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MAY 2017

THE BEST OF CULTURE & ART DE VIVRE

LANGUAGE THE FRENCH SLANG SUBCULTURE

FRENCH HERITAGE SOCIETY AMERICANS PRESERVING THE STONES OF FRANCE

THE NEW PARIS PEOPLE, PLACES & IDEAS FUELING A MOVEMENT

Guide TV5Monde Volume 10, No. 5 USD 8.00 / C$ 10.60


MAY 2017 Président / President Guy Sorman Rédactrice en chef / Editor in Chief Guénola Pellen, 646.202.9830 gpellen@france-amerique.com Directrice exécutive / Executive Director Marie-Dominique Deniau mddeniau@france-amerique.com Directrice artistique / Art Director Marie Vasquez mvasquez@france-amerique.com Assistante direction artistique Assistant Art Director Charlène Colonnier ccolonnier@france-amerique.com Éditeur web / Web Editor Clément Thiery cthiery@france-amerique.com Stagiaire / Intern Élise Quinio Contributeurs / Contributors Jérémy Arki, Nicolas Blanc, Anthony Bulger, Melissa Clark, Ariane Fert, Roland Flamini, Hadrien Gonzales, Pauline Guedj, Tracy Kendrick, Dominique Mataillet, Jean-Luc Toula-Breysse Traducteurs / Translators Alexis Cornel, Farah Nayeri, Samuel Todd, Alexander Uff

Unknown artist, To-day buy that Liberty Bond, 1917. © Museum of the City of New York

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Révision / Proofreader Marie-Nicole Elian Publicité & Marketing Advertising & Marketing Amal Faouzi, 646.202.9828 afaouzi@france-amerique.com Julie Vanderperre, 646.202.9829 jvanderperre@france-amerique.com Service clients / Customer Service French: 646.202.9828 English: 800.901.3731

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Editorial

52 Bon Appétit

Des présidentielles françaises à l’heure américaine French Presidential Elections Under American Influence

Iconic

58 Agenda French Cultural Events in North America

L’espadrille The Espadrille

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Soufflé au fromage et à la ciboulette & sélection vins Gruyère and Chive Soufflé & Wine Pairing

Sweet tooth

66 Cinema

La madeleine de Commercy

Une vie A Woman’s Life

franceamerique@icnfull.com

France-Amérique LLC 115 East 57th St, 11th Fl. NY, NY 10022

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Heritage

Abonnements / Subscription Fullfilment $89.99 par an/annually $149.99 pour 2 ans/for 2 years $200 abonnement de soutien 1 an/Supporter's subscription for 1 year

Château La Coste, l’art contemporain au milieu des vignes Contemporary Art in the Vineyard

Hors/Outside U.S.A.: +$35 for 1 year; +$56 for 2 years

800.901.3731 (appel gratuit/toll free) or 215.458.8551 PO Box 3110 Langhorne, PA 19047-9930 France-Amérique (ISSN 0747-2757) is published monthly by France-Amérique LLC at France-Amérique, 115 East 57th St, 11th Fl. New York, NY 10022. Periodical postage paid in New York, NY and additional mailing offices. POSTMASTER: send address changes to France-Amérique LLC, 115 East 57th St, 11th Fl. New York, NY 10022. Copyright 2017 by France-Amérique LLC. All rights reserved. France-Amérique is a registered trademark of France-Amérique LLC.

30 Patronage

70 Books The Table Comes First by Adam Gopnik

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38 Fashion

Language Quand le français s’encanaille On Fleek, Awesome, Legit… Embarrassing!

Des pierres vivantes Preserving the Stones of France

78 Game

Joan Juliet Buck À nous deux Paris The American Behind Vogue paris

Mots fléchés bilingues Arrow Word Puzzle

42 The New Paris « Paris n’est pas uniquement une ville musée » “Paris is Not Just a Museum City”

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THE BEST OF CULTURE & ART DE VIVRE

France-Amérique LLC, 115 East 57th St, 11th Fl. New York, NY 10022. Tel: 646.202.9828

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FRENCH HERITAGE SOCIETY AMERICANS PRESERVING THE STONES OF FRANCE

THE NEW PARIS PEOPLE, PLACES & IDEAS FUELING A MOVEMENT

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© Olivier Tallec

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EDITO

DES PR ÉSIDENTIELLES

FR ANÇ AISES À L’HEUR E A MÉR IC A INE

FRENCH PRESIDENTIAL ELECTIONS UNDER AMERICAN INFLUENCE

By Guy Sorman / Translated from French by Alexis Cornel

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os amis américains souvent demandent si l’élection de Donald Trump a des répercussions sur l’élection du Président français. Il me semble que non : dans chaque pays, les élections sont avant tout des affaires locales. Ce propos est à nuancer car on assiste à une influence progressive des pratiques américaines sur la politique française. Ainsi le principal parti de droite en France, gaulliste et démocrate chrétien à l’origine, s’appelle depuis deux ans Les Républicains, en référence au Parti républicain américain. Son candidat, François Fillon, s’est réclamé à la fois du conservatisme

social et de l’économie de marché : la synthèse américaine du Parti républicain. Un autre emprunt récent au régime américain est le recours aux Primaires pour sélectionner le candidat des partis dominants. En France comme aux États-Unis les Primaires ont favorisé les outsiders : les Républicains ont désigné François Fillon contre des candidats plus représentatifs de l’establishment, comme Alain Juppé. Même schéma aux États-Unis avec la désignation de Donald Trump. Pareillement, les militants socialistes ont sélectionné Benoît Hamon, relativement inconnu, plutôt que leur leader naturel qui aurait été le Premier ministre sortant, Manuel Valls.

En partenariat avec Sling TV / In partnership with Sling TV 4

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ur American friends often ask if Donald Trump’s election has any repercussions on the French presidential election. I would say no, because the elections in each country concern mainly local matters. Still, the question is a bit more complicated, because we are seeing a gradual increase in the influence of American ways on French politics. Thus the main French right-wing party, originally Gaullist and Christian democrat, two years ago took the name “Les Républicains,” a direct and open reference to the Republican Party of the United States. Its candidate, François Fillon, appeals both to social conservatism and

to a market economy: the synthesis of the American Republicans. Another recent borrowing from the American system is the use of primary elections to select a party’s candidate. In France, as in the United States, primaries have favored outsiders. Les Républicains chose François Fillon over more establishment candidates such as Alain Juppé. The same thing happened in the United States with the nomination of Donald Trump. Similarly, socialist militants nominated the relatively unknown Benoît Hamon, rather than their natural leader, in this case the outgoing Prime Minister Manuel Valls.


EDITO

Enfin la candidate nationaliste Marine Le Pen, bien qu’issue d’une ancienne tradition française, favorable au repli sur soi et à la fermeture des frontières, s’identifie volontiers à Donald Trump. On notera dans cette élection une résurgence de l’antiaméricanisme français, sans les excès de naguère : le candidat d’extrême-gauche, Jean-Luc Mélenchon, a raillé le capitalisme américain, mais plus guère avec le vocabulaire de guerre froide des années 1960. Le candidat conservateur François Fillon et la candidate nationaliste Marine Le Pen, ont évoqué un rapprochement souhaitable avec la Russie de Poutine, moins par hostilité envers les États-Unis que pour restaurer ce qu’ils estiment être la place de la France, à mi-chemin entre les grandes puissances plutôt qu’alignée sur l’une d’entre elles : c’est la vieille tradition gaulliste. Le faible antiaméricanisme des candidats aura témoigné du recul général chez les intellectuels français de l’hostilité envers les États-Unis et la société de consommation. Avant même de connaître le résultat final, quelques traits innatendus se seront dégagés de cette campagne. Le plus surprenant : la percée du candidat centriste Emmanuel Macron. De tradition, en France comme aux États-Unis,

la droite s’oppose à la gauche et le centre est pulvérisé, voué à se rallier à l’un ou à l’autre. Ce fut le sort de Ross Perot en 1993. Cette fois, l’inverse est arrivé : Macron, ni socialiste, ni conservateur, aura été le centre de gravité de la campagne. Son parti, En Marche, est devenu par ses membres inscrits le premier parti de France. Plus que son programme, la personnalité de Macron a séduit : sa jeunesse – il a 39 ans – et sa promesse de nouveauté, de solutions concrètes, non idéologiques. Il a donné un coup de vieux à tous les autres candidats et autres partis historiques, y compris au Front national de Madame Le Pen. Autre enseignement de cette campagne : la fracturation de la gauche. Celle-ci s’est divisée entre deux candidats rivaux et antinomiques, Jean-Luc Mélenchon, héritier de la Révolution jacobine et du communisme à la française, et en face, Benoît Hamon, un social-démocrate teinté de libertaire qui s’est singularisé en proposant la légalisation du cannabis… comme dans le Colorado. La gauche française n’est pas parvenue ni à se rénover ni à épouser une ligne claire à l’image de la socialdémocratie allemande, suédoise ou britannique, voire des Démocrates américains.

Finally, the nationalist candidate, Marine Le Pen, despite coming from an old French tradition that favors turning inward and closing borders, is happy to identify herself with Donald Trump. We can see in this election a resurgence of French antiAmericanism, but without its past excesses: the candidate of the extreme left, Jean-Luc Mélenchon, has derided American capitalism, but no longer with the cold war vocabulary of the 1960s. The conservative candidate, François Fillon, and the nationalist candidate, Marine Le Pen, have suggested they would welcome a rapprochement with Putin’s Russia, less from hostility towards the United States than in order to restore what they think should be France’s place midway between great powers rather than aligned with one of them; this is the old Gaullist tradition. The candidates’ weak antiAmericanism is evidence that French intellectuals in general are stepping back from their typical hostility towards the United States and a consumer society. Even before knowing the final result, certain unexpected features of this campaign stand out. The most surprising is the rise of the centrist candidate Emmanuel Macron. Traditionally, in France as in the United States, the

right confronts the left and the center is demolished, forced to join one side or the other. This was Ross Perot’s fate in 1993. This time the reverse is happening: Macron, who is neither socialist nor conservative, occupies the center of gravity of the campaign. His party (“En Marche”, which translates as “Forward”) has become France’s leading party in terms of registered members. It is more Macron’s personality than his program that attracts voters: his youth (39 years old) and his promise of novelty and of concrete, non-ideological solutions. He is making all the other candidates and their parties seem old, including Madame Le Pen’s National Front. There is another lesson of this campaign: the fragmentation of the left divided between two rivals and opposite candidates, JeanLuc Mélenchon, an heir to the Jacobin revolution and communism à la francaise, and Benoît Hamon, a social-democrat with a libertarian side who stands out for his proposal to legalize marijuana… as Colorado had done. The French left has not managed either to renew itself or to take a clear position along the lines of German, Swedish or British social-democracy, or even America’s Democrats. MAY 2017 FRANCE-AMÉRIQUE

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EDITO

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u côté du Front national, rien de nouveau. Le nationalisme français, anti-européen, antiimmigration, anticapitaliste, vient de loin dans l’histoire de France : depuis qu’il s’est trouvé un leader charismatique, Jean-Marie Le Pen initialement, puis sa fille Marine, il attire un quart des électeurs, mais pas plus. Dans un système majoritaire comme l’est la démocratie française, le Front national ne gagne jamais, parce qu’au second tour, il suscite l’alliance de tous les autres contre lui, au nom des valeurs dites républicaines. Il n’empêche que la puissance inaltérable du Front national révèle qu’un bon quart des Français se sent mal à l’aise dans la France moderne et ouverte sur le monde : c’est préoccupant. La forme ultime d’ « américanisation » de la vie politique française telle que révélée dans cette campagne aura été la personnalisation du scrutin. On est moins attaché aux programmes, auxquels nul ne croit trop, qu’aux candidats. Qu’importe le programme de Macron, puisqu’il a 39 ans. Qu’importe le caractère fantaisiste du programme de Mélenchon aussi longtemps qu’il est révolutionnaire. Peu importe ce que propose Marine Le Pen aussi longtemps qu’elle se dresse contre ce qu’elle

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appelle l’islamisation de la France. Quant à François Fillon qui, il y a trois mois, paraissait certain de l’emporter, son programme qui est le plus détaillé de tous est oublié depuis que luimême et son épouse ont sombré dans un scandale financier. Il est nouveau, sans précédent dans les campagnes antérieures, que l’honnêteté des candidats fut, cette fois-ci, scrupuleusement analysée. Jadis, la corruption occupait peu les Français, qui considéraient que tous les hommes politiques étaient malhonnêtes. Sans doute les réseaux sociaux, ardents à dénicher les secrets de famille, ont-ils contribué comme aux États-Unis, à placer la corruption et la fortune des candidats au cœur du débat. Une différence subsiste avec les États-Unis : les Français ne sont pas prêts de voter pour un milliardaire. Alors que Donald Trump n’a cessé de mettre en avant sa fortune, tous les candidats français ont expliqué qu’ils étaient pauvres ou presque. Ultime originalité des élections françaises, impensable aux ÉtatsUnis : deux candidats trotskistes au premier tour ont perpétré une tradition nationale, celle de la Révolution intégrale qui, plus qu’à Trotsky, nous renvoie à Robespierre. En France, le passé ne passe jamais complètement. ■

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s for the National Front, nothing has changed. French nationalism, with its anti-European, anti-immigration, anti-capitalist views goes back far into France’s history. Since it found a charismatic leader, initially Jean-Marie Le Pen and then his daughter Marine, it has attracted a fourth of the electorate, but no more. In a majoritarian system like French democracy, the National Front never wins because, in the second and decisive round, it provokes an alliance of all the others against it in the name of what are called republican values. Still, the persistent power of the National Front demonstrates that a quarter of the French are not comfortable with a France that is modern and open to the world. Which is a concern. The ultimate form of the “Americanization” of French political life as revealed in this campaign will prove to be the personalization of voting. There is less attachment to programs, which are generally not believed, than to candidates. Who cares about Macron’s program, since he is 39 years of age? Who cares that Mélenchon’s program is a fantasy, since he is revolutionary. Why should it matter what Marine Le Pen proposes as long as she stands up

against what she calls the Islamization of France. As for François Fillon, who seemed three months ago sure to win: his program, which is the most developed, has been forgotten since he and his wife were overwhelmed by a financial scandal. It is new and without precedent in any previous campaign that the honesty of candidates be so scrupulously analyzed. In the past, the French concerned themselves little with corruption, since they assumed that all politicians were more or less dishonest. Doubtless social networks, which love to seek out family secrets, have contributed to placing corruption and the candidates’ wealth at the center of debate. One difference with the United States remains: the French are not ready to vote for a billionaire. While Donald Trump was always displaying his fortune, all French candidates explain that they are poor, or almost. And here is one final feature of French electoral originality, unthinkable in the United States: two Trotskyite candidates in the first round have carried on a national tradition, that of radical revolution. This takes us back to Robespierre, more than to Trotsky. In France, the past is never completely past. ■


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ICONIC

L’ ESPADRIL L E By Guénola Pellen / Translated from French by Farah Nayeri

Jadis chaussure ouvrière avant de se retrouver aux pieds des franquistes, cette sandale de corde et de toile a séduit les excentriques comme Salvador Dalí, les créateurs de mode comme Yves Saint Laurent et depuis quelques années, les enseignes de luxe et le prêt-à-porter.

Élémentaire et bon marché, l’espadrille a longtemps été taxée de soulier du pauvre. Le Pays Basque et la Catalogne se disputent son invention. Des historiens affirment que les fantassins du roi Pierre II d’Aragon en étaient déjà équipés au XIIIe siècle. La fabrication française n’apparaît qu’au XVIIIe siècle dans le Béarn et le Pays Basque, assurée par des tisseurs de chanvre pour les semelles et par des couturières pour la toile de lin fermant la chaussure. La sandale équipe tour à tour les paysans, les prêtres et les mineurs. Au XIX siècle, le siège de la production française s’est solidement implanté dans la commune française de Mauléon située dans les Pyrénées-Atlantiques. Les espadrilles sont produites en masse et toujours à la main. Pour répondre à une demande croissante, des jeunes femmes arrivent des vallées aragonaises pour les fabriquer. On les surnomme les « hirondelles ». À cette époque, l’espadrille ne se porte que de deux façons : en blanc le dimanche, en noir le reste de la semaine. Par un décret royal, l’Espagne du général Franco impose son port à l’infanterie en 1936. Les soldats sont envoyés au front… en espadrilles. e

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Once a working-class shoe, then the footwear of choice of Spain’s Franquistas, this rope-andcanvas sandal has attracted eccentrics such as Salvador Dalí, fashion designers such as Yves Saint Laurent, and in recent years, luxury and ready-towear brands.

Basic and affordable, the espadrille has long been labeled the poor man’s shoe. The Basque country and Catalonia each claim to have invented it. According to historians, the infantrymen of King Peter II of Aragon were already wearing them back in the 13th century. French-made espadrilles appeared in the 18th century in the Béarn and the Basque country, with hemp weavers producing the soles, and seamstresses making the linen fabric that covers the shoe. The sandal was worn in turn by peasants, priests and miners. In the 19th century, French espadrille production became solidly headquartered in the French town of Mauléon, in the PyrénéesAtlantiques. Espadrilles are massproduced, and always by hand. To meet rising demand, young women streamed in from the villages of Aragon to produce them. These women were known as the ‘‘swallows’’ (les hirondelles). At that time, the espadrille was worn in two ways only: white on Sunday, black the rest of the week. By royal decree, General Franco’s Spain made the espadrille mandatory for the country’s infantry in 1936. Soldiers were dispatched to the battlefront... in espadrilles.


ICONIC

L’actrice hollywoodienne Lauren Bacall et ses espadrilles, dans les années 1950. Hollywood star Lauren Bacall wearing espadrilles (1950s).

Les cordes du succès

The ropes of success

Au lendemain de la guerre, de nombreux modèles se dotent d’une semelle en gomme. Cette innovation la transforme en chaussure de loisir et la mode s’en empare. En 1971, pour accessoiriser sa collection inspirée des années 1940, Yves Saint Laurent a l’idée d’une espadrille à talons compensés et rubans à nouer délicatement sur la cheville. Les Catalans Isabel et Lorenzo Castañer les lui fabriquent, donnant ainsi ses lettres de noblesse à la chaussure.

After the war, a variety of models appeared with rubber soles. Thanks to this innovation, the espadrille became a leisure shoe, and fashion designers took an interest. In 1971, to accessorize his 1940’s-inspired collection, Yves Saint Laurent had the idea of creating platform espadrilles with ribbons tied delicately around the woman’s ankles. The Catalan duo Isabel and Lorenzo Castañer produced them for him, lending the espadrille a touch of class.

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ICONIC XXXX

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Parfois surnommée la Tropézienne, en raison de sa popularité sur la Côte d’Azur, elle devient synonyme de villégiature. Érigée en icône balnéaire, entre autres aux pieds de Françoise Sagan, Lauren Bacall et Pablo Picasso, elle dame le pion à la tong qui a bien du mal à sortir des échoppes du bord de mer. L’espadrille s’exporte dans le monde entier et on ne compte plus les personnalités posant avec ces sandales aux pieds : Humphrey Bogart, Cary Grant, Pablo Picasso, Ernest Hemingway ou Salvador Dalí.

Sometimes nicknamed la Tropézienne because of its popularity on the Côte d’Azur, the espadrille became synonymous with vacation. Elevated to the status of seaside icon, worn by (among others) Françoise Sagan, Lauren Bacall and Pablo Picasso, it overtook flip-flops, which had a hard time going any further than seaside stalls. The espadrille was exported all over the world, and countless personalities were seen wearing it: Humphrey Bogart, Cary Grant, Pablo Picasso, Ernest Hemingway and Salvador Dalí among others.

Un symbole bohème chic

A chic Bohemanian symbol

Partie de peu, devenue branchée sans perdre un iota de sa simplicité, l’espadrille contemporaine n’est pas si éloignée de celle que portaient autrefois les paysans, à une différence près : plus besoin d’enduire la corde de goudron pour qu’elle s’use moins vite. Dans les années 1970, les hippies ajoutent l’espadrille à leur panoplie de bijoux tibétains, foulards indiens, henné et patchouli.

Starting from nothing and becoming fashionable without losing a shred of its simplicity, the contemporary espadrille is not all that different from the one that peasants used to wear, with one exception: there’s no longer a need to coat the rope with tar to make it last longer. In the 1970s, hippies added the espadrille to their panoply of Tibetan charms, Indian scarves, henna and patchouli.

Aujourd’hui les marques de luxe, de Hermès à Chanel en passant par Christian Louboutin ou Louis Vuitton, ont pris le relais et proposent leurs propres modèles Made in France. Brodée de dentelle chez Valentino, parée d’imprimés léopard grâce à Céline ou en toile bicolore griffée du fameux double C de Chanel, l’espadrille est aussi revisitée par des marques authentiques comme Castañer, Rivieras et des labels comme Espartine, String Republic ou Asos.

Today, luxury brands – from Hermès to Chanel via Christian Louboutin or Louis Vuitton – have moved in to propose their own Made in France models. Embroidered with lace chez Valentino, covered with leopard prints chez Céline, or designed in a two-color fabric bearing the famous double C chez Chanel, the espadrille has also been revisited by authentic brands such as Castañer and Rivieras and designer labels such as Espartine, String Republic or Asos.

Alors que la mode actuelle est au retour de la tendance hippy chic des années 1970 (on ressort pour l’occasion les paniers d’osier à la Jane Birkin), l’espadrille n’a pas fini d’arpenter les plages comme le bitume. Cet été, les Parisiens opteront pour un modèle « marinière » déniché chez Colette ou aux Galeries Lafayette, tandis que les New-Yorkais pourront faire leur marché chez Bloomingdale’s, qui propose depuis plus de dix ans de luxueux modèles aux imprimés fluos et lacets satinés.

While fashion today is returning to the hippy chic tendencies of the 1970s (Jane Birkin-style wicker baskets are back), the espadrille is still being worn on the beach and on the sidewalk. This summer, Parisians are opting for a ‘‘Frenchsailor striped’’ model, picked up at Colette or at the Galeries Lafayette, while New Yorkers can buy theirs at Bloomingdale’s, which, for the past 10 years, has offered luxurious models with fluorescent prints and satin laces.

Longtemps raillée par les snobs, l’espadrille s’est taillée une place de choix dans les vestiaires féminins et masculins. Au fond, rien de tel qu’une bonne vieille paire d’espadrilles à 10 euros pour parfaire un costard de lin porté en toute décontraction sur la Croisette. ■

Long disdained by snobs, the espadrille now has a choice spot in male and female wardrobes. In the end, there’s nothing better than a good old pair of 10-euros espadrilles to complement a linen suit worn casually on the Croisette. ■

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SWEET TOOTH

La madeleine de Commercy

By Jean-Luc Toula-Breysse / Translated from French by Alexander Uff

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La madeleine de Commercy aurait été inventée pour le plaisir d’un duc. Cette petite gourmandise dodue, dorée, légère et moelleuse nous vient de Lorraine. Associé au nom d’une commune, située à une cinquantaine de kilomètres de Nancy, au cœur du département de la Meuse, ce gâteau mémorial y a acquis ses lettres de noblesse.

The Madeleine de Commercy was reputedly invented to please a certain duke. This light, spongy, golden little cake was originally made in the Lorraine region in France. The memoryinvoking madeleine is associated with a small town located some 30 miles from Nancy in the heart of the Meuse département, where its reputation was born.

Souvenir d’enfance, souvenir proustien. L’auteur d’À la recherche du temps perdu Marcel Proust a célébré dans le premier chapitre de son œuvre, Du côté de chez Swann, ce « petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot ». Ainsi, avec son onctuosité, son délicat parfum et ses qualités gustatives, la madeleine est entrée en littérature.

We all have childhood recollections that verge on the Proustian. The author of In Search of Lost Time, Marcel Proust, even used the first volume, entitled Swann’s Way, of the acclaimed work to celebrate “the little scallop-shell of pastry, so richly sensual under its severe, religious folds.” And just like that, with its smoothness, its delicate aroma and its moreish flavors, the madeleine was engraved in literary heritage.

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es exégètes du goût n’en finissent pas de discuter l’origine de cette friandise traditionnelle. Selon le célèbre écrivain et gastronome français Grimod de La Reynière, cette douceur, autrefois dénommée magdeleine, aurait été imaginée par Madeleine Paumier, servante de Madame Perrotin du Barmond de Commercy pour satisfaire Stanislas Leszczynski, roi déchu de Pologne et duc de Lorraine. D’après la légende, le roi recevait des invités en 1755. Au cours du repas, il aurait appris que son pâtissier, fâché à la suite d’une querelle, aurait rendu son tablier. Un repas sans dessert ne pouvant se concevoir, le majordome du roi se serait fait fort de le sauver de ce déshonneur. Pendant que la société s’amuse de jeux, de récits, se divertit du nain Ferry qui sort d’un pâté géant, on s’affaire à l’office. L’heure du dessert venue, on sert aux invités des gâteaux à la forme originale, dorés, et fondants... Une merveille ! Ravi, le roi demande à voir l’auteur de ce miracle : on lui présente une jeune et jolie servante, rose de confusion, les mains encore blanches de farine. - « Comment s’appelle ce chef-d’œuvre ? », l’interroge le roi. - « Il n’a pas de nom, sire ; c’est ce que l’on fait chez moi, à Commercy, les jours de fête », lui répond la jeune fille. - « Et quel est ton nom ? » - « Madeleine » - « Eh bien, il s’appellera comme toi : Madeleine de Commercy. » Toujours selon la légende, la fille de Stanislas Leszczynski, épouse de Louis XV, aurait introduit plus tard la douceur à la cour de Versailles. D’autres attribuent la recette de la madeleine soit à Antonin Carême, « roi des cuisiniers et cuisinier des rois », soit à Jean Avice, pâtissier du prince de Talleyrand, quand certains assurent que ces gâteaux existaient au Moyen Âge. Ils étaient à l’époque cuits dans des coquillages puis offerts par des religieuses aux pèlerins prenant les chemins de Saint-Jacques-deCompostelle, d’où sa forme. Plus loin dans le temps encore, des moules à madeleines auraient été retrouvés dans la cité de Pompéi !

ustative experts continue to argue over the origin of this traditional treat. According to renowned French writer and gourmet, Grimod de La Réynière, the little cake once known as a “magdalene” was invented by Madeleine Paumier, a servant to Madame Perrotin de Barmond de Commercy, to please Stanislas Leszczynski, the exiled king of Poland and the duke of Lorraine. So the legend goes, the king held a feast in 1755. During the meal, he was informed that his pastry chef had resigned following an argument. Since a feast with no dessert was quite simply inconceivable, the king’s butler took it upon himself to save his majesty from such a dishonor. While the high society guests played games, listened to stories and laughed at the court dwarf, Ferry, jumping out of a giant pâté, the royal staff busied themselves about their task. When the time for dessert arrived, the guests were served uniquely-shaped, spongy, golden cakes... And they were in raptures! The delighted king inquired as to the maker of this miracle, and was promptly introduced to a pretty young servant girl, blushing with confusion and her hands still covered in flour. - “What is the name of this masterpiece?” asked the king. - “It does not have a name, sire. It is merely something we make for special occasions at my home in Commercy,” replied the young girl. - “And what is your name?” - “Madeleine.” - “Then I will name it after you, Madeleine de Commercy.” The same legend claims the daughter of Stanislas Leszczynski, wife of Louis XV, later introduced the dessert to the royal court in Versailles. Others attribute the recipe for the madeleine to Antonin Carême, “king of chefs and chef of kings,” or to Jean Avice, pâtissier to Prince of Talleyrand. Others still assure that the cakes existed in the Middle Ages. At the time, they were cooked in seashells and given by nuns to pilgrims traveling along the Way of Saint James, a theory that explains their shape. Looking even further back into the past, madeleine cake molds are said to have been found in the city of Pompeii!

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La madeleine de Commercy ne peut s’appeler ainsi qu’à la seule condition qu’elle soit réalisée sur la dite commune. Seules deux fabriques la produisent. La première est industrielle et appartient à la société Saint-Michel, l’autre est une entreprise artisanale et familiale, connue sous le nom de La boîte à Madeleines Zins Père et Fils et garantit une production à partir de matières premières naturelles et surtout sans conservateurs ! Attention, certains jouent des mots et écrivent « recette de Commercy », une tromperie commerciale pour les consommateurs pas très attentifs. En Lorraine, à Nancy mais aussi à Paris, les madeleines artisanales font leur grand retour, à l’exemple de Mamy Thérèse, nouvelle adresse parisienne.

The Madeleine de Commercy can only be named as such if it is produced in the eponymous town, and only two places make it. The first is a large-scale company belonging to the Saint-Michel group, and the other is an artisanal family business called La Boîte à Madeleines Zins Père et Fils. The latter guarantees the use of natural raw ingredients, and of course no preservatives! However, some other brands misleadingly market their products with the “Commercy recipe” tagline, which is nothing more than a sales ruse to trick unwitting consumers. In Lorraine, Nancy, and even in Paris, artisanal madeleines are making a comeback, as seen in the new Parisian boutique Mamy Thérèse.

L’excellence dépend de la qualité des matières premières et d’un savoir-faire. À la maison, les apprentis pâtissiers peuvent mettre la main à la pâte et les préparer eux-mêmes en suivant à la lettre une bonne recette de grand-mère. Il suffit d’un peu de beurre, de farine, d’œufs, de sucre, de poudre à lever, d’un zeste de citron obligatoirement bio ou de quelques gouttes de fleur d’oranger, d’une pointe de sel et d’un moule en forme de coquille Saint-Jacques. Une dizaine de minutes suffissent pour la cuisson de ce petit régal. ■

Creating a truly excellent madeleine is all down to the quality of the ingredients and the expertise of the artisan. Pâtissiers-in-the-making can try their hand at making them at home by following a timehonored recipe very closely. All you need is a little butter, flour, eggs, sugar, a raising agent, lemon zest (organic, of course), a few drops of orange blossom essence, a pinch of salt and a scallop-shaped madeleine mold. Around ten minutes is enough to cook these little delicacies to perfection. ■

La Boîte à Madeleines La Louvière, 55200 Commercy. Tel.: +33 (0)3 29 91 40 86. www.madeleines-zins.fr

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Mamy Thérèse 19 Rue Saint-Antoine, 75004 Paris. Tel.: +33 (0)1 43 48 98 03. www.mamytherese.com


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Louise Bourgeois, Crouching Spider 6695, 2003 © The Easton Foundation. ADAGP Paris 2016 16

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Ch ât e au

l’a r t c o n t e m p o r a i n a u m i l i e u d e s v i g n e s Contemporary Art in the Vineyard

By Hadrien Gonzales / Translated from French by Farah Nayeri

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Dans le Sud-Est de la France, à quelques kilomètres d’Aix-en-Provence, un domaine de 240 hectares héberge une incroyable collection d’art contemporain en plein air. Dans ce paysage cher à Cézanne, les installations d’artistes de renom tels Richard Serra, Louise Bourgeois ou Alexander Calder côtoient celles de grands architectes comme Frank Gehry, Tadao Ando et Jean Nouvel. Les œuvres dialoguent aussi avec un vignoble de 123 hectares, datant de l’époque romaine.

In southeastern France, just a few kilometers from Aix-enProvence, is a 240-hectare estate that houses an incredible open-air collection of contemporary art. In this landscape so cherished by Cézanne, installations by renowned artists such as Richard Serra, Louise Bourgeois and Alexander Calder stand alongside those of great architects such as Frank Gehry, Tadao Ando and Jean Nouvel. The works engage in a dialogue with a 123-hectare vineyard that dates back to Roman times.

Le 8 avril 2017 est une date symbolique. Ce jour-là, l’artiste chinois vedette Ai Weiwei faisait son entrée au Château La Coste, au lieu dit du Puy-SainteRéparade, un petit village à 15 minutes de route d’Aix-enProvence. Baptisée Ruyi Path, l’œuvre inaugurée par l’artiste est un chemin pavé, grimpant à flanc de colline en empruntant la forme sinueuse des « ruyi », ces sceptres cérémoniaux du bouddhisme chinois, symboles de pouvoir et de bonne fortune. Le tracé relie deux chemins préexistants. « La voie basse est empruntée quotidiennement par nos visiteurs et les ouvriers agricoles », explique Daniel Kennedy, responsable du centre d’art du domaine. « Celle du haut était à l’abandon et aurait continué à décrépir sans l’intervention d’Ai Weiwei. L’artiste avait à cœur de relier la route moderne à la route antique. » L’exploitation de ces terres agricoles provençales remonte à l’occupation romaine (de 52 av. JC à 486 ap. JC). Autre clin d’œil à l’histoire : les pierres composant l’œuvre pavaient autrefois le Vieux-Port de Marseille, qui fut pendant des siècles la porte d’entrée de l’Europe.

April 8, 2017 is a highly symbolic date. On that day, Ai Weiwei, the celebrated Chinese artist, made his entrance at Château La Coste, in the small village of Puy-SainteRéparade, a 15-minute drive from Aix-en-Provence. Titled Ruyi Path, the work unveiled by the artist is a paved road, climbing up the side of the hill, and taking the sinuous shape of the “ruyi,” the ceremonial scepters of Chinese Buddhism, which symbolize power and good fortune. The Ai Weiwei route connects two pre-existing roads. “The lower path is used daily by our visitors and by agricultural workers,” explains Daniel Kennedy, who manages the estate’s arts center. “The upper path was in ruins and would have suffered further neglect without Ai Weiwei’s intervention. The artist was determined to connect the modern road to the ancient road.” Cultivation of these agricultural lands, located in the heart of Provence, dates back to the Roman occupation (52 B.C. to 486 A.D.) Another historic reference point: the stones used in the work previously paved Marseille’s Old Port, which for centuries was the port of entry into Europe.

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Ai Weiwei, Ruyi Path, 2017 © Château La Coste

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Tadao Ando, Chapel, 2011 © Château La Coste

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Un proj et dé m i u rgiqu e au c a st i ng pr e st igi eu x

A di v i n e proj e c t w i t h a pr e st igious c a st

En 2004, Patrick McKillen, un magnat de l’immobilier irlandais, acquiert cette exploitation de plus de 200 hectares, dont 123 de vignes aujourd’hui cultivées en biodynamie. Il invite aussitôt les plus grands artistes et architectes à venir créer des œuvres in situ. Une quarantaine d’entre elles sont visibles à ce jour, dont les immenses plaques d’acier du Californien Richard Serra (2008) et la « Goutte » argentée (Drop) du sculpteur Tom Shannon, natif du Wisconsin. Du côté des architectes, signalons le Canado-Américain Frank Gehry, le Français Jean Nouvel et le Japonais Tadao Ando. Le Château La Coste est l’unique centre d’art au monde à réunir les installations permanentes de ces trois lauréats du prix Pritzker d’architecture. « Les projets d’art et d’architecture se sont développés naturellement en relation avec le paysage et le vin », commente le propriétaire des lieux en introduction du livre monographique dédié à sa collection*. « Les artistes et les architectes étaient invités au domaine comme des amis pour qu’ils profitent de la beauté du lieu. Ils ont aimé explorer les vignes, les collines boisées et les ruines romaines. Ces visites les ont inspirés. » La démesure et le casting prestigieux du projet font écho à celui de l’île-musée de Naoshima, située dans la mer intérieure du Japon – où Tadao Ando a aussi réalisé ses œuvres.

In 2004, Patrick McKillen, an Irish real-estate magnate, acquired this more than 200-hectare farm and its 123 hectares of new biodynamic vineyard. He immediately called upon the greatest artists and architects to create works in situ . Forty of these cre ations are on view today, including the massive steel sheets by the Californian Richard Serra (2008) and the silver Drop by the Wisconsin-born sculptor Tom Shannon. Participating architects include the CanadianAmerican Frank Gehry, Jean Nouvel of France, and Tadao Ando of Japan. Château La Coste is the only arts center in the world that brings together permanent installations by three winners of the architecture’s Pritzker Prize. “The art and architecture projects developed naturally in connection with the landscape and wine,” notes the estate’s owner in the introduction to the publication about his collection.* “The artists and architects were invited to the estate as friends to appreciate the beauty of the surroundings. They enjoyed discovering the vineyards, the wooded hills and the Roman ruins. They were inspired by these visits.” The sheer size of the project and its prestigious cast recall that of the Naoshima island-museum in Japan’s Inland Sea – for which Tadao Ando has also created works.

* Château La Coste, Frédéric Edelmann (text) & Simon Schwyzer (photography), Ed. Enrico Navarra, 2016. 364 pages, 99 euros. MAY 2017 FRANCE-AMÉRIQUE

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Privée dans un premier temps, la collection s’est ouverte au public en 2011. Depuis quelques mois, le lieu possède un hôtel 5 étoiles, La Villa La Coste, et un restaurant gastronomique – nommé Louison, en référence à l’artiste Franco-Américaine Louise Bourgeois – piloté par le chef marseillais Gérald Passedat, trois étoiles au guide Michelin.

Initially private, the collection was opened to the public in 2011. As of the last few months, the site boasts a 5-star hotel, La Villa La Coste, and a gastronomic restaurant named Louison – a tribute to the French-American artist Louise Bourgeois – headed by the Marseille-born chef Gérald Passedat, who has three stars in the Michelin guide.

Un mur en béton de Tadao Ando marque l’entrée du domaine. Nous voici dans le saint des saints. L’« Araignée tapie » (Crouching Spider 6695), immense et gracieuse araignée de bronze réalisée par Louise Bourgeois en 2003, posée sur un plan d’eau. Derrière le centre d’art de béton et de verre de Tadao Ando, s’imposent une flèche d’acier de Hiroshi Sugimoto et le mobile Small Crinkly (1976) de l’Américain Alexander Calder, l’une des rares pièces à n’avoir pas été réalisée spécialement pour le domaine.

Tadao Ando’s concrete wall marks the entrance to the estate. Here, we are in the holiest of holy spaces. The Crouching Spider 6695, the huge, graceful bronze spider made by Louise Bourgeois in 2003, stands on a body of water. Behind Tadao Ando’s concrete-and-glass arts center is Hiroshi Sugimoto’s steel arrow, as well as the Small Crinkly (1976): a mobile by the American artist Alexander Calder that’s one of the rare pieces not to have been made especially for the estate.

On découvre ensuite « le village », une bastide provençale constituée de six bâtiments de ferme construits en 1682. L’ancien chai a été aménagé en salle d’exposition par le célèbre architecte français Jean-Michel Wilmotte. Si l’extérieur de la bâtisse est inchangé, l’intérieur, lui, a été aménagé en lieu d’exposition. Surnommé le « Cube blanc » (White Cube), il accueille jusqu’au 16 juin l’exposition « Mountains and Sea » consacrée à Ai Weiwei. Les chais dernier cri, signés Jean Nouvel, rappellent les hangars à dirigeables. Sous le soleil provençal, leurs structures métalliques en tôle d’acier ondulée brillent d’un éclat argenté. À quelques mètres de là, Frank Gehry a installé son Pavillon de musique (Music Pavilion). Appuyé sur d’imposantes poutres de bois, son toit est constitué de panneaux de verre dissymétriques. Plus loin, nous découvrons la Cloche à vibrations (Meditation Bell, 2012), de Paul Matisse, et les arches électromagnétiques de l’artiste brésilien Tunga (2011).

We then discover le village, a Provençal bastide made of six farm buildings built in 1682. The former winery has been converted into an exhibition space by the famous French architect Jean-Michel Wilmotte. While the building’s exterior is unchanged, the interior has been converted into an exhibition space. Dubbed the White Cube, it currently hosts an exhibition of works by Ai Weiwei titled “Mountains and Sea” that ends June 16. The new state-of-the-art wineries, designed by Jean Nouvel, recall airship hangars. Their corrugated metallic structures have a silvery shine under the Provençal sun. A few meters away, Frank Gehry has installed his Music Pavilion. Leaning on massive wooden beams, its roof is made up of dissymmetrical glass panels. Further along, we discover the Meditation Bell (2012) by Paul Matisse and the electromagnetic archs of the Brazilian artist Tunga (2011).

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Tom Shannon, Drop, 2009 © Tom Shannon 2015 MAY 2017 FRANCE-AMÉRIQUE

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Un e t er r e de cr é at ion et de m édi tat ion

A cr a dl e of cr e at ion a n d m edi tat ion

« Nous avons orienté en douceur de nombreux architectes et artistes vers la création d’un ‘espace’ plutôt que celle d’une sculpture. Il y a plusieurs siècles, ces terres étaient occupées par des moines et nous avons senti que l’idée d’espaces méditatifs, de temples et de chapelles s’accordait avec l’esprit du paysage. Nous cherchions des lieux simples pour pouvoir réfléchir au calme – c’est quelque chose de rare dans le monde frénétique d’aujourd’hui », poursuit Patrick McKillen. Un exemple de ce dialogue entre patrimoine ancien et création contemporaine est la chapelle du XIVe ou XVe siècle réhabilitée par Tadao Ando. « Elle était couverte de végétation. Elle aurait dû rester en ruines mais les règles de sécurité nous interdisaient d’y accueillir du public », explique Daniel Kennedy. Tadao Ando a fait rehausser les murs et condamner les fenêtres. Au-dessus de ce bâtiment originel, il a fait poser un parallélépipède de verre. Un étroit couloir de circulation est aménagé entre les deux parois. L’entrée s’effectue par une lourde porte. L’intérieur de la chapelle est plongé dans le noir. La lumière du jour pénètre par un interstice, à l’endroit exact où, en théorie, les murs et le plafond devraient se rejoindre. L’impression est forte : le toit semble léviter de quelques centimètres. La verticalité des panneaux placés sur l’enveloppe transparente de la chapelle fait écho aux rangées de vignes qui rythment le paysage. Tout est prétexte à créer des cadres, à proposer au visiteur des angles de vue. Le plus beau patrimoine reste encore la nature. Les travaux d’Ando Tadao ont révélé, juste devant la bâtisse, une aire plane et pavée qui, dans l’antiquité, servait à battre le blé.

“We gently nudged the many architects and artists towards the creation of a ‘space’ rather than a sculpture. Several centuries ago, monks occupied this land, and we felt that the idea of meditative spaces, temples and chapels fitted in with the spirit of the landscape. We were looking for simple places for quiet reflection – it’s something rare in today’s fastmoving world,” adds Patrick McKillen. An example of this dialogue between ancient heritage and contemporary creation is the 14th- or 15thcentury chapel restored by Tadao Ando. “It was covered in vegetation. It ought to have been left in ruins, but safety regulations wouldn’t have allowed us to admit the general public in that case,” explains Daniel Kennedy. Tadao Ando elevated the walls and sealed off the windows. He placed a glass box above the original building. A narrow corridor, for circulation, is fitted in between the two walls. The entrance is through a heavy door. The chapel’s interior is plunged in darkness. Daylight penetrates through a narrow slot at the exact spot where, in theory, the walls and ceiling should meet. The resulting effect is striking: the roof seems to levitate by a few centimeters. The perpendicular position of the panels on the chapel’s transparent enclosure echoes the rows of vineyards dotting the landscape. Everything is aimed at providing the visitor with frameworks and angles through which to observe the landscape. The single most beautiful piece of heritage remains nature itself. Tadao Ando’s works revealed a straight and paved area located immediately in front of the build ing which, in ancient times, was used to harvest wheat.

Frank O. Gehry, Music Pavilion (Inside), 2008 © Gehry Partners and Château La Coste 2015. Photograph © Andrew Pattman 2015

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’Américain Larry Neufeld connaît bien la région pour s’y être rendu plusieurs fois en vacances. « Il a pris l’habitude d’aller visiter les nombreux ponts romains des environs, notamment le superbe Pont Junien, à Bonnieux (à 30 kilomètres, Ndlr), construit au IIIe siècle avant JC », reprend Daniel Kennedy. « Au Château La Coste, il a voulu révéler l’ancien réseau d’eau du domaine en installant deux petits ponts sur un canal. » Grand spécialiste du Land Art, Andy Goldsworthy a creusé une cavité dans une colline sa Chambre de chêne (Oak Room, 2009). Une fois les yeux accoutumés à l’obscurité, on distingue les parois de bois : l’artiste a réuni 1 200 troncs et branches, assemblés en spirale sans le moindre clou, pour former un dôme de quatre mètres de diamètre. La structure se soutient toute seule. Les blocs de pierre formant l’entrée de cette grotte artificielle proviennent d’une carrière d’Apt, à 40 kilomètres de là. Et les pierres de la paroi de terrassement ont été ramassées sur le domaine. « Travailler avec les artistes sur des projets d’échelle architecturale à ciel ouvert s’est avéré une expérience fantastique », poursuit Patrick McKillen. « Pour la plupart d’entre eux, c’était la première fois qu’on leur offrait la possibilité de réaliser de tels projets. » Irlandais naturalisé américain en 1983, Sean Scully est célèbre pour ses peintures abstraites. Posé sur la pelouse près d’un chemin, son énorme Wall of Light Cubed (2007) est un bloc aggloméré de 1 000 tonnes de granit et de calcaire. On retrouve le motif de rectangle et les rayures blanches récurrents dans ses toiles. « Les pierres viennent du Portugal », précise Daniel Kennedy. « Mais, pour l’artiste, leurs couleurs bleues et roses sont un rappel des lumières de la Provence. » Plus loin, le sculpteur français JeanMichel Othoniel a élevé sa Grande Croix Rouge (2007-2008), un assemblage de bulles de verre soufflées à Murano. Une invitation au voyage. ■

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merican-born Larry Neufeld knows the region well, having vacationed there several times. “He got into the habit of visiting the numerous Roman bridges in the vicinity, especially the stunning Pont Junien in Bonnieux [30 kilometers away], built in the 3rd century B.C.,” adds Daniel Kennedy. “At Château La Coste, he set out to reveal the estate’s old water system by installing two small bridges on a canal.” A leading expert in land art, Andy Goldsworthy, dug a cavity in a hill, his Oak Room (2009). Once the eyes are accustomed to darkness, its wooden walls can be distinguished: the artist gathered 1,200 trunks and branches and assembled them in a spiral shape, without the use of a single nail, to form a dome measuring four meters in diameter. The structure is self-standing. The stone blocks forming the entrance of this artifical cave come from a quarry in Apt, 40 kilometers away. And the stones of the earthwork wall were picked up around the estate. “Working with artists on openair, architectural-scale projects turned out to be a fantastic experience,” notes Patrick McKillen. “For most of them, it was the first opportunity to take on such projects.” Irish-born and naturalized American in 1983, Sean Scully is famous for his abstract paintings. Placed on a roadside lawn, his massive Wall of Light Cubed (2007) is a 1,000-ton agglomerated block of granite and limestone with the same rectangular pattern and white stripes that often come up in his paintings. “The stones come from Portugal,” says Daniel Kennedy. “But for the artist, the blue and pink colors are a reminder of the Provençal light.” Farther away, the French sculptor Jean-Michel Othoniel has put up his Large Red Cross (2007-2008), a group of glass bubbles blown in Murano. An invitation to set sail... ■


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Château La Coste, un domaine viticole

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vant son rachat par Patrick McKillen, la propriété du PuySainte-Réparade produisait depuis les années 1960 des vins de mediocre réputation. Le domaine a connu une mue complète. Le vignoble de 123 hectares a été entièrement restauré : une cave ultramoderne, dessinée par l’architecte Jean Nouvel, a été construite et équipée d’outils de vinification der-

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nier cri (chambre froide, cuverie enterrée, température modérée à l’année). Les vins du domaine sont classés en trois familles, d’un style simple et fruité à des cuvées plus travaillées par Matthieu Cosse, vinificateur du Château La Coste et copropriétaire à Cahors du domaine Cosse Maisonneuve. Le domaine travaille des cépages de Cabernet-sauvignon, de Cinsault, de Grenache, de Rolle, de Syrah et d’Ugni blanc. Certifié bio en

2013, la totalité du vignoble est conduite aujourd’hui en biodynamie. Une marque de vins de négoce a été créée sous le nom La Coste. Le château a reçu en 2015 le prix du meilleur site œnotouristique français, décerné par La Revue du vin de France et s’est imposé comme une référence en matière de grands crus provençaux. ■

Château La Coste, a wine estate

rior to its purchase by Patrick McKillen, and as of the 1960s, the Puy-Sainte-Réparade property produced mediocre wines. The estate has experienced a complete metamorphosis. The 123-hectare vineyard has been fully restored; a state-of-theart cellar, designed by the architect Jean Nouvel, has been built and equipped with the

latest vinification tools (cold cellar, buried vathouse, with moderate temperatures throughout the year.) The estate wines are classified in three categories: from simple and fruity ones to more sophisticated cuvées by Matthieu Cosse, Château La Coste’s winemaker and co-owner in Cahors of the Cosse Maisonneuve estate. The estate works with Cabernet-Sauvignon, Cinsault,

Grenache, Rolle, Syrah and Ugni Blanc grape varieties. Certified organic in 2013, the entire vineyard uses biodynamic methods. A blended wine trademark was created under the name La Coste. In 2015, the château received the top French wine-tourism award from La Revue du vin de France and established itself as a fine example of a Provençal wine. ■

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VILLA LA COSTE 2750 Route de la Cride Le Puy-Sainte-Réparade Provence 13610 www.chateau-la-coste.com +33 (0)4.42.50.50.00 Le centre d'art du Château La Coste se visite tous les jours de l'année de 10h à 19h et propose un point d'information, un hôtel 5 étoiles, un restaurant gastronomique, un spa, un café et une librairie. Le domaine organise une visite guidée (Art & Architecture) de 2 heures. The Château La Coste’s art center can be visited every day of the year between 10 a.m. and 7 p.m. and offers an information point, a 5-star hotel, a gastronomic restaurant, a spa, a café and a bookshop. The estate organizes two-hour guided tours (Art & Architecture).

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Alexander Calder, Small Crinkly, 1976 © Calder Foundation New York ADAGP Paris 2016. Photograph © Château la Coste MAY 2017 FRANCE-AMÉRIQUE

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DE S PIER R E S VIVA N T E S PRES ERVI NG TH E STON ES OF FRANCE By Roland Flamini Translated from English by Samuel Todd Qu’ont en commun l’hôtel de la Monnaie de Paris et la chapelle de l’ancien collège jésuite de Saint-Omer dans le Pas-de-Calais ? Eh bien ces bâtiments sont tous deux en France, évidemment. Mais la réponse est qu’ils sont actuellement en cours de restauration grâce à des subventions dues à la générosité américaine à travers la French Heritage Society (FHS). What do the Hôtel de la Monnaie in Paris, and the chapel in the former Jesuit school at St Omer in the Pas-de-Calais have in common? Well, they’re both in France, of course. But the answer is that both are currently being restored with grants thanks to American generosity in the shape of the French Heritage Society (FHS). Chapel of the Jesuits in Saint-Omer (Pas-de-Calais) Trois des Pères Fondateurs des États-Unis ont fait leurs études au collège jésuite de Saint-Omer qui, au XVIIIe siècle, comptait plus d’élèves d’éminentes familles américaines qu’Oxford et Cambridge réunies : Charles Carroll, signataire de la Déclaration d’Indépendance ; Daniel Carroll, l’un des deux auteurs de la Constitution ; et John Carroll, premier évêque catholique d’Amérique et fondateur de l’Université de Georgetown. 250 000 dollars ont été levés en 2017 pour la restauration des sculptures situées à l’intérieur de l’édifice. Three of America’s Founding Fathers were educated in the school which in the 18th century had more pupils from prominent American families than Oxford and Cambridge combined: Charles Carroll, signer of the Declaration of Independence, Daniel Carroll, one of the Constitution’s two authors, and John Carroll who became America’s first Catholic bishop and founder of Georgetown University. A grant of 250,000 dollars was made in 2017 for the restoration of the sculpted interior décor. © FHS

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’hôtel de la Monnaie, en fonction depuis 864, est l’institution française la plus ancienne. Dans le cadre de la récente rénovation de sa structure néoclassique (1767-1775), des peintures murales du XVIIIe siècle ont été découvertes, et sont en cours de restauration grâce à une subvention de 40 000 dollars allouée par la FHS. La chapelle de Saint-Omer est mitoyenne de ce qui fut dans le temps un collège jésuite (et qui aujourd’hui abrite un lycée) où étudia, au XVIIIe siècle, le jeune John Carroll, qui deviendra par la suite le premier évêque catholique des ÉtatsUnis. La French Heritage Society a débloqué une subvention de 250 000 dollars pour effectuer des travaux à l’intérieur de la chapelle qui n’a plus été utilisée pour le culte depuis de nombreuses années. La restauration des murs de pierre et du sol en marbre a commencé. Une fois terminée, la chapelle accueillera concerts, conférences et expositions. La French Heritage Society est composée d’un groupe d’Américains et de Français qui se sont fixés comme objectif de réparer les ravages du temps, de la nature et de l’homme sur le patrimoine architectural français et ses jardins – un héritage unique, aussi riche qu’emblématique. « Nous récoltons des fonds pour la préservation de bâtiments splendides à travers toute la France et pour ceux d’inspiration française aux États-Unis », explique Elizabeth Stribling, à la tête d’une société new-yorkaise de courtage immobilier, et qui préside la FHS à New York, avec un homologue à la tête de la branche française, Denis de Kergorlay, dont le château de famille en Normandie est un site privé historique qui accueille à l’occasion des séminaires. « Notre deuxième mission est un programme pédagogique qui permet à trente-cinq étudiants américains de venir travailler en France, dans des lieux tels que Chantilly et Versailles, et à autant d’étudiants français qui pourront œuvrer à Charleston ou pour la Newport Preservation Society », poursuit Mme Stribling, « mais le but principal, évidemment, est d’approfondir la connaissance de la culture de l’autre. »

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he Hôtel de la Monnaie, the French Mint, in continuous operation since the year 864, is France’s longest standing institution. As part of a recent renovation of the neoclassical structure (1767-1775), 18th century murals were discovered in the building, and they are being restored with a 40,000 dollar grant from French Heritage Society (FHS). The chapel of St. Omer is attached to what was once a Jesuit college (now a highschool) where in the 18th Century a young John Carroll, later the first Catholic bishop of the United States, received his education. The FHS made a grant of 250,000 dollars for work on the interior of the chapel, which hasn’t been used for worship for many years. Restoration of the stone walls and marble floor has begun and, once completed, the chapel will be used for concerts, lectures and exhibitions. The FHS consists of a group of Americans and French who have set themselves the challenge of helping to repair the ravages of time, nature and human on the iconic, unique and abundant heritage of France (and its gardens). “We raise money for the preservation of beautiful buildings all over France and those of French inspiration in the United States,” explained Elizabeth Stribling, owner of a New York real estate brokerage and marketing firm, who is global chairman of FHS in New York, with a counterpart heading the French chapter, Denis de Kergorlay, whose family chateau in Normandy is a private historic site where seminars are held. “Our second thrust is an education program where we send 35 American students to France to work in places such as Chantilly and Versailles, and an equal number of French students who might come and work in Charleston or for the Newport Preservation Society,” Ms Stribling goes on, “but the main purpose, of course, is to learn each other’s cultures.”


Hôtel de la Monnaie in Paris. Fondée en 864, la Monnaie de Paris est la plus ancienne institution française encore en activité, établie aujourd’hui dans l’Hôtel du même nom, sur les quais de la Seine, en plein cœur de Paris. Elle remplit sa mission de service public qui consiste à frapper les pièces en euro circulant en France. Une subvention de 40 000 dollars a été allouée conjointement par les branches d’Atlanta et de Washington de la FHS, afin de remettre en état les peintures murales de la chapelle découvertes lors de la restauration du bâtiment. Established in 864 on the banks of the Seine in the heart of Paris, the Monnaie de Paris is the longest running French institution still active. It fullfils the public service mission of minting the euro coins in circulation in France. A grant of 40,000 dollars from FHS’ Atlanta and Washington DC Regional Chapters was made for the restoration of the square-shaped chapel at the heart of the Monnaie de Paris. © FHS


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Mont Saint Michel Abbey (Normandy). En 2017, dans le cadre des subventions allouées pour célébrer son 35e anniversaire, la FHS va accorder 168 000 dollars de dons, avec le généreux soutien de la Fondation Florence Gould, pour la restauration du splendide cloître du XIIIe siècle de l’abbaye du Mont-Saint-Michel, site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. As part of its 35th Anniversary Grants in 2017, FHS will earmark 168,000 dollars with the generous support of the Florence Gould Foundation, for the restoration of the magnificent 13th-century cloister of the Mont Saint-Michel abbey, a UNESCO World Heritage Site. © W. Fromm 34

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Active depuis trente-cinq ans, la FHS peut se targuer d’une liste impressionnante d’initiatives en France ; elle est par ailleurs de plus en plus active aux États-Unis. En 2016, la FHS a alloué 232 000 dollars de dons pour treize projets de restauration – dix en France et trois aux États-Unis. Le cloître en brique rose de Saint-Pierre des Chartreux dans les jardins de l’université de Toulouse, qui va servir d’espace vert pour les étudiants et accueillera des évènements ouverts au public, a reçu une subvention de 25 000 dollars ; le château de Saconay (à Pomeys, dans la région Auvergne-Rhône-Alpes) a reçu 16 000 dollars pour des réparations urgentes de la toiture afin de protéger les fresques à l’intérieur du bâtiment, et pour une rénovation des tuiles et de la charpente ; aux États-Unis, le Lyndhurst Estate à Tarrytown dans l’État de New York, un château néo- gothique (1832-1842) qui abrite un ensemble de chambres à coucher avec des peintures gothiques françaises inspirées par le décor de la Sainte-Chapelle à Paris. L’ensemble a un besoin pressant de restauration que la FHS va financer à hauteur de 20 000 dollars. Pour fêter cette année son 35e anniversaire, la FHS espère lever un million de dollars de dons, dont 80 000 pour la restauration de la bibliothèque dans l’aile des invités du palais de Compiègne, construit par le roi Louis XV et restauré par l’empereur Napoléon Ier pour en faire une résidence impériale. En avril, la FHS était à mi-chemin de son objectif final. Elizabeth Stribling affirme que le montant moyen d’une subvention par projet se situe entre 25 000 et 50 000 dollars, voire beaucoup plus dans certains cas. En 2014, 250 000 dollars ont été débloqués pour un seul projet : la réparation et la restauration de l’Escalier Monumental, cet imposant escalier à Auch, dans le département du Gers, reliant les parties basse et haute de cette historique cité gasconne.

The 35-year-old FHS can look back on an impressive list of initiatives in France and increasingly in the United States. In 2016, it earmarked 232,000 dollars in grants for 13 restoration projects – ten of them in France, and three in the United States. The rose-red brick Cloister of Saint-Pierre des Chartreux in the gardens of the University of Toulouse, which will be used as a park for the students and a venue for public events, received a grant of 25,000 dollars; the 14th century fortress-like Château de Saconay at Pomeys in the Rhône-Alpes got 16,000 dollars for urgent repairs to the roof to protect paintings in the interior, renovating tiles and carpentry; in the U.S., the Lyndhurst Estate, Tarrytown, NY, a Gothic Revival castle (1832-1842) includes a suite of bedrooms with French Gothic paint schemes inspired by the décor of the Sainte-Chapelle in Paris. The suite is in dire need of restoration, which the Society will finance to the tune of 20,000 dollars. To mark its 35th anniversary this year, the FHS hopes to raise 1 million dollars for grants including 80,000 dollars to restore the library in the guest wing of the Palais de Compiègne, built by King Louis XV and restored by the Emperor Napoleon as one of the imperial residences. In April, the Society was half-way towards its target. Elizabeth Stribling says the average grant is between 25,000 and 50,000 dollars, but the FHS has on occasion gone much higher than that. In 2014, 250,000 dollars was donated for one project alone: the repair and restoration of the Escalier Monumental, the imposing stairway in Auch, in the Gers départment, linking the upper and lower sections of the historic Gascon town.

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PATRONAGE

À considérer son patronyme complet, Elizabeth French Stribling (French étant le nom de jeune fille de sa grand-mère), on pourrait affirmer que l’histoire d’amour de Madame Stribling avec la France était prédestinée. En réalité, l’élément déclencheur fut la gastronomie française. « Jeune mariée, je suis venue en France pour apprendre la cuisine », dit-elle. C’était à Mougins, avec Simone Beck, co-auteur avec Julia Child du célèbre ouvrage, Mastering the Art of French Cooking. Depuis, elle n’a jamais cessé de revenir en France, sa fille est même née en Provence ; en 1987, elle a fait l’acquisition d’une maison à Opio, près de Grasse. Ses amis new-yorkais qui n’ignoraient rien de son attachement pour la France l’ont alors présentée à la jeune French Heritage Society (fondée en 1982) et, en 2003, elle en est devenue la présidente.

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With her full name Elizabeth French Stribling (French was her grandmother’s family name) you could say that her love affair with France was almost predestined. Appropriately, the conduit was French cuisine. “I went to France to study cooking as a young bride,” she says. This was in Mougins, with Simone Beck, Julia Child’s coauthor of the iconic book, Mastering the Art of French Cooking. She kept going back. Her daughter was born in Provence, and in 1987 she bought a home in Opio, near Grasse. New York friends who knew of her fondness for France introduced her to the then quite new French Heritage Society (it was launched in 1982) and by 2003 she was its chairman.

Elle conçoit les activités de la FHS dans le contexte plus vaste des relations franco-américaines, mais il n’existe pas d’autre pays où la générosité et la prospérité américaines trouvent un plus grand théâtre d’opérations qu’en France. En plus de ses dix chapitres aux États-Unis (incluant ceux de Washington, de Philadelphie et de l’Arizona), la FHS comprend une branche parisienne dont le président (Denis de Kergorlay) partage avec Madame Stribling la co-direction de la Fondation. Par ailleurs, la FHS entretient des liens étroits avec des organisations ayant la même vocation, tels Les Vieilles Maisons Françaises, La Fondation du Patrimoine et Le Comité des Parcs et Jardins de France.

She sees the FHS’s activities in the broader context of Franco-American relations, but in reality there is no other country where American wealth and generosity find greater expression than in France. In addition to its ten chapters in the United States (including Greater Washington, Philadelphia, and Arizona) the FHS has a Paris chapter whose president (Denis de Kergorlay) is effectively co-chair with Ms Stribling. In addition, the Society has close operational ties with kindred organizations in France, including Les Vieilles Maisons Françaises, La Fondation du Patrimoine, and Le Comité des Parcs et Jardins de France.

La FHS s’en remet à ce genre d’organismes pour financer des projets de préservation et de rénovation, mais elle a acquis une telle renommée en France que les demandes de subventions directes, bien que secondaires, ne sont pas négligeables. La sollicitation pour la chapelle jésuite de SaintOmer a été faite directement par la municipalité « Parfois, nous travaillons avec les villes, d’autres fois en lien avec le gouvernement français », explique Mme Stribling. « Nous avons récemment agi avec le Quai d’Orsay pour la restauration d’un château légué au ministère des Affaires étrangères. »

The FHS relies on such organizations to fund possible preservation and renovation projects, but the Society is now so well-known in France that direct requests for help have become a secondary, but important source. The Saint-Omer Jesuit chapel request came directly from the town administration. “Sometimes we work with the city, and sometimes with the (French) government,” says Ms Stribling. “We recently worked with the Quai d’Orsay (the French Foreign Ministry) on the restoration of a chateau that was bequeathed to the ministry.”

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Mont Saint Michel Abbey (Normandy). Le jardin du cloître sera restauré dans sa conception « néo-médiévale », avec la restitution du niveau du sol d’origine, et cela dans le respect de la colonnade qui l’entoure. Le public pourra suivre les étapes de la restauration. The garden will be restored to its original “neo-medieval” design including the soil brought back to its original level to reclaim its original proportions with respect to the colonnades surrounding it. The public will be able to view the restoration in progress. © FHS

La FHS fonctionne de manière collégiale : les responsables des différents chapitres se réunissent pour discuter de chaque demande – ils décident ensuite de donner (ou pas) leur feu vert –, et du montant de la contribution. Madame Stribling souligne le fait que le bénéficiaire doit donner des garanties sur la nécessité de la subvention. L’étape suivante voit les chapitres de la FHS décider lequel va se charger de la mise en œuvre du projet. Plusieurs chapitres partagent parfois les coûts. Par exemple, les chapitres d’Atlanta et de Boston ont récemment contribué à hauteur de 17 500 dollars à la réparation de la terrasse, des balustrades, ainsi que d’autres travaux de maçonnerie extérieure et du pont en bois du château de La Grange dans le département de la Moselle. La FHS est financée par les dons de fondations, le soutien d’entreprises privées, mais aussi grâce aux diverses activités qu’elle organise, parmi lesquels le bal de son 35e anniversaire qui aura lieu au mois d’octobre… en France, naturellement. ■

The way the Society works is for the chairs of all the chapters to meet and consider each submission and then decide whether to give the green light, and how much to contribute. Ms Stribling stresses that the recipient must give evidence of a matching grant. The next step is for the chapters to decide which one will take on the project, but on occasion more than one will share the cost. For example, the Atlanta and Boston chapters recently contributed 17,500 dollars to the repair of the terrace, balustrades, other outside masonry and wooden bridge of the Château de la Grange, in the Moselle départment. The Society is funded by contributions from foundations, corporate support, and the society’s own active events program which, in October will include a 35th anniversary ball – naturally to be held in France. ■

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MODE

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FASHION

À NOUS DEUX PARIS

Entretien avec Joan Juliet Buck THE AMERICAN BEHIND VOGUE PARIS

By Clément Thiery / Translated from French by Farah Nayeri En avril 1994, Joan Juliet Buck est nommée rédactrice en chef de l’édition française de Vogue. Recommandée par la rédactrice en chef de Vogue aux États-Unis Anna Wintour, elle est la première Américaine à occuper ce poste. À la tête de la publication pendant huit ans, elle en modernise l’esthétique et crée un magazine « éduqué et cultivé » dans lequel se reconnaissent les lectrices. Elle revient sur cet épisode de sa vie dans une autobiographie, The Price of Illusion.

In April 1994, Joan Juliet Buck was appointed editor-in-chief of French Vogue. Recommended by the editor-in-chief of American Vogue Anna Wintour, she was the first American woman ever to hold that job. Heading the publication for eight years, she modernized its aesthetic and created an “educated and cultured” magazine that readers could identify with. She looks back on this episode of her life in her autobiography, The Price of Illusion.

À deux reprises, Joan Juliet Buck a refusé le poste que lui offrait Vogue à Paris. Lors de sa première visite au magazine en 1970, la journaliste de vingt-deux ans, vêtue d’une combinaison de daim et d’un turban ottoman, est reçue par une rédactrice en chef en chandail Courrèges et tailleur jaune canari. Les rédactrices portent des jupes écossaises. Le magazine était « triste, surfait et démodé », se souvient Joan Juliet Buck. Au printemps 1994, l’Américaine accepte finalement la proposition de Condé Nast International. Elle quitte New York et prend les commandes du titre le plus glamour de la presse féminine française. Les grands de la mode parisienne sont scandalisés.

Joan Juliet Buck refused the Vogue job offer in Paris on two occasions. When she first visited the magazine in 1970 – dressed in suede overalls and an Ottoman turban – the 22-year-old journalist was met by an editor in a Courrèges sweater and a canary-yellow suit. Writers wore kilts. The magazine was “depressing, overrated and outdated,” recalls Joan Juliet Buck. It was not until the spring of 1994 that Buck finally accepted Condé Nast International’s offer. She left New York and took control of the most glamorous women’s magazines in France. The big names of Parisian fashion were scandalized.

Portrait for Talk magazine by Jean-Baptiste Mondino, 1999. © Jean-Baptiste Mondino

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Aussitôt à Paris, Joan Juliet Buck se sépare du photographe de mode Helmut Newton, réputé pour ses mises en scène suggestives et ses nus. Elle le remplace par de jeunes photographes impertinents — dont un jeune Américain « sauvage » repéré par Andy Warhol, David LaChapelle — et débauche six jeunes journalistes du magazine Glamour, un autre titre de Condé Nast. Élégance et culture sont les nouveaux maîtres mots du magazine. « C’est trop facile de passer par le sexe plutôt que par la culture pour montrer la mode féminine », nous dit la rédactrice en chef. « Au lieu de perpétuer le concept de la femme objet, Vogue doit traiter les femmes avec respect. »

As soon as she arrived in Paris, Joan Juliet Buck parted with Helmut Newton, the fashion photographer famous for his nudes and suggestive shoots. She replaced him with young impertinent photographers – including David LaChapelle, a “wild” young American spotted by Andy Warhol – and hired six young journalists away from Glamour magazine, another Condé Nast publication. Elegance and culture became the magazine’s new buzzwords. “It’s too easy to use sex instead of culture to present women’s fashion,” says the editor-in-chief. “Rather than perpetuate the stereotype of women as objects, Vogue should treat women with respect.”

AMÉLIORER LA QUALITÉ DU MAGAZINE

RAISING THE MAGAZINE’S STANDARDS

Élevée entre Cannes, Paris et Londres par un père producteur de cinéma et une mère actrice et mannequin, Joan Juliet Buck est fascinée par la Comtesse de Ségur et les écrits féministes d’Anaïs Nin. Au Lycée Français de Londres, puis en classe préparatoire à Paris, elle est impressionnée par l’érudition des Françaises. En prenant la tête de Vogue, elle entend offrir aux lectrices un magazine à leur portée. Elle triple la part de texte dans le magazine et lance des numéros à thème sur la culture, l’art, le sport et les sciences. Elle supprime « les falbalas » et prône l’économie de langage. Elle fait traduire en français les textes de journalistes américains, « directs et sans clichés ». Michel Braudeau, futur directeur de la Nouvelle Revue Française, rejoint le magazine comme critique littéraire. Une chronique jardinage est confiée contre toute attente au créateur Christian Louboutin !

Joan Juliet Buck grew up in Cannes, Paris and London; her father was a movie producer and her mother an actress and model. She was fascinated by the Comtesse de Ségur and the feminist writings of Anaïs Nin. At London’s Lycée Français and later at school in Paris, she was impressed by the erudition of French women. As the head of Vogue, she sets out to offer female readers a magazine that they would find accessible. She tripled the text section of the magazine and launched special issues on culture, art, sports and science. She got rid of the “frills” and put emphasis on concision. She had the “straightforward and cliché-free” texts of American journalists translated into French. Michel Braudeau, future editor of the Nouvelle Revue Française, joined the magazine as a literary critic. A gardening column was entrusted against all expectations to Christian Louboutin, the designer!

Joan Juliet Buck supervise son premier numéro en septembre 1994. Dédié à « la Femme Française », il met en avant « des vêtements que les femmes peuvent s’offrir » : la petite robe noire, un tailleur pantalon à rayures, un trenchcoat rouge. Ce numéro bat les records de vente du magazine. Dans la foulée, la rédactrice en chef impose plus de couleur dans le choix des vêtements et interdit les photos de mannequins cigarette aux lèvres, un cliché de la femme française fabriqué par la presse américaine.

Joan Juliet Buck oversaw her first issue in September 1994. Dedicated to “the French Woman,” it showcased “clothes that women can afford”: the little black dress, a striped pantsuit, and a red trench coat. The issue broke the magazine’s sales records. Immediately afterwards, the editor-in-chief introduced more color in the clothing selection, and banned photos of cigarettesmoking models, a cliché image of the French woman dreamed up by the American press.

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FASHION

« UNE GRANDE FÊTE PLEINE DE STARS »

“A BIG PARTY FULL OF STARS”

En décembre 1994, Vogue fête le centième anniversaire du premier film des frères Lumière. Ancienne critique de cinéma, Joan Juliet Buck fait traduire à cette occasion un essai de l’auteur russe Maxim Gorky sur L’arrivée d’un train en gare de La Ciotat et remet en scène avec des mannequins les films Metropolis de Fritz Lang, La règle du jeu de Jean Renoir et Blade Runner de Ridley Scott. Le photographe David LaChapelle est chargé de recréer ce dernier film : décor futuriste, couleurs acidulées et imperméables rouge. Une photo montre un androïde au téléphone, une sandale Chanel collée à l’oreille.

In December 1994, Vogue celebrated the 100th anniversary of the Lumière Brothers’ first film. Joan Juliet Buck, herself a former film critic, had the Russian author Maxim Gorky’s essay L’arrivée d’un train en gare de La Ciotat translated for the occasion. She had models pose on sets that recalled Fritz Lang’s Metropolis, Jean Renoir’s The Rules of the Game and Ridley Scott’s Blade Runner. The photographer David LaChapelle was put in charge of recreating Blade Runner – with a futuristic décor, flashy colors and red raincoats. A photograph of the shoot shows an android character on the phone with a Chanel sandal glued to her ear.

À la fin des années 1990, le magazine devient « une grande fête pleine de stars ». Joan Juliet Buck persiste cependant à mettre des « anonymes » en couverture : elle est limogée en 2001. De retour à New York, elle devient critique de télévision pour le Vogue américain, s’entretient avec Marion Cotillard et Carla Bruni-Sarkozy. En 2011, son portrait de l’épouse du dictateur syrien Bachar el-Assad, jugé complaisant, fait scandale. Vogue ne renouvelle pas son contrat. Joan Juliet Buck vit aujourd’hui à Rhinebeck, une petite ville de la vallée de l’Hudson. L’ancienne rédactrice en chef de Vogue ne s’habille plus en Prada. Elle porte une écharpe de coton mauve, quelques bijoux d’argent et un manteau de laine noire. En février dernier, elle apparaissait à la Frick Collection de New York dans une comédie de Marivaux, Les Acteurs de bonne foi. « J’ai toujours préféré le déguisement à la mode », lâche-t-elle en buvant une tasse de thé Earl Grey au citron. « Je me sens mal à l’aise dans du Galliano. Si on a l’œil, il est facile de bien s’habiller dans une friperie ou chez Uniqlo. » Joan Juliet Buck n’a pas assisté à un défilé de mode depuis seize ans. ■

By the late 1990’s, the magazine had become “a great big star-studded party.” Yet Joan Juliet Buck insisted on putting “anonymous women” on the cover. She was dismissed in 2001. Back in New York, she became American Vogue’s television critic, and conducted interviews with Marion Cotillard and Carla Bruni-Sarkozy. In 2011, her profile of the wife of Syrian dictator Bashar alAssad, considered too favorable, caused a scandal. Joan Juliet Buck’s Vogue contract was not renewed. Buck now lives in Rhinebeck, a small town in the Hudson Valley. The former Vogue editor-in-chief no longer wears Prada. She wears a mauve cotton scarf, silver jewelry and a black wool coat. Last February at New York’s Frick Collection, she appeared in Les Acteurs de bonne foi, a comedy by Marivaux. “I always preferred costume to fashion,” she notes, sipping a cup of Earl Grey tea with lemon. “I feel uncomfortable wearing Galliano. If you have a trained eye, it’s easy to dress at a second-hand clothes shop or at Uniqlo.” She hasn’t attended a fashion show in 16 years. ■

Joan Juliet Buck, The Price of Illusion, Atria Books, 2017, 416 pages, 30 dollars.

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N’EST PAS UNIQUEMENT UNE VILLE MUSÉE “Paris is not just a museum city” By Clément Thiery / Translated from French by Farah Nayeri Lindsey Tramuta a en horreur les Champs-Élysées. Installée à Paris depuis onze ans, la journaliste américaine préfère traîner ses mocassins dans les cafés du Haut Marais et les bars à cocktails du XIe arrondissement. Très suivie par les expatriés américains, l’auteur du blog Lost in Cheeseland s’est improvisée « dénicheuse de bonnes adresses » et décrypte pour le New York Times, T Magazine et Condé Nast Traveler les tendances de la capitale. Rejetant la carte postale d’une ville musée qu’affectionnent tant les visiteurs étrangers, la journaliste donne de Paris l’image d’une capitale en ébullition. Elle témoigne de ce dynamisme dans un livre à tiroirs, The New Paris, publié le 18 avril dernier. Y sont répertoriés près de trois cents cafés, bars, bistros, restaurants et boutiques ouverts ces dernières années. Nous retrouvons la jeune Américaine originaire de Philadelphie chez Fringe, un café galerie ouvert en 2016 rue de Turenne. Lindsey Tramuta despises the Avenue des Champs-Élysées. The young American journalist, who has been based in Paris for the past 11 years, prefers to take herself and her loafers to the cafes in the Haut Marais and the cocktail bars of the 11th arrondissement. Author of the Lost in Cheeseland blog – which has a large following among American expatriates – she has established herself as a “discoverer of hot spots,” and she spotlights the capital city’s new trends for the New York Times, T Magazine and Conde Nast Traveler. Shunning the postcard image of a museum city worshiped by foreign visitors, she portrays Paris as a buzzing capital, and illustrates that dynamism in her justreleased book, The New Paris. Inside, you’ll find 300 cafes, bars, bistros, restaurants and boutiques that all opened in the last few years. We met the young Philadelphia-born journalist at Fringe, a cafecum-gallery that opened in 2016 on rue de Turenne.

Sans doute le plus petit (et le plus charmant) coffee shop de la ville, le Boot Café est un lieu incontournable pour les amateurs de café français torréfié dans le IIIe arrondissement. Arguably the city’s smallest (and cutest) coffee shop, Boot Café is a hot spot for Frenchroasted coffee in the 3rd arrondissement.

Lindsey Tramuta, The New Paris, Abrams Books, 2017. 272 pages, 29.95 dollars. All images from The New Paris by Lindsey Tramuta. Published by Abrams, 2017. © Charissa Fay

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FRANCE-AMÉRIQUE : VOTRE LIVRE OPPOSE LE « NOUVEAU PARIS » AU « VIEUX PARIS ». POURQUOI CETTE DISTINCTION ?

FRANCE-AMÉRIQUE: YOUR BOOK SETS THE “NEW PARIS” AGAINST THE “OLD PARIS”. WHY THE DISTINCTION?

Lindsey Tramuta : Les étrangers ont créé une carte postale parisienne, une ville où se côtoient artistes et intellectuels le long de boulevards immaculés. Les Américains sont les premiers à médiatiser et perpétuer cette image. Les visiteurs cherchent de nouvelles expériences au-delà de Saint-Germain-des-Prés et du Café de Flore.

Lindsey Tramuta: Foreigners have created a postcard image of Paris, a city where artists and intellectuals mingle on immaculate-looking boulevards. Americans are the first to publicize and perpetuate that image. Visitors are looking for new experiences beyond Saint-Germain-des-Prés and the Café de Flore.

VOUS ÉCRIVEZ ÊTRE ARRIVÉE À PARIS INSPIRÉE PAR « LES ŒUVRES DE GEORGE SAND, CHARLES BAUDELAIRE ET VICTOR HUGO ». COMMENT AVEZVOUS DÉPASSÉ CE CLICHÉ ?

YOU WROTE THAT YOU CAME TO PARIS INSPIRED BY “THE WORKS OF GEORGE SAND, CHARLES BAUDELAIRE AND VICTOR HUGO.” HOW DID YOU GO BEYOND THAT CLICHÉ?

En lançant mon blog Lost in Cheeseland en 2009, j’ai raconté ce qui me choquait ou me frustrait à Paris, les choses qui allaient à l’encontre de l’idée que je me faisais de la ville. Pourquoi les trottoirs sont aussi sales ? Pourquoi les Parisiens sont aussi irrespectueux de leur propre ville ? Plutôt que de verser dans la négativité, j’ai documenté les nouveautés. À mesure que je m’intégrais à Paris, mon regard sur la ville et le ton de mon blog ont changé.

By starting my blog Lost in Cheeseland in 2009, I described what shocked or frustrated me about Paris — things that contradicted my idea of the city. Why are the sidewalks so dirty? Why are Parisians so disrespectful of their own city? Rather than descend into negativity, I documented the novel aspects. As I started to settle into Paris, my vision of the city and the tone of my blog changed.

COMMENT LA VILLE A CHANGÉ DEPUIS VOTRE ARRIVÉE EN 2006 ?

HOW HAS THE CITY CHANGED SINCE YOUR ARRIVAL IN 2006?

En 2008, dans le sillage d’une récession économique, les Français ont perdu la sécurité que leur offrait l’emploi. Les jeunes diplômés ont été fortement touchés par la crise.

In 2008, in the aftermath of an economic recession, the French lost their sense of job security. Young graduates were hit hard by the crisis.

Boutique de fruits, légumes et autres végétaux, L’Épicerie Végétale a redonné vie à une rue paisible du XIe arrondissement. A produce and flower shop, L’Épicerie Végétale, has brought new life to a sleepy street in the 11th arrondissement. 44

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Ils se sont détournés du modèle de la carrière unique pour adopter le modèle américain : il est de plus en plus commun de mener plusieurs activités professionnelles de front. Je rencontre beaucoup de jeunes gens qui travaillent comme journalistes ou consultants en marketing et ouvrent un coffee shop, une boutique de mode ou une imprimerie artisanale en parallèle. J’évoque dans mon livre l’exemple de Clément Brossault, un jeune homme d’une trentaine d’années qui a quitté son emploi de banquier pour traverser la France en vélo et aller à la rencontre des producteurs de fromage. Il tient aujourd’hui la Fromagerie Goncourt dans le XIe arrondissement.

They turned away from the job-for-life model, and adopted the American model: it’s more and more common to have several jobs at once. I meet lots of young people who work as journalists or marketing consultants and who open a coffee shop, a fashion boutique or a traditional print shop in parallel. In my book, I bring up the example of Clément Brossault, a young man in his thirties who quit his banking job to cycle across France and meet cheese producers. He now runs the Fromagerie Goncourt in the 11th arrondissement.

QUEL RÔLE ONT JOUÉ LES RÉSEAUX SOCIAUX DANS CETTE ÉVOLUTION DES MENTALITÉS ?

WHAT ROLE HAVE SOCIAL MEDIA

En s’engouffrant dans les réseaux sociaux et le tout numérique, les Français ont perdu du vue l’artisanat et les métiers manuels. Les restaurants servaient des produits surgelés. La qualité des bistros, des cafés et des boutiques diminuait. Lorsque Givenchy a ouvert une boutique rue des Archives, dans le Marais, des libraires et des coiffeurs ont dû mettre la clé sous la porte. Un mouvement de rejet de la consommation de masse a gagné en importance. L’accès aux réseaux sociaux — et la facilité de voyager et d’étudier à l’étranger — a aidé les Parisiens à prendre conscience de la gentrification en cours à New York et à San Francisco. Dotés d’une énergie nouvelle, ils se sont mobilisés pour préserver leurs petits commerces, le primeur, le boulanger, le maroquinier, le peintre en lettres, l’imprimeur. La « classe créative » qui a émergé à New York au début des années 2000 est aujourd’hui en plein essor à Paris. De nouvelles adresses ouvrent toutes les semaines !

By plunging into social media and all things digital, the French lost sight of their artisanat and their manual metiers. Restaurants served frozen foods. The quality of bistros, cafes and boutiques deteriorated. When Givenchy opened a boutique on the rue des Archives, in the Marais, bookstores and hairdressers had to shut down. A wave of rejection of mass consumption started to spread. Access to social media – and ease of travel and study abroad – helped make Parisians more aware of the gentrification happening in New York and San Francisco. Filled with new energy, they mobilized to save their small shops, their fruit vendors, bakers, leather stores, sign writers, print shops. The “creative class” that emerged in New York at the start of the millennium is thriving in Paris today. New addresses are opening up every week!

PLAYED IN THIS MENTALITY SHIFT?

Le Quai de Valmy, le long du Canal Saint-Martin, peut se targuer de fresques urbaines colorées et d’une multitude de nouvelles boutiques de vêtements. The Quai de Valmy, along the Canal Saint-Martin, boasts colorful murals and scores of new fashion boutiques. MAY 2017 FRANCE-AMÉRIQUE

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COMMENT LES FRANÇAIS ONT RÉAGI FACE À CETTE VAGUE D’INFLUENCES AMÉRICAINES ?

HOW HAVE THE FRENCH REACTED TO THIS WAVE OF AMERICAN INFLUENCE?

Les Parisiens ont d’abord vu d’un œil suspicieux ces concepts anglo-saxons. Les États-Unis étaient en guerre en Afghanistan et en Irak. En France, l’heure était au protectionnisme, à la méfiance envers la culture américaine. La tendance s’est inversée : de nombreuses idées américaines sont aujourd’hui appliquées en France. Le Français Thomas Abramowicz a importé à Paris la tradition du barbecue texan. Ancien exécutif au sein du groupe LVMH à New York, il a travaillé dans plusieurs restaurants au Texas et s’est formé auprès des meilleurs chefs avant d’ouvrir son propre restaurant, The Beast, dans le IIIe arrondissement.

Parisians initially viewed these Anglo-Saxon concepts with suspicion. The United States was at war in Afghanistan and Iraq. France was experiencing a phase of protectionism and of distrust of American culture. That trend was then reversed: many American concepts are today being applied in France. The Frenchman Thomas Abramowicz has imported the tradition of the Texan barbecue to Paris. Formerly an executive of LVMH based in New York, he worked in several Texas restaurants and trained with the finest chefs before opening his own restaurant, The Beast, in the 3rd arrondissement.

LES MÉDIAS ONT ÉVOQUÉ UNE « BROOKLYNISATION DE PARIS ». ASSISTE-T-ON À UNE HARMONISATION DE LA CULTURE FRANÇAISE SUR LE MODÈLE ANGLO-SAXON ?

THE MEDIA HAVE TALKED ABOUT A “BROOKLYNIZATION OF PARIS.” ARE WE SEEING FRENCH CULTURE FOLLOW THE ANGLO-SAXON MODEL?

Il y a des bières américaines dans les bars et les Français font la queue pour aller bruncher. Si les Parisiens aiment les bons burgers, pourquoi ne pourraient-ils pas en avoir chez eux ? Les Français souhaitent plus de diversité dans ce qu’ils consomment. On oublie souvent que Paris est une ville internationale. Les cultures du monde entier infusent la culture locale. Certaines adresses ont adopté des concepts internationaux, mais elles conservent leur essence française. Dans le XVe arrondissement, Timothée Teyssier a ouvert un café sur le thème de l’Australie et du surf, O Coffeeshop, mais les pâtisseries qu’il sert sont confectionnées à partir d’ingrédients locaux.

There are American beers being served in bars, and the French stand in line to have brunch. If Parisians enjoy a good burger, why not have some on their home turf? The French would like more diversity in what they eat and drink. Cultures from all over the world are infusing the local culture. Some places have embraced international concepts, yet retain their French identity. In the 15th arrondissement, Timothée Teyssier has opened a cafe with an Australian surf theme, O Coffeeshop, but the patisseries he serves are made with local ingredients.

Hommage aux barres et autres desserts chocolatés, La Chocolaterie est une création du célèbre chef français Cyril Lignac. A homage to chocolate bars and chocolate desserts, La Chocolaterie is the brainchild of celebrity French chef Cyril Lignac. 48

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PARIS PEUT-ELLE ÊTRE UNE CAPITALE HISTORIQUE ET MODERNE À LA FOIS ?

CAN PARIS BE A HISTORIC AND MODERN CAPITAL AT THE SAME TIME?

Les PMU poussiéreux sont encore ouverts ! Le développement de Paris ne se fait pas au détriment de l’histoire ou de la culture françaises. Nombre de lieux anciens ont été réinvestis et rénovés. À La Fontaine de Belleville, dans le Xe arrondissement, un groupe de torréfacteurs a restauré un ancien café de quartier. Côté cuisine, de nombreux chefs ravivent d’authentiques brasseries et servent des plats classiques, réalisés à partir d’ingrédients biologiques et locaux. Cette transition a pris du temps. Le premier réflexe a été d’aller vers l’hyper moderne, mais les chefs reviennent aujourd’hui vers les plats anciens. Cette nouvelle « classe créative » invente le Paris de demain. ■

The dusty old betting cafés are still open! Paris is not developing at the expense of French history or culture. Lots of places have been taken over and renovated. At La Fontaine de Belleville, in the 10th arrondissement, a group of coffee merchants have restored an old neighborhood café. On the food front, many chefs have revived authentic brasseries, and serve classic dishes made with organic local ingredients. That transition took time. The first impulse was to head for the ultra-modern, but chefs today are going back to time-honored dishes. This new “creative class” is inventing the Paris of tomorrow. ■

5 ADRESSES POUR DÉCOUVRIR LE « NOUVEAU PARIS » FIVE PLACES TO EXPERIENCE ‘‘THE NEW PARIS’’ Atelier Couronnes Cet atelier boutique, ouvert depuis juin 2015, propose des articles en cuir faits main par Fauvette et les bijoux artisanaux de Louise Damas. This atelier-boutique opened in June 2015 features handmade leather goods by Fauvette and handmade jewelry by Louise Damas. 6 Rue du Château d’eau, 75010 Paris ■

Fou de Pâtisserie Ce premier concept shop est la vitrine des

plus grands noms de la pâtisserie. Goûtez des créations signées Philippe Conticini,

Jonathan Blot, Boulangerie Bo, etc., livrées fraîches quotidiennement. The first concept shop dedicated to the top names in pastry. Expect signature treats from Philippe Conticini, Jonathan Blot, Boulangerie Bo, and more, delivered fresh daily. 45 Rue Montorgueil, 75002 Paris ■

Réservations conseillées ! At this skating-andsurfing inspired cocktail bar, the drinks are categorized not by spirits but by sensation, and the small-plates are fresh off the marché. Reservations recommended! 44 Rue des Vinaigriers, 75010 Paris ■

Gravity Bar

Les torréfacteurs de la Brûlerie de Belleville ont remis à neuf un ancien bistro parisien pour y ouvrir ce bar et café dans le Xe arrondissement, à cinq minutes à pied du Canal Saint-Martin. The coffee roasters at Belleville Brûlerie renovated an old Parisian

Dans ce bar à cocktails à la décoration inspirée de l’univers du surf et du skate, les drinks ne sont pas décrits selon leur composition, mais selon les sensations qu’ils procurent, et les tapas sont à base de produits frais du marché.

La Fontaine de Belleville

bistro to open this café-bar in the 10th arrondissement, a five-minute walk from the Canal Saint-Martin. 31–33 Rue Juliette Dodu, 75010 Paris ■

52 Faubourg-Saint-Denis Le troisième restaurant du chef cuisinier Charles Compagnon est une néobrasserie proposant une carte évolutive et un service non-stop du petit-déjeuner au dîner. The third restaurant of chef Charles Compagnon is a neo-brasserie with an ever-changing menu and nonstop service from breakfast through dinner. 52 Rue du Faubourg-Saint-Denis, 75010 Paris ■

Le canal de L’Ourcq, situé au-delà du canal Saint-Martin, propose des animations aux Parisiens de tous âges. The Canal de L’Ourcq, beyond past the Canal Saint-Martin, features happenings to Parisians of all ages. MAY 2017 FRANCE-AMÉRIQUE

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N A D E R C È H Y I U V R E G Soufflé SOUFFLÉ AU FROMAGE ET À LA CIBOULETTE By Melissa Clark / Translated from English by Samuel Todd

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BON BONXXXX APPÉTIT APPÉTIT

TEMPS DE PRÉPARATION / TIME: 50 MINUTES 6 PERSONNES / 6 SERVINGS

INGRÉDIENTS

INGREDIENTS

42 grammes (soit 3 cuillères à soupe) de beurre doux, et un peu plus pour beurrer le plat / 25 grammes (5 cuillères à soupe) de parmesan finement râpé / 1 tasse de lait entier / 3 cuillères à soupe de farine / 1/2 cuillère à café de paprika / 1/2 cuillère à café de sel fin / Une pincée de noix de muscade / 4 gros jaunes d’œuf / 5 gros blancs d’œuf / 1/2 cuillère à café de crème de tartre / 1 tasse / 115 grammes de Gruyère grossièrement râpé / 2 cuillères à soupe de ciboulette ciselée

3 tablespoons / 42 grams unsalted butter, plus more for coating dish / 5 tablespoons / 25 grams finely grated Parmesan cheese / 1 cup whole milk / 3 tablespoons all-purpose flour//1/2 teaspoon paprika / 1/2 teaspoon fine sea salt / Pinch ground nutmeg / 4 large egg yolks / 5 large egg whites / 1/2 teaspoon cream of tartar / 1 cup / 115 grams coarsely grated Gruyère cheese / 2 tablespoons chopped chives

PRÉPARATION

PREPARATION

1. Retirer les grilles du four et mettre une plaque de

1.. Remove wire racks from oven and place a baking sheet directly on oven floor. Heat oven to 400 degrees. Generously butter a 11/2-quart soufflé dish. Coat bottom and sides with 3 tablespoons (15 grams) Parmesan, tapping out any excess.

2. Dans une petite casserole, faire chauffer le lait. Pendant

2.. In a small pot, heat milk until steaming. Meanwhile, melt butter in a large skillet over medium heat. Whisk in flour and cook until the mixture foams, about 3 minutes. Remove from heat and whisk in warm milk. Return to heat and cook until thickened, whisking constantly, about 3 minutes.

cuisson au bas du four. Préchauffer à 200°C. Beurrer généreusement un plat à soufflé. Recouvrir le fond et les parois de 15 grammes (soit trois cuillères à soupe) de parmesan, en secouant pour évacuer le surplus.

ce temps, faire fondre le beurre dans une grande casserole à feu moyen. Ajouter la farine et battre avec un fouet jusqu’à ce que le mélange soit mousseux, soit environ 3 minutes. Retirer du feu et incorporer le lait chaud en battant au fouet. Remettre sur le feu et laisser cuire jusqu’à ce que le mélange épaississe, en battant constamment au fouet, soit environ 3 minutes.

3. Retirer du feu et ajouter paprika, sel et noix de

3. Remove from heat and whisk in paprika, salt and nutmeg. Whisk in egg yolks one at a time, blending fully after each addition. Transfer flour and yolk mixture to a large bowl.

4. Monter les blancs d’œuf et la crème de tartre au batteur

4. Using an electric mixer, beat egg whites and cream of tartar at medium speed until the mixture holds stiff peaks.

muscade. Incorporer les jaunes d’œuf l’un après l’autre, en mélangeant bien à chaque fois. Verser cette béchamel dans un saladier.

électrique à vitesse moyenne jusqu’à ce que le mélange présente des crêtes rigides.

5.. Incorporer un quart des blancs dans le mélange pour l’alléger. Incorporer délicatement le reste des blancs en deux fois tout en saupoudrant le gruyère, les deux cuillères à soupe de parmesan restantes et la ciboulette. Verser le mélange dans le plat beurré. Passer le pouce à l’intérieur du bord du plat pour créer un espace d’environ un demi centimètre entre le plat et le mélange. 6.. Mettre le plat sur la plaque de cuisson du four et baisser

la température à 190°C. Laisser cuire jusqu’à ce que le soufflé monte et que son sommet soit brun doré et que le centre bouge à peine lorsque le plat est délicatement remué, environ 30 minutes. (Ne pas ouvrir le four pendant les 20 premières minutes de cuisson.) Servir immédiatement. ■

5. Whisk a quarter of the whites into the lukewarm yolk mixture to lighten. Gently fold in remaining whites in 2 additions while gradually sprinkling in Gruyère cheese, remaining 2 tablespoons Parmesan and the chives. Transfer batter to prepared dish. Rub your thumb around the inside edge of the dish to create a 1/4-inch or so space between the dish and the soufflé mixture. 6. Transfer dish to baking sheet in the oven and reduce oven temperature to 375 degrees. Bake until soufflé is puffed and golden brown on top and center barely moves when dish is shaken gently, about 30 minutes. (Do not open oven door during first 20 minutes.) Serve immediately. ■

© Reprinted with permission from The New York Times “ The New Essentials of French Cooking” 2017. Find more at www.nytcooking.com/french. © Photo: Francesco Tonelli/The New York Times 54

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POURQUOI LE SOUFFLÉ ? WHY MASTER IT?

P

lat emblématique de la gastronomie française, le soufflé a quelque chose de magique. Il n’utilise rien d’autre que l’air pour transformer de banals œufs en un chefd’œuvre aérien, montant et dorant au four avant de s’effondrer à la première bouchée. Dans Mastering the Art of French Cooking, leur livre de recettes de 1961 qui a profondément influencé l’art de la cuisine, Julia Child, Simone Beck et Louisette Bertholle décrivent le soufflé comme « l’incarnation et le triomphe de l’art culinaire français ». Des décennies plus tard, le soufflé demeure toujours aussi vivant,

A

les générations successives de chefs ayant revisité et réinventé ce classique des recettes de cuisine. Un soufflé comporte deux ingrédients principaux, une base savoureuse et des blancs d’œuf battus, qui sont délicatement mélangés juste avant la cuisson. Le mot vient du verbe souffler, et c’est précisément l’action des blancs sur la béchamel sous l’effet de la chaleur du four.

servis en entrée. Ils requièrent une base substantielle et stable, via une préparation à base de beurre, de jaunes d’œuf, plus de l’amidon sous une forme ou une autre (farine, riz ou maïzena). Les soufflés sucrés, aux fruits, au chocolat ou alcoolisés, font des desserts somptueux. La base peut être préparée avec du coulis de fruit, ou une sauce sucrée et épaisse.

Le mélange peut être salé ou sucré. Les soufflés salés comportent habituellement du fromage, des légumes, de la viande ou des fruits de mer et ils sont parfaits pour un déjeuner ou un dîner léger, ou

On trouve des soufflés partout en France, chaque région y apportant sa touche. En Alsace, les cuisiniers utilisent du kirsch. En Provence, fromage de chèvre ou aubergine constituent d’excellents ingrédients. Et naturellement, à Roquefort, le fromage éponyme est à l’honneur. ■

hallmark of French

of chefs revisit and refresh the

or lunch, or as a first course. They

cooking, the soufflé

classic recipe.

require a substantial and stable

is like magic. It uses nothing more than

base, in the form of a cooked sauce main

that often involves butter, egg yolks

air to transform workaday eggs

A

components, a flavorful base and

soufflé

has

two

and some kind of starch (flour, rice

into a lofty masterpiece, puffing

glossy beaten egg whites, and

or cornstarch). Sweet soufflés, with

and browning in the oven before

they are gently folded together

fruit, chocolate or liquors, make

collapsing at first bite.

just before baking. The word itself

spectacular desserts. The base can

comes from souffler, meaning “to

be made from a fruit purée, or a sweet, rich sauce.

In Mastering the Art of French

breathe” or “to puff,” which is what

Cooking, their profoundly influen-

the whites do to the base once they

tial 1961 cookbook, Julia Child,

hit the oven’s heat.

Simone

Beck

and

Soufflés are found all over France,

Louisette

with each region applying its own

Bertholle describe the soufflé as

The base may be made either

spin. In Alsace, cooks use kirsch.

the “epitome and triumph of the

savory or sweet. Savory soufflés

In Provence, goat cheese or egg-

art of French cooking.” Decades

usually

cheese,

plant are excellent additions. And

later, the soufflé remains as vital

vegetables, meat or seafood and

naturally, Roquefort cheese is a

as ever, as successive generations

are appropriate for a light dinner

popular addition in Roquefort. ■

incorporate

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PETITE HISTOIRE DU SOUFFLÉ

A BRIEF HISTORY OF THE SOUFFLÉ

C’est à Marie-Antoine Carême, père de la grande cuisine française, que l’on doit d’avoir perfectionné et popularisé le soufflé en publiant sa recette dans Le Pâtissier Royal Parisien en 1815. (La première recette était apparue en 1742, dans le livre de Vincent La Chapelle, Le Cuisinier moderne.) À l’origine, Carême préparait ses soufflés dans des moules à pâtisserie appelés croustades tapissés de papier beurré. Peu de temps après, des moules ont été conçus spécifiquement pour la préparation des soufflés, profondes et aux bords rigides, pour faciliter la « montée ». Carême se mit à le décliner sous diverses formes, y compris le Soufflé Rothschild, du nom de son employeur, qui était l’un des hommes les plus riches de France ; il consistait en fruits confits macérés dans l’alcool et contenait des paillettes d’or. (Les versions contemporaines remplacent l’élixir doré par du kirsch, plus accessible.)

Marie-Antoine Carême, the father of French haute cuisine, is credited with perfecting and popularizing the soufflé, publishing his recipe in Le Pâtissier Royal Parisien in 1815. (The first recipe had appeared in 1742, in Vincent La Chapelle’s Le Cuisinier Moderne.) Initially, Carême made his soufflés in stiff pastry casings called croustades that were lined with buttered paper. Soon after, vessels were developed just for making soufflés, deep dishes with straight sides, for the tallest rise. Carême went on to create several variations, including Soufflé Rothschild, named after his employer, one of the richest men in France; it contained candied fruit macerated in a liquor containing flecks of gold. (Contemporary versions substitute more attainable kirsch for the golden elixir.)

Tout au long de son histoire, le soufflé a évolué pour connaître nombre de déclinaisons. En 1903, lorsque Auguste Escoffier a publié Le Guide culinaire, qui a codifié les recettes classiques de la cuisine française, plus de 60 variantes de soufflés étaient en circulation, avec des versions y incorporant des ingrédients aussi divers que le parmesan, le foie gras, la scarole, le faisan, la violette, l’amande ou le thé. Un soufflé superposé appelé Camargo alterne les couches de soufflés à la mandarine et aux noisettes dans le même plat. Mastering the Art of French Cooking, publié près de six décennies plus tard, propose plusieurs recettes, dont le Soufflé Vendôme, dans lequel des œufs pochés froids sont incorporés au mélange pas encore cuit. Après cuisson, les œufs se réchauffent légèrement, révélant leurs jaunes baveux lorsque le soufflé est entamé. Malgré une récente tendance appelant à plus d’expérimentation vis-à-vis de la cuisine traditionnelle en France, le véritable soufflé tient toujours son rang. Et tandis que certains chefs n’ont pas peur d’innover en s’inspirant de versions classiques, les premières recettes datant du XVIIIe siècle sont encore très au goût du jour. ■

As the soufflé evolved, the number of variations grew. By 1903, when Auguste Escoffier published Le Guide Culinaire, which codified the classic recipes of French cuisine, more than 60 soufflé variations were in common use, with versions that incorporated ingredients as varied as Parmesan cheese, foie gras, escarole, pheasant, violets, almonds and tea. A layered soufflé called a Camargo alternated stripes of tangerine and hazelnut soufflé batters in the same dish. Mastering the Art of French Cooking, published nearly six decades later, offered several recipes, including a version called Soufflé Vendôme, in which cold poached eggs are layered into the unbaked soufflé mixture. After baking, the eggs warm up slightly, releasing their runny yolks when the soufflé is broken. Despite a movement in France in recent years that called for a more experimental take on traditional cuisine, there is still a place for perfect soufflé. And while chefs may innovate upon the classic version, those first 18th-century recipes are still very much in use. ■

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VIN

WINE

Né et élevé à Lyon, et certifié par la Society of Wine Educators de la Vallée de Napa (Californie), Nicolas Blanc est un passionné de cuisine et de vin. Directeur de la restauration du Sofitel de New York, il est l’œnologue de l’hôtel.

Born and raised in Lyon, France and certified by the Society of Wine Educators in Napa Valley, Nicolas Blanc has a passion for food and wine. Director of food and beverage at the Sofitel New York, he is the hotel’s wine specialist. By Nicolas Blanc / Translated from French by Farah Nayeri

France Whispering Angel, Caves D’Esclans Sacha Lichine 2016 Le Whispering Angel est un rosé AOC Côtes-de-Provence provenant des caves d’Esclans situées dans le Var, à La Motte en Provence non loin de Saint-Tropez. On y retrouve principalement les cépages Grenache, Rolle (Vermentino) et Cinsault. Aérien, ce vin joue sur la finesse, la fraîcheur et le fruit. En bouche, des notes subtiles et gourmandes de petits fruits rouges et de citrons se mêlent aux fleurs blanches avec une pointe d’épices soutenue par une belle minéralité. Un rosé frais et fruité, qui peut être dégusté en apéritif ou avec ce délicieux soufflé au fromage. Whispering Angel is an AOC Côtes-de-Provence rosé from the Esclans wine cellars located in the Var region, at La Motte en Provence, not far from Saint-Tropez. It is primarily a blend of Grenache, Rolle (Vermentino) and Cinsault grapes. This ethereal wine is delicate, fresh and fruity. On the palate, subtle, tasty notes of little red berries and lemon mix with white flowers and a hint of spice accompanied by a lovely mineral flavor. A fresh and fruity rosé, which can be enjoyed as an aperitif or with this delicious cheese soufflé. ■

UNITED STATES Taken, Napa Valley 2014 Les vignerons Carlo Trinchero et Josh Phelps ont été élevés dans la vallée de Napa, le vin fait partie de leur ADN. Ils ont créé Taken Wine Company avec une philosophie simple : faire de bons vins à partager avec leurs amis. TAKEN était leur premier vin et le nom était choisi car les premiers noms proposés étaient déjà pris. Il est fait de 60% de Cabernet Sauvignon, 40% de Merlot. Vous retrouverez des arômes de mûres, de chocolat, de prunes et de cassis. Le vin est dense et structuré avec une bonne longueur sur des notes d’espresso et de chêne toasté. For the winemakers, Carlo Trinchero and Josh Phelps, raised in Napa Valley, wine is part of their DNA. They created Taken Wine Company with a simple philosophy: to make fine wines to share with their friends. TAKEN was their first wine and the name was chosen because the first proposed names were already taken. It is made of 60% Cabernet Sauvignon and 40% Merlot. You will find aromas of blackberry, chocolate, plum and blackcurrant. The wine is concentrated and structured and has a good mouthfeel with espresso and toasted oak accents. ■

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Calendrier

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French Cultural Events In North America By Tracy Kendrick

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AGENDA XXXXX

PERFORMING ARTS Charleston, SC MURMURS The lineup for this year’s Spoleto Festival includes Murmurs, which was created by the nouveau cirque pioneer Victoria Thierrée Chaplin (daughter of Charlie) and stars her daughter, Aurélia. In the 80-minute, nearly wordless work of visual theater, the multitalented performer occupies a dreamlike world in which everyday items such as bubble wrap, bellows, umbrellas, and cardboard boxes take on lives of their own. May 26 through 29 at the College of Charleston’s Emmett Robinson Theatre; spoletousa.org.

Murmurs, a collaboration by Aurélia Thierrée (pictured) and Victoria Thierrée Chaplin, will make its Spoleto debut at the College of Charleston’s Emmett Robinson Theatre on May 26, 2017. Photo by Richard Haughton

EXHIBITIONS Cincinnati, OH BIJOUX PARISIENS Bijoux Parisiens: French Jewelry from the Petit Palais, Paris showcases 75 exquisite works of haute joaillerie by Boucheron, Lalique, Cartier, and others. Joining these with design drawings, fashion prints, and photographs, the exhibition chronicles the evolution of jewelry in France from the age of Louis XIII through the Art Deco era. Through May 14 at the Taft Museum of Art; taftmuseum.org.

San Francisco, CA MATISSE/DIEBENKORN Although Richard Diebenkorn never met Henri Matisse, he was deeply inspired by the French artist’s work throughout his career. The first major exhibition to examine this influence, Matisse/Diebenkorn brings together 100 paintings and drawings by the two masters. The show follows the trajectory of Diebenkorn’s career as he moved from abstraction to representation and back again, and juxtaposes his work with pieces by Matisse that he would have seen firsthand. Through May 29 at the San Francisco Museum of Modern Art; sfmoma.org.

San Francisco, CA EARLY MONET Born in Paris, Claude Monet moved with his family to Normandy as a young child. It was there that he met his early mentor, Eugène Boudin, who encouraged him to paint en plein air. Monet: The Early Years traces the artist’s evolution from these origins in the late 1850s until 1872, when he settled outside the French capital in Argenteuil and his mature style began to emerge. Combining beloved masterpieces with rarely seen canvases, the show reveals the artist’s increasing ability to capture effects of light and atmosphere. Highlights include the first painting Monet displayed publicly (a landscape he executed at age 18) and the two extant fragments of his monumental Luncheon on the Grass (1866), on loan from the Musée d’Orsay. Through May 29 at the Legion of Honor; legionofhonor.famsf.org.

New York, NY SEURAT Parade de Cirque, Georges Seurat’s first nocturnal painting, depicts the scene outside a traveling circus in Paris, with people lined up to buy tickets and performers giving passersby a taste of the spectacle inside. Organized around this Neo-Impressionist

masterpiece, Seurat’s Circus Sideshow presents related works by the artist and other 19th-century talents who shared his fascination with this unique world, among them Daumier and Picasso. Period posters, musical instruments, and documentary materials help summon up the carnival atmosphere. Through May 29 at The Metropolitan Museum of Art; metmuseum.org.

Providence, RI INVENTING IMPRESSIONISM Inventing Impressionism explores the origins of that perennial favorite of Western art movements, which upended traditional approaches to painting with its loose, spontaneous brushwork and emphasis on direct observation of nature to capture the shifting effects of light. Over the course of 12 years, starting in 1874, its practitioners mounted eight exhibitions revealing their resolutely contemporary outlook; eschewing the historical and religious subjects favored by the Salon, they turned their attention instead to the activities of modern life. Presenting paintings and drawings by Monet, Pissarro, Renoir, and others, the show reveals both the similarities that unify these artists and the

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unique style they each brought to bear on their work. Highlights include Degas’s rarely exhibited monumental pastel Six Friends at Dieppe. Through June 11 at the RISD Museum; risdmuseum.org.

Montclair, NJ MATISSE AND AMERICAN ART With their vibrant palette; fluid, economical lines; and harmonious compositions, Matisse’s works are both immediately recognizable and enduringly fresh. Through 65 paintings, archival objects, sculptures, and works on paper, Matisse and American Art examines for the first time the French master’s influence—both stylistic and thematic— on the development of Modern art in the United States from 1907 to the present. Nineteen Matisses join 44 works by American artists such as Maurice Prendergast, Richard Diebenkorn, Roy Lichtenstein, Andy Warhol, and Helen Frankenthaler. An archival section with a 1930 TIME magazine cover featuring Matisse, exhibition catalogues, and other publications sheds light on how the artist’s influence spread. Through June 18 at Montclair Art Museum; montclairartmuseum.org.

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Richmond, VA JEAN SCHLUMBERGER Best known for his flora-and-fauna-inspired creations for Tiffany & Co., which brought him on board in 1956, the jewelry designer Jean Schlumberger began his career designing buttons and then costume jewelry for the Italian couturière Elsa Schiaparelli in Paris in the 1930s. The Rachel Lambert Mellon Collection of Jean Schlumberger at the Virginia Museum of Fine Arts reveals the breadth of his output through 142 pieces of jewelry and objects such as cigarette cases and pill boxes, many never before publicly displayed. Often featuring colorful combinations of gemstones and enamel, his exuberant pieces found favor with such style icons as the Duchess of Windsor, Greta Garbo, and Vogue editor Diana Vreeland, who remarked that “He so well understands the fantastic beauty of the world.” Through June 18 at the Virginia Museum of Fine Arts; vmfa.museum.

Memphis, TN SCENT AND SYMBOLISM Smell is one of the senses least associated with art. Intriguingly, its role in that domain takes center stage in Scent and Symbolism:

Perfumed Objects and Images, organized around 140 perfume bottles drawn from the collection of the Umi-Mori Art Museum in Hiroshima, Japan. Dating from the 17th through the 20th centuries, the containers range from commercially produced bottles to flacons created by such legendary jewelers as Boucheron, Lalique, and Fabergé. Accompanying them are works of art depicting the various uses of scent, from the medicinal to the spiritual to the romantic. Fragrant plants add an actual olfactory component to the show, which extends outdoors. Through July 2 at the Dixon Gallery and Gardens; dixon.org.

Washington, DC BAZILLE Born into a wealthy family, Frédéric Bazille became both a practitioner and a patron of Impressionism, sharing his studio space and materials with the likes of Monet and Renoir. His name might be as well known as theirs today had he not met an untimely death in the Franco-Prussian War at age 28. Frédéric Bazille and the Birth of Impressionism explores the artist’s contributions to the movement through some 75 paintings —nearly three-quarters of his own total output—

along with works by celebrated predecessors and contemporaries, among them Corot, Courbet, and Manet. Organized thematically, the show reveals the wide range of subjects Bazille tackled, from still lifes and landscapes to nudes and portraits. This will be the sole U.S. presentation of this retrospective, which incorporates new research findings based on scientific imaging. Through July 9 at the National Gallery of Art; nga.gov.

Boston, MA MATISSE IN THE STUDIO “A good actor can have a part in ten different plays; an object can play a role in ten different pictures,” Matisse once observed in reference to a collection of items that he kept in his workspace as a creative wellspring. The first major international exhibition of its kind, Matisse in the Studio presents major works from different stages of the artist’s career alongside about 40 of these articles, among them a silver chocolate pot, a Kuba Mboom helmet mask from Central Africa, and textiles from around the world. These juxtapositions shed much light on the creative process of one of the giants of Modern art,


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particularly the influence of non-European artistic traditions on his work. This will be the show’s sole U.S. presentation. Through July 9 at the Museum of Fine Art, Boston; mfa.org.

Flint, MI RODIN Commemorating the centennial of the artist’s death, Rodin: The Human Experience— Selections from the Iris and B. Gerald Cantor Collections presents 52 bronzes representing highlights of artist’s career and shows how he paved the way for modern sculpture through his exploration of the creative process and the unrivaled expressiveness of his work. Among the pieces on view are his famous monuments to Victor Hugo and Honoré de Balzac, as well as studies for The Burghers of Calais. May 6 through July 30 at the Flint Institute of Arts; flintarts. org.

Sarasota, FL CHAGALL The garden setting in which it is presented lends Marc Chagall, Flowers, and the French Riviera: The Color of Dreams an immersive quality. The exhibition features two paintings never before publicly exhibited, as

Pâquerettes flacon, design by René Lalique, 1913. Courtesy of Umi-Mori Art Museum well as reproductions of Chagall’s nature-inspired stained glass, archival photographs chronicling his life, and a number of his personal belongings. Viewers can also admire orchids, bougainvillea, and other plants that evoke the South of France, where he spent the latter part of his life. Through July 31 at Marie Selby Botanical Gardens; selby.org.

Chicago, IL MAKING MAINBOCHER Although the name Mainbocher looks well

suited to a Parisian maison de couture and is often pronounced accordingly (man-bo-SHAY), it is actually the combined first and last names of an unlikely American designer (sounds like “Mane Bocker”). Born and raised in Chicago, he followed a remarkable career trajectory to the top of the fashion world. After serving in France in World War I, he stayed in Paris, eventually became editorin-chief of French Vogue, and then founded his own fashion house. He is most famous as the author of Wallis Simpson’s wedding

dress, but his widely varied accomplishments range from designing uniforms for the Girl Scouts to reviving the cinched waist years before Dior launched the New Look. The first solo exhibition of its kind, Making Mainbocher: The First American Couturier tells his fascinating tale and illustrates his creative scope and innovations through 30 garments dating from the 1930s to the 1960s. Through Aug. 20 at the Chicago History Museum; makingmainbocher.com.

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Washington, DC AMERICA COLLECTS While in American exile, Napoleon’s older brother Joseph Bonaparte put his private collection of paintings on display, ushering in a vogue for French art in this country. The first survey of its kind, America Collects Eighteenth-Century French Painting brings together 68 masterworks drawn from the holdings of museums across the United States, offering viewers a chance to see many little-known gems and discover the stories of their provenance. The show examines evolving American tastes, from frothy Rococo to sober Neoclassicism, and explores favorite themes such as love and portraiture. Works by the celebrated likes of Boucher, Fragonard, Chardin, Vigée Le Brun, and David hang alongside selections by less familiar names, among them Guillaume Lethière, one of the first mixed-race artists in the Western canon. May 21 through Aug. 20 at the National Gallery of Art; nga.gov.

Richmond, VA YVES SAINT LAURENT Yves Saint Laurent: The Perfection of Style chronicles the designer’s life and remarkable 44-year career, which officially

began when he was hired by the House of Dior at age 19. The show features 100 haute-couture and ready-to-wear outfits, including garments never before publicly displayed. Numerous other elements—the “Paper Doll Couture House” Saint Laurent created as a teenager, collection boards featuring sketches and swatches from his own house’s couture shows, a room of muslins (the first iterations of garments)— offer further insight into his creative vision and process. May 6 through Aug. 27 at the Virginia Museum of Fine Arts; vmfa.museum.

Philadelphia, PA DUCHAMP’S FOUNTAIN Marcel Duchamp’s “readymades”—everyday manufactured objects that he signed and sometimes modified slightly or combined— paved the way for various Modern movements by emphasizing concept over visual impact and artistic skill. Marcel Duchamp and the Fountain Scandal celebrates the centennial of the best known of these works, a porcelain urinal the artist signed “R. Mutt 1917” and submitted anonymously to the juryless exhibition of the Society of Independent Artists in New York (on whose board he sat). This provo-

cative move unleashed a debate about the artistic status of the piece, which was ultimately rejected from the show but remains relevant to the enduring question “What is art?” The show brings together the earliest replica of Fountain (approved by Duchamp; the original is lost), other readymades, and period photographs and publications to shine a light on this pivotal moment in art history. Through Dec. 3 at the Philadelphia Museum of Art; philamuseum.org.

San Francisco, CA RODIN Despite having little formal training as an artist, Auguste Rodin attained worldwide fame during his lifetime due to his ability to translate intense emotional states through expressive modeling of the human form. In honor of the 100 th anniversary of the sculptor’s death, the Legion of Honor unveils a complete reinstallation of its permanent galleries devoted to his work. In addition to showcasing some 50 of his creations, the Rodin Centenary will feature commissions by contemporary artists Sarah Lucas and Urs Fischer. Through Dec. 31 at the Legion of Honor; legionofhonor.famsf.org.

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AGENDA

On April 6, 1917, Congress declared war against Germany. The vote was unanimous, but the country wasn’t ready. Funds were lacking and the armed forces totaled less than 200,000 soldiers. The United States was an aggregation of peoples divided by the conflict. In order to unite Americans in the war effort, a formidable propaganda machine was set up in New York. Three hundred illustrators and admen were tasked with producing posters, leaflets, magazine covers and sheet music covers. During the 20 months of American engagement in the war, 2,500 illustrations were designed, reproduced and posted over all 50 States.

Fernand A. Crépaux, An Echo From France – Buy Liberty Bonds, 1918. This 1918 poster encouraging Americans to buy war bonds was financed by the French perfumer Édouard Pinaud, who had offices in Paris and New York at the time. © Museum of the City of New York

New York, NY POSTERS AND PATRIOTISM As the United States entered the war alongside the Allies in April 1917, admen and artists joined forces to “sell the war” to Americans. Twenty million propaganda posters were made between spring 1917 and the Armistice of 1918. Sixty original illustrations will be on display at the Museum of the City of New York until October 9.

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The first posters appearing in the exhibition Posters and Patriotism: Selling World War I in New York were made in spring 1917. They captured the patriotic momentum. “At this point, Americans had not yet witnessed coffins coming home,” observed Steven Jaffe, curator at the Museum of the City of New York. “Their image of the war is innocent and romantic.” A young seaman in his freshly pressed uniform boards his ship in the setting sun. The war is presented as a glorious and exotic adventure. To mobilize the homefront, New York became a theater of war. Vibrantly colored illustrations covered news-

stands, subway stations and billboards all over the city. Department stores dressed their windows with scenes of battle. Crowds gathered outside the Public Library to watch artists live-painting patriotic banners that would go on to line the length of 5th Avenue, nicknamed “Avenue of the Allies.” The first American troops landed in France on June 26, 1917, and by fall they were on the Lorraine front. In September 1918, 550,000 “doughboys” took part in the Battle of Saint-Mihiel in the Meuse département. But the war dragged on, and as the first victims fell, the messaged darkened. A poster from 1918 shows a soldier tangled up in the barbed wire of the no man’s land. “Buy Liberty bonds,” hammers home the poster. Once the Armistice of November 11, 1918, was signed, New York entered steadfast into the Roaring Twenties. Spared by the destructions of battle, the city transformed into the economic capital and admen gained legitimacy. Artists cast aside propaganda for the Dada art movement, and in Harlem clubs a new sound rang out, one brought over from Paris by AfricanAmerican soldiers. And so, jazz was born.

Through Oct. 9 at the Museum of the City of New York; mcny.org.


AGENDA

PERFORMING ARTS New York, NY CYRANO DE BERGERAC The Metropolitan Opera performs Franco Alfano’s Cyrano de Bergerac, with a text by the prolific Belle Epoque librettist Henri Cain. This adaptation of Edmond de Rostand’s classic play premiered in an Italian version in Rome in January of 1936, and then in the original French in Paris several months later. The outbreak of World War II hampered the opera from reaching audiences overseas. It did not make its U.S. debut until 2005, in a Met production starring Plácido Domingo. This time around, Roberto Alagna plays the title role, with Patricia Racette as Roxane. In French with English titles. May 2 through 13 at the Metropolitan Opera House; metopera.org.

Detroit, MI MORE CYRANO Michigan Opera Theatre presents Cyrano, a more recent (2007) take on Rostand’s play. Featuring a romantic score and lyrics faithful to the original 19th-century text, it is the fruit of a collaboration between American composer David DiChiera and French librettist Bernard Uzan, who also directs this production. With

Marian Pop as Cyrano and Sarah Joy Miller as his beloved Roxane. In French with English titles. May 13, 17, and 20 at the Detroit Opera House; michiganopera.org.

Beacon, NY CHAIGNAUD AND BENGOLEA The Paris-based dancers François Chaignaud and Cecilia Bengolea have been collaborating since 2005 on independent projects as well as pieces for the Opéra de Lyon, the Ballet de Lorraine, and Pina Bausch’s Tanztheater Wuppertal. Their influences range from classical ballet to polyphonic singing to club culture. The Dia Art Foundation commissioned the pair to create a program for its museum in Beacon, which occupies a former printing plant. Tailored to this industrial setting, the three-part performances, which include two other dancers, survey the pair’s 12-year partnership. May 12 through 14 and May 19 through 21 at Dia:Beacon; diaart.org.

without film,” projecting onto a giant screen images that they create during their shows using charcoal, ink, and other traditional media. The pair teamed up with the children’s author and illustrator Pef, best known for the word-play filled Prince de Motordu series, to create Dark Circus, about a big-top spectacle where everything goes wrong. For ages eight and up. May 25 through 27 at Southside Theater, sfiaf. org, and May 30 through June 4 at HERE, here.org.

North American Tour JEAN-MICHEL JARRE Known for his spectacular laser-and-light-filled live shows, electronic music pioneer Jean-Michel Jarre embarks on his first North American tour this month. In December 2016, he released Oxygène 3 on the 40 th anniversary of his breakthrough album, Oxygène, recorded in his kitchen on an eight-track. May 9 through 27; for complete details, visit jeanmicheljarre.com/tour.

San Francisco, CA, and New York, NY

Washington, DC, and New York, NY

DARK CIRCUS Jean-Baptiste Maillet and Romain Bermond, the duo behind the uncategorizable performance company STEREOPTIK, seek to make “cinema

LES INDES GALANTES One of Jean-Philippe Rameau’s most popular works, Les Indes Galantes is a sequence of romantic tales set in exotic locales. When it premiered in 1735,

audiences were transported to Turkey and Peru. Soon thereafter, Rameau added Persia to the itinerary, and still later, North America. In Les Indes Galantes – Part IV, the period ensemble Opéra Lafayette presents this final act, in which a Frenchman, a Spaniard, and a Native American vie for the hand of a chief’s daughter. Its score includes music Rameau composed after seeing a dance performance by Native American chiefs who met with King Louis XV in Paris in 1725. The program also includes selections from the rest of the opera. May 31 at The George Washington University’s Lisner Auditorium and June 2 at The Metropolitan Museum of Art’s Grace Rainey Rogers Auditorium; operalafayette.org. ■ For more information about French cultural events around the country, go to www.france-amerique.com/ events. You can also submit your own events to the online calendar. All submissions will be reviewed before publishing. Please submit at least seven days in advance of your event.

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CINEMA

A Woman’s life

Maupassant à l’écran

By Ariane Fert / Translated from French by Farah Nayeri

Stéphane Brizé s’empare d’un classique de la littérature française et signe un film sur la vie d’une femme et ses désillusions dans la France du XIXe siècle. Stéphane Brizé takes one of the classics of French literature and delivers a movie about the life and bitter disenchantment of a woman in 19th-century France.

La comédienne Judith Chemla porte sur ses épaules la brutalité d’un destin féminin dans la Normandie du XIXe siècle. Actress Judith Chemla bears the burden of a brutal female destiny in 19th-century Normandy. © TS Productions - Michaâl Crotto MAY 2017 FRANCE-AMÉRIQUE

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CINEMA

A

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Jeanne Le Perthuis de Vauds est une jeune aristocrate élevée par des parents bienveillants – le baron (Jean-Pierre Darroussin) et la baronne (Yolande Moreau) –, dans le château familial en 1819 en Normandie. À sa sortie du couvent, elle s’éprend d’un jeune vicomte local, Julien (Swann Arlaud), mais leur nuit de noces brutale n’est que le présage des tromperies et souffrances à venir. Ce dernier va se révéler menteur, volage et caractériel. Et les espoirs de bonheur qui animaient la jeune femme vont laisser place aux trahisons et aux drames. Belle âme fragile, accrochée à ses rêves jusqu’à la déraison, Jeanne va progressivement s’enfoncer dans la précarité et la tristesse sans jamais parvenir à se révolter. Sans, non plus, perdre foi en l’autre pour autant.

Jeanne Le Perthuis de Vauds is a young aristocrat brought up by caring parents – the baron (Jean-Pierre Darroussin) and the baroness (Yolande Moreau) – in the family château in Normandy in 1819. After leaving the convent, she falls in love with a young local viscount, Julien (Swann Arlaud). Yet their brutal wedding night is a foreboding of the infidelities and suffering that lie ahead. Her husband turns out to be a liar as well as being unfaithful and temperamental. The hopes of happiness that had energized the young woman give way to betrayal and tragedy. Jeanne, a beautiful, fragile soul who clings to her dreams to the point of madness, gradually sinks into poverty and sorrow without ever managing to rebel – and without, in spite of everything, losing faith in humankind.

Le film se démarque par sa direction artistique dépouillée et son sens de l’ellipse. Tout en restant fidèle à l’esprit du roman, Brizé est parvenu à se libérer de sa chronologie. Enjambant les décennies, le film effectue des allers et retours entre les différentes temporalités du récit pour suivre les pulsations et les revirements intimes de son héroïne dont il adopte le point de vue de bout en bout. Il faut saluer le talent de Judith Chemla, chanteuse lyrique venue du théâtre, qui excelle à donner à son personnage tous les âges de la vie, passant de l’insouciance et des rêves de l’enfance à la tragédie et à la plus profonde des solitudes. ■

The film stands out with its minimalistic direction and elliptical approach. While remaining faithful to the spirit of the novel, Brizé manages to break free from its specific timeline. The film, which spans several decades, flits back and forth between the story’s different time periods to follow the passions and reversals of its heroin, embracing her point of view from start to finish. It’s worth praising the talents of Judith Chemla, an opera singer who started out in the theater and who excels at portraying the character at all stages of her life, as she goes from the carefree reveries of childhood to tragedy and deepest solitude. ■

Durée : 119 mn. Dates de sortie : du 5 au 11 mai (New-York) ; du 12 au 18 mai (Los Angeles et Miami) ; suivi d’une sortie nationale.

Runs: 119 min. Release dates in the United States: from May 5 to 11 (New York); from May 12 to 18 (Los Angeles and Miami); followed by a national release.

près le succès de La loi du marché, son précédent film récompensé au festival de Cannes dans lequel Vincent Lindon incarnait un homme pris dans la tourmente de la crise économique, Stéphane Brizé a choisi d’adapter le premier roman de Guy de Maupassant paru en 1883 sous le titre L’Humble vérité. Un projet que le cinéaste a mûri pendant des années avant de se réapproprier ce roman empreint de compassion pour la condition humaine.

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fter the success of his last film The Measure of a Man, which won a prize at the Cannes Film Festival and starred Vincent Lindon as a victim of the economic crisis, Stéphane Brizé has chosen to adapt Guy de Maupassant’s first novel, published in 1883 under the title L’Humble Vérité. It’s a project that the filmmaker has been working on for years, and he offers his own take on a novel imbued with compassion for the human condition.


CINEMA

Pédagogique sans être moralisateur, Demain met en avant des initiatives individuelles pour améliorer nos modes de vie et de consommation. Educational but not moralizing, Demain presents individual initiatives aimed at improving our lifestyle and consumption patterns. © Mars Distribution

DEMAIN, UN ROAD MOVIE ÉCOLO TOMORROW, AN ENVIRONMENTAL ROAD MOVIE Devenu un succès en France, le film du militant écologiste Cyril Dion et de la comédienne Mélanie Laurent tente sa chance sur les écrans américains.

After a successful run in France, environmental activist Cyril Dion and actress Melanie Laurent’s film tries its luck on the big screen in America.

C’est l’histoire d’un petit documentaire financé grâce à un site participatif, aucun producteur ne voulant du projet au départ et qui, deux ans plus tard, cumule plus d’un million de spectateurs en France. Plutôt que de s’attarder sur les constats scientifiques alarmants pour notre futur, ses deux réalisateurs ont eu l’idée de parcourir la planète, de Detroit à Copenhague en passant par Bâle et l’Inde du sud, à la recherche d’initiatives positives. Ce road-movie optimiste, ni technique, ni moralisateur, capte l’attention et génère l’enthousiasme en proposant des solutions concrètes et intelligentes.

It’s the story of a small documentary film funded thanks to a crowdfunding website, after a lack of initial interest from producers. Two years later, the film has drawn audiences of more than a million in France. Rather than dwell on alarming scientific findings concerning the future of the planet, the two directors had the idea of traveling across the planet, from Detroit to Copenhagen via Basel and southern India, in search of positive initiatives. This optimistic road movie, neither overly technical nor moralizing, captures the viewer’s attention and generates enthusiasm by offering concrete and intelligent solutions.

Demain a d’ores et déjà commencé sa carrière américaine à San Francisco, New York et Los Angeles et devrait, si le bouche à oreille continue à fonctionner, tourner un peu partout à travers le pays. ■

Durée : 118 mn. Dates de sortie : à partir du 21 avril (New York et Los Angeles).

Tomorrow has already had screenings in San Francisco, New York and Los Angeles, and if the word of mouth continues to be positive, should soon be touring the United States. ■ Runs: 118 min. Release date: from April 21 (New York and Los Angeles).

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BOOKS

THE TABLE COMES FIRST By Pauline Guedj / Translated from French by Farah Nayeri

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vant d’être criblé de balles, le 30 mai 1942, le résistant français Daniel Decourdemanche (de son nom de plume Jacques Decour) écrivit à ses parents une lettre magnifique. Cette lettre n’est pas une méditation sur la mort. Juste une liste de dernières volontés et l’évocation des plaisirs que le jeune homme laisse derrière lui. L’auteur évoque « la femme qu’il aime », les livres qu’il voudrait lui transmettre et les bons repas partagés avec elle, sa famille et ses amis.

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efore he was executed by firing squad on May 30, 1942, the French wartime resistant Daniel Decourdemanche (whose pen name was Jacques Ducour) wrote a beautiful letter to his parents. This letter was not a meditation on death: It was simply a list of last wishes, and an evocation of the pleasures that the young man was leaving behind. The author mentioned “the woman he loves,” the books he wished to pass on to her, and the fine meals that he shared with her as well as with family and friends.


BOOKS

Il détaille le menu d’une auberge, celui d’un réveillon, et un repas pris en compagnie d’un certain Sylvain. Des « questions de nourriture qui ont pris une grande importance », écrit l’ancien correspondant du New Yorker à Paris Adam Gopnik dans The Table Comes First, Family, France, and the Meaning of Food, son dernier ouvrage. Auteur du livre à succès Paris to the Moon, ce chroniqueur de la culture française sous toutes ses formes (la mode, la cuisine, la politique, les habitudes et les travers des Français) revient sur l’influence de la cuisine française sur les goûts américains et les pratiques culinaires américaines depuis la fin des années 1960. « Inutile d’être un francophile forcené », affirme-t-il, « pour reconnaître que penser à la table et à ses rituels revient à penser à l’histoire de France ».

He listed the menu at an inn and on one particular Christmas eve, and remembered a meal that he had shared with a certain Sylvain. “Questions of food that took on great importance,” writes the New Yorker’s former Paris correspondent Adam Gopnik in his latest book, The Table Comes First: Family, France and the Meaning of Food. Author of the bestselling Paris to the Moon and chronicler of French culture in all its forms (fashion, cuisine, politics, but also the quirks and habits of the French), Gopnik reexamines French cuisine’s influence on American tastes and culinary practices since the late 1960s. “No need to be a fanatic Francophile,” he writes, “to acknowledge that thinking about the table and its rituals is to think about the history of France.”

Érudit et caustique, le récit met en scène son auteur qui s’attache à décrire une cuisine contemporaine audacieuse, faite de métissages culturels. Pas de culte passéiste ni de nostalgie. Les questions soulevées sont toujours d’actualité : le végétarisme, la production locale de légumes, le multiculturalisme. Gopnik rappelle que les premiers restaurants français, au XVIIIe siècle, étaient des lieux cosmopolites. À Paris, au Palais royal, on osait la cuisine provençale, comble de l’exotisme à l’époque. Il décrit la création des premiers restaurants de France et dresse un portrait émouvant de ses plus célèbres toques : le critique gastronomique de la fin du XIXe siècle Brillat-Savarin, érudit et bon vivant, spécialiste des fromages et pâtés en croûte ; les années fastes du chef trois étoiles au destin tragique Bernard Loiseau (suicidé à 52 ans) ou l’inventeur de la cuisine végétale Alain Passard, chef de L’Arpège à Paris.

Scholarly and caustic, the book shows its author on a mission to define an audacious contemporary cuisine that’s full of cultural intermixing. This is no backward-looking or nostalgia-driven cult. The questions raised are always topical: vegetarianism, the production of local vegetables, multiculturalism. Gopnik notes that the first French restaurants in the 18th century were cosmopolitan places. In Paris, at the Palais Royal, they dared to serve Provencal cuisine, the height of exoticism at the time. He describes the establishment of France’s first restaurants, and paints an emotional portrait of its most celebrated chefs: Brillat-Savarin, the late-19th-century food critic, a learned and fun-loving cheese and pie specialist; the peak years of the ill-fated threestar chef Bernard Loiseau (who committed suicide at 52); or the inventor of vegetarian cooking, Alain Passard, head chef at L’Arpège in Paris.

Plus que la nourriture en tant que telle, ce sont les rapports humains à table qui l’intéressent. « La nourriture est intéressante en tant que sacrement de communion humaine, pour la conversation humaine qu’elle induit. Je pense qu’en temps de troubles ou de problèmes, il n’y a rien de plus puissant que de s’asseoir avec des amis au dîner avec une bouteille de vin. » ■

Beyond the food itself, it is the human relationships at the table that interest Gopnik. “Food is interesting as sacrament of human communion, for the human conversation it results in. I think that during times of trouble or problems, there is nothing more powerful than to sit with friends over dinner with a bottle of wine.” ■

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BOOKS

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EXTRAIT DE THE TABLE COMES FIRST

EXCERPT FROM THE TABLE COMES FIRST

J’aime manger. J’aime la cuisine simple, tout comme la cuisine sophistiquée. J’aime manger à l’extérieur, mais aussi chez moi. J’aime le Grand Véfour à Paris, où les banquettes sont en soie et les mets à la truffe, tout comme le bistrot du coin, où les œufs sont servis avec des patates bien grasses. J’aime manger depuis ma plus tendre enfance, quand ma mère, cuisinière hors pair, préparait toutes sortes de plats, petits et grands, familiers ou exotiques. Très tôt, j’ai compris qu’il n’y a qu’un pas entre bien manger et se sentir heureux. Et, comme tous les consommateurs, j’ai aussi très vite découvert le fossé entre désir et déception : mon premier souvenir gustatif marquant est la prise d’une lampée bien amère d’extrait de vanille dans l’obscurité d’un placard, d’où j’avais chapardé la bouteille, persuadé qu’une chose au parfum si doux était forcément divine. (Ce qui est loin d’être le cas.) Si tous mes plaisirs sont réunis autour de la table, toutes mes désillusions ont un goût amer, comme la vanille.

I love to eat. I love to eat simple food and I love to eat fancy food. I love to eat out and I love to eat at home. I love the Grand Véfour in Paris, where the banquettes are made of velvet and the food is filled with truffles, and I love the coffee shop down the street, where the eggs all come with greasy potatoes. I’ve loved to eat since I was little, when my mother, a terrific cook, would make all the dishes, large and small, near and far. I learned early on the simple path between eating well and feeling happy. And, as all eaters do, I also early on learned the short, sudden path between desire and disappointment: my first strong taste memory is of taking a deep bitter swig of vanilla extract in a dark closet into which I had sneaked the bottle, sure that’s something that smelled that good had to taste good, too. (It doesn’t.) If all my pleasures are gathered around the table all my disillusions taste bitter, like vanilla.

En vieillissant, devenu moi-même père de famille, j’avais l’entrainement suffisant pour, à mon tour, cuisiner pour mes enfants – la mère féministe de mon épouse ayant à dessein soigneusement négligé l’éducation culinaire de sa fille. Et, au fil du temps, j’ai beaucoup écrit sur la gastronomie et le fait de manger, un écrivain étant naturellement attiré par les sujets qu’il affectionne. Et même si j’ai disserté avec bonheur sur les saveurs de telle ou telle cuisine, sur l’aspect de tel ou tel aliment mais aussi sur les étranges personnalités des individus qui préparent les plats les plus exquis, pendant des décennies je n’ai cessé de me demander : qu’est-ce que cela signifie vraiment ? Pourquoi y accordons-nous tant d’importance ? Et, pour ainsi dire, qu’est donc la cuisine ? Les tentatives pour l’élever au rang d’« art » m’ont toujours gêné, et celles se réclamant de l’aventure, je les trouve absurdes. Dans cet effort, je vois une politique des sexes, résultat d’une tâche traditionnellement féminine désormais accomplie par des hommes, moi y compris. Les mâles étant ce qu’ils sont, ils ont dû s’affirmer en tentant de ne pas paraître trop manifestement féminins et prétendre que cuisiner est tout aussi macho que la NASCAR, et, dès lors, créer la saveur d’un ragoût aux testicules de crotale. Avec l’avènement de Monsieur Parfait, quelque chose de plus insidieux est arrivé : tout le poids du quotidien des femmes – la course d’obstacles qu’elles doivent franchir tous les jours pour que la vie de famille suive son cours – a été subtilement ébranlé par le mari aux fourneaux. (Enfiler un tablier et préparer une sauce est la plus facile des tâches ménagères, et le moyen le plus sûr d’échapper à toutes les autres.) ■

Getting older, with children of my own, I was trai ned enough to cook for them – my wife’s feminist mother had purposefully neglected her daughter’s kitchen tuition. And, over the years, I wrote a lot about cook ing and eating, as a writer is bound to dwell on the things he loves. But though I had written happi ly about what food tasted like and what it looked like and also about the odd personalities of the people who made the best food, I was left, decades on, wondering: what did it really mean? Why did we care? What was, so to speak, the subject of food? The attempts to make food “art” I found embarrassing, and the attempts to make it adventure I found absurd. I recognized sexual politics in that effort, the result of traditionally women’s work now being done by men, including me. Men being men, they had to assert themselves by trying not to seem too obviously feminine, pretending that cooking was really just as macho as NASCAR, and so producing the taste for rattlesnake testicles ragout. And with the coming of Mr. Perfect, something more insidious happened: the sheer brunt and dailiness of women’s real lives–the everyday dance women still must do for family life to go on–was subtly undermined by the cooking husband, or host. (Putting on an apron and making a sauce is the easiest of household chores, and a neat way to escape doing the others.) ■

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BOOKS

Adam Gopnik © Gavin Bond / AUGUST

THE MOST BEAUTIFUL ROOM IN NEW YORK La comédie musicale The Most Beautiful Room in New York, avec les dialogues d’Adam Gopnik et la musique du compositeur David Shire, sera jouée du 3 au 28 mai sur la scène du C. Newton Schenck III theatre, dans le Connecticut. L’histoire d’un chef, David Kaplan, et de son restaurant familial à Union Square menacés par la nouvelle scène culinaire new-yorkaise. ■

The Most Beautiful Room in New York, a musical with words by Adam Gopnik and music by David Shire, will be performed from May 3rd to 28th at the C. Newton Schenck III Theater in Connecticut. It’s the story of a chef, David Kaplan, and the survival of his family restaurant on Union Square as it faces competition from the up-and-coming New York culinary scene. ■

Book and Lyrics by Adam Gopnik | Music by David Shire | Directed by Gordon Edelstein May 3 – May 28, 2017 Claire Tow Stage in the C. Newton Schenck III Theatre Tickets ranging from 34.50 to 89.50 dollars can be ordered at www.longwharf.org

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LANGAGE

QUAND

LE FRANÇAIS S’ENCANAILLE

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agnole, flic, mec, clope, dèche, papelard, fringues… Qui n’utilise pas de temps à autre ce type de mots ? S’ils sont entrés dans le langage courant, ils sont issus de l’argot. Ce dernier, comme on le sait, désigne le vocabulaire spécifique qu’adopte un groupe social ou une catégorie socioprofessionnelle afin de se distinguer ou de se protéger du reste de la société et qui forge son identité. Il n’y a pas un argot, mais des argots. Les bouchers, les militaires, les employés des halles, les élèves des grandes écoles, les prostituées ont – ou avaient – le leur. Mais l’argot est surtout traditionnellement la langue de la pègre. Rien d’étonnant dès lors à ce que son lexique soit particulièrement florissant dans des registres tels que la violence, le crime, la drogue, la sexualité*. Mais c’est probablement l’argent, au cœur des préoccupations des voleurs, bandits et autres malfrats, qui a donné le lexique le plus riche. Qu’on en juge par cette liste (non exhaustive) de synonymes : artiche, as, aspine, aubert, avoine, balles, beurre, biftons, blanquette,

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Par Dominique Mataillet blé, boules, braise, bulle, caire, carbure, carme, chels, caillasse, claude, craisbi, douille, écusson, fafiots, fifrelins, flouze, fourrage, fraîche, fric, galette, galtouse, ganot, gibe, graisse, grisbi, japonais, lard, maille, monaille, mornifle, némo, os, oseille, osier, pascal, pépètes, pèse, picaillons, pimpions, plaque, plâtre, pognon, radis, rafia, ronds, sauce, soudure, talbins, trèfle, thune… L’argot français – tel le slang des anglophones, les autres langues possèdent le leur – a eu son âge d’or, le XIXe siècle, et sa terre de prédilection, Paris, où affluaient, attirées par l’industrie en plein essor, les populations de toutes les provinces de France. C’est pourquoi bon nombre de mots argotiques sont des emprunts aux langues ou parlers régionaux. Des verbes comme arnaquer, cafouiller, pioncer viennent du picard. Le poitevin a donné zigouiller, le provençal resquiller. Ringard vient d’un dialecte du pays d’oïl ; pognon et grolles du lyonnais ; mouise du franccomtois ; dalle du normand ; gambette du picard ; argousin du catalan. Les langues étrangères ont

également apporté leur contribution. Chiourme, bisbille, gonze et gonzesse, patraque, scoumoune viennent de l’italien, fifrelin, loustic et schnaps de l’allemand. Surin et chouraveur ont été empruntés au tsigane, reluquer au néerlandais, alors que l’arabe a donné, entre autres, maboul, clebs, toubib, flouze, salamalecs, souk. Aujourd’hui, comme chacun sait, c’est de termes anglais que se nourrit majoritairement le vocabulaire argotique. Que l’on songe à des termes comme racket, tag, paddock, groupie, loser.

L

’argot, c’est également toute une série de mots de provenance inconnue. C’est le cas de frangine, de môme, de rupin, de chourin (un couteau), d’arpions (les doigts), de largue (une femme de mauvaise vie), d’abouler (donner). Plus encore que la création de néologismes, c’est l’emploi détourné de mots ainsi que leur assemblage inattendu ou incongru qui donne toute sa saveur à ce qu’on appelle parfois la « langue verte ». Le cœur devient « le palpitant », la langue « la menteuse ».

Le « Château-Lapompe » n’est rien d’autre que l’eau du robinet tandis que le « gros lot » désigne la syphilis et le « moulin à café » le tribunal. Pour ce qui est des expressions argotiques, elles sont toutes plus imagées les unes que les autres. Quelques exemples : « avoir du beurre sur le citron » (avoir commis quelque méfait) ; « compter les punaises » (être en prison) ; « planter un drapeau (ne pas payer une dette) ; « bouffer du safran » (rire bêtement) ; « être dans la béchamelle » (se trouver dans une situation délicate) ; « chauffer le four » (avaler des boissons fortes) ; « rhabiller le gamin » (resservir à boire) ; « tailler le bout de gras » (discuter) ; « peigner la girafe » (ne rien faire) ; « se fendre la poire » (rigoler) ; « avoir son genou dans le cou » (être chauve), « rendre la monnaie » (montrer des signes de vieillissement) ; « lâcher sa goualante » (chanter une chanson) ; « s’en tamponner le coquillard » (se moquer de quelque chose, s’en ficher) ; « défiler la parade » (mourir) ; « grésiller du carafon » (avoir quelques problèmes d’équilibre mental), auquel répondent, avec le même sens, « avoir une araignée au


LANGAGE

Perles d’argot, méchantes saillies et mots d’esprit fleurissent les dialogues du cinéma français. Ceux de Michel Audiard, un des maîtres du parler populaire, dans Les Tontons flingueurs de Georges Lautner (sorti en 1963) et sa réplique culte – « Touche pas au grisbi, salope », sont un sommet du genre. Dans la scène finale, les tontons flingueurs prient dans l’église Saint-Germain de Charonne. De gauche à droite : Lino Ventura, Francis Blanche, Robert Dalban, Bernard Blier et Jean Lefebvre.

plafond », « turbiner de la couronne » ou encore « avoir des papillons sous l’abat-jour ». Et encore se retient-t-on de donner à lire ici de truculentes formulations tournant autour du sexe. Loin d’être figé, l’argot se renouvelle sans cesse et s’adapte aux évolutions de la société.

Après avoir fait florès dans l’argot parisien des années 1950, le verlan – création lexicale consistant à inverser les syllabes d’un mot**, parfois accompagnée d’élision – a trouvé une nouvelle vie deux décennies plus tard avec le langage des cités. Qui n’a entendu parler de keuf (pour flic),

de meuf (femme), de feuj (juif) ou de beur (arabe) ? Traditionnellement langage des exclus et des marginaux, exalté par des écrivains tels que Frédéric Dard et Alphonse Boudard***, il est de plus en plus celui des jeunes (et des réseaux sociaux), qui le reprennent et le réinventent en

permanence. Et, demain, le français standard, celui de l’Académie et des beaux quartiers, continuera, par son truchement, à s’encanailler. En intégrant une partie de son lexique, comme il l’a fait, par exemple, avec « cambriolage », issu de l’argot « cambriole » (chambre). ■

* Ainsi les termes désignant les organes génitaux se comptent-ils par dizaines. ** C’est, justement, par l’inversion des syllabes de la locution adverbiale « à l’envers » que le mot verlan a été créé. *** Des chanteurs comme Pierre Perret et Renaud en ont aussi fait leur fonds de commerce.

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LANGUAGE

ON FLEEK, AWESOME, LEGIT… EMBARRASSING! Beware of using contemporary slang: it ain’t so easy, bro. By Anthony Bulger

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itting on the Paris metro the other day, I overheard two teenage boys chatting earnestly: – Ma bae kiffe Max. Ça m’vénère ! – Méfie-toi, Max, c’est un killer. Vaut mieux chiller. Sinon, bad-trip assuré. My knowledge of French slang is pretty good, but I must admit that I was bewildered by the mixture of styles and origins: kiffer from Arabic (to like, love), vénère (the reverse form of énervé, angry, annoyed) and a slew of Americanisms ( bae, badass, chiller, badtrip). A friend translated for me: the first kid was angry because his girlfriend had taken a shine to a certain Max,

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while his pal was telling him to calm down because Max was somewhat violent. Welcome to the wonderful world of contemporary slang! As Dominique Mataillet points out this month, there are many different kinds of slang, but they all share the same purpose: to speak directly to the members of one’s own tribe, be they butchers, bakers, candlestick makers or rap artists – and to no one else. Once that tribe – for instance, teenagers – realizes that outsiders understand a slang word or term, they swiftly drop it and reach for another one. And because slang is a way of signaling com-

munity membership, it can be toe-curling when an interloper tries to crash the party. That’s what John Zimmer, chief executive of the ridesharing service Lyft, found out to his cost when he said his company was “woke”. Zimmer’s misappropriation of a term from black American culture – woke refers to awareness of the Afro-American condition – drew widespread ridicule, not to mention resentment. Politicians, too, commit similar blunders when striving to be hip. Former U.K. prime minister David Cameron, for instance, was left redfaced when he found out that “L.O.L”, which he’d been using to sign his emails, didn’t mean “Lots Of Love” but “Laughing

Out Loud” (the recipient of Cameron’s sentiments was unamused). Even the august – but 95-yearold – BBC was called “ridic” when it issued a slang-related press release titled “Don’t get butthurt about our bants!” (translation: Don’t be offended by our teasing remarks”). Embarrassed foot-shuffling all around… The moral of the story, therefore, is to tread carefully when using modern slang. What makes this lingo so rich – and ultimately elusive – is the wide range of etymologies it can draw on. In Britain, which has a sizeable population from the Asian subcontinent, the Hindi language has been a


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fertile source of colloquialisms, such as “ badmash” (a dishonest person), “tik” (attractive) “achha” (OK) and, of course, chuddies (briefs), which spawned the widely used insult “Eat my chuddies”. But when this argot eventually went mainstream, largely thanks to TV shows, it was quickly dropped. Street cred went totally out the window when several of these “Hinglish” words were added to the prestigious Oxford English Dictionary. Another rich linguistic seam is multi-ethnic London English. MLE, as it’s known officially, is sometimes called Jafaican, since many of the terms come from the patois of the Caribbean, with contributions from Bangladeshi and West African languages. But here, too, words such as “gwop” (money), “peng” (attractive) and “creps” (shoes) slowly drifted into the mainstream and were picked up by the middle classes in a bid for ghetto authenticity. Or, as one observer put it, “a way to make white boys sound cooler”. Jafaican was wickedly parodied by comedians like Ali G (“Booyakasha! Big up yo’self”) and, when

last heard of, was being used chiefly by forensic linguists and sad dads. In some way, Jafaican is the British equivalent of Ebonics, a vernacular with a very special place in the global mash-up that is American English. Though U.S. slang draws on the multiple roots of the standard language, from Gaelic to Yiddish (or from “Gee Whiz” to “Oy Vay”), American Vernacular English – the fancy term for Ebonics – comprises a huge vocabulary to describe a specifically black experience. Hence the ire aroused by Mr. Zimmer’s glib remark. Perhaps the best-known sources of slang from this vernacular are rap and, especially, hip-hop. Terms such as “fam”, “po-po”, “dawg” and “bling-bling” (family, police, best friend, ostentatious) are familiar to anyone who watches movies or TV shows. Which means they are no longer serving their insider function and have been sidelined by a whole new ghetto glossary. Such is today’s slang – not a unified dialect but a mixture of styles, vocabularies

and idioms with thousands of inputs from subcultures as varied as videogaming and vlogs, memes and music, street gangs and shout-outs. The resulting hodgepodge has created a phenomenon known as “overlexicalization”, where a single notion is expressed by dozens of coinages. For instance, being drunk can be described as being trashed, crunked, loaded, fried – and much more besides.

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xactly the same multisource phenomenon exists in French. Nowestablished terms of Arabic origin, such as wesh-wesh (“Hi there”) and seum (angry) – see France-Amérique, March 2017 – are being displaced by a grab-bag of words from African languages such as Wolof (gourette, a young girl), Mandinka (toubab, a white European) and Lingala (mabe, bad), but also Romany (narvalo, crazy). Things get more complicated due to the use of verlan, the long-standing technique of reversing syllables to form a new word (verlan is the reverse of à l’envers, back-to-front). For ex-

ample, toubab becomes babtou. To make this new slang even more impenetrable, the reversed word itself is often shortened: famille (family) becomes millefa, then mifa, and ultimately mif. Inevitably, French argot has borrowed heavily from English. Some of these loan words are fairly obvious ( bad, squatter, chill) while others have shifted meanings (speed for “hyped-up”, swag for “stylish.”) And, as I found in the metro, hip-hop has inevitably made a mark because English is its mother tongue, so un b-boy is a breakdancer, choker is what happens when you forget your text in freestyle battle rap (to choke), bae is a girlfriend, and bling-bling is, well, bling! Of course, now that people – including me – are writing about these latest terms, they’ll certainly become as passé as “on fleek”, “bruv” and flouze. The next crop of slang is already in the making, and that’s a very exciting prospect. Or, in the current vernacular, “Tha’s way live.” ■

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GAME

MOTS FLÉCHÉS BILINGUES / ARROW WORD PUZZLE

N°4

By Jérémy Arki - jarki@france-amerique.com

Mots anglais et mots français se mêlent dans cette grille. À vous de la remplir, sachant que : Les définitions en français, dans les cases rouges, appellent des mots anglais ; Les définitions en anglais, dans les cases bleues appellent des mots français.

Le mot à chercher est en français Le mot à chercher est en anglais

In this arrow word puzzle you have both English and French words that intersect. You must complete the grid keeping in mind that: Every clue in French, in the red box, calls for a word in English; Every clue in English, in the blue box, calls for a word in French.

Find the word in French Find the word in English

SOLUTION

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France-Amérique Magazine (May 2017)  

The Best of French Culture & Art de Vivre

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