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Partie II Eurasia. Septembre 2007, rentrée des classes et bien évidemment direction vers Eurasia. Inscription au cours des Débutants avec Brigitte comme professeur. Brigitte est une française elle a pas mal d’année d’expérience, notamment à Pékin. Alors, nous démarrons et dès la première leçon, nous commençons à lire et écrire quelques signes. Puis, très vite le mot « shi » arrive. Dans un cas c’est « 10 », dans l’autre cas c’est « être », mais toutefois, le ton n’est pas le même… et bien évidemment l’écriture est différente. « Apprendre, c’est la clé du problème » Confucius. Année studieuse, faite de centaines d’heures de travail, écrire, parler, répéter, apprendre, et essayer de retenir tout ça. Pas vraiment facile. Mais quoi qu’il arrive, je tiendrai bon. En plus, le travail réalisé l’an dernier avec Nan porte ses fruits puisque je suis assez souvent bien dans le coup avec du vocabulaire que je connais un peu ou des formules déjà un peu démystifiées. J’apprends quelques mots qui me semblent tellement chinois, tellement importants. SHUFA 书法, ZHUZI 竹子, KAISHUI 开水, MEIYOU 没有…De tout un peu, mais ces mots sont à savoir quoi qu’il arrive. Année ponctuée d’appels SKYPE, venus de Chine. Ma carte de visite comporte quelques mots chinois ce qui attire les chinoises... pas trop les chinois. Donc ma voilà devenu « chatteur » Et j’apprends pas mal de petites choses. Je fais quelques connaissances, quelques personnes très bien que je verrai peut-être un jour ! Une toute jeune Xiao Meng, de Harbin, a pris contact avec moi, pour l’aider à établir des documents en français, en vue de son admission dans une fac française. Une certaine Li Shu Mei de la région de Canton, m’appelle de temps en temps….Il s’agit là d’une dame de 40 ans et les contacts sont tout à fait différents de ceux que j’entretiens habituellement avec les jeunes.

Premier voyage Quant au voyage en Chine, l’idée fait son chemin. Point incontournable :


Pékin. Deuxième point incontournable : Xi’an. Sans doute faut-il voir Shanghai et aussi, si possible faire un tour du côté de Tai Shan, montagne sacrée chinoise, et aussi Suzhou, ville de jardins et de canaux, Qufu vile de Confucius … et tant d’autres… Alors désormais mon emploi du temps est simple, le matin une heure trente à deux heures d’apprentissage du chinois, et ensuite, chaque jour des heures à étudier, lire, relire à l’infini, les horaires d’avion, les horaires de train, les différents sites dignes d’intérêt, Dieu sait qu’ils sont nombreux, dans les quelques villes que j’ai sélectionnées. J’y passe des journées. Et assez régulièrement, tout au moins au début, Annie me suggère de faire ce voyage, en groupe organisé. Cela la sécuriserait, elle ne m’accompagnera pas mais se fait quand même quelque souci à me savoir bientôt seul, en Chine… Pour ma part, pas de problème pour le moment, j’affiche une confiance totale dans mon organisation, et aussi dans les … pour le moment hypothétiques… rencontres que je pourrai faire là bas. Mon expérience de « chatteur » a un peu évolué et je communique de manière assez régulière avec Fei Fei, jeune fille de Tianjin, et Elaine, jeune fille de Jinan. Fei Fei, avec son ami Yang, me proposent de me rencontrer à Pékin et Elaine s’arrangera pour me voir à Jinan et faire Tai Shan avec moi. Positif tout cela, très positif, car, j’ai désormais de bonnes chances d’être aidé. Au pire…je serais seul, comme prévu, alors ce n’est pas grave. Donc on verra. En tout cas, pour le moment cela est positif et ne me gêne nullement.. C’est bien dans le cadre de mon voyage que ces opportunités surgissent, alors je ne me pose pas de question. Quant à l’étape Xi’an, pas de problème, je serai reçu par Nan. Elle travaille à Zhongshan, grande ville de l’extrême sud. Elle y occupe un poste d’assistante de direction dans une société française de fabrication de bijoux. Mais elle se libérera… Reste maintenant à organiser tout cela de manière harmonieuse, c’est-àdire un week end à Jinan et Tai Shan et un week end à Xi’an, et tout articuler autour de ces 2 week ends. Cela ne fut pas un exercice simple mais, à force de tourner et retourner, tout s’arrange, il suffit de voir de revoir et ne pas hésiter à tout remettre en cause si nécessaire. Ce que j’ai été amené à faire plusieurs fois, mais avec le temps, j’y suis parvenu et le voyage se révéla un succès…..Au-delà de toute espérance d’ailleurs…. Peu avant mon départ, la torche olympique a connu un parcours heurté en France et la réaction chinoise est pour le moins amère.


Les manifestations anti-France qui se produisent en Chine envahissent nos écrans, et Carrefour est montré du doigt. Les tour-operators annoncent l’annulation de voyages vers la Chine, pour moi le moment est vraiment mal choisi. En France, les medias font leurs choux gras de cette affaire, et par la suite je me suis rendu vite compte que tout cela procédait surtout de gesticulations médiatiques surtout destinées à la France. La Chine a d’autres chats à fouetter et peut être que Carrefour n’est pas si net que ça !! Puis vient le moment du billet d’avion, cela veut dire que désormais les dates sont fixées. Puis vient le moment des réservations d’hôtels, cela veut dire que le voyage est lui aussi fixé. Puis vient le grand jour, départ vers la Chine, loin et….seul….Annie pas trop rassurée m’accompagne à la gare, puis Roissy CDG, avion par China Air, hôtesses, film, 10 heures de vol et arrivée à Pékin, découverte du terminal E, inauguré quelques semaines auparavant en vue des jeux Olympiques.… A un voyageur chinois, un Monsieur à peu près de mon âge, à côté de moi, je dis, « adventure now begins »… Sourire en échange... un peu le même genre de sourire que celui du serveur du restaurant de Montpellier, celui qui deviendrait mon excellent mon ami Gao Su Traversée du Terminal E, formalités et en un peu moins d’une heure, direction la sortie. Ce terminal est un modèle de … tout ce que l’on peut trouver de superlatif. Propreté, taille, organisation, personnel en place : mais surtout de femmes veille à la propreté de olympiques approchent, et bien évidemment ce d’accueil de millions de personnes, journalistes, question de laisser la place au moindre imprévu, poussière.

une armée d’hommes l’ensemble. Les jeux hall E sera le point touristes....Alors pas au moindre grain de

Si la Chine c’est ça, et bien il va y avoir du spectacle...et visiblement j’ai pas mal à découvrir et à apprendre. Une foule de gens sont là, attendant un ami, un proche, un voyageur en provenance de Paris. Des tas de panneaux, écrits en chinois, en anglais, ou avec un nom d’entreprise. J’ai déjà adopté ma vitesse de marche, c’est çà dire lent, cool. Soudain un bien sonore « Jean » a retenti dans le hall E. Fei Fei et Yan étaient là, tous les deux, m’attendant avec des cadeaux et une furieuse envie de me faire découvrir leur univers. Alors, un immense bonheur m’a soudain envahi, je ne suis plus seul, j’ai mes guides personnels, plus de problème maintenant. Alors tout est


maintenant simple, aller à Pékin, trouver l’hôtel et ensuite en avant vers la découverte. Le reste de la journée s’est déroulé de manière simple, parfaite : découverte de la place Tian An Men, non loin de mon hôtel, puis arrivée à Wangfuqing, haut lieu du tourisme et du commerce de luxe Pékinois. Wangfuqing est le rendez vous obligatoire de tout visiteur se rendant à Pékin. Et tout près de Wangfuqing, découverte d’une rue bordée de petites boutiques de brochettes et autres nourritures, avec entre autres, scorpions, poulpe vivant, insectes…Chine, nous voilà , mais que Tu es bien présente dès le premier instant. Et déjà ce sentiment bizarre, les sourires, « ni hao », « hellos » ponctuent mes déplacements. Pas sympas les Chinois ?? Ce voyage s’annonce d’ores et déjà comme un moment exceptionnel. Ce sentiment, je l’ai eu le premier jour…de manière forte et directe.. L’impression avait été rapide … et bonne. Pour le lendemain nous nous fixons rendez vous à 9 heures à Qian Men… Qian Men, nom célèbre entre tous ; mais que je ne connaissais pas. Heureusement que ce rendez vous m’a bien été indiqué … sur place.. Sinon j’allais à Tian An Men. Qian Men et Tian An Men, 2 sons bien difficiles à distinguer, quand on n’y connaît rien... Ces quelques jours à Pékin, avec Fei Fei et Yang furent des moments inoubliables. Je découvrais tout doucement un monde, un univers fait d’histoire, de tradition, de culture, le tout bien évidemment fédéré par cette langue chinoise.

Histoire et tradition n’empêchaient guère les jeunes chinoises d’être bien souvent d’une élégance rare, souvent discrète mais d’un grand raffinement. Toute jeune fille ou dame chinoise porte un petit quelque chose de sympa, de beau, d’attirant ; ombrelle bordée d’une petite dentelle, robe aux


couleurs gaies, chemisier élégant, un petit nœud dans les cheveux... La taille n‘est pas très élevée et l’obésité n’a pas encore fait les dégâts que nous connaissons à l’ouest. Attention toutefois, soda et pop corn ne sont jamais loin !!! Tout instant était synonyme d’évènement. Souvent, on me regardait. De partout, on me saluait, et on me faisait des sourires. Ce voyage s’annonce comme un grand moment de mon existence. Alors, profiter et savourer à tout moment, ne jamais laisser passer un seul instant, en profiter un maximum. Pékin est vraiment la ville numéro 1 de Chine. Nous y avons vu les endroits les plus connus. Nous étions toujours entourés, par des cohortes de touristes. Des groupes, à l’infini, des jeunes, des anciens, des provinciaux. Il est certain que le tourisme en Chine est développé outre mesure, essentiellement pour les besoins du marché intérieur. Quand bien même seuls 10% des chinois voyageraient, cela ferait presque la France et l’Allemagne réunies. Alors le potentiel existe au-delà de tout ce qui est imaginable. Les Chinois sont des commerçants nés, et où que l’on soit, il y a toujours quelques marchands, bien placés, prêts à vendre souvenir en jade, bouteilles d’eau et autres babioles. 12 mai 2008, 14 heures 28. Journée à Pékin, nous avons prévu la visite de la Citée interdite et ensuite le Bei Hai. Belle journée, temps magnifique et des groupes de touristes comme nous se pressent devant l’entrée de GU GONG. Le portrait de Mao est bien là, et invite les travailleurs du monde entier …. Grandiose, incroyable, inimaginable. La Cité interdite à elle seule mérite 2 journées. Dans cette Cité, de 72 hectares, il y a une infinité de bâtiments, petits ou grands, tous abritent quelques souvenirs, quelques reliques, quelque évocation de l’époque des empereurs Ming ou Qing. Partout des petits musées et bien évidemment, partout des marchands de jade et autre souvenirs. Yang me déconseille fermement d’acheter quoi que ce soit ici. Il en profite pour m’enseigner que « jade » se dit « yu » ( pas yu sinon c’est le poisson, et encore moins yu, ça c’est la pluie). Il me dit aussi que dès mon retour à Pékin, après mon périple, je passerai les voir à Tianjin et là il me donnera un bijou de jade pour Annie. Je n’ai jamais bien compris comment Yan s’est procuré ce bijou, mais je crois que son père l’a fait venir du Sud de la Chine, où les jades sont infiniment plus beaux que ceux qui sont proposés ici. 14h28 : la terre a tremblé dans le Sichuan. Loin de nous qui n’avons rien vu


ni senti mais l’affaire semble sérieuse. Fei Fei m’informe des évènements grâce à son portable qui lui donne des informations en continu. 16h30 : Monsieur le Premier Ministre de la République populaire de Chine est en vol vers le Sichuan. Wenchuan est la ville martyre. De retour le soir à l’hôtel, je prends la mesure de l’évènement, une catastrophe immense vient de frapper le pays, la ville de Wenchuan est quasiment détruite et on ne sait encore que bien peu sur les villes alentour. Mais au fait, Chengdu, ville jumelle de Montpellier, est bien dans le Sichuan. Touchée ? Pas touchée? (j’ai ensuite vu que Wenchuan n’est pas bien éloignée de Chengdu où de gros dégâts ont également été enregistrés) La télévision propose à l’infini des reportages, des images, les premières reçues, et c’est le drame total, la désolation. Je comprends par une chaîne chinoise qui émet en anglais, à peu près l’essentiel de l’information. A 18 heures, 20000 militaires ont été dépêchés sur place. Alors vient pour moi, le temps de la réflexion. Le seïsme a eu lieu à 14h28, le premier ministre, Monsieur Wen Jiabao est parti à 16h30 et 20 000 militaires sont partis à 18 heures. La Chine qui nous a habitués à un long temps de réflexion, un long temps de décision, la Chine fait preuve d’une capacité de réaction hors du commun. La Chine, en un clin d’œil, a mis en marche une machine immense, une puissance incommensurable, qui n’a d’autre cesse et d’autre but que d’aller aider les victimes innocentes du séisme. Quelques années plus tôt, l’Ouragan Catherina avait dévasté la ville américaine de La Nouvelle Orléans, sans que les autorités ne s’en émeuvent vraiment avant 2 ou 3 semaines. Quelle différence. Pas question pour moi d’ouvrir ici un débat politique, mais en l’occurrence, quel énorme avantage que d’avoir affaire à un pouvoir centralisé. Je n’ose imaginer ce qu’il se passerait si telle catastrophe survenait en France. Envoyer un premier ministre, pas de problème. Envoyer 20 000 miliaires; il faudrait des renforts de toute l’Europe. Quant à la chaîne de décisions, si ce n’est le tragique de la situation, on aurait de francs moments de rigolade, entre l’Etat, la Région, le Département, la Ville, les associations… Et, j’en oublie certainement beaucoup. Alors qu’en Chine, la machine s’est mise en marche, instantanément. 12 mai 2008 : le soir, la télévision émet en boucle des reportages sur le séisme, les émissions sont en noir et blanc.


Je passe un coup de fil à Annie. Que ce coup de fil semble le bienvenu ! La télévision française a ouvert les journaux de la mi journée avec cette information et vu de loin… comment savoir ce qu’il en est vraiment. Touché ? Pas touché ? Lors de jours qui suivirent, Annie a reçu une quantité impressionnante de coups de fils d’amis qui venaient s’enquérir sur mon cas. A tous, merci mes amis. Les conditions météorologiques sur le Sichuan sont épouvantables, les pluies incessantes noient tout, rendant les secours difficiles et la vie, déjà difficile pour les sinistrés, encore plus compliquée. Un lac artificiel s’est formé, et a brusquement envahi la vallée lorsque le barrage naturel créé par le séisme s’est rompu, entraînant 200 sauveteurs dans la mort. Les militaires sur place ont éprouvé les pires difficultés pour mener au mieux leur mission. Pluie, boue, routes inexistantes ou détruites. Comment faire. En parler à Monsieur le Premier Ministre peut être ?? La réponse de Monsieur Wen Jiabao, fut aussi brève que cinglante : « ce sont ces gens là qui vous paient.» Ma pensée a été vers Nîmes, au moment des inondations de 1988. Lorsque le niveau de l’eau eut suffisamment baissé pour pouvoir enfin apporter les secours et aides nécessaires, certains agents d’une grande société nationale ont eu pour premier réflexe de se mettre en grève pour exiger Dieu sait quoi…La culture est sans doute différente et certains expliqueront que dans un cas on respecte les droits de l’homme, dans l’autre cas, non. Dans les rues, je peux prendre la mesure de ce qui peut séparer un peuple occidental du peuple chinois. Spontanément, des foules immenses de jeunes se pressent pour donner leur sang. Des jeunes, des jeunes et encore des jeunes….Un car de don du sang est pris d’assaut. La queue impressionnante se forme. Dans les rues, des écrans géants sortis de nulle part sont installés. Les gens regardent en silence. Les images se succèdent, les victimes, les morts, les dégâts et les villes dévastées. Les gens regardent sans un mot. Le calme le plus absolu règne, pas un mot, pas un commentaire. La fatalité a frappé mais aussi la confiance règne… La Chine est grande et surmontera. Pékin suite Puis, promenade sur la Grande Muraille, autre grand moment de mon voyage, merci Fei Fei et Yan. Me voilà devenu, un « hao han » Des tas de photos, des tas de souvenirs et


le sentiment d’être passé à côté de tant de choses pendant les 60 premières années de ma vie. Comment peut on vivre sans connaître, au moins un peu, de telles merveilles, comment peut on ignorer aussi superbement cette civilisation, ce peuple, cette culture. En fait, peu à peu, ces quelques mots deviennent indissociables dans mon esprit. Histoire, culture, peuple. Par peuple, je comprends surtout les notions de langue, écriture et aussi … comportement. Il me semble que tout cela forme un tout. Un peu flou, mais un tout, avec des millions de ramifications, mais un tout. Et le fédérateur de ce tout, c’est la langue et bien sûr l’écriture. Partout, partout, des inscriptions, des poèmes, des textes écrits, gravés imprimés … partout. Et bien sûr, des textes calligraphiés. La calligraphie, encore une découverte. SHU FA : voilà un mot important. Nous y reviendrons un peu plus tard, car la calligraphie chinoise m’impressionne et m’émerveille. Fin du séjour à Pékin, dernières visites. Je passe des moments interminables dans le quartier HUTONG. Juste derrière mon hôtel se trouve un des derniers quartiers HUTONG de Pékin. Les anciens quartiers ont aujourd’hui presque tous disparu, laissant la place à des ensembles immobiliers impressionnants. Le hasard, mais pas tout à fait, a placé mon hôtel dans ce quartier, qui lui, loin de la démolition, est totalement réhabilité. Les jeux olympiques approchent, alors on met les bouchées doubles. Alors, le spectacle à nouveau est dans la rue et je surveille l’avancement des travaux. Le matin, je sors et je vois une maison, le soir la maison a disparu. Le lendemain, on démarre la reconstruction de la maison. Les matériaux sont livrés brut, et les ouvriers fabriquent tout de leurs mains. Quelques outils, beaucoup d’ingéniosité et surtout, une armée de travailleurs, du matin au soir, sans doute 7 jours par semaine. Ces hommes sont là, à Pékin, venus de leur lointaine campagne. Ces travaux leur permettront de gagner quelques sous et ainsi de faire vire la famille restée là bas, bien loin de la grande ville. A midi, on arrête tout pour le repas. Une cantine roulante porte le repas des travailleurs et très honnêtement, je pense que personne ne mourra de faim tant les portions sont généreuses. Chacun se presse avec un récipient : assiette, bassine émaillée, vieux pot de peinture transformé en gamelle... tout est bon. Chacun a avec lui ses KUAI ZI 筷子, ce nom si pittoresque qui désigne les baguettes, chacun mange à sa faim et fait une petite sieste. Le soir venu, tout ce petit monde disparaît. Mais à y regarder d’un peu plus près, cette armée de travailleurs n’est jamais bien loin. Les maisons en


construction servent de dortoir, des bâches tendues servent d’abri. Les toilettes publiques deviennent de facto la salle de bain. Les conditions de vie sont dures, très dures pour ces hommes. Je n’ose faire de photos, moi le Lao Wai, je ne voudrais pas passer pour un sale voyeur provocateur. Mais les JO n’attendront pas et tout doit être nickel !! Mon dernier jour à Pékin a été consacré à la découverte du site du stade olympique, « le nid d’oiseau » et encore une fois, j’ai vu que la Chine, c’est une autre dimension… Je me suis rendu au Stade par le métro, et je suis certain de ne pas m’être trompé ni de ligne ni de station. Me voilà descendu au bon endroit, avec comme indication la direction générale à suivre pour aller vers le stade. Marcher un moment tout droit, puis traverser un chantier. Une portion de rue, 2 fois 3 voies quand même, est en travaux. Je demande comme je peux le chemin à suivre et sans le moindre problème, on m’indique de traverser le chantier. Une zone de 150 mètres environ jonchée de milliers d’outils, bastaings, pièces métalliques …Avec, bien entendu, 3 ou 400 travailleurs occupés à la réfection de cette rue. Et bien, je passe, dans l’indifférence générale, j’enjambe, je zigzague, j’évite …et je passe sans encombres. Le « nid d’oiseau » se profile. Je marche depuis une petite heure et j’approche du stade. Une barrière infranchissable ceint la zone, dans sa totalité. Impossible d’entrer. La police veille, l’armée veille et les sociétés de gardiennage veillent. Inutile de tenter. Quoique… je fais mine d’approcher, et un Monsieur, très Chinois et très style MP, me dit un NOOOO !! bien sonore et parfaitement explicite. Ok, je regarde, c’est tout et je n’entrerai pas. Bref de proche en proche j’y passerai la matinée complète. En tout j’ai bien fait 15 kilomètres de la station de métro jusqu’au stade et retour. Ce quartier est globalement neuf. Par curiosité je regarde les prix des appartements dans le quartier. Presque les prix français, l’appartement de 100 mètres carrés pour 1 500 000 yuans soient 150 000 Euros. Un peu cher. non ? Mais la Chine, n’est pas l’Europe, alors, cher pas cher ? En tout cas ça se vent très bien. Au revoir Pékin, au revoir Cité interdite, au revoir à tous ceux et toutes celles que j’ai rencontrés, que j’ai salués et qui m’ont tant donné. Au revoir et à bientôt…. Peut être… Demain je pars à Jinan. Mais, je ressens un grand vide, je quitte Pékin, pour longtemps peut être. Il reste tant à apprendre. Comment se fait il que je sois, en quelques mois, devenu à ce point accro de ce pays ? Ma dernière vision de Pékin a été la gare. Une gare chinoise reste un lieu


magique. Un lieu de toutes les histoires, un lieu où l’on passe, où l’on attend, parfois longtemps, où l’on dort, où l’on mange. La gare est un lieu exceptionnel. On y voit des citadins pressés mais on y voit le peuple chinois. On y voit les familles venues de Dieu sait où, et reparties Dieu sait où. Quelque part dans les provinces lointaines du Sichuan, Canton ou autres. On y voit des hommes et aussi des femmes, chargés de ces sacs traditionnels, grands sacs, lourds sacs .. chargés de quoi ? Tout ce petit monde vit, se côtoie et attend un train qui partira quand ? Aujourd’hui ? Demain ? Ambiance indescriptible. Des gens simples, certainement pas bien riches, et pourtant souriants et à première vue heureux de partir en voyage, vers la maison. Peu de chances de voir ça en France. Jinan et Tai Shan Départ à l’heure de Pékin, arrivée à l’heure à Jinan. Le chauffeur de taxi qui m’emmène à l’hôtel est fan de football et me parle de Zidane. Un garçon souriant et sympa. Jinan, 600 000 habitants, soit une ville plutôt moyenne. A l’arrivée à l’hôtel, je vais vivre une des grandes surprises de mon voyage. A l’hôtel, se tient là, discrètement, presque effacée, Elaine. Elle a demandé à sortir un peu plus tôt de son travail, et elle est là, des cadeaux à la main. 27 ans, célibataire et sans doute pas près de quitter le célibat.

Elle ne veut pas se marier, et refuse d’avoir un homme. Mais en attendant, vis-à-vis de moi, elle est charmante, elle m’accueille et nous allons passer ce week-end complet ensemble, visiter Tai Shan et la colline des 1000 Budhas. Grand moment du voyage, peut être le plus grand moment, l’ascension du Mont Tai Shan. Une foule compacte est comme nous, au pied de ce Mont mythique, armée de bouteilles d’eau, d’encens, et de diverses victuailles car la montée sera rude. 6 300 marches. Nous montons, sans relâche et tout le long de cette montée, on me salue joyeusement. Ni hao ! Hello! Where do you come from ? Un bonheur total. Un souvenir à tout jamais gravé. Ce voyage est décidément hors normes !! Encore une fois, quelque part, une


voix me le dit. Savourer, profiter de tout, profiter du moindre instant. C’est lors de cette ascension que j’ai fait une de mes plus belles photos de Chine. 4 jeunes filles, belles souriantes, heureuses. Qui pourrait résister à cela ? J’ai fait cette photo et je l’ai montrée des dizaines de fois. Je trouve que cette photo illustre la jeunesse chinoise, souriante, éclatante, heureuse, moderne.

Puis un jeune m’a demandé si j’avais entendu parler du Sichuan. Ma réponse l’a rassuré, bon ça va, ce Lao Wai est au courant de ce qu’il se passe. En haut, le temps se couvre et je suis très fier de comprendre une dame qui annonce à qui veut l’entendre « xia yu ». Au sommet de Tai Shan, ma pensée va à Confucius qui y a déclaré que le monde est petit, à Mao Tse Dong qui y a déclaré que l’Est est rouge. Quant à moi, je n’ai rien déclaré, j’ai juste changé de T-shirt. La descente a été cool car mon amie Elaine était un peu fatiguée alors on a pris le funiculaire. A noter que bon nombre de Lao Wai avaient également pris le funiculaire pour monter. Rien à dire car la montée est rude, mais que de sourires et de bons moments ratés. « Voir la Chine derrière une glace … » très peu pour moi, tant que je suis OK… Elaine est une fille charmante, calme, trop calme, toujours souriante. Après, bien après, elle m’a dit que je lui avais beaucoup appris sur le mode


de fonctionnement d’un occidental par rapport au mode oriental. Et elle m’a dit, que si un jour elle se mariait, ce serait avec un français et pas un chinois. Insondables mystères de l’âme chinoise … Puis ce fut Jinan, la montagne des 1000 Budhas et la promenade dans les jardins. Visite dans quelques boutiques de calligraphie, SHU FA. Ne pas oublier ce mot important pour qui visite la Chine de manière un peu profonde. Shanghai. Départ de Jinan dans la matinée. Ce matin à la TV, j’ai vu l’hommage solennel rendu par les plus hautes autorités chinoises. Chacun se recueille quelques instants devant un parterre de fleurs. La télévision émet à nouveau en couleur. C’est la première fois de l’histoire que les dirigeants de ce pays rendent un tel hommage à des victimes de catastrophe. Tout est exceptionnel, ce voyage est hors normes !! Shanghai m’accueille, avec 34°, et j’arrive en ville au moment précis où 3 minutes de silence sont respectées par la population chinoise en l’honneur des victimes du seïsme. A Shanghai, je veux visiter le Centre ville et ses commerces, le musée et aller à Suzhou. Simple et clair, mais Shanghai, à nouveau, c’est une autre dimension. Tout est grand, démesuré. Les distances, les immeubles, la densité de ces immeubles, le monde partout, la circulation. Un peu partout, on trouve des ensembles d’environ 10 immeubles, chacun de 20 à 30 étages, cela fait un paquet de 10 immeubles, puis un peu plus loin , un autre paquet etc.. etc.. Au total, des milliers d’immeubles pour abriter des millions de personnes. Une dimension autre, on n’a jamais vu ça en France, ni ailleurs je pense. Une question me vient : comment feront-ils pour garer les voitures dans quelques années ? Aujourd’hui 1 chinois sur 20 a une voiture, peut être 1 sur 10 en ville. Qu’en sera-t-il quand il y aura une voiture pour 2 ou 3 habitants ? Car le rêve des jeunes chinois est d’avoir une voiture, symbole de réussite et de liberté. Nanjing Lu, artère commerçante, 1 million de visiteurs par jour !! Des montres et des sacs par milliers, …des rabatteurs par centaines, des prostituées par dizaines, le Lao Wai est très recherché…


Le musée de Shanghai m’a attiré pour plusieurs raisons, existence d’une collection mondialement connue de calligraphies et exposition permanente sur les 56 nationalités composant la nation chinoise. Rappelons une fois encore, la Chine c’est en superficie 17 fois la France et en population 20 fois la France, ou bien 3 fois l’Union Européenne. Monsieur le président Hu Jin Tao doit être songeur lorsque la France, empêtrée qu’elle est avec les Basques et les Corses, se permet de le rappeler à l’ordre. Car la France, dernier état colonialiste au monde, donne des leçons de droits de l’homme…Ca laisse un peu rêveur. Qu’en pensent les Guadeloupéens ou Martiniquais ?? Alors la Chine : 56 nationalités, les Hans représentent 80 % de la population, et à cela s’ajoutent les Dongs, les Miaos, les yao, les Naxi, les Tibétains, les Ouygurs …Soient 55 autres nationalités. 5 régions sont « autonomes ». Les billets de banque chinois reconnaissent eux aussi l’existence de ces régions, les mentions officielles relatives à la monnaie chinoise sont écrites en Mandarin et 4 langues autres. Il s’agit des langues de 4 des 5 régions autonomes, la 5ème n’ayant pas de langue propre. On me parle des Tibétains et du Tibet. Qu’en penser ? D’abord, il est hors de question pour moi de débattre de ce sujet, en Chine avec des amis Chinois. Je me contente donc d’écouter. Et l’on m’énumère les avantages obtenus par les Tibétains par rapport aux Hans : congés, meilleurs salaires, bourses pour les lycéens. Une amie me dit « souvent nous nous disons que nous aimerions être Tibétains ». Les vieux quartiers de Shanghai, les jardins publics de Shanghai, les foules de Shanghai.. Les jardins publics en Chine sont des espaces hors du temps, hors du monde, hors de tout. Dans les jardins publics, on retrouve la Chine telle qu’on l’a apprise dans les livres, la Chine traditionnelle, la Chine millénaire avec ses mouvements lents, ses chorégraphies empreintes de gravité et de sérieux. On y retrouve pèle mêle des chorales, des sportifs, des joueurs… de tous les jeux chinois, parfaitement incompréhensibles pour le lao wai que je suis. Les jardins publics chinois sont des lieux merveilleux. Le vieux pratiquant de yoga ou de tai qi, côtoyent le voisin qui lui, promène un oiseau dans sa cage. Et tout cela, se passe dans le calme. Pas de bruit, pas de cris, pas de chiens, en un mot, le comportement chinois, fait d’attitude zen et aussi


d’indifférence. Au cours de mon séjour à Shanghai a été retransmis un concert à la télévision. Un grand concert destiné aux militaires en charge de l’aide au Sichuan. Des chanteurs de grand talent se sont succédés et ont interprété des chants qui mélangent tout à la fois le traditionnel et le révolutionnaire. Inutile de dire la beauté de ce spectacle, un spectacle à la mesure de l’évènement, à la mesure de la Chine. En même temps que les chants, défilaient des images de la catastrophe, des images de désolation et de mort. Parmi le public, une jeune militaire, une femme d’une beauté stupéfiante, n’en pouvait plus de voir ces images. Et elle pleurait, pleurait, toutes les larmes de son corps. Elle était inconsolable. Aujourd’hui encore, quand je revois cette image et un frisson me parcourt et je ressens beaucoup de tristesse. Encore un visage chinois et des larmes chinoises que je n’oublierai pas. Xi’an. Je fais connaissance cette fois avec le train de nuit en Chine. Comme un grand, je suis allé à la gare, j’ai pris mon billet, couchette molle. Me voilà parti vers Xi’an où je dois voir la vieille ville, les remparts, l’armée enterrée et bien évidemment…. Nan. A l’arrivée, mon hôtel à Xi’an indique un prix par chambre 4 à 5 fois supérieur à ce qui est prévu. Attention, malaise !! pourvu qu’il n’y ait pas une erreur, car c’est un super hôtel, 4 étoiles...Non, tout va bien, je bénéficie d’un prix extraordinaire, merci Internet et les réservations en ligne. Coup de téléphone à Nan, dès mon installation : « j’arrive dans 45 minutes …» 45 minutes plus tard, je vois arriver une superbe petite femme… Nan. J’avais laissé une petite étudiante, je me retrouve face à une jeune femme, belle, épanouie, comme une fleur au printemps. Nan est là, avec un superbe petit ensemble et son ombrelle bleue…Etreinte et bisous… 2 faits exceptionnels en Chine, où l’on reste réservé.


Avec Nan, nous avons retrouvé immédiatement nos réflexes de professeur à élève. Nan est une fille instruite et cultivée. De plus, elle a cette capacité à expliquer certains aspects de la culture chinoise. Nan m’explique certains signes chinois. Avec elle, tout devient soudain facile , compréhensible. Parfois l’évidence s’impose avec une telle force. A ma question sur la signification d’un signe souvent rencontré, elle m’a dit, combien ce signe est important puisqu’il signifie l’éducation. Et de disséquer le signe. Tu vois, ça c’est « l’ancien », ici il y a « l’enfant » et ici c’est le symbole de la culture. Tout cela fait « l’éducation ». Qui dit mieux ?? Et bien ce signe, 教 « jiao », je ne suis pas près de l’oublier. Avec Nan, j’ai découvert la 8ème merveille du monde, l’armée enterrée de Xi’an, un endroit immense, grandiose à vous couper le souffle.

C’est le Président Jacques Chirac qui a désigné cette découverte comme 8ème merveille du monde. Le président Chirac est un grand amateur d’Orient, spécialiste du Japon et de la Chine. L’armée enterrée de Xi’an est un endroit exceptionnel, qui figure au patrimoine mondial de l’humanité. Comme toujours dans ces hauts lieux de l’histoire de Chine, devenus de hauts lieux du tourisme, une foule de vendeurs se presse, offrant de tout. Bracelets de Jade, livres d’histoire, et aussi….des nèfles dont c’est la pleine saison. A noter, une secousse importante, dite réplique, consécutive au seïsme. Baoji


Le retour vers Xi’an effectué, la journée n’est pas terminée. Départ vers le « beau coq » Baoji. Les parents de Nan habitent Baoji et nous sommes attendus. Je suis l’invité et je me dirige vers une nouvelle aventure, totalement inattendue et certainement très importante. Oui, pas de problème, le moment est important, les parents sont là ; difficile de se comprendre mais au fond ce n’est pas bien compliqué. Ces braves gens me connaissent bien sûr depuis un moment, et ils pensent sans doute que j’ai bien aidé leur fille alors qu’elle était si loin et si seule. Alors, malgré toute la retenue chinoise qui s’exprime, je sens bien que l’on ne sait comment faire pour m’être agréable. Repas puis cérémonie du thé. Puis, nuit dans la plus belle chambre de l’appartement. Le lendemain je suis invité au restaurant avec la famille et un ami de la famille. L’ami m’initie au redoutable Gan Bei !!! Je n’ai sans doute pas fait preuve de grand courage, mais je préfère ne pas être trop ivre, et j’ai dû refuser pas mal de tournées… A Baoji, les adieux furent inoubliables. Le père de Nan, larmes dans les yeux, m’a longuement serré contre lui. Venant de lui, un Chinois réputé réservé et sobre… Tout dans ce voyage est hors normes, exceptionnel. Le retour vers Xi’an se fait en taxi loué par les parents de Nan. L’arrivée à Xi’an signifiait les adieux à Nan. « Cette fois on ne pleure pas » m’a-t-elle dit. Et à l’instant même, les petits yeux bridés, chinois, zen et indifférents, se remplirent de larmes. Longue étreinte, triste sourire et adieu Nan. Je ne t’oublierai jamais. Bon retour vers Zhongshan, bon courage, et aussi je te souhaite « wan shi ru yi » 万 事 如 意 …1000 bonnes choses pour toi. Cette fois, ça ressemble à un adieu.

Août 2009 : Nan m’annonce avoir un copain auquel elle trouve toutes les qualités !!

WO DE ZHONG GUO  

PARTIE II JOURNAL D'UN AMI FRANCAIS RACONTRE SA PASSION POUR LA CHINE

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