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Guide TV5Monde Volume 12, No. 2 USD 8.00 / C$ 10.60


FEBRUARY 2019

Directeur Guy Sorman Rédactrice en chef / Editor in Chief Guénola Pellen, 646.202.9830 gpellen@france-amerique.com

Jean Schlumberger, Bird on a Rock pin, 1965.

© Virginia Museum of Fine Arts. Photo: Travis Fullerton

Directrice exécutive / Executive Director Marie-Dominique Deniau mddeniau@france-amerique.com Directrice artistique / Art Director Laetitia Monier lmonier@france-amerique.com Éditeur web / Web Editor Clément Thiery cthiery@france-amerique.com Journaliste / Journalist Juliette Démas jdemas@france-amerique.com Contributeurs / Contributors Jérémy Arki, Nicolas Blanc, Anthony Bulger, Ariane Fert, Roland Flamini, Tracy Kendrick, Claire Levenson, Dominique Mataillet, Michele Scicolone, Jean-Luc Toula-Breysse Traducteurs / Translators Alexis Cornel, Samuel Todd, Alexander Uff

Butternut Bisque

C U LT U R E

IDEAS 4. Editorial

52. Exhibition

Monet, the Late Years

Révision / Proofreader Marie-Nicole Elian

Être ou ne pas être politiquement correct To Be or Not to Be Politically Correct

Publicité & Marketing Advertising & Marketing Julie Vanderperre, 646.202.9828 jvanderperre@france-amerique.com

Janine Mossuz-Lavau : « Les femmes ont besoin de sexe, les hommes ont besoin de sentiments » Janine Mossuz-Lavau: “Women Need Sex, Men Need Sentiment”

Service clients / Customer Service French: 646.202.9828 English: 800.901.3731 franceamerique@icnfull.com France-Amérique LLC 750 Lexington Avenue 6th Floor, New York, NY 10022

14. Snapshot

Abonnements / Subscription Fullfilment $89.99 par an/annually $149.99 pour 2 ans/for 2 years $200 abonnement de soutien 1 an/ Supporter's subscription for 1 year Hors/Outside U.S.A.: +$35 for 1 year; +$56 for 2 years 800.901.3731 (appel gratuit/toll free) or 215.458.8551 PO Box 3110 Langhorne, PA 19047-9930

30. Interview

France-Amérique (ISSN 0747-2757) is published monthly by France-Amérique LLC at France-Amérique, 750 Lexington Avenue, 6th Floor, New York, NY 10022. Periodical postage paid in New York, NY and additional mailing offices. POSTMASTER: send address changes to France-Amérique LLC, 750 Lexington Avenue, 6th Floor, New York, NY 10022. Copyright 2019 by France-Amérique LLC. All rights reserved. France-Amérique is a registered trademark of France-Amérique LLC. THE BEST OF CULTURE & ART DE VIVRE

58. Cinema

10. Interview

Les images du pouvoir de part et d’autre de l’Atlantique Images of Power from Both Sides of the Pond

- The Image Book by Jean-Luc Godard - Sorry Angel by Christophe Honoré

62. Books

Louise Bourgeois : L comme Labyrinthe, B comme Beauté Louise Bourgeois: L for Labyrinth, B for Beauty

70. The Observer

E CO N O MY

Bad Manners Are Contagious: Beware An Epidemic!

74. The Wordsmith

Pierre-André Chiappori  : « Le rêve américain est-il brisé ? » Pierre-André Chiappori: “Has The American Dream Been Dashed?”

La symphonie animale

76. Quiz 78. Game

L I FE S T Y L E

Mots fléchés bilingues Arrow Word Puzzle

34. Chic

Amédée 1851, des écharpes françaises aux motifs transatlantiques Amédée 1851, French Scarves with a Transatlantic Twist

42. Jewelry

Jean Schlumberger, le Français qui sauva Tiffany de la faillite Jean Schlumberger, the Frenchman Who Saved Tiffany from Bankruptcy

48. Bon Appétit

Velouté de courge doubeurre Butternut Bisque

FEBRUARY 2019

Guide TV5Monde Volume 12, No. 2 USD 8.00 / C$ 10.60

© Olivier Tallec

France-Amérique LLC, 750 Lexington Avenue, 6th Floor, New York, NY 10022. Tel: 646.202.9828

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I D E A S

Editorial

Être ou ne pas être

politiquement CORRECT ? Be To

to Be t o or N

Politically Co rrec t

©

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L’OPINION DE GUY SORMAN

Translated from French by Alexis Cornel

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ux États-Unis comme en France et ailleurs, là où des mouvements populistes bousculent les normes intellectuelles et politiques, de nouveaux leaders annoncent que « eux » ne seront pas politiquement corrects. En somme, ils diront les faits, rien que les faits, sans se laisser embrigader par quelque police de la pensée et des mots.

n the United States, as in France and other countries, populist movements are shaking up intellectual and political norms. New leaders are announcing that they, “unlike the others,” will not be politically correct. They say they will talk about facts and nothing but the facts, without being intimidated by those who enforce restrictions on thought and speech.

Ah mais ! Par-delà ces postures, est-il exact qu’une sorte de service d’ordre anti-bourgeois, actif dans les universités et les médias, des bolcheviks reconvertis ou des défenseurs auto proclamés de quelques minorités actives, réduirait le plus grand nombre au silence  ? Il convient, je crois, pour savoir de quoi on parle, de remonter aux sources. Le concept de politiquement correct, devenu universel, est né sur les campus américains dans les années 1980, mais en grande partie sous l’influence de penseurs français populaires sur la Côte Est, à Cornell, Yale, Princeton particulièrement ; les plus notoires s’appelaient Michel Foucault, Jacques Derrida et Pierre Bourdieu.

Would that things were so clear! Beyond such posturing, should we recognize there is some kind of anti-bourgeois network or self-proclaimed defenders of certain activist minorities in universities and in the media whose aim it is to reduce the majority to silence? Is this true? In order to get clear on what we’re talking about, it makes sense to go back to the origins. The concept of political correctness, which is now so widespread, was born on American campuses in the 1980s, but largely under the influence of French thinkers popular on the East Coast at Cornell, Yale, and Princeton in particular. The most famous of these were Michel Foucault, Jacques Derrida, and Pierre Bourdieu.

Peut-on encore enseigner Mark Twain, dont le héros (Jim) est un « nègre », dès l’instant où le mot est banni ?

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Editorial

À des étudiants enthousiastes, ils enseignèrent que les mots véhiculaient du pouvoir. Les exemples sont bien connus : dire d’un Indien qu’il est indien aux États-Unis, c’est le ramener à son statut de colonisé, alors qu’en réalité il est, appellation neutre, un Natif américain.

Students enthusiastically embraced their teaching that words were instruments of power. There are many well-known examples: to call someone an Indian in the United States is to reduce him or her to a colonial status, whereas in reality he or she is, to use the neutral term, a Native American.

P

imilarly, a Black person is Black only as seen by Whites; an insane person, Foucault said, is only insane in the eyes of someone who sees themselves as normal. From this uncontested foundation was born a revision of language and behavior that would affect all social interaction. On both sides of the Atlantic there was, it seems to me, a veritable decolonization of attitudes and language. Still, it is important not to confuse this politically correct language with the political strategy of talking around the truth or euphemism, which is traditional in France. The line between these can be subtle: when the French Prime Minister, Édouard Philippe, announces that migrants will no longer be deported but “re-accompanied,” this is a case of a euphemism that passes for politically correct.

areillement, un Noir n’est Noir que dans le regard des Blancs ; un fou, disait Foucault, n’est fou que du point de vue de celui qui se croit normal. À partir de ce constat, incontestable, est née une révision du langage et des comportements qui gagnera tous les comportements sociaux ; des deux côtés de l’Atlantique : une véritable décolonisation, à mon sens, du geste et de la langue. Attention toutefois à ne pas confondre ce langage politiquement correct avec la stratégie politique, traditionnelle en France, de contournement de la vérité ou euphémisme. La frontière peut s’avérer subtile : quand le Premier ministre français, Édouard Philippe, annonce que désormais on n’expulse plus les migrants mais qu’on les « raccompagne », il s’agit d’un euphémisme qui passe pour politiquement correct. Les conservateurs, américains ou non, ricanent. Ils soulignent certaines conséquences absurdes : peuton encore enseigner Mark Twain, dont le héros (Jim) est un « nègre », dès l’instant où le mot est banni ? Question à ce jour sans réponse et qui varie selon les collèges. Cette querelle du politiquement correct a récemment rebondi sous l’effet des néo féministes de #MeToo et de #BalanceTonPorc en France.

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Conservatives in America and elsewhere find political correctness ridiculous. They call attention to its absurd consequences: can we still teach Mark Twain, whose hero (Jim) is referred to as a “nigger,” now that the word has been banished? There has been no clear answer to this question, and the various thinkers approach it differently. The fight over political correctness recently saw a resurgence in France under the influence of the new feminists of #MeToo and #BalanceTonPorc (“squeal on your pig,” that is, your harasser).


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es deux côtés, on caricature. Les opposants aux néo-féministes prennent la défense de l’amour courtois : ainsi Catherine Deneuve a-t- elle signé, au nom du droit à la séduction, une pétition contre les excès de #MeToo ; ignore-t-elle que le harcèlement sexuel existe réellement dans des usines et bureaux qu’elle ne fréquente pas ? À l’inverse, certaines féministes qualifient de viol toute approche non précédée d’un contrat ; des étudiants américains ont été abusivement condamnés pour cela. En politique, les attitudes ne sont guère plus franches  : ceux qui vitupèrent contre le politiquement correct, tels Donald Trump aux États-Unis et la famille Le Pen en France, ont clairement la nostalgie d’un ordre ancien qui fut dominé par des mâles blancs. S’en prendre au politiquement correct est, pour eux, une couverture commode de leurs préjugés très archaïques. Et leurs agressions verbales, comme par hasard, ne pleuvent que sur les plus vulnérables, les minorités ethniques, sexuelles, religieuses. De cette manière et malgré eux, ces adversaires du politiquement correct donnent raison à ses partisans et à l’hypothèse de Michel Foucault.

aricatures abound on both sides of the question. Those who oppose the new feminists defend courtly love. Thus Catherine Deneuve, in the name of men’s “right to pester,” signed a petition against the excesses of #MeToo. Is she not aware that sexual harassment really exists in the factories and offices where she does not spend her time? On the other side, certain feminists consider any amorous approach not preceded by a contract to be rape, a view that has led to the wrongful condemnation of some American male students. Attitudes are no more honest in the political world. Donald Trump in the United States and the Le Pen family in France are clearly nostalgic for an old order dominated by white males. They attack political correctness in order to mask their own very archaic prejudices. But somehow their verbal aggression seems always to be directed against the most vulnerable minorities, whether ethnic, sexual, or religious. Thus, despite themselves, the enemies of political correctness help to justify its partisans and Michel Foucault’s hypothesis.

Comment arbitrer entre ces excès et peut-on se placer au centre ? Cela me semble possible. En se référant à l’histoire de cette controverse, aussi récente soitelle : la décolonisation du vocabulaire et la police des mots s’inscrivent dans la continuité de la colonisation physique qui les précède. Les Blancs ont bel et bien exploité les Noirs ; les hommes ont exploité les femmes ; les Juifs, les Roms et les Arméniens ont bien été martyrisés ; les handicapés ont bien été exclus de la société occidentale.

How can we arbitrate between these excesses and find a middle ground? I believe this is possible, by paying attention to the history of this controversy, as recent as it may be: the decolonization of vocabulary and the policing of words must be seen against the backdrop of the physical colonization that preceded this movement. Whites did exploit Blacks; men did exploit women; Jews, the Romani people, and Armenians were persecuted, and the handicapped were excluded from Western society.

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I D E A S

Editorial

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ous ces faits ont commencé à être reconnus par le plus grand nombre à partir des années 1960, au terme de longs combats qui ne furent pas qu’oratoires. La purification du langage a logiquement suivi parce qu’il était bel et bien empreint de siècles de discrimination. Certains adversaires du politiquement correct observent qu’il ne s’agit que de mots et de conventions : mais certains mots font mal. Ceux qui, appartenant à des minorités, ont hérité de la longue tyrannie de la discrimination souffrent réellement quand un terme ou un geste les renvoient à leur condition antérieure. Tel devrait être le critère absolu du bien parler : ne pas nuire, ne pas heurter l’autre qui n’est pas vous. Contrôler son langage et ses gestes, cela aussi fait partie intégrante de la culture occidentale. Ne pas se contrôler au nom de la liberté d’expression, du jeu de la séduction, voire de l’humour – tu parles – est une régression dans la barbarie. Quitte à commettre des excès, et tous nous en commettons, mieux vaut l’excès dans la «  correction » que l’inverse. Mieux vaut un peu de ridicule dans le contrôle du langage que d’infliger à l’autre une souffrance parce qu’il est différent. La prétendue liberté d’expression, dont se réclament les adversaires du politiquement correct, n’est pas un argument recevable   : ce n’est pas de liberté dont il s’agit, mais de notre égale dignité. J’attends vos critiques, avec sérénité. ◼

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ll these facts have been recognized by most people since the 1960s, following long struggles that involved more than words. The purification of language was the logical consequence, because language was in fact stamped by centuries of discrimination. Certain enemies of political correctness note that what is at stake are only words and conventions. But words can hurt. Those who belong to minorities that have inherited a long history of tyranny and discrimination truly suffer when a term or gesture takes them back to their earlier condition. This should be the absolute criterion of appropriate speech: never to harm or offend another person. To control one’s language and gestures has also been an integral part of Western culture. To abandon self-control in the name of freedom of expression, or of the game of seduction, or even of humor, is to regress towards barbarism. Even if this approach allows for excesses – and we are all liable to excess – it is better to go too far by way of “correction” than the opposite. Better tolerate a little ridiculous control of language than to inflict suffering on another person because he or she is different. So-called freedom of expression, proclaimed by the enemies of political correctness, is not a good argument: it is not a question of freedom, but of our equal dignity. I await your criticisms, with serenity. ◼


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INTERVIEW

W I T H   J A N I N E   M O S S U Z- L AVA U

« Les femmes ont besoin de sexe, les hommes ont besoin de sentiments »

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“ WOMEN NEED SEX , MEN NEED SENTIMENT” Propos recueillis par Claire Levenson / Translated from French by Alexander Uff

Depuis sa première enquête sur la sexualité des Français en 2002, la sociologue Janine Mossuz-Lavau a constaté une libération de la parole et des pratiques en France. Elle a sillonné le pays pour recueillir les témoignages de femmes et d’hommes, âgés de 19 à 85 ans, issus de tous les milieux sociaux et de toutes orientations sexuelles. De ces entretiens, la directrice de recherche émérite au CNRS et au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) a tiré un livre « d’histoires de vies » paru l’an dernier, La Vie sexuelle en France (éditions de La Martinière). Since her first study on the sexuality of French people in 2002, sociologist Janine Mossuz-Lavau has observed a development in the freedom of sexual expression and practice in France. She has criss-crossed the country collecting testimonies from women and men between the ages of 19 and 85 from all social backgrounds and spanning all sexual orientations. The emeritus research director at the National Scientific Research Center and the Center for Political Research at the Sciences Po school used these interviews to write La Vie Sexuelle en France, a book of “life stories” published last year by Editions de La Martinière.

FRANCE-AMÉRIQUE  : Aux États-Unis, le mythe de la femme française, les fantasmes autour de l’amour à la française et l’idée que la France serait le pays de la libération sexuelle par opposition à l’« Amérique puritaine » sont courants. Qu’en est-il ?

FRANCE-AMÉRIQUE: The myth of the French woman, fantasies about love à la française, and the idea that France is a sexually liberated country in contrast with “puritanical America” are all commonplace in the United States. Are they founded?

Janine Mossuz-Lavau : D’après ce que je sais des États- Unis, je dirais qu’en France il y a une approche de la vie amoureuse et sexuelle plus libre, plus joyeuse et sans doute comportant plus d’humour. Une approche sans doute héritée de la tradition du marivaudage, de la conversation, du jeu. En revanche certaines pratiques commençant à s’installer peuvent laisser penser qu’on pourrait bientôt intégrer des « précautions » qui n’étaient pas à l’ordre du jour il y a peu. Par exemple, pour un professeur recevant une étudiante, celle de ne pas fermer sa porte. Ou de s’abstenir de certains compliments. Expérience toute récente : à la Poste de mon quartier, un des préposés m’a dit à voix basse que j’avais une tenue vestimentaire magnifique, en précisant « je vous le dis tout doucement car maintenant on ne sait plus trop si on peut dire ça ». Nous avons ri et, personnellement, j’étais ravie qu’il ne se soit pas censuré. Mais je crains que, chez les plus jeunes, la notion de « paroles inappropriées » fasse des ravages.

Janine Mossuz-Lavau: Based on what I know about the United States, I would say the French have a more liberated, more joyful, and probably a more lighthearted approach to love and sex. And this approach is most likely inherited from national traditions of sophisticated banter, conversation, and playful seduction. However, certain practices that are starting to gain ground suggest we may soon integrate “precautions” that were unheard of until now. For example, teachers leaving their doors open when meeting with female students, or a reluctance to give certain compliments. I had a recent experience at my local post office. One of the employees discreetly told me that I was beautifully dressed, and added “I’m saying it very quietly because you never know if you can say that sort of thing anymore.” We both laughed about it, and I was personally delighted that he did not censor himself. But I am worried the recent notion of “inappropriate comments” will have a negative effect on younger people.

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Comment avez-vous obtenu des confidences si intimes ? Je demandais à mes interviewés de se reporter à leur enfance et de me dire comment ils avaient découvert l’existence de la chose. On déroulait ensuite le fil de leur vie. Comme l’enfance est lointaine, il y a en quelque sorte prescription ; ils pouvaient donc raconter tout ce qui se passait alors et qu’ils n’ont jamais dévoilé à leur entourage. Et ils continuaient ensuite sur leur lancée. Je précise que les entretiens étaient anonymes et confidentiels.

How did you collect such intimate information? I asked the people I interviewed to think back to their childhoods and tell me how they discovered sex. We then worked our way through their lives. As childhood is distant, they could talk about everything that happened when they were younger – things they may never have told anyone. They were then able to continue talking openly about more recent experiences. All interviews were also anonymous and confidential.

Comment les choses ont-elles évolué en France en seize ans ? D’une enquête à l’autre, j’ai constaté une plus grande liberté. Tout d’abord dans la parole. Des points sur lesquels je devais, seize ans plus tôt, poser des questions, étaient abordés spontanément, avec les mots exacts (par exemple les pratiques mais aussi les atteintes sexuelles subies dans l’enfance ou l’adolescence). Par ailleurs ce qu’on me racontait laissait supposer une plus grande liberté dans les comportements et une diffusion de pratiques qui étaient moins répandues quelques décennies plus tôt.

How have things developed in France over the last 16 years? I observed a greater freedom in the recent study. First of all in terms of expression; 16 years ago there were points about which I had to ask questions. This time around the same points were discussed spontaneously and interviewees were able to put their experiences into words (practices, for example, but also sexual trauma experienced in childhood and adolescence). And the things people told me suggested a far greater freedom in behaviors and a normalization of practices that were less common a few decades ago.

Quelles sont vos principales conclusions ? Un de mes constats est que « le niveau monte », à savoir que les personnes s’expriment mieux, revendiquent leur exigence de faire ce qu’elles veulent sans demander la permission à personne. Et aussi, très important, un rapprochement des comportements des hommes et des femmes dont la sexualité, le rapport à l’amour n’est plus aussi stéréotypé qu’on a bien voulu le dire et l’écrire pendant longtemps. Les femmes ont besoin de sexe, les hommes ont besoin de sentiments : intéressant, non ?

What are your main conclusions? One of my observations is that “standards are rising,” in that people are better at expressing themselves and are more capable of demanding what they want without asking for permission. Another very important point is the narrowing of the behavioral gap between men and women. Whether in discourse or writing, the latter’s sexuality and relationship with love are not as stereotyped as they used to be. Women need sex and men need sentiment. Interesting, don’t you think?

Quels sont les derniers tabous en matière de sexualité ? Dans mon livre, j’ai titré un chapitre « Le dernier tabou » pour présenter ces couples qui vivent ensemble depuis longtemps mais n’ont plus de relations sexuelles. Il ne s’agit pas de personnes du troisième âge mais d’hommes et femmes qui ont 50 ans ou, pour certains, 30 ans. Or ce sont des situations dont on ne parle pas. Dans un dîner, vous n’entendrez jamais un couple annoncer tranquillement : « Nous, ça fait deux ans qu’on ne baise plus ». Cela est parfois confié, dans l’intimité, sur le mode de la confidence : « Surtout, n’en parle pas, il ne sait pas que je te l’ai dit ». Parfois, d’ailleurs, ils n’en parlent pas entre eux car ce serait prendre en compte l’existence d’un problème que certains espèrent non définitif. ◼

What are the final sexual taboos? One of the chapters in my book is called “The Last Taboo” and presents couples who have lived together for a long time but who have stopped having sex. The subjects are not elderly people, but rather men and women around the age of 50 or even 30 in some cases. However, we do not talk about these situations. At dinner parties you will never hear a couple calmly announce that “It’s been two years since we last had sex.” It is sometimes confessed in intimate relationships, in confidence, and qualified with “But don’t tell him, he doesn’t know I’ve talked to you about it.” Some people will actually not talk about it at all because that would mean recognizing the existence of a problem they hope is temporary. ◼

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“THE QUEEN OF BURGUNDY” An All Inclusive 6 passenger Luxury River Yacht in the Heart of Burgundy

Imaginer c’est choisir

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Snapshot

Im age s of Power from B oth Side s of the Pond

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Portrait présidentiel de Franklin Delano Roosevelt, 32e président des États-Unis (1933-1945), par Frank O. Salisbury. Presidential portrait of Franklin Delano Roosevelt, 32nd president of the United States (1933-1945), by Frank O. Salisbury.

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By Roland Flamini / Translated from English by Samuel Todd

Le portrait officiel est l’une des traditions européennes adoptée, dès ses débuts, par le pouvoir américain. On peut aussi voir une filiation entre la réalisation du portrait du président George Washington par Gilbert Stuart et l’usage anglais consistant à commander une série de portraits du souverain tandis qu’il – ou, dans le cas des Britanniques, elle (la Reine) – avance en âge. Avec l’essor de la photographie, la présidence américaine, réticente à renoncer aux portraits peints du passé, adopta un double système : la Maison Blanche engageait un photographe officiel du président au début du mandat, et désignait un artiste pour réaliser un deuxième portrait quand le président quittait le Bureau Ovale. Plus récemment, les First Ladies ont eu droit au même traitement.

One European tradition embraced by the American leadership from the very start was the official presidential portrait. Gilbert Stuart’s portrait of President George Washington followed the English practice of commissioning a series of portraits of the sovereign as he, or in the British instance, she (the Queen), grows older. With the advent of portrait photography, the American presidency, reluctant to forsake the painted likenesses of the past, adopted a dual system. The White House commissions an official photograph of the president at the beginning of their term, and appoints an artist to paint a second portrait when they leave office. Most recently, the first ladies have had the same treatment.

En Europe – exception faite de la monarchie britannique  –, la photographie est le médium des portraits officiels (voyez, par exemple, les récents clichés du monarque néerlandais et de sa famille). En général, ces images sont totémiques : elles sont accrochées aux murs des bâtiments publics pour rappeler aux citoyens qui est le patron.

In Europe – with the British royals as an exception  – photography is the dominant medium of official portraits (see, for example, the recent photos of the Dutch monarch and family). In general, these images are iconic: they grace the walls of public buildings to remind citizens who’s the boss.

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GEORGE WASHINGTON (1789-1797). Dans ce portrait peint par Gilbert Stuart en 1796 et exposé dans l'aile Est de la Maison Blanche, Washington est entouré d’emblèmes allégoriques. Les grands livres sous la table – Ordres généraux, Révolution américaine et Constitution et lois des États-Unis  – font écho à son rôle de commandant de l'armée américaine et de président de la Convention constitutionnelle de 1787. La chaise et la table, ainsi que les colonnes et le rideau, fictifs, représentent la salle du Congrès. Washington is surrounded by allegorical symbols in this portrait painted by Gilbert Stuart in 1796 and hung in the east wing of the White House. The large books under the table – General Orders, American Revolution, and Constitution and Laws of the United States – are a nod to his role as commander of the American army and president of the Constitutional Convention of 1787. The fictional chair, table, columns, and curtains are a reference to Congress Hall.

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FRANÇOIS MITTERRAND (1981-1995). Quatrième président et premier socialiste de la Ve République, élu en 1981, Mitterrand choisit de se faire photographier par Gisèle Freund, portraitiste des plus grands écrivains de son temps et âgée de 87 ans au moment de la prise de vue. Mitterrand fut cependant peu satisfait du résultat qu’il trouva trop guindé. Elected in 1981, Mitterrand was the fourth president of the fifth republic and France’s first socialist leader. He chose to be photographed by Gisèle Freund, a portraitist for the biggest writers of her time and aged 87 at the time. However, Mitterrand was not satisfied with the final result, judging it was not natural enough. © Gisèle Freund / La documentation française

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UNE PAUSE PRÉSIDENTIELLE

A PRESIDENTIAL POSE

La France a été la pionnière de cette transition de la peinture vers la photographie. Louis Napoléon fut le premier chef d’État à être photographié dans les années 1840. Et Adolphe Thiers (1871-1873) le premier président en exercice (Troisième République) à voir sa photographie officielle distribuée aux 36 000 mairies de France, un rituel toujours en vigueur. Lorsque Thiers choisit de poser avec la main droite sur un exemplaire relié de la Constitution française, il met en place un mode visuel qui a perduré dans la photographie présidentielle. La pose a été adoptée par plusieurs de ses successeurs, comme Charles de Gaulle et Georges Pompidou. Cependant François Mitterrand, lui, est assis dans la bibliothèque du palais de l’Élysée, tenant ouvert un exemplaire des Essais de Montaigne. Le président socialiste fixe l’objectif comme s’il voulait allier le caractère solennel du portrait avec la « simplicité », le « naturel » et le « comportement ordinaire, sans recherche ni artifice », qu’évoque Montaigne dans ses Essais. Pour la première fois, Mitterrand choisit une femme photographe : Gisèle Freund, sociologue, portraitiste et photographe pour la prestigieuse agence Magnum.

France has pioneered this pivot from painting to photography. Louis Napoleon was the first head of state to be photographed in the 1840s. Adolphe Thiers  (1871-1873) was the first president in office (third republic) to have his official photograph distributed to the 36,000 city halls throughout France, and the ritual has gone on ever since. When Thiers chose to be shown with his right hand resting on a bound copy of the French Constitution he established a visual trend that has endured in presidential photography. The pose was adopted by several of his successors, including Charles de Gaulle and Georges Pompidou. But François Mitterrand is seated in the book-lined Élysée Palace library with a copy of Montaigne’s Essays in his hands. The socialist president stares at the camera as to combine the solemnity of the portrait with the “simplicity,” the “natural,” and the “ordinary behavior, without research or artifice,” that Montaigne evokes in his Essays. And for the first time, Mitterrand chose a woman as a photographer: Gisèle Freund, sociologist, portrait artist, and a member of the prestigious Magnum photo agency.

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LES SYMBOLES DU POUVOIR

THE SYMBOLS OF POWER

De Gaulle fut le premier, en 1959, à obtenir son portrait officiel en couleurs. Il pose solennel, le regard lointain, et porte la grand-croix de la Légion d’honneur et le collier de grand maître de l’Ordre de la Libération. L’auteur du cliché, Jean-Marie Marcel, un photographe de mode, avait par le passé réalisé le portrait officiel de De Gaulle en 1944, alors que le général était président du gouvernement provisoire de la France, et de nouveau en 1958 alors qu’il était président du Conseil des ministres.

De Gaulle’s was the first color photo in the sequence of official portraits in 1959. He is shown posing with a solemn look, wearing the Grand Cross of the Legion of Honor and the collar of the grandmaster of the Order of the Liberation. The author of the image was JeanMarie Marcel, a fashion photographer who had earlier taken the official portrait of De Gaulle in 1944 when the general was head of the provisional French government, and again in 1958 when he was president of the council.

Son successeur, Georges Pompidou, fut le seul autre président à être photographié avec ces symboles du pouvoir. Depuis Pompidou, la seule décoration portée par les présidents sur leurs photos officielles est la rosette de grand-croix de la Légion d’honneur.

De Gaulle’s successor, Georges Pompidou was the only other president to be photographed festooned with the symbols of power. Since Pompidou, the only decoration worn by French presidents in their respective official photographs has been a red rosette of the Legion of Honor.

1. CHARLES DE GAULLE (1959-1969). Le photographe de mode Jean-Marie Marcel avait déjà immortalisé De Gaulle en 1944, une cigarette au coin des lèvres. Son deuxième portrait est à l’inverse très académique : De Gaulle pose en uniforme militaire, dans la bibliothèque de l’Élysée. Fashion photographer Jean-Marie Marcel had already shot De Gaulle in 1944 with a cigarette between his lips. His second portrait offers a contrasting academic style, with De Gaulle posing in his military uniform in the library of the Élysée Palace. © Jean-Marie Marcel / La documentation française

2. GEORGES POMPIDOU (1969-1974). Cette photo très académique signée François Pages, reporter à Paris Match qui avait couvert notamment le conflit en Algérie à la fin des années 1950, a été prise dans la désormais traditionnelle bibliothèque de l’Élysée. Pompidou sera le dernier chef d’État à poser ainsi en tenue d’apparat. This highly academic photo by François Pages, a reporter for Paris Match whose work included coverage of the conflict in Algeria in the late 1950s, was taken in what is now the traditional library of the Élysée Palace. Pompidou was the last head of state to be shot in such formal dress. © François Pages / La documentation française

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LE PORTR AIT DE MACRON SOUS INFLUENCE AMÉRICAINE

MACRON’S PORTR AIT INFLUENCED BY AMERICA

Le Monde a récemment attribué cette réduction de l’attirail officiel à l’« influence américaine ». Le quotidien établit un parallèle de style entre le portrait officiel du président Emmanuel Macron et la photo de deuxième mandat de Barack Obama. Les deux présidents posent près de leur bureau (Macron devant le sien, qu’il agrippe des deux mains, de toute sa force), flanqués de deux drapeaux avec, en arrière-plan, une fenêtre ouverte. Dans le cas de Macron, la vue donne sur les jardins du palais de l’Élysée ; l’arrière-plan du président américain est moins discernable. À la droite de Macron, le drapeau tricolore, à sa gauche celui de l’Union européenne. Cas unique dans les annales de la République française, le portrait de Macron dévoile des objets disséminés sur sa table de travail, dont une horloge ancienne en bronze doré indiquant l’heure de la prise de vue : 20h20, deux téléphones portables, un téléphone de bureau et trois livres – Mémoires de guerre de De Gaulle, Le Rouge et le Noir de Stendhal et Les Nourritures terrestres d’André Gide. Mais c’est sans doute dans le choix du photographe que réside la plus grande similarité entre le portrait d’Emmanuel Macron et celui de Barack  Obama, selon Le Monde. « Obama a choisi Pete Souza, l’un de ses photographes officiels depuis 2008. De la même manière, Emmanuel Macron a choisi la seule photographe autorisée à suivre sa campagne, Soazig de la Moissonnière. Ainsi, l’équipe de la communication du président contrôle son image d’aussi près que possible. »

Le Monde recently attributed this whittling down of paraphernalia to “American influence”. The paper drew a stylistic parallel between President Emmanuel Macron’s official portrait and Barack Obama’s secondterm photo. Both presidents are shown posing near their desks (Macron leaning against his, and gripping with white-knuckle strength), flanked by two flags and with the background of an open window. In Macron’s case, the view is of the Élysée Palace gardens; the American president’s background is less identifiable. On Macron’s right is the Tricolor, with the flag of the European Union on his left. Alone among modern French presidents, Macron’s portrait reveals sections of a cluttered desk, including an antique gilt clock showing the time as 8.20 p.m., two cellphones, a desk phone, and three books – De Gaulle’s Mémoires de guerre, Stendhal’s novel Le Rouge et le Noir, and André Gide’s Nourritures Terrestres. But it is perhaps the choice of the photographer that shows the main similarity between the portrait of Emmanuel Macron and that of Barack Obama, Le Monde wrote. “Obama had chosen Pete Souza, one of his official photographers since 2008. In the same way, Emmanuel Macron chose the only photographer entitled to follow his career, Soazig de la Moissonnière. In this way, the president’s communication team controls his image as closely as possible.”

1. BARACK OBAMA (2009-2017). Le photographe officiel de la Maison Blanche, Pete Souza, réalise avec Obama le premier portrait présidentiel numérique. En effet, traditionnellement, les portraits officiels des présidents américains étaient jusqu’ici des peintures à l’huile. The official White House photographer Pete Souza created the first digital presidential portrait with Obama, marking a break from the traditional oil paintings used to portray U.S. presidents until then. © Pete Souza / The White House 2. EMMANUEL MACRON (2017-aujourd’hui). L’actuel president français est photographié de 3/4, à l’américaine, par Soazig de la Moissonnière, la photographe officielle qui l’a accompagné durant toute sa campagne. Aux symboles traditionnels (livres, horloge, ors de l’Élysée) se mêlent deux iPhones illustrant la modernité. The current French president was photographed with a ¾ shot in the American style by Soazig de la Moissonnière, his official photographer who accompanied him throughout his election campaign. Traditional symbols such as books, a clock, and the gilded features of the Élysée Palace are here combined with two iPhones in an illustration of modernity.

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© Soazig de la Moissonnière / Présidence de la République

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DES DR APEAUX ET DES HOMMES

OF MEN AND FL AGS

Le drapeau tricolore a fait sa première apparition dans le portrait présidentiel avec Valéry Giscard d’Estaing. Sur ce cliché, cadré sur la tête et les épaules et pris dans la cour de l’Élysée par le célèbre photographe Jacques Henri Lartigue, les couleurs du drapeau emplissent l’arrière-plan. Depuis, le drapeau tricolore a toujours été du casting, auquel on a adjoint celui de l’Union 1. européenne – parfois au loin, comme pour le portrait de François Hollande immortalisé par Raymond Depardon, et pris dans les jardins de l’Élysée, alors que le président s’éloigne à pied du palais. Depardon avait déjà suivi Giscard lors de sa campagne de 1974 pour les besoins d’un documentaire, Une partie de campagne. Jacques   Chirac, en 1995, a lui aussi choisi d’être photographié en extérieur, faisant appel à Bettina Rheims, reconnue à l’époque pour son travail sur la nudité et le genre. Elle immortalisa le président souriant dans les jardins de l’Élysée.

The Tricolor made its first appearance in the presidential portraits with Valéry Giscard d’Estaing. In his head-and-shoulders portrait taken in the courtyard of the Élysée by the well-known artist and photographer Jacques Henri Lartigue, the flag’s colors fill the background. The Tricolor has been featured ever since, with the addition of the European Union – sometimes in the distance as in François  Hollande’s photograph by the famous photojournalist Raymond Depardon, taken in the Élysée Palace gardens as he walks away from the palace itself. It was also Depardon who had followed Giscard throughout his campaign in 1974 as part of a documentary film, Une partie de campagne. Jacques Chirac, in 1995, also made the choice to be photographed outside, and appealed to Bettina  Rheims, recognized at the time for her work on nudity and gender. The president was photographed smiling in the garden of the Élysée.

1. VALÉRY GISCARD D’ESTAING (1974-1981). Pour sa photo officielle, Valéry Giscard d’Estaing fait appel à un très grand nom de la photographie, Jacques Henri Lartigue. Le président voulait « une photo gaie », une image républicaine rénovée, rajeunie. Cette rupture dans l’esthétique classique sera traduite par une ébauche de sourire du président, une première ! For his official photo, Valéry Giscard d’Estaing called on Jacques  Henri Lartigue, a prestigious name in the world of photography. The president wanted a “happy photo,” conveying the image of a revamped, rejuvenated republic. This break with aesthetic tradition can be seen in the hint of a smile on the president’s face – a first! © Jacques Henri Lartigue / La documentation française

2. FRANÇOIS HOLLANDE (2012-2017). En conformité avec les messages de simplicité mis en avant par le président socialiste revendiquant une présidence « normale », la photographie officielle de François Hollande est réalisée par Raymond Depardon, célèbre pour ses reportages dans les campagnes françaises et sur le monde paysan. In keeping with the image of simplicity promoted by the socialist president who claimed to support a return to a “normal” presidency, the official photograph of François Hollande was taken by Raymond Depardon, famed for his coverage of the French countryside and rural life. © Raymond Depardon / La documentation française / Magnum Photos 3. JACQUES CHIRAC (1995-2007). Cinquième président de la Ve République, Jacques Chirac fit preuve d’audace en se faisant photographier par Bettina Rheims, connue pour ses travaux sur le nu et les transexuels. Comme Giscard d’Estaing et Mitterrand, il porte un costume de ville, ce qui rajoute à la décontraction de l’ensemble. The fifth president of the fifth republic, Jacque Chirac, made a daring choice when he approached photographer Bettina Rheims, renowned for her work with nudes and transsexual subjects. As with Giscard d’Estaing and Mitterrand before him, he wore business attire that added to the relaxed nature of the photograph. © Bettina Rheims / La documentation française

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UN EXERCICE DÉLICAT

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Pour les Américains, le portrait peint du président est l’objet de la plus grande attention. Stuart a représenté Washington sans son épée ni son uniforme militaire, explique Kate Lemay, conservatrice à la National Portrait Gallery de Washington, « créant un précédent, à savoir que le président est un homme du peuple, élu par le peuple et qu’il fait donc partie du peuple ». Cette approche a perduré – à une exception près (avec Zachary Taylor). Même le président Dwight Eisenhower, général quatre étoiles de la Deuxième Guerre mondiale, a posé pour son portrait officiel vêtu d’un costume trois pièces pour souligner son statut civil de président.

For Americans, the painted presidential portrait has remained the main attention-getter. Stuart painted Washington without his sword or his military uniform, says Kate Lemay, curator at Washington’s National Portrait Gallery, “to set the precedent that the president is a man of the people, elected by the people, and so is part of the people.” That approach has endured – with one exception (Zachary Taylor). Even President Dwight Eisenhower, a four-star World War II general, posed for his portrait in a three-piece suit to underline his civilian status as president.

Le portrait floral d’Obama par l’artiste afro-américain Kehinde Wiley a fait sensation car il brise les codes des portraits classiques, dans un genre que l’on s’attend plutôt à voir dans une salle de conseil d’administration ou au-dessus du manteau de cheminée des super-riches. Les présidents sont en général représentés avec la Maison Blanche en arrière-plan. Pas Obama. Le 44e président des États-Unis pose assis sur une chaise en bois qui paraît flotter au centre d’un décor végétal parsemé de fleurs, essentiellement des chrysanthèmes et du jasmin. Ce portrait d’Obama a été dévoilé à la National Portrait Gallery où il a rejoint la collection des portraits présidentiels, dont la plupart sont exposés de façon permanente. L’autre dépositaire étant la Maison Blanche elle-même. Barack Obama a déclaré qu’il était enchanté de son portrait, comme l’était son épouse Michelle du sien dans une volumineuse robe longue, par Amy  Sherald. Mais les présidents n’ont manifestement pas été tous satisfaits de leurs portraits. On raconte que Lyndon Johnson, après avoir jeté un œil à son portrait par le peintre Peter Hurd, l’aurait qualifié de « chose la plus moche » qu’il ait jamais vue. 26 FRANCE-AMÉRIQUE FEBRUARY 2019

Obama’s floral portrait by the African American artist Kehinde Wiley caused a stir because it broke the pattern of classic portrayals, the kind of likeness you expect to see in a boardroom or over the mantlepiece of the super wealthy. Presidents are usually painted with a White House background, but not Obama. The 44th president, by contrast, is seen sitting on a wooden chair that seems to be floating among dense foliage and flowers, mainly chrysanthemums and pikake. The Obama portrait was unveiled at the National Portrait Gallery where it was added to the collection of presidential portraits, many of which are permanently on view. The other repository is the White House itself. Barack Obama professed himself delighted with his painting, as did his wife Michelle with Amy Sherald’s portrayal of her in a voluminous gown. But not every president has been happy with the finished work. Lyndon Johnson is said to have taken one look at artist Peter Hurd’s portrait of him and called it “the ugliest thing I ever saw.”


Ce portrait officiel de Barack Obama dépoussière le genre. Il a été réalisé par Kehinde Wiley, peintre noir et homosexuel qui s’est fait connaître par ses tableaux pop représentant des personnages afro-américains dans des poses héroïques. Il a rejoint les galeries du musée Smithsonian à Washington. This official portrait of Barack Obama signaled a revamp of the genre. It was taken by Kehinde Wiley, a black, gay painter who made a name for himself with pop-art paintings of Afro-American figures in heroic poses. The piece is now exhibited at the National Portrait Gallery in Washington. National Portrait Gallery, Smithsonian Institution. © 2018 Kehinde Wiley

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SYMBOLES CACHÉS ET INTERPRÉTATIONS

HIDDEN SYMBOLS AND INTERPRETATIONS

La tradition veut que les artistes dissimulent symboles et messages dans les portraits, le sujet en étant informé ou pas. L’artiste Nelson Shanks prétend que la grande ombre sur la gauche de la cheminée du Bureau Ovale dans son portrait de Bill Clinton représente la robe portée par Monica Lewinsky lors du scandale à caractère sexuel qui a agité le second mandat de Clinton. Le peintre a prétendu que c’était « une robe bleue posée sur un mannequin » tandis qu’il faisait le portrait – mais pas lorsque le modèle posait.

There’s a long tradition of artists hiding symbols and messages in their portraits, sometimes with the knowledge of the subject, sometimes not. Artist Nelson Shanks claimed that the long shadow on the left-hand side of the Oval Office mantle in his portrait of Bill Clinton represents the dress worn by Monica Lewinsky in the sex scandal that roiled Clinton’s second term. Shanks has been quoted as saying it was “a blue dress I had on a mannequin” while he was painting the portrait – but not when the subject was sitting.

Jacqueline Kennedy fut responsable du portrait «  sans visage  » du Président Kennedy. L’explication d’Aaron Shikler sur la raison pour laquelle sa peinture posthume en pied de JFK – qui représente le président le regard fixé vers le sol, de telle sorte que son visage est à peine discernable  – est à chercher dans la commande de la veuve du président : « Je ne veux pas qu’il ressemble à ce que tous veulent à quoi il ressemble, avec ses valises sous les yeux et son regard perçant. J’en ai assez de ce look. »

Jacqueline Kennedy was responsible for the “faceless” portrait of President Kennedy. Aaron Shickler’s explanation to why his posthumous full-length painting of JFK shows the president looking down so that his face is barely visible was that the president’s widow told him, “I don’t want him to look the way everybody else makes him look, with the bags under his eyes and that penetrating gaze. I’m tired of that look.”

Mais la National Portrait Gallery abrite un autre portrait de Kennedy, réalisé par Elaine de Kooning, dont les larges aplats de couleur donnent l’impression qu’il a été réalisé à la hâte, sans avoir été terminé. Un portrait inachevé pour une vie interrompue.  ◼

But the National Portrait Gallery has another Kennedy portrait by Elaine de Kooning, done with swaths of color that give it a sense of having been done in haste, and not completed. An unfinished portrait for a life interrupted. ◼

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À l’hiver 1962, l’artiste Elaine de Kooning reconnue pour ses peintures expressionnistes s’est rendue à Palm Beach pour faire le portrait du président Kennedy, quelques mois avant son assassinat. Ici, pas de symboles de pouvoir mais le portrait vif et coloré d’un jeune président dont le regard semble tourné vers l’avenir. Comme si Dallas n’était qu’un mauvais rêve. Renowned for her Expressionist paintings, artist Elaine de Kooning travelled to Palm Beach in winter 1962 to take the portrait of President Kennedy several months before he was assassinated. The result featured none of the traditional symbols of power, instead presenting a lively, colorful image of a young president who seemed to be looking towards the future. Looking at it today, Dallas seems to be little more than a bad dream. National Portrait Gallery, Smithsonian Institution. © 1963 Elaine de Kooning Trust

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INTERVIEW WITH PIERRE-ANDRÉ CHIAPPORI

LE RÊVE AMÉRICAIN EST-IL

“Has The American Dream Been Dashed?” Propos recueillis par France-Amérique / Translated from French by Alexander Uff

Le 14 janvier, Pierre-André Chiappori, professeur d’économie à l’Université Columbia à New York, de nationalité francomonégasque, a rejoint sous la coupole, à l’Académie des Sciences morales et politiques, son collègue Jean Tirole, Prix Nobel d’économie. Tous les deux ont été façonnés par la recherche américaine, à Chicago pour Chiappori, au MIT de Cambridge, près de Boston, pour Tirole ; ils représentent la science économique moderne, moins « littéraire » que par le passé et déterminée par l’objectivité des statistiques. Chiappori, impliqué depuis vingt ans dans des recherches sur la famille comme unité économique, en tire des conclusions pessimistes sur la société américaine et peu rassurantes pour la France. Pierre-André Chiappori is a Franco-Monegascan professor of economics at Columbia University in New York. He has also been a member of the French Académie des Sciences Morales et Politiques since January 14 along along with Jean Tirole, who was awarded the Nobel Memorial Prize in Economic Sciences. Both men have been influenced by American research – in Chicago for Chiappori and at MIT in Cambridge, near Boston, for Tirole. Together they offer a vision of modern economic science that relies more on the objectivity of statistics than the “literary” interpretations of the past. Chiappori has spent 20 years studying the family as an economic unit, and has come to some quite pessimistic conclusions about American society, while offering little reassurance with regard to France.

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France-Amérique : « Le rêve américain est brisé », qu’entendez-vous par là ?

Guy Sorman: What do you mean when you say the American Dream has been dashed?

Pierre-André Chiappori : Ce rêve supposait que chacun pouvait progresser dans la société grâce à son travail et que les enfants vivraient mieux que leurs parents. Or, c’est devenu faux pour deux tiers des Américains. L’innovation qui s’accélère et le commerce international ont bouleversé les économies développées, si bien que les entreprises cherchent avant tout des personnes très qualifiées, ayant achevé leurs études supérieures. Ces personnes sont relativement rares, en dessous de la demande  : 30% des Américains et 35% des Américaines sont diplômés. Cellesci vont donc gagner de plus en plus, grâce à leur diplôme. Pour toutes les autres, quels que soient leurs efforts, les salaires resteront stagnants. Plus contrariant encore, votre destin dépend des circonstances familiales. On constate que poursuivent des études supérieures, avant tout, ceux qui sont nés dans des familles où les deux parents ont été éduqués. Dans ces familles-là, les pères consacrent de plus en plus de temps à l’éveil de leurs enfants, ce qui leur confère un avantage certain lorsqu’ils arrivent à l’école.

Pierre-André Chiappori: This dream assumed that anyone could move up in society if they worked hard, and that children would have better lives than their parents. Yet this is not the case of two thirds of Americans. Accelerating innovation and international business have upturned developed economies to the extent that companies are now almost exclusively looking for highly qualified workers with a university education. These profiles are relatively rare and cannot keep up with demand. Just 30% of American men and 35% of American women have a university qualification. Thanks to their education, they therefore earn a higher salary. As for the others, they are paid the same regardless of the effort they put in. An even more upsetting reality is that a person’s fate also depends on family circumstances. We have observed that most people who continue their education after high school have parents who both went to university. The fathers in these families also spend an increasing amount of time on their children’s development, offering an undeniable advantage when starting school.

C’est ce que vous appelez la spirale de l’inégalité ? Oui, les pauvres restent pauvres d’une génération à l’autre, tandis que les privilégiés sont de plus en plus éduqués et de mieux en mieux rémunérés. À souligner que la véritable inégalité de nos jours est celle des revenus, plus que celle du patrimoine  : le « capital humain » est devenu plus important que le capital financier. Mon collègue Thomas Piketty, auteur du bestseller sur le capitalisme, Le Capital au  XXIe siècle, est obnubilé à tort par les super-riches, soit 0,1% de la population, tandis que la spirale inégalitaire concerne tout le monde.

Is this what you refer to as the spiral of inequality? Yes. Poor people remain poor from one generation to the next, while those in positions of privilege are increasingly educated and better paid. We should remember that the real inequality today is found more in salaries than assets. “Human capital” has become more important than financial capital. My colleague Thomas Piketty, the author of the bestselling book on capitalism, Capital in the 21st Century, is wrongly held up as a model by the ultra wealthy –  0.1% of the world’s population – but the spiral of inequality actually affects everyone.

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Cette spirale serait-elle une des causes de ce que l’on appelle le populisme ? Certes oui, même si les victimes qui se rebellent n’analysent pas leur situation de manière scientifique. Ils sentent bien que leur situation se dégrade, qu’ils sont marginalisés dans l’économie moderne. Ils recherchent des solutions politiques, illusoires car nous sommes confrontés à des tendances lourdes et de long terme.

Suggérez-vous des politiques réalistes qui freineraient la spirale ? On sait que tout se joue dans les premières années de la vie d’un enfant. S’il est scolarisé très tôt, quoique né dans une famille défavorisée, il accroît considérablement ses chances d’accéder à l’enseignement supérieur et d’échapper à la fatalité. Si l’on veut contenir les inégalités, les seuls investissements efficaces devraient profiter à l’enseignement primaire. On le vérifie aux États-Unis, où des institutions généralement privées et des fondations procurent un enseignement primaire de qualité pour des enfants de milieux modestes et les sortent de la spirale inégalitaire.

La France est-elle aussi prise dans la spirale inégalitaire ? On dispose de moins de données sur la société française, qui est moins étudiée que les États-Unis par les économistes. Les écarts sociaux sont cependant moins spectaculaires en France, grâce à la redistribution des revenus et à la généralisation des écoles maternelles. Au total, les pauvres en France sont moins pauvres qu’aux États-Unis. Autre différence notoire : à revenus comparables, les pauvres aux États-Unis travaillent, tandis que les pauvres en France sont souvent chômeurs. Est-ce préférable  ? Pas certain. Mais, dans les deux pays, les mêmes forces sont à l’œuvre, avec une prime croissante aux diplômés : en France, la spirale de l’inégalité est atténuée ou masquée par les aides publiques, ce qui ne résout pas la question de fond. ◼

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Is this spiral one cause of the phenomenon we call populism? Most probably, yes, even though the victims who are now rebelling are not analyzing their situations scientifically. They feel their circumstances are worsening and that they are being marginalized in today’s economy. But they are looking for illusory political solutions to significant, long-term trends. Are you suggesting that more realistic policies would slow the downward spiral? We know the first years of a child’s life are the most important in their development. If children from underprivileged families attend school from a very young age, they have a much greater chance of accessing a university education and escaping the fatality of their circumstances. If we want to contain inequality, the only effective investments are those that focus on elementary and preschool education. This has been observed in the United States, where generally private institutions and foundations offer high-quality elementary education for children from poorer backgrounds, which brings them out of the spiral of inequality. Is France also caught in this spiral of inequality? There is less data for France, as economists have carried out fewer studies on French society. However, the social divides are narrower thanks to greater salary distribution and the availability of preschools. Overall, poor people are better off in France than in the United States. Another significant difference is that, while their salaries are similar, poor people in the U.S.A. generally work while those in France are often unemployed. Whether this is a preferable situation remains to be seen. But the same forces are at work in both countries, with greater advantages afforded to qualified workers. And in France, the spiral of inequality is diminished – or hidden – by state benefits, which does not deal with the underlying issues. ◼


At The École, we instill in our students the lifetime benefits of a bilingual education, empowering them to create and connect to a world filled with possibilities.

Located in New York’s vibrant Flatiron District, our intimate and independent French-American school cultivates an internationally-minded community of students. From maternelle to middle school, we artfully blend the best of the French and American educational systems, gifting our students with deep academic bi-literacy, whole-child skills and knowledge, and an optimistic, multi-cultural perspective.

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Fully accredited for all grades, from Maternelle through Middle School, by the French Ministry of Education and the AEFE

Main Campus

2nd Grade-8th Grade 111 East 22nd Street New York, NY 10010


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Les écharpes Tailleur sont tissées sur un métier Jacquard comme celui-ci à Biella, en Italie. The Suit scarves are knitted on Jacquard looms like this one in Biella, Italy. © Chargeurs SA

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Les motifs géométriques de ces carrés Signature en serge de laine sont inspirés du mouvement Art Déco des années 1920. The geometric patterns of these Signature twill squares were inspired by the Art Deco movement of the 1920s. © Chargeurs SA

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LE FRANÇAIS QUI SAUVA TIFFANY DE LA FAILLITE

The Frenchman Who Saved Tiffany from Bankruptcy

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By C. T. / Translated from French by Alexander Uff

Les pièces les plus populaires de la maison américaine Tiffany & Co. sont l’œuvre du bijoutier alsacien Jean Schlumberger, aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands créateurs du XXe siècle. Une exposition au Musée des Beaux-Arts de St.  Petersburg en Floride et un ouvrage publié par Yale University Press rendent hommage à son talent. The most popular pieces from American brand Tiffany & Co. are actually the work of an Alsace-born jeweler named Jean Schlumberger, who is now considered one of the greatest designers of the 20th  century. An exhibit at the Museum of Fine Arts in St. Petersburg, Florida, and a work published by Yale University Press are both paying homage to his talent.

En 1956, Tiffany est au bord de la faillite. Les bijoux Art Déco, populaires avant-guerre, ne se vendent plus. Pour revitaliser la maison, on recrute un dessinateur autodidacte, ancien collaborateur d’Elsa Schiaparelli et vétéran des Forces Françaises Libres : Jean Schlumberger. Il a carte blanche. « Dessinez ce que vous trouvez beau  », lui ordonne le patron. « Et ne vous souciez pas des ventes. C’est notre travail. »

Tiffany & Co. was on the brink of bankruptcy in 1956, and the Art Deco jewelry so popular before the war had lost its client base. In an effort to reboot its business the brand recruited Jean Schlumberger, a self-taught designer who had previously worked with Elsa Schiaparelli and fought in the Free French Forces. The Frenchman was given carte blanche. “Design what you think is beautiful,” said the boss. “And don’t worry about selling it. That’s our job.”

Schlumberger est séduit. Il est né dans une riche famille d’industriels de Mulhouse, mais les affaires ne l’intéressent pas. Il est brièvement employé dans une filature du New Jersey, puis comme banquier à Berlin pendant les années 1930. Mais c’est à Paris, au côté des Surréalistes, qu’il cultive sa passion pour les bijoux. Il façonne des broches à partir d’objets chinés aux puces : fleurs de porcelaine, chaînes métalliques, figurines en étain. Ses créations loufoques attirent l’œil de la couturière Elsa Schiaparelli qui lui commande un ensemble de boutons et de bijoux pour sa collection Cirque en 1938.

Schlumberger was won over. Despite being born into a family of wealthy industrialists in Mulhouse, he never developed a taste for business. He worked briefly at a New Jersey textile mill, then as a banker in Berlin during the 1930s, but it was upon meeting the Surrealists in Paris that he finally found his calling in the form of jewelry. He created pins using objects found at flea markets such as porcelain flowers, metal chains, and tin figurines. These eccentric creations then caught the eye of designer Elsa  Schiaparelli, who commissioned a line of buttons and jewelry for her Circus collection in 1938.

UNE PREMIÈRE BOUTIQUE À NEW YORK

A FIRST STORE IN NEW YORK

La Deuxième Guerre mondiale interrompt la carrière de Schlumberger. Soldat dans l’armée française, il est évacué à Dunkerque au printemps 1940, travaille un temps comme créateur de mode à New York avant de rejoindre De Gaulle à Londres. Après la guerre, il s’associe à son ami d’enfance Nicolas Bongard, neveu du couturier Paul Poiret, pour ouvrir une bijouterie à Paris et un atelier sur la 63e Rue Est à Manhattan.

World War II put Schlumberger’s career on hold. He enrolled as a soldier in the French army and was evacuated from Dunkirk in spring of 1940. After a brief stint as a fashion designer in New York, he joined De Gaulle in London. Following the war, he began working with his childhood friend Nicolas Bongard, the nephew of designer Paul Poiret, and opened a jewelry store in Paris and a design studio on East 63rd Street in Manhattan.

La rédactrice en chef de Vogue Diana Vreeland et les mondaines Babe Paley et Betsy Whitney comptent parmi ses premières clientes. La botaniste et collectionneuse d’art Rachel Lambert Mellon, qu’il rencontre en 1954, lui commandera plus de cent quarante pièces1. Pour elle, Schlumberger réalisera les bracelets Butterfly, chacun constitué de dix papillons d’or et de diamants articulés, un ensemble d’étuis à cigarettes en or et lapis-lazuli, ainsi qu’un collier d’or et de platine, surnommé Breath of Spring par sa propriétaire, dont les fleurs de diamants représentent les stades de floraison du jasmin.

The Vogue editor in chief Diana Vreeland and the high society figures Babe Paley and Betsy Whitney were among the first clients. And botanist and art collector Rachel Lambert Mellon, whom he met in 1954, commissioned more than 140 pieces1. These included the Butterfly bracelets, each composed of 10 gold butterflies and articulated diamonds, a set of cigarette cases in gold and lapis lazuli, and a gold and platinum necklace Mellon nicknamed Breath of Spring whose diamond flowers depicted the different stages of jasmine in bloom.

Serti par Jean Schlumberger, le célèbre « Diamant Tiffany » apparaîtra au cou d'Audrey Hepburn dans le cadre de la promotion du film Diamants sur canapé. Set by Jean Schlumberger, the renowned “Tiffany Diamond” was featured around Audrey Hepburn’s neck for the promotion of the movie Breakfast at Tiffany’s. © Tiffany & Co.

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À sa mort en 2014, Rachel Mellon lèguera l’ensemble de ses bijoux au Musée des Beaux-Arts de Richmond en Virginie où ils sont encore visibles aujourd’hui. Rachel Mellon passed away in 2014 and left her entire jewelry collection to the Virginia Museum of Fine Arts in Richmond, where they are still exhibited today. FEBRUARY 2019

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LE PROTÉGÉ DE JACKIE KENNEDY

JACKIE KENNEDY’S PROTÉGÉ

Le 17 février 1956, Schlumberger et Bongard sont nommés vice-présidents de la maison Tiffany & Co  : le premier dessine les bijoux, le second se charge de les faire réaliser. Avec Paloma Picasso, Elsa Peretti et Frank Gehry, Schlumberger sera l’un des seuls créateurs autorisés à signer les bijoux qu’il conçoit pour Tiffany. Son salon privé domine la boutique de la Cinquième Avenue. Il y reçoit les actrices Greta Garbo, Audrey Hepburn et Elizabeth Taylor, et Rachel Mellon lui présente son amie Jacqueline Kennedy.

On February 17, 1956, Schlumberger and Bongard were appointed vice-presidents of Tiffany & Co. The former designed jewelry while the latter took care of having them made. Along with Paloma Picasso, Elsa Peretti, and Frank Gehry, Schlumberger was one of the only designers authorized to leave his mark on the pieces he designed for Tiffany. His private showroom overlooked the store on Fifth Avenue, and he received actresses Greta Garbo, Audrey Hepburn, and Elizabeth Taylor, and Rachel Mellon even introduced him to her friend Jacqueline Kennedy.

La First Lady deviendra son mécène. Elle arbore une des premières créations de Schlumberger pour Tiffany –   une broche en forme de fraise   –  lors du déjeuner d’investiture de son mari en janvier 1961. À l’occasion d’une visite officielle au Canada quelque mois plus tard, 1. elle porte le bijou d’or, de diamants et de rubis sur un manteau de laine rouge : l’image apparaîtra en couverture du magazine Life. Jacqueline Kennedy popularisera  aussi le bracelet Croisillon dessiné en 1962. Pour donner au bijou son aspect chatoyant, Schlumberger ravive une technique mise au point au XIXe siècle qui consiste à appliquer une feuille d’or entre deux couches d’émail. Cette étape, dite du « paillonnage  », est confiée à un atelier des Pyrénées-Orientales. En émail vert, rouge ou jaune, sertis de diamants ou d’émeraudes, les « bracelets de Jackie » sont toujours vendus dans les boutiques Tiffany. Ils sont notamment portés par Sarah Jessica Parker et Anne Hathaway.

The first lady went on to become his patron, wearing his first creations for Tiffany –  a strawberry-shaped    pin  – at a lunch for her husband’s inauguration in January 1961. She wore the piece of jewelry in gold, diamonds, and rubies over a red woolen coat on an official visit to Canada a few months later. A photo was even featured on the cover of Life magazine. Jacqueline Kennedy also popularized the Croisillon bracelet designed in 1962. Schlumberger gave the piece its shimmering appearance by reviving a 19th- century technique of applying gold leaf covered with two layers of enamel. This process, known as paillonnage, was carried out by a workshop in the Pyrénées-Orientales département in France. Today, “Jackie’s bracelets” in green, red, or yellow enamel and set with diamonds or emeralds are still sold at Tiffany, and worn by stars such as Sarah Jessica Parker and Anne Hathaway.

UNE BROCHE EN FORME DE MÉDUSE

A JELLYFISH PIN

Chaque hiver, Schlumberger se réfugie en Guadeloupe où il possède une maison. Il s’inspire de la végétation tropicale et de la vie sous-marine pour créer de nouveaux bijoux. Pour Rachel Mellon, il réalise une broche en forme de méduse, un poudrier en forme de palourde royale et un bracelet d’émeraude serti de coquillages d’or et de diamants.

Schlumberger spent every winter in Guadeloupe where he owned a house. While there he drew inspiration from the tropical vegetation and the underwater world to design a range of new pieces. For Rachel Mellon he created a pin shaped like a jellyfish, a powder compact in the style of a giant clam, and an emerald bracelet set with gold shells and diamonds.

1. Bracelets Croisillons, 1962. Croisillons bracelets, 1962. © Carlton Davis 2.   Jacqueline Kennedy porte une des premières créations de Schlumberger pour Tiffany lors d’une visite officielle à Ottawa en 1961. Jacqueline Kennedy wore one of Schlumberger’s first creations for Tiffany while on an official visit to Ottawa in 1961.

© Leonard McCombe/The LIFE Picture Collection/Getty Images

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Jewelr y

Broche Sea Star, 1960. Sea Star pin, 1960. © Virginia Museum of Fine Arts. Photo: Travis Fullerton

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En clin d’œil à sa passion pour l’horticulture –  elle a notamment conçu la roseraie de la Maison Blanche et a participé à la restauration du potager de Louis XIV à Versailles  –, il dessine un tournesol d’or qu’il plante dans un pot en terre cuite. Au centre de la fleur, il enchâsse un saphir de 94 carats. Ses clientes le surnomment « Johnny  » et ses créations font l’objet d’une exposition à New York dès 1961, mais Schlumberger fuit les accolades. « Je ne suis qu’un crayon », disait-il. Il trouve les diamants impersonnels et clinquants : « autant épingler un chèque à votre revers   !   » Tiffany lui confiera tout de même son célèbre diamant jaune, un joyau de 128,54  carats acheté en 1878. Pièce centrale d’un collier dessiné par Schlumberger, il apparaît au cou d’Audrey Hepburn lors de la promotion du film Diamants sur canapé.

« LE SECRET LE PLUS RARE DE TIFFANY » En 1995, huit ans après le décès de Schlumberger, le diamant jaune était exposé au Musée des Arts Décoratifs de Paris à l’occasion de la première rétrospective française consacrée au bijoutier. En clin d’œil à sa célèbre broche Bird on a Rock, la pierre précieuse de plus de vingt-cinq grammes sert de perchoir à un oiseau de rubis, d’or et de diamants. Comme la majorité des créations de Schlumberger pour Tiffany, la broche est encore produite et vendue aujourd’hui. Lors du Gala du Met en mai dernier, le rappeur A$AP Ferg portait un modèle en aigue-marine au revers de sa veste. Le chiffre d’affaires de la maison Tiffany passera de sept millions de dollars en 1955 à cent millions en 1980. L’expertise et la créativité de Jean Schlumberger seront pour beaucoup dans ce succès : le bijoutier alsacien est encore considéré comme le créateur le plus influent du XXe  siècle. Selon le catalogue annuel de la maison, le célèbre Blue  Book, « le secret le plus rare de Tiffany est un génie nommé Schlumberger ». ◼

In reference to her passion for horticulture – Mellon designed the White House Rose Garden and helped restore Louis XIV’s vegetable garden in Versailles  – Schlumberger created a gold sunflower with a 94-carat sapphire at its center, planted in a terracotta pot. His clients nicknamed him “Johnny” and his creations were showcased at an exhibition in New York in 1961, but Schlumberger brushed off the recognition. “I’m only a pencil,” he would say. The designer saw diamonds as impersonal and flashy, declaring that “You might as well pin a check to your lapel!” Despite his misgivings, Tiffany asked him to work with its renowned yellow diamond – a 128.54-carat gemstone purchased in 1878. Schlumberger made it the centerpiece of a necklace sported by Audrey Hepburn for the promotion of the film Breakfast at Tiffany’s.

TIFFANY’S RAREST TREASURE In 1995, eight years after Schlumberger’s death, the yellow diamond was exhibited at the Musée des Arts Décoratifs in Paris as part of the first retrospective exhibition for the jeweler. In a nod to his renowned Bird on a Rock pin, the precious stone weighing in at more than 25 grams was used as a perch for a bird crafted in rubies, gold, and diamonds. As with the majority of Schlumberger’s creations for Tiffany, the pin is still produced and sold in stores today. At the Met Gala last May, the rapper A$AP Ferg was spotted with an aquamarine version on the lapel of his jacket. Tiffany’s annual sales grew from 7 million dollars in 1955 to 100 million in 1980. And Schlumberger’s expertise and creativity had a lot to do with this success. The Alsace-born designer is still considered the most influential designer of the 20th century. According to the company’s yearly catalogue, the renowned Blue  Book, “Tiffany’s rarest treasure is a genius called Schlumberger.” ◼

Jean Schlumberger: The Rachel Lambert Mellon Collection from the Virginia Museum of Fine Arts by Kristie Couser, Yale University Press, 2019. 120 pages, 30 dollars. Jewels of the Imagination: Radiant Masterworks by Jean Schlumberger from the Mellon Collection at the St. Petersburg Museum of Fine Arts through March 31.

Flower Pot, 1960. Flower Pot, 1960. © Virginia Museum of Fine Arts. Photo: Katherine Wetzel

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Bon Appétit

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VELOUTÉ DE COURGE DOUBEURRE Butternut Bisque By Michele Scicolone / Translated from English by Samuel Todd Les teintes ensoleillées et la douce saveur sucrée de cette soupe ne peuvent que séduire. On la dégustera en entrée avant un poulet rôti, ou servie dans une grande tasse en accompagnement d’un sandwich au jambon. The sunny color and mild, sweet flavor of this soup make it very appealing. Serve it as a first course before a roast chicken, or pour it into mugs to enjoy with a ham sandwich.

POUR 6-8 PERSONNES

YIELD: 6-8 SERVINGS

INGRÉDIENTS

INGREDIENTS

PRÉPARATION

PREPARATION

1 grosse courge doubeurre (environ un kilo de chair), épluchée, épépinée et coupée en dés de 2 centimètres 1 oignon de taille moyenne, émincé 1 grosse pomme sucrée, Fuji ou Golden, pelée, dont on aura préalablement ôté le trognon, et débitée en tranches fines Réserver quelques tranches pour la garniture 1,5 litre de bouillon de poule ou de légumes, ou d’eau 10 cl de crème fraîche épaisse, et un peu plus pour la garniture Du sel Une pincée de noix de muscade fraîchement râpée pour la garniture

1. Dans une grande mijoteuse, mettre les dés de courge, les tranches de pomme, l’oignon émincé et le bouillon. Ajouter une cuillère à café de sel. 2. Couvrir et laisser cuire à feu doux pendant 6 heures, jusqu’à ce que les légumes soient très tendres. Laisser un peu refroidir. Verser dans un mixeur et mixer pour obtenir une purée homogène. Ajouter la crème et la noix de muscade râpée et mixer à nouveau. Réchauffer si nécessaire. Goûter et rectifier l’assaisonnement. 3. Verser la soupe dans des bols, ajouter sur le dessus une cuillère à café de crème fraîche, une petite pincée de noix de muscade et des lamelles de pomme. Servir chaud.

NOTE

Si vous n’avez pas de mijoteuse, vous pouvez cuisiner cette recette sur le gaz ou au four en utilisant une cocotte en fonte de type Le Creuset. Il faudra alors veiller à augmenter la quantité de liquide et à réduire le temps de cuisson par trois ou quatre. ■

1 large butternut squash (about 2 pounds), peeled, seeded, and cut into 1-inch pieces 1 medium onion, chopped 1 large sweet apple, such as Fuji or Golden Delicious, peeled, cored, and chopped Plus a few slices for garnish 6 cups chicken broth, vegetable broth, or water 1/2 cup heavy cream, plus more for garnish Salt Pinch of freshly grated nutmeg for garnish

1. In a large slow cooker, combine the squash, onion, apple, and broth. Add 1 teaspoon salt. 2. Cover and cook on low for 6 hours, or until the vegetables are very soft. Let cool slightly. Transfer the soup to a blender and puree until smooth. Add the cream and nutmeg and blend again. Reheat if necessary. Taste for seasoning and add more salt if needed. 3. Spoon the soup into serving bowls, drizzle each serving with a teaspoon of heavy cream, garnish with the nutmeg and apple slices, and serve hot.

NOTE

If you don’t own a slow cooker, it is possible to cook the recipe on the stove top or in the oven using a Le Creusettype cast-iron pot instead. Just make sure to increase the amount of liquid in dishes and to reduce the cooking time by 3 or 4. ■

© From The French Slow Cooker by Michele Scicolone. Copyright © 2012 by Michele Scicolone. Photograph copyright © 2012 by Alan Richardson. Used by permission of Houghton Mifflin Harcourt. All rights reserved.

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Bon Appétit

VIN WINE

Né et élevé à Lyon, et certifié par la Society of Wine Educators de la Vallée de Napa (Californie), Nicolas Blanc est un passionné de cuisine et de vin. Directeur de la restauration du Sofitel de New York, il est l’œnologue de l’hôtel. Born and raised in Lyon, France and certified by the Society of Wine Educators in Napa Valley, Nicolas Blanc has a passion for food and wine. Director of food and beverage at the Sofitel New York, he is the hotel’s wine specialist. By Nicolas Blanc / Translated from French by Alexander Uff

FRANCE

CHÂTEAU D’ARLAY – JURA ROUGE – 2011

Pour accompagner ce velouté riche en saveurs sucrées, épicées et légèrement acidulées, il fallait un vin d’exception. Le domaine familial du château d’Arlay, qui possède l’un des plus beaux terroirs du Jura, avec des calcaires, des marnes et beaucoup de soleil, produit un cépage de pinot noir depuis le XVe siècle, avec une vinification manuelle et un élevage dans des foudres de chêne. En le laissant s’oxygéner pendant quelques heures avant de le déguster, vous découvrirez un vin extraordinaire. La touche sucrée de la griotte, les saveurs de poivre et ses surprenantes notes minérales se marieront parfaitement au velouté de doubeurre. Only an exceptional wine would serve as an accompaniment to this creamy soup filled with sweet and slightly acidic flavors. The family-run Château d’Arlay winery has one of the finest vineyards in the Jura region, with chalky soils, marl rocks, and lots of sunlight. These conditions have enabled it to produce a Pinot Noir grape since the 15th century, which is manually made into wine and aged in oak casks. By leaving the wine to aerate for several hours before drinking, you will enjoy its full, extraordinary potential. The subtle sweetness of Morello cherry, the pepper flavors, and the surprising mineral notes are a perfect match for this butternut soup. ■

UNITED STATES

ADELSHEIM CHARDONNAY – OREGON – 2016

Partons maintenant pour l’ouest américain, dans un autre vignoble historique situé dans la vallée de la Willamette, au nord de l’Oregon. Grand acteur de l’industrie du vin en Oregon, David Adelsheim a étendu son domaine viticole dans toute la vallée. J’ai sélectionné ce Chardonnay pour sa belle acidité et sa rondeur en bouche. La richesse de ce vin est digne de celle d’un vin de Bourgogne, tout comme sa longueur et son élégance. Il offre un fini boisé où l’équilibre des saveurs de pommes, de citron vert et de fleurs blanches avec des notes minérales donnent tout son caractère à ce vin racé. We are now travelling to the American west to visit another historic winery, this time in the Willamette Valley in northern Oregon. David Adelsheim is a leading player in the local wine industry, and has extended his vineyard along the entire valley. I have selected this Chardonnay for its generous acidity and full body on the palate. The richness of this wine is comparable to a prestigious Burgundy vintage, as are its lingering flavours and elegance. It offers a woody finish in which the harmony of apple, lime, and white flower notes combined with a certain minerality form the character of this premium wine. ■

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EXH I BITI O N

Exhibition

By Tracy Kendrick

Monet in His Garden at Giverny, 1921. Image courtesy of the Fine Arts Museums of San Francisco

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Monet THE LATE YEARS

By Tracy Kendrick

Monet has been called “the great anti-depressant,” and it would be hard to dispute the uplifting quality of those luminous scenes so exquisitely rendered that they have withstood the perils of overexposure. One might assume that the author of such peaceful works would himself be serene, yet he was anything but, perhaps because capturing the transient effects of light and atmosphere on canvas is a deceptively arduous task. Consider the Impressionist tradition of painting en plein air. Standing in front of an easel in a sun-dappled meadow is one thing, but painting outdoors can also mean contending with unexpected storms and gusts of wind. The very term “Impressionism” implies spontaneity, as if the movement’s practitioners simply dashed off their paintings. 1

In fact, Monet reworked his canvases for weeks, months, or years, sometimes (blasphemously) relying on photographs. Even the initial version of a painting was no casual affair. Believing that the light changed every seven minutes, he would work on multiple canvases simultaneously, hurriedly switching from one to the next. He had few qualms about slashing, burning, or otherwise destroying pieces he considered inferior. “We have these connotations of Monet as someone who was very calm and who worked quickly and easily and efficiently,” observes Ross King, author of 2016’s Mad Enchantment: Claude Monet and the Painting of the Water Lilies, in an interview1. “That just shows how great an artist he was, that he was able to disguise his torment.”

Interview posted on heleo.com.

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Exhibition

While these challenges could easily exhaust even a young artist, Monet renewed his quest to still the fleeting moment and entered a period of intense creativity in his later years. “As radical and innovative as he was in his 20s and 30s, he was even more radical and innovative in his 70s and 80s,” says King. “I think there are almost no artists you can say that about.” It was during this time that Monet took on his most ambitious project of all (and the subject of King’s book): the vast Nymphéas that make Paris’s Musée de l’Orangerie a pilgrimage site for art lovers. The Surrealist André Masson even called it the Sistine Chapel of Impressionism. This remarkable winter bloom is the subject of Monet: The Late Years, which brings together some 60 paintings, including 20 from Paris’s Musée Marmottan Monet, home to the world’s largest collection of the artist’s work. A number of the pieces have never before been exhibited in the United States. Beyond emphasizing Monet’s stature as a great Impressionist, the show invites viewers to consider his importance as a pioneer of abstraction. Monet once asserted, “Aside from painting and gardening, I’m good for nothing!” During this final stage of his long career, he melded his two passions by depicting the living masterpiece he was cultivating in Giverny. As in his earlier years, he returned to the same subjects over and over under different conditions; Rouen Cathedral and London’s House of Parliament gave way to his garden’s Japanese bridge, rose-bowered footpath, and, of course,

lily pond, which he painted some 250 times (20 examples appear in the show). Like his subject matter, his style evolved. Having constructed a huge studio, he was able to branch out into large-scale painting. This, in addition to his failing vision, led him to depend less on direct observation of nature and more on his mind’s eye, lending his work a more subjective quality. As exhibition curator George T. M. Shackelford puts it, he was “mining his past, yet creating works that looked like nothing he had ever done before.” His compositions seemed to extend beyond the frame. His brushwork became broader and more expressive, the images moving closer and closer to abstraction. Once again, though, Monet could only see where his efforts fell short of his conception. His magnum opus, Les  Nymphéas, was a gift to the French nation, a symbol of peace in the wake of World War I. Each year, thousands of visitors from all over the world sit in meditative silence before these monumental masterpieces. Yet the paintings weren’t installed installed at the Orangerie until after Monet’s death in 1926, as he could never complete them to his own satisfaction. ◼ MONET: THE LATE YEARS: Feb. 16 through May 27 at the de Young Museum in San Francisco, CA, deyoung.famsf.org, and June 16 through Sept. 15 at the Kimbell Art Museum in Fort Worth, TX, kimbellart.org.

Claude Monet, Wisteria, 1916–1919. Image courtesy of the Fine Arts Museums of San Francisco

The Artist’s House Seen from the Rose Garden, 1922-1924. Image courtesy of the Fine Arts Museums of San Francisco

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Exhibition

Claude Monet, Japanese Bridge, 1918–1924.

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Cinema

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Le livre D’IMAGE THE IMAGE BOOK By Ariane Fert / Translated from French by Alexander Uff

Récompensé d’une Palme d’Or spéciale au Festival de Cannes en 2018, le dernier film expérimental de Jean-Luc Godard est aussi cryptique que fascinant. Jean-Luc Godard’s experimental movie picked up a special Palme d’Or at the last Cannes Film Festival and is as cryptic as it is fascinating.

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Dans un deuxième temps, l’objet se mue en conte géopolitique. Godard nous entraîne au Moyen-Orient, où le cinéaste a tourné les seules scènes récentes de son film, interrogeant le spectateur sur le sens de conflits régnant et du chaos mondial. Maelström visuel et sonore, Le livre d’image est à la fois un manifeste poétique, un traité de morale et une leçon de cinéma. ◼

The movie then transforms into a geopolitical story. Godard takes us to the Middle East where he filmed the only contemporary scenes in his work, leading audiences to consider the meaning of current conflicts and the global chaos in which we live. In a visual and auditory maelstrom, The Image Book offers a poetic manifesto, a moral treatise, and a lesson in cinema. ◼

eci n’est pas un documentaire. À 87 ans, l’icône de le Nouvelle Vague revient avec un essai déroutant sur le cinéma. Le réalisateur s’intéresse à la façon dont on fabrique les images, et à l’effet qu’elles produisent sur le spectateur. On le sait, Godard est rarement didactique. Le réalisateur soumet ici le spectateur à un bombardement d’archives diverses  : de photos, de citations, de fragments musicaux, d’extraits de films connus ou inconnus. On y croise pêle-mêle Buster Keaton, le western hollywoodien, Jean Cocteau et Gauguin. On goûte cependant à la beauté du film sans déchiffrer ou relier entre elles ces innombrables références. Godard utilise ces matériaux bruts pour confronter le spectateur à la matière cinématographique, en faisant varier le format de l’image et le volume sonore.

Sortie américaine : 31 janvier Durée : 1h24 Réalisateur : Jean-Luc Godard Avec : Jean-Paul Battagia, Fabrice Aragno, Nicole Brenez

his is not a documentary. At the age of 87, the Nouvelle Vague icon is back with a puzzling take on cinema. The director focuses on the way in which we create images and the effects they have on viewers. As we know, Godard is not renowned for being accessible to a general audience. Here he subjects audiences to a bombardment of diverse archive material from photos and quotes to snippets of music and excerpts from popular and lesser-known movies. In no particular order, we are treated to Buster Keaton, Hollywood westerns, Jean Cocteau, and Gauguin. However, there is a beauty to the film without having to link or decrypt the countless references. Godard uses these raw resources to bring viewers face to face with cinematic matter by varying the image format and the sound volume.

U.S. release: January 31 Running time: 1h24 Director: Jean-Luc Godard With: Jean-Paul Battagia, Fabrice Aragno, Nicole Brenez

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Cinema

JEAN-LUC GODARD L’anticonformiste / The Anti-Conformist

La sortie en 1960 d’À bout de souffle, son premier long-métrage avec l’actrice Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo dans les rôles principaux, fait de Jean-Luc Godard le réalisateur emblématique de la Nouvelle Vague. Sous l’apparence d’un film de gangsters à l’américaine, cet objet au montage syncopé, déconstruisant les conventions classiques du récit fit l’effet d’une bombe dans le cinéma français assoupi de l’époque. Dès lors, Godard va chercher à réinventer la forme narrative du cinéma, à travers de nombreux films comme Le Mépris (1963) avec Brigitte Bardot et Pierrot le fou (1965) avec Belmondo. Ses films suivants – Une femme est une femme, Made in USA, Alphaville – contiennent tous des références au cinéma américain. À cela s’ajoute une conscience politique radicale de Godard que l’on retrouve dans ses films comme Le Petit Soldat, La Chinoise ou Masculin-Féminin. Au cours de sa longue carrière, l’ancien critique de cinéma interrogea les rapports du cinéma à l’histoire, à l’art et à la mémoire, ses films devenant, au fil du temps, des laboratoires formels. Il achève en 1999 son grand projet, Histoire(s) du cinéma, immense collage poétique et philosophique en forme de méditation sur l’art. Sélectionné au Festival de Cannes à trois reprises pour Sauve qui peut la vie (1980), Passion (1982) et Détective  (1985), il revient à l’expérimentation dans les années 1990. En 2014, son film en 3D Adieu au langage est auréolé du Prix du Jury à Cannes, et l’affiche de l’édition 2018 du festival rend hommage à Pierrot le fou, cinquante ans après que le réalisateur a joué un rôle majeur dans l’annulation de l’édition 1968 de ce même festival, par solidarité avec les manifestations organisées à l’époque en France. À noter qu’en dépit du mépris affiché de Godard envers Hollywood, le réalisateur s’est aussi vu attribuer un Oscar d’honneur pour l’ensemble de sa carrière par l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences et que Adieu au langage a été élu Meilleur film de l’année 2014 par la National Society of Film Critics américaine. Reconnaissance du milieu ou pas, un film de Godard est toujours un événement. ■

The 1960 release of Breathless, the French director’s first featurelength movie which starred   Jean Seberg and Jean-Paul Belmondo, made Jean-Luc Godard the icon of the Nouvelle Vague. While offering a first impression of an American-style gangster movie, this jarringly filmed work deconstructed storytelling conventions and sent shockwaves through the sluggish world of French cinema at the time. Following this film, Godard sought to reinvent the narrative form of cinema through various movies such as Contempt (1963) starring Brigitte Bardot and Pierrot le Fou (1965) with Belmondo. His next works – A Woman is a Woman, Made in U.S.A., and Alphaville – all feature references to American cinema. These themes were joined by Godard’s radical political consciousness that can be observed in movies such as The Little Soldier, La Chinoise, and Masculin-Féminin. Throughout his long career, the former film critic questioned the relationship between cinema and history, art, and memory. Over time, his works became nothing short of cinematic laboratories. In 1999 he finished his major project, Histoire(s) du Cinéma, an immense poetic and philosophical collage offering a meditation on art. After featuring three times at the Cannes Film Festival with Every Man for Himself (1980), Passion (1982), and Detective (1985), he returned to experimental cinema during the 1990s. His 3D movie Goodbye to Language won the Jury Prize at Cannes in 2014 and the festival’s 2018 edition paid homage to Pierrot le Fou 50 years after the director contributed to canceling the very same festival in 1968 to show solidarity with the protests organized in France at the time. And despite Godard’s open contempt for Hollywood, he was awarded an honorary Oscar for his life’s work by the Academy of Motion Picture Arts and Sciences, and Goodbye to Language was voted 2014 Film of the Year by the American National Society of Film Critics. Regardless of the recognition afforded, or not, by the world of cinema, a movie by Godard is always an event. ■

Jean-Luc Godard, 1959 © Alamy Stock Photo 60 FRANCE-AMÉRIQUE FEBRUARY 2019


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Cinema


PLAIRE, et AIMER COURIR VITE Sorr y Angel By Ariane Fert / Translated from French by Alexander Uff

u début des années 1990, Arthur, vingt ans, est étudiant à Rennes, en Bretagne. Sa vie bascule le jour où il rencontre Jacques, un écrivain qui vit à Paris avec son fils. Le temps d’un été, Arthur et Jacques vont se plaire et s’aimer. Jacques, atteint du sida, sait qu’il faut vivre cet amour au plus vite. Au cours de conversations téléphoniques ou épistolaires intenses, il va faire l’éducation sentimentale et intellectuelle du jeune garçon. En donnant corps à l’écran à ses souvenirs, Christophe Honoré (Les Chansons d’Amour, La Belle Personne, Dans Paris) livre une romance incarnée par un trio d’acteurs remarquables : Vincent Lacoste (Hippocrate, Les Beaux Gosses), Pierre Deladonchamps (L’inconnu du Lac) et Denis Podalydès (La Chambre des Officiers, La Conquête). ◼ Sortie américaine : 15 février Durée : 2h12 Réalisateur : Christophe Honoré Avec : Vincent Lacoste, Pierre Deladonchamps, Denis Podalydès

rthur, 20 is a student in the city of Rennes in Brittany during the early 1990s. His life changes when he meets Jacques, a writer who lives in Paris with his son. Over a summer, Arthur and Jacques develop a mutual attraction and fall in love. Jacques, who suffers from AIDS, is aware he has to live his love to the full, and fast. Through their intense telephone conversations and letters, he offers the young man a sentimental and intellectual education. Bringing his own memories to life on the screen, director Christophe Honoré (Love Songs, The Beautiful Person, In Paris) offers a romance portrayed by a remarkable trio of actors: Vincent Lacoste (Hippocrates, The French Kissers), Pierre Deladonchamps (Stranger by the Lake), and Denis Podalydès (The Officiers’ Ward, The Conquest). ◼ U.S. release: February 15 Running time: 2h12 Director: Christophe Honoré With: Vincent Lacoste, Pierre Deladonchamps, Denis Podalydès

© Jean-Louis Fernandez FEBRUARY 2019

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Books

LO U I S E BO U R L comme Labyrinthe, B comme Beauté By Clément Thiery / Translated from French by Alexander Uff

L’artiste franco-américaine Louise Bourgeois a créé plus de 3 000 œuvres d’art : dessins, lithographies, bijoux, sculptures de bois, de tissu, de plâtre et de caoutchouc, sans oublier ses araignées démesurées. Un beau livre sous forme de glossaire publié par Rizzoli commémore la carrière de celle que l’on a surnommé « la lionne de l’art contemporain ». French-American artist Louise Bourgeois is the woman behind more than 3,000 works of art including sketches, prints, jewelry, sculptures in wood, fabric, plaster, and rubber, as well as her monumental spiders. A coffee-table book designed in the style of a glossary has been published by Rizzoli to commemorate the career of the woman known as the “lioness of contemporary art.”

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G EO I S L    for Labyrinth, B for Beauty La sculpture Crouching Spider (2003) de Louise Bourgeois, exposée au Château La Coste dans les Bouches-du-Rhône en France. Louise Bourgeois’ sculpture Crouching Spider (2003) is on display at the Château La Coste in the French Bouches-du-Rhône département. © The Easton Foundation/Artists Rights Society, New York, 2019

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Books

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e ses débuts aux côtés des Surréalistes parisiens dans les années 1930 à son triomphe international dans les années 1990, la carrière de Louise Bourgeois s’étend sur plus de soixantequinze ans. En 1938, elle s’installe à New York pour suivre son mari américain et y passera le reste de sa vie. Naturalisée en 1955, elle conservera toujours son accent gouailleur parisien ! Elle enseigne l’art au Brooklyn College et au Pratt Institute avant de devenir artiste elle-même : elle commence avec des toiles puis se tourne vers la sculpture, influencée par Giacometti et Le Corbusier. La reconnaissance est tardive. Louise Bourgeois a soixante-et-onze ans lorsque les musées du monde commencent à lui consacrer des rétrospectives. Elle reçoit la Médaille nationale des arts des mains de Bill Clinton en 1997 et la Légion d’honneur de celles de Nicolas Sarkozy en 2008. Elle décédera deux ans plus tard à l’âge de 98 ans et repose aujourd’hui au cimetière de Cutchogue à Long Island.

A COMME ARAIGNÉE Cette sculpture est emblématique

de Louise Bourgeois. Il en existe plusieurs versions, exposées en France et aux États-Unis. À Bentonville dans l’Arkansas, une créature de neuf mètres de haut enjambe la cour du Crystal Bridges Museum of American Art : les visiteurs se prennent en photo sous ses huit pattes de bronze avant d’entrer dans le musée. L’animal porte le nom de Maman, un hommage à la mère de l’artiste, décédée de la grippe espagnole lorsqu’elle avait vingt-et-un ans. L’araignée est aussi l’animal qui tisse sa toile. Un autre hommage à sa mère, restauratrice de tapisseries anciennes à Choisy-le-Roi, au sud de Paris. C’est dans l’atelier familial que Louise se découvre une sensibilité artistique : elle dessine les motifs qui aident au tissage.

From her first steps with the Parisian Surrealists in the 1930s to her international triumph during the 1990s, Louise Bourgeois’ career spanned more than 75 years. She moved to New York to be with her American husband in 1938, and spent the rest of her life in the city. And despite becoming a naturalized U.S. citizen in 1955, she never lost her cheeky Parisian accent. After working as an art teacher at Brooklyn College and the Pratt Institute, she became an artist herself and began painting before creating sculptures influenced by Giacometti and Le Corbusier. However, recognition was a long time coming. Louise Bourgeois was 71 when the world’s museums began organizing retrospectives of her work. She then received the National Medal of Arts from Bill Clinton in 1997, and the Légion d’Honneur from Nicolas Sarkozy in 2008. The artist passed away two years later at the age of 98 and is buried in Cutchogue Cemetery in Long Island.

A FOR ARACHNID The spider sculpture is one of Louise Bourgeois’ most iconic pieces of work, and there are several versions exhibited in France and the United States. In Bentonville, Arkansas, a creature 30 feet high towers over the courtyard at the Crystal Bridges Museum of American Art. Visitors have their photos taken under the eight bronze legs before going into the museum. The animal is named Maman (“Mom”), in reference to the artist’s mother who died of the Spanish flu when she was 21. The web-weaving spider is another nod to her mother and her work as an ancient tapestry restorer in Choisy-le-Roi, south of Paris. Louise   Bourgeois first discovered her artistic side in her family’s workshop by drawing the patterns her mother used for weaving.

Louise Bourgeois, New York City, June 1997. © Dominique Nabokov FEBRUARY 2019

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Books

C COMME CHELSEA Les dimanches après-midi, Louise

C FOR CHELSEA On Sunday afternoons, Louise

D COMME DESTRUCTION DU PÈRE En 1974, Louise

F FOR (THE DESTRUCTION OF THE) FATHER In 1974, Louise Bourgeois used her art to sacrifice her father, a violent, humiliating, unpredictable figure. The resulting installation was titled The Destruction of the Father. In a morose interior space bathed in red light, viewers can make out a table on which dismembered body parts have been arranged. The tyrant is dead; his wife and children have killed and eaten him. The artist’s hatred for her father influenced her entire career. “It was my specialty,” she said. “I made fun of fathers. I tried to ridiculize them. La Rochefoucauld said ‘Le ridicule tue.’ And this is what I was trying to do. Eliminate them.” Her sculpture Fillette (1968) portrays a phallus hung from the ceiling by a butcher’s hook. She even posed with the plaster and latex member under her arm for the photographer Robert Mapplethorpe!

Bourgeois tient salon dans la maison qu’elle habite au numéro 347 de la 20e Rue Ouest, dans le quartier de Chelsea à New York. Elle écoute les étudiants, artistes, journalistes et conservateurs venus lui présenter leurs travaux. « L’expérience pouvait être rude », se souvient la photographe française Dominique Nabokov, voisine et amie de l’artiste. « Il ne fallait pas attendre de la Reine Louise des compliments ou des encouragements de circonstance : ses questions laconiques étaient redoutées ! Il régnait dans ces réunions dominicales une atmosphère d’adoration presque religieuse. »

Bourgeois orchestre le sacrifice de son père—un personnage violent, humiliant et volage. L’installation s’appelle The Destruction of the Father. Dans un intérieur lugubre baigné de lumière rouge, on devine une table sur laquelle repose un corps démembré : le tyran est mort, sa femme et ses enfants l’ont assassiné et l’ont dévoré. La haine que l’artiste éprouve pour son père influencera l’ensemble de sa carrière. « C’est devenu ma spécialité », explique-t-elle. « Je me moquais des pères. J’ai essayé de les ridiculiser. La Rochefoucauld disait que le ridicule tue. C’est ce que j’essayais de faire. Les éliminer. » Sa sculpture Fillette (1968) évoque un sexe masculin suspendu au plafond, fiché sur un croc de boucher. Pour le photographe Robert Mapplethorpe, elle posera avec la verge de plâtre et de latex sous le bras !

F COMME FEMME La femme est au centre de son

œuvre : elle est coiffée d’un toit dans les dessins Femme maison, nue et élancée dans les sculptures de marbre Femme Couteau et enceinte dans The Reticent Child. Mais Louise Bourgeois refuse le rôle de madone féministe qu’on lui fait endosser.

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Bourgeois hosted various guests at her home at 347 West 20th Street in the Chelsea neighborhood of New York. She received students, artists, journalists, and curators who would come to present their work to her. “The experience could be quite brutal,” says French photographer Dominique Nabokov, who lived next door. “Woe betide anyone who expected compliments or polite encouragement. Her pithy questions were quite fearsome! There was an atmosphere of almost religious adoration that infused these Sunday meetings.”

W FOR WOMAN Women are central to the artist’s work, featured topped with a roof in the Femme Maison drawings, naked and willowy in the Femme Couteau sculptures, and pregnant in The Reticent Child. But Louise Bourgeois refused the role as a feminist leader others tried to associate with her.


Elle milite aux côtés de Lee Krasner et d’Hedda Sterne dans les années 1940 pour que davantage d’artistes contemporains, et notamment des femmes, soient exposés dans les musées américains. Mais elle rejette le féminisme des années 1960.

She campaigned alongside Lee Krasner and Hedda Sterne in the 1940s, demanding that more contemporary artists – and women in particular – be exhibited in American museums. However, she rejected the feminism of the 1960s.

chapitre dans la vie et le travail de Louise Bourgeois. Celui de sa mère en 1932, de son père en 1951, de son mari en 1973, de son fils Michel en 1990. Pour lui, elle achète et rénove une maison centenaire à Staten Island. Mais la demeure restera inoccupée et deviendra une œuvre en elle-même : Maison vide. « C’est une belle maison, mais elle est sans âme », expliquait l’artiste. « De l’extérieur, la maison est belle : elle essaye de paraître droite et forte, mais l’intérieur est désert, il n’y a plus rien, la maison a été abandonnée par la vie ellemême. Elle représente le deuil, le deuil d’une mère, d’un père ou seulement d’un bon ami. »

D FOR DEATH Each death marked a new chapter in Louise Bourgeois’ life and work, including the passing of her mother in 1932, her father in 1951, her husband in 1973, and her son Michel in 1990. She purchased and renovated a hundred-year-old house on Staten Island for her son, but the residence remained unoccupied until it became a work of art in itself, named Maison Vide. “It is a beautiful house, but there is no soul in it,” said the artist. “Outside the house is beautiful: it tries to look upright and strong, but inside it is deserted, there is nothing left, as the house has been abandoned by life itself. So, it represents mourning, whether mourning for the mother, the father, or just a good friend.”

N COMME NEW YORK En septembre 1938, Louise

N FOR NEW YORK In September 1938, Louise

Bourgeois épouse l’historien de l’art américain Robert Goldwater et s’installe avec lui à New York. Elle y restera jusqu’à son décès en 2010. Elle suit des cours à l’Art Students League de Manhattan, son mari lui présente l’intelligentsia américaine et les intellectuels européens en exil. En 1945, Louise Bourgeois présente douze toiles à la Bertha Schaefer Gallery sur la 41e Rue Est, sa première exposition personnelle.

Bourgeois married American art historian Robert Goldwater and moved to be with him in New York, where she stayed until her death in 2010. She took classes at the Art Students League in Manhattan, and her husband introduced her to members of the American intelligentsia and exiled European intellectuals. In 1945, Louise Bourgeois then presented 12 paintings at the Bertha Schaefer Gallery on East 41st Street for her first personal exhibition.

P COMME « PERSONAGES » Sur le toit de l’appartement

P FOR “PERSONAGES” Louise Bourgeois began sculpting with wood on the roof of the apartment she shared with her husband and three children on the Lower East Side. Her work mimics the landscape, the buildings, water towers, and antennas surrounding her. Portrait of Jean-Louis  (1947- 1949) portrays her son as a white, window-strewn skyscraper.

M COMME MORT Chaque décès ouvre un nouveau

qu’elle occupe avec son mari et ses trois enfants dans le Lower East Side, Louise Bourgeois commence à sculpter le bois. Son travail reflète le paysage, les immeubles, les châteaux d’eau et les antennes. Portrait of Jean-Louis (1947-1949) représente son fils sous les traits d’un gratteciel blanc percé de fenêtres.

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Books

Portrait of C.Y. (1947-1949) évoque une pile de livres et Figure (1954) une aiguille démesurée. Ces totems sont surnommés « Personages  » : ils représentent les proches de l’artiste restés en France et l’aident à surmonter le mal du pays. En 1951, le MoMA acquiert une de ces sculptures de balsa, Sleeping Figure, pour sa collection permanente.

R COMME RÉTROSPECTIVE La première rétrospective

américaine consacrée à Louise Bourgeois a lieu au MoMA en 1982 : c’est la première dédiée à une femme sculpteur. Pendant le week-end, l’artiste de 71 ans se faufile dans les galeries, écoute les commentaires des visiteurs et déplace ses œuvres. « Je suis l’artiste », rétorque-t-elle aux vigiles qui tentent de l’en empêcher. Le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris lui consacrera à son tour une rétrospective en 1995.

S COMME STUDIO Après la mort de son mari en 1973, Louise Bourgeois remodèle leur maison de Chelsea et consacre les quatre niveaux à ses créations. La bâtisse de briques est restée telle quelle après le décès de sa propriétaire. Dans le sous-sol transformé en atelier, on trouve une machine à coudre et deux presses à imprimer. « Robes et manteaux pendent dans l’armoire », témoigne le New York Times, qui a visité l’endroit en 2016. « Magazines et carnets emplissent la bibliothèque, montrant l’étendue des intérêts de Louise Bourgeois, dont The Joy of Cooking, le poème épique hindou Bhagavad-Gita, et le recueil de nouvelles Nine  Stories de J.D. Salinger. » Des travaux sont en cours pour transformer cette maison en musée. ◼

Portrait of C.Y. (1947-1949) depicts a pile of books, and Figure (1954) features an enormous needle. This series of totems was nicknamed “Personages,” and represented many of the artist’s loved ones in France while helping her deal with homesickness. In 1951, the MoMA acquired one of these balsa wood sculptures, Sleeping Figure, for its permanent collection.

R FOR RETROSPECTIVE The first American retrospective focused on Louise Bourgeois was hosted at the MoMA in 1982. It was the first time a female sculptor had been the subject of such an exhibit. On weekends, the 71-year-old artist wandered through the rooms, listened to visitors’ conversations, and moved her works around. “I’m the artist,” she would say to the security staff if they tried to stop her. The Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris also held a retrospective for her in 1995. S FOR STUDIO Following her husband’s death in 1973, Louise Bourgeois remodeled their house in Chelsea and reserved the four floors for her creations. The brick building has remained in its original condition since the artist passed away. The basement – transformed into a studio – still contains a sewing machine and two printing presses. “Dresses and coats hang in the closet,” wrote The New York Times after a visit in 2016. “Magazines and diaries fill the bookshelves, which display the breadth of Bourgeois’ interests, including The Joy of Cooking, The Bhagavad Gita, and J.D. Salinger’s Nine Stories.” Work is underway to transform the house into a museum. ◼

Louise Bourgeois edited by Frances Morris, Rizzoli Electa, 2019. 320 pages, 45 dollars.

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Le salon de Louise Bourgeois, dans le quartier de Chelsea à New York, en 1997. Louise Bourgeois’ living room, in the Chelsea neighborhood of New York, in 1997. © Dominique Nabokov

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The Obser ver

E M IC! B E WA R E A N E P ID By Anthony Bulger Manners maketh man” (or “Politeness maketh people,” to use the PC phrase) is a maxim that may sound quaint in today’s post-modern environment. But it has gained hugely in resonance in these uncivil times. The phrase “lack of civility” crops up with disturbing frequency in the media, not only in the U.S., where a recent poll shows that 80 per cent of Americans are worried about discourtesy, but also here in France, where – surprise, surprise – we have not one but two words to describe the problem: incivilité, a lack of politeness, and incivisme, the absence of civic spirit. Talking with fellow Parisians, I find that most of their grievances concern situations where they are obligated to interact with fellow citizens in civil (rather than civic) society. Take the mass transit sys-

tem. Nose-to-armpit travel brings out the worst in us, forcing the transportation authorities to tackle the problem head-on. The RATP, which operates the Paris Metro, regularly runs slightly surreal advertisements to foster civic behavior. The visuals, in which boorish travelers with animal-like heads are seen spitting, manspreading, turnstile jumping, or listening to loud music, are accompanied by the tagline Restons civils sur toute la ligne (“Let’s stay civil all the way”). According to several polls, the campaign has made commuters stop and think. Whether it will eventually make them mend their ways is another matter. (In New York, the MTA’s “Dude, Stop the Spread Please” posters, though blunter than the RATP’s, have been no more effective in curbing loutishness). Another hackle-raising issue is uncivil use of

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cellphones and media players in public spaces. Who hasn’t been stuck in a train, subway car or restaurant line and forced to listen to a neighbor’s social calendar, shopping list or – worse still – medical complaints? And however live-and-let-live you might be, have you never wanted to wallop someone playing music with the volume control set to “stun”? Here, too, campaigns have been mounted to encourage greater awareness of the annoyances. Despite the prevalence of texting and efficient audio headsets, however, many of our fellow citizens ignore the basic rule that shouting will not improve phone reception, just as humming aloud doesn’t make music more melodic. In France, a recurrent complaint is the uninvited use of le tutoiement, the familiar form of address, when talking to a stranger. If you want to

insult someone, don’t use the vous form of address in public: Switch to tu and really get their goat. (Once upon a time, the standard retort was the quaint On n’a pas gardé les cochons ensemble, “We’ve never looked after pigs together.” The current rejoinder is unprintable in a respectable publication like this.) President Macron recently won plaudits when he scolded a teenager for addressing him as tu and abbreviating his first name from Emmanuel to the familiar “Manu.” Clearly, to tu or not to tu is still a vexed question.

I

n all this soul-searching about civility, one immense source of solace is the behavior of foreign visitors, whose habits can be bemoaned at will. Just as Asterix and his companions bickered and battled with each other but stood firm against foreign invaders1, so the French will close ranks


and bitch about outsiders, especially Americans. Tourists are guilty of never saying “bonjour,” being too noisy (Qu’est-ce qu’ils parlent fort! yelled a friend as we stood in line behind a raucous bunch of students from Milwaukee, though he was just as loud as they were), and – the ultimate crime in France – being picky about restaurant menus: “Can I get an egg-white omelet, no yolk, and hold the butter? But with a steamed kale salad? Served on the side on a really cold plate? Oh, and do you speak English?” In the U.S., such finicky people are called “peas” (for “picky-eating adults”). In France, they’re called…well, I leave it to your imagination.

S

ure, any list drawn up by New Yorkers or Chicagoans to describe French visitors is bound to be as long and as rancorous, but let’s stick to one set of insults and misunderstandings, shall we? The question that matters here is whether one nation or group of citizens is intrinsically ruder than another. And which code of values should we abide by? The French have form on

this issue, for it was they who originally codified the basic tenets of civilized behavior in western societies, including America. In the late 16th century, the students at a Jesuit college in the Loire Valley wrote a treatise listing a set of principles for social interaction. The work, Bienséance de la Conversation entre les Hommes, was intended to inculcate refined behavior into young men (women obviously didn’t count). Forty years later it was translated into English as Youth’s Behavior, or Decency in Conversation Among Men. That tome, which grudgingly acknowledged its source (“composed in French by grave persons for the use and benefit of their youth”), comprised 110 maxims covering manners and courtesies, as well as broader principles of character that“gentlemen” should adhere to. At some point, the book found its way into the hands of a young George Washington, who copied the contents into his Rules & Principles of Decent Behavior in Company and Conversation, which became his vademecum for life. The first of those maxims provides the template for gracious civil-

ity: “Every Action done in Company ought to be with Some Sign of Respect to those that are Present.”

I

n his writings, Washington was echoing not only the original authors of the French treatise but writers and moralists like Jean de La Bruyère, who firmly believed that being polite would make people happy, both with themselves and with others. Politeness, they argued, costs little but buys everything (La politesse coûte peu mais achète tout). So, in many ways, the codes and mores that guide public behavior on both sides of the Atlantic have common roots Despite the recent evolution of public life, the desire to get along with others is as strong as ever, if not stronger. Civility is about how we should treat others, irrespective of how we feel about them. The ways in which that principle is put across have certainly changed, of course. The “how-to-behave” manuals which, for centuries have provided guidance on well-mannered conduct, used to have sober titles like Etiquette in Society or Manuel de l’homme et

de la femme comme il faut. Today, we’re more likely to find Would It Kill You to Stop Doing That? or Petit manuel de politesse Poils aux fesses! But while the tone might be jarring (one can hear Emily Post turning in her grave), the sentiments and the basic feelings are the same. A recent and much quoted book2 by French socialist Cécile Ernst has brought the issues into sharp focus. Ernst says that people don’t feel “nostalgia for social codes themselves, but for the rules marking respect for others and the desire to live together.” The rest is a question of incentives, which can take many forms.

F

or instance, I recently came across a bar in Brittany with a sign saying: Un café = 7 euros; Un café s’il vous plait, 1 euro. The “please” made all the difference. And all of the customers were very civil indeed.

1 The Observer, France Amérique, January 2019.

Bonjour Madame, Merci Monsieur, JC Lattès, 2011.

2

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The Wordsmith

LA symphonie ANIMALE QUA ND C ’ E S T FLOU , C ’ E S T QU ’ IL Y A UN LOUP Par Dominique Mataillet

O

n a célébré en 2018 le trois cent cinquantième anniversaire des Fables de La Fontaine. C’est peu dire que depuis 1668, année de la publication du premier recueil du fabuliste, ces histoires d’animaux qui ressemblent furieusement à des humains font partie intégrante du patrimoine culturel français. « On a souvent besoin d’un plus petit que soi » (Le Lion et le Rat), « Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras » (Le Petit Poisson et le Pêcheur), « Rien ne sert de courir ; il faut partir à point » (Le Lièvre et la Tortue), « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute » (Le Corbeau et le Renard), « La raison du plus fort est toujours la meilleure » (Le Loup et l’Agneau) : ces vers de La Fontaine et bien d’autres sont passés dans notre culture comme autant de paroles d’Évangile. Si ces fables ont connu un tel succès, c’est que, jusqu’au milieu du XXe siècle, la France, comme toutes les nations du monde au demeurant, était un pays essentiellement rural. Les animaux domestiques aussi bien que sauvages y jouaient un rôle important dans la vie quotidienne. Cette importance se retrouve dans le langage courant, à travers une quantité innombrable de proverbes, dictons, sentences, expressions de tout type. « Froid de canard », « tête de cochon », « miroir aux alouettes », « chant du cygne », « œil de lynx », « cheval de bataille », « bonnet d’âne », « brebis galeuse », « vieille bique », « fine mouche », « peau de vache », « ours mal léché », « drôle de zèbre », « oiseau rare », « face de rat », « chaud lapin », « langue de vipère », « dindon de la farce », « effet bœuf », « monnaie de singe », « tête de mule », « roupie de sansonnet », « taille de guêpe », « chair de poule », « appétit de moineau », « grenouille de bénitier »... Toutes les catégories animales se prêtent au jeu des locutions. Il en va de même pour les expressions et proverbes, dont on ne donnera ici qu’un modeste échantillon : « avaler une couleuvre », « être muet comme une carpe », « avoir un chat dans la gorge », « tirer les vers du nez », « chercher des poux », « se tailler la part 74 FRANCE-AMÉRIQUE FEBRUARY 2019

du lion », « être serrés comme des harengs », « bâiller comme une huître », « crier comme un putois », « donner sa langue au chat », « avoir des fourmis dans les jambes », « marcher en crabe », « noyer le poisson », « mettre la puce à l’oreille », « manger de la vache enragée », « qui veut noyer son chien l’accuse de rage », « une hirondelle ne fait pas le printemps », « qui vole un œuf vole un bœuf », « il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs »...

P

arce qu’ils sont les plus proches compagnons de l’homme, le chien, le chat et, surtout, le cheval1 sont les plus représentés dans ce bestiaire. Toutes les espèces ne sont pas logées à la même enseigne. Si les félins symbolisent en général la grâce, l’agilité, la subtilité, les canidés se voient attribuer des comportements de voracité ou de brutalité. Encore le loup ne s’en sort-il pas trop mal. S’il inspire la crainte – on dit une « faim de loup », tomber « dans la gueule du loup » –, on vante aussi sa force et son courage. Les comparaisons avec le chien, en revanche, illustrent le plus souvent des valeurs dépréciatives. On parle de « vie de chien », de « temps de chien » de « mal de chien ». Traiter quelqu’un de chien ne vaut guère mieux que le qualifier de porc. Autre famille particulièrement mal traitée dans le langage populaire, celle des oiseaux. Les épithètes d’« oie blanche », de « tête de linotte », de « bécasse », de « pintade », de « pigeon », de « triple buse » sont tout sauf des compliments. Comme si les animaux qui volent n’étaient qu’une bande d’écervelés à plumes. Et quand on leur attribue d’autres traits, ils ne sont guère flatteurs non plus : traiter quelqu’un de « vautour », c’est stigmatiser sa rapacité supposée. Une poule est une fille de mœurs légères ; si elle est mouillée, c’est une poltronne. Grue est synonyme de prostituée. Une pie est une personne très bavarde, une vieille chouette se distingue par sa laideur et son caractère acariâtre. Le paon est un vaniteux, le dindon un niais ; par corbeau, on entend soit un homme avide et sans scrupule, soit un mouchard.


2.

S

euls  quelques  volatiles comme le pinson et le rossignol, au chant harmonieux, et la colombe, symbole d’innocence et de pureté, bénéficient d’un traitement sémantique favorable. De même que l’aigle, dont les talents de prédateur forcent l’admiration. Et encore, ce dernier est surtout loué sous la forme d’une litote, puisque, pour souligner le manque de clairvoyance de quelqu’un, on dit que « ce n’est pas un aigle ». Un univers socio-professionnel où les métaphores animales fleurissent est celui de la politique. Entre les vieux renards et les jeunes loups en passant par les crocodiles et les requins, sans oublier le mammouth et les dinosaures, on a affaire à une véritable Arche de Noé. Personne n’a oublié que deux des plus grands dirigeants du XXe siècle, Georges Clemenceau et Winston Churchill, avaient été surnommés, l’un le Tigre, l’autre le Lion. Aux États-Unis, les Démocrates ont l’âne comme emblème, alors que la figure tutélaire des Républicains est l’éléphant. Le même terme d’éléphant désigne en France les caciques du parti socialiste. Toujours en politique, on parle de « guêpier » et de « panier de crabes », on accuse son adversaire de « faire l’autruche », on lui reproche de « ménager la chèvre et le chou ». Pour dénoncer les desseins cachés d’un rival, on dit qu’« il y a anguille sous roche » et on répète à l’envi « quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup ». D’un politicien madré ne dit-on pas que c’est un animal politique ? Force est de constater, toutefois, que, depuis La Fontaine, notre mode vie et notre environnement ont bien changé. Nous avons perdu le contact avec la nature. À la plupart d’entre nous, l’escarbot, l’orfraie et le chat-huant évoqués par le fabuliste ou dans telle ou telle expression idiomatique ne disent pas

grand chose. On ne peut pas comprendre l’expression « fier comme un pou », si l’on ignore que pou est l’ancienne dénomination du coq. « Se mettre à poil » vient du registre équestre : monter un cheval à poil veut dire sans selle, donc « à cru ». Quant à « passer du coq à l’âne », il s’agit d’un dérivé d’une expression plus ancienne, « saillir du coq à l’asne ». Si, comme aujourd’hui, « saillir » signifiait s’accoupler, le mot « asne » désignait une cane.

E

t voilà que les choses se compliquent pour les amateurs d’expressions animalières. Au nom de l’antispécisme, courant de pensée qui s’oppose à l’exploitation des animaux et leur accorde les mêmes droits qu’aux humains, les formulations cruelles envers les bêtes sont de plus en plus mal vues. « Prendre le taureau par les cornes » ou « heureux comme un tueur de cochons » deviennent des formulations malséantes.

D’ici peu, on ne pourra plus dire « j’ai d’autres chats à fouetter ». La Fontaine doit s’en retourner dans sa tombe. ◼ Sous le titre « Hennit soit qui mal y pense », nous avons consacré une chronique au cheval dans le n° d’octobre 2014 de France-Amérique.

1

2

« Le loup et le chien », Fables de La Fontaine, Paris 1855. Cette fable animalière illustrée par Grandville oppose deux bêtes à la morphologie similaire mais au mode vie opposé : le loup est sauvage, pauvre mais libre. Le chien est domestique, épris de confort dans la servitude.

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1 b) The bust of a woman wearing a liberty cap (or Phrygian bonnet) is on display in almost every mairie in the land. Named Marianne (for the Virgin Mary and her mother Saint Anne), she represents the goddess of freedom and is a symbol of the French Revolution. There is no official image for the sculpture, so, since the late 1960s, her features have often been modelled on prominent women, the first of whom was Brigitte Bardot. 2 a) Pierre de Marivaux was famed for his comedies celebrating what he called la métaphysique du cœur, but which subsequently became widely known as le marivaudage.

Pierre Corneille and Voltaire have both given us eponymous adjectives reflecting the main themes of their work: cornélien, someone who puts duty above everything, and voltairien, a person critical of or hostile to established ideas. 3 b) Bunny Mellon helped redesign le potager du Roi, or the king’s vegetable garden, in the grounds of the Château de Versailles. (The original garden was planted in the 1680s.) The garden at Vaux-le-Vicomte was designed by André Le Nôtre (see France-Amérique, December 2018), while the Jardin des Plantes in Paris, dating from the mid-1600s, is the work of Guy de la Brosse.

4 c) The monumental steel spider, made for the opening of London’s Tate Gallery in 2000, is the largest of a series of spider sculptures bearing the same name, Maman (“mom”). They were so-named because, said Bourgeois, her mother shared many of the same virtues (clever, dainty, subtle) as the arachnid. Fillette (“little girl”) is the title of Bourgeois’ phallic sculpture representing both strength and delicacy. 5 Key: (a) = (iv) Une couleuvre is a grass snake; the expression means, depending on the context, “to be taken in by someone” or “to swallow an affront.” (b) = (i) Je donne ma langue au chat is the response

76 FRANCE-AMÉRIQUE FEBRUARY 2019 to a query that you can’t answer (“I give up”). Not to be confused with the expression “Cat got your tongue?” (c) = (iii) By “drowning a fish,” it’s possible to duck a question! (d) = (vi) According to legend, female bears would lick their new-born cubs abundantly; those that were “badly licked” were rough or uncouth. (e) = (ii) While the etymology is hotly debated (une farce can mean a satirical comedy or the edible stuffing for a chicken or turkey), the expression unquestionably means a patsy or a fall guy. (f) = (v) “A hot rabbit” is a familiar expression for a womanizer, a Casanova, or, more crudely, a horny bastard. ■

c) Voltaire a) Marivaux

b) Fillette

b) Corneille

c) Maman

Compared with Americans, says sociologist Janine MossuzLavau, the French have a more liberated and humorous view of sex, based on a long-standing tradition of “light-hearted gallantry” or “sophisticated banter.” The word she uses is based on the name of an 18th- century French dramatist.

a) Arachnid The French-American artist Louise Bourgeois is highly regarded for her work in many mediums, but she is probably best-known for an iconic sculpture representing a spider. What is the sculpture’s title?

4

c) A copy of the Constitution

b) The vegetable garden at the Château de Versailles

2

c) The botanical garden in Paris

b) A statuette representing liberty

1

3

a) A portrait of Brigitte Bardot

a) The formal garden at the Château de Vaux-le-Vicomte

Following a precedent set in the 1840s by Adolphe Thiers, an official photo portrait of the sitting French president hangs in mairies throughout France. What other symbol of the republic is on display?

a) Avaler des couleuvres b) Donner sa langue au chat c) Noyer le poisson d) Un ours mal leché e) Le dindon de la farce f) Un chaud lapin

The horticulturalist, gardener, and philanthropist Rachel “Bunny” Mellon designed the White House Rose Garden in Washington D.C. She also helped to restore a notable garden in France. Which one?

(i) To give up on a question (ii) The fall guy (iii) To sidestep the issue (iv) To be fooled, taken in (v) A hound dog (vi) A roughneck

While some animal-based idioms in French have more or less direct equivalents in English – for instance un chant de cygne, “a swan song” – others do not. Can you match these French idioms (three verbs, three nouns) with their nearest English equivalents?

5

NOW, SIT UP STRAIGHT AND PAY ATTENTION! Are you still paying close attention to the articles in France-Amérique? Let’s find out with another edition of our monthly quiz. As always, the aims are to check your understanding of our featured articles and test your broader knowledge of the history, culture, and language of France. By Anthony Bulger

Quiz


Paris and the Champagne Region A canal barge cruise is the ideal way to combine comfort and travelling. Experience life in the very slow lane and savor the calm on silent waters.

7-DAY/6-NIGHT CRUISE from April to October 2019

DAY 2 | EPERNAY • DORMANS Excursion proposed: • Visit of Reims, guided tour of the historic center and its cathedral Cruise towards Dormans DAY 3 | DORMANS • CHÂTEAU-THIERRY Excursions proposed: • Hautvillers and the famous Champagne route • Visit of a major Champagne house followed by a tasting Cruise towards Château-Thierry DAY 4 | CHÂTEAU-THIERRY • SAINT-JEANLES-DEUX-JUMEAUX Cruise towards Saint-Jean-Les-Deux-Jumeaux Excursion proposed: • Visit of Château-Thierry followed by a falconry show

SEINE

CHÂTEAU THIERRY

MEAUX

DAY 5 | SAINT-JEAN-LESDEUX-JUMEAUX • MEAUX LAGNY-SUR-MARNE Cruise towards Lagny-sur-Marne Excursion proposed: • Visit of the charming town of Meaux followed by a tasting of the renowned Brie de Meaux cheese

PARIS

DORMANS

ST-JEAN-LESDEUX-JUMEAUX

EPERNAY

MARNE

LAGNY SUR-MARNE

DAY 6 | LAGNY-SUR-MARNE PARIS Cruise towards Paris Excursion proposed: • Guided visit of Paris and its major sites Gala dinner

IM067100025. © Shutterstock, CreaStudio 1901028.

DAY 1 | Paris • EPERNAY Transfer by coach from Paris to Epernay Boarding at 6:00 p.m. Introduction of the crew and welcome cocktail

DAY 7 | PARIS Disembark at 9:00am

HIGHLIGHTS • Superb French cuisine

• Jacuzzi and bicycles on board

• Drinks and excursions included

• A 6-member crew at your • 11 cabins with ensuite bathrooms service

TO BOOK, OR FOR MORE INFORMATION: ✆ 800 768 7232 - info-us@croisieurope.com CroisiEurope

Best River Line Itineraries

www.croisieuroperivercruises.com


Game

Grille 24 – Février 2019 Grille 24 – Février 2019

ELLE MET PREUVE THEY CURE MOTS FLÉCHÉS BILINGUES / ARROW SON NOMWORD PUZZLE D’AMOUR THE EARTH BARLEYMADE BEVERAGE

By Jérémy Arki - jarki@france-amerique.com SOMEONE IS

ON HER MIND

TO PLAY SOME MUSIC

GRECQUE

PREUVE D’AMOUR

ELLE MET SON NOM

THEY CURE THE EARTH

IT IS ALWAYS GREEN

SOMEONE IS ON HER MIND

BARLEYMADE BEVERAGE

GRECQUE

TO PLAY SOME MUSIC

CONVENTIONNEL

IT IS ALWAYS GREEN

ENTHRALLED

ONE EMPIRE CONVENTIONNEL

ENTHRALLED

Mots anglais et mots français se mêlent dans cette grille. À vous de la remplir, sachant que : Les définitions en français, dans les cases rouges, appellent des mots anglais ; Les définitions en anglais, dans les ONEcases WHICH bleues appellent des COORDImots français. NATES TIRES

ONE EMPIRE

LA CHEFFE

LA CHEFFE

CHOSE

ONE WHICH COORDINATES

THEY FEED THE PROWLERS

Le mot à chercher est en français Le mot à chercher est en anglais

DRYSTONE HUT

TIRES

CHOSE

THEY FEED THE PROWLERS

DRYSTONE HUT

A SES LANGUES

HAS ITS NUMBERS

QUI N’EST PAS EN VEILLE

DEMONSTRATIVE

A SES LANGUES

HAS ITS NUMBERS

QUI N’EST PAS EN VEILLE

DEMONSTRATIVE

LOOKS FOR ROCKS?

POINTS In this arrow word puzzle you BACK have both English and French OR TO ONE words that intersect. You must ANOTHER complete the grid keeping in mind that: Every clue in French, in the red box, calls for a word in English; Every clue in English, in the blue box, calls for a word in French.

POINTS BACK OR TO ONE ANOTHER

ROCHES

LOOKS FOR ROCKS?

ROCHES

Find the word in French Find the word in English

G N E O N I

I

S S E S

C R E U S E T

R U E

I

C H A R O G N E S C E O A O P T A M O G H O L

E T

O R T H O D O X A M O U R E U S E S

A

G

I

G N E O N I

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S S E S

C R E U S E T

R U E

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C H A R O G N E S C E O A O P T A M O G H O L

E T

78 FRANCE-AMÉRIQUE FEBRUARY 2019

O R T H O D O X A M O U R E U S E


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Agence o cédille - Photo Ben Massiot

© Bal du Moulin Rouge 2019 - Moulin Rouge® - 1-1028499

LA REVUE DU PLUS CÉLÈBRE CABARET DU MONDE ! - THE SHOW OF THE MOST FAMOUS CABARET IN THE WORLD! DÎNER ET REVUE À 19H À PARTIR DE 180E - REVUE À 21H ET 23H À PARTIR DE 77E - DINNER AND SHOW AT 7PM FROM E180 - SHOW AT 9PM & 11PM FROM E77 MONTMARTRE 82, BLD DE CLICHY 75018 PARIS - TEL : 33(0)1 53 09 82 82 - FACEBOOK.COM/LEMOULINROUGEOFFICIEL - WWW.MOULINROUGE.COM

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France-Amérique Magazine (February 2019)  

The Best of French Culture & Art de Vivre

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