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APRIL 2017

THE BEST OF CULTURE & ART DE VIVRE

TRENDS THE FRENCH CRAFT BEER REVOLUTION

HERITAGE AN ART DECO SWIMMING POOL FILLED WITH ART Guide TV5Monde Volume 10, No. 4 USD 8.00 / C$ 10.60

LAFAYETTE THE FRENCH HERO'S FAVORITE PLACES TO SLEEP IN THE U.S.A.


APRIL 2017 Président / President Guy Sorman Rédactrice en chef / Editor in Chief Guénola Pellen, 646.202.9830 gpellen@france-amerique.com Directrice exécutive / Executive Director Marie-Dominique Deniau mddeniau@france-amerique.com Directrice artistique / Art Director Marie Vasquez mvasquez@france-amerique.com Assistante direction artistique / Assistant Art Director Charlène Colonnier ccolonnier@france-amerique.com Éditeur web / Web Editor Clément Thiery cthiery@france-amerique.com Intern Élise Quinio Contributeurs / Contributors Jérémy Arki, Nicolas Blanc, Anthony Bulger, Dan Carlinski, Pauline Guedj, David Lebovitz, Tracy Kendrick, Dominique Mataillet, Jean-Luc Toula-Breysse

The Floating Lounge © Jean-Philippe Delhomme, courtesy August Editions.

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Révision / Proofreader Marie-Nicole Elian

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France-Amérique LLC 115 East 57th St, 11th Fl. NY, NY 10022 Abonnements / Subscription Fullfilment $89.99/par an-annually $149.99 pour 2 ans/for 2 years $200 abonnement de soutien 1 an/Supporter's subscription for 1 year Hors/Outside U.S.A.: +$35 for 1 year; +$56 for 2 years

800.901.3731 (appel gratuit/toll free) or 215.458.8551 PO Box 3110 Langhorne, PA 19047-9930 France-Amérique (ISSN 0747-2757) is published monthly by France-Amérique LLC at France-Amérique, 115 East 57th St, 11th Fl. New York, NY 10022. Periodical postage paid in New York, NY and additional mailing offices. POSTMASTER: send address changes to France-Amérique LLC, 115 East 57th St, 11th Fl. New York, NY 10022. Copyright 2017 by France-Amérique LLC. All rights reserved. France-Amérique is a registered trademark of France-Amérique LLC.

Le culte américain de La Fayette Lafayette and U.S. Celebrity Mania

Iconic

52 Bon Appétit

Sweet Tooth

Steak frites au beurre de moutarde & sélection vins Steak with Mustard Butter and French Fries & Wine pairing

56 Agenda

Le Négus de Nevers

Service clients / Customer Service French: 646.202.9828 English: 800.901.3731 franceamerique@icnfull.com

46 History

La chaise Costes de Philippe Starck The Costes Chair by Philippe Starck

Publicité & Marketing Advertising & Marketing Amal Faouzi, 646.202.9828 afaouzi@france-amerique.com Julie Vanderperre, 646.202.9829 jvanderperre@france-amerique.com

Editorial Donald, Jim & Henry

Traducteurs / Translators Alexis Cornel, Samuel Todd, Alexander Uff

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French Cultural Events in North America

Trends

62 Cinema

Le retour de la bière artisanale Craft Beer’s Triumphant Return

La Mort de Louis XIV The Death of Louis XIV

66 Books

24 Heritage

A Paris Journal by Jean-Philippe Delhomme

La piscine de Roubaix Roubaix’s Swimming Pool Museum

36 Zoom

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Sionann O’Neill, la sous-titreuse Words at the Bottom of the Screen

Language Rire jaune et série noire A Free Shave and a Chicken in Every Pot

40 Philosophy

78 Game

Bachir Diagne, penseur de l’universalisme Bachir Diagne, A Universalist Philosopher

Mots fléchés bilingues Arrow Word Puzzle

France-Amérique LLC, 115 East 57th St, 11th Fl. New York, NY 10022. Tel: 646.202.9828

© Olivier Tallec

Retrouvez-nous / Visit us at www.france-amerique.com Volume 10, No. 4 APRIL 2017 FRANCE-AMÉRIQUE

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EDITO

DONALD, JIM & HENRY

By Guy Sorman Translated from French by Alexis Cornel

U

n léger vent de folie souffle sur les relations f ranco - amé ri caines. Tout a commencé par un discours du Président à propos de l’immigration, avec une exhortation bizarre de Donald Trump (lors de la grande conférence annuelle des conservateurs CPAC en février) dissuadant les Américains de visiter la France. Son « ami Jim », dont on ne sait rien et qui probablement n’existe pas, aurait

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dit à Trump qu’il n’allait plus à Paris parce que « Paris n’était plus Paris ». Le message est facile à décoder, car il relève de préjugés ordinaires sur la France. Le Paris rêvé de Jim, alias Donald, est peuplé de « vrais » Français avec bérets et baguette sous le bras de préférence, et évidemment « de souche », comme on dit au Front national pour éviter de dire qu’ils sont blancs.

A

light wind of folly is blowing through Franco-American relations. It all began with Donald Trump’s speech on immigration at the CPAC conference in February, which included a bizarre exhortation urging Americans not to visit France. His “friend Jim,” of whom we know nothing and who probably does not exist, supposedly told

Trump that he no longer visits the French capital because “Paris is no longer Paris.” The message is easy to decode, since it stems from common prejudices about France. The Paris of Jim’s (a.k.a Donald’s) dreams is inhabited by “true” French people, preferably wearing berets and holding baguettes under their arms, obviously nativeborn, or, “old stock” (the National Front’s euphemism for “white”).


EDITO

Ce Paris éternel, bien ancré chez certains Américains qui ne connaissent pas trop la France, est sans cesse mis en scène au cinéma par Woody Allen qui reconnaît volontiers ne fréquenter que deux arrondissements, le VIIIe et le XVIe. C’est aussi ce Paris fantasmé que racontent aux Américaines des écrivaines légères comme

dans un lycée parisien du XXe arrondissement : une partie de ses élèves, souvent plus âgés que lui et issus d’Afrique et du monde arabe, étaient mal à l’aise avec la langue française et le vocabulaire de Descartes. Des spectateurs américains, autour de moi, me demandèrent si ce film se passait vraiment à Paris. Comme je leur confirmais, ils s’exclamèrent :

This eternal Paris, firmly established for certain Americans who do not know France very well, is endlessly portrayed in the movies of Woody Allen, who openly admits being familiar with only two of Paris’ arrondissements, the eighth and the sixteenth. This is the same imaginary Paris reported to Americans by lighthearted writers such as

school) in Paris’ 20th arrondissement. Some of his students, often older than him and originally from Africa and the Arab world, were ill at ease with the French language and the vocabulary of Descartes. The American viewers seated around me asked if the film’s story really took place in Paris. When I confirmed this was the case,

PARIS IS NO LONGER THE ‘‘GAY PARIS’’ OF THE 1920s, BUT IT IS STILL PARIS. Pamela Druckerman, auteur de Bringing up bébé ou Mireille Guiliano, French women don’t get fat. Mais ces auteurs ne s’aventurent pas, en tout cas pas dans leurs livres, dans le Nord ni l’Est de la capitale, désormais aussi cosmopolite que New York. J’ai le souvenir d’une projection, à Manhattan, du film de Laurent Cantet The Class (en français, Entre les murs) qui racontait l’histoire vraie d’un professeur de philosophie (François Bégaudeau, auteur du livre original)

« Mais alors, c’est comme le Bronx ! ». Jim, peutêtre, était dans la salle. Eh oui, Paris est devenue une ville cosmopolite, mondialisée, ce qui la rend d’autant plus vivante et moins folklorique. On aura compris que Jim et Donald – comme certains Français – n’aiment pas les immigrants de couleur qui perturbent leur idée de la France. Tout ceci ne serait qu’une querelle littéraire si l’affaire n’était devenue franchement grave, avec la mésaventure de Henry.

Pamela Druckerman, author of Bringing up Bébé, or Mireille Guiliano, author of French Women Don’t Get Fat. These writers, at least in their books, do not venture into the north or the east of the capital, which is now as cosmopolitan as New York. I recall the screening of Laurent Cantet’s film The Class (Entre les murs) in Manhattan. The movie told the true story of a philosophy professor (François Bégaudeau, author of the original book) in a lycée (high

they exclaimed: “So it’s like the Bronx!” Maybe Jim was in the theatre. So yes, Paris has become a cosmopolitan, globalized city, which makes it more alive and less picturesque. It is clear that Jim and Donald – along with certain French citizens – do not like dark-skinned immigrants who disturb their idea of France. All this would have been nothing but a literary quarrel if it had not become quite serious with the misadventure of a certain Henry.

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EDITO

L

e Professeur Henry Rousso, historien français de l’Holocauste, reconnu dans nos deux pays, invité par l’Université A&M au Texas, a été (le 24 février) retenu dix heures à l’aéroport de Houston par les services de l’immigration qui bloquaient son entrée sur le territoire américain. Le prétexte : Rousso n’avait qu’un visa de touriste, alors qu’il devait, le lendemain, prononcer une conférence à l’Université A&M. Il lui aurait fallu, selon l’officier de l’immigration, un visa de travail. C’était un argument juridiquement faux et qui aurait pour effet de bloquer à peu près tous les échanges universitaires et tous les congrès entre Français et Américains. Il fallut qu’interviennent le Président de l’Université et des avocats pour libérer Henry Rousso. La faute fut attribuée par les services de l’immigration à « l’inexpérience » d’un de leurs agents : sans un mot d’excuse. Pour rendre cet incident plus troublant encore, il s’avère que Rousso est né au Caire et que ceci, certainement, a déclenché l’interrogatoire de l’universitaire : « Comment pouvait-il être né au Caire et être français ? » Le cas de Rousso n’est pas isolé : le vice-président d’un laboratoire pharmaceutique français a récemment été interpellé à l’aéroport Kennedy à New York, de-

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vant expliquer pourquoi il était français bien que né en Algérie. Il est grand temps pour Donald et Jim d’apprendre que l’on peut être français né ailleurs et Noir et Arabe de surcroît. À moins que Donald et Jim ne préfèrent les « faits alternatifs » à la vérité. Et au risque d’envenimer encore plus nos relations, le Parlement européen, le 2 mars, a formulé le vœu que les citoyens des États-Unis ne puissent plus entrer sur le continent sans visa. Mon objectif n’est pas d’interdire aux gouvernements américain ou français de se débattre comme ils l’entendent avec l’immigration, à condition que l’état de droit soit respecté, ainsi que les conventions internationales sur l’accueil des réfugiés. Mais, pour l’instant, c’est le chaos : les agents de l’immigration agissent selon leur humeur, sans directives, comme on l’a constaté à Houston et New York. Les touristes français en Amérique et américains en France ne semblent pas encore dissuadés. Chacun continue à découvrir que l’autre ne ressemble pas nécessairement à l’image que l’on en avait, ce qui rend le voyage d’autant plus vivifiant. Si d’aventure Jim revient à Paris, je suis disposé à lui montrer un Paris très joyeux, qui n’est plus le « Gay Paris » des années 1920, mais qui est toujours Paris. ■

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rofessor Henry Rousso, a French historian of the Holocaust, renowned in both countries and invited to speak at Texas A&M University, was detained on February 24 for ten hours at the Houston airport by immigration authorities preventing his entry into American territory. The pretext was that Rousso had only a tourist visa, although he was supposed to give a lecture the next day. According to the immigration officer, he should have had a work visa. The officer was wrong on legal grounds, and his position, if true, would have the effect of blocking almost all exchanges among universities and all conferences involving French and American scholars. The president of the university and a number of lawyers had to intervene to free Henry Rousso. ICE (Immigration and Customs Enforcement) attributed the mistake to the “inexperience” of one of its agents, without a word of apology. More troubling still, it turns out that Rousso was born in Cairo, and this is quite probably why he was interrogated: “How can you be French, since you were born in Cairo?” Rousso’s case is not isolated: the vice-president of a French pharmaceutical laboratory was recently detained at JFK airport

in New York, and required to explain how he could be French and born in Algeria. It is about time Donald and Jim learned that one can be French while born elsewhere, and even black and Arab to boot. Of course, Donald and Jim may prefer “alternative facts” to the truth. And, as if EuropeanAmerican relations needed further poisoning, on March 2 the European Parliament expressed the view that citizens of the United States should not be able to enter the continent without a visa. My aim is not to prohibit the American or French governments from working out their immigration policies as they see fit, as long as the rule of law is respected, as well as international conventions on the acceptance of refugees. But what we have now is chaos: security agents do whatever they want, without clear directives, as we have seen in Houston and New York. French visitors to America and Americans in France do not yet seem to be dissuaded. Each group continues to discover that the other does not necessarily look like what they expected, which makes their travels all the more invigorating. If Jim should by chance return to the French capital, I stand ready to show him a very happy Paris – not the “Gay Paris” of the 1920s, but one that is still Paris. ■


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ICONIC

LA CHAISE COSTES DE PHILIPPE STARCK The Costes Chair By Guénola Pellen / Translated from French by Alexander Uff

Baptisée du nom d’un célèbre café parisien, la chaise Costes a fait la gloire de son inventeur, le designer français Philippe Starck. Silhouette minimaliste, pieds en acier noir tubulaire et dossier en contreplaqué cintré, elle répond aux exigences du bon objet : usuel et élégant. Révélée au grand public en 1984, la chaise fut l’un des premiers meubles en série à décorer les appartements privés du président de la République. Elle symbolise le renouveau du design jusqu’ici réservé à l’élite.

François Mitterrand n’a pas seulement été l’artisan des grands travaux qui ont vu naître à Paris, dans les années 80, la pyramide du Louvre ou l’arche de la Défense. Dans le cadre de la politique de relance de la commande publique contemporaine auprès du Mobilier national, initiée précédemment à l’Élysée par Georges Pompidou, il fut aussi l’instigateur de la renaissance des designers français.

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Named after the renowned Parisian café, the Costes chair brought glory to its inventor, French designer Philippe Starck. Boasting a minimalistic frame, black tubular steel legs and a curved backrest, the chair meets all the criteria of an exceptional objet: everyday yet elegant. It was originally unveiled to the public in 1984, and was one of the first pieces of furniture to be produced as a series to decorate the French president’s private quarters. Today, the Costes chair symbolizes the rejuvenation of design that was previously reserved for the elite.

François Mitterrand was not just the man behind the major works that saw the creation of the Louvre Pyramid or the Grande Arche in La Défense. As part of a program to reboot contemporary public commissions through the National Furniture Services Agency, (an initiative previously introduced at the Elysée Palace by Georges Pompidou), Mitterrand was also responsible for the rebirth of the French design scene.


ICONIC

Le projet était de sensibiliser au design les Français qui, à l’époque, roulaient en DS, possédaient une télévision couleur mais étaient toujours assis sur le sofa de leur grand-mère.

The project aimed to restore a taste for design among the French public, who at the time drove luxury DS cars and watched color televisions, but still sat on sofas owned by their grandparents.

Pierre Paulin fut le premier designer à avoir répondu en 1970 à une commande de l’État pour l’Élysée. Le couple Pompidou voulait un mobilier moderne. À sa suite, Mitterrand s’entoure de Philippe Starck, apôtre du « design démocratique » à qui il confia l’ameublement de ses appartements privés à l’Élysée. En introduisant la chaise Costes sous les ors de la République, Starck et Mitterrand entendent faire du beau et de la culture un projet de société. Et c’est naturellement dans le quartier populaire des Halles que Philippe Starck va initier sa révolution.

Pierre Paulin was the first designer to respond to the government’s initial public commission, launched by the Pompidou family who were looking for modern furniture. Upon being elected, Mitterrand then approached the national reference in “democratic design,” Philippe Starck, and commissioned him to furnish the private presidential quarters at the Elysée Palace. By showcasing the Costes chair alongside the prestige of the French republic, Starck and Mitterrand strove to make beauty and culture a societal project. With this in mind, Starck quite naturally chose the working-class neighborhood of Les Halles as the setting for his design revolution.

LA RÉVOLUTION STARCK En 1984, les Halles sont un quartier avant-gardiste qui a vu sortir de terre quelques années plus tôt le centre Pompidou et le forum des Halles. Au même moment les frères Costes, Aveyronnais de Rodez et futurs propriétaires de nombreuses brasseries et d’un hotel à leur nom, cherchent à se faire une place à Paris. Avides de changement, ils achètent un bistrot traditionnel sur la place des Innocents, qu’ils renomment café Costes. Très vite, le tout Paris adopte le lieu. On y vient notamment pour ses jolies serveuses et pour y croiser les personnalités médiatiques palabrant sous sa grosse horloge. Pour dépoussiérer l’image désuète de la brasserie, ils confient le chantier au jeune Philippe Starck, qui vient de redécorer les Bains Douches. Parmi les créations cultes du designer, citons la chaise empilable Louis Ghost (la plus vendue dans le monde), la décoration de l’hôtel Mondrian à Los Angeles à la fin des années 90, du Delano à Miami, celle de la chaîne hôtelière tendance Mama Shelter, la conception du nouveau siège de Baccarat dans l’hôtel particulier ayant appartenu à Marie-Laure de Noailles, place des ÉtatsUnis (XVIe arrondissement) et celle de son luxueux restaurant, le Cristal Room, l’aménagement intérieur du yacht futuriste de Steve Jobs et même un presse agrumes, le Juicy Salif.

THE STARCK REVOLUTION In 1984, Les Halles was an avant-garde neighborhood which had seen the construction of the Pompidou Center and the Forum des Halles several years earlier. Around the same time, the Rodez-born Costes brothers – future owners of numerous eponymous hotels and brasseries – were looking to carve out a place in the French capital. The pair were hungry for change, and acquired a traditional bistro on the Place des Innocents. They renamed it Café Costes, and the new establishment was quickly adopted by the Parisian smart-set. Customers would flock to see the beautiful waitresses and bump into media stars of the time chattering endlessly under the café’s imposing clock. In an attempt to dust off the old-fashioned image of French brasserie interiors, the brothers approached the young Starck, who has just finished redecorating the renowned club, Les Bains Douches. The designer’s iconic projects include the Louis Ghost stackable chair (the world’s most sold chair), the interior design of the Mondrian Hotel in Los Angeles in the late 1990s, the Delano Hotel in Miami and the trendy Mama Shelter hotel chain, the design of Baccarat’s new headquarters in a private mansion once owned by Marie-Laure de Noailles on the Place des ÉtatsUnis (16th arrondissement) and the interior of its luxurious restaurant, Le Cristal Room, the layout of Steve Job’s futuristic yacht, and a citrus-squeezer known as the Juicy Salif.

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ICONIC XXXX

LE MOBILIER D’UNE

THE FURNITURE OF A

CATHÉDRALE MODERNE

MODERN CATHEDRAL

Imagineant le décor du futur café Costes, Starck rêve d’une « cathédrale moderne », avec un escalier magistral et des toilettes inoubliables. Il disait à l’époque qu’il serait « beau et triste comme le café de la gare de Prague ». Pour habiller cet écrin de modernité, le designer veut créer une chaise emblématique de l’époque, synonyme de progrès. Une fois n’est pas coutume, les bistrotiers parisiens demanderont au décorateur de se soucier du confort du client.

Starck dreamed of a “modern cathedral” for the interior of the future Café Costes, with a magnificent staircase and unforgettable restrooms. At the time, he declared the new establishment would be “beautiful and sad like the café at the train station in Prague.” To provide the setting with the desired modern touch, the designer began by creating an iconic chair in a testament to progress. In an unusual move, the Parisian bistro-owners asked Starck to ensure the customers would be as comfortable as possible!

Le designer imagine alors un fauteuil aux dimensions d’une chaise. Adieu rotin, sa chaise mise sur les matériaux modernes et arbore une silhouette épurée : une coque réalisée d’une seule pièce en bois d’acajou, de noyer ou de cerisier semblant comme posée sur trois pieds métalliques tubulaires de couleur noire. Le pied solitaire à l’arrière de la chaise doit faciliter la circulation des serveurs entre les tables. Pour mieux la saisir d’une main, son dossier est percé d’un trou. L’assise rembourrée est recouverte de cuir noir moelleux. L’élégante découpe offre des accoudoirs naturels.

The designer decided to create an armchair with the dimensions of a standard chair. Getting rid of the traditional wicker, Starck’s chair showcased modern materials and an elegant frame. The curved backrest was crafted using a single piece of mahogany, walnut or cherry wood, which seemed to merely rest upon three, black, tubular metal legs. The sole leg at the back of the chair was supposed to make it easier for waiters to move between the tables. A hole was also pierced into the backrest to make the chair easier to grasp. The seat was padded and covered with soft black leather, and the elegant shape offered natural armrests.

La chaise est éditée par la prestigieuse maison de design italien Driade, qui proposera en 1986 une version tout aluminium. Après la fermeture du café Costes des Halles en 1990, Starck dessinera la « King Costes », à quatre pieds cette fois ! La chaise Costes est aujourd’hui un objet de collection qui a rejoint la prestigieuse collection design du Centre George Pompidou. Elle est toujours vendue par Driade en de nombreuses finitions (chêne, ébène, bambou). Compter entre 700 et 1 000 euros en moyenne pour une chaise neuve. ■

The chair was produced by the prestigious Italian design firm Driade, which created a fully aluminum edition in 1986. After the Café Costes in Les Halles closed in 1990, Starck designed the King Costes chair, this time with four legs! The Costes chair is now a collector’s item and featured in the renowned collection at the Pompidou Center. The chair is still sold by Driade in a number of possible versions, including oak, ebony and bamboo. Expect to pay between 700 and 1,000 euros on average for a new chair. ■

Dans les années 1980, Philippe Starck révolutionne l’approche du design. D’élitiste et noble, il devient un projet « de société », minimaliste, abordable et respectueux de l’environnement. Philippe Starck revolutionized the approach to design in the 1980s, rewriting its elitist, noble codes to make it a “social project” focused on minimalism, affordability and respect for the environment. © Nicolas Guerin 10

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SWEET TOOTH

Negus de Nevers

By Jean-Luc Toula-Breysse / Translated from French by Alexander Uff

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Il y a des confiseries singulières dans la géographie gourmande d’une France sucrée. Singulières par leur nom, mais aussi par leur lieu de naissance. Le Négus de Nevers en est une manifestation criante. Pourquoi le Négus ? Ce nom est le titre porté par les souverains d’Éthiopie. Il signifie littéralement « roi des rois ».

There are some quite singular candies found on the delicious map of sweet-toothed France. Many are distinguished by their name, but also by where they were created. The Negus of Nevers (Négus de Nevers) is perfect proof of both. First of all, why “Negus?” This name is in fact a title used by leaders of Ethiopia, and literally means “king of kings.”

Invité d’honneur de la cinquième Exposition universelle organisée à Paris en 1900, Ménélik, empereur d’Abyssinie, fait une visite officielle en France. Il est reçu par le président de la République française Émile Loubet. La confiserie Grelier installée à Nevers et toujours en activité (rebaptisée Au Négus), crée à cette occasion un nouveau bonbon. La tradition de la maison était de produire, chaque année, une nouvelle sucrerie et de la nommer d’après une personnalité ou un fait ayant marqué l’actualité. La friandise ambrée cette année-là s’appellera Négus, en référence notamment au teint mat de ce noble descendant de la reine de Saba et du roi Salomon.

So the story goes, the emperor Menelik of Ethiopia was a guest of honor at the fifth World’s Fair organized in Paris in 1900. While on his official visit to France, he was received by French President Émile Loubet. The Grelier candy manufacturer in the city of Nevers (now renamed Au Négus, and still running today) created a new sweet treat for the occasion. At the time, the artisan traditionally produced a new candy every year, naming it after a famous personality or a major event. The amber-colored creation in 1900 was christened “Negus” in homage to the tanned complexion of the noble descendent of the Queen of Sheba and King Solomon.

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SWEET TOOTH

essieurs Grelier et Lyron déposent l’appellation « Négus de Nevers » et veilleront jalousement à ne pas divulguer leur secret de fabrication. Pour ceux qui ne la connaissent pas, Nevers est une petite ville de l’ouest de la Bourgogne située dans le département de la Nièvre. C’est là qu’Alain Resnais tournera l’adaptation d’Hiroshima mon amour (1959) dont Marguerite Duras avait écrit le scénario. Le film qui relate l’histoire passionnelle d’un homme et d’une femme rattrapés par la persistance de leurs souvenirs de guerre, fera la gloire d’Emmanuelle Riva, inoubliable actrice récemment disparue. Les dialogues entre Lui, l’amant japonais, et Elle marquent les esprits : « - Ça ne veut rien dire en français Nevers ? - Rien. Non » ; « - Je ne peux pas imaginer Nevers » ; « - Non à Nevers, je ne vais plus jamais - Jamais ? ». Le Négus est un caramel mou parfumé au chocolat, enrobé d’une coque de sucre cuit. Pour le déguster, rien de mieux que de le laisser fondre en bouche jusqu’à ce que le cœur s’offre au palais. La confiserie Au Négus est aujourd’hui la gardienne de cette tradition gourmande. La fabrication artisanale de ces douceurs rappelle celle d’un très proche parent, l’Abyssin, parfumé lui au café et d’apparence plus claire, tirant sur le doré. Découpés et refroidis, les Négus sont plongés dans un bain de sucre. En refroidissant, ils prendront une forme ovale, rappelant celle d’une pierre précieuse. Afin de les protéger de l’humidité pour qu’ils conservent leur craquant, leur boîte au design très vintage n’a pas changé. Ronde et métallique, de couleur vert foncé avec des inscriptions en lettres d’or, elle invite à un voyage dans le temps. L’entreprise fabriquant les Négus ayant été rachetée par la société À la mère de famille, la confiserie n’est plus à proprement parler nivernaise, mais il est toujours de bon ton d’aller la déguster dans son pays et écrin d’origine : Au Négus de Nevers. ■ Au Négus 96, rue François-Mitterrand, 58000 Nevers. Tél. : 03 86 38 20 82. Dans les boutiques parisiennes de À la Mère de Famille ou sur la e-boutique : www.lameredefamille.com

he owners, Messrs. Grelier and Lyron, patented the name Négus de Nevers and jealously guarded the secrets of its recipe and production. For those who do not know, Nevers is a small city in western Burgundy, located in the Nièvre département. It was the setting for Alain Resnais’ 1959 adaptation of Hiroshima, My Love, written by Marguerite Duras. The movie portrays the passionate story of a man and a woman as they ponder their life experiences and memories of the war, and pushed the unforgettable, late actress Emmanuelle Riva into the spotlight. The dialogue between Him, the Japanese lover, and Her, went down in French cinematic history: “- Does Nevers mean anything in French? - Nothing, no”; “- I can’t picture Nevers”; “- No, I never go to Nevers anymore - Never?” The Negus is a soft caramel candy flavored with chocolate and coated in hard-boiled sugar. The best way to enjoy it is to let it melt in the mouth until the tender center releases its full flavors. The candy manufacturer Au Négus is now the modern guardian of this delicious tradition. The artisanal production of this candy is reminiscent of another version, (The Abyssinian one, this time), flavored with coffee and offering a lighter, almost golden color. Negus candies are cut into pieces and cooled, before being plunged into liquid sugar. As they cool afterwards, they take on an oval shape not dissimilar to a precious stone. They are then stored in a vintage box – whose design has not changed over the years – to protect them from humidity and ensure they stay crunchy. The boxes are traditionally round and metallic, boasting a dark green color and inscribed with gold lettering. Nothing short of an invitation back in time. The manufacturer that originally created Negus candy has since been acquired by the company À la Mère de Famille, and the products are no longer from Nevers per se. But it is always good form to go and enjoy them in their native region (and box), at Au Négus in Nevers. ■ Au Négus 96, Rue François-Mitterrand, 58000 Nevers. Tel.: +33 (0)3 86 38 20 82. In the Parisian boutiques of À la Mère de Famille, or online at: www.lameredefamille.com

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TRENDS XXXX

Le retour de la bière artisanale CRAFT BEER’S TRIUMPHANT RETURN

By Clément Thiery / Translated from French to English by Alexander Uff Depuis les années 1980, les brasseurs américains redécouvrent et s’approprient de vieilles recettes de bières françaises tombées dans l’oubli. Certains de ces brasseurs américains se sont installés en France, où ils participent aujourd’hui à la « révolution de la bière artisanale ». American brewers have been rediscovering and remixing long-forgotten traditional French beer recipes since the 1980s. Some of these U.S. beer artisans have even moved to France, and today are playing a role in the “craft beer revolution.”

La bière Anton-François, brassée à partir de malt et de houblon français, fait la fierté de la brasserie Diebolt à Denver (Colorado). The beer Anton-François is brewed using French malt and hops, and is the pride and joy of the Diebolt brewery in Denver (Colorado). © Dustin Hall

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TRENDS

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TRENDS

À

he beer La Grisette is served at the bar of the Ladyface alehouse and brasserie restaurant in Agoura Hills, a small town between Los Angeles and Malibu. The beer’s logo conjures up images of Nana from Emile Zola’s novels, draped in her long, gray shawl. La Grisette is a wheat beer traditionally made in the mining regions of northeastern France and the Hainaut province of Belgium, and belongs to the category of farmhouse or saison beers. These beers were renowned in the 19th century, and were brewed during the winter to be enjoyed with the arrival of warmer weather. The Ladyface brewery in California is continuing this tradition.

La catégorie des bières de ferme est en plein essor. Mais cela n’a pas toujours été le cas. Les brasseries françaises et belges ont été mises à mal par les deux guerres mondiales, leurs cuves de cuivre réquisitionnées et transformées en munitions. Dans les années 1970, la fermeture des mines de charbon et la modernisation des exploitations agricoles ont accéléré le déclin des brasseries artisanales et scellé le sort des bières de ferme. Seule une poignée de brasseurs européens produisaient encore ce type de bière à la fin du XXe siècle.

Farmhouse beers are booming, but it’s a recent development. French and Belgian breweries took a hit during the two world wars, when the authorities seized their copper vats to transform them into ammunition. The closure of the coalmines in the 1970s, coupled with the modernization of the farming sector, also sped up the decline of craft breweries and spelled the end of farmhouse beers. Only a handful of European brewers continued to produce this type of beer at the end of the 20th century.

Les bières de ferme renaissent aujourd’hui aux États-Unis. Les microbrasseurs américains ont découvert le genre lorsque la maison belge Dupont a commencé à exporter sa production en Amérique du Nord dans les années 1980. « Vous pouviez alors compter sur une main le nombre de bières françaises ou belges distribuées aux États-Unis », se souvient Charlie Papazian, le fondateur de l’association des brasseurs américains. « Les bières brassées aux États-Unis étaient blondes, légères et avaient ce même goût neutre de New York à San Francisco ! » 16

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la brasserie-restaurant Ladyface à Agoura Hills, une petite ville située entre Los Angeles et Malibu, la Grisette est servie au comptoir. Son logo évoque la Nana des romans d’Émile Zola, drapée dans son long châle gris. Une bière blanche traditionnelle des régions minières du nord-est de la France et du Hainaut belge, la Grisette appartient à la catégorie des bières de ferme, ou bières de saison. Populaires au XIXe siècle, ces bières étaient brassées pendant l’hiver et consommées durant les beaux jours. En Californie, la brasserie Ladyface perpétue cette tradition.

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But farmhouse beers are now enjoying a new lease of life in the United States. American microbreweries first discovered them when the Belgian Dupont brewery began exporting its products to North America in the 1980s. “You used to be able to count the number of French and Belgian beers available in the U.S.A. on one hand,” says Charlie Papazian, founder of the American Brewers Association. “Beers brewed in the United States were indistinguishable – light lagers with the same neutral taste, from New York to San Francisco!”


TRENDS

À Denver (Colorado), le brasseur Jack Dielbolt ressuscite d’anciennes recettes de bières françaises qu’auraient sûrement apprécié ses ancêtres alsaciens. In Denver (Colorado), brewer Jack Diebolt draws on ancient French beer recipes which would have been quite popular with his Alsace-born ancestors. © Dustin Hall APRIL 2017 FRANCE-AMÉRIQUE

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TRENDS

En Californie, la brasserie Ladyface perpétue la tradition des bières de saison. Traditionnellement brassée dans le nord-est de la France et le Hainaut belge, la Grisette est l’une de leurs bières les plus populaires. The Ladyface alehouse and brasserie restaurant in California is continuing the French tradition of saison beers. Traditionally brewed in northeastern France and the Hainaut province of Belgium, La Grisette is among their most popular beers. © Raj Naik / Ladyface Ale Company

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Huit cent nouvelles brasseries aux États-Unis en 2016

Eight hundred new breweries in the United States in 2016

Brassées à partir d’orge fermenté et de blé, épicées mais peu alcoolisées, les bières de ferme tranchent avec les bières allemandes, des lagers blondes et légères, et les bières anglaises, des pale ales relevées qui se prolongent en bouche ou d’épaisses porters. Les brasseurs amateurs américains ont commencé à s’approprier de vieilles recettes artisanales françaises et belges, ouvrant leur propre brasserie et distribuant leur production localement.

Farmhouse beers are brewed using fermented barley and wheat. They offer a spicy taste but low alcohol content, and are distinctly different from the light German lagers and the strong pale ales and thick porters found in England. Amateur American brewers have started drawing on ancient French and Belgian recipes, and have even opened their own breweries and begun distributing their products locally.

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TRENDS

Le nombre de brasseries indépendantes aux ÉtatsUnis est passé de 89 en 1978 à 4 269 en 2015. Pas moins de huit cent nouvelles micro-brasseries ont vu le jour aux États-Unis en 2016 ! « Nous nous sommes entraînés avec un kit de brasseur amateur puis nous avons ouvert notre établissement en 2009 », commente Cyrena Nouzille, fondatrice de la brasserie-restaurant Ladyface en Californie — le premier État américain par le nombre de brasseurs indépendants. Originaire d’Aix-en-Provence, Jean-Luc Nouzille a transmis à sa femme sa passion pour les bières de ferme. Le couple en apprécie la recette simple et déclinable à souhait. Leur bière Dérailleur est vieillie pendant un an dans d’anciens fûts de Mourvèdre, un cépage rouge typique des régions chaudes et sèches comme la Provence et le sud de la Californie. La Coquette, une bière ambrée aux touches acidulées, est brassée à partir de kumquats que le couple récolte dans son jardin. Le miel de houx produit par un artisan local donne un parfum végétal à la bière Chapparal, servie en été. La carte du restaurant accompagne les saisons et les brassins : une salade niçoise avec la Grisette, un plat de moules frites avec la Blonde ou une assiette de choux et de saucisse artisanale avec la Dérailleur.

The number of independent breweries in the United States jumped from 89 in 1978 to 4,269 in 2015, and no less than 800 new microbreweries were founded in the U.S.A. in 2016! “We practiced using a home-brewing kit, and went on to open our own establishment in 2009,” says Cyrena Nouzille, founder of the Ladyface alehouse and brasserie restaurant in California – the state with the most independent breweries in America. Originally from Aix-en-Provence, Jean-Luc Nouzille passed down his passion for farmhouse beers to his wife. The couple are particularly partial to simple recipes that can be adapted. Their Dérailleur beer is aged for a year in old barrels used for fermenting Mourvèdre, a red grape native to hot, dry regions such as Provence and southern California. La Coquette is an amber beer with a tangy twist, and is brewed using kumquats the duo pick in their garden. And the addition of locally produced gallberry honey lends a vegetal aroma to the Chapparal beer, served in the summer. The restaurant menu is dictated by the seasons and the latest batches, offering food-beer pairings such as salade niçoise with La Grisette, an entrée of moules-frites with La Blonde, and a plate of Choucroute and artisan sausages served with La Dérailleur.

Puiser dans les recettes francaises oubliees

Inspiration from forgotten French recipes

« Ressusciter de vieilles recettes françaises nous permet de nous différencier de nos concurrents et de rendre hommage à notre histoire familiale », annonce Jack Diebolt, originaire du Kansas. Il s’est associé à son père en 2013 pour fonder la brasserie Diebolt à Denver, dans le Colorado. Brassée à partir de malt et de houblon français, leur bière phare est une révérence au parcours de leurs ancêtres Anton et François, nés à Detwiller en Alsace et émigrés à La Nouvelle-Orléans en 1852. D’une couleur miel et légèrement fruitée, leur bière Anton-François est distribuée dans 130 bars, restaurants et magasins de Denver. La brasserie en a produit cent-cinquante barils (ou 176 hectolitres) l’année dernière.

“Using old French recipes means we can set ourselves apart from our competition while paying homage to our family heritage,” says Jack Diebolt. The Kansas native teamed up with his father to found the Diebolt Brewing Company in Denver, Colorado, in 2013. Their flagship beer is brewed using French malt and hops, and is a nod to the journey made by their ancestors, Anton and François, who were born in Detwiller in Alsace and immigrated to New Orleans in 1852. Boasting a golden honey color and offering lightly fruity flavors, the beer Anton-François is distributed in 130 bars, restaurants and stores in Denver. The brewery produced 150 barrels (or 4,650 gallons) last year alone.

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TRENDS

Jack Diebolt n’est jamais allé en France mais puise dans son héritage français pour créer de nouvelles recettes. Cartographe de formation et passionné par les voyages des explorateurs d’antan, il s’est inspiré de l’histoire coloniale française et de ses territoires d’outre-mer pour développer une série de bières qui « explorent la vie quotidienne d’un expatrié français ». Brassée avec du sucre de palme, des figues et du ras el-hanout — un mélange d’épices que l’on retrouve dans le couscous et le tajine —, la bière Figgy Noir évoque la cuisine du Maghreb. Jack Diebolt et son père ont aussi mis au point une bière polynésienne (fèves de cacao, gousses de vanille, noix de coco et sucre de canne), une bière réunionnaise (poivre rose et sel de mer) et une bière martiniquaise qui se boit comme « un cocktail tropical » (goyave, écorces d’orange et fleurs de plantain).

Jack Diebolt has never been to France, but draws inspiration from his French heritage to create new recipes. Originally trained as a cartographer, and passionate about the adventures of old explorers, he used the history of France’s colonies and overseas territories as a base for developing a series of beers that “explore the daily lives of French immigrants.” The brewery’s Figgy Noir beer is reminiscent of cuisine from the Maghreb, and is made using palm sugar, figs and ras el hanout – a spice mix found in couscous and tajine dishes. Jack Diebolt and his father have also created a Polynesian beer (cocoa beans, vanilla pods, coconut and cane sugar,) a Réunionese beer (pink peppercorn and sea salt) and a Martiniquais beer, whose guava, orange peel and plantain flowers mean it can be enjoyed like a “tropical cocktail.”

Les brasseurs américains en France / American brewers in France

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On compte en France plus de mille brasseries indépendantes, estime le Syndicat National des Brasseurs Indépendants. Moins de 150 existaient il y a dix ans. En s’installant en France, les brasseurs américains ont importé avec eux la « révolution de la bière artisanale ». Anthony Baraff, originaire de Philadelphie, est asso-

cié au Breton Fabrice Le Goff. Le duo brasse en région parisienne depuis 2011 et vient d’ouvrir sa propre brasserie à Saint-Denis, au nord de Paris. Ancien maître brasseur de la chaîne de pubs parisiens Frogs formé dans le Colorado, Mike Gilmore a ouvert dans le deuxième arrondissement la première salle de brassage

artisanal de la capitale, Brew Unique. Comptez 170 euros pour brasser dix-huit litres de votre propre bière. Native de Boston, Shari Zigelbaum-Cau a ouvert le Bordeaux Beer Shop il y a trois ans et propose entre 250 et 300 références — dont une grande majorité de bières artisanales françaises. ■

There are more than 1,000 inde-

brewer Fabrice Le Goff. The duo have

Brew Unique, in the second arrondis-

pendent breweries in France, as esti-

been brewing in the Parisian region

sement. Thirsty amateurs can brew

mated by the Syndicat National des

since 2011, and have just opened

5 gallons of their own beer for 170

Brasseurs Indépendants. And yet

their own brewery in Saint-Denis,

euros. Moving south of Paris, Boston

there were less than 150 ten years

north of Paris. Another U.S. figure in

native Shari Zigelbaum-Cau opened

ago. By moving to France, American

the beer world, Mike Gilmore is a for-

the Bordeaux Beer Shop three years

brewers have brought the “craft beer

mer master brewer for the Parisian

ago. She now sells between entre 250

revolution” with them. Philadelphia-

FrogPubs chain. He was trained in

and 300 different products, including

born Anthony Baraff is one such pio-

Colorado and has just opened the

a majority of French craft beers. ■

neer, and partnered up with Breton

French capital’s first brewing room,

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TRENDS

De la brasserie Diebolt, située dans le quartier de Sunnyside à Denver (Colorado), sont sortis 900 barils (105 000 litres) de bière l’an dernier. The Diebolt brewery is located in the Sunnyside neighborhood in Denver (Colorado). The brewery produced 900 barrels (27,900 gallons) of beer last year. © Dustin Hal

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TRENDS XXXX

Originaire de Philadelphie, Mike Donohue (à droite) s’est associé au Strasbourgeois Thomas Deck pour ouvrir en 2014 la brasserie artisanale Deck & Donohue à Montreuil, au nord-est de Paris. Originally from Philadelphia, Mike Donohue (right) teamed up with Strasbourg-born Thomas Deck to open the Deck & Donohue craft brewery in Montreuil, northeast of Paris, in 2014. © Jean-Marie Heidinger 22

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TRENDS

La renaissance de la brasserie artisanale en france

The rebirth of French craft breweries

Originaire de Philadelphie, Mike Donohue vit depuis trois ans à Paris, où il dirige la brasserie Deck & Donohue avec son ancien camarade d’université, le Strasbourgeois Thomas Deck. « Historiquement, le houblon, l’orge et le malt qui entrent dans la composition de la bière étaient cultivés en Europe », explique Mike Donohue. « Ouvrir une brasserie artisanale en France représente la suite logique pour beaucoup de brasseurs américains. » Le duo franco-américain s’est installé à Montreuil, au nord-est de Paris, en 2014 — l’année de la première Beer Week parisienne consacrée à la bière artisanale [la quatrième édition du festival aura lieu du 5 au 13 mai 2017].

Originally from Philadelphia, Mike Donohue has lived in Paris for three years, and runs the Deck & Donohue brewery with his former university classmate, Strasbourg-born Thomas Deck. “The hops, barley and malt used to make beer were historically grown in Europe,” says Mike Donohue. “Opening a craft brewery in France was therefore a logical step for a lot of American brewers.” The Franco-American duo set up shop in Montreuil, in the northeast of Paris, in 2014. That year also saw the very first Parisian Beer Week, dedicated to craft beer. [The fourth edition of the festival will be taking place from May 5 to 13, 2017].

Devant le succès, la brasserie Deck & Donohue s’est agrandie en septembre dernier. Un second site, installé au sud-est de Paris, permettra aux deux brasseurs d’accroître leur production annuelle de 700 à 2 000, puis 3 000 hectolitres d’ici l’année prochaine. Thomas Deck et Mike Donohue assurent eux-mêmes les livraisons. Trois à quatre fois par semaine, ils chargent leurs camionnettes Renault et sillonnent la région parisienne. De Vincennes à Saint-Ouen en passant par Ménilmontant, les Halles et le Trocadéro, près de cent-cinquante troquets, restaurants et épiceries distribuent les bières Deck & Donohue. La Mission Pale Ale est leur produit phare. Cette bière blonde et légère mêlant des arômes de mangue, d’orange et d’ananas est un clin d’ œil à la première bière que les deux amis ont brassé ensemble dans la cuisine d’un appartement de San Francisco en 2005. « Nous brassons des bières françaises d’inspiration américaine, mais nous n’avons aucune envie d’exporter nos bières aux États-Unis », lance Mike Donohue. « Nos racines sont en France ! » ■

Faced with its growing success, the Deck & Donohue brewery expanded last September. The second site in the southeast of Paris will allow the two brewers to increase their annual production from 18,500 gallons to 80,000 gallons by next year. Thomas Deck and Mike Donohue personally take care of all the deliveries, loading up their Renault vans three or four times a week before setting off across the Parisian region. From Vincennes and Saint-Ouen to Ménilmontant, Les Halles and Trocadéro, almost 150 bars, restaurants and stores stock Deck & Donohue beers. The Mission Pale Ale is their flagship product. This light lager offers aromas of mango, orange and pineapple, and is a nod to the first beer the two friends created in a San Francisco apartment kitchen in 2005. “We brew French beer in an American style, but we have no intention of exporting our beers to the United States,” says Mike Donohue. “Our roots are here in France!” ■

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DE ROUBAIX

ROUBAIX’S SWIMMING POOL MUSEUM

HERITAGE

Le bassin de la Piscine et sa nef Art Déco sont éclairés de vitraux symbolisant le soleil levant et le soleil couchant. Architectes : Albert Baert, 1932; Jean-Paul Philippon, 2001. The swimming pool at La Piscine de Roubaix and its art deco nave are naturally lit by stained glass windows symbolizing the rising and setting sun. Architects: Albert Baert, 1932; Jean-Paul Philippon, 2001. © ADAGP, Paris 2017. Photo Alain Leprince


HERITAGE

By Hadrien Gonzales / Translated from French by Alexander Uff Dans le Nord de la France, l’ancienne ville industrielle de Roubaix abrite un écrin de culture Art déco. Menacée de disparition puis rénovée par l’architecte Jean-Paul Philippon en 2001, l’ancienne piscine de la ville dans laquelle des générations de Roubaisiens ont appris à nager est aujourd’hui un musée à la collection éclectique. Sculptures, peintures, arts textiles, tenues de mode et arts décoratifs s’y côtoient dans un décor à la fois grandiose et intimiste. The former industrial city of Roubaix in Northern France is home to an art deco museum. The space was threatened with demolition before being renovated by the architect Jean-Paul Philippon in 2001. Used as a swimming pool in the 1930s, many generations of Roubaix locals learned to swim in what has now become the city’s leading museum boasting eclectic collections. The space offers sculptures, paintings, textiles, fashion pieces and decorative art in a grandiose yet intimate setting.

n pénétrant dans l’édifice, on pourrait penser que la piscine est toujours en activité. Le chahut lointain d’un groupe d’enfants, mêlé au son de l’eau qui coule, se réverbère dans le bâtiment. Passé les cabines de vestiaires et les pédiluves aujourd’hui à sec, on entre dans la pièce maîtresse dite du grand bassin. L’eau jaillit de la gueule d’une fontaine de pierre à tête de lion. Autour de cette pièce d’eau de 50 mètres de long, un promenoir de bois, des mosaïques et des motifs Art déco.

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Le bassin est surplombé d’une voute magistrale. Avec ses deux vitraux demi-circulaires symbolisant le soleil levant et le soleil couchant, la pièce rappelle une chapelle abbatiale. Car si le bâtiment a été imaginé par le maire Jean Lebas pour réunir familles ouvrières et patronales, et fut réalisé par l’architecte laïque et républicain Albert Baert comme un temple dédié au corps, à l’hygiène et au sport, son architecture est calquée sur les abbayes cisterciennes. Le jardin est entouré de salles de sudation et de musculation, de douches et de cabines de déshabillage placées comme des cellules monastiques.

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W

hen walking into the edifice, anyone would think that the swimming pool is still up and running. The distant chattering of children can be heard over the sounds of running water throughout the building. After the changing rooms and now empty footbaths, visitors find the centerpiece known as the grand bassin. Water gushes out of the mouth of a stone fountain in the shape of a lion’s head, and a walkway crafted with wood, mosaics and art deco patterns rings the 50-meter-long swimming pool. A remarkable nave towers above the vast basin, and the two semi-circular glass windows symbolizing the rising and setting sun lend the space the atmosphere of a chapel. The building was designed by the then mayor Jean Lebas to gather working-class and business-owning families, and was built by the secular, republican architect Albert Baert, who sought to create a temple devoted to the body, hygiene and sport. But despite the leanings of its creators, the architecture is actually based on Cistercian abbeys. The garden is surrounded by saunas, exercise spaces, showers and changing rooms, positioned in the style of monastic chambers.


HERITAGE

À l’initiative du maire de l’époque, la piscine de Roubaix devait offrir aux ouvriers des usines avoisinantes un accès facile au sport et à l’hygiène, dans un lieu prônant la mixité sociale. La municipalité prêtait des maillots de bains aux plus démunis. Launched by the mayor at the time, the Roubaix swimming pool was originally designed to offer workers from nearby factories easy access to sports and hygiene facilities, in a setting emphasizing social diversity. The town also allowed the poorest visitors to borrow bathing suits.


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HERITAGE

Le bassin d’eau dans lequel plus personne ne plonge aujourd’hui est bordé de statues de baigneuses nues. Celles d’Henri-Louis Levasseur ou d’Eugène Déplechin ne semblent guère troubler le Grand paysan (1898-1899) en bronze du sculpteur Jules Dalou. Ni Jules Dalou lui-même, représenté par son ami et admirateur Auguste Rodin (1883), buste nu et regard triomphateur.

The pool, which has not welcomed swimmers for many years, is now surrounded by statues of naked bathing women. Works by Henri-Louis Levasseur and Eugène Déplechin fit in harmoniously alongside the Grand Paysan (1898-1899) crafted in bronze by sculptor Jules Dalou. And Jules Dalou himself seems quite at home, represented as a naked bust with a triumphant stare, created by his friend and admirer Auguste Rodin (1883).

UN PATRIMOINE MULTIPLE

A MULTI-FACETED HERITAGE

En 1835, les grandes entreprises textiles de la région érigent un bâtiment pour archiver et exposer leurs dessins et tissages, puis des objets d’art et des tableaux. Le musée fermera ses portes à la veille de la Deuxième Guerre mondiale.

The leading textile companies in the region erected a building in 1835 in order to exhibit their designs and weaves, and went on to feature pieces of art and paintings. The museum closed its doors just before World War II.

En 1989, le conservateur du musée Sainte-Croix à Poitiers, Bruno Gaudichon, rêve d’un lieu réunissant la collection textile de Roubaix et celle du musée Jean-Joseph Weerts, entièrement dédié à la peinture. « La mairie m’avait présenté plusieurs édifices comme le Palais de Justice et l’église des Gobelins mais aucun ne me semblait approprié. Puis on m’a montré cette « piscine de la rue des Champs. Lorsque les anciens employés nous ont accueillis sur place, j’ai compris l’attachement de la population pour cet endroit. D’emblée, nous avons pensé que nous pourrions le transformer en musée. »

In 1989, the curator of the Sainte-Croix museum in Poitiers, Bruno Gaudichon, was looking for a place to exhibit the city’s textile collections of Roubaix and those at the Jean-Joseph Weerts museum. “The city hall had presented me with several different buildings, including the Palais de Justice and the Gobelins church, but nothing seemed appropriate. One day I was shown around the ‘swimming pool on the Rue des Champs.’ I was welcomed to the site by the former employees, and quickly understood how attached the local community was to this space. We immediately started thinking about how to transform it into a museum.”

L’architecte Jean-Paul Philippon – déjà à l’origine de la transformation de la gare d’Orsay, à Paris – est chargé de la rénovation du bâtiment entre 1997 et 2001. La nef de La Piscine n’est d’ailleurs pas sans rappeler la grande galerie du musée parisien.

The architect Jean-Paul Philippon – who renovated the Musée d’Orsay in Paris – was appointed to renovate the building between 1997 and 2001. The nave in La Piscine is actually similar to the grand gallery in the Parisian museum.

Dans la salle consacrée à l’Enfance est exposée La Petite Châtelaine, pièce maîtresse des collections de La Piscine commandée en 1895 à Camille Claudel (1864-1943), sur la recommandation de Bourdelle, par l’industriel Henri Fontaine. Le travail de la matière – corps évidé, polissage à l’os de mouton – sont l’expression d’une volonté de l’artiste de se démarquer du travail d’Auguste Rodin dont elle venait de se séparer. Camille Claudel (1864-1943), La Petite Châtelaine, 1895-1896, Marble. La Petite Châtelaine is exhibited in the “Childhood” room. The sculpture is one of the masterpieces of the collections at La Piscine, and was commissioned by the industrialist Henri Fontaine in 1895, on the advice of artist Antoine Bourdelle. The meticulous methods applied to the material – the hollowed-out body and polishing with sheep bone – are the expression of a desire to distinguish the sculpture from those of Auguste Rodin, from whom Camille Claudel had just separated. © Photo : Arnaud Loubry APRIL 2017 FRANCE-AMÉRIQUE

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HERITAGE

« Le projet de Jean-Paul Philippon était de restituer aux Roubaisiens la piscine qu’on leur avait enlevée », poursuit Bruno Gaudichon. Avec cet espace d’exposition, c’est le patrimoine ancien de la ville qui renaît. L’entrée dans le saint des saints s’effectue désormais par une ancienne façade de brique sombre trouée de fenêtres. Le mur est celui de l’ancienne usine textile des établissements Hannart, qui jouxtait les bains douches. En clin d’œil au passé ouvrier, les gardiens et le personnel d’accueil portent un bleu de travail. Ou plutôt sa version chic : les tenues ont été imaginées par Michel Schreiber, le tailleur attitré du président de la République François Mitterrand.

UN ÉCRIN POUR L’ART Avec près de 80 000 œuvres – peintures et sculptures des XIXe et XXe siècles, arts décoratifs, pièces de mode et de textile –, les collections attirent en moyenne 200 000 visiteurs chaque année. La collection du musée souscrit à une esthétique académique (Esclaves à vendre de Jean-Léon Gérôme, 1873), mondaine (La robe d’argent de Germaine Lantoine-Neveux, 1932) et dans l’ensemble de bon ton (Les Cygnes de Joseph-Marius Avy, 1900). « Nous avons un Van Dongen de la période fauve mais il est d’une facture assez sage. Les avant-gardes étant représentées au LAM, le musée d’art moderne de la ville voisine de Villeneuved’Ascq, il s’agissait de se démarquer. Comme les Américains, nous sommes fiers d’exposer des peintures figuratives du XXe siècle. Prenez Paul Bonnard [Portrait de Madame Emile Bernheim, 1916] : en France, cela fait peu de temps qu’il est reconnu comme un artiste majeur. » Mentionnons aussi la section animalière du musée (Ours blanc, tête monumentale de François Pompon, 1922), la terrifiante représentation de Guernica par Jean Lasne (Guernica : mère et enfant, 1937), les nombreuses céramiques de Pablo Picasso et les robes signées Jeanne Lanvin, Christian Dior ou Comme des Garçons.

“Jean-Paul Philippon’s objective was to return the swimming pool to the people of Roubaix,” says Bruno Gaudichon. And by transforming it into an exhibition space, the city’s heritage was reborn. The entrance to this most sacred of places is now found through an old, dark brick façade peppered with windows. The wall is the same used in the old textile factory owned by Hannart, which once bordered the shower rooms. In a nod to the space’s working-class history, the security guards and the guides all wear blue-collar uniforms, although not without a pinch of chic: the outfits were designed by Michel Schreiber, the official tailor to former French president François Mitterrand.

A SHOWCASE FOR ART Offering almost 80,000 pieces – including 19 thand 20 th-century paintings and sculptures, decorative arts, fashion and textiles – the collections attract an average of 200,000 people every year. The museum’s collection presents an aesthetic in its exhibits, ranging from academic ( The Slave Market by Jean-Léon Gérôme, 1873) to upperclass ( The Silver Dress by Germaine LantoineNeveux, 1932), and generally in good taste ( The Swans by Joseph-Marius Avy, 1900). “We also have a Van Dongen from the Fauve period, but it is of quite modest quality. As the avant-gardists are already showcased at the LAM, the modern art museum in the neighboring city of Villeneuve-d’Ascq, we had to stand out and offer something different. Just like the Americans, we are proud to exhibit works by figurative painters from the 20 th century. Take Paul Bonnard, for example, [ Portrait of Madame Emile Bernheim , 1916]. He has only recently been recognized as a major artist in France.” The museum’s animal pieces are also worth mentioning, such as François Pompon’s White Bear, headpiece, 1922), as is Jean Lasne’s terrifying representation of Guernica (Guernica: Mother and Child , 1937), the numerous ceramic pieces by Pablo Picasso, and dresses designed by Jeanne Lanvin, Christian Dior and Comme des Garçons.

Alexandre Noll (1890 –1970), Bar à quatre pieds avec porte frontale en bille de hêtre, 1946. Musée d’art et d’industrie de Roubaix. Alexandre Noll (1890 – 1970), Four-legged cabinet with a frontal door crafted in beech wood, 1946. Musée d’Art et d’Industrie de Roubaix. © ADAGP, Paris, 2017. Alain Leprince 30

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HERITAGE

Rédemption (1905), un tableau du peintre américain Julius L. Stewart (1855 – 1919), représente une parabole religieuse autour de Marie-Madeleine, la prostituée repentie ici associée au motif de l’apparition divine. Offert à la France en 1905, le tableau a été découvert dans les réserves du Fonds national d’art contemporain. Restauré, il a rejoint la collection permanente du musée en 2001 et est exposé dans la salle de L’esprit fin de siècle. Redemption (1905), by American painter Julius L. Stewart (1855 – 1919), depicts a religious parable based on the repentant prostitute Mary Magdalene, featured next to a divine apparition. The painting was originally given to France in 1905, and was later discovered in the archives of the National Contemporary Art Collection. After being restored, it was added to the museum’s permanent collection in 2001, and is now exhibited in the “Turn of the Century” room. © Photo : Arnaud Loubry


HERITAGE

ROUBAIX SOUS LES PROJECTEURS

ROUBAIX IN THE SPOTLIGHT

Les artistes américains sont bien représentés. En 2005, le musée accueillait Robert De Niro à l’occasion de l’hommage rendu à son père, le peintre Robert De Niro Sr. Sa Nature morte de 1958 est la seule œuvre de l’artiste figurant dans une collection française. En 2008, la Piscine montrait l’unique monographie française du sculpteur new-yorkais Jedd Novatt. L’une de ses œuvres, Chaos Vasco I, un empilement de modules cubiques en bronze, se dresse toujours à l’entrée du musée. On pense aussi à la toile La princesse du Bengale (1899) du maître de l’orientalisme Edwin Weeks, natif de Boston, ou à Sur la plage de l’impressionniste Martha Walter, née à Philadelphie.

American artists are also well represented. The museum welcomed Robert De Niro as part of an homage to his father, the painter Robert De Niro Sr. His Still Life is the artist’s only work to be featured in a French collection. In 2008, La Piscine welcomed the only French retrospective of New York artist Jedd Novatt. One of his works, Chaos Vasco I, a stack of cubic modules in bronze, is still featured at the entrance to the museum. Other American exhibits include the painting The Princess of Bengal by Bostonborn Edwin Weeks, a master of Orientalism, and On the Beach by impressionist painter Martha Walter, originally from Philadelphia.

Le visiteur ne peut qu’être interloqué par le bronze Dynamo Mother (1933) de Gaston Lachaise (né en France mais dont la carrière prit son envol aux États-Unis) et son nu féminin sans tabou, animal et mystérieux. On reste sidéré surtout devant la toile intitulée Rédemption (1905) de Julius S. Stewart. Le peintre originaire de Philadelphie – qui à l’inverse de Gaston Lachaise connut la célébrité en France – montre une jeune femme en robe blanche, figure de la pécheresse repentie au milieu d’une fête galante. Prostrée, elle fixe le spectateur de ses yeux bleus. À sa gauche, hommes et femmes s’acoquinent dans leurs habits de cocktail. À sa droite, on devine la silhouette de Jésus sur la croix : le Christ rédempteur. Après le succès de la Piscine, un autre bâtiment historique de Roubaix est sur le point de passer sous l’emprise du musée. L’ancien collège Sévigné, datant du XIXe siècle, fait partie de vastes travaux d’agrandissement lancés en décembre, toujours sous la direction de l’architecte Jean-Paul Philippon. Le chantier inclut le réaménagement de l’ancienne entrée des bains publics et la création d’une aile flambant neuve. D’ici à 2018, on devrait ainsi voir la superficie de l’ensemble passer de 6 000 à 8 000 m². ■

Visitors will also notice the impressive bronze sculpture Dynamo Mother (1933) by Gaston Lachaise, (born in France but whose career was forged in the United States), and his mysterious, unflinching, animal and feminine nude. Another stunning painting is a canvas entitled Redemption (1905) by Julius S. Stewart. The work by the Philadelphia native – who, unlike Gaston Lachaise, pursued a career in France – shows a young woman in a white dress, representing a repentant sinner in the midst of a fête galante. The prostrate young woman holds visitors with her blue-eyed stare. To her left, men and women flirt dressed in cocktail party outfits, while the silhouette of Jesus on the cross – Christ the redeemer – can be glimpsed to her right. After the success of La Piscine, another historical building in Roubaix is about to become part of the museum. The former Sévigné junior high school, dating back to the 19 th century, has undergone major renovation and extension work since last December, also directed by architect Jean-Paul Philippon. The project includes the reconfiguration of the former entrance to the public baths, and the creation of a brand-new wing. The surface area of the museum is set to increase from 65,000 sq. ft. to 86,000 sq. ft. by 2018. ■

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HERITAGE

Dans le jardin Thérèse Constans, à l’entrée du musée, une cheminée en briques, vestige de l’usine textile Hannart Frères, fait écho au passé industriel de « la ville aux mille cheminées ». Les Trois cailloux (2005), sont une œuvre d’Agnès Decoux et Serge Bottagisio. At the entrance of the museum in the Thérèse Constans gardens, a brick chimney – recovered from the old Hannart Frères textile factory – is a nod to the industrial heritage of the “town of a thousand chimneys.” The sculptures Trois cailloux (2005) are by Agnès Decoux and Serge Bottagisio.

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HERITAGE

Jedd Novatt est un artiste américain résidant en France depuis plusieurs années. Son travail s’inscrit dans la tradition de la sculpture minimaliste américaine. Cette œuvre en bronze, Chaos Vasco I (2008) est à découvrir dans le jardin Thérèse Constans. Jedd Novatt is an American artist who has lived in France for several years. This bronze work, Chaos Vasco I (2008), showcases the traditions of minimalistic American sculpture. It can be viewed in the Thérèse Constans garden. © Photo : Alain Leprince APRIL 2017 FRANCE-AMÉRIQUE

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Sionann O’Neill La sous - titreuse

Words at the Bottom of the Screen

By Dan Carlinsky / Translated by Samuel Todd

L’une des anecdotes préférées (et sans doute apocryphe) des historiens du cinéma concerne une scène du film de Sam Peckinpah sur la Deuxième Guerre mondiale, Croix de fer, dans laquelle un soldat passe une tête hors d’un fossé, aperçoit une colonne de véhicules blindés approchant et alerte ses camarades en criant : « Tanks ! Tanks ! » Dans la version soustitrée en français, le sous-titre malencontreux et mal traduit indique : « Merci ! Merci ! » A favorite (possibly apocryphal) story of film historians involves a scene in Sam Peckinpah’s World War II movie, Cross of Iron, in which a soldier pokes his head out of his trench, spots a line of approaching armored vehicles and alerts his comrades by shouting: “Tanks! Tanks!” In the subtitled French version, the unfortunately mistranslated subtitle reads: “Merci! Merci!” 36

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Sionann O’Neill, traductrice indépendante et expérimentée, est une Américaine installée en France qui a travaillé sur plus de cent films pour l’exportation – elle convertit les dialogues en français en sous-titres en anglais. Elle s’occupe également depuis plusieurs années de traduire en français la Global edition du The Daily Show With Jon Stewart. Elle est aussi interprète durant le festival de Cannes pour des personnalités comme Dustin Hoffman ou Julianne Moore.

One freelance translator experienced in the craft is Sionann O’Neill, an American living in France who has worked on more than 100 movies for export – she converts French dialogue into English subtitles – as well as rendering the global edition of The Daily Show With Jon Stewart into French for several years and interpreting in real time at the annual Cannes Film Festival for the likes of Dustin Hoffman and Julianne Moore.

O’Neill a un peu étudié le français à l’université, mais elle n’était pas totalement à l’aise avec cette langue quand elle s’est installée en France il y a près de trente ans. Elle a alors suivi un cours pour étrangers et obtenu deux diplômes en études cinématographiques à la Sorbonne. Lors d’un festival du film dans la Sarthe, elle a fait la connaissance de François Ozon, alors scénariste et réalisateur en devenir, qui allait ensuite connaître le succès avec des films tels que 8 femmes avec Catherine Deneuve, La Piscine avec Charlotte Rampling, Potiche avec Deneuve et Gérard Depardieu et Dans la maison avec Fabrice Luchini. « J’ai eu beaucoup de chance », dit-elle. « Nous avons tout de suite été sur la même longueur d’ondes et j’ai sous-titré tous ses films, courts et longs métrages. » À son actif, elle compte aussi des œuvres d’Agnès Varda et de jeunes réalisateurs indépendants.

O’Neill studied a little French in college but didn’t become fully comfortable in the language until she moved to France nearly 30 years ago, took an immersion course for foreigners and earned two degrees in film studies at the Sorbonne. At a film festival in the Sarthe region she met François Ozon, then an up-and-coming screenwriter and director, who would become famous for such pictures as 8 Women (8 femmes) with Catherine Deneuve, Swimming Pool (La piscine) with Charlotte Rampling, Potiche with Deneuve and Gérard Dépardieu and In the House (Dans la maison) with Fabrice Luchini. “I was really lucky,” she says. “We connected right away, and I’ve done all his films, both shorts and features.” Her credits also include works by Agnès Varda and young independent filmmakers.

our la plupart des spectateurs, les sous-titres d’un film étranger sont juste des phrases au bas de l’écran qui permettent à ceux qui ne parlent pas la langue du film de comprendre ce qui se passe. Pour ceux qui rédigent ces phrases, l’écriture de sous-titres est un jeu complexe – et parfois risqué – où il est question de langage et de culture. Lorsque le public compte sur les sous-titres pour suivre l’action, une traduction ratée peut au mieux faire rire le public de façon inappropriée, au pire le laisser dans l’incompréhension la plus totale. Pour n’importe quel film (même une comédie) voué à une carrière internationale, le sous-titrage est une affaire sérieuse.

o most moviegoers, a foreign film’s subtitles are just the words at the bottom of the screen that let those who don’t know the language figure out what’s going on. To those who compose the words, writing subtitles is a complex – and sometimes risky – game of language and culture. When an audience is counting on titles to explain what’s happening, a messed-up translation can leave people at best laughing inappropriately, at worst totally confused. In any internationally released film, even a comedy, subtitles are serious business.

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Les traducteurs de l’industrie cinématographique française collaborent à l’élaboration en anglais des notes d’intention, scénarios et dossiers de presse – tous indispensables pour le financement et le marketing à l’international. O’Neill se charge également de toutes ces tâches, mais elle préfère se concentrer sur le sous-titrage. Alors que ce boulot est sans doute le moins connu et le moins apprécié (mais aussi peu rémunérateur) d’une industrie des plus glamour, il lui va comme un gant parce que, dit-elle, « J’adore le cinéma. J’aime écrire. J’aime jouer avec les mots. » Mais fabriquer des sous-titres ne se résume pas à passer les mots d’un dictionnaire à un autre. Les praticiens se doivent de comprendre les expressions idiomatiques et l’argot de nombreux univers différents. Selon le sujet, un sous-titreur doit être à l’aise avec le parler des voyous, les expressions utilisées par les militaires ou les derniers termes en vogue dans les banlieues. « J’utilise Internet. Je me sers également d’un dictionnaire des synonymes. J’appelle aussi ma sœur qui est prof dans un collège en Californie », raconte O’Neill. Il y a de subtiles différences culturelles à prendre en compte. En français, le terme « beignet » est un peu chic. Le « donut » américain a une connotation différente : le flic qui en trempe un dans son café chez un vendeur de « donuts ». Parfois, il n’y a pas de traduction directe possible et il faut alors créer un équivalent. Par exemple, il n’y pas de terme en anglais pour tutoyer, donc si un personnage dit : « Vous pouvez me tutoyer », je le transforme en : « Appelez-moi par mon prénom », ou : « Pas la peine d’être formel ».

French film industry translators collaborate on English-language versions of treatments, scripts and press kits – all needed for international financing and marketing. O’Neill does all of those but prefers to focus on subtitling. While the job is possibly the least known and least appreciated part of a glamorous business (and not very high paying, either), to her the field is a perfect fit because, she says, “I love film. I like to write. I like to play around with words.” But creating subtitles is much more than moving words from one dictionary to another. Practitioners need to understand idioms and current slang in many different worlds. Depending on the project, a subtitler might have to be up on gangster talk, expressions used by soldiers or the newest terms in the banlieues. “I’ll use the internet. I’ll use a print thesaurus. I’ll call my sister, who’s a middle school teacher in California,” says O’Neill. “There are subtle cultural differences to consider. In French, beignet is a little classy. The American ‘donut’ has a different connotation: the cop dunking one in his coffee at a donut shop. Sometimes there’s no direct translation and you have to create an equivalent. For instance, there’s no English word for tutoyer (meaning ‘‘to use the informal form of ‘you’, tu’’), so if a character says ‘Vous pouvez me tutoyer’ I’d make it read ‘Call me by my first name’ or ‘No need to be formal.’”

Le plus grand défi dans l’art du sous-titrage réside dans la concision – quarante signes par ligne en général – tout en trouvant les mots appropriés pour respecter le contexte et les nuances. « On est tenu par les limites de l’espace, explique O’Neill, donc cela force à être créatif. On essaie sans cesse d’être concis, toujours plus concis. Moins, c’est plus. On ne souhaite pas que les spectateurs passent leur temps les yeux rivés au bas de l’écran. Au contraire, le but est qu’ils oublient presque qu’ils sont en train de lire des sous-titres. Les rendre pratiquement invisibles : aussi proches du rythme original que possible, tout en restant fidèles à la manière dont s’expriment les personnages. »

Much of the challenge in subtitling lies in keeping the word count down – 40 characters per line is typical – while finding just the right words to maintain context and nuance. “You’re reined in by the space limits,” O’Neill says, “so you’re forced to be creative. You’re always looking to shorten and then shorten again. Less is more. You don’t want people looking at the bottom of the screen a lot. You want them to almost forget they’re reading subtitles. Make it nearly invisible: as close to the rhythm of the original as possible, the way the character would talk.”

Dans un film sorti récemment et dont elle a fait les sous-titres, Enfant Chéri de Valérie Mréjen et Bertrand Schefer, un homme à bout se dispute avec son père.

In one recent release she subtitled, Beloved Son (Enfant Chéri) by Valérie Mréjen and Bertrand Schefer, an exasperated man confronts his father.

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O’Neill se souvient d’un moment singulier du film : « Le fils s’oppose à son père : ‘Parce que tu ne t’es entouré que de gens qui ne t’interrompront pas et qui accréditent les nombreuses conneries que tu es capable de raconter.’ J’ai dû faire tenir cela en deux sous-titres, donc pas plus de quatre-vingts caractères. Ce qui a donné : ‘You surround yourself with people who don’t interrupt… who validate your limitless bullshit.’ Les réalisateurs se sont marrés chaque fois que l’on visionnait le film avec les sous-titres. Ils ont même dit en plaisantant qu’on aurait dû utiliser cette phrase en guise de titre anglais ! »

O’Neill recalls a favorite spot in the movie: “The son complains, ‘Parce que tu ne t’es entouré que de gens qui ne t’interrompront pas et qui accréditent les nombreuses conneries que tu es capable de raconter.’ I had to fit that into two subtitles, just 80 characters. I made it read: ‘You surround yourself with people who don’t interrupt … who validate your limitless bullshit.’ The directors laughed out loud every time we watched the film with the subs. They even joked that we should use that last phrase as the English title!”

O’Neill a travaillé à Paris pendant plusieurs années et a ensuite déménagé en Normandie. Grâce aux progrès de la technologie, elle a pu s’installer dans un village tranquille de la Manche. « Par le passé, les réalisateurs nous envoyaient des cassettes VHS par coursier, dit-elle. Désormais, tout se passe en ligne. Ils nous communiquent simplement les liens et nous pouvons ouvrir le film directement dans un logiciel spécial de sous-titrage. » Au final, écrire des soustitres c’est « la lutte d’une langue contre une autre, conclut O’Neill. Chaque sous-titre renferme son problème propre. Que je dois résoudre. » ■

O’Neill worked in Paris for several years, but then left for Normandy. Technology makes it possible for her to live in a quiet village in the Manche département. “The filmmakers used to send us VHS cassettes by messenger,” she says. “Now everything is online. They just give us the links and we can open the film right into a special subtitling program.” In the end, writing subtitles is “like wrestling from one language into another,” O’Neill says. “Each subtitle presents its own problem. I have to solve it.” ■

La dépression n’est pas la seule issue dans ma vie.

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PHILOSOPHY

Souleymane

BACHIR DIAGNE 3(16(85'(/Í81,9(56$/,60($81,9(56$/,673+,/2623+(5

Interview by Pauline Guedj / Translated by Alexander Uff Directeur du département de Français et de Philologie romane de l’université de Columbia à New York, Souleymane Bachir Diagne est l’une des voix africaines qui porte. Originaire de Saint-Louis au Sénégal, ce philosophe et enseignant a étudié à l’école Normale Supérieure de la Rue d’Ulm à Paris avant de créer à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar le premier programme d’enseignement et de recherche en philosophie des sciences. Recruté à l’université de Northwestern en 2002, puis à Columbia en 2008, il multiplie les thèmes de recherche, de l’Afrique aux réflexions sur l’art, de l’islam à l’analyse détaillée des pensées de Léopold Senghor ou de Henri Bergson. Bachir Diagne est un fin connaisseur de l’histoire des idées françaises et un commentateur politique. Nous l’avons rencontré à l’occcasion de la parution aux États-Unis de L’Encre des savants, dans lequel il vulgarise ses pensées. L’occasion d’aborder plusieurs sujets qui lui tiennent à cœur : l’universalisme, la philosophie en Afrique, l’islam et la lutte contre les crispations identitaires. Souleymane Bachir Diagne is Chair of the French and Romance Philology Department at Columbia University in New York, and is one of the leading African figures in his field. Originally from Saint-Louis in Senegal, the philosopher and teacher studied at the Ecole Normale Superieure on the Rue d’Ulm in Paris, before founding the first teaching and research program for the philosophy of science at the Cheikh Anta Diop University in Dakar. Hired by Northwestern University in 2002, then by Columbia University in 2008, he has continued to expand his areas of research, focusing on Africa, art, Islam, and the writings of Léopold Senghor and Henri Bergson. Diagne is an expert on the history of French thought, and a political commentator. We met with the author as part of the U.S. publication of his book, The Ink of the Scholars, in which he aims to make his writings accessible. Our interview was the ideal opportunity to discuss several subjects close to his heart, including universalism, philosophy in Africa, Islam, and the fight against tensions surrounding identity. Le dernier essai de Souleymane Bachir Diagne – L’Encre des savants, paru en France en 2013 – se veut un « précis » de vulgarisation philosophique déconstruisant quelques clichés tenaces sur la philosophie africaine et l’islam. L’ouvrage traduit en anglais est désormais disponible aux États-Unis. Souleymane Bachir Diagne’s latest work – The Ink of the Scholars, published in France in 2013 – tries to offer an accessible, philosophical “handbook” with a view to deconstructing a number of persistent clichés about African philosophy and Islam. The translated English version is now available in the United States. © Edouard Caupeil


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COMMENT EST NÉ LE PROJET DE L’ENCRE DES SAVANTS ?

HOW DID YOU COME TO WRITE THE INK OF THE SCHOLARS?

Souleymane Bachir Diagne : C’est une commande du Codesria, le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique, un organisme panafricain dont le siège se trouve à Dakar. Le secrétaire exécutif m’a demandé d’écrire un livre court faisant l’état des lieux de la philosophie en Afrique. J’ai accepté et le projet est devenu personnel. Ce livre était pour moi l’occasion de montrer en quoi les identités fermées, essentialistes, constituent une impasse. Avec le concept de traduction que je mets en avant, je propose de penser une autre forme d’universalité horizontale, en se demandant comment l’on peut vivre ensemble, avec un horizon commun.

Souleymane Bachir Diagne: It was commissioned by the CODESRIA, the Council for the Development of Social Science Research in Africa, a pan-African organization headquartered in Dakar. The Executive Secretary asked me to write a short book to review the current state of philosophy in Africa. I accepted, and the project quickly became personal. This book was a chance for me to demonstrate how closed, essentialist identities create a deadlock. With the concept of translation, which plays a major role, I offer an idea of another form of horizontal universality by asking how we can live together with a shared future.

QUE PENSEZ-VOUS DES DÉBATS FRANÇAIS SUR LA LAÏCITÉ ?

WHAT IS YOUR VIEW ON FRENCH DEBATES ON SECULARISM?

J’ai le sentiment que répéter à tout bout de champ qu’il y a un universel républicain ne sert à rien. Certaines formations politiques, qui ne brillaient pas par leur attachement aux valeurs républicaines et à la laïcité, s’en servent aujourd’hui pour créer la polémique. Les sociétés européennes sont face à une épreuve. Elles sont devenues multiculturelles très vite. Elles ont connu un afflux de populations étrangères et possèdent maintenant des populations mélangées, métissées. Il me semble que la voie serait de considérer qu’une société ouverte est une société en mesure de vivre avec la diversité, la pluralité et la différence.

I feel it is pointless to constantly repeat that there is a republican universal. Certain political groups – who have never stood out through their devotion to republican values or secularism – are now using this universal to stir up tension. European societies are currently facing a challenge. They have become multicultural very quickly, with an influx of foreign populations, and are now defined by intermingled, blended populations. I think we should consider that an open society is a society that is able to live with diversity, plurality and difference.

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Aujourd’hui, il y a beaucoup de discours incantatoires, beaucoup de questions mal posées. Est-ce que l’islam est compatible avec la démocratie ? C’est le mouvement de l’histoire et le caractère ouvert des sociétés qui fait que les populations s’intègrent. La même question s’est posée pour d’autres religions. Tout le monde s’accorderait à dire qu’il n’y a pas d’incompatibilité entre le catholicisme et la démocratie, mais cette question s’est déjà posée par le passé. C’est le mouvement de l’histoire qui a imposé une réponse positive.

Today there are many incantatory speeches and many poorly asked questions. For example, “ Is this Islam compatible with democracy? ” The movement of history and the openness of societies are what allow populations to integrate. The same question has been asked of other religions. Everyone would agree there is no incompatibility between Catholicism and democracy, but this question was already asked in the past. And the positive answer was imposed by the movement of history.

LE MOMENT DE TRANSITION QUE NOUS VIVONS DONNE-T-IL NAISSANCE À DES CRISPATIONS IDENTITAIRES ?

IS THE CURRENT TRANSITION WE ARE EXPERIENCING CREATING TENSIONS ABOUT IDENTITY?

On les voit partout. C’est comme si les sociétés se crispaient contre leur propre devenir. Il y a une tentation de l’homogène qui se traduit par des crispations que l’on voit dans certains discours politiques. Il y a une focalisation sur l’islam, qui est liée évidemment aux terribles événements qui ont émaillé le cours des choses pendant le vingt et unième siècle, en commençant par le 11-Septembre. Mais il ne faut pas oublier que l’islam n’est pas né avec le 11-Septembre. L’islam, c’est d’abord une tradition intellectuelle et spirituelle qui date d’un millénaire et demi. Malheureusement, l’actualisme domine nos réflexions sur cette religion et la figure de l’étranger dangereux se confond avec celle du musulman.

Yes. You can see them everywhere. It is as if our societies were struggling against their own futures. There is a temptation to become the same, which is reflected by tensions observed in certain political stances. There is also a focus on Islam, which is obviously linked to the tragic events that have interspersed the course of the 21st century, starting with 9/11. But we should remember that Islam was not created by or after 9/11. Islam is first and foremost an intellectual and spiritual tradition dating back 1,500 years. Unfortunately, current events dominate our consideration of this religion, and the concept of dangerous foreigners is now mixed up with that of Muslims.

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L’ISLAMOPHOBIE A-T-ELLE DES CARACTÉRISTIQUES DIFFÉRENTES AUX ÉTATS-UNIS ET EN FRANCE ?

DOES ISLAMOPHOBIA HAVE DIFFERENT CHARACTERISTICS IN FRANCE AND THE UNITED STATES?

L’idée d’une altérité dangereuse représentée par le musulman est la même des deux côtés de l’Atlantique. Mais si l’on regarde la sociologie des populations musulmanes vivant dans les deux pays, on a affaire à des cas relativement différents. Les populations musulmanes dans les banlieues françaises sont plutôt pauvres. Les populations musulmanes installées aux États-Unis sont souvent plus éduquées et plus riches que la moyenne américaine. L’idée de jeunes de banlieues devenant délinquants avant de se radicaliser n’existe pas ici de la même manière qu’en France.

The idea of a threatening otherness represented by Muslims is the same on both sides of the Atlantic. But if we observe the sociology of Muslim populations in both countries, we see relatively different scenarios. Muslim populations in the French banlieues are quite poor, while Muslim populations in the United States are often better educated and wealthier than the national average. There is not the same idea of young people from the projects becoming delinquents and radicalizing in the U.S.A. as in France.

FAUT-IL VOIR UN LIEN ENTRE CE CONTEXTE SENSIBLE ET LE TITRE DE VOTRE LIVRE, L’ENCRE DES SAVANTS ?

IS THERE A LINK BETWEEN THE CURRENT SENSITIVE CONTEXT AND THE TITLE OF YOUR BOOK, THE INK OF THE SCHOLARS?

Une des questions qui anime le livre est celle de l’érudition écrite. On a souvent l’impression que l’Afrique, c’est l’oralité. Or, ce n’est pas vrai. Depuis le onzième siècle, il y a de nombreuses régions africaines qui ont accepté l’écriture arabe ou utilisé des caractères arabes pour écrire les langues africaines.

One of the questions running through the book is that of written knowledge. People often think that orality is more common in Africa, but this impression is false. Since the 11th century, there have been many African regions that have accepted writings in Arabic, or that have used Arabic script to write African languages.

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Hommage du dessinateur américain Darrin Bell aux membres de Charlie Hebdo après l'attentat du 7 janvier 2015. / An homage by American artist Darrin Bell to the staff of Charlie Hebdo after the attacks on January 7, 2015. © Darrin Bell / Il Giornaleo

L’ENCRE DES SAVANTS EST PLUS PRÉCIEUSE QUE LE SANG DES MARTYRS In the book, I refer to one of the great thinkers of Dans le livre, je parle d’un des grands maîtres de la ville the city of Timbuktu, Ahmed Baba. In one of his de Tombouctou, Ahmed Baba. Dans un de ses écrits, writings, Baba quotes a prophetic message, which Baba cite une parole prophétique qui dit « L’encre des says “The ink of scholar is more precious than the savants est plus précieuse que le sang des martyrs ». Il blood of the martyr.” I found it relevant, in the m’a semblé qu’il était important dans le monde où nous world in which we are living, to vivons de se rappeler et de remind myself, and to remind rappeler aux musulmans que Souleymane Bachir Diagne, L’encre des savants. Muslims, that the words of their la parole de leur prophète Réflexions sur La philosophie en Afrique, prophet place an overwhelming donne une valeur capitale à Paris, Présence africaine, 2014. value on education and the l’enseignement, à la poursuite pursuit of knowledge. I believe du savoir. C’est un message Souleymane Bachir Diagne, The Ink of the Scholars. this is a message Muslims need dont les musulmans ont, je Reflections on Philosophy in Africa, translated by to remember. ■ crois, besoin de se souvenir. ■ Jonathan Adjemian, Dakar, CODESRIA, 2017.

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LAFAYETTE SLEPT HERE LE CULTE DE LA CÉLÉBRITÉ DU HÉROS FRANÇAIS DE LA RÉVOLUTION AMÉRICAINE THE U.S. CELEBRITY MANIA OF THE AMERICAN REVOLUTION’S FRENCH HERO

By Roland Flamini / Translated from English by Samuel Todd « La Fayette est partout, que ce soit sur nos têtes ou sous nos pieds. Le jour, nous enfilons des manteaux La Fayette, et la nuit nous dormons sous des couvertures La Fayette. Il y a du pain La Fayette, du beurre La Fayette, du bœuf La Fayette, et toutes sortes de légumes La Fayette, du navet ordinaire au plus délicat plat de céleri, entre autres produits estampillés La Fayette dont la liste exhaustive serait bien trop fastidieuse. » “Everything is Lafayette, whether it be on our heads or under our feet. We wrap our bodies in Lafayette coats during the day, and repose between Lafayette blankets at night. We have Lafayette bread, Lafayette butter, Lafayette beef, and Lafayette vegetables of every description, from the common turnip relish to the most dainty dish of celery; together with various other Lafayette articles too tedious to mention.”

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HISTORY

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’est ainsi que le Saturday Evening Post décrivit le tout premier accès de culte de la célébrité. C’était en 1824, et l’objet de cette adulation publique généralisée n’était autre que le marquis de La Fayette qui entreprit une tournée triomphale de dix-sept mois à travers les États-Unis – se rendant dans les vingt-quatre États qui constituaient alors l’Union. Le général La Fayette – comme il se qualifiait désormais lui-même – parcourut plus de 9 000 kilomètres en diligence, péniche et bateau à vapeur. Oubliez Brangelina. C’est la visite de La Fayette qui a posé les bases du culte américain de la célébrité. Les magazines people n’existaient pas encore, mais les médias de l’époque rendirent compte de ses moindres faits et gestes. Quel que soit l’endroit où il allait, le héros de la Révolution américaine était accueilli dans la liesse, escorté par les fanfares, célébré et glorifié. Les vétérans de la Révolution se bousculaient pour le rencontrer. Sa visite provoqua les prémisses d’une industrie du souvenir jusqu’alors inexistante – des chopes de bière ornées de son portrait aux statuettes à son effigie. Des rues, des monuments et même des villes furent rebaptisés à son nom. Nombre de demeures encore debout, où il passa ne fût-ce qu’une nuit, rappellent l’épisode dans leur historique. Certaines portent même une plaque commémorative. La demeure qui l’accueillit à Alexandria (Virginie) en compte actuellement deux. Cette bâtisse du dix-huitième siècle appartenait à la veuve d’un négociant d’Alexandria, qui déménagea de bonne grâce pour laisser les lieux à cet invité de marque et à ses deux compagnons de voyage, son fils George Washington de La Fayette et son secrétaire particulier, Auguste Levasseur, qui publia par la suite un compte-rendu de leur périple. Une plaque apposée dans la chambre où La Fayette dormit indique : « Le marquis de La Fayette occupa cette chambre à coucher en octobre 1824, lors de sa dernière visite en Amérique. » À l’extérieur de la maison, une autre plaque commémorative relate son bref séjour. Dans le hall d’entrée, une fresque, peinte dans les années 1930 par l’artiste canadien Edward Fenwick Zuber, représente La Fayette passant en revue les troupes lors de sa visite à West Point. La demeure est restée une résidence privée, et parmi ses occupants successifs on compte Eleanor (Nelly) Custis Lewis, petite-fille de Martha Washington et petite-fille par alliance de George Washington. Ses propriétaires actuels l’ont récemment mise en vente pour la modique somme de 6,8 millions de dollars.

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T

hat was how the Saturday described Evening Post America’s first ever bout of celebrity mania. The year was 1824, and the object of this widespread public adulation was the erstwhile Marquis de Lafayette, who was undertaking a triumphal 17-month tour of the United States – every one of the 24 that were part of the Union. General Lafayette – as he now styled himself – traveled 6,000 miles by coach, canal barge and steamboat. Forget Brangelina: It was Lafayette’s visit that laid the foundations of America’s celebrity mania. People Magazine was in the distant future, but the media of the day reported his every heartbeat. Wherever he went, the hero of the American Revolution was greeted with rapture, escorted by cavalcade, feted and honored. Revolutionary veterans turned out in droves to meet him. His visit gave birth to a souvenir industry where none had previously existed – from beer mugs emblazoned with his portrait to statuettes. Streets, monuments and entire towns were named after him. Many of the surviving houses where he spent even one night mention his stay in their respective histories. Some have a commemorative plaque. His temporary home in Alexandria (Virginia) actually has two. The 18th-century house was the home of an Alexandria merchant’s widow who willingly moved out to leave the premises to the distinguished guest and his two traveling companions, his son George Washington Lafayette and his secretary Auguste Levasseur, who later published an account of the visit. A plaque in the room where Lafayette slept states, “This is the bedroom occupied by the Marquis de Lafayette, October 1824, during his last visit to America.” On the outside of the house is another announcement of his brief sojourn. In the entrance hall is a mural of Lafayette reviewing troops during his visit to West Point, painted in the 1930s by the Canadian artist Edward Fenwick Zuber. The house remained a private residence and its succession of occupants included Eleanor (Nelly) Custis Lewis, granddaughter of Martha Washington and step-granddaughter of George Washington. The current inhabitants recently put it up for sale, with a listed price of 6.8 million dollars.


HISTORY

À New York, La Fayette séjourna au City Hotel, situé sur Broadway et achevé en 1794, dont on dit qu’il fut le premier hôtel d’Amérique, mais qui a été démoli depuis longtemps. L’imminence de l’arrivée de La Fayette à Philadelphie déclencha une frénésie de préparatifs, parmi lesquels la rénovation du parlement de Pennsylvanie. Le bâtiment, qui avait été laissé à l’abandon, fut restauré, repeint, remeublé et rebaptisé Independence Hall. Une pièce de l’aile au rez-de-chaussée, où l’indépendance avait été proclamée, servit de salle de réception aux invités de La Fayette.

In New York, Lafayette stayed at the City Hotel on Broadway, completed in 1794 and said to be the first purpose-built hotel in America, but long since demolished. His impending visit to Philadelphia triggered a flurry of preparations, including a major sprucing up of the old Pennsylvania State House. The building had been neglected, but was repaired, painted, re-furnished, and re-named Independence Hall. The east room on the first floor where independence had been declared served as a reception room where Lafayette received guests.

Le 19 octobre 1824, La Fayette se rendit à Yorktown, lieu de la défaite décisive des Britanniques, qui conduisit à la fin du conflit. La Fayette passa deux nuits à Peyton Randolph House, ce qui lui rappela sans doute des souvenirs. C’est en effet de cette maison que le comte de Rochambeau – commandant du corps expéditionnaire français qui joua un rôle crucial dans la victoire américaine lors de la guerre d’Indépendance – mena le siège de Yorktown. Aujourd’hui, Peyton Randolph House est l’un des plus anciens bâtiments encore debout de cette ville chargée d’histoire.

On October 19, 1824, Lafayette traveled to Yorktown, scene of the decisive British defeat that led to the end of the conflict. There, Lafayette spent two nights at Peyton Randolph House, which must have brought back memories. It was from that same house that the Comte de Rochambeau, commander of the French expeditionary force that was pivotal to the American victory in the War of Independence, conducted the siege of Yorktown. Today, Peyton Randolph House stands as one of the oldest structures in the historic town.

Lors de son passage à St. Louis, La Fayette fut l’invité d’Auguste Chouteau, le fondateur de la ville et de son fils. À La Nouvelle-Orléans (du 10 au 15 avril 1825), La Fayette logea au Cabildo, là où avait été signée la vente de la Louisiane en 1803. Le bâtiment a ensuite accueilli la Cour suprême de Louisiane, et abrite aujourd’hui un musée consacré à l’histoire de l’État. Après la visite de La Fayette, la place principale et un cimetière furent rebaptisés du nom du marquis. Alors qu’il était en route vers la Louisiane, La Fayette connut le seul incident sérieux de ses dix-sept mois de voyage intensif. Les chaussées américaines étant souvent en piteux état, sa petite troupe décida de parcourir les plus longues distances en bateau à vapeur. Après avoir rendu visite à Andrew Jackson dans le Tennessee, La Fayette embarqua à bord du vapeur Mechanic sur la rivière Ohio pour un voyage d’une nuit à destination de Louisville. Le Mechanic heurta un rocher submergé, mais La Fayette fut secouru ainsi que tous les autres passagers tandis que le navire sévèrement touché prenait rapidement l’eau et sombrait. Sa diligence, un petit bureau et une importante somme d’argent furent également engloutis.

On his visit to St. Louis, Lafayette was a guest of both his son and of Auguste Chouteau, the founder of the city. In New Orleans (April 10-15, 1825) Lafayette lodged in the Cabildo, the building where the Louisiana Purchase was signed in 1803. The building later housed the Louisiana supreme court, and is now a museum of the state’s storied history. After Lafayette’s stay, the main square and a cemetery were named after him. It was en route to Louisiana that Lafayette had his only serious mishap in his 17 months of intensive traveling. With the American roads often in poor condition, his small party frequently opted to undertake the longer stretches by steamboat. After visiting Andrew Jackson in Tennessee, Lafayette embarked on the steamboat Mechanic on the Ohio River for a night journey to Louisville. The Mechanic floundered on a sunken rock, but Lafayette was rescued along with all the other passengers as the badly holed boat rapidly took on water and sank. However, his coach, a small desk and a large sum of money went down with it.

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HISTORY

La visite que La Fayette rendit à Andrew Jackson fit sensation car le vieux soldat faisait figure de challenger controversé lors de l’élection présidentielle de 1824. Ayant battu les Britanniques à la bataille de La Nouvelle-Orléans, dernier épisode marquant de la guerre de 1812 (qui se déroula en fait tandis que la guerre était déjà terminée), Jackson défiait alors John Quincy Adams, dernier des Pères fondateurs à présenter sa candidature à l’élection présidentielle. Au cours d’une campagne chaotique, Jackson, le gars de la forêt, se présentait volontiers comme un homme du peuple prêt à défier l’establishment de Washington. Mais la visite du très populaire La Fayette éclipsa temporairement cette campagne présidentielle houleuse. « Durant trois mois, la discorde et l’agitation produites par les élections… furent oubliées, écrivit plus tard Auguste Levasseur. On ne pensa plus qu’à La Fayette et aux héros de la Révolution. » La Fayette prit soin de ne pas faire de commentaire sur l’élection, mais il prolongea le premier de ses deux séjours à Washington pour être présent dans la capitale de la nation pendant les élections. Les historiens pensent que le temps passé à Washington D.C. où, les deux fois, il fit un discours lors d’une séance au Congrès, raviva une ferveur patriotique et influença quelque peu le cours de l’Histoire. Lors de son discours de 1824, il loua par exemple « les progrès extraordinaires, les admirables communications, les prodigieuses créations… toute la grandeur et la prospérité de ces heureux États-Unis. »

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Lafayette’s visit to Jackson had caused something of a stir because the old soldier was a controversial challenger in the 1824 presidential election. Having beaten the British in the battle of New Orleans, the last major action of the War of 1812 (actually fought when the war was already over), Jackson was challenging John Quincy Adams, the last of the founding fathers to run for president. In a campaign that had turned ugly, Jackson the backwoodsman was portraying himself as a man of the people taking on the Washington establishment. But Lafayette’s highly popular visit had temporarily shifted the focus away from heated presidential politics. “For nearly three months, all the discord and excitement produced by the election…were forgotten,” Auguste Lavasseur later wrote. “Nothing was thought of but Lafayette and the heroes of the Revolution.” Lafayette had been careful not to comment on the election, but he extended the first of his two stays in Washington to be present in the nation’s capital during the election. Historians feel that his time in Washington D.C. where, on both occasions, he addressed a joint session of the U.S. Congress, revived patriotic fervor and helped the historic leadership. In his 1824 speech, for example, he praised “the enormous improvements, the admirable communications, the prodigious creations… all the grandeur and prosperity of these happy United States.”

Andrew Jackson remporta une majorité de voix lors de l’élection, mais pas assez pour revendiquer la victoire. Afin de sortir de cette impasse, pour la première fois, les membres du Congrès durent choisir le Président, et Quincy Adams fut élu.

Jackson gained a majority in the election but not enough to claim victory. With the resulting stalemate it was left for the first time to the members of Congress to choose the president, and they voted for Quincy Adams.

Invité à l’origine à se rendre aux États-Unis par le président Monroe, La Fayette fut raccompagné par son vieil ami Adams, qui le renvoya chez lui sur la nouvelle frégate américaine, Brandywine. Quarante-cinq ans plus tôt, le jeune La Fayette était arrivé aux États-Unis sur une nouvelle frégate française, l’Hermione. Pour l’Histoire, comme souvent, la boucle était bouclée. ■

Originally invited to visit the United States by President Monroe, Lafayette was thus seen off by his old friend Adams who sent him home in the new American frigate Brandywine. Forty-five years earlier, the young Lafayette had sailed to the United States in a new French frigate, the Hermione. History, as it often does, had gone full circle. ■

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HISTOIRE

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BON APPÉTIT

Steak frites au beurre de moutarde Steak with Mustard Butter and French Fries By David Lebovitz / Translated from English by Samuel Todd

POUR 2 PERSONNES / SERVES 2

INGRÉDIENTS

INGREDIENTS

2 MORCEAUX DE FAUX-FILET DE 225 GR ½ CUILLÈRE À CAFÉ DE SEL FUMÉ AU CARYA, SEL DE MER OU SEL CASHER ¼ À ½ CUILLÈRE À CAFÉ DE POUDRE DE PIMENT DE CHIPOTLE 1 CUILLÈRE À CAFÉ DE CORIANDRE CISELÉE OU DE PERSIL PLAT HUILE VÉGÉTALE OU BEURRE CLARIFIÉ POIVRE NOIR FRAÎCHEMENT MOULU 2 CUILLÈRES À SOUPE DE BEURRE DOUX À TEMPÉRATURE AMBIANTE 2 CUILLÈRES À CAFÉ DE MOUTARDE SÈCHE OU DE POUDRE DE MOUTARDE 1 GÉNÉREUSE CUILLÈRE À CAFÉ DE MOUTARDE DE DIJON DES FRITES

2 (8-OUNCE/225G) RIB-EYE STEAKS ½ TEASPOON HICKORY-SMOKED SALT, SEA SALT, OR KOSHER SALT ¼ TO ½ TEASPOON CHIPOTLE CHILE POWDER 1 TEASPOON FINELY CHOPPED FRESH CILANTRO OR FLAT-LEAF PARSLEY VEGETABLE OIL OR CLARIFIED BUTTER FRESHLY GROUND BLACK PEPPER 2 TABLESPOONS UNSALTED BUTTER, AT ROOM TEMPERATURE 2 TEASPOONS DRY MUSTARD OR MUSTARD POWDER 1 GENEROUS TEASPOON DIJON MUSTARD FRENCH FRIES

RÉALISATION

PREPARATION

Pour réaliser ce classique de la cuisine de bistrot, j’utilise une poêle en fonte ou à frire, que je fais bien chauffer pour saisir les steaks sur chaque côté. Je préfère une cuisson saignante plutôt que bleue. Mes morceaux préférés sont l’entrecôte et le faux-filet, et je demande au boucher de le couper en tranches pas trop épaisses. Je le frotte avec de la poudre de piment chipotle pour lui donner une petite saveur fumée.

To make this bistro classic in my kitchen, I use a cast-iron skillet or grill pan that I get really hot, and then I sear the steak on both sides, cooking it medium-rare, which is the way I like it. My preferred cut is entrecôte, or rib-eye, and I ask the butcher to cut it into steaks that aren’t too thick. I rub them with chipotle chile powder to give them a bit of a smoky flavor.

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BON APPÉTIT

Difficile de dire avec précision combien de temps il faut pour cuire un steak tant les goûts varient, mais une chose est sûre, la rumeur affirmant que si vous le piquez, tout le jus va se faire la malle et que votre steak sera sec, est fausse. De fait, le meilleur moyen d’obtenir un steak desséché, c’est de trop le cuire. Donc sentez-vous libre de le piquer si vous le souhaitez.

It’s difficult to say exactly how long it will take a particular steak to cook to your liking since there are so many variables, but there is actually no truth to the rumor that if you cut a steak open a little and peek inside, all the juices will come gushing out and your steak will be dry. In fact, the best way to ensure a steak is dry is to overcook it. So feel free to peek inside if you need to.

1. Enrobez les steaks avec le mélange de sel, de poudre de piment et de coriandre ciselée. Sans les couvrir, mettez-les au réfrigérateur, au moins une heure, et jusqu’à huit heures.

1. Pat the steaks dry and rub them with the salt, chipotle powder, and cilantro. Refrigerate the steaks, uncovered, for at least 1 hour, or up to 8 hours.

2. Pour réaliser le beurre de moutarde, dans un bol, écrasez le beurre avec la moutarde de Dijon et la poudre de moutarde. Faites-en deux portions et mettez au frais sur une assiette, sous plastique.

2. To make the mustard butter, in a small bowl, mash together the butter with the dry mustard and the Dijon. Form it into two mounds and chill on a plastic wrap–lined plate.

3. Faites chauffer un peu d’huile ou du beurre clarifié dans une poêle en fonte ou sur un grill et saisissez les steaks à feu vif de chaque côté. Pour des steaks saignants, cuire les deux côtés en allerretour cinq à sept minutes.

3. Heat a little oil or clarified butter in a grill pan or cast-iron skillet and cook the steaks over high heat, being sure to get a good sear on each side. For rare steaks, cook 5 to 7 minutes total on both sides, or aller-retour (“to go and return”).

4. Retirez les steaks du feu et dressez-les sur assiettes. Disposez sur chaque steak une noix de beurre de moutarde et donnez un tour de moulin à poivre. Servez avec une bonne assiette de frites. ■

4. Remove the steaks from the pan and put on plates. Top each steak with a knob of the mustard butter and some pepper and serve with a big pile of frites. ■

Reprinted with permission from My Paris Kitchen by David Lebovitz, copyright © 2014. Published by Ten Speed Press, an imprint of Random House LLC. © Ed Anderson 2014

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BON APPÉTIT

VIN

WINE

Né et élevé à Lyon, et certifié par la Society of Wine Educators de la Vallée de Napa (Californie), Nicolas Blanc est un passionné de cuisine et de vin. Directeur de la restauration du Sofitel de New York, il est l’œnologue de l’hôtel.

Born and raised in Lyon, France and certified by the Society of Wine Educators in Napa Valley, Nicolas Blanc has a passion for food and wine. Director of food and beverage at the Sofitel New York, he is the hotel’s wine specialist. By Nicolas Blanc / Translated from French by Alexander Uff

France E. Guigal – Côtes-du-Rhône – 2013 Le Domaine Guigal a été fondé en 1946 par Étienne Guigal à Ampuis, un petit village berceau de l’appellation Côte-Rôtie, dans le département du Rhône. La région abrite un vignoble unique où la vigne et le vin sont célébrés depuis 2 400 ans. Ce Côtes-du-Rhône est élevé en partie pendant un an et demi en foudres de chêne. Sa robe est rouge sombre et brillante. Son nez est marqué par des notes d’épices et de fruits noirs. Vin ample, plein et racé, il révèle des tanins arrondis présents en bouche. Son élégance et sa finesse, dues notamment à un bel équilibre entre tanins et fruits, s’accorderont parfaitement au steak de bœuf et à son beurre moutarde. The Domaine Guigal was founded in 1946 by Étienne Guigal in Ampuis, a small village in the Rhône département where the Côte-Rôtie appellation was born. The region is home to a unique vineyard, where the vines, and their wine, have been celebrated for 2,400 years. This Côtes-du-Rhône is partially aged for a year in oak casks. It boasts a dark, shimmering red color, and aromas of spices and black fruits. Its generous, full-bodied, elegant character offers round tannins to the taste. Its sophistication and finesse are produced by a perfect harmony between the tannins and the fruit, making this wine an excellent pairing for the steak and its mustard butter. ■

UNITED STATES 815 Cabernet Sauvignon – 2014 Napa scion Joel Gott est né pour faire du vin. Son grand-père et son père étaient respectivement vignerons et consultants vinicoles. Après la récolte, les fruits de ses vignobles sont triés et égrappés avant d’être fermentés puis vieillis pendant un an et demi en fûts de chêne. Le Joel Gott 815 Cabernet Sauvignon de 2014 possède des arômes de mûre et de cerise avec des notes de vanille et d’épices. Le vin s’ouvre sur des arômes de fruits noirs, suivis par des tanins arrondis au milieu du palais et une longue fin de bouche. Napa descendent Joel Gott was born to make wine; his grandfather was a wine maker, and his father was a wine consultant. After the harvest, the fruit from the vineyard is sorted and destalked before being aged for 18 months in oak barrels. The 2014 Joel Gott 815 Cabernet Sauvignon is characterized by blackberry and cherry scents and notes of vanilla and spices. This wine opens to reveal black fruit aromas, followed by round tannins and concluded with a lingering finish. ■

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Calendrier French Cultural Events In North America By Tracy Kendrick

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Frédéric Bazille, The Artist’s Studio on the Rue de Furstenberg, 1865. Musée Fabre, Montpellier Méditerranée Métropole


AGENDA XXXXX

EXHIBITIONS Washington, DC BAZILLE Born into a wealthy family in 1841, Frédéric Bazille became both a practitioner and a patron of Impressionism, sharing his studio space and materials with the likes of Monet and Renoir. His name might be as well known as theirs today had he not met an untimely death in the Franco-Prussian War at age 28. Frédéric Bazille and the Birth of Impressionism explores the artist’s contributions to the movement through some 75 paintings—nearly three-quarters of his own total output—along with works by celebrated predecessors and contemporaries, among them Corot, Courbet, and Manet. Organized thematically, the show reveals the wide range of subjects Bazille tackled, from still lifes and landscapes to nudes and portraits. This will be the sole U.S. presentation of this retrospective, which incorporates new research findings based on scientific imaging. April 9 through July 9 at the National Gallery of Art; nga.gov.

Los Angeles, CA DUBUFFET Dubuffet Drawings, 1935–1962 brings together nearly 100 works on paper ranging from views of Paris and scenes from the Sahara to nudes and portraits of writers. The founder of the Art Brut movement, Dubuffet favored “raw” forms of expression such as graffiti and the creations of psychiatric patients, and cultivated a similarly unfiltered quality in his own work. In drawing as in other media, he experimented tirelessly with different subject matter, techniques, and tools. Drawn from public and private collections in France and the United States, the show is the first museum retrospective to be devoted exclusively to this aspect of his oeuvre. Through April 20 at the Hammer Museum; hammer. ucla.edu.

Washington, DC TOULOUSE-LAUTREC The graphic arts flourished in fin-de-siècle Paris as prosperity spawned advertising and artists explored new means of exercising their livelihood and reaching a broader public. Leading the way was ToulouseLautrec, who elevated the poster to an art form with his genius for caricature, fluid lines, and bold use of color, creating enduring images that are now among the most familiar legacies

the era. Toulouse-Lautrec Illustrates the Belle Époque presents nearly 100 depictions of late-19thcentury Montmartre never before exhibited in the United States. Spanning the master’s lithographic career, the show explores how he experimented with, and ultimately revolutionized, the art of printmaking. Among the works on view are his first lithograph, the iconic poster Moulin Rouge, La Goulue (1891), which brought him overnight success; some 3,000 impressions of it were printed. Through April 30 at The Phillips Collection; phillipscollection.org.

Saint Louis, MO DEGAS AND MILLINERY While most museum-goers are familiar with Degas’s ballerinas and racehorses, another of his favorite themes remains lesser known: high-end hats and the women who made them. The first show on the subject, Degas, Impressionism, and the Paris Millinery Trade transports viewers back to a golden age of hat-making, when modistes in the world’s fashion capital created elaborate headwear adorned with ribbons, pearls, feathers, and other decorative touches for their well-heeled clientele. Forty period hats join 60 paintings and pastels, including works by Degas never before exhibited in the United

States and relevant pieces by Manet, Renoir, Cassatt, and other Impressionists. Through May 7 at the Saint Louis Art Museum; slam.org.

Cincinnati, OH BIJOUX PARISIENS Bijoux Parisiens: French Jewelry from the Petit Palais, Paris showcases 75 exquisite works of haute joaillerie by Boucheron, Lalique, Cartier, and others. Joining these with design drawings, fashion prints, and photographs, the exhibition chronicles the evolution of jewelry in France from the age of Louis XIII through the Art Deco era. Through May 14 at the Taft Museum of Art; taftmuseum.org.

San Francisco, CA MATISSE/DIEBENKORN Although Richard Diebenkorn never met Henri Matisse, he was deeply inspired by the French artist’s work throughout his career. The first major exhibition to examine this influence, Matisse/Diebenkorn brings together 100 paintings and drawings by the two masters. The show follows the trajectory of Diebenkorn’s career as he moved from abstraction to representation and back again, and juxtaposes his work with pieces by Matisse that he would have seen firsthand. Through May 29 at the San Francisco Museum of Modern Art; sfmoma.org.

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AGENDA

San Francisco, CA EARLY MONET Born in Paris, Claude Monet moved with his family to Normandy as a young child. It was there that he met his early mentor, Eugène Boudin, who encouraged him to paint en plein air. Monet: The Early Years traces the artist’s evolution from these origins in the late 1850s until 1872, when he settled outside the French capital in Argenteuil and his mature style began to emerge. Combining beloved masterpieces with rarely seen canvases, the show reveals the artist’s increasing ability to capture effects of light and atmosphere. Highlights include the first painting Monet displayed publicly (a landscape he executed at age 18) and the two extant fragments of his monumental Luncheon on the Grass (1866), on loan from the Musée d’Orsay. Through May 29 at the Legion of Honor; legionofhonor.famsf.org.

New York, NY SEURAT Parade de Cirque, Georges Seurat’s first nocturnal painting, depicts the scene outside a traveling circus in Paris, with people lined up to buy tickets and performers giving passersby a taste of the spectacle inside. Organized around this Neo-Impressionist masterpiece, Seurat’s Circus Sideshow presents related

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works by the artist and other 19th-century talents who shared his fascination with this unique world, among them Daumier and Picasso. Period posters, musical instruments, and documentary materials help summon up the carnival atmosphere. Through May 29 at The Metropolitan Museum of Art; metmuseum.org.

Providence, RI INVENTING IMPRESSIONISM Inventing Impressionism explores the origins of that perennial favorite of Western art movements, which upended traditional approaches to painting with its loose, spontaneous brushwork and emphasis on direct observation of nature to capture the shifting effects of light. Over the course of 12 years, starting in 1874, its practitioners mounted eight exhibitions revealing their resolutely contemporary outlook; eschewing the historical and religious subjects favored by the Salon, they turned their attention instead to the activities of modern life. Presenting paintings and drawings by Monet, Pissarro, Renoir, and others, the show reveals both the similarities that unify these artists and the unique style they each brought to bear on their work. Highlights include Degas’s rarely exhibited monumental pastel Six Friends at Dieppe. Through

June 11 at the RISD Museum; risdmuseum.org.

Montreal, Canada CHAGALL Chagall: Colour and Music celebrates one of the artist’s greatest sources of inspiration through 400 works ranging from paintings to puppets. An integral part of his Jewish upbringing in his native Belarus, music informed his art throughout his lifetime; even the most casual observer will notice how often musical instruments, especially violins, appear in his compositions. Over the course of his career, Chagall executed numerous commissions related to the performing arts, including wall panels for the Jewish Theatre in Moscow, murals for the Metropolitan Opera House in New York, and the vast ceiling of Paris’s Opéra Garnier, which pays tribute to 14 composers. The show offers special insight into this last work, thanks to a selection of previously unreleased preparatory sketches and a multimedia installation featuring an ultra-high-resolution scan of the painting. Through June 11 at the Montreal Museum of Fine Arts; mbam.qc.ca.

Richmond, VA JEAN SCHLUMBERGER Best known for his flora- and fauna-inspired creations for Tiffany & Co., which brought him on board

in 1956, the jewelry designer Jean Schlumberger began his career designing buttons and then costumer jewelry for the Italian couturière Elsa Schiaparelli in Paris in the 1930s. The Rachel Lambert Mellon Collection of Jean Schlumberger at the Virginia Museum of Fine Arts reveals the breadth of his output through 142 pieces of jewelry and objects such as cigarette cases and pill boxes, many never before publicly displayed. Often featuring colorful combinations of gemstones and enamel, his exuberant pieces found favor with such style icons as the Duchess of Windsor, Greta Garbo, and Vogue editor Diana Vreeland, who remarked that “He so well understands the fantastic beauty of the world.” Through June 18 at the Virginia Museum of Fine Arts; vmfa.museum.

Memphis, TN SCENT AND SYMBOLISM Smell is one of the senses least associated with art. Intriguingly, its role in that domain takes center stage in Scent and Symbolism: Perfumed Objects and Images, organized around 140 perfume bottles drawn from the collection of the Umi-Mori Art Museum in Hiroshima, Japan. Dating from the 17th through the 20th centuries, the containers range from commercially produced bottles to


AGENDA

flacons created by such legendary jewelers as Boucheron, Lalique, and Fabergé. Accompanying them are works of art depicting the various uses of scent, from the medicinal to the spiritual to the romantic. Fragrant plants add an actual olfactory component to the show, which extends outdoors. April 6 through July 2 at the Dixon Gallery and Gardens; dixon.org.

Boston, MA MATISSE IN THE STUDIO “A good actor can have a part in ten different plays; an object can play a role in ten different pictures,” Matisse once observed in reference to a collection of items that he kept in his workspace as a creative wellspring. The first major international exhibition of its kind, Matisse in the Studio presents major works from different stages of the artist’s career alongside about 40 of these articles, among them a silver chocolate pot, a Kuba Mboom helmet mask from Central Africa, and textiles from around the world. These juxtapositions shed much light on the creative process of one of the giants of Modern art, particularly th Duchamp e influence of non-European artistic traditions on his work. This will be the show’s sole U.S. presentation. April 9 through July 9 at the Museum of Fine Art, Boston; mfa.org.

Philadelphia, PA DUCHAMP’S FOUNTAIN Marcel Duchamp’s “readymades”—everyday manufactured objects that he signed and sometimes modified slightly or combined—paved the way for various Modern movements by emphasizing concept over visual impact and artistic skill. Marcel Duchamp and the Fountain Scandal celebrates the centennial of the best known of these works, a porcelain urinal the artist signed “R. Mutt 1917” and submitted anonymously to the juryless

exhibition of the Society of Independent Artists in New York (on whose board he sat). This provocative move unleashed a debate about the artistic status of the piece, which was ultimately rejected from the show but remains relevant to the enduring question “What is art?” The show brings together the earliest replica of Fountain (approved by Duchamp; the original is lost), other readymades, and period photographs and publications to shine a light on this pivotal moment in art history. April 1 through Dec. 3 at the Philadelphia

Museum of Art; philamuseum.org.

San Francisco, CA RODIN Despite having little formal training as an artist, Auguste Rodin attained worldwide fame during his lifetime due to his ability to translate intense emotional states through expressive modeling of the human form. Indeed, his rejection from Paris’s prestigious École des Beaux-Arts arguably contributed to his success, as the Neoclassical aesthetic in which he would have

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AGENDA

been schooled might have curbed the intensely naturalistic style that became his hallmark. In honor of the 100th anniversary of the sculptor’s death, the Legion of Honor unveils a complete reinstallation of its permanent galleries devoted to his work. In addition to showcasing some 50 of his creations, the Rodin Centenary will feature commissions by contemporary artists Sarah Lucas and Urs Fischer. Through Dec. 31 at the Legion of Honor; legionofhonor.famsf.org.

PERFORMING ARTS, FILM, AND LITERARY SERIES Richmond, VA; Washington, DC; and New York, NY MEC ! Mec ! is a celebration of the word craft of the late singer/ songwriter Allain Leprest, who has been called a modern-day Rimbaud. The César (screen) and Molière (stage) award-winning actor Philippe Torreton interprets 21 Leprest songs with accompaniment by the free jazz percussionist Edward Perraud. In French with English titles. April 2 at the Byrd Theater, frenchfilmfestival.us/2017-mec; April 4 at the French Embassy’s Maison Française, eventbrite.com; and April 6 at Symphony Space, symphonyspace.org. 60

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New York, NY COMPAGNIE CNDCANGERS/ROBERT SWINSTON The great American choreographer Merce Cunningham famously separated dance from music, rehearsing performers in silence and sometimes waiting until the opening show to introduce a score and see what evolved organically. He died in 2009 and his namesake company disbanded at the end of 2011, but veteran member Robert Swinston is helping to preserve his legacy as artistic director of the Centre National de Danse Contemporaine in the western French city of Angers. There, dancers train in the Cunningham technique and perform his pieces as originally conceived and in new adaptations. This month, U.S. audiences have a chance to see the Compagnie CNDCAngers take the stage in Place (1966); How To Pass, Kick, Fall and Run (1965); and Inlets 2 (1983). April 4 through 9 at The Joyce in Chelsea; joyce.org.

Boston. MA TRISTAN MURAIL The Boston University Center for New Music welcomes composer Tristan Murail for a ten-day residency this month. Now 70, the onetime student of Olivier Messiaen is best known as one of the pioneers of Spectralism, a method of composition

based on computer analysis of sound waves. His stay will be punctuated by three concerts by acclaimed new music groups (the Argento Chamber Ensemble, Sound Icon, and the Talea Ensemble, respectively). While the first evening will be devoted exclusively to Murail’s solo and chamber works, the latter two will include pieces by his fellow Spectralist Gérard Grisey and others. One highlight is the U.S. premiere of Murail’s Liber fulguralis for ensemble, electronic sounds, and video (2008). April 6 at the College of Fine Arts Concert Hall; April 12 at Tsai Performance Center; and April 13 at the Institute of Contemporary Art. For complete details, go to bu.edu/ cfa/arts-lab/research-centers/boston-university-center-for-new-music/.

New York, NY CONTEMPORARY FRENCH LITERATURE The French Literature in the Making series presents journalist, author, and television personality Olivier Barrot in conversation with contemporary writers. April’s guest is Maryline Desbiolles, winner of the 1999 Prix Fémina for her novel Anchise. Her most recent work, Le beau temps (2015), is based on the life of the film composer Maurice Jaubert, who collaborated with such legendary directors as Jean Vigo and Marcel Carné. Barrot and

Desbiolles will also participate in Sofitel New York’s Rendez-Vous Littéraires series, which includes wine, hors-d’oeuvres, and a signed book. Both events are in French. April 17 at La Maison Française, maisonfrancaise.as.nyu.edu/ page/flitm, and April 18 at Gaby Brasserie Française, gabynyrestaurant.com/ Rendezvous-Litteraires.

Berkeley, CA LE TEMPLE DE LA GLOIRE Baroque music lovers are in for a rare treat with the modern-day premiere of Rameau’s Le temple de la gloire, fully staged in its original form for the first time since its 1745 debut at Versailles. Voltaire wrote the libretto for this ballet heroïque, which he subsequently (and grudgingly) modified to suit Parisian tastes, placing more emphasis on romance and less on grand moral allegory. A return to his initial concept, this production is a grandiose vehicle for the message that benevolence is a ruler’s truth path to glory. Featuring the Philharmonia Baroque Orchestra & Chorale and the New York Baroque Dance Company. April 28 through 30 at Berkeley’s Zellerbach Hall; philharmonia.org.

Los Angeles, CA COLCOA The annual COLCOA French Film Festival,


AGENDA

which bills itself as “9 days of premieres in Hollywood,” offers that and more. With dozens of the latest motion pictures from France, the program combines boxoffice hits with art house pictures, directorial debuts with recent offerings from veteran filmmakers, and classic films with television productions. The 2017 edition includes the West Coast premiere of Stéphane Brizé’s A Woman’s Life (Une Vie), based on Guy de Maupassant’s first novel; a restored version of Jacques Tati’s Playtime, presented in honor of the comedy classic’s 50th anniversary; and a centenary tribute to director Jean-Pierre Melville. April 24 through May 2 at the Directors Guild of America Theater Complex; colcoa.org.

New York, NY CENDRILLON The Metropolitan Opera performs Massenet’s sumptuous Cendrillon, an instant success when it premiered at Paris’s OpéraComique in 1899. Director Laurent Pelly’s staging fully embraces fairytale magic, inviting audience members to regain their childlike wonder. Joyce DiDonato stars as Cinderella, with Alice Coote in the trouser role of Prince Charming; Bertrand de Billy directs. In French with English titles. April 12 through May 11 at the Metropolitan Opera House; metopera.org. ■

Joyce DiDonato in the title role of Laurent Pelly’s new production of Massenet’s Cendrillon. © Bill Cooper

For more information about French cultural events around the country, go to www.france-amerique.com/events. You can also submit your own events to the online calendar. All submissions will be reviewed before publishing. Please submit at least 7 days in advance of your event.

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CINEMA

LA MORT DE

LOUIS XIV Le Roi Soleil est mort, vive le Roi Léaud !

The Death of Louis XIV The Sun King is dead, long live King Léaud! By Ariane Fert / Translated from French by Alexander Uff

Le film a fait sensation au dernier Festival de Cannes où il était présenté hors compétition. Jean-Pierre Léaud y incarne le plus grand Roi de France vivant ses derniers jours. The film features French actor Jean-Pierre Léaud as the dying king of France, and caused a stir at the 2016 Cannes Film Festival, where it was screened out of competition.

Jean-Pierre Léaud dans La Mort de Louis XIV. Jean-Pierre Léaud in The Death of Louis XIV.

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© Capricci Films


CINEMA


CINEMA

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V

ersailles, août 1715. On entend d’abord le chant des oiseaux se mêlant au grondement d’une calèche dans les jardins du château. Puis apparaît, coiffé d’une immense perruque, sa Majesté Louis XIV contemplant un massif de roses. Ce sera son ultime promenade. Le souverain, malade et affaibli, va devoir regagner sa chambre. Il ne la quittera plus. Gangrenée, sa jambe noircit à vue d’œil et le fait terriblement souffrir. C’est une lente agonie qui commence alors, rythmée par le ballet incessant d’une nuée de courtisans, des allées et venues de médecins plus ou moins charlatans, d’hommes d’église et autres conseillers. Confrontant un grand homme à sa condition de simple mortel, le réalisateur catalan Albert Serra (à qui l’on doit déjà le très remarqué Honor de Cavalleria, une adaptation libre en langue catalane du Don Quichotte de Miguel de Cervantès) a conçu son film, loin des codes standards de la dramaturgie, comme l’inventaire au quotidien, quasi clinique, d’une fin de vie. « Représenter la mort d’un Roi revient à évoquer un mythe dans son rapport à l’ordinaire, à l’intime. Ma démarche consiste à m’emparer d’une figure légendaire pour la travailler jusqu’à m’introduire dans sa chair », explique t-il. Le résultat est saisissant. Dans le huis-clos de la chambre royale éclairée comme un tableau, Serra filme au plus près ce corps et ce visage traversés, tour à tour, par la douleur, les regains d’espoir, les derniers plaisirs. Et le fait d’avoir confié le rôle titre à Jean-Pierre Léaud, 72 ans, monstre sacré du cinéma français et figure emblématique de la Nouvelle Vague, apporte encore davantage de force au film. Avec courage et intelligence, le comédien y explore une palette de jeu extraordinaire, mettant sa propre vieillesse et sa fragilité au service du cinéma. Une émotion rare. ■

ersailles, August 1715. The trills of chirping birds mix with the sound of a carriage grinding to a halt in the château gardens. His Majesty Louis XIV appears sporting an immense wig, his eyes fixed on a bed of roses. The scene marks his final stroll around the grounds. Weak and suffering from illness, the king retires to his chambers, never to emerge again. His gangrene-stricken leg grows ever blacker, and the pain is unbearable. A slow agony begins, punctuated by incessant visits from courtesans, doctors (some with better intentions than others), men of the cloth and other advisors. Catalan director Albert Serra (who gave us the much celebrated Honor of the Knights, a Catalan language film based on Miguel de Cervantes’ Don Quixote) forces a monumental personality to face his condition as a mere mortal. Shaking off traditional theatrical codes, Serra offers a day-by-day, almost clinical inventory of the final moments before death. “Portraying the death of a king implies presenting the relationship between a legend and that which is most ordinary and intimate. My approach focused on taking a mythical figure and developing him until I was under his skin,” he says. The result is gripping. In the closed set of the royal chamber, lit as if it were a painting, Serra films intimate close-ups of the king’s body and face as they experience pain, glimmers of hope, and final, fleeting pleasures. Serra made the movie even more powerful by giving the title role to Jean-Pierre Léaud, 72, a titan of French cinema and an iconic figure of the Nouvelle Vague. Showing both bravery and intelligence, the actor explores an extraordinary spectrum of performances, using his own age and fragility to enhance the work. A film of rare emotion. ■

Durée : 115 mn. Dates de sortie : 31 mars (Film Society of Lincoln Center, New York) ; 8-9 avril (Museum of Fine Arts, Houston) ; 28-30 avril (Oklahoma City Museum of Art, Oklahoma City) ; 29-30 avril (Cleveland Cinematheque, Cleveland) ; 12-14 mai (Walker Art Center, Minneapolis)

Duration: 115 mn Release dates in the United States: March 31 (Film Society of Lincoln Center, New-York); April 8-9 (Museum of Fine Arts, Houston); April 28-30 (Oklahoma City Museum of Art, Oklahoma City); April 29-30 (Cleveland Cinematheque, Cleveland); May 12-14 (Walker Art Center, Minneapolis), followed by a national release.

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CINEMA

JEAN-PIERRE LÉAUD, D’ANTOINE DOINEL AU ROI SOLEIL JEAN-PIERRE LÉAUD, FROM ANTOINE DOINEL TO THE SUN KING Les 400 coups de François Truffaut (1959) : Jean-Pierre Léaud y interprète le jeune Antoine Doinel, double cinématographique du cinéaste. Le film triomphe à Cannes et sera suivi de quatre opus consacrés au même personnage (Antoine et Colette, Baisers volés, Domicile conjugal et L’amour en fuite) Révélé par Truffaut à 14 ans, Jean-Pierre Léaud a grandi à l’écran, devenant l’acteur fétiche des cinéastes de la Nouvelle Vague. Le Festival de Cannes lui a décerné, en juin dernier, une Palme d’Or pour l’ensemble de sa carrière. Retour sur quelques grands films français qui ont jalonné son parcours.

Masculin Féminin de Jean-Luc Godard (1966) : Radiographie de la jeunesse française des années 60. Jean-Pierre Léaud y incarne Paul, personnage fantasque et romantique, amoureux d’une chanteuse à l’ambition débordante. La Nuit américaine de François Truffaut (1973) : L’histoire d’un tournage où Truffaut joue le rôle du cinéaste et

Jean-Pierre Léaud was discovered by Truffaut when he was just 14 years old, and grew up on-screen to become the New Wave film directors’ favorite actor. He recently received a Palme d’Or in honor of his career. We took a look back at some of his most iconic movies.

Bed and Board and Love on the Run.

The 400 Blows by François Truffaut (1959): Jean-Pierre Léaud stars as the young Antoine Doinel, the alter ego of director François Truffaut. The movie was a huge success in Cannes, and was followed by four other films starring the same main character, Antoine and Colette, Stolen Kisses,

Day for Night by François Truffaut (1973): A movie based on and around a film set, in which Truffaut plays the role of director while Jean-Pierre Léaud stars as an actor going through an existential crisis. The movie won an Oscar for Best Foreign Language Film.

Masculin Féminin by Jean-Luc Godard (1966): An analysis of French youth in the 1960s. Jean-Pierre Léaud stars as Paul, a young, romantic idealist in love with an unstoppably ambitious singer.

Jean-Pierre Léaud celui d’un acteur en pleine crise existentielle. Le film a remporté l’Oscar du meilleur film étranger.

La Maman et la Putain de Jean Eustache (1973) : Film fleuve de plus de trois heures et chef-d’œuvre de la Nouvelle Vague. Jean-Pierre Léaud y campe un dandy intellectuel et désargenté, tiraillé entre ses deux maîtresses. Le Pornographe de Bertrand Bonello (2001) : Magnifique et sulfureux film, littéralement habité par la mélancolie de Léaud, interprétant un ex-réalisateur de cinéma porno au bord du gouffre. Le dernier grand rôle de l’acteur avant La Mort de Louis XIV. ■

The Mother and the Whore by Jean Eustache (1973): A feature film over three hours long, and one of the masterpieces of the Nouvelle Vague. Jean-Pierre Léaud plays a broke, intellectual dandy torn between his two mistresses. The Pornographer de Bertrand Bonello (2001): A magnificent, sensual movie literally inhabited by Léaud’s melancholy. The actor plays a former pornographic film director on the verge of ruin. The last major role for Léaud before The Death of Louis XIV. ■

AUTRES SORTIES DE FILMS FRANÇAIS EN AVRIL / OTHER FRENCH FILM RELEASES IN APRIL Réparer les vivants / Heal the Living Après un accident, Simon, 17 ans, est en état de mort cérébrale. Ses parents se résolvent à faire don de ses organes et permettre à son cœur de sauver une autre vie. Le film est l’adaptation du roman à succès du même titre de l’écrivain français Maylis de Kérangal. Simon, 17, is in a brain-dead state following an accident. His parents finally decide to donate his organs, and the gift of his heart will save another’s life. The film is based on the successful novel of the same name by French writer Maylis de Kérangal.

Ma Loute / Slack Bay En 1910 dans le Nord de la France, de mystérieuses disparitions mettent en émoi la région. Les deux enquêteurs dépêchés sur place vont avoir maille à partir avec une étrange histoire d’amour. Une comédie féroce et déjantée. The year is 1910, and a series of mysterious disappearances in Northern France have put the region on edge. The two investigators put on the case come face to face with the strangest of love stories. A ferocious, off-the-wall comedy. By Bruno

By Katell Quillévéré. 103 mn. With Emmanuelle

Luchini, Valeria Bruni Tedeschi.

Cézanne et Moi / Cézanne and I L’histoire de l’amitié et de la rivalité entre le peintre Paul Cézanne et l’écrivain Émile Zola, natifs d’Aix-en-Provence dans le sud de La France. The story of the friendship and rivalry between painter Paul Cézanne and writer Émile Zola, both from Aix-en-Provence in Southern France. By Danièle Thompson. 113 mn. With Guillaume Canet, Guillaume Gallienne, Sabine Azéma, Alice Pol, Gérard Meylan.

Dumont. 122mn. With Juliette Binoche, Fabrice

Seigner, Kool Shen, Gabin Verdet, Tahar Rahim. APRIL 2017 FRANCE-AMÉRIQUE

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By Guénola Pellen / Translated from French by Alexander Uff Pour le peintre et écrivain Jean-Philippe Delhomme installé à Paris, 2015 fut une année tumultueuse, marquée par les attentats perpétrés contre Charlie Hebdo, les attaques terroristes du 13 novembre au Bataclan, aux terrasses des cafés et aux abords du Stade de France. The year 2015 was particularly turbulent for Paris-based painter and writer Jean-Philippe Delhomme. Twelve months defined by the terrorist attacks against Charlie Hebdo in January, and against the Bataclan, the capital’s café terraces and the Stade de France in November.

All images and texts copyrighted by Jean-Philippe Delhomme, courtesy of August Editions.

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À

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la demande du magazine allemand Zeit, ce chroniqueur du quotidien (également collaborateur de GQ, de Vanity Fair, de Vogue et du New Yorker) a ressorti la gouache et les crayons de couleur pour saisir la poésie urbaine des jours d’après. Lui qui promène d’ordinaire ses silhouettes germanopratines de soirées mondaines en vernissages branchés, brossant le portrait des milieux artistiques qu’il fréquente, a rangé ses joggeurs endimanchés, ses bobos du dimanche et le microcosme de la mode, toujours dépeint avec humour et bienveillance, pour montrer le quotidien des Parisiens au lendemain des attaques. Un Paris meurtri mais somme toute inchangé où l’on flâne encore dans les galeries d’art, où l’on se trémousse toujours sur des rythmes endiablés à la Bellevilloise et où l’on croise les candidats au Goncourt de demain se faisant photographier sur le Pont Neuf pendant la rentrée littéraire.

pproached by the German Zeit Magazin, this detective of daily life (who also works with GQ, Vanity Fair, Vogue and The New Yorker) got out his gouache paints and color pencils to depict the urban poetry of the days following the tragic events. Delhomme is more used to presenting his rive gauche figures at smart-set soirées and trendy private viewings, painting the picture of the artistic scenes he frequents. But for this project, he stowed away his Sunday joggers, his weekend bobos and the fashion microcosm (always observed with humor and kindness), to portray the daily lives of Parisians after the attacks. A wounded Paris, but all in all unaltered. A city in which the inhabitants still wander around art galleries, move and groove to the frenetic music at La Bellevilloise, and bump into future Prix Goncourt laureates having their photos taken on the Pont Neuf bridge during the literary season.

Le Paris de Woody Allen se confond avec le Paris réel, certes moins féerique mais tout aussi haut en couleur : « Paris, perdu dans ses pluies d’hiver et sa faible lumière, est un voyage dans le temps », écrit l’artiste dans son introduction. « De sa grisaille, je me suis rendu compte, il y avait beaucoup d’histoires à émerger si vous aviez, peut-être, les yeux d’un chien pour les voir. La nuit rappelle Brassaï, la silhouette serrée de Giacometti. Et les invités épuisés de Gertrude Stein attendent un taxi sur la rue de Fleurus, à côté d’une princesse contemporaine commandant un Uber de son iPhone. » ■

Woody Allen’s Paris clashes with the reality of the French capital, which is certainly less magical but brimming with just as much color and life. “Paris, lost in its winter rains and dim light, is a trip through time,” writes the artist in his introduction. “From its grayness, I came to realize, there were many stories that would emerge if you had, maybe, shrewd enough eyes to see them. The night is reminiscent of Brassaï, the hunching silhouette of Giacometti blurs in the winter fog, and Gertrude Stein’s exhausted guests wait for a cab on Rue de Fleurus, next to a contemporary princess ordering an Uber from her iPhone.” ■

A Paris Journal, Jean-Philippe Delhomme, August Editions, 2016. 116 pages, 54 illustrations. 50 dollars

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SHOES ON THE TABLE Lors de la dernière fashion week, j’ai été invité à un dîner donné par Berluti, le vénérable bottier. C’était la reformation du Swann Club (ainsi dénommé en hommage à l’immortel personnage de Marcel Proust, bien qu’il ne soit pas certain que cet événement eut été du goût de Swann) : un club select comptant une centaine de membres qui sacrifient un jour par an à l’extravagant rituel de polir leurs souliers au champagne. Avant de pénétrer dans la salle à manger où devait avoir lieu ce rituel, il fut obligeamment demandé aux invités de retirer leurs souliers et de les laisser dans l’entrée. C’est une étrange sensation que de bavarder avec des convives tous en smoking tandis que vous déambulez en chaussettes. Quelques heures plus tard, une fois le dessert terminé, la plupart des hôtes avaient oublié leurs chaussures. C’est alors que les membres du personnel réapparurent, chacun portant un plateau d’argent sur lequel reposaient une paire de souliers et un kit de polissage. Disposant leurs chaussures sur la table, les invités ont appris comment donner un surcroît de brillance avec une goutte de champagne – même si certains avaient déjà bu toute leur coupe.

During the most recent fashion week I was invited to a dinner given by Berluti, the venerable shoe brand. It was a reenactment of Berluti’s Swann Club (named after Marcel Proust’s immortal character, although it is uncertain if this event would have been to Swann’s taste): an exclusive club of one hundred members who sacrifice one day a year to the extravagant ritual of polishing their shoes with champagne. Before entering the dining room where this was to take place, my fellow guests and I were kindly asked to remove our shoes and leave them in the foyer. It’s a strange sensation, making small talk with guests all dressed in black tie as you walk around in your socks. Hours later, after the dessert service, most guests had forgotten about their shoes. But that was when the waitstaff returned, each carrying a silver tray that held a pair of shoes and a polishing kit. Placing their shoes on the table, the guests learned how to give an extra shine with a drop of champagne—while some had already sipped the entire glass. 68

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WILD LIFE IN THE STREETS Sans doute par mimétisme avec la société extrêmement régulée du dix-neuvième siècle, les arbres parisiens sont traditionnellement cerclés à leur base par une grille en fonte ronde. Mais récemment, herbes et fleurs sauvages, semblables à celles qui poussent spontanément sur les terrains en friche, ont prospéré au pied des arbres fraîchement plantés. Était-ce dû à des restrictions budgétaires ou à une nouvelle politique de laisser-aller de la part de la municipalité ? Je n’ai pu m’empêcher d’y voir une métaphore des transformations qui agitent nos sociétés. C’est alors que je lus un panneau expliquant que cela avait été conçu afin d’encourager la biodiversité urbaine, et demandant poliment de respecter ce fragile environnement.

Probably in emulation of the highly regulated society of the nineteenth century, Parisian trees were traditionally encircled at their base by a round metal grill. But recently, weeds and wild flowers similar to the ones that spontaneously grow in abandoned yards have been freely developing around recently planted trees. Was it budgetary limitation or a new policy of neglect from the city’s administration? I couldn’t help but see it as a metaphor for the unforeseen changes shaking our societies. But then I read a sign that explained: it had been designed to favor urban biodiversity, and the sign politely asked for respect for this fragile environment.

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DECEMBER 13

MUSÉE BOURDELLE Sous la Tour Montparnasse s’étend une zone résidentielle sans âme, autrefois pleine d’ateliers d’artistes style cabanes. Antoine Bourdelle, sculpteur prolifique de la fin du dix-neuvième siècle, dut en réunir plusieurs afin d’obtenir l’espace nécessaire lui permettant d’honorer ses commandes. Le matin de ma visite, l’unique public du musée était un groupe de jeunes étudiants en art dispersés dans toutes les salles. Dans l’atelier préservé d’Antoine Bourdelle, qu’ont un jour fréquenté les jeunes Matisse et Giacometti, un garçon dessinait, seul. Son sérieux était palpable, ainsi que la fragilité de ses espérances. « Ne faites pas la même chose que moi, disait Bourdelle à ses élèves. Chantez votre propre chanson. »

Below the Montparnasse Tower lies a rather soulless residential zone that had once been populated by shack-like artists’ studios. Antoine Bourdelle, a prolific sculptor from the turn of the nineteenth century, had to combine several of them to create the necessary space that would allow him to supply his commissions. On the morning of my visit, the only visitors to the museum were groups of young art students, spread out through all the rooms. In the preserved Bourdelle studio, where the young Matisse and Giacometti had once stood, a boy was sketching alone. One could sense his seriousness, and the fragility of his hopes. ‘‘Don’t do the same thing I do,’’ Bourdelle used to tell his students, ‘‘but sing your own song:’’

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RIRE JAUNE ET SÉRIE NOIRE Par Dominique Mataillet

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orsqu’on est en colère, on est « vert de rage » et on « voit rouge ». Il n’est pas rare qu’on passe des « nuits blanches » parce qu’on a des « idées noires ». Comme toutes les langues, le français est riche d’expressions idiomatiques inspirées par les couleurs. D’une aire linguistique à l’autre, la symbolique, au demeurant, est parfois la même. En France comme en Espagne, de même qu’en Allemagne et en Italie, travailler « au noir » signifie accomplir un travail non déclaré – les Anglo-Saxons préférant, eux, parler de « clair-deluner » (« to moonlight »). Aussi bien chez les francophones que chez les anglophones, « être dans le rouge » (« to be in the red ») signifie « être à découvert ». L’expression vient du domaine comptable où, traditionnellement, les déficits étaient reportés dans les livres à l’encre rouge. « Mouton noir » a la même signification en anglais (« black sheep »), en allemand (« schwarze Schaf ») et en italien (« pecora nera ») – alors que les Français utilisent plus volontiers la locution « brebis galeuse ». Souvent, toutefois, la perception des couleurs ou leur utilisation par la langue varient selon les lieux ou les peuples. Un débutant est un « bleu » à Paris mais un « vert » (« a green ») à New York. Quand les Français « voient la vie en rose », les Portugais l’imaginent en bleu. Chez les Espagnols, « mettre quelqu’un 74

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au vert », ce n’est pas l’installer à la campagne, mais dire du mal de lui. Pour un Américain, un jour mémorable est « à lettre rouge » (« red-letter day ») alors qu’il est à « marquer d’une pierre blanche » pour un Français. En France, on dit « bonnet blanc et blanc bonnet ». Chez les Belges, l’équivalent est « chou vert et vert chou ». Dans certains cas, l’expression idiomatique trouve son origine dans un chapitre historique précis. Si un personnage influent mais agissant dans l’ombre est qualifié d’« éminence grise », c’est parce que le puissant cardinal de Richelieu avait pour conseiller un capucin, le père Joseph, dont l’attitude effacée contrastait avec sa propre magnificence. Le Premier ministre de Louis XIII rayonnait dans la pourpre cardinalice quand l’ecclésiastique se contentait d’une terne robe de bure – en réalité plus marron clair que grise. Probablement liée au rôle joué par Richelieu dans le rayonnement de la France à l’époque, l’expression « éminence grise » a été adoptée par toutes les grandes langues européennes – parfois, directement en français – pour désigner une personne qui « tire les ficelles ». Le rapprochement entre telle couleur et tel idiotisme est la plupart du temps évident. On comprend aisément qu’au rouge soient associées les idées de passion et de vitalité, mais aussi de violence, de danger. On parle d’ « alerte rouge », de « liste

rouge ». « Tirer à boulet(s) rouge(s) sur quelqu’un », c’est proférer à son adresse des propos d’une grande brutalité. Dans la civilisation chrétienne, le blanc est en général synonyme de pureté et d’innocence. Être « blanc comme neige », c’est ne rien avoir à se reprocher. Pour prouver sa bonne foi, on « montre patte blanche » et en guise de confiance, on donne « carte blanche » à quelqu’un pour lui laisser toute liberté (« to give somebody carte blanche »). Le noir, au contraire, est associé à la tristesse, au péché, à la mort. On « broie du noir » ou l’on « voit tout en noir » lorsqu’on est déprimé. Une « série noire » est une succession de catastrophes. Faire du « marché noir », c’est pratiquer un commerce clandestin. Le jaune, lui, est la couleur de la dépravation et de la félonie ; l’expression « jaune » désignant le traître remonte au XVe siècle. C’est aussi celle de l’exclusion, comme les nazis en ont fourni la tristement célèbre illustration en obligeant les juifs à porter une étoile jaune. Au jaune sont également rattachés les sentiments de gêne et de dépit. « Rire jaune », c’est faire semblant de se réjouir quand bien même on est accablé par ce que l’on vient de voir ou d’entendre. Le marron ne vaut guère mieux, si l’on ose dire. On qualifie d’« avocat marron » le juriste qui enfreint les règles déontologiques de sa profession. « Être marron » signifie avoir été escro-

qué ou s’être fait duper – l’équivalent argotique de s’être fait rouler dans la farine. Contrairement au monde islamique, où il évoque de longue date l’oasis et le paradis, en Occident, le vert n’est associé à la nature que depuis le XIXe siècle. S’il est aujourd’hui considéré comme apaisant, il a longtemps représenté l’instabilité et l’immaturité. Les bouffons et les jongleurs s’habillaient en vert. Dragons, démons et autres créatures maléfiques étaient imaginés dans cette couleur. Ce n’est pas par hasard si, dans la sciencefiction, les extra-terrestres sont figurés en « petits hommes verts ». Le registre idiomatique a conservé quelques traces de ce passé turbulent. La « langue verte » désigne le fait de parler crûment. Et ne dit-on pas d’un vieillard en pleine forme qu’il est « encore vert » ? Couleur passe-partout, chargé presque toujours de valeurs positives, le bleu symbolise pour sa part le calme, la sérénité, la loyauté. Dans l’Europe du Moyen-Âge, il avait accédé au rang de couleur divine et la Vierge était drapée de bleu. Mais, alors, pourquoi dit-on une « peur bleue » ? * Pour essayer de dénouer cette énigme, linguistes et historiens en voient de toutes les couleurs… ■ *Les Anglo-Saxons, eux, se sentent bleus (they feel blue) lorsqu’ils ont du vague à l’âme.


LANGUAGE

A FREE SHAVE AND A CHICKEN IN EVERY POT WHAT YOU NEED TO SAY TO GET ELECTED By Anthony Bulger

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lection promises, like piecrusts and rules, are generally made to be broken. Here in France, they’re flying thick and fast as April’s presidential poll approaches. But what, or whom, to believe?

Manifesto pledges are universal – and rarely original. In the 1928 U.S. presidential campaign, for instance, Republican hopeful (later president) Herbert Hoover promised “a chicken in every pot” if he won the election. Knowingly or not, he was paraphrasing a vow made by the 17thcentury French king Henry IV – le bon roi Henri – that every 76

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peasant would get a boiling fowl for their crock pot (whence the culinary staple Poule au Pot). One of the most common election promises in every country is not to seek a subsequent term of office if elected. (Interestingly, U.S. candidates “run” for election while their British counterparts “stand”). But, if reneged on, that pledge can backfire, as incumbents everywhere – from Teddy Roosevelt to Nicolas Sarkozy – have discovered to their cost. President Charles De Gaulle shrewdly observed that politicians never believe in what they say, but are startled when taken

at their word! Another time-honored promise (apart from arresting, arraigning or investigating rival candidates) is to take less of voters’ income by slashing taxes. Which actually means that glad-handing candidates are trying to buy your vote with your own money. Moreover, such assurances quite often boomerang: remember George H.W. Bush and his ill-fated “Read my lips: no new taxes”? No campaign would be complete without policy planks such as cutting the national debt (or borrowing more), shrinking (or expanding) govern-

ment, and permitting (or banning) everything from medical marijuana to gay marriage. And, of course, everyone swears they will be “tough on crime and tough on the causes of crime,” in the words of U.K. ex-premier Tony Blair (or “Bliar” as he was dubbed by his opponents, who accused him of serial promise-breaking).

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hese pledges are par for the course, but some can be truly strange. They range from the ambitious – one-time U.S. Republican presidential hopeful Newt Gingrich vowed to set up a colony on the moon by 2020 – to


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the downright weird, such as eliminating money by issuing credit cards to the entire population (an idea floated by the Amalgamated Flying Saucer Clubs of America). Likewise, the worryingly named Vermin Supreme, who has regularly run for office in America since the 1980s, has promised to provide everyone with a pony, make crime against the law and, less benignly, give all seriously ill people a bus ticket to Canada. Britain, which prides itself on being a tolerant breeding ground for eccentrics of all stripes, had its own candidate for promissory greatness in the 1980s and 1990s in the person of Screaming Lord Sutch. The self-styled Earl of Harrow (he’d previously tried unsuccessfully to change his name to Margaret Thatcher) ran for office as head of the Monster Raving Loony Party with the slogan “Vote for insanity, you know it makes

sense” and a program based on the four R’s: reading, writing and rock n’ roll. Today’s off-the-wallers include the Church of the Militant Elvis (pledge: place giant portraits of Presley in U.K. airports to deter undesirable foreigners) and the New Millennium Bean Party (slogan: “the party for human beans”), which promises never to form a government.

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rance, too, is no stranger to preelectoral hyperbole, with would-be presidents promising everything from free shaves to making the River Seine safe for bathers. There’s even a mandatory register of election promises, the Barodet, drawn up by the chair of the National Assembly. The weighty tome contains perennial pledges such as a ban on combining public and elective office (first proposed in 1889) and the elimination of unemployment, along with such rabble-rousing rallying cries as Faire payer les riches

(“Make the wealthy pay”) and Travailler plus pour gagner plus (“Work more, earn more”). Many of these promesses de campagne are decidedly oddball, but top honors should surely go to Ferdinand Lop. A journalist, poet, bar-room philosopher and head of the self-styled Front Lopulaire (a play on Front Populaire, the left-wing coalition that governed France in the late 1930s), Lop ran for president several times on a platform that included eliminating poverty after 10 PM, nationalizing brothels so that sex workers could qualify as civil servants, shortening pregnancy from nine to seven months, and moving Paris to the countryside so that Parisians could breathe fresh air. Lop’s campaign song was punningly named un air de campagne and set to the tune of The Star Spangled Banner, with the words “Lop, Lop, Lop Lop Lop”, etc. (Just hum it;

you’ll get the idea.) Today’s voters have to separate the wheat of policy from the chaff of populism. When does a promise sound bizarre? Is “We’ll ban poverty” any more realistic than “We’ll give everyone the means to excel at something”? A proposal floated in 1910 to create an eight-day week so that workers could rest up without harming the interests of shopkeepers may have sounded wacky at the time. But is it any more outlandish than the promise of a universal basic income, an idea being put forward by the French socialist party candidate Benoit Hamon, but that dates back to Thomas More in the 16th century? Time will tell. Meanwhile, the last word should go to another of France’s perpetual but tonguein-cheek office-seekers, the late Mouna Aguigui, who promised: Riez et vous serez sauvé (“Laugh and you’ll be saved”)! ■

APRIL 2017 FRANCE-AMÉRIQUE

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GAME

MOTS FLÉCHÉS BILINGUES / ARROW WORD PUZZLE

N°3

By Jérémy Arki - jarki@france-amerique.com

Mots anglais et mots français se mêlent dans cette grille. À vous de la remplir, sachant que : les définitions en français, dans les cases rouges, appellent des mots anglais ; les définitions en anglais, dans les cases bleues appellent des mots français.

Le mot à chercher est en français Le mot à chercher est en anglais

In this arrow word puzzle you have both English and French words that intersect. You must complete the grid keeping in mind that: Every clue in French, in the red box, calls for a word in English; Every clue in English, in the blue box, calls for a word in French.

Find the word in French Find the word in English

SOLUTION

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France-Amérique. April 2017  
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