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ART

750 years in paris

Foodies

CHEF DANIEL ROSE

Education

omaha speaks french The guide of French-language programs

April 2016 Guide TV5Monde Volume 9, No. 4 USD 8.00 / C$ 10.60


APRIL 2016 Président / President Guy Sorman Rédactrice en chef / Editor in Chief Guénola Pellen, 646.202.9830 gpellen@france-amerique.com Directrice exécutive / Executive Director Marie-Dominique Deniau mddeniau@france-amerique.com Directrice artistique / Art Director Marie Vasquez mvasquez@france-amerique.com Éditeur web / Web Editor Clément Thiery cthiery@france-amerique.com Contributeurs / Contributors Nicolas Blanc, Roland Flamini, Eliot Force, Tracy Kendrick, Dominique ­Mataillet, Béatrice Peltre Traducteurs / Translators Alexis Cornel, Plum Le-Tan, Farah Nayeri, Samuel Todd, Alexander Uff

Alexander Calder, Spider's Nest, 1975.

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6 Editorial

46 Cinéma

10 Point de Vue

56 Patrimoine

Haro sur l'immigré The Anti-Immigrant Outcry

Dettes américaines : la France mauvais payeur Paying the (American) Piper: Money Quarrels Sour a Historic Relationship

Marguerite : c'est Mozart qu'on assassine Marguerite, “the Opera Singer Who Could Sing Everything Except Notes.”

L'atelier Calder à Saché, un héritage vivant Living Heritage at the Calder Workshop in Saché

16 Iconic

64 Bon Appétit

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66 Vins

La guêpière The Basque

Gastronomie Daniel Rose ou le retour du chef prodigue The Parisian Chef Comes Home to America

28 Reportage Omaha parle français

Omaha Speaks French

38 750 years in Paris

L'histoire française racontée par l'architecture parisienne French History As Told Through Parisian Architecture

Vivaneau rôti au four avec fenouil Red Snapper With Fennel

68 Calendrier culturel 72 Books

74 Chronique 75 Quiz

France-Amérique LLC, 115 East 57th St, 11th Fl. New York, NY 10022. Tel: 646.202.9828 Fax: 646.304.5814

Retrouvez-nous / Visit us at www.france-amerique.com Volume 9, No. 4 750 Years in Paris © Vincent Mahé, Nobrow 2015

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EDITO

Haro sur l’immigré The Anti-Immigrant Outcry By Guy Sorman Translated from French by Alexis Cornel

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es États-Unis à l’Europe, un vent de folie balaye le monde occidental : la haine de l’immigré. Non partisan, j’observe de façon distanciée mais néanmoins scandalisée la surenchère xénophobe des candidats républicains américains qui rivalisent en promesses d’expulsion des douze millions d’immigrés illégaux, pour la plupart issus d’Amérique latine. Qu’ils résident aux ­ États-Unis depuis des années, y ont fondé des familles et y travaillent ne heurte ni le bon sens ni la sensibilité de Donald Trump, de Ted Cruz ou de Marco Rubio, ces deux-là fils d’immigrés dans une nation d’immigrants. Jouant la surenchère, Trump s’oppose à ce

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que les ­Musulmans entrent aux États-Unis, bien qu’il s’en trouve déjà plusieurs millions et que toute discrimination religieuse soit une absolue négation de la Constitution. L’immigration est-elle réellement une menace majeure pour les Américains ? On observait naguère une relation mécanique entre la peur de l’immigration et le chômage en Occident. Or, le chômage est très bas aux États-Unis (4,9% en janvier 2016). À l’inverse, l’expulsion de douze millions de clandestins, en admettant qu’elle soit légalement et humainement réalisable, détruirait des pans entiers de l’économie : l’agriculture, la restauration, le bâtiment cesseraient immédiatement de fonctionner.

From the United States to Europe, a wind of folly is sweeping across the Western world: the hatred of the immigrant. As a non-partisan observing, as it were, from a distance, I am nevertheless appalled by the xenophobia of the U.S. Republican candidates who strain to outdo each other with promises to expel some twelve million illegal immigrants, mostly from Latin A ­merica. The fact these immigrants have lived in the United States for years, where they have worked and raised families, troubles neither the common sense nor the humanity of Donald Trump, Ted Cruz or Marco Rubio, the latter two sons of immigrants in a nation of immigrants. Eager to go further than the others, Trump opposes allowing Muslims

to enter the United States, despite the fact there are already several million living there and that any religious discrimination is an absolute negation of the Constitution. Is immigration really a major threat to Americans? In the past there has been a predictable relationship in the West between the fear of immigration and unemployment. But unemployment is currently very low in the United States (4.9% in J ­ anuary 2016). On the other hand, to expel twelve million undocumented inhabitants, even if this could be done legally and humanely, would destroy whole swaths of the economy: agriculture, food service and construction would immediately grind to a halt.


EDITO

L’argument de Donald Trump, selon qui l’expulsion des immigrés ferait remonter les salaires, est une vieille chanson populiste sans fondement. La science économique rappelle que plus nombreux sont les travailleurs, plus élevé est le taux de croissance. L’expulsion d’un clan-

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l faut se rendre à la raison : les motifs avancés pour chasser les immigrants ne sont que des alibis. Une partie de ­l’Amérique est soulevée par un vent de xénophobie comme elle en a connu par le passé, contre les Irlandais, les Italiens, les Juifs,

Donald Trump’s argument, according to which the expulsion of immigrants would raise salaries, is an old populist rant without foundation. Economics reminds us that the greater the number of workers, the faster the rate of growth. To expel an undocumented worker is to immediately lower the growth rate and,

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he fact has to be acknowledged: the motives put forward for expelling immigrants are only alibis. A part of America is moved by a wind of xenophobia similar to past movements against the Irish, Italians, Jews, Chinese, etc. Since one can no longer be openly racist,

Plutôt que de méditer nos erreurs, on préfère pointer du doigt des boucs émissaires, le Musulman et le Mexicain, comme hier le Juif. destin qui travaille ferait immédiatement baisser la croissance et, par conséquent, les salaires. La furie anti-immigrés n’est pas de caractère économique.

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e terrorisme ? Les attentats perpétrés aux États-Unis au nom de l’Islam l’ont souvent été par des citoyens convertis, jamais par des clandestins. Et beaucoup plus de crimes par armes à feu sont commis chaque année par des Américains blancs et chrétiens, dans des lieux publics, écoles et théâtres, que par des immigrés.

les Chinois… Comme il n’est plus avouable d’être raciste, les populistes avancent des arguments pseudo-rationnels, économiques, légalistes, sécuritaires. Pourquoi ce vent mauvais, aujourd’hui ? Envisageons qu’une partie de la population blanche n’a toujours pas digéré d’avoir été soumise, depuis bientôt huit ans, à un président noir. Dans le collimateur des candidats Républicains, l’immigré est toujours « de couleur », arabe ou latino ; ils proposent de clôturer la frontière avec le Mexique, pas avec le Canada.

consequently, to lower salaries. The anti-immigrant rage has nothing to do with economics.

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nd what of terrorism? Attacks in the name of Islam in the United States have often been perpetrated by citizens converted to Islam, but never by undocumented Muslims. And many more crimes involving firearms are committed every year by white and Christian Americans in public places, schools and theatres, than by immigrants.

populists advance pseudo-rational arguments: economic, legalistic, or on grounds of national security. But what is the cause of this evil wind? Consider that a part of the white population has still not digested the fact of being subjected for eight years to a black president — Obama is perceived by the Conservatives as too Liberal to be an authentic ­American. Seen as a target of the Republican candidates, the immigrant is always “colored,” whether Arab or Latino; the candidates propose closing the border with Mexico, not with Canada.

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EDITO

En Europe, c’est le ­Musulman qui tient ce rôle de bouc émissaire, harcelé par des arguments cousins de ceux que l’on entend aux États-Unis : l’immigré crée du chômage et porte la violence. Ces deux arguments sont aussi douteux qu’en Amérique. Les clandestins travaillent, généralement, parce qu’ils n’ont pas d’autres ressources. Le chômeur indemnisé en Europe est rarement un immigré, mais un citoyen en règle qui bénéficie des nombreux avantages que l’État social procure. Les principales causes de chômage en Europe ne viennent pas de l’immigration, mais du vieillissement de la population, de la rigidité du marché du travail, de la générosité relative des aides sociales. Si l’on considère la vague présente des réfugiés, Syriens pour l’essentiel, la plupart souhaitent travailler mais en sont empêchés par les législations nationales. S’ils avaient ce droit de travailler, leur intégration serait accélérée et ils contribueraient à la croissance. Il est d’ailleurs révélateur que les pays d’Europe centrale qui s’entourent de barbelés pour interdire l’accès aux réfugiés sont ceux où ces derniers n’ont aucune intention de s’installer, comme la ­ Hongrie et la Pologne. Comme aux États-Unis, l’argument économique est un alibi. Quant au risque d’insécurité, on rappellera que les attentats terroristes perpétrés à Paris en 2015 le furent par des citoyens français et belges, apparem8

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ment intégrés, mais atteints de ce désordre mental que l’on appelle Djihadisme.

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e ne nie pas les difficultés logistiques d’accueil des réfugiés et des immigrés, mais les arguments invoqués des deux côtés de ­ l’Atlantique contredisent toutes les valeurs proclamées par ­l’Occident chrétien. Ce haro sur l’immigré permet aussi de dissimuler trente ans de politiques intérieures et extérieures erronées, à droite et à gauche, dont nous subissons le contrecoup : la création d’un État social facteur de chômage en Europe, par exemple, ou encore le soutien inconditionnel des dirigeants occidentaux aux dictateurs arabes qui ont démoralisé et dévalisé leur pays. Plutôt que de méditer nos erreurs, on préfère pointer du doigt des boucs émissaires, le Musulman et le Mexicain, comme hier le Juif. Dans ce même évitement de la réalité, on se replie sur la tribu, sur un « entre nous », une exaltation des traditions réinventées par les nationalistes et les indépendantistes. À ceux qui définissent ­l’Occident comme le continent de la raison, l’actualité rappelle que nous avons toujours balancé entre quête des lumières et chasse aux sorcières. Cette lutte sans fin est sans doute enracinée au plus profond de notre nature humaine. La civilisation occidentale, si on s’en réclame, exige de combattre le retour à cet ­instinct animal. ■

In Europe, it is the Muslim that plays the role of a scapegoat, harassed by arguments akin to what one hears in the United States: the immigrant creates unemployment and brings violence. These arguments are as doubtful in Europe as they are in America. The undocumented generally work, because they have no other resources. An unemployed person receiving welfare benefits in Europe is rarely an immigrant, but a legal citizen who benefits from the numerous advantages of social policy. The main causes of unemployment in Europe do not come from immigration, but from the aging of the population, the rigidity of the labor market and the relative generosity of welfare programs. Looking at the current wave of refugees, mostly Syrians, the majority wish to work but are prevented by legislation in the various host nations. If they had the right to work, they would be integrated at a faster rate and would contribute to growth. It is revealing, moreover, that the countries of central Europe that surround themselves with barbed wire to keep out refugees are countries where these refugees have no intention of staying, such as ­ Hungary and Poland. As in the United States, the economic argument is an alibi. As for the security risk, let’s remember that the terrorist attacks in Paris in 2015 were committed by French and ­Belgian citizens thought to be assimilated but affected

by the mental disorder we call Jihadism.

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his is not to deny the logistical difficulties involved in accepting refugees and immigrants, but the arguments invoked on both sides of the Atlantic contradict all the values proclaimed by the Christian West. The outcry against immigrants also makes it possible to hide thirty years of flawed domestic and foreign policy, on the right as on the left, the effects of which we are now feeling: the creation of a welfare state that increases unemployment, or the unconditional support of Western leaders for Arab dictators who demoralize and plunder their countries. Rather than examining our mistakes, we prefer to point fingers at scapegoats, whether Muslim or ­Mexican, as we once pointed at the Jews. We are seeing the same avoidance of reality and tribalism, the same exaltation of traditions reinvented by nationalists and separatists. For those of us who define the West as the land of reason, today’s events remind us that we are always pulled between the quest for enlightenment and witch-hunts. This struggle is endless and no doubt rooted deeply in human nature. Western civilization, if we still hold to it, requires us to fight against this return to animal instincts. ■


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POINT DE VUE

LA France MAUVAIS PAYEUR P AY I N G T H E ( A M E R I C A N ) P I P E R : M o n e y Q u a r r e l s Sour a His t oric Rel at ionship

By Roland Flamini / Translated from English by Samuel Todd

Ne sois ni emprunteur ni prêteur » recommande Polonius à son fils Laërte dans Hamlet de Shakespeare – un conseil constamment ignoré par les gouvernements. Et pourtant, dettes et prêts peuvent causer des ravages dans les relations bilatérales – ce fut le cas à l’occasion de deux querelles, en l’espace de quelque cent ans, entre les États-Unis et la France. À deux reprises, la France fut débiteur, et de nombreux historiens pensent que l’acrimonie qui en a résulté est la cause de l’antiaméricanisme des Français. Dans les années 1830, les deux pays connurent des tensions au sujet de demandes de compensation, émises par des citoyens américains, pour des marchandises transitant par voie maritime et qui avaient été saisies lors de l’embargo instauré en 1806 par Napoléon Bonaparte contre les pays neutres comme les États-Unis commerçant avec la Grande-Bretagne, alors en guerre avec la France. 10

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Neither a borrower nor a lender be,” Polonius admonishes his son Laertes in Shakespeare’s Hamlet – a warning that is consistently ignored by governments. Yet debts and loans can play havoc with bi-lateral relations – and they did just that in two epic disputes separated by 100 years or so between the United States and France. On both occasions France was the debtor, and many historians point to the resulting acrimony as root causes of France’s recurrent anti-Americanism. In the 1830's there was tension between the two countries over compensation claims by U.S. citizens for goods and shipping seized under ­Napoleon Bonaparte’s 1806 embargo against neutral countries like the United States trading with Britain, then at war with France.


POINT XXXXX DE VUE

Le gouvernement français fit une contre-proposition : les États-Unis n’avaient pas complètement remboursé les prêts qui les avaient aidés à financer la Révolution américaine. Les États-Unis avaient déjà payé à la France 6.325.500 dollars entre 1778 et 1815, mais les deux pays avaient signé une convention accordant une réduction de la dette américaine de 1,5 million de francs, ce qui faisait passer les réclamations américaines à 25 millions de francs (5 millions de dollars). Quand le premier acompte réclamé à la France arriva à échéance en 1832, aucun règlement ne fut honoré : la Chambre des députés française avait omis de ratifier l’accord et de voter son autorisation. Très en colère, le Président Andrew Jackson envoya l’ancien Secrétaire d’État Edward Livingston en France sur le Delaware, un vaisseau de 74 canons, afin de s’assurer de « l’exécution rapide et exacte » de l’accord.

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n 1834, après avoir repoussé la décision pendant près de trois années, la Chambre mit finalement au vote la dotation, mais la rejeta par 176 voix contre 168, embarrassant grandement le roi Louis-Philippe et son gouvernement. Le président Jackson, connu pour son mauvais caractère, était furieux, tout comme les Français. Un profond ressentiment avait grandi dans l’opinion publique contre ce qui était ressenti comme une ingratitude américaine envers les sacrifices faits par la France afin de soutenir la Révolution américaine. Au Congrès, Jackson fit un discours contre les Français, laissant entendre la possibilité d’une action. Le Congrès, dit-il, avait à décider s’il « adopterait les mesures provisoires qui lui semblaient nécessaires », ce qui serait « appliqué à la lettre par l’Exécutif ». Le ressentiment augmenta en France. Les relations diplomatiques furent rompues et, tandis que la tension montait, on rappela aux Français que la flotte de guerre américaine était plus forte que la leur. Sous la pression du gouvernement, la Chambre française revota et la loi de dotation passa – mais assortie d’une demande « d’explication satisfaisante » concernant les propos du Président Jackson. Alors que ­Jackson refusait de s’excuser, la mise fut sauvée par la ­Grande-Bretagne qui œuvra à une réconciliation, et l’indemnité fut payée. Mais la rancœur demeurait. Comme l’observa tristement Lamartine : « J'ai toujours été profondément étonné du peu de sympathie et de reconnaissance que l'Amérique a montré à notre pays. »

The government in Paris made a counterclaim: the United States had still not fully repaid loans that had helped to finance the American Revolution. The U.S. had already paid France $6,352,500 between 1778 and 1815, but the two countries had signed a convention agreeing on a shortfall in the American debt of 1.5 million francs and capping U.S. claims against France at 25 million francs ($5 million).

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hen the first installment from France came due in 1832, no payment arrived: the French chamber of deputies had failed to ratify the agreement and to vote on the authorization. An angry President Andrew Jackson sent former secretary of state Edward Livingston to France on the 74-gun warship Delaware to secure “prompt and proper fulfillment” of the agreement. In 1834, after postponing the issue for almost three years the chamber finally voted on the appropriation, but rejected it by 176-168, greatly embarrassing King Louis Philippe and his government. President Jackson, who was noted for his short temper, was furious, but so were the French. Deep public resentment had built up against what was seen as American ingratitude after France’s sacrifices in support of the American Revolution. Jackson delivered a tirade against the French in the U.S. Congress, hinting at possible action. Congress, he said, had to decide whether “to adopt such provisional measures as it may deem necessary,” which would be “faithfully enforced by the Executive.” Resentment ran high in France. Diplomatic relations were severed and as tension mounted the French were reminded that the U.S. war fleet was stronger than its own. Pressed by the government, the French chamber voted again and the appropriation passed – but coupled with the demand for a “satisfactory explanation” of President Jackson’s remarks. Although Jackson refused to apologize, the day was saved when Britain intervened to cobble up a reconciliation, and the indemnity was paid. But a residual rancor remained. At one point Lamartine observed sadly, “I have always been deeply astonished by the lack of sympathy and gratitude America has towards our country.” APRIL 2016 France-Amérique

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POINT DE VUE

Scène de bataille navale durant la Quasi-guerre (1798-1800) entre la France et les États-Unis : la rencontre entre la frégate USS Constellation et le navire français L'Insurgente, le 9 février 1799 au large de l'île de la Guadeloupe, se soldant par une victoire américaine. A naval battle scene during the 1798-1800 Quasi-War between France and the United States: The meeting of the USS Constellation frigate and the French battleship L'Insurgente, on February 9, 1799 off the coast of Guadeloupe, which ended in a U.S. victory. Author: Rear Admiral John William Schmidt (Ret.) (1906-1981) - Original source: Navy History and Heritage Command, National Archive.


POINT XXXXX DE VUE

L’historien français René Rémond aurait dit qu’après 1835 « l’amitié franco-américaine fut remplacée par de l’indifférence, et même par du ressentiment. Il faudra attendre 1917 et l’intervention américaine sur nos rivages pour que cette amitié soit restaurée. »

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n 1919, une nouvelle confrontation encore plus complexe se fit jour à propos du refus de la France – ainsi que celui du Royaume-Uni et de treize autres États belligérants de la Première Guerre mondiale – de rembourser les énormes emprunts de guerre aux États-Unis, pendant qu’au même moment on demandait à l’Allemagne vaincue des réparations tout aussi importantes. Deux commentaires célèbres ont mis l’accent sur cette divergence. Le taciturne Calvin ­Coolidge, qui devint Président en 1923, au plus fort de la controverse, insista pour que les Alliés remboursent, avec l’argument suivant : « Ils ont emprunté l’argent, n’est-ce pas ? » Mais pour Louis-Lucien Klotz, le ministre des Finances français, le problème numéro un était : « L’Allemagne paiera. » Il en résulta un désaccord qui dura vingt ans. Des divergences se firent jour lors du traité de Versailles de 1919. Aux yeux du président américain Woodrow Wilson, le redressement industriel et économique de l’Allemagne était indispensable pour restaurer le commerce international. Le gouvernement français, lui, voulait une Allemagne affaiblie par les réparations punitives dues aux Alliés. Comme le président du Conseil français Georges Clemenceau le rappela à ­Woodrow Wilson : « L’Amérique est loin, protégée par un océan… Nous, nous ne le sommes pas. » Par ailleurs, la France avait besoin des réparations allemandes pour financer sa propre reconstruction.

The French historian Rene ­ emond has been quoted as saying R that after 1835, “[Franco-U.S.] friendship was replaced by indifference, or even by resentment. It would not be until 1917 and America’s intervention in our shores that the French population’s bygone friendship would be restored.”

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y 1919, a new and more complex confrontation had built up over France’s refusal – along with the United Kingdom and 13 other World War I belligerents – to pay huge wartime loans to the United States while at the same time pressing for equally large financial reparations from a defeated Germany. Two famous remarks captured the divergence in emphasis. The taciturn Calvin Coolidge, who became president in 1923 at the height of the controversy, pressed for repayment by the Allies, arguing, “They hired the money, didn’t they?” But for ­Louis-Lucien Klotz, the French finance minister, the number one issue was, “ L’Allemagne paiera” (Germany will pay). The resulting friction dragged on for 20 years, doing serious damage to the goodwill that had blossomed during the conflict. Differences emerged in the Versailles Peace Conference of 1919. For U.S. President Woodrow Wilson Germany’s ­ economic and industrial recovery was paramount to restore international trade. The French government wanted a ­Germany weakened by punitive reparations to the Allies. As the French Prime Minister Georges Clemenceau argued to Woodrow Wilson, “America is far away, protected by the ocean…We are not.” Besides, France needed German reparations to help finance its own post-war reconstruction.

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POINT DE VUE

Les belligérants européens avaient financé le conflit grâce aux prêts consentis principalement par les ­États-Unis. Ainsi, la France devait 4.137.224.354 dollars aux États-Unis, dont 80 pour cent directement au Trésor américain et le reste aux banques américaines. En 1918, la France émit une requête : que tous les ­Alliés partagent le coût de la guerre et que les ­États-Unis effacent une partie de la dette.

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a réponse américaine devint le refrain de la diplomatie d’après-guerre : les dettes de guerre doivent être honorées par les différents gouvernements – une attitude qui fâcha les Français. Les hommes politiques français affirmaient que la guerre avait été un combat commun et que le sacrifice de chaque nation devait être pris en compte. Louis Marin, ancien ministre des Finances, fit remarquer que 1.450.000 soldats français étaient morts au front, ainsi que 500.000 autres plus tard, de leurs blessures, et que cela représentait au moins 50.000 francs par soldat. L’autre argument de la France était que les Français avaient dépensé 2.997.477.800 des dollars empruntés aux États-Unis – soit en armes, en navires de guerre ou en tabac et en nourriture –, et que d’une certaine façon, les Américains avaient déjà été remboursés. Les Français répondirent à la pression américaine en essayant de gagner du temps. L’image s’imposa d’une Amérique devenue riche et puissante au détriment d’une Europe brisée et appauvrie. « Plutôt qu’un prêteur généreux, Oncle Sam est devenu un créancier exigeant. » Les Allemands avaient été en défaut de paiement des réparations de guerre à de si nombreuses reprises qu’en 1923 la France et la Belgique occupèrent la région de la Ruhr industrielle, ce qui s’avéra être une tentative malheureuse, forçant ainsi Berlin à reprendre ses paiements. En 1924, on convoqua une conférence de plus, cette fois à Londres, au cours de laquelle les États-Unis proposèrent le plan Dawes (du nom du ­ Vice-Président Charles G. Dawes) : les États-Unis prêtaient à ­l’Allemagne une première tranche de 200 millions de dollars en obligations américaines afin de l’aider à s’acquitter de ses engagements financiers vis-à-vis de la France, de la Grande-Bretagne et des autres pays demandeurs qui, à leur tour, seraient en mesure de rembourser les États-Unis. En même temps, la France et la Belgique acceptaient de se retirer de la Ruhr.

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European belligerents had financed the conflict through loans, mainly from the United States, and as a result France owed the United States $4,137,224,354, about 80 percent of it directly to the U.S. Treasury and the rest to A merican banks. In 1918 the French issued a ­ plea for “financial unity,” which was code for all the Allies sharing the cost of the war, with the U.S. absorbing some of the debt.

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he American response became Washington’s refrain of postwar diplomacy: the war debts must be honored by the respective governments – an attitude that angered the French. A succession of French statesmen argued that the war had been a common cause, and the sacrifice of each nation should be taken into account. Louis Marin, a former finance minister, pointed out that 1,450,000 French soldiers had died in battle and another 500,000 later, from their wounds, and that should be worth at least 50,000 francs per soldier. The other French argument was that the French spent $2,997,477,800 of borrowed American money in the United States on everything from weapons and ships to tobacco and food, so that in a sense, the Americans had already been paid. The French responded to American pressure by stalling. The image emerged of a U.S. growing rich and powerful at the expense of a shattered and impoverished Europe. “Rather than a promising lender, the uncle [Sam] has become a demanding creditor.” By 1923 the Germans had defaulted on the reparations so many times that France and Belgium occupied the Ruhr industrial area in what turned out to be an unsuccessful attempt to force Berlin to resume payments. In 1924, yet another conference was convened, this time in London, at which the United States proposed the Dawes solution (named after later Vice-President Charles G.Dawes): the U.S. loaned Germany an initial $200 million in U.S. bonds to help meet its financial commitments to France, Britain, and other claimants who, in turn would be in a better position to make payments to the U.S. At the same time, France and Belgium agreed to pull out of the Ruhr.


POINT XXXXX DE VUE

Aussi longtemps que les fonds furent versés, ce système fonctionna. Mais la Grande Dépression ruina le système financier international et les États-Unis réduisirent drastiquement les sorties de capitaux, provoquant un nouveau défaut de paiement de l’Allemagne. En 1931, en réponse à des appels venant de France et de Grande-Bretagne, le Président Hoover reporta d’un an les dettes de guerre de tous les Alliés. En décembre 1932, quand le paiement annuel de 19 millions de dollars arriva à échéance après l’expiration du moratoire Hoover, la France se retrouva en défaut de paiement – comme tous les autres pays débiteurs européens, excepté la Finlande.

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u cours d’une réunion secrète avec le poète Paul Claudel, alors ambassadeur de France à Washington, le nouveau président américain Franklin D. Roosevelt (qui n’avait pas encore pris ses fonctions) se montra conciliant, disant qu’il annulerait les intérêts du prêt, mais l’opposition, du Congrès et de l’opinion publique, s’avéra trop forte et Claudel rapporta plus tard que les Américains continuaient d’insister pour être payés en totalité. En même temps que la colère du Congrès, l’isolationnisme américain augmenta. Avec le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale, Roosevelt mit en place le Programme Prêt-Bail qui fournissait aux Alliés des armes, des avions et des équipements – mais pas d’argent. Avec la fin du second conflit mondial, Washington et Paris reprirent l’affaire non résolue du premier conflit : la dette impayée. Cette fois, l’ambiance était différente, et en 1946 une consolidation partielle de la dette française fut accordée et 2 milliards de dollars passèrent par pertes et profits. Le solde fut absorbé par les contributions américaines à la France en 1947 à travers le plan Marshall (2,296 milliards de dollars). Le montant de sa dette d’origine que la France a réglé est difficile à déterminer. L’ambassade de France à Washington et le Trésor américain refusent tous deux de donner les chiffres. Environ 53 pour cent de la dette française a été annulée, en partie en réajustant les intérêts à la baisse (comparée, par exemple, aux 75,4 pour cent de la dette italienne). Des quinze débiteurs initiaux, seule la Finlande a remboursé la totalité de sa dette. ■

So long as the funds kept going the system worked. But the Great Depression wrecked the international financial system and the U.S. drastically reduced capital outflow, causing Germany to default again. In June 1931, in response to appeals from France and Britain, President Hoover postponed all Allied war debts for one year. On December 1932, when the annual payment of $19 million came due after the expiration of the Hoover moratorium France defaulted on its debt – as did all the other European debtor countries except Finland. In a secret meeting with the poet Paul Claudel, then the French ambassador to Washington, the incoming president Franklin D. Roosevelt (who had not yet taken office) was conciliatory, saying he would forgive France the interest on the loan, but ­Congressional and public opposition proved too strong, and ­Claudel later reported that the ­Americans continued to insist on full payment. And as U.S. anger grew, so did American isolationism.

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ith the outbreak of World War II, R ­ oosevelt instituted the Lend-Lease Program which in essence loaned them weapons, planes and equipment – but not cash. But with the end of the second world conflict, Washington and Paris again turned to the unfinished business of the first one: the outstanding loan. This time the mood was different, and in 1946 a partial consolidation of the French debt was agreed in which $2 billion were written off. The balance was absorbed into U.S. contributions to France from 1947 under the Marshall Plan for European recovery ($2.296 billion). How much France paid of the original debt is hard to determine. Both the French Embassy in Washington and the U.S. Treasury declined to provide information. The best estimate is that nearly 53 percent of the French debt was cancelled in part by adjusting interest downward (compared, for example with 75.4 percent of the Italian debt). Of all the 15 original debtors, only Finland re-paid the full amount. ■ APRIL 2016 France-Amérique

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ICONIC

The basque Guénola Pellen / Translated from French by Plum Le-Tan

À mi-chemin entre le bustier, le ­corset et le porte-jarretelles, la ­ guêpière est l’accessoire de séduction ultime. On attribue son invention au couturier français Marcel Rochas, qui aurait créé cet article de lingerie pour l'actrice américaine Mae West en 1945, mais c’est Christian Dior qui l’imposera avec le New Look. Longtemps associée à l’image de la femme fatale, la guêpière se rachète une conduite : sublimée par des créateurs de renom, elle s’est taillée une place de choix dans la lingerie française haut de gamme.

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omposée d'un soutien-gorge pour soutenir la poitrine, incorporé dans un bustier pour souligner la taille, muni de jarretelles ajustables pour fixer les bas, la guêpière accentue les courbes féminines. Autrefois réservée aux « femmes faciles », elle profite du renouveau de la lingerie de luxe pour s’anoblir. Portée sous un corsage, sous une veste de tailleur ou seule, dans le plus simple appareil, elle habille aussi bien la citoyenne lambda que les stars d’Hollywood, tel l'excentrique mannequin et effeuilleuse américaine Dita Von Teese dont la collection XXXtian, réalisée en collaboration avec Christian Louboutin, rend hommage à la guêpière.

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Midway between a bustier, a ­corset and a garter belt, the basque is the ultimate accessory for seduction. Its invention is attributed to the French fashion designer ­ Marcel Rochas, who is said to have created the piece of lingerie for the American actress Mae West in 1945. But it was Christian Dior who brought it into the limelight it with the New Look. Long time associated with the image of the ‘femme fatale’, the basque has redeemed itself: sublimated by renowned designers, it has secured a special place in French premium lingerie.

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omprised of a bra to support the bust, incorporated into a bustier to emphasize the waist and fitted with adjustable garters to attach stockings, the basque flatters feminine curves. Formerly reserved for ‘loose women’, it has benefitted from the revival of luxury lingerie to enhance its image. Worn under a blouse, under a suit jacket, or by itself, in the altogether, it is worn by both everyday women and Hollywood stars, such as the eccentric American model and stripteaser Dita Von Teese, whose collection XXXtian, created in association with ­Christian Louboutin, pays tribute to the basque.


ICONIC

L’héritière du corset L’origine de la guêpière remonte à l'Antiquité, lorsque les coquettes souhaitant afficher une taille de guêpe arborent un corset par-dessus leurs vêtements. En 1370, le corset se porte haut et enveloppe entièrement la poitrine. Simple bustier baleiné en coutil, c’est un souffre-douleur. Dur et lourd, il aplatit douloureusement la poitrine et sculpte la taille. Dès 1550, cet objet de torture quotidienne – dont le laçage dans le dos nécessite l’intervention parfois musclée d’un tiers – devient obligatoire à la cour, ­Catherine de Médicis ayant interdit par décret l'apparition des tailles épaisses.

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lles sont nombreuses à sacrifier leur santé et leur bien-être contre la promesse d'une silhouette en forme de sablier, d'une taille ultra fine et une poitrine soutenue. Capacités pulmonaires diminuées, côtes déplacées, muscles atrophiés, constipation ou encore malaises dus au manque d'air, rien n’y fait ! Un temps remisé au placard au XVIIIe siècle, le corset fait un retour remarqué en 1810, avec la tendance du décolleté, puis en 1893 avec l’apparition du célèbre corset victorien qui s’allonge et se pare de jarretelles, ce qui supprime la jarretière.

La révolution du New Look La guêpière telle qu’on la connaît voit le jour à la Libération. Le créateur Marcel Rochas (1902-1955) l’aurait inventée en 1945 : elle prend alors la forme d’une gaine étroite à portejarretelles, descendant jusqu’aux hanches. Rochas crée un modèle sur mesure en chantilly noire pour celle qu'on surnomme « Baby Vamp », l'actrice américaine Mae West, célèbre pour ses tenues affriolantes et ses répliques sulfureuses (dans le film Lady Lou réalisé par Lowell Sherman en 1933, elle assène à Cary Grant sa fameuse réplique : « Là, dans ta poche, c'est ton revolver ou t'es juste content de me voir ? »). Après Mae West, la pose en guêpière séduit Hollywood, de Rita Hayworth à Ava Gardner en passant par Marilyn Monroe. En 1947, elle connaît une renommée mondiale grâce au New Look – terme avancé par Carmel Snow (1887-1961), rédactrice du Harper’s Bazaar – lancé par le couturier Christian Dior (1905-1957), qui précise : « pas de mode sans sous-vêtements. » Après des années de privation, les femmes apprécient ce retour à l'extravagance et à la féminité : les jupes prennent de l’ampleur, les bustiers pigeonnent, la taille est cintrée. Avec Dior, la guêpière a gagné ses galons d’accessoire de mode.

Heiress of the corset The origins of the basque go back to Antiquity, when coquettish girls wanting to show off their tiny waists, wore a corset over their clothes. In 1370, the corset was worn high up, completely covering the bust. The plain bodice of whalebone and coutil, caused the wearer to suffer horribly. Rigid and heavy, it painfully flattened the bosom and cinched the waist. From 1550, this object of daily torture – whose tight lacing up the back required the intervention, sometimes strong-armed, of a third party – became compulsory at court, Catherine de Medici having forbidden by decree the appearance of a large waist.

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ountless women thought nothing of sacrificing their health and well-being for the promise of a silhouette with an hourglass figure, an ultra slim waist and a supported bosom. Decreased lung capacities, displaced ribs, wasted muscles, constipation, even dizziness due to lack of air, nothing mattered! Shelved for a time during the 18th century, the corset made a noticeable return in 1810 with the trend for the cleavage, then again in 1893 with the arrival of the famous ­Victorian corset, which was longer and adorned with garters, thus eliminating the garter belt.

The New Look revolution The basque as we know it appeared after the French ­Liberation. The creator Marcel Rochas (1902-1955) invented it in 1945: it resembled a narrow corset with suspenders, going down to the hips. Rochas created a custom-made model in black Chantilly lace for the ­American actress nicknamed “Baby Vamp”, Mae West, famed for her sexy outfits and her sulphurous quotes (in Lowell Sherman's 1933 movie She Done Him Wrong, she stuns Cary Grant with her famous retort: “is that a gun in your pocket or are you just pleased to see me?”). After Mae

West, striking a pose in a basque seduced ­Hollywood, from Rita Hayworth to Ava Gardner, not forgetting ­Marilyn Monroe. The basque became world-famous in 1947 thanks to the New Look – a term coined by Carmel Snow (1887-1961), editor of Harper’s Bazaar – launched by the fashion designer Christian Dior (1905-1957), who specified: “without proper foundations there can be no fashion”. After years of hardship, women appreciated the return to extravagance and femininity: skirts became fuller, bustiers pushed up the bosom, the waist became hand-span. With Dior, the basque earned its stripes as a fashion accessory. APRIL 2016 France-Amérique

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ICONIC

Pour un érotisme chic Si l'engouement des femmes pour le soutien-gorge et le collant, mieux adaptés aux danses endiablées du rock, précipite un temps le déclin de cet accessoire de charme, le modèle de guêpière bordée d'un jupon court fait fureur en 1958 et relance la mode. Les femmes au foyer réalisent peu à peu que cet accessoire de charme leur est aussi dédié. Mais le féminisme prônant le port du pantalon attaque à nouveau la guêpière, associée à la soumission de la femme objet dans les années 60. Elle semble condamnée au rang de lingerie vulgaire, un symbole d'érotisme destiné aux femmes de mauvaise vie.

Towards a chic eroticism While the craze for women to wear a bra and tights, better suited to the wild catapults of rock ‘n’ roll dancing, temporarily precipitated the decline of the accessory of charm, a version of the basque edged with a short underskirt became all the rage in 1958, thus relaunching the fashion. ­Housewives slowly realized that this seductive embellishment was also aimed at them. But the feminist movement, advocating the wearing of trousers, worked against the basque, associating it with women being submissive and treated as a sex object during the 1960's. It seemed condemned to the ranks of vulgar lingerie, a symbol of eroticism intended only for women of ill repute.

" Sous ma guêpière et mes longs jupons, Quelle joie pour un amant D'écarter lentement ces embûches, Ces fanfreluches, noeuds, lacets, rubans Pompons, et la guêpière et les longs jupons " Le parolier Jacques Plante (1920-2003) connaît le succès avec la toute jeune Yvette Giraud qui interprète la chanson Ma guêpière et mes longs jupons (1949). The songwriter Jacques Plante (1920-2003) enjoyed one of his first successes with the young Yvette Giraud, who interpreted the song Ma guêpière et mes longs jupons (1949).

P

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Raffinées et créatives, les nouvelles lignes séduisent les jeunes, comme celle de la Belge Carine Gilson, qui travaille ses pièces 100 % soie et dentelle fine dans un atelier de corseterie à l’ancienne, ensuite présentées dans une boutique boudoir ultrachic de la rue de Grenelle à Paris. La lingerie de mariage, qui doit combiner charme et confort sous une robe de mariée, s’est aussi emparée du modèle, en proposant des guêpières de couleurs nacrées, du blanc ou ivoire. Ornée de dentelle, de tulle, de jeux de laçage et de détails suggestifs, la guêpière s’adapte à tous les styles et toutes les époques. ■

Refined and creative, the new models seduce the young, such as the Belgian designer Carine Gilson, who makes her 100 % silk and fine lace pieces in a workspace using old corsetry techniques, then presents the finished pieces in an ultra-smart boudoir boutique on the rue de Grenelle in ­Paris. Bridal lingerie, which must combine charm and comfort under a wedding dress, has also adopted the style, offering basques in pearly colors, white or ivory. ­Decorated with lace, tulle, with criss-cross lacing and suggestive details, the basque adapts itself to all styles and periods. ■

outant, la guêpière fait à nouveau parler d’elle. ­Sophistiquée et ultra-féminine, on la trouve aujourd’hui dans toutes les boutiques de lingerie fine. Des créateurs français comme Jean Paul Gaultier (pour Madonna), Chantelle ou Chantal Thomass réinventent cette lingerie raffinée, mêlant satin et dentelle. En France, la guêpière de la marque Maison Close mise sur la transparence, tandis qu’Aubade opte pour une silhouette plus structurée. Plus prude, la guêpière Rosy d’inspiration Rétro, associe matières douces et élégance.

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owever, the basque has once again become a conversation piece. Sophisticated and ultra-feminine, we find it in all of today's fine lingerie boutiques. French designers such as Jean Paul Gaultier (for Madonna), Chantelle and Chantal Thomass have rein­ vented this sophisticated piece of lingerie, mixing satin and lace. In France, the basque by the Maison Close brand emphasises its transparency, whereas Aubade opts for a more structured silhouette. More prudish, the Rosy basque with its retro inspiration, associates soft fabrics with elegance.


ICONIC

L'effeuilleuse Dita Von Teese porte une guêpière inspirée des années 50. Stripteaser Dita Von Teese wearing a vintage-inspired basque from the 50's. APRIL 2016 France-Amérique

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GASTRONOMIE

Daniel Rose ou le retour du chef prodigue

the Parisian chef comes home to America

By Hadrien Gonzales / Translated from French by Alexander Uff

Arrivé en France il y a dix-huit ans pour étudier l’histoire de l’art et Le Banquet de Platon, le chef américain a pris un virage à 180 degrés. Délaissant l’université pour se tourner vers la cuisine, il ouvre Spring, un établissement parisien à succès où l’on goûte une cuisine française « décontractée ». Après l’ouverture de deux nouvelles adresses à Paris, le chef s’apprête à décliner sa cuisine française à New York, dans le quartier de Soho. Sa première incursion aux États-Unis ! American chef Daniel Rose arrived in France 18 years ago to study art history and Plato’s Le

Banquet, but then completely changed direction. He left university to devote himself to cooking and opened Spring, a successful Parisian restaurant offering “relaxed” French cuisine. After opening two other establishments in Paris, Daniel Rose is now getting ready to serve up his own style of French fare in the SoHo neighborhood of New York – a first for the young chef!

© Brent Herrig

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GASTRONOMIE

«

Daniel Rose et son équipe aiment la France et tout ce qui est f­rançais. » Cette déclaration d’amour s’affiche en toutes lettres sur le site internet du restaurant Spring. Dix ans après l’ouverture de sa première adresse à Paris le chef américain ­ de Chicago s’ingénie toujours à décliner les standards tricolores avec une justesse épatante : « Saint-Jacques, croustillant de pied de porc, truffe noire et topinambours »,­ « bar cuit sur les écailles, poireaux et sauce matelote » ou « pommes boulangères et agneau confit ». Il y a quelques mois, le chef surprenait le tout ­Paris en inaugurant La Bourse et la Vie (quartier de la Bourse), un bistrot typique situé derrière une façade sans enseigne, où l’on mange notamment un superbe pot-au-feu flanqué d’une tête de veau poêlée avec sauce ravigote. En avril, il reprendra Chez la Vieille, une table mythique du quartier des Halles, ancien « ventre de Paris » en pleine recomposition. Ce n’est pas tout ! Daniel Rose devrait inaugurer au printemps 2016 son tout premier restaurant aux États-Unis, une table française (évidemment) dans le « 11 Howard » : un hôtel chicissime en plein New York, à la croisée du Bowery, de Chinatown et de Little Italy. « C’est fou, dit-il attablé chez Spring. J’ai l’impression de faire le même geste que lorsque je suis arrivé en France. Je suis sûr que les choses que je vais découvrir seront aussi fortes. » Les ouvertures d’établissements se succèdent, et l’emploi du temps du chef s’emballe (il nous aura fallu cinq mois pour obtenir un rendez-vous). Daniel Rose, lui, aura attendu le double avant de s’extraire de son QG du Spring et de partir à l’aventure se dédoubler dans une, deux, puis trois adresses des deux côtés de l’Atlantique. Le temps nécessaire pour capitaliser sur son expérience, bâtir une identité. « On a ouvert Spring sur une page blanche, en créant tous les jours quelque chose de nouveau, dit-il. Petit à petit, on a construit des filets de sécurité pour pouvoir prendre des risques, avancer sans savoir exactement ce que cela va provoquer.

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“Daniel Rose and his team love France and all things French.” This declaration of love is proudly displayed on Spring’s website. Ten years after opening his first restaurant in Paris, the Chicago-born American chef still constantly strives to create ingenious interpretations of French standards with astonishing precision. Highlights include “Scallops with crispy pigs’ trotters, black truffle and Jerusalem artichokes”, “Sea bass cooked on the skin, leeks and matelote sauce” and “pommes boulangères with preserved lamb”. The chef surprised the French capital just a few months ago with the inauguration of his new restaurant La Bourse et la Vie in the Bourse neighborhood. The latest establishment is a typical bistro hidden behind a plain façade, and serves a superb potau-feu alongside a seared tête de veau and a sauce ravigote. In April the chef will be taking the reins at Chez la Vieille, a legendary restaurant in Les Halles neighborhood known as the “underbelly of Paris” and currently undergoing major renovation work. And that’s not all! ­Daniel Rose is also set to open his very first restaurant in the United States in spring 2016. The French restaurant (obviously) will be located in the 11 Howard, a hotel at the height of chic in central New York, between the Bowery, Chinatown and Little Italy. “It’s just crazy”, he says while sat at a table in Spring. “I feel like I’m reliving exactly what happened when I got to France. I’m sure I’ll have the same incredible experiences.”

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ith the continuous opening of new restaurants, Daniel Rose’s schedule has grown increasingly busy (it took us five months to get an interview). But the chef waited twice as long before feeling comfortable enough to leave Spring and set out on an adventure, dividing his time between one, two and now three restaurants on both sides of the Atlantic. He needed to take the time to capitalize on his experience and forge an identity. “We didn’t have a plan when we opened Spring, we just created something new every day”, he says. “We gradually built a safety net which allowed us to take risks and move forward without really knowing what would come of it.


GASTRONOMIE

Le chef de Chicago décline les standards tricolores avec une justesse épatante

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ujourd’hui, le filet, c’est mon équipe, mon style de cuisine. Je fonce sans regarder à côté, sans être sûr que mes choix soient les bons. » À New York, il s’appuiera sur le multi-restaurateur et favori des critiques, Stephen Starr, déjà aux commandes de Upland, The Clocktower, Morimoto et Buddakan. Une caution en or massif.

Ce matin-là, chez Spring, la conversation oscille entre l’anglais et le français, puis du français à l’anglais. Quand le cuisinier s’exprime en français (le plus souvent), ses phrases envoient des éclairs de poésie. On se demande s’ils sont volontaires. D’un idiome à l’autre, les mots ne s’équivalent pas toujours : il y a du jeu, une marge, un écart. C’est dans ces interstices, que s’introduisent – pour emprunter un terme de Verlaine dans L’Art Poétique – ses plus belles « méprises ». On le soupçonnerait même de les cultiver... car il en va de la cuisine comme de sa manière de parler, et ses atermoiements aboutissent souvent à d’heureux accidents. Comme cette sole au cidre, imaginée un soir chez lui avec les moyens du bord, et que l’on retrouve à la Bourse et la Vie. « Il faut juste ne pas aller trop loin pour pouvoir profiter de son erreur. Quand je travaille un joli bar, je dois savoir m’arrêter juste avant de le bousiller. »

Today the safety net is my team and my style of cuisine. I charge forward with my head down, and I’m never sure I’m making the right decisions.” His upcoming New York restaurant will be supported by Stephen Starr, who already has a place as the critics’ darling and manages Upland, The Clocktower, Morimoto and Buddakan. A solid-gold safety deposit. Our morning interview at Spring switched from French into English and back again. The chef speaks mostly in French, and when he does his sentences are a little like poetry. It’s hard to know if it’s deliberate or not. From one idiom to the next, the words don’t always add up. There’s a slack, a gap, something missing. And it’s in these moments that Daniel Rose produces his finest méprises, or “misunderstandings”, to quote Verlaine’s L’Art Poétique. He could even be suspected of playing on it. His experimental manner of speaking is in fact similar to the way he cooks, and his trial-anderror method often produces fortunate accidents. One example is a sole cooked in cider, a dish he once threw together from nothing at home, and which is now on the menu at La Bourse et la Vie. “You just have to make sure you don’t go too far so you can benefit from your mistake. When I’m cooking a choice piece of sea bass, I need to know when to stop to avoid ruining it.”

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GASTRONOMIE

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venant, désinvolte, discret, Daniel Rose a des airs d’éternel adolescent. Il faut être américain pour oser exécuter des plats français en osant le pied-de-nez aux tendances culinaires. « Chez Spring, la cuisine n’est pas ‘remarquable’ : nous ne sommes pas dans la démonstration. Le but, c’est plutôt d’essayer de bien nourrir les gens, relève-t-il avec humilité. En France, il y a très peu d’endroits où l’expression libre existe encore. Tout est plus ou moins formaté. Même l’avantgarde est formatée. Il y a très peu de gens qui sont capables de penser hors du système : il reste Alain Passard, Pierre Gagnaire... » Si le Spring n’a pas été étoilé par le Guide Michelin, d’aucuns racontent que plusieurs toques étoilées en ont fait leur table d’élection. « Régulièrement des chefs indigènes viennent zyeuter l'estranger (pomper ses idées, pour être clair) », écrivait récemment le célèbre critique François Simon dans le journal Le Monde.

Un retour aux sources Notre homme est né en 1977 dans une famille juive de la banlieue chic de Chicago. Lorsqu’il débarque à Paris en 1998, c’est pour étudier l’histoire de l’art, puis l’architecture. Son goût pour la bonne chère le conduit en fait à ­l’Institut Paul Bocuse, près de Lyon, temple de la tradition, où il apprend les gestes de la haute cuisine française. Puis il entreprend un tour de France des brigades étoilées : Jean-Luc L'Hourre dans le F­ inistère, ­Pascal Alonso à V ­aison-la-Romaine, ­ Yannick ­Alléno au Meurice, à Paris. En 2003, il pilote pendant un an un restaurant de luxe au ­Guatemala. 24

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Daniel Rose is likeable, relaxed and discrete, and has the air of an eternal adolescent. Only an ­A merican would have the nerve to serve French dishes while thumbing his nose at culinary trends. “The cuisine at Spring isn’t what you would call ‘remarkable’. We don’t focus on the spectacle, our priority is to serve people good food”, he says modestly. “France suffers from a lack of restaurants with freedom of expression. Everything more or less follows the rules, even the avant-garde establishments! There are very few people who are able to think outside the box. Alain ­Passard and Pierre Gagnaire are two of them.” While Spring doesn’t have a Michelin star, many local ­ Michelin-starred chefs have a predilection for the restaurant. “French chefs often come and take a look (and try and steal ideas, to be frank)” wrote the renowned critic François Simon in a recent edition of Le Monde.

A return to his roots

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aniel Rose was born into a Jewish family in chic suburbs of Chicago in 1977. He originally came to Paris in 1998 to study art history, then architecture, but his love of good food instead took him to the Institut Paul Bocuse near Lyon, a temple of tradition where he learned the ropes of French haute ­cuisine. He then travelled around France working for Michelin-starred chefs. His adventures led him to work for Jean-Luc L'Hourre in Le Finistère in Brittany, Pascal Alonso in Vaison-la-Romaine and Yannick Alléno at Le Meurice in Paris.


GASTRONOMIE

La traditionnelle bûche de noël revue par le Spring : petit gâteau aux noisettes avec de la meringue et des noisettes caramélisées. Spring’s play on a traditional Yule log – a little hazelnut cake with meringue and caramelized hazelnuts. APRIL 2016 France-Amérique

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GASTRONOMIE

En 2006, il s’installe enfin à son compte dans le IXe arrondissement de Paris. Deux ans plus tard, le Figaroscope, supplément du Figaro dédié aux sorties, établit le classement des adresses les plus prisées de la capitale. Avec ses 18 couverts et ses cinq mois d’attente pour dégotter une table, le « premier » Spring installé dans un petit local du IXe arrondissement, caracole en tête de liste. 2010 sera l’année du déménagement dans son actuel repaire de 44 places. Le lieu est fermé au déjeuner mais il envoie deux services au dîner. La clientèle ? Moitié française, moitié étrangère, principalement des Américains venu saluer l’enfant prodigue. Tendant son smartphone, le chef montre un courriel reçu la veille : « Nous aimerions beaucoup vous recevoir avec votre famille à New York. Venez donc dîner. Si vous voulez prendre l’air, venez chez nous dans les Hamptons ». Ce genre d’invitation est fréquente.

He managed a luxury restaurant in ­ uatemala in 2003, and finally set up his own G establishment in the 9th arrondissement of Paris in 2006. The Figaroscope – a cultural and gastronomical supplement magazine of Le Figaro – published a list of the French capital’s finest establishments two years later. With 18 covers and a five-month wait to get a reservation, the “first” Spring nestled in a tiny space in the 9th arrondissement came out on top. The year 2010 saw the restaurant move to its current site, which now offers 44 covers. While closed for lunch, it has two evening services. The crowd is a mixture of French diners and international visitors, most of whom are ­Americans eager to congratulate their child prodigy. Daniel Rose passed me his smartphone to show me an email he received the day before: “We’re eager to have you and your family in NYC. Please come over for dinner. If you’d like to get away, come to our house in the Hamptons.”

utant dire que, sur la Côte Est, le public huppé est déjà acquis à sa cause. Mais le succès parisien est-il vraiment transposable à New York ? « Je suis allé dîner chez ­Daniel Boulud, se rappelle-t-il. Ai-je été fasciné par la nourriture ? Non, j’ai été fasciné par le savoir-faire et le niveau d’exigence à une telle échelle. Aux États-Unis, on tend davantage vers l’industrie que vers l’artisanat. » Pas droit à l’erreur, ni aux « méprises ». En cuisinant en version originale, le chef conservera-t-il sa poésie ? « Nous n’avons pas les meilleurs produits du monde. Mais avec ces ingrédients-là, notre culture et notre économie, on tire la meilleure expression culinaire possible. » Joli défi ! ■

his sort of invitation is nothing out of the ordinary, and it goes without saying that the smart-set clientele on the East Coast are already backing him. But can he really repeat his Parisian success in New York? “I had dinner at Daniel Boulud’s restaurant”, he says. “But I wasn’t fascinated by the food. I was fascinated by the expertise and unbelievably high standards. In the United States we tend more towards industrial than artisanal.” Daniel Rose will have no room for error, nor for “misunderstandings”. Will the chef keep his poetic identity in his native country? “We don’t have the best products in the world. But with our ingredients, our culture and our economy we can create the best culinary expression possible.” Challenge accepted! ■

A

T

11 Howard. 11 Howard Street, New York, NY 10013. +1 212 235 111. www.11howard.com Spring. 6, rue Bailleul, 75001 Paris. +33 (0)1 45 96 05 72. www.springparis.fr La Bourse et la Vie. 12, rue Vivienne, 75002 Paris. +33 (0)1 42 60 08 83. Chez la Vieille. 1, rue Bailleul, 75001 Paris. +33 (0)1 42 60 15 78.

Un aperçu du restaurant Spring à Paris. A glimpse of the Spring restaurant in Paris.

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REPORTAGE

Omaha

parle français SPEAKS FRENCH

By Clément Thiery / Translated from French by Farah Nayeri

Pendant près de 150 ans, le Nebraska était français. Mais depuis que le territoire a été vendu aux États-Unis en 1803, la présence française a quasiment disparu : seule une poignée de Français vit aujourd’hui dans l’État. À Omaha, toutefois, une communauté de francophiles convaincus soutient le français et contribue à la diversité culturelle du Midwest. For nearly 150 years, Nebraska was French. But ever since 1803, when the territory was sold to the United States, the French presence has all but disappeared: only a handful of French people live in the state today. Still, a dedicated Francophile community in Omaha champions the French language and contributes to cultural diversity

© thaddeus roan

in the Midwest.

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REPORTAGE

S

ur l’esplanade de l’Université du Nebraska à Omaha, ­ trois étudiants en short se passent un ballon de football. Pendant ce temps, autour d’une longue table de bois sombre, salle 344, cinq étudiants dissertent sur les nuances de la grammaire française : articles définis, articles indéfinis et articles partitifs. Devant chacun, un livre ouvert à la page 179 et un gobelet de café grand format. À la manière d’une partie de ping-pong, c’est le nom de l’exercice, les membres du groupe répondent à tour de rôle aux questions de l’exercice 5. « Philippe aime la salade », commence Barb, une sémillante retraitée. « Alors il a mangé de la salade. » Cheveux d’argent, t-shirt rose et veste en jean, Kathryn enchaîne : « Mademoiselle Lafontaine aime l’eau, alors elle a pris… de l’eau ! » Krissy Abdouch-Stiles félicite ses élèves de français niveau 3B. « Great job, guys ! » L’horloge de la salle marque 11 heures 30, un radieux samedi de février. Le deuxième trimestre s’achève à l’Alliance Française d’Omaha, où une quarantaine d’adhérents assistent aux cours de français hebdomadaires. « Ce n’est pas beaucoup », explique Josselin de Montjoye, l’un des instructeurs. Quadragénaire souriant, né près de Versailles d’un père français et d’une mère américaine, il vit à Omaha depuis l’âge de treize ans. « Mais c’est un nombre convenable pour un État isolé comme le Nebraska. » Au centre géographique des États-Unis, le ­Nebraska est un fly-over state : les vols New YorkSan Francisco zèbrent le ciel d’Omaha, mais rares sont les passagers qui s’arrêtent à Eppley Airfield, l’aéroport local. Avec 447 000 habitants, Omaha est plus petite qu’Atlanta, mais plus grande que Miami ou Toulouse. La 41e ville la plus grande des États-Unis n’est pas réputée pour ses plages ni ses clubs de jazz, mais pour ses steaks, ses abattoirs, ses banques d’investissement et ses compagnies d’assurances.

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On the esplanade of the University of N ­ ebraska at Omaha, three students in shorts pass a football around. Meanwhile, in room 344, five students discuss the nuances of French grammar around a long dark-wood table: definite articles, indefinite articles and partitive articles. Each has a book opened to page 179 and a large cup of coffee. As in a game of pingpong – the name given to the exercise – group members take turns answering the questions in exercise 5. “Philippe likes salad,” begins Barb, a vivacious retiree. “Therefore he ate salad [il a mangé de la salade].” Silver-haired Kathryn, in a pink T-shirt and denim jacket, adds: “Mademoiselle Lafontaine likes water, therefore she had… water [de l’eau]!” Krissy Abdouch-Stiles congratulates her Level 3B French students. “Great job, guys!”

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he classroom clock strikes 11:30 on a bright Saturday morning in February. The second term is drawing to a close at Omaha’s Alliance Française, where some forty members attend weekly French lessons. “That’s not a lot,” notes Josselin de Montjoye, one of the instructors. Born near Versailles to a French father and an American mother, the good-natured forty-something teacher has been living in Omaha since the age of 13. “But it’s adequate for an isolated state such as Nebraska.” Located at the geographic heart of the United States, Nebraska is a fly-over state: New York-San Francisco flights streak across the Omaha sky, but very few passengers stop at Eppley Airfield, the local airport. With a population of 447,000, Omaha is smaller than Atlanta, yet larger than Miami or Toulouse. The 41st largest city in the United States is not known for its beaches or jazz clubs, but rather for its steaks, its slaughterhouses, its investment banks and its insurance companies.


REPORTAGE

Une fois passée la banlieue d’Omaha et ses pavillons de bois clair, la prairie reprend ses droits. Champs de maïs et routes tracées au cordeau sur la plaine. Deux heures de route jusqu’à Des Moines, trois heures jusqu’à Kansas City, six heures pour Saint Louis ou Minneapolis, huit heures pour rejoindre Chicago ; la 41e ville des États-Unis est une île.

Once you drive past the Omaha suburbs, with their light-wood suburban homes, you’re surrounded by meadows – corn fields and roads stretching in perfectly straight lines across the plains. A two-hour drive to Des Moines, three hours to Kansas City, six hours to Saint Louis or Minneapolis, eight hours to Chicago; the 41st city of the United States is an island.  

Deux-cent Français dans la région

Two hundred French residents in the area

Bien qu’elle incarne une certaine Amérique profonde, conservatrice et repliée sur elle-même, Omaha a toujours été un carrefour. Au XVIIe siècle, les Indiens Omahas (« en amont ») remontent le Missouri et s’installent dans une boucle de la rivière. Plus tard, la ville sert de point de rendezvous pour les chariots en partance vers la Côte Ouest, puis de point de départ pour la construction du chemin de fer transcontinental. À la fin du XIXe siècle, lorsque des abattoirs s’installent dans le sud de la ville, Omaha devient la capitale de l’industrie bovine et emploie des ouvriers venus de toute l’Europe. Un tiers des résidents du Nebraska ont des ancêtres d’origine allemande. En 1917, les États-Unis entrent en guerre contre l’Allemagne, le Nebraska remplace l’allemand par le français dans les programmes scolaires et Félix Jules ­Despecher, un dentiste né à Orsay dans l’Essonne, fonde l’Alliance Française d’Omaha.

Though it is the embodiment of rural ­America, conservative and inward looking, Omaha has always been a crossroads. In the 17th century, Omaha Indians headed up the Missouri and settled in a bend of the river. Later, the city became a meeting place for the carriages heading for the West Coast, then the starting point for the construction of the transcontinental railroad. By the end of the 19th century, when slaughterhouses opened up in the south of the city, Omaha had become the capital of the beef industry, employing workers from all over Europe. A third of Nebraska’s residents are of German descent. In 1917, when the United States went to war with Germany, Nebraska replaced German with French in the school curriculum, and Félix Jules Despecher, a dentist born in Orsay in the Essonne, established Omaha’s ­Alliance Française.

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u lendemain des deux guerres mondiales, les « war brides » françaises, mariées à des soldats américains, arrivent à Omaha et rejoignent l’Alliance Française. Aujourd’hui, la ville a mis de côté son passé industriel—quelques abattoirs subsistent dans la banlieue sud, mais les entrepôts de briques rouges du centre-ville connaissent une seconde jeunesse sous la forme de bars, cafés, restaurants et boutiques branchées—et investit dans les nouvelles technologies. Très permissives, les lois sur le travail attirent l’emploi dans l’État et maintiennent un taux de chômage parmi les plus bas du pays (2,5 %).

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fter the two World Wars, French “war brides” married to American soldiers arrived in Omaha and joined the Alliance Française. Today, the city has cast aside its industrial past – a few slaughterhouses survive in the southern suburbs, but the red-brick warehouses of the city center are getting a second life as bars, cafés, restaurants and trendy boutiques. Meanwhile, Omaha is investing in new technologies. Loose labor laws are driving job creation in the state and producing one of the lowest unemployment rates in the country (2.5%).

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REPORTAGE

La plupart des 318 membres de l’Alliance ne sont pas originaires du Nebraska. Mitzi a appris le français à Saint Louis dans le Missouri, Bernard vient d’une famille franco-canadienne du New Hampshire, Jane a grandi à San Francisco, David vient du Colorado et a été muté à Omaha, Vitalis est nigérian, Pierre est né à Morlaix. Cédric Fichepain, lui, vient de la région parisienne. En 1993, un BTS Commerce en poche, il décide de partir à l’étranger pour apprendre l’anglais. « Trop de Français » en Angleterre, il se tourne vers les États-Unis. Un cousin l’informe d’un programme linguistique animé par une université à Omaha. Il cherche le Nebraska sur une carte et fait ses valises. Vingt-trois ans plus tard, Cédric Fichepain vit toujours à Omaha. Il a rencontré sa femme, américaine, dans un cours de business international, s’est marié, est devenu papa de trois garçons et a ouvert un restaurant et deux boulangeries. Depuis septembre 2013, il remplit également les fonctions de consul honoraire pour la circonscription du Nebraska, du Dakota du Sud et du Dakota du Nord, et administre les quelque 200 Français qui vivent dans la région.

Most of the 318 members of the Alliance are not from Nebraska originally. Mitzi learned French in Saint Louis, Missouri; Bernard comes from a French-Canadian family in New Hampshire; Jane grew up in San Francisco; David comes from Colorado and was transferred to Omaha; Vitalis is Nigerian; Pierre was born in Morlaix. Cédric Fichepain comes from the Paris area. In 1993, a business degree in hand, he decided to go abroad to learn English. Deciding that there were “too many French people” in England, he opted for the United States. A cousin told him about a language program at a university in Omaha. He looked Nebraska up on a map and packed his bags. Twenty-three years later, Cédric Fichepain still lives in Omaha. He met his American wife on an international business course, got married, became the father of three boys, and opened a restaurant and two bakeries. Since September 2013, he also serves as Honorary Consul for Nebraska, South Dakota and North Dakota, and administers the 200 or so French residents in the region.

« Corriger les stéréotypes »

“Correcting stereotypes”

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la différence des Français de New York ou de Los Angeles, explique Cédric Fichepain, les 152 Français recensés dans le ­Nebraska ne se considèrent guère comme des expatriés. Beaucoup sont arrivés comme étudiants, se sont mariés et ont fondé une famille. Ils ont perdu leur accent, mais donnent des prénoms français à leurs enfants ; ils rentrent en France l’été mais n’envisagent pas de quitter Omaha. Ils sont américains, nés en France. Tous leurs enfants ne parlent pas le français. Jumelé avec Shizuoka au Japon, Omaha offre depuis 1986 un programme d’enseignement extra-scolaire bilingue agréé par le ministère de l’éducation japonais. Mais faute de demandes, il n’y a rien d’équivalent pour le français. Les établissements bilingues les plus proches sont à Kansas City, Saint Louis et ­Minneapolis. À Omaha, seuls deux établissements offrent des cours de français dès la maternelle : l’école Brownell-Talbot et l’école Montessori, toutes deux privées. Les établissements publics, eux, n’offrent des cours de langues étrangères qu’à partir de l’âge de 11 ou 12 ans.

Unlike the French residents of New York or Los ­Angeles, says Cédric Fichepain, the 152 French citizens registered in Nebraska do not see themselves as expatriates. Many arrived as students, got married and started a family. They have lost their accent, yet give French names to their children; they go back to France in the summers, yet have no plans to leave Omaha. They are Americans, born in France. Not all of their children speak French. Since 1986, Omaha, which is twinned with Shizuoka in Japan, offers a bilingual extra-curricular education program approved by the Japanese Ministry of Education. Yet due to a lack of demand, the program has no Frenchlanguage equivalent. The closest bilingual schools are in Kansas City, Saint Louis and Minneapolis. In Omaha, there are only two schools offering classes in French from kindergarten level: the Brownell-Talbot school and the Montessori school, both private. Public schools only offer foreign-language courses from the age of 11 or 12.

Les entrepôts de briques rouges du vieux marché d'Omaha connaissent une seconde jeunesse sous la forme de bars, cafés, restaurants et boutiques branchées. The red-brick warehouses of Omaha's Old Market are getting a second life as bars, cafés, restaurants and trendy boutiques. 32

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REPORTAGE

Deux lycées publics, toutefois, proposent à leurs élèves de suivre le cursus du Baccalauréat International. Ce dernier n’est pas reconnu par le ministère de l'Éducation nationale français mais est accepté par la majorité des universités françaises. Les familles, essentiellement franco-américaines, inscrivent leurs enfants dans les écoles américaines et « se débrouillent à la maison », explique Cédric Fichepain. Seuls une dizaine de Français sont membres de l’Alliance Française d’Omaha ; celle-ci accueille avant tout les ­Américains francophiles. « Très peu de nos membres sont nés en France, mais tous sont tombés amoureux de la France », sourit Anne Marie Kenny, présidente de l’Alliance depuis 2012, devenue francophile en chantant Brel et Piaf dans les cafés du Vieux Marché d’Omaha, puis à Paris où elle a vécu pendant dix ans. « Nous essayons de présenter un visage moderne de la culture française, tout en observant ses traditions. » Au programme de cette année : une projection de La Belle et la Bête de Jean Cocteau, une conférence sur la peintre Élisabeth Vigée-Le Brun, une discussion sur la vie en France au lendemain des attentats de 2015, un pique-nique en l’honneur du 14 Juillet, un tournoi de pétanque et une dégustation de Beaujolais Nouveau.

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epuis qu’elle propose des cours de français, l’Alliance a rajeuni son public et a vu le nombre de ses adhérents augmenter. Professeure d’espagnol dans une petite ville à deux heures à l’ouest sur l’Interstate 80, Rochelle Rodriguez se rend à Omaha tous les samedis matins pour son cours de niveau 1B. Elle apprend le français en hommage à sa mère, qui « a toujours voulu apprendre la langue », mais aussi pour pouvoir encourager l’équipe guadeloupéenne de soccer qu’elle suit de près. Vitalis Anyanike, lui, vient du Nigéria. Pasteur dans deux églises du nord d’Omaha, il s’est mis au français pour pouvoir parler avec ses paroissiens venus d’Afrique occidentale, une communauté de plus en plus nombreuse. Chaque dimanche, « les services combinent chants africains, chants en anglais et chants en français ! » L’atelier de « français pour les voyageurs », très populaire, contribue aussi à diversifier le public de l’Alliance. Chaque lundi soir, pendant quatre-vingt-dix minutes, ­ Josselin de Montjoye enseigne à ses élèves des mots de français pratique et leur donne « des conseils pour mieux s’orienter dans les gares et les aéroports, trouver des billets de TGV pas chers ou utiliser son téléphone portable en France ». Régulièrement, il corrige aussi des stéréotypes : « Non, les serveurs français ne sont pas bizarres ; ils sont différents ! » 34

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Still, two public high schools provide the I­nternational Baccalaureate option as part of their curriculum. That curriculum is not recognized by the French Ministry of Education, but is accepted by most French universities. The mainly French-American families enroll their children in ­American schools and “do the rest at home,” explains Cédric Fichepain.

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here are only about ten French members of Omaha’s Alliance Française; mostly, the Alliance welcomes ­ Francophile Americans. “Very few of our members ­ were born in France, but all have fallen in love with France,” smiles Anne Marie Kenny, the ­Alliance’s president since 2012, who became a Francophile while singing tunes by Jacques Brel and Edith Piaf in Omaha’s Old Market cafés, and later in Paris, where she lived for ten years. “We try to present a modern face of French culture, while respecting its traditions.” On this year’s program: a screening of Jean Cocteau’s La Belle et la Bête, a conference on the painter Élisabeth Vigée-Le Brun, a talk on life in France after the 2015 attacks, a picnic in honor of Bastille Day, a pétanque tournament and a Beaujolais Nouveau tasting. Since it started offering French courses, the ­Alliance is attracting younger members, and has seen a rise in its membership. Rochelle ­Rodriguez, a Spanish professor based in a small city two hours west on Interstate 80, goes to Omaha every Saturday morning for her Level 1B course. She learns French in homage to her mother, who “always wanted to learn the language,” but also to encourage the Guadeloupe soccer team, which she follows closely. Vitalis Anyanike comes from ­Nigeria. A pastor active in two churches in N ­ orthern Omaha, he learned French to communicate with his West African parishioners, a thriving community. Every Sunday, “the services combine African, English and French religious chants!” ­ The highly popular “French for Travellers” workshop also helps broaden the Alliance’s audience. For ninety minutes on Monday evenings, Josselin de Montjoye teaches his students practical French words, and gives them “advice on how to navigate train stations and airports, find inexpensive TGV tickets or use their cellphones in France.” He also regularly battles stereotypes: “No, French waiters are not strange; they are different!”


REPORTAGE

Vers plus de cours en ligne

Towards more online courses

En descendant Dodge Street vers l’ouest au delà de la maison du milliardaire Warren Buffet, s’étendent les bâtiments de l’Université du Nebraska. Le samedi matin, les cadets des lycées voisins marchent au pas dans les allées du campus, fusil à l’épaule. « Le français s’accroche, mais l’espagnol a le vent en poupe aujourd’hui », s’inquiète Juliette Parnell-Smith dans son bureau, au troisième étage du bâtiment des Arts et Sciences. À Omaha, 12,5 % des foyers parlent espagnol à la maison. Dans les quartiers du sud de la ville, où les abattoirs trouvent dans les récents immigrés hispaniques une main-d’œuvre bon marché, le chiffre s’élève à 70%. « Les choses ont empiré pour le français depuis que je suis arrivée en 1992 », poursuit la professeure née en région parisienne. Chute des inscriptions, coupes budgétaires et fermetures de classes, les départements de français du Nebraska connaissent un déclin similaire à ceux des autres universités américaines. Pour limiter les dépenses et accroître le recrutement des élèves, l’université encourage ses enseignants à se tourner vers les cours de français en ligne. Civilisation et littérature se prêtent particulièrement bien à cet enseignement à distance. Depuis l’été dernier, Juliette Parnell-Smith enseigne en ligne son cours « Lire en français ». Elle s’intéresse maintenant aux nouvelles technologies pour promouvoir l’oral dans ses classes en ligne. « Dans quatre ou cinq ans, ce sera possible ! »

Heading west on Dodge Street, past the home of the billionaire Warren Buffett, is the ­University of Nebraska campus. On Saturday mornings, cadets from nearby high schools march down the campus paths, a rifle resting on their shoulder. “French is hanging on, but Spanish is cruising ahead,” worries Juliette Parnell-Smith in her office on the third floor of the Arts and Sciences building. In Omaha, 12.5% of households speak Spanish at home. In southern districts of the city, where slaughterhouses find cheap labor among recent Hispanic immigrants, the number reaches 70%. “Conditions have worsened for the French language since I arrived in 1992,” adds the teacher, who was born in the Paris area. A drop in enrollment, budget cuts and class closures: Nebraska’s French departments are experiencing similar declines to those experienced at other American universities. To limit spending and boost student enrollment, the university encourages its lecturers to turn to online French teaching. Civilization and literature are particularly suited to distance learning. Since last summer, Juliette Parnell-Smith teaches her “Reading in French” course online. She is now interested in using new technologies to promote spoken French in her online classes. “In four or five years, it will be possible!”

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e nombreux étudiants associent également le français à d’autres matières dans le cadre de doubles diplômes de plus en plus populaires : français-sciences politiques, français-histoire, français-biotechnologie, etc. Le cours de « français des affaires », créé à l’Université du Nebraska à l’initiative de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris, est « extrêmement populaire ». Même constat à Creighton University, une université privée dans le centre d’Omaha où la majorité des cours de français sont aujourd’hui donnés dans le cadre de doubles diplômes. Autrefois un établissement jésuite tourné vers les lettres, l’université investit considérablement dans le commerce, le droit, la médecine et le sport pour rester compétitive et attirer les étudiants des États voisins. En 2014, le programme de français a été réduit de moitié. Dans son bureau poussiéreux, Thomas Coffey soupire. Depuis 1977, il enseigne le français, mais aussi l’allemand et l’espagnol. « Les étudiants ne viennent plus ici pour les langues, mais pour les écoles professionnelles. »

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any students also combine French with other subjects as part of an increasingly popular wave of double degrees: French-Political Science, F ­ rench-History, French-Biotechnology, etc. The “Business ­ French” course started by the Paris Chamber of Commerce and Industry at the University of Nebraska is “extremely popular.” The same is true of C ­ reighton ­University, a private institution in Midtown Omaha, where the majority of French courses are taught today as part of a double degree. Formerly an arts-oriented Jesuit institution, the university invests substantially in business, law, medicine, and sports to stay competitive and attract students from neighboring states. In 2014, the French program was cut in half. Thomas Coffey sighs in his dusty office. Since 1977, he has taught French, but also ­German and Spanish. “The students don’t come here for languages anymore, but for the vocational schools.”

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REPORTAGE

À l’Université du Nebraska à Omaha, les cours de français sont de plus en plus souvent donnés en ligne pour réduire les dépenses. At the University of Nebraska at Omaha, French classes are also frequently available online in order to reduce costs. © Clément Thiery 36

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REPORTAGE

« Combler ce vide »

“Filling that void”

Le français n’en demeure pas moins une langue de choix dans le Nebraska : il se situe juste derrière l’espagnol, à égalité avec l’allemand, dans l’enseignement secondaire. Lorsque Mitzi Friedman a quitté Westside High School pour prendre sa retraite en 2013, son poste a été immédiatement pourvu. Cette même année, les collèges et lycées publics d’Omaha ont engagé cinq nouveaux professeurs de français. Cinq nouvelles ouvertures de poste ont déjà été annoncées pour la rentrée de septembre 2016. La tendance est inversée dans les petites villes isolées du Nebraska où les établissements ne parviennent pas toujours à remplacer les enseignants retraités. Les cours de français cessent. « Tant que l’école offre des cours d’espagnol, ça semble suffire », soupire Mitzi ­Friedman. « On essaye de créer quelque chose pour combler ce vide. »

French still remains a language of choice in ­Nebraska – just behind Spanish, and on a par with German, in secondary schools. When Mitzi Friedman retired from Westside High School in 2013, her position was immediately filled. That same year, Omaha’s colleges and public high schools hired five new French teachers. Five new openings have already been announced for the new school year in ­September 2016. The opposite trend can be observed in Nebraska’s small, isolated cities, where schools are not always able to replace retiring teachers. French classes are stopping as a result. “It seems enough for the school to offer Spanish classes,” sighs Mitzi Friedman. “We are trying to create something to fill that void.”

a présence française dans le Nebraska n’a pas tout à fait disparu. Certains soirs en fin de semaine, dans la cuisine d’un cottage de la banlieue ouest d’Omaha, une vingtaine de convives partagent des crêpes au froment et conversent en français pendant que d’un auditorium du centre-ville, un concerto de Ravel s’élève sur la plaine. ■

he French presence in Nebraska has not disappeared entirely. On some weekend nights, in the kitchen of a cottage in West Omaha, about twenty guests share whole-wheat crèpes and speak French, while echoes of a Ravel concerto can be heard across the plain, being performed in a downtown auditorium in the city center. ■

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Les Alliances Françaises L’Alliance Française a été créée à Paris en 1883 dans le but de renforcer le rayonnement culturel français à l'étranger. Louis Pasteur, Jules Verne et Ferdinand de Lesseps sont au nombre des fondateurs. Aux États-Unis, l’Alliance compte maintenant 111 branches dans 45 États, animées localement en tant qu’organisations indépendantes à but non lucratif. Elles proposent des cours de français et, via l’organisation d’événements culturels, encouragent la diversité et diffusent la culture francophone.

Les consuls honoraires Aux États-Unis, 54 consuls honoraires servent d’intermédiaires entre l’ambassade de France à Washington D.C. et la communauté française dans les circonscriptions qu’ils représentent. Français ou étrangers, ils sont nommés par le ministère des Affaires étrangères puis délégués par le consul général de leur région pour délivrer des passeports et des procurations de vote, accompagner les visites officielles, organiser des voyages de prospection économique, encourager les échanges ­franco-américains et protéger les ressortissants français. Ils accomplissent leur mission bénévolement.

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The Alliances Françaises The Alliance Française was created in Paris in 1883 with the purpose of bolstering France’s cultural standing abroad. Louis Pasteur, Jules Verne and Ferdinand de Lesseps were among its founders. In the United States today, the ­A lliance has 111 branches in 45 states, and are run locally as independent non-profit organizations. The Alliance offers French courses, encourages diversity and spreads ­Francophone culture.

The Honorary Consuls In the United States, 54 honorary consuls act as intermediaries between the French Embassy in Washington, D.C. and the French community in the districts they represent. They can be French or foreign nationals, and are appointed by the Ministry of Foreign Affairs, then delegated by the Consul General of their region to issue passports and voting proxies, welcome official visitors, organize business prospection trips, encourage French-American exchanges, and protect French nationals. They carry out their mission on a voluntary basis.

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ART

Procession des Chevaliers du Temple au temps des croisades. The Knights Templar procession during the Crusades.

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ART

L’histoire de France racontée à travers l’architecture parisienne

French History As Told Through Parisian Architecture

By Eliot Force / Translated from English by Samuel Todd

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incent Mahé est un artiste et historien français qui semble tout droit sorti de nulle part. Il devrait passer à la postérité avec son formidable ouvrage illustré, 750 Years in Paris, et alors qu’il a travaillé sur d’autres projets comme Neighbours, c’est la première fois qu’il voit son travail projeté sous les feux de la rampe. Le livre est une machine à remonter le temps, et se concentre sur la façade d’une seule rue parisienne et les transformations qu’elle a subies tout au long des siècles. Le livre débute en 1265 et s’achève en 2015, en révélant les nombreux changements opérés sur la façade au cours de moments clés, plus ou moins glorieux, de l’histoire de France, comme la Révolution française en 1789, la rénovation de Paris par Haussmann en 1853, ou lors de périodes beaucoup plus sombres, comme l’occupation nazie durant la Deuxième Guerre mondiale. Exit les mots et les longues explications, Mahé s’appuie sur l’illustration pour raconter l’Histoire dans un style graphique des plus séduisants.

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incent Mahe is a French artist and historian who seemingly sprung from nowhere. His claim to fame is the fantastic illustrated novel, 750 Years in Paris, and while he has worked on other projects such as Neighbours, this is the first project that has majorly propelled him into the limelight. The book is a time machine, focusing on the facade of a single Paris street and the changes it has undergone throughout French history. The book starts in 1265 and ends in 2015, showing the many changes that the facade went through during the biggest turning points and most trying times in French History, such as the French Revolution in 1789, Hausmann’s renovation of Paris in 1853 as well as some devastating lows, including Nazi occupation during WWII. Rather than using words or long explanations, he relies on imagery to tell the story in a charmingly illustrated style. ■ Vincent Mahé, 750 Years in Paris, Ed. Nobrow, 2015. 29 dollars APRIL 2016 France-Amérique

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La Guerre de Cent Ans : Paris est assiégé par les troupes anglaises d’Henry V. The Hundred Years’ War: Paris is besieged by the English troops of Henry V.

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ART

Au XVIIe siècle, les maisons à pans de bois et colombages vont disparaître à la suite d’un décret visant à limiter les risques d’incendie. In the 17th century, the half-tindered houses are about to disappear following a decree aimed to limit the risks of fires.

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14 juillet 1789 : prise de la Bastille et début de la Révolution française. July 14, 1789: storming of the Bastille during the French Revolution.

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ART

Le 18 mars 1871, une émeute éclate sur la butte Montmartre à Paris. Adolphe Thiers, chef du gouvernement provisoire de la République s’enfuit à Versailles. La révolution fera 20 000 victimes. March 18, 1871 a riot broke out in Montmartre, Paris. Adolphe Thiers, head of the French Republic's provisional government, fled to Versailles. The number of casualties reached 20,000. APRIL 2016 France-Amérique

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Deuxième Guerre mondiale : Paris est sous occupation allemande. World War II: Paris is under German occupation.

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4 millions de Français défilent dans la rue pour revendiquer le droit à la liberté d’expression en réponse aux attentats contre Charlie Hebdo. 4 million people in the street defending freedom of speech after the deadly attacks against Charlie Hebdo.

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HISTOIRE

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cinema

Marguerite C’est Mozart qu’on assassine ! *

By Guénola Pellen / Translated from French by Farah Nayeri Le film Marguerite, actuellement en salle aux États-Unis, s'inspire de l’histoire vraie de Florence Foster Jenkins : une Américaine passionnée d’opéra, mais chantant terriblement faux, qui dans les années 1940 tenta une carrière de chanteuse d'opéra aux États-Unis. Un personnage hors du commun, transposé au cinéma par le réalisateur français Xavier Giannoli dans le Paris fantaisiste des années 1920, et incarné avec brio par l’actrice Catherine Frot, récompensée du César (l’équivalent français de l’Oscar) de la meilleure actrice 2016 pour ce film qui a aussi remporté le César du meilleur décor, celui du meilleur costume et de la meilleure bande son.

The movie Marguerite, currently on release in U.S. movie theaters, is based on the true story of Florence Foster Jenkins: an American opera enthusiast who sang impossibly out of tune, yet attempted an operatic career in the United States in the 1940's. The life story of this singular personality has been brought to the big screen by the French director Xavier Giannoli — transposed to the bubbly Paris of the 1920's, and brilliantly played by the actress Catherine Frot, winner of the 2016 César award (the French equivalent of the Oscar) for Best Actress. The movie has also won the César awards for Best Production Design, Best Costume Design and Best Sound. * Note sur le titre. Ce titre du célèbre roman de Gilbert Cesbron, C'est Mozart qu'on assassine (1966), est inspiré par une phrase du roman autobiographique Terre des hommes d'Antoine de Saint-Exupéry, paru en 1939. Marguerite : film français de Xavier Giannoli avec Catherine Frot, André Marcon, Michel Fau, Denis Mpunga (2  h  07).

* Note on the title: This title of Gilbert Cesbron’s famous novel, C’est Mozart qu’on assassine (1966), is inspired by a phrase from Antoine de Saint-Exupery’s autobiographical novel Wind, Sand and Stars, published in 1939. Marguerite: French film by Xavier Giannoli with Catherine Frot, André Marcon, Michel Fau, Denis Mpunga (127 minutes).

Catherine Frot dans le film Marguerite de Xavier Giannoli. Catherine Frot starring as Florence Foster Jenkins in the movie Marguerite by Xavier Giannoli.

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cinema

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’est une histoire américaine peu banale qui a séduit le cinéaste français Xavier Giannoli – Quand j'étais chanteur (2006, avec Gérard Depardieu en chanteur has been) ; À l'origine (2008, avec François Cluzet en usurpateur d’identité) – pour le scénario de son sixième long métrage. Marguerite, sorti en septembre 2015 au cinéma en France, est directement inspiré de la vie de Florence Foster Jenkins (1868-1944). Une Américaine dépourvue de talent lyrique, mais néanmoins persuadée d'être une excellente soprano colorature. C’est en entendant la véritable Florence Foster Jenkins chanter (ou plutôt massacrer) Mozart à la radio, que Xavier Giannoli eut l’idée d’en faire un film. « Elle avait l’habitude de chanter devant un cercle d’habitués et jamais personne de son entourage ne lui avait dit qu’elle chantait complètement faux, par hypocrisie sociale, intérêt financier ou simplement lâcheté… La situation était amusante, avec quelque chose de cruel et de ridicule que j’ai eu envie d’explorer. Une dimension tragique et pathétique, délirante et un peu folle. » À New-York, le cinéaste enquête. « J’ai trouvé beaucoup de coupures de presse évoquant son improbable carrière, son excentricité. J’ai aussi trouvé un enregistrement où elle interprète plusieurs airs classiques, toujours avec la même maladresse hilarante. Sur ce disque, il y avait une photo d’elle avec des ailes d’ange dans le dos et un diadème de reine sur la tête. » Pour le cinéaste, le nom de Catherine Frot s’imposait. « C’est une actrice immensément populaire en France qui reste associée à une certaine forme de vulnérabilité, à la candeur enfantine. »

Le fabuleux destin de Florence Foster Jenkins Narcissa Florence Foster naît le 19 juillet 1868 à Wilkes-Barre, en Pennsylvanie, dans une famille aisée : son père, Charles Dorrance Foster, est avocat et propriétaire terrien. Montrant des dispositions pour la musique, Florence — elle abandonne son prénom Narcissa pendant l’enfance — prend très jeune des cours de piano. Enfant prodige, elle donne son premier récital à l’âge de 8 ans, se produit un peu partout en Pennsylvannie et aurait même joué à la Maison Blanche, occupée alors par Rutherford B. Hayes. 48

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he French filmmaker Xavier Giannoli – who directed Quand j’étais chanteur (2006, with Gérard Depardieu in the role of a once-popular singer) and In the Beginning (2008, where François Cluzet played an impostor) – has chosen a unique American story for the screenplay of his sixth feature film. Marguerite, released in September 2015 in movie theaters in France, is directly inspired by the life of Florence Foster Jenkins (1868-1944): an A ­ merican who was utterly bereft of lyrical talent, yet convinced she was an excellent coloratura soprano. Xavier Giannoli had the idea for the movie when he heard the real Florence Foster Jenkins singing (or rather butchering) Mozart on the radio. “She would sing in front of a group of habitués, and no one in her entourage had ever told her that she sang completely out of tune – whether out of social hypocrisy, financial interest or just plain cowardice… It was an amusing situation, with a cruel and absurd aspect to it that I wanted to explore. A tragic, pathetic dimension, delusional and a little crazy.” The filmmaker researched the life of Florence ­Foster in New York. “I found a lot of press clippings about her improbable career, her eccentricity. I also found a recording of her performing several classical pieces, all in the same hilariously clumsy way. On the record sleeve, there was a picture of her with angel wings sticking out of her back and a tiara fitted over her head.” For the filmmaker, the choice of Catherine Frot in the title role was an obvious one: “She is a hugely popular actress in France who continues to be associated with a kind of vulnerability, a childish innocence.”

The amazing life of Florence Foster Jenkins Narcissa Florence Foster was born on July 19, 1868 into a wealthy family in Wilkes-Barre, ­Pennsylvania. Her father, Charles Dorrance F ­ oster, was a lawyer and a landowner. Demonstrating musical talent early on, Florence – she gave up the name ­Narcissa as a child – took piano lessons at a young age. A child prodigy, she gave her first recital at the age of 8, performed all over Pennsylvania, and is even said to have played at the White House, whose occupant at the time was Rutherford B. Hayes.


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La véritable Florence Foster Jenkins, circa 1900. The real Florence Foster Jenkins, Jenkins, circa 1900.

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es études achevées, Florence ne rêve que d’une chose : partir étudier la musique en Europe pour devenir concertiste. Mais le veto de son père, qui refuse de financer le voyage, est sans appel. Folle de rage, la jeune fille, en guise de représailles, s'enfuit à Philadelphie avec un médecin deux fois plus âgé qu'elle, Frank Thornton Jenkins. ­Malheureuse auprès de cet homme qui, pas davantage que son père, n’encouragea son art (et auprès de qui elle contracta la syphilis qui endommagea gravement son oreille), elle se contenta de devenir professeur de piano. Fuyant une vie qui ne lui convient pas, elle s’installe seule à New York au début des années 1900. Après le décès de son père, la jeune femme hérite d’une confortable rente et, à 41 ans, s’invente une nouvelle vie de « socialite ». Elle dirige plusieurs cercles de la haute société, organise des concerts pour la National Roundtable ou la Mozart Society, et fonde le Verdi Club, à Philadelphie. Elle se met en tête de devenir chanteuse lyrique et multiplie les cours de chant. « Elle poursuit une idée fixe, assure le cinéaste. Sa passion désintéressée pour l'art répond à un besoin rageur de vivre. » Elle fait la rencontre d’un acteur britannique de huit ans son aîné, nommé St. Clair Bayfield. Il devient son manager et le couple légalise plus tard son union en « common-law marriage » (l’équivalent du concubinage français). Il ne cessera de la tromper, mais il accompagne volontiers l’artiste dans les dîners. De son côté, cultivant l’art de sa propre mise en scène, ­Florence Foster Jenkins s'amuse à reconstituer chez elle des « tableaux vivants » : reconstitutions de moments historiques, extraits d'opéra ou de tableaux de maîtres, destinés à être photographiés. On découvre ainsi Florence Foster Jenkins en Brunehilde, revêtue d’une armure et d’un casque, digne héritière des vierges héroïnes wagnériennes. Ou en Elsa dans Lohengrin, la tête couronnée, posant fièrement au côté d'un faux cygne. « Comme le Charlot de Charlie Chaplin, Marguerite appartient aux personnages de doux rêveurs, à la fois poétiques et innocents. Comme eux, elle se réfugie dans le travail et dans l’art. C’est un personnage sensible pour qui le rapport à la réalité est difficile, comme pour un enfant. C’est touchant », poursuit Xavier Giannoli.

Once she finished her studies, Florence set her sights on one thing: studying music in Europe and becoming a concert pianist. But her father vetoed her plans, refusing to finance her trip. ­Furious, the young woman hit back by running off to Philadelphia with Frank Thornton Jenkins, a doctor twice her age. Yet she soon felt miserable in the company of this older man, who gave her artistry no more encouragement than her father did (and from whom she contracted syphilis, a condition that severely damaged her hearing). She settled for piano lessons.

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n the early 1900's, she escaped a life that was completely unsuited, and settled on her own in New York. After her father’s death, the young woman inherited a comfortable income and, at 41, started a new life for herself as a socialite. She headed several high-society circles, organized concerts for the National Roundtable and the Mozart Society, and established the Verdi Club in Philadelphia. She then decided to become an opera singer and took lots of singing lessons. “She was obsessed,” says the director. “Her selfless passion for art ­reflected a powerful appetite for life.” At that point, she met a British actor eight years older named St. Clair Bayfield. He became her manager, and the couple later legalized their union in a common-law marriage (the equivalent of the French concubinage). He constantly cheated on the artist, yet willingly accompanied her to dinner parties. Cultivating her own strand of showmanship, meanwhile, Florence Foster took to recreating tableaux vivants at her home: historic moments, operatic excerpts or scenes from old master paintings that were staged with the purpose of being photographed. Guests thus discovered Florence Foster Jenkins as Brunnhilde, wearing armor and a helmet, a true heir to the virgin heroines of Wagner. Or as Elsa in Lohengrin, her crowned head proudly posing next to a fake swan. “Like Charlie Chaplin’s Tramp, Marguerite belonged to the category of light-hearted dreamers, both poetic and innocent. Like them, she took refuge in her work and in her art. She was a sensitive character for whom the relationship with reality was as difficult as it would be for a child. It was touching,” adds Xavier Giannoli. APRIL 2016 France-Amérique

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Une Castafiore à l’américaine En 1912, Florence Foster Jenkins chante pour la première fois en public. Dans ses cercles new-yorkais d’abord, puis dans la salle de bal de l'hôtel RitzCarlton, où elle se produira une fois par an. Différents musiciens l'accompagnent au piano – dont Cosmé McMoon, qui compose pour elle plusieurs chansons, ou Edwin McArthur. Ironiques ou hypocrites, les journalistes de mèche invités aux représentations vantent son « réel sentiment musical » ou son « excellente prononciation » quand bien même sa prononciation, surtout celle des textes étrangers, était de l’avis général des plus catastrophiques. Qu’importe ! Convaincue de son talent, elle se fait enregistrer en 1941, aux Melotone Studios de New York, chantant l'un des plus difficiles morceaux du répertoire : « Der Hölle Rache » et ses trilles, entonné par la Reine de la nuit dans La Flûte enchantée de Mozart. Confiante, elle expédie l'enregistrement en une prise. À l'écoute, il est difficile de ne pas croire à une blague… Dans une scène désopilante du film, Catherine Frot imite, sans à peine l’appuyer, la performance originale : le tempo déraille, l’actrice enchaîne des paroles incompréhensibles, et émet des notes rapellant les petits cris d'une volaille.

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ourtant, les disques se vendent comme des petits pains ! RCA éditera plus tard un album comportant huit arias, baptisé The Glory (????) of the ­ human voice. « L'écouter en se moquant était un signe d'appartenance à une certaine élite, une activité très chic », rappelle le dramaturge Stephen Temperley. Devant ce succès, les rumeurs concernant cette mystérieuse soprano vont bon train. Et le grand public souhaite la découvrir sur scène. À 76 ans, Florence Foster Jenkins, en dépit des efforts de son mari pour l’en dissuader, décide donc de se produire au Carnegie Hall.

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An American Castafiore In 1912, Florence Foster Jenkins sang for the first time in public. At first, she performed for her own New York circles, then in the ballroom of the Ritz-Carlton Hotel, where she sang once a year. Various musicians accompanied her at the piano – including Cosmé McMoon, who wrote several songs for her, or Edwin McArthur. Ironically or hypocritically, complicit journalists invited to the performances praise her “real musical sense” or her “excellent pronunciation,” even though her pronunciation, especially of foreign texts, was generally viewed as downright catastrophic.

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o matter! Convinced of her talent, in 1941 she made a recording at New York’s Melotone ­Studio, singing one of the most difficult pieces in the repertoire: “Der Hölle Rach” and its trills, sung by the Queen of the Night in Mozart’s The ­Magic Flute. Confidently, she rushed through the recording in one take. Listening to it now, it’s hard to believe that it wasn’t all a bad joke… In a hilarious scene from the film, Catherine Frot imitates the original performance with scarcely any exaggeration: singing off beat, the actress voices incomprehensible words and lets out sounds that resemble the little cries of a chicken. Yet somehow the records sold like hot cakes! RCA would later produce an album including eight arias, named The Glory (???) of the human voice. “Listening to it mockingly was a sign of belonging to a certain elite, a very elegant activity,” recalled the playwright Stephen Temperley. Success fueled abundant rumors about this mysterious soprano. And the general public was eager to see her on stage. At 76, despite her husband’s efforts to dissuade her, Florence Foster Jenkins decided to perform at Carnegie Hall.


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« Elle peut tout chanter, sauf les notes » New York Post

Comme pour un spectacle de foire, les tickets s'arrachent et Florence entre en scène le 25 octobre 1944 à 20h30. De nombreuses célébrités, comme les compositeurs Cole Porter et Gian-Carlo Menotti, la soprano Lily Pons et son mari, le chef d'orchestre André Kostelanetz (qui composa une chanson pour Jenkins à chanter ce soir-là) étaient présentes. Dès les premières notes, les rires fusent dans la salle. Pour les couvrir, ainsi que les fausses notes, la claque applaudit et Florence, comme à son habitude, n’y voit que du feu.

As if for a circus show, tickets were quickly sold out, and Florence appeared on stage on October 25, 1944 at 8:30 p.m. Many celebrities were present, such as the composers Cole Porter and Gian-Carlo Menotti, the soprano Lily Pons and her husband, the conductor André Kostelanetz (who composed one of the songs for Jenkins to sing that night). There were bursts of laughter in the audience from the very first notes. To cover the laughter and the off-key notes, the claque applauded, and Florence, as always, was completely oblivious to it all.

Sans la présence de journalistes indépendants que l’on ne put empêcher d’assister à cette représentation publique, le secret aurait pu perdurer… La vérité éclate pourtant au grand jour dans les journaux du lendemain. À la lecture des critiques assassines et sans concession – « Elle peut tout chanter, sauf les notes », écrit le New York Post – Florence F­ oster Jenkins s’effondre. Elle avait sûrement imaginé que son concert à Carnegie Hall serait l’apothéose de sa carrière. Ce fut son chant du cygne (Xavier Giannoli affuble d’ailleurs son personnage de plumes blanches dans le film pour ce concert final). Humiliée par la critique, elle sera victime, deux jours plus tard, d'une crise cardiaque et décédera un mois plus tard à son domicile, l'hôtel Seymour, à Manhattan. Preuve que le ridicule tue, parfois… ■

Without the presence of independent journalists, who could not be prevented from attending, the secret would have endured… Instead, the truth came to light in the papers the next day. Reading the murderous and uncompromising critiques – “She can sing everything except notes,” wrote the New York Post – Florence Foster Jenkins broke down. She had certainly imagined her concert at ­Carnegie Hall as the high point of her career. Instead, it was her swan song (Xavier Giannoli actually dresses her character in the film in white feathers for this final concert.) Humiliated by the critics, she had a heart attack two days later and died a month afterward at her home, the Seymour Hotel in Manhattan. Her death offered proof that ridicule can be fatal, at least some of the time… ■ APRIL 2016 France-Amérique

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Georga Osborn incarne Florence Foster Jenkins dans la pièce Souvenirs du dramaturge anglais Stephen Temperley, vue ici au Capital Repertory Theatre d'Albany, New York, en 2015. Georga Osborn embodies Florence Foster Jenkins in the play Souvenirs by English playwright Stephen Temperley, seen here at the Capital Repertory Theatre of Albany, New York, in 2015.

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Pour aller plus loin To find out more Au théâtre / On stage: Colorature - Mrs Jenkins et son pianiste est l’adaptation française de Souvenirs , la pièce de théâtre du dramaturge anglais S ­ tephen Temperley inspirée de l’histoire de la cantatrice. La pièce a été montée par la York Theater ­C ompany avant d’être au programme du ­ B erkshire ­ T heater Festival et enfin de s’installer avec ­ succès à Broadway en 2005. La pièce existe en DVD. Coloratura – Mrs. Jenkins and her pianist is the French adaptation of ­Stephen Temperley’s Souvenir, inspired by the opera singer’s story. The play was staged by the York Theater Company, then was performed at the Berkshire Theater Festival and finally had a successful opening on Broadway in 2005. The play is available on DVD.

À Hollywood / In Hollywood: un autre film consacré à Florence Foster ­ J enkins sous la forme d'un biopic, réalisé par

le réalisateur britannique Stephen Frears – avec Meryl Streep dans le rôle titre –, sortira en 2016. Another film about Florence Foster Jenkins, a biopic directed by the ­B ritish director Stephen Frears – with Meryl Streep in the leading role – will be released in 2016.

Documentaire / Documentary: voir ­F lorence Foster Jenkins: a world of her own (2008) richement documenté en archives, photographies et enregistrements audios du documentariste américain Donald Collup. See Florence Foster Jenkins: a world of her own (2008), richly illustrated with archives, photography and audio recordings, by the American documentary producer Donald Collup.

En BD / As a comic book: on relit Les aventures de Tintin d’Hergé. Le ­journaliste musical Bruno ­C ostemalle émet en effet la théorie que la soprano aurait inspiré le bédéaste pour son personnage de la Castafiore. La diva fait une première apparition tonitruante en 1939 dans Le Sceptre ­d'Ottokar et sera l’héroïne de l’album Les ­B ijoux de la ­C astafiore en 1963.

It’s worth re-reading Hergé’s The ­A dventures of ­T intin . The music journalist ­B runo ­C ostemalle has a theory that the soprano inspired the comicstrip author for his Castafiore character. The diva makes a spectacular

initial appearance in 1939 in King Ottokar’s Sceptre , and is the heroine of The ­C astafiore Emerald in 1963.

En chanson / In song: la chanteuse française Juliette évoque avec humour la personne de Florence Foster Jenkins dans Casseroles et faussets : « Une milliardaire américaine/ Voulut piauler de l'opéra/ C'qui nous valut quelques migraines/ Et puis un disque chez RCA/ Comme quoi, le gène de la justesse/ N'est pas celui de l'ambition/ De chanter faux, je le confesse/ J'ai la secrète tentation. » The French singer Juliette humorously evokes Florence Foster Jenkins in ­C asseroles et faussets: “An ­ A merican billionaire / Wanted to sing opera / Which caused us a few headaches / Then a record at RCA / Which goes to show that the gene of correctness / Is not that of ambition / Singing out of tune, I confess / Is my secret ­temptation.”

En musique / In music : certains enregistrements de Florence Foster J ­enkins sont disponibles en ligne sur ­YouTube, notamment l’air d’opéra « Der Hölle Rache kocht in meinem Herzen » extrait de La Flûte enchantée de Mozart. Some of Florence Foster Jenkins’ recordings are available online on YouTube, including the operatic aria “Der Hölle Rache Kocht in meinem Herzen,” an excerpt from Mozart’s The Magic Flute . ■

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L’atelier à Saché, un héritage vivant Living heritage at the Calder workshop in Saché

By Guillaume Morel / Translated from French by Alexander Uff

Amoureux de la France, l’artiste américain Alexander Calder (1898-1976) – connu pour ses sculptures composées d’éléments mobiles colorés et ses gouaches sur papier – s’est installé à Saché, en Touraine, au début des années 1950. Il y a produit l’essentiel de ses Stabiles, sculptures monumentales composées de plaques de métal, célèbres dans le monde entier. Son atelier et sa maison existent toujours, et ont conservé leur vocation première, en accueillant régulièrement des sculpteurs en résidence. Francophile American artist Alexander Calder (1898-1976) is renowned for his gouache paintings and colorful mobile sculptures. He moved to Saché in the Touraine region of France in the early 1950’s, where he produced the majority of his world-famous monumental Stabile sculptures, crafted using slabs of metal. His workshop and house are still standing, and in keeping with their original function regularly welcome artists-in-residence.

La sculpture monumentale Le Chien en trois couleurs (1973) devant l'Atelier de Calder à Saché. Calder's monumental sculpture Le Chien en trois couleurs (1973) on the grounds of the Workshop in Saché. © Guillaume Blanc

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« À Saché, je suis libre et heureux comme un moine dans son monastère. Le ciel est si pur, les chênes si beaux, le calme si vaste ! ». Ces mots d’Honoré de Balzac, dont l’ombre plane sur le petit village d’Indre-et-Loire, pourraient être ceux d’Alexander Calder. Comme l’illustre romancier français, cet artiste américain est venu trouver ici une tranquillité et un cadre de vie propices au développement de ses rêves d’artiste. Aux États-Unis, comme en France, les maisons d’Alexander Calder étaient toujours situées en pleine nature.

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é près de Philadelphie, Calder a noué des liens privilégiés avec la France : à Paris, où il rencontre dès 1926 les principaux peintres, sculpteurs, écrivains et poètes d’avant-garde, notamment les surréalistes ; dans le Midi où il séjournera au tout début des années 1950 ; puis en Touraine où l’artiste passera le plus clair de son temps, des années 1960 à sa mort en 1976. Accompagné de son épouse Louisa, Calder découvre Saché en 1953 à l’occasion d’une visite rendue à leur ami Jean Davidson (fils du sculpteur Jo Davidson) installé dans son manoir de Bécheron. Dans sa vaste propriété, Calder repère une bâtisse du XVIIe siècle laissée à l’abandon. Il acquiert la maison – qu’il baptise François Ier – en échange de trois de ses Mobiles – de même qu’un appentis qu’il utilise pour peindre et surnomme La Gouacherie. Il va y séjourner et y travailler régulièrement pendant plusieurs années – quand il n’est pas en Amérique ou à l’autre bout du monde pour les besoins d’une exposition –, avant de se faire construire, en 1963, un nouvel atelier plus grand et plus lumineux, au lieu-dit du Carroi, qui bénéficie d’une vue imprenable sur la vallée de l’Indre. Cet atelier aux murs de pierres, coiffé d’une charpente en bois et éclairé d’une large verrière, Calder l’a voulu simple, fonctionnel, d’une sobriété quasi monacale. Il se fait construire une nouvelle maison en 1969, dont il dessine lui même les plans, séparée de l’atelier par un petit bois. Il ne retourne à Roxbury, dans le Connecticut, que pendant les mois d’hiver.

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In Saché I am as free and happy as a monk in a monastery. The sky is so pure, the oak trees so beautiful and the calm so vast!” This quotation from Honoré de Balzac, whose legacy is palpable in the little village in the Indre-et-Loire département could well be from Alexander ­Calder. Following in the footsteps of the renowned French novelist, the American artist came to Saché in search of a serene setting in which he could develop his artistic dreams. Calder’s houses in France and the United States were always located in the heart of nature.

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alder was born near Philadelphia, and forged close ties with France. He moved to Paris in 1926 and met the leading avantgarde painters, sculptors, writers and poets of the time, including figures of the surrealist movement. He then lived in Southern France in the early 1950’s before travelling to Touraine, where he spent most of his time from the 1960’s until his death in 1976. Accompanied by his wife Louisa, ­Calder discovered Saché in 1953 while visiting their friend Jean Davidson (son of the sculptor Jo Davidson) at his manor in Bécheron. While on the enormous estate, Calder spotted an abandoned 17th-century building. In exchange for three of his Mobiles he acquired the property – which he renamed François I – as well as a lean-to which he nicknamed the “Gouacherie” and used for painting. He regularly stayed and worked there for several years, when he was not in America or on the other side of the world for an exhibition. He then built a larger, brighter workshop in Carroi in 1963, which boasted breathtaking views over the Indre Valley. Calder wanted this stonewalled workshop topped with a wooden structure and offering a vast glass wall to be simple, functional and imbued with a quasi-monastic sobriety. The artist personally drew up the plans for a new house and had it built in 1969, separated from the workshop by a small wood. He only returned to Roxbury, in Connecticut, during the winter months.

Calder with Spirale, Palais de l¹UNESCO, Paris,1958. Photograph by Lore Hammerschmid.


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Des vaches broutent l'herbe entre deux sculptures devant la maison d'Alexander Calder. 1968 Cows grazing among sculptor Alexander Calder's stabile sculptures outside his home. © Gjon Mili

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SachE, un lieu de crEation qui se visite

A hive of creativity open to visitors

En France, Calder mène une vie simple. Il s’investit dans la vie de son village – il soutient l’école, finance un arrêt de bus… –, et reçoit ses amis : les écrivains américains Arthur Miller et J. D. Salinger, le designer Jean Prouvé et les photographe Robert Doisneau et Henri Cartier-Bresson. Les journées de l’artiste sont rythmées par le travail dans le grand atelier mais aussi dans la maison François Ier et à La Gouacherie, qu’il a gardées pour y produire ses maquettes et ses peintures. Cent-trente de ses immenses Stabiles et Stabiles-Mobiles, tels Les trois ailes (1963), Le Guichet (1965), Crossed Blades (1966), La Grande vitesse (1968), La Croix du sud (1969) ou encore Araignée rouge (1975), seront conçus ici.

Calder led a simple life in France. He contributed to village life by supporting the local school and paying for a bus stop, and often received friends such as American writers ­ A rthur ­Miller and J. D. Salinger, designer Jean ­Prouvé and photographers Robert Doisneau and Henri Cartier-Bresson. His daily life was devoted to working in his spacious workshop, as well as in his house and the Gouacherie, where he produced his models and paintings. Some 130 of his immense Stabiles and Stabiles-Mobiles such as The Three Wings (1963), Le Guichet (1965), Crossed Blades (1966), La Grande ­Vitesse (1968), La Croix du Sud (1969) and The Red Spider (1975) were created here.

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he artist also frequently visited Tours and the Biémont factory, which took charge of producing his large-scale projects and assembling his ­Stabiles. These works were crafted using bound metal slabs which were then dismantled to be moved to Saché, and presented on the paved esplanade which ran along the southern side of the workshop. Their new location showcased their true breadth, offering an interaction with the space around them, the architecture and the landscape. One of the curved models named Tree Leaf (1974) creates a harmony with the surrounding nature, and can still be seen today exactly where Calder originally placed it. Other Stabiles include A Three-Colored Dog. Calder also presented his village with a largescale mobile sculpture two years before his death, which now bears his name and can be seen on the main square opposite the church in Saché. The sculpture is reminiscent of the village bell, and two discs – one blue, one red – turn in the wind, attached to each end of a long pole on top of the structure. The inhabitants are so used to it they no longer notice, and have nicknamed the artwork “the gas pump”.

’artiste se rend aussi fréquemment à Tours, à l’usine Biémont, à laquelle il confie l’agrandissement de ses projets, et l’assemblage de ses Stabiles composés de plaques de métal rivées, qui sont ensuite démontés pour être réinstallés à Saché, en plein air, sur l’esplanade pavée qui prolonge l’atelier, côté sud. C’est ici qu’ils prennent leur ampleur, dans l’espace, en interaction avec l’architecture et le paysage. L’un d’entre eux, tout en courbes et intitulé Feuille d’arbre (1974), s'harmonise avec la nature alentour et est encore visible aujourd’hui, à l’endroit même où Calder l’avait placé. Un autre stabile y est exposé : Un chien en trois couleurs. Deux ans avant sa mort, Calder a aussi offert un grand mobile à son village, toujours visible sur la place principale de Saché qui porte aujourd'hui son nom, face à l'église. Sur le pied de la structure, qui rappelle le clocher du village, deux disques – un bleu et un rouge – fixés aux extrémités d’une longue perche, tournoient au gré du vent. Les habitants, qui à force de passer devant n’y prêtent plus attention, ont surnommé l’œuvre d’art « la pompe à essence ».

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es bâtisses de Calder (François Ier et la Gouacherie), rachetées par des propriétaires privés, ont peu changé depuis la mort de l’artiste, et l’atelier comme la maison ont conservé leur agencement d’origine. Mais loin d’être figé, le lieu continue à vivre. Tel était le souhait de ses héritiers. En 1988, un protocole a été signé entre les filles de Calder et le ministère de la Culture pour convertir l’ensemble du site en un lieu de résidence dédié à la création contemporaine. Depuis 1990, plus de cinquante créateurs issus d’une quinzaine de pays (Patrick Saytour, Mark Dion, Sarkis, Ernesto Neto, Jaume Plensa, Francisco Tropa…) ont eu le privilège d’œuvrer ici, en bénéficiant des mêmes espaces de travail et du même logement que leur illustre prédécesseur. Raphaël Zarka (de mai à juillet 2016), puis Trisha Donnelly (de septembre à novembre 2016), seront les prochains pensionnaires. À la fin de chaque résidence et pendant les ­Journées du patrimoine (prochaines dates : du 17 au 18 septembre 2016), un week-end portes ouvertes est organisé à l’atelier, pour permettre au public de découvrir ce lieu privilégié. ■

Calder’s two buildings (François I and the Gouacherie) have been bought by private owners, but have changed very little since the artist’s death. The workshop and the house have both retained their original layout. The site is no fossil, however, and continues to live on in accordance with the current owners’ wishes. An agreement was signed by Calder’s daughters and the French Ministry of Culture in 1988 in order to convert the entire site into a place of residence for ­contemporary designers. More than 50 designers of some 15 nationalities, such as Patrick Saytour, Mark Dion, Sarkis, Ernesto Neto, Jaume Plensa and ­Francisco Tropa, have had the privilege of working on the site since 1990, enjoying the same work spaces and accommodation as their illustrious predecessor. Raphaël Zarka and Trisha Donnelly will be the next artists-in-residence, from May until July 2016 and from September until November 2016 respectively. At the end of each residency, and during the French Heritage Days (next dates from 17 to 18 September 2016), an open-house weekend is organized by the workshop to allow the general public to discover this unique site. ■

Atelier Calder, 37190 Saché, 02 47 45 29 29, www.atelier-calder.com. À lire : Calder en France, éditions Cahiers d’Art, 2015, 75 euros.

Autour de l’atelier Calder / Around the Calder workshop À voir à Saché / Places to see in Saché:

Le musée Balzac. Une plongée dans le monde de l’écrivain originaire de Tours, qui a séjourné une dizaine de fois au château de Saché entre 1825 et 1848. / The Balzac museum. An immersion in the world of the Tours-born writer, who spent time at the Château de Saché on ten different occasions between 1825 and 1848. L’église romane Saint-Martin-de-Vertou. Avec, sur la place, un Totem de Calder offert par l’artiste à la commune en 1974. / The Norman church of Saint-Martin-de-Vertou, with a mobile sculpture by Calder in the square, given by the artist to the town in 1974.

À voir dans les environs / Places to see in the area :

Le village de Villaines-les-Rochers, où se perpétue la tradition de la vannerie (fabrication et vente à la coopérative). / The village of Villaines-les-Rochers, where the tradition of basketwork (production and sale by a cooperative) is still practiced today. Le château d’Azay-le-Rideau et le château de Villandry. / The Château d’Azay-le-Rideau and the Château de Villandry.

Pour se restaurer à Saché / Restaurants in Saché :

La brasserie Le Balzac, que Calder fréquentait régulièrement. / The Le Balzac brasserie, where Calder was a regular customer. Le restaurant gastronomique L’Auberge du XIIe siècle. Balzac était un habitué des lieux. / The gastronomic restaurant L’Auberge du XIIe Siècle. Balzac often dined here.

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L'immense atelier Calder au lieu dit du Haut-Carroi, est devenu après la mort de l'artiste une résidence vivante pour les artistes du monde entier. After the artist's death, Calder's huge workshop located in a place known as Haut-Carroi, became a home for artists from all over the world. © Guillaume Blanc


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bon appétit

ivaneau rôti au four avec fenouil Red snapper with fennel By Béatrice Peltre Pour 4 personnes / Serves 4

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Ingrédients

Ingredients

Huile d’olive Un vivaneau entier de 1 kg, vidé et écaillé 1 citron jaune (ou 1 citron vert) 1 gousse d’aïl, pelée et coupée en deux 1 feuille de citron kaffir (ou 1 feuille de ­l aurier) 3 brins de thym citron 3 brins de coriandre Sel de mer Poivre du moulin 1 gros fenouil, coupé en tranches fines

Olive oil A 2 ¼ pounds whole red snapper, scaled and cleaned 1 Meyer lemon (or 1 lime) 1 garlic clove, peeled and halved 1 kaffir lime leaf (or 1 bay leaf) 3 sprigs lemon thyme 3 sprigs cilantro Sea salt and pepper, to taste 1 large fennel bulb, finely sliced

PRÉPARATION

Directions

Préchauffez le four à 200 C. Prenez une grande feuille de papier sulfurisé assez grande pour contenir le poisson et placez-la sur le plan de travail devant vous. Mettez de l’huile d’olive au centre et déposez-y le vivaneau. Coupez le citron en deux. Coupez la première moitié en tranches fines et pressez le jus de la deuxième moitié ; gardez de côté. Placez la gousse d’aïl, la feuille de citron kaffir, le thym citron, la coriandre et deux tranches de citron à l’intérieur du poisson. Assaisonnez de sel et de poivre. Mettez les tranches de fenouil sur le poisson et arrosez de jus de citron et d’huile d’olive. Refermez le papier sulfurié autour du poisson en le maintenant fermé en papillote avec de la ficelle de cuisine. Mettez au four pendant environ 25 à 30 minutes. Ouvrez la papillote et servez chaud avec du riz et une salade. ■

Preheat the oven to 400 F. Take a piece of parchment paper large enough to contain the snapper inside it, and place it on the working surface in front of you. Drizzle with olive oil and place the fish on top. Cut the lemon in two halves; slice one half and juice the other; set aside. Place the garlic, kaffir lime leaf, lemon thyme, coriander, and 2 slices of lemon inside the fish. Season with salt and pepper. Top the fish with the slices of fennel, and drizzle with the lemon juice and olive oil. Close the parchment paper around the fish in a papillote, securing it with a piece of string. Bake the fish for about 25 to 30 minutes. Open the papillote and serve the fish with rice and a salad on the side. ■

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bon appétit

VIN

WINE

Né et élevé à Lyon, et certifié par la Society of Wine Educators de la Vallée de Napa (Californie), Nicolas Blanc est un passionné de cuisine et de vin. Food & Beverage Manager du Sofitel de New York, il est l’œnologue de l’hôtel.

Born and raised in Lyon, France and certified by the Society of Wine Educators in Napa Valley, Nicolas Blanc has a passion for food and wine. Food and beverage manager at the Sofitel New York, he is the hotel’s wine specialist. By Nicolas Blanc /

Translated from French by alexander uff

France Château Saint-Maur – M – 2014 En ce deuxième mois de printemps je vous invite à une escale au pied des massifs des Maures, à dix kilomètres de SaintTropez. Le domaine d’un hectare et demi est l’un des seuls dix-huit Cru classés des Côtes de Provence. Le vin possède une robe rose saumonée et les cépages qui le composent sont à la fois surprenants et délicieux. Nous retrouvons le Syrah, le Grenache et le Cinsault mais aussi le Tirouben, une vigne indigène qui apporte du corps, de l’intensité et du caractère à ce vin légèrement gras. Vous le boirez agréablement en apéritif mais il accompagnera aussi avec élégance les fruits de mer. L’accent est mis sur la chair délicate du vivaneau avec ce vin minéral et frais.

As we enjoy the second month of spring, I would like to take you to the foot of the Maures Mountains, around six miles away from Saint-Tropez. The vineyard spans one-and-a-half hectares, and produces one of the 18 Cru classés from the Côtes de Provence Region. This wine boasts a salmon pink color, and the grape varieties used are as delicious as they are surprising. The Syrah, Grenache and Cinsault varieties are all included, as well as the region’s indigenous Tirouben grape, which lends this slightly sweet wine extra body, intensity and character. It can be enjoyed as an aperitif, but can also be elegantly matched with seafood dishes. This fresh, mineral wine brings out the red snapper’s delicate flesh. ■

UNITED STATES Matanzas Creek – Sauvignon Blanc - 2013 Pour ma sélection de vin américain, j’ai choisi un vin de la vallée, peu connue, de Bennett en Californie. La maison Matanzas Creek, fondée en 1977, exploite avec succès le microclimat offert par la région entourée de montagnes. Ce sauvignon blanc frais et léger procure des arômes de citron vert et de citronnelle mais aussi une franche acidité proche de la pomme verte, pour un équilibre avec le fenouil, le thym et la coriandre. Une belle assiette et un bon verre de vin qui éveilleront vos sens et votre appétit, que je vous recommande de déguster durant un agréable repas sur une terrasse ensoleillée.

For my American choice I have decided to suggest a wine from the little-known Bennett Valley, in California. The Matanzas Creek Winery was founded in 1977, and has successfully exploited the microclimate in the mountainringed region. This light, fresh Sauvignon Blanc offers aromas of lime and lemongrass, as well as a bold tanginess reminiscent of green apples, which matches beautifully with the fennel, thyme and cilantro. This delicious dish coupled with this excellent wine will enliven your senses and work up an appetite. I recommend enjoying it throughout the meal on a sunny terrace. ■ 66

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Calendrier French Cultural Events In North America By Tracy Kendrick

Auguste Rodin, French (1840-1917). Study for Torso of the Walking Man, 1878-1879. Musée Rodin cast, 1979, Coubertin Foundry Bronze, Lent by the Iris & B. Gerald Cantor Foundation.

San Antonio, TX, RODIN

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Known for his expressive modeling and powerful rendering of emotional states, Auguste Rodin is often credited with ushering in modern sculpture. A fitting prelude to the 100th anniversary of his death next year, Rodin: The Human Experience / Selections from the Iris and B. Gerald Cantor ­Collection presents 32 large and small bronzes spanning the artist’s career. Highlights include his monuments to the writers Victor Hugo and Honoré de Balzac, as well as works derived from his unfinished masterpiece, The Gates of Hell. Through May 29 at the San Antonio Museum of Art; samuseum.org.


agenda

EXHIBITIONS

Los Angeles, CA WOVEN GOLD

In commemoration of the 300th anniversary of the death of the Sun King, Woven Gold: Tapestries of Louis XIV showcases 15 monumental works of textile art from the former French royal collection; 11 of these have never before been exhibited in this country. Benefitting from finance minister Jean-Baptiste Colbert’s efforts to promote the prestige of French craftsmanship, the art of tapestry weaving flourished under Louis XIV, most famously at the Gobelins factory. Dating from about 1540 to 1715, the wall-sized works on view owe their designs to such artists as Raphael, Rubens, and Le Brun. Preparatory drawings, related prints, and a “cartoon” (full-scale, colored design) round out the show, shedding light on the production process. Through May 1 at the Getty Center; getty.edu.

San Francisco, CA BONNARD

Pierre Bonnard: Painting Arcadia highlights the artist’s importance to the Modernist canon through an array of some 75 works ranging from his early Nabi pieces to the late interior scenes for which he is best known. Included are examples of his experimental photography; first sold in 1888, the ­ Kodak handheld camera intrigued many 19th-century artists, who reinterpreted snapshots in paint or used them to ex-

plore foreshortening, cropping, and other effects. Through May 15 at the Legion of Honor; legionofhonor.famsf.org/.

Pittsburgh, PA LARTIGUE

Covering the years from 1907 to 1958, Fast Cars and Femmes Fatales: The ­ Photographs of Jacques Henri Lartigue explores the outlook and creative process of an artist who considered himself primarily a painter but is best remembered for his talent behind the lens. Given a camera as a child, Lartigue documented the world around him, capturing his affluent, eccentric family’s joie de vivre and creating enduring images of the good life in Belle Époque and early 20th-century France. He was “discovered” at the age of 69, when his photos were exhibited at the Museum of Modern Art in New York and then appeared in a spread in the same issue of LIFE magazine that covered the Kennedy assassination. Through May 15 at the Frick Art & Historical ­Center; thefrickpittsburgh.org.

New York, NY

VIGÉE-LE BRUN

Despite the many challenges facing female artists in her day, the largely self-taught painter Elisabeth Louise Vigée-Le Brun rose to prominence in France and beyond. Her exceptional skills as a portraitist gained her favor with Marie Antoinette, who helped her become one of just four women admitted to the influential ­Académie Royale de Peinture et de Sculpture.

When that same royal connection forced her into exile during the French Revolution, she flourished abroad, working in Florence, Naples, Vienna, St. Petersburg, and Berlin. The first retrospective to be devoted to her work, ­Vigée-Le Brun: W ­oman Artist in ­Revolutionary France brings together 80 paintings and pastels, some never before displayed in public. Through May 15 at The Metropolitan Museum of Art; metmuseum.org.

Cincinnati, OH DAUBIGNY

Years before the first ­Impressionist exhibition in 1874, the landscape artist CharlesFrançois Daubigny embraced an “unfinished” style and painted outdoors to observe nature directly and depict the effects of natural light as accurately as possible. He was a mentor, colleague, and friend to Monet, Pissarro, and their contemporaries, yet his influence on the Impressionist and PostImpressionist movements has remained largely unsung. The first major museum show dedicated to his oeuvre, Daubigny, Monet, Van Gogh: Impressions of Landscape unites some 40 of his creations spanning four decades—both small easel works executed en plein air and large-scale studio paintings. Accompanying these are more than a dozen paintings by celebrated Impressionists and Post-Impressionists, revealing how Daubigny influenced these artists and they in turn helped shape his late style. Through

May 29 at the Taft Museum of Art; taftmuseum.org.

Memphis, TN

THE IMPRESSIONIST REVOLUTION

The Impressionist ­Revolution: Forty Years of French Art at the Dixon documents the history and influence of one of the world’s most beloved creative movements through fine examples of work by Edgar Degas, Claude Monet, Camille Pissarro, and others. Offering a (literally) fresh dimension to the theme, this year’s Memphis Flower Show presents horticulture, botanical photography, and floral interpretations inspired by the exhibition. Flower Show April 15 through 17, exhibition April 24 through July 17; dixon.org.

Houston, TX

CARTIER-BRESSON

Known for his ability to distill a fleeting and often complex reality into a single arresting image, photographer Henri Cartier-Bresson revealed both the creative and the documentary power of his chosen medium. From pictures shot on the fly in Mexico, Spain, and other locations around the world to images of a devastated Europe taken when he escaped from a German prisoner-of-war camp during World War II to portraits of cultural luminaries, his work always reflects his deep ­humanity and refusal to filter reality; he never staged photographs, used artificial lighting, or even allowed

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agenda

his images to be cropped. Life Is Once, Forever: Henri ­Cartier-Bresson Photographs explores his groundbreaking career through 50 of his captured moments. Through July 24 at the Menil Collection; menil.org.

Pasadena, CA

DUCHAMP TO POP

Marcel Duchamp’s “readymades” —a bottle rack, a bicycle wheel attached to a stool, a urinal (Fountain)— emphasized concept over visual impact or artistic skill, raising fundamental questions about the meaning of art and paving the way for various Modern movements. Among these was Pop art, which dismissed distinctions between high and low art by embracing popular culture and mass-marketed products as subject matter. Duchamp to Pop explores this artistic lineage by joining 13 works by Duchamp with pieces by Andy Warhol, Ed Ruscha, and their peers. Through Aug. 29 at the Norton Simon ­Museum; ­nortonsimon.org.

PERFORMING ARTS, FILM, AND LITERARY SERIES New York, NY

CONTEMPORARY FRENCH LITERATURE

The conversation series French Literature in the ­ Making invites contemporary writers to

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speak about their work at New York University’s Maison Française. The guest for April is the former journalist Lionel Duroy, who has co-authored the memoirs of Gérard Depardieu, Nana Mouskouri, and other famous talents as well as penning a number of largely autobiographical novels. The latter include Prier pour Nous (1990), a bestseller that prompted his family to ostracize him, and most recently ­Echapper (2015), which intertwines the narrator’s story with that of the German artist Emil Nolde. ­Duroy will also participate in ­Sofitel New York’s ­Rendez-Vous ­Littéraires series. In French. April 11 at La Maison Française, maisonfrancaise.as.nyu.edu/page/flitm, and April 12 at Gaby Brasserie Française, gabynyrestaurant. com/Happenings/RendezVous-Litteraires.

Los Angeles, CA COLCOA

Celebrating its 20 th anniversary this year, COLCOA French Film Festival bills itself as “9 days of premieres in Hollywood.” With dozens of the latest motion pictures from France, the program combines box-office hits with art house pictures, directorial debuts with recent offerings from veteran filmmakers, and newly restored classic films with television productions. The 2016 edition includes a tribute to writer-director Jean-Paul Rappeneau featuring the world premiere of the digitally restored A ­Matter of ­Resistance, a ro-

mantic comedy from 1965 starring Catherine Deneuve and ­Philippe Noiret, as well as the U.S. premiere of his latest film, Families, a character drama with Mathieu Amalric. April 19 through 25 at the Directors Guild of America Theater Complex; colcoa.org.

Washington, DC, and New York, NY

MUSIC OF THE FRENCH REVOLUTION

The period music ensemble Opera Lafayette presents Opera and the French ­Revolution, a selection of fully staged dramatic scenes from late-18th century adaptations of three Greek tragedies: Martini’s Sapho, Cherubini’s ­Médée, and Sacchini’s Œdipe à ­Colone. Directed by the multitalented young Czech performer and choreographer Miřenka Čechová. April 29 at George Washington ­University’s Lisner ­Auditorium and May 1 at Jazz at Lincoln Center’s Frederick P. Rose Hall; operalafayette.org.

New York, NY ELEKTRA

The acclaimed filmmaker, actor, and opera and theater director Patrice Chéreau died in 2013, just a few months after the premiere of his production of Richard Strauss’s Elektra in Aix-en-Provence. A particularly hair-raising take on the tragic Greek myth of a daughter obsessed with avenging her father’s murder

at the hands of her mother, the one-act opera trains its focus on Elektra’s thirst for blood, dismissing with details of place and time. This month, C ­héreau’s production makes its U.S. debut with soprano Nina Stemme in the famously demanding title role. E ­ sa-Pekka Salonen conducts. April 14 through May 7 at the Metropolitan Opera House; metopera.org.

Installation New York, NY

BERNAR VENET

The French conceptual artist, who shot to fame in the 1990s by installing Indeterminate Lines—twisted, rust-colored steel beams—in public places all around the world, unveiled a new sculpture in Union Square. The structure, Disorder: 9 Uneven Angles, consists of a series of nine sharply pointed steel peaks and mirrors the lines of the surrounding buildings. The piece was chosen as part of the New York City Department of Transporta­ tion's art program shortly after the artist received the Lifetime ­ Achievement in ­Contemporary Sculpture Award. It will remain on display at Broadway and 17th Street until June 2016. To coincide with the installation, Bernar Venet will exhibit his new Angles series, starting on April 28. Through June 18 at the Paul Kasmin Gallery; ­paulkasmingallery.com. ■

© Clément Thiery


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BOOKS

S

By Guénola Pellen / Translated from French by Alexander Uff

ous la coupole du Grand Palais ou dans la salle de bal du Met Gala, les auteurs Stacey Caldwell et Ajiri A. Aki, aidées de la dessinatrice Michelle Baron se sont amusées à cacher le directeur artistique de Chanel au milieu de foules huppées, dans une dizaine de lieux qu'il affectionne. Léger et distrayant, le livre est un détournement humoristique de la série de livres-jeux britannique Où est Charlie ? (Where's Waldo?) dans laquelle le lecteur doit retrouver un personnage, Charlie, dans une image aux décors denses et colorés. Pour pimenter la recherche de l'homme au catogan et de sa chatte Choupette (dont la médiatisation aurait déjà rapportée 3 millions d'euros au créateur!), certaines stars se sont incrustées dans les décors : la prêtresse de la mode Anna Wintour, l'actrice Kristen Stewart, la chanteuse Beyoncé ou le styliste italien Riccardo Tisci. Prêts pour une partie de cache-cache ?

A

uthors Stacey Caldwell and Ajiri Aki, and illustrator Michelle Baron, have had fun hiding Chanel’s artistic director in the middle of smart-set crowds in around ten of his favorite places, from the Grand Palais to the Met Gala. This light-hearted, entertaining book is a humorous parody of the series of Where’s Waldo? children’s books, in which readers have to find Waldo hidden in dense, colorful images. A handful of other stars can be found in the images, adding a little extra to the search for the ponytailed man and his cat Choupette (whose media coverage has supposedly already earned the designer three million euros!). Keep an eye out for Queen of Fashion Anna Wintour, actress Kristen Stewart, singer Beyoncé and Italian designer Riccardo Tisci. Ready to play hide-and-seek?

Where’s Karl? A fashion-forward parody by Stacey Caldwell & Ajiri A. Aki. Illustrations: Michelle Baron, Penguin Random House. 48 pages, 18 euros 15.99 dollars

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BOOKS

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Q

langage

Par Dominique Mataillet

U

n vent d’altérophobie souffle sur l’Europe. Exploités par les droites extrêmes, qui font du repli sur soi leur miel, la peur et le rejet de l’autre, puisqu’il s’agit de cela, enflent au fur et à mesure que les migrants et les réfugiés déferlent sur le Vieux Continent. Ce ne sont pas les mots qui manquent pour désigner l’hostilité à l’égard de ceux qui sont étrangers ou différents. Sur le modèle de xénophobie ont été construits – entre autres – judéophobie, islamophobie, christianophobie, mais aussi gynéphobie, androphobie, lesbophobie et même gérontophobie pour exprimer la haine ou la crainte des femmes, des hommes, des lesbiennes, des personnes âgées. Couramment utilisés pour désigner des peurs irrationnelles, les mots formés avec les suffixes phobe, phobie, phobique (du grec phóbos, « frayeur ») ressortissent, en réalité, aux sciences les plus diverses. Certains, comme hydrophobie, décrivent une réaction chimique. En biologie, le terme halophobe (du grec halos, « sel »), par exemple, fait référence à un organisme qui ne tolère pas un milieu à forte salinité. Les médecins parlent 74

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de phonophobie lorsqu’un patient souffre d’hypersensibilité au son, de photophobie lorsque la pathologie touche à la lumière. Mais c’est la psychiatrie qui en fait le plus volontiers usage. Parmi les troubles psychologiques les plus connus, l’agoraphobie et la claustrophobie, c’est-à-dire la peur des espaces publics et celle des espaces confinés. La liste des frayeurs suscitées par la présence ou l’idée d’un être, d’un objet ou d’une situation est sans fin. Elle va de l’acrophobie (peur de la hauteur) et la nyctophobie (la peur du noir) à la pyrophobie (la peur du feu) en passant par la mysophobie, la kénophobie, la gymnophobie, la brontophobie ou encore l’hylophobie (les peurs de la saleté, de l’obscurité, de la nudité, du tonnerre, des forêts).

O

n peut aussi être nosocoméphobe quand on a en horreur les hôpitaux, chorophobe lorsqu’on a peur de danser, asthénophobe si l’on craint de s’évanouir, émétophobe quand on est habité par la hantise de vomir. La glossophobie est la peur de parler en public, la sidérodromophobie celle de voyager en train, la stasophobie celle d’avoir à rester debout.

Vous avez les clowns en aversion ? Vous souffrez de coulrophobie. Les poupées vous révulsent ? Il s’agit de pédiophobie. Les tombes et les trous ? Vous êtes à la fois taphophobe et trypophobe. On ne saurait passer sous silence une angoisse récurrente que connaissent ceux qui, écrivains ou journalistes, placent l’écriture au centre de leur existence : la leucosélophobie, le fameux syndrome de la page blanche.

L

es animaux, on l’imagine aisément, sont l’objet de nombreuses craintes. Très courantes sont celles des araignées (arachnophobie), des serpents (ophiophobie), des souris et des rats (musophobie). Mais on compte aussi beaucoup d’ichthyophobes et de chiroptophobes (ceux qui sont effrayés par les poissons et les chauves-souris). Il arrive aussi qu’on ne supporte pas la vue d’un chat, d’un poulet, d’un oiseau. On est alors ailurophobe, alektorophobe, ornithophobe. Ceux qui connaissent un peu de grec et de latin n’ont pas trop de mal à repérer le sens de ces mots. C’est ainsi qu’ils comprennent tout de suite que la cuniculophobie est la peur du lapin

(cuniculus en latin). Des humoristes se sont amusés à enrichir la liste. Ils ont inventé l’eibohphobie, la peur des palindromes, le mot étant luimême un palindrome – c’est-àdire qu’il se lit indifféremment de gauche à droite et de droite à gauche en gardant le même sens. On leur doit aussi l’hippopotomonstrosesquippedaliophobie, la peur… des mots longs. Les superstitions n’échappent pas à ce délire lexical. La triskaïdékaphobie est la peur du chiffre 13, l’hexakosioihexekontahexaphobie celle du nombre 666. Régulièrement surgit un mot nouveau qui en dit beaucoup sur notre mode de vie actuel. C’est le cas de la nomophobie, qui vient de l’anglais nomophobia (« pour « no mobile phobia ») et désigne la crainte d’être privé de son smartphone. Les peurs irrationnelles sont, on le voit, parmi les troubles les plus répandus dans l’espèce humaine. La seule vraie question en fin de compte est de savoir lequel est le plus difficile à vivre. Ne serait-ce pas la pantophobie (la peur de tout) ? Ou la phobophobie (la peur d’avoir peur) ? ■


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1 Exilé aux États-Unis après l’arrivée au pouvoir de Napoléon III, Victor Considerant (1808-1893), philosophe et économiste adepte du socialisme utopiste, créa en 1855 un phalanstère – une ferme collective en l’occurrence – à La Réunion, près de Dallas. L’expérience sera un échec et la colonie sera dissoute en 1860. 2 Connu surtout pour Le Dernier des Mohicans, l’écrivain James Fenimore Cooper (1789-1851) vécut en Europe, principalement à Paris, entre 1826 et 1833. À son retour aux États-Unis, il relatera son expérience parisienne dans A Residence in France, paru en 1836.

York entre 1941 et 1944, l’ethnologue Claude Lévi-Strauss (19082009) retourna aux États-Unis après la guerre pour y occuper, de 1945 à 1947, les fonctions de conseiller culturel auprès de l’ambassade de France à Washington., tout en vivant à New York. 4 Les deux avionneurs ont fait en quelque sorte match nul en 2015. Airbus, qui a vendu 1036 avions (contre 768 pour Boeing), emporte la palme des commandes. Mais, avec 762 appareils livrés (635 pour Airbus), l’Américain conserve son titre de champion du monde des livraisons. 5 Selon une étude de la banque suisse UBS, une course de 5 km

en ville coûtait au début de 2016 l’équivalent de 14,34 euros à Los Angeles, 11,39 euros à Paris et 10,69 euros à New York. 6 L’usine américaine de Bic est installée à Milford, dans le Connecticut. 7 L’âge médian est de 41 ans en France. Grâce à l’apport migratoire et à une natalité légèrement supérieure, les États-Unis ont une population un peu plus jeune : son âge médian est de 37,8 ans. 8 En janvier 1963, le ministre français de la Culture André Malraux expédie La Joconde aux États-Unis, où elle est reçue par le président Kennedy. Exposée

à la ­ National Gallery of Art de Washington puis au Metropolitan ­ Museum of Art de New York, le chef-d’œuvre de Léonard de Vinci sera admiré par 1,7 million de visiteurs en deux mois. 9 Avant de lancer, en 1971, le cinéma de la « blaxploitation », Melvin Van Peebles vécut à Paris, où il apprit le français et, dès 1964, écrivit dans Hara-Kiri, l’ancêtre de Charlie Hebdo. 10 C’est Bret Easton Ellis, l’auteur du célèbre American Psycho, qui, en février dernier, a fait son entrée dans la collection Bouquins, avec deux volumes comprenant l’ensemble de son œuvre.

e

e

3 Après avoir trouvé refuge à New

Airbus Boeing Les deux avionneurs ont fait jeu égal

4 Quel constructeur a vendu le plus d’avions en 2015 ? Claude Lévi-Strauss René Girard Maurice Merleau-Ponty

culturel à l’ambassade de France aux États-Unis ?

1963 1973 1983

En quelle année La Joconde quitta le Louvre pour être exposée aux États-Unis ?

8

La France Les États-Unis Les chiffres sont presque identiques

3 Quel universitaire occupa, entre 7 Dans quel pays l’âge médian est 1945 et 1947, le poste de conseiller le plus élevé ? James Fenimore Cooper Mark Twain Edgar Allan Poe

Paris dans A Residence in France ?

2 Quel écrivain américain du XIX siècle a décrit son séjour à Pierre-Joseph Proudhon Victor Considerant Charles Fourier

siècle un phalanstère dans le Texas ?

1 Quel théoricien français du socialisme utopique créa au XIX

Quiz

Le Connecticut Le New Hampshire Le Michigan

6 Dans quel État se trouve l’usine américaine de briquets Bic ?

Paul Auster Bret Easton Ellis Jim Harrison

Quel romancier américain a fait récemment son entrée dans la collection Bouquins de Robert Laffont ?

10

Woody Allen Melvin Van Peebles Mel Brooks

Paris New York Los Angeles

5 Dans laquelle de ces villes la course en taxi est-elle la plus ­chère ?

le magazine Hara-Kiri ?

9 Quel cinéaste américain écrivait, lorsqu’il vivait à Paris, dans

France-États-Unis

Par Dominique Mataillet


language

The fear of everything By Dominique Mataillet / Translated from French by Alexander Uff

A

wave of alterophobia is washing over Europe. Manipulated by the extreme right-wing parties who preach their own forms of inward-looking attitudes, the fear and rejection of others – which is in fact at the base of these ideas – increase as more and more migrants and refugees arrive at ­E uropean borders. We are hardly lacking words to describe hostility to those who are different or from elsewhere. Based on the model of xenophobia, more developed examples include judeophobia, islamophobia, christianophobia. There is even gynophobia, androphobia, lesbophobia and gerontophobia, which respectively describe a fear or hatred of women, men, lesbians and the elderly. Generally used to define irrational fears, words formed with the suffixes “phobe”, “phobia” and “phobic” (from the Greek phóbos, meaning “fear”) are in fact used in many different scientific fields. Some, such as hydrophobia, describe a chemical reaction. In biology, the term halophobe (from the Greek halos, meaning “salt”), refers to an organism which cannot tolerate highly saline environments. Doctors use 76

France-Amérique APRIL 2016

phonophobia to describe a patient suffering from a hypersensitivity to sound, and photophobia when the pathology relates to light. But the field of psychiatry uses the most terms to describe phobias. The best-known psychological problems include agoraphobia and claustrophobia, respectively meaning the fear of open spaces and closed spaces. The list of fears caused by the presence or the idea of a being, an object or a situation is endless. Examples include acrophobia (feat of heights), nyctophobia (fear of the dark), pyrophobia (fear of fire), mysophobia, kenophobia, gymnophobia, brontophobia and hylophobia (the fears of contamination, voids, nudity, thunder and forests).

N

osocomophobes are scared of hospitals, chorophobes are scared of dancing, asthenophobes are scared of fainting, and emetophobes balk at the idea of vomiting, Glossophobia is the fear of public speaking, siderodromophobia is a fear of travelling in trains, and stasophobia describes a fear of standing. Those who hate clowns may well have coulrophobia. Those revolted by

dolls suffer from pediophobia, and anyone terrified by graves and holes could be diagnosed with both taphophobia and trypophobia. Of course we could not discuss this subject without referring to the recurring fear felt by those who write for a living or for pleasure: leucoselophobia is used to describe the famous “blank page” s­y ndrome.

Comedians have had a lot of fun embellishing the list. Their inventions include aibohphobia, which is the fear of palindromes; the word itself is a palindrome, meaning it can be read both from left to right, and vice versa, while keeping the same meaning. They are also to thank for hippopotomonstrosesquippedaliophobia – the fear of long words, of course!

t is easy to see animals as the source of numerous fears. The most renowned are the fears of spiders (arachnophobia), snakes (ophiophobia), and mice and rats (musophobia). But there are also large numbers of ichthyophobes and chiroptophobes (those terrified of fish and bats respectively). And certain people cannot stand the sight of cats, chickens or birds, which make them ailurophobic, alektorophobic or ornithophobic. Anyone who knows a little Greek or Latin should be able to deduct the meaning of many phobias quite easily. They would, for example, immediately understand that cuniculophobia is a fear of rabbits (from the Latin cuniculus).

Superstitions are another field home to this lexical madness. Triskaidekaphobia is a fear of the number 13, and hexakosioihexekontahexaphobia describes a fear of the number 666. New words of this ilk are appearing all the time, and many are truly a sign of the times. Such is the case of nomophobia, which is formed of the words “no”, “mobile” and “phobia”, and describes the fear of not having your smartphone at hand. We are all aware that irrational fears are one of the most widespread problems affecting the human race. The only question that remains is which of the following would be hardest to bear: pantophobia (the fear of everything) or phobophobia (the fear of fear itself )? ■

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5 According to a study by the Swiss bank UBS in early 2016, a 3-mile cab journey cost the equivalent of 14.34 euros in Los Angeles, 11.39 euros in Paris and 10.69 euros in New York.

2 Generally famed for The Last of the Mohicans, writer James Fenimore Cooper (1789-1851) lived in Europe, and mainly in Paris, from 1826 to 1833. Upon returning to the United States he recounted his Parisian experience in A Residence in France, published in 1836.

4 Some would say the two aircraft manufacturers tied in 2015. Airbus sold 1,036 planes (compared with 768 for Boeing), and so wins first prize for orders placed. But with 762 aircraft actually delivered (compared with 635 for Airbus), the American group has kept its champion’s title in terms of deliveries.

1 Victor Considerant (1808-1893) was a philosopher, economist and utopian socialist. He was exiled to the United States after Napoléon III came to power, and founded a phalanstery – a collective farming community – called La Réunion, near Dallas, in 1855. The experiment was a failure, and the colony was shut down in 1860.

3 After finding safe haven in New York between 1941 and 1944, ethnologist Claude Lévi-Strauss (1908-2009) returned to the United States after the World War II to occupy the function of Cultural Counselor at the French Embassy in Washington from 1945 to 1947, while still living in New York.

6 The American factory for Bic lighters is in Milford, Connecticut. 7 The median age in France is 41 years. Thanks to immigration and a slightly higher birth rate, the United States have a younger population with a median age of 37.8 years.

8 The French Minister for Culture André Malraux sent La Joconde to the United States in January 1963, where it was received by President Kennedy. Leonardo da Vinci’s masterpiece was exhibited at the National Gallery of Art in Washington before being moved to the Metropolitan Museum of Art in New York, and was seen by 1.7 million admiring visitors in just two months. 9 Before launching the “Blaxploitation” film subgenre in 1971, Melvin Van Peebles lived in Paris. He learned French and in 1964 began writing for the magazine Hara-Kiri, the forerunner of today’s Charlie Hebdo. 10 Bret Easton Ellis, the author of the renowned American Psycho, made his grand entrance into the Bouquins collection last February. His complete works are presented in a two-volume edition.

Paris New York Los Angeles

Paul Auster Bret Easton Ellis Jim Harrison

5 In which of the following cities is a cab ride the most 10 Which American novelist’s works were recently expensive? entered into the Robert Laffont Bouquins collection? Airbus Boeing Both sold the same number

4 Which aircraft manufacturer sold the most planes in 2015? Claude Lévi-Strauss René Girard Maurice Merleau-Ponty

1945 to 1947?

Woody Allen Melvin Van Peebles Mel Brooks

9 Which American filmmaker wrote for the magazine Hara-Kiri while living in Paris? 1963 1973 1983

Pierre-Joseph Proudhon Victor Considerant Charles Fourier

Connecticut New Hampshire Michigan

2 Which 19 -century American writer recounted his time in Paris in a work called A Residence in France?

7 In which country is the median age the highest?

3 Which academic occupied the function of Cultural Counselor at the French Embassy of Washington from

8 In which year did La Joconde leave the Louvre Museum to be exhibited in the United States?

James Fenimore Cooper Mark Twain Edgar Allan Poe th

France The United States The figures are almost the same in both countries

1 Which French utopian socialist theoretician created a 6 Which State is home to the Bic lighter American phalanstery in Texas in the 19 century? factory? th

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France - united-states by Dominique Mataillet


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