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FRATERNIPHONIE LE JOURNAL DE L’ASSOCIATION FRANCOPHONIE AVENIR - A.FR.AV Parc Louis-Riel - 2811 chemin de Saint-Paul, 30129 Manduel - FRANCE Site : www. francophonie-avenir.com - Chaîne-vidéos : www.youtube.com/user/afrav01 PREMIER TRIMESTRE 2010 La place misérable réservée à la langue française lors de la cérémonie É d’ouverture des Jeux de Vancouver D en février dernier, a confirmé ce que nous savions déjà : le Canada est un I pays anglais. Si le Canada, une confédération formée de dix provinT ces et de deux territoires, a donné de O lui une image anglaise, il est pourtant un pays officiellement bilingue R français-anglais, adhérant tout à la fois au Commonwealth britannique I et à l’Organisation Internationale de Francophonie (OIF). A la Rappelons, tout de même, que le L bilinguisme canadien n’est pas dû au hasard et qu’il n’est pas dû, non plus, à un cadeau généreux que le Canada anglais ferait à la langue française, il repose sur le fait que les deux peuples fondateurs de cette entité sont issus de la France et de l’Angleterre, la France ayant été la première nation à coloniser et à organiser ce territoire durant plus d’un siècle et demi sous le drapeau de la Nouvelle-France, puis sous le drapeau des Canadiens français qui, depuis 1763, sous occupation anglaise, ont maintenu seuls, contre vents et marées, et héroïquement, la flamme de leurs ancêtres francophones. Si la reconnaissance officielle du français au même titre que l’anglais aurait dû être la règle dans ce pays aux deux nations fondatrices — ce qui aurait permis au français de se développer sur le même pied d’égalité que l’anglais —, ce n’est pourtant que dans les années mille neuf cent soixante-dix, sous l’impulsion du Premier ministre de l’époque, M. Pierre Elliott Trudeau, que le Canada devint officiellement un pays bilingue français-anglais. Quarante ans après cette officialisation, la réalité du bilinguisme canadien « ad mari usque ad mare », devise en latin du Canada, qui signifie « d’une mer à l’autre », pour dire que le Canada s’étend de la côte Atlantique à la côte Pacifique — ils ont pendu Louis Riel pour ça ! —, eh bien, quarante ans après la loi sur le bilinguisme, la seule chose que l’on puisse constater, c’est que la proportion des francophones au Canada, et même au Québec, province où ils sont largement majoritaires, n’a cessé de diminuer. En effet, tous les sondages le montrent : la langue française, au Canada, perd du terrain année après année. La réalité est donc là : le Canada anglicise, il anglicise ses immi-

« La foi qui n’agit point, est-ce une foi sincère ? », grants, grossissant ainsi toujours davantage la masse des anglophones, il assimile à l’anglais les minorités francophones dispersées partout dans le pays, et, comble de tout, il mène un travail de sape contre les francophones majoritaires du Québec, les obligeant à être toujours sur la défensive pour le respect plein et entier de leur droit linguistique. Arrivée trop tard, somme toute, l’officialisation du français au niveau fédéral n’a donc pas permis à la langue française au Canada de

Racine

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bilingue au Canada, est vite devenu synonyme d’un bon francophone qui parle anglais ! Que faire alors pour ne pas céder à la pression assimilatrice, pour ne pas baisser les bras, pour ne pas se jeter avec sa langue dans le trou noir de l’anglosphère ? Partant du principe que l’avenir d’une langue est dans la possibilité qu’elle nous offre de pouvoir, à travers elle, vivre, travailler et prospérer, il semble donc évident que pour pouvoir vivre, travailler et prospérer en français, aujourd’hui et demain, il faut d’abord, et avant tout, côtoyer des francophones. Il faut donc se débrouiller pour trouver un terreau favorable à la langue française, un endroit où le français sera majoritaire, ou du moins respecté, et non noyé dans un océan de locuteurs plus ou moins hostiles. La solution paraît donc se situer, tout simplement, dans la Francophonie, un ensemble, rappelons-le, de plus de 55 pays, ayant en partage la langue française, un ensemble qui, selon l’ONU, pourrait atteindre 600 millions de locuteurs d’ici 2050, bref, un ensemble, qui dans le contexte actuel de la mondialisation de l’économie et des échanges, semble être parfaitement adapté. Si le jeu de ceux qui veulent angliciser le monde est de tourner systématiquement les populations vers tout ce qui est angloPierre Elliott Trudeau (1919-2000), saxon pour les persuader ensuite que sans anglais rien n’est possible, alors le jeu de fédéraste canadien, ceux qui ne sont pas d’accord avec cette adepte du bilinguisme colonial au Canada façon de voir les choses, sera d’informer où le bon bilingue, c’est d’abord ces mêmes populations qu’il y a d’autres un bon francophone qui parle anglais. mondes, et notamment, pour nous, francocroître et de se développer. Le bilinguisme phones, celui de la francophonie. étant un rapport de force entre deux langues, Si la clique des fédéralistes canadiens, entre deux groupes de locuteurs, pouvait-il comme la clique des européistes français, être réellement équitable, dans ces condi- préfère imbiber d’anglais la population tions, pour les francophones ? Il est bien clair francophone par le biais d’un bilinguisme à qu’instaurer un tel système dans cette partie- sens unique plutôt que de lui ouvrir les là de l’Amérique où les anglophones sont portes de l’Espace francophone qui lui perproches des 300 millions de locuteurs, tandis mettrait de voir le monde autrement qu’en que les francophones n’en représentent plus anglais, alors à nous de travailler pour que qu’à peine 10, risquait de tourner, inévitable- cette porte s’ouvre. Oui, à nous de travailler ment, en faveur des anglophones. M. Trudeau pour sortir la Francophonie de l’ombre dans savait forcément cela, son bilinguisme insti- laquelle les angliciseurs ont tout intérêt à la tutionnalisé était donc en fait un cadeau em- maintenir, à nous de dire, haut et fort, et poisonné à destination des Canadiens fran- partout, que l’avenir de notre langue réside çais leur faisant croire qu’on s’occupait en dans la Francophonie, et non dans un bilinhaut lieu de l’avenir de leur langue, tandis guisme de type colonial, comme au Canaque pour travailler, vivre et prospérer, on da, où, dans les faits, seul l’anglais Page 1serait FRATERNIPHONIE No 59 leur demandait, au nom du bilinguisme, de obligatoire. basculer dans l’autre langue. Bref, un bon Le Président de l’A.FR.AV


Opération « Pécresse, l’anglomane » Comme promis, durant la campagne électorale des élections régionales de mars 2010, nous avons distribué, un peu partout en Île-de-France, notre tract « Pécresse, l’anglomane » (voir Fraterniphonie n°58, page 4). Nous remercions fortement en cela Mme Noëlle Vesser, de Provins (membre de l’A.FR.AV) et M. Denis Griesmar, de Paris (Membre du FFI, Forum Francophone International) qui ont distribué nos tracts dans la Capitale, aux sorties du métro, à l’Opéra, dans le XVIe arrondissement, sur les marchés, notamment, puis même à Versailles, le fief de l’infâme Pécresse. Nous remercions également les responsables des revues « La Braise et l’Étincelle », « Lectures Françaises » et le site « Impératif français » d’avoir fait écho de notre action. Nous remercions aussi Mme Brigitte Laval, Mme Élisabeth Lambert, M. Jean-Pierre Busnel et tous ceux qui ont participé de près ou de loin à la diffusion de notre tract. Comme prévu, 500 tracts environ sont partis par voie postale de Manduel en direction de l’Île-de-France à des adresses ciblées (journalistes, syndicats étudiants et ouvriers, librairies, etc.) et des milliers de courriels avec le tract indexé furent envoyés également, et, notamment un exemplaire à chaque sénateur, à chaque député et à chaque conseiller régional, pour tenter de les faire réagir sur le sujet. Bref, à travers l’ « Opération Pécresse, l’anglomane », nous avons fait, nous semble-t-il, un travail important d’information, en dénonçant clairement, sans langue de bois, haut et fort, et au grand jour, la mise en place de l’anglais en France. Force a été de constater, hélas, que les politiciens, sans exception, sont restés muets à nos dénonciations et accusations. Aucun média n’a également relayé notre opération. Bref, on se demande si ceux qui dénoncent l’abandon de la langue française en France au profit de l’anglais, existent aux yeux des gens de pouvoir, qu’ils soient politiciens ou patrons de presse. En tout cas, leur silence est bien révélateur de tout le mépris qu’ils portent pour la langue du peuple, un peuple qu’ils sont pourtant censés, selon le cas, représenter ou informer. Tout le monde l’aura compris, du moins nous l’espérons, à travers l’ « Opération Pécresse, l’anglomane », ce qui nous intéressait avant toute chose — et même avant le sort de Pécresse, la traîtresse —, c’était que l’on parle dans les médias et dans la sphère politique, du comment et du pourquoi de l’anglicisation de notre pays. Nous voulions, tout simplement, que le débat s’ouvre sur cette question de fond, mais le sarKophage de plomb, qui a enrobé notre action, a fait qu’il n’y a pas eu, hélas, de débat sur le sujet. Soit, l’infâme Pécresse n’a pas été élue, — mais les sondages l’avaient prévu, comme ils avaient prévu que le non moins infâme Jean-Pierre Huchon le serait, un Jean-Pierre Huchon qui, signalons-le pour information, a écrit dans son livre « De battre ma gauche s’est arrêtée », aux pages 142 et 143 : « Je me sens plus Européen que Français (…), il m’est facile d’ima-

giner l’Europe directement branchée sur les régions, et les régions sur les communes regroupées sur l’intercommunalité (…), je n’ai pas d’attachement national (…), je n’aurais aucune difficulté à vivre dans une patrie qui serait l’Europe avec une patrie secondaire qui serait la région (…), la nation, je ne crois pas en son avenir ». Autre-

Non à Pécresse,

l’anglomane !

ment dit, la région Île-de-France a pour élu un anti-Français, un sieur qui, au Québec, serait traité de fédéraste patenté, un traître à la Nation souveSOMMAIRE raine et un traître, bien sûr, à la langue française.  Éditorial : Le Canada et le bilinguisme. Voilà où nous en somm es arrivés : Pécresse, l’anti langue française s’est pré Opération « Pécresse, l’anglomane ». Fiction : Hier,  Opération « Ne pas se laisser endormir sentée à l’élection sans qu’elle ait eu à à la Tour Eiffel, par l’anglais ! ». répondre de ses trahisons linguistiques, et les Escaladeurs Intrépides de  Pour des états généraux de la langue Huchon, l’anti-Français, le vrai faux sol’Afrav ont encore agi. française et de la Francophonie. cialiste, a été élu ! Il est beau Puisqu’ils font semblant de ne  Le bo est mort ! le paysage politique franpas voir nos tracts, nos autocol Le français maltraité. çais ! lants, nos journaux, nos vidéos,  Les Victoires de la musique 2010. Quoi qu’il en soit, nous ne somnos pétitions, nos lettres, alors  Une lumière s’est éteinte, Jean Ferrat mes pas abattus pour autant, bien au contraire ; et voir ces parasites travaillons l’idée d’avoir un jour est mort. nous motive encore plus notre équipe d’Escaladeurs IntréL’incroyable saga et les conséquences prospérer, à chercher le bon produit qui assai- pides, pour aller mettre sous leurs de la perte de l’Amérique française. nira la situation. fenêtres et à la vue de tous, Plus que jamais notre combat est Faits français dans l’Ouest canadien. de gigantesques banderoles aux un combat de salubrité publique. Préparation au bilinguisme néocolonial. Quelle belle mission ! couleurs de la résistance

Ce n’est pas un débat, c’est un combat ! La langue française à Bruxelles. Page 2

Régis Ravat Président de l’A.FR.AV FRATERNIPHONIE No 59

linguistique et du refus de se faire angliciser !


Opération « Ne pas se laisser endormir par l’anglais ! » Nos cousins du Québec ont peut-être 20 ans d’avance sur nous pour le combat linguistique. En effet, alors que nous étions très peu nombreux pour distribuer le tract « Pécresse, l’anglomane » sur l’Île-de-France, les militants québécois pour la langue française, eux, lorsqu’ils vont protester, se déplacent par cars entiers. Un exemple à méditer ! Manifestation contre une enseigne en anglais sur le sol québécois La Coalition Québec français, qui compte au nombre de ses membres, Impératif français, la Fédération des Travailleurs du Québec, la Confédération des Syndicats Nationaux, la Société nationale des Québécois, le Réseau de Résistance du Québécois, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et le Mouvement Montréal français dénonce, le manque de respect envers la langue française d’une entreprise dont l’enseigne « Sleep Country » est en anglais. En effet, contrairement à ceux des autres régions du Québec, qui arborent tous le nom « Dormez-vous ? », les établissements de cette entreprise installés dans l’Outaouais, région québécoise proche géographiquement d’Ottawa, la capitale fédérale du Canada, affichent sur leur façade la dénomination anglaise «aSleep Country ». La Coalition Québec français composée d’organismes syndicaux et de défense de la langue française a réuni, au courant du mois de février, ses partisans pour aller manifester devant un magasin « Sleep Country Canada », celui de la ville de Gatineau, en Outaouais. La manifestation a été présentée, sous forme d’un reportage de 13 minutes, au journal télévisé de Radio-Canada, le 27 février. La Coalition Québec français signale que d’autres entreprises anglophones ont fait place à des versions françaises quand elles se sont installées au Québec, y compris dans la région de l’Outaouais. On donne notamment en exemple Bureau en gros (Business Depot), L’Équipeur (Mark’s Work Wearhouse), Poulet frit Kentucky (Kentucky Fried Chichen), Queues de castor (Beaver Tail) et le Village des valeurs (Value Village). Une question de respect « Nous déplorons que la direction de Sleep Country Canada n’ait pas encore compris que le Québec est entièrement français. (…) Si elle ne comprend pas le message que nous lançons aujourd’hui, les consommateurs québécois, eux, comprendront qu’il n’y a pas, dans les commerces, que Sleep Country ou Dormez-vous. Ils pourraient très bien aller se procurer des matelas ailleurs », a laissé tomber le porte-parole de la Coalition et président d’Impératif français, Jean-Paul Perreault. « Nous sommes indignés que « Sleep Country » déquébecquise l’Outaouais. Nous avons déjà trop de difficultés en Outaouais avec le respect du droit de travailler en français sans avoir en plus à supporter l’arrogance d’une entreprise qui s’affiche en anglais, alors que partout ailleurs au Québec, elle le fait en français », a ajouté le représentant de la Fédération des travailleurs du Québec, Dino Lemay. « Le statut du français au Québec est l’affaire des citoyens et organismes de la société civile de toutes les régions. Par leur vote économique, les citoyens pour le français peuvent constituer un pouvoir de pression considérable », a renchéri le président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, Mario Beaulieu.

Départ en autocar de Montréal pour Gatineau où, là-bas, d’autres manifestants sont attendus. Porte-voix, drapeaux, long cortège, voilà qui, forcéme nt, ne passe pas inaperçu. Difficile, dans ces conditions pour les politiciens et les médias de faire la sourde oreille au problème soulevé ; difficile pour eux de le couler sous une chape de plomb !

Ah ! si nous avions pu faire de même devant le siège de campagne de l’infâme Pécresse !

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Pour des états généraux de la langue française et de la Francophonie Merci à M. Albert Salon, président d’Avenir de la Langue Française (ALF) et du Forum Francophone International (FFI), de nous nous avoir invités à la conférence de presse qu’il a organisée pour demander officiellement, avec 16 autres associations, que le Gouvernement organise les « états généraux de la langue française et de la francophonie ». Cette conférence a eu lieu dans le cadre du Salon du Livre à Paris, le mardi 30 mars 2010. Merci à Mme Noëlle Vesser qui a bien voulu nous représenter à cette conférence.

Avant-propos :

— le réseau encore magnifique d’écoles françaises, d’instituts, centres culturels, alliances françaises, d’extension mondiale et de haute qualité, perd constamment de ses ressources d’État depuis plus de 20 ans, alors qu’il est un remarquable vecteur d’influence de la France ; — la Francophonie organisée (O.I.F.) stagne en fait depuis 10 ans, sans impulsion politique et sans croissance réelle des moyens de sa coopération multilatérale et de ses actions de solidarité. Symbole révélateur : son drapeau est inconnu parce qu’occulté… — l’Union européenne est devenue en fait le fourrier zélé de la langue et des intérêts anglo-américains jusque dans ses relations avec les pays francophones africains, et plus encore avec ses membres européens et leurs ministères, obligés de traiter en anglais les documents de travail, alors qu’ils devraient avoir le courage de les renvoyer à Bruxelles, en application des textes fondateurs de l’U.E. * les 16 Associations porteuses : - Alliance Champlain (Nouméa, Nouvelle-Calédonie www.alliance-champlain.asso.nc) ; - Associations francophone d’Amitié et de Liaison (AFAL - 19 rue Bergère - 75009 Paris - www.association-afal.org ) ; - Association FRancophonie AVenir (A.FR.AV - 2811 ch. de Saint-Paul - 30129 Manduel - www.francophonie-avenir.com ) ; - Association internationale francophone des Aînés (AIFAFrance - abs AG2R - 35 bd Brune - 75014 Paris) ; - Association pour la Promotion de la francopho nie en Flandre (APFF - Spreeuwenlaan 12 - 8420 De Haan - Belgique www.francophonie.be/ndf) ; - Association pour la sauvegarde et l’expansion de la langue française (ASSELAF - 22 rue François Miron - 75004 Paris www.asselaf.fr ) ; - Avenir de la langue française (ALF - 34 bis rue de Picpus 75012 Paris - www.avenir-langue-francaise.fr) ; - Comité du 9 mars 2009 (syndicats-associations pour le droit des travailleurs de travailler dans leurs langues nationales. Pour la France : abs ALF - 34 bis rue de Picpus) ; - Cercle littéraire des écrivains cheminots (CLEC - clec.uaicf.asso.fr) ; - Défense de la langue française (DLF - 222 avenue de Versailles - 75016 Paris www.langue-francaise.org) ; - Forum francophone international France (FFI-France, abs d’ALF - 34 bis rue de Picpus - 75012 Paris - www.avenir-languefrancaise.fr ) ; - ICEG (2 rue Appel - 75012 Paris www.asso-iceg.fr) ; - Impératif français, (CCP 449 - succ. Aylmer Gatineau - Québec - J9H 5E7 Claude Hagège à la www.imperatif-francais.org) ; conférence du 30 mars, Le Français en Partage (LFP - 25 bd Arago a conclu en disant, à - 75013 Paris, - lefrancaisenpartage.blogspot.com ) ; propos de l’anglais - Respublicanova (www.respublicanova.fr omniprésent, (Paris) et www.jeuneciceron.fr) ; « maintenant, - Union des Poètes francophones (UPF c’est la guerre ! » www.yves-fred.over-blog.com).

Toutes nos associations se réjouissent de voir, en mars, français et Francophonie à la Une des médias : 40e anniversaire du traité de Niamey, Semaine de la Langue française et Salon du Livre. Mais nos associations constatent que : — l’enseignement « d’une langue étrangère » dès les petites classes - en pratique du seul anglais - est imposé aux enfants de France ; — l’enseignement secondaire offre de moins en moins d’autres langues que celle du dollar ; — l’enseignement supérieur français s’anglo-américanise à un rythme accéléré depuis quelques années ; — les pressions se multiplient depuis vingt ans sur nos chercheurs pour faire de l’américain la seule langue de leurs publications et colloques en France, les mettant ainsi à la remorque et sous la coupe de la recherche et de gros intérêts anglosaxons ; — la chanson en anglais noie de plus en plus les artistes qui chantent en français, jusque dans les concours et prix nationaux, seul le rap restant à peu près francophone ; — les armées de terre, de mer, de l’air, des pays européens, au nom de l’inter-opérabilité des forces de l’OTAN, emploient l’anglo-américain jusque chez elles entre nationaux ; — les grandes entreprises « mondialisées » imposent, en France et ailleurs, l’anglais comme langue des logiciels et de la communication avec leurs cadres, malgré les réactions, enfin renforcées, des salariés et de leurs syndicats ; — les chaînes de télévision privées et publiques privilégient, aux « JT » du soir, la présentation-promotion (payée ?) de films américains dans de longs entretiens avec des acteurs et réalisateurs anglo-saxons, les affiches de films en anglais n’étant plus guère traduites ; — la protection juridique du français assurée depuis 1994 (loi Toubon) est sans cesse rognée par trop de ses gardiens, jusque dans ses aspects de protection du consommateur, au mépris du principe de précaution ;

Nous noterons que les grands médias, encore une fois, ont soigneusement pris soin de ne pas parler de cette conférence. Pire, France 2 a profité de la présence de Claude Hagège qui s’était déplacé exprès pour assister à la conférence de nos 16 associations, pour l’interroger sur un autre sujet (le concours francomot, un concours pour trouver des équivalents français aux mots anglais qui nous envahissent). Ainsi, le reportage de France 2, le soir

même diffusé sur l’antenne, ne parlait-il pas de la conférence de presse de nos associations, des états généraux de la langue française et de la Francophonie que nous demandions, mais faisait voir Claude Hagège donnant uniquement son avis sur le concours Francomot. Elle est belle, l’information donnée par nos médias ! Page 4

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Communiqué de presse relatif à la conférence Conférence de presse réussie au Salon du Livre pour 16 associations en lutte pour le français et la Francophonie. Claude Hagège l’a conclue par ces mots : « c’est la guerre ! » 16 associations de promotion du français, de la Francophonie, et de la diversité culturelle : 13 françaises, une belge de Flandre, une québécoise, et une internationale (siège à Rome), ont tenu le 30 mars au Salon du Livre de Paris, une conférence de presse présidée par l’écrivain Philippe de Saint Robert et animée notamment par le Professeur au Collège de France Claude Hagège. Elles ont, avec l’approbation massive du public de quelque 240 personnes, démasqué et dénoncé l’offensive de grande envergure menée depuis des années par les « élites » dominantes de droite, de gauche et du centre, contre nos langues, la Francophonie et la diversité culturelle dans toute l’Europe et dans le monde. Dans l’enseignement, les universités, la recherche, la chanson, les entreprises, le cinéma, les médias audio-visuels, et dans l’utilisation de l’Union européenne comme fourrier de la langue et des intérêts anglo-saxons sur le continent et en Afrique. Nos associations constatent que, dans le cas de la France, ces évolutions tendent - au nom du « mondialisme » ou "globalization" à une nouvelle mutation linguistique vassalisante vers l’anglo-américain. Elles estiment que cette mutation forcée, subreptice, mais d’une ampleur impressionnante, dessert les vrais intérêts de la France, de ses voisins, et de leurs peuples au premier chef, et qu’elle justifie que la Nation puisse en prendre une pleine conscience, et s’exprimer à ce sujet d’intérêt vital dans un grand débat national. Les 16 associations demandent donc au Gouvernement français, avec l’accord du public présent, d’organiser des :

« États généraux de la langue française et de la Francophonie ». Elles veulent que soient, en France, clarifiées d’urgence les places du français, des langues étrangères et régionales, et de la construction de la Communauté francophone. M. Albert Salon Président d’ALF et du FFI Le bo est mort ! Courriel : albert.salon0702@orange.fr La RTBF-radio en faisait le titre de sa chronique ce lundi 8 février 2010, à 13 heures, par la voix d’Édouard Delruelle, tant Le français maltraité ! le fait est gros. La dernière locutrice de la langue « bo » est décédée. Jusque « Le Courrier Picard » du vendredi 12 février titre ainsi un artilà, me direz-vous, ce n’est qu’une information parmi tant d’auculet : « Fast-food 100 % provençal ». Déjà, en ces termes, on tres, certes triste, mais bien moins prenante que des massacres, peut affirmer que ce n’est pas « 100 % provençal », puisque génocides ou dégâts des catastrophes naturelles. Pourtant, une l’on utilise l’anglais pour le nommer. Ensuite, dans cette inforlangue qui meurt, faute de locuteurs, c’est une vision du mation qui tient en 12 lignes, on nous annonce que « tout est monde qui s’éteint… Une perte sèche, impossible à réparer. estampillé made in Provence : burgers au steak de taureau, Surtout s’il s’agit d’une langue pratiquée depuis 35 000 ans fada cola et saucisses locales ». Pour couronner le tout, le jourdans les lointaines Îles Andaman, propriétés indiennes au large naliste termine sa prestation en nous informant que l’on trouve de la Birmanie. également un show-room dans ce restaurant. Cette information, c’est l’UNESCO qui la relaie. L’UNESCO Décidément, la restauration rapide est à l’honneur dans ce - Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture (on devrait dire en français ONUESC, mais quotidien. En effet, « Le Courrier Picard » du samedi 13 février bon…) - la même qui a reconnu en 2005 nos Géants et nos Dralui consacre deux tiers de pages, après nous avoir mis en appétit la veille, avec cet articulet de douze lignes. Et là, on nous rebat gons comme patrimoine immatériel, et qui avait déjà mis sur sa les oreilles avec le « rayon snacking », les « sandwiches », les liste nos citadelles et nos beffrois. Bref, une institution sérieuse, « directeurs de marketing », les « cups », les « box », le s’il en est ! « pastabox », le « lunch box », le « pastacup », de « kitchen Eh bien, c’est pourtant une organisation anglomane qui nous box », de « mini-knacks / purée », de « room-service », les informe, triste paradoxe, de la disparition annuelle des langues « tis’up », de « girly cupcakes »… Bref ! un vrai délice, je vous à faible rayonnement ! Un comble ! Là où l’on devrait promouvoir toutes les langues, c’est l’anglais qui écrase tout. On nous assure. annonce simplement, sur le site de l’UNESCO : M. Étienne Parize Écrire pour protester : « This information is not available in French »* (60) Saint-André-Farivilliers Courrier Picard How is it possible ?** À ce tarif, le « bo » risque de ne pas Blogue : http:// & Picardie Matin Publicité être la dernière langue à tirer le rideau ! Prenons garde, francoaquapomu.over-blog.com/ 29 rue de la République phones ! BP 1021 M. Laurent Vandamme Écrire pour protester : 80010 AMIENS Cedex 1 7800 Ath UNESCO - 7 place de Fontenoy Rédaction en chef : Wallonie 75352 Paris 07 SP France Tél. : +33 (0) 3 22 82 60 00 Fax : +33 (0) 3 22 82 60 11 * Cette information n’est pas disponible en français ** Co mment est-ce possible ?

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Les Victoires de la musique 2010 Comme l’an dernier, les Victoires de la musique furent surtout la Victoire de l’anglais. Certainement qu’aux Escaladeurs Intrépides, il faudrait adjoindre aussi une équipe de Colleurs Intrépides, question de placarder sur les affiches des chanteurs français qui chantent en anglais, tout le dégoût qu’ils nous inspirent et de leur faire ainsi de l’anti publicité. La 25e cérémonie des Victoires de la musique a été diffusée le 6 mars au soir par une chaîne de télévision du service public. L'invasion des chansons "nominées" en anglais a été telle, cette fois, que même la grande presse s'en est émue. C'est dire ! À ce propos, je ne peux que reprendre ici les grandes lignes de ce que j'écrivais le 20 avril 2008 relativement au 53e Concours Eurovision de la chanson (pour la première fois, la France était « représentée » par une chanson en ... anglais). Il y eut alors, bien sûr, quelques voix à se faire entendre pour protester, mais seulement parmi les adultes, voire parmi les «aanciens ». Pour les adolescents et les jeunes gens, au contraire, cela était parfaitement naturel, cela allait de soi. Le jeune chanteur concerné avait d'ailleurs dû être bien étonné par cette polémique qui, peut-être, lui avait brusquement fait prendre conscience de l'existence d'un autre monde que celui qui lui est familier et dans lequel il évolue en permanence, celui des « jeunes ». Bon prince, il avait du reste bien voulu faire savoir qu'il allait « rajouter quelques lignes en français dans la chanson ». N'appartient-il pas, en effet, à une culture musicale « moderne » qui a comme terreau la pop anglo-saxonne et non la (ringarde) chanson française d'autrefois, à textes ? L'énorme fossé entre les générations n'a-t-il pas notamment pour conséquence que le souci de faire valoir un héritage, celui de la langue natale par exemple, est désormais parfaitement étranger à bon nombre de jeunes gens ? La grande, l'immense passion des adolescents et des jeunes gens n'est-elle pas la musique, et le rock n'est-il pas devenu leur langage universel ? L'anglais n'est-il pas considéré par ces musiciens, sauf exception, comme la langue unique du rock et de la pop ? Ce chanteur du Concours Eurovision de la chanson 2008 n'était-il pas, comme bien d'autres participants à ces Victoires de la musique 2010 nés avec l'avènement d'Internet et usagers aujourd'hui de ses réseaux sociaux tels Face-book ou MySpace vus dans le monde entier, l'une des figures emblématiques de la «aculture jeune », qui fut la matrice de la grande révolution culturelle du dernier tiers du XXe siècle, dont l'une des grandes particularités est son étonnant internationalisme et cosmopolitisme (c'est pourquoi l'attachement à la langue française est, cela saute aux yeux, on ne le souligne pas suffisamment, une fonction croissante de l'âge) ? Il y a bel et bien, désormais, une culture mondiale de la jeunesse, elle est sous hégémonie anglo-saxonne écrasante et ce phénomène est d'une importance considérable (et pas seulement sur le terrain linguistique). Quant aux médias télévisés, qu'ils soient publics ou privés, financés par des annonceurs dont les jeunes consommateurs sont la cible privilégiée et auxquels ils s'adressent toujours prioritairement, voués, pour des impératifs commerciaux, à la satisfaction des prédilections juvéniles et à l'entretien du culte de la jeunesse, pour qui le style de vie adolescent montre la voie à l'ensemble de la société, en permanence soucieux du « rajeunissement » de leur audience, ils ne peuvent bien évidemment qu'accorder la plus grande « couverture » possible à des événements d'une telle importance. M. Jean-Pierre Busnel Président de l'Institut André Busnel contact@iab.com.fr Page 6

Ici Charlotte Gainsbourg et Izia Higelin, toutes deux Françaises, toutes deux ayant remportées une Victoire, mais toutes deux chantant en anglais.

Ignorons-les, puisqu’elles ignorent notre langue ! Nous n’avons pas pu, hélas, enregistrer les Victoires de la musique. Dommage, car nous aurions aimé faire une vidéo du passage où M. Gildas et Mme Lumbroso se plaignent du trop d’anglais parmi les chanteurs en lice. Si vous avez cet enregistrement, merci de nous le communiquer. Parmi les 4 albums nommés pour l’album « Révélation de l’année », 3 étaient en anglais. Les deux journalistesprésentateurs qui devaient remettre le trophée, Philippe Gildas et Daniela Lumbroso, ont dit à l’antenne — ce qui est très rare de la part de gens de médias —, leur étonnement de voir tant de chanteurs français chanter en anglais.

Les consciences se réveilleraient-elles ? En fait, 45 % des prestations d'artistes se sont faites en anglais, selon le relevé de l'animatrice de Radio-Canada, amoureuse de la chanson en français, Monique Giroux, présente sur les lieux du gala.

Une vraie défaite, en vérité, pour la langue française ! Félicitons tout de même ceux qui ont chanté en français et notamment, une très charmante québécoise, Cœur de Pirate, qui a rempo rté le prix de la « Chanson originale de l’année » avec « Comme des Enfants ». « Quand j’entends des jeunes artistes en France chanter en anglais, alors qu’ils ne seraient même pas capables de se débrouiller dans le métro de New York, j’ai le goût de pleurer », a confié au Journal de Montréal, l ’auteurcompositeur et interprète Robert Charlebois.

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Une lumière s’est éteinte, Jean Ferrat est mort Samedi 13 mars 2010 à l’hôpital d’Aubenas, en Ardèche, à 15 kilomètres de sa maison d’Antraigues-sur-Volane, Jean Ferrat est mort. Durant sa carrière, il a chanté merveilleusement Aragon et a porté haut la chanson française par la qualité de ses textes, de ses mélodies et de sa voix de velours. C’était aussi un militant engagé pour la cause humaine, fidèle à sa parole, à ses amis, à ses idées et à sa terre. Très tôt, il a quitté Paris, non pas pour aller s’exiler chez les Angliches, chez les Amerloques, ou pour aller au pays des banquiers, non, mais pour s’installer en Ardèche, au cœur de la France profonde com m e pour mieux l’entendre… respirer. En juillet 2009, nous avons réalisé une petite vidéo pour dénoncer le grand nombre d’enseignes en anglais des magasins de la ville de Nîmes. Pour illustrer cette balade dans la ville, nous avions mis, en musique d’accompagnement, la chanson de Jean Ferrat En haut d’la fiche, une chanson de circonstance où il dénonce l’anglicisation. La vidéo peut être vue sur : www.youtube.com/user/afrav01 Voici les paroles de la chanson En haut d’la fiche : Le 8 janvier 2002, dans le journal Le Monde, Jean (paroles et musique de Jean Ferrat) La langue française a fait son temps Paraît qu'on n'arrête pas l'progrès Que pour être vedette à présent Il vaut mieux chanter en anglais Et moi et moi pauvre de moi Qui me tais depuis si longtemps Faudrait qu'je fasse gaffe à tout ça 45% des chansons Que je m'reconvertisse à temps étaient en anglais J'ai pris la méthode assimil aux 25e Victoires My tailor in the pocket Pour avoir l'air comme les débiles de la musique D'arriver du Massachusetts 2010 ! Pour être encore en haut d'l'affiche Faudrait qu'je susurre en angliche Si j'veux coller à mon époque Il me faut braire en amerloque Singing in the rain, Singing in the train, Singing my heart Singing in the woods, Singing in the blood, it is not the tarte Le show-business il aime pas ça Y a p't-êtr' quand même un avantage À cette évolution sans frein On pourra chanter sans entrave Quand les gens n'y comprendront rien « Ne laissez Pour être encore en haut d'l'affiche J'pourrai susurrer en angliche pas s’éteindre Si je n'veux pas finir en loque Je pourrai braire en amerloque la petite flam(refrain) me vacillante J'entends les copains ricaner Que j'ai plutôt l'accent manouche de la chanson Ils sont jaloux d'mon p'tit succès Quand j'ai d'la bouillie plein la bouche d’expression Grâce aux sondages indiscutables française », Dans l'âme du Français moyen Il paraît que nos responsables Jean Ferrat, Savent tout du goût de chacun Plaire à tout l'monde et à personne janvier 2002 C'est pas donné à n'importe qui N'allez pas croire qu'ils s'en tamponnent S'ils nous transforment en colonie Pour être encore en haut d'l'affiche J'commence à penser en angliche Quand j'aurai le feeling ad hoc Ça va faire mal en amerloque (refrain)

Ferrat lançait un cri d’alarme pour la chanson française. Une tentative pour lever la chape de plomb qui pèse sur une bonne partie de la création française. Voici un extrait de ce qu’il a écrit :

Qui veut tuer la chanson française ? Oui ou non, le service public a-t-il pour mission (entre autres) d’informer de la création contemporaine en respectant la diversité des genres, des styles, des écoles ? On se pose beaucoup la question, ces temps-ci, à propos du cinéma. Eh bien, moi, je voudrais la poser brutalement, la question, à propos de la chanson française. (...) Il faut que les présidents des sociétés audiovisuelles sachent ; il faut que le Président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel sache ; il faut que la Ministre de la Culture sache ; il faut, enfin et surtout, que le public sache avec quel mépris on peut traiter, dans les médias publics, la chanson. (...) Est-ce qu’ils se rendent compte que les petits marquis qui font la loi dans la programmation réduisent totalement au silence des pans entiers de la création française ? Ont-ils conscience de cette aberration : dans notre pays dont on peut écrire l’histoire en chanson, le seul fait de prononcer actuellement ce nom vous ferait passer pour un homme des croisades ? Est-il venu à leurs oreilles que, s’il est bon de s’enrichir des musiques et des cultures du monde, nous sommes un certain nombre à dire non au rouleau compresseur, au monopole imposé du métissage totalitaire et du raz de marée anglo-saxon ? Enfin, ne croient-ils pas que l’exception culturelle qui a sauvé le cinéma français et dont certains veulent la disparition devrait aussi s’appliquer à la chanson ? (...) Ils existent ceux qu’ils ne connaissent pas, ils vivent, ils écrivent, ils chantent souvent depuis des années, en France, à Paris même, les héritiers des Couté, Bruant, Rictus. Oui, messieurs, ils chantent dans ces petits lieux aléatoires en subissant comme au XIXe siècle : en faisant la quête ! Qu’ils aillent donc les écouter, les voir ces vrais auteurs, ces vrais créateurs condamnés au silence sur leurs ondes. J’allais dire sur nos ondes. S’ils sont dignes par eux-mêmes, ils ont le droit eux aussi d’être reconnus, dignes d’exercer leurs art et d’être diffusés normalement. Ne laissez pas s’éteindre la petite flamme vacillante de la chanson d’expression française. Elle résiste. À vous de la préserver, de la transmettre. Vous en avez non seulement le pouvoir, mais le devoir. Jean Ferrat

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tendu du sort des armes semblable à celui de Frédéric II). Cette défaite calamiteuse de l’Histoire de France scella, bien avant Waterloo, le destin du français dans un continent américain plein de promesses, et par la suite, en Europe, comme on le voit aujourd’hui. La France laissait à leur sort les 70000 Français qui s’étaient valeureusement battus à environ un contre dix et cédait alors à l’Angleterre, la Nouvelle-France, c'est-à-dire le Canada, la vallée de l’Ohio, la rive gauche du Mississipi, sauf la Nouvelle-Orléans, ainsi que la plus grande partie des Antilles. Ainsi, le français était chassé d’une terre qui allait devenir un des centres mondiaux des affaires. L’anglais, appuyé sur un rivage de l’Atlantique aux États-Unis et sur l’autre à la Grande-Bretagne, devenait la langue des relations entre les continents. Or c’était là, la véritable universalité, et cette universalité était perdue pour le français. Rivarol, dans son célèbre Discours sur l’Universalité de la langue française à l’Académie de Berlin en 1784, n’aperçut pas mieux que ses contemporains les signes annonciateurs du déclin. Louis XVI, pour se venger du catastrophique Traité de Paris, pour couper le cordon ombilical entre les États-Unis et l’Angleterre, et non pas pour la liberté ou les beaux yeux de l’Amérique, comme le croient les naïfs, conclut, le 6 février 1778, une alliance avec les insurgés d’Amérique qui grâce à La Fayette, aux troupes de Rochambeau et à l’excellente flotte de l’amiral de Grasse obligèrent le général anglais Cornwallis à capituler à Yorktown, le 19 octobre 1781. En 1783, le traité de Versailles reconnait l’indépendance des États-Unis. Mais là encore, nouvelle injustice de l’histoire ! La Fayette, malgré l’indiscutable et décisive victoire française fit preuve de suffisance et ne poussa pas, alors que beaucoup y songeaient, à l’adoption du français, langue universelle de l’époque, comme langue officielle des États-Unis. Le comble et le paradoxe de la malchance fut, après le traité de Versailles, l’afflux au Canada de loyalistes britanniques en provenance des États-Unis, qui provoquèrent une infiltration britannique dans le Canada juridiquement anglais depuis le traité de Paris de 1763, mais exclusivement peuplé de Français ; ces arrivants barrèrent définitivement dans l’Ontario, la route d’expansion à l’Ouest des Canadiens français. En effet de 1763 à 1783, l’immigration britannique constituée de commerçants avait été peu marquée au Canada. En 1763, au traité de Paris, l’Espagne avait reçu les territoires de la Louisiane situés à l’Ouest du Mississipi, ainsi que la Nouvelle-Orléans, en compensation de la perte de la Floride qu’elle avait donnée aux Anglais. En 1800, le traité de San Idefonso signé entre l’Espagne et la France restitue le territoire de la Louisiane aux Français, en échange d’une promesse d’une principauté en Italie pour le duc de Parme. Contrairement à la croyance populaire, Bonaparte n’a pas vendu la Louisiane de gaieté de cœur et d’une façon insouciante, mais bien au contraire pour des raisons tactiques et géopolitiques complexes à l’égard des États-Unis et de l’Angleterre et surtout parce qu’il ne pouvait plus défendre la Louisiane, suite à l’échec de l’expédition et à la mort de son beau-frère, le général Leclerc, qui, avec 20000 hommes décimés par la fièvre jaune, ne parvint pas à faire de Saint-Domingue (aujourd’hui Haïti) la base arrière sûre dont il avait besoin pour défendre la Louisiane, objet d’attaques possibles, tant des États-Unis que de l’Angleterre. La première étape du rétablissement de l’Empire français en Amérique passait par la reprise de l’île tombée aux mains de Toussaint Louverture. L’intention première de Bonaparte était bel et bien de constituer un empire colonial français en Amérique, le général Claude Victor ayant même rassemblé pendant l’été 1802 une flotte importante en Hollande et 8000 hommes à Dunkerque en préparation d’un départ pour aller renforcer la NouvelleOrléans. Cette décision de Bonaparte, dans le cadre de la fin de la Paix d’Amiens et de la reprise imminente des hostilités avec l’Angleterre, est donc à rapprocher du sort de l’Alaska qui fut

L’incroyable saga PAR et les conséquences actuelles ATTAC, ATTAQUÉE L’ANGLAIS ! de la perte de l’Amérique française Par Marc Rou sset - Auteur de « La Nouv elle Euro pe Paris -Berlin -Mo scou » 538 pages – Éditions God efroy de Bouillon-2009 Aujourd’hui, peu d’Européens en sont conscients, les États-Unis pourraient parler français ! L’histoire en a décidé autrement, suite à une incroyable saga et à une incroyable injustice. Il s’en est même fallu de très peu, dans les années 60, pour que Montréal devienne anglophone, que le fait français disparaisse complètement du continent nord-américain, que les Canadiens français deviennent les dernières tribus indiennes francophones d’Amérique. Comment en est-on arrivé là ? Le premier hasard malheureux de l’histoire et du déterminisme géographique a voulu que Jacques Cartier prenne possession en 1534 de Gaspé, au nom du roi de France, beaucoup trop au Nord du continent américain, et remonte ensuite le cours du SaintLaurent jusqu’à Hochegala (actuellement Montréal, fondé en 1642). Les Anglais, eux, avec les pèlerins du Mayflower (1620) et le démantèlement des possessions hollandaises (New York, Delaware, New Jersey) s’établirent au Sud beaucoup plus attractif pour le peuplement et l’activité économique grâce à des apports britanniques, hollandais suédois et allemands. Par la suite, les colonies anglaises plus fortement peuplées n’eurent de cesse d’éliminer par la force les possesseurs français. Il s’ensuivit la guerre de cent ans des Français d’Amérique, des « coureurs des bois », qui gagnèrent de magnifiques batailles (Fort Duquesne en 1754, Fort Carillon en 1758), occupèrent les terres vides en se mariant parfois avec les Amérindiens, menacèrent d’encerclement complet les colonies anglaises, mais perdirent la guerre. En 1713 par le traité d’Utrecht, suite à la guerre de la Succession d’Espagne, Louis XIV cède l’Acadie (actuel NouveauBrunswick et Nouvelle-Écosse de l’Est canadien), l’île de TerreNeuve et la baie d’Hudson. Se heurtant au refus massif des Acadiens de prêter serment d’allégeance à la couronne britannique, avec l’éventualité de devoir prendre les armes contre la France, les Anglais déportèrent, à partir du 28 juillet 1755, les 13000 Acadiens, descendants des paysans poitevins, en les embarquant sur des bateaux avec leurs maigres biens et en les répartissant dans les colonies anglaises du Sud. Beaucoup périrent en cours de route de faim ou de maladie pendant le « Grand Dérangement ». Certains s’enfuirent au péril de leur vie vers la Louisiane… juste avant que cette colonie française passe sous souveraineté espagnole. Établis dans les mangroves du delta du Mississipi, ils donneront naissance à la communauté des « Cajuns » (une déformation du mot Acadien). Ils seraient aujourd’hui 800 000, mais très peu parlent encore l’ancien dialecte français. En 1763, le Traité de Paris, met fin à la guerre de Sept Ans entre la France, la Russie et l’Autriche d’un côté, l’Angleterre et la Prusse de l’autre. La mort subite de la tsarine francophile Élisabeth en 1762 et son remplacement par le tsar germanophile Pierre III eut pour conséquence un renversement imprévisible de l’alliance russe. La Prusse de Frédéric II le Grand était sauvée et l’Amérique du Nord définitivement perdue par la France, cette dernière ayant envoyé peu de troupes outre-mer et préféré privilégier, à tort, le théâtre européen des opérations (Hitler en 1945, en apprenant la mort du Président américain Franklin Roosevelt, crut un instant qu’il allait connaître un retournement victorieux inatPage 8

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vendu plus tard par la Russie aux États-Unis, de peur de le voir également occupé par l’Angleterre. Les États-Unis achetèrent donc la Louisiane à la France, le 30 avril 1803 pour 15 millions de dollars, somme importante qui représentait une fois et demie le PIB des États-Unis de l’époque. Cette acquisition doublait le territoire des États-Unis en débloquant la frontière symbolique de l’Ouest des États-Unis. La Louisiane formait un immense territoire de 2 144 476 km2, soit 22,3% de la superficie actuelle des États-Unis. En effet la colonie française de Louisiane comprenait beaucoup plus de territoires que l’État actuel de Louisiane, en fait ce qui allait devenir le centreouest des États-Unis, s’étendant du nord au sud de la frontière toujours actuelle avec le Canada jusqu’au Golfe du Mexique ; elle incluait la ville de Saint-Louis. Les neuf états américains actuels sont : l’Arkansas, le Dakota, l’Iowa, le Kansas, le Missouri, le Mo ntana, le Nebraska, l’Oklahoma et la Louisiane. Ainsi étaient perdus à jamais pour la France les œuvres de Louis Joliet et du père Marquette qui avaient été les premiers à explorer le Mississipi en 1673, de René Cavelier, sieur de la Salle qui avait descendu tout le Mississipi jusqu’à son embouchure en 1682 prenant officiellement possession de la Louisiane au nom de Louis XIV, du sieur de Bienville qui avait fondé en 1718 la Nouvelle Orléans, en l’honneur du régent Philippe d’Orléans. De surcroît la vente de la Louisiane aux États-Unis parachève le traité de Paris et peut être considérée comme un des plus grands désastres de l’histoire externe du français. En 1812, la première constitution de l’État de Louisiane y imposait l’anglais… contre le français majoritaire. En 1868, l’article 109 de la constitution inter- Carte de la Nouvelle-France au début du XVIIIe siècle disait formellement l’usage de toute autre langue que l’anglais. En La Nouvelle-France désignait l'ensemble des territoires de 1916, interdiction d’utiliser le français dans les écoles et dans les l'Amérique du Nord sous administration française, avant foyers. En 1921, la constitution louisianaise n’autorise l’usage que 1763. Dans sa plus grande dimension, avant le Traité de la seule langue anglaise. Les colons du Mississipi, à l’origine d'Utrecht (1713), la Nouvelle-France comprenait cinq colovenus de France, n’ont bientôt plus d’écoles ni de livres, et c’est nies possédant, chacune, une administration propre : le Caainsi que passe à l’anglais, en quelques générations, une des popu- nada, l'Acadie, la Baie d'Hudson, Terre-Neuve, la Louisiane. lations les plus fermement attachées au français et à son illustraLa frontière occidentale de ces colonies était ouverte sur tion en dehors de l’Europe. tout l'Ouest du continent, sans délimitation précise Enfin, cerise sur le gâteau, la pendaison le 16 novembre 1885 à Régina, au Canada, de Louis Riel, patriote francophone, fondateur du Manitoba, qui présentait un danger canadien français dans l’Ouest canadien avec la révolte des Métis, mit fin à une véritable présence francophone dans les deux provinces canadiennes du Manitoba et du Saskatchewan. Ce sont les raisons pour lesquelles pendant la seconde moitié du XIXe siècle, la notion d’universalité du français disparaît peu à peu, sans qu’on en prenne clairement conscience, en raison des progrès de l’anglais en tant que langue du commerce sous l’égide de la Grande-Bretagne, puis des États-Unis, et suite à la disparition des derniers bastions francophones d’Amérique, l’Est du Canada excepté. Aujourd’hui la France n’est plus que le Québec de l’Europe ! La langue française, tout comme les autres langues nationales européennes, combat pour sa survie en Europe face à l’anglo-américain et, si rien ne change (décision des Européens de faire du français ou de l’espéranto la langue de l’Europe), elle connaitra, en France même, d’ici un siècle, le même sort qu’en Louisiane !

Faits français dans l’Ouest canadien

M. Marc Rousset (75) Paris Cou rriel : ma.rousset @wan adoo.fr

Depuis plus de 250 ans, les Français d’Amérique ont foulé un sol canadien que l’on dit aussi saskatchewannais. Ils y ont laissé leurs empreintes. L’une d’entre elles est la toponymie. Les plus anciens noms de lieux marqués du sceau de la langue française remontent au Régime français. Au lendemain de la Conquête (1763), le commerce des pelleteries, moteur de l’économie et de la découverte, reprend sous l’initiative des marchands de Montréal et de Québec, puissamment épaulés par les voyageurs, pagayeurs réputés infatigables. Le long de leur route, ils sèment des noms à leur image et à celle des occupants amérindiens au-devant desquels ils vont. En Saskatchewan, certains toponymes, associés à des lieux, souvent remarquables par leur taille, perpétuent le souvenir de leurs passages. Avant qu’ils ne s’évanouissent dans les replis de l’Histoire, les voyageurs et leurs épouses amérindiennes donnent naissance à une nation métisse. Elle prend le relai et maintient en maints lieux les désignations françaises héritées de leurs pères. Puis, c’est la colonisation subite et massive de l’Ouest. Elle modifie profondément le paysage et la toponymie de la Saskatchewan. Cette province se constelle alors d’une multitude de nouveaux noms. Nombre de toponymes français se voient condamnés à n’occuper désormais que les replis des mémoires et ceux des cartes anciennes. M. Carol Jean Léonard Courriel : carol.leonard@ualberta.ca Campus Saint-Jean - Université de l’Alberta 8406 - 91 Street NW Edmonton, Alberta T6C 4G9 CANADA

M. Carol Jean Léonard, de l’Université de l’Alberta à Edmonton au Canada, vient d’écrire un livre sur la toponymie française en Saskatchewan. Très intéressant livre qui montre la dimension continentale de la présence française en Amérique.

Canada

Pays de Louis Riel

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Préparation au bilinguisme néo-colonial M. Georges Gastaud est professeur de philosophie et président du CO.U.R.R.I.E.L (http://www.courriellanguefrancaise.org/), une association progressiste de résistance linguistique au « tout-anglais », une association que nous avons eu l’honneur de présenter dans le Fraterniphonie n° 55. Dans la série, les médias nous anglicisent, collaborant ainsi à faire de nous de futurs parfaits petits bilingues français-anglais, voici ce que notre ami a écrit à M. Jérôme Bouvier, médiateur de Radio-France, le 05/04/10: Monsieur, j'ai l'honneur de vous interpeller au nom de mon association, et au nom d'auditeurs scandalisés de plus en plus nombreux dans mon entourage (y compris dans la jeunesse), au sujet de la MALTRAITANCE systématique dont la langue française est l'objet sur les antennes de Radio- « France ». Je ne parle même pas des innombrables fautes de grammaire ou de vocabulaire commises par des professionnels de la radio dont on pourrait espérer un minimum de tenue linguistique : quand la

m aison brûle, on n'en est plus à chercher les taches sur la tapisserie ! Je parle de l'invasion du tout-anglais, du franglais, dans nombre d'émissions et de chaînes qui semblent tout ignorer de la loi Toubon et de l'article 2 de la Constitution. Radio-France devient ainsi peu à peu une zone de non-droit linguistique. Ne parlons même pas du "Mouv'", dont le nom camoufle mal l'emprunt à l'anglais d'aéroport, et dont la programmation est massivement anglophone. J'ai en vue également « France-Info », dont les émissions regorgent de locutions anglaises censées faire « branché ». Le « comme on dit en anglais » abonde désormais dans la bouche des commentateurs, comme si la moindre des choses pour un service public national n'était pas de garantir au locuteur francophone (même s'il parle anglais, il n'a pas forcément envie d'en « manger » à toute heure !) le droit élémentaire à comprendre ce qu'on lui dit. C'est une question minimale de respect ! Les émissions consacrées au "Web" sont, de ce point de vue, une vraie caricature. J'ai également en vue, et c'est plus lamentable et plus surprenant encore, France-Culture : je viens de protester auprès de l'animateur de l'émission consacrée aux « industries culturelles » le dimanche soir sur cette chaîne. C'était hier soir un véritable GALIMATIAS censé faire branché, mais dont l'effet sur l'auditeur moyen est tout bonnement de se sentir exclu et de changer de chaîne. Non seulement l'animateur truffe son propos, ô combien superficiel, de mots américains (le français n'est là que pour assurer la syntaxe, et encore !), mais il cite à tout instant des phrases en anglais en ponctuant de « comme on dit en anglais ». C'est une discrimination manifeste et je me réserve d'écrire à la HALDE, car jusqu'à nouvel ordre, l'anglais n'est pas encore la langue maternelle du pays.

Bref, y a-t-il encore une quelconque veille linguistique à Radio-France ? Le C.S.A. est-il encore chargé de faire appliquer la loi Toubon ? Ou y a-t-il au contraire, de manière implicite, une politique d'anglophonisation systématique de vos chaînes ? Cela n'aurait rien de surprenant quand on voit le grand patronat BASCULER littéralement notre pays vers l'anglais (dans les derniers mois « Champion » est devenu "Carrefour Market" et les magasins Auchan-Attac se sont rebaptisés "Simply Market", mais on pourrait donner d'innombrables exemples de cette politique patronale d'arrachage linguistique). Page 10

Certes, aujourd'hui notre peuple a tellement de difficultés sur les plans social et économique qu'il a du mal à prêter attention à cette politique linguistique, fortement relayée par l'UE et par le gouvernement actuel (notamment par Mme Pécresse, « Prix de la Carpette anglaise » en raison de sa honteuse politique d'anglophonisation obligatoire des universités). Et pourtant, quand on les sonde sur « l'identité nationale », 85% des sondés mettent au premier plan la langue de Molière et de Victor Hugo, qui est aussi du reste le bien commun de tous les francophones. Et de ce problème-là, non seulement la radio « nationale » ne parle jamais dans ses innombrables émissions « interactives »... qui utilisent le français pour le mettre en pièces, mais elle fait tout, consciemment ou pas, pour aggraver le tableau et pour imposer des usages désastreux et irréversibles sans aucun esprit de responsabilité citoyenne. Et si l'on proteste, on est immédiatement traité de nationaliste, comme si l'imposition d'une langue unique à l'Europe et à la planète ne servait pas le plus dangereux, - et belliqueux -, des impérialismes ! C'est pourquoi, sûr de traduire l'opinion de millions de gens encore isolés, mais qui tôt ou tard, comme au Québec, se réveilleront pour défendre leur langue, leurs acquis sociaux et leurs libertés, je vous prie de faire le nécessaire pour que ce sujet soit traité à l'antenne de manière pluraliste et pour qu'en outre, les directions de chaîne soient fortement chapitrées sur cette question. Avec mes salutations plus qu'inquiètes, surtout quand j'observe la quiétude à ce sujet, pour ne pas dire plus, des autorités de tutelle… Georges Gastaud (62) Lens Courriel : gastaudcroivisier2@wanadoo.fr

Excellente lettre ! Nous, à l’A.FR.AV, dans le même sens, écrivons, depuis des années à M. Jean-Jacques Bourdin, alias Bourdin and Co, de RMC Talk Sport pour lui demander d’avoir plus de respect envers notre langue. Pour les JO de Vancouver, cette radio a atteint les sommets de l’anglomanie et de l’inconscience linguistique. En effet, alors M. Raffarin pour le Président de la République, M. Diouf pour l’Espace francophone (OIF), les Canadiens-français, les Québécois en tête, se battaient pour une réelle égalité de traitement entre l’anglais et le français durant ces Jeux, RMC n’a pas trouvé mieux que de lancer sur ses ondes, la Rubrique News in JO !

Écrire pour protester : Radio-France Médiateur 116 av. du Président Kennedy 75220 Paris Cedex 16 RMC 12 rue d’Oradour-sur-Glane 75740 Paris Cedex 15

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Bourdinënko (origine russe ?) de RMC


Ce n’est pas un débat, c’est un combat ! Un jeune militant du Réseau de Résistance du Québécois (RRQ), dont je fais partie, m’a relayé la question suivante, qui lui a été posée par un journaliste : « La venue du RRQ dans la vie politique du Québec amènera-t-elle une radicalisation du débat linguistique et politique ? » Voici ma réponse : Premièrement, ce n’est pas un débat, c’est un combat. Ce que certains appellent une radicalisation est plutôt, à mes yeux, une clarification de la situation. Le RRQ veut que les choses soient claires. Les souverainistes fatigués et démoralisés depuis 1995 se sont perdus dans toutes sortes de méandres. Il y en a qui essaient de justifier l’immobilisme et l’inacceptable. Ils font n’importe quoi pour éviter tout affrontement. Les élites québécoises sont pusillanimes. Les partis politiques souverainistes sont velléitaires. Ils ont intégré la logique insidieuse du bilinguisme et du multiculturalisme. Même s’ils s’en dissocient pour la forme, ils n’en contestent pas les fondements théoriques. « Si le bilinguisme est bon pour certains, il est bon pour tout le monde », a dit récemment un certain chef politique à une émission de télévision très populaire, en pleine campagne électorale. Sans trop s’en rendre compte, les souverainistes se laissent entraîner sur la même pente savonneuse que les descendants de Riel qui se proclament fiers de leurs origines, mais qui sont minorisés à l’extrême ou qui ne disent plus un mot de français. Eux aussi se sont mis un jour à croire que « deux langues valent mieux qu’une » et que « le bilinguisme est un facteur d’enrichissement ». Pauvres inconscients ! Les voilà bien avancés. Le Québec est un pays conquis par la force et asservi depuis 250 ans. Les Québécois ne sont pas habitués de se comporter en peuple libre. Ils ont les réflexes d’un peuple colonisé. Ces réflexes sont profondément ancrés en eux. Au Québec, en 2010, les lois sont en anglais, la justice est en anglais, le commerce est en anglais, les services publics sont en anglais. Le français est une langue insuffisante et superflue. Les Québécois sont dominés et humiliés. Le français n’est pas une véritable langue nationale. En toute objectivité, le statut de l’anglais au Québec est supérieur à celui du français. On est revenu au point de départ après la tentative de Camille Laurin. La Charte de la langue française a été réduite en lambeaux. On se bat pour des lambeaux au lieu de se battre pour un pays de langue française qui nous ressemble. Le RRQ invite les Québécois à se tenir debout et à se comporter en peuple libre. Les peuples libres ne demandent pas la permission avant d’imposer leur langue sur leur territoire. Leur langue est leur loi première. C’est avec cette loi que toutes les autres lois sont écrites. En peuple conquis, les Québécois sont encore obligés de demander la permission et ils se font dire non par Ottawa et par les valets du régime néocolonial à Québec. Est-ce que les provinces anglaises demandent la permission à la Cour suprême pour imposer l’anglais à tout le monde ? Bien sûr que non. Au Canada anglais, presque 100 % des substitutions linguistiques se font vers l’anglais. Il n’y a personne qui se demande, à Toronto, à Winnipeg ou à Vancouver, s’il va apprendre l’anglais ou le français. Tout le monde apprend l’anglais et vit la plupart du temps, sinon tout le temps, dans cette langue. La Cour suprême dit « non » aux Québécois quand ils veulent imposer le français au Québec. Avec les services "press nine"*, Jean Charest sème la division en encourageant les immigrés et la colonie anglo-canadienne à ne pas parler français, donc à vivre en marge de la nation québécoise. Jean Charest cultive le mépris de la nation québécoise. Il la regarde se ratatiner en adoptant avec hypocrisie un discours aux accents nationalistes derrière lequel se trouvent des politiques clientélistes et

délétères. Il nomme des ennemis de la langue française comme John Trent à l’Office québécois de la langue française. (Je reviendrai sur la pensée de ce suprématiste et néocolonialiste anglo-saxon dans une prochaine chronique.) Il est temps de dire aux Québécois que tout cela est du délire pur et simple et que ça ne ferait de mal à personne que tous les Québécois sans exception, quelles que soient leur origine et leur langue maternelle, maîtrisent la langue nationale du Québec et s’en servent tous les jours. On ne devrait pas être obligé de fournir des services en anglais à des Québécois. On ne devrait pas être obligé de gaspiller des milliards en deniers publics pour bâtir un centre hospitalier universitaire fonctionnant en anglais, véritable gangrène au cœur de la métropole nationale, parce qu’on a peur des crises de nerfs des suprématistes qui prennent en otage les pleutres de l’Assemblée nationale. Dans un pays normal, la question ne se pose même pas. Mais, lorsqu’on est un peuple colonisé, on avale n’importe quelle couleuvre. On va jusqu’à croire dur comme fer qu’il est xénopho be d’imposer sa langue chez soi. On croit dur comme fer aussi que la colonie anglo-canadienne du Québec est une minorité, alors que c’est une excroissance d’une immense majorité nordaméricaine qui ne serait nullement brimée dans son droit d’exister si son infime fraction qui habite le Québec était obligée de s’intégrer à la nation québécoise et d’en adopter la langue. Donc, il s’agit d’un combat, et non d’un débat, parce qu’il y a, devant les Québécois qui veulent vivre en peuple libre et souverain, des gens qui leur barrent la route depuis longtemps avec des dragons qui crachent le feu et d’autres créatures imaginaires. Ils veulent nous empêcher d’être libres parce qu’ils ont conquis notre pays riche et magnifique et parce que ça les fait enrager de voir leur État criminel, érigé de l’Atlantique au Pacifique sur une conquête et sur l’écrasement des autochtones, se faire séparer en deux. La raison et le bon sens n’y sont pour rien. La seule logique qui anime nos adversaires est celle de leur sentiment national s’opp osant inconditionnellement au nôtre et leur volonté inavouable de nous voir disparaître. Ils veulent dissoudre notre nation dans le grand ensemble fédéral d’Ottawa. Ils ne l’admettent pas aux Communes, mais leur bilinguisme, c’est l’anglicisation. Et l’anglicisation s’accompagne de l’aculturation. On perd le sens de ses origines. On intègre la conscience historique et la culture véhiculée par la langue du conquérant. Ce n’est pas un débat, c’est un combat. Il s’agit de savoir si les Québécois sont assez fiers et assez lucides pour livrer ce combat ou s’ils vont se laisser endormir par ceux qui veulent tranquillement les faire disparaître derrière la façade du fédéralisme, sans jamais l’admettre, à grands coups de subterfuges et d’occultation. En faisant semblant qu’on peut être à la fois québécois et soumis au pouvoir d’Ottawa, sans qu’il y ait d’incompatibilité entre l’épanouissement de la nation et le régime voué à sa disparition. Le RRQ fait le pari qu’en se dressant et en agissant concrètement avec intelligence et vigueur, il va redonner aux Québécois une vision claire de leur situation et va les inciter à reprendre énergiquement la lutte jusqu’à la victoire décisive. L’indépendance est à portée de main. N’attendo ns pas le Messie. Laissons les carriéristes à leur carrière. Il faut avant tout que des Québécois jeunes et courageux se fassent entendre : vous voyez, compatriotes québécois, quand on se tient debout et qu’on se serre les coudes, ils ne peuvent rien contre nous. Alors, imaginez ce que ce sera quand nous cesserons de nous dissocier des militants les plus dynamiques, par peur de l’opprobre, et que nous les suivrons plutôt dans la rue. * to u ch e « 9 » du tél ép h on e qui p er m et d’ a v oir d es r e ns eig n e m e nts et d es s er vic es e n a ngl ais.

FRATERNIPHONIE No 59

M. Bernard Desgagné bernarddesgagne@mac.com Gatineau (Québec) Page 11


La langue française à Bruxelles 2/3 Voici la suite de l’excellent article que Rodolphe Lamy, d’Ottignies en Wallonie, nous avait envoyé à la fin de l’année 2009. Un texte sur l’histoire de la langue française à Bruxelles publié dans la revue, La Ligue Wallonne, Avenue du Onze Novembre, 28 bte 2 - 1040 Bruxelles Courriel : info@liguewallonnebruxelles.be Site : www.liguewallonnebruxelles.be

Quoique largement majoritaire, la langue française à Bruxelles est régulièrement exposée à toutes sortes de difficultés qui la poussent même parfois à se tenir sur la défensive. La visibilité du caractère francophone de Bruxelles est souvent occultée ou, du moins, gêné par les loi linguistiques pesantes qui régissent cette ville officiellement bilingue. Le statut linguistique injuste que Bruxelles s’est vu imposer fait aussi beaucoup de tort à l’emploi dans la région. L’obligation de la connaissance de l’autre langue a des conséquences fâcheuses : les francophones comprennent mal que l’on exige d’eux qu’ils maîtrisent de manière approfondie une langue - le néerlandais - qui ne leur servira que très peu dans la vie réelle, parlée par moins de vingt-cinq millions de locuteurs dans le monde (dix fois moins que le français). En face d’eux, des Flamands qui savent le français, qui est encore aujourd’hui la première langue étrangère enseignée en Flandre, même devant l’anglais, viennent quotidiennement travailler en masse à Bruxelles. Ces quelque deux cent mille « navetteurs » flamands font une sérieuse concurrence à l’embauche des Bruxellois dans une région où le taux de chômage est le plus élevé du pays (autour de 20%), et où la moindre caissière de supermarché est pourtant tenue, en principe, de maîtriser le français et le néerlandais. Il n'y a pas très longtemps, une plainte flamande relative au déficit d'accueil en néerlandais dans les hôpitaux de Bruxelles a fait l'objet d'une enquête d'arbitrage de la part du Conseil de l'Europe. La responsable chargée de cette enquête a jugé la plainte non fondée. Dans les faits, on trouve toujours, à Bruxelles, quelqu'un pour vous accueillir et vous parler en néerlandais, dans les hôpitaux ou ailleurs. À vrai dire, c'est l'inverse qui se passe dans un bon nombre d'administrations Remerciements à nos aimables correctrices : et de services puMme Juliette de Rougé (49) Segré, blics, plus rarement Mme Madeleine Laval (30) Manduel. FRATERNIPHONIE Parc Louis Riel 2811, chemin de Saint-Paul 30129 Manduel - France courriel : fraterniphonie@aliceadsl.fr Directeur de la publication : Régis Ravat Concepti on et res ponsable PAO : Sylvie Costeraste Directeur mercaticien : Jean-Pierre Colinaro Diffusion France et étranger : Mustafa Bensima ISSN / 1266-3247 Dépot légal à parution L’A.FR.A V. est une association ap o l it iq u e , d e rés is t an ce linguistique et culturelle, régie par la loi de 1901, déclarée à la préfecture du Gard et parue au Journal Officiel le 13 décembre 1989.

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dans le secteur privé, où des employés en contact avec la clientèle sont des Flamands de province, qui ne savent rien des réalités sociologiques de la ville où ils viennent travailler, et dont la connaissance du français est très théorique. Cela est une première ébauche de ce qu'est le quotidien des Bruxellois francophones : fortement majoritaires dans une ville qui s'appuie depuis des siècles sur la culture française, ils sont fréquemment en butte à des complications ou des vexations qui visent le statut de la langue française et son utilisation. On peut bien dire qu'il s'agit d'une sorte de guerre des langues, mais ici, de manière paradoxale, c'est la majorité qui est forcée de se défendre contre une minorité oppressante. La propagande des Flamands les plus nationalistes n'hésite d'ailleurs pas à déclarer que : « la francisation de Bruxelles n'est pas un fait immuable, elle pourrait être inversée ... et il est parfaitement possible, ajoutent-ils, que cette ville redevienne un jour un haut lieu du néerlandais ... ». Restons sérieux et, surtout, souhaitons que cette ville ne connaisse jamais le sort d'une seconde Jérusalem que chacun se di s pute. Bruxelles est une ville francophone et le restera encore longtemps, ce qui n'exclut pas le besoin de se montrer vigilant et prévoyant. Habitués depuis longtemps à se débrouiller dans de telles situations, les Bruxellois ont appris à exercer leur flair pour décoder de petits signes qui échapperaient normalement aux étrangers. Par exemple, en voyant une devanture de magasin où tout l'affichage est fait en anglais, on sait tout de suite que les propriétaires sont flamands. Le néerlandais ne fait pas recette auprès de la majorité de la clientèle bruxelloise, mais comme des Flamands renâclent souvent à mettre le français à l'honneur, c'est l'anglais qui en profite. Et en effet, à côté des fantasmes de reconquista flamingante, se profile la vague déferlante de l'anglais, plus préoccupante, à mon avis. M. Robert Massart Fin de la deuxième partie, Bruxelles suite au prochain numéro.

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