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Décembre 2009 - N° 2

Journal Mensuel Franco - Turc

LE CULTE DU NATIONALISME OU COMMENT LEPENNISER LES ESPRITS

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e ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale, Eric Besson, a lancé le 2 novembre dernier un débat sur ce thème avec l’ambition de valoriser les valeurs républicaines et «la fierté d’être Français». Selon Régis Meyran, chercheur à l’Ecole des hautes études en sciences sociales et auteur du «Mythe de l’identité nationale», «le terme d’identité nationale lui semble beaucoup moins légitime parce qu’il oriente le propos de manière beaucoup plus subjective, beaucoup plus idéologique, pour la bonne raison que c’est un terme qui a été introduit en France par Jean-Marie Le Pen dans les années 1980». Elle rimait bien

avec « préférence nationale », son autre dada. C’est en effet un terme issue récemment du Front national mais qui s’inscrit dans la tradition du nationalisme français et qui renvoie à une supposée authenticité des Français, en les renvoyant aux ancêtres, à la terre et à des symboles de la Nation comme la Marseillaise ou le drapeau. Selon le chercheur, «parler de l’identité nationale revient au même que de parler de ‘Français de souche’, ça renvoie à une opposition entre les supposés vrais Français et les étrangers».

LA MONTÉE DU NATIONALISME EN PÉRIODE DE CRISE velles, etc .) ? S’agit-il d’un débat pour surfer sur le sentiment d’insécurité, le racisme et la xénophobie et désigner des boucs émissaires ; d’un débat pour justifier la politique d’expulsion des immigrés et faire un peu plus de chiffres ; d’un débat aux relents populistes pour tenter de regagner quelques conseils régionaux en mars prochain ?

S’agit-il d’une manœuvre politique pour détourner l’attention de l’opinion sur les problèmes actuels (chômage à la hausse, atteintes graves à la couverture santé, pénurie de logements sociaux, casse des services publics, taxes nou-

UNE XÉNOPHOBIE D’ETAT ? Lors de la création du ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale en 2007, en accolant les mots «immigration» et «identité nationale», on donnait l’impression que l’immigration menace l’identité nationale. Aujourd’hui, lors du jour du lancement du débat sur l’identité nationale par le ministre, dans la même interview, il parle de la burqa. « La machine à fabriquer des français est en panne ». « Etre un bon français. » « La fierté d’être français », autant d’expressions qui sortent de la bouche du ministre. Une identité nationale pensée comme une liste d’attributs

Bien évidemment qu’il y ait des calculs électoralistes, mais il n’est pas possible de réduire ce débat uniquement à ces derniers. En ces temps où le système capitaliste est de plus en plus questionner, où les sondages montrent inconstablement que les travailleurs accusent les capitalistes d’être responsable de la crise, où la grève des travailleurs sans papiers a une conscience de classe parmi permettant de reconnaître les bons Français des autres, en l’occurrence les personnes d’origine étrangère qui menaceraient l’identité de la France, C’est ce que nous propose Eric Besson. Pour organiser ces débats locaux, les préfets ont donc reçu une circulaire du ministre ou les immigrés sont présentés comme dangereux : « Comment éviter l’arrivée sur notre territoire d’étrangers en situation irrégulière, aux conditions de vies précaires génératrices de désordre divers (travail clandestin, délinquance) et entretenant vis-à-vis de la population, des suspicions vis-à vis de l’ensemble des étrangers ? ». On trouve dans cette seule phrase tous les relents du discours xénophobe. D’ailleurs,

tous les travailleurs de France etc... la droite avait bien besoin de lancer une telle «discussion nationale» afin de tenter de faire reculer «l’identité sociale et ouvrière» que les travailleurs revendiquent de plus en plus. D’ailleurs, l’ensemble des forces progressistes du pays ont bien vu ces enjeux et ont légitimé d’entamer cette discussion. Mais les intellectuels ont dénoncé à juste titre une instrumentalisation du thème nationaliste pendant les périodes de crise. En effet, en temps de crise, les questions nationalistes ont toujours resurgi. Les montées de racisme, d’antisémitisme interviennent à des moments de l’histoire de France très particuliers qui sont des moments de crise : l’affaire Dreyfus à la fin du XIXe siècle, les années 1930 avec la crise économiques.» N’y aurait-il pas derrière ce débat lancé un véritable culte du nationalisme ?

suite aux

critiques formulées par des universitaires d’inciter à la xénophobie, le ministre a décidé de retirer cette dernière phrase de la circulaire. Mais le fait de retirer cette petite phrase, aux significations profondes,


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montre que le ministre reconnait tacitement les critiques de xénophobie à travers ce prétendu débat. Sinon pourquoi retirer cette phrase de la circulaire. Mais nous devons préciser que l’ensemble de la circulaire est rédigé avec le même esprit, aussi ce n’est pas le retrait d’une petite phrase qui va calmer les protestations. En effet, ce débat sur « l’identité nationale »

IMMIGRATION n’est pas seulement contestable sur le fond, il l’est aussi et d’abord sur la méthode. La lecture de la circulaire Besson montre que les conclusions sont largement écrites d’avance. Non seulement la circulaire formule les questions qui seront débattues, mais elle se termine de surcroît par une liste de 15 propositions précises qui, comme par hasard, concernent dans 11 cas sur 15 les étrangers ! (le reste consiste en

La fin du droit d’asile pour les originaires de Turquie ? Le Conseil d’Administration de l’OFPRA a décidé d’ajouter la Turquie dans sa liste des pays d’origine sûrs. Cette décision sera sans doute lourde de conséquence pour de nombreux demandeurs d’asile turc et kurde qui furent contraints de fuire leur pays. Nous publions ci-dessus le communiqué de presse de la CIMADE sur la question.

PAYS D’ORIGINE SÛRS : LE CONSEIL D’ADMINISTRATION DE L’OFPRA RETIRE DE LA LISTE LA GÉORGIE MAIS AJOUTE TROIS PAYS Le conseil d’administration de l’OFPRA a décidé lors de sa réunion du 13 novembre 2009 de réviser la liste des pays d’origine sûrs. Selon la loi, ces pays sont considérés comme tels s’ils veillent « au respect des principes de la liberté, de la démocratie et de l’état de droit, ainsi que des droits de l’homme et des libertés fondamentales.» Le Conseil d’administration a décidé de retirer de la liste la République de Géorgie. qui y figurait depuis 2005. C’était une évidence depuis le déclenchement de la guerre du 7 août 2008 et les violations massifs des droits de l’Homme qu’elle a entraîné. Mais d’autres pays comme le Mali, Madagascar ou l’Inde auraient du être retirés. En revanche, le conseil d’administration a décidé, au terme d’une procédure controversée, d’y inscrire l’Arménie, la Serbie et la Turquie. Cettte décision obéit moins à une analyse de la situation des droits de l’homme dans ces pays que des préoccupations sur le dispositif d’asile. Ces trois pays représentent 15% de la demande d’asile sur le 9 premiers mois de l’année 2009. Les inscrire sur la liste, c’est espérer : •diminuer le nombre de demandes d’asile en dissuadant les ressortissants de ces pays. •réduire le délai moyen d’instruction à l’OFPRA puisque l’examen en procédure prioritaire se fait dans un délai de quinze jours. Le recous à la CNDA n’es alors pas suspensif •faire des économies sur la prise en charge, les ressortissants des pays d’origine sûrs étant exclus des centres d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) et ne peuvent bénéficier, et encore avec beaucoup de difficultés, que de l’allocation temporaire d’attente (ATA) pendant l’examen de leur demande à l’OFPRA. Cette décision n’est pas conforme avec les normes européennes en la matière puisqu’en 2008, le taux d’accord global (OFPRA+ CNDA) pour ces pays était respectivement de 27%, 27% et 29%. En les plaçant sur la liste des pays d’origine sûrs, le Conseil d’administration de l’OFPRA prive les demandeurs d’asile d’un recours effectif alors que la CNDA en 2008 a annulé respectivement 27%, 19% et 20% des décisions de l’OFPRA. La Cimade déplore cette décision et envisage de la contester devant le juge administratif.

cours d’instruction civique, en obligation pour les enfants de chanter régulièrement la Marseillaise et pour les bâtiments publics d’arborer le portrait de Marianne et le drapeau tricolore). Ceci indique bien le niveau réel du débat qui est proposé et le fond de la pensée de ceux qui l’ont conçu.

Rukan Kabacalman

Contre l’Immigration Jetable

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e Dimanche 29 novembre plus de 10000 personnes se sont retrouvés à Paris pour protester la politique migratoire de la France. Cet appel avait été lancé par plus de 70 organisations et associations dénonçant l’instauration d’une politique « d’immigration jetable ». Et elle tombait très bien pour populariser la grève des sans papiers et leur apporter du moral. Le tract d’appel à la manifestation était très claire : les politiques d’immigration française et européenne désignent les étrangers comme une menace. Elles orientent nos sociétés vers une xénophobie d’Etat. Sous couvert de défendre une prétendue identité nationale, elles incitent au racisme et au repli communautaire. Elles sont utilisées pour aggraver les régressions sociales dirigées contre toutes et tous. L’instrumentalisation politique des questions d’immigration entraîne nos pays sur des pentes dangereuses. La France ne respecte pas ses engagements comme signataire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, de la Convention Européenne des Droits de l’Homme, de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant, des textes qui défendent et protègent le droit de toutes et tous ».

LA GRÈVE DES SANS PAPIERS Depuis plusieurs semaines près de 6000 sans papiers font grève dans et devant leurs lieux de travail demandant une régularisation de leur situation administrative. Ces grèves exemplaires mettent en évidence la surexploitation de dizaines de milliers d’hommes et de femmes, qui constitue une aubaine pour les patrons et un moyen de faire pression sur tous les salariés. La plupart des travailleurs sans papiers paient des impôts, cotisent pour l’assurance maladie, la retraite, les ASSEDICS, et ne peuvent en bénéficier. A travers ces grèves, ils revendiquent ouvertement leur appartenance sociale et demandent une égalité entre tous les travailleurs, la carte de séjour étant le premier élément dans la voie de cette égalité. La Vie en France


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JEUNESSE / EDUCATION

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UNE NOUVELLE «R «REFORME» EFORME» DU LYCEE : DANGER L

a réforme du lycée présentée par le ministre de l’éducation, Luc CHATEL le 13 novembre dernier suscite de nouvelles inquiétudes. Le premier projet établi par Xavier Darcos, dangereux et incohérent, fut abandonné par la mobilisation massive des lycéens l’année dernière. Le ministre actuel revient à la charge en donnant des informations qui sont difficiles à décrypter.

LES CONSÉQUENCES DES SUPPRESSIONS DE POSTES Suppressions de postes obligent, il faut maintenant réduire les horaires des enseignements voir les faire disparaitre car il n’y aura plus de professeurs pour assurer les cours. Quand on regarde d’un peu plus près, certaines disciplines comme le cas des SES (sciences économiques et sociales) souvent décriée par le patronat qui n’apprécient guère le mélange entre l’économie et le social et qui donne pas une bonne image de l’entreprise dispose actuellement de 2heures 30 par semaine dans le cadre d’une option, choisie par 43% des élèves de seconde. Selon le nouveau schéma, elles n’auraient plus que 1 heure 30 par semaine. D’autres enseignements

comme l’histoire-géographie verraient carrément la disparition de cette matière obligatoire pour les terminales scientifiques et qui ne deviendrait qu’optionnelle. Rappelant que «les élèves de terminale S représentent actuellement plus de la moitié des effectifs des séries générales» du baccalauréat, l’Association des professeurs d’histoire-géographie (APHG) y voit une «régression intellectuelle pour la formation générale des futurs cadres de la nation». Le lycéen verra son temps scolaire diminuer par la même occasion et ne pas dépasser 35 heures hebdomadaires soit en seconde 21 h de cours de tronc commun, 6 h de spécialisation et 3 h d’accompagnement. Pourront s’y ajouter 5 heures d’études.

L’AUTRE ENJEU C’EST LA RÉFORME DU BAC Avec cette diminution du poids des matières générales en première et en terminale, la réforme du bac qui serait mise en œuvre dès 2012 verrait les nombres d’épreuves diminuer : histoire-géo, philosophie… Tous les autres enseignements seraient évalués en cours de formation. Il est indéniable de constater que c’est un pas de plus vers le démantèlement du service public de l’éducation. Serait-ce le début

vers l’instauration d’un contrôle continu ? En faisant de l’économie sur le dos des élèves, cette réforme met à mal le droit à une éducation de qualité. Rappelons que 16 000 postes cette année, et jusqu’à 85 000 pour 2012, on ne pourra plus nous dire que les suppressions de postes d’encadrant n’affectent pas les surcharges dans les classes et la qualité du service public d’éducation. La Vie en France

Des milliers de personnes manifestent contre la casse de l’Education nationale

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e gouvernement fait la sourde oreille. Depuis des semaines, les lycéens se mobilisent dans toute la France contre les projets de casse de l’Éducation. Mardi 24 novembre, plusieurs manifestations se sont déroulées contre la casse du service public, particulièrement de l’Education nationale. Le refus du nouveau projet de réforme du lycée et les 16000 suppressions de postes prévus dans l’enseignement à la suite de ceux déjà supprimés était général. Lors des cortèges, il était possible de constater une détermination de la part des jeunes pour faire reculer le nouveau ministre de l’Education.

C’est avec un esprit revanchard que le gouvernement sort un « nouveau » projet de réforme et ce dans un contexte de mécontentement généralisé provoqué entre autre par un nombre record de problèmes d’inscriptions dans les lycées, particulièrement causé par la suppression du BEP. On était loin des raz de marée du printemps dernier, mais le mécontentement était bien réel. A suivre dans les semaines à venir. La Vie en France


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ACTUALITE

La lutte contre les violences faites aux femmes désignée grande cause nationale en 2010 E

ncore cette année, le 25 novembre, journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, des chiffres accablants sont publiés. Tous les deux jours ou un peu plus, en France, une femme meurt sous les coups de son compagnon. Elles ont été ainsi 157, en 2008, à perdre la vie à la suite de violences conjugales. Il y a quelques jours encore, à Meaux (Seine-et-Marne), une jeune femme de 29 ans a été brûlée à 70 % par l’homme qu’elle venait de quitter. Les violences faites aux femmes, souvent dans le huis clos conjugal sont le plus souvent couvertes par une loi du silence qui offre aux agresseurs une relative impunité. Ainsi, en 2000, 48 000 viols auraient été perpétrés sur des femmes majeures, mais seuls 5 % ont fait l’objet de plaintes. Le gouvernement en a profité pour annoncer des mesures et à la veille de la journée du 25 novembre François Fillon, le premier ministre, a annoncé que la lutte contre ces violences deviendrait la «grande cause nationale» 2010. Attribué tous les ans par Matignon, ce label permet de couronner symboliquement un combat, mais aussi de donner un coup de main aux associations : pendant un an, la grande cause nationale a droit à la diffusion gratuite de messages

sur les radios et les télés publiques. Incontestablement, il faut s’attaquer à la violence conjugale dont sont victimes les femmes. Mais d’autres formes de violences frappent les femmes dont ne sont pas responsables les maris ou les hommes mais bien évidemment le système capitaliste. Elles sont de plus en plus nombreuses à être les victimes des « violences sociales ». La France défavorisée se féminise à grands pas : Françaises ou immigrées, travailleurs précaires, chromeuses, femmes seules qui se retrouvent avec leurs enfants à la rue…., elles constituent ainsi les bataillons des travailleurs pauvres. Elles sont une proie facile pour les contrats précaires, les temps partiels imposés, les horaires éclatés. De nombreux indicateurs le montrent, en effet d’après l’Observatoire des inégalités en 2008, les femmes représen-

tent 80% des bas salaires, 53% des pauvres, 54% des chômeurs en France. Pour les femmes immigrées, les inégalités se creusent encore plus. Leur insertion professionnelle s’apparente à une course d’obstacle. Sur les 8 principales professions exercées par les femmes immigrées, 7 sont des professions non qualifiées contre 3 pour les Françaises. Par ailleurs, les femmes sont également les premières victimes de la casse du service public et particulièrement dans le domaine de la santé et de l’école. Alors oui, les violences dont sont victimes les femmes doivent être une priorité nationale, mais occulter la violence sociale du système pour n’accuser que les hommes ne fera pas avancée notre cause.

Taxer les accidents du travail

que les parlementaires de l’UMP affichent sur cette question montrent qu’ils ne vont pas en rester là. Alors c’est à nous de défendre nos droits.

LE GOUVERNEMENT CONTINU DE FAIRE LA POCHE DES SALARIÉS : Prétextant le déficit budgétaire de l’Etat (n’oublions pas qu’il est causé par les différents paquets fiscaux et des milliards distribués aux monopoles industriels et financiers), JeanFrancois Copé, président du groupe UMP, avait proposé de fiscaliser les indemnités suite à un accident du travail. Lors des arrêts de travail suite à un accident du travail, la branche AT/MP de l’assurance maladie verse une indemnité, mais, rappelons-le, qui n’est pas un salaire. Pendant les 28 premiers jours d’arrêt de travail, l’indemnité jour-

nalière est égale à 60 % du salaire journalier de base, puis elle passe à 80 %, ce qui permet aux salariés victime de l’accident de subvenir à ces besoins pendant ces temps. Fiscaliser ces sommes, comme vont le faire les parlementaires UMP avec le soutien du gouvernement, reviendrait à les considérer comme un revenu. Or ces sommes ne sont qu’une indemnité partielle réparatrice d’un préjudice subi, préjudice qui met le salarié dans l’incapacité totale à travailler pour une durée, qui n’est d’ailleurs pas définit par le salarié mais par le médecin. Faut bien voir que le gouvernement continu de tout faire pour faire payer les la crise du capitalisme aux travailleurs. Après les malades, c’est le tour des victimes du travail, et l’arrogance

Zeynep Uzun

Deniz Uztopal

Fransa'da Yaşam - FR - N°2 - Dec 2009  

U NE XÉNOPHOBIE D ’E TAT ? critiques formulées par des universitaires d’inciter à la xénophobie, le ministre a décidé de retirer cette derni...

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