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Año VII - Nº 83 - Abril | April | Avril - 2013

La dernière palmeraie de palmiers des Canaries à Fuerteventura fait l’objet d’un projet de reforestation des climats désertiques FMHOY - Fuerteventura C’est dans le Barranco de Buen Paso, situé en plein Parc Rural de Betancuria et sur le chemin de Las Peñitas, qui joint les municipalités de Pájara et de Betancuria, qu’est préservée la palmeraie la plus ancienne recensée aux Canaries, puisqu’elle est citée dans les chroniques élaborées par les conquérants Jean de Béthencourt et Gadifer de la Salle après leur arrivée en 1402 sur l’ile. En plus de son intérêt historique, la particularité de cet espace naturel vient de la pureté de cette cinquantaine de palmiers des Canaries qui s’y trouvent, tous identifiés génétiquement avec cette espèce. Le palmier des Canaries (Phoenix canariensis Chabaud) et le palmier dattier (Phoenix dactylifera) sont deux types de palmiers propres aux Iles – leur présence dans l’archipel est antérieure à la population humaine-, mais le fait d’être compatibles entre eux a engendré un processus progressif d’hybridation qui pourrait engendrer la disparition des deux espèces. La dernière palmeraie de palmiers des Canaries à Fuerteventura résiste dans le Barranco de Buen Paso, mais pas dans les mêmes conditions que les conquérants ont pu observer au début du 15ème siècle, comme le décrivait Gadifer de la Salle quand il parlait « de la densité et de la frondaison » le la zone. L’intérêt de conserver cette extrêmement précieuse palmeraie a amené les administrations publiques à commencer un plan de reforestation. Le conseil adjoint de l’Environnement du Gouvernement des Canaries, en collaboration avec le Cabildo de Fuerteventura, vise à repeupler la palmeraie grâce au « Projet Monteverde. Coopération Euro-Africaine pour l’amélioration forestière de la région Atlantique par la connaissance et la lute contre la désertification ». Les conditions arides du climat Majorero (de Fuerteventura) ont été déterminantes à l’heure de choisir où se projet expérimental allait être développé, qui permettra d’évaluer la réponse de l’emblématique espèce du palmier des Canaries (Phoenix canariensis) avant que de futures actions de reforestation dans l’archipel ne soient lancées. La conseillère de l’Environnement du Cabildo, Natalia Évora, a suivi le développement du projet depuis le début, ayant conscience de l’intérêt de « cette expérience pilote visant à évaluer la capacité de régénération du palmier des Canaries dans des conditions désertiques, pas seulement pour essayer de sauver l’espèce, mais aussi pour recréer la couverture végétale qui existait dans les siècles passés dans cette même zone. Ce sont des projets comme celui-ci qui nous permettent de découvrir de nouvelles formules visant à freiner les processus d’érosion et de désertification qui affectent l’ile ». La reproduction des conditions d’origine de la palmeraie de Buen Paso est un des objectifs du Projet Monteverde. Selon les explications du technicien spécialiste en reforestation du Conseil Adjoint de l’Environnement du Gouvernement des Canaries, Carlos Samarín, toutes les graines de palmier utilisées pour la repopulation viennent de la palmeraie de Buen Paso, « ce qui garantit la pureté de l’espèce ». De la même manière, la plantation des Phoenix canariensis est accompagnée de beaucoup d’autres espèces autochtones, beaucoup d’entres elles sont communes aux Iles comme les « tabaibas, jorjados ou almácigos », mais aussi d’autres qui viennent de climats plus humides mais qui survient à Fuerteventura, comme la lavande, le cornical (Periploca angustifolia/laevigata) le romarin marin ou l’esparragüelo (Asparagus pastorianus). Au total, ce sont plus de mille spécimens de diverses espèces qui intègrent ce projet, 150 sont des

spécimens de palmiers des Canaries, et le reste sont d’autres espèces végétales qui ont été cultivées dans les pépinières du Cabildo, tout comme les palmiers, les plantes les plus proches du palmier sont choisies en priorité car elles sont plus adaptées au milieu. Selon M. Samarín, les références historiques renvoient à un panorama où les « lits des barrancos étaient couverts de palmiers avec une densité forestière et une couverture aérienne très importante ». Cependant, il ajoute que les divers processus comme l’exploitation et la salinisation de l’aquifère, le changement climatique ou l’érosion font qu’il est indispensable de prendre des mesures spécifiques afin de pouvoir retrouver certaines conditions, vu que « les conditions ne sont pas les mêmes qu’il y a cinq cents ans. De nos jours l’intensité et la fréquence des pluies a diminué, les barrancos de coulent plus et tout est aggravé à cause l’abus excessif de l’aquifère engendré par l’activité humaine ».

L’objectif final est donc « la création d’un habitat aussi proche que possible de ce qui existait dans le passé et qui a caractérisé la présence du palmier Phoenix canariensis à Fuerteventura », indique le technicien, et c’est pourquoi il faut planifier une série de mesures, dont beaucoup sont avant-gardistes, et visent à protéger la palmeraie et à garantir la survie de cette repopulation. Mesures spécifiques pour repeupler la palmeraie de Buen Paso Clôtures Parmi les mesures spécifiques de ce projet de reforestation il faut en souligner une qui est très importante : l’installation de clôtures pour protéger la palmeraie, surtout pour les jeunes plantes, qui sont beaucoup plus vulnérables. Ces clôtures sont de trois types. Le premier est une clôture de périmètre tout autour du barranco afin d’empêcher le passage du gros bétail. De même, dans les zones les plus plates du lit on a délimité trois terrains de plus petite taille où on a planté des plantes qui ont poussé dans les pépinières du Cabildo, et qui sont spécifiquement choisies pour freiner l’entrée des animaux sauvages de plus petite taille comme les lapins, les écureuils, etc. Finalement, on a également protégé chaque spécimen avec sa clôture individuelle. Traitements végétaux et édaphiques Une fois les clôtures installées et que les jeunes plantes sont plantées, il faut un plan de maintenance des plantations grâce à des traitements spécifiques d’irrigation et d’engrais foliaires (avec des hormones) qui sont rapidement assimilés et des traitements d’induction radiculaire, dont l’objectif est de garantir

le maximum de pourcentage d’enracinement parmi les spécimens. Le sol qui accueille les plantations est d’une importance vitale, et c’est pourquoi le projet bénéficie de la meilleure condition physique grâce à l’apport de fumier et de matière organique ainsi qu’une amélioration de la couverture édaphique avec la création d’empierrements et l’apport d’autres matériaux qui simulent les affleurements rocheux. Bioengénierie pour la reproduction d’un microclimat L’apport hydrique de l’installation prévoit un système d’irrigation qui vient depuis plusieurs points de la plantation, qui a pour objectif de favoriser l’enracinement des plantes, puis en modifiant le rapprochement de l’apport on favorise de développement réticulaire de chaque plante. Ainsi chaque plante a un double système autour du tronc afin de recevoir l’eau, le premier étant pour l’eau d’irrigation des six premiers mois et le second pour les douze mois suivants. De même, la périodicité varie avec le temps selon l’époque de l’année et passe par exemple d’une irrigation initiale tous les dix jours à une fois par mois ensuite. L’objectif est que les racines cherchent l’eau elle-même de façon à ce qu’elles arrivent à créer une meilleure structure radiculaire, pour qu’à la fin du projet la plante soit totalement indépendante. Cependant, les caractéristiques du climat et les conditions actuelles de Fuerteventura ne sont pas idéales pour ce type de projet. Le peu d’humidité relative à Fuerteventura rend nécessaire de réduire cet effet avec la présence d’eau dans l’environnement, en favorisant ainsi que la température ne descende pas la nuit et permette le meilleur développement de la plantation. Le technicien de la plantation explique que c’est pourquoi « il existe des astuces intéressantes en bioingénierie », comme par exemple le placement de formations rocheuses dans des points stratégiques près des nouvelles plantations qui augmentent la présence d’humidité dans l’atmosphère. Une autre mesure très intéressante extrapolée d’expériences développées dans des climats arides comme à Mexico, consiste à placer des pots spéciaux enterrés à ras du sol et qui sont remplis d’eau à mesure qu’ils se vident. Ces pots, d’un mètre cube chacun, sont élaborés par un artisan de Fuerteventura, en utilisant une concentration d’eau, d’argile et de sable et un système de séchage spécifique qui favorise le suintement de l’eau lentement. « Les pots imitent la fonction édaphique d’apport d’humidité, en régulant la présence d’eau dans le terrain à des niveaux relativement adéquats », indique M. Samarín, comme s’il s’agissait d’un apport venant d’un aquifère dans de bonnes conditions. Les espèces qui intègrent la repopulation L’espèce principale de ce projet est, logiquement, le palmier des Canaries (Phoenix canariensis). Cependant, la reforestation s’est enrichie avec l’inclusion de beaucoup d’autres espèces autochtones comme les tabaiba amarga (Euphorbia obtusifolia), tabaiba dulce (Euphorbia balsamifera), espino de mar (Lycium intricatum), romarin marin (Campylanthus salsoloides), esparragüelo (Asparagus pastorianus), almácigo (Pistacia atlantica), coronilla (Coronilla viminalis), lavande (Lavandula pinnata), tasaigo (Rubia fruticosa), retama (Retama rhodorhizoides), jorjado (Nauplius sericeus), tarajal (Tamarix canariensis), cornical (Periploca laeviagata), et vinagrera (Rumex lunaria). Dans la périphérie de la palmeraie il y a également des espèces agroforestières comme des mûriers, des figuiers, des grenadiers et des caroubiers.

FUERTEVENTURA MAGAZINEHOY - Nº 83 - ABRIL 2013  

Magazine gratuito mensual de lugares, noticias y eventos de Fuerteventura

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