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Carrefour Sport et femmes Vendredi 15 mai 2015 – de 11h à 12h30 INTERVENANTS : Nina Charlier, Membre de l'association Sportis Jean Pierre Voltzenlogel, Membre de la Direction Nationale Collégiale de la FSGT, Président du comité FSGT du BasRhin, Co-président de la ligue FSGT Alsace et membre de la commission fédérale d'activité de Tennis de table Stéphanie Cornu, Chargée de mission « développement du sport féminin » au pôle Ressources nationales « Sport, éducation, mixités, citoyenneté » (SEMC) ANIMATEUR : Colette Coquil, Membre de la Direction Nationale Collégiale de la FSGT, Présidente du comité FSGT de l'Isère

Intervention Nina Charlier Comment développer la pratique sportive au féminin, les pratiques mixtes et l'engagement associatif des femmes ? 1. On doit remarquer que le sport féminin est souvent associé à la question des pratiques mixtes. Pourquoi cette modalité de pratique n’a jamais été posée au cours du 20ème siècle, siècle d’or du sport masculin ? Faut-il percevoir que derrière la montée en puissance des pratiques féminines, la mixité serait alors un moyen de dominer à nouveau le sport féminin en lui instaurant des règles masculin (neutre ?? ). Exemple : tir (skeet) aux JO de Barcelone. L’une peut donc contredire l’autre Zhang Shan, participe aux J.O. de Barcelone en 1992 où elle remporte le titre de l'épreuve mixte devant sept hommes, en battant le record du monde de l'épreuve. Aux J.O. de 1996 à Atlanta, l'épreuve mixte est supprimée, seule une épreuve pour hommes étant proposée (125 cibles). Shan Zhang ne put donc défendre son titre. Une épreuve féminine est introduite aux J.O. de Sydney en 2000 (75 cibles) 2. On ne peut pas mettre dans le même paquet de problématiques les pratiques féminines et les pratiques mixtes :  Développer les pratiques féminines est un problème d’égalité. On peut prendre des mesures d’ordre social et faire des campagnes de promotion. La puissance publique est en première ligne parce qu’il faut réorganiser le travail, lutter contre les stéréotypes, sortir les femmes de la double journée, améliorer la condition sociale des femmes (ce sont les femmes cadre qui pratiquent le plus) 

Développer des pratiques mixtes est un problème sportif.

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Cela nécessite de penser le sport autrement du point de vue des enjeux, de ses règlements, de ses conditions de réalisation afin de garantir l’égalité des chances. Il y a un butoir pour la pensée : l’irréductibilité de la différence des corps. Notons que Le sport scolaire en est un des laboratoires. NB / Ne pas confondre épreuves mixtes (épreuves dont le règlement organise paritairement l’activité (double mixte en tennis, badminton ou tennis de table) et épreuves où la catégorie « sexe » n’est pas pertinente (équitation, voile, skeet avant 1992). Donc, savoir quelles pratiques on peut et on veut développer et dans quelles conditions. Quelques remarques utiles : C’est dans le sillage de l’émancipation des femmes, que le sport féminin s’est développé. Le sport a été un enjeu de luttes. Significatif de la virilité des hommes, il était particulièrement contrevenant pour une femme de pratiquer. (G. Fraisse « le sport des femmes est subversif). Ce sont souvent leurs capacités reproductrices qui ont servi d’arguments à leur exclusion. Aujourd’hui, cela nous semble archaïque mais ce n’est qu’aux JO de Londres qu’il y a égalité de disciplines pour les F et les H (mais pas égalité d’épreuves) (histoire récente, donc) -

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Aujourd’hui, les filles et les femmes font de plus en plus de sport mais les pratiques restent très sexuées (ségréguées ?) Aux H la compétition, aux F le soin du corps. Cependant, il y a plus de F qui font du foot que de la danse ou du volley…

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On trouve les pratiques mixtes surtout dans le milieu scolaire, seul espace où F et G pratiquent ensemble les mêmes activités. Dans le sport scolaire on essaie de développer des équipes mixtes. Les sports collectifs sont très « résistants » aux pratiques mixtes.

Il faudrait donc débattre : o

Pour mettre à jour les conditions permettant aux femmes de pratiquer

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Savoir dans quelles conditions les pratiques peuvent être mixtes ou pas (pratiquer en mixité de sexe en Palestine ou en France ne pose pas exactement les mêmes problèmes !)

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Savoir si la mixité est un vecteur ou un frein au développement des pratiques féminines

Quels sont les freins à l’engagement des femmes dans les pratiques sportives ? -

Freins historiques (par les H pour les H), exclusion des femmes et limitation de leur pratique jusque tout récemment… Le retard culturel est conséquent et leur exclusion s’est bien sûr accompagnée de théories bien « masculinistes » limitant pendant des décennies leur engagement (qui est donc l’histoire d’une lutte). Les pbs sont similaires à l’engagement des f en politique.

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Maintien des femmes dans une subordination (ex foot féminin) quant à leur autonomisation (Alice Milliat) pour l’organisation du sport féminin, vite rattrapée par le fort mouvement de développement des institutions sportives masculines (non seulement elles voulaient faire du sport, mais en plus elles voulaient être autonomes et s’en occuper seules !)

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Naturalisation des différences sexuées : la féminité comme garde fou d’une sportivisation excessive des femmes (ex pub)( L’Equipe « mesdames, si vous saviez comme vous êtres moches dans l’effort »)

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Situation familiale des femmes, confinées dans l’espace domestique et donc invisible dans l’espace public, le contraire des pratiques sportives, maintenant fortement médiatisées

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Situation sociale et professionnelles des femmes (ce sont les ouvrières et les femmes au foyer qui pratiquent le moins)

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L’éducation des filles encore largement dépendante des stéréotypes sexués (la double peine filles et milieux populaires)

- Faible médiatisation ou médiatisation sexiste (entrée du business) Les vecteurs de ces freins : la famille, les médias, l’école… Comment en sortir ? -

C’est à l’école qu’il faut mettre le paquet (lieu de l’égalité) mais là aussi, le manque de formation à l’égalité fait cruellement défaut. Les pratiques pédagogiques qui feraient de la mixité un vecteur de l’égalité n’est pas perçu dans sa dimension éducative. (cf abandon des Abcd)

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Penser toujours le sport inscrit dans le mouvement de la société et l’analyser au filtre de la place et de l’image des femmes dans le mouvement social ; ainsi pour les femmes, le sport est subversif alors que pour les hommes il est intégrateur.

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Imposer aux chaînes publiques de médiatiser à égalité les pratiques sportive compétitives des femmes et des hommes ;

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Faire réfléchir le mouvement sportif sur la possibilité d’innover dans le sport en développant des pratiques mixtes. Cela nécessite de modifier les règlements mais surtout les modalités compétitives qui sont surtout organisées sur un modèle pyramidal, sélectif et hiérarchique.

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Débarrasser le sport des scories du libéralisme qui fait du sport un produit marchand comme un autre où on peut acheter, vendre, des personnes… pour promouvoir un sport éthique, vecteur de l’émancipation.

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Participer plus massivement au mouvement d’émancipation des femmes dans tous les secteurs de la vie (hommes et femmes) = le féminisme pour changer la société Le sport peut changer la vie quotidienne de femmes été en améliorant la vie quotidienne des femmes on peut supposer que le sport entre mieux dans leur vie.

C’est la culture qui nourrit les droits. Le mouvement des femmes dans le sport est en marche. Cela est une chance pour les femmes mais cela peut aussi être une chance pour le sport.

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