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Directeur de la publication : Jean-Christophe FANOUILLET


AVANT-PROPOS

Le recul démographique de la ville du Havre et de son agglomération constitue un enjeu majeur pour les politiques locales d’aménagement et de développement de ce territoire. Comment caractériser ce recul démographique ? Quels sont les principaux facteurs d’attractivité qui sont en jeu ? Quelles conséquences démographiques si l’attractivité du pôle havrais ne s’améliore pas ? Quels besoins en logements seraient induits par un regain d’attractivité ? Afin d’éclairer ces réflexions, l’agence d’urbanisme du Havre et de l’Estuaire de la Seine a souhaité s’associer à l’INSEE. Le résultat de cette collaboration est présenté dans ce rapport d’étude. Celui-ci a vocation à poser des bases objectives de diagnostic pour les réflexions relatives à l’attractivité du pôle havrais, à ses enjeux démographiques pour les années à venir et à leurs incidences pour les politiques locales de logement.

Ce rapport d’étude a été réalisé par Julien DELAMARE et Jérôme FOLLIN (INSEE), avec la collaboration de Marie-Hélène COUSIN (AURH)

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SYNTHÈSE

Après avoir connu une croissance importante du nombre d’habitants jusque dans les années 1970, la ville du Havre et son agglomération enregistrent depuis quatre décennies un recul démographique parmi les plus marqués des grandes villes françaises. Le territoire havrais conserve un niveau relativement élevé de fécondité mais subit en revanche des tendances migratoires particulièrement défavorables. Comme la plupart des grandes villes, Le Havre perd des habitants au profit des territoires proches, mais cet étalement urbain n’explique que le tiers de son déficit migratoire. Un déficit important est également constaté vis-à-vis du reste de la HauteNormandie, de l’Île-de-France et des régions attractives de l’ouest et du sud de la France. Ce bilan migratoire défavorable s’explique essentiellement par un manque d’attractivité du pôle havrais à l’égard des jeunes. Par rapport à d’autres villes françaises comparables, le manque à gagner peut être estimé à 1 000 ou 2 000 arrivées de jeunes chaque année. Si les conditions d’attractivité de l’agglomération havraise ne s’améliorent pas, le territoire pourrait perdre encore 20 000 habitants à l’horizon 2030. Un recul du nombre de naissances serait enregistré, à un rythme plus ou moins rapide selon l’évolution de la fécondité. Le territoire devrait supporter une baisse prononcée des effectifs scolarisés et la population active poursuivrait sa diminution, déjà entamée depuis quelques années. À l’inverse, et dans tous les scénarios, le vieillissement démographique produira ses effets, le nombre de personnes de plus de 80 ans s’accroissant de moitié à l’horizon 2030. Le nombre de ménages est en voie de stabilisation à l’échelle de l’agglomération et est déjà en baisse dans la ville du Havre. Les besoins en nouveaux logements ne correspondent actuellement, d’un point de vue quantitatif, qu’aux nécessaires restructurations du parc existant. Des scénarios plus volontaristes de regain d’attractivité, inversant plus ou moins rapidement les tendances migratoires, amèneraient à des efforts de construction d’un ordre de grandeur comparable à ceux enregistrés durant les deux dernières décennies.

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SOMMAIRE

AVANT-PROPOS

p1

SYNTHÈSE

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Les découpages territoriaux de l’étude

p4

A. ÉVOLUTIONS DÉMOGRAPHIQUES DU BASSIN HAVRAIS

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Un recul démographique particulièrement marqué Le nombre de ménages n’augmente plus B. L’ATTRACTIVITÉ DU BASSIN HAVRAIS EN QUESTION

p 10

Un niveau de fécondité élevé Seulement un tiers du déficit migratoire de l’agglomération havraise est lié à de l’étalement urbain 10 % des départs proches vers la rive sud Un déficit migratoire élevé avec les régions du sud et de l’ouest, mais aussi avec le reste de la Haute-Normandie Le manque d’attractivité à l’égard des jeunes, principal point faible de l’attractivité havraise Un manque à gagner de 1 000 à 2 000 jeunes chaque année C. PERSPECTIVES DÉMOGRAPHIQUES

p 19

Un millier d’habitants en moins chaque année à l’horizon 2030 ? Un contexte général de vieillissement démographique La ville du Havre engagée dans une phase de recul du nombre de ménages Un recul des effectifs dans tous les cycles scolaires + 50 % de personnes de plus de 80 ans à l’horizon 2030 Combien de naissances jusqu’en 2030 ? Combien d’actifs en 2025 ?

D. SCÉNARIOS SPÉCIFIQUES DE REGAIN DÉMOGRAPHIQUE Deux scénarios volontaristes de regain d’attractivité… …qui induiraient des efforts de construction assez peu importants

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p 26


LES DÉCOUPAGES TERRITORIAUX DE L’ÉTUDE Trois échelles de territoire ont été retenues pour cette étude : la ville du Havre et la communauté d'agglomération (CODAH), échelons décisionnels pour les politiques d’habitat, de peuplement et d’attractivité, mais aussi l’aire urbaine havraise, découpage purement technique (à savoir l’ensemble formé par la ville-centre et son agglomération, mais aussi par les territoires environnants qui sont en inter-relation forte avec le pôle urbain). L’aire urbaine correspond mieux à la notion de « bassin de vie » ou de cohérence territoriale telle qu’elle est recommandée dans la loi « solidarité et renouvellement urbains » (SRU) pour la définition des découpages de SCoT (Schéma de cohérence territoriale). Le choix de l’aire urbaine permet par ailleurs des comparaisons nationales robustes et pertinentes.

Important : le modèle de projections démographiques de l’Insee ne peut pas être mobilisé sur une commune seule ; pour cette raison, le territoire appelé « ville du Havre » dans la partie 3 correspond en fait à l’agrégation des communes du Havre et de Sainte-Adresse.

L’aire urbaine havraise regroupe environ 300 000 habitants. Celle-ci est très fortement polarisé par sa ville-centre, Le Havre, qui couvre 7 % du territoire, mais héberge plus de 60 % de ses habitants. 15 communes, peuplées de 57 000 habitants, s’ajoutent à la ville du Havre pour former la communauté d'agglomération ; celle-ci pèse ainsi pour 80 % dans le bassin démographique havrais.

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Données de cadrage population 2010 nombre de communes superfice (en km²) densité (en hab/km²) variation de la population (en %) 1975-1990 taux annuel moyen (en %) variation de la population (en %) 1990-2010 taux annuel moyen (en %) variation de la densité (en hab/km²) 1975-1990 moyenne annuelle (en hab/km²) variation de la densité (en hab/km²) 1990-2010 moyenne annuelle (en hab/km²)

Ville du Havre 183 000 2 49 3 740 -10,0% -0,7% -10,2% -0,5% -460 -31 -430 -21

CODAH 239 700 17 191 1 250 -2,9% -0,2% -7,9% -0,4% -40 -3 -110 -5

Aire urbaine du Havre 292 500 81 678 430 1,0% 0,1% -3,6% -0,2% 0 0 -20 -1

Sources : Insee, Recensements de la population 1975 à 1990 dénombrements - Recensements de la population 1999 et 2010 exploitation principale

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A. ÉVOLUTIONS DÉMOGRAPHIQUES DU BASSIN HAVRAIS

Un recul démographique particulièrement marqué Avec 175 500 habitants en 2010, Le Havre fait partie des plus grandes villes françaises, au 13ème rang national. Mais ce rang s’est dégradé ces dernières décennies. En 1975, Le Havre était en effet la 11ème ville française la plus peuplée, avec 218 000 habitants, soit seulement 1 000 habitants de moins que Lille, 20 000 de plus que Rennes et 26 000 de plus que Montpellier. Le recul démographique n’est pas une tendance rare parmi les grandes villes françaises. Parmi les 30 plus importantes en 1975, la moitié ont vu leur population diminuer. C’est le rythme de diminution qui démarque la ville du Havre : avec plus de 42 000 habitants perdus entre 1975 et 2010, Le Havre a accusé, avec SaintÉtienne, la baisse la plus nette (environ - 20 % de population dans les deux cas). Ce constat est renforcé par l’évolution démographique du bassin havrais, que constitue l’aire urbaine. Parmi les 19 aires urbaines comparables au plan national1, celle du Havre est la seule à avoir perdu des habitants de façon significative entre 1975 et 2010 (- 7 000). À part celle de Saint-Étienne qui a vu sa population diminuer de quelques centaines d’habitants, toutes les autres ont progressé, même celles dont la ville centre a perdu des habitants (dont très souvent au profit de leurs périphéries).

Évolution de la population dans la Ville du Havre, dans la CODAH et dans l'aire urbaine du Havre 350 000 300 000 250 000 200 000 150 000

Aire urbaine du Havre

100 000

CODAH Ville du Havre

50 000 0 1975

1980

1985

1990

1995

2000

2005

2010

Sources : Insee, Recensements de la population 1962 à 2010 - dénombrement

1

Aires urbaines dont l’agglomération contient 150 000 à 350 000 habitants et dont la ville centre abrite plus de 100 000 habitants

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Évolution de la population dans les 34 villes françaises comprises entre 100 000 et 300 000 habitants 140

Montpellier 130

Aix-en-Provence

base 100 en 1975

120

Villeurbanne

110

100

90

Brest

Clermont-Ferrand LE HAVRE

80

Saint-Étienne 70 1975

1980

1985

1990

1995

2000

2005

2010

Sources : Insee, Recensements de la population 1975 à 1990 dénombrements - Recensements de la population 1999 et 2010 exploitation principale

Évolution de la population dans les aires urbaines comparables à celle du Havre

160

Perpignan 150

Rennes Nîmes

base 100 en 1975

140

Orléans Angers

130

120

110

Saint-Étienne

100

LE HAVRE 90 1975

1980

1985

1990

1995

2000

2005

Sources : Insee, Recensements de la population 1975 à 1990 dénombrements - Recensements de la population 1999 et 2010 exploitation principale

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2010


Le nombre de ménages n’augmente plus Malgré le recul démographique du bassin havrais, le nombre de ménages a continué d’augmenter jusqu’à une période très récente. En effet, certaines évolutions sociétales (mises en couple plus tardives, augmentation des séparations et des familles recomposées…) mais aussi et surtout le vieillissement de la population (davantage de couples dont les enfants n’habitent plus le logement familial, davantage de personnes seules…) font que le nombre de personnes par logement diminue. À nombre d’habitants égal, les logements nécessaires sont toujours plus nombreux. Le nombre de personnes par ménage est en effet passé de 2,9 en 1975 dans la ville du Havre à 2,2 en 2010, et de 3,0 à 2,2 à l’échelle de la CODAH. Ce phénomène de « desserrement » implique à lui seul une augmentation de l’ordre de 0,7 % à 0,8 % des ménages par an, en moyenne sur les deux dernières décennies. Cet effet peut être estimé à 500 ménages de plus par an pour la ville du Havre et entre 600 et 700 ménages supplémentaires à l’échelle de la CODAH. Mais le rythme de baisse démographique s’est accentué depuis une dizaine d’années, ayant pour conséquence de quasiment annuler l’effet « desserrement » des ménages. Ainsi, le nombre de ménages est actuellement en phase de stabilisation. Celui-ci est stabilisé autour de 84 000 dans la ville du Havre et continue d’augmenter très légèrement dans la CODAH (+ 100 à + 200 ménages environ par an) et un peu plus dans l’aire urbaine (environ + 500 par an). La stabilisation du nombre de ménages, au moins à l’échelle de la ville-centre, n’implique pas que les besoins en nouveaux logements soient nuls. D’autres facteurs, liés au parc actuel et à son occupation, peuvent entraîner des besoins de construction : destructions de logements anciens, transformations, évolution de la vacance… (voir encadré page 28). Évolution de la population et des ménages Ville du Havre et CODAH 300 000

CODAH 250 000

POPULATION 200 000

Ville du Havre 150 000

100 000

CODAH

MENAGES

Ville du Havre 50 000

0 1975

1980

1985

1990

1995

2000

2005

2010

Sources : Insee, Recensements de la population 1962 à 1990 dénombrements - Recensements de la population 1999 et 2010 exploitation principale

Effets « croissance démographique » et « réduction de la taille des ménages » Le nombre de ménages évolue sous l’effet de deux tendances : la variation du nombre d’habitants et la baisse tendancielle du nombre de personnes par ménage. Le premier effet est calculé comme le nombre de ménages qui correspondrait à la variation de population si la taille des ménages restait stable. Le second effet est obtenu par différence avec la variation effectivement observée du nombre de ménages ; il permet ainsi de mesurer l’impact de l’évolution des modes de cohabitation (elle même due au vieillissement démographique et à certaines évolutions sociétales).

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Évolution du nombre de ménages (taux annuel moyen) Ville du Havre 2,0%

Évolution totale 1,5%

Effet "croissance démographique" Effet "réduction taille des ménages"

1,0% 0,5% 0,0% -0,5% -1,0% -1,5% 1962-1968

1968-1975

1975-1982

1982-1990

1990-1999

1999-2010

Sources : Insee, Recensements de la population 1962 à 2010 - dénombrement

CODAH 2,0%

Évolution totale 1,5%

Effet "croissance démographique" Effet "réduction taille des ménages"

1,0% 0,5% 0,0% -0,5% -1,0% -1,5% 1962-1968

1968-1975

1975-1982

1982-1990

1990-1999

1999-2010

Sources : Insee, Recensements de la population 1962 à 2010 - dénombrement

Aire urbaine du Havre 2,0%

Évolution totale 1,5%

Effet "croissance démographique" Effet "réduction taille des ménages"

1,0%

0,5%

0,0%

-0,5% 1962-1968

1968-1975

1975-1982

Sources : Insee, Recensements de la population 1962 à 2010 - dénombrement

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1982-1990

1990-1999

1999-2010


B. L’ATTRACTIVITÉ DU BASSIN HAVRAIS EN QUESTION

Un niveau de fécondité élevé Le recul démographique du bassin havrais ne s’explique pas par un manque de vitalité de sa démographie « naturelle ». En effet, même s’il a diminué comme dans la grande majorité des territoires, le solde naturel (excédent des naissances sur les décès) reste à un niveau relativement élevé dans le territoire. Le Havre et son bassin se caractérisent en effet par un indice de fécondité assez élevé et par un nombre plus important de naissances qui en découle. Avec environ 2,1 enfants par femme, soit 0,1 enfant de plus qu’aux plans régional ou national, c’est un « surplus » de plus d’une centaine de naissances annuelles qui est enregistré pour la ville du Havre (environ 250 à l’échelle de la CODAH).

Indicateur conjoncturel de fécondité en 2007 Ville du Havre CODAH Aire urbaine du Havre Haute-Normandie France métropolitaine Source : Insee, État civil

2,08 2,08 2,11 2,01 1,98

Des tendances migratoires très défavorables La tendance est en revanche très défavorable en matière de migrations. La baisse de population est provoquée par un déficit migratoire très marqué, qui compense très largement l’excédent naturel. Le bilan migratoire est nettement déficitaire depuis les années 70. Durant la dernière décennie, la ville du Havre a perdu plus de 1 % de sa population chaque année par le seul jeu des migrations, l’aire urbaine 0,8 %. Évolution de la population : solde naturel / solde migratoire Ville du Havre 2,0% Évolution totale due au solde migratoire 1,0%

due au solde naturel

0,0%

-1,0%

-2,0% 1962-1968

1968-1975

1975-1982

1982-1990

1990-1999

Sources : Insee, Recensements de la population 1962 à 2010 - dénombrement

- 10 -

1999-2010


Évolution de la population : solde naturel / solde migratoire CODAH 2,0%

Évolution totale due au solde migratoire due au solde naturel

1,0%

0,0%

-1,0%

-2,0% 1962-1968

1968-1975

1975-1982

1982-1990

1990-1999

1999-2010

Sources : Insee, Recensements de la population 1962 à 2010 - dénombrement

Évolution de la population : solde naturel / solde migratoire Aire urbaine du Havre 2,0%

Évolution totale due au solde migratoire due au solde naturel

1,0%

0,0%

-1,0%

-2,0% 1962-1968

1968-1975

1975-1982

1982-1990

1990-1999

Sources : Insee, Recensements de la population 1962 à 2010 - dénombrement

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1999-2010


Seulement un tiers du déficit migratoire de l’agglomération havraise est lié à de l’étalement urbain De nombreuses grandes villes connaissent depuis plusieurs décennies un déficit dans leurs flux migratoires. Une grande partie de ce déficit, parfois la totalité, est souvent due aux échanges de la ville-centre avec les territoires périphériques. Selon ce mouvement bien connu d’étalement urbain (ou de périurbanisation), les départs du cœur urbain vers les couronnes résidentielles sont essentiellement le fait de couples assez jeunes (âgés de 25 ans à 40 ans). Ils quittent souvent les centres urbains à l’arrivée du premier ou du deuxième enfant, pour des logements spacieux plus abordables. Parallèlement, le cœur urbain accueille un nombre très important de jeunes originaires des zones périurbaines (notamment), pour leurs études ou pour leurs premiers emplois ou logements indépendants. Ces échanges permanents d’habitants selon leur position dans le cycle de vie constituent une forme de « respiration » interne du territoire. Ce fonctionnement a profité, d’un point de vue purement quantitatif, aux secteurs périurbains depuis trois ou quatre décennies. Ce mouvement d’étalement urbain est bien sûr constaté entre la ville du Havre et le reste de la CODAH ou avec les autres territoires proches. Mais ce phénomène n’explique que très partiellement le déficit migratoire, dans une proportion d’un tiers environ. Sur cinq ans (observations de 2003 à 2008), la ville du Havre a vu partir environ 13 000 ménages (soit 2 600 par an) et s’en installer 10 000 (2 000 par an). Sur ce déficit migratoire d’environ 600 ménages par an, 200 migrent vers des territoires proches et 400 vers le reste du territoire national. L’observation des lieux de destination des « partants » confirme ces tendances : 30 % d’entre eux s’installent dans un rayon de 25 km, qui correspond à peu près à l’étendue du bassin havrais. Ménages quittant ou rejoignant la ville du Havre selon la distance

arrivées

départs

0 - 25 km 25 - 50 km 50 - 100 km 100 - 150 km 150 - 200 km plus de 200 km

Source : Insee, Recensement de la population - 2008 (mobilités sur 5 ans)

10 % des départs proches vers la rive sud L’étalement urbain de la ville du Havre peut être apprécié plus précisément en considérant les ménages qui ont déménagé vers des territoires proches mais qui ont toujours leur emploi dans le pôle d’emploi havrais2. Ils représentent 3 300 ménages (2003-2008) sur les 9 500 ménages actifs ayant quitté la ville-centre. Sur ces départs « proches » , 50 % se sont dirigés vers le reste de la CODAH, 40 % vers les autres territoires proches de la rive nord et 10 % vers ceux de la rive sud (voir carte). En moyenne annuelle, ce sont ainsi une soixantaine de ménages « havrais » qui déménagent vers l’autre rive en continuant à travailler dans le pôle havrais. 2

dans le cas présent, on a retenu le pays du Havre Pointe de Caux - Estuaire (HPCE), incluant la CODAH et la communauté de communes Caux-Estuaire, comme territoire correspondant au pôle d’emploi havrais

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Départs de ménages de la ville du Havre entre 2003 et 2008 dont la personne de référence occupe un emploi dans le pays HPCE

CC du Canton de Criquetot l'Esneval

CC de Fécamp

100

400

200

CC de Campagne de Caux

CA Havraise

1 650

350

350 CC de Saint Romain de Colbosc

Le Havre

CC Caux Vallée de Seine

50

CC du Pays 100 de Honfleur

CC Coeur Côte Fleurie

10

100 CC du Canton de Beuzeville

CC de Quillebeuf sur Seine

50 CC de Pont-Audemer

Un déficit migratoire élevé avec les régions du Sud et de l’Ouest, mais aussi avec le reste de la Haute-Normandie L’aire havraise entretient des échanges d’abord et surtout avec le reste de la HauteNormandie (40 % des arrivées et 40 % des départs), puis des régions du Sud et de l’Ouest. Dans l’ensemble, l’aire urbaine enregistre 18 000 entrées par an contre 28 000 sorties, soit un déficit migratoire de 10 000 personnes par an. La moitié du déficit migratoire de l’aire havraise est réalisée avec les régions du Sud et de la façade Ouest de la France : 1 entrée pour 2 sorties du territoire sur ces zones. Cette perte pour l’aire havraise, de 5 000 personnes par an, est constituée pour moitié de familles avec enfants, pour 20 % de retraités et pour 30 % d’actifs sans enfant. Le reste de la Haute-Normandie représente un tiers du déficit migratoire de l’aire havraise, soit 3 700 personnes. Ce sont, pour plus des trois quarts, des familles relativement jeunes (moins de 40 ans). Le reste du déficit est enregistré avec l’Île de France : -1 200 personnes. Il s’agit pour la quasi-totalité d’une perte de jeunes actifs âgés entre 20 et 29 ans. Les régions du Nord-Est ne représentent que 10 % à 15 % des échanges sur des populations comparables et pour un solde quasiment équilibré.

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Échanges migratoires entre l’aire urbaine du Havre et les régions de métropole

* valeurs moyennes annuelles sur 5 ans (2003-2008)

Profil des échanges migratoires de l’aire havraise avec le reste de la métropole Avec le reste de la Haute-Normandie : fort déficit sur les jeunes familles (- de 40 ans) Avec l’Île-de-France : nombreux départs de jeunes actifs (20-29 ans) Avec les régions du sud et de l’ouest : déficit sur toutes les tranches d’âge, surtout sur les actifs et les familles (davantage que sur les retraités) Avec les régions du quart nord-est et du centre : échanges assez équilibrés Source : Insee, Recensement de la population - 2008

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Le manque d’attractivité à l’égard des jeunes, principal point faible de l’attractivité havraise Pour donner une valeur de diagnostic à l’analyse du profil migratoire de l’aire urbaine havraise, il faut le comparer avec ceux d’aires urbaines françaises de même taille, voire de même statut. La situation géographique des aires urbaines auxquelles on peut comparer celle du Havre peut être assez déterminante : les villes du Sud de la France ou du littoral ouest sont en effet plus attractives que celles du Nord ou de l’Est du territoire national. Mais force est de constater que l’aire havraise présente un profil d’attractivité démographique presque systématiquement plus défavorable que dans tous les territoires de référence, quelle que soit leur situation géographique. Le solde migratoire havrais est en effet déficitaire (ou à peine équilibré) à tous les âges sans exception. Mais c’est le manque d’attractivité à l’égard des jeunes qui distingue le plus le territoire. Toutes les aires urbaines comparables (sauf Mulhouse) présentent un excédent migratoire très net pour les jeunes autour de 20 ans. Dans la quasi-totalité des cas, cet excédent représente 20 % à 40 % de la tranche d’âge. Dans l’aire havraise, c’est un déficit (certes léger) qui est constaté. Les facteurs d’attractivité d’une ville à l’égard des jeunes sont de natures diverses. L’attractivité de l’université havraise, et plus largement de l’offre locale d’enseignement supérieur, peut être mise en question. La situation géographique « excentrée » du pôle havrais peut également être déterminante.

Profils migratoires des aires urbaines de taille comparable - Ouest de la France 60 Tours

50

Caen 40

Le Mans Brest

30

Rennes Angers

20 %

LE HAVRE

10 0 -10 -20 -30 05

10

15

20

25

30

35

40

45

50

55

60

65

70

75

80

85

âge Source : Insee, Recensement de la population - 2008 Lecture du graphique : en 2008, les migrations des 5 années précédentes ont entraîné, dans l'aire urbaine du Havre, un déficit de population des 25-30 ans d'environ 10% (par rapport à une situation théorique sans migration)

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Profils migratoires des aires urbaines de taille comparable - Nord et Est de la France 60 50

Nancy Metz

40

Amiens

30

Reims Mulhouse

20 %

LE HAVRE

10 0 -10 -20 -30 05

10

15

20

25

30

35

40

45

50

55

60

65

70

75

80

85

âge Source : Insee, Recensement de la population - 2008 Lecture du graphique : en 2008, les migrations des 5 années précédentes ont entraîné, dans l'aire urbaine du Havre, un déficit de population des 25-30 ans d'environ 10% (par rapport à une situation théorique sans migration)

Profils migratoires des aires urbaines de taille comparable - autres régions 60 Clermont-Ferrand

50

Orléans 40

Dijon Perpignan

30

Limoges Nîmes

20 %

LE HAVRE 10 0 -10 -20 -30 05

10

15

20

25

30

35

40

45

50

55

60

65

70

75

80

85

âge Source : Insee, Recensement de la population - 2008 Lecture du graphique : en 2008, les migrations des 5 années précédentes ont entraîné, dans l'aire urbaine du Havre, un déficit de population des 25-30 ans d'environ 10% (par rapport à une situation théorique sans migration)

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L’attractivité démographique du bassin havrais découle essentiellement de celle de sa villecentre. Là aussi, l’analyse doit être menée par comparaison avec des villes comparables à celle du Havre. Le choix a été fait de comparer le profil migratoire du Havre avec celui de sept grandes villes françaises, de taille proche, et qui ne sont pas capitales de région (ces villes ne bénéficient donc pas d’un pôle universitaire dominant dans leur région3). Le manque d’attractivité à l’égard des jeunes est confirmé par cette comparaison plus ciblée. Seule la ville de Mulhouse présente un profil plus défavorable.

Un manque à gagner de 1 000 à 2 000 jeunes chaque année Il est possible d’évaluer l’effet démographique du profil particulier de l’attractivité de la ville du Havre, en gain ou en manque à gagner exprimé en nombre d’habitants. En prenant les villes d’Angers, de Brest et de Saint-Étienne pour référence, ce sont environ 1 000 à 2 000 jeunes qui seraient « gagnés », chaque année, si Le Havre avait le même profil d’attractivité par âge que ces trois villes. Le Havre « perdrait » par ailleurs quelques centaines d’adultes de 25 à 40 ans (les départs dans cette tranche d’âge étant souvent le fait de personnes arrivées plus jeunes sur le territoire cinq, dix, voire quinze ans plus tôt).

Profils migratoires des villes françaises comparables au Havre 140 120

Angers Brest

100

Le Mans Mulhouse

80

Nîmes 60 %

Saint-Étienne LE HAVRE

40 20 0 -20 -40 05

10

15

20

25

30

35

40

45

50

55

60

65

70

75

80

85

âge Source : Insee, Recensement de la population - 2008 Lecture du graphique : en 2008, les migrations des 5 années précédentes ont entraîné, dans la ville du Havre, un déficit de population des 25-30 ans d'environ 30% (par rapport à une situation théorique sans migration)

3

mais elles disposent chacune d’une université autonome, et d’implantation plus ancienne que celle du Havre dans tous les cas

- 17 -


Profil migratoire de la ville du Havre comparé à ceux des villes de Brest, Angers et Saint-Étienne : gains et « manques à gagner » par tranche d’âge

Manque à gagner pour les 18-24 ans : 7 700 habitants sur 5 ans, soit environ 1 500 par an

Manque à gagner pour les 18-24 ans : 12 300 habitants sur 5 ans, soit environ 2 500 par an

Manque à gagner pour les 18-24 ans : 3 500 habitants sur 5 ans, soit environ 700 par an

Lecture des graphiques : si Le Havre avait le même profil migratoire (attractivité) que Brest, la ville « gagnerait » 8 200 habitants âgés de 17 à 25 ans par le jeu des migrations (sur 5 ans) et « perdrait » 2 100 habitants âgés de 26 à 40 ans.

- 18 -


C. PERSPECTIVES DÉMOGRAPHIQUES Un millier d’habitants en moins chaque année à l’horizon 2030 ? La ville du Havre et la communauté d'agglomération voient leur population diminuer depuis plusieurs décennies maintenant. Si les paramètres démographiques récents se maintenaient pour les 15 ou 20 années à venir (scénario tendanciel, voir encadré), la population de la ville du Havre continuerait de diminuer très sensiblement. Le rythme de baisse resterait supérieur à un millier d’habitants par an pendant les années 2010 à 2020 et serait un peu atténué durant les années 2020 (un peu moins d’un millier d’habitants perdus en moyenne chaque année). La tendance serait quasiment identique pour la CODAH, un peu atténuée à l’échelle de l’aire urbaine. La population des communes du Havre et de Sainte-Adresse réunies4 passerait de 184 000 habitants en 2010 à 173 000 en 2020 et 165 000 en 2030. Aux mêmes dates, le nombre d’habitants de la CODAH passerait de 240 000 à 230 000 puis 220 000.

Évolution de la population dans la Ville du Havre, la CODAH et l'Aire urbaine du Havre 350 000 300 000

293 000

287 000

282 000

250 000

240 000

228 000

200 000 150 000

184 000

218 000

172 000

100 000

164 000

Aire urbaine du Havre CODAH

50 000 0 2010

Ville du Havre

2012

2014

2016

2018

2020

2022

2024

2026

2028

2030

Source : Insee, Projections Omphale horizon 2030 - scénario tendanciel

Projections de population à l'horizon 2030 Évolution 2010-2020

Ville du Havre CODAH Aire urbaine du Havre

2010

2020

2030

184 000 240 200 292 900

173 000 229 400 287 300

165 300 220 500 281 500

Évolution 2010-2030

nombre

%

moyenne annuelle

nombre

%

moyenne annuelle

-11 000 -10 800 -5 600

-5,9% -4,5% -1,9%

-0,6% -0,5% -0,2%

-18 700 -19 700 -11 400

-10,1% -8,2% -3,9%

-0,5% -0,4% -0,2%

Source : Insee, Projections Omphale horizon 2030 - scénario tendanciel

4

l’Insee ne réalise pas de projections démographiques à l’échelle d’une commune seule, même de grande taille

- 19 -


Le scénario tendanciel de projection Définir un scénario de projection consiste à formuler des hypothèses sur les facteurs qui déterminent l’évolution de la population : naissances, décès, migrations. Le scénario tendanciel, parfois aussi appelé « fil de l’eau », est celui qui s’appuie sur les hypothèses a priori les plus neutres. En l’occurrence, la fécondité (nombre d’enfants par femme) est maintenue sur toute la période à son niveau connu le plus récent ; les quotients de mortalité retenus correspondent à un prolongement tendanciel des gains d’espérance de vie observés sur les années passées ; les comportements migratoires par âge (arrivées et départs) sont eux aussi maintenus constants sur l’ensemble de la période de projection.

Un contexte général de vieillissement démographique Comme tous les territoires, le bassin démographique havrais connaîtra un vieillissement relatif important dans les prochaines décennies. Toutes les classes d’âge jusqu’à 60 ans devraient voir leurs effectifs diminuer à l’horizon 2030. Pour la seule ville de Havre, alors que la population totale diminuerait de 10 % entre 2010 et 2030 (en scénario tendanciel), le nombre de moins de 20 ans et celui des personnes entre 20 ans et 40 ans reculerait de 15 % (- 7 000 personnes pour chaque tranche d’âge)5. Le nombre d’adultes d’âge moyen connaîtrait un recul nettement plus marqué : - 10 500 personnes entre 40 et 60 ans, soit près d’un quart de la population de cette tranche d’âge qui serait « perdu ». À l’inverse, le nombre de seniors augmentera assez fortement : + 3 500 personnes de 60 ans à 79 ans (soit + 11 %) et + 2 800 adultes de 80 ans ou plus (+ 25 %), catégorie d’âge moins mobile et nécessitant des besoins importants d’accompagnement sanitaire et social de proximité, notamment en cas de dépendance. Au total, les personnes de 60 ans ou plus passeraient de 23 % de la population havraise en 2010 à 29 % en 2030. Pyramide des âges de l’aire urbaine havraise

5

ces perspectives sont établies dans des conditions de fécondité stable (2,1 enfants par femme) ; une augmentation sensible du nombre d’enfants par femme ne ferait qu’atténuer la baisse du nombre de moins de 20 ans

- 20 -


Une des premières utilités des projections démographiques est de pouvoir éclairer certaines décisions en matière de gestion et de politique locales. Comment pourraient évoluer le nombre d’enfants à scolariser, le nombre d’actifs, le nombre de personnes âgées dépendantes, les besoins en logements des ménages, etc ? Les projections présentées ci-après correspondent à des hypothèses tendancielles et ne peuvent pas, à ce titre, être interprétées comme des prévisions. Elle peuvent au moins servir de repères, voire d’alertes, pour l’action publique locale. La ville du Havre engagée dans une phase de recul du nombre de ménages Malgré le recul démographique du bassin havrais, le nombre de ménages a continué d’augmenter jusqu’à une période très récente. Il est en voie de stabilisation à l’échelle de la communauté d'agglomération et s’engage dans une phase de recul dans la ville du Havre. Entre 2010 et 2030, en scénario tendanciel, le nombre de ménages resterait très stable dans la CODAH, évoluant entre 106 000 et 107 000 unités. La ville du Havre perdrait quant à elle environ 2 000 ménages sur la même période, soit une centaine par an en moyenne. Le nombre de personnes par ménage, dans la ville et dans l’agglomération, descendrait à 2 à l’horizon 2030, pour respectivement 2,3 et 2,2 actuellement. L’effet théorique lié à ce « desserrement » pourrait être estimé à 500 ménages de plus par an pour la ville du Havre et entre 600 et 700 ménages de plus à l’échelle de la CODAH. Mais le recul démographique observé dans le même temps annulerait complétement cette augmentation théorique du nombre de ménages. Ces perspectives ne peuvent être traduites précisément en besoins de construction de nouveaux logements, mais la stabilisation du nombre de ménages implique toutefois que les besoins en éventuels nouveaux logements, si les conditions démographiques actuelles se prolongent, ne découleraient que d’une éventuelle restructuration du parc actuel et de son occupation (opérations de rénovation urbaine, vacance, logements occasionnels, etc…)6. Évolution des ménages dans la Ville du Havre, la CODAH et l'Aire urbaine du Havre 160 000 140 000 120 000 100 000 80 000 60 000

Aire urbaine du Havre

40 000

CODAH Ville du Havre

20 000 0 2010

2012

2014

2016

2018

2020

2022

Source : Insee, Projections Omphale horizon 2030 - scénario tendanciel

6

voir encadré « Quelle demande potentielle de logements ? » page 28

- 21 -

2024

2026

2028

2030


Projections de ménages à l'horizon 2030 Nombre de ménages Nombre moyen de personnes par ménage

Ville du Havre CODAH Aire urbaine du Havre

2010

2020

2030

84 400 2,2 106 300 2,3 125 900 2,3

83 100 2,1 106 800 2,1 129 500 2,2

82 500 2,0 107 000 2,1 132 500 2,1

Évolution 2010-2020 Évolution 2020-2030 nombre

%

nombre

%

-1 300

-1,5%

-600

-0,7%

500

0,4%

200

0,2%

3 600

2,9%

3 000

2,3%

Source : Insee, Projections Omphale horizon 2030 - scénario tendanciel

Évolution du nombre de ménages* à l'horizon 2030 0,8%

Ville du Havre

CODAH

0,6% 0,4%

Évolution totale

0,2%

Effet "croissance démographique"

0,0% -0,2%

Effet "réduction taille des ménages"

-0,4% -0,6% -0,8% 2010-2020

2020-2030

2010-2020

2020-2030

Source : Insee - Projections Omphale horizon 2030 - scénario tendanciel * Taux de croissance annuelle moyenne

- 22 -


Un recul des effectifs dans tous les cycles scolaires Sans modification significative des comportements migratoires ou de fécondité (scénario tendanciel), les effectifs des établissements scolaires devraient diminuer dans tous les cycles et dans des proportions comparables, entre - 15 % et - 20 % dans la ville-centre et dans l’agglomération. À l’échelle de la commune du Havre, en l’espace d’une vingtaine d’années, on dénombrerait près de 3 000 élèves en moins dans les écoles maternelles et primaires, soit un rythme moyen de - 150 élèves par an. Les effectifs de collègiens diminueraient de près de 1 500, soit l’équivalent de - 70 à - 80 collègiens par an à l’horizon 2030. La baisse des effectifs de lycéens serait du même ordre (- 1 500 élèves environ). Projections de population par classe d'âge scolaire à l'horizon 2030

3-5 ans 6-10 ans 11-14 ans 15-18 ans

Effectif en 2010 6 700 10 900 8 600 9 400

Ville du Havre Évolution Évolution en 2010-2030 % -970 -15% -1 580 -15% -1 170 -14% -1 480 -16%

Source : Insee, Projections Omphale horizon 2030 Scénario tendanciel

3-5 ans 6-10 ans 11-14 ans 15-18 ans

Effectif en 2010 8 900 14 800 11 900 12 500

CODAH Évolution 2010-2030 -1 190 -2 040 -1 470 -1 630

Aire urbaine du Havre Effectif en Évolution Évolution en 2010 2010-2030 % 11 200 -1 090 -10% 19 000 -1 930 -10% 15 000 -1 190 -8% 15 300 -1 100 -7%

Évolution en % -13% -14% -12% -13%

Source : Insee, Projections Omphale horizon 2030 - scénario tendanciel

- 23 -


+ 50 % de personnes de plus de 80 ans à l’horizon 2030 Le bassin havrais connaîtra un vieillissement relatif important dans les deux prochaines décennies, à l’image de la quasi-totalité des territoires. Les « seniors » (plus de 60 ans) devraient passer de 23 % de la population de l’aire havraise en 2010 à 29 % en 2030. Dans le prolongement des comportements migratoires observés durant la dernière décennie, ce phénomène général de vieillissement toucherait moins les communes urbaines, en particulier la ville du Havre, que les territoires périurbains. En effet, ce sont environ 6 000 personnes supplémentaires de 60 ans ou plus qui devraient être recensées en 2030 dans la ville du Havre, pour près de 12 000 dans la CODAH et 18 000 dans l’aire urbaine. Mais il est difficile d’anticiper le comportement des générations concernées, celles du baby boom, qui en particulier se sont installées dans les couronnes périurbaines depuis 3 ou 4 décennies : si elles s’avéraient plus enclines que leurs aînées à regagner les centres urbains au moment de la retraite ou en prévision de la survenance de la dépendance, le vieillissement s’en trouverait plus équilibré entre les communes périurbaines et la ville-centre. Sur l’ensemble de l’aire urbaine havraise, le nombre de personnes de 80 ans ou plus augmenterait de près de 50 % à l’horizon 2030. Les personnes âgées dépendantes sont très concentrées dans cette tranche d’âge : le développement de cette catégorie d’habitants serait probablement du même ordre (près de 50 %). Projections de population des seniors à l'horizon 2030

Ville du Havre CODAH Aire urbaine du Havre

Population 2010 60 - 79 80 ans ans ou + nombre nombre 31 500 10 600 41 100 12 600 49 500 14 400

Source : Insee, Projections Omphale horizon 2030 scénario tendanciel

Évolution 2010-2020 60 - 79 ans Ville du Havre CODAH Aire urbaine du Havre

nombre 3 340 6 020 8 520

% 11% 15% 17%

Évolution 2020-2030

80 ans ou + nombre 1 130 1 920 2 520

60 - 79 ans

% 11% 15% 17%

nombre 190 680 2 290

Source : Insee, Projections Omphale horizon 2030 - scénario tendanciel

- 24 -

% 1% 1% 4%

80 ans ou + nombre 1 640 2 990 4 160

% 14% 21% 25%


Combien de naissances jusqu’en 2030 ? L’évolution possible des naissances permet de mieux anticiper certains besoins comme les services de maternité ou l’accompagnement de la petite enfance. Dans l’hypothèse d’un maintien de l’indice de fécondité à son niveau actuel, le nombre annuel de naissances devrait sensiblement diminuer dans les deux décennies à venir, sans forte inflexion des tendances migratoires du territoire. Par rapport aux années 2000, le niveau des naissances dans la ville du Havre et dans la CODAH serait inférieur d’environ 7 % dans les années 2010, et de 15 % dans les années 2020. Pour stabiliser le flux de naissances à l’horizon 2020, une augmentation très sensible de la fécondité serait nécessaire, de l’ordre de + 0,15 enfant par femme (sachant que cet indice est déjà relativement élevé dans le bassin havrais). Une baisse symétrique, qui ferait passer l’indice de fécondité actuelle un peu sous les moyennes régionale et nationale, entraînerait un recul des naissances très marqué, de l’ordre de - 20 % dans les années 2020. Au total, le bassin havrais s’oriente vers un recul des naissances, plus ou moins marqué, si les conditions migratoires actuelles ne connaissent pas d’amélioration très significative. Ville du Havre Fécondité stable ICF* + 0,15 ICF - 0,15

Flux moyens annuels de naissances 2001-2010 2011-2020 2021-2030 2 660 2 480 2 250 2 640 2 420 2 330 2 080

Source : Insee, État civil, Projections Omphale horizon 2030 - scénario tendanciel

CODAH Fécondité stable ICF + 0,15 ICF - 0,15

Flux moyens annuels de naissances 2001-2010 2011-2020 2021-2030 3 310 3 100 2 830 3 300 3 040 2 910 2 620

Source : Insee, État civil, Projections Omphale horizon 2030 - scénario tendanciel

Aire urbaine havraise Fécondité stable ICF + 0,15 ICF - 0,15

Flux moyens annuels de naissances 2001-2010 2011-2020 2021-2030 3 940 3 750 3 500 3 980 3 750 3 520 3 240

Source : Insee, État civil, Projections Omphale horizon 2030 - scénario tendanciel

* ICF : indicateur conjoncturel de fécondité

- 25 -


Combien d’actifs en 2025 ? En 2008, l’aire urbaine havraise comptait un peu plus de 132 000 actifs résidents, dont près de 125 000 occupaient un emploi. Au plan national, les générations en âge de travailler sont maintenant stabilisées, voire en léger recul ; ces générations sont déjà en baisse sensible dans le bassin havrais, en lien avec le fort recul démographique. La population active du bassin est donc en diminution, même en tenant compte de l’augmentation de l’activité féminine ainsi que l’allongement des carrières professionnelles7. À l’horizon 2025 (scénario tendanciel), le nombre d’actifs descendrait à 125 000 personnes à l’échelle de l’aire urbaine, soit un recul moyen de 400 actifs par an entre 2008 et 20258. Ces perspectives d’évolution du nombre d’actifs pourraient se traduire par une forme de « décompression » du marché du travail local. En effet, le maintien du niveau d’emploi actuel conduirait à un taux de chômage en 2025 inférieur d’environ 5 points au taux de 20089. Certes, la stabilisation de l’emploi constitue une hypothèse plus difficile à réaliser dans le bassin havrais, eu égard au contexte de recul du nombre d’habitants (moins de besoins d’emplois dans les activités purement résidentielles). Mais une perte d’emplois inférieure à 6 000 unités (soit 350 en moyenne par an) suffirait pour éviter une augmentation du taux de chômage. NB : ces simulations sont établies sur la base des données du recensement de 2008, à l’échelle de l’aire urbaine ; depuis cette date, le taux de chômage (norme BIT) de la zone d’emploi du Havre (plus étendue que l’aire urbaine,voir page 5) a augmenté de moitié (à savoir 12,4 % fin 2013 pour un taux de 8,4 % début 2008)

Projections d'actifs à l'horizon 2025 - variantes de l'emploi et du chômage (simulations) Aire urbaine du Havre

132 230

Dont : en emploi 114 670

Dont : chômeurs 17 560

Taux de chômage 13,3%

125 020 125 020 125 020 125 020 -7 210 -7 210 -7 210 -7 210

114 670 108 420 118 770 103 200 0 -6 250 4 100 -11 470

10 350 16 600 6 250 21 820 -7 210 -960 -11 310 4 260

8,3% 13,3% 5,0% 17,5% -5 pts 0 pt -8,3 pts +4,2 pts

Actifs

2008 Hypothèses de simulation : "Emploi stable" Projection "Taux de chômage stable" 2025 "Taux de chômage = 5%" "Évolution de l'emploi 2008-2025 = -10%" "Emploi stable" Écarts "Taux de chômage stable" "Taux de chômage = 5%" 2008-2025 "Évolution de l'emploi 2008-2025 = -10%"

Sources : Insee, Recensement de la population 2008 - Projections d'actifs Omphale

Note de lecture : Les chiffres en bleu gras correspondent à des chiffres fixes compte tenu de la situation du marché du travail en 2008 et de la projection tendancielle d’actifs à 2025. Les chiffres en rouge correspondent aux chiffres fixés pour chaque hypothèse de simulation. Les autres chiffres, en vert, constituent les résultats découlant de l’hypothèse que l’on aura posée. Par exemple, compte tenu de la projection tendancielle, les actifs seraient 125 020 en 2025. Dans une hypothèse de simulation où « l’emploi est stable », le nombre d’emplois en 2025 reste au même niveau qu’en 2008 soit 114 670 emplois. Par déduction, on constaterait alors que le nombre de chômeurs serait de 10 350 et le taux de chômage de 8,3 % dans cette hypothèse. Dans le tableau, les taux de chômage sont calculés à partir du recensement de population, sur la base de la déclaration des individus ; ils ne sont donc pas comparables avec les taux produits dans la norme BIT (en général inférieurs de plusieurs points) 7

Pour une analyse plus détaillée, voir « Diagnostic socio-économique du bassin havrais » - Insee - Dossier d’AVAL - novembre 2012 8 Ces projections sont davantage liées aux évolutions économiques que les autres projections (purement démographiques) présentées dans cette partie ; les facteurs économiques présentant une composante aléatoire plus grande, les projections correspondantes ont donc été élaborées à un horizon plus court (2025 au lieu de 2030) 9 dans l’hypothèse où le solde des navettes domicile-travail avec les territoires voisins resterait stable

- 26 -


D. SCÉNARIOS SPÉCIFIQUES DE REGAIN DÉMOGRAPHIQUE Les projections démographiques, dans un scénario tendanciel, se traduisent pour le bassin havrais par une diminution très sensible de sa population. D’autres scénarios de projection permettent de mesurer les incidences d’un regain d’attractivité du territoire, notamment en termes d’évolution du nombre de ménages (et donc indirectement de besoins en nouveaux logements). Deux scénarios volontaristes de regain d’attractivité… Deux scénarios volontaristes ont servi de base à des projections alternatives : • le premier correspond à un rééquilibrage progressif du solde migratoire (les flux migratoires retrouveraient l’équilibre au cours des années 2020) ; • le second, appelé « croissance dynamique », fait l’hypothèse d’une amélioration plus forte du solde migratoire (qui deviendrait positif vers 2020) jusqu’à atteindre un taux de croissance moyen annuel de 0,5 % durant la décennie 202010. NB : dans ces scénarios, comme dans le scénario tendanciel, la fécondité est maintenue à son niveau actuel (2,1 enfants par femme). …qui induiraient des efforts de construction assez peu importants Pour la ville du Havre11, le scénario de rééquilibrage progressif des migrations conduirait à une stabilisation de la population vers l’année 2020, à environ 180 000 habitants (pour 184 000 en 2010). Une légère croissance s’amorcerait ensuite pour atteindre 183 000 habitants en 2030 (soit presque 20 000 de plus que dans l’hypothèse tendancielle). Ce scénario correspondrait à une augmentation du nombre de ménages de + 200 par an environ dans les années 2010 et de + 400 dans les années 2020. Toujours pour la ville du Havre, le scénario de « croissance dynamique » conduirait à un retour à la croissance démographique dès la fin des années 2010, pour atteindre 195 000 habitants en 2030 (soit 30 000 de plus que dans le scénario tendanciel). Il impliquerait une augmentation des ménages de + 400 par an environ dans les années 2010 et de + 700 dans les années 2020. Il faut noter que ces évolutions ne nécessiteraient pas des efforts de construction très importants pour le territoire au regard des décennies récentes. La croissance annuelle moyenne du nombre de ménages était en effet de + 400 dans les années 1990 et de + 200 dans les années 2000. Sur les mêmes périodes, les constructions de nouveaux logements, en moyenne par an, ont été respectivement de 400 et 700. À l’échelle de la CODAH, ces scénarios volontaristes conduiraient à une population de 248 000 habitants (équilibrage des migrations) ou de 254 000 habitants (croissance dynamique), pour 240 000 habitants en 2010. Le nombre de ménages augmenterait respectivement, dans les années 2020, de 700 par an ou 900 par an.

10

taux de croissance du même ordre que celui enregistré actuellement dans les agglomérations attractives de l’ouest de la France 11 on rappelle que, dans toutes les projections, l’expression « ville du Havre » désigne ici l’ensemble constitué par les communes du Havre et de Sainte-Adresse.

- 27 -


Évolution de la population et des ménages dans les scénarios de regain d’attractivité Ville du Havre 250 000

200 000

POPULATION

150 000

100 000

MÉNAGES

50 000

croissance dynamique rééquilibrage des migrations tendanciel

0 2010

2015

2020

2025

2030

Source : Insee, Projections Omphale horizon 2030

CODAH 300 000

250 000

POPULATION

200 000

150 000

100 000

MÉNAGES

croissance dynamique

50 000

rééquilibrage des migrations tendanciel

0 2010

2015

2020

2025

2030

Source : Insee, Projections Omphale horizon 2030

Aire urbaine du Havre 350 000 300 000

POPULATION

250 000 200 000 150 000

MÉNAGES

100 000

croissance dynamique 50 000

rééquilibrage des migrations tendanciel

0 2010

2015

2020

2025

Source : Insee, Projections Omphale horizon 2030

- 28 -

2030


Nombre de logements construits depuis 1990 2 000 1 800 1 600

Reste aire urbaine Reste CODAH Ville du Havre

1 400 1 200 1 000 800 600 400 200

20 11

20 10

20 09

20 08

20 07

20 06

20 05

20 04

20 03

20 02

20 01

20 00

19 98 19 99

19 97

19 96

19 95

19 94

19 93

19 92

19 91

19 90

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Source : DREAL - Sitadel2

Quelle demande potentielle de logements ? Dans le cadre d’une étude en partenariat avec l’Insee, la DREAL de Haute-Normandie a mis en place une méthodologie qui vise à apprécier la demande potentielle de logements dans les territoires à l’horizon 2020. Aux perspectives d’évolution du nombre de ménages (en scénario tendanciel) s’ajoutent des hypothèses de recomposition du parc de logements (évolution de la vacance, restructurations du parc ancien, transformations d’usage des résidences secondaires et logements occasionnels,…). Dans l’hypothèse d’un prolongement des tendances démographiques récentes (se traduisant par une stabilité du nombre de ménages), la demande potentielle s’établirait autour de 300 logements par an pour la CODAH sur la période 2010-2020 ; ces besoins correspondraient presque exclusivement aux nécessités de renouvellement du parc ancien. Pour en savoir plus : Quelle demande potentielle en logements à l’horizon 2020 ? Insee Haute-Normandie, Dreal Haute-Normandie : Aval n°143 - mars 2014 http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?reg_id=14&ref_id=20862 Quelle demande potentielle en logements à l'horizon 2020 ? - le rapport d'étude et les fiches territoires / Dreal Haute-Normandie - décembre 2013

http://www.haute-normandie.developpement-durable.gouv.fr/quelle-demandepotentielle-en-a1564.html

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Dossier INSEE démographie havraise  

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