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Ă€ la rencontre de la Loire et de Tours Dans quelles mesures une relecture du fleuve et de ses abords permettrait-elle de renouer un dialogue avec la ville ?

François Pajot - ESAJ TPFE - 2012 / 2013


2


Texte fondateur

L

e fleuve permet de répondre aux besoins essentiels. Il apporte l’irrigation procurant des terrains viables à l’agriculture, mais aussi voie de transport permettant le développement des centres de civilisation. Jusqu’au Moyen–Age, les propriétés chimiques et mécaniques des eaux sont exploitées par les tanneurs, les papetiers, les blanchisseurs, les teinturiers et autres artisans, établis à proximité de l’eau sur les rives du fleuve. À partir du XVIIIe siècle, la plupart des villes fluviales commencent à se doter de quais qui remplacent les grèves afin de permettre une meilleure protection contre les crues et de favoriser le commerce. Cependant, au fil des siècles le rapport au fleuve change, notamment avec l’arrivée du chemin de fer et le développement routier. Le fleuve est délaissé de sa fonction traditionnelle d’acheminement de marchandises, ou de personnes d’une ville à une autre. Les villes se détournent peu à peu de leur fleuve car les activités qui y étaient liées disparaissent. Le fleuve est alors considéré comme un obstacle à franchir, dangereux, qu’il faut contenir. Le fleuve, banni du milieu urbain ou sévèrement mis à l’écart, tend aujourd’hui à refaire surface. Le mouvement s’inverse. Il est intéressant de remarquer la volonté des villes de mettre en avant leur proximité avec leur fleuve. Pourquoi cherchent-elles à redécouvrir leur fleuve ? Depuis les année 90, la revalorisation du cours d’eau traversant la ville a fait l’objet d’un engouement, illustré par les projets du « plan Garonne » à Bordeaux, du « Plan Bleu » dans l’agglomération Lyonnaise ou bien « Rives de Loire » à Nantes. Les revues professionnelles montrent régulièrement des exemples de rénovation, de restructuration des quais, recréant leur façade fluviale. Pourquoi s’intéresser aujourd’hui aux fleuves ? Quels enjeux posent-ils sur les espaces de contact entre l’eau et la ville ? Quel est leur nouveau statut ? Quelles sont les relations entre ville et fleuve ? Sous quelles formes se manifestent-elles ?

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Il s’agit de chercher à qualifier, à comprendre les mutations et les évolutions du front urbain au bord de l’eau. Nombre de publications et de rencontres rendent compte de l’importance du phénomène et des interrogations des acteurs quant à la valorisation et l’insertion urbaine du fleuve en ville. De nouveaux acteurs territoriaux apparaissent comme des observatoires, des Agences de l’eau ou les Commissions Locales de l’Eau (CLE). À travers l’eau, objet environnemental s’il en est, de nouvelles valeurs sont véhiculées et ainsi mises en avant pour valoriser les territoires, en termes de qualité de vie et d’attractivité : le patrimoine, le paysage. Ces valeurs renforcent l’attache à des lieux, l’ancrage, l’identité à des territoires. Je me suis donc intéressé à un exemple de réappropriation contemporaine d’un fleuve : le classement du Val de Loire en 2000 au patrimoine mondial de l’UNESCO, au titre de paysage culturel évolutif et vivant. Par la suite, la ville de Tours a attiré mon attention. Sa situation dans le lit majeur de la Loire et du Cher est très particulière. Elle est au trois quarts inondable. Elle est au cœur du sujet puisqu’elle est l’illustration d’une cité qui s’est développée en tirant profit de son fleuve, puis qui s’en est détournée avec l’arrivée du chemin de fer, mais qui actuellement s’interroge sur la valeur de sa façade fluviale. Elle s’est d’abord développée sur un « montille », une butte alluviale le long de la Loire sur un axe Est-Ouest. Mais au XVIIIe siècle, la ville s’oriente à l’opposé du fleuve avec la construction de la route de l’Espagne sur un axe nord-sud qui forme actuellement sa colonne vertébrale. La construction d’un réseau important de levées et de digues a permis d’urbaniser et de conquérir la vallée au sud. Avant les années 90, le cours d’eau est considéré comme l’espace à conquérir, et 4


non pas comme l’élément naturel à valoriser, comme l’illustre l’artificialisation et la canalisation du Cher, un des chantiers les plus grands d’Europe de l’époque avec celui du Rhin. On ne prenait alors pas en compte le paysage fluvial, dans une politique d’urbanisation, de gestion, de sectorisation. Aujourd’hui, un regard nouveau se porte sur ce paysage ligérien classé. Ce territoire particulier interagit avec de nombreux acteurs : les habitants, les institutions, qui peuvent cependant se contredire et s’opposer. Quels sont leurs rôles ? Comment perçoivent-ils la Loire ? Quelle approche en ont-ils ? Quelles sont leurs marges d’action ? La loi Barnier, le classement de la Loire au titre Natura 2000 et au patrimoine mondial de l’UNESCO prennent en compte la valeur architecturale, culturelle et paysagère du fleuve : elles sont représentatives de la nouvelle approche du fleuve, et les prémices du changement. Mais comment aborder cette Loire sauvage reconnue corridor écologique au coeur de la ville ?

Le fleuve permet non seulement de répondre à la préoccupation croissante des citadins de voir réintégrer des espaces naturels dans leur environnement proche et d’améliorer ainsi leur cadre de vie, mais aussi de révéler son fort potentiel imaginaire et identitaire pour améliorer l’image de la ville. La Loire constitue l’élément de mémoire du lieu, le bien commun. Il est question aujourd’hui à la fois de relire ce paysage ligérien pour le revoir. Par le biais d’un outil qui est le linéaire de quai rive gauche et front urbain, il s’agit d’inventer au fleuve un nouveau destin, d’accueillir de nouveaux usages, de renouer des contacts entre la ville et l’eau. 5


SOMMAIRE

00. premiers regards........................................

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0.1 Avant-propos - LE FLEUVE [DANS] LA VILLE....................10 0.2 Le val de Loire classé au patrimoine de l’UNESCO, prémice de réappropriation..................................................12

01. Tours, exemple d’une urbanisation DU VAL DE LOIRE étroitement liée au fleuve.

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1.1 Tours, ville ligérienne entre «deux eaux».......................18 1.2 Rapport historique de la ville à son fleuve ....................22

02. Les Tourangeaux et leur fleuve, entre fantasme et réalité..................................

30

2.1 De la passion à la crainte du fleuve.................................32 2.2 Des représentations ambivalentes du fleuve et de ses berges.......................36 2.3 Des outils de réappropriation de la Loire......................38 6


03. Lecture de la temporalité du paysage ligérien au coeur de la ville......

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3.1 Le marnage : apparition/effacement horizontal.............42 3.2 Le végétal: filtre saisonnier..............................................44 3.3 La dynamique des communautés végétales de la Loire.46 3.4 Les qualités spatiales de l’eau.........................................50

04. Renouer UN dialogue entre la ville et le fleuve...............................................................

52 4.1 La requalification des quais et du front urbain de la rive gauche...............................56 4.2 Des actions sur le paysage ligérien .................................64

Conclusion....................................................................................70

Glossaire........................................................................................72 Bibliographie................................................................................76 Iconographie................................................................................78 REMERCIEMENTs.............................................................................79 7


00. Premiers regards

«

C’est près de l’eau et de ses fleurs que j’ai le mieux compris que la rêverie est un univers en émanation, un souffle odorant qui sort des choses par l’intermédiaire d’un rêveur. » Gaston Bachelard


0.1 Avant-propos - LE FLEUVE [DANS] LA VILLE

H

istoriquement, la présence des cours d’eau a fortement influencé l’implantation et le développement des villes. Toutefois, les relations d’une ville à l’eau n’en restent pas moins simultanément mouvantes et incertaines. Mouvantes, à travers les âges, en raison de l’évolution des techniques du génie civil. Incertaines parce que bivalentes : les eaux sont à la fois bénéfiques et dévastatrices, porteuses de trafic et d’activités économiques mais aussi génératrices d’inondations. Jusqu’au Moyen-Age, l’eau était très présente dans les villes. Peaussiers, tanneurs, papetiers, blanchisseurs, bouchers, teinturiers et autres artisans sont alors établis à proximité de l’eau, le bétail et les animaux de trait s’y abreuvent, les porteurs d’eau s’y ravitaillent, les moulins y puisent leur énergie. Les déchets de l’activité artisanale, les effluents urbains, notamment ceux des hôpitaux qui se fixent aux bords de l’eau, contribuent à altérer la qualité de l’eau des rivières, transformées en grands collecteurs d’eau usée et nauséabonde. À partir du XVIIe siècle, la plupart des villes fluviales commencent à se doter de quais qui remplacent les grèves ou inclinaisons naturelles des berges. Les quais permettent une

meilleure protection contre les crues, tout en favorisant le commerce. Afin de maîtriser les risques d’inondation et d’améliorer la qualité des voies navigables, la domestication des cours d’eau se poursuit au cours des XIXe et XXe siècles : aménagement et creusement du lit, régulation des débits d’eau, rectification ou redressement des cours, construction de digues, de barrages, de quais d’accostage Le fleuve est un lieu de passage, de commerce, de rencontre, de prostitution aussi. C’est un lien d’animation qui échappe en partie au contrôle social et économique de l’État. Alors que l’État s’approprie ce domaine public, les citadins commencent à rechercher la présence de l’eau en dehors des villes comme

distraction de la vie urbaine, la mode est au canotage, à la baignade et aux cafés dansants établis à proximité des berges. La révolution industrielle parachève la séparation du fleuve et de la ville. Le fleuve disparaît derrière les installations portuaires qui créent un écran entre les deux univers, les usines s’emparent des rives, autant pour les besoins de la navigation que pour alimenter leurs chaudières et rejeter leurs déchets. Avec le ralentissement de leur fonction économique, les fleuves, pensait-on, perdraient à jamais tout intérêt pour les villes qui les bordent. La priorité qui fut accordée au transport routier à partir des années 1960 faisait des bords d’eau un terrain de prélidection pour l’aménagement de voies rapides

Les berges de Seine à Paris accordées aux transports routiers dans les années soixante sont réappropriées par les piétons

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et d’autoroutes. Ces routes à forte circulation formaient désormais des obstacles physiques entre la ville et le fleuve. Une approche technique de l’eau

L’eau apparaît en premier lieu, dans les réglementations françaises, selon deux aspects : celui de la gestion et celui des risques. L’eau est abordée sous l’angle des risques qu’elle induit en ville, à savoir les inondations. L’urbanisation grandissante est facteur de vulnérabilité pour le territoire. Ainsi, l’imperméabilisation des sols du bassin versant intensifie le ruissellement ; l’obsolescence ou le mauvais entretien des réseaux d’assainissement entraîne la saturation et le débordement des réseaux d’évacuation ; l’artificialisation des lits fluviaux favorise le débordement en cas de crues. La Loi d’Orientation sur l’Aménagement Durable du Territoire (LOADT) de 1995 prévoit la mise en place d’un Plan de Prévention des Risques d’Inondation (PPRI), outil de planification territoriale, qui interdit les constructions situées au-dessous de la cote des plus hautes eaux connues.

Annexé aux Plans Locaux d’Urbanisme (PLU), le PPRI est pris en compte dans tous les projets de construction ou d’aménagement. Ainsi, jusqu’à une époque très récente, l’eau est uniquement perçue dans une approche technique et comme un élément négatif.

le paysage, et ce faisant les vertus de la nature, sa beauté, son calme. Ces valeurs renforcent l’ancrage à des lieux, l’identité à un territoire. L’appropriation de l’eau en ville, assimilée à un nouveau mode d’aménagement et de valorisation, en fait un objet actant sur les territoires.

Une réappropriation contemporaine des cours d’eau urbains.

Nombre de publications et de rencontres rendent compte de l’importance du phénomène et des interrogations des élus et des acteurs quant à la valorisation et l’insertion urbaine des sites en bordure d’eau. De nouvelles initiatives locales s’appuient sur la thématique de l’eau en ville, pour mener à bien des projets en lien avec le développement durable. De nouveaux acteurs territoriaux apparaissent comme des observatoires, des Agences de l’eau ou les Commissions Locales de l’Eau (CLE). À travers l’eau, objet environnemental, de nouvelles valeurs sont véhiculées et ainsi mises en avant pour valoriser les territoires, en termes de qualité de vie et d’attractivité : le patrimoine, 11


0.2 Le val de Loire classé au patrimoine de l’UNESCO, prémice de réappropriation d’un fleuve de contradiction

L

a Loire est un exemple d’un cours d’eau qui illustre bien l’avant-propos du fleuve dans la ville, d’un fleuve qui a fortement influencé l’implantation et le développement des villes, aux eaux à la fois bénéfiques et dévastatrices, porteuse de trafic et d’activités économiques et génératrices d’inondations. Cette bivalence lui a valu d’être renié par la ville et les usagers. Le Val de Loire inscrit au patrimoine mondial de L’UNESCO, au titre de paysage culturel évolutif et vivant, en novembre 2000, est un modèle de réappropriation contemporaine de la « Loire moyenne ». Une Loire sauvage bivalente

La Loire est considérée comme le dernier fleuve sauvage d’Europe, alors que c’est le plus anciennement et le plus radicalement transformé des cours d’eau français. Pourtant il n’a jamais été totalement dompté, ses équilibres naturels se sont accommodés des endiguements et il reste encore le long de son cours de nombreux secteurs sauvages qui exaltent la beauté des paysages et apportent une note de naturalité au coeur des villes. Implanté dans une large vallée, c’est un fleuve majestueux, aux grandes

Sur les plateaux nord de la Loire, des vignobles bien exposés au sud, composante du paysage de la Loire moyenne.

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crues périodiques dont la démesure contraste avec les sociétés et les paysages harmonieux qu’il a façonnés. Son cours lent qui semble immuable est trompeur : son aspect peut changer brutalement, car ce fleuve renouvelle sans cesse l’agencement de ses grèves et de ses bancs de sable. Il est connu pour ses extrêmes ; en crue, il prend des allures de mer intérieure et, en période de grande sécheresse, il n’est plus qu’un fleuve de sable que maudissaient les agriculteurs et les mariniers. Avec ces 1020 km de long, la Loire est le plus long fleuve français. Elle

prend sa source en Ardèche au mont Gerbier-de-Jonc, a environ 1400m d’altitude et achève sa course dans l’Océan Atlantique en aval de Nantes. Le bassin versant de la Loire occupe une surface d’environ 115000 km2 ce qui représente le cinquième du territoire Français. Les principaux affluents du fleuve sont de l’amont vers l’aval, l’Allier, le Cher, l’Indre, la Vienne et la Maine. La Loire présente différentes formes de vallées appelées secteurs géomorphologiques : la Loire haute en amont de Nevers, la Loire moyenne, et la Loire basse en aval d’Angers.


France » Entre des coteaux bien dessinés, la Loire moyenne a créé le « Jardin de la France » : le val entier est tenu et soigné à la façon d’un jardin. C’est un pays aux vastes horizons dont le moindre mouvement du relief a guidé l’occupation du sol. Très tôt, le fleuve a été cantonné entre des levées pour développer l’agriculture dans son lit majeur et pour conforter la navigation. Ces aménagements linéaires ont contribué, pour beaucoup, à l’agencement des paysages ligériens, aux tonalités délicates et aux lignes pures sous un à faire du Val de Loire un écrin pour les demeures royales.

Le château d’Amboise qui surplombe la Loire

La Loire et son bassin versant, le Val de Loire inscrit au patrimoine de l’UNESCO. Document réalisé à partir d’une carte des reliefs, de de l’hydrologie et de la Vallée de Loire classée au patrimoine de l’UNESCO.

climat doux et tempéré, qui a contribué

entre les deux coteaux le bordant, de Sully-sur-Loire (45) à Chalonnes-surLoire (49), sur une longueur de 280 km et près de 800 km². Le fleuve est inscrit pour son paysage culturel exceptionnel le long d’un grand fleuve, qui témoigne du développement d’interactions entre les hommes et leur environnement sur deux mille ans d’histoire, et plus particulièrement pour ses nombreux monuments culturels et architecturaux, qui illustrent également à un degré exceptionnel, les idéaux de la Renaissance et du siècle des Lumières.

La Loire Moyenne « Jardin de

Des sols fertiles à la terre légère et sablonneuse, un climat doux, une navigation active ont été les ferments d’un commerce prospère. Il s’y est développé un art de vivre inséparable des productions agricoles et des services assurés par le fleuve, notamment de la culture de la vigne favorisée par l’exposition des coteaux et la douceur du climat, tandis qu’une marine très active colportait les vins jusqu’à l’Océan. LE VAL DE LOIRE inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO

Val de Loire inscrit au patrimoine mondial se situe en Loire Moyenne compris entre le bec d’Allier et le bec de Maine, sur un périmètre situé en général 13


GÉOMORPHOLOGIE et typologie DU VAL DE LOIRE Les îles marquent de manière plus ou moins profonde le paysage ligérien. Généralement occupées par la forêt alluviale associée à des milieux ouverts, elles se présentent sous des formes et de dimensions très contrastées. Elles peuvent être filiformes et ne mesurer que quelques mètres de large sur plusieurs centaines de mètres de long. Elles sont alors généralement associées à des duits et épis, petites digues respectivement parallèles et perpendiculaires à l’écoulement des

Typologie du Val de Loire

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eaux destinées à maintenir historiquement le fleuve navigable en période d’étiage. Les grèves composées de sables ou de graviers, sont remobilisées par les crues, elles se reforment dans les zones les moins courantes du lit mineur du fleuve et constituent des substrats nus où des végétations pionnières caractéristiques peuvent se développer. Le lit d’étiage est le lit dans lequel se concentrent les eaux lorsque son niveau est au plus bas. Il correspond aux chenaux situés entre les bancs d’alluvions.

Le lit mineur est le lit occupé par la Loire lorsque les eaux sont à un niveau « normal ». Les bancs de sable, les bras secondaires, et les bras morts sont inclus dans le lit mineur. Le lit endigué est délimité par les levées. Le lit majeur est l’espace le plus vaste que les eaux peuvent recouvrir en période d’inondation. Il correspond à la plaine alluviale laquelle peut également être qualifiée de plaine d’inondation.


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1 ▶ Paysages du Val de Loire classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. La grande diversité des motifs des bords de Loire en fait un jardin naturel au coeur de la France. 1. Le château et le front bâti de Saumur en aval de Tours ; 2. En amont de Tours, Rochecorbon et ses troglodytes avec sa «lanterne» de 1095 et remaniée au XVe siècle. Elle pouvait servir de fanal dont les feux prévenaient la garnison d’Amboise des dangers menaçant Rochecorbon ; elle servait également à guider les navigateurs sur La Loire ; 3. Un vignoble de Vouvray en amont de Tours ; 3

4. Un effet mirroir des eaux paisibles au niveau de Tours ;

4

5. Une rampe d’accès à la Loire, à Saumur ; 6. Des chalands sur la Loire à Saumur.

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5

6


01.

Tours, exemple d’une urbanisation DU VAL DE LOIRE étroitement liée au fleuve

«

Tours a été et sera toujours les pieds dans la Loire comme une jolie petite fille qui se baigne et joue avec l’eau, faisant flic-flac en fouettant les ondes avec ses mains blanches » Balzac


1.1 Tours, ville ligérienne « entre deux eaux »

À

l’origine de la ville de Tours, un léger relief : une montille. Cette butte alluviale dominant légèrement la vallée inondable permit de construire hors d’atteinte des crues, ce qui est aujourd’hui encore le cas. Contrairement à d’autres villes comme Orléans et Saumur situés en bord de Loire, Tours est apparue en pleine vallée inondable entre la Loire et le Cher.

La ville de Tours compte 135 000 habitants parmi les 280 000 habitants de son agglomération. Jusqu’au XXe siècle, Tours, dont le développement initial se fait sur une butte au bord de la Loire, était restée entre Loire et Cher, au coeur de leur plaine alluviale inondable dont l’alti-

Profil AA’ de la vallée de la Loire (altitude NGF)

A

tude ne s’écarte jamais beaucoup de 50 mètres NGF. Désormais, depuis l’annexion des communes de Saint Symphorien et Sainte Radegonde au Nord de la Loire, et au Sud du Cher, du parc de Grandmont qui appartenait à la commune de Joué-lès-Tours, la ville s’étale au-delà des coteaux, sur les pla-

teaux comprit entre 80 et 100 mètres d’ altitude. Malgré cela, les trois quarts de la ville de Tours dans la plaine alluviale sont inondables, avec des hauteurs d’eau pouvant monter jusqu’à 4 mètres d’après la crue centennale de 1856.


Zone inondable Eau permanente Cours d’eau Cours d’eau temporaire Levées de la Loire Digues Chemin de fer Tours

A’

A

Tours, une ville inondable ; réalisée à partir d’un fond de plan du bâti, d’une carte IGN et du PPRI de Tours.

A’


Le coeur de ville et l’eau DE la LOIRE ▶

Elévations transversales de la Loire sur la commune de Tours, avec les hauteurs NGF des reliefs, de l’étiage, du niveaux de crue centennale de 1856. (7 m au dessus de l’étiage)

Rive gauche

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Rive droite

B

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i ri Q ua

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arche de m h 1 = 6 km e = 3,

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1.2 Rapport historique de la ville à son fleuve

L

e harcèlement permanent des inondations périodiques de la vallée de la Loire a longtemps posé des limites naturelles à la colonisation humaine. Les presque 2000 ans d’histoire de la ville de Tours ont par cela depuis toujours été marqués par le conflit avec la Loire et le Cher, ce dont l’actuel paysage fluvial urbanisé garde le témoignage. De la fondation romaine jusqu’au XVII siècle e

La ville de Tours doit sa création en 150 apr. J.-C. à la volonté politique de Rome. La fondation de la ville « Caesarudunum » sur une terrasse alluviale à 45 m NGF et parallèlement à la rive gauche de la Loire était avant tout un siège administratif et le chef-lieu de la tribu des Turons. La colonie romaine avait un port et atteignit son extension maximale au IIe siècle apr. J.-C. Vers 300 apr. J.-C. elle connut son déclin. C’est vers 400 apr. J.-C. que fut fondé le chef-lieu de province « Turonium » avec la construction d’un « castrum »

▶« La fort ancienne et noble ville de Tours appelée le Jardin de la France » Gravure représentant Tours en 1625. Cette illustration montre bien cette nouvelle enceinte qui protège des inondations, et une Loire habitée malgré les risques.

rive gauche de Tours

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sur les 9 ha du montille. À cette période de christianisation montante, St Martin a fondé le premier monastère gaulois près de Marmoutiers à l’est de Tours sur la rive droite de Tours. St Martin est finalement enterré en 397 à l’ouest de la ville, où fut édifié le monastère St Martin, lieu de pèlerinage. À cause de l’accroissement du nombre de pèlerins, vinrent s’ajouter d’autres bâtiments religieux ou d’accueil autour du monastère St Martin. Ainsi se créa «Castum Sancti Martini», tandis que le premier centre, la «Civitas Turonumm» qui s’était développée à partir du Castrum, se transformait en centre

administratif militaire et religieux. En 1034, un pont habité est construit par-dessus la Loire reliant Tours à St Symphorien. À partir de 1160, Henri II, comte d’Anjou, a fait construire le château de Tours, pour défendre le pont. C’est à lui qu’il faut attribuer aussi les premières digues basses et disparates. Castum Sancti Martini prit pour nom, à partir de la construction de l’enceinte de ville en pierres, « Castrum Novum » c’est-à-dire « Châteauneuf ». Lorsque la basilique St Martin fut déclarée comme “station“ le long du chemin de Saint-Jacques de Compostel, l’installation colonisatrice s’étendit en dehors des murs de la ville, sur


Les variations du trait de rive gauche de Tours, entre le pont Napoléon et le pont Mirabeau

des remblais artificiels toujours près des routes le long des berges, ou bien dans le lit de la Loire, sur des îles et près des ponts. Les riverains profitent alors de la proximité de la Loire pour la navigation fluviale et le commerce. En 1356, la Cité et Châteauneuf furent réunies dans la même enceinte fortifiée. Au XVe siècle, Tours (57 ha) devint la capitale du royaume de France sous le règne de Louis XI. De 1591 jusqu’au début du XVIIe siècle, le territoire passe à 120 ha, protégé par une nouvelle enceinte de ville assumant également la fonction de digue.

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Le système de digues

En 1629, Louis XIII met en place la construction d’un système de digues à grands espaces, compris entre 5,00 et 5,50 m au-dessus du niveau de l’étiage, remplaçant les premières digues basses et disparates. Un système de “déchargeoirs“ a été mis en place pour éviter les ruptures de digues en offrant à la Loire des possibilités de dégagement. La crue de l’hiver 1707 éclate les digues et cause d’importants dégâts. Il fut alors décidé de surélever les digues. La nouvelle génération de digues présentait de nombreuses insuffisances, dues à des problèmes techniques de proportions. De plus, l’élévation des digues avait même un effet dramatique sur le paysage. Le fleuve n’était plus visible sur de longues distances. Les propriétés sur les remblais artificiels près des rues s’écartèrent

Évolution de constructions des levées.

de la digue. Les ponts du Moyen-Age avec leur 5,5 m au-dessus de l’étiage étaient trop bas et ne pouvaient pas résister à la force accrue des eaux dues à l’endiguement de la Loire. Le développement de Tours sur un nouvel axe nord-sud

Vers 1740, la construction d’un axe Nord-Sud permettait de relier Tours à la nouvelle “Route de l’Espagne“ qui passait auparavant au niveau d’Amboise à 25 km en amont de la Loire. En 1779 fut érigé le pont enjambant la Loire appelé «Pont Neuf» , actuel «Pont Wilson». Il était nécessaire du fait des dégâts importants causés par les inondations sur le vieux pont habité. Dans la même optique, l’île de la Loire “Ile St Jacques“ qui obstruait le lit de la Loire fut rasée. Le matériau résultant fut réutilisé pour réaliser les têtes de pont de Pont Neuf. Le sommet St Julien fut

surélevé passant de 7m à 9m au-dessus du niveau de l’étiage (55 m NGF). Par le biais de cet axe, Tours obtint au Nord une situation d’entrée représentative. Les abords des berges de la Loire, qui depuis le Moyen-Age posaient un problème d’hygiènes en raison des marchés et des négoces, furent remis à neuf et fraîchement consolidés dans le cadre de la construction de l’axe. La mairie se situe au niveau de cette « entrée de ville », à la hauteur du Pont Wilson, et les autres sections administratives dans le prolongement de la Rue Royale, si bien que le centreville est encore pour l’instant en bord de Loire. En 1777, le Ruisseau St Anne reliant la Loire et le Cher fut remblayé. Comme le Cher était plus bas que la Loire, il se produisait des inondations depuis la surélévation des digues.


▶ La construction d’un nouvel axe Nord-Sud : le route de l’Espagne , et le remblayement du ruisseau St Anne. Extrait de carte d’État Major, de 1839.

Tours, milieu XIXe siècle, carrefour de commerce avec sa voie fluviale et son nouvel axe nord-sud reliant Tours avec la route d’Espagne. Comme on peut le voir sur la gravure, la ville est en contact direct avec l’eau, tout en gardant un esprit de domination du fleuve avec des ouvrages importants : ponts, quais, perret, port.

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L’essor de la navigation au XIX e siècle

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Vue de Tours à la fin du XVIIIe siècle. Ce tableau de Demachy montre bien l’importance de la navigation sur la Loire, ainsi que l’activité accrue sur les berges des marchands et négociants.

1856

2006

La carte de la Loire en 1856 fait ressortir l’importance de la chenalisation de la Loire avec des épis et des dhuis. Ici, le chenal est dirigé vers la rive droite pour faciliter le chargement et déchargement des marchandises sur les quais. Cette chenalisation de la Loire est toujours perceptible sur une vue aérienne de la Loire à Tours. La Loire en crue laisse apparaitre quelques morceaux de dhuis, vestige de l’histoire fluviale.

À partir de 1825, les digues et les installations portuaires de Tours sont remises en état. Un nouveau canal de jonction entre la Loire et le Cher est réalisé entre 1824 et 1828 : le “Canal du Berry“. Il marque la première poussée urbaine vers le Sud. Tours profite alors de la position centrale dans le trafic fluvial. Beaucoup de marchandises transitait par le port de Tours, la navigation battait son plein. Trente diligences s’y rendaient chaque jour, des voiliers et des «paquebots» se rendaient maîtres de la Loire, et étaient chargés, déchargés, négociés et marchandés aux abords des berges consolidées de la Loire. Vers 1830, un décret fut publié, interdisant les dépôts de toutes sortes sur les quais de Tours afin de mettre un terme aux conditions d’hygiènes intenables, réduisant l’activité. De plus, afin de rendre la Loire navigable toute l’année, une technique de chenalisation de la Loire a été mise en place en 1833 à partir d’une idée hollandaise. Un système de digues longitudinales, appelées dhuis et un système de digues transversales appelées épis permettent de concentrer la quantité d’eau le plus importante en un canal, accélérant le courant et chassant les atterrissements de sable, laissant ainsi un chenal toujours en eau.

▶ Copie d’un inexplosible à Orléans, bateau à vapeur des années 1830, disparu vers 1850.


Le déclin de la navigation avec l’arrivée du chemin de fer

Concours de pêche sur le canal de jonction de la Loire au Cher en 1930. Le canal du Berry construit entre 1824 et 1828 reste un événement paysagé et social malgré le déclin de la navigation.

C’est la crue de 1856 qui détermine le niveau référence des plus hautes eaux connues. Les levées ont par la suite été rehaussées, pour atteindre la hauteur actuelle de 7,50 m au-dessus du niveau de l’étiage. Dès lors, les vues depuis la ville sur la Loire sont occultées par ces digues. Cette mise à distance visuelle du fleuve a certainement contribué de façon indirecte à l’éloignement ultérieur de la ville et des Tourangeaux vis-à-vis de leur Loire.

La gare ferroviaire vient s’implanter au pied des murs de l’enceinte. Extrait de carte d’État Major, de 1839.

L’arrivée du chemin de fer annonce le déclin de la navigation. La gare de Tours est ouverte en 1846 par la Compagnie du chemin de fer d’Orléans à Bordeaux. Elle est située sur les lignes Orléans - Bordeaux et Tours - Nantes. La gare s’installe dans la vallée inondable au sud de la ville au pied du mur de l’enceinte ouvert pour faciliter son accès. Cette ouverture de l’enceinte permet aux crues de 1856 et 1866 de trouver un passage et d’inonder toute la ville. Le canal de Berry fut abandonné. La navigation fluviale périclita rapidement par la suite, ce qui eut pour effet de réduire l’activité des berges de la Loire.

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Un développement de la ville qui s’oriente vers le Cher et qui s’affirme jusqu’à nos jours.

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Tours en 1867 (Voyage aérien sur la Loire et ses bords) dessiné pas Guesdon. Le replacement des remparts au sud de la ville par un grand boulevard planté ouvre la ville sur la plaine alluviale.

1995

2011

Le développement du quartier des «Deux lions» sur un socle de remblais pour se protéger des inondations. (©Cibair vision)

Dans les années 60’ et 70’, le Cher est dompté, canalisé, canalisé, pour la construction de grands ensembles.

En 1861 les remparts au sud de la ville sont détruits et remplacés par les boulevards Béranger et Heurteloup, colonne vertébrale de la ville avec la route de l’Espagne, aujourd’hui l’avenue Grammont. À la croisée de ces deux axes essentiels pour la ville est créée une place « carrefour » : la place Jean Jaurès avec le nouvel Hôtel de ville. Ces évènements marquent bien le déplacement des lieux de pouvoirs et de l’administration des bords de Loire vers le sud de la ville ancienne, auprès des secteurs d’activités liés à la gare. La réorientation vers le sud est appuyée par l’urbanisation de la plaine alluviale jusqu’au Cher durant le XXe siècle. L’endiguement du Cher en 1964 permet de réaliser un socle pour la construction de plusieurs grands ensembles comme « les rives du Cher » et « les Fontaines » dans la zone d’inondation de Cher. Il se forme un paysage riverain complètement artificiel sans prendre en compte les qualités du paysage fluvial de la rivière. Le cours d’eau est rectifié, canalisé. Aujourd’hui, la plaine de la Gloriette située au sud du Cher, est un secteur en développement, notamment le quartier des « Deux lions ». Elle marque le dynamisme actuel de la ville vers le sud.


Les ouvrages fluviaux qui témoignent de l’essor de la navigation

Mariniers et négociants se sont attachés à améliorer, au fil des siècles, une navigation rendue délicate par les crues et les étiages de la Loire. Les témoignages de cette navigation fluviale ligérienne viennent à disparaître avec le temps. Cependant, la présence d’un anneau nous suggère la présence par le passé du port. Parfois, il suffit de gratter le talus enherbé, pour découvrir l’ancien perré en pierre, quelques marches de marinier qui disparaissent sous les quais en béton du XIXe siècle. Des associations de passionnées d’ancienne navigation ligérienne reconstituent des bateaux de Loire à fond plat comme les chalands. En aval du pont Wilson de Tours, un chantier est implanté pour la construction de bateau. Il ne permet aucun échange avec les riverains ▶

Des vestiges témoignant de l’essor de la navigation fluviale ligérienne au XIXe siècle : 1. Ancienne entrée du canal de Berry 2. La reconstitution de chaland de Loire au niveau du pont Wilon. Le chaland de Loire est le principal bateau de transport en usage sur la Loire depuis le Moyen Âge jusqu’à la fin du XIXe siècle. Il descend la Loire au gré du courant, et la remonte à la voile carrée, poussé par le vent de mar, et assemblé en «trains». 3. Une île sur la Loire colonisée par des saulaies peupleraies, témoigne des restes d’un duit, s’effaçant avec le temps par les crues de la Loire.

Le chantier de construction de bateaux de Loire implanté entre le pont Wilson et la faculté.

Il s’agit de redonner à la Loire une centralité perdue, de renouer des liens entre la ville et son fleuve. La revalorisation du patrimoine fluvial qui tant à disparaître est une des solutions répondant à cette problématique. La réhabilitation des dhuis et des épis permettrait de retrouver un savoir-faire et de réinstaurer une navigation fluviale contemporaine sur la Loire tout au long de l’année.

29


02.

Les Tourangeaux et leur fleuve, entre fantasme et réalité

«

Ne traversez jamais les eaux des fleuves au cours éternel, avant d’avoir prononcé une prière, les yeux fixés sur leurs magnifiques courants, avant d’avoir trempé vos mains dans l’onde agréable et limpide. Celui qui franchit un fleuve sans purifier ses mains du mal dont elles sont souillées, attire sur lui la colère des dieux, qui lui envoient par la suite de terribles châtiments » Hésiode, poète grec du VIIIe siècle avant J-C.


2.1 De la passion à la crainte du fleuve Une Loire très pratiquée

Promenade en Loire

Traversée de Tours à la nage

Plage de Ste Radegonde vers 1960.

L’ouverture de la pêche sur la Loire

Aujourd’hui, malgré la mauvaise réputation de la Loire considérée comme dangereuse, et les mesures de sécurité, quelques Tourangeaux pratiquent encore le cours du lit mineur de la Loire, particulièrement en amont de l’île Simon. Ils profitent de bancs de sable stabilisés pour se retrouver avec la Loire, dans un milieu de contraste et de mise à distance avec la ville.

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Bateau de bains chauds, rive gauche, vers1900

Laveuse en bord de Loire à Tours

de natation. Les riverains craignaient toutefois les cols de grèves imprévisibles. Dans l’inconscient collectif, les cols de grèves sont des sables mouvants. Le sol est souvent instable et peut se dérober sous le poids d’un homme, provoquant une sorte d’effondrement. Les sables mouvants tel qu’ils sont représentés dans les films sont inexistants dans la Loire.

Après le déclin de la navigation, les bords de Loire étaient encore très pratiqués en tant qu’espace de loisir : bain chaud, laveuses, promenades, canotage, pêche, sport, concours nautiques, baignades, prostitution. L’histoire de Tours témoigne de l’intérêt pour son fleuve de la part des Tourangeaux au début du XXe siècle. En 1847, un arrêté autorise les bains amarrés aux berges. En 1913 est créée l’association sportive «club des nageurs tourangeaux». En 1947, la plage de Sainte Radegonde situé sur la rive gauche de la grande île Aucard est équipée d’un grand bassin


Une politique de gestion de l’eau

La seconde moitié du XXe siècle est marquée d’une politique de gestion de l’eau. Jean Royer, maire de Tours de 1959 à 1995, a l’image d’un maire bâtisseur. Il lança dans les années 1960 une importante politique d’extension de la ville. De plus, Président de l’E.P.E.A.L.A (Établissement Public d’Aménagement de la Loire et de ses Affluents) de 1983 à 1995, il est l’initiateur du projet de contrôle des crues et des étiages, dans le but de domestiquer le fleuve définitivement. Pour lui, il n’y avait pas de considérations écologiques qui vaillent. La Loire fantasque est une menace pour tous et

Des risques d’inondation oubliés

pour toutes les villes riveraines. Jean ROYER n’est pas le seul responsable de cette image de fleuve dangereux : l’imaginaire collectif a été influencé par les épisodes de crues dévastatrices. Elles induisent une politique générale envers la Loire, qui se manifestait par l’envie de rentabiliser cet espace. Les valeurs paysagères et de biodiversités du fleuve n’étaient donc pas pris en compte dans les projets de la ville, au profit d’une gestion du fleuve et des inondations, comme en témoigne la canalisation du Cher et l’urbanisation de grands ensembles, un des chantiers les plus importants d’Europe de l’époque.

La ville est exposée à de forts risques d’inondations. Ainsi ce caractère de « nature sauvage » , ressenti par les habitants, accompagne un sentiment aussi agréable que répulsif. Les habitants ne se rendent plus compte que la ville peut-être, en cas de crue centennale, submergée jusqu’à 4 mètres d’eau suivant les endroits. Il y a eu trois crues importantes au XIXe siècle: en 1846, 1856 et 1866. La crue de 1856 atteindrait aujourd’hui, par suite des aménagements du lit mineur de la Loire, environ 6,50 m au-dessus du niveau de l’étiage au lieu de 7,50 m. En revanche, les pâtures sur les îles et sur les berges de la Loire

Cirque de Touraine construit en bord de Loire en 1865 à côté de l’actuelle bibliothèque.

La nouvelle entrée Sud magistrale de la ville de Tours vers 1970 : la place Verdun

Course d’aviron sur la Loire

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Des périodes d’oubli et d’appréhension des risques d’inondation. (Réalisation personnelle)

Effrondement du Pont Wilson en Avril 1978. La gravure illustre une Loire dangereuse, dans une ambiance inquiétante.

▶ ▶

Un événement qui à la fois fascine et effraie les habitants : la crue de la Loire en octobre 1907, à 5m60 au-dessus du niveau de l’étiage

Échelles des crues de la Loire sous le Pont Wilson, un rappel des risques des inondations de la ville

moyenne étant considérablement amoindries, les forêts alluviales ont remplacé ces étendues qui n’avaient pas d’incidence sur le bon écoulement des eaux. De plus, actuellement, les risques sont accentués, car la ville et son agglomération se sont étendues sur des zones inondables, notamment La Riche et Saint-Pierre-des-Corps, villes limitrophes de Tours en aval et en amont respectivement. Il est incertaint et difficile de prévoir la hauteur des crues Un autre événement qui a participé à la représentation d’une Loire dangereuse est l’effondrement du pont Wilson le 9 avril 1978. L’incident est lié à la Loire, mais cependant causé par l’Homme. Durant l’été 1976, la sécheresse avait fait apparaître les bois des piles de pont à l’air libre induisant leur détérioration. De plus, l’exploitation du sable de Loire par dragage en amont du pont avait abaissé progressivement le niveau de l’étiage. Cela avait eut pour effet de fragiliser les piles du pont et s’était conclu par l’effondrement de plusieurs arches.

Le rapport direct des Tourangeaux avec leur fleuve est réduit. Cet oubli contemporain, cette mise à distance, entraînent la méconnaissance des dangers réels et alimentent la méfiance envers la Loire. Ainsi, il me semble intéressant d’introduire de nouvelles pratiques, de se rapprocher de l’eau, pour une meilleure compréhension de la Loire et de ses risques. 34


▶ Extrait du PPRI de Tours.

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2.2 Des représentations ambivalentes du fleuve et de ses berges

L

e sondage que j’ai réalisé auprès des riverains sur le site, appuyé d’un sondage en croquis, « dessine-moi ta Loire », m’ont permis de mieux comprendre leur propre représentation de la Loire en général, et plus précisément des bords de Loire à Tours.

Une image positive de la Loire

Des représentations ambiguës

D’après un sondage que j’ai réalisé, les riverains ont dans l’ensemble une vision « paysagère » de la Loire : elle est pour eux un élément agréable. Pour plus de la moitié des personnes que j’ai sondées, la Loire a avant tout une image de « nature ». L’expression « Le dernier fleuve sauvage d’Europe » résume de manière caricaturale cette représentation. En effet, comparée à d’autres fleuves français, la Loire paraîtrait plus sauvage que le Rhin ou Le Rhône. Le fait qu’elle soit peu aménagée et que son lit soit très changeant selon les saisons renforcent cette notion de « sauvage ». En plus de ses caractéristiques naturelles, la Loire évoque également les levées et les châteaux. Elle incarne donc un espace de nature aménagé par l’Homme.

des bords de Loire en ville

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Les quais sur la rive gauche se situe sur la commune de Tours et sont délimités par le bord du cours d’eau et par le pied des levées qui mesurent 7 mètres de haut. Nombre de riverains sondés ont souligné que les bords de Loire étaient souvent en « mauvais état, peu attractifs, car mal entretenus et mal

Les berges naturelles sur la rive droite, exposé au sud

La rive gauche, sous forme de quai, exposé au Nord

Pourtant, si l’image du fleuve est positive aux yeux des habitants, celle des bords de Loire est nettement plus ambiguë, dans la mesure où, selon les tronçons concernés, les représentations apparaissent contrastées : les quais de Tours sur la rive gauche sont perçus comme un territoire en marge, et la rive droite comme un « espace naturelle de promenade agréable ».

aménagés», cela constituant un frein à leur fréquentation. Un Tourangeau résume bien le sentiment général : « Je ne fréquente plus beaucoup les bords de Loire, entre autres car ils sont vraiment difficiles d’accès, et on ne se sent pas en sécurité, il y a des personnes qui prennent de la drogue et qui boivent.» Les quais rive gauche à Tours sont donc perçus comme un territoire de marginalité, délaissé et interlope. Ce sentiment est en partie dû à la topographie particulière, à l’accessibilité difficile des lieux et à la faible luminosité due à l’exposition au nord et au couvert végétal dense. Il en découle une demande assez unanime d’aménagement. Pour nombre de riverains, c’est en effet le mauvais état et l’abandon des bords de Loire par les pouvoirs publics qui en feraient des « marges urbaines ». En revanche, les riverains apprécient la rive droite, parce que l’on peut y cheminer le long du fleuve. Cet avis se fonde sur la physionomie opposée à celle de la rive gauche. Les berges sont naturelles, très peu


minérales, avec un ensoleillement plus important. Une majorité de personnes interrogées indique avoir une bonne image de la Loire et la fréquenter régulièrement pour la promenade et la pêche. Certains opposent la Loire au reste de la ville : les abords de la Loire font figure d’espace naturel et de havre de paix, au sein de la ville bruyante et active. Ce sondage auprès des riverains montre bien les attentes et des enjeux d’un projet de revalorisation des quais sur la rive gauche.

▶ Exemple de sondage en croquis « dessine-moi ta Loire » : Ces dessins traduisent que le riverains se représente la Loire au niveau du pont Wison. Le Pont est un élément important dans leurs visons de la Loire. Sur le premier, il est aussi représenté un escalier qui permet d’accéder au quai, et un chemin de promenade sur la rive droite. L’absence de la représentation du pont Napoléon qui accède à l’Ile Simon dessiné ici exprime bien la méconnaissance générale des riverains de cet accès. Le second met en avant une Loire « qui se regarde » : depuis les quais rive gauche, on observe un paysage ligérien, composé d’une île, de bateaux, d’un front bâti et de côteaux sur la rive opposé. Cette vision paysagère rend compte du havre de paix recherché par les riverains, de la rencontre avec le fleuve calme et apaisant.

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2.3 Des outils de réappropriation de la Loire

T

ours a la volonté de mettre en avant sa proximité avec son fleuve. Les prémices de cette réappropriation se traduisent à l’aide de plusieurs outils :

La prévention des risques

La prévention des risques d’inondation peut être une forme de réappropriation du fleuve. En octobre 2012, une initiative artistique propose à la population tourangelle de vivre 24 heures, en ville inondée. Le mot d’ordre est d’informer la population, de prévenir les risques, et plus certainement de s’approprier les spécificités de leur environnement. Il s’agit de comprendre, apprendre, vivre son paysage Ligérien. Cette initiative proposée par des artistes, mais également par des techniciens et des géographes a permis de valoriser la gestion du « territoire-fleuve » dans un objectif affiché de renouer des liens entre le fleuve et les habitants de la commune.

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terrasse ouverte sur la Loire permet à la population d’assister à des concerts et des spectacles. Ce type d’animation, qui regroupe tous les âges, tend à développer une convivialité autour de l’eau urbaine. La guinguette ne répond pas entièrement à la forte demande sociale. Il semble nécessaire d’étendre et de diversifier les animations. La patrimonialisation

La réappropriation sociale

Depuis les années 90, les rapports avec le fleuve ont changé. A l’instar du classement au patrimoine de l’UNESCO de la vallée de la Loire, de nouvelles institutions et lois justifient ce mouvement inverse, ce regard nouveau sur le fleuve, prenant en compte les valeurs paysagères et de biodiversité de la Loire.

L’évolution actuelle montre un intérêt nouveau pour le fleuve. La Loire et ses berges doivent redevenir un lieu de sociabilité. Les quais de Tours, longtemps laissés à l’abandon, se trouvent animés ponctuellement par des évènements culturels ou artistiques. Dans une volonté manifeste de faire vivre les bords de Loire, depuis 2005 « Tours sur Loire » tente de recréer une guinguette au pied du pont Wilson. Une

Le Plan Loire Grandeur Nature Le plan Loire grandeur nature est un plan d’aménagement global qui vise à concilier la sécurité des personnes, la protection de l’environnement, le développement économique, dans une perspective de développement durable. Quatre enjeux prioritaires ont été définis : vivre durablement dans les

vallées inondables de la Loire et de ses principaux affluents ; préserver et restaurer le bien commun que sont la ressource en eau, les espaces naturels et les espèces patrimoniales ; mettre en valeur le patrimoine naturel, culturel, touristique et paysager de la Loire et de ses principaux affluents pour un développement durable ; développer et partager une connaissance globale, fondamentale et opérationnelle du fleuve. Zone classé Natura 2000 : Au niveau de Tours, la Loire est classée en Zone Spéciale de Conservation (ZSC) visant la conservation des espèces d’oiseaux sauvages figurant à l’annexe I de la Directive «Oiseaux» ou «qui servent d’aires de reproduction, de mue, d’hivernage ou de zones de relais à des oiseaux migrateurs». La «zone» correspond à l’emprise de la Loire et s’étend de Candes Saint Martin à 50 km en aval, jusqu’à Mosnes à 35 km en amont, avec une superficie totale de 5556 ha. Cependant au niveau de Tours, l’île Aucard et l’île Simon sont exclues pour des raisons d’urbanisme.


Zone Naturelle d’Intérêt Ecologique, Faunistique et Floristique (ZNIEFF) Au niveau de Tours, la Loire a été inventoriée en 1885 en ZNIEFF de type 1, c’est à dire en «secteurs de superficie en général limitée, caractérisés par

leur intérêt biologique remarquable » La zone est intitulée : « Ilots et grèves à sternes de l’agglomération Tourangelle » . Avec une superficie de 270 hectares, elle est localisée sur les communes de la Riche, Rochecorbon,

Saint-Cyr-sur-Loire, Saint-Pierre-desCorps, et Tours. Cette section du lit mineur de la Loire a la même vocation, à savoir le regroupement de la plus grande partie de la population des sternes tourangelles.

▶ « Jour inondable ». Vue sur les quais depuis la culée du pont Wilson: «Aléa très fort» rappelle aux riverains les risques d’inondations de la ville.

La guinguette de Tours située au pied du pont Wilson, très fréquentée en période estivale.

L’ensemble de ces volets de patrimonialisation confère un nouveau statut à la Loire, elle acquiert une certaine notoriété, qui accompagne la volonté d’un regard nouveau sur la Loire, que se soit pour ses valeurs patrimoniales, culturelles, paysagères, et de biodiversité. Il convient de faire prendre conscience que le fleuve est non seulement dispensateur d’aménités, mais aussi source d’aléas. Le projet de revalorisation des quais et du front urbain induira une reprise de conscience du fleuve et de ses valeurs par les riverains, mais aussi une meilleure prise en compte des risques d’inondation.

39


03.

Lecture des temporalités du paysage ligérien au coeur de la ville

«

Comme un coursier rapide et dévorant l’espace, La Loire précipite à grand bruit dans les champs, Ses flots remplis d’écume, et brise avec audace Les plus puissants remparts, devant elle impuissants. Le torrent a passé... Les plaines sont stériles, Pas un être vivant sur ces lugubres bords.» Roville-Courbe, Inondation d’Indre et Loire.


3.1 Le marnage, apparition/effacement horizontale: un paysage à deux temps

L

a dynamique de marnage à une temporalité, une fréquence. A la montée des eaux, un paysage s’efface, pour en révéler un nouveau à la baisse des eaux.

En période d’étiage En période d’étiage, « paysage ligérien » prend toute sa magnificence, ce caractère ligérien riche qui lui est propre. Un nouveau paysage appparaît, remodelé : la Loire révèle la poésie ses courbes, des grèves parsemées, des bancs de sable blanc naissants, démunis du végétale mais qui seront rapidement colonisés par les plantes

pionnières aux couleurs vert cru. L’eau est calme, apaisée, reflétant sur sa surface plane parfaite le ciel, et les couleurs. En période de crue La période de crue est l’autre temps du paysage ligérien. Le fleuve change de forme, les limites du fleuve sont délimitées par les ouvrages de l’Homme,

par les levées et les berges. L’eau, surface plane, annule reliefs composés de sable et de végétal. Ce paysage, englouti sous les eaux reste dans l’imaginaire, parfois il se laisse deviner au travers des eaux claires. La matière de l’eau change aussi. Elle est troublée, mouvante, plus inquiétante.

Cette dynamique à deux temps du paysage induit une variation de la perception et des pratiques du fleuve, qui doivent être prise en compte dans le projet de requalification des quais rives gauches et de front urbain.

Le marnage et lits de la Loire à Tours. Réalisé à partir d’une carte du relief, du bâti et d’une vue aérienne.

42


La Loire en crue, surface trouble en mouvement La Loire à l’étiage, surface miroir plane

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3.2 Le végétal: filtre saisonnier

L

e paysage ligérien se voile et se dévoile. Un jeu de filtre végétal rythmé par les saisons et par l’action de l’homme change la perception du fleuve et de ses rives.

Les îles, habillées de forêt alluviale, font apparaître à l’arrivée de l’hiver une profondeur de champ, un paysage avec transparence, à découvert. À l’inverse, avec l’arrivée du printemps, se créent des plans entrecroisés divisant l’espace. La profondeur est restreinte, cadrant le regard pour une sensation plus intimiste. De plus, les écrans de végétal créent des cadres qui peuvent mettre en évidence un vide ou la ville en face. Les rideaux de platanes et de tilleuls habillent le front bâti jusqu’à le camoufler totalement en été donnant l’impression d’être en Loire rurale, ou bien avec l’arrivée de l’automne dérober le bâti nous rappelant que nous sommes en Loire urbaine


de la Loire

La végétalisation progressive du lit entraîne une fermeture du paysage et l’uniformisation des milieux. La transparence visuelle du lit historique entretenu pour la navigation est peu à peu remplacée par une barrière végétale. La subdivision fluviale de la Direction Départementale Territoriale de Tours intervient sur le lit mineur de la Loire.

Par le biais de scarification d’îles et de grèves, de nettoyage des bois morts, et d’élagage, ils permettent une meilleure dynamique de l’eau afin de limiter les risques d’inondation. Ces interventions parfois lourdes transforment radicalement le paysage, passant d’un espace fermé à un espace ouvert. Ce changement parfois méprisé peut créer un traumatisme auprès des habitants .

Les filtres saisonniers doivent être pris en compte dans le projet comme un outil du paysage, pour mettre en scène le bâti remarquable par le biais de cadrages de végétal, des fenêtres sur la Loire, et des vues en enfilade sur des perspectives lointaines.

Vue aérienne du pont Wilson et de la place Anatole France. En 1920, la Loire est encore entretenue, offrant un paysage ouvert. En 1957, le lit mineur est plus végétalisé, fermant le paysage.

La restauration du lit mineur

Une loire urbaine en période hivernale

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3.3 LA dynamique des communautés végétales de la Loire

L

a Loire, grand fleuve non domestiqué, présente une flore remarquable liée au lit mineur, là où l’eau s’écoule toute l’année, occupée lors des crues. Le rythme biologique est mis en évidence par les végétaux caducs et les annuels. Les érosions des crues et les dépôts du fleuve

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entraînent la constitution de milieux variés et permettent le développement de végétations annuelles ou de végétations pérennes. Le régime pluvial de la Loire, avec des étiages d’été très marqués, favorise le développement des plantes colonisatrices de sable et de vase. Cette dyna-

mique des communautés végétales entraîne au niveau du paysage, une variation de couleurs durant l’année, entre les sables blancs, le vert cru des nouvelles plantes annuelles colonisatrices, le vert plus soutenu des peupliers, et les reflets argentés des saules blancs.


Hydrographie -sable -eau courante

Forêt alluviales -saulaies-peupleraies arbustives -saulaies-peupleraies arborescentes

Végétations aquatiques et semi aquatiques -Phalaridaies et Magnocariçaies

Autres forêt et boisement -arbres d’alignements : Platane commun (Platanus x acerifolia) -arbres d’alignements ornemental -boisements variés

Végétations herbacées pionnières typique du lit mineur -cortèges pionnière : des vases humides à petits souchets, des sables humides à Chénopodes, à Bident, et des sables secs. Végétation herbacées à l’écart du lit mineur -prairie mesophiles

Espaces rudéraux (anthropisés) intersticiel -végétation sur le sol, des murs 47


extrait de l’herbier de plantes représentatives

Pâturin annuel (Poa annua) Espace rudéral. Plante pionnière des sols nus et hostiles, d’une résistance à toute épreuve, elle l’une des rares à supporter des sols très compactés, et tolère sans broncher d’être piétinée régulièrement.

Pulicaire vulgaire (Pulicaria vulgaris) Herbacées pionnières typiques du lit mineur Espèce patrimoniale de la Loire. Elle est très courante sur la Loire, mais cependant protégée au niveau national. Elle est une espèce pionnière des basses grèves du lit mineur, mais aussi dans des contextes anthropiques

Jussie à grandes fleurs (Ludwigia grandiflora) Végétations aquatiques et semiaquatiques Elle se développe sur des terrains frais à inondés dans des situations assez bien éclairées. Surtout présente sur les basses grèves du lit mineur, elle colonise aussi les boires, les brasmorts, les plans d’eau. Les types de végétations envahis sont très variés : les communautés aquatiques, les communautés d’hélophytes, les communautés pionnières

Saule blanc (Salix alba) Saulaies-peupleraies arborescentes. Avec le Peuplier noir (Populus nigra), ils sont des espèces pionnière très courante de la Loire.

Le végétal endémique spécifique du milieu ligérien est un outil à prendre en compte dans le projet, à la fois pour ses valeurs de biodiversité, mais aussi pour ses qualités de transparences, de couleurs, de matières. 48


Agrostis stolonifera (Agrostide stolonifère)

Carex riparia (Laîche des rives)

Cyperus fuscus (Souchet brun)

Lindernia dubia (Lindernie)

Chenopodium rubrum (Chénopode rouge)

Amaranthus blitum (Amarante émarginée)

Pulicaria vulgaris (Pulicaire vulgaire)

Bidens cernua (Bident penché)

Saponaria officinalis (Saponaire officinale)

Datura stramonium (Datura stramoine)

Dactylis glomerata (Dactyle aggloméré)

Elytrigia repens (Chiendent rampant)

Salix viminalis (Saule des vanniers)

Salix purpurea (Saule pourpre)

Salix alba (Saule blanc)

Populus nigra (Peuplier noir)

Phalaris arundinacea (Baldingère)

Quercus robur (Chêne pédonculé)

Fraxinus angustifolia (Frêne commun)

Ulmus minor (Orme champêtre)

Robinia pseudoacacia (Robinier)

Quercus palustris (Chêne des marais)

Quercus rubra (Chêne rouge)

Tilia europaea (Tilleul)

49 Salix alba ‘tristis’ (Saule pleureur)

Poa annua (Pâturin annuel)

Polygonum aviculare (Renouée des oiseaux)

Cymbalaria muralis (Cymbalaire)


3.4 Les qualités spatiales de l’eau

L

e paysage de Loire est attaché aux qualités spatiales de l’eau qui se présente sous différentes figures, faisant appel à nos sens et révèlant des ambiances : l’une statique, eau surface plate, en miroir, qui différencie et met à distance ; l’autre dynamique, eau mouvement qui génère du flou. L’eau surface

L’eau mouvement

L’eau sensorielle

Le plat, une horizontale qui vient jouer avec les sols en pentes, cette structure est totalement exogène dans l’espace public qui est toujours en pente pour favoriser l’écoulement de l’eau. L’eau surface est une eau matière qui joue également le rôle de miroir, de reflet, plus ou moins stable, qui magnifie la lumière, la profondeur. En reflétant le ciel, les arbres, ou les châteaux qui le bordent, ce miroir donne une image inversée du mon réel. Symboliquement la surface de l’eau sépare le conscient de l’inconscient, concrètement, elle révèle les paysages et en souligne l’ampleur. Cet effet «miroir» renvoie à la rêveries des promenades au bord de l’eau.

Le mouvement de l’eau est continu, linéaire, il insuffle au paysage une dynamique. Il a capacité à animer, mettre en mouvement. Il renvoie à l’idée d’un infini, d’un lointain qui serait perceptible d’où l’on est, conférant ainsi un caractère de liaison. L’eau en mouvement se trouble, change de couleur. Elle peut prendre une image de déluge, de force naturelle, à la fois fascinante et redoutée.

Par ses qualités cinétiques et auditives, l’eau amène le promeneur à la rêverie. L’eau fait appel au sens du touchée, mais aussi de l’odorat : l’odeur humide des embruns, la fraîcheur des rives, la brume matinale au printemps et à l’automne lorsque la température s’élève rapidement sous l’effet d’un ensoleillement plus précoce.

Il s’agit de prendre en compte ces qualités spatiales de l’eau dans l’aménagement urbain, de dessiner ces contacts sensoriels.

« D’une eau qui toujours suit le sourd frémissement me berce, me distrait, m’agite doucement. Alors, suivant le cours de la vague incertaine, L’imagination au hasard se promène ; L’espoir, les vœux trompés, les volages amours,

«Le murmure d’un ruisseau plonge dans une rêverie, les frémissements des torrents aiguillonnent l’imagination, le roulis d’un lac apaise les sens, le jaillissement d’une source suscite la gaieté.» Ilona Woronow 50

Et les tendres regrets et les premiers beaux jours, Mille doux souvenirs, fugitives images Et ces illusions qui suivent tous les âges, Et de la vie enfin les mobiles tableaux, Glissent sur la pensée aussi prompts que les flots. » Fontanes, 1839.


assagie douce paisible tranquilisé

enjouée maline inqiuet remué

agressif tourmenté agité retourné

Au rythme du fleuve :

L’eau surface et l’eau mouvement jouent avec la lumière

51


04.

Renouer UN dialogue entre la ville et le fleuve:

Diagnostic et intentions de projet


LIMItes Physiques, visuelles et mentales

L’analyse a fait ressortir cet enjeu important qui est de renouer un dialogue entre la ville et son fleuve. Il faut inventer un nouveau destin à la Loire, accueillir de nouveaux usages, pour une meilleure lecture du paysage ligérien et une meilleure connaissance du fleuve et de ses aléas par les riverains. Pour répondre à ces enjeux, mon périmètre d’intervention se décline en deux parties.

La première comporte les quais de Loire concentrés sur la rive gauche connectés aux deux extrémités à une continuité de berges «naturelles». Son linéaire correspond à celui des anciens quais et ouvrages fluviaux historiques et au secteur sauvegardé de la ville de Tours. Ce périmètre tient compte aussi du front urbain, pour venir s’accrocher en profondeur dans la ville, déterminée par des «

outils de recomposition » et un axe de commerces piétonnier. Pour une meilleure compréhension , le diagnostic et les intentions de requalification du premier périmètre d’intervention sont traités en huit séquences :

3150 mètres = 42 minutes de marche 600 m = 7 min

1

300 m = 5 min

2

350 m = 4 min

3

400 m = 6 min

4

300 m = 4,5 min

5

400 m = 6 min

6

300 m = 4 min

7

500 m = 6 min

8


55


4.1 La requalification des quais et front urbain de la rive gauche 1. modelé de Loire

Intentions de projet : Il est donc intéressant de relier le futur pôle d’enseignement avec la Loire, pour accueillir de nouveaux usages. Il faut présenter des espaces de détentes, de repos, de contemplation.

La berge «naturelle» est très agréable à la promenade. On a le sentiment d’être dans la Loire, hors de la ville. Le promeneur est libre de son chemin, il peut s’aventurer près de l’eau, sur des bancs de sable, se prendre au charme des passages sinueux entre les arbres. Cette séquence de berge «naturelle» est peu pratiquée.

Un futur pôle d’enseignement des arts graphiques et de l’image ainsi que des résidences étudiantes vont réinvestir l’ancienne imprimerie Mame classée au patrimoine pour sa toiture en shed à paroi vitrée de Jean Prouvé. Malgré une rampe carrossable qui permet d’accéder au fleuve, la ville reste isolée de la Loire masquée par les arbres depuis la voie.

Logements sociaux

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Pont Napoleon

De même, un travail de liaisons avec les logements sociaux qui bordent la levée participera à mettre en valeur ce quartier. Le contact visuel avec la Loire depuis la levée est presque inexistant. Il est donc intéressant de créer des ouvertures sur la Loire.

Future Faculté des Arts


Vue sur Loire occultĂŠe

Rampe 57


2. Les coulisses de la ville

Ile Simon

Des parkings annoncent le commencement des quais. L’ambiance change totalement, on est plus dans la Loire, mais dans la ville, appuyé par la présence de véhicules et la forme de quais composé de béton et de batardeaux en palplanche. Cet espace de quais large de 30 m, coulisse de la ville, est réservé à l’usage de la voiture.

Intentions de projet : Les intentions de projet sont de diversifier les usages, tout en gardant de façon ingénieuse l’accès de la voiture qui est aussi une forme de contact des riverains avec leur fleuve. Il s’agit aussi de re-dessiner un contact plus charnel et subtil des quais avec l’eau. La largeur des quais permettra aussi accueillir des ateliers de constructions de bateaux de Loire, ouvert au public pour partager un savoir faire avec les usagers.

Parkings

Pont Napoleon


usages des étudiants : pause déjeuner au bord de l’eau, révision les pieds dans l’eau ? - déplacement des ateliers de construction de bateaux de Loire pour dégager un espace ouvert pour la faculté et des évènements culturels.

3. UN « campus fluvial » ?

Les quais se resserrent de façon rectiligne et uniforme. L’ambiance est sombre et plus fraîche, en raison de l’exposition au nord et de l’implantation dense des arbres. Isolée de la ville et de ses bruits par des immeubles d’habitation et par la faculté des Lettres, la Loire se laisse regarder. Les accès depuis la ville sont difficiles à identifier.

Chantier de construction de bateaux de Loire

Entrée Est Faculté

La faculté est implantée sur la levée, mais tourne le dos à la Loire : ses entrées sont orientées vers la ville. Il n’y a ni contact visuel, ni contact physique avec le fleuve, malgré la présence d’une très belle rampe pavée datant du XIXe siècle. Intentions de projet : - créer un « campus fluvial » : relier la faculté de Lettres avec le fleuve, requalifier les quais pour accueillir les

Rampe

Chantier de construction de bateaux de Loire

Faculté des Lettres

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4. A l’entrée de la ville et de la Loire

La place Anatole France constitue l’entrée de la ville, mais aussi de la Loire. Il s’agit de la séquence la plus pratiquée par les riverains surtout en période estivale et notamment avec la guinguette.

Les accès sont présents : escalier monumental, rampes. Le recul sur la Loire permet une covisibilité. La bibliothèque de Tours, inscrite au titre des Monuments historiques, réalisée par l’architecte Pierre Patout

en 1957, est embleme de la ville de Tours. Assise sur la levée, elle se contente de regarder la Loire. Les restaurations qui sont en cours n’ont pas pris en compte la nécessité de la relier à la Loire.

Guiguette Bibliothèque municipale

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Pont Wilson


La ville de Tours entreprend la requalification de son entrée de ville : requalification de l’ancienne faculté des arts en Centre de création contemporain, remise en valeur de l’église St Julien et du musée du compagnonnage, le développement du tourisme (hôtel), etc. Cependant le projet ne prend toujours pas en compte la Loire.

Intentions de projet : - relier la bibliothèque à la Loire : « lecture sur les bords de Loire» - essaimer la guinguette et ses activités - développer un tourisme local sur les bords de Loire : découverte des vins de Loire et des produits locaux d’un paysage ligérien en bateaux. - développer le transport fluvial. - multiplier des événements culturels sur les bords de Loire.

L’invitation d’un artiste en résidence : Des artistes en résidence en lien avec la future faculté d’art, apporteront un regard nouveau sur la Loire. La résidence se fera près de la Loire, dans le future Centre de Création Contemporain (C.C.C.) d’Olivier-Debré prévu pour 2014. Les artistes pourront disposer de plusieurs mois pour la conception d’un projet éphémère ou pérenne sur la Loire. Ce rapport artistique permettra la reconquête de la Loire et le développement d’un pôle attractif.

Bibliothèque

Loire

Le promontoire sur la Loire à Chaumont-surLoire de Tadashi Kawamata, exemple de référence d’une instalation in-situ d’un artiste.

Bibliothèque municipale

Pont Wilson Guinguette

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5. Un marché « patrimoine ligérien »

Le quai se resserre. L’élargissement du quai du XXe bénéficie seulement aux parkings On ne voit pas la ville, cachée derrière la levée de 6m, cependant on se sent dans la ville, en raison de l’omniprésence des surfaces minérales et de la hauteur des quais par rapport à l’eau.

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Intentions de projet : Développer un tourisme identitaire par la valorisation touristique des produits locaux. : - un marché «patrimoine de Loire» sous la forme d’alcôves faisant rappel aux troglodytes, pour accueillir avec des producteurs du val de Loire : poissons et vins de Loire, légumes, etc.

Ce marché peut être alimenté par bateaux amarrés. - des bateaux restaurant «Menu en Loire» - des bateaux «dégustation de vin de Loire au gres du courant»


Escalier d’accès avec parapet en créneaux

Anneau d’amarrage

Escalier de descente à l’eau

Escalier de batelier

Escalier d’accès avec parapet en créneaux

Rampe pavée

Exemple de vocabulaire de quai toujours présent sur la rive gauche

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6. Le château

Les quais en béton du XXe siècle disparaissent, laissant apparaître l’ancien quai et son perré. Il y a une promenade haute, on regarde la Loire, et une promenade basse, on est dans la Loire. Les berges sont moins sombres, plus clairsemées de peupliers et de saules.

Intentions de projet : -mettre en valeur le château depuis la Loire et inversement. - créer une piste cyclable qui propose une alternative à celle qui est le long de la route. -créer des temps de pause, d’observation.

Château de Tours

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Château de Tours

Ouverture sur la Loire

Ancien perré Château de Tours 65


7. Promontoire sur Loire

Le quai marque une rupture totale avec le fleuve. Il n’y pas de continuité piétonne et cyclable. La hauteur élevée nous déconnecte de la Loire. L’ambiance est sinistre, appuyée par le pont et le bruit de la circulation.

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Intentions de projet : - retrouver les anciens quais et perrés pour une continuité de circulation piétonne et cyclable. - diminuer l’impact négatif du pont en béton et du bruit de la circulation.


8. Le retour à une berge naturelle

Les quais se terminent au niveau de l’ancienne entrée du canal de Berry. Les talus enherbés viennent recouvrir ces ouvrages fluviaux oubliés. Le passage de l’autre côté du pont de l’A10 se fait par un petit chemin escarpé une période d’étiage, sinon il faut remonter sur la levée.

Intentions de projet : - redécouvrir les ouvrages fluviaux ; - créer un passage sous le pont de l’A10 ; - minimiser l’impact négatif du pont et de la circulation ; - points d’observations.

Vestige canal de Berry 67


4.2 Des Actions sur le paysage ligérien

Une rue qui débouche sur un écran végétal : un boulevard ? Un square ?

La Loire dialogue avec la ville et l’œil du riverain : elle montre et cache des choses. Sur ce périmètre d’intervention qui est à l’échelle de la Loire, il s’agit de travailler sur les filtres saisonniers. Depuis la rive, il faut créer des liaisons visuelles avec la Loire en perçant des « fenêtres ». Par exemple, une percée de l’écran végétal dans l’axe des rues débouchant sur le fleuve permet de suggérer la présence de la Loire. Dans l’autre sens, il s’agit aussi de créer des scènes de vues de la Loire à la ville. Par contraste, le végétal dense met en valeur le bâti remarquable dans des «fenêtres». En plus de ces intentions de vues sur la Loire et de mise en valeur du bâti remarquable, il s’agit de créer des vues en enfilade, de créer des perspectives.

Une rue qui débouche sur un vide, un coteau, qui suggère la présence de la Loire.

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Des fenêtres pour la mise en valeur du bâti remarquable

Des percées pour une Loire qui se regarde

Exemple de bâti remarquable à mettre en scène : la bibliothèque et la cathédrale de Tours depuis le pont Wilson

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Conclusion

Le jardin de la France, Max Ernst, 1962.

E

space identitaire pour la ville de Tours, la Loire constitue l’élément de mémoire du lieu, le bien commun. Le processus de patrimonialisation confère un nouveau statut à la Loire, elle acquiert une certaine notoriété, qui accompagne la volonté d’un regard nouveau sur la Loire, basé sur ses valeurs patrimoniales, culturelles, paysagères, et de biodiversité. . L’étude révèle un caractère ambivalent. Cette ambivalence est due tant à l’Histoire, la perception des habitants qu’au fleuve lui-même. La représentation sensuelle et mystérieuse qu’en fait Max Ernst frôle le fantasme. La Loire qui paraît agréable à contempler est mise à distance par l’inquiétude des riverains. Mon travail envisage de faire renaître dans la pensée collective que le fleuve est dispensateur d’aménités, mais aussi source d’aléas Le rapport direct des Tourangeaux avec leur fleuve est aujourd’hui très réduit. Pris dans les coulisses de la Ville, mis en oubli, cette mise à distance entraîne une absence de conscience des dangers réels et alimentent la méfiance envers la Loire. Il est question de re-voir ce paysage pour le sentir, le toucher, le frôler, s’y plonger. Je décide de dédier cet espace de contact privilégié que sont les quais à cette perception unique .

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Le projet se construit autour de l’enjeu du retissage des liens vitaux tout en prévenant et en magnifiant les aléas du fleuve, grâce à un travail de requalification des quais en rive gauche et du front urbain en contact direct ; cet espace ténu entre les éléments de la ville et le lit du fleuve. Le projet devra souligner cette ambivalence d’une Loire calme ou dévastatrice, cette « bivalence » du paysage. Le projet s’appuiera sur une mise en scène des temporalités du paysage ligérien, des bâtiments remarquables, de l’intimité, du contact avec l’eau et les jeux de lumière, des espaces de contemplation et de contact visuel avec l’eau. Il s’agit aussi de renouer avec l’ancienne occupation des quais et ouvrages fluviaux, avec la naturalité liée au fleuve, avec l’accès à l’eau selon un gradient de vitesse et de naturalité. Ce projet permettra que la relation du fleuve et de la ville se fasse grâce au regard des usagers. Marcel Duchamp précisait que c’est « le regardeur qui fait le tableau ». Ainsi l’habitant devient acteur de la ville et est mieux impliqué dans son environnement. Le projet devra laisser de la place à la subjectivité de l’usager pour qu’il s’approprie pleinement les lieux. Le but est qu’il ne soit pas un simple contemplateur passif mais bien un déambulateur conscient de son paysage.

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Glossaire -AAléa : l’aléa est initialement défini comme la probabilité d’occurrence d’un phénomène naturel. Toutefois, on adopte usuellement une définition élargie qui intègre l’intensité des phénomènes : hauteurs et durées de submersion, vitesse d’écoulement. Atterrissement végétalisé : atterrissement dont la hauteur est très inférieure à celle du lit majeur (ou plaine alluviale), ce qui rend possible l’installation d’une végétation typique du lit mineur (saulaie, saulaie - peupleraie pionnière arbustive, groupement des sables et vases exondés à souchets, par exemple). Il se compose de sédiments grossiers (essentiellement des sables et galets sur la Loire) sur lesquels aucun sol évolué ne s’est développé.

-BBanc de sable : étendue de sable ou de vase, formée par le jeu de l’érosion et de la re déposition sur un haut-fond ou dans le lit d’un cours d’eau et située au-dessus de l’eau ou à faible profondeur sous la surface . Bassin versant : surface qui récolte et draine les eaux d’alimentation d’un cours d’eau ou d’un lac. Cette surface est délimitée par la ligne de partage des eaux de surface. Batardeaux : construction formant une retenue d’eau, afin d’assécher un terrain où l’on doit effectuer des travaux. Biodiversité : caractérise la diversité des milieux vivants (des habitats) et des espèces associées. La biodiversité constitue la richesse écologique d’un territoire. Boires ou bras morts : annexes hydrauliques déconnectées du lit principal par l’aval et/ou l’amont. Sur le plan hydraulique, ce type d’annexe ne participe à l’écoulement des eaux qu’en période de débit moyen ou de crue, reçoit fréquemment les eaux d’un affluent ou est alimenté par la nappe alluviale. Bras secondaire : annexe hydraulique où transite environ moins d’un tiers du débit (en eau une grande partie ou toute l’année). Buteaux : « îles » qui se caractérisent par une hauteur inférieure à 3 mètres, entre le point haut et le niveau de l’étiage du fleuve.

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-CCanche : nom local des boires dans la vallée de la Loire. Chenal principal (ou lit principal, lit vif ou chenal d’étiage) : en eau toute l’année, section où transite environ plus des deux tiers du débit. Chenal secondaire (ou bras secondaire) : en eau une grande partie de l’année ou toute l’année, section où transite environ moins d’un tiers du débit. Chevrette : ouvrage de navigation (petite digue submersible) édifié dans le lit mineur, parallèlement ou obliquement à l’écoulement. Il est en général ancré en berge. Col de grèves : bord de grève, qui fait illusion au ‘sable mouvant’ Colonisation : phénomène par lequel des populations animales ou végétales s’implantent (ou se réimplantent) spontanément dans un milieu.

-DDhuis : ouvrage de navigation (petite digue submersible) édifié dans le lit mineur, parallèlement à l’écoulement ; variante de “chevrette”.

-EEncombre : amas de matériaux (bois, obstacles divers, gros déchets…) qui encombrent le lit et font obstacle à l’écoulement des eaux. Termes proches : embâcles, encombrants, obstacles de bois mort. Épi: ouvrage édifié dans le lit à partir d’un ancrage en berge, en général perpendiculairement ou presque à l’écoulement, pour fixer la forme de son lit. Espèce envahissante : espèce végétale ou animale exotique qui devient envahissante dans un milieu dont elle n’est pas native, en dominant ou remplaçant un habitat naturel préexistant. Étiage : niveau moyen le plus bas d’un cours d’eau, parfois marqué par un zéro pour mesurer la hauteur des eaux au-dessus de ce point au moyen de chiffres inscrits sur une échelle.

-FFranc bord : partie de la rive d’un cours d’eau située entre la ligne d’eau d’étiage et le plenissimum flumen (limite du domaine public fluvial). En Loire moyenne et aval, ces terrains sont dans le lit endigué du fleuve. 73


-IÎle : les îles se sont formées selon la dynamique du fleuve, par engraissement progressif des atterrissements. Elles sont de ce fait séparées des rives (ou francs-bords) par de l’eau répartie plutôt inégalement entre le chenal principal et un bras secondaire. Toutefois, la nature des activités et des usages dont elles peuvent faire l’objet a induit très souvent leur rattachement à la rive par des gués plus ou moins consolidés au fil du temps à l’initiative des riverains (ou usagers) de l’île. Leur exhaussement historique à une cote supérieure voisine de celle de la berge rend possible l’implantation d’une végétation typique du lit majeur (prairies et forêts de bois dur). Le remaniement sédimentaire par les crues est en conséquence de plus en plus difficile. Il s’effectue principalement par l’érosion des berges et des têtes d’îles, lorsqu’elles ne sont pas consolidées par des empierrements. Inondation : débordement d’un cours d’eau hors du lit mineur, à la suite d’une crue. Les eaux occupent alors le lit majeur du cours d’eau. Une inondation est caractérisée par la hauteur et la durée de submersion, la vitesse de l’écoulement et le débit.

-HHélophyte : plante herbacée semi-aquatique, vivant dans les zones humides, c’est-à-dire subissant chaque année l’alternance entre immersion et émersion, disposant de racines souvent submergées et de tiges aériennes, parfois émergées pendant les mois secs. Exemples : roseaux, joncs, laîches (Carex), baldingère faux roseau ou phalaris, massettes. Hydrophyte : plante aquatique, vivant dans l’eau, dont l’appareil végétal (racines, tiges et feuilles) est soit entièrement submergé, soit flottant ; exemples : nénuphars, myriophylles, élodées, jussies, renoncules aquatiques. Hydrosystème : ensemble des biotopes et biocénoses liés à la présence d’un cours d’eau ou d’une nappe aquifère.

-LLigérien : « relatif à la Loire », d’après le nom du fleuve en latin, Liger, lequel a donné le nom français Loire, en patois ligérien Loère et les noms occitans Léger et Leire. 74


Ligne d’eau : cote de l’eau pour un certain débit ; exemple : ligne d’eau d’étiage, de crue, etc. Lit endigué : partie du lit majeur située entre les levées. Lit ou chenal principal : section du fleuve, en eau toute l’année, où transite plus des deux tiers du débit.

-MMorphodynamique: ensemble des paramètres physiques décrivant l’évolution dynamique des formes du lit (la morphologie) et des mouvements sédimentaires en fonction des caractéristiques hydrauliques d’un secteur du cours d’eau.

-PPatrimonial : désigne l’intérêt d’un milieu, d’un habitat ou d’une espèce vivante en raison de sa rareté, de sa fonction ou de la place qu’il occupe dans l’écosystème ; exemple : les sternes ou le castor.

-RRestauration : la restauration consiste à favoriser le retour à l’état antérieur d’un écosystème dégradé, par abandon ou contrôle raisonné de l’action anthropique. Ripisylve : forêt bordant les cours d’eau ; terme proche de forêt alluviale. Roselières : Ensemble des formations végétales riveraines dominées par le roseau (Phragmites australis) et autres grands hélophytes parmi lesquels les monocotylédones sont dominantes.

-SScarification : décompactage mécanique des sédiments.

-VVégétalisation : action de mettre en végétation, ou colonisation spontanée d’un espace par de la végétation, par exemple sur les grèves de Loire.

-ZZone d’expansion des crues : espace naturel ou aménagé où se répandent les eaux lors du débordement du cours d’eau dans le lit majeur. 75


Bibliographie

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GROUEFF Sylvie, Fleuves et territoires : en quête de liaisons, Urbanisme, n° 334, janv.-fév. 2004.- pp. 21-28, cartes, phot. LECHNER Gabriele, Le fleuve dans la ville : le valorisation des berges en milieu urbain, Direction de l’Urbanisme de l’Habitat et de la Construction, octobre 2006, 123 p. LUSSAULT Michel, Tours ; Images de la ville et politique Urbaine, n°3 1993, Maison des sciences de la ville, de l’Urbanisme et des paysages, Université F. Rabelais Tours. Mission Val de Loire, Les cahiers du Val de Loire-patrimoine mondial, Mise en lumière du site Val de Loire-patrimoine mondial, n°1, Tours, oct 2004. Mission Val de Loire, Les cahiers du Val de Loire-patrimoine mondial, Vivre et faire vivre les paysages du Val de Loire, comprendre, gérer et construire notre cadre de vie », n°2, Tours, juin 2005. Mission Val de Loire, Les cahiers du Val de Loire-patrimoine mondial, Schéma d’orientation des navigations de loisir en Loire, marines et ports de Loire, n°3, Tours, sept 2007. MISSION VAL DE LOIRE, Revue 303 Arts Recherches Et Creations, Hors-Serie 303, numéro 121, juin 2012. GALINIE H. (dir.), Tours antique et médiéval. Lieux de vie, temps de la ville. 40 ans d’archéologie urbaine, supplément à la RACF n° 30, n° spécial de la collection “ Recherches sur Tours ”, Tours, FERACF, 2007, 440 p. 77


ICONOGRAPHIE

p.9 : Vue aérienne de Tours, Archive de Tours ; p.12 : Vignoble, source internet, site Val de Loire ; p.15 : 1. Château et le front bâti de Saumur en aval de Tours, source internet, site du val de Loire ; 2. En amont de Tours, Rochecorbon et ses troglodytes avec sa « lanterne » en 1095 remanié au XVe siècle, source internet, site du val de Loire ; 3. Un vignoble de Vouvray en amont de Tours, source internet, site du val de Loire ; 4. Chalands sur la Loire à Saumur, source internet, site du val de Loire p.22 : La fort et noble ville de Tours, appellée le Jardin de la France, 1625, archives de Tours ; p.23 : Carte des variations du trait de rive pendant 2000 ans, Tours antique et médiéval, Lieux de ville, Tours, RERACF, 2007, p.395 ; p.25 : DEROY A., Vue générale de Tours depuis la Maison du haut de la Tranchée, Lithographie, milieu XIX, archives de Tours ; p.30 : CHABLIS F-M., Tours, estampe sur papier vélin, Fin XXème siècle, archives de Tours ; p.32 : Anciennes carte postales représentant la ville de Tours et ses habitants vers 1900, archives de Tours ; p.33 : Vues photographiques de Tours, archives de Tours ; p.34 : 1. Carte postales montrant la crue d’octobre 1907, archives de Tours ; 2. BERTHELOT, Effondrement du pont Wilson, Gravure, 1978, archives de Tours ; p.35 : Extrait du PPRI de Tours, source internet, préfecture d’Indre et Loire ; p.45 : Vue aérienne du pont Wilson en 1920 et 1957, Archives de Tours ; p.56-59-50-61-63-65-66-67 : Vue aérienne des quais de Tours, Source internet, site Bing map ; p.61 : Le promontoire sur la Loire à Chaumont-sur-Loire de Tadashi Kawamata, 2012, http://www.ecopole.regioncentre.fr ; p.70 : Le jardin de la France, Max Ernst, 1962 Huile sur toile 114 x 168 cm, Paris, Centre Pompidou. 78


REMERCIEMENTs

Mes remerciements s’adressent en premier lieu à mon maître de diplôme Fabio

Piccioli, pour son aide, sa générosité et sa sensibilité. Merci à l’ensemble des enseignants qui m’ont accompagné durant ces trois années à l’Esaj ainsi qu’à notre directeur pédagogique Lionel Guibert.

Une immense reconnaissance et un grand merci à eux tout particulièrement... Mon père qui m’a initié au paysage au travers de ses jardins de blés, Ma mère qui m’a toujours soutenu, Fred, qui m’a fait partager sa gentillesse et son savoir-faire en entreprise durant mon BTSA en alternance, A notre formidable et solidaire promotion !!

Contact: François Pajot Tel: 06-51-10-17-27 Email: francoispajot@hotmail.com 79


A la rencontre de la Loire et de Tours