation aux frais 5€

Patrimoine troglodytique du Vexin français octobre 1992, 95 pages Réalisé pour la Direction Régionale de l’Environnement Ile-de-France, cette étude s’inscrit dans la continuité des différentes actions entreprises au niveau national. participation aux frais 8€

Dalles, premier pas vers la 3ème dimension de l’espace public septembre 1993, 38 pages Réalisé avec un reportage de 10 photos panoramiques de Philippe Houssin, à l’occasion du Colloque de Cergy. participation aux frais 8€

Architectures-paysages août 1994, 68 pages Réalisé pour les Ateliers d’été de Cergy-Pontoise et le colloque du Centre Georges Pompidou. Accompagné d’un guide d’architectures-paysages en Région parisienne. participation aux frais 14€

Des troglodytes... à l’architecture-paysage dans la vallée du Rhône

novembre 1997, 38 pages Accompagné d’un guide d’architectures troglodytes et d’architectures-paysages en vallée du Rhône participation aux frais 8€

Hundertwasser, du peintre à l’architecte, de la peinture au paysage habité (1)

10 pages, in Hommage à Hundertwasser, Musée des Beaux arts et de la Dentelle d’Alençon, 2001, Brochure de 60 pages. 20€ à commander sur place.

Hundertwasser, du peintre à l’architecte, de la peinture au paysage habité (2)

29 pages, reprise du précédent, avec nouvelles illustrations, in Hundertwasser, Catalogue de l'exposition, editions Viens à Marseille/Jnf Production, 2012, catalogue petit format de 240 p. 19,5€ voir http://www.viensamarseille.com/catalogue/

Habitat creusé, le patrimoine troglodytique et sa restauration mai 2005, 224 pages Ouvrage édité chez Eyrolles, dans la collection “Au pied du mur”. Cet ouvrage a reçu en 2006 le prix de sensibilisation au patrimoine, décerné par Vieilles Maisons Françaises. www.editions-eyrolles. com, ou l'ouvrage étant soldé depuis 2012, participation aux frais portcompris 20€.

Habiter le Paysage, maisons creusées, maisons végétales

septembre 2007, 192 pages Cet ouvrage est en partie la réédition de Maisons creusées, maisons enterrées, sorti en 1981 -et aujourd’hui épuisételle que nous l’envisagions en 2005 éditions Alternatives, dans la collection Anarchitectures www.editionsalternatives. com, ou l'ouvrage étant soldé depuis 2012, participation aux frais portcompris 20€.

Hundertwasser et l’architecture

juin 1992, 72 pages Réalisé avec l’association «les amis de Hundertwasser» Projets et réalisations. Les oeuvres sont resituées parmi les créations mondiales d’architecture-paysage. Une actualisation de 8 pages complète ce document avec des extraits des articles parus dans les bulletins Ar’site entre 1992 et 2000. participation aux frais 15€

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Centre thermal de Blumau, Hundertwasser, 1997 (cf p.51)

ADHÉSION & ABONNEMENT 2013 à Ar’site , 16 rue des Bas Tillets, F 92310 SÈVRES ADHÉSION ET ABONNEMENT À LA REVUE-BULLETIN SEMESTRIEL,

23 euros AR’SITE n°43 décembre 2012


juin 1993, 32 pages Underground Space design, ambiances souterraines et transport, architectures-paysages en Chine, Land’art et architecture contemporaine. participation aux frais  6€

Lettre-bulletin n° 5

anvier 1994, 44 pages Habiter les falaises, comprendre les paysages «naturels», l’architecture : une seconde nature ?, paysage pour un gouvernement Berlin participation aux frais 7€

Lettre-bulletin n° 6

juin 1994, 44 pages Espaces souterrains, Land’art et troglodytes, fortifications, routes et paysages. participation aux frais 7€

Lettre-bulletin n° 7

janvier 1995, 52 pages Terrasses, espaces souterrains, rochers de l’enfance. participation aux frais 8€

Lettre-bulletin n° 8

juin 1995, 48 pages Art et troglo, la ville souterraine, patrimoine géologique, génération glisse, années 70. participation aux frais 8€

Revue-bulletin n° 9

janvier 1996, 72 pages Ecoville-Europe, Troglo US, Urbanisme souterrain, Paysages artificiels. participation aux frais 9€

Revue-bulletin n° 10 juin 1996, 64 pages Disparition et modestie, Troglos contemporains, participation aux frais 9€

Revue-bulletin n° 11

janvier1997, 64 pages An 2000, Italie, Rocailles, les Halles, Manhattan. participation aux frais 9€

Revue-bulletin n° 16 juin 1999, 64 pages

Archilab, F. Seigneur, Maisons-bulles, Ethiopie, Façades-Gabions, Coursives. participation aux frais 9€

Revue-bulletin n° 17

janvier 2000, 64 pages Maisons, Lenteur et paresse, Provence, 5ème façade, Skate, les Roues de 2000. participation aux frais 9€

Revue-bulletin n° 18

juin 2000, 64 pages Immeuble qui pousse, Archilab, Cavernes-hommes, Raynaud, Acros Fukuoka, Sites de falaises, Ascenseurs participation aux frais 9€

Revue-bulletin n° 19

janvier 2001, 68 pages Troglos France, Maroc, Chine, Tectonique, Lumière en sous-sol, Renaudie, Barrières végétales, Verts Prés, Gratte-ciel, Ponts habités participation aux frais 9€

Revue-bulletin n° 20

juin 2001, 68 pages V. Acconci, Pierres sèches, Coques, Colani, Carrières, Hundertwasser, E. François, Vers une architecture furtive participation aux frais 9€

Revue-bulletin n°21

janvier 2002, 44 pages Archi 1940-2000, Troglovillage, Grotte/Afghanistan, Parkings, Post-Ranch-Inn, Carchitecture, Parkings-silos participation aux frais 8€

Revue-bulletin n°22

juillet 2002, 52 pages Ile d’Yeu, Banlieue, L’Art du lieu, Trulli & Sassi, Coques, Croyances et souterrains, Clermont-Ferrand, . participation aux frais 8€

Revue-bulletin n°26

juillet 2004, 64 pages Halles, Bièvre, Bathernay, Cotignac, Rennes, Parcours souter., Archi molle et poilue ? Jardins domestiques participation aux frais 9€

Revue-bulletin n° 27 décembre 2004, 68 pages Design, StE, Milan, Halles, Ardèche, Guedes, Unal, Mémoire des murs, Peaux vertes, Ville privatisée ? participation aux frais 9€

Revue-bulletin n°28

juillet 2005, 68 pages Montréal 60’, Paris durable, Habitat creusé, Cappadoce, Ethnicité, Prairie sur le toit, Huttes, Ponts couverts. participation aux frais 9€

Revue-bulletin n°29

janvier 2006, 68 pages R & Sie, Moyen-âge, Barry, Gîte dans le falun, Toits et murs végétaux, Pallozas, Ville en 3D, Habitat et eau. participation aux frais 9€

Revue-bulletin n°30

juillet 2006, 64 pages Création, Internet troglo, Dordogne, Oise, Lumière, Green archi, New urbanism particpation aux frais 9

Revue-bulletin n°31

mars 2007, 60 pages Biennale Venise, Rencontres Beas de Guadix, Sussargues, Vulcania, Vallée des Tombés, Cantercel, Arbres participation aux frais 9€

Revue-bulletin n°32

juillet 2007, 56 pages Land Art, Pavillon Seroussi, Tchéchénie, Elisée Reclus, Barbapapa, Claude Allègre, participation aux frais 9€

Revue-bulletin n°33

février 2008, 64 pages Lajus, Caves Network, vallée Seine, Niemeyer et les courbes, Habiter le paysage, Terre armée, Stiltewoning. participation aux frais 9€

juin 2009, 72 pages Dunhuang, Habitat du Monde, Terrier, Monachisme, USA, Coques Mexique, Sous-sols, Grenoble, Zômes, Préfab. participation aux frais 9€

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Revue-bulletin n°36

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janvier 1999, 60 pages Définitions, Concours de Valkenburg, Musée à Étretat, Terrasses traditionnelles, Immeubles circulables, participation aux frais 9€

janvier 2004, 68 pages Sénégal, Troglos mexicains, Immeubles-jardins, Naturehabitants, Voiture ds étages participation aux frais 9€

Revue-bulletin n°37

décembre 2009, 72 pages Habiter la montagne, RV Troglos 2009, Sardaigne, Canaries, Chine, Semienterrées, Skate, Pentes ‘60. participation aux frais 9€

Revue-bulletin n°38

juillet 2010, 72 pages Batir écologique, Roche et Végétal, Art minéral, Champagne, Nice, Berlin, Bisses, Auto à l’étage, Art et skate participation aux frais 9€

Revue-bulletin n°39

décembre 2010, 72 pages Sud-Ouest américain, RV Troglos II, Céramiques, Ville ludique & mobile, Futuro participation aux frais 9€

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Revue-bulletin n° 15

Revue-bulletin n° 25

janvier 2009, 68 pages Sacré, Venise, St-Etienne, Archilab, Coques, Traces, Patrimoine souterrain, Earthships, Wang Shu, Parcours, La Défense. participation aux frais 9€

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janvier1993, 19 pages Conservatoire du Paysage, l’Art et la Ville, Forêts, Paquebots. participation aux frais  5€

juin 1998, 64 pages Waterworld, James Cutler, Naples, Liban, Sol américain, Maisons et lotissements verts, 50 ans de terrasses... participation aux frais 9€

Revue-bulletin n°35

Revue-bulletin n°40

août 2011, 72 pages Naissance du "paysage", Paysage & urbanisme, Archi située, Troglos chinois, Roche reconstituée, Faux vert, Ailes, Sentiers d'art. participation aux frais 9€

Revue-bulletin n°41

décembre 2011, 72 pages Mayas, Ordos, Illusions visuelles, Groundwork, Troglos libyens et tunisiens, Art et souterrains, Balades au-dessus, Rêve d'immatérailité, Tours. participation aux frais 9€

Revue-bulletin n°42

juillet 2012, 64 pages Chaume, Hundertwasser, Densité & liberté, Lire le territoire, Colloque troglos Iran, Coques, Formations Sous-sol, Maisons vertes, Capteurs. participation aux frais 9€

Revue-bulletin n°43

décembre 2012, 72 pages Sites rupestres, Voir le patrimoie, Courbes du Brésil, Espaces secrets, Maisons vertes, Cartopartie, Pentes brésiliennes, Empilages. participation aux frais 9€

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Revue-bulletin n° 14

juillet 2003, 64 pages Pentes, Courbes en archi, Glace, Forêt, Pierres, Moulin souterrain, Parcours oblique, participation aux frais 9€

juillet 2008, 60 pages Histoires naturelles, Désolé plus d’essence, Haute Normandie, Monde souterrain, Shopping Green, Maisons. participation aux frais 9€

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octobre 1991, 4 pages Le charme discret des puits de lumière.  participation aux frais 1€

Revue-bulletin n° 24

janvier 1998, 64 pages L’autre ville, Autoroute et paysage, Troglos et Bories en Luberon, Campaniles, Végétaux sur les murs, participation aux frais 9€

Revue-bulletin n°34

M

Lettre d’Ar’site n° 2

Revue-bulletin n° 13

janvier 2003, 56 pages Meulière, Canada Atlan, Troglo Paris, Musée imaginaire, Rocailles, Habitat industrialisé participation aux frais 8€

U

avril 1991, 4 pages Alternatives européennes : vers une ville plus naturelle et plus sensuelle. participation aux frais 1€

Revue-bulletin n° 23

juin 1997, 64 pages L. Kroll, Archi-sculpture, Vallée de la Loire, Idée de Nature, Ponts habités, Métabolisme, participation aux frais  9€

C

Lettre d’Ar’site n° 1

Revue-bulletin n° 12

O

décembre 1988, 66 pages Habiter la roche et le végétal, Toits verts, J. Couëlle, Troglodytisme, l’autre archi participation aux frais 9€

D

Revue Ar’site n° 1 & 2

E

Bulletins semestriels

71


Pour que ces bulletins soient vraiment une plateforme d’échanges, nous aimerions disposer de vos avis, de vos impressions, pour les publier : vous connaissez une réalisation traditionnelle ou contemporaine particulièrement intéressante, ou vous venez de lire un article ou un livre passionnant et qui donne à réfléchir sur l’architecture-paysage ou le troglodytisme... N’hésitez pas, écrivez nous, envoyez photos, croquis, CD, liens Internet... Rédaction de ce bulletin : A. Aussedat, F. Bellanger, P. Bertholon, R. Bouvet, P. Delage, P. Duffaut, S. Giorgis, O. Huet, R. Jackson, M. Labbé, B. Lambert, J-M. Reynier, J. C. Trebbi A. Strauss.

Directeur de la publication : Patrick Bertholon Edition association Ar'site. Dépot légal à parution.

International Standard Serial Number

Titre Ar'site ISSN 2256-6392

Accords d'échanges d'informations et de bulletins avec : Habitat, publié par l'association Homme et habitat qui regroupe les constructeurs et amateurs de maisons-bulles. Subterranea Belgica, publié par la société belge de recherche et d'étude des souterrains, www.pragmasoft.be/ soberes. Cahiers de l'ASER, Association de Sauvegarde, d'Etude et de Recherche pour le patrimoine naturel et culturel du Centre-Var. http://asercentrevar.free.fr cf pages 23 et 24 Espace Souterrain, association pour l'utilisation rationnelle du sous-sol, Comité de l'AFTES, cf. p. 49. www.subsurface.org Sub-Artesia, association de valorisation du patrimoine souterrain creusé en Artois/Ternois. www.subartesia.net SFES, Société Française d'Etude des Souterrains qui s'interresse aussi aux espaces troglodytiques. cf p. 47 et 48. http://www.souterrains.eu

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légende couverture : Socle végétal de la tour BNDES à Rio-de-Janeiro (cf pages 64-65)


Arsite n° 43 • déc. 2012