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LE JOURNAL FRANÇAIS DES ÉTATS-UNIS

Mai 2012

L’Opéra de Paris

séduit l’Amérique

Guide TV5Monde www.france-amerique.com

BURLINGTON Le Vermont en français

BARNES MUSEUM

Le trésor impressionniste de Philadelphie

JACQUES BÉRÈS Un French doctor en Syrie


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SOMMAIRE L E J O U R N A L F R A N Ç A I S D E S É TAT S - U N I S

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MAI 2012

© Moebius / Fondation Cartier

Publisher Louis F. Kyle, 212-221-6700 ext. 107 lkyle@francetoday.com Editor in Chief Guénola Pellen, 212-221-6700 ext. 110 gpellen@francetoday.com Editorial New York Mathilde Fassin, 212-221-6700 ext. 105 mfassin@francetoday.com Assistant Editor Agnès Kerr Art Director Fabio Cutró Web Editor Gaétan Mathieu, 212-221-6700 ext. 106 gmathieu@francetoday.com Contributors Amaury Brelet, Julien Bisson, Isabelle Delalex, Daniele Thomas Easton, Christelle Gérand, Rita Jammet, Jean Le Gall, Caroline Muller, Anne Prah-Perochon. Copy Editing Marie-Nicole Elian, Laure Dupont Marketing & Digital Coordinators CC Glenn & Gina Lorenz, 212-221-6700 ext.100 ccglenn@francetoday.com imerkel@francetoday.com Advertising Julie Singer, 212-221-6700 ext. 102 jsinger@francetoday.com Classifieds & Agenda classifieds@francetoday.com agenda@francetoday.com Subscription Fulfillment Manager Ahjin Kim, 212-221-6700 ext. 103 subscriptions@francetoday.com

4 Vie en France 6 Les exilés fiscaux 8 Chronique éco par Isabelle Delalex

10 Chronique Livres par Jean Le Gall

20 Opéra de Paris On the road again !

22 Portfolio

Moebius, cowboys vs aliens

24 Histoire

Debussy, le musicien qui faisait des vagues

12 Découverte

26 Saveurs

15 Portrait

28 Instantanés

Bienvenue à Burlington

Jacques Bérès, un French doctor en Syrie

18 Arts

L’extravagante collection du docteur Barnes

Thomas Keller, la cuisine sans fausse note

29 Point Final

Charley Michaelis, ambassadeur du show-biz à Paris

30 Annuaire 31 Petites annonces

Retrouvez-nous sur www.france-amerique.com

Couverture : © Sébastien Mathé This publication may not be reproduced in whole or part without prior authorization of the publisher. France-Amérique occasionally makes its mailing list available to carefully screened companies whose products and services may be of interest to our readers. If you do not wish to receive these mailings, please send instructions along with a copy of your mailing label.

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MAI 2012 FRANCE - AMÉRIQUE

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VIE EN FRANCE

FESTIVAL

Cannes 2012 La 65e édition du Festival de Cannes se déroulera sur la Croisette du 16 au 27 mai. Les organisateurs ont choisi Marilyn Monroe comme effigie pour marquer le 50e anniversaire de sa disparition : l’affiche du festival a été réalisée à partir d’une photo de la star prise par Otto L. Bettmann. L’acteur et cinéaste italien Nanni Moretti présidera le jury, tandis que le réalisateur et acteur anglais Tim Roth a été nommé président du jury de la sélection « Un certain regard ». Le nouveau film de Wes Anderson, Le royaume du lever de la lune (Moonrise Kingdom), sera projeté en ouverture.

EN CHIFFRES

19 500 €

C’est le salaire mensuel qu’a touché le président de la République, Nicolas Sarkozy, durant son mandat 2007-2012, selon un rapport parlementaire du député PS Jean Launay. Un salaire présidentiel que François Hollande a promis de réduire de 30 %, avec celui des ministres. À l’époque de sa présidence, Jacques Chirac touchait pour sa part 8 000 euros par mois. Le salaire moyen des Français, à titre de comparaison, s’élève à un peu plus de 19 000 euros… par an.

25 500 €

C’est l’équivalent du salaire mensuel du président des États-Unis, Barack Obama. En Europe, la chancelière allemande, Angela Merkel, perçoit 16 000 euros par mois, le Premier ministre britannique, David Cameron, 13 800 euros et l’actuel Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, 6 500 euros. De son côté, le président de la Commission européenne, José Manuel Baroso, perçoit 25 000 euros par mois.

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FRANCE - AMÉRIQUE MAI 2012


Banque de gestion privée des Français à l'étranger Depuis plus d'un siècle, s’appuyant sur une relation de confiance avec ses clients, la Banque Transatlantique a développé pour les Français vivant à l'étranger un savoir-faire unique en matière de gestion patrimoniale et de financement de leurs investissements. Elle offre désormais aux français résidant aux Etats-Unis la possibilité d’être accompagnés par une équipe dédiée maîtrisant les spécificités et les problématiques liées à l’expatriation. New York representative office 520 Madison Avenue, New York, NY 10022 Tel : + 1 212 644 4219 Email : btnewyork@banquetransatlantique.com


VIE EN FRANCE

Les Français de l’étranger pris dans le radar fiscal La taxe sur les exilés fiscaux, proposée par les candidats à la présidence, inquiète les expatriés. À tort ou à raison ? Amaury Brelet

L

oin des yeux, loin du cœur. Une fois n’est pas coutume, les Français de l’étranger sont au centre du débat de l’élection présidentielle. Crise oblige, les candidats rivalisent d’ingéniosité pour renflouer les caisses de l’État. En germe depuis des années, l’idée d’une taxe sur les exilés fiscaux agite la campagne. Pour eux, Nicolas Sarkozy souhaite que « fiscalité et nationalité soient liées » par la création d’un impôt sur les revenus du capital. Saluée par Jean-Luc Mélenchon du Front de

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FRANCE - AMÉRIQUE MAI 2012

Gauche, la mesure du « président des riches » est raillée par le Parti socialiste. Son candidat, François Hollande, vise les réfugiés fiscaux en Suisse, en Belgique et au Luxembourg. Face à la surenchère, de nombreux Français expatriés aux États-Unis craignent une remise en cause de leur statut. « Comment faire la distinction entre ceux qui partent pour des raisons fiscales, d’études ou pour je ne sais quel motif encore ? », demandait pourtant le candidat UMP en 2007. Une différence difficilement appréciable de l’avis des spécialistes. Sans compter qu’il faudra vérifier la sincérité des déclarations fiscales. Contestée à droite, la taxe pourrait être surtout jugée contraire au droit européen. Elle imposerait enfin la renégociation par la France de plus de 120 conventions fiscales dans le monde. Une longue bataille juridique en vue pour une mesure très symbolique, qui rapporterait au mieux 500 millions d’euros par an. En proposant d’abandonner le principe de résidence, les candidats à l’Élysée veulent révolutionner le système français. Et s’inspirer du modèle américain, instauré depuis un siècle. Avec les

Philippines, les États-Unis sont en effet le seul pays à prélever l’impôt sur ses citoyens à l’étranger. Pour éviter que les revenus soient taxés deux fois, des dispositifs légaux ont été mis en place. En 2010, l’Administration Obama a renforcé la législation pour lutter contre les fraudes. Plus d’un millier d’Américains renoncent chaque année à leur nationalité pour échapper au fisc. Au-delà du flou des propositions électorales, une nouvelle taxe pour lutter contre l’évasion fiscale vient d’entrer en vigueur. Naguère suggérée par la gauche, « l’exit tax » fait partie de la réforme de l’impôt sur la fortune (ISF) votée en 2011. « La mesure, d’abord créée par Dominique Strauss-Kahn en 1999, a été censurée par la Cour de justice de l’Union européenne car elle était une entrave à la liberté d’établissement », rappelle Michel Collet, avocat fiscaliste au cabinet CMS Bureau Francis Lefebvre. La nouvelle mouture cible les plus-values des entrepreneurs et ménages aisés, qui transfèrent leur domicile fiscal hors de France, notamment en Belgique. En attendant, les expatriés français, a fortiori en Amérique du Nord, peuvent souffler. ■


LA CHRONIQUE ÉCO

Diplomatie

S

ouvenez-vous, à l’issue du sommet du G8 en 2007, Nicolas Sarkozy est en retard pour sa conférence de presse après un entretien avec Vladimir Poutine avec qui il aurait consommé plus que de l’eau, tout en discutant de sujets qui fâchent. Le président français déclare : « … nous avons évoqué tous les sujets, la Tchétchénie, la journaliste (Anna Politkovskaïa), les droits de l’homme, les droits des homosexuels, nous l’avons fait calmement, sereinement… ». Les réunions du Groupe des Huit ont prodigué d’autres anecdotes mettant en évidence la convivialité, voire l’intimité qui les caractérisent. La genèse du G8 fait suite au choc pétrolier de 1973 et à la récession mondiale qui suivit. Les États-Unis forment alors un groupe informel réunissant les dirigeants des cinq plus grands pays industrialisés de l’époque : les États-Unis, la Grande-Bretagne, le Japon, la France et l’Allemagne de l’Ouest. Dès 1974, parce qu’ils se rencontrent dans la bibliothèque de la Maison Blanche, ce groupe de grandes puissances économique est appelé le « Groupe de la bibliothèque » : ses pays membres ont tous une économie libérale et des institutions démocratiques. Les réunions du G5 traitent principalement de croissance économique, de libre-échange, d’indépendance énergétique, de questions financières et d’harmonisation de politiques monétaires ; tout cela de façon informelle, en toute franchise et sans protocole. Le groupe s’élargit rapidement pour inclure l’Italie et d’un commun accord, le Groupe des Six sous l’égide du président Valéry Giscard d’Estaing, signe la Déclaration de Rambouillet en 1975 engageant ses pays membres à être responsables « de la conduite d’une société ouverte, démocratique, profondément attachée à la liberté individuelle et au progrès social ». L’année suivante, le Canada intègre le groupe et, non sans ironie, lorsque la RDA communiste rejoint l’Allemagne de l’Ouest en 1990, elle est, de facto, assimilée au club des pays les plus riches. La victoire des éco-

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©Jonas Cuénin

économique pour le Groupe des Huit

Isabelle Delalex est chargée de cours en finance et économie à l’université Pace et Columbia de New York, après avoir été analyste et directrice de recherche dans le secteur bancaire.

“Le G8 représente

13 % de la population mondiale et génère 51 % du produit mondial brut ” nomies de marché libéral sur le communisme est consacrée en 1997, quand la Russie, invitée par l’Amérique de Bill Clinton, rejoint le groupe pour former le G8. Deux ans plus tard, le G20 est créé pour favoriser la stabilité. Le G8 représente aujourd’hui 13 % de la population mondiale et produit 51 % du produit mondial brut (PMB). Cependant, Goldman Sachs estime qu’en 2050, les pays définis comme développés aujourd’hui, ne représenteront que 31 % du PMB.

Progressivement, l’ascension des pays émergents porte ombrage à la légitimité et l’efficacité du Groupe des Huit. Certains suggèrent que le G8 est un anachronisme d’après-guerre, non représentatif de la réalité globale économique et politique actuelle. Notamment exclus à la table des puissants : le Brésil, l’Inde, le Mexique, l’Afrique du Sud et la Chine. Cette dernière est la deuxième puissance économique mondiale, avec un produit intérieur brut (PIB) estimé en 2011 à sept billions de dollars, soit 10 % du PMB. Ensemble, ces pays émergents regroupent 42 % de la population mondiale et représentent 19 % du PMB ; depuis 2005, ils sont identifiés comme « un nouveau » G5 et se font le porte-voix des intérêts communs des pays émergents. Dans un contexte de crise économique embourbée par le problème des dettes souveraines des nations développées, la bataille pour l’âme du G8 semble avoir été précipitée par les évènements du « Printemps arabe ». En mai 2011, en soutien aux mouvements de libération, tous les membres du G8, y compris la Russie, ont signé le « Partenariat de Deauville » qui engage les pays membres « à aider les pays arabes dans leur transition vers des sociétés libres et démocratiques », des valeurs qui trente-sept ans plus tôt furent prônées à Rambouillet. Le chef de la diplomatie américaine, Hillary Clinton, a indiqué que le prochain sommet du G8 qui se réunira les 18 et 19 mai à Camp David, sera fidèle aux engagements pris à Deauville pour gérer la crise syrienne. La Russie est le seul membre du G8 dont les intérêts géo-politico-économiques se heurtent à la chute du régime syrien. Il est raisonnable d’espérer que si les intérêts économiques de la Russie sont pris en compte, les Russes, qui sont membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, accepteront d’imposer de plus sévères sanctions contre le gouvernement d’Assad. Camp David est un lieu chargé d’histoire et de symboles auxquels le président Poutine sera peutêtre sensible. ■


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LIVRES LA CHRONIQUE

E

lle et Lui sont allongés à la surface d’un lit défait comme au centre d’une page stendhalienne. D’ailleurs, elle adore la Chartreuse de Parme. Elle aime presque autant le Lit défait de Sagan. Lui ne sait pas de quoi on parle. Quoi qu’il en soit, il veut l’embrasser. Elle se laisse faire. Elle : Les mains posées sur le toit du décor, l’ennui nous guette. Lui : Ah bon, tu t’ennuies ?! Moi, je ne me lasse pas de te regarder. Hé oui gamine, tes genoux sont une paire de jolies choses. Tes yeux aussi, quand ta frange trop épaisse ne me les cache pas. Leur couleur me fait penser aux phares xénon de ma Porsche. Elle : Aveuglante, ta métaphore. Lui : (Mon humour semble lui échapper). Sur le site de rencontres, tu as écrit que tu en pinçais grave pour la littérature. J’ai pensé : chic alors, une intello ! Elle : Toi, tu es le genre de mec avec lequel on parle plus volontiers de plan à trois que de roman décadent, non ? Lui : Disons que je vis avec mon temps. Les technologies. Le show. L’efficacité. Ces faiblesses pour la modernité n’empêchent pas un certain « art de vivre » - j’adore cette expression. Mais soit, parlons un peu des livres que tu aimes. N’y en aurait-il pas un pour m’écœurer de la modernité ? Elle : (Un jour, ce qui lui sert à penser fut pris d’une crampe). Oh tu peux essayer La Société du Spectacle (Guy Debord, Folio). Attention, le propos est moins éclairant que tes phares de bagnole. C’est le niveau sept du Sudoku si tu préfères. Ta lecture terminée, ce sera drôle de t’entendre parler différemment. Trois semaines durant, tu pourfendras l’abondance spectaculaire ; assis à ton petit bureau, tu parleras de bagne climatisé. Tu entreverras le problème, quoi. Lui : (Il semblerait qu’elle me prenne pour un con). Sans transition : saurais-tu me souffler un roman sur… la tristesse ? Je suis obsédé par le chagrin comme d’autres par leurs érections. C’est terrible, je ne suis jamais triste, même le lundi. J’ai trente-trois ans merde, je veux mes larmes ! Elle : Je te conseille la lecture de Tous

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©Jonas Cuénin

La scène du dialogue

Jean Le Gall aime le mot, qu’il soit beau ou gros. Il vit et respire l’écriture. Chaque mois, il vous emmène dans son univers, au gré de ses lectures. jean.legall1@gmail.com les matins du monde de Pascal Quignard (Gallimard). La tristesse, tu verras, c’est un paysage. Partout, une pâleur sublime se diffuse comme de l’encens. On entend le bruit blanc des bords de rivière, et puis la plainte éloignée d’un violoncelle, et puis le roulis dans les branches unanimes et pleureuses des saules quand un vent anodin les traverse. « Tous les matins du monde sont sans retour ». Lui : (Un brin inquiétante, la môme. Des seins bien droits mais l’esprit monté à l’envers). Passons à quelque chose de plus excitant. Un livre sur le désir ? Elle : Sans hésiter, je te conseille La Femme et le Pantin, de Pierre Louÿs (Livre de Poche). Une adolescente prend le pouvoir sur un homme. Vierge, elle danse sur les tables, se promet à lui mais toujours se dérobe. Sans Dieu ni maître, elle est d’une féminité outrancière et insupportable aux hommes. « Tu me dis toujours que tu meurs pour moi : meurs et nous verrons. Et je te donnerai raison ». Lui : Pouah l’ambiance morbide de tes références ! Je n’avais pas prévu de coucher avec une gothique !

Elle : Tu préfèrerais sûrement Les mémoires d’un videur de boîte de nuit ? L’ouvrage s’appellerait Coke en stock et ouvrirait sur un aveu désarmant, du genre : « Longtemps je me suis couché de bonne heure ». (Non mais, il lit quoi mon trentenaire au spleen de chevreau ?!) Lui : Pfff… Je veux simplement quelque chose qui me parle, un livre à l’adresse de ma génération. Elle : Je pense que seules les périodes de guerre ou de désillusions forment les générations. Toi et moi sommes issus, non pas d’un même utérus générationnel, mais d’une sorte de néant jamais désigné. Lis donc 30 ans et des poussières de Jay McInerney (Points) à propos de la dernière génération en date. New York, le fric, les cours de bourse, les couples, les vacances au soleil : il faut remonter au milieu des années 80 pour retrouver le début de l’année 2012. Lui : Tu ne fais qu’attester négativement. Tu as le goût des mauvais sentiments. Elle : (Tiens, c’est plutôt bien vu…) Non. Peut-être. Je ne sais pas. Mais c’est ainsi : les mauvais sentiments font souvent les bons livres. Roger Vailland écrivant Les Mauvais Coups (éditions Grasset, les Cahiers Rouges), il invente le personnage de Milan, un type cruel, le cœur sec comme une éponge inemployée, un décavé qui pue le cynisme et l’alcool de poire. « La gratuité du choix en matière d’amour l’excite aussi vivement à aimer que l’idée de la mort l’excite à vivre ». Je ne crois pas en la philosophie mais je crois dur comme fer en la littérature. Lui : Nous n’avons rien en commun - (zut, ça m’a échappé). Elle : Tu oublies la note, celle de la chambre d’hôtel - ( foutue parité…). Ils se rhabillèrent, s’embrassèrent sur le territoire neutre des joues, se séparèrent sur le trottoir sans un regard par-dessus l’épaule. Plus tard, aucune circonstance ne les rapprocha à nouveau et sauf une après-midi de juin 2013 où il fut tiraillé par l’envie tout à fait animale de faire l’amour, jamais il n’envisagea de lui écrire un email. Quant à elle, plus rien ne subsistait de ce jour, de l’hôtel, de l’homme. Que de livres et de rencontres ainsi faits, à l’encre sympathique. ■


Burlington

DÉCOUVERTE

Bienvenue à

À Burlington dans le Vermont, le conseil municipal a adopté une politique « French friendly » avec le soutien des commerçants locaux et de l’Alliance Française. Agnès Kerr

B

urlington, 40 000 habitants. Sur les rives du lac Champlain, la plus grande ville de l’État du Vermont, célèbre pour son sirop d’érable, sa fabrique de crèmes glacées Ben & Jerry’s et le groupe rock Phish, peut aussi s’enorgueillir de sa politique « French friendly » envers ses voisins francophones, qui vivent de l’autre côté du lac et de la frontière avec le Canada. En 2011, le conseil municipal a adopté à l’unanimité une résolution pour promouvoir l’apprentissage du français ainsi qu’un affichage bilingue dans les commerces, services et lieux publics de la ville. Dans Church Street, la rue commerçante du centre de Burlington, les boutiques et les restaurants affichent sur leurs vitrines un label bleu « bienvenue Québécois » et les employés portent un badge qui signale « j’étudie le français » et « je parle un peu le français ».

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Un héritage francophone

« L’idée a germé en 2009, à l’occasion du 400e anniversaire de l’exploration du lac par le géographe français Samuel Champlain », raconte Linda Pervier, présidente bénévole de l’Alliance Française de la région du lac Champlain. Les festivités organisées conjointement par l’État du Vermont, la Province de Québec et le consulat de France à Boston ont resserré les liens entre les participants des trois pays et relance l’intérêt pour les échanges culturels et l’apprentissage du français. Comme bon nombre de Vermontois dont les aïeux ont migré du Québec, Linda a des ascendances francophones. « Ma mère entendait parler français à la maison lorsqu’elle était enfant, mais il était interdit de le parler à l’école. Les gens de sa génération n’ont donc pas transmis leur langue maternelle », explique-t-elle. Ce n’est que plus tard, à l’université de Laval,

Nos ancêtres ces Français Né à Brouage, en CharenteMaritime, Samuel Champlain explore l’Acadie, au nord-est de l’Amérique pour le roi Henri IV. Il fonde la ville de Québec en 1608. Ses expéditions plus au sud le mènent jusqu’au lac qui porte son nom, entre les États de New York et du Vermont. Selon les démographes, un tiers de la population vermontoise actuelle a des ancêtres d’origine française. Les premiers Franco-Américains s’établissent au Vermont avant que les frontières entre la NouvelleFrance et les colonies britanniques soient clairement définies. Ils sont pour la plupart trappeurs, commerçants et fermiers. Durant la guerre d’Indépendance en 1777, le Vermont compte de nombreux citoyens francophones, même si ses élites sont anglophones. À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, une seconde vague de francophones migrent du Québec, attirés par le besoin de main-d’œuvre dans les fermes, les moulins et les industries manufacturières.


© Adna Karabegovic, Church street Marketplace

DÉCOUVERTE

que Linda a entrepris des études de français langue étrangère et de linguistique. Elle travaille aujourd’hui au musée Shelburne, le musée d’Histoire et des Beaux-Arts, où l’on peut admirer le Ticonderoga, l’un des derniers steamboats  en bois, ces bateaux à vapeur et à roues à aubes, qui assuraient la liaison entre les agglomérations qui bordent les rives du lac tout en longueur.

Parlez-vous economy ?

Au printemps 2010, l’Alliance Française a organisé une première session d’apprentissage du français pour les salariés du secteur touristique. Objectif : permettre aux professionnels d’acquérir le vocabulaire nécessaire pour accueillir la clientèle francophone, prendre une commande ou une réservation, traduire un menu, indiquer une direction sur un plan. La chambre de commerce du Lac Champlain et the Church

Linda Pervier, présidente de l’Alliance Française, décorée des Palmes académiques, est entourée d’Ernie Pomerleau, Consul honoraire de France du Vermont et de Christophe Guilhou, Consul général de France à Boston.

Street Marketplace, le consortium des marchands du centreville, ont fourni une aide logistique et matérielle, laissant à la charge de chaque stagiaire une contribution modeste de 50 dollars. Ernie Pomerleau, consul honoraire de France et promoteur immobilier, a été l’un des principaux contributeurs au financement et à la réussite du projet. « J’ai plusieurs boutiques en ville et je peux vous dire que c’est un des meilleurs retours sur investissement que j’ai jamais eu ! », affirme-t-il. « Des centaines de milliers de Canadiens savent qu’ils sont bienvenus chez nous, c’est bon pour notre économie », estime l’entrepreneur qui se réjouit de les voir prolonger leur séjour. La presse et la radio québécoises ont en effet largement fait écho à l’initiative exemplaire de leurs voisins américains. Selon le consulat général du Canada, 725 000 Canadiens visitent le Vermont chaque année. À une heure trente en voiture de Montréal, beaucoup viennent par la route pour y faire des achats, du tourisme, mais aussi pour prendre l’avion. Les Canadiens constituent ainsi 40 % des usagers de l’aéroport international de Burlington.

français, les gens qui travaillent dans les boutiques et les restaurants se sentent plus confiants et entretiennent de meilleures relations avec la clientèle », estime Steve Norman. Erin Moreau, qui travaille au débarcadère des ferries, juge l’expérience très positive. « Ça permet vraiment de briser la glace », dit-elle. Même constat pour Kim Kanios, qui gère la boutique Bodyshop du centreville. « Avant, j’étais très intimidée et je ne savais pas comment combler la distance avec les touristes. Savoir dire quelques mots en français crée tout de suite une atmosphère plus chaleureuse », considère-t-elle. « J’espère que mes enfants pourront étudier le français au lycée ». Bob Conlon, lui, est propriétaire du Leunig’s Bistro, seul restaurant explicitement francophone. « Ma femme est prof de français mais moi je ne l’écoute jamais, et je suis très embarrassé par mon accent » plaisante-t-il. « Durant la saison, j’embauche systématiquement trois serveurs bilingues. Parler français ici, c’est vraiment un atout sur le C.V. » Linda Pervier peut se féliciter du succès de cette initiative. « Nous démarrons un nouveau groupe pour débutants et nous avons de nombreux inscrits qui ont envie de compléter leur apprentissage, à un niveau plus avancé. Nous débutons également des cours sur site dans deux entreprises ». Steve Norman, lui, souhaiterait enfin connaître la France et faire partie de la prochaine délégation qui se rendra à Honfleur, ville sur l’estuaire de la Seine, avec laquelle Burlington a commencé à nouer un jumelage. Quant aux habitants de Burlington et de sa région, ils sont toujours prêts à faire revivre l’esprit festif de « l’Ordre du Bon Temps » institué par Samuel Champlain pour se distraire des hivers rigoureux, en faisant bonne chère en musique et en bonne compagnie ! ■

Une ville aux accents French friendly

Volontaire à l’Alliance Française, Steve «  Etienne » Norman, anime les groupes de conversation et la French tent installée l’été dans Church Street pour renseigner les estivants. Juriste de formation, il est aussi l’inventeur d’un prototype de bicyclette à la technologie révolutionnaire qu’il espère bientôt commercialiser. « J’ai regagné le français que j’avais appris à l’école, en lisant les romans de Georges Simenon et en participant aux pausescafé de Linda à l’Alliance Française » raconte Steve, autodidacte et francophile passionné, « mais ma fille Emma parle bien mieux que moi ! » ajoute-t-il. 75 personnes de plus de 40 entreprises ont déjà bénéficié de cours de français. « En faisant un effort pour communiquer en MAI 2012 FRANCE - AMÉRIQUE

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© Mehdi Fedouach /AFP/Getty Images

RENCONTRE

À 71 ans, le chirurgien français Jacques Bérès, co-fondateur de Médecins Sans Frontières puis de Médecins du Monde, soigne clandestinement dans Homs assiégé les victimes de l’armée et des chars de Bachar el-Assad.

Jacques Bérès

un French doctor en Syrie

À 71 ans, le cofondateur de Médecins Sans Frontières puis de Médecins du Monde vient de repartir pour une seconde mission en Syrie. France-Amérique l’a rencontré quelques jours avant son départ, pour discuter de l’horreur de ce conflit, mais aussi de son engagement profond au service de la cause humanitaire. Julien Bisson

«J

’ai fait une promesse à la rébellion, je dois y retourner ». Malgré son regard fatigué et ses traits tirés, Jacques Bérès ne semble guère éprouver le moindre doute à l’évocation de sa nouvelle mission. Après un premier séjour dans la ville martyre de Homs, en Syrie, ce « French Doctor » s’apprête à repartir dans un pays miné par la guerre civile depuis plus d’un an. Un pays

où le conflit a déjà fait près de dix mille morts, sans que ce carnage ne paraisse affaiblir la poigne de son président Bachar elAssad. « C’est simple : il y a énormément de blessés à soigner chaque jour, et trop peu de gens sur place pour les sauver ». Lors de son premier séjour en Syrie, en février, Jacques Bérès était d’ailleurs le seul médecin occidental à braver les bombes pour secourir les rebelles et les populations civiles de

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RENCONTRE

Homs. Après trois semaines de repos, cet aventurier à la barbe blanche immaculée repart cette fois sous l’égide de Médecins Sans Frontières, une organisation qu’il a présidée par le passé et qu’il retrouve pour la première fois depuis sa démission, en 1979. « Je n’étais pas satisfait de ma première mission, je n’avais pas su résister à la fatigue physique et morale », explique-t-il, en s’excusant presque de son âge. « Je me rends bien compte que je fatigue, que mon physique me lâche, et que si on me tirait dessus je n’arriverais plus à courir... ». Le voilà pourtant chez lui, dans son bel appartement parisien, au pied du Panthéon, en train de ranger ses instruments, de plier ses cartes, de vérifier le fonctionnement de son téléphone satellite. Dans deux jours, il quittera le confort de ses murs couverts de tableaux pour rejoindre la frontière turcosyrienne avec un anesthésiste. Une frontière qu’il lui faudra alors franchir « de façon clandestine, probablement de nuit », avant de se faufiler jusqu’à une ville dont il préfère taire le nom, pour des questions de sécurité. « Aujourd’hui, mon visage est connu, je ne souhaite pas mettre en danger mes collaborateurs sur place ».

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Du Viêt Nam à la Tchétchénie

Son histoire avec l’action humanitaire, Jacques Bérès l’a entamée en 1968. Alors que d’autres jeunes gens de son âge s’apprêtent à monter des barricades dans le Quartier latin, ce fils de libraire part effectuer son service militaire au Viêt Nam, comme coopérant chirurgien à l’hôpital français de Saïgon. En février, il assiste à l’offensive du Têt, et choisit de soigner les combattants du Viêt-cong. « À ce moment-là, j’ai compris que c’était sur un théâtre de guerre que s’exerçait la vraie chirurgie. À Paris, si je ne fais pas l’opération, un autre pourra la faire à ma place. Sur le terrain, si je ne la fais pas, le type sera condamné. Et puis, c’est aussi la chirurgie la plus intéressante : j’ai dû opérer des dizaines de milliers de personnes dans ma vie, je n’ai jamais connu deux fois la même blessure... » L’engagement du médecin français auprès des blessés communistes n’est pas du goût des autorités. Et la réponse ne se fait pas attendre : en mai, il est « récupéré » et expulsé du pays. Ancien militant du groupuscule « Socialisme ou barbarie », il rejoint alors une poignée de jeunes toubibs épris d’aventure et d’action politique : ce seront les premiers « French Doctors », parmi lesquels Bernard Kouchner, Rony Brauman ou Xavier Emmanuelli, qui fonderont Médecins sans frontières en 1971 - la même année que Greenpeace. « Pour ma part, plutôt que le ‘droit’, je défends le ‘devoir d’ingérence’, souligne Jacques Bérès, « cette idée que ce n’est pas une simple liberté des États d’intervenir dans les affaires des autres, mais une obligation morale pour chaque individu ». Ce « devoir » l’a ainsi conduit à arpenter la planète, exerçant son art sur tous les théâtres de guerre que le monde a connu ces dernières décennies : Nicaragua, Kurdistan, Liberia, Soudan, Irak, Libye, bande de Gaza... Autant d’épisodes meurtriers de notre histoire récente dont Jacques Bérès fut à la fois le témoin et l’acteur, à sa petite échelle. « J’ai vu beaucoup d’horreurs dans ma vie. Mais ce qui se passe aujourd’hui en Syrie, c’est le pire conflit que j’ai connu, après le Rwanda et la Tchétchénie », confie-t-il avec gravité. Parmi les victimes de ce conflit figure la journaliste américaine Marie Colvin, tuée lors du bombardement d’un centre de presse par l’armée syrienne en même temps que le photographe français Rémi Ochlik. Quelques

jours auparavant, Jacques Bérès avait eu l’occasion de discuter avec elle. « Elle était venue me voir à l’hôpital d’Homs. Je l’avais déjà rencontrée quelques années plus tôt, en Somalie je crois. Elle se savait en danger – elle en savait d’ailleurs davantage que moi. On a discuté un quart d’heure avant qu’elle ne soit appelée ailleurs. Je crois qu’elle a été visée, que le régime souhaite éliminer la présence des journalistes sur son sol ».

Au mépris du danger

Jacques Bérès lui-même ne veut pas penser aux menaces qui planent sur son sort. Son mépris répété du danger lui a d’ailleurs valu une réputation de « trompe-la-mort », qu’il considère avec amusement. « Ce qui est sûr, c’est que quand des jeunes gens partaient en mission avec moi, on leur disait qu’ils n’étaient pas obligés de me suivre partout. Mais que si je disais ‘on décroche’, alors il ne fallait pas réfléchir et commencer à courir ! », confie-t-il de son air pince-sans-rire. « En réalité, le danger en mission, ce n’est pas ce que les gens croient. Les bombes tuent moins d’humanitaires que les assassinats et les accidents de circulation. Alors il faut simplement se montrer clairvoyant, ménager les susceptibilités, garder à l’esprit quelques phrases codées... Quand j’ai commencé ce métier, j’avais surtout peur d’avoir peur. Aujourd’hui, je préfère ne pas y penser. Si je devais mourir à 71 ans sous les bombes syriennes, ce ne serait pas franchement pire que si cela se produisait dix ans plus tard, grabataire dans une chambre d’hôpital ! ». Son épouse, Danielle, ne paraît pas plus effrayée par cette nouvelle mission : « Je ne voudrais pas l’empêcher de repartir, c’est sa vie, c’est sa drogue », affirme cette femme élégante, qui milite pour Aides, association de lutte contre le sida. Elle ne s’alarme pas non plus des difficultés de communication dans un pays aujourd’hui quasi coupé du monde. « Les téléphones cellulaires sont facilement repérés, et donc dangereux, car cela ferait de Jacques une cible trop voyante. Donc il vaut mieux qu’il s’en serve le moins possible. Et vous savez, par le passé, on ne pouvait pas communiquer du tout, je n’avais de ses nouvelles que lorsque des gens de son équipe rentraient ! Alors aujourd’hui, je peux bien patienter quelques jours, ou quelques semaines... ». Reste l’inquiétude et la douleur devant une boucherie humaine qui ne montre aucun signe d’apaisement. Une révolte populaire qui compte déjà ses martyrs et ses héros, en attendant le réconfort de la paix retrouvée. ■


ÉDUCATION

radiofranceinternationale

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ARTS

L’extravagante collection du

Un trésor jalousement gardé

Cantonnés dans un musée de l’Arboretum, un vaste domaine de cinq hectares dans la banlieue résidentielle de Philadelphie, ces trésors restèrent longtemps ignorés du grand public. Albert Barnes, industriel, chimiste, millionnaire à 36 ans, critique d’art et collectionneur, en avait fait don en 1922 à sa fondation, institution à but éducatif dont les premiers élèves furent les ouvriers de son usine, Noirs et pauvres. S’il en interdit de son vivant, avec acharneL’ouverture du nouveau Barnes Museum le 19 mai, à ment, l’accès aux critiques d’art, aux artistes ou aux patriciens de Philadelphie, dévoilera à plus de 250 000 visiteurs par an, la ville, c’est que, profondément humilié par le tollé soulevé lors la plus importante collection d’œuvres impressionnistes de l’exposition d’une partie de sa collection (75 peintures, dont le rassemblées aux États-Unis par l’étonnant docteur Barnes. remarquable Bonheur de vivre de Matisse) à l’auguste Pennsylvania Academy of Fine Arts, il s’était juré de ne plus avoir affaire à la soDaniele Thomas Easton ciété conservatrice et conformiste de Philadelphie qui avait si cruellement jugé les choix artistiques de ce « parvenu », fils d’un garçon Renoir, 69 Cézanne, 59 Matisse, 46 Picasso boucher. Il fallut la disparition de Barnes dans un accident de voides périodes bleue et rose, 20 Soutine, 18 ture en 1951 et une campagne lancée par le propriétaire du journal Rousseau, 18 Modigliani, 7 Van Gogh, 6 local pour qu’en 1961, au terme d’une longue procédure judiciaire, Seurat, quelques Braque, 9 Klee, des masques africains, des po- deux cents visiteurs par jour soient admis sur autorisation préalable, teries aztèques, des coffres de mariage en bois peint, des scies le vendredi et le samedi seulement, dans cette caverne d’Ali Baba chirurgicales, des tapis navajos, de la ferronnerie ancienne, du renfermant l’une des plus prestigieuses collections d’art moderne mobilier européen, sans oublier les Manet, Monet, Giorgione, du XXe siècle. Ces restrictions dissuadèrent plus d’un curieux, plus Titien, Véronèse, Tintoret… Cet inventaire à la Prévert il- d’un touriste, plus d’un amateur d’art tenté d’ouvrir le sésame. Et lustre la diversité de l’étonnante collection du Albert Coombs le docteur Barnes, par la rigueur de ses dispositions testamentaires, Barnes Museum, qui rouvre ses portes le 19 mai 2012 dans de continua longtemps, d’outre-tombe, à veiller jalousement sur sa fonnouveaux locaux. Son déménagement en plein centre-ville de dation. Il avait en effet stipulé qu’aucune reproduction en couleurs Philadelphie, autorisé par une décision de justice en 2004 et des tableaux ne serait autorisée, qu’il serait interdit de les prêter, de facilité par la générosité de la fondation Annenberg, la fonda- les vendre, d’organiser une exposition ou de modifier son accrotion Lenfest et The Pew Charitable Trusts, permettra à plus de chage anticonformiste des œuvres : sans mention du peintre, sans 250 000 visiteurs par an de découvrir quelque 800 peintures titre, organisé ni par ordre chronologique ni par artiste, mais agencé en ensembles intimes visant à « rapprocher l’art de la vie ». parmi plus de 4 500 pièces réunies par le docteur Barnes.

Dr. Barnes 181

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©2012 The Barnes Foundation

Le bâtiment de la Barnes Foundation sur Benjamin Franklin Parkway, à Philadelphie.

© Tom Crane, 2012. The Barnes Foundation

ARTS

co-fondateur de l’Ashcan School, l’École Poubelle, et plus tard en 1913, organisateur du célèbre Armory Show. Il le commissionne pour aller à Paris acheter quelques toiles : des Renoir, Jeune fille lisant et Vue de Montmartre, un Picasso, Jeune femme tenant une cigarette, un Van Gogh, Facteur Roulin, et un Degas. Quelques mois plus tard, c’est au tour de Barnes de se rendre à Paris. Fréquentant les Stein, Ambroise Vollard, plus tard Georges Durand-Ruel et Paul Guillaume, il court les galeries, visite les musées, rencontre les artistes et… achète ! Ainsi naît la plus étonnante collection d’œuvres impressionnistes et postimpressionnistes qui soit au monde. Beaucoup d’encre coulera sur ce personnage complexe, imprévisible, autoritaire, bagarreur, cassant – les épithètes abondent. Il claque la porte au nez du magnat de l’automobile Walter Chrysler, de l’écrivain James Michener, de Le Corbusier, ou encore au prix Nobel T.S. Eliot, signe les lettres de refus aux demandes de visites du nom de son chien ou prétexte un concours de strip-tease amateur dans une des galeries de la fondation pour refouler l’épouse d’un notable. Quarante ans après la disparition du docteur Barnes, 1992 marque un nouveau rebondissement : une magistrale levée de fonds doit régler les problèmes de trésorerie de la fondation. Et une partie de la collection est enfin autorisée, par le tribunal d’instance local, à quitter les États-Unis pour une tournée unique et exceptionnelle. À Washington, à Tokyo et au musée d’Orsay, des millions de visiteurs s’ébahissent devant 72 peintures de la Barnes, loin de subodorer l’étendue et la richesse de la collection entière. Le circuit achevé, les chefs-d’œuvre du docteur retournent aux oubliettes de la banlieue de Philadelphie.

Un nouveau musée

Amedeo Modigliani Jeune fille rousse en robe du soir, 1918

Henri Matisse Le Bonheur de vivre, also called The Joy of Life between October 1905 and March 1906, Oil on canvas

Un millionnaire anticonformiste

Vincent van Gogh Joseph Étienne-Roulin,  1889, Oil on canvas

Quel parcours fulgurant et paradoxal que celui d’Albert Barnes ! Né en 1872, il grandit dans un quartier pauvre de la ville, à Kensington, non loin des ghettos. Très tôt, il s’intéresse à la culture des Noirs américains - plus tard, il continuera à s’engager pour l’égalité raciale, embauchant des Noirs et les éduquant dans son usine. Élevé à la dure, il poursuit brillamment des études de médecine, se lance dans la chimie physiologique, étudie la pharmacologie, suit des cours de philosophie. Plus de 20 ans avant la découverte de la pénicilline, il s’associe à un chercheur pour finalement mettre au point et commercialiser un collyre antiseptique, l’Argyrol, et un fortifiant, l’Ovoferrin. Les ventes s’envolent, sa fortune est faite. Il peut, aidé par son ami John Dewey, théoricien de l’éducation aux États-Unis, se consacrer à sa passion, l’élaboration de séminaires de philosophie et d’art pour ses ouvriers. Un nouveau défi se présente : réunir des chefs-d’œuvre pour échafauder et partager avec ses élèves une nouvelle théorie esthétique et une approche de l’art originale. Il renoue alors avec un ancien camarade de classe, William Glackens, peintre controversé et

Le dernier épisode de la saga Barnes se joue ce mois de mai. Le nouveau musée conçu par les architectes new-yorkais Tod Williams et Billie Tsien ouvrira ses portes six jours sur sept ! Le « Barnes II » (comme nous avons un Lascaux II) est-il resté fidèle à l’original ? Des cours d’appréciation esthétique continueront à être dispensés comme l’aurait souhaité le docteur Barnes. Des apprentissages destinés aux enfants de maternelle y seront même organisés ! Musée du XXIe siècle, l’écrin de tels trésors se devait de respecter l’environnement. Mission accomplie avec l’utilisation de bois de récupération, de matériaux locaux, et l’installation d’une toiture photovoltaïque. Reproduisant au millimètre près les espaces de la résidence de Merion, redistribuant à l’identique les œuvres, respectant l’accrochage « à la Barnes » (sauf pour le grand tableau de Matisse Bonheur de vivre, mieux exposé maintenant), l’édifice, d’un coût estimé à 200 millions de dollars, continue cependant à susciter une polémique parmi ses détracteurs qui critiquent aussi les entorses faites au testament du docteur Barnes. Mais les musées de la ville jouent déjà sur la complémentarité et programment des expositions aux thèmes très « barnésiens » : le Beaux-Arts Museum propose de juin à septembre Gauguin, Cézanne, Matisse : Visions of Arcadia; la Pennsylvania Academy of Fine Arts présente les œuvres de peintres américains collectionnés par Albert Barnes; le Rodin Museum (1929), après avoir fait peau neuve, rouvre ses portes cet été et célèbre l’architecte Paul Cret (Albert Barnes avait confié la réalisation du bâtiment de Merion à cet architecte qui compte à son actif le Rodin Museum). « Barnes fut, après tout, comme sa collection le montre, un prince, avec des goûts de prince, en matière de tableaux », conclut l’éditorialiste du journal The Nation. ■ MAI 2012 FRANCE - AMÉRIQUE

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DANSE

L’OPÉRA de PARIS ON THE ROAD AGAIN !

Boléro © Laurent Philippe

Monument vivant de la culture nationale française, le Ballet de l’Opéra de Paris fait son grand retour aux États-Unis cet été, du 26 juin au 22 juillet. Il se produira au Lincoln Center de New York, au Kennedy Center de Washington et pour la toute première fois à Chicago, au Harris Theater. Guénola Pellen

S

on nom est synonyme de prestige. Avec plus de 330 000 spectateurs par an, 60 spectacles et plus de 12 programmes différents, le ballet de l’Opéra de Paris est l’une des plus grandes compagnies de danse au monde, sinon la meilleure. À la tête de ce temple du faire et du savoir, Brigitte Lefèvre veille, entre académisme et renouveau,. « Je ne prône pas l’idée d’un art figé mais je défends la transmission de l’excellence », dit-elle. L’institution éminente qu’elle dirige, ramifiée entre l’Opéra Bastille et

l’Opéra Garnier, doit sa réputation souveraine au roi Soleil. « Ce brave Louis XIV a fondé l’Académie royale de musique et de danse. Il était la première étoile et dansait très bien à ce qu’il paraît », s’amuse sa responsable artistique. À partir des années 1970, le Ballet de l’Opéra hérite d’une double vocation : le maintien de la tradition et l’ouverture à la modernité. La reconstitution d’œuvres du XVIIIe siècle côtoie alors le répertoire contemporain. « Nous sommes toujours une compagnie de répertoire mais nous nous renouvelons tout le temps », poursuit la directrice des ballets. L’Arlésienne © Sébastien Mathé

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DANSE

Giselle © Sébastien Mathé

Impatiente de traverser l’océan avec ses étoiles, Brigitte Lefèvre prévoit un spectacle grandiose. « C’est une grande aventure car nous sommes une compagnie plutôt sédentaire. » Il est vrai que l’on n’avait pas vu l’Opéra de Paris sur le sol américain depuis 1993. « Notre première tournée aux États-Unis date de 1948. Et la Compagnie est venue à six reprises aux Étas-Unis depuis, avec des représentations à New York, Washington, Los Angeles et San Francisco ». Cette année, elle se produira pour la toute première fois à Chicago, une « ville très attirante et innovante dans le domaine des arts » et de nouveau à New York et Washington, « la capitale fédérale et la capitale culturelle ». La compagnie présentera trois pro-

grammes emblématiques et représentatifs de la diversité du répertoire. Elle embrassera les trois grands genres : « romantisme, néoclassicisme et modernité ». Pour ces représentations auxquelles assisteront d’importants donateurs américains, source significative de revenus pour l’institution, la directrice artistique n’a pas fait les choses à moitié. Le Ballet de l’Opéra de Paris donnera trois programmes : Giselle de Jean Coralli et Jules Perrot (15 représentations) et Orphée et Eurydice de Pina Bausch (3 représentations). « J’avais très envie de présenter ce magnifique ballet de Pina Bausch qui nous l’a confié. Nous sommes les seuls actuellement à le danser et l’interpréter avec les chanteuses et l’ensemble Balthasar

Neumann. » Giselle, conçu en 1841 spécialement pour l’Opéra de Paris par le poète Théophile Gautier, fait partie des coups de cœur de Brigitte Lefèvre. « Ce ballet est considéré comme l’apothéose du ballet romantique, c’est l’image même de la beauté et de la perfection », s’enthousiasme-t-elle. C’est Théophile Gautier qui en suggère l’argument à Vernoy de Saint-Georges, en s’inspirant d’un passage du livre de Henri Heine, De l’Allemagne. « L’ouvrage traite de la légende des Wilis, ces fiancées mortes la veille de leurs noces, qui entraînent les voyageurs imprudents dans des rondes mortelles la nuit tombée. » En apprenant qu’Albrecht, qu’elle aime, est le noble fiancé d’une princesse, Giselle, une paysanne, meurt... La Reine des Wilis, esprits de jeunes filles mortes vierges, décide qu’Albrecht doitpayer de sa vie. Il est condamné à danser jusqu’à la mort mais l’esprit de Giselle, en dansant avec lui, parvient à le sauver... « Le seul fait d’en parler me donne des frissons et me fait monter les larmes aux yeux », s’émeut la directrice. Pour la fameuse « ouverture au public », Brigitte Lefèvre a concocté une soirée mixte qui comprendra Suite en blanc de Serge Lifar, L’Arlésienne de Roland Petit et le Boléro de Maurice Béjart (7 représentations). « Ces œuvres rendent hommage à trois chorégraphes essentiels qui ont ouvert les horizons du néoclassicisme au XXe siècle. J’aime l’appeler le ‘programme français’, car il s’appuie aussi sur les musiques des grands compositeurs français, Édouard Lalo, Georges Bizet et Maurice Ravel ». Presque toutes les étoiles participeront à cette tournée. Et les distributions sont très alléchantes, avec quelques prises de rôle inattendues, dont la très attendue Aurélie Dupont qui se lancera dans le périlleux Boléro. Cette tournée estivale réserve donc son lot de surprises. À l’exception de Suite en blanc, présenté en 1993 à Washington, les ballets de cette tournée n’ont encore jamais été montrés au public américain ! ■ Tournée du Ballet de l’Opéra de Paris, au Harris Theater de Chicago du 26 juin au 1er juillet, au John F. Kennedy Center de Washington D.C. du 5 au 8 juillet et au Lincoln Center de New York du 11 juillet au 22 juillet. Informations et réservations sur : www.harristheaterchicago.org www.kennedy-center.org lc.lincolncenter.org

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PORTFOLIO

MOEBIUS

COWBOYS VS ALIENS

Le dessinateur français Jean Giraud, alias Moebius, devant une fresque tirée d’un de ses albums, le 9 février 2008 au Futuroscope de Poitiers.

Guénola Pellen

Du réalisme western de Blueberry au fantastique du monde d’Arzach, le dessinateur Jean Giraud alias Moebius, a renouvelé les codes de la bande dessinée. Ses héros de papier avantgardistes comptent le lieutenant américain de la guerre de Sécession Blueberry, le « détective privé minable de classe (R) » John Difool ou le major Grubert. Orphelins depuis le décès de l’artiste en mars dernier à l’âge de 73 ans, ils han22

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tent les pages de son univers futuriste, peuplé de mutants et de chamanes. Les plus grands réalisateurs américains, séduits par la palette graphique et l’imaginaire débridé de l’artiste, ont fait appel à ses talents : Ridley Scott pour Alien, George Lucas pour Willow et James Cameron pour Abyss s’offrent ainsi ses services de conceptualiste visuel. Moebius a également collaboré avec des réalisateurs français : Luc

Besson pour Le Cinquième Élément, Jan Kounen pour l’adaptation de Blueberry ou, plus récemment, Tron, de Joseph Kosinski. En 2010, la Fondation Cartier pour l’art contemporain consacrait une superbe rétrospective, « Moebius Transe-forme », à son coup de crayon révolutionnaire. Deux ans plus tard, Jean Giraud disparais-sait, laissant derrière lui un paysage français de la BD rénové et enrichi de contre-culture américaine. ■


© Moebius / Fondation Cartier

© Moebius / Fondation Cartier

Blueberry

La chasse au major

Arzach

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© AFP Alain Jocard

© Moebius / Fondation Cartier


HISTOIRE

Debussy le musicien qui faisait des vagues

Dans le climat de frivolité musicale de la fin du XIXe siècle, un compositeur, Achille-Claude Debussy, marque le début de la révolution musicale du XXe siècle. Si son œuvre apparaît anarchique à ses contemporains, sa vie privée est jugée franchement scandaleuse par ses propres amis ! Anne Prah-Perochon

R

ien ne semblait destiner Achille-Claude Debussy (1862-1918) à la musique : ses parents, de condition modeste, tenaient un commerce de faïencerie à Saint-Germain-enLaye et rêvaient pour leur fils d’une carrière de marin. L’influence de sa tante paternelle à qui il est confié très jeune, Clémentine Roustan, sera déterminante pour son avenir. Elle lui fait découvrir la Côte d’Azur, la peinture, et l’initie au piano.

L’élève rebelle

Grâce au banquier Achille Arosa, protecteur de sa tante, Debussy fait la rencontre de Mme Mauté, belle-mère de Verlaine et ancienne élève de Chopin, qui lui transmet la technique de son maître, l’amour du piano et le fait entrer au Conservatoire en 1873. Le comportement rebelle de cet élève aussi doué qu’indiscipliné devient légendaire : ainsi, au cours d’une classe d’improvisation au piano, son professeur, César Franck, lui aurait dit : « Modulez ! Modulez ! » et Debussy aurait répondu calmement : « Pourquoi ? Je suis parfaitement heureux où je suis ! » Déjà sa vision de la musique ne correspondait plus aux traditions du Conservatoire ! Debussy est recommandé à la baronne Von Meck, riche veuve russe, bienfaitrice de Tchaïkovsky, qui recherche un pianiste déchiffreur pouvant également assurer l’enseignement musical de ses enfants. Les nombreux voyages familiaux lui font découvrir l’Europe ainsi que les compositeurs russes Borodine et Moussorgsky. En 1884, Debussy obtient le convoité prix de Rome pour sa cantate L’Enfant prodigue, accompagné d’une bourse et d’un séjour de trois ans à la Villa Médicis. Debussy, n’appréciant ni Rome ni la Villa Médicis, revient s’installer à Paris, dans le quartier de Montmartre.

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La vie de bohème à Montmartre

Il s’éprend à cette époque de Gabrielle Dupont, surnommée Gaby, blonde voluptueuse à la réputation douteuse qui partagera avec lui une chambre mansardée à l’ombre du Sacré-Cœur. Sans souci des conventions, ils mènent une vie de bohème dans les cabarets montmartrois. C’est dans l’un de ceux-ci, le Chat Noir, que Debussy rencontre en 1891 Erik Satie, alors pianiste de cabaret, qui restera son ami tout au long de sa vie. Vers 1889, Debussy fréquente le cercle des poètes symbolistes, aussi chaque jeudi, dans l’appartement de Stéphane Mallarmé, il peut côtoyer Verlaine, Rimbaud et Baudelaire. Les poèmes de ce dernier lui inspirent la composition de deux recueils de chansons qualifiées de « compositions impressionnistes ». C’est également chez Mallarmé qu’il entend pour la première fois la musique de Wagner qu’il connaîtra mieux pendant un séjour à Bayreuth. Lors de l’Exposition universelle de Paris de 1889, il découvre la musique de Java dont il n’oubliera jamais les sonorités envoûtantes et exotiques, à l’origine d’une pièce pour piano intitulée Pagodes. Rarement compositeur de musique aura été comme Debussy en symbiose avec toute la création artistique de son temps. Tout lui est prétexte pour inventer de nouvelles façons de « peindre en musique ». Grâce au musicien mécène Ernest Chausson (1855-1899), Debussy obtient des engagements de pianiste dans les salons du faubourg Saint-Germain où il rencontre l’intelligentsia de l’époque : les Reynaldo Hahn, Léon Daudet, Marcel Proust. En décembre 1894, il


HISTOIRE

est définitivement consacré avec Prélude à l’aprèsmidi d’un faune, inspiré par le poème éponyme de Mallarmé. Cette œuvre sensuelle, aux sonorités nouvelles qui fait revivre le dieu champêtre entouré de nymphes, rencontre un accueil chaleureux.

nération suivante. Pour assurer l’aisance du foyer, Debussy se fait critique musical sous le pseudonyme de « Monsieur Croche ». C’est en cette qualité qu’il est l’un des premiers Parisiens à être charmé par les Ballets russes que Serge Diaghilev présente au Celui par qui le scandale arrive Châtelet en 1909. En quête de modernité, Fidèle en amitié, Debussy l’est beaucoup moins Diaghilev fait appel à Debussy. L’utilisation en amour. Durant sa liaison avec Gaby, il enpar Diaghilev de la partition du Prélude à tretient une relation passionnée avec une amie l’après-midi d’un faune à des fins choréde Gaby, Rosalie Texier dite Lily. La trouvant graphiques se traduit par un autre scandale, « jolie comme une légende, invraisemblablement blonde », dû cette fois moins au compositeur qu’à il lui demande de partager sa vie de bohème. Ils son interprète, le danseur étoile Nijinsky. se marient le 19 octobre 1899 mais, toujours à Peu à peu, les remous s’apaisent et la vie court d’argent, Debussy doit donner une leçon de bohème n’est plus qu’un souvenir pour cantatrice Mary Garden dans le rôle de piano le matin même de son mariage afin de La Debussy qui se retire dans la musique et le de Mélisande. payer la réception. confort de sa maison du bois de Boulogne. En gestation depuis dix ans, l’opéra de DeSa fille devient son inspiratrice et le mubussy, Pelléas et Mélisande, inspiré par la pièce symboliste du sicien compose une suite de pièces pour piano qui deviendront dramaturge belge Maurice Maeterlinck, est présenté pour la La Boîte à joujoux et The Children’s Corner. Le bonheur du compremière fois le 30 avril 1902 à l’Opéra-Comique de Paris non positeur est entaché en 1912 par la découverte d’un cancer. sans qu’éclate un grand scandale ! Debussy reçoit l’autorisation Lorsqu’éclate la guerre en 1914, il est trop malade (et trop de Maeterlinck d’utiliser son livret à la seule condition que âgé) pour s’engager mais signe désormais ses œuvres « Claude de sa femme, la cantatrice Georgette Leblanc, interprète le rôle France, musicien ». Il meurt à Paris le 26 mars 1918, à l’âge de de Mélisande. Toutefois, Debussy n’est pas persuadé du talent cinquante-six ans. Son enterrement au Père-Lachaise en plein de Georgette : « Non seulement elle chante faux, mais elle parle bombardement de Paris se fait dans l’anonymat le plus complet : faux ! », disait-il. Il lui préfère la cantatrice écossaise Mary « Il semble que c’était un musicien », aurait commenté un comGarden qu’il a entendue dans Louise de Gustave Charpentier. merçant du quartier lors du passage du cortège funèbre. ■ Au dernier moment, il la substitue donc à Georgette Leblanc. Maeterlinck prend très mal la chose et faillit provoquer le musicien en duel. Il réussit également à convaincre les critiques musicaux que le compositeur est « un anarchiste de la musique », acharné à détruire harmonie et rythme. Néanmoins, l’opéra connaît un succès sans précédent aux représentations suivantes et de nos jours, il fait partie du répertoire mondial de l’opéra. Devenu célèbre mais toujours à court d’argent, Debussy fait de nouveau l’objet d’un autre scandale lorsqu’en 1904, il quitte LOCATIONS AUX MEILLEURS PRIX son épouse Lily pour la belle – et riche – Emma Bardac. Pour arrondir ses fins de mois, il doit en effet donner des leçons ACHAT-RACHAT ( leasing ) HORS TAXES privées et tombe amoureux de la mère de l’un de ses élèves, Emma Bardac, femme cultivée et musicienne accomplie qui CITROEN ~ RENAULT représente pour lui l’idéal féminin tant recherché. Abandonnant leur conjoint respectif, ils font une fugue Achat-rachat d’une voiture toute neuve. en Normandie, s’attirant l’opprobre des amis de Debussy, Toutes taxes, assurance multirisques sans franchise, assistance routière et plus comprises. surtout après la tentative de suicide de Lily (elle survécut à sa blessure), dont la simplicité et la beauté avaient conquis Prix réduits pour étudiants / professeurs l’entourage du musicien. La naissance en octobre 1904 d’une fille, Claude-Emma, dite Chouchou, et le mariage tardif de Debussy et d’Emma en 1908 ne réussissent point à atténuer la réprobation de leurs amis. Pour échapper à cette ambiance Tél: 212-581-3040 hostile, les deux amants se réfugient à Jersey où il termine La 800-223-1516 Mer inspirée par ses souvenirs, mais aussi par le tableau très New York City, New York stylisé du Ja-ponais Hokusai qu’il admire beaucoup. L’œuvre est attaquée avec violence dans le milieu musical officiel, mais Un nom de confiance, sa profonde originalité exerce une grande influence sur la géà votre service.....depuis 1954

www.europebycar.com

VOCABULARY vie de bohème = bohemian life symbiose = symbiosis à court d’argent = short of money

opprobre = shame aisance = a life of ease

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© Deborah Jones

SAVEURS

THOMAS KELLER, LA CUISINE SANS FAUSSE NOTE Rita Jammet

A

© Deborah Jones

u royaume des toques, Thomas Keller est roi. Le chef californien aux 7 étoiles Michelin propose une cuisine américaine contemporaine, aux forts accents français. Originaire de Camp Pendleton, en Californie, il est à 56 ans propriétaire de huit restaurants à travers les États-Unis. C’est à Palm Beach, dans l’établissement familial, que sont nés son engouement pour la cuisine et sa quête de perfection… en découvrant le savoirfaire de la sauce hollandaise !

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Le jeune Thomas passe ses étés à travailler dans le Rhode Island, où le maître cuisinier Roland Hénin, son premier mentor, lui enseigne les bases de la cuisine française traditionnelle. Il se rend ensuite à Paris, où ses passages chez Guy Savoy et Taillevent renforcent son respect pour la nourriture. À New York, il ouvre le restaurant Rakel où les financiers fortunés de Wall Street viennent déguster sa cuisine française raffinée. Trois ans plus tard, victime de la crise boursière, Thomas Keller ferme son restaurant. Il rentre alors en Californie, pour y reprendre The French Laundry à Yountville. La consécration est immédiate. Son torchon de foie gras de canard aux cerises confites, son poulet rôti (surnommé « Mon

Poulet Rôti »), ses cuisses de grenouilles croquantes ou encore le mini cornet rempli d’un tartare délicat de saumon, réjouissent les papilles les plus capricieuses. Sa cuisine princière se veut créative, tout en restant fidèle aux techniques classiques. À l’image de son « Signature Dish », les Oysters and Pearl, un joyau mêlant huîtres crues du Massachusetts, sabayon au tapioca et caviar d’esturgeon californien. Verdict : 3 étoiles Michelin pour The French Laundry. Quelques années plus tard, le chef ouvre Per Se à New York et atteint les hautes cimes culinaires, obtenant 4 étoiles dans le New York Times et, à nouveau, 3 étoiles au Michelin. Thomas Keller agrandit son empire en ouvrant trois Bouchon,


SAVEURS

cinq Bouchon Bakery et Ad Hoc, le tout entre New York, Las Vegas, Beverly Hills et Yountville. Il élargit ses activités en lançant Modicum, un vin rouge californien produit en très petite quantité, ainsi que des produits alimentaires et une gamme de porcelaines, casseroles, couteaux de cuisine et argenterie. Dans les coulisses du film Ratatouille, Thomas Keller officie comme guide culinaire, et contribue au succès du film. À la demande de Paul Bocuse,

il dirige également l’équipe américaine du concours culinaire Le Bocuse d’Or. En 2011, le chef français a remis au chef américain la Légion d’honneur, qui récompense sa dévotion à la gastronomie hexagonale. Une distinction dont se pâme Thomas Keller, pour qui la cuisine française est tout simplement « the best ». ■ Passionnée de gastronomie, Rita Jammet est propriétaire du Champagne La Caravelle.   

Filet de saumon poêlé aux lentilles vertes et légumes glacés Par Rory Herrmann, Chef de Cuisine au restaurant Bouchon (Beverly Hills).

INGRÉDIENTS Pour 4 personnes Sauce bordelaise 750 ml de Cabernet Sauvignon (1 bouteille) 3 échalotes en fines tranches 3 gousses d’ail, non pelées et écrasées 1 grosse carotte en tranches 15 brins de persil 5 brins de thym 2 feuilles de laurier 10 grains de poivre 1 l de bouillon de veau concentré Lentilles 8 oz. de lentilles du Puy 1 poireau moyen (blanc et vert pâle) 1 oignon moyen 1 carotte moyenne Bouquet garni : 1 tête d’ail, 5 brins de thym, 3 feuilles de laurier et 10 grains de poivre placés dans un carré d’étamine 1 tbsp de vinaigre de vin rouge 3 tbsp (1 ½ oz.) de beurre non salé, froid 1 tbsp de persil plat finement haché Légumes glacés 1 cup de navets (en cubes de ½ inches) 1 cup de carottes (en cubes de ½ inches) 1 cup de céleri rave (en cubes de ½ inches) 1 ½ tsp de sel 2 tbsp de sucre granulé 1 tbsp (½ oz) de beurre non salé Saumon 4 morceaux de 6 oz. (filet) sans peau sel et poivre noir moulu huile d’arachide (canola) 3 tbsp (1 ½ oz) de beurre non salé huile d’olive extra-vierge gros sel de Maldon brins de cerfeuil

PRÉPARATION Sauce bordelaise Mélanger les ingrédients excepté le bouillon de veau et faire frémir jusqu’à évaporation (30-40 mn). Ajouter le bouillon de veau, faire frémir, écumer. Réduire à 2 cups et réserver 1 cup pour les lentilles. Lentilles Mettre les lentilles, le poireau, l’oignon, la carotte et le bouquet garni dans une grande casserole et recouvrir d’eau. Faire frémir pendant 20 mn. Refroidir, retirer les légumes et le bouquet garni. Légumes glacés Mettre les différents légumes dans des casseroles séparées, ajouter ½ tsp de sel et 2 tsp de sucre dans chaque casserole, faire cuire 10-12 mn. Égoutter les lentilles, faire réduire (2 tbsp) le liquide, ajouter la sauce bordelaise aux lentilles, faire frémir environ 15 mn. Ajouter sel, poivre et vinaigre. Saumon Saler et poivrer les filets, les faire frire en réduisant progressivement la température (2 mn). Retourner les filets, faire cuire dans le beurre 2 mn, mettre sur une assiette. Ajouter beurre et persil aux lentilles et aux différents légumes. Placer les morceaux de saumon sur les lentilles et garnir avec les légumes. Ajouter de l’huile d’olive, du sel marin (Maldon) et décorer de feuilles de cerfeuil. ■

La sélection de Jean-Luc Le Dû Saumon, lentilles et sauce bordelaise ! Quoi de mieux qu’un bon vin rouge jouant sur la fraîcheur pour accompagner ce plat. Un vin pas trop puissant mais avec du peps. Un vin aux arômes fruités, mais avec une note terrienne. Trois cépages sont idéaux : pinot noir, gamay et cabernet franc. Le Domaine Drouhin, l’un des plus grands négociants de Bourgogne est le propriétaire d’un excellent domaine en Oregon depuis 1988. Leur très bon pinot noir 2009 aux arômes de fruits noirs et épices possède une rondeur et un corps qui domptent le saumon tout en l’accompagnant dans le chemin de campagne annoncé par les lentilles. Retournons en France pour notre deuxième choix avec Le Fleurie “Cuvée Tardive” du Clos de la Roilette 2010. Cet accord joue sur le fruité et la tension de ce vin d’une belle minéralité. Bien que la presse ait porté aux nues le millésime 2009 dans le Beaujolais, jetez-vous sur les 2010 qui sont à mon avis un peu meilleurs. Du corps et de la minéralité donc, mais avec une touche de fraîcheur qui manque aux 2009. Pour notre dernier accord sur le saumon, je vous propose de passer par la Vallée de la Loire avec un Bourgueil bio de chez Pascal Lambert. Sa cuvée Danae 2007 au terroir prononcé s’accorde parfaitement aux lentilles, alors que ses notes tanniques font le contrepoint au saumon.

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1 Pinot Noir, Domaine Drouhin, Willamette Valley Oregon 2009 $ 39.99 2 Fleurie “Cuvée Tardive”, Clos de la Roilette 2010 $ 24.99 3 Bourgueil “Cuvée Danae”, Pascal Lambert 2007 $ 35.99

Le Dû’s Wines 600 Washington Street, New York, NY 10014 Tel. +1 212-924-6999 • www.leduwines.com

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INSTANTANÉS

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7 1 Greenwich, NY – Du 23 au 25 mars, l’Alliance Française organisait la huitième édition de Focus on French cinema, avec 12 films français au programme, dont certains diffusés pour la première fois aux États-Unis. Catherine Lamairesse, fondatrice du festival, a accueilli Pascal le Coz, de la Banque Transatlantique (l’un des sponsors de l’événement). 2 Orlando, FL – Du 15 au 17 mars, le Congrès annuel de la culture française d’Orlando fêtait son 60e anniversaire. Il a rassemblé près de 830 participants et 46 écoles, dont le lycée Canterbury (photo), autour du thème de l’Afrique francophone. © Ambassade de France à Washington

8 Filippe Savadogo (à droite), ambassadeur de l’OIF aux Nations Unies a présenté le Venet d’or avec MarieMonique Steckel (au milieu), la directrice du Fiaf. 4 Atlanta, GA – Le 21 mars, la Chambre de commerce franco-américaine d’Atlanta a remis les Crystal Peach Awards, qui récompensent des membres de la communauté d’affaires franco-américaine du sud-est américain. Delta Air Lines (représenté par Tad Hutcheson, vice-président de Community and Public Affairs de Delta Air Lines, à droite) et Air France (à droite, Bernard Anquez, vice-président d’Air France-KLM et Delta Air Lines) ont reçu les lauriers de l’édition 2012. © Laurent Cavalie, Mindworks Creation

3 New York, NY – Le 19 mars, l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) célébrait la journée mondiale de la francophonie à l’Alliance Française (Fiaf) sur le thème « jeunesse et égalité équitable ».

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5 Denver, CO – Les 22 et 23 mars, l’ambassadeur de France aux ÉtatsUnis François Delattre (au milieu) était en visite au Governor’s Mansion et, ici, à l’Alliance Française. Il a été reçu

par David Martinon, consul général à Los Angeles (à gauche), Philippe Marsé, directeur de l’Alliance Française de Denver (deuxième en partant de la gauche), Dick Badler (deuxième en partant de la droite), président de l’Alliance Française de Denver et Jeffrey Richards, consul honoraire (à droite). © Alliance Française de Denver 6 Boston, MA – Le 28 mars, l’Alliance Française de Boston a reçu l’écrivaine française Colette Fellous (deuxième en partant de la droite), auteure d’Un amour de frère, paru en 2011. Elle apparaît ici avec Kate Riester (à gauche), chargée des programmes culturels au French Cultural Center (FCC), Catherine Lefebvre, professeure de français au FCC et Élisabeth Karnoub (à droite), directrice du pôle éducation au FCC. 7 Palm Beach, FL – Le 5 avril, l’Alliance Française de Palm Beach a fêté ses deux ans de réouverture

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au Chesterfield Hotel. La directrice, Natacha Koblova, s’est félicitée du succès croissant de cette antenne de l’Alliance Française South Florida, accompagnée du directeur de l’Alliance Française de Miami, Jean-François Chénin. 8 Delray Beach, FL – Le 5 avril, le consul général de France à Miami, Gaël de Maisonneuve, a récompensé un groupe de vétérans américains pour leur rôle dans la Libération de la France. Ils ont reçu la Légion d’honneur de la main de Nicole Hirsch, la vice-présidente de l’American Society of the French Legion of Honor. 9 Rock Hill, SC – Le 25 mars, le Français Bernard Marie (à droite) a symboliquement remis la médaille de la Légion d’honneur au vétéran américain John Ernandez, qui, malade, n’avait pu se déplacer pour la cérémonie officielle du consul général de France à Atlanta, le 28 février à Raleigh.


POINT FINAL

Charley

Michaelis

L’ambassadeur du show-biz à Paris

Christelle Gérand

Le promoteur sportif a su charmer la France d’aprèsguerre avec la magie de spectacles comme Holiday on Ice ou les Harlem Globetrotters. Soixante ans plus tard, ils connaissent toujours un franc succès en France. « C’est le prototype d’Un Américain à Paris », résume le fils de Charley Michaelis. Jeune homme, il joue au hockey à la salle omnisports du Vel d’Hiv. Arrivé en France à deux ans dans les bagages de son père américain, il fréquente assidûment le temple du hockey, mais aussi de la boxe, du basket et des courses de vélos, rénové par l’Américain Jeff Dickson en 1931. Arrive la Seconde Guerre mondiale. Jeff Dickson et Charley Michaelis sont mobilisés par l’armée américaine. En 1942, le Vel d’Hiv est quant à lui associé aux pages les plus sombres de l’histoire française. Parfaitement bilingue, Charley Michaelis est un atout maître dans la guerre anti-nazis menée par les Alliés. Le 7 juin 1944, il débarque en Grande-Bretagne en tant qu’OSS, le nom des agents secrets américains. Il est agent de liaison avec l’armée française et en particulier la 2e division blindée du général Leclerc. « Mon père est le premier Américain à être rentré dans Paris libéré », rappelle fièrement son fils Herbert Michaelis. « Il arborait un panneau ‘Bonjour la France Libre’ sur sa jeep. Ça s’invente pas ! », ajoute-t-il, en repensant au cliché de son père sur les Champs-Élysées. L’ancien directeur du Vélodrome d’hiver, Jeff Dickson, perd quant à lui la vie en 1941, lorsque l’avion dans lequel il a embarqué comme observateur est abattu par les Allemands. Charley prendra sa suite pour animer la salle omnisports du

Vel d’Hiv après la guerre. Dans un pays en reconstruction, il divertit les Français en leur proposant le meilleur des shows américains. Les plus grands noms de la boxe comme Sugar Ray Robinson ou Jack Dempsey, mais aussi les basketteurs du Harlem Globetrotters avec leur spectacle comique et sportif de dribbles endiablés. L’intérêt pour ce spectacle est si grand que le pape Pie XII demande à les rencontrer au Vatican en 1951. Sur la photo de famille, à côté des joueurs de près de deux mètres et du saint-père, Charley Michaelis. Sur la chaîne unique de télévision en noir et blanc, la magie des shows à l’américaine suscite un enthousiasme inimaginable. Son plus grand succès de promoteur sportif est Holiday on Ice, spectacle sur glace le plus vu au monde. Charley Michaelis apprend qu’un autre promoteur, Morris Chalfen, a trouvé le moyen de monter une patinoire itinérante aux États-Unis. Charley exporte le concept en 1951. Le show connaît « un succès incroyable qui ne se dément pas depuis 60 ans », rappelle son fils Herbert qui a vu le spectacle des dizaines et des dizaines de fois. Toutes ses initiatives n’ont pas connu le même succès. Ainsi, quelques années plus tard, il espère initier les Français aux charmes du rodéo. Charley Michaelis fait venir des cowboys, des long horns, des chevaux sauvages, etc. Mais le public n’a pas suivi. Quand le spectacle s’est arrêté, les cowboys ont repris le bateau pour rejoindre leur ranch. Pour des raisons d’hygiène, leur bétail a dû rester en France. Ne pouvant se résoudre à voir leurs long horns partir à l’abattoir, les cowboys les ont lâchés dans la nature en Camargue. Il en existe toujours quelques spécimens. Charley Michaelis a quant à lui continué à jouer les ambassadeurs de la culture américaine en France jusqu’à sa mort, en 1984. ■

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