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LE JOURNAL FRANÇAIS DES éTATS-UNIS

Mai 2013

NÉO BISTRO

Guide TV5Monde france-amerique.com

reportage

Le New Jersey se rêve en Bordeaux

Cinéma

gastronomie

Psychose dans le vignoble

À l’heure des néo-bistros


HOMAGE TO:

RAOUL DUFY (1877-1953) THE YELLOW VIOLIN (1947)

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France - Amérique mai 2013

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Publisher Louis F. Kyle, 646.202.9829 lkyle@france-amerique.com Editor-in-Chief Guénola Pellen, 646.202.9830 gpellen@france-amerique.com Editorial New York 646.202.9831 Gaétan Mathieu, gmathieu@france-amerique.com Mathilde Fassin, mfassin@france-amerique.com Vincent Dozol, vdozol@france-amerique.com Assistant Editor Agnès Kerr, agneskerr@france-amerique.com Art Director Fabio Cutró Web Editor Gaétan Mathieu, 646.202.9832 gmathieu@france-amerique.com Contributors Julien Bisson, Sébastien Drouet, Cécile Fandos, Évariste Lefeuvre, Jean-Luc Le Dû, Estelle Lenartowicz, Anne Prah-Perochon, Noémie Taylor-Rosner Copy Editing Marie-Nicole Elian, Laure Dupont Advertising 646.202.9829 Marketing & Digital Coordinator CC Glenn, 919.593.9415 ccglenn@france-amerique.com Classifieds & Agenda classifieds@france-amerique.com agenda@france-amerique.com Subscription Fulfillment Manager Ahjin Kim, 646.202.9828 subscriptions@france-amerique.com Subscribe to France-Amérique

© François Flohic / Éditions Argol

Call: 800.901.3731 or log on to www.france-amerique.com $50/one year - U.S. $85/one year outside the U.S. To subscribe, renew your subscription, submit change of address or report missing issues, visit www.france-amerique.com or contact: France-Amérique Subscription Services: FrancePress LLC, 115 East 57th St, 11th Fl. New York, NY 10022, Tel 646.202.9828, subscriptions@france-amerique.com. Major credit cards accepted. Allow 6 to 8 weeks for first issue to arrive and for change of address. To order back issues and for all other inquiries, contact: FrancePress LLC, 115 East 57th St, 11th Fl. New York, NY 10022, Tel 646.202.9828, Fax 646.202.9847 France-Amérique (ISSN 0747-2757) is published monthly except bi-monthly in July-August by FrancePress LLC at FrancePress LLC, 115 East 57th St, 11th Fl. New York, NY 10022. Periodical postage paid in New York, NY and additional mailing offices. POSTMASTER: send address changes to FrancePress LLC, 115 East 57th St, 11th Fl. New York, NY 10022. Copyright 2012 by FrancePress LLC. All rights reserved. France-Amérique is a registered trademark of FrancePress LLC.

© François Flohic

sommaire

MAi 2013 4 Vie en France 8 Chronique Éco par Évariste Lefeuvre

10 Livres

Et si on (re)lisait Proust?

12 Immigration

Une bonne nouvelle pour les Français rêvant d’Amérique?

14 Reportage

Le New Jersey se rêve en Bordeaux

18 Cinéma Psychose dans le vignoble

20 Portfolio

Les maisons volantes de Laurent Chehere

22 Histoire

Louis XIV et Marie Mancini

24 Saveurs

À l’heure des néo-bistrots

26 Point final

Michel Legrand, les mélodies du bonheur

28 Instantanés 30 Annuaire 31 Petites annonces

Nous avons déménagé ! Veuillez prendre note de notre nouvelle adresse : FrancePress LLC, 115 East 57th St, 11th Fl. New York, NY 10022. Tel 646.202.9828 Fax 646.202.9847

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mai 2013 France - Amérique

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Vie en france

© Cie Abou Laagra

artS

Marseille / Feux sur

le Vieux-Port !

Dans le cadre de Marseille-Provence 2013, la compagnie Carabosse présente Le Vieux-Port entre flammes et flots, un spectacle pyrotechnique qui ouvrira les 3 et 4 mai la saison de la Folle histoire des arts de la rue, le festival annuel animé par l’association Karwan sous l’égide de la Cité des arts de la rue. Chorégraphies de tractopelles sur la plage, déambulations burlesques, danses aériennes et théâtre de rue détourneront l’espace public portuaire et urbain, pour en faire un lieu hors du commun. Et pour continuer dans cette ambiance festive, Marseille accueillera du 3 mai au 9 juin le festival This is (not) music, soit 40 jours de street-art destinés à mettre en avant les cultures urbaines les plus représentatives de la cité phocéenne. ■

Le cinéma américain en vedette sur la Croisette Paul Newman et Joanne Woodward s’embrassent. C’était en 1963 pour La Fille à la casquette (A New Kind of Love), un film de Melville Shavelton. Cinquante ans plus tard, cette photo de tournage, légèrement retravaillée, fait l’affiche du 66e Festival de Cannes qui se déroulera du 15 au 26 mai. « La vision de ces deux amoureux pris de vertige et perdant tout repère appelle à vivre le cinéma comme un désir sans fin », précisent les organisateurs du festival. En 1958, les deux jeunes mariés foulaient le tapis rouge du Festival de Cannes pour Les Feux de l’été (The Long, Hot Summer) de Martin Ritt, le premier film qu’ils ont tourné ensemble. Cet amour perdurera jusqu’à la mort de l’acteur, en 2008. « C’est pour le Festival l’occasion de rendre hommage à la mémoire de Paul Newman, disparu en 2008, et de faire un salut plein d’admiration à Joanne Woodward, sa femme et son interprète d’élection », ont déclaré les organisateurs. Joanne Woodward, 83 ans, devrait probablement monter les marches du Palais des festivals aux côtés du président du jury, Steven Spielberg, ainsi que du réalisateur Baz Luhrmann et de l’acteur Leonardo DiCaprio dont le film Gatsby le Magnifique (The Great Gatsby) sera présenté en ouverture. ■

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France - Amérique mai 2013

© Paramount Pictures

Cannes 2013 


Vie en france

 ?

mADE in France

La mimolette en otage aux États-Unis

Le saviez-vous

Plus de 500 kg de ce fromage orange sont retenus aux frontières américaines par la FDA (Food and Drug Administration) dans un entrepôt du New Jersey. « On importe ce fromage depuis une vingtaine d’années mais depuis début mars, les inspecteurs de la FDA nous donnent du fil à retordre. Nos mimolettes ne passent pas les analyses », explique Benoît de Vitton, responsable USA de l’entreprise normande Isigny SainteMère. Selon M. de Vitton, les inspecteurs ont fait savoir que les « mites à fromage » ou cirons, sortes d’acariens microscopiques cultivés à dessein sur la croûte pour affiner le fromage, étaient allergènes. Or, ces mites ont toujours existé, s’étonne ce responsable. « Je n’ai aucune explication si ce n’est cette histoire d’allergie », ajoute M. de Vitton, qui a fait stopper les arrivages de France, et selon qui certains fromagers de New York sont en rupture de stock. Une page Facebook de soutien a été ouverte début avril sous le titre, en anglais, de « Save the mimolette ». ■

Un bras entre deux rives baptisé Detroit

ÉDUcation

Retour à l’école le mercredi matin © Getty

Sébastien Drouet

À partir de la rentrée, les enfants reprendront le chemin de l’école le mercredi ou le samedi matin. Un décret du ministre de l’Éducation Vincent Peillon réinstaure ce rythme de 4,5 jours par semaine, abandonné en 2008 au profit de 4 jours. La réforme conserve les 24 heures hebdomadaires (contre 26 avant) établies par Xavier Darcos. Ainsi, les journées seront raccourcies de 45 minutes en moyenne et des activités pédagogiques viendront compléter l’emploi du temps. Ce changement promis durant la campagne de François Hollande inquiète les collectivités locales, qui – malgré un fonds d’incitation de 250 millions d’euros – verront s’alourdir leurs dépenses en cantine, transports, prise en charge périscolaire, etc. L’association des maires de France estime à 600 millions d’euros par an le coût de la réforme pour les communes. Le choix appartenant à chaque municipalité, une majorité de villes préfère attendre 2014 pour mettre en place ce nouveau rythme scolaire. ■

L’origine du nom de la plus grande ville du Michigan n’est pas bien difficile à deviner : c’est à une particularité géographique qu’elle le doit. Louis XIV, en 1699-1700, cautionne la construction d’un fort au niveau du détroit séparant les lacs Sainte-Claire et Érié. La colonie est baptisée « Fort Pontchartrain du Détroit », Pontchartrain étant le ministre de la Marine du Roi-Soleil. Le fondateur de la ville, dont la statue est visible sur Hart Plaza, n’est autre qu’Antoine Laumet, dit Antoine de La Mothe-Cadillac. Cet aventurier gascon avait su motiver le roi en lui expliquant qu’un établissement au sud des Grands Lacs permettrait de freiner l’expansion anglaise tout en contrôlant les Iroquois. Il jeta les bases de la colonie en 1701, avec l’aide d’une centaine d’hommes. Doté d’un flair certain, il avait deviné que le lieu se prêterait au développement du commerce. Quelle perspicacité ! Avant d’être la vedette d’une chanson de Johnny Hallyday (dans l’album Cadillac, sorti en 1989), cet Antoine-là a laissé son nom au fleuron de l’industrie automobile américaine, dont Detroit a longtemps été – et semblerait en passe de redevenir – le fer de lance. Hommage était ainsi rendu par les associés d’une société de construction automobile au fondateur de la ville, dont on célébrait le bicentenaire au moment où les premières Cadillac sortaient des usines. On notera qu’avant les véhicules à moteur, la région, située à un carrefour, était déjà réputée pour la construction de chariots, utilisés par les pionniers qui se ruaient vers l’Ouest. ■ mai 2013 France - Amérique

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© Pierre Andrieu / AFP

Vie en france

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Justice

Nicolas Sarkozy mis en examen Dix mois après avoir quitté la présidence de la République, Nicolas Sarkozy doit faire face au pouvoir judiciaire. Il a été mis en examen le 21 mars dernier pour « abus de faiblesse » au détriment de l’héritière de L’Oréal, Liliane Bettencourt. L’annonce a été faite après l’audition de l’ancien président de la République par le juge d’instruction Jean-Michel Gentil au palais de justice de Bordeaux. Des soupçons de financement illégal pèsent sur la campagne présidentielle victorieuse de M. Sarkozy en 2007. Le parquet a précisé que cette mise en examen concerne des vi-sites du candidat de l’UMP chez Mme Bettencourt pendant l’année d’élection. Plusieurs proches de M. Sarkozy ont attaqué la décision du juge, remettant en cause l’indépendance de ce dernier. Le député UMP Henri Guaino, ancien conseiller spécial du président, a estimé que la décision de M. Gentil était « indigne », qu’il avait « déshonoré la justice ». L’information judiciaire sur d’éventuelles malversations commises contre la milliardaire est terminée depuis le 28 mars. Les parties civiles ont désormais trois mois pour présenter des observations et demandes. Douze personnes ont été mises en examen dans ce volet de « l’affaire Bettencourt ». ■

Législatives

Évasion fiscale

Les Français appelés aux urnes fin mai

L’Europe veut copier le Fatca américain

Après l’annulation de l’élection de Corinne Narassiguin par le Conseil constitutionnel, un nouveau scrutin législatif partiel aura lieu en Amérique du Nord. Les Français inscrits sur les listes électorales consulaires pourront exprimer leur suffrage au moyen des mêmes modalités de vote qu’en juin 2012 : à l’urne, par procuration, par correspondance ou par Internet. Le vote à l’urne aura lieu le samedi 25 mai 2013 pour le premier tour et, dans le cas d’un second tour, le samedi 8 juin. Le vote par voie électronique sera ouvert du mercredi 15 mai 2013 à midi au mardi 21 mai à midi (heures de Paris) pour le premier tour, et du mercredi 29 mai à midi au mardi 4 juin à midi (heures de Paris) pour le second tour. Chaque électeur sera informé individuellement, par courrier, des modalités de scrutin et peut obtenir des informations sur le site du ministère des Affaires étrangères : votezaletranger.gouv.fr. Les candidats sont, à l’heure où nous écrivons : Franck Scemama pour le PS, Frédéric Lefebvre pour l’UMP, Nicolas Druet pour le MoDem, Louis Giscard d’Estaing pout l’UDI, Cyrille Giraud pour Europe Écologie-Les Verts, Thierry Fautré pour le FN, Véronique Vermorel pour le Parti Pirate, Karel Vereycken pour Solidarité et Progrès, Damien Regnard et Gérard Michon, candidats divers droite. ■

Le ministre français de l’Économie Pierre Moscovici tient-il la solution miracle contre les scandales politicofinanciers, comme celui qui a précipité la chute du ministre du budget Jérôme Cahuzac ? Il va proposer à l’Union européenne d’adopter sa version du « Fatca », du nom de la loi américaine de lutte contre les fraudeurs du fisc à l’étranger. Adopté en 2010 dans le sillage de scandales d’évasion fiscale impliquant notamment la banque suisse UBS, le Foreign Account Tax Compliance Act (Fatca) entrera en vigueur le 1er janvier 2014. Il obligera tous les établissements financiers mondiaux (banques, mais aussi fonds d’investissements, fonds de pension, trusts et fiducies de placement, fondations et même certains produits d’assurance) à déclarer aux autorités américaines presque tous les mouvements affectant un compte détenu par un citoyen américain, même si celui-ci ne réside pas ou plus aux États-Unis... Si un établissement refuse de se soumettre au Fatca, ses activités aux États-Unis seront sanctionnées par une surtaxe de 30%, via une retenue à la source. La sanction pourra même aller jusqu’au retrait de la licence bancaire aux États-Unis, un argument persuasif compte tenu de l’importance du marché américain pour les banques. Plusieurs pays adeptes du secret bancaire semblent déjà jouer le jeu : la Suisse a conclu un accord Fatca avec Washington et le Luxembourg envisage de le faire. ■

France - Amérique mai 2013


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arch Madness. Tous les ans, les équipes de première division de basket de la National Collegiate Athletic Association (NCAA) s’affrontent à l’occasion d’un tournoi ultra-médiatisé. L’engouement populaire est bien supérieur à celui de la NBA (professionnels) pour des raisons très « américaines ». Bien plus que les immuables franchises de la NBA, les victoires et défaites des équipes de la NCAA déclenchent une « Folie de Mars » qui rappelle ce qui forge le sentiment américain – l’importance de l’attachement local, de la communauté et une nostalgie du passé qui ne remonte pas ici aux pères fondateurs mais aux « belles années » universitaires : amitiés, romances, espérances… Cette année, la folie de mars s’observe également sur les marchés financiers : non seulement les indices boursiers américains ne cessent de dépasser leurs plus hauts taux historiques mais aussi affichent-ils des performances bien meilleures que celles de la plupart des places émergentes. Le 31 mars a ponctué un premier trimestre qui restera dans les annales : la hausse de 11,25% du Dow Jones est la plus forte enregistrée en quinze ans. Depuis plusieurs semaines pourtant, la bataille est féroce entre les « bulls » et les « bears », les partisans d’une hausse durable et ceux qui craignent (voire souhaitent) une correc-

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France - Amérique mai 2013

© Jonas Cuénin

La Folie de Mars Évariste Lefeuvre est chef économiste de Natixis North America. Normalien, agrégé d’économie, il a co-écrit, avec David Abiker, le Dictionnaire posthume de la finance, signé en 2010, La Logique du hasard (Éditions Eyrolles) puis, en novembre dernier, La Renaissance américaine (Éditions Leo Scheer).

tion des indices. Au cœur du débat, la solidité de la croissance et l’évolution des profits. À court terme, les rendements des actions sont fortement corrélés à l’évolution cyclique de l’économie : tant que les statistiques économiques sont conformes ou supérieures aux attentes, les indices grimpent. En dépit du féroce débat sur la falaise fiscale (fin d’année 2012), des hésitations sur la séquestration (dépenses de défense en particulier), les nouvelles économiques ont été plutôt favorables en février et mars. La tendance semble néanmoins s’être rompue début avril. Pour les adeptes du « vendre en mai et racheter en septembre », ces premiers signaux de faiblesse sont un signe de vente probant. D’autant plus que l’économie américaine est, depuis quelques années, caractérisée par des effets saisonniers marqués : la croissance s’affaisse au deuxième trimestre de manière bien plus prononcée qu’avant la Grande Récession de 2008. À moyen terme en revanche, le moteur des indices est celui des profits. Il est coutume de valoriser les actions en rapportant leur prix aux bénéfices. Cette métrique, appelée PER, donne généralement une bonne indication du caractère cher ou bon marché des actions. Avec un taux de profits proche de son plus haut historique, nombreux sont ceux qui pensent là aussi que les actions sont allées trop loin. C’est oublier que si le niveau absolu des indices est à un plus haut historique, le PER est lui à un niveau non seulement soutenable mais aussi bien inférieur à ceux des pics boursiers de 2007 ou 2000. Par ailleurs, à ce stade du cycle, une baisse des taux de profits serait synonyme de hausse des salaires et donc de renforcement de la reprise économique, un phénomène favorable aux actions. La folie de mars est probablement terminée pour les marchés d’action et un repli des cours au printemps ne serait pas surprenant, mais le potentiel haussier des indices boursiers américains reste encore significatif. ■


Livres

Et si on (re)lisait Proust ? Cent ans aprés la parution de Du côté de chez Swann, Marcel Proust continue de fasciner les lecteurs du monde entier, autant par la qualité de son œuvre que par sa difficulté. Julien Bisson

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’était il y a 100 ans : le 14 novembre 1913 paraissait en France Du côté de chez Swann, premier tome d’À la recherche du temps perdu de Marcel Proust. Micro-épisode pour une Europe alors sur le point de sombrer dans le plus effroyable des conflits. Maxi-événement pour l’histoire littéraire mondiale, qui inaugure là l’un de ses plus longs et plus incroyables romans. Le centenaire de cette œuvre incomparable est aujourd’hui dûment fêté sur le sol américain. Une sélection de notes, de brouillons et d’épreuves annotées ont été exposés à la Morgan Library de New York. Plus au nord, à l’université d’Harvard, c’est la correspondance entre l’écrivain et Reynaldo Hahn, son ami et amant, qui est mise à l’honneur, tandis qu’un concert intitulé « Proust le musicien », au Center for Fiction de New York rendait hommage à ses goûts musicaux, de Debussy à Saint-Saëns. Ces manifestations officielles ne doivent pas pour autant masquer l’éventualité, toujours présente, d’une muséification forcée. Alors, cent ans après, que reste-t-il de Proust ? Un incipit resté célèbre sans doute. La référence à une petite madeleine. Et une réputation, celle d’un auteur exigeant, aux phrases interminables. Les Anglo-Saxons n’ont d’ailleurs jamais donné leur part au chien quand il s’est agi d’en souligner la difficulté. En 1922, l’année de la mort de l’auteur, mais aussi de la première traduction du livre, un critique anglais évoque ainsi un roman écrit dans « un français où tous les mots sont faciles et toutes les phrases difficiles ». En 1972, c’est la troupe comique des Monty Python qui s’attaque à son tour à Proust, dans un sketch baptisé « The All-England Summarize Proust Competition » : trois candidats sont mis au défi de résumer la Recherche en moins de quinze secondes. Défi impossible – et hilarant -, bien évidemment… Quant à l’écrivain Phyllis Rose, elle prolonge la blague sur la difficulté de l’œuvre en ouvrant son best-seller de 1997, The Year of Reading Proust, par ces mots : « Longtemps, j’ai essayé de lire Proust. » Cette réputation aurait pu ternir gravement l’image de Proust, précipiter son nom dans les oubliettes de l’Histoire…

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France - Amérique mai 2013

Mais c’est tout le contraire. Le poids de cette œuvre gigantesque – plus d’un million de mots ! -, l’originalité de cet art sinueux de la phrase, sont en réalité autant de qualités qui ont fait de Proust une icône de la littérature mondiale, un symbole même de l’écrivain intello classique. Si bien qu’on retrouve aujourd’hui sa trace un peu partout dans la culture populaire… En 1955, c’est Andy Warhol qui publie un livre intitulé À la Recherche du Shoe perdu. Depuis 1993, Marcel s’affiche dans les pages de Vanity Fair, comme inspiration de son rituel questionnaire – un interrogatoire intime également popularisé par James Lipton, dans son émission Inside the Actors Studio. Quant au journaliste Tom Tomorrow, il a créé le « Spot the Pretentious Proust Reference », un blog recensant les mentions au « petit Marcel » dans les pages du New York Times – près de 1700 depuis 1981 ! Ces dernières années, Proust a également contaminé Hollywood. Il sert ainsi de fil rouge dans le superbe film Little Miss Sunshine, qui voit Steve Carell jouer le rôle d’un professeur homosexuel et dépressif, obsédé par Proust, qu’il qualifie de « total loser » certes, mais aussi de « plus grand écrivain depuis Shakespeare ». Ou encore dans La vie aquatique de Wes Anderson, où le personnage de Cate Blanchett s’efforce de lire à voix haute l’interminable roman à l’enfant s’agitant dans son ventre. Sans oublier l’adaptation du Sur la route de Jack Kerouac, sortie sur les écrans l’an passé, où un exemplaire de Du côté de chez Swann apparaît à plusieurs reprises, comme un lien entre les différents personnages. Ce n’est donc pas le moindre des paradoxes que de voir célébré ce romancier au phrasé si ample, à l’âge des tweets de 140 signes. Mais il serait dommage de s’arrêter à la caricature qu’on en propose volontiers. Dommage de ne pas goûter ses réflexions sur le temps, la mémoire ou la littérature. De ne pas savourer son humour formidable, son regard acéré sur la nature humaine. Alors prenez donc votre courage - et les sept tomes du roman ! - à deux mains. Et souvenez-vous de haïr les snobs qui vous lanceront, avec un détachement cruel : « Proust, ça ne se lit pas. Ça se relit... » ■


immigration

© John Moore / Getty

Une bonne nouvelle pour les Français rêvant d’Amérique ? Pour les milliers de Français désireux de s’installer outreAtlantique, l’imminence d’une réforme du système d’immigration sonne comme un nouvel espoir : car depuis le 11 septembre 2001, immigrer aux États-Unis est devenu un véritable casse-tête pour tous les candidats, y compris les plus qualifiés.

S

ous l’impulsion du président Barack Obama, un groupe de travail de huit sénateurs répu-blicains et démocrates a annoncé mi-avril qu’il venait de finaliser un grand projet de réforme du système migratoire sur lequel il travaille depuis trois mois. Le système actuel, dont la dernière réforme remonte à l’ère Clinton, est devenu clairement obsolète, au regard des plus de 11 millions de sans-papiers, en grande majorité d’origine mexicaine, qui travaillent et vivent sur le territoire. Très attendu, ce texte pourrait notamment permettre la régularisation de millions de clandestins, avec à la clef l’obtention de la citoyenneté au bout de 10 ans. Autres objectifs de réforme : la sécurisation des frontières et la régulation des flux futurs de travailleurs, en établissant notamment des quotas pour les saisonniers agricoles. Seul point majeur qui pourrait réellement impacter les Européens : la réforme des systèmes de visas pour les per-

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France - Amérique mai 2013

sonnes hautement qualifiées, dits H-1B, le visa de travail le plus convoité. Pour cela, deux solutions sont envisagées : l’augmentation des quotas pour ce type de visa, bloqué à 65 000 chaque année, ou bien l’attribution automatique de cartes vertes pour les étudiants étrangers diplômés d’universités américaines en sciences, technologie ou ingénierie. Une bonne nouvelle qui poussera peut-être davantage de Français à venir étudier aux États-Unis dans ces domaines. Selon le dernier baromètre Ifop publié fin février pour le cabinet Deloitte, 27% des jeunes diplômés en recherche d’emploi voient leur avenir à l’étranger (contre 13% l’an dernier). Actuellement, selon le ministère des Affaires étrangères, 1,6 million de Français sont inscrits sur les registres à l’étranger, parmi lesquels 270 000 sont des jeunes âgés de 25 à 35 ans. Et dans le top 3 des pays d’accueil, on trouve, aux côtés de la Suisse et du Royaume-Uni, les États-Unis, qui comptent actuellement 125 200 résidents français. ■


immigration

« Ici, sans argent et sans carrière, personne ne vous tendra la main »

Pour décrocher un visa de travail, mieux vaut être un scientifique européen

Pour beaucoup de Français, la Californie incarne le rêve américain par excellence. Mais ceux qui partent y chercher du travail avec un simple visa de touriste ou d’étudiant déchantent très vite. Julien*, un comédien de 27 ans installé à Los Angeles, en a fait l’amère expérience.

Même si elle n’a « pas de difficulté » à prouver qu’elle a besoin de faire appel à des travailleurs étrangers aux compétences pointues, la société de services pétroliers employant Nicolas Pilisi au Texas a dû s’y prendre très tôt pour lui obtenir un visa de travail, puis la carte verte.

Par Noémie Taylor-Rosner

Par Cécile Fandos

Il y a quatre ans, Julien atterrissait à L.A. avec pour seul bagage ses rêves et sa pugnacité de jeune homme de 23 ans. « À l’époque, je croyais dur comme fer au rêve américain. En France, j’avais pas mal galéré. Je pensais qu’ici on me donnerait ma chance », raconte ce comédien, originaire de banlieue parisienne. Parti avec un visa d’étudiant F1, valable cinq ans et plutôt facile à obtenir, il est officiellement aux États-Unis pour « améliorer son anglais », dans une école de langue. En réalité, il est surtout « venu avec l’idée de faire carrière dans l’animation 3D », sa formation d’origine. « Le visa d’étudiant était un prétexte pour chercher tranquillement une entreprise qui veuille bien me sponsoriser. En étant sur place, je me suis dit qu’on me prendrait probablement plus au sérieux que si j’envoyais des CV depuis la France ». Mais même installé à deux pas d’Hollywood et de ses studios mythiques, Julien n’obtient pas de réponse à ses candidatures. « Pour me remonter le moral et étoffer mon CV, je me suis mis au théâtre. Très vite, je suis tombé amoureux : j’ai trouvé ma vocation ». Le matin après ses cours, Julien enchaîne les castings, pour des jobs « les trois quarts du temps non rémunérés ». Le soir, l’aspirant comédien travaille au noir dans les cuisines d’un restaurant chic de Beverly Hills. En tant qu’étudiant étranger, il n’a pas le droit d’effectuer un emploi à temps plein en dehors de son campus et n’a pas accès à une carte de sécurité sociale, très souvent demandée par les employeurs. « Je me suis fait fabriquer une fausse carte pour quelques dizaines de dollars à Downtown. Mes employeurs n’y ont vu que du feu ».

« J’ai toujours rencontré les bonnes personnes au bon moment », résume Nicolas Pilisi en racontant son parcours aux États-Unis. Volontaire international chez Total, puis assistant de recherche à l’Université Texas A&M, avant de rejoindre la société Blade Energy comme consultant international intervenant notamment sur le forage en eaux profondes… Il est vrai que tout s’est enchaîné pour ce jeune ingénieur pétrolier. Pour ce qui est du statut migratoire en revanche, ce fut moins linéaire. « Pour Total, le recrutement était urgent, donc les ressources humaines ont opté pour le visa J de perfectionnement de jeune diplômé, se souvient Nicolas Pilisi. Puis en tant qu’étudiant, je suis entré dans la catégorie F, comme les trois quarts de ma promotion, également d’origine étrangère. Enfin, chez Blade Energy aussi, il y a de nombreuses nationalités. Mais le visa de travailleur invité H-1B est bien plus compliqué à obtenir. Il fait partie de ceux sanctionnés par un numerus clausus pour lesquels l’ensemble des visas pour l’année sont attribués en quelques semaines, au mois d’avril. »

« Le rêve américain, c’est dépassé » Mais aujourd’hui, la coupe est pleine. « J’approche de la trentaine, j’en ai marre de consacrer mes soirées à un job étudiant ». Pour régulariser sa situation, Julien a récemment consulté une avocate. « Elle m’a dit que j’avais très peu de chances d’obtenir un visa d’artiste. Je n’ai pas assez d’expérience. Et le peu que j’ai, je l’ai acquis illégalement sur le territoire américain ! Je peux difficilement m’en prévaloir », dit-il, amer. « Le rêve américain c’est dépassé. Je connais plusieurs Français qui s’y sont cassé les dents. Ici, si vous n’avez pas d’argent et pas de carrière, personne ne vous tendra la main. Le talent ne suffit pas. Cela devrait être plus simple pour les immigrés qualifiés », regrette-t-il, tout en doutant que la réforme migratoire puisse le concerner, en tant qu’artiste. Son visa d’étudiant expire en février 2014. « Je me suis fait une raison. Je continue mon aventure ici jusqu’au bout. Je travaille actuellement sur un projet de série télé que j’aimerais vendre à une cha��ne, qui pourra peut-être me sponsoriser. Si ça ne marche pas, je partirai. Après tout, il n’y a pas qu’aux États-Unis que l’on peut être heureux ». ■ *Le prénom a été modifié

Des visas de travail trop rares Là encore, le calendrier correspondait à celui de Nicolas, recruté avant même d’avoir passé son diplôme à l’été 2009. « Il est très rare que nous trouvions des candidats américains répondant à nos besoins », souligne Melony Block, la responsable des ressources humaines de Blade Energy pour expliquer l’anticipation dont doit faire preuve son entreprise. Outre une hausse du nombre de visas H-1B, cette dernière réclame des procédures accélérées pour les ressortissants indiens. « J’ai obtenu ma carte verte il y a près de deux ans, alors qu’un collègue indien pour lequel les démarches ont été lancées en même temps que moi l’attend toujours », atteste Nicolas Pilisi. « La procédure peut prendre jusqu’à dix ans pour un Indien », indique Brent Huddleston, l’avocat spécialiste de l’immigration auquel fait appel Blade Energy. Or « la carte verte nous permet de manifester notre appréciation aux salariés », estime Melony Block. ■

En chiffres Sans-papiers européens expulsés des États-Unis par nationalité : En 2009 : 27 Belges, 129 Irlandais, 129 Hollandais, 156 Espagnols, 204 Allemands, 235 Français, 244 Italiens et 720 Britanniques.   En 2010 : 27 Belges, 90 Hollandais, 103 Irlandais, 136 Espagnols, 187 Allemands, 189 Français, 197 Italiens et 481 Britanniques. Source : Departement of Homeland Security

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reportage

Le viticulteur Louis Caracciolo dans ses vignes d’Atco, New Jersey.

Le New Jersey se rêve en

Bordeaux

Pourfendeur du vin sucré de la Napa Valley qui domine le marché américain, Louis Caracciolo perpétue le savoir-faire des vignobles français sur son domaine du New Jersey. Et espère ainsi éduquer le palais des Américains. Gaétan Mathieu

A

ssis sur la terrasse de sa maison, à l’ombre des pins, Louis Caracciolo remue abondamment son verre de vin. Une fois la jambe de son cabernet sauvignon 2010 révélée, le vigneron boire avec satisfaction. « On ne s’attend pas à déguster 14

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ça dans le New Jersey ! », s’exclame-til. Pas même les habitants de l’État, ni les œnologues avertis. Il faut dire qu’à moins d’un kilomètre des vignes de Louis Caracciolo, ce sont les fast-foods qui fleurissent davantage que les pieds de vigne. Niché à Atco, entre Philadelphie et At-

lantic City, son vignoble, Amalthea Cellars, est un joyau méconnu qui mérite d’être découvert. C’est ici que, depuis 1976, Louis Caracciolo produit son vin. « Pas ce jus de raisin fruité que l’on trouve partout dans le New Jersey », peste-t-il. Le vigneron se bat depuis des années pour


changer la mauvaise image des vins de la région mais aussi de l’État du New Jersey, souvent associé à l’industrie et à la pollution. Après avoir rassemblé plusieurs viticulteurs de la région, Louis Caracciolo a décidé d’organiser, en juin 2012, une dégustation à l’aveugle pour comparer les vins du New Jersey avec de grands Bordeaux. L’événement, baptisé le Jugement de Princeton, était inspiré du célèbre Jugement de Paris : une autre dégustation à l’aveugle organisée en 1976, où les vins californiens l’avaient emporté face à de grandes bouteilles françaises. Un cataclysme dans le monde du vin qui propulsa les bouteilles de la Napa Valley sur le marché mondial. « Lorsque j’ai appris les résultats du Jugement de Paris, je me suis pas dit ‘la Californie a de très bonnes bouteilles’. J’en ai conclu que tout le monde peut faire de bons vins avec un peu de savoir-faire et un climat convenable », affirme Louis Caracciolo. « Aux États-Unis, on achète du vin comme on achète du Coca-Cola » Présidé par George Taber, le journaliste déjà à l’origine de l’article du New York Times de l’époque sur le Jugement de Paris, le Jugement de Princeton a été un grand succès pour les vins du New Jersey. Le jury, composé entre autres de Jean-Marie Cardebat de l’université de Bordeaux ou encore du très respecté expert en vin et blogueur Tyler Colman, a attribué des notes quasi-équivalentes aux vins de Louis Caracciolo et aux Bourgogne et Bordeaux hexagonaux. Les bouteilles venant des États-Unis coûtaient pourtant en moyenne seulement 5% du prix des vins français ! Ce résultat encourageant n’est qu’un début pour Louis Caracciolo qui espère améliorer en profondeur la qualité du vin produit dans son État. « Cela fait 350 ans que le New Jersey fait du vin sucré. On part de loin. Mais un œnophile français m’a dit un jour que la Provence a fait du mauvais vin pendant 1 000 ans avant qu’il y ait un changement. Plus il y aura de bons viticulteurs dans le New Jersey, plus nos vins seront pris au sérieux ». Louis Caracciolo ne veut à l’inverse pas entendre parler de ses collègues de la Napa Valley. « Ils ont américanisé le vin. C’est-à-dire qu’ils en ont fait quelque chose de sucré, avec beaucoup d’alcool et donc complètement déséquilibré. On pourrait étaler leur vin sur un toast ! » Selon lui, les bons vignerons californiens des années 70 ont vite laissé place à des viticulteurs qui ont standardisé le goût

© Jonas Cuénin

© Jonas Cuénin

reportage

Casey Economides, l’assistante de Louis Caracciolo, dans les caves d’Amalthea Cellars.

du vin et donc le palais des Américains. « Aux États-Unis, on achète du vin comme on achète du Coca-Cola. Le goût a été uniformisé ». S’écarter des traditions familiales Ces vins fruités et sucrés, Louis Caracciolo en a aussi produit. Il travaillait alors pour le vignoble de son grand-père Emilio, un immigrant italien venu de Naples à seulement 13 ans. Ce dernier possédait un grand vignoble à quelques kilomètres de l’actuel domaine de Louis Caracciolo. Malgré la prohibition, Emilio a poursuivi son commerce de vin, et transmis sa passion à son petit-fils. Les méthodes de production archaïques ne sont pas vraiment au goût du jeune Louis. Alors étudiant en Food Science à l’université Pratt à Brooklyn, Louis Caracciolo a comme livre de chevet le guide culinaire d’Auguste Escoffier, et les recettes de Julia Child. « À l’époque, le vin français était le seul que l’on étudiait à l’université. On apprenait la technique française en cuisine comme en vin ». Une méthode à des années lumières des habitudes de son grand-père, septuagénaire. « Dès que je pouvais, j’essayais en cachette de nettoyer le matériel pour éviter que le vin tourne au vinaigre

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mais lui me disait que ça ne servait à rien, que l’alcool tuait les bactéries de toute façon ! Je ne voulais pas discuter de ses méthodes avec lui car c’était un savoir-faire familial qui s’était transmis de génération en génération ». Bien décidé à mettre en pratique son apprentissage, Louis Caracciolo se met à produire du vin à base de jus de raisins dans la chambre de son internat à l’Université Pratt. « Ma chambre ressemblait au laboratoire de Frankenstein ! J’étais le type qui vendait du vin sur le campus. Dans le Brooklyn hippie des années 70, c’était d’autres produits qui circulaient généralement ! » Un sol similaire dans le New Jersey et en Gironde Mais la science du vin ne fait pas tout. En 1986, soit dix ans après le début de son exploitation, Louis Caracciolo décide de faire des allers-retours en France, dans la région de Bordeaux. Principalement pour apprendre le savoir-faire français. Dans des vidéos d’époque, on peut voir Louis Caracciolo, barbe noire, jean et T-Shirt façon Steve Jobs, visiter les vignobles de château Margaux. Il y apprend notamment le nettoyage des vieux fûts. Mais plus important encore, il découvre une nouvelle philosophie du vin. « Avec mes cours de Food Science, j’avais une approche trop scientifique du vin. En parlant avec des vignerons de Bordeaux ou de Bourgogne, j’ai compris qu’il ne fallait pas trop jouer avec le vin, pas trop y toucher. Pour une bonne sauce tomate, vous avez besoin d’une bonne huile d’olive, de tomates fraîches, de basilic et d’ail. C’est tout. Si vous commencez à ajouter du sucre, vous n’améliorez pas votre produit. C’est pareil pour le vin. » Lors de ce voyage en Gironde, Louis Caracciolo découvre de nombreuses similarités entre la région de Bordeaux et le sud du New Jersey. Plus de 25 ans après ses premiers voyages en France, Louis Caracciolo s’amuse encore à renverser la carte du New Jersey et à la superposer à celle de la région de Bordeaux. Les deux cartes sont similaires, avec d’un coté la Delaware Bay qui s’enfonce dans le territoire jusqu’à Camden. De l’autre la Gironde, qui se rétrécit jusqu’à Bordeaux. Outre le hasard de la similitude topographique, le nombre de jours froids dans l’année, le climat océanique, la saison des vendanges et surtout la composition des terres sont autant de points communs entre la région bordelaise et le sud du New Jersey. Plusieurs études ont ainsi mis en évidence les caractéristiques similaires du sol, à la fois sablonneux et argileux. « Le terroir du New Jersey est aussi bon que celui de la région de Bordeaux pour le cabernet sauvignon, cabernet franc ou merlot. Le savoir-faire et le respect du produit sont donc les seuls obstacles qui empêchent les vignerons du New Jersey de faire de grands vins », affirme Louis Caracciolo. Les jeunes Américains plus réceptifs au vin de qualité Les vins de Louis Caracciolo n’explosent pas en bouche. Mais le goût, doux, s’étend sur la durée. « Maintenant, il va falloir que les Américains comprennent que c’est surtout ça le vin...». Le viticulteur ne manque jamais une occasion de malmener ses compatriotes. « Il ne faut pas oublier que je suis de la génération hippie, anti-américaine ! » Il a néanmoins confiance en la nouvelle génération. Car même si les vins de Louis Caracciolo sont de plus en plus reconnus par les connaisseurs, il faut encore convaincre le consommateur d’acheter des vins moins sucrés. « Les enfants du baby-boom n’ont pas suffisamment développé leur palais pour apprécier le bon vin. Mais la nouvelle génération est complètement différente. Les jeunes d’aujourd’hui ne veulent pas dépenser des centaines de dollars dans du vin. Et ce n’est pas parce qu’un grand œnologue ou un guide leur dit qu’une bouteille est bonne qu’ils vont l’acheter. La jeune génération n’écoute pas les conseils des plus âgés et

© Jonas Cuénin

reportage

Une séléction de cabernet franc, merlot, syrah, cabernet sauvignon du domaine Amalthea Cellars.

préfère se forger son propre avis. L’expérience est leur seul jugement ». Un changement dans la manière de consommer le vin que Louis Caracciolo constate lorsqu’il organise des dégustations dans son vignoble. « De nombreux Américains se tournent vers des vins plus authentiques ». Le renouveau du vin aux États-Unis passera peut-être par le New Jersey. ■ www.amaltheacellars.com

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cinéma

Psychose dans le vignoble Passionné de vin, le réalisateur Gilles Legrand a imaginé un scénario original autour d’une cuvée reine menacée. Tourné dans un authentique vignoble de Saint-Émilion, Tu seras mon fils est un grand drame à la française, aux accents hitchkockiens. Film de terroir, il nous parle d’héritage et de la difficile relation père fils. Guénola Pellen

L

e vin abreuve les imaginaires : drames de famille enfouis au plus profond du vignoble, guerres de générations, successions sanglantes. Tu seras mon fils (You will be my son) de Gilles Legrand (Malabar Princess, La jeune fille et les loups) s’inscrit dans cette veine. Tout en carrure, Niels Arestrup (Un prophète, Cheval de guerre) y campe un patriarche imposant sa loi d’une main de fer sur son domaine. Ce propriétaire d’un « château », hérité de son père dans des circonstances tragiques, refuse que son fils prenne sa succession, l’accusant de ne pas avoir de « nez ». Face à ce monstre narcissique, Lorànt Deutsch fait pâle figure dans le rôle de Martin, le fils bafoué, maigrichon. Pliant l’échine, serrant les dents, l’héritier malheureux encaisse sans broncher les moues dédaigneuses et les piques acérées du père, sous le regard impuissant du spectateur. La tension s’accentue encore lorsque le bras droit du seigneur (excellent Patrick Chesnais), détenteur du savoir de la vigne, se révèle atteint d’un cancer foudroyant. À six mois des vendanges, c’est la panique au domaine ! Le fils du régisseur (interprété par Nicolas Bridet), élevé sur le domaine, puis parti faire ses classes chez Coppola, dans les vignobles californiens, fait alors son entrée. Ce jeune

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loup charismatique rompu aux techniques en vogue et au marketing, est accueilli comme le sauveur. « C’est un peu la parabole du fils prodigue qui revient plein d’usage et raison au pays, après avoir étudié les vins du Nouveau Monde au Chili, en Nouvelle-Zélande et surtout, aux États-Unis. Cette expérience américaine fait encore son petit effet en Europe », explique le réalisateur. Vif et plein d’assurance, il ferait un successeur idéal aux yeux de Marseul qui lui confie rapidement ses rituels de fabrication, l’intronise dans la profession, l’amène à Bordeaux et fomente en secret de bien sombres desseins. Le roman noir du vin Issu d’un milieu modeste, le fils d’Amérique se laisse griser par la possibilité de cet ascenseur social que lui offre le métier de viticulteur. « La vigne et le vin éveillent les sens ! Et puis les effets secondaires sont enivrants. L’ivresse bien sûr, mais aussi le pouvoir, l’argent, le talent, la passion. C’est un milieu très exigeant. Pour bien faire le métier de vigneron, il faut exceller à toutes les étapes, de la vigne à la cave. Je suis fasciné par ces gens passionnés qui ont une rigueur extrême ou qui sont quasiment névrotiques. La vigne mène à ça. Si vous voulez faire du bon vin il faut être excellent partout », poursuit Gilles


cinéma

Legrand. « Le film pose la question de l’héritage. Faut-il transmettre son domaine à son fils si on ne l’estime pas à la hauteur ? », explique le réalisateur. À plusieurs millions d’euros l’hectare, on peut y réfléchir à deux fois. « La transmission n’est pas une affaire de génétique mais de savoir-faire », renchérit Niels Arestrup. L’acteur défend avec passion la cause de son personnage antipathique, dans une joute verbale musclée. « Sa fierté, c’est ce grand cru, le ‘Clos de l’Abbé’. Ce vin lui a valu la Légion d’honneur et son titre de noblesse. Il est de son devoir de transmettre sa terre, son terroir et ce vin haut de gamme à quelqu’un de qualifié. Il est sincèrement persuadé que son fils serait incapable, tant sur le plan technique que sur celui des qualités humaines, de remplir ce rôle. Sa responsabilité consiste donc à ne pas lui transmettre ce terroir, et à trouver un héritier digne de ce nom, quitte à briser la chaîne familiale. » Le milieu bourgeois vieille France de la région bordelaise est bien dépeint dans ce sombre tableau. Avec son costume de notable, ses cigares et sa Jaguar intérieur cuir, Paul Marseul incarne le stéréotype de l’aristocrate accroché à ses privilèges. Grand seigneur, Paul Marseul roule en Jaguar, sur fond du magnifique Cum dederit de Vivaldi. Esthète, il cire au cognac sa collection de chaussures italiennes. Et il collectionne, dans le « caveau » intemporel de sa propriété, des bouteilles d’un autre âge. « Près de Saint-Émilion, où nous avons tourné, j’ai découvert qu’il existait encore des petits châteaux, et des seigneurs à l’intérieur de ces châteaux, s’étonne Niels Arestrup. Ils ont souvent le goût des belles choses, d’une certaine forme de luxe, et renvoient des signes de richesse extérieure. Mais ce sont aussi des gens qui travaillent énor-

mément ! Ce sont les derniers seigneurs ruraux, et les héritiers de ces grands paysans de la fin du XIXe siècle. En réalité, Marseul n’est pas propriétaire de sa terre. Elle appartient à ses aïeux. Il s’agit d’un bien presque immatériel, quasi spirituel. Lui n’est qu’un passeur, chargé de passer le flambeau. » Un film à boire Dans cette tragédie familiale à l’ancienne, le vin est perçu comme le Saint-Graal. Les bouteilles s’entrechoquent, les bouchons sautent dans tous les sens, la vigne s’étend à perte de vue, l’argot pinaresque imbibe l’atmosphère... tout amateur de vin appréciera. Pour couronner le tout, Gilles Legrand fait montre d’une maîtrise toute hitchcockienne du suspense qui va crescendo, jusqu’à l’apothéose. Si le film tire sa force des excellentes interprétations de Lorànt Deutsch en anti-héros écorché vif, et de Niels Arestrup en père tyrannique, le spectateur appréciera aussi à travers ce film, le monde secret du vignoble, les exigences du métier. « J’aime la diversité des cépages, des terroirs, des arômes, de même que la vigne, noueuse et généreuse, l’ordonnancement et la contrainte qu’on impose à cette plante, la géométrie et l’architecture des vignobles qui offrent des perspectives magnifiques, mais aussi les cuveries comme des laiteries, les chais à barriques sous les voûtes cisterciennes et surtout les caves, les alignements de tonneaux et de bouteilles, le silence sous terre, les odeurs, les matières, les couleurs, les lumières… La transformation du raisin en vin est une des plus belles choses que sache faire l’homme à partir d’un produit naturel. » ■

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Le Maisons volantes de

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portfolio

Guénola Pellen

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i-réelles, mi-rêvées, les Flying houses du photographe Laurent Chehere offrent une galerie d’évasion urbaine, poétique et joyeusement surréaliste. Inspiré par le réalisateur Hayao Myazaki et son Château ambulant, et par Le Ballon rouge d’Albert Lamorisse (tourné en 1956 à Ménilmontant), l’artiste prête une seconde vie aux bâtisses fatiguées du Paris populaire. « Ces maisons sont le fruit de mes explorations. Elles s’inscrivent dans un travail de mémoire des quartiers de l’Est parisien dont les immeubles anciens disparaissent un à un, et au Paris d’avant le baron Haussmann et son architecture ‘co-

piée-collée’. J’ai essayé de sortir ces maisons de l’anonymat de la rue, pour raconter leur histoire, vraie ou fantasmée », explique Laurent Chehere. Entre reportage et photomontage, son travail est aussi un hommage indirect aux habitants de ces foyers. « Je suis né à Ménilmontant, un quartier riche de cultures différentes. On peut y croiser le monde entier au coin de la rue. Je me suis intéressé aux Roms dans leur caravane, blasés de leurs expulsions quotidiennes, à des Maliens le cœur plein d’illusions voguant vers un immeuble insalubre, un clown essayant de s’allumer une clope sur le toit d’un cirque en hiver, un vieux cinéma X de Pigalle, un voyeur derrière ses jumelles, un théâtre

disparu du Boulevard du Crime [surnom donné au XIXe siècle au boulevard du Temple à Paris, en raison des nombreux crimes qui étaient représentés chaque soir dans les mélodrames de ses théâtres, ndlr], aussi bien qu’au mignon petit pavillon de banlieue sans histoire. » Si le photographe revendique bien d’autres influences cinématographiques allant de Wim Wenders à Federico Fellini, Dino Risi et Marcel Carné, son processus créatif est aussi à chercher du côté de l’assemblage. « Après une esquisse, je photographie dans la bonne lumière tout ce dont j’ai besoin, façade, fenêtre, graffitis, toit, gens, etc. Quelque part je suis aussi devenu un architecte. » ■ www.laurentchehere.com


histoire

Louis XIV et Marie Mancini amours interdites pour raison d’État

Louis XIV au Siège de Besançon par Adam Frans van der Meulen (1632-1690).

Portrait de Marie Mancini par Jacob Ferdinand Voet (1646-1714).

À la tête d’un royaume déchiré par les guerres intestines, le jeune roi Louis XIV tombe sous le charme de la jeune Marie Mancini. La nièce de Mazarin et le jeune monarque s’adonnent à la passion. Mais la raison d’État s’impose. Anne Prah-Perochon

E

n 1656, Louis XIV n’est âgé que de dix-huit ans et pourtant il est roi depuis treize ans ! Désireux de prouver ses qualités de stratège et de chef militaire, il passe la plus grande partie de son temps à l’armée. Cette vie martiale, le plus souvent en plein air, a changé son apparence : le joli enfant du Palais-Royal aux longues boucles est maintenant un jeune homme à la musculature puissante et à l’allure virile qui connaît déjà la passion amoureuse !

Les sœurs Mancini détonnent à la cour

Comment le roi n’aurait-il pu remarquer à la cour les nièces de son ministre italien, le cardinal Jules Mazarin ? L’arrivée d’Italie des quatre sœurs Mancini en 1655 avait été, selon l’expression d’un contemporain, « comme un vol de nocturnes qui se pose dans une volière de poules faisanes ! » Au début, le roi s’éprend d’Olympe, l’aînée que l’on appelle « la Bécasse ». Il se tourne 22

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aussi vers l’amitié presque fraternelle de la moins jolie des sœurs, la jeune Marie qui, aux dires des courtisans, « n’était que tignasse noire et teint olivâtre, et était noire comme un pruneau ». La mode étant alors à une beauté grasse, blonde et blanche, Marie est tout l’opposé. Aux yeux de Louis, cependant, Marie possède d’autres charmes : elle l’amuse et le distrait. Marie pourtant est malheureuse, car dans sa famille elle n’est guère aimée ; sa propre mère l’a prise en grippe simplement parce qu’un jour un astrologue avait prédit qu’elle lui porterait malheur, aussi la destine-t-elle au couvent. Quand Marie pleure, Louis la console. À son tour, Marie redonne confiance au roi, meurtri par ses précédentes mésaventures durant la Fronde des grands seigneurs. Pour elle, il n’est pas encore le Roi-Soleil, mais un jeune homme humilié dans son enfance, souvent à court d’argent, qu’on a vu portant des pourpoints usés jusqu’à la trame.


histoire

Carte du Tendre

Grâce à Marie, Louis, jusque-là habitué surtout à la compagnie des courtisans, des soldats, des chevaux et des chiens, commence à pénétrer avec respect et timidité dans l’atmosphère précieuse des dames de l’hôtel de Rambouillet. Ensemble, ils se penchent avec émotion sur la carte du Tendre. Entre eux n’existe cependant qu’une amitié amoureuse, romantique et platonique. Durant l’été 1658, un événement crucial vient changer leurs relations. Louis part en campagne militaire à Dunkerque où il n’épargne pas sa peine. Le 30 juin, il s’évanouit et est pris de fièvre. Les médecins le saignent généreusement et le purgent. Le 4 juillet, on craint que ses jours ne soient en danger ; le 8, il passe pour mourant. À la cour, Marie qui voit tout et entend tout, pleure. Elle pleure sur son amitié qui s’est transformée en amour et qui n’a pu s’afficher au grand jour. Lorsque la reine Anne d’Autriche se rend à Calais au chevet du roi, Marie aimerait la suivre mais on lui fait savoir qu’il n’en est pas question. Toutefois, le 10 juillet, la fièvre tombe et le roi paraît hors de danger. Par courtes étapes, la reine le ramène à Fontainebleau pour éviter les grosses chaleurs de l’été parisien. Le long de la route, pour distraire le convalescent, son entourage lui raconte les divers potins de la cour, lui parlant de Marie Mancini et de son angoisse pendant la maladie royale. On dit même qu’« elle s’est tuée de pleurs », à son sujet. C’est la première fois que Louis conquiert le cœur d’une femme et cela l’émeut profondément.

Amour ardent

Quand il revoit Marie à Paris, il remarque que son apparence physique semble avoir subi une transformation : elle est devenue presque belle, son teint s’est coloré et est devenu radieux ; on remarque mieux la perfection de ses dents et l’élégance de sa silhouette. Avec ses yeux de braise, son expression spirituelle et son tempérament fougueux, celle que l’on avait appelée « Cendrillon » est devenue irrésistible. À Fontainebleau, où séjourne de nouveau la cour, les deux jeunes gens ne se quittent bientôt plus. Leur tête-à-tête est respecté au bal, à la chasse, en promenade. Le jour où le roi offre à Marie un collier de perles qui lui vient de sa tante Henriette d’Angleterre, son entourage commence à se poser des questions. De retour à Paris, Louis, le front grave et l’air soucieux, se présente chez le cardinal Mazarin pour lui demander officiellement la main de sa nièce. Pris de court, Mazarin lui conseille d’aller voir sa mère. « Ma mère, j’aime Marie Mancini et je veux la prendre pour épouse », déclare-t-il à Anne d’Autriche. Quand elle comprend qu’il ne s’agit plus d’amours enfantines, la reine est remplie d’émoi !

Les rois appartiennent à l’État

Depuis longtemps, Anne d’Autriche caresse le rêve de voir cesser la guerre entre son pays natal (l’Espagne) et son pays adoptif (la France). Pour mettre un terme à ces hostilités, les premières négociations ont été entamées dans l’espoir de favoriser une alliance matrimoniale entre sa propre nièce, MarieThérèse et son fils Louis. « Mon fils, répond-elle avec véhémence, vous insultez mon pays ! Ne ravivez pas la guerre ! » Puis elle le renvoie à Mazarin qui fait alors appel à la raison d’État pour

faire pression sur Louis. « Les rois appartiennent à l’État auquel ils doivent sacrifier leur amour et leur vie ». Mazarin ayant pris congé du roi, informe sa nièce qu’elle devra se retirer pour quelques mois avec ses sœurs Marianne et Hortense dans son domaine de Saintonge, dans le petit port de Brouage, près de La Rochelle. Désespéré, Louis va supplier sa mère. Ayant tout essayé pour faire revenir la reine et le cardinal à d’autres sentiments, Louis et Marie se jurent un amour éternel et pleurent longtemps dans les bras l’un de l’autre. Enfin, Mazarin conclut avec le jeune roi un pacte qui l’autorise à écrire à Marie et l’assure que ses lettres ne seront pas ouvertes. Le 22 juin 1659, le jour du départ de la jeune fille pour Brouage, Mazarin rencontre Don Luis de Haro, l’envoyé d’Espagne. Les négociations entre les deux pays aboutissent à l’accord du mariage de Louis et de Marie-Thérèse. Celui-ci est d’abord conclu par procuration dans l’île des Faisans, sur la rivière Bidassoa qui sépare la France de l’Espagne, puis par une cérémonie officielle prévue pour le 28 juin 1660, à SaintJean-de-Luz.

La ruse de Mazarin

Marie-Thérèse est désormais l’épouse du roi de France. Dès lors, Marie et ses sœurs reçoivent l’avis qu’elles peuvent revenir à Paris au palais Mazarin (l’actuel Palais-Royal) tandis que le cortège royal en route pour Paris fait étape à Saintes en Saintonge. Dans cette ville proche de Brouage où Marie a passé plusieurs mois, Louis ne cesse de penser à son grand amour. Ayant décidé de se rendre à Brouage à cheval, il annonce que le cortège devra continuer sans lui jusqu’à la ville voisine de Saint-Jean-d’Angély. Il passe la nuit dans la chambre qu’a habitée Marie. Conscients des sentiments de Louis qui, loin de s’apaiser, atteignent une intensité qu’ils redoutent, Anne d’Autriche et le cardinal décident alors de perdre Marie une fois pour toutes dans l’esprit du roi. Ils lui font croire qu’elle aime le prince de Lorraine et que cette même nuit où il pleurait à Brouage, elle se pavanait aux Tuileries avec le prince. La vanité de Louis est si grande qu’il ne supporte pas que ceux qu’il a quittés le délaissent à son tour. Plus tard quand il revoit Marie, il toise avec dédain la pauvre jeune femme qui n’y comprend rien, car le rusé Mazarin s’était assuré que les deux jeunes gens ne puissent se revoir en tête-à-tête et s’expliquer. Le 26 août, accompagné de sa nouvelle épouse, Louis XIV fait son entrée solennelle à Paris par la rue Saint-Antoine, passant sous les balcons de l’hôtel de Beauvais où se tiennent Anne d’Autriche, Mazarin et diverses personnalités de la cour qui admirent le défilé. Le roi, préoccupé de sa gloire, ne voit pas à une fenêtre voisine une jeune femme brune, qui se penche pour cacher ses larmes. L’année suivante, en 1661, Marie Mancini épousera le prince Lorenzo Colonna et partira vivre à Rome. Louis XIV refusera toujours de la revoir. ■

VocabulaIre Aux dires = according to À court d’argent = short of money S’afficher = to flaunt oneself

Fougueux = hot headed Se pavanait = strutted about Toiser = to eye scornfully

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saveurs

À l’ère des néo-bistros

Nouvel épicentre de la gastronomie française, la bistronomie n’a pas fini de faire parler d’elle.

© François Flohic

Estelle Lenartowicz

les prix. Pour réussir le pari, les chefs créent de hauts lieux culinaires, à échelle démocratique. Exit l’argenterie et les serveurs en habit. Leur marque de fabrique ? Des menus uniques et un service sans chichi. De quoi débarrasser la grande cuisine de son côté intimidant et guindé au profit de l’esprit convivial d’une brasserie bon marché. Dans un contexte de crise économique, les gourmets ne peuvent qu’approuver.

Déjouer les codes

Formés aux fourneaux des plus grands palaces, ces néo-chefs se plaisent à déjouer les codes du sacro-saint guide Michelin. Au menu, des plats du terroir dopés à grands coups de bistronomie dernier cri : sardines aux herbes en rouleau croustillant, hareng fumé et rattes à l’aneth, pavé de rumsteck sauce miso, truite fumée et purée d’avocat… Ils rivalisent d’inventivité pour faire de leurs estaminets de bouillonnants laboratoires d’idées. Valeur ajoutée de ces bistrots 2.0 : leur étroite collaboration avec des fournisseurs de haute volée, réunis par le label Terroir d’Avenir, un dénicheur de petits produits locaux et souvent bio. Résultat : des assiettes simples, limpides et qui ont du peps. Celles de Bertrand Grébaud, bistrotier phare de la capitale, fédèrent célébrités, hommes d’affaires et foodies lambda.

Un destin américain

Bertrand Grébaud, chef du Septime à Paris et chef de file de la néo-bistronomie.

À

mi-chemin entre la cantine de quartier et le restaurant étoilé, le néo-bistro fait mouche dans l’Hexagone. Depuis quelques années, il est devenu un QG gastronomique et les foodies français ne jurent plus que par lui. Que ce soit du côté du Chateaubriand - où officie le basque Inaki Aizpitarte – ou au Septime de Bertrand Grébaud, la recette est la même : servir une cuisine haut de gamme, en cassant

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Forte de ce succès hexagonal, la formule a tôt fait de partir à la conquête des ronds de serviettes américains. À Manhattan, la bistronomie fait de plus en plus d’adeptes, par le truchement d’abord de chefs français expatriés. Comme Claude Godard au Madison Bistro – ils s’essayent à la gastronomie de comptoir. Les toques internationales ne se privent pas pour surfer sur la vague du modèle bistrotier, revu et corrigé à la sauce new-yorkaise. Au Philosophe, la blanquette de veau réhaussée de son riz thaï fait les beaux jours du chef Matthew Aita tandis qu’à Calliope, impossible de rester indifférent aux fameux dumplings à la ricotta de chèvre plongés dans une étonnante soupe au pistou. Pas de doute : de ce côté-ci de l’Atlantique La cuisine de Bertrand Grébaut : aussi, on prédit longue vie Septime. Photographies : à la bistronomie. ■ François Flohic, Éditions Argol.


Asperge / Faisselle de brebis / Fèves, petits pois

© François Flohic

saveurs

Pour 4 personnes Ingrédients Les produits : 4 asperges vertes, 12 asperges sauvages, 16 cuillères à dessert de faisselle, 4 poignées de petits pois, et de fèves épluchées, 1 kg de cosses de petits pois Les herbes : bourgeon d’épicéa, chénopode, pourpier d’hiver, coriandre en feuilles Les fleurs : de roquette, de sureau, de moutarde pRéparation • Passer les cosses des petits pois à la centrifugeuse, recueillir le jus et coller juste un peu à la gélatine (une feuille). • Faire griller l’asperge au beurre brièvement dans une sauteuse recouverte à plat de papier cuisson pour la conserver dans son jus. Elle doit rester croquante. Asperges vertes ou blanches Selon la taille de l’asperge, 2-3 minutes de cuisson. Les asperges vertes supportent mieux la coloration grillées à cru dans le beurre, les blanches préfèrent une cuisson à l’eau. Un excès de cuisson les rendra un peu fondantes. DRESSAGE • Faire revenir les asperges sauvages dans le beurre juste une seconde. • Les petits pois et les fèves sont ici utilisés crus, parce qu’ils sont d’une qualité exceptionnelle, sinon on les blanchit 10 secondes dans l’eau salée. • Dresser dans l’assiette l’asperge, et autour et dessus, les asperges sauvages, la faisselle, les petits pois et les fèves (tout est huilé pour le brillant). • Disposer les herbes et les fleurs. • Verser une cuillère à soupe d’huile d’olive. • Saler à la fleur de sel. • Verser le jus de cosses de petits pois dans le ménisque de la goutte d’huile où il reste limité. ■

l’accord vin de Jean-Luc Le Dû

Ce mois-ci, je vous propose un blanc bien printanier, le muscadet Sèvre & Maine “Granite” du Domaine de l’Écu. Guy Bossard, qui travaille son domaine de façon bio, est l’un des phares de l’appellation et sépare toutes ses cuvées selon les sols. Sa cuvée Granite est minérale à souhait, avec des notes d’embruns et une superbe fraîcheur qui s’accorde parfaitement avec le plat.

Muscadet de Sèvre & Maine “Granite”, Domaine de l’Écu (Guy Bossard) 2010- $22.99 Le Dû’s Wines 600 Washington Street, New York, NY 10014 Tel. +1 212-924-6999 • www.leduwines.com

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© Hidiroglou

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point final

Michel Legrand les mélodies du bonheur À 80 ans, le compositeur des Demoiselles de Rochefort et de L’Affaire Thomas Crowne continue d’enchanter son public en concert et sur grand écran. Agnès Kerr

« Hey Frog, bring your fucking ass out here ! » : quand le trompettiste Miles Davis l’appelait ainsi pour venir faire une jam session, Michel Legrand sautait dans le premier avion pour New York ou Los Angeles. Pour l’enfant solitaire qui durant la guerre passait ses journées à reproduire sur le piano familial les airs entendus à la radio, le jazz, qu’il découvre lors d’un concert de Dizzie Gillespie, est une révélation. En 1949, le jeune musicien Premier prix du Conservatoire en piano, fugue et solfège, joue d’une douzaine d’instruments. Il délaisse une carrière de concertiste et chef d’orchestre classique pour accompagner des vedettes de la chanson, comme Henri Salvador, Juliette Gréco, Zizi Jeanmaire ou Maurice Chevalier, avec lequel il fait de nombreuses tournées aux États-Unis. En 1954, le label américain Columbia-EMI lui commande un premier album dans lequel il adapte de nombreux titres français. I Love Paris, vendu à huit millions d’exemplaires, lance sa carrière internationale. En 1958, Big Mike, comme le surnomme Jean Cocteau, enregistre à New York avec Miles Davis, John Coltrane et Bill Evans un album de ses compositions, Legrand Jazz. De la chanson au cinéma, rien ne résiste à cet auteur compositeur touche-à-tout, qui se fait aussi interprète, encouragé par Jacques Brel et Claude Nougaro.

De la Nouvelle Vague à Hollywood

Dans les années 60, emporté par la Nouvelle Vague, Michel Legrand compose les musiques des films de Jean-Luc Godard, d’Agnès Varda et de Jacques Demy, avec qui il invente la comédie musicale à la française. Les Parapluies de Cherbourg, Palme d’or à Cannes en 1964, Les Demoiselles de Rochefort (1967) ou Peau d’Âne (1970) connaissent un immense succès. « Jacques et moi avons eu du mal à faire accepter ce projet », se souvient-il. « Les producteurs nous disaient ‘vous pensez vraiment que les gens vont passer une heure et demie à écouter des personnages chanter des banalités de la vie quotidienne’ ! » La chanson titre du film Les Parapluies de Cherbourg, « Je ne pourrai jamais vivre sans toi » (« I Will Wait for You ») reprise par Frank Sinatra, Tony Bennett, Louis Armstrong ou Liza Minelli devient un standard aux États-Unis. Partageant son temps entre Paris et Hollywood, Michel Legrand compose pour les réalisateurs

Orson Welles, Marcel Carné, Clint Eastwood, Norman Jewison, Louis Malle, Andrzej Wajda, Richard Lester, Joseph Losey ou Claude Lelouch. La chanson Les Moulins de mon cœur (The Windmills of Your Mind), thème du film L’Affaire Thomas Crowne, lui vaut son premier Oscar en 1969. Il récidive deux ans plus tard avec la bande-son d’Un Été 42, de Robert Mulligan, célèbre pour son thème The Summer Knows chanté par Barbra Streisand, pour laquelle il composera la musique du film Yentl, qui lui vaut un troisième Oscar en 1983. La même année, Michel Legrand écrit la BO du dernier James Bond de Sean Connery, Jamais plus Jamais (Never Say Never Again).

Éclectisme

Auteur de plusieurs centaines de musiques pour le grand et le petit écran, nommé 27 fois aux Grammy Awards, qu’il remporte à 5 reprises, ce musicien insatiable refuse toute hiérarchie entre différents genres musicaux. « Depuis que je suis enfant, mon ambition a toujours été de vivre entièrement pour et par la musique », confesse-t-il. « C’est pourquoi je ne me suis jamais installé dans une discipline. J’ai toujours voulu varier les plaisirs et surtout rester un éternel débutant, sans rationaliser les choses en termes de carrière ». Ainsi, Michel Legrand se plaît-il à jouer avec le même bonheur en trio ou en big band avec Stan Getz, Shirley Bassey ou Stéphane Grappelli, accompagner des personnalités aussi dissemblables que Diana Ross, Ray Charles ou Björk, composer des musiques de feuilletons et des jingles radio, ou diriger des orchestres symphoniques partout dans le monde. Pour ses 80 printemps, Michel Legrand a entamé en 2012 une tournée mondiale qui se prolonge en 2013. Avec la soprano Nathalie Dessay, qui le qualifie de « Mozart du XXe siècle », ils revisitent, ensemble sur scène, les meilleurs titres de son répertoire. À la demande de son ami Jerry Lewis, il fait aussi escale à Los Angeles, pour composer la musique du film Max Rose, l’histoire d’un musicien de jazz, réalisé par Daniel Noah qui sortira aux États-Unis cet automne. Jamais à court de projets et de talent, Michel Legrand tourne également un film au Québec. « J’ai trouvé une nouvelle façon d’utiliser la musique au cinéma comme on n’a jamais essayé. Alors je veux voir si ça marche vraiment », dit-il énigmatique. Décidément une grande année pour cet éternel débutant ! ■

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8 1 New York, NY – Le 16 mars, une délégation de cent Bretons a bravé le froid pour la parade annuelle de la Saint-Patrick dans la Grosse Pomme. Menés par le maire de Quimper, Bernard Poignant et le président de BZH NY Charles Kergaravat, ils ont arpenté la Cinquième Avenue au rythme du bagad du Moulin Vert. © Alexander Delaroche 2 Boynton Beach, FL – Le 6 mars, le consul général de France à Miami Gaël de Maisonneuve (à droite) a remis une médaille à douze vétérans américains, nommés chevaliers dans l’ordre national de la Légion d’honneur pour leur combat aux côtés de la France. © Consulat général de France à Miami

3 New York, NY – Le 16 mars, le Lycée Français (LFNY) a tenu son 14e gala annuel à Pier 36, avec près de 800 invités. Pour soutenir les programmes pédagogiques de l’établissement, 1,7 million de dollars ont été collectés lors d’une soirée sur la thématique des médias et de la communication numériques, dont le journaliste Charlie Rose (au milieu) était l’invité d’honneur, remercié par Stephan Haimo, président du Board du LFNY, Magalie Laguerre-Wilkinson, Laetitia Chaix et

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L. Bayly Ledes, co-présidentes du gala, et Sean Lynch, le directeur du LFNY. © Kent Miller Studios 2013

4 Seattle, WA – Le 24 mars, French Education Northwest tenait son tout premier French Fest à Seattle au Seattle Center’s Armory. Entre concerts de jazz et démonstrations de cuisine, la chorale de l’Alliance Française de Seattle a donné de la voix. 5 Washington, D.C – Le 8 avril, l’Alliance Française a organisé une réception pour accueillir l’artiste maroco-canadien Gad Elmaleh après son spectacle au Birchmere Music Hall. Le comique préféré des Français est en tournée aux États-Unis courant avril. © Yacouba Tanou 6 Boston, MA – Le 30 mars, Boston Accueil a fêté ses 20 ans au Top of the Hub. Cécile Penot (vice présidente de Boston Accueil), Virginie Legrand (responsable des activités), Muriel Moreau (une ancienne du bureau) et Françoise Matte, la présidente depuis 2005, ont organisé l’anniversaire de l’association qui aide les Français nouvellement expatriés à s’intégrer.

9 7 Brooklyn, NY – Le 22 mars, la ministre déléguée chargée des Français de l’étranger Hélène Conway-Mouret (à gauche) s’est rendue à l’école PS 58, à Carroll Gardens, pour affirmer son soutien aux programmes bilingues en présence notamment de Fabrice Jaumont, attaché à l’éducation de l’ambassade de France et de la principale de l’établissement, Giselle McGee (à droite). 8 Houston, TX – Le 16 mars, la Texan French Alliance for the Arts (TFAA) a lancé sur la place de la Public Library l’exposition Open the Door, qui présentera une soixantaine de portes peintes dans plusieurs endroits de la ville, jusqu’à la fin de l’année. La directrice de la TFAA Karine Parker Lemoyne (en bas à droite) a réuni douze artistes parisiens (du collectif 9ème Concept) et houstoniens pour ce projet. 9 Paris, France – Le 20 mars, le maire de San Francisco Ed Lee (à gauche) et celui de Paris Bertrand Delanoë ont cosigné une convention de coopération sur l’économie numérique et les villes intelligentes. © Consulat général de France à San Francisco


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