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CAMBODGEMAG # 1 | Juillet 2017

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LE Développement côtier AU CAMBODGE Le nouvel Eldorado

Phal Leakhena La dame de fer du groupe Almond

Les investissements au Cambodge Quand le royaume inspire confiance

Focus Somaly Mam aujourd'hui CAMBODGE USD 2,90

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Directeur de publication 

ÉDITO

Thalias Co. Ltd Arnaud Darc

Direction artistique Jean-Baptiste Carraro

Direction marketing Céline Troeung

Coordination du projet Clémence Fournier

Rédacteur en chef  Christophe Gargiulo

Journalistes Éléonore Sok Dinunna Chhay Alain Gascuel Allan Michaud

Contributeurs Adana Legros, Jean Bertolino, Pascal Medeville, Didier Fontenille, Jean-Luc Fitte, Michael Berg, Panha Huysmans, Christopher Minko

Remerciements Son Excellence Sok Chenda Prince Ravivaddhana Monipong Sisowath Nicolas Juralina Alexis de Suremain Franck Sampere Agence Kampuchéa Presse la CCIFC Eurocham Cambodia Sofitel Phnom Penh Institut Pasteur www.realestate.com.kh

Imprimeur  Image Printing

Magazine enregistré au Ministère de l'Information Licence en cours

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P

our cette première édition de CambodgeMag dans sa version imprimée, nous vous proposons un voyage tout particulier au cœur du Cambodge, de ses sourires avec les galeries photo, de ces provinces avec un voyage au pays des éléphants et des crocodiles, de son histoire avec des portraits inédits, des regards d’artistes et de splendides photos d’archives. Avec une équipe de jeunes journalistes et d’autres un plus « vétérans », nous avons souhaité pouvoir vous divertir, vous amuser, vous surprendre, tout en proposant quelques rubriques pratiques et essentielles pour les français et francophones du royaume, ou tout simplement pour ceux qui aiment ce splendide pays et souhaitent peut-être s’y installer un jour. L’actualité et les tendances ne sont pas oubliées avec une interview totalement exclusive de Somaly Mam, des portraits des nouvelles voix du Cambodge, une revue des investissements du royaume et les perspectives de la région côtière, les initiatives écologiques et, bien évidemment, les bonnes tables. A l’image de sa version en ligne, devenue en quelques mois le premier support francophone du pays et lu dans le monde entier, nous l’avons voulu varié, original, et coloré. Et, nous souhaitons que nos lecteurs éprouvent le même plaisir que celui que nous avons eu à concocter ce cocktail d’images et de textes, nous vous vous souhaitons une belle lecture. Merci à l’équipe, journalistes, contributeurs, graphistes et coordinateurs, sans oublier bien sûr les sponsors qui ont permis à ce beau travail de voir le jour. par Christophe Gargiulo

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SOMMAIRE

Dossier

28. Le développement côtier au Cambodge

Nouvel eldorado, la destination côtière connait une croissance de sa fréquentation supérieure à celle des temples de la cité d'Angkor

Le regard de 8. Neak Sophal

DANS L'ATELIER DE 42. Dans l'atelier de Chhim Sothy

PRODUIT DU CAMBODGE 58. Le Nhor, fruit miracle

CINÉMA 44. Savin Phillip

GASTRONOMIE 60. Où manger khmer, vert et pas cher ?

LIVRE 45. Zéro heure à Phnom Penh

PARCOURS 10. Phal Leakhena

DESTINATION 47. Le Pays des Éléphants

INNOVATION 12. Khmerload, le média social qui veut faire le buzz dans l'ASEAN

Chronique 61. Le kruk, gâteau khmer VIVRE AU CAMBODGE 62. Les visas et le permis travail INFOS PRATIQUES 64. Représentations et associations françaises et francophones SERVICE 50. Entre Tuk-tuk et taxi

ÉCONOMIE 14. Les investissements au Cambodge PHOTOGRAPHIE 18. Le pont de bambou de Kampong Cham

FOCUS 20. Somaly Mam aujourd'hui

ARCHIVES 26. Georges Portal

ÉVÈNEMENT 23. À propos du 14 juillet

RETRAITE 33. Vivre sa retraite au Cambodge

INITIATIVE 24. Plastic Free July

SANTÉ 34. La rage au Cambodge

HISTOIRE 36. Indradevi, le cœur et l'âme de Jayavarman VII TRADITION 38. Chrat Preah Nongkal TENDANCES 40. Les nouvelles voix du Pays

NATURE 52. Le crocodile de Sre Ambel PHOTOGRAPHIE 54. Couleurs et sourires de Phnom Penh

À LA DÉCOUVERTE DU FRANÇAIS 66. Anuwat PLUME AUX LECTEURS 68. Prince Ravivaddhana Monipong Sisowath

CHRONIQUE 55. Kep, paradis perdu Gastronomie 56. Le Foreign Correspondent's Club DANS LA CUISINE DE 57. Thierry Pradalet

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INFOS PRATIQUES 70. Informations utiles et pratiques

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L E R E GA R D D E

Neak Sophal par Eléonore Sok

Neak Sophal

« Flowers » de Neak Sophal

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ne femme, cambodgienne, vous dévisage avec défi, sérieux, ou un sourire de Mona Lisa. Tout autour de son visage, ses cheveux défaits forment une corolle entrelacée de pétales ; roses, marguerites, frangipaniers, brocolis (une fleur qui se mange, choisie par le modèle), et à un lacis coloré d’aquarelle peinte à la main sur le tirage. Dans « Flowers », une série récemment exposée à la Galerie Java, à Phnom Penh, la photographe Neak Sophal, 28 ans, questionne l’identité féminine et l’idéal de beauté et de pureté qui lui est associé

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Les hommes sont comme de l'or, les femmes une étoffe blanche ”

au Cambodge, dixit ce fameux proverbe khmer : « Les hommes sont comme de l’or, les femmes une étoffe blanche ». Quand l’étoffe est tachée par la boue, elle est gâchée, mais l’or peut toujours être lavé. Elle s’est inspirée des mélopées des années 1960 de Sinn Sisamouth, comparant la femme à une fleur. L’intimité qui se dégage des images de Neak Sophal depuis ses débuts en 2012 avec la série « Rice Pot » est le fruit d’une pratique mêlant documentaire et performance, une manière de trouver la juste distance avec ses sujets, résolument du côté des femmes. Son site, http://www.sophalneak.com/

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PA R C O U R S

Phal Leakhena,

La dame de fer du groupe Almond par Dinunna Chhay

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Le plus important c’est de profiter du moment présent, ne pas courir après ce qu’on ne possède pas, mais chérir ce que l’on a déjà, le reste viendra naturellement  ”, telle est la devise de cette jeune femme dynamique et élégante, Phal Leakhena, aujourd’hui  directrice générale du holding Almond Group qui exploite plusieurs enseignes de restaurants et d’hôtels à Phnom Penh parmi lesquels Almond Bassac, Uykuyteav, ou encore l’espace de restauration World Dining à Aeon Mall. Issue d’un milieu modeste et seconde fille d’une famille de policier, elle a grandi avec l’habitude de travailler dur et de prendre des responsabilités. Mlle Phal Leakhena a su rapidement se faire remarquer, se faire un nom au sein du groupe, mais aussi dans le secteur du tourisme au Cambodge alors qu’elle a intégré plusieurs associations du secteur. A l’âge de vingt ans, elle intègre le groupe comme simple employée administrative. De là, elle apprendra rapidement le fonctionnement de l’entreprise et, de nature curieuse et aimant le challenge, elle aura très vite la possibilité de gravir les échelons. « Au départ,  c’était un boulot comme un autre qui me procurait un salaire me permettant de soutenir f inancièrement les membres de ma famille. Mais, en travaillant dans le secteur de l’accueil, j’ai eu l’occasion d’apprendre énormément, d’évoluer et de devenir celle que je suis aujourd’hui ». C’est aussi de là que vient sa motivation quotidienne : « Je donne beaucoup mais je reçois énormément aussi de mes collègues. Sans le support de ces derniers, le groupe n’aurait pas pu avoir autant de succès. Au final, nous avons travaillé et progressé ensemble, et cela continue », déclare la jeune femme.

De simple employée administrative, elle devient contrôleur de gestion, puis responsable des ressources humaines, pour finalement s’occuper ensuite du département ventes et marketing du groupe et, enfin, devenir directrice générale, tout cela en seulement dix ans. C’est avec son instinct de leader et une grande confiance dans l’avenir du groupe que Mlle Phal Leakhena a pu obtenir le soutien de ses collègues, lors d’une consultation interne, pour devenir Directrice générale. « Faisons un essai et, si cela marche, tu dirigeras le groupe » avait alors déclaré Mr. Luu Meng, le PDG du groupe, à celle qui allait devenir son bras droit.

trait de caractère, apprécient aussi son franc-parler et la confiance qu’elle affiche. « Même en ayant plusieurs années d’expériences dans ce secteur, il est difficile de ne pas faire d’erreurs ou de répondre à toutes les attentes des clients. Mais travailler avec Bong Leak, même si elle nous dicte souvent ce qu’il faut faire et exige souvent d’être suivie, donne de bons résultats », confie une de ses employés. Aujourd’hui, c’est désormais le travail qui occupe pratiquement tout son temps libre. Quant à son emploi du temps quotidien, Leakhena explique : « Dans mon travail, il faut savoir être flexible car des réunions peuvent avoir lieu à l’improviste ou durer beaucoup plus longtemps que

Aux côtés de Master Chef Luu Meng, au restaurant Yisang Sothearos

Diriger un groupe de cette importance n’est pas facile et génère beaucoup de pression : « Au début c’était diff icile, mais la diff iculté fait partie de la vie quotidienne de l’entreprise, et je n’ai jamais envisagé de laisser tomber. Il est vrai que c’est diff icile de gérer la pression des actionnaires, celle des employés, et des clients. Alors, la plupart du temps, face à une situation un peu complexe, je prends du recul et je prends le temps de réfléchir avant d ’agir. C’est une bonne méthode pour rester sereine, et j’ai aussi l ’avantage de bien connaitre le fonctionnement du groupe car je suis entrée au bas de l’échelle », explique Leakhena. Comme son surnom le laisse deviner, c’est parfois avec une poigne de fer que la jeune femme dirige le groupe de restauration. Facile à comprendre, depuis son adolescence, elle n’aimait déjà pas se faire marcher sur les pieds. Certains la trouvent sévère parmi le personnel mais beaucoup d’autres s’accommodent de ce

prévu. Diriger plusieurs établissements est très complexe. Chaque établissement est aussi important que l’autre, et il faut passer du temps avec les employés. Chaque jour nous avons un briefing pour discuter de l’activité de la veille, des éventuels problèmes, des évènements à organiser dans tel ou tel restaurant, vérifier les nouvelles cartes, travailler sur les suggestions, les journées sont plutôt bien remplies et finissent parfois assez tard car en plus de l’activité quotidienne, il y a aussi les mondanités. Je dois avouer que trouver du temps pour soi et avoir des loisirs est un vrai challenge ». Quant à son avenir, elle n’hésite pas à répondre : « Dans cinq ou dans dix ans, je souhaiterais toujours travailler pour ce groupe. J’ai participé à sa réussite. Au début le groupe ne comptait que trente salariés, il en compte plus de six cent aujourd’hui. L’ambiance conviviale d’Almond tient aussi à la personnalité de Luu Meng qui m’a appris que le succès passait avant tout par le respect et la motivation qu’on peut transmettre à ses collègues ». www.cambodgemag.com

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I N N OVAT I O N

De gauche à droite : Vichea In, Vichet In, et Visal In, dans leurs bureaux, à l'étage de la boutique Little Fashion à Phnom Penh

C’est la plus belle réussite de l’année dans le florissant secteur

Khmerload,

du web : Khmerload est la première start-up cambodgienne à avoir tapé dans l’œil de la Silicon Valley, plus précisément du fonds d’investissement 500 start-up, ayant soutenu 1800 entreprises à travers le monde. par Eléonore Sok

le media social qui veut faire le buzz dans l'ASEAN

K

hmerload, c’est d’abord une histoire de famille, celles des In, une fratrie composée de Vichet, Vichea, Visal. En 2006, Vichet traverse le Pacifique pour étudier l’économie au William’s  College, Massachusets,  « la meilleure université des Etats-Unis », précise fièrement le PDG de 33 ans, qui reçoit en tenue de sport, dans ses locaux de BKK1. Le jeune homme découvre alors le coût de la vie étudiante et surtout des livres ; à 50, 70, parfois 100 $, que le boursier se met à revendre sur Ebay et Amazon. C’est ainsi que lui vient l’idée du commerce en ligne ; Vichet achète en gros en Chine et livre au Cambodge, moyennent une avance de 50  %, sa petite sœur Mayan faisant le relais sur place. Sans capital, la fratrie fonde d’abord une e-boutique sur Facebook nommée « Little Fashion », puis avec leurs gains, ouvrent un magasin. L'entrepreneur veut aller plus loin, il embauche, diversifie

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ses contenus. Son originalité : à l’inverse des médias traditionnels, encore peu présents sur les réseaux sociaux, il se lance uniquement sur Facebook. Et la stratégie paye, en 2011 Khmerload accède à la troisième marche du podium des sites les plus consultés du royaume. La presse en parle alors comme le « Buzzfeed » cambodgien. Khmerload est un média d’infotainment, ayant pour cible les millenial (génération née dans les années 1980-2000), spécialisé dans les contenus viraux ; news people, faits divers, beauté, insolite, sport, et tech, avec beaucoup de formats vidéo. La vie des stars étant ce qui attire le plus de publicités -  d’où l’entreprise tire ses revenus  Vichet a pour projet de recenser toutes ces personnalités dans une base de donnée, avec des outils mesurant leur popularité afin de savoir « qui est le plus bankable ». Sa limite : « On ne parle pas politique, on ne veut pas que 50 % des gens nous détestent »,

s’amuse-t-il. Avec une équipe composée d’une douzaine de jeunes diplômés en commerce ou en langue, il parvient à produire 40 articles par jour, et a d’ores et déjà atteint les 18 millions de pages vues pour 3,4 millions d’utilisateurs. L'ASEAN étant la région du monde qui connaît l’évolution du marché internet la plus rapide, le prince du buzz a lancé cette année une version similaire en Birmanie, Myanmarload, qui cartonne encore plus qu’au Cambodge, avec déjà six millions d’utilisateurs. Après avoir testé une version indonésienne infructueuse, les In partent à la conquête de l’énorme marché vietnamien. « Sur vingt start-up qui se lancent au Cambodge, une seule réussit, juge Vichet, qui déplore le manque d’incitations fiscales et de soutien de l’état. Notre réussite met le Cambodge sur la carte, et nous espérons que cela puisse attirer de nouveaux investisseurs : le pays est jeune, il y a peu de compétiteurs, donc c’est le moment idéal pour faire du business ici  ! ». www.cambodgemag.com

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ÉCONOMIE

LES INVESTISSEMENTS AU CAMBODGE Quand le royaume inspire confiance

par Alain Gascuel

En fonction de quels critères sont accordées ces exonérations ? Il y en a

trois : le montant de l’investissement, le secteur d’activité et le potentiel d’exportation.  Certains secteurs et activités, 46 au total, ne peuvent pas bénéficier de ces mesures préférentielles. Le livret « Laws and Regulations » disponible au CDC en donne la liste. Investir dans une SEZ (Special Economic Zone), Zone Spéciale de Développement Economique donne accès à de multiples avantages tels le montant des loyers, les tarifs de l’électricité, la sécurité et autres, mais la seule exonération fiscale possible s’avère être celle sur la Taxe sur la Valeur Ajoutée.

Première observation : dans ces investissements agréés par le CDC, la part très fortement majoritaire des investissements d’origine asiatique… Les pays de l’ASEAN, le Cambodge et les « autres pays asiatiques » (Chine, Japon…) atteignent en cumul 98 % du total des investissements. En 2016, les investissements agréés originaires du Cambodge atteignaient 28,98 %, la Chine à elle seule représentait 731,3 millions de dollars de projets, soit 22,5 % du total, le Japon pour 773,7 millions, soit 23,8 %. Suivaient ensuite Hong Kong avec 9,8 % et la Thaïlande avec 4,0 %.

Phnom Penh, capitale d’un royaume qui connait aujourd’hui une croissance annuelle régulière de 7 %. Source WorldBank

L

es projets d’investissements, tant cambodgiens qu'étrangers, soumis au Conseil de Développement du Cambodge (CDC) sont de précieuses données pour évaluer le caractère attractif, la santé économique du Cambodge et son évolution. Beaucoup de projets, un volume global soutenu : le pays inspire confiance. Le montant total des projets agréés a atteint 3,92 milliards en 2015, 3,24 milliards de dollars en 2016. Pour les trois premiers mois de 2017, ils s’élèvent à 131,3 millions de dollars. Ces chiffres appellent quelques remarques : les investissements les plus importants s’étalent en général sur plusieurs années. Un seul projet très important peut donc influencer les statistiques sur une année, mais l’incidence sur le long terme sera faible. Pour une idée plus précise de la répartition des investissements par pays ou par secteurs d’activité, il est donc plus pertinent de considérer plusieurs années. Le CDC ne prend pas en compte 14

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les « petits » investissements, qui sont de loin les plus nombreux, ni d’une façon générale le secteur des « services ». Seuls les projets qui atteignent ou dépassent approximativement deux millions de dollars, et qui cherchent à obtenir des « incentives » (avantages fiscaux), sont listés. Les « Incentives » sont des exonérations sur les taxes que l’entreprise devra payer, par exemple, sur les « intrants » importés pour la fabrication de ses produits. Ces taxes ont une forte incidence sur le prix de revient du produit et donc, au final, sur la compétitivité de l’entreprise, elles constituent ainsi un élément déterminant dans la décision d’investissement. Le CDC instruit les dossiers et décide de ces exonérations, de leur montant, et de leur durée. Les décisions finales d’agrément sont délivrées au nom du gouvernement par Son Excellence Sok Chenda, qui est à la tête du Conseil de Développement du Cambodge.

S.E Sok Chenda, Secrétaire Général du Conseil de Développement du Cambodge. Crédit AKP

La part de l'Europe dans le total des projets d'investissements agréés en 2016 s’est amoindrie : 1,22 % (3,7 % les années précédentes), celle des Amériques n’atteint que 0,53 %. Ces contrastes sont assez impressionnants.Les investissements au Cambodge « s’asiatisent » fortement, l'Europe est en recul, et le Cambodge

Origine des projets d'investissement agréés par le CDC en 2016* 0,63 %

10,18 %

28,98 % 58,93 % 1,22 % Autres pays d'Asie Europe

Cambodge Amériques

ASEAN

(hors Cambodge)

* 98 % en Asie

lui-même participe de plus en plus à la tendance. La part des projets cambodgiens arrive en tête (29 %), ce qui montre bien les progrès et la bonne santé de l’économie du royaume, et surtout la confiance des investisseurs cambodgiens dans leur propre pays. En réalité, souligne Sok Chenda, la répartition des projets d’investissements par origine géographique est souvent complexe : par exemple, tel projet de droit cambodgien, qui augmente la part du Cambodge dans les pays investisseurs, est peut-être financé par un ou plusieurs investisseurs étrangers. Investisseurs, direction ou salariés peuvent être de nationalités diverses. Et la France ? Elle est bien plus présente au Cambodge que les chiffres ci-dessus ne l’indiquent. Même si les interventions françaises dans les secteurs prioritaires comme l’électricité, l’eau, l’éducation, la santé, les finances publiques, la fiscalité, la banque, l'hôtellerie, les transports, l’assurance et la défense sont moins importantes que durant la reconstruction des années 1990, la France reste bien présente au Cambodge avec quelques grands noms comme Accor, Vinci, Total, Sanofi, Bolloré, le Crédit Mutuel, et la BRED qui vient de s'y installer. Il existe aussi une multitude de petites et moyennes entreprises, et des spécialistes français, dans quelques secteurs, principalement dans la restauration et l’hôtellerie, mais aussi dans le conseil juridique, la construction, l’ingénierie, l’équipement, la médecine, la culture, l’édition, le tourisme, le transport, l’architecture, la

communication et l’artisanat. Avec une certaine augmentation du niveau de vie et la présence grandissante d’expatriés, des marques de luxe françaises (groupe LVMH par exemple) s’installent au Cambodge. Les investissements français directs ont été multipliés par deux en quatre ans, nous indique Philippe Chatignoux, chef du Service Economique de l’Ambassade de France. L'Annuaire d’Eurocham compte environ 130 entreprises françaises regroupées dans la Chambre de Commerce Franco-Cambodgienne, et ce nombre est en augmentation régulière. Le rôle des capitaux français est moins facile à préciser : il y aurait environ 400 investissements français dans des entreprises de droit cambodgien qui échappent donc aux statistiques. Mais la France est clairement le premier investisseur européen au Cambodge. Les Français inscrits seraient officiellement environ 5 000 nous dit le consulat, et sans doute près de 10 000 au total, dont 50 % seraient des franco-cambodgiens. Et l’Europe ? Les listes du CDC ne mentionnent aucun projet d’origine européenne agréé en 2016, un seul au premier trimestre 2017, un projet britannique de 35,3 millions de dollars. Mais il faut souligner que les PME européennes sont de plus en plus présentes sur le terrain, comme l’indique l’annuaire d’Eurocham. De grandes marques sont représentées (voitures allemandes par exemple). Et voici que les pays du Nord arrivent : Danemark, Finlande, Islande, Norvège et Suède sont maintenant représentés dans Eurocham par une « chambre nordique ». www.cambodgemag.com

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ÉCONOMIE

La construction, un secteur en pleine croissance dans le royaume

Il faut des idées nouvelles, des activités nouvelles, pensez au kiwi de Nouvelle Zélande, inconnu il y a 20 ans ! ”

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Objectif : diversifier L'objectif prioritaire pour le CDC souligne Son Excellence Sok Chenda, est la diversification des investissements. Diversification par pays d’origine. La Chine a été un investisseur majeur dans la confection. Parce que leurs usines avaient besoin d’électricité, les Chinois ont beaucoup investi dans les barrages hydro-électriques. Nous avons vu, plus récemment, arriver aussi des investisseurs japonais dans la grande distribution, les infrastructures et les transports. Nous travaillons, indique S.E Sok Chenda à diversifier ces sources d’investissements en essayant d’attirer aussi Thaïlandais et Coréens. Pour les investissements français, européens, comme ils relèvent en général du secteur des services, ils ne bénéficient pas de mesures incitatives et ne passent donc pas par le CDC. Il faut bien comprendre que les projets agréés par le CDC sont différents des investissements réels, et donc difficiles à chiffrer. Diversification sectorielle : avec de forts contrastes selon les années, il y a des constantes sur le long terme. La construction, la confection et les chaussures, le tourisme, les services attirent les plus gros investissements. La confection est un secteur stratégique en bonne santé avec ses plus d’un million de salariés et 7,3 milliards de dollars d’exportations en 2016. Mais il faut aller au-delà dans en misant sur plus de valeur ajoutée avec des produits plus

sophistiqués, et aussi en maitrisant mieux la filière et ses approvisionnements en matières premières comme le coton, le fil, la teinture. Et, bien sûr, il faut que l’économie du royaume se diversifie audelà des secteurs traditionnels comme la confection, la construction, le tourisme, et les services. Une tendance que nous cherchons à développer est celle des entreprises industrielles étrangères qui souhaitent se relocaliser au Cambodge pour bénéficier d’un environnement avantageux, et qui attirent des activités annexes. C’est le cas par exemple de Toyota à Poipet, qui produit des pièces détachées pour 4x4 et motos, et d’une entreprise coréenne à Bavet qui occupe 105 ha de terrain. Sur 30 ha elle assemble des véhicules, et sur plus de 70 ha elle installe des usines de pièces détachées pour ces véhicules. C’est exactement le type d’activité industrielle que nous cherchons à développer. Pour Son Excellence Sok Chenda, l’agroindustrie est LE secteur d’avenir : « C’est là le secteur qui devrait attirer le plus d’investissements. Le Cambodge a beaucoup de terres cultivables, 80 % de sa population est rurale et, la consommation mondiale de produits agricoles s’accroit très rapidement. Il faut des idées nouvelles, des activités nouvelles, pensez au kiwi de Nouvelle Zélande, inconnu il y a 20 ans ! Toutes les initiatives, tous les investisseurs dans ce secteur sont les bienvenus ! ». conclut-il. www.cambodgemag.com

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P H OTO G R A P H I E

Le pont de bambou de Kampong Cham Le pont de bambou le plus long du monde sera bientôt remplacé par un pont en béton reliant Koh Paen, une île bordée par les eaux brunes du Mékong à la ville de Kampong Cham dans la province éponyme de l’est du Cambodge. photographie de Christophe Gargiulo

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FOCUS

SOMALY MAM

« Viens, je vais te montrer… » dit-elle avant

de nous emmener au siège de l’Afesip, la première ONG créée il y a vingt ans avec son mari Pierre Legros, qui deviendra aussi son éminence grise durant son irrésistible ascension. Le centre d’accueil est un endroit agréable, parsemé de jardins bien entretenus, avec une immense place centrale autour de laquelle sont érigés des bâtiments, à l’esthétique apparemment bien pensée, mais surtout fonctionnels : la salle commune, les salles de cours, les ateliers, les dortoirs, les créateurs avaient pensé à tout. Cinq fillettes arrivent, la plus âgée doit avoir sept ou huit ans.

aujourd’hui

http://www.afesip.org/

par Christophe Gargiulo avec la participation d’Adana Legros

À

l'occasion du tournage récent d’un documentaire sur l’Afesip, (Agir pour les Femmes en Situation Précaire), nous avons passé quatre jours aux côtés de Somaly Mam. C’est la première fois depuis 2014 que la passionaria accepte de parler en présence d’un journaliste indépendant. Personnage immensément populaire, encensé par les médias lorsqu’elle parcourait le monde pour alerter l’occident des ravages causés par la prostitution enfantine en Asie du Sud-est, femme bousculée par cette

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même presse devenue tricoteuse de haine, et qui n'a jamais cherché à comprendre pourquoi, et femme aujourd'hui plus que jamais impliquée dans son combat contre ce fléau qui ravage, encore et toujours, les innocences de ces fillettes d'Asie. La jeune Cambodgienne, qui avait ému le monde entier lors de sa première émission sur la télévision française en 1998, n’a pas beaucoup changé. Au glamour et à l'élégance qu'elle parvient à déployer en représentation à l’étranger, Somaly sait y ajouter des qualités de simplicité et de naturel… le tutoiement

arrive d'office avec cette même spontanéité qui surprenait constamment les gens de télévision lorsqu’elle se préparait pour une interview. La Cambodgienne la plus connue du monde arrivait pieds nus, souriante, et forcément déconcertante. Somaly n’est pas qu’une icône, c’est une vraie beauté khmère, une très belle femme qui aujourd’hui, à cinquante ans passés, continue d’entretenir son élégance, en toutes circonstances, cachant quelques mèches grises derrière une coloration soignée et quelques rares ridules derrière un maquillage discret.  

Somaly n’est pas qu’une icône, c’est une vraie beauté khmère, une très belle femme qui […] continue d’entretenir son élégance, en toutes circonstances” Les gamines se jettent dans les bras de « Maman », c’est ainsi que tout le monde l’appelle ici. Le visage de Somaly s’éclaire. Elle les prend dans ses bras, elle les embrasse, les fillettes sont aux anges, apparemment tellement heureuses que nous nous demandons pourquoi elles sont ici, sauf à imaginer l’impensable. De cet impensable, Somaly nous en donne un extrait en prenant l’une des plus jeunes par la main, Srey Ni* « Elle a commencé à être vendue et violée dès l’âge de cinq ans. Mais elle a aussi été torturée », explique Somaly en montrant une longue cicatrice sur l’abdomen de la petite. Malaise, nausée, incompréhension de notre part… Somaly poursuit ses explications, montrant une enfant qui a du mal à marcher car elle a dû être recousue suite aux maltraitances répétées de son violeur, résumant ainsi le triste début de vie des 70 fillettes et adolescentes qui ont pu heureusement être secourues par Somaly Mam et l’Afesip, et qui, à présent, bénéficient d’un hébergement, d’un appui à leur scolarité, d’un programme d’éducation *noms d’emprunt

physique et également d’un suivi médical et psychologique… sans oublier l’amour de « Maman ». Somaly Mam aujourd’hui se dit être restée la même, active, et à peine ébranlée par la tornade qui s’est abattue sur elle un jour de 2014. Rappelons qu’à l’époque, Somaly Mam était jetée en pâture aux médias en raison de contradictions dans sa biographie et pour son train de vie. De cet épisode, Somaly ne souhaitera pas en parler, ne lâchant qu’un « maintenant, je suis blindée » sur un ton persuasif. C’est Adana, sa propre fille, qui dirige aussi ce tournage, qui donnera plus de détails : « le résultat de cet acharnement médiatique! l’Afesip a perdu 50% de ses financements et donc la moitié de ses pensionnaires. 70 gamines violées sont reparties dans la rue ou chez leurs violeurs », explique Adana. Cela en valait-il la peine ? Mais les fidèles sont restés fidèles. Somaly bénéficie aujourd’hui de l’aide de sponsors privés, de l’appui de la fondation Solyna et de l’amitié indéfectible et généreuse de quelques stars de Hollywood dont Susan Sarandon et AnnaLynne McCord que les fans de Prison Break sauront situer… autant de précieuses cartes que l’indestructible diva a su mettre à profit pour poursuivre avec l’Afesip, et veiller ainsi sur celles qu’elle appelle tendrement « ses enfants ». Pour le deuxième jour, Somaly prépare un évènement spécial. Srey Nak*, une victime de 14 ans, doit retourner voir ses parents dans son village, dans la maison familiale, tout près de la demeure d’un monstre qui, un soir de novembre 2016, s’est acharné sur elle : alors qu’il l’entend prendre sa douche, le voisin de Srey Nak, marié et père de famille, profite de l’absence de la mère de la jeune fille pour s’introduire dans la propriété, se jeter sur elle, l’assommer avec une pierre et la violer avant de la jeter dans l’étang. Srey Nak, dans un état de semi-conscience, parviendra à s’accrocher à une branche qui surplombe l’étang et à pouvoir respirer en attendant le retour de sa mère. Cette dernière emmènera sa fille à l’hôpital, préviendra la police qui alertera Somaly Mam. Les réseaux continuent de bien fonctionner et, pour ce type de cas, Somaly est souvent sollicitée. Elle passera quelques jours au chevet de Srey Nak,

la prendra ensuite à l’Afesip jusqu’à ce qu’elle soit en état de revoir sa famille. Pleurs, embrassades, remords, sentiments de culpabilité de la mère, les retrouvailles ne pouvaient être qu'émouvantes, mais la jeune fille devra retourner au centre, pas question d’un retour définitif pour le moment. Au troisième jour, nous découvrons un quartier de Toul Kork où l’ONG vient en aide à des prostituées plus « difficiles ». Ce sont des mères de famille, des jeunes filles embourbées dans le cercle infernal des dettes et de la drogue et qui n’ont qu’une option : survivre et nourrir leur progéniture. Certaines ont des maladies de peau, d’autres sont alcooliques. Il n’y a plus trop d’espoir de les ramener à une vie normale mais l‘Afesip s’efforce d’intervenir en matière de santé, de prévention et d’aide directe pour leurs enfants. Beaucoup d’interviews, beaucoup de misère, beaucoup de pleurs et surtout le sentiment que c’est « presque trop tard, mais nous sommes quand même là », explique Somaly. Les jours suivants seront une revue des activités de l'Afesip, une journée de Somaly avec les enfants qui commence vers 5 heures du matin pour s’achever au diner vers 18 heures, avec une Somaly constamment présente, qui cuisine pour ses filles, joue avec elles, rit avec elles, les réconforte, leur lit des histoires. À cela s’ajouteront des visites plus teintées d’optimisme comme celles des rescapées qui vont aujourd’hui à l’université ou à l’école. Le tournage se terminera par une interview de Somaly réalisée par sa fille Adana. Au-delà des explications sur le fonctionnement de l’Afesip, Somaly n’hésitera pas à parler de ses contradictions, de ses craintes lorsqu’elle était enceinte alors qu’elle ne savait que trop à quoi peuvent être exposés les jeunes filles. Somaly expliquera aussi pourquoi elle n’abandonnera jamais son projet : « parce que je connais leur souffrance, parce que je l ’ai vécue », dira-t-elle. De Pierre Legros qui l’a accompagnée 15 ans dans sa vie et son projet, et qui sera toujours resté admiratif devant les efforts de son épouse, Somaly n’en soufflera mot si ce n’est de dire combien cela peut être difficile parfois de travailler avec un Français... Mais cela, c’était devant la caméra… en voiture, Somaly glissera « Sans lui, ce projet n’aurait jamais vu le jour… ». Il y a des histoires qui ne meurent jamais. www.cambodgemag.com

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ÉVÈNEMENT

À propos du 14 Juillet par Christophe Gargiulo

…Le 14 Juillet est un évènement populaire, un rendez-vous gastronomique et une belle occasion de rassemblement amical et sans chichis, entre Français et francophones du royaume, et je suis fier d’y participer  ”, explique Franck Sampere, Président de la Commission Good France Cambodia, avec sa verve toute toulousaine.

www.facebook.com/goodfrancecambodia/

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our la troisième édition de la célébration du 14 juillet à Koh Pich,  Franck, président de la commission Good France Cambodia au sein de la Chambre de Commerce France Cambodge, explique les coulisses de l’organisation d’un évènement qui, inauguré en 2015, avait déjà attiré 1 300 personnes pour une deuxième édition seulement : « cela parait simple, mais c’est un énorme travail. Il y a d’abord l’organisation pure et la logistique qui sont assurés par la Chambre de Commerce France Cambodge qui s’occupe des autorisations, de la vente des billets, du marketing, de la sécurité, du son et lumière et des animations. Nous, les restaurateurs sont en quelque sorte le « bras armé » de ce 14 juillet. Nous avons établi une charte de qualité, cela me semble important de servir de la belle cuisine, et donc sélectionné les meilleurs représentants de la gastronomie

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CAMBODGEMAG | Juillet 2017

Phnom Penh

Siem Reap

023 986 350

063 964 409

Sihanoukville Kep & Kampot 034 934 155

033 930 000

Battambang 053 953 855

Préparation de la salle de Koh Pich pour le 14 juillet 2016. Source Good France Cambodia

française dans le pays. Après avoir élaboré le menu ensemble, chacun prépare son plat et ceux-ci seront ensuite livrés à Koh Pich pour être ensuite servis à table aux convives. Cela n’est pas facile non plus, il faut une coordination assez minutieuse », confie-t-il. De 650 personnes en 2015, le nombre de participants a donc quasiment doublé pour l’édition 2016, et il est probable que cette édition 2017 remporte un succès au moins équivalent à celui de l’année précédente. Si les Français avaient répondu présent à l’appel, quelques étrangers, des japonais, avaient également fait le déplacement sur l’ile pour découvrir cette fête nationale. « C’était un beau rassemblement en 2016, peu de protocole, des Français, des Francokhmers, des ministres, c’était très éclectique et vraiment très sympathique », confie le président de Good France Cambodia, sur la terrasse de son établissement Open Wine.

Quant aux restaurateurs qui ont

pour mission de rendre ce rendez-vous mémorable, ils sont au nombre de dix

cette année, et pas des moindres : Bonbon ice cream, Bouchon wine bar, Comme à la maison, Khéma, La Pergola, Le Vôtre, Open-Wine, Raffles, Sofitel et Topaz. Le service est assuré par les personnels de chacun de ces établissements avec le renfort de quarante étudiants de l’ONG Pour un Sourire d’Enfant (PSE). Oui, la Fête Nationale est aussi une initiative sociale. S’il y a bénéfice, ceux-ci sont destinés à participer au financement de la scolarité des étudiants de l’Académie des Arts Culinaires. « Cela fait partie du jeu, nous restaurateurs ne faisons pas de bénéfices sur cette opération si ce n’est sur la promotion de nos établissements, et surtout sur le plaisir de participer à un bel évènement. En 2016, j’étais très ému par la réussite de cette fête nationale… », conclut l’enthousiaste Toulousain. www.cambodgemag.com

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I N I T I AT I V E

Plastic Free July par Eléonore Sok

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Stand Plastic Free July, https://plasticfreecambodia.com/

ous voulez sauver la planète ? Pourquoi ne pas commencer par arrêter le plastique pendant un mois ? Cette idée lumineuse est née en 2011 à Perth, avant d’essaimer un peu partout en Australie, puis dans le reste du monde. A Sydney, Sarah Rhodes participe au mouvement, et lorsque cette consultante en marketing digital s’installe au Cambodge en 2014, elle décide d’importer le concept. « A mon arrivée, ce qui m’a le plus choquée c’était la quantité astronomique de bouteilles en plastique consommées ici, sans aucune autre option », retrace Sarah, 36 ans. Chaque personne consomme 2000 sacs en plastique par an contre 200 dans l’Union européenne, selon une étude de la fondation ACRA. Pas facile de faire évoluer les mentalités dans un système où consommateurs et vendeurs se renvoient la balle. Sarah lance alors le premier challenge Plastic Free July, en juillet 2015, à Siem Reap, où elle réside. Le principe est simple, quatre « ennemis » - sacs, emballages, bouteilles et pailles sont à éviter, mais nécessite une certaine dose de bonne volonté. Il faut affronter le regard d’incompréhension à la caisse 24

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Charlotte et Chamnab animent un atelier de sensibilisation auprès des enfants de l'ONG Colt. 25 juin 2017

d’un supermarché lorsque l’on dit non au sac plastique, ou ne pas céder à la facilité de la paille servie jusque dans la bière… Autrement dit, être un vrai résistant des temps modernes ! Sarah fonde Plastic Free Cambodia, et dans son combat, trouve une alliée en Charlotte Muckenstrum. Séduite par l’idée, cette strasbourgeoise de 36 ans installée à Phnom Penh depuis 2015 quitte son poste dans la communication, sans l’assurance de percevoir un salaire, car si l’initiative s’est muée en start-up, elle ne bénéficie pas des fonds d’une ONG. Charlotte développe un réseau de jeunes bénévoles cambodgiens, et organise des ateliers de sensibilisation dans des écoles. « Les jeunes sont hyper réceptifs, ils posent plein de questions, mais le véritable enjeu est le passage à l’action, pointe-t-elle. Le système scolaire ne favorise pas l’autonomie et n’encourage pas à oser être différent, donc utiliser une gourde plutôt que des verres en plastique , ce n’est pas trendy ! ». L’entrepreneuse tisse aussi des liens dans le secteur de la restauration.  « Dans un premier temps, on analyse les pratiques ; comment sont livrés les légumes ? Utilisentils des emballages en polystyrène ? Est-ce les déchets sont donnés aux chiffonniers ? Etc.

Puis, on propose des solutions aux patrons, et on accompagne la formation des employés. Par exemple, les restaurants Eleven Kitchen utilisent désormais des emballages biodégradables et des pailles en bambou », se félicite cette lectrice de Pierre Rabhi.Si les expatriés se montrent sensibles aux questions environnementales, la gageure est de parvenir à impliquer davantage de Cambodgiens. A l’image de Chamnab, un volontaire de 22 ans. «  Avant, quand je jetais quelque chose dans la rue je n’y prêtais aucune attention, mais participer aux ateliers de PFC m’a secoué, je me suis mis à penser à quel point je pouvais ruiner la nature », confie cet étudiant en relations internationales. L'enjeu pour Sarah et Charlotte est désormais de développer un modèle d’entreprise sociale et solidaire afin d’inscrire l’initiative dans la durée. L'ONG vient de recevoir, le prix national des Energy Globe Award de l'ONU. Des entreprises de la restauration et de l’hôtellerie suivent aussi le mouvement avec, par exemple, le groupe Thalias qui a organisé le 05 juillet dernier un atelier de sensibilisation et de réflexion avec ses fournisseurs, ses cadres et employés, afin d’expliquer les méfaits du plastique. Le groupe Thalias travaille aussi très activement à bannir le plastique de ses emballages. www.cambodgemag.com

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ARCHIVES

GEORGES P O RTA L

Abords du Tonle Sap, Phnom Penh 1929

Marché, Phnom Penh 1929

Temple Bayon, Sieam Reap 1929

Le pont des Nagas devant le Wat Phnom, Phnom Penh 1929

Adolescents devant le Ankgor Wat, Sieam Reap 1929

Musée National de Phnom Penh, Phnom Penh 1929

Photographie, Merveilles de 1929 par Jean-Luc Fitte, créateur du forum Phnom Penh d'hier et d'aujourd'hui

Photographies de la ville de Phnom Penh et des temples d’Angkor prises

durant les tournées théâtrales d’Asie organisées par Georges Portal en 1929. Durant son temps libre, Georges Portal n’aura cesse de capter des moments de vie et du quotidien du royaume à cette époque. Ces photographies font partie d’une collection plus large prises en Asie durant cette période. Ces clichés exceptionnels ont été dévoilés au public par les filleuls du photographe, les frères Rey, qui ont volontairement limité le tirage photographique de chacune de ces merveilles, respectant ainsi leur rareté

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et leur valeur. Ces photographies sont toujours exposées, et en vente, au Sofitel Phokeethra de Phnom Penh. En 1929, Georges Portal utilisera un Vérascope Richard permettant des images en relief, ancêtre de la 3D, doté des meilleurs objectifs Zeiss Tessar. Cet appareil permettait d’emmener plusieurs magasins d’une contenance de 12 plaques vierges au format de 45 x 107mm. Portal développera ses images dans son propre laboratoire où il fabriquera luimême les différents bains nécessaires au développement des photographies.

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D OSS I E R

Le développement côtier au Cambodge

par Christophe Gargiulo, contribution Panha Huysmans

Phnom Penh et ses alentours restent la première destination touristique du royaume suivis d’Angkor Wat, des régions côtières et des zones d’éco-tourisme. Avec une progression légèrement supérieure à 5 % entre 2015 et 2016, la destination côtière connait une croissance de sa fréquentation supérieure à celle de la cité des temples (+3,8 % seulement). Nouvel eldorado, région du prochain boom économique, zone d’avenir… les qualificatifs ne manquent pas concernant les opportunités vers les villes côtières dont la popularité s’accroit aussi chez les touristes locaux. Les projets et initiatives ne manquent pas non plus, les prévisions statistiques sont encourageantes, autorités, chambres consulaires et investisseurs privés se concertent régulièrement. Cela sera-t-il suffisant pour un développement maitrisé ? Tour d’horizon des projets et paradoxes d’une région très convoitée.

Littoral de Kep

Kep et Kampot Kep et Kampot semblent encore peu soumises aux pressions des promoteurs immobiliers et des investisseurs. Provinces du bord de mer (Golfe de Thaïlande) qui furent autrefois les villégiatures privilégiées du roi Sihanouk et des français aisés du protectorat, elles dévoilent aussi un potentiel de développement touristique non négligeable avec, en plus de l’exotisme du bord de mer et des iles environnantes, quelques attractions intéressantes telles le temple de Phnom Chhgnok qui date du VIe siècle, les caves de Phnom Kampong Trach, le parc naturel de Kep Thmey, le marché aux crabes de Kep, la station du Bokor, les cascades de Prek Thnout, les vieilles maisons coloniales et bien d’autres encore pour les amoureux de la nature et de l’ambiance familiale de petite station balnéaire encore épargnée par le tourisme de masse. L’investissement majeur de ces dernières années reste le fameux Thansur Bokor Highland Resort, développé par le groupe Sokha, qui entendait tirer profit de la proximité du vieux casino et de la 28

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nature environnante tout en proposant un hébergement « de classe internationale ». Las, les études de chalandise ont dû être effectuées à la hâte car si l’hôtel fonctionne, la fréquentation semble être en-dessous des espérances. Nouveau Kampot

Aujourd’hui, conscients du potentiel de cette région, les agents immobiliers achètent du terrain, subdivisent et appellent les investisseurs potentiels à profiter dès maintenant de cette opportunité pour développer des projets d’hôtels de petite et moyenne taille arguant de l’amélioration de la connectivité, de l’attrait de la région et du prix encore abordable des terrains. La province de Kampot, devrait être transformée en un port touristique avec la construction d'un terminal de ferry d’un montant de dix-huit millions de dollars, financé par la Banque Asiatique de Développement (BAD). Soy Sinol, directeur du département de tourisme de Kampot, avait annoncé en début d’année que l'étude de faisabilité et les plans de

construction du port maritime proposé étaient achevés et que le port, avec le terminal du ferry, seraient terminés d'ici fin 2018. Selon le rapport de la BAD le terminal du ferry de Kampot, situé dans le district de Tek Chhou de Kampot, devrait desservir 360 000 touristes internationaux et locaux dès 2018 et 442 000 en 2022. « Le développement de cette jetée de passagers soutiendra une augmentation du tourisme dans les zones côtières du sud et aidera à établir une nouvelle passerelle entre le sud du Cambodge, le Vietnam et d'autres destinations dans le golfe de Thaïlande », annonce Eric Sidgwick, directeur de la BAD Cambodge. Il déclare également que le Département du Tourisme de Kampot travaille avec les ministères compétents pour aider à développer un complexe touristique sur deux cent hectares de terres dans la province. La nouvelle zone touristique s'appellera « Kampot Thmey – Nouveau Kampot » et, elle sera reliée au nouveau port touristique, avec un accès facilité à la ville de Kampot.

Projet gargantuesque

C’est en février de cette année que le directeur commercial du groupe Pallas, Chheang Sophanna, avait quelque peu défrayé la chronique en annonçant le lancement d’un gigantesque projet touristique de 23,2 milliards de dollars US dans la zone côtière de Kampot et Kep. L’autorisation pour ce projet avait été donnée par le gouvernement fin 2016. Le groupe Pallas est une société internationale, basée à Dubaï dans les Emirats Arabes, projetant d’occuper une superficie totale de 4 158 hectares à Kampot et 144 hectares de terrain à Kep, dans les communes de Chum Kreal et Trapangosangke, dans le district de Tek Chhou, situé à cheval entre Kampot et Kep. La société, qui projette d’œuvrer également dans la production cinématographique et le conseil en investissement, cherche aussi à lancer un projet similaire en Thaïlande et au Vietnam.Pallas annonce un programme d’envergure internationale qui transformerait cette zone côtière en une petite côte d’Azur. « La French Riviera Marina », c’est ainsi que Mme Siriluck Choochart, présidente du groupe Pallas dénomme le projet, entend offrir un parc marin sécurisé avec des résidences privées, des hôtels, des appartements, une piscine, une plage artificielle, une côte privée, un parcours de golf, un port, des boutiques, des loisirs et bien d'autres commodités propres à recréer l’ambiance de côte d’Azur qui semble animer les promoteurs de Dubaï et leurs représentants au Cambodge. Madame Siriluck déclarait aussi que le projet créerait plus de 50 000 emplois après la construction, et des milliers d'autres après l'achèvement du projet. Toutefois, ce projet gargantuesque avait soulevé quelques remous dans la presse locale en raison du flou concernant les investisseurs et de la présence du magnat du bois Trey Pheap. Il semble aussi que le groupe Pallas n’ait dans son portefeuille que des projets et aucune réalisation concrète et que le démarrage des travaux n’ait pas encore eu lieu, ce qui laisse planer quelques interrogations.

French Touch

Plus raisonnable et plus soucieux d’allier qualité  et  développement, le goupe MAADS a choisi d’investir à Sihanoukville, et aussi dans cette région avec l’Ancienne Halle aux Poissons de Kampot. « Alors qu’on constate de sérieux efforts officiels pour

Le projet de Pallas tel qu’il apparait sur sa brochure de présentation

protéger le littoral immédiat, note Alexis de Suremain, Français fondateur du groupe de management et communication hôtelier MAADS, la municipalité de Kampot semble moins sollicitée par les promoteurs immobiliers. Notre modeste niveau, notre contribution est d’encourager, d’accompagner et de réaliser des développements ou réhabilitations qui se distinguent par leur qualité architecturale, leur respect du contexte naturel et leur intégration dans des infrastructures touristiques de qualité ».  Dans cette démarche, MAADS ne pouvait que croiser la route d’architectes et entrepreneurs qui ont compris l’importance de s’inscrire dans l´urbanisation accélérée de la côte cambodgienne tout en affirmant la spécificité culturelle du pays. L’architecte Yvon Chalm, est à l’origine de plusieurs réalisations de la zone côtière qui reprennent la tradition et l’esthétique du mouvement « Nouveau Khmer » sans renoncer aux impératifs du confort moderne ni aux ressources de matériaux innovants. Avec sa jeune équipe de professionnels khmers et internationaux, on lui doit ainsi la prouesse architecturale de la « résurrection » de l’Ancienne Halle aux Poissons de Kampot, qui est devenu aujourd’hui un restaurant couru et une destination en soi pour les visiteurs de passage dans la région. Si la physionomie de Kampot risque de changer au bénéfice d’une desserte plus efficace, Kep n’a pas beaucoup

changé en dehors de l’aménagement de la station du Bokor. Pour la grande dame de Sihanoukville, c’est une autre histoire.

Sihanouk C’est au milieu des années 1964 que la décision fut prise d’établir un port en eaux profondes à Kampong Som pour développer le commerce maritime alors principalement axé sur le Mékong. La ville fut baptisée Sihanoukville en l’honneur du Roi-père et de son combat pour l’indépendance du royaume. Une décennie plus tard, Sihanoukville devenait un important poste de transit destiné aux forces américaines en guerre contre le Vietnam. Au milieu des années 1970, Sihanoukville elle-même fut attaquée et subit de lourdes pertes après la capture du Mayaguez SS, un porte-conteneur américain, par les troupes Khmers rouges. Aujourd'hui, la province présente le visage presque paisible d’une destination côtière de plus en plus prisée par les touristes locaux et internationaux. Sihanoukville présente de nombreux atouts en termes de développement touristique mais aussi industriel. La province est déjà considérée comme le prochain eldorado du royaume par les investisseurs classiques et les promoteurs touristiques. www.cambodgemag.com

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D OSS I E R

Atouts

Sihanoukville est aujourd’hui le deuxième pôle industriel du pays après Phnom Penh et le gouvernement a largement encouragé la création et le développement d’industries locales avec l’ouverture d’une zone économique spéciale en 2012, démarche logique qui permet aux industriels, principalement des manufacturiers du textile, de bénéficier quasiment sur site des facilités d’export par voie maritime. La capacité de la zone économique spéciale devrait doubler d’ici 2020 et accueillir 300 entreprises. La province sera également prochainement l’un des principaux fournisseurs d’électricité du pays avec trois centrales dont l’une est déjà opérationnelle. Mais l’attrait majeur de la province réside aussi dans son énorme potentiel touristique. Avec ses plages de sable fin, ses îles paradisiaques, ses cascades et ses parcs naturels, Sihanoukville n'échappe pas aux convoitises des professionnels du tourisme qui voient là l'opportunité de créer une zone d’attraction touristique susceptible de concurrencer les destinations thaïlandaises ou vietnamiennes avec un petit avantage : la province semble épargnée par les catastrophes naturelles et n’a jamais connu de Tsunami ou de typhons meurtriers comme ses voisins. Tendances

Alors principalement orientée vers la clientèle de backpackers, ravis de pouvoir trouver une destination exotique et attractive avec ses bungalows et bars rudimentaires du

également amené les autorités à réagir en prenant des mesures pour réaménager les fronts de mer des plages d’Ochheuteal et Serendipity. Projets

Avec une croissance de la fréquentation touristique à deux chiffres depuis 2011 et un nombre d’hôtels qui a quasiment doublé depuis 2015, la province de Sihanoukville s’oriente alors vers la construction d’hôtels et d'ensemble de résidences secondaires, des initiatives motivées pour partie par les demandes de la clientèle chinoise. Des centaines de millions de dollars US d'investissement ont atterri à Sihanoukville ces cinq dernières années, des initiatives largement orientées vers des complexes intégrés, incluant casinos, un divertissement très populaire pour la clientèle chinoise, quinze casinos opèrent à Sihanoukville et cinq autres devraient ouvrir prochainement. La province côtière attire aussi des initiatives privées axées sur le tourisme de luxe (Îles). Etienne Chenevier, un Français représentant les intérêts de Citystar private Equity Asia, explique le choix d'un investissement dans un hôtel de luxe sur une île de la province. Il explique ses motivations et avance également la nécessité d’un développement maitrisé : « Sihanoukville a un potentiel de développement immobilier énorme, le marché est loin d'être saturé et nous ne sommes qu'au début de l'histoire », avance Etienne Chenevier, rappelant qu’il

Le projet Alila Villas Koh Russey, Koh Russey

bord de mer, depuis la fin des années 1990, Sihanoukville est devenue très rapidement populaire auprès de la clientèle locale et des touristes internationaux, une tendance qui a provoqué en très peu de temps la construction de maisons d’hôtes, d’hôtels de bon standing et de cinq étoiles. Cela a 30

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est le promoteur du premier établissement cinq étoiles qui ouvrira prochainement : l'Alila Villas Koh Russey. Ce projet d’hôtel de luxe est situé sur l'île vierge de Koh Russey, « Cet établissement occupera un emplacement exclusif de 25 hectares, niché entre le cap occidental et une belle plage

de deux kilomètres au sud de l'île, offrant des vues magnifiques, un accès exclusif à la plage et une intimité absolue pour ses futurs résidents et invités », indique le Français. S'il entend promouvoir un type de tourisme de luxe respectueux de l'environnement et susceptible d'attirer une clientèle habituée aux grandes marques de l'industrie, et donc très exigeante, Etienne Chenevier n'a pas manqué de souligner le risque d'investir alors que de nombreux obstacles se dressent quant à un développement harmonieux des projets sérieux et inscrits dans une perspective de développement durable, sur la côte et dans les îles. Si Sihanoukville bénéficie à présent d'une connectivité routière bien meilleure que par le passé, l’accès de la côte par la route reste assez dangereux. Si la province jouit à présent d'une desserte aérienne internationale convenable, la capitale Phnom Penh n'a pas de ligne directe vers Sihanoukville et cela obère, selon l'investisseur, les possibilités pour les résidents aisés de la capitale de se rendre régulièrement ou d'investir vers cette destination pour l'achat de résidences secondaires par exemple. D’autres grands projets ont démarré, à Ream, une partie un peu moins connue de la province de Sihanoukville, une concession d'environ 3  300 hectares est actuellement développée par Yeejia Tourism Development Co Ltd en partenariat avec une douzaine d’entreprises chinoises. À ce jour, près de quinze accords ont été signés pour des parcelles de terrain, avec le projet de construire une zone d'accueil intégrée avec des terrains de golf, des hôtels de luxe, et des activités d'éco-tourisme. Une jetée suffisamment solide et qui pourrait soutenir les navires de croisière est également prévue afin d’accueillir des navires de croisière en provenance de Chine et de Hong Kong. L’homme d’affaires Kith Meng (Royal Group) a envoyé ses bulldozers sur l'île paradisiaque de Koh Rong pour construire l’hôtel de luxe Royal Sands Koh Rong, un cinq étoiles construit en partenariat avec des investisseurs suisses. Six Senses Krabey Island, un autre cinq étoiles en construction devrait ouvrir ses portes cette année… la tendance ne fléchit pas. Sihanoukville attire de plus en plus d'investisseurs et, il ne se passe pas une semaine sans que la presse

L'emblématique hôtel Independence, Sihanoukville

Bar du Royal Sands, Koh Rong

Projet de condominiums D'Sea View (735 unités), Sihanoukville

locale ne se fasse l’écho d’un nouvel investissement dans la région. Aux dernières nouvelles, le patron du site Alibaba aurait acheté quelques parcelles d’Otres Beach pour un développement immobilier, entrainant même une soudaine hausse du prix des terrains…

French Touch II

Dans un esprit différent, Alexis de Suremain (MAADS), également investisseur à Sihanoukville, explique la démarche du groupe : « la planification urbaine est plus que jamais balbutiante à Sihanoukville. Là aussi, nous nous inscrivons dans le respect du contexte naturel et l’intégration de projets avec des infrastructures de qualité Ce sont ces principes qui guident notamment la campagne de rénovation et d´expansion que le groupe Dara Hotels a entrepris, avec MAADS pour le bénéfice de la « Grande Dame » de Sihanoukville, avec l’emblématique hôtel Independence, un joyau d’optimisme de l’âge d’or du Cambodge,serti dans l’un des derniers grands espaces de flore tropicale préservée au bord de la côte. Plus que jamais, les nouvelles générations khmères éprouvent une vraie fierté

en venant se promener sur la plage et autour de ces bâtiments qui appartiennent à leur héritage culturel », déclare-t-il.

Condominiums

D’Seaview, Sunshine  Bay,   Blue  Bay C o n d o m i n i u m ,  R o y a l    B a y v i e w Condominium, The Scarlett et Blue Sky Tower, sont autant de projet de condominiums actuellement en construction et toujours destinés à capter la clientèle chinoise. En effet, une enquête effectuée par le magazine spécialisé Juwai (Chine) indiquait que 57 % des touristes chinois qui voyageaient étaient prêts à investir dans une résidence secondaire dans l’un des pays visités. D’après une étude réalisée par l’agent immobilier Knight Frank, 25 500 unités devraient être disponibles d’ici 2020 faisant ainsi de Sihanoukville la deuxième destination pour ce type de résidences derrière Phnom Penh et ses environs. Précautions

Pléthore de projets et obstacles et risques liés au développement rapide de la zone côtière ont amené les officiels du

gouvernement et les professionnels du secteur à se réunir régulièrement sous l’impulsion d’Eurocham qui a fait du développement de cette région l’un de ses principaux chevaux de bataille. Deux grands forums ont été organisés en 2016 et 2017 au cours desquels l’ensemble des problématiques : encadrement légal, pollution et traitement des déchets, approvisionnement en eau pour les îles, planification urbaine, connectivité, desserte aérienne, manque de main d'œuvre qualifiée et besoins urgents de formation, ont été évoqués, débattus, et feront l’objet de la publication d’un document à destination du gouvernement pour aider à aller dans le sens d’un développement harmonieux, équitable et maitrisé. « Je crois que la démarche de proposer un cadre de développement plus rigoureux, et susceptible de participer à un développement touristique et donc économique, est essentiel », indique Arnaud Darc, le Président d’Eurocham. « Un cadre juridique bien pensé, qui tient compte de toutes les spécificités de la région, doit être amélioré et mis en application rapidement. Imaginez-vous en train de construire un resort de luxe au bord de mer et voir ensuite les bulldozers arriver pour construire des tours en face de vos bungalows… non… c’est ce type de mésaventure que nous voulons éviter. Les mesures que nous souhaitons voir mises en place pour garantir un développement touristique de façon pérenne et harmonieuse devront être appliquées pour tous les projets de construction quel que soit l’origine des investisseurs. La destination côtière est très intéressante économiquement. À l’inverse des temples qu’on ne visite qu’une fois en général, sur des séjours plutôt courts, la plage est un endroit où l’on revient régulièrement, et pour des séjours plus longs », explique-t-il. La région côtière du Cambodge deviendra-t-elle la nouvelle destination balnéaire privilégiée en Asie du Sudest ? Les conditions géographiques et économiques sont réunies, les volontés sont là, les projets ont commencé à voir le jour ; les risques de dérapage existent mais tant du côté du gouvernement que des investisseurs, mais il semble y avoir la volonté d’adopter une attitude commune pour un développement maitrisé et équitable, peut-être la clé de l’avenir de ce littoral cambodgien devenu si populaire et si convoité en si peu de temps. www.cambodgemag.com

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Cambodia Airports vous souhaite un bon 14 juillet et de bonnes vacances d’été

RETRAITE

Vivre sa retraite au Cambodge par Christophe Gargiulo

coree du sud

Alors que de nombreux pays d’Asie exigent des conditions draconiennes pour pouvoir s’installer durablement, le royaume du Cambodge reste une destination facile d’accès, avec peu de formalités administratives, un coût et une qualité de vie attractifs, sans compter le charme de la destination pour qui aime l’exotisme et la richesse de la culture asiatique.

CHINe TAIpei macaO hong kong

THAILANDe CAMBOdge VIETNAM

DOHA

kuala lumpur

Dubai

PHILIPPINES

SINGAPOuR

Mode d’emploi

Le gouvernement cambodgien entend faire des retraités une clientèle privilégiée et a annoncé l’implémentation d’un visa spécial qui devrait permettre aux retraités de pouvoir s’installer dans le royaume plusieurs années à condition de justifier de revenus. En attendant la mise en place de ce visa, il est toujours possible de prendre un visa ordinaire (Classe E) renouvelable pour des périodes de un, trois, six et douze mois, cette dernière option (1 an) coûtant moins de 300 $. La seule contrainte administrative est de posséder un passeport valide depuis au moins six mois, d’avoir deux photos d’identité, c’est aussi simple. Cela rend le processus d’installation très facile, car, muni de son visa en règle, un expatrié peut rapidement trouver un hébergement, ouvrir un compte bancaire, obtenir un numéro de téléphone, un accès internet et autres commodités en quelques semaines, voire en quelques jours. Hébergement

Avec plus de 40 dessertes les reliant aux grandes métropoles et destinations touristiques de la région Asie-Pacifique et du Golfe, les aéroports internationaux de Phnom Penh, Siem Reap et de Sihanoukville sont au service de ses passagers. Ils accueillent aujourd’hui 36 compagnies aériennes et font partie du réseau de aéroports de VINCI Airports, fort de 35 aéroports présents sur 3 continents et dans 6 pays.

Votre voyage commence dans nos aéroports

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Quartier résidentiel, Phnom Penh

tokyo

LAOS

Si le gouvernement a annoncé des mesures visant à accroître l'attractivité du Cambodge comme destination pour les retraités étrangers avec, en sus du visa retraité, le développement prochain de résidences spéciales pour les seniors, il est, en attendant, possible de se loger très correctement à des prix raisonnables. L'offre d’appartements et de condominiums est plus qu’abondante dans la capitale Phnom Penh, proposant des loyers allant de 500 (F3) à 1500/2000 $, cette dernière catégorie proposant généralement en plus de la location un ensemble de services tels salle de sports, piscine,

gardiennage, parking et internet. Pour les moins exigeants, des loyers à 200/300 $ mensuels se trouvent, mais il faut prendre le temps de chercher, et il s’agira généralement d’appartements simples ou de premiers étages de demeures cambodgiennes, et sans service supplémentaire. Services

Le pays connait une croissance économique régulière depuis plusieurs années et les villes principales, Phnom Penh, Siem Reap et Sihanoukville offrent tous les avantages et équipements des grandes villes touristiques. Il existe de nombreuses banques internationales dont deux françaises, le Crédit Mutuel et la BRED. Là aussi les formalités sont réduites, il suffit de présenter un passeport tamponné d’un visa valide et d’effectuer un dépôt minimum pour ouvrir un compte. Il y a des bars, nightclubs et restaurants occidentaux ou khmers à profusion et des centres commerciaux bien achalandés en produits locaux mais aussi en produits français. Il existe sept fournisseurs de téléphonie et d'internet dans le pays, l’achat d’une carte téléphonique coûte deux dollars et un abonnement internet basique aux alentours de 10 $. Tout ou presque est très accessible. Santé

Il existe plusieurs grands hôpitaux et des cliniques privées francophones. Là aussi, les coûts sont sensiblement inférieurs à ceux de la métropole. Le coût de la vie au Cambodge

Le Cambodge offre l'un des coûts de vie les plus bas en Asie du Sud-Est, et il existe de nombreux expatriés qui se sont installés au

Cambodge précisément pour cette raison. Il n’y a pas de réponse stricte quant au coût de la vie, cela dépends aussi du mode de vie. Ceux qui sont des fans de la climatisation à outrance, des taxis limousines et sortent tous les soirs auront forcément plus de frais qu’un retraité plus raisonnable, qui dine au restaurant une à deux fois par semaine, et se paye un voyage dans les pays alentours tous les deux mois. Parmi les quelques expatriés auxquels nous avons parlé, leurs budgets mensuels ont tendance à se situer entre 1000 et 2500  $, beaucoup disant qu'ils peuvent vivre confortablement avec un budget de 1 500 $, sans se priver ni de bons restaurants ni de loisirs ni de petits voyages. D’autres, plus « aventuriers » et peu regardants sur le confort et les loisirs affirment qu’ils peuvent vivre avec 500 $ mensuels. Il serait toutefois dommage de se priver et de s’installer au Cambodge pour vivre chichement et de ne pas profiter des larges possibilités de voyage et de découverte à l’intérieur et autour du pays. Choisir

Ces quelques informations pratiques tendent à montrer que le Cambodge est une destination de retraite facile d’accès, au coût très abordable. S’il y a une communauté française assez vivante et donc la possibilité de garder un lien avec le pays d’origine, l’installation dans un pays d’Asie suggère aussi une période d’adaptation et la prise de nouveaux repères. La vie est totalement différente, et il est peut-être plus sage de passer quelques mois au Cambodge avant de songer à s’installer définitivement. www.cambodgemag.com

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SANTÉ

Centre de prévention de la rage de l’Institut Pasteur du Cambodge 5 Boulevard Monivong P.O Box. 983, Phnom Penh Ouvert du lundi au vendredi de 7h à 17h et le samedi de 7h à 11h30 Email : accueil@pasteur-kh.org Téléphone : +855 (0)23 426 009

La rage au Cambodge par Didier Fontenille, directeur de recherche IRD et de l'Institut Pasteur du Cambodge

L'

La rage tuerait environ 800 personnes chaque année dans le royaume ”

Vaccination à l'Institut Pasteur du Cambodge, Phnom Penh

institut Pasteur du Cambodge estime à 600 000 le nombre de morsures graves causées par des chiens chaque année parmi la population cambodgienne, le nombre total de morsures avoisinant probablement un million. Près de 60 % des morsures graves sont recensées chez des enfants âgés de moins de 17 ans. La rage tuerait environ 800 personnes chaque année dans le royaume. D’après plusieurs études menées par l’unité d’épidémiologie et de santé publique de l’Institut Pasteur du Cambodge, les communautés rurales comptent en moyenne un chien pour trois personnes, la proportion la plus élevée au monde. Avec 80 % de sa population vivant en zone rurale, le Cambodge abriterait

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donc plus de quatre millions de chiens dans ces contrées. Même si ces animaux ont des propriétaires, ils ne sont pas vaccinés. Depuis 2000, l’Institut Pasteur du Cambodge a testé en moyenne 200 chiens mordeurs par an. Près de 50 % d’entre eux étaient porteurs du virus de la rage. La rage endémique. L'absence de couverture vaccinale chez les chiens et le nombre élevé de morsures font du Cambodge un pays où la rage est endémique. La plupart des habitants n'ont pas accès à une prophylaxie post exposition abordable (PPE) et efficace dans les délais requis. Une PPE consiste à nettoyer abondamment et désinfecter la plaie suivie de l'administration d'immunoglobulines antirabiques tout autour de la plaie et de cinq vaccins antirabiques (jours 0, 3, 7, 14, 28). Il n'existe pas de données de surveillance fiables sur les cas de rage au Cambodge.

Toutefois, les modèles épidémiologiques développés par l'IPC révèlent des chiffres figurant parmi les plus élevés dans le monde. Le Cambodge déplorerait 1,3 % des décès provoqués par la rage autour du globe, une part disproportionnée au vu de sa population qui atteint à peine les 15 millions d’habitants, soit moins de 0,2 % de la population des pays touchés. Obstacles à l’éradication de la rage.

Depuis 2007, le nombre d’habitants au Cambodge a augmenté mais aucune campagne de vaccination canine n’a été déployée et les centres offrant PPE restent rares. Selon toute probabilité, le bilan de la rage s’est alourdi dans le pays. Si le Cambodge s’est engagé à éradiquer la rage canine d’ici 2030, le pays fait cependant face à de nombreux obstacles.  Il n’existe à l’heure actuelle aucune vaccination canine, aucune stratégie validée, aucun financement

et pas suffisamment d’expertise dédiée à l’élimination de la rage canine dans le royaume. Au Cambodge, seule la PPE fait rempart à l’apparition de la rage chez l’Homme et, aujourd’hui, seule une minorité de patients y ont accès. Au prix du vaccin rendu abordable grâce à l’Institut Pasteur, s’ajoute néanmoins le coût de quatre allers-retours pour le patient. Le montant de ces dépenses est évalué à 64 $ par personne en moyenne. Les enfants doivent être accompagnés par un parent, ce qui double le coût du transport. Pour le revenu moyen d’un cambodgien vivant en zone rurale, c’est une dépense lourde. Les estimations des frais annexes ne tiennent pas compte du coût d’un rappel antitétanique et de celui  d’une confirmation de l’infection chez le chien, tous deux pris en charge par l'IPC.

L’Institut Pasteur du Cambodge.  Le centre de prévention de la rage de l'IPC vaccine plus de 21  000 personnes par an dans le cadre de la prophylaxie post exposition antirabique. Il est aujourd’hui le premier fournisseur de PPE du pays. L'IPC finance ces efforts, laissant dix  $ seulement à la charge du patient, correspondant au protocole de vaccination dans son intégralité. L’unité de virologie de l'IPC est un centre de référence en matière de diagnostic de la rage animale et humaine. Elle réalise gratuitement le diagnostic du virus de la rage dans des délais rapides au moyen d’un matériel de pointe et applique le protocole d’injection par voie intradermique validé par l'OMS, le seul actuellement reconnu. Pa ra l l è l e m e n t    a u x    t ra va u x    d e recherche menés par l'IPC dans le but de

réduire les doses ainsi que le coût vaccinal et les frais de transport, la création de centres de prévention secondaires par le ministère de la Santé, l'IPC améliorerait l’accès à la PPE d’un point de vue géographique et financier, tout en assurant une vaccination rapide et fiable au Cambodge. L'équipe de l'IPC a participé à l’élaboration du plan national de contrôle de la rage du ministère de la Santé cambodgien. Ce plan doit encore être finalisé et validé. L'ébauche actuelle ne prévoit pas de vaccination systématique des chiens mais est articulée autour d’une surveillance renforcée, d’une meilleure communication sur la prévention, d’interventions dans les foyers infectieux identifiés et de l’implantation de centres secondaires de prévention de la rage pour permettre aux populations de se faire vacciner dans les conditions requises. www.cambodgemag.com

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H I STO I R E

INDRADEVI,

le cœur et l’âme de Jayavarman VII

L'histoire n'a pas retenu sa date de naissance précise, aux alentours de 1181 peutêtre, mais elle retiendra le nom de l'épouse de Jayavarman VII, la reine Indradevi, comme l'une des premières conjointes royales à avoir fortement influencé les affaires de l'empire. par Christophe Gargiulo, photographies Vassil

I

ndradevi était la sœur aînée de Jayarajadevi, la première épouse de Jayavarman VII alors que celui-ci n’était encore qu’un prince rêvant de conquêtes militaires et de grandes destinées. Avant que

son beau-frère ne devienne roi, Indradevi avait pour habitude de venir réconforter sa sœur, qui pleurait l’absence de son mari, en tentant de lui inculquer les préceptes du bouddhisme. Quand Jayavarman VII monta sur le trône après avoir reconquis l’indépendance du royaume alors sous le joug des Cham, la reine Jayarajadevi était déjà une femme populaire pour avoir, dit-on, fait don de tous ses biens aux 36

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pauvres du royaume. La reine Jayarajadevi donna quatre fils à Jayavarman VII, qui moururent assez jeunes. Leur mère aussi décédera quelques temps après le couronnement de son mari. Le roi choisit alors tout naturellement de se remarier avec la sœur ainée de sa défunte épouse : Indradevi. Belle, très belle, comme en témoignent les bas-reliefs du temple du Bayon montrant une reine aux yeux de chat, aux lèvres abondantes et aux traits finement dessinés, la jeune reine était aussi décrite comme intelligente et cultivée, et le roi ne chercha jamais à minimiser son influence sur les affaires d'état, en particulier pour son action en faveur des jeunes filles et des femmes. Pour sa connaissance approfondie du sanskrit et son sens du dévouement, Jayavarman VII lui avait confié la responsabilité de trois universités bouddhistes. C'est elle qui, à travers son enseignement, encouragea les Khmères à s'émanciper par l'éducation, le travail, et la religion bouddhiste dont elle appréciait tout particulièrement les préceptes, et tenait à en diffuser l'enseignement le plus largement possible comme le suggère le « dharma bouddhisme Mahayana », bouddhisme dans sa forme

active, consistant à pratiquer la religion mais aussi à en répandre abondamment les préceptes parmi la population. La reine Indradevi se montrait également habile à gérer les affaires du pays lorsque son mari partait guerroyer au sud du Laos, la Birmanie ou vers la péninsule malaisienne pour agrandir le royaume. Elle organisait des réunions de travail, prenait des décisions pour mettre en œuvre les directives du roi, rappelait aux responsables les grandes ambitions du monarque et les programmes de construction de l'empire qui comprenaient monuments, mais aussi infrastructures et programmes sociaux. Alors que l’Europe féodale vit ses heures noires et ses croisades, le règne de Jayavarman VII est marqué par une politique sociale largement encouragée par Indradevi. Le monarque fait construire beaucoup d’hôpitaux, plus d’une centaine dit-on, il donne le droit à la propriété privée, tente d'améliorer les systèmes d'irrigation et le réseau routier, de regrouper les populations tout en centralisant l'appareil d'état. Alors que la plupart des programmes sociaux de l’histoire sont nés à travers luttes ou révolutions sanglantes, ces changements provinrent de la royauté elle-même… Tandis que les civilisations hindoues ont souvent limité l'éducation aux hommes, les monastères construits sous Jayavarman VII étaient des écoles ouvertes et des centres de formation qui accueillaient

des hommes et des femmes, des filles et des garçons sans aucune distinction, ce qui était pour l’époque une véritable révolution sociale. Dans cette illustration du Bayon cicontre, il apparaît que la reine Indradevi et la reine Jayarajadevi sont représentées comme des professeurs enseignant à des groupes d'étudiants. D'autres bas-reliefs montrent également la reine assise devant Jayavarman VII, ce qui laisse supposer que ce grand conquérant reconnaissait également Indradevi comme un fin stratège militaire et entendait aussi lui donner publiquement la reconnaissance qu'il éprouvait pour cette épouse dévouée à son roi, à ses ambitions et à la cause du peuple. De nombreux historiens soulignent que le roi Khmer n'aurait pu réaliser ses vastes projets sans la Reine Indradevi, et aussi la Reine Jayarajadevi, à ses côtés. Elles l'ont aidé à organiser et gérer son empire pour lequel le roi déjà âgé, il avait 61 ans lors de son accession sur le trône, semblait nourrir une obsession pour bâtir un royaume exemplaire au travers de grandes réalisations architecturales, de conquêtes militaires et de programmes sociaux. De nombreux ouvrages historiques soulignent l’importance de l’influence des deux sœurs

sur le monarque et le travail que le trio royal a accompli pour le bien-être de ses sujets, avec une légère préférence pour Indradevi en raison de son dévouement en faveur des femmes. Plusieurs siècles plus tard, malgré les heures noires qui ont secoué le Cambodge, l’héritage est encore là avec ces sculptures du Bayon qui livrent aux visiteurs ce sourire doux et paisible du monarque et de ses deux épouses. L’abondance des sculptures du visage de Jayavarman VII pourrait passer aux yeux du candide pour du narcissisme, voire de la mégalomanie, alors qu’elle ne serait peut-être que la volonté de transmettre un message de paix et de quiétude toutà-fait bouddhiste du grand conquérant… Jayavarman VII mourut aux alentours de 1215, il avait alors plus de 90 ans. Quant à la date de la mort d’Indradevi, on ne la trouve nulle part… Indradevi n'était pas seulement l'épouse éclairée du monarque, elle était aussi poète, dernière touche romantique au portrait d’une femme de tête et d’exception. Certains de ses écrits en sanskrit, et à la gloire de son souverain bien-aimé, ont été retrouvés sur une stèle à Phimeanakas dans la province de Siem Reap.

Gravure représentant la reine Indradevi et la reine Jayarajadevi, Temple Bayon

Portrait d'Indradevi

Portrait de Jayavarman VII,Musée Guimet Paris

Traduction, du sankrit d'un des écrits de la Reine Indradevi :

Dans la ville nommée Temple de la Patience, Dans la ville d'Ancien Éloquence, et finalement Dans la ville d'Angkor, cette fille brahmane de rang royal Devint la bien-aimée du roi Jayavarman. Sa tête baissée sur les pieds levés du roi, Elle s'approcha du Gange, dont les pieds tombés reposaient sur la tête de Shiva. Parmi les amants qui aimaient apprendre, elle répandit les faveurs du roi, Beaux nectars sous forme d'apprentissage. Sage par nature, un polymat, parfaitement pur, Consacré au roi Jayavarman, Ayant composé ce paean pur Au détriment de tous les autres arts, elle luisait.

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TRADITION

Chrat Preah Nongkal

La fête du sillon sacré par Christophe Gargiulo, photographies Peou Kim Chanroth et Som Rithy

Brunch Côté Piscine Tous les Dimanches de 11h30 à 15h00

Fête du Sillon Sacré, Battambang 2015. Jadis, le choix des bœufs découlait d’une sélection rigoureuse. La queue devait avoir une extrémité longue et large, les testicules devaient être pendants et avoir la même taille alors que les oreilles devaient être de taille moyenne ; enfin, il fallait des cornes hautes et légèrement inclinées vers l’avant.

L

a fête du sillon sacré au Cambodge,  ou  Chrat Preah Nongkal, est une tradition millénaire destinée à prédire les récoltes, les intempéries, et les grands évènements du royaume. L’origine de ce rituel serait indienne. Jadis, les astrologues du palais déterminaient le jour faste au cours duquel le roi en personne devait tracer les premiers sillons dans une rizière sacrée qui existait réellement à Phnom Penh sur l’esplanade Veal Preahmein, en face de l’enceinte nord du palais royal. Le roi conduisait alors un attelage avec une charrue tirée par des bœufs rigoureusement sélectionnés, suivi de la reine qui semait à la volée les meilleures semences. Après avoir effectué trois fois le tour de la rizière sacrée, le cortège royal devait s’arrêter devant une chapelle où les brahmanes évoquaient la protection des 38

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anciens dieux pour les travaux agricoles. Les bœufs sacrés étaient ensuite libérés de leur attelage et conduits devant plusieurs plateaux d’argent chargés de riz, de maïs, de haricots verts, d’herbe fraichement coupée, d’eau et d’alcool de riz. Si les animaux mangeaient l’une des céréales, la récolte s’annoncerait excellente. S’ils choisissaient de l’herbe fraîche, les animaux devaient craindre des épidémies. S’ils buvaient de l’eau, les pluies seraient abondantes et la paix régnerait ; mais s’ils se dirigeaient vers le plateau d’alcool, des troubles et des catastrophes seraient à craindre dans le royaume. La célébration du sillon sacré, créée à l’initiative d’un des premiers rois khmers, avait été abandonnée lors du règne d’Ang Duong (1845-1859) puis, réintroduite par Norodom Sihanouk après l’indépendance du pays, alors que le monarque se disait soucieux de redonner vie aux traditions du royaume, avant d’être à nouveau

interrompue de 1970 à 1994. Lors de son retour, le roi Sihanouk œuvra beaucoup pour restaurer le corps des Bakous, ces brahmanes que la royauté conservait au palais depuis la nuit des temps pour s’attirer les bonnes grâces des dieux indous, qui veillaient sur plusieurs cérémonies traditionnelles, et qui disparurent en 1970 sous l’impulsion de Lon Nol. Les Bakous officient de nouveau au palais, et très peu d’étrangers ou de Cambodgiens peuvent les apercevoir, ceux-ci sortent très peu en costume traditionnel, sauf justement pour la cérémonie du Sillon sacré, et pour la Fête des eaux, où ils accompagnent brièvement le roi. De nos jours, la fête du Sillon Sacrée s’est décentralisée, organisée pour la première fois à Angkor en 2010, elle se déroule alternativement dans la province de Battambang, de Kandal ou dans la province de Prey Vèng, et, ses prédictions restent prises très au sérieux par les Cambodgiens.

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SOCIÉTÉ

Les nouvelles voix du Cambodge : bloggeuses et vloggeuses par Eléonore Sok

Si le roi Norodom Sihanouk tenait un blog avec ses photos de voyages, la pratique du blogging est assez récente dans le royaume, où désormais un Cambodgien sur deux a un accès régulier à internet. La pionnière, Kounila Keo et son « Blue lady blog », s’est vue distinguée par le magazine Forbes en février dernier, parmi les 300 personnalités de moins de 30 ans à suivre en Asie. Un parcours ayant ouvert la voie à une génération d’influenceurs 2.0 et surtout d’influenceuses, car les femmes se font plus volontiers porte-voix des sujets de société et s’attaquent aux tabous.

DJ Nana La populaire C’est une star de la radio : Sovathana Neang, aka DJ Nana, 30 ans, a aussi découvert l’art du blog à travers une ONG, puis a gagné sa popularité en animant dès 2009 l’émission « Lovely Night » sur Sakira FM. Après avoir lancé un Blogspot en anglais, elle vloggue depuis 2015 en khmer sur la page Facebook « DJ Nana TV », likée par 275 000 personnes.

La jeune femme originaire de Kampong Cham n’a pas suivi d’études supérieures et a su en faire un atout : elle s’adresse directement au cœur des Cambodgiennes. Avec des manières de grande sœur attentive, elle distille ses conseils sur l’amour, la famille, ou le travail, cause ex, infidélité, divorce, en invitant toujours les femmes à se faire confiance. Au fil du temps, les vidéos tournées dans sa chambre sont devenues de véritables clips professionnels, mis en scène en décors extérieurs, dans des cafés, ou avec des produits qu’elle n’hésite pas à promouvoir, à l’image des bloggeuses mode occidentales.

Thavry Thon L’intrépide C’est dans un village d’une île du Mékong que Thavry Thon, 27 ans, a grandi et développé son goût pour l’indépendance. Encouragée par des parents n’ayant pas pu poursuivre leurs études, elle prend son envol dès 17 ans et part étudier dans une ONG à Siem Reap, avant de décrocher une bourse en République Tchèque, où elle étudie la technologie pendant trois ans. En 2007, maitrisant aussi bien l’anglais que

Les médias traditionnels ne remettent pas en questions les normes, si les médias sociaux ne jouent pas ce rôle, qui le fera ? ”

Cath dans l'une de ses vidéos

Catherine V Harry La transgressive Catherine, 22 ans, s’est lancée dans le blogging il y a quatre ans, initiée par la BBC Media Action. Depuis, cette étudiante en médias de masse à l’Université Pannasastra s’est fait spécialiste des sujets lié au genre, qu’elle explore à travers son blog « A dose of Cath », sur sa page Facebook (suivie par plus de 100 000 personnes) et sur Youtube. En février dernier, elle a créé son vlog, ou blog vidéo, en khmer avec sous-titres en anglais.

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Face caméra, sur un fond coloré, elle disserte aussi bien de la pression au mariage, des types de contraception, ou de la violence à l’encontre des femmes dans les clips musicaux. « Mon blog, on l’adore ou on le déteste, affirme la Phnom Penhoise. Des « haters » m’accusent de casser les traditions, de ne pas être une vraie khmère. Les médias traditionnels ne remettent pas en questions les normes, si les médias sociaux ne jouent pas ce rôle, qui le fera ? ». Toujours documentées, ses vidéos offrent des repères et des réponses aux questions que les jeunes ne peuvent sans doute pas poser au sein de leur famille, ou à l’école. Le plus : son style imagé, comme par exemple, lorsqu’en passant en revue les pratiques BDSM, elle déclare : « Certain aiment manger le même plat tous les jours, d’autres veulent juste expérimenter des saveurs différentes ».

Miss Cheng L’atypique Le blog « Miss Cheng’s Corner » (Le coin de Miss Cheng) est à l’image de son auteure : spirituel, drôle et décalé. Originaire de Sihanoukville, Sokcheng Seang, 23 ans, étudiante en anglais à l’Université royale de Phnom Penh, a lancé son blog en 2013. Dans ses posts, cet « esprit curieux » se moque des manies des jeunes de son âge,

le langage HTML, elle créée son blog où elle réunit d’abord CV, textes et dessins. « Je puise mon inspiration dans mes expériences personnelles, donc je m’intéresse à l’éducation, à la différence de traitement entre filles et garçons, ou entre riches et pauvres », rapportet-elle. Cette baroudeuse, employée dans une agence spécialisée en tourisme responsable, invite les jeunes femmes à tracer leur route, par exemple, en ne prêtant pas d’attention aux moqueries entendues en voyageant seule à vélo. Après deux livres pour enfants, Thavry a compilé ses textes dans l’autobiographie « A proper woman » (Une vraie femme), autopubliée en 2016, afin de « donner aux jeunes le goût de lire et écrire ».

comme par exemple l’emploi du terme « idol » sur les réseaux sociaux ; s’interroge sur le matérialisme ambiant ou se pose des questions existentielles sur le bouddhisme. « Je suis un peu geek, je passe pas mal de temps à réfléchir seule, alors j’avais envie de partager des idées », explique cette fausse timide. Sokcheng lit - classiques britanniques du 19ème siècle, poésie khmère ou ouvrages de développement personnel - et ça se voit. Son originalité tient aussi bien dans le fond que dans la forme, rédigeant poèmes, nouvelles, ou encore cette lettre adressée aux « gentils mecs rejetés » qu’elle conclue par un « sincèrement pas vôtre ». www.cambodgemag.com

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DA N S L' AT E L I E R D E

Chhim Sothy devant ses oeuvres

Chhim Sothy Texte et photographies par Eléonore Sok

C'

est l’un des artistes les plus connus du Cambodge ; prolifique, il a réalisé plus de 300 œuvres en vingt ans de carrière, s’est fait un nom sur le marché de l’art international, et parvient à vivre de son art, ce qui est plutôt rare au royaume. C’est un jeune homme de 48 ans qui reçoit en tenue de travail dans sa maison-atelier-salle d’exposition située près du Wat Mongkolvan, à Phnom Penh. Le premier étage est son repère ; du balcon, il a vue sur une cour calme et arborée d’où l’on aperçoit les bureaux du Premier Ministre. À l’intérieur, le trésor de l’artiste ; toiles, pots de peinture, pinceaux, tas de livres, diplômes encadrés, et une batterie qu’il utilise de temps en temps pour se détendre. Comme beaucoup d’artistes de sa génération, Chhim Sothy a été marqué par le régime des Khmers rouges. À l’arrivée des chemises noires, sa famille quitte son domicile de Takhmau pour s’exiler à Pursat. Enfant, Sothy continue à pratiquer son talent pour le dessin, mais officie désormais au charbon de bois ou sur le sable. En 1979, sa famille compte ses morts ; son père, fonctionnaire d’état sous le régime de Lon Nol a été exécuté, son grand-père, un petit-frère et une petite-sœur ont suivi. Assis au milieu de cette pièce colorée, Sothy se souvient de ses années sombres ; son retour dans une capitale silencieuse en 1980, ses heures passées à couper les joncs dans les étangs de Takhmau afin de faire vivre les siens, et sa passion pour le Français. « J’ai toujours voulu apprendre cette langue, alors après le boulot, je prenais des cours privés avec un vieux professeur survivant, que je payais en pots de riz », raconte Sothy. 42

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Chhim Sothy Contact : chhimsothy@yahoo.com Adresse : N0 1E0 rue 109, Phnom Penh, Cambodge Site web : www.chhimsothy-artist.com Il est également possible de trouver les œuvres exposées de l’artiste à l’hôtel Arunreas et au restaurant Khema au 163 rue Pasteur (51) à Phnom Penh

En 1985, Sothy réalise son rêve et intègre les Beaux-Arts, à Phnom Penh.

Comme de nombreux étudiants pauvres, il vit sur place. « Avant qu’un internat ne soit construit, on étendait nos hamacs le soir pour dormir dans les couloirs », se remémoret-il, nostalgique. Il passera dix ans dans ce lieu cher ; deux ans en peinture classique religieuse, deux ans en création d’affiches, puis cinq ans en peinture moderne, un cursus créé suite aux Accords de Paris. « L’APRONUC faisait venir des professeurs étrangers, ils nous ramenaient des livres d’art ; j’ai découvert Monet, Manet, Picasso, Les Nabis, Les Fauves », énumère-t-il avec délice. De 1995 à 1997, il  s’implique dans différents projets comme directeur artistique. Mais c’est le nouveau millénaire qui voit sa carrière décoller. Il expose aux autres coins du monde : Vietnam, Etats-Unis, Philippines, France, ou encore en Chine.

Son style, classique  -  fait de grands formats aux tons bleus ayant pour objet les récits légendaires du Reamker - est reconnaissable entre tous, mais le peintre veut surprendre. « Je me suis passionné pour l’abstraction qui ne dit pas les choses mais les laisse deviner », souritil. Ce touche-à-tout poursuit son exploration, de l’univers impressionniste à l’expressionnisme, de la technique du Dripping de Jackson Pollock, aux Ready Made à la Marcel Duchamp. Si une recherche de spiritualité affleure toute son œuvre, Sothy s’est aussi intéressé plus récemment à des sujets tels que l’environnement, ou encore les inégalités sociales. « La vie d ’artiste, c’est une vie d ’imagination », philosophie-t-il, face à son chevalet, où il aime peindre tôt le matin, lorsque l’air est frais et la lumière claire.

Dates importantes :

1969

Naissance dans la province de Kandal

1995

Diplôme de l’Université Royale des Beaux Arts (URBA)

1998

Nommé directeur adjoint au Ministère de la Culture

2000

Représente le Cambodge lors d’une exposition sur les Arts de l’Asean à Singapour

2015

Exposition « Passion Consommation » sur l’environnement à La Plantation www.cambodgemag.com

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CINEMA

LIVRE

Savin Phillip

Playboy malgré lui

E

ncore peu connu des occidentaux malgré des apparitions dans la comédie d’action « Jailbreak » et dans le drame historique « D’abord ils ont tué mon père », Savin Phillip est pourtant l’acteur le plus actif et certainement le plus connu du royaume du Cambodge. Phillip a débuté une carrière prometteuse en 1995 mais choisit une autre voie un an plus tard alors qu’il devint l’un des cadres du groupe Raffles, puis le directeur général d’Independence Hotel Resort and Spa à Sihanoukville. Ce n’est qu’en 2012 qu’il décidera de reprendre son métier d’acteur. E n 2015, après de nombreuses séries romantiques ou musicales tournées pour les télévisions locales, et un petit rôle dans « Before the Fall » de l’australien Ian White, l’acteur au parcours atypique est pressenti par le réalisateur italien basé à Phnom Penh, Jimmy Henderson pour incarner l’un des rôles principaux du film Hanuman : « Dans Hanuman, je jouais le rôle de Kim Veng, un playboy assez froid, vicieux et inaccessible. L’histoire est assez brute : je dois affronter la vengeance de Vicheat, un jeune homme dont j’ai tué le père assez brutalement, et qui revient pour se venger donc, en décimant les membres de mon gang un par un jusqu’à… J’ai dû être convaincant puisque Jimmy m’a ensuite embauché pour un rôle assez voisin dans son

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par Christophe Gargiulo

film Jailbreak en 2017 », explique la star sur le plateau de « Jailbreak » justement. Avant Jaibreak, il y aura « Mind Cage », réalisé par Amit Dubey, autre collaborateur régulier de Jimmy Henderson, et « Price of Love » de Matthew Robinson, deux films produits en langue khmère. Sur le tournage de l’ambitieux film d’action Jailbreak, Savin Phillip nous accueille tout souriant, comme à son habitude. Il vient de tourner une scène de poursuite avec l’actrice française Céline Tran, il est couvert de poussière, mal rasé, et porte un costume blanc bien malmené par les scènes d’action. L'escroc charmeur, qui s’appelle tout simplement Playboy dans le film, est le témoin capital dans une affaire de meurtre, que les policiers

“ Ma notoriété d’acteur est pratique pour récolter des fonds alors je l’utilise pour la bonne cause ” tentent d’extirper d’une prison en pleine émeute… « C’est un film assez éprouvant physiquement, il fait chaud et humide et je cours, je me cache sous un lit, il y a beaucoup de poursuites, pas facile pour moi ». Quant à son rôle, une fois de plus, d’hommes à femmes, l’acteur explique en souriant :

« Playboy est bien plus amusant que Kim Veng (Hanuman), c’est un petit escroc sans envergure mais assez populaire grâce à son succès auprès des femmes, qui se trouve embarqué dans une histoire explosive malgré lui. Ceci dit, vrai que je dois avoir la tête de l’emploi, mais ce n’est pas volontaire, je ne suis pas comme cela dans la vie de tous les jours… » Mais Savin Phillip tient à préciser que : « J’aime mon métier, c’est peut-être pour cela que je me sens prêt à endosser tout type de rôle. La télévision est un bon apprentissage pour cela, on apprend à travailler vite et à s’adapter à tous types de situation, ce qui arrive souvent car les budgets ne sont pas très élevés localement ». Après « Jailbreak », l’acteur hyperactif enchainera avec quatre contrats, deux séries télévisées, une série musicale et quelques vidéo-clips. Mais avant, Savin prendra quelques jours pour ses activités humanitaires. Alors que mes frères, sœurs et mon père ont été tués par les Khmer Rouges, ma mère m’a appris à être généreux, à faire le bien et c’est pour cette raison que je suis assez impliqué avec mon association « Savin Cambodia Project », explique l’acteur. Nous travaillons beaucoup avec les écoles de la province de Siem Reap et les communautés pauvres. Nous fournissons des livres, des bicyclettes, faisons construire des puits… Ma notoriété d’acteur est pratique pour récolter des fonds alors je l’utilise pour la bonne cause, c’est ma petite contribution pour un meilleur Cambodge, conclut-il.

Une des plus grandes forces de Moore… est sa connaissance de l’histoire de l’Asie du Sud-est  ”, indiquait Newsweek lors de la sortie de « Zéro heure à Phnom Penh », un polar de l’écrivain canadien Christopher G.Moore, qui met en scène l’italoaméricain Vincent Calvino, détective privé basé en Thaïlande, et dont l’auteur conte les aventures pour la quatorzième fois.

1990 :

Calvino dans la noirceur de Phnom Penh par Christophe Gargiulo

L'histoire : Au début des années 1990, alors

que les forces de l’APRONUC tentent de ramener la paix dans un Cambodge encore à genoux après plusieurs années de dictature meurtrière et de guerre civile, le détective Calvino tente de retrouver un « farang » (nom donné par les Thaïlandais pour désigner les étrangers), porté disparu à Bangkok, et dont les traces mènent à Phnom Penh. En compagnie de son ami d’école, le colonel Pratt, Calvino enquête dans une capitale où règnent corruption, violence, et prostitution. Au fur et à mesure de son investigation, le détective découvre que le disparu semble être lié à un vol de bijoux qui appartenaient à la famille royale saoudienne. Il s’aperçoit également que son « ami » Pratt en sait peut-être un peu plus que lui mais reste étrangement discret. Calvino ne serait aussi pas le seul à la recherche du présumé voleur de bijoux. « Zéro heure à Phnom Penh » est le seul roman de l’auteur Christophe G.Moore à avoir été traduit en français, et c’est dommage. Comme à son habitude, l’auteur utilise et remixe des contextes historiques authentiques, ici les années 90 à Phnom Penh, et des évènements qui ont réellement eu lieu, comme cette affaire de vol de bijoux de la famille royale

saoudienne, une histoire authentique qui a même perturbé les relations diplomatiques entre la Thaïlande et l’émirat durant plusieurs années. Moore a un réel talent pour dépeindre les atmosphères noires et sulfureuses, c’est d’ailleurs son empreinte : des lieux enfumés et glauques, des filles faciles et perdues, des culs-de-sac interminables, des personnages cyniques et sans scrupules, ça picole, ça fume, c’est noir, avec parfois une touche d’humour… noire. En parfait détective désabusé, Calvino fonce tête baissée dans son enquête, quitte parfois à se mettre dans des situations quasi-inextricables. Tous les ingrédients du genre sont réunis pour faire de cette enquête un polar digne du genre qui flirte parfois avec la peinture sociale : des personnages retors, opportunistes, naïfs ou émouvants, avec bien souvent des vies cabossées, une intrigue qui tient la route jusqu’aux dernières lignes, et une peinture assez proche de la réalité du Cambodge de l’époque, même si l’auteur tend à emmener très souvent ses personnages dans les endroits les plus propices à se laisser embourber ou plumer, laissant supposer que le Cambodge des années 1990 ressemblait seulement à un vaste repère de renégats, d’aventuriers et de criminels.

Avis : Moore à ses aficionados, et parmi eux, un autre adepte du noir, Christopher Minko, le bluesman du groupe KROM à Phnom Penh et dont certaines chansons sont directement inspirées de l’œuvre de son auteur préféré et ami : « Pour ma part, et je pense aussi pour beaucoup d’autres, Christopher G. Moore est le Parrain d’un genre reconnu aujourd’hui sous l’appellation de « Noir d’Asie du Sud-est », qui désigne un style de polar créatif et dont la popularité ne cesse de s’accroitre. Dans le genre détective privé, Calvino est un de mes personnages préférés, dont je me sens parfois très proche… Chaque roman de Moore est une exploration unique des bas-fonds de l’Asie du Sud-est. Moore a un sens de l’observation remarquable de cette région de l’Asie, dont il dépeint avec un talent hors du commun les cultures, les contradictions et les atmosphères. « Zéro heure à Phnom Penh » est un excellent livre qui raconte l’une des premières escapades de Calvino dans le Cambodge des années 1990. Je suis arrivé au Cambodge dans ces années-là et je peux confirmer que l’auteur encapsule parfaitement, avec magnificence et aussi un certain cynisme, l’obscurité qui entourait le Cambodge durant ces temps de graves incertitudes politiques et de violence sournoise. De mon point de vue, une lecture à ne pas manquer ». www.cambodgemag.com

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D E ST I N AT I O N

En route vers

le Pays des Éléphants

par Michael Berg, photographies Chiara Abbate et Michael Berg

M

on épouse et moi, décidons un jour de week-end prolongé, de partir à la découverte du nord, vers les provinces du Mondolkiri et du Ratanakiri. Nous cherchions une destination différente de la plage et éloignée de Phnom Penh. Alors que nous avions décidé de nous y aventurer en voiture, ce fut une grande ballade très agréable, tant pour la découverte que pour les conditions de conduite. Alors en route, à quelques kilomètres de Phnom Penh, nous empruntons l’autoroute 8 ou la circulation est encore relativement

fluide en ce matin de mai. Rapidement, nous nous rapprochons de la frontière vietnamienne. Alors que nous traversons ensuite la ville de Snuol, le paysage agricole change, les rizières et palmiers à sucre qui bordent la route s’effacent alors devant multitude de fermes de poivre et de plantations d’hévéas qui s’étendent sur plusieurs hectares, alignant ces arbres minces prêts à être écorchés par les saigneurs pour extraire ce latex, qui partira ensuite dans les usines de pneumatiques chinoises.

Éléphants du Mondolkiri

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D E ST I N AT I O N

Pendant la majeure partie du trajet, nous avons traversé des petites agglomérations assez semblables à celles rencontrées lorsqu’on voyage vers Sihanoukville ou Siem Reap. Lors d’un arrêt pour faire le plein d’essence, le vendeur m’a annoncé la note, 45 dollars US, en riels… Je ne m’y attendais pas mais apparemment, la dollarisation semble avoir moins envahi cette région, et cette tendance se confirmera durant notre séjour alors que je dépenserai plus de riels en quelques jours qu’en une année entière à Phnom Penh. Il nous aura fallu exactement cinq heures trente pour rejoindre Sen Monorom, la capitale de la province du

Mondolkiri. Nous nous rendîmes alors directement à l’Indigenous People’s Lodge où j’avais réservé un bungalow familial bien que nous ne fûmes que deux. Le prix était le même que pour une chambre double, 15 $ la nuit, et nous avions un espace confortable pour étaler nos bagages. L’endroit est plutôt agréable, très proche de la ville, les chambres sont simples mais proposent une salle de bain privée. Nous étions arrivés en fin d’après-midi et voulions en profiter alors pour aller admirer le coucher de soleil à Dohkrormom Mountain. Nous sommes ensuite partis à Sem Monorom, à la rencontre de Torn, du « Bunong Elephant Project ». Il y a plusieurs projets semblables proposant trekking et balade avec les éléphants dans cette région, mais celui-ci nous avait été fortement recommandé en raison de son sérieux et de son implication avec la communauté locale des Bunongs. De nombreux forfaits différents sont proposés, allant des randonnées dans la jungle de quelques jours avec immersion dans un village local aux simples ballades et baignades de quelques heures avec les doux pachydermes. Torn a bien voulu nous organiser une journée simple, personnalisée avec trekking, visite des cascades suivis d’une rencontre avec les éléphants avant la baignade finale dans la rivière. Pour ce type de journée, il nous faudra débourser 35 $ par personne, les boissons et repas sont fournis et le nombre de touristes est limité à dix. Il n’y a pas de promenades à dos d'éléphants, seulement une rencontre, la possibilité de se baigner avec eux, de se promener avec eux, et de les nourrir. 48

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Après cette longue journée de voyage, nous décidons d’aller prendre quelques verres au Chill on the Rocks. C'est un petit espace, avec seulement deux tables avec des bancs à l'intérieur et quelques autres sur le patio. Tenu par un couple de Suédois plutôt sympathiques et amicaux, Chill on the Rocks se trouve être un arrêt agréable pour un cocktail ou une bière. Les prix sont raisonnables, entre 1,75 $ et 2,5 $ le cocktail, et quelques assiettes de tapas sont aussi proposées. Bien que ce bar propose aussi un menu, nous avons décidé de nous mettre en quête d’un endroit un peu plus spacieux pour diner en ville, et notre choix s’est arrêté, quelques dizaines de mètres plus loin, sur le Hangout. L'espace est plus ouvert et les tables plus nombreuses. Nous avions oublié que les soirées étaient fraiches dans cette partie du Cambodge et, même avec nos pulls nous étions frissonnants et pressés de retrouver notre bungalow, ce que nous fîmes après avoir englouti un diner rapide composé de quelques plats khmers basiques mais bien préparés, curry et nouilles. Le lendemain matin, nous sommes prêts pour notre randonnée. Torn passe nous prendre vers huit heures, et nous partons dans son 4x4 avec plusieurs autres touristes en direction des collines. Après à peine quinze minutes de route, deux groupes de marcheurs sont formés et nous voilà crapahutant en compagnie de notre guide Bunong qui nous explique le long du chemin que son ethnie est la plus représentée dans cet endroit du Cambodge, et que le Khmer est sa deuxième langue. Avec mon khmer plus que basique, la conversation n’en sera que plus facile… La randonnée passe par les collines, puis une vallée où nous traverserons une ferme bunong, avant d’arriver à la jungle de bambous. Durant cette randonnée, la variété de paysages est assez impressionnante et, en parcourant la jungle, nous cherchons des signes de vie sauvage mais ne repérons que quelques marques de griffes sur un arbre, du fumier d’éléphant, et des bambous couchés. Nous demandons à notre guide s’il voit souvent des serpents, il hausse les épaules en déclarant : « Parfois oui, parfois non… », ce qui ne nous rassure pas vraiment. Pour un repas rapide, nous stoppons à proximité d’une petite cascade assez agréable même si l’eau est assez froide.

À quatorze heures, nous joignons enfin l’autre groupe de randonneurs assis autour de la rivière, écoutant les histoires d’éléphant de leur guide alors que d’eux d’entre eux s’ébattent dans la rivière en nous éclaboussant à profusion. Certains d'entre nous font quelques courtes ballades aux cotés des animaux

Le pont swing vu depuis la cascade de Kachan

Cascade de Boo Sra

Cascade de Katieng

plantation est très jolie, avec plusieurs autres arbres fruitiers aux cotés des plans de café, notamment des fruits de la passion. Malheureusement aucune sorte de visite guidée ou d'informations disponibles. Il y a toutefois un restaurant, et nous avons pu nous régaler avec repas khmer très typique, agrémenté d’un excellent café bien entendu. Nous avons ensuite acheté un demi-kilo de fèves d’Arabica à 20 $  le kilo, un peu cher, mais un tel plaisir ne se refuse pas avant de prendre la route du Ratanakiri.

alors que d’autres se portent pour rejoindre les deux éléphants dans l'eau pour leur faire un bon gommage, une excellente façon de découvrir combien ces animaux sont massifs, mais paisibles. Ensuite, nous les nourrissons avec des bananes et de la canne à sucre. Nous les regardons se sécher et nous nous remettons en route. L e    l e n d e m a i n ,   n o u s projetons de partir pour Ban Lung, dans la province du Ratanakiri, mais nous ne sommes pas pressés de partir. La nuit précédente, nous avons dîné avec un jeune couple de Suédois rencontrés lors de notre randonnée, et nous leur avons proposé de nous rejoindre pour découvrir la cascade de Boo Sra, la plus grande de la région. Elle est située à quarante-trois kilomètres du centre-ville dans le district de Pich Éléphant du Mondolkiri Chenda, et la route est assez facile, il ne nous faudra pas plus de trente Adresses utiles : minutes pour nous y rendre. Louer une voiture depuis Cette cascade est très populaire auprès Phnom Penh ou Sieam Reap : des habitants de la province qui en ont https://avis.com.kh/ fait un lieu de pique-nique et de baignade +855 (0)23 884 744 privilégié. Son niveau supérieur est d'environ dix mètres de hauteur et le niveau inférieur Indigenous People's Lodge : baisse de 25 mètres jusqu'à la gorge. C'est http://www.indigenouspeoplelodge.com/ un cadre pittoresque et relativement +855 (0)12 72 53 758 vierge qui permet de prendre de belles photos. À proximité se trouve le village Bunong Elephant Tours : ethnique de Phnong appelé Pichinda qui http://bunongelephantproject.org/ propose également une petite maison +855 (0)97 816 2770 d'hôtes. La cascade n'offre pas d’accès à tous ses niveaux, mieux vaut se contenter d’utiliser la petite promenade pavée qui permet d’accéder à la chute principale et de s’offrir douche vigoureuse et massage à l’eau froide… De retour, nous nous sommes arrêtés à une plantation de café, trois kilomètres avant la ville. La www.cambodgemag.com

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SERVICE

Entre Tuktuks et Taxis par Christophe Gargiulo

Se déplacer dans Phnom Penh est aujourd’hui bien moins facile qu’il y a quelques années alors que le nombre de véhicules, automobiles et motocyclettes a considérablement augmenté. Toutefois, la ville offre aujourd’hui plusieurs options pour ceux qui ne possèdent pas de véhicule ou ne souhaitent pas s’aventurer

à conduire dans les rues encombrées, et parfois infernales de la capitale, en particulier aux heures de pointe. Il existe plusieurs choix, le transport municipal (réseau de bus de la ville), le cyclo-pousse, qui tend à disparaitre, le motodop, le tuktuk et le taxi-meter (taxi à compteur kilométrique), ce dernier étant un service plutôt récent.

LE TUKTUK

L e T a x i - M eter

À l’image des autres services de ce genre disponibles dans toutes les villes du

Quelques informations utiles : Il s’agit d’une remorque transformée

avec des sièges et un toit pouvant accueillir quatre à cinq passagers, tirée par une moto de petite cylindrée. La remorque n’a pas de freins, le freinage est assuré par ceux de la moto. Cependant, le tuktuk se déplace assez lentement et les accidents sont plutôt rares. C’est un moyen de transport agréable qui permet de se promener en ville, d’emporter quelques bagages, idéal pour se déplacer sans être pressé et pour admirer paysages et alentours le long du trajet. Il n’existe pas de tarifs spécifiques et il faut négocier au départ, étape la moins agréable car le nombre de Tuktuk a aussi augmenté, les conducteurs affrontent également la concurrence des taxis et des moto-dops, et ceux-ci peuvent se montrer insistants pour garder un client. À titre d’expérience, nous avons négocié le trajet Monument de l’indépendance-Marché russe (4,5km) pour 10 000 riels (2,5 $) avec un prix de départ à quatre dollars, qui était excessif. Le prix sera aussi différent s’il y a plusieurs passagers, ou s’agit d’une course de nuit. À savoir également que ceux qui stationnent à proximité des hôtels sont souvent plus chers, que beaucoup  ne connaissent les noms de rues, et qu’il est préférable de leur indiquer un monument proche ou d’avoir un plan. Précautions d’usage : emmener un masque pour la pollution aux heures de pointe et poser les sacs et équipements bien calés entre les jambes, c’est à ces heures que les vols à la tire sont les plus fréquents. 50

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monde, le taxi à compteur kilométrique présente bien des avantages : confort, climatisation, prix au kilomètre connu à l’avance et possibilité d’amener bagages ou équipements assez large. Il y a beaucoup de conducteurs qui parlent anglais mais pas tous. Les mêmes précautions sont donc à prendre pour indiquer la destination. En cas de grosse circulation et de bouchons, le taxi est moins flexible que le Tuktuk et il faudra s’armer de patience. Pour le même trajet Monument de l’indépendance-Marché russe (4,5km), à 50 cents le km auxquels il faut rajouter le prix de l’appel, un dollar. La course coûtera donc trois dollars et 25 cents. C’est un peu plus cher que le Tuktuk mais le prix est le même avec plusieurs passagers, en journée ou en soirée.

T uktuk - M eter Il existe depuis peu une alternative à ces deux services, le tuktuk-meter

dont quelques exemplaires commencent à circuler dans la ville. Il s’agit de véhicules fabriqués en Inde, assez compacts, avec des freins arrières, et beaucoup plus petits que leurs concurrents traditionnels. Le prix au kilomètre est de 1200 riels (30 cents environ). La même course coûtera donc un dollar et trente-cinq cents, assurément la moins chère des options.

S’il est facile de trouver des Tuktuk à beaucoup de coins de rue, il existe aussi des services joignables par téléphone : Tuktuk tour Phnom-Penh Téléphone : +855 (0)10 405 086 Pour les taxis à compteur kilométrique  Taxi Meter Phnom Penh Téléphone : +855 (0)18 912 2221 Il existe aujourd’hui des applications mobiles disponibles au Cambodge pour ces types de déplacements : Exnet Taxi pour les taxis (www.facebook. com/exnet.taxicambodia), Go tuk tuk (www.facebook.com/gotuktukCambodia) et PassApp Taxi (www.facebook.com/ passapptaxis) pour les tuk tuks et, tout récemment arrivé sur le marché et en phase d’essai, les UBER. Les prix pour les taxis sont les mêmes, 2000 riels du kilomètre avec Exnet, tandis que, pour les Tuktuk, PassApp Taxi facture 3000 riels le premier kilomètre et 1500 riel le kilomètre supplémentaire.

Quelques expressions utiles : Tourner à droite – bot s’dam Tourner à gauche – bot ch’wayng Tout droit – dtou dtrong Turn back – dtou grao-ee Stop – chop

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N AT U R E

Une fois arrivés dans la vallée de l'Areng, nous sommes partis en bateau

Le crocodile

de Sre Ambel Texte et photographies par Allan Michaud

J'

ai finalement eu l’occasion de filmer le mythique crocodile du Siam une nouvelle fois cette année. Exceptionnellement, j’avais déjà pu filmer ces créatures au début de 2003, sur un lac confluent de la rivière Sre Ambel. C’était alors le tout premier film tourné sur cette espèce en voie d’extinction. Trois ans plus tard, la BBC, qui avait acheté les images me demandait de filmer à nouveau cet animal pour la série « Saving Planet Earth ». Je passais alors dix jours dans ce même endroit de la vallée d’Areng pour ramener quelques images, qui ne seront probablement jamais diffusées car elles n’étaient pas en haute définition. J’avais alors demandé à la BBC de pouvoir acheter quelques secondes mais le prix annoncé à la seconde, 52

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[…] la BBC, qui avait acheté les images me demandait de filmer à nouveau cet animal ”

250 livres sterling, m’a vite découragé. J’ai donc décidé de retenter l’expérience pour obtenir des nouvelles séquences du croco de Sre Ambel. Comme pour bon nombre de mes aventures de tournage, j’ai financé moi-même cette nouvelle expédition de 2017 au cours de laquelle deux guides et deux botanistes m’accompagnaient. Comme d'habitude, j'avais une quantité considérable d'équipements : un très grand sac à dos, un Bergen de 100 litres qui éclatait aux coutures et un grand étui étanche pour les lentilles 500mm. Pour ajouter au plaisir, j'ai également apporté une batterie de voiture de 45amp et ma nouvelle installation solaire 180w, et bien sûr, le drone. Le kit de prise de vues pour ce voyage comprenait deux caméras, trois lentilles, deux trépieds vidéo, mon

vers l'endroit où nous avions l'intention de camper. Finalement le bateau est bien plus pratique pour transporter le matériel que les deux-roues que j’utilise habituellement. Pour garder les guides de bonne humeur, j'ai investi dans une bouteille de Black Label. Personnellement, je ne supporte pas le whisky, mais quand je suis dans la forêt. J'aime une petite tasse d’alcool de riz après le dîner. Le problème est que si vos guides locaux le sentent, tout sera bu en quelques instants. Pour ceux qui ne le savent pas, le vin de riz est une liqueur, tout comme l’Irish Poteen, mais fabriquée à partir de riz. L’alcool peut être vraiment agréable (et très facile à boire), en particulier dans les communautés éloignées où ils sont très fiers de leurs talents de brasseurs et distillateurs. En arrivant au lac, nous avons rapidement établi le campement et je suis parti avec mes assistants pour construire une cache pour le lendemain matin. Dix ans après je me suis dit que le crocodile serait dans la même zone et, j’y ai installé ma planque. Pour être honnête les crocos ne sont pas les créatures les plus excitantes à observer, mais si quelque chose arrive, cela peut être très spectaculaire. Alors qu'ils peuvent passer des mois entre chaque repas, les chances d'attraper une attaque à la caméra sont très minces.

Macbook Pro, un disque dur WD sans fil et un assortiment de batteries, chargeurs et autres accessoires indispensables pour ce type d’aventure. C'était aussi ma première fois que j’utilisais ma nouvelle installation solaire sur le terrain. C'était très agréable d'avoir beaucoup d'énergie disponible, mais, il y a un petit inconvénient... les panneaux pompent environ 400v, ce qui peut très facilement provoquer des décharges mortelles en cas de manipulation hasardeuse. Je devais alors faire en sorte que personne ne les touche sans surveillance. J'ai également pris des articles « de luxe » tels une couverture type hamac pour le camp et une lumière décente pour les soirées. Le luxe absolu. Il ne me manquait donc plus qu’à trouver une méthode pour fabriquer de la glace…

La faune locale, des martins-pêcheurs

J’avais une liste en tête des plans que je pouvais espérer et, à ma grande surprise, j’ai pu obtenir presque tout ce que je souhaitais lors du premier jour. En milieu de matinée de ce premier jour de planque, une troupe de Langurs argentés est arrivée et commença à se déplacer lentement à travers les arbres le long de la rive opposée. Et, surprise, l’imposant reptile est arrivé à peine quelques minutes plus tard en nageant lentement pour se positionner sous l’arbre des singes et suivre leurs déplacements. Cela a duré environ une heure et j'étais ravi de pouvoir filmer ce petit va-et-vient entre les primates et le reptile. Téméraire, j’ai voulu m’approcher avec ma caméra de poing.  J’ai rampé lentement en direction de la rive et j’ai pu tirer encore quelques bonnes séquences.  Le  problème avec les singes est qu’il est impossible de les localiser tous et, si l’un d’entre eux vous aperçoit, c’est l’alerte et la débandade. L’un d’eux m’a vu, a alerté ces congénères qui se sont enfuis dans un joyeux tintamarre de feuilles froissées et de petits cris aigus… J'ai donc passé le reste de la journée à regarder le crocodile qui ne faisait pas grand-chose, et pour cause… Je retournais alors au camp pour demander de l’aide afin de pouvoir dégager quelques arbustes et herbes hautes autour de ma planque, et pouvoir ainsi cadrer le lac et les arbres sans avoir à m’approcher. Une entreprise

peu périlleuse mais durant laquelle nous étions un peu nerveux. Il y a un crocodile de trois mètres dans les environs, c’est un animal timide pour lequel on ne recense aucune attaque, mais s’il s’approche très près et qu’il a faim, les chances d’en réchapper sont plutôt minces. Le lendemain matin, cette foisci, j'ai été récompensé avec une autre troupe de primates, des Macaques à longue queue. Le même manège entre les animaux recommença et je pus encore tirer de bonnes séquences.  J’avais moins de chance le troisième jour, les singes n’étaient pas là, le croco s’ennuyait et moi aussi. Toutefois, je repérai une grande branche à dix mètres de ma planque et je me suis dit que quelques oiseaux devaient s’en servir comme perchoir. Je décidai alors de m’en approcher et d’y construire une cache sommaire à proximité. Ce fut une bonne idée. J’ai pu, les jours suivants, enregistrer quelques belles images de martins pécheurs et de quelques insectes intéressants. Alors discret jusque-là lors de mon business avec les oiseaux, au quatrième jour, le reptile est sorti du lac pour se dorer au soleil, effectuant parfois quelques rotations impressionnantes sur lui-même et s’approchant même très près de ma première planque à deux reprises… Au cinquième jour, je décidais de construire encore un nouvel abri et d’utiliser le drone. La journée fut particulièrement ennuyeuse, il ne se passait rien… Mais à la tombée de la nuit, j’ai pu faire quelques superbes images de martins-pêcheurs. Ma patience était récompensée. Le lendemain, il était temps de partir, j’avais suffisamment de séquences. Ce fut au final une excellente expédition qui m’a aussi permis de tester avec succès mes nouveaux équipements. Avant de prendre la route de Phnom Penh, nous nous arrêtâmes dans un village pour prendre notre premier vrai repas depuis une semaine. Sortir des nouilles pré-cuites et du riz fut un vrai bonheur qui fut aussi largement arrosé avec le stock d’alcool de riz restant. J'aimerais vraiment revenir pour passer plus de temps à filmer, mais il me faudrait trouver quelqu'un souhaitant produire ou réaliser un film sur la vallée d'Areng. En attendant, il est possible de voir quelques images sur le compte Youtube d'Allan Michaud (https://www.youtube. com/watch?v=p4ywNGiEGxQ). www.cambodgemag.com

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P H OTO G R A P H I E

CHRONIQUE

COULEURS & SOURIRES de Phnom Penh photographies de Christophe Gargiulo

Écolière d'un quartier modeste de Phnom Penh

Jeune maman Cambodgienne

Le Cambodge et Phnom Penh en particulier sont des endroits

privilégiés pour la photographie de rue. Visages expressifs, sourires, endroits bigarrés et inattendus, les photographes amateurs et professionnels ne regretteront pas de se promener objectif à la main le long des petites rues qui bordent les grands boulevards. Même si les Cambodgiens acceptent

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Moine bouddhiste

Grand-mères lors d'une cérémonie bouddhiste

facilement de se laisser prendre en photo, respectez leur image et demandez toujours la permission, elle vous sera rarement refusée. Si vous photographiez des enfants ou des vendeuses, faites un échange, achetez leur quelque chose ou offrez-leur un petit dédommagement et, montrez-leur la photo, ils en seront d’autant plus ravis.

Kep, paradis perdu par Jean Bertolino

L'

espace d’un instant leurs filets se déployaient dans l’air comme de larges corolles. Seule une petite route vicinale menait à ce paradis perdu. Je l’ai vainement cherchée dans cet amoncellement anarchique de constructions et cet entassement inesthétique de paillottes balnéaires s’étirant le long de la côte, au bord de la route asphaltée large comme une piste d’aéroport qui laissent présager un aménagement territorial capable d’accueillir un tourisme de masse. À un moment dans un gros bâtiment crémasse à la toiture rouge restaurée dans le style chinois du coin, j’ai cru vaguement reconnaître l’ancienne bâtisse du collège des sœurs qui accueillait jadis les jeunes filles de la bonne société khmère. Je dis bien, j’ai cru car cet édifice n’a pas éveillé en moi l’ombre d’une nostalgie. Peutêtre n’était-ce pas lui ? Peut-être que le vrai à l’abandon m’était caché par les frondaisons ? En revanche de vieux pins parasol arborant leur voute séculaire, au milieu d’un terrain vague jonché de détritus et de sacs de plastique, firent soudain surgir du plus profond de ma mémoire de douces réminiscences. Oui, ici, sur ce terrain vague se trouvait le monastère bénédictin et je m’y revoyais, dans toute la force de mes 23 ans dévorer un appétissant pot au feu au milieu de mes hôtes qui dinaient frugalement en écoutant un des leurs lire un passage des évangiles à l’antienne « En ce tempslà, Jésus disait à ses disciples »… À un moment je n’entendis plus autour de moi de bruit de couverts, ni la voix chantante du moine lecteur. La bouche pleine, fourchette et couteau à la main, je levais la tête de mon assiette. Quinze paires d’yeux me regardaient avec une intensité troublante qui coupa sur le champ mon pantagruélique appétit. Le sang afflua sur

mes joues. Le père prieur se leva. Tous firent de même, moi y compris et après un signe croix les religieux regagnèrent leurs cellules respectives tandis que le père hôtelier me conduisait dans ma chambre qui s’ouvrait sur un balcon d’où l’on pouvait contempler derrières les toupets des cocotiers, l’océan et les fascinantes sanguines du crépuscule. C’est fini. Ne rêvons plus.

La côte d’azur aussi a jadis connu une période paradisiaque avant que le béton

ne recouvre les champs de fleurs et n’enclave de vieux pins parasol entre les murs des hôtels et des résidences qui, à Kep sont en train de sortir de terre et de chambouler l'environnement. Le vieil homme remue ses mélancolies mais tous les jours le monde change, et ici, au Cambodge il change vite comme s’il cherchait frénétiquement à rattraper son retard. Forcément le paysage en souffre. Une urbanisation plus réfléchie eût été souhaitable mais c’est partout pareil. L’appât du gain immédiat produit les mêmes erreurs. On veut aller vite, trop vite au détriment des biotopes que l’homme pressé semble s’entêter à enlaidir. Adieu donc, la Kep fabuleuse de ma jeunesse. Vivaaaa !

Jean Bertolino, légende vivante du petit écran, avec l’émission 52 sur la une, fut correspondant du journal La Croix au Cambodge dans les années soixante. De cette période, le toujours bouillant et énergique journaliste garde une tendresse toute particulière. De temps en temps, celui qui nous a fait rêver tant de fois avec ses voyages et documentaires retransmis sur la petite lucarne, revient au Cambodge et témoigne, souvent avec nostalgie…

Plage de Kep aujourd'hui

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TO U R D E TA B L E

DA N S L A C U I S I N E D E

S LE FCC

au-delà de la carte postale Texte et photographies par Eléonore Sok

S'il y a bien un endroit où le Phnom Penhois féru d’exploration de nouvelles adresses ne pense pas à faire ripaille, c’est le Foreign Correspondents’ Club. Doyen parmi

les restaurants de cuisine occidentale, l’établissement de riverside a ouvert en 1992, après rénovation par des investisseurs hongkongais, attirant correspondants de presse et employés d’ONG. Devenu depuis le « passage obligé » des touristes et amis visiteurs, le FCC n’a pourtant pas perdu ses atouts. Au premier étage, lambris en bois, fauteuils club en cuir, et bar central en U, fleurent bon la nostalgie d’une époque coloniale virile. C’est donc par le cocktail Frontline, un délicat mélange de vodka infusée au poivre de Kampot, jus de passion et piment, qu’on ouvre le bal. En entrée, on est d’emblée séduit par les beignets de crabe - dont on se méfie en général, la faute à une fréquente consistance caoutchouteuse - ici fermes et fondants, leur goût est assez fin pour s’abstenir de la sauce piquante. Les Scotch eggs, des œufs de caille enrobés de chair à saucisses, panés sont aussi savoureux et roboratifs. Sur un mur, un carton narre les excès de Nate Thayer, le dernier plumitif à avoir interviewé Pol Pot, qui n’hésitait pas à jouer de son flingue quand il avait un coup dans le nez. Photos en noir et blanc de la prise de la ville par les Khmer Rouges, extraits d’articles, et même le slogan au dos des tee-shirts portés par les serveurs « I’m part of the legend », finissent d’entretenir le mythe. « Ce n’était pas tant le QG des journalistes qu’un lieu de rencontre 56

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pour tous les expatriés, à une époque où il n’y avait pas beaucoup d’endroits où sortir ; il y avait de gros fauteuils indéplaçables où l ’on pouvait chiller et lire la presse », précise Madeleine, une ancienne journaliste. Des chats serpentent entre les tables et observent l’arrivée des plats ; avec ce temps pluvieux et frisquet, on a opté pour un curry de canard. Copieusement servi, avec la cuisse entière, la cuisson est réussie, et la chair fondante se marrie délicieusement avec une sauce un poil trop sucrée, aux accents d’anis et de cannelle, et ses tomates cerises, aubergines et ananas. Un détail qui n’en est pas un, le riz est bon et parfumé. On picore aussi dans l’assiette d’en face ; des cannellonis de poulet émincé, sauce béchamel, parmesan, sertis de petits champignons et d’huile de truffes au basilic d’un beau vert tendre. À ce stade de la soirée, on s’étale un peu dans sa chaise siglée FCC en écoutant un velouté de jazz, à peine recouvert par les accents anglo-saxons et chinois de nos voisins de tablée. L’atmosphère est douce et agréable pour qui apprécie s’entendre en mangeant. A notre grand dam, il n’y a plus de tarte citron meringuée déstructurée ! On opte donc pour une panna cotta ; si l’on sent peu la coco, et que le coulis de fruits rouges n’est rien de moins qu’une confiture Bonne Maman, le biscuit au sésame relève le tout. Mais le gros titre revient à la crème brulée, nuageuse et acidulée, un régal. https://fcccambodia.com/

a cuisine, il n'y fait que des cafés, c’est donc dans son arrière-cuisine, qu’il a préféré donner rendezvous ; dans sa boucherie-charcuterie de gros, près des quais. À Phnom Penh, ce corrézien de 51 ans est connu pour ses porcs et ses bœufs bios, élevés au bon grain dans une ferme au nord de la ville depuis 2011, qui se retrouvent sur les étals des traiteurs et les meilleures tables du pays. Quand on lui demande SA recette de côte de porc, il lâche : « Oh moi, à la poêle, tic tac dans du beurre »… Vous l’aurez compris, Thierry, la cuisine, il préfère la sublimer que d’en parler. Peut-être parce qu’il a déjà goûté à tout, dans son autre vie, parisienne, où il a bossé dans huit grosses boîtes ; « bois, acier, Adidas… », a enchaîné les business lunch en « costumes Gucci »,

avant de trouver que trop (de boulot, de soirées, de femmes, d’emmerdes) c’est trop ! Il décide de se mettre au vert et atterrit à Bangkok, « un hasard » dit-il, où il ouvre un cyber-café. Puis, il opte pour Phnom Penh et là, coup de foudre. « C’est plat, une ville de sous-préfecture française ! », s’amuse-t-il. Le Cambodge, il pourrait en parler pendant des heures, lui qui aime faire de la sociologie, le fruit de 21 ans en tant qu’élu, adjoint au maire, dans une petite ville des Yvelines aux 61 nationalités. « Ici, j’ai découvert des gens avec une autre culture, qui avaient souffert de la faim, du manque, retrace-t-il. Rien n’est facile pour un expat, il faut s’adapter aux mœurs, au bouddhisme, à la barrière du langage, et ne pas succomber aux sirènes du « péril jaune »(entre autres, alcool et oisiveté). Ici, je suis redevenu humble ». A la Ferme de Bassac, qui produit 150 porcs par mois et emploie une vingtaine de personnes, il s’est fait un devoir « d’élever

socialement » les gens, une valeur héritée de ses deux grands-pères, un radicalsocialiste et un paysan chrétien dont il parle avec tendresse. Thierry aime toujours autant la bonne bouffe, mais ne fait qu’un seul repas par jour, le soir, « et surtout jamais de légumes ! », fanfaronne-t-il, en précisant tout de même qu’il ne fait plus ni diabète ni cholestérol depuis son arrivée. Quand on lui demande s’il y a une spécialité locale qu’il apprécie particulièrement, il répond : le bobor de ma femme ! Thierry est un drôle, un personnage, qui bat du pied en philosophant, plisse des yeux quand il veut être sérieux, houspille son petit monde, checke ses deux portables. « Chez nous, c’est le feu en permanence ! », se justifie-t-il, sous le regard flegmatique de sa femme, qui prend les commandes. A cinq heures du matin, il est en route pour la ferme, où il peut enfin s’adonner à la lecture, « en regarder grossir les porcs », se marre ce néo-rural.

Thierry Pradalet par Eléonore Sok

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PRODUIT DU CAMBODGE

Le Nhor, fruit miracle par Dinunna Chhay

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e noni est un fruit exotique qu’on trouve sur les îles du d’être mis au repos quelques semaines. Toutefois, ce type de pacifique, en Asie du Sud-Est, en Australie et en Inde. préparation tend à disparaitre, les jeunes générations préférant les Autrefois connu sous le nom de Nono ou Pomme-chien en saveurs plus sucrées des mangues et des noix de coco, ou encore Tahitien, il est aujourd’hui largement reconnu pour ses nombreuses les sodas industriels. Il est aussi possible de trouver des feuilles de vertus médicinales. On le repère grâce à son aspect de pomme de Noni séchées qui permettent de préparer du thé chez bon nombre terre avec la peau d’un ananas, ce fruit est vert puis jaune, une fois de commerçants du Marché Russe, pour un demi-dollar les deux mûr, sa couleur devient blanchâtre, il est également reconnaissable cent grammes. Il existe une entreprise cambodgienne qui produit par son odeur particulière et son goût amer. du jus de Noni, « Nonikhmer », qui propose le L’avantage du Noni est que tout s’utilise : le litre de Noni à dix dollars, ce qui reste très Sur le marché des fruit, les feuilles, les racines, l’écorce et la fleur. raisonnable par rapport aux jus fabriqués par Le Cambodge est aussi un consommateur produits naturels, le les compagnies étrangères disponibles dans rayons diététiques des supermarchés de de Noni. Les cambodgiens utilisent le Noni Noni est devenu une les la capitale, à des prix parfois exorbitants. connu sous le nom de «Nhor » depuis maintenant deux siècles. Le Nhor est principalement utilisé valeur sûre attisant Sur le marché des produits naturels, le Noni est devenu une valeur sûre attisant bien des comme médicament traditionnel et comme bien des appétits appétits, largement exploitée à grands renforts légume pour la préparation du fameux Amok, de publicité parfois outrancière, et dont la le plat cambodgien par excellence. Pour une utilisation médicinale, les Cambodgiens écrasent l’écorce de valeur des ventes sur le marché mondial atteint aujourd’hui trois l’arbre pour en confectionner une pommade destinée à soulager milliards de dollars. Si vous n’avez pas d’arbres chez vous, et ne souhaitez pas les douleurs musculaires et articulaires. Pour la préparation de l’Amok, seules les jeunes feuilles sont non plus vous ruiner, il vous reste donc l’option du thé au Noni utilisées car, en arrivant à maturité, leur goût devient trop amer. (Marché Russe de Phnom Penh) ou du jus de Noni vendu par Le fruit du Noni est utilisé également pour préparer un jus. La Khmernoni (262 Boulevard Sothearos - Téléphone : 012 844 223 méthode employée est une simple macération du fruit lorsqu’il ou 016 844 223), et qui propose aussi d’autres produits à base est à maturité. Ce dernier est coupé en morceaux, trempé dans de plantes et fruits du Cambodge telles cannelle, moringa, miel l’eau, le mélange est ensuite porté à ébullition puis filtré avant local et corossol.

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GAST R O N O M I E

CHRONIQUE

Où manger khmer, vert, et pas cher ? par Eléonore Sok

Le kruk gâteau khmer par Pascal Medeville

A

Metophum Khmer

Nesat

Eleven Kitchen

Metophum « village natal », ouvert l’année dernière dans le quartier de Tuol Sleng, par Phanida, ancienne du restaurant franco-khmer Le lion d’or, fait redécouvrir aux citadins les saveurs des régions cambodgiennes, du Mondolkiri à Takeo, offrant une large variété de prahok ; fumé, cuit dans une feuille de bananier, à déguster avec herbes et tiges de lotus, des soupes et des poissons entiers grillés. Tout est frais, anamaï (hygiénique) et plein de surprise pour les palais non initiés. Mention spéciale à la soupe de grenouilles aigre douce !

Ouvert par une bande de trois amis le mois dernier à Toul Tom Poung, Nesat « pêche » fait déferler un vent marin sur Phnom Penh. A l’heure du dîner, dans une salle à la déco très sa’at, ouverte sur l’extérieur, on retrouve les incontournables : crabe, crevette, huître, calamar et palourde, à la sauce au beurre persillé, poivre, tamarin ou barbecue, livrés directement de Kampot et Kep tous les jours, ainsi que des plats d’inspiration fusion comme ces spaghettis aux palourdes flambées au pastis, succulent avec un verre de vin blanc à 2,75$.

Après Toul Tom Poung, le petit nouveau a vu le jour au printemps à BKK 1, avec la formule ayant fait son succès : une cuisine simple, saine et pas chère. Ici, fruits et légumes sont à l’honneur, et chaque jour, une formule végétarienne à 3,75 $ est proposée (option viande à 4,75 $), à l’instar de ces rouleaux de printemps à la mangue, curry de tofu aux champignons et dessert de maïs au coco. La propriétaire Soklim Srun a banni le glutamate, et s’attache à promouvoir des produits bios, ainsi que des emballages biodégradables pour le k’chob.

Rue 360, entre la 113 et la 143, à côté de l’Université Beltei Ouvert tous les jours de 10h30 à 14h30, et de 17h à 20h30 Tél : 097 7 686 977

À l’angle des rues 123 et 450 Ouvert tous les jours de 17h à 22h Tél : 070 880 690

Au 37 rue 334 Ouvert du lundi au jeudi de 7h à 21h et vendredi au dimanche de 7h à 23h Tél : 086 619 111

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lors que j’étais en Chine, j’ai vu évoqué dans je ne sais plus quel texte cambodgien un gâteau dont je n’avais jamais entendu parler : le « nom kruk » (នំគក ្រ ់ [nom kruk’]). Dès le lendemain de mon retour à Phnom Penh, j’en ai parlé à Saroeung, notre talentueuse cuisinière, qui avait l’air étonnée que je ne connaisse pas cette friandise, qui semble être des plus communes au Cambodge. Le kruk est une friandise qui, de nos jours,  se  déguste plutôt l’après-midi. Il

s’agit d’un gâteau réalisé à partir de farine de riz (​​​​​​​​​​​​​​​​​​មសៅ ្ អង្ករ [msav angkâr]), additionné éventuellement de farine de riz glutineux (​ម្សៅអង្ករដំណើប [msav angkâr dâmnaeup]), d’un peu de crème de coco (ខ្ទះិ ដូង [khtih dong]), de sel, de ciboulette (ស្លឹកខ្ទឹម [sleuk khteum]) ciselée, et d’eau ; dans la recette traditionnelle, on ajoute également du riz cuit froid (បាយកក់ [bay kâk’], reste de riz cuit de la veille) écrasé. La farine, la crème de coco et le sel (et éventuellement le riz écrasé) sont délayés dans de l’eau de façon à former une pâte un peu épaisse. La cuisson se fait sur une plaque métallique comportant des orifices semisphériques (appelée អំបែង [âm baèng]). On met la plaque à chauffer, on tapisse chacun des orifices d’une pellicule d’huile, et, lorsque la plaque est bien chaude, on verse la pâte. La face supérieure de la pâte est garnie de quelques brins de ciboulette ciselée. Notons que certains préfèrent intégrer directement la ciboulette dans la pâte. Une fois le dessous des demi-sphères

de pâte bien doré, on détache une demisphère sur deux, et on vient les placer audessus en-dessus des demi-sphères restées dans les orifices de la plaque. On poursuit la cuisson, en retournant les sphères de façon à homogénéiser la cuisson, et on obtient au final le gâteau « kruk ». Les kruk sont servis avec une sauce trempette (ទឹកជ្រលក់ [teuk tjroluk’]) sucrée-salée, confectionnée à partir de fumet de poisson (ទឹកត្រី [teuk trey]), de lait de coco, de sucre en poudre, de vinaigre (ទឹកខ្មះេ [teuk khmèh]). Certains ajoutent aussi de l’ail haché et du piment. J’ai cherché à connaître l’origine du nom de ce gâteau.  En effet, mes dictionnaires disent que le mot « kruk »(គ្រក់), soit désigné spécifiquement ce gâteau, soit est l’onomatopée d’un grésillement (comme le bruit produit pas une pipe à eau, qui se dit justement ខ្សៀគ្រក,់ ខ្សៀ signifiant « pipe »). J’ai trouvé un article en khmer proposant trois étymologies : 1. Selon certains, le mot « kruk » serait à prendre au sens de l’onomatopée, et illustrerait le grésillement produit par la pâte versée sur la plaque chauffée et huilée.

2. Selon d’autres, le mot « kruk » aurait une origine dialectale. Il signifierait alors « matin », et ce gâteau se serait appelé « kruk » car il était à l’origine préparé et dégusté le matin. 3. Selon d’autres encore, «kruk » serait le nom d’un génie régissant le lac Tonlé Sap, les cours d’eau environnants, et les basses terres. Ce génie aurait été appelé « kruk » car, en dormant, il produisait un ronflement formidable, et le mot « kruk » serait alors une onomatopée reproduisant le son de ce ronflement. Les paysans de la région, pour s’assurer la bienveillance du génie, lui faisaient des offrandes de nourriture. Mais comme ils étaient pauvres et ne disposaient que de peu de riz, ils prirent l’habitude de confectionner des gâteaux à partir des restes de riz cuit. Ce gâteau se serait appelé à l’origine « gâteau donné en offrande au génie Kruk », abrégé en « gâteau kruk ». Notons enfin qu’il y a en Thaïlande un gâteau appelé « khanom krok » (ขนมครก), assez ressemblant, mais confectionné à partir de noix de coco râpée, et résolument sucré. Retrouvez d’autres articles de Pascal Medeville sur ses blogs www.sinogastronomie.wordpress.com et www.khmerologie.wordpress.com www.cambodgemag.com

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V I V R E AU C A M B O D G E

La question des Visas

À la frontière avec le Vietnam  1. Bavet international checkpoint : Moc Bai, Vietnam – Svay Rieng, Cambodge 2. Kha Orm Sam Nor international checkpoint (« Chau Doc crossing ») : Ving Xuong, Vietnam – Kandal, Cambodge 3. Phnom Den international checkpoint : Tinh Bien, Vietnam – Takeo, Cambodge 4. Trapeang Phlong international checkpoint : Xa Mat, Vietnam – Kampong Cham, Cambodge 5. Ha Tien international checkpoint : Xa Xia, Vietnam – Prek Chak, Cambodge 6. O’Yadaw international checkpoint : Le Tanh, Vietnam- Ratanakiri, Cambodge 7. Trapeang Srer international checkpoint : Binh Phuoc, Vietnam – Kratie, Cambodge 8. Banteay Chakre international checkpoint : Binh Phu, Vietnam – Prey Veng, Cambodge

À la frontière avec la Thaïland

Pour passer d’un pays à l’autre, pour traverser une frontière, il faut un passeport en état de validité, et un visa, c’est la règle commune. Naturellement cette règle générale est sujette à beaucoup d’exceptions : ou bien on simplifie ou bien on supprime ces formalités comme le font les pays de l’Union européenne, ou bien on les complique (pour les journalistes par exemple, il n’est pas facile d’entrer en Corée du Nord). On s’en tient ici au cas le plus général : pour les Français venant au Cambodge, il faut avoir un passeport en règle et un visa. Ce visa peut s’obtenir en France facilement à l’ambassade du Cambodge. Les étrangers qui arrivent au Cambodge sans visa peuvent l’obtenir à leur arrivée à l’aéroport.

par Alain Gascuel

Coût Comptez 35 $ pour un visa Tourisme et 40 $ pour un visa Ordinaire ou Visa E class. Le visa Touriste ne peut être renouvelé qu’une seule fois pour une durée d’un mois, contre la somme de 45 $. Ensuite, pour transformer le visa touriste en un autre visa, le visa ordinaire Class E par exemple, il faudra sortir du pays et demander le visa souhaité. Pour le visa ordinaire Class E, il est possible de demander une prolongation, dont le coût est de : trois mois (81 $), six mois (165 $), un an (295  $). Le délais pour obtenir ces visas est d'environ une semaine. Catégories Il y a quatre catégories pour le visa Class E : visa EB ou business pour ceux qui travaillent au Cambodge, le visa EG pour ceux qui cherchent un emploi, le Visa ER pour les retraités et le visa ES pour les étudiants. Toutefois, ces différentes catégories tardent à être mises en place et seul le visa Class E « global » est délivré pour le moment. Le visa class K est destiné à ceux qui ont de la famille cambodgienne. C’est un visa valable à vie et gratuit, mais il faut des documents officiels pour prouver les liens familiaux. Le visa class B s’adresse à ceux qui travaillent dans une ONG. Il ne peut être obtenu qu’une fois sur le territoire. Il faut donc entrer au Cambodge avec un visa Class E et obtenir ensuite un transfert avec les documents fournis par votre ONG. Le visa pour enfants : avant septembre 2016, il y avait un tarif réduit pour les enfants, c’est fini. Les enfants doivent aujourd’hui avoir le même visa que les parents. Il peut y avoir de petites différences de tarifs selon le lieu (agence ou bureau de l’immigration) où vous faites la demande, mais ces différences sont faibles. Il est aussi possible d’obtenir un visa 62

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tourisme online à 40 $, e-visa online payable avec une carte visa ou une carte master : www.evisa.gov.kh/

Quels endroits ? Il est possible d’obtenir un visa à l’arrivée dans les trois aéroports internationaux, Pochentong, Siem Reap et Sihanoukville et aux frontières terrestres ci-contre (cf.tableau page 63). Retard Attention, les retardataires sont punis : dix dollars par jour de retard. Si le retard dépasse trente jours, il faut s’adresser à l’Immigration Office, qui peut exiger une sortie du Cambodge. Libre ensuite à ce retardataire, s’il veut revenir, d’obtenir depuis l’étranger un nouveau visa. En projet : visas multi-pays Un visa deux royaumes : un visa commun pour le Cambodge et pour la Thaïlande devrait voir le jour en 2017. C’est d’une grande logique puisque beaucoup de touristes, de visiteurs passent d’un pays à l’autre, notamment les Européens, les Américains… qui de toute façon font escale à Bangkok en attendant des lignes directes Europe ou Amérique - Cambodge. Visa ACMECS : pour les ressortissants de 35 pays, il sera valable pour les cinq pays suivant Thaïlande, Cambodge, Vietnam, Laos, Myanmar. Il est également prévu un visa ASEAN qui contribuera à faciliter les relations entre les 10 pays membres.

1. Cham Yeam international checkpoint : Hat Lek, Thaïlande – Koh Kong, Cambodge 2. Poipet international checkpoint : Aranyaprathet, Thaïlande – Banteay Meanchey, Cambodge 3. O’Smach international checkpoint : Chong Jom, Thaïlande – Oddar Meanchey, Cambodge 4. Chong Sa Ngam/Choam international checkpoint : Si Sa Ket, Thaïlande – Oddar Meanchey, Cambodge 5. Prom international checkpoint : Ban Pakard, Chantaburi, Thaïlande – Pailin, Cambodge 6. Ban Laem/Daung international checkpoint : Chantaburi, Thaïlande – Battambang, Cambodge

et du permis de travail Tous les étrangers qui travaillent au Cambodge doivent avoir un permis de travail en plus de leur visa E, « business visa », de 3, 6 ou 12 mois. Il n’est pas possible d’utiliser un visa T (Tourisme) celui-ci doit être changé en visa E (Travail).

L'obligation d’un permis de travail, qui figure dans la Loi du Travail de 1997 et la Loi sur la Sécurité sociale de 2002, jusqu’ici peu ou pas appliquée, a été rappelée conjointement par le ministère du Travail et de la Formation professionnelle et par le ministère de l’Intérieur en juillet 2016. Ce texte mentionne aussi une « carte d’emploi » délivrée par le ministère du Travail. Il rappelle en même temps les sanctions prévues pour qui ne se conformerait pas à la loi : une amende qui peut atteindre 180 dollars, de la prison jusqu'à 3 mois, une amende de 100 $ par an, et jusqu’à l’expulsion du pays. Dans la pratique, indique une étude de DFDL, cabinet d’experts et de consultants, reprise par une publication d’Eurocham « Getting started in Cambodia 2017 », la plupart des grandes sociétés connaissent cette loi et l’appliquent. C’est à la direction de ces sociétés qu’il revient de procurer un permis de travail à ses employés. Dans les petites et moyennes entreprises, la loi est

très peu appliquée, soit par méconnaissance, soit par négligence. Le fait est qu’il y a eu jusqu’ici assez peu de contrôles des autorités, par manque de personnel. Qui doit avoir un permis de travail, en plus des salariés ? D’une façon générale :

tous les étrangers travaillant au Cambodge qu’ils soient salariés ou non. Mais il existe de nombreux cas particuliers. Les membres des ONG : oui. Les volontaires qui travaillent sans rémunération : non. Les retraités qui ne sont pas salariés : non. Les travailleurs individuels rémunérés : oui. Un investisseur, qu’il soit salarié ou non : oui. Un travailleur qui n’a en 3 ans travaillé que 6 mois, sans permis de travail : il doit 100 $ par an à titre rétroactif, à compter à partir de son premier visa T. Vous travaillez au Cambodge, vous n’avez pas de permis de travail, et vous ne vous sentez pas menacé ? Il vaut mieux par prudence vous en procurer un, observe l’auteur du texte de DFDL, pour éviter d’éventuelles complications.

Pour obtenir un permis de travail, il suffit de vous rendre au Ministère du Travail et de la Formation Professionnelle, muni de votre contrat de travail, de votre passeport et d’un visa en règle, de quatre photos d’identité et d’une attestation de résidence (contrat de location). Sources : DFDL et EuroCham Cambodia. Ministère du Travail et de la Formation Professionnelle : 110 Boulevard de la Fédération de Russie, Phnom Penh +855 (0)23 884 375 www.mlvt.gov.kh Il est également possible de soumettre une application en ligne : fwcms.mlvt.gov.kh

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I N F OS P R AT I Q U E S

Représentations et associations

françaises et francophones au Cambodge Beaucoup de Français, en vacances ou avec l’intention de s’installer, pensent que l’ambassade et le consulat de France sont les seuls recours lors de petits soucis ou même pour de simples demandes de renseignements. Si l’ambassade et le consulat peuvent être consultés, il est utile de rappeler leurs prérogatives et de mentionner qu’il existe de nombreuses associations françaises et francophones, et des chambres de commerce susceptibles de faciliter le séjour ou l’installation de ceux qui ont choisi le Cambodge

comme pays d’accueil ou d’opportunités commerciales. Il existe également plusieurs forums francophones en ligne très actifs, et susceptibles de répondre à des demandes de renseignements concernant un voyage, l’installation ou tout type de séjour au Cambodge, sur le réseau social Facebook : Forum francophone du Cambodge, Siem Reap Infos, Forum francophone de Sihanoukville, Francophones à Phnom Penh, La communauté française au Cambodge, Français et Francophones du Cambodge.

Association locale : AEFC

Créée en 2008, l’Association d’Entraide des Français au Cambodge a pour objectif de venir en aide aux Français du Cambodge en grande difficulté, familiale, morale ou financière. L’AEFC peut, sous certaines conditions, fournir une aide financière pour les Français en situation de rupture. Tél : +855 (0)17 908 905 Email : aefc@aefcambodge.com www.aefcambodge.com/

Association locale - Phnom Penh Accueil L'ambassadeur représente la France auprès du pays où il est

accrédité, il y met en œuvre la politique extérieure de la France et veille à la mise en place des programmes de coopération. Il a également un rôle de représentation officielle auprès des autorités du pays d’accueil. Sous l’autorité de l’Ambassadeur, le Service de Coopération et d’Action Culturelle (SCAC) agit dans plusieurs secteurs : coopération non gouvernementale, gouvernance, santé, développement durable, coopération technique, éducative, universitaire, sportive, action artistique et audiovisuelle, établissements scolaires à programme français.

Le consul est en charge de la protection et de l'administration

de ses concitoyens. Son action concerne donc les Français, résidents ou en vacances. Une bonne partie du travail consulaire est administrative : l'établissement des documents officiels et la tenue de l'Etat civil à travers les listes consulaires. Un autre rôle du consul est le soutien aux concitoyens qui ont des déboires sérieux avec la justice du pays d’accueil, ainsi que la surveillance de la légalité des procédures judiciaires, en théorie. Le consul peut demander une accélération de la procédure judiciaire et assister au procès en qualité d'observateur, mais ne peut intervenir dans le cours de la justice locale. Il arrive parfois que le consul intervienne à titre de conciliateur pour des différents sérieux entre Français afin d’éviter une escalade du conflit. Il est évident toutefois qu’il doit s’agir de litiges sérieux, n’attendez pas une intervention du consul pour une dispute de voisinage…

Ambassade de France & Consulat Addresse : 1 Boulevard Monivong Blvd (93), Phnom Penh Tél : +855 (0)23 430 020 kh.ambafrance.org/ 64

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La Chambre de Commerce et d’Industrie France Cambodge

(CCIFC) a été créée en 1998 pour promouvoir les rencontres professionnelles et les échanges entre entrepreneurs français et cambodgiens. La CCIFC s’adresse donc essentiellement au milieu des affaires. Elle travaille également à promouvoir les échanges commerciaux et les investissements entre la France et le Cambodge et favorise les relations entre les communautés d'affaires européennes, françaises et cambodgiennes. Adresse : 30 Boulevard Norodom Boulevard, 3ème étage, Bâtiment BRED Bank, Phnom Penh Tél : +855 (0)23 989 209 www.ccifcambodge.org/

La Chambre de Commerce Européenne au Cambodge

a ouvert ses portes en juin 2011 avec le soutien des trois organisations européennes fondatrices : la Chambre de commerce franco-cambodgienne (CCIFC), l'Association des entreprises britanniques au Cambodge (BBAC) et l'Arbeitskreis Deutsche Wirtschaft (ADW). EuroCham travaille àpromouvoir les intérêts des entreprises européennes opérant au Cambodge, en facilitant l'entrée de ces entreprises européennes sur le marché, et en créant un vaste réseau de soutien entre les entreprises et ses membres. Adresse : 30 Boulevard Norodom Boulevard, 3ème étage, Bâtiment BRED Bank, Phnom Penh Tél : +855 (0)23 964 141 www.eurocham-cambodia.org/

Phnom Penh Accueil est une association créée en 2001 afin d’accueillir et de faciliter l’installation des francophones à Phnom Penh. Au travers de nombreuses activités et rencontres, sa mission consiste à faire découvrir le Cambodge, ses traditions et sa culture aux nouveaux arrivants. L’association organise des permanences le vendredi de 8h30 à 11h au café K-West (Hôtel Amanjaya) Adresse : 1 rue 154 (sur le quai Sisowath) Email : phnompenhaccueilbureau@gmail.com phnom-penh-accueil.org/

Association avec réseau : Le Lions Club de Phnom Penh

Association caritative, active dans le soutien de projets de santé et humanitaires. Adresse : 50 rue 148 Phnom Penh Tél : +855 (0)92 429 722 www.facebook.com/LCPPFrancophone/

Association locale : Anvaya

Anvaya est une association francophone créée par des Franco-Khmers visant à faciliter le retour et l’accueil au Cambodge des descendants de la diaspora khmère établie à l’étranger. Adresse : 1er étage, 20b rue 282, Phnom Penh Tél : +855 (0)89 715 524 Email : contact@anvaya.info www.anvaya.info/

Association avec réseau : Français du Monde - Association Démocratique des Français à l’Etranger

FDM-ADFE Français du monde-adfe, fondée en 1980, est le projet de Français vivant à l’étranger, porteurs d’une vision progressiste. Leur ambition : rassembler leurs concitoyens désireux de rester informés de la vie culturelle, politique, économique et sociale de la France, et aussi d’approfondir les liens avec le pays d’accueil. Tél : +855 (0)97 740 80 80 Email : contact.fdmcambodge@gmail.com www.francais-du-monde.org www.facebook.com/francaisdumondecambodge

Association avec réseau : Union des Français de l’Étranger

Fondée en 1927, l’Union des Français de l’Etranger est un réseau qui regroupe des Français et des francophones à travers le monde. Elle leur assure un lien privilégié avec la France, défend leurs intérêts et leur apporte soutien et entraide au quotidien. Fondée en 1927, elle compte plus de 170 représentations animées par des bénévoles. Adresse : 50, Rue 148-Angkor International Hôtel -PNH Tél : +855 (0)92 429 722 Email : ufecambodge@gmail.com www.ufe.org www.cambodgemag.com

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À L A DÉCOUVERTE DU FRANÇAIS

ANUWAT

Culture française, expressions et astuces pour parler comme un Barang… par Eléonore Sok

En marche !, « ni de droite ni de gauche ». Diplômé de philosophie et de sciences politiques, Emmanuel Macron a ensuite intégré la très réputée École nationale d’administration (ENA). Puis, mettant la politique entre parenthèses, il a travaillé pendant quatre ans à la banque Rothschild, devenant millionnaire grâce à des opérations juteuses. Son baptême du feu politique, il l’a fait en 2012 aux côtés des socialistes, lorsqu’il est nommé secrétaire général adjoint de l’Élysée. Propulsé ministre de l’Économie en 2014, il s’est fait connaître grâce à la « loi Macron », une réforme de tendance libérale. La vie privée d’Emmanuel Macron a fait parler les langues de vipères pour son côté anticonformiste : il est marié à son ancienne enseignante de théâtre, Brigitte Trogneux, de 24 ans son aînée, et il n'a pas d'enfants.

Emmanuel Macron. Source Palazzo Chigi - Flickr

Q

ui est le nouveau président Français ? En mai dernier, Emmanuel Macron, 39 ans, est devenu le plus jeune président français de l’histoire. Inconnu il y a trois ans, le nouveau locataire de l’Élysée a rallié 66 % des voix des Français, malgré un taux d’abstention record de 24,4 %. Pour ses partisans, il incarne le renouveau et fait souffler un vent d’optimisme sur une classe politique sclérosée. Pour ses pourfendeurs, c’est plutôt un stratège machiavélique qui a su appliquer les techniques du marketing à sa campagne politique. Le chouchou des médias a gravi les échelons à grande vitesse. Se présentant comme un candidat antisystème, il a crée son propre parti politique en 2016,

PROGRAMME DE L’ÉDUCATION NATIONALE FRANÇAISE E N S E I G N E M E N T B I L I N G U E F R A N Ç A I S /A N G L A I S CLASSES À PETITS EFFECTIFS - ACTIVITÉS VACANCES

Lexique Locataire de l’Elysée : périphrase utilisée pour parler du Président de la république qui siège au Palais de l’Elysée Partisan : favorable à… •  Sclérosé : immobile, incapable d’évoluer • Pourfendeur : personne qui tue, met à mal ou ici critique fortement Machiavélique : diabolique et astucieux, vient des idées de l’auteur italien Machiavel Gravir les échelons : évoluer progressivement • Antisystème : qui est contre le système politique l’ENA : cette grande école forme la classe dirigeante • Mettre entre parenthèses : laisser quelque chose de côté pour un moment (Opération) juteuse : rentable, qui fait du profit • Baptême du feu : dans le jargon militaire c’est le premier combat Langue de vipère : personne qui aime dire du mal des gens • Anticonformiste : qui s’oppose aux normes, aux usages établis

Jeu

L’expression

Complétez les phrases avec les homonymes : voix, voie, vois, voit, voient a. Dans les journaux télévisés, on…  beaucoup de gens mécontents. b. Pour certain, la…  d’Emmanuelle Macron était toute tracée. c. « Tu…  Brigitte, les Français ont envie d’y croire », aurait soufflé Emmanuel à sa femme le soir de la victoire. d.Vingt millions de Français ont donné leur…  à Emmanuel Macron. e. Ses électeurs…  en Macron le renouvellement politique.

Les dents qui rayent le parquet : Variante de l’expression « avoir les dents longues », qui au XIVème siècle est synonyme de « avoir très faim », elle signifie depuis avoir une ambition démesurée, des dents si longues et si acérées qu'elles peuvent rayer le sol.

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a.voit ; b.voie ; c.vois ; d.voix ; e.voient

Solution :

CAMBODGEMAG | Juillet 2017

INSCRIPTIONS OUVERTES DE LA TOUTE PETITE SECTION DE MATERNELLE AU CM1 École maternelle et primaire. Enseignement bilingue dès 2 ans.

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67


P L U M E AU X L E C T E U R S

Cambodge Mag donne la plume à ses lecteurs sur le thème « Aimer le Cambodge », le but étant de recueillir les impressions de ceux qui visitent régulièrement le Cambodge, qui y sont nés ou qui s’y sont installés durablement. Lors de l’inauguration de cette rubrique CambodgeMag a interrogé le Prince Ravivaddhana Monipong Sisowath, homme d’arts et de culture, homme élégant et aussi profondément amoureux des belles choses de la vie et du Cambodge.

Bar à salades, entrée, plat principal, dessert, un verre de vin et café ou thé

Prince Ravivaddhana Monipong Sisowath : J’aime la vie et les bonnes choses de la vie

CM Vivez-vous au Cambodge, depuis quand ? Non, je vis en Italie mais je viens dans le royaume plusieurs fois par an, le plus souvent possible. CM Comment êtes-vous arrivé au Cambodge ? J'y suis né, et je suis parti alors que j’étais enfant en 1972. C’est une blessure de mon père, le prince Neak Ang Mechas Sisowath Samyl Monipong, alors officier de l’armée royale durant la guerre civile, qui va provoquer le départ de la famille vers Paris en 1972. Nommé ensuite attaché militaire à Paris après sa guérison, mon père installera définitivement la famille dans la capitale française. Je suis revenu au Cambodge la première fois pour organiser un séminaire sous l'égide des Nations Unies. C’était en 2000, j’avais 30 ans. CM Quelle est votre activité professionnelle ? Je suis consultant dans le domaine de l'aide humanitaire, de la culture et de l'éducation. CM Pour quelles raisons aimez-vous le Cambodge ? C'est mon pays natal, une part de moi, de mon identité et de mon âme. Lorsque j’étais enfant, ma mère tenait précieusement à mon éducation cambodgienne, c’était un souhait fort, mais, paradoxalement, alors qu’avançait la destinée tragique du pays, j’ai aussi vécu les traumatismes de ma mère et, quelque part, le Cambodge me manquait profondément car je le vivais intensément sans y vivre physiquement. 68

CAMBODGEMAG | Juillet 2017

CM Quels sont vos loisirs ? Musique, cuisine, astrologie, j’aime la vie et les bonnes choses de la vie. À ce sujet, je ne me définirais pas comme un épicurien, plutôt comme un hédoniste. J’ai eu la chance, hors le contexte des conditions de l’exil et de la tristesse liées au sort de mon pays durant mes jeunes années, d’avoir été merveilleusement entouré, par des gens qui m'ont inculqué l’amour du beau, du bon et de l’élégance. J’avais un grand-père très au fait des arts de la table et j’y ai pris goût, tout comme j’adorais les plats khmers que me préparait ma mère. Enfant, j’ai pris quelques cours de musique mais, au-delà de ces détails autobiographiques, je crois que le fait d’avoir été entouré par des gens raffinés, tant au sein de ma famille que dans mes relations amicales et même professionnelles, a largement contribué à mon attirance pour les arts et les plaisirs de la vie. CM Que souhaitez-vous pour l’avenir du pays ? Mon vœu le plus cher est de voir la paix perdurer de manière stable, afin de rassembler les conditions nécessaires à un développement durable dans la continuité de la tradition khmère. Une meilleure répartition des chances pour la jeunesse cambodgienne dès le plus jeune âge, l'accès à l'éducation et l'accompagnement dans la recherche d'emploi avec un salaire correspondant aux compétences, favoriser aussi le développement de la campagne cambodgienne avec la création de pôles éducatifs et de culture pour parvenir à dispenser le meilleur enseignement dans tous les domaines et créer ainsi les fondements de l'Excellence de la Société Cambodgienne de demain. CM Une anecdote à raconter ? Quand je reviens au Cambodge, on me prend très souvent pour un Thailandais ou un Malaisien parce que j'utilise des mots qui correspondent au vocabulaire de l'Ancien Régime. Cela me fait sourire et j'essaie d'apprendre à parler comme il faut dans le Cambodge de 2016… J'ai un peu de mal mais en multipliant les séjours dans leur fréquence et leur durée, j'ai l'espoir d'accomplir une intégration plus complète dans le but de mieux servir mon pays.

#162 Norodom Boulevard, Phnom Penh +855 (0) 81 333 279 | +855 (0) 15 821 888 reservation-topaz@thalias.biz | www.topaz-restaurant.com | fb.com/topaz.restaurant www.cambodgemag.com

69


I N F OS P R AT I Q U E S

Cambodge :

Quelques informations pratiques et utiles Pour ceux qui se rendent pour la première fois au royaume du Cambodge, il est recommandé de prendre quelques précautions pour rendre le séjour plus agréable et aussi éviter d’éventuelles déconvenues.

Alimentation

Électricité au CambodgE

Téléphone

Ne boire que de l’eau en bouteilles et éviter

230 V, 50 Hz. Prises de type A (2 fiches) et C

De la France vers le Cambodge, composez le

les fruits et légumes crus. Il y a beaucoup de

(comme en France, sans prise de terre). Par

00 855 + le numéro à 8 chiffres. Du Cambodge

restaurants de rue et de marché au Cambodge,

précaution, mieux vaut se munir d’un adaptateur.

vers la France composez le 0033 + numéro

si vous souhaitez tenter l’expérience, il est

(sans le 0 initial).

préférable d’inspecter rapidement l’hygiène

Langues parlées

des lieux et la fréquentation, s’il y a beaucoup

Le Khmer. L’anglais est parlé dans les grandes

Vaccinations - santé

de monde, cela veut dire que le restaurant est

villes et la plupart des hôtels. Beaucoup de

Paludisme : un traitement antipaludéen

populaire, que les client sont satisfaits et en

Cambodgiens de la génération d’avant-

est conseillé. La dengue est présente au

bonne santé.

guerre parlent le français.

Cambodge. Il est donc recommandé aux voyageurs de se prémunir contre les piqûres

Climat

Monnaie

de moustiques. Il est également conseillé

Le Cambodge est sous l’influence d’un

La monnaie officielle du Cambodge est le riel

d’être à jour des vaccinations usuelles en

climat tropical à saisons alternées. Les pluies

même si le dollar américain est, en réalité, encore

Europe (tétanos, typhoïde, hépatites...). Le

s’échelonnent de mai à novembre. Près de 80 %

la première monnaie du pays. Les riels sont

vaccin de la fièvre jaune n’est pas obligatoire

des précipitations de l’année tombent durant la

utilisés pour les petits achats, le reste se paie

pour les touristes venant d’Europe, d’Amérique

saison des pluies, causant d’importantes crues

en dollars américains. Il est possible de changer

du Nord ou d’Océanie, mais il sera exigé si

du Mékong. Les températures s’échelonnent de

les dollars et euros en riels dans les banques,

vous avez effectué un séjour préalable en

25-30° en saison sèche à plus de 35° en saison

dans les bureaux de change, dans quelques

Afrique ou en Amérique du Sud.

des pluies. Les mois d’avril et mai, cumulant

hôtels… Les cartes de crédit sont acceptées

chaleur et humidité peuvent être assez difficiles,

dans les grands hôtels, les grands magasins et

VISA

pensez à vous hydrater et éviter les heures trop

les restaurants de luxe. Il existe maintenant de

Retrouvez nos conseils sur les visas page 62.

chaudes, de 11h à 15h. La meilleure période

nombreux distributeurs automatiques où il est

pour voyager est de novembre à mars.

possible de retirer de l’argent.

Comportement

Pourboires

Les touristes doivent se conformer aux

Le pourboire ne fait pas partie des traditions

recommandations des agences de voyages

du Cambodge, mais comme dans toutes les

locales et accepter la présence d'une escorte

régions touristiques, vous pouvez donner une

pour certains sites dans le nord (mines).

gratification à votre chauffeur, votre guide ou

Le Cambodge a aussi ses exigences : se

le porteur de vos bagages si vous êtes satisfait

déchausser à l'entrée des pagodes, éviter

de leurs services.

de toucher

la tête des enfants, ne pas

s'énerver en public. S’il y avait une certaine

Se déplacer

tolérance vis-à-vis de la consommation de

La circulation dans Phnom Penh est un

drogues douces, la répression s’est fortement

challenge fortement déconseillé sauf à être

accentuée puis janvier 2017 et, les peines

un excellent conducteur et un habitué des

peuvent être très lourdes.

rues de la capitale. Pour vous déplacer dans la

Contacts utiles Police : 117 ou 118 Samu : 119 Hôpital Calmette (Phnom Penh) +855 23 42 69 48 Institut Pasteur du Cambodge +855 23 42 60 09 Samu de l’hôpital provincial de Siem Reap +855 63 76 11 19 Naga Clinic (médecin francophone) +855 23 211 300 ou +855 11 811 175 (urgences) Cabinet Médical Français (médecin francophone) +855 12 634 115

ville, reportez-vous à nos conseils page 50. Les

Décalage horaire

autres destinations touristiques du pays sont

Le Cambodge fait partie du fuseau horaire

bien desservies, par route, air, et même train,

GMT +7  : plus 6 heures en hiver, et plus 5 heures

renseignez-vous auprès de votre agence de

en été par rapport à la France.

voyages ou votre hôtel.

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CAMBODGEMAG | Juillet 2017

Consul honoraire à Siem Reap +855 92 993 502 Consul honoraire à Sihanoukville +855 966.495.960 www.cambodgemag.com

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