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30 TALENTS CRÉATEURS ET ENTREPRENEURS ENTRE FRANCE ET ÉTATS-UNIS

Volume 8, No 8 $6.50

August 2015 Guide TV5Monde


AUGUST 2015 Président / President Guy Sorman Rédactrice en chef / Editor in Chief Guénola Pellen, 646.202.9830 gpellen@france-amerique.com Directrice exécutive / Executive Director Marie-Dominique Deniau mddeniau@france-amerique.com Rédaction / Staff Writers Vincent Dozol vdozol@france-amerique.com Dominique Mataillet Directrice artistique / Art Director Marie Vasquez, mvasquez@france-amerique.com Éditeur web / Web Editor Gaétan Mathieu gmathieu@france-amerique.com Contributeurs / Contributors Michael Da Costa, Anaïs Digonnet

Les acteurs Gene Kelly et Leslie Caron dans le film Un Américain à Paris de Vincente Minnelli (1951).

Traducteurs / Translators Farah Nayeri, Alexander Uff Révision / Proofreader Marie-Nicole Elian Service clients / Customer Service Amal Faouzi 646.202.9828 afaouzi@france-amerique.com

France-Amérique LLC 115 East 57th St, 11th Fl. NY, NY 10022

Publicité & Marketing / Advertising & Marketing Hana Mataillet hmataillet@france-amerique.com 646.202.9829

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Le mythe de Paris, capitale éternelle de l’élégance, du bien vivre, des amours licites et illicites, hante l’imaginaire américain depuis les séjours français de ­Benjamin Franklin et Thomas Jefferson. La littérature prend le relais avec ­Ernest ­Hemingway (Paris est une fête, 1964) et le sulfureux Henry Miller (Jours ­tranquilles à Clichy, 1956). Il revient au cinéaste Vincente Minnelli de rendre ­accessible au grand public l’image définitive du Paris « romantique », par son film Un ­Américain à Paris, une amourette entre un GI devenu peintre, incarné par Gene Kelly, et ­Leslie Caron, « riche héritière » française : sur une musique inoubliable de George Gershwin. Cette histoire simple, une nouvelle Bohème, est adaptée en comédie musicale au Châtelet à Paris, puis à Broadway en 2015. Since Benjamin Franklin and Thomas Jefferson’s trips to France the American ­imagination has been filled with the Parisian myth, an eternal, elegant capital, good ­living, and licit and illicit loves. Literature continued the legend with Ernest Hemingway (A Moveable Feast, 1964) and the scandalous Henry Miller (Quiet Days in ­Clichy, 1956). But it was film director Vincente Minnelli who finally gave the public a definitive image of “romantic” Paris. His film An American in Paris, follows a love affair between an ex-GI turned painter (Gene Kelly) and Leslie Caron in the role of a rich French heiress, all set to George Gershwin’s unforgettable soundtrack. This simple tale, a new take on La Bohème, was reworked as a musical at the Châtelet Theatre in Paris, before moving to Broadway in 2015.

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Editorial

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Iconic

30 TALENTS

CRÉATEURS ET ENTREPRENEURS ENTRE FRANCE ET ÉTATS-UNIS

Peut-on le dire ? Where is one the most free? Le carré Hermès The Hermès scarf

10 30 Talents

Français et Américains French and Americans

Volume 8, No 8 $6.50

August 2015 Guide TV5Monde

© Olivier Tallec

50 Calendrier culturel 54 Bon Appétit

Tartelette & wine

Il y a migrant et migrant The migrant migraine

58 Language 75 Quiz

France-Amérique LLC, 115 East 57th St, 11th Fl. New York, NY 10022. Tel: 646.202.9828 Fax: 646.304.5814

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EDITO

Peut on le dire ? Where is one the most free? PAR GUY SORMAN /

Faut-il tout dire ? Peut-on tout dire ? Français et Américains n’ont jamais répondu de la même manière à ce droit à l’expression. Le Premier amendement à la Constitution des États-Unis autorise tout propos, toute opinion aussi détestables soient-ils. Les Pères fondateurs s’insurgeraient ainsi contre les censures laïques et religieuses, propres aux sociétés européennes. Aussi longtemps que les propos manifestés ne conduisent pas directement au crime, la Cour suprême n’a cessé de confirmer la vitalité de ce Premier amendement. La France de son côté reste quelque peu ancrée dans son Ancien Régime. Le Roi disposait d’un cabinet noir qui ouvrait les correspondances avant de les remettre à leurs destinataires ; aux temps modernes, les écoutes téléphoniques et l’espionnage électronique ont pris le relais. Mais il est remarquable combien l’espionnage de ses propres citoyens par le gouvernement indigne les Américains tandis qu’il laisse les Français plutôt indifférents.

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a censure est pareillement insupportable aux Américains ; les Français s’en accommodent. Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le Parlement français a multiplié les lois qui cantonnent la liberté d’expression, dans les médias en particulier, pas seulement pour protéger la vie privée des puissants et des stars, mais plus encore pour interdire certains débats et controverses. Toute déclaration raciste ou antisémite est en France prohibée par la loi et sérieusement sanctionnée par des amendes, voire la perte des droits civiques. La négation de l’Holocauste est un crime tandis qu’aux États-Unis, le Premier amendement autorise à dire que l’Holocauste n’a pas eu lieu,... ou qu’aucun astronaute n’a débarqué sur la lune ! Tout récemment, le Parlement français, ainsi que d’autres en Europe, à décidé que les Arméniens furent en 1917 victimes d’un « génocide », et pas d’un simple massacre : nier ce génocide expose à des sanctions judiciaires. 4

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TRANSLATED BY FARAH NAYERI

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s it necessary to say everything? Can everything be said? The French and the Americans have never responded in the same way to this particular freedom of expression. The First Amendment to the United States Constitution authorizes any comment, any opinion, as hateful as it may be. The Founding Fathers sought to shake off the secular and religious censorship that were characteristic of European societies. The Supreme Court has never ceased to uphold the validity of this First Amendment, so long as the views expressed do not lead directly to crime. France, for its part, is still somewhat rooted in its Ancien Régime. The King had a secret black room that opened letters before handing them to their recipients; in modern times, phone tapping and electronic surveillance have taken over. Yet it is remarkable to see how a government's spying of its own citizens can outrage Americans and, at the same time, leave the French largely indifferent. Censorship is equally intolerable to Americans, whereas the French just live with it. Since the end of World War II, the French Parliament has generated a vast number of laws that limit freedom of expression, particularly in the media – not just to protect the privacy of powerful people and of celebrities, but more especially, to ban certain debates and controversies. In France, the law prohibits any racist or anti-Semitic statement, and makes it severely punishable by fines and even a loss of civic rights. Likewise, negation of the Holocaust is a crime, whereas in the United States, the First Amendment allows a person to declare that the Holocaust never took place,... or that no astronaut ever landed on the moon! Most recently, the French Parliament, along with other parliaments in Europe, determined that the Armenians were victims of “genocide” in 1917, and not of a mere massacre: Denial of this genocide now exposes one to legal sanctions.


EDITO

Les récents attentats perpétrés en France par des Djihadistes islamistes ayant provoqué des réactions ­ islamophobes (que l’on peut comprendre, tout en les regrettant), des représentants des communautés musulmanes et des intellectuels non musulmans réclament l’adoption d’une loi qui interdirait l’islamophobie au même titre que l’antisémitisme. Pareille législation serait inconcevable aux États-Unis.

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n conclura-t-on que la parole est plus libre aux États-Unis et le débat plus éclairé ? Ce n’est pas si simple car en Amérique la pression sociale substitue à la loi une autre contrainte, intériorisée, dite Political Correctness. La crainte d’offenser les « minorités », les « différents », oblige à choisir ses mots : attention à ne pas proférer le « N word », entre autres. Les universités américaines sont devenues des laboratoires de ce parler correct ou chaque étudiant bénéficie d’un droit au « confort » moral, son éducation dut-elle en souffrir. En France, où règne une longue tradition du blasphème et de la satire, le magazine Charlie Hebdo défie Mahomet autant que le Pape ou Jésus Christ ; or, après le meurtre des dessinateurs de Charlie Hebdo, la presse américaine, dans l’ensemble, a refusé de reproduire ses caricatures de Mahomet, pour ne pas blasphémer ni offenser les musulmans. De quelle utilité est le Premier amendement si les Américains, journalistes et enseignants en particulier, n’osent plus en faire usage ? À la lumière de cette récente tragédie, il n’est pas certain que la parole soit plus libre aux États-Unis où l’on s’autocensure qu’en France où l’État censure. Puisque Français et Américains sont aujourd’hui et pour longtemps confrontés à la même terreur djihadiste, il me semble important de ne pas s’abriter derrière des lois mais de débattre publiquement avec les musulmans modérés, eux qui sont les premières victimes des Djihadistes. Si nous ne nous interrogeons pas haut et fort sur la perversion de l’Islam par ces Djihadistes, les musulmans ordinaires n’oseront pas le faire. Si nous n’en débattons pas, en toute liberté, nous servons les Djihadistes : eux cherchent à imposer une tyrannie du silence aux musulmans et aux non musulmans. Caricaturistes, français et américains, satiristes musulmans et non musulmans, à vos crayons : l’ironie peut s’avérer plus efficace qu’un drone. ■ 5

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Ever since the recent attacks perpetrated in France by Islamist Jihadists triggered ­Islamophobic reactions (which can be understood, though they are regrettable), Muslim community representatives and non-Muslim intellectuals are calling for a bill that would ban Islamophobia in the same way that anti-Semitism is banned. A similar piece of legislation would be inconceivable in the United States. Must we conclude that speech is freer in the United States, and that debate is more informed? The answer is not that simple, as social pressures in America have replaced the law with another internalized constraint known as ­Political Correctness. Fear of offending “minorities”, those who are "different", compels one to choose one’s words carefully: taking care not to use the “N word”, among others. American universities have become the laboratories of this correct-speak; there, every student enjoys the right to a certain moral “comfort”, lest his or her education suffer as a result.

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n France, where a long tradition of blasphemy and satire prevails, Charlie Hebdo magazine defies the Prophet Muhammad as much as it does the Pope or Jesus Christ; yet after the murder of Charlie Hebdo’s illustrators, most of the American media refused to reproduce the magazine's caricatures of Muhammad to avoid blaspheming or offending Muslims. What is the purpose of the First Amendment if American journalists and teachers, in particular, no longer dare to use it? In light of this recent tragedy, it is not clear whether speech is freer in the United States, where self-censorship is practiced, or in France, where the State does the censoring. Since the French and the Americans are now – and for a long time yet – confronted by the same jihadist terror, I believe that it is important to avoid hiding behind laws, and to engage instead in public debate with moderate Muslims, who are the Jihadists' primary victims. If we do not allow ourselves to question the perversion of Islam by the Jihadists loudly and clearly, ordinary Muslims will not dare do so. If we do not debate the question freely, we help the Jihadists: their aim is to impose a tyranny of silence on Muslims and non-Muslims. French and American cartoonists, Muslim and non-Muslim satirists, pick up your pencils: irony can prove far more effective than a drone. ■


ICONIC

Le carré Hermès dans sa boîte orange The Hermès scarf and its little orange box

BY GUÉNOLA PELLEN /

Symbole d’élégance à la française depuis 1937, ce carré de soie longtemps associé au style BCBG peut se porter de mille façons : noué en foulard autour du cou, en bandeau autour de la tête, à la poignée d’un sac, en ceinture : chaque année, les thèmes traditionnels s’y déclinent : le monde équestre, la nature, les arts ou la mythologie.

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epuis sa création en 1837 par le maître sellier Thierry Hermès, l’entreprise familiale s’impose par la qualité inégalable de sa maroquinerie. Ses descendants élargissent la gamme aux sacs, ceintures, gants et, en 1937, les héritiers Adolphe et Émile Maurice créent le célèbre carré en twill de soie de 90x90 cm roulotté à la main, et aussitôt adopté par les célébrités de l’époque. Brigitte Bardot le noue sous le menton, Jackie O. ne quitte pas son modèle favori « Astrologie » tandis que Grace Kelly, avec ses lunettes noires et son tailleur sombre, l’incorpore à la panoplie des héroïnes hitchcockiennes. 6

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TRANSLATED ALEXANDER UFF

This square, silk scarf has been an icon of French elegance since 1937. Long associated with chic style, it can be worn in a multitude of different ways: Tied in a knot as a neck scarf, as a head band, on a bag strap, or even as a belt. Every year sees the arrival of traditional themes ranging from the world of horse-riding and Nature to the arts and mythology.

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ince being founded in 1837 by master saddler Thierry Hermès, the family company has made a name for itself through the unmatched quality of its leather goods. Its descendants widened the range to include bags, belts and gloves, and sons Adolphe and Émile-Maurice designed the famous 90cmx90cm hand-rolled silk twill scarf in 1937. The new piece was an instant hit with celebrities. Brigitte Bardot sported it tied under her chin, J ­ackie O. never changed her favorite model, “Astrology”, while Grace Kelly made it part of the Hitchcock heroines’ arsenal alongside her black sunglasses and understated suit.


ICONIC

A canvas for artists

Un canevas pour les artistes En 1937, Robert Dumas, alors directeur ­d'Hermès, réalise le premier carré : « Jeu des omnibus et Dames blanches », inspiré d'un jeu de l'Oie populaire, doublé d’un clin d'œil à l'inauguration de la ligne Madeleine-Bastille. Autre modèle de référence : « Brides de Gala » dessiné par l’artiste Hugo Grygkar en 1957. Il est toujours l’une des meilleures ventes de la maison.

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ous l’impulsion de Bali Barret, directrice artistique depuis 2004, le carré s’est modernisé. Hier réservé aux femmes BCBG, on le trouve désormais en éditions limitées chez le concept-store parisien Colette, et depuis l’an dernier, on peut l’acheter en un clic sur le site « La Maison des carrés », une boutique en ligne où l’on trouve les formats classiques, les carrés XXL, les plissés et les nœuds papillons pour femmes. Parmi les artistes qui collaborent avec Hermès : Josef Albers, un des maîtres du Bauhaus, puis Daniel Buren et Hiroshi Sugimoto entre autres ont signé des carrés qui sont comme des tableaux. Cette année, la marque a choisi le maître de l'art cinétique, Julio Le Parc, pour l'édition de dix séries de six foulards, intitulée « Variations autour de la Longue Marche », reproduite dans un livre coédité en juin avec Actes Sud.

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Robert Dumas, then CEO of Hermès, created the first “Jeu des omnibus et Dames blanches” scarf in 1937, inspired by a popular board game called Game of the Goose and partly in homage to the Madeleine-Bastille bus route. The “Brides de Gala” was another iconic model, designed by artist Hugo ­Grygkar in 1957, and is still one of the luxury House’s best-selling products.

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uoyed by Bali Barret, Artistic Director since 2004, the scarf has been modernized. Formerly reserved for stylish, wealthy women, it can now be found as a limited edition at the Parisian concept store Colette. And last year saw the launch of the website “La Maison des Carrés”, an online boutique offering classic formats, XXL scarves, pleated scarves and bow ties for women. On the design side of things, famous artists are championing this stance, from Bauhaus master Josef Albers, Daniel Buren, Hiroshi Sugimoto and others have worked with Hermès. This year the brand chose the master of kinetic art, Julio Le Parc, to design ten series of six silk scarfs. The project was called “Variations on the Long March” and was reproduced in a book coproduced in June with the Actes Sud publishing company.


ICONIC

Une fabrication artisanale

Artisanal manufacturing

L’artisanat est une particularité d’Hermès : le découpage et les ourlets des carrés de soie ne peuvent être réalisés qu’à la main. Une fois les dessins sélectionnés, les graveurs décalquent à l’encre de Chine et à la plume les couleurs et les contours de chaque dessin. Cette opération dure en moyenne 2 000 heures selon les modèles. Les deux collections annuelles de carrés sont développées dans une dizaine d’harmonies de couleurs et le nuancier d’Hermès, réputé pour sa gamme extrêmement large, compte environ 75 000 teintes.

Artisanal production is one of Hermès’ defining characteristics. All cuttings and hems for the silk scarfs are carried out by hand. Once the designs have been chosen, engravers use India ink and quills to trace the colors and shapes of each pattern. This operation takes an average of 2,000 hours according to each model. The two annual scarf collections are developed in around ten different color ranges, and the Hermès color chart, renowned for its vast spectrum, boasts around 75,000 hues.

La création d’un seul carré nécessite la production de trois cents vers à soie, soit l’équivalent de 450 km de fils. La soie est tissée sur les métiers de la maison Perrin & Fils, en Ardèche. Puis vient l’impression sérigraphique du motif, dite « à la lyonnaise », la soie passe dans plusieurs châssis métalliques (les cadres) qui impriment les dessins à la manière d’un pochoir. La création d’un carré, des esquisses à la mise en vente, dure environ 2 ans. Un travail fastidieux qui justifie son prix – 250 euros en moyenne pour un carré classique – et son succès : il s'en vend un toutes les trente minutes dans le monde ! Quand à la célèbre boîte orange, la couleur sera imposée pendant les restrictions de la Deuxième Guerre mondiale. C’était la seule couleur de papier disponible dans cette période troublée. C’est ainsi que l’orange deviendra l’emblème de la célèbre maison du Faubourg. ■

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ach scarf requires a total production of 300 silkworms, adding up to around 450 km of thread. The silk is woven on looms at the Perrin & Fils group in the Ardèche region, and silkscreen "Lyonnaise" printing is then used for the pattern. The silk is passed through several metal frames which print the designs using a method similar to stenciling. The scarf creation process from design to sale takes around two years. This lengthy work justifies the €250 price tag for a classic model, and its success – ­Hermès sells a scarf every 30 minutes! The famous orange box was born following restrictions during the Second World War. Orange paper was the only choice available, and the color has been an emblem of the famous Parisian luxury House ever since. ■


ICONIC

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franco-américains DOSSIER RÉALISÉ PAR MICHAEL DA COSTA, ANAÏS DIGONNET, VINCENT DOZOL, GAÉTAN MATHIEU TRANSLATED BY FARAH NAYERI, ALEXANDER UFF

Elles et ils sont français, américains, francophiles ou ­francophones. Tous ensemble, créateurs, entrepreneurs, ­ enseignants, artistes… Ils enrichissent par leur talent la relation ancienne et sans cesse renouvelée entre nos deux peuples. Ces portraits ­ s’inscrivent dans une longue tradition, chaque année, pour le numéro d’été de France-Amérique. French and American, Francophone and Francophile. Together these creators, entrepreneurs, teachers and artists put their talents into building on the ancient and constantly evolving relationship between our ­ two peoples. These portraits are part of a longstanding, annual tradition for the summer issue of France-Amérique.

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PASSEURS D'OCÉANS

Jean-Luc Choplin

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Importateur de comédies musicales américaines en France Paris

roadway-sur-Seine. Le surnom donné au théâtre du Châtelet fait la fierté de son directeur, Jean-Luc Choplin. En juin dernier, un des spectacles du théâtre parisien, Un Américain à Paris, a remporté à New York quatre Tony Awards, la plus haute distinction pour une comédie musicale. Pour adapter ce film culte de 1951 de Vincente Minnelli avec Gene Kelly et Leslie Caron, le théâtre s’est associé à deux producteurs de Broadway : Stuart Oken et Van Kaplan. Pour la musique du spectacle – qui relate l’histoire d’amour entre un ancien GI peintre à Montmartre et une jeune serveuse parisienne – Jean-Luc Choplin a rencontré la famille de George Gershwin, compositeur des musiques du film, afin d’obtenir les droits des chansons. La comédie musicale fut d’abord jouée en France, avant de s’installer sur Broadway en avril dernier. « Nous prenons le risque à Paris, ils le prennent à New York », explique Jean-Luc Choplin. Cette coproduction franco-américaine coûteuse – environ dix millions d’euros – devrait profiter au théâtre parisien, qui percevra des royalties sur les billets vendus aux États-Unis. Si la comédie musicale trouve son public à New York, le Châtelet espère entre 500 000 et un million d’euros par an pendant les dix premières années d’exploitation. Lorsqu’en 2004 la mairie de Paris confie les clés du Châtelet à Jean-Luc Choplin, le milieu du théâtre reproche au nouveau directeur son passage chez Disney et son parcours dans le divertissement de masse plutôt que dans les cercles culturels parisiens. Jean-Luc Choplin était entré chez Disney en 1989, pour lancer Disneyland Paris. Six ans plus tard, il quittait la France pour Los Angeles, lorsque le président de Disney le nomma responsable des projets artistiques mondiaux. De son séjour en Amérique, Jean-Luc Choplin garde une passion pour les comédies musicales et… la rentabilité. Dès le début de son mandat au Châtelet, il annonce son projet « sophistiqué-populaire », mélanger culture et divertissement afin d’attirer un vaste public. « J'ai envie que le Châtelet retrouve une tradition du grand spectacle, mais revisitée, décalée ». Temple de l’opérette à grand spectacle depuis les années 30, lieu de prédilection de Luis Mariano et Tino Rossi, le Châtelet est l’endroit idéal pour accueillir les descendants de l’opérette française et viennoise : les comédies musicales américaines. « Singin’ in the Rain, Un Américain à Paris, et West Side Story constituent nos trésors de guerre pour l’avenir : un répertoire facile à remonter et générateur de recettes », explique Jean-Luc Choplin. Le théâtre fait salle comble tous les soirs alors que les comédies musicales sont jouées en version originale avec des surtitres. L’expérience américaine de Jean-Luc Choplin lui est utile lorsqu’il doit faire face à une baisse des subventions publiques. Plutôt que d’augmenter le prix des billets et de se priver de son public populaire amateur de comédies musicales, Jean-Luc Choplin a recours au mécénat. Il participe à la création de l’association des Amis Américains du théâtre du Châtelet et récolte un million d’euros. ■

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Passeurs d'oceans

The musical An American in Paris © Angela Sterling

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Importer of American musicals in France

roadway-sur-Seine. The Théâtre du Châtelet’s nickname is a source of pride for its director, JeanLuc Choplin. Last June, An American in Paris, one of the Parisian theater’s shows, won four Tony Awards in New York – the highest distinction for a musical. It was a first for a production by a French theater. The theater partnered with Stuart Oken and Van Kaplan, two major Broadway producers, to adapt Vincente Minnelli’s iconic 1951 movie starring Gene Kelly and Leslie Caron. Jean-Luc Choplin personally met with the family of George Gershwin, the composer of the film music, to secure the rights to the original songs in An American in Paris – a love story between a former GI turned painter in Montmartre and a young Parisian waitress. The musical was first performed in France for a month and a half before transferring to Broadway last April. “We are taking the risk in Paris, they take the risk in New York”, explains Jean-Luc Choplin. This highly costly Franco-American co-production – around 10 million euros – should result in huge pay-offs for the Parisian theater, which will receive royalties on all tickets sold in the United States. If the musical finds an audience in New York, the Châtelet could receive between 500,000 euros and 1 million euros a year for the first ten years of the Broadway performance run.

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hen Paris City Hall handed the keys of the Théâtre du Châtelet to Jean-Luc Choplin back in 2004, the theater community was skeptical, and criticized the new director for prior jobs at Disney and in the entertainment industry rather than in Parisian cultural circles. Jean-Luc Choplin joined Disney in 1989 to launch Disneyland Paris. Six years later, he left France for Los Angeles, where Michael Eisner, Disney’s CEO, put him in charge of worldwide artistic projects. His time in America gave Jean-Luc Choplin a passion for musicals, and for profitability. From the start of his tenure at the Théâtre du Châtelet, he expressed a desire for making “sophisticated and popular” shows, and for blending culture and entertainment to attract a wide audience. “I would like the Châtelet to return to a tradition of major, but revisited, surreal shows.” A temple of operetta performances since the 1930s, and the favorite venue of Luis Mariano and Tino Rossi, the Châtelet is, by virtue of its heritage, the ideal place for the direct descendants of French and Viennese operetta: American musicals. “ Singin’ in the Rain, An American in Paris and West Side Story are our spoils of war for the future: a universal repertoire, easy to stage, and a generator of revenue” explains Jean-Luc Choplin. His project is a success, and the theater is sold out every evening, even though the musicals are performed in the original language with surtitles. Jean-Luc Choplin’s American experience has also proven useful in the face of repeated cuts to his theater’s subsidies. Instead of raising ticket prices and losing his popular, musical-loving audience, Jean-Luc Choplin has resorted to patronage. He has revived his American network, helped set up the American Friends of the Théâtre du Châtelet association, and raised close to 1 million euros. ■

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Passeurs d'oceans Olivier Meslay Un conservateur au Texas

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A Texas curator Dallas Museum of Art, Texas

n 2010, Olivier Meslay a quitté les rives de la Seine pour Trinity River au Texas. Il a passé 16 ans au Louvre, où il était notamment responsable du projet Louvre-Atlanta (Géorgie). Une aile du High Museum d’Atlanta a accueilli pendant trois ans des expositions tirées des collections du Louvre. De 2006 à 2009, Olivier Meslay a été conservateur en chef chargé du Louvre-Lens, ouvert en 2012. Spécialiste de l’art britannique et américain, il est directeur associé de la conservation au Dallas Museum of Art. L’Amérique, il l’a découverte à 23 ans, au cours d’un road trip en Greyhound. Depuis son arrivée au Texas, le conservateur a organisé des expositions aussi diverses que Chagall : Beyond Color ou Hotel Texas : An art exhibition for the President and Mrs John F. Kennedy. ■

Olivier Meslay swapped the banks of the Seine for Trinity River in Texas in 2010. He previously spent 16 years at the Louvre where he was in charge of the Louvre-Atlanta project, in which a wing of the High Museum of Art in Atlanta, Georgia, welcomed exhibitions from the Louvre’s collections for three years. Meslay was also head curator from 2006 to 2009, in charge of the Louvre-Lens art museum project which opened in 2012. As a specialist of British and American art he is an associate director at the Dallas Museum of Art. He originally discovered America at 23 while on a Greyhound road trip, and since settling in Texas the curator has organized a diverse range of exhibitions including Chagall: Beyond Color, and Hotel Texas: An art exhibition for the President and Mrs. John F. Kennedy. ■

John Young Bienfaiteur dans l’ombre de la culture ­française aux États-UnisNew York,

A discrete champion of French culture in the U.S.A. New York, NY

Avocat et homme de confiance de la mécène américaine Florence Gould pendant de nombreuses années, John R. Young est aujourd’hui président de la fondation depuis le décès de cette dernière. Cet homme très discret joue un rôle capital dans la promotion de la culture française aux États-Unis. « Vous êtes le partenaire le plus proche des S ­ ervices culturels de l'ambassade française et, depuis 2005, notre plus important soutien financier privé », affirmait en 2012 l’ambassadeur de France aux ÉtatsUnis à l'époque, François Delattre, lors de la remise de la légion d’honneur à John R. Young et à sa femme Mary K. Young. Récemment, la Florence Gould Foundation fut le principal donateur de la librairie française Albertine, qui a ouvert en septembre 2014 dans les locaux des Services culturels de l’ambassade de France à New York. ■

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ohn R. Young is a lawyer, and for many years was the right-hand man of American patron of the arts Florence Gould. Now Chairman of the Gould Foundation, the discrete Young plays a pivotal role in the promotion of French culture in the U.S.A. “You are the French embassy Cultural Service’s closest partner and, since 2005, our largest source of private financial support”, said François Delattre, French ambassador to the United States, upon presenting John R. Young and his wife Mary K. Young with the Legion of Honor in 2012. The Florence Gould Foundation was also the main financier of the French bookshop Albertine, which opened in the French embassy Cultural Service in New York in September 2014. ■


Passeurs d'oceans

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Passeurs d'oceans

William Christie L’homme qui ressuscita la musique baroque Thire, Vendee Les Arts florissants seront à New York au Lincoln Center avec Theodora de Handel pour un concert unique le 31 octobre. William Christie a deux passions : la musique et les jardins. À 70 ans, ce musicien et chef d'orchestre hors pair est le pionnier de la redécouverte du répertoire baroque. Loin de Buffalo, sa ville natale du nord de l'État de New York, c’est en France que William Christie s'installe au début des années 70, échappant ainsi à la guerre du ­Vietnam. Le jeune claveciniste se fait tout de suite un nom dans les cercles artistiques parisiens. En 1979, il fonde son propre ensemble musical et le baptise « Les Arts florissants », en hommage au titre d'un bref, mais précieux opéra de Marc-Antoine Charpentier, compositeur du Grand Siècle. Fin connaisseur du répertoire national baroque, le chef y puise des œuvres rares, oubliées des Français eux-mêmes, mais se heurte à l’ignorance d’une partie de la critique et des institutions qui regardent de travers ce musicien et ses instruments d’un autre âge : clavecin, théorbe, viole de gambe, cordes en boyau. « Je suis entré au Conservatoire supérieur de musique de Paris par la porte de service » rappelle volontiers William Christie. L’artiste connaîtra le succès en 1987 avec sa création d'Atys de Lully sur la scène de l'Opéra comique, à Paris. Le spectacle sera repris en mai 2011 à la Brooklyn Academy of Music. Naturalisé français en 1996, William Christie rayonne à travers le monde. Artiste en résidence à la prestigieuse Juilliard School de New York depuis 2008, il enseigne ses connaissances et son interprétation des musiques oubliées aux élèves du Conservatoire. Et pour partager sa deuxième passion, le jardinage, il ouvre depuis 2012 au public et à la musique son domaine de Thiré, petit village vendéen de 500 habitants entre La Roche-sur-Yon et Niort. Dans ce lieu magnifique, inspiré des jardins à la française, entre les plans d’eau et l’église éclairée aux chandelles, le chef propose des concerts en plein air où se côtoient les élèves de la Juilliard School, encadrés par des membres des Arts florissants, à un prix défiant toute concurrence : 8 euros l'après-midi et 18 euros le soir. Féerique ! ■

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Passeurs d'oceans

The man who brought Baroque music back to life

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Les Arts florissants ensemble will be at New York’s Lincoln Center performing Handel’s Theodora for a one-off concert on October 31. illiam Christie has two passions: music and gardens. Now 70, this extraordinary musician and orchestra director is a pioneer in the rediscovery of Baroque music. William travelled far from his native city of Buffalo in the north of the State of New York, arriving in France in the 70s and avoiding military service during the Vietnam War. The young harpsichordist quickly made a name for himself on the Parisian artistic scene. He founded his own musical ensemble in 1979, and called it “Les Arts florissants” in homage to the short but precious opera composed by Marc-Antoine Charpentier during the 17th century.

As a true connoisseur of the French Baroque repertoire, William dredged up rare works even the French had forgotten about. But the musician was met with ignorance from some critics and institutions, who scorned him and his ancient instruments such as the harpsichord, the theorbo, the viola de gamba and catgut stringed instruments. “I got into the Conservatoire Supérieur de Musique de Paris through the back door”, he says. The artist finally shot to success in 1987 with his composition of Lully’s “Atys”, performed at the Opéra Comique in Paris, and then taken up by the Brooklyn Academy of Music in May 2011. William Christie became a naturalized French citizen in 1996, and now enjoys international renown. He has been a resident artist at New York’s prestigious Juilliard School of Dance, Drama and Music since 2008, where he passes on his knowledge and interpretation of forgotten music to students. And as for sharing his second passion – gardens – he opened his grounds to the public and to music in 2012. His gardens are nestled in the French Vendée region, in a small, 500-person village called Thiré, between La Roche-sur-Yon and Niort. This magnificent space is inspired by French-style gardens, boasting water features and a candle-lit church. William puts on open-air concerts attended by students from the Juilliard School under the supervision of members from Les Arts florissants. And you can’t beat the price, at 8 euros for afternoons and 18 euros for evenings. Enchanting! ■ 17

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Passeurs d'oceans Adam Gopnik Le plus parisien des New-Yorkais New York, NY

© Brigitte Lacombe

« Être parisien, je ne peux pas le revendiquer. Mais j’adore cette ville et je me sens toujours absorbé par cette conversation entre la France et les États-Unis », explique Adam Gopnik. L’auteur de l’essai acclamé Paris to the Moon (2000) s’est familiarisé avec le français à Montréal, enfant, en lisant les comptes rendus des matches de hockey dans la presse francophone. Il a ensuite fait ses classes dans les cinémas de la capitale française, où il a résidé avec sa famille en 1974. « Ma tête était remplie d’images de Paris, surtout en noir et blanc, et je voulais être dans celles-ci », écrit-il. Chroniqueur au New Yorker depuis 1986 et contributeur à France-Amérique, il a de nouveau vécu avec sa femme et ses enfants à Paris de 1995 à 2000. Depuis son retour à New York, il cultive son jardin français grâce à des recettes glanées sur le chemin (pouletfrites et steak au poivre sont des classiques), il s’émeut dans ses textes de la fermeture d’une librairie parisienne de quartier et regarde Les Guignols de l’info le dimanche matin. À chaque passage dans les environs du Jardin du Luxembourg, il reste frappé par la qualité des produits du terroir et les saveurs uniques qui se mêlent à sa mémoire familiale. Au point de revenir pour de bon ? « Ma femme et moi en parlons souvent. Quand nos enfants auront fini leurs études, on retournera à Paris et on deviendra ce couple irascible qui promène son petit chien pendant l’hiver, un véritable couple français de bourgeois âgés », prévient-il. ■

The most Parisian New Yorker I wouldn’t claim to be Parisian anywhere, but I love the city and always feel absorbed in the conversation between France and the United States”, says Adam Gopnik. The author of the highly-acclaimed essay Paris to the Moon (2000) learned French as a child in Montreal by reading reviews of hockey matches in the Francophone press. He continued his education in cinemas in Paris, where he lived with his family in 1974. “My head was filled with pictures of Paris, mostly black and white and I wanted to be in them”, he wrote. Working as a columnist for The New Yorker since 1986, and as a contributor to France-Amérique magazine, he returned to live in Paris with his wife and children from 1995 to 2000. Since returning to New York he has continued his French studies through recipes picked up along the way (chicken and fries and peppered steak are particular favorites), mourns the closure of a local Parisian bookshop in his articles, and watches Les Guignols on the Sunday morning news. He never fails to be astonished by the high-quality local produce and unique flavors that remind him of his family when walking around the area next to the Jardin du Luxembourg. But would he go back for good? “My wife and I often talk about it. When our children have graduated we’ll move back to Paris and become an irascible couple with a little dog, like a true French bourgeois pair !” he says.■

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Passeurs d'oceans

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Ezra Suleiman

Le sociologue des castes

Princeton, New Jersey

zra Suleiman, directeur du Centre d’études européennes à Princeton, explique la France aux Français à la manière dont Tocqueville expliqua les États-Unis aux Américains. Mais là où Tocqueville devine la progression inéluctable de la démocratie, Ezra Suleiman repère la persistance en France des castes, des élites républicaines et des corporations. « L’élite américaine est provisoire, temporaire. En France, une fois que vous y êtes, il n’y a pas de sortie. L’élite aurait intérêt à s’ouvrir plus », expliquet-il. Dans cet esprit, il publie un livre sur les notaires, un autre sur les hauts fonctionnaires et la politique et Le démantèlement de l’État démocratique (2005). Il s'exprime dans un excellent français appris dès l’enfance à Bassorah en Irak : le français était la langue des élites du Proche-Orient avant qu’elles ne s’exilent vers le monde anglo-saxon. Sociologue des classes dirigeantes, Ezra Suleiman a beaucoup agi pour qu’entre la France et les États-Unis, cellesci se connaissent et se fréquentent. À ce titre, il crée et dirige un remarquable programme d’échanges parrainé par la French-American Foundation : les Young Leaders. Dans les toutes premières promotions (1981, 1982) se retrouvaient par exemple Alain Juppé du côté français et Hillary Clinton du côté américain : Ezra Suleiman ou le sociologue détective. Claude Bébéar, le fondateur du groupe mondial d’assurance Axa, lui a demandé de siéger au comité directeur de l’Institut Montaigne, l’une des très rares fondations françaises d’inspiration libérale. ■

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A caste-system sociologist Ezra Suleiman, the Director of the program of European politics and society at Princeton University, explains France to the French in the same way Tocqueville explained the United States to the Americans. But while Tocqueville foresaw the inevitable progression of democracy, Suleiman observes the persistence of the caste system, republican elitism and closed professional groups in France. “The American elite is fleeting, temporary, whereas when you have a place in France, there’s no getting out of it. The elite should open themselves up more”, he says. To this end, he has published a book on notaries and another on senior civil servants and The politics and dismantlement of the democratic State (2005). He also speaks excellent French, learned as a child in Basra in Iraq, when French was the language spoken by the elite of the Middle East before they moved towards the Anglophone world. As a sociologist of the ruling classes, Suleiman has put an enormous effort into ensuring these French and American social groups are aware of and interact with one another. With this in mind he created and directed a remarkable exchange program called Young Leaders sponsored by the ­French-American Foundation. The very first classes of 1981 and 1982 included Alain Juppé for the French and Hillary ­Clinton for the Americans. Suleiman, it seems, is something of a headhunting sociologist. Claude Bébéar, founder of the international insurance group AXA, even asked S ­ uleiman to chair the management committee of the Institut ­Montaigne, one of the incredibly rare, free-market-inspired French foundations. ■


FRENCH LANGUAGE

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French language

Stromae Fait danser l’Amérique Bruxelles, Belgique À partir du 12 septembre, et pendant un mois, Stromae débutera sa deuxième tournée américaine. Celle-ci se terminera au Madison Square Garden le 1er octobre, cinq ans après le dernier concert de francophones – le groupe Phoenix – dans la mythique salle newyorkaise. La réussite aux États-Unis du chanteur belge est d’autant plus impressionnante que ce dernier chante uniquement en français, dans ses albums ou sur scène, là où la plupart des groupes francophones s’internationalisent grâce à des titres en anglais. Si la plupart des Américains ne peuvent profiter des textes soignés de Stromae, ils apprécient ses airs électro et sa diction atypique. Alors, on danse ? ■

Gets America dancing Stromae will be starting a new US tour on ­September 12, 2015, lasting one month and finishing in Madison Square Garden on October 1, 2015. The Belgian singer’s success in America is particularly impressive, given that he only sings in French both on his albums and when performing live. Most other Francophone groups try and break onto the international scene by performing in English. While the American fans may not all be able to enjoy Stromae’s sophisticated lyrical style, they will certainly love his electro rhythms and atypical elocution. ■

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French language

JoËlle Ciesielski et Martina Nerrant Les marraines du français au Texas Houston, Texas « On voit désormais beaucoup de couples arriver à Houston en contrat local, ce qui les obligent à scolariser leurs enfants dans le système scolaire public américain », explique Joëlle Ciesielski, installée dans la ville texane depuis 2002 et impliquée dans plusieurs associations de francophones. Pour répondre au besoin croissant d’enseignement bilingue, Joëlle Ciesielski a d’abord cofondé en 2010 avec Martina Nerrant l’association Education Française Greater Houston (EFGH) qui propose des cours de français après l’école. Depuis plus d’un an, elles travaillent désormais à l’ouverture d’un programme bilingue pour la rentrée 2016-2017, qui sera le premier du genre au Texas. Près de 500 familles ont déjà manifesté leur intérêt pour ces classes d’immersion en français. ■

The godmothers of French in Texas “Many couples arrive in Houston on local contracts, ­ which forces them to register their children in the American public school system”, says Joëlle Ciesielski, in Texas since 2002 and an active member of several Francophone associations. To meet the increasing demand for bilingual education, Ciesielski founded the Education Française Greater Houston association alongside Martina Nerrant in 2010. The association’s objective is to provide after-school French classes. Both women are now working on a bilingual program for a public school for the 2016/2017 school year, the first of its kind in Texas. Some 500 families have already shown their support for these French immersion classes. ■

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French language Gregg Roberts L’ homme qui murmurait en français à l’oreille du gouverneur

The man who whispered French in the governor’s ear

Salt Lake City, Utah Le projet était ambitieux : mettre en œuvre d’ici à 2015 cent classes bilingues dans l’Utah pour 30 000 enfants. En charge de ce grand plan d’éducation, l’Américain Gregg Roberts, coordinateur des programmes de langues étrangères pour le département d’éducation de l’État. « Au départ, il ne devait y avoir que le chinois et l’espagnol, mais ayant appris le français à l’école et étant convaincu que c’est une langue utile, j’ai demandé à ce qu’on intègre le français à la loi ». Une requête acceptée par le gouverneur de l’État de l’époque, Jon Huntsman. Sept ans après le lancement du programme, 3 600 élèves de 5 à 12 ans apprennent chaque jour le français. Parmi eux, moins de 10% sont Français. L’initiative de l’Utah a eu des conséquences positives pour la langue française bien au-delà des frontières de l’État : des responsables du département d’Éducation du Wyoming, de la Californie, du Colorado, du Massachusetts, de l’Oklahoma et de la Caroline du Sud se sont rendus dans l’Utah pour comprendre le système et envisagent de le copier. ■

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he ambitious project was to establish 100 bilingual classes for 30,000 children in Utah by 2015. American Gregg Roberts, World Language & Dual Language Immersion ­Specialist for the Utah State Office of Education, is in charge of the education program. “We had originally only included Chinese and Spanish, but as I learned French at school and was convinced it was a useful language, I asked for it to be integrated into the law”, says Roberts. His request was accepted by Jon Huntsman, State governor at the time. Seven years after the program was launched, 3,600 pupils between the ages of 5 and 12 now learn French, and less than 10% of them are French. Utah’s initiative has also been a big boost for the French language beyond the state borders. Heads of education departments in Wyoming, California, Colorado, Massachusetts, Oklahoma and South Carolina all visited Utah to learn about the system and bring it back to their own states. ■


French language

Josette Marsh Souhaite rajeunir les Alliances Françaises San Francisco, California Enfant, ses tout premiers mots furent prononcés en français comme en anglais. Sa francophilie lui vient de sa mère, qui a grandi dans le French Quarter de Shanghai, et lui a donné le nom de Marie-Josette. Après ses études dans les écoles françaises de San Francisco, Josette Marsh devient membre de l’Alliance Française d’Honolulu à Hawaï, puis présidente. Un poste qu’elle occupe toujours aujourd’hui, bien qu’elle se soit depuis installée à San Francisco. En octobre 2014, elle est nommée présidente de la fédération des Alliances Françaises USA. Josette Marsh se fixe comme objectif de recruter en nombre de jeunes enfants dans les alliances du pays. « Dans les écoles primaires et les lycées américains, l’espagnol est toujours autant enseigné, le mandarin de plus en plus, mais le français perd du terrain. L’Alliance Française a un rôle primordial à jouer dans l’apprentissage du français chez les jeunes », explique-t-elle. « Je veux que les Américains comprennent que le monde entier ne parle pas anglais et qu’il est important d’apprendre une seconde langue ». ■

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Wants to spruce up the Alliances Françaises

er first words as a child were spoken in both French and English. Her Francophilia comes from her mother, who grew up in the French Quarter of Shanghai and gave her the name Marie-Josette. After studying in French schools in San Francisco, Josette Marsh became a member of the Honolulu Alliance Française in Hawaii, before taking on the role of president. She still occupies this function today, although now lives in San Francisco. She was named president of the Alliances Françaises U.S.A. in October 2014, and set about recruiting large numbers of young people to organizations across the country. “Spanish is still taught just as much in American elementary and high schools, and Mandarin is gaining ground while French is being pushed out. The Alliance Française has a key role to play in teaching young people French”, she says.­ “I want Americans to understand that not everyone in the world speaks English, and the importance of learning a second language.” ■

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French language

David Steiner, Le tuteur américain de ­l’enseignement bilingue New York, NY

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i près de 3 300 ­enfants apprennent le français dans les écoles bilingues publiques et privées de New York, David S ­teiner, Dean de la School of Education à Hunter ­College, n’y est pas étranger. Francophile par son père – l’auteur français George S ­ teiner – David ­Steiner est à l’origine de la création en 2008 d’une formation destinée aux professeurs qui souhaitent enseigner dans des classes bilingues ­français-anglais. Ce master en éducation bilingue répond à l’explosion de la demande de familles américaines et francophones pour un enseignement en français et en anglais dès le CP et à la pénurie de professeurs qualifiés et certifiés par le département d’éducation de la ville. ■

The American tutor backing bilingual education

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ome 3,300 children learn French in bilingual public and private schools in New York, largely thanks to David Steiner, Dean of the School of Education at Hunter College and son of French essayist George Steiner. He developed a course in 2008 aimed at French teachers looking to teach in bilingual­ French/English classes in the U.S.A. The finalized Master’s Degree in education meets the high demand from American and Francophone families for bilingually-taught education from the first grade onwards. It also combats the lack of teachers certified by the city’s education department. ■

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ENTREPRISES

Daniel Berrebi L’homme du rapprochement entre les É ­ tats-Unis et Cuba Miami, Florida

The man building bridges between the U.S.A. and Cuba

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he ferries owned by Daniel Berrebi’s company, Baja Ferries, have been making regular trips between Miami and Havana for 12 years, transporting food ­ and agricultural goods. When he founded his maritime transport company in the mid-90s, Berrebi was convinced that linking the two hostile countries through the sea was a potential future market. And the ten years of discussions with the American administration on the opening of a liaison from Florida to Havana for American and Cuban citizens finally paid off. The French businessman will be playing a historic role in building relations between the U.S.A. and Cuba in September, when his ferries will be the first to take tourists from Florida to the Cuban capital. Berrebi has planned to invest 100 million dollars in the ­Miami-Havana link, with three nighttime return journeys made every week. Each way will take roughly ten hours and will cost the 2,000 passengers between $200 and $300 – half the price of a plane ticket. “Some 900,000 passengers took a plane from Miami to Havana in 2014”, says Berrebi. “The Cubans we met in Florida and in Cuba said they would travel more often if prices were more persuasive. I have no doubt we will fill up our ferries!” ■

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Depuis douze ans, les bateaux de la société de Daniel Berrebi, Baja Ferries, font des allers retours réguliers entre Miami et La Havane, avec à bord, des denrées alimentaires et agricoles. Dès la création de sa société de transport maritime au milieu des années 90, Daniel Berrebi était convaincu que la liaison par la mer entre les deux pays ennemis était un marché d’avenir. Les dix années de discussions entre Daniel Berrebi et l’administration américaine sur l’ouverture d’une liaison entre la Floride et la capitale cubaine, pour les ressortissants américains et cubains, ont fini par payer. En septembre, l’armateur francoaméricain va jouer un rôle historique dans le rapprochement entre les États-Unis et Cuba : ses ferries seront les premiers à transporter des voyageurs entre la Floride et la capitale cubaine. L’armateur a prévu d’investir 100 millions de dollars pour ouvrir la liaison Miami-La Havane. Trois allers retours par semaine, effectués de nuit, sont prévus. Le trajet, d’une dizaine d’heures, coûtera aux 2 000 passagers entre $200 et $300 l'aller-retour, soit moitié moins que le prix d’un billet d’avion. « En 2014,­ 900 000 passagers ont pris la ligne aérienne Miami-La Havane. Et les Cubains que nous avons rencontrés en Floride ou à Cuba nous ont expliqué qu’ils voyageraient plus souvent si les tarifs n’étaient pas si dissuasifs. Nous allons remplir tous nos ferries, j’en suis certain ». ■


Entreprises

Yann L Cun Derrière la machine Facebook

Behind the Facebook machine New York, NY

Arrivé aux États-Unis dans les années 80 pour travailler dans un centre de recherche d'AT&T, Yann LeCun a été recruté en janvier 2014 pour prendre la tête du laboratoire en intelligence artificielle de Facebook. Repéré pour ses publications sur l'IA par le fondateur du réseau social Mark Zuckerberg, le Français de 55 ans a été séduit par la liberté que lui laissait Facebook pour ses travaux de recherches. Yann LeCun a également été libre de composer ses équipes qui se trouvent aujourd'hui en Californie, à Londres, et désormais à Paris, où a été inauguré en juin le FAIR (Facebook Artificial Intelligence Research). Ce centre de recherches travaille notamment sur un nouveau logiciel de reconnaissance d’images, qui, selon le réseau social, devrait amener à « une meilleure interaction entre l'homme et l'ordinateur ». ■

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ann LeCun came to the U.S.A. in the 1980s to work in an AT&T research center. He was then recruited to direct Facebook’s artificial intelligence (AI) lab in 2014. After being headhunted by Mark Zuckerberg thanks to his publications on AI, LeCun, 55, was won over by the freedom Facebook granted him in his research. He is at liberty to pick his own teams in centers in California, London, and Paris, where the FAIR (Facebook Artificial Intelligence Research) was inaugurated in June. This most recent center is working on new image recognition software which the social network claims should provide “better interaction between people and computers.” ■


Entreprises Gilbert Passin Producteur de la voiture de demain Palo Alto, California

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vec vingt-trois ans d’expérience dans « la vieille industrie automobile » chez Toyota, Volvo, Mack et Renault, Gilbert Passin a rejoint la firme californienne d’Elon Musk en 2010. Vice-président en charge de la production, il a lancé l’usine d’assemblage des voitures électriques. « Une proposition pareille, tout bâtir à partir de rien, tout repenser différemment, ça vous arrive une fois dans la vie », explique-til au journal Le Monde. Ingénieur diplômé de l’École Centrale de Paris, il a enseigné la dynamique et la mécanique 3D à l’Université de Bath, au Royaume-Uni. Une énorme usine Tesla est en construction à Reno (Nevada), pour une ouverture en 2017. La firme, qui ne proposait jusqu’alors qu’un modèle, le Model S, est sur le point de lancer le Model X, un SUV électrique. 20 000 réservations ont déjà été faites. Livraison prévue à l’automne aux États-Unis et début 2016 en France. ■

The man behind the cars of tomorrow After 23 years in the “old automobile industry” working for Toyota, Volvo, Mack and Renault, Gilbert Passin joined Elon Musk's ­Californian company Tesla Motors in 2010. As Vice ­President in charge of production, he launched an assembly plant for electric cars. “The offer of building everything from the ground up and completely redesigning the system is a once in a lifetime opportunity”, he said in an interview with French newspaper Le Monde. Passin studied as an engineer at the École Centrale de Paris, before teaching Dynamics and 3D Mechanics at the University of Bath in the UK. A vast Tesla factory is now under construction in Reno, Nevada, and is set to open in 2017. The company only offered one model – Model S – but is now about to launch an electric SUV called Model X. Some 20,000 vehicles have already been pre-reserved. The project should be delivered in the fall in the U.S.A and in early 2016 in France. ■ 28

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Entreprises

Jérôme Meary (à gauche)

Jérôme Meary La French touch du soccer

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The French touch of soccer New York, NY

e Parisien a rejoint en 2009 l'équipe de football de Lander University en Caroline du Sud. Devenu agent de ­ joueurs, Jérôme Meary assure le recrutement pour l’Europe de la Major League Soccer (MLS), le championnat nord-américain de football. Il met aussi en relation entraîneurs français et dirigeants de clubs de foot américains, envoyés en formation auprès des entraîneurs de Clairefontaine, le principal centre de France. « La formation à la française est l’une des meilleures du monde. On a les ingrédients pour faire de la Major League Soccer l’une des cinq meilleures ligues du monde à l’horizon 2025 », assure-t-il. ■

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The Parisian joined the Lander University football team in South Carolina in 2009. Now a scouting agent, Jérôme Meary is in charge of European recruitment for Major League Soccer (MLS), the North American Soccer championships. He also acts as a link between French trainers and American soccer club coaches, who are sent for training with French coaches in Clairefontaine, the country’s main soccer hub. “French training is some of the best in the world. We have everything we need to make Major League Soccer one of the world’s greatest championships by 2025”, he says. ■


Entreprises

Isabelle Goetz Coiffeuse politique Washington D.C. Tout autant commentée que le programme politique d’Hillary Clinton, la coiffure de la candidate à la prochaine présidentielle. Derrière les franges, les serre-têtes et la célèbre coupe au carré se cache une Française, Isabelle Goetz. Arrivée à ­ Washington en 1992, la Franc-Comtoise est devenue, cinq ans plus tard, la coiffeuse attitrée de la Première Dame d’alors. Durant le deuxième mandat de Bill Clinton, Isabelle Goetz se rend trois à quatre fois par semaine à la Maison Blanche, avant l’aube. La Française suit la Première Dame dans tous ses déplacements, et fait le tour du monde à bord de l’Air Force One. Aujourd’hui propriétaire d’un salon à Georgetown, Isabelle Goetz continue à s’occuper des cheveux d’Hillary Clinton, et pourrait être amenée à franchir à nouveau les grilles de la Maison Blanche d’ici un an et demi… ■

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Political hairdresser

he fringes, headbands and bob cut sported by Hillary Clinton are in fact the work of a certain French woman named Isabelle Goetz. Originally from the Franche-Comté region, she arrived in Washington in 1992 and five years later became the official hairdresser to the First Lady at the time. Goetz went to the White House before dawn four times a week during Bill Clinton’s second term. She accompanied Hillary Clinton wherever she went, and even flew around the world on Air Force One. Goetz is now the proud owner of a salon in Georgetown, and is still in charge of Hillary Clinton’s hair. She may even find herself back in the White House if her candidate wins the next elections. ■

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Entreprises

© Jean-Louis Atlan

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GASTRONOMIE

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© David Young-Wolff


Gastronomie Suzanne Goin Chef de Lucques et A.O.C. Chef at Lucques and A.O.C Los Angeles, California La passion de Suzanne Goin pour la gastronomie française lui vient de Julia Child. « Mon père, qui avait eu une éducation culinaire à la française avait offert ­Mastering the Art of French Cooking à ma mère. J’ai grandi en mangeant les plats des recettes de ce livre ». Après son diplôme à la Brown University, le chef réalise son rêve en devenant l’élève d’Alain Passard à Paris, puis membre de la brigade de son futur mentor : le chef Alice Waters de Chez Panisse, à Berkeley (CA). En 1998, Suzanne Goin ouvre Lucques dans le quartier de West Hollywood, et est couronnée de trois étoiles par le Los Angeles Times. Mais c’est son établissement le plus célèbre, A.O.C., qui la place en 2002 parmi les toques qui comptent aux États-Unis : elle lance le concept de bar à vins, sur la côte Ouest avec une place particulière pour les crus biodynamiques, les plateaux de fromages et les saveurs méditerranéennes. Quatre ans plus tard, elle sera nommée « Meilleure Chef » de Californie aux James Beard Awards. Après avoir développé une gamme de pains artisanaux pour ses restaurants, dans la tradition française, Suzanne et son associée, Caroline Styne, ont ouvert en 2014 The Larder Baking Company, une boulangerie qui fournit les restaurants de Los Angeles. ■

Suzanne Goin’s passion for French gastronomy was passed down to her by Julia Child. “My father had a very French culinary education, and bought my mother a cookbook called Mastering the Art of French Cooking. I grew up with all the book’s recipes”. After graduating from Brown University, the Chef followed her dream of becoming a student under Alain Passard in Paris. She then became a member of the kitchen team headed by her future mentor, Chef Alice Waters, at Chez Panisse in Berkeley (CA). Suzanne opened Lucques in West Hollywood in 1998. She was soon awarded three stars by the Los Angeles Times. But it was her most famous restaurant, A.O.C., which put her among the best U.S. chefs in 2002. She then launched a wine bar concept on the West Coast, with a particular focus on biodynamic wines, cheese boards and ­Mediterranean flavors. And she was named California’s “Best Chef” at the James Beard Awards four years later. After developing a range of artisanal, traditional French breads for her restaurants, Suzanne and her business partner Caroline Styne opened The Larder Baking Company in 2014. Their bakery aims to provide breads for Los Angeles restaurants. ■

Jean Joho Aux couleurs du vignoble alsacien

Steeped in the Alsatian vineyards Chicago, Illinois

Situé au 40e étage de la bourse de Chicago, le restaurant de Jean Joho porte bien son nom : Everest. Cette institution propose une cuisine française traditionnelle avec des accents alsaciens (foie gras sauté et gewurztraminer) et offre une vue panoramique sur la ville. Mieux, l'établissement possède la plus grande carte de vins d’Alsace des États-Unis avec 550 crus ! « C'est un hommage à ma terre d’origine et une manière de soutenir le travail des viticulteurs de ma région », explique le chef étoilé au guide Michelin. Investisseur prolifique – il possède aussi les restaurants Eiffel Tower à Las Vegas et Brasserie Jo à Boston –, Jean Joho est aussi un homme d'engagement. Afin de soutenir les jeunes chefs, il les accueille depuis cette année en résidence dans son nouvel établissement de Chicago, le restaurant école : Intro. Un passage de savoir cher au Français qui a la réputation d'être aussi talentueux que généreux. ■ 33

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Located on the 40th floor of the Chicago stock exchange, Jean Joho’s restaurant Everest carries its name well. This institution proposes traditional French cuisine with Alsatian overtones (gewürztraminer and sautéed foie gras) and offers panoramic views of the city. Better yet, the establishment has the most extensive Alsatian wine list in the United States, with as many as 550 vintages! “It is a tribute to my native land, and a way of supporting the work of my region’s wine producers”, says the Michelin-starred chef. A prolific investor – he also owns the Eiffel Tower restaurant in Las Vegas and the Brasserie Jo in ­Boston – Jean Joho is a man of commitment. Starting this year, in a program aimed at promoting young chefs, he is welcoming them via residence programs at his new Chicago restaurant-school, Intro. A transfer of know-how that means much to the Frenchman, who is known for being as talented as he is generous. ■


Gastronomie

© Serge Chapuis

Anne-Sophie Pic

L

La Dame de Pic New York, NY

e chef français ouvre son premier établissement à New York. C'est l'une des bonnes surprises attendues début 2016. Anne-Sophie Pic, digne héritière de la maison mère qui porte son nom à Valence, amène une table au 510 Madison Avenue. « Éudiante, j’ai vécu presque une année ici et j’en garde d’excellents souvenirs. J’aime l’énergie de cette ville, toujours en mouvement, avec un public à la fois pointu et ouvert à de nouvelles expériences », expliquait-elle lors de la soirée du Culinary Institute of America le 30 avril dernier, au Musée d’Histoire Naturelle de New York, où elle était à l'honneur. L’espace, une annexe du MetCafé de Monaco, accueillera deux restaurants, dont une réplique de sa table parisienne La Dame de Pic au 1er étage, et un bar lounge au rez-de-chaussée. Elle utilisera en cuisine des produits locaux de l'État de New York. Anecdote amusante, son grand-père, André, avait déjà officié au Waldorf Astoria en 1951, pendant une semaine gastronomique. ■ 34

FRANCE - AMÉRIQUE AUGUST 2015

The French chef is set to open its first New York establishment, and it’s one of the city’s much-awaited events for early 2016. Anne-Sophie Pic, rightful heiress to the original restaurant that bears her name in Valence, France, will be opening her new restaurant at 510 Madison Avenue. “I lived in New York for almost a year as a student, and I’ve kept so many wonderful memories. I love the city’s energy, it’s always moving. And its people are both very particular and open to new experiences”, she said as a special guest at an event organized by the Culinary Institute of America on April 30, at the American Museum of Natural History in New York. The new space is a wing of the Monaco-born MetCafé, and will have two restaurants on the first floor, including a replica of the Parisian restaurant La Dame de Pic, and a bar-lounge on the ground floor. The cuisine is set to showcase local, American produce. Her grandfather, André, would certainly be proud, as the French chef once led a Gastronomic Week at the Waldorf Astoria in 1951. ■


Gastronomie Thomas Keller Chef trois étoiles Yountville, California & New York Thomas Keller peut se targuer d'être le seul A ­ méricain à posséder trois étoiles au guide M ­ ichelin aux ­États-Unis pour ses deux restaurants : Per Se, situé dans l'Upper West Side à New York et The French Laundry, son enseigne californienne à Yountville. Touche-à-tout, le chef est aujourd'hui à la tête d'un empire gastronomique avec, en plus de ses restaurants, une chaîne de bistrots à la française baptisée Bouchon (à Yountville, Las Vegas et Beverly Hills), une table autour de la cuisine américaine – Ad Hoc, à Yountville – et Bouchon Bakery, une chaîne de boulangeries/pâtisseries où est cuit son propre pain à la française, qui compte deux adresses à New York, une à Yountville, Las Vegas et Beverly Hills. Président des Bocuse d'Or USA, il est aussi écrivain et consultant pour tout ce qui touche de près ou de loin à la restauration, comme le film d'animation Ratatouille en 2007. L'année 2015 avait pourtant mal débuté pour le chef : sa cave californienne de Yountville a été pillée à Noël. Un préjudice estimé à plus de 300 000 dollars... Pas homme à se laisser abattre, Thomas Keller annonçait en mai dernier qu’il s’associait à l’ouverture de onze restaurants aux États-Unis. Il possédera un nouvel établissement à son nom, situé à l’ouest de Manhattan, entre les 30e et 34e Rues. La cuisine américaine traditionnelle sera à l'honneur de ce nouveau restaurant dont l’ouverture est prévue en 2018. ■

© Deborah Jones

Three-Star Chef Thomas Keller can safely claim to be the only three-starred American chef in the Michelin guide in the United States, for his two restaurants: Per Se, in New York’s Upper West Side, and The French Laundry, his California establishment in Yountville. The multi-faceted chef now heads a gastronomical empire, with a chain of French bistros called Bouchon (Yountville, Las Vegas and Beverly Hills); an American restaurant called Ad Hoc (Yountville); and Bouchon Bakery, a chain of boulangeries/patisseries that bake their own French bread, with outlets in New York, Yountville, Las Vegas and Beverly Hills. President of the Bocuse d’Or USA, Keller is also a writer and consultant on anything to do with restaurants, including the animated film Ratatouille in 2007. Unfortunately, 2015 started out badly for the chef: his wine cellar in Yountville, California was plundered over the Christmas period, resulting in losses estimated at more than $300,000 dollars… Undeterred, Thomas Keller announced last May that he had teamed up with partners to open 11 restaurants in the United States. He will own a new restaurant in his name, located to the west of Manhattan, between 30th and 34th Streets. Traditional American cuisine will be honored in this new establishment, set to open in 2018. ■

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Gastronomie Justin Devillier La cuisine hommage à l’histoire française du Mississippi New-Orleans, Louisiana L’abondance des albacores, thons jaunes et autres homards de sa Californie natale, lui a donné le goût particulier de la pêche. Puis Justin Devillier a eu envie de les cuisiner. Il s'installe à La NouvelleOrléans en 2003 et devient commis à Peristyle. Le chef Anne Kearny-Sands lui enseigne les rudiments de la cuisine provençale. Une formation qui le suivra jusqu’à son arrivée à La Petite Grocery un an plus tard. Après le passage dévastateur de l’ouragan Katrina, il aide à la reconstruction de l’établissement et le rachète en 2010 avec son épouse Mia. Au menu, la cuisine traditionnelle louisianaise est à l’honneur avec la tortue bolognese et les beignets de crabes bleus. En février dernier, Justin Devillier ouvrit ­Balise, dans une maison créole à l'architecture du XIXe siècle, en hommage aux premiers ­Français qui s’installèrent à l’embouchure du Mississippi. Le tartare de cerf et les beignets de crevettes sont les favoris des habitués. ■

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Cuisine in homage to Mississippi’s French history

ustin Devillier developed a passion for fishing surrounded by an abundance of yellowfin and white tuna and a variety of crustaceans in his native California, before turning his hand to cooking them. After moving to New Orleans to work as a commis chef at Peristyle in 2003, Chef Anne Kearny-Sands taught him the basics of Provençal cuisine. His training continued until he moved to La Petite Grocery a year later. After the devastating damage caused by Hurricane Katrina, he helped rebuild the business and then bought it with his wife Mia in 2010. The menu honors traditional Louisianan cuisine, offering up specialties including Turtle Bolognese and Blue Crab Beignets. Justin opened a new restaurant called Balise in February 2015. The establishment is in a creole house showcasing 19th century architecture in homage to the first French settlers who arrived at the mouth of the Mississippi River. The venison tartare and the fried beignets are two of the regulars’ favorite dishes. ■

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Gastronomie

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Marianna Massey FRANCE © - AMÉRIQUE AUGUST 2015


Gastronomie Chloé Sabatier À cœur fondant, rien d’impossible Detroit, Michigan Son dessert signature est devenu sa marque de fabrique à Detroit. Depuis 2013, les fondants au chocolat de Chloé Sabatier sont en vente dans une quinzaine de boutiques et marchés de la ville, et sont proposés aux passagers de la classe affaires du vol Air France entre Detroit et Paris. « J’essaie de faire vivre une expérience à mes clients : le fondant au chocolat, ce n’est pas un simple gâteau que l’on mange tous les jours, il faut le réchauffer et acheter une glace à la vanille pour l'accompagner », explique la jeune femme de 25 ans, installée depuis deux ans dans le Michigan. Elle y produit 800 pièces par semaine, de la recette originale tout chocolat à ses variantes caramel au beurre salé ou au cœur coulant à la framboise. En 2015, Chloé multipliera ses points de vente par six, en attendant de pouvoir livrer ses pâtisseries dans tout le pays. ■

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Selling like hotcakes

er signature desert has become her trademark in Detroit. Chloé Sabatier’s lava cakes have been sold in around 15 boutiques and markets across the city since 2013, and are now on offer for Air France business class passengers flying between Paris and Detroit. “I’m trying to give my customers an experience. Lava cakes are not just any old cake you eat every day. You have to heat them up and add vanilla ice-cream on the side”, says the young woman, 25, who has lived in Michigan for two years. She cooks around 800 cakes per week, ranging from the original, full-chocolate recipe to its salted caramel and raspberry varieties. Chez Chloé is looking to multiply its sales outlets by six in 2015, and hopes to eventually deliver its delicious cakes across the country. ■

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Gastronomie

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CybelleAUGUST Codish 2015 FRANCE -©AMÉRIQUE


Gastronomie Traci Des Jardins Un restaurant de légumes sous le ­Golden Gate San Francisco, California Né d’un père acadien et d’une mère mexicaine, Traci Des Jardins a fait ses classes à la ­ ­Maison Troisgros, à Roanne (Loire) à 19 ans, avant de se lancer dans la grande gastronomie avec Jardinière en 1997. Cet ancien garage reconverti en club de jazz abrite aujourd'hui l'élégant restaurant au 300 Grove Street. Ses plats sophistiqués et son service attentionné lui font remporter deux James Beard Awards, l’équivalent des Oscars en cuisine. À 47 ans, la chef redouble d'activité et vient d’ouvrir trois espaces de restauration dans El Presidio, le parc d'où s'élance le Golden Gate Bridge, au nord de la péninsule de San Francisco. The ­Commissary fait la part belle à la cuisine d'inspiration espagnole et fait le pari de n'utiliser que des produits locaux, Arguello rend hommage aux tortillas de Sonora (Mexique) de sa grand-mère et The Transit est un petit café gourmet. Traci Des ­Jardins possède déjà six restaurants dans la Bay Area et ne semble pas près de s'arrêter. ■ © Frankenyimages

A vegetable restaurant beneath the Golden Gate Daughter of an Acadian father and a Mexican mother, Traci Des Jardins learned the ropes at the Maison Troisgros in Roanne (Loire) at the age of 19 before entering the world of haute cuisine with Jardinière in 1997. This former garage turned jazz club now houses an elegant restaurant on 300 Grove Street. Its sophisticated dishes and attentive service won Des Jardins two James Beard Awards, the culinary equivalent of the Oscars. At 47, the chef is working twice as hard, and has just opened three venues in El Presidio – the park from which the Golden Gate Bridge extends – north of the San Francisco peninsula. The Commissary honors Spanish cuisine and sources only local products, Arguello pays tribute to her grandmother’s Sonora (Mexico) tortillas, and The Transit is a little gourmet café. Traci Des Jardins already owns six restaurants in the Bay Area, and she’s not about to stop. ■

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Gastronomie

Dominique Crenn From Brittany to San Francisco De la Bretagne à San Francisco San Francisco, California À San Francisco, l'Atelier Crenn accueille depuis 2011 les amateurs de bonne cuisine et de produits frais. L'architecture circulaire de ce restaurant gastronomique évoque un nid d'oiseau, tout comme les brindilles, emblème du restaurant arborées en écusson sur la veste du chef, Dominique Crenn. Sa table gastronomique vise à recréer une vision idéalisée de l'enfance à travers un menu qu’elle compare à un poème. Au lieu de l’habituel aperçu des entrées et autres plats, on peut y lire des vers, en écho aux souvenirs passés dans sa maison de vacances de Locronan, dans le Finistère. Une poésie déroutante qui a su convaincre : Dominique Crenn est la seule femme chef à porter deux étoiles à sa toque aux États-Unis. Le 30 avril dernier, le célèbre Institut Culinaire d’Amérique reconnaissait officiellement son talent en lui remettant un Augie Award à New York.

C

e trophée, avatar d'Auguste Escoffier, honore la réussite des plus brillants élèves de l’académie culinaire. Avec ses tartines de beurre salé, ses poissons en croûte et autres crêpes, Petit Crenn, sa brasserie ouverte en juillet dernier dans le quartier d’Hayes Valley, la cuisine reste inspirée par les traditions de Bretagne, la terre d’origine de ses parents adoptifs, dont elle conserve toujours avec elle la mémoire, sous la forme d'un petit triskèle, tatoué sur son avant-bras gauche. À tout juste 50 ans, Dominique Crenn vient de lancer une série d’ustensiles de cuisine et une ligne de vaisselle dans les grands magasins Bloomingdale’s, avec le plus américain des Lyonnais, Daniel Boulud et l’ancien élève de Gaston Lenôtre, Michel Richard. En novembre, elle signera les dédicaces de son premier livre de recettes très attendu par ses clients réguliers : ­Metamorphosis of Taste. ■

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The Atelier Crenn in San Francisco has welcomed fine cuisine buffs and lovers of fresh produce since 2011. The circular layout of the gastronomic restaurant is reminiscent of a bird’s nest, as are the twigs – the restaurant’s insignia – stitched onto the jacket worn by Chef Dominique Crenn. Her gastronomic establishment is looking to create an idealized vision of childhood using a menu she compares to a poem. Instead of the usual descriptions of entrées and mains, guests can read lines of poetry that hark back to memories of the Chef’s holiday home in Locronan in the Finistère region in France. This poetic idea has visibly been a success. Dominique is the only female chef in the U.S.A. with two Michelin stars. And the prestigious Culinary Institute of America officially recognized her talent by awarding her an Auggie Award in New York on April 30, 2015. The trophy is a small replica of the renowned August Escoffier, and rewards the most brilliant students of the culinary industry. Dominique's brasserie Petit Crenn opened in July in the Hayes Valley neighborhood, and its delicacies include bread with salted butter, fish cooked in salt crust and a range of crêpes. The cuisine is inspired by culinary traditions from her adoptive parents’ native Brittany. She keeps a constant, happy memory of the coastal French region with her, in the form of a triskelion pattern tattooed on her left forearm. Only just 50, Dominique has also just launched a line of cooking utensils and tableware for Bloomingdale’s department stores, alongside the most American man from Lyon, ­Daniel ­Boulud, and Gaston Lenôtre’s former student M ­ ichel Richard. And November will see her signing autographs for her new recipe book: ­Metamorphosis of Taste, a treasure muchawaited by her regular customers… ■


Jérôme et son père Paul Bocuse, le créateur de la Nouvelle Cuisine /

Paul Bocuse, creator of Nouvelle Cuisine, with his son Jérôme. © Groupe Paul Bocuse 42

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Gastronomie Jérôme Bocuse Un chef à Disneyland Orlando, Florida Depuis 20 ans, le chef français Jérôme Bocuse est à la tête du Pavillon français, un restaurant haut de gamme situé dans un lieu pour le moins inattendu : le parc d'attractions de Walt Disney à Orlando, en Floride. L'établissement au décor grandiloquent de cinéma fut fondé en 1982 par le père de Jérôme Bocuse, l'illustre chef Paul Bocuse, avec deux autres grandes toques de la gastronomie française : les chefs Roger Vergé et Gaston Lenôtre. Objectif avoué : « éduquer » les Américains aux mets français. « Notre emplacement peut surprendre mais pour beaucoup de touristes américains et aujourd'hui d'étrangers du monde entier, la visite du parc d'attractions Disney est la première occasion de goûter à la cuisine française », assure Jérôme Bocuse, qui soutient que les Américains sont moins conservateurs qu'on ne le pense. « Ils commandent surtout de la soupe à l'oignon, du bœuf bourguignon et... des escargots ! » Aux États-Unis, ce chef qui se décrit comme « un ambassadeur de la gastronomie française » est aussi vice-président de Ment’Or, une fondation française apportant son savoir-faire technique à l’équipe américaine en lice pour la compétition culinaire annuelle du Bocuse d’Or, à Lyon. Une entraide bénéfique puisqu'en janvier dernier les Américains remportaient pour la première fois de l'histoire la médaille d’argent de cette compétition réputée comme l'une des plus difficiles au monde. Au cours de cette grand-messe, Jérôme Bocuse a annoncé publiquement l'extension de son entreprise avec la reprise en main de l'activité des brasseries cofondées par son père à Lyon et des autres franchises de l’entreprise familiale au Japon. Le prestige des Bocuse se porte bien ! ■

A chef in Disneyland For 20 years, the French chef Jérôme Bocuse has been head of the Pavillon Français, a high-end restaurant located in an unexpected place, to say the least: The Walt Disney theme park in Orlando, Florida. With its grand movie-set décor, the property was established in 1982 by Jérôme Bocuse’s father, the renowned chef Paul Bocuse, together with two other major French chefs: Roger Vergé and Gaston Lenôtre. Its stated objective: to “educate” Americans about French dishes. “Our location may be surprising, yet for many American and foreign tourists from around the world, visiting the Disney theme park is the first opportunity to get a taste of French cuisine”, explains Jérôme Bocuse, who maintains that Americans are less conservative than is commonly believed. “They mainly order onion soup, boeuf bourguignon and… escargots!” Bocuse, who describes himself as “an ambassador of French gastronomy”, is also the vice-president of Ment’Or in the United States, a French foundation providing technical know-how to the American contestants in the annual Bocuse d’Or culinary competition in Lyon. It’s a mutually beneficial cooperation: Last January, for the first time in history, the American team won the competition’s silver medal, reputed to be one of the toughest in the world to secure. In the course of this solemn event, Jérôme Bocuse publicly announced his company’s expansion via the takeover of the brasserie business co-founded by his father in Lyon, as well as of other family business franchises in Japan. The Bocuse family’s prestige is being upheld! ■

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SPORT

Rudy Gobert, La nouvelle star française du basket américain Salt Lake City, Utah Du haut de ses 2 mètres 17, Rudy Gobert s’impose sur les parquets de la meilleure ligue de basketball du monde, la NBA. Après une première saison discrète, le pivot international français des Utah Jazz a crevé l’écran pour sa deuxième année dans la franchise de Salt Lake City. Devenu titulaire, le longiligne intérieur français est porté par une confiance inébranlable. « Je n’ai jamais douté, même lorsque je ne jouais pas et que j’étais en bout de banc », précise Gobert. « J’ai su me montrer patient et continuer à travailler dur car je savais bien qu’une opportunité se présenterait tôt ou tard ». Un changement d’entraîneur et quelques belles performances plus tard, celui que l’on surnomme the « Stifle Tower » a été appelé en février dernier à participer au match des débutants du All-Star Game – qui regroupe les meilleurs joueurs de la ligue – avant d’être nommé troisième meilleur joueur ayant le plus progressé cette saison. Le pivot tricolore a ainsi réussi ces derniers mois à faire de l’ombre à la superstar hexagonale de la ligue, Tony Parker. « Je veux tout simplement être le meilleur à mon poste. Tony est comme un grand frère pour tous les joueurs français de NBA et il me donne beaucoup de précieux conseils. C’est quand même un privilège d’être soutenu par le meilleur joueur français de l’histoire et l’un des tout meilleurs joueurs de la ligue », estime le jeune centre. Conseillé par l’agent Bouna N’Diaye, le natif de Saint-Quentin est attendu comme la prochaine figure de proue du basket français aux États-Unis. Il sera l’un des piliers de la sélection nationale qui tentera de conserver son titre de championne d’Europe cet été à domicile. ■ © Elsa - Getty Images 44

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Sport

M

The new French star of American basketball

easuring in at around 7 feet and 2 inches tall, Rudy Gobert is an imposing figure on the courts of the NBA – the world’s greatest basketball league. After a quiet first season, the international French center player for the Utah Jazz team proved his immense presence in Salt Lake City. Now a first-team player, the slender French athlete is buoyed by unshakable confidence. “I never doubted it, even when I wasn’t playing and just sitting on the bench”, says Rudy. “I proved my patience and kept working hard, as I knew I would get my shot sooner or later.” A different coach and a few star performances later, Rudy – nicknamed the “Stifle Tower” – was called up in February to play in the beginners match in the All-Star Game, which unites the league’s best players. And to top it all off he was named third most improved player this season. The central player has even managed to give fellow Frenchman Tony Parker a run for his money. “I just want to be the best in my position. Tony is like a big brother for every French NBA player, and he gives me so much great advice. I feel so privileged to be supported by the best French basketball player in history, and one of the best players in the league”, says Rudy. Backed by his agent Bouna N’Diaye, the Saint-Quentin-born player is set to be the next leading French basketball player in the U.S.A. He will be one of the pillars of the national selection, and will be looking to keep his title as European champion this summer in France. ■

Fabrice Gautier Fic Gauthier L'ostéopathe des vedettes sportives The sporting superstars’ osteopath Beverly Hills, California

I

nstallé dans le quartier huppé de Beverly Hills depuis plus de dix ans, l'ostéopathe français Fabrice Gautier est un as de la médecine sportive. Il a pour clients les stars du basketball de la NBA – les Américains Kobe Bryant, DeMar DeRozan –, les Français Tony Parker, Joakim Noah, Nicolas Batum et Boris Diaw – et la tenniswoman biélorusse Victoria ­A zarenka. Il se déplace aux quatre coins du pays, au gré des compétitions et des blessures. Mais attention, ses tarifs ont la réputation d’être à la hauteur de ses prestations : faramineux. ■

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Open in a well-to-do area of Beverly Hills for more than ten years, French osteopath Fabrice Gautier is a big name in sports medicine. His patients include NBA basketball stars such as American players Kobe Bryant, and DeMar ­ DeRozan, French players Tony Parker, Joakim Noah, Nicolas Batum and Boris Diaw, and Belarussian tennis player Victoria Azarenka. He travels across the country following the competition trail and the resulting injuries. But be warned: his fees have a reputation for reflecting the skyhigh quality of his services. ■


ART

© Brigitte Lacombe

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Brigitte Lacombe Icônes du 7e art en noir et blanc Cinematic icons in black and white New York, NY

E

xposés pour la première fois cet été à la galerie Phillips de New York, les prestigieux portraits de Brigitte Lacombe, sont « une enquête de l’intimité » selon le journaliste Adam Gopnik : l’une des plus grandes portraitistes de stars hollywoodiennes « montre l’âme de ses sujets sans trahir leur confiance. » Envoyée par le laboratoire noir et blanc du magazine Elle au festival de Cannes en 1975, Brigitte Lacombe fait la rencontre de deux géants : Dustin Hoffman et Donald Sutherland. Celle qui a quitté l’école à dix-sept ans arrive aux États-Unis au moment où le ­ Nouvel Hollywood (Altman, Coppola, Scorsese, ­ de Palma, Ashby, Spielberg) s’émancipe du classicisme des studios. Elle fait plus tard escale dans les coulisses du Goodman Theatre de Chicago, où le dramaturge David Mamet est en résidence. Elle suit son protégé, Gregory Mosher, quand il prend la direction du Lincoln Center Theater à New York. Brigitte Lacombe devient la première et l’unique photographe du théâtre pendant sept ans. Sa caméra dénude les actrices sans érotisme, saisit les respirations des plateaux de tournage de Hollywood, les regards apaisés de Meryl Streep, Kevin Kline ou Hillary Clinton, comme le calme des bureaux universitaires de Claude LéviStrauss ou Jean Baudrillard. Ses photos sont glamour, à l’ancienne et tendent vers une dimension mythique. « Il n’y a aucun truc. J’attends simplement. Et je ne veux aucun objet ou arrière-plans distrayants dans mes portraits », explique-t-elle. ■

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Exhibited for the first time in the ­Phillips gallery in New York this summer, the prestigious portraits created by Brigitte Lacombe are “an investigation of intimacy” says journalist Adam Gopnik, in which one of the greatest portraitists of Hollywood stars “bares her subjects’ souls without betraying their confidence”. Sent by Elle magazine’s black and white photo lab to the 1975 Cannes Film Festival, ­Brigitte started her journey when she met two giants of cinema, Dustin Hoffman and Donald Sutherland. Despite leaving school at just 17, Brigitte found herself in the United States in time to witness the New Hollywood (Altman, Coppola, Scorsese, de Palma, Ashby, Spielberg, etc.) tear free from the studios’ traditional Classicism. She later spent time working behind the scenes of the Goodman Theater in ­Chicago, where playwright David Mamet was in residence. She then followed her protégé Gregory Mosher as he took over management of the Lincoln Center Theater in New York, where she was the first and only theater photographer for seven years. Her camera strips bare actresses, ­although without eroticism, immortalizes the energy of Hollywood film sets and the peaceful stares of Meryl Streep, Kevin Kline and Hillary Clinton, and captures the calm of Claude Levi-Strauss’ and Jean ­Baudrillard’s university offices. Her ­photos exude old-fashioned glamour and are imbibed with myth. “There’s no trick to it. I just wait. And I don’t want any other objects or backdrops messing up my portraits”, she says. ■


Art

Dominique Nabokov Polaroids sur canapé

D

Polaroids on the sofa New York, NY

ans les derniers numéros de la New York Review of Books, on retrouve l'œil de Dominique N ­ ­ abokov saisissant l'auteur norvégien Karl Ove Knausgaard ou l'académicien ­ Marc ­Fumaroli. Ancienne assistante du célèbre photographe de mode Patrick D ­emarchelier,­ Dominique ­Nabokov s’est lancée dans la photographe après le décès de son mari, le compositeur Nicolas Nabokov, en 1978. Elle réalise des portraits de personnalités du monde de l’art et d’écrivains, nombreux parmi ses connaissances. Elle travaille avec les grands titres de la presse française et américaine. Pour le cinquantième anniversaire de la revue, elle publie son hommage personnel, une série de portraits en noir et blanc des figures de l’intelligentsia new-yorkaise : ­Norman Mailer, Philip Roth, Susan Sontag, John Updike, ou Saul Bellow. En 1995, le New Yorker lui commande un essai photographique sur les bureaux d’écrivains célèbres. Elle trouve la demande trop classique et choisit de poser son regard sur les living rooms, vidés de leurs occupants. Ses photos, en polaroids (le filtre permet de « donner immédiatement du passé à l’image »), révèlent quantités d’informations sur le propriétaire des lieux. Le living room monacal d’Allen Ginsberg, où trône un lavabo dénudé, est en soi une déclaration politique. Le livre New York Living Rooms, publié en 1998, regroupe 80 intérieurs. Puis suit le portrait de Paris en 2002, en conservant la même méthode. « Je n’ai pas de studio, je travaille comme un photojournaliste en me rendant sur place avec un équipement très limité : un trépied, deux caméras, trois lentilles. Je fais des portraits naturels pour approcher le plus possible la réalité, si elle existe. Ce n’est pas de la décoration, mais un portrait », précise-t-elle dans son living room de Chelsea. Dominique Nabokov prépare actuellement son troisième ouvrage, en noir et blanc, en photographiant les salons de Berlinois célèbres. ■

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In the last issues of the New York Review of Books one can see the lens of Dominique Nabokov capture the features of the Norwegian author Karl Ove Knausgaard or of Marc Fumaroli, a member of the French Acadamy. Former assistant to the renowned fashion photographer Patrick Demarchelier, D ­ ominique Nabokov took up photography after the death of her husband, the composer ­ Nicolas ­Nabokov, in 1978. She took portraits of leading figures in the art world, as well as the many writers she knew, and worked with major French and American publications, including The New York Review of Books. For the monthly’s 50th anniversary, she published a personal tribute, a series of blackand-white portraits of New York’s intelligentsia: Norman Mailer, Philip Roth, Susan Sontag, John Updike, Saul Bellow.

I

n 1995, The New Yorker commissioned a photographic essay on the desks of celebrated writers. She found the commission too conservative, and chose to focus on the living rooms, emptied of their occupants. Her photographs, in Polaroid format (the filter “instantly gives a history to the picture”), reveal a great deal about the place’s owner. Allen Ginsberg’s monastic living room, where a stripped bathroom sink takes center stage, is a political declaration in and of itself. The book New York Living Rooms, published in 1998, includes 80 interiors, and is followed by a portrait of Paris published in 2002 and based on the same formula. “I don’t have a studio. I work like a photojournalist, going on site with very little equipment: a tripod, two cameras and three lenses. I make natural portraits so as to get as close as possible to reality, if such a thing exists. This is not decoration, it’s a portrait,” she notes in her Chelsea living room. Dominique Nabokov is currently working on her third book, a volume of black-and-white photographs of famous Berliners’ living rooms. ■


49 FRANCE - AMÉRIQUE AUGUST 2015Nabokov « Autoportrait » © Dominique


AGENDA

Calendrier French Cultural Events In North America

The Berthouville Treasure, Roman, Silver and gold, Bibliothèque nationale de France, Département des monnaies, médailles et antiques, Paris.

Malibu, Californie

EXHIBITIONS BERTHOUVILLE TREASURE In 1830, a farmer plowing a field in Normandy discovered a cache of more than 100 gilt-silver statuettes, pitchers and other objects from the Roman era. Now among the holdings of the Bibliothèque Nationale de France, these artifacts have spent the past few years in the conservation studios of the Getty Villa. Ancient Luxury and the Roman Silver Treasure from Berthouville presents the entire trove—a first outside Paris—along with jewelry and other luxury items from the library’s collection. Less than three weeks remain to catch the show at its inaugural venue before it travels to the Legion of Honor in San Francisco. Through Aug. 17 at the Getty Villa; getty.edu.

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AGENDA

Philadelphia, PA

exhibited for more than a

a single prime example of each major movement in

Through some 140 pain-

DISCOVERING THE IMPRESSIONISTS

GODS AND HEROES

century. He was long considered more of a patron than

France—from Realism and

Without the efforts of the

tings, sculptures and works

a member of the Impres-

Classicism to Rococo, Im-

enterprising Paris art dea-

on paper dating from the

sionist movement because

pressionism and Fauvism—

ler Paul Durand-Ruel, Im-

17th through the 19th cen-

he both financed exhibi-

the chronological installa-

pressionism might not be

turies, Gods and Heroes:

tions and purchased many

tion allows viewers to see

a household name, and

Masterpieces

works of art. Born into a

connections between ear-

art exhibitions might look

École

wealthy family, he originally

lier and later works and gain

very different than they do

Paris surveys the evolution

studied to be an engineer;

insight into the emergence

today. He did everything

and influence of the French

his technical background

of new styles. Through Oct.

in his power to champion

capital’s celebrated school

may well have influenced

11 at the Toledo Museum of

the success of the Impres-

of fine arts, which traces its

his distinctive artistic style,

Art; toledomuseum.org.

sionists,

them

origins to the founding of

stipends

the Royal Academy of Pain-

and amassing their pic-

ting and Sculpture in 1648.

tures; over the decades,

As indicated by its title, the

he purchased some 1,000

show focuses on the epic

­M onets, 1,500 Renoirs and

Biblical and Homerian the-

800 Pissarros. Understan-

mes favored by the Acade-

ding that their canvases

my, rendered in an appro-

required a more intimate

priately classicizing style.

showcase than the floor-

Fragonard, David, Boucher,

to-ceiling displays typical

Poussin and Ingres are just

of the Salon, he pionee-

a few of the masters repre-

red the solo exhibition and

sented. Through Sept. 13 at

paid scrupulous attention

the Portland Art Museum;

to lighting, framing and wall

portlandartmuseum.org.

Washington, DC; nga.gov.

purely decorative, reflecting

Washington, DC

Toledo, Ohio

the sciences and even—as in

with

providing

monthly

color. This fascinating tale of art and commerce is the subject of Discovering the Impressionists: Paul Du-

51

Portland, OR

des

from

the

Beaux-Arts,

CAILLEBOTTE

Gustave Caillebotte does

rand-Ruel and the New

not enjoy the name recogni-

Painting, which reunites

tion of fellow Impressionists

groups

masterworks

such as Monet and Renoir,

for the first time since the

in part because many of

visionary dealer exhibited

his paintings remained in

them. Through Sept. 13;

his family’s possession af-

philamuseum.org.

ter his death and were not

of

FRANCE - AMÉRIQUE AUGUST 2015

which fuses the precise execution favored by the Academy with a decidedly Impressionist approach to light, color and subject matter.

Gustave

Caille-

botte: The Painter’s Eye offers a rare opportunity to view 50 of his finest works, from still-lifes to renderings of the new Haussmannian Paris and its denizens at leisure. Through Oct. 4 at

the National ­Gallery of Art in

LANDSCAPE PAINTING

From the Collection: 300 Years of French Landscape Painting succinctly surveys artists’ depictions of the natural world from the 17th through the early 20th centuries. Presenting

Denver, Colorado

FLORAL PAINTING

The first major U.S. exhibition of its kind, In Bloom: Painting Flowers in the Age of Impressionism traces the evolution of the floral genre from the late 18th century through the early 20th century. An array of some 60 works by talents both celebrated and lesser known reveals floral painting to be more than the larger evolution of the arts, the case of Lyonnais artists responding to the mass production of textiles—industry. Delacroix, Cézanne, Manet, Renoir and Redon are among the more than 30 masters represented. Through Oct. 11

at the Denver Art Museum; denverart.org.


AGENDA

Calendrier

New York, NY

tra in French Connec-

tiques” and Ligeti’s “Piano

tion, a program that in-

Concerto” and then works

La Belle: The Ship That

cludes ­Berlioz’s Overture

by d’Anglebert, Debussy,

to Beatrice and Benedict

Boulez and others. Aug. 13,

and Saint-Saëns’s Piano

16 and 17 at Lincoln Cen-

Concerto No. 5, “Egyptian,”

ter; mostlymozart.org.

SÈVRES

LA BELLE

Louis XV and his mistress,

Changed

Madame de Pompadour,

sents

Sèvres became the leading

reassembled remains of a

producer of soft-paste por-

17th-century French vessel

celain in Europe. Color for-

that sank off the coast of

mulas and other aspects of

Texas, a casualty of doo-

production were so closely

med

guarded that anyone revea-

led by the explorer René-

ling them risked imprison-

Robert Cavelier, Sieur de

ment, and workers could

la Salle. Further helping to

not

factory’s

transport viewers back in

employ without the King’s

time are some 40 artifacts,

consent. Through about a

among them cooking uten-

dozen exquisite vases and

sils, farming and carpentry

other items, From Sèvres

tools, and a bronze can-

To Fifth Avenue: French

non with carved dolphin

Porcelain At The Frick

handles that allowed for

Collection offers a fresh

definitive identification of

look at this storied name in

the wreckage, discovered

decorative arts by exami-

in 1995. Opening Aug. 8 at

ning the role its creations

the ­Bullock Museum;

played not only in 18th-

thestoryoftexas.com.

he joins members of the

PERFORMING ARTS

rary Ensemble in an all Dai

Thanks to the patronage of

leave

the

century France, but also in Gilded Age America. Highlights include a painted and gilded pot pourri shaped like a ship, one of 10 extant examples of the mo-

del. Through April 24, 2016, at The Frick ­Collection; frick.org.

52

Austin, Texas

FRANCE - AMÉRIQUE AUGUST 2015

the

History

pre-

painstakingly

colonial

expedition

Stéphane

Denève

Thibeaudet. August 6 at the

Saratoga Performing Arts Center; spac.org.

New York, NY

PIERRE- L AURENT AIMARD Selected as the founding

piano soloist for Pierre Boulez’s

groundbreaking

Ensemble Intercontemporain in the 1970s, PierreLaurent Aimard remains a leading interpreter of avantgarde music. In the first of three concerts at this year’s Mostly

Mozart

International

Saratoga Springs, NY FRENCH CONNECTION

featuring soloist Jean-Yves

Festival,

Contempo-

Fujikura program featuring “Breathless” for toy piano and pizzicato violin. (Like Aimard, Fujikura is a Bou-

leads

the Philadelphia Orches-

lez protégé.) On the other two evenings, he performs Messiaen’s “Oiseaux Exo-

Hollywood, Californie

ANOTHER FRENCH CONNECTION Nicholas

conducts

McGegan

the

Los

An-

geles Philharmonic in The French Connection, an evening

including

Mo-

zart’s Symphony No. 31, “Paris”; Ibert’s “Hommage à Mozart”; and Haydn’s Symphony No. 85, “La Reine”; and Poulenc’s “Organ Concerto.” The headliner is the flamboyant young American virtuoso Cameron Carpenter performing on his custombuilt International Touring Organ, a portable digital instrument that replicates the sounds of a traditional pipe organ. August 25 at

the Hollywood Bowl;

hollywoodbowl.com. ■


AGENDA

Théodore Rousseau (French, 1812–1867), Under the Birches, Evening. Toledo Museum of Art.

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FRANCE - AMÉRIQUE AUGUST 2015


BON APPÉTIT

artelettes

au céleri rave et au poivre long avec pâte à l’huile d’olive et à la farine de riz complet Celeriac and Long Pepper Tartlet with Olive Oil and Brown Rice Crust BY BÉATRICE PELTRE

POUR LA PÂTE :

FOR THE CRUST:

150 g farine de riz complet/ 40 g farine de tapioca / 40 g farine de quinoa / Pincée de sel de mer / 1 c. à soupe graines de pavot / 1 gros œuf / 60 ml huile d’olive / 60 ml eau

1 cup brown rice flour / 1/3 cup tapioca flour / 1/3 cup quinoa flour / Pinch of sea salt / 1 tablespoon poppy seeds / 1 large egg / 1/4 cup olive oil / 1/4 cup water

Dans une jatte, mélangez les farines avec le sel et les graines de pavot. Faites un puits au milieu et cassez-y l’œuf. Travaillez la pâte du bout des doigts pour obtenir une texture homogène. Ajoutez l’huile et enfin l’eau puis pétrissez jusqu’à l’obtention d’une boule. Emballez-la dans un film alimentaire et réfrigérez pendant 2 heures. Étalez la pâte et garnissez 4 moules à tartelette (les miens ont le fond amovible). Mettez en attente au frigidaire.

In a large bowl, add the flours with the salt and poppy seeds. Make a small well in the middle and break the egg. Using your fingers, work the dough into a homogeneous texture. Add the oil and finish with the water, enough for the dough to form a ball. Wrap in a plastic wrap and place in the fridge for 2 hours until firmer. Roll the dough and garnish 4 tartlet molds (I use nonstick molds with removable bottoms); set aside in the fridge.

POUR LA GARNITURE :

FOR THE TOPPING:

2 c. à soupe huile d’olive / 1 oignon rouge émincé finement / 1 poireau, partie blanche, haché finement / 1 boule de céleri rave, pelée, nettoyée (environ 280 g), râpée / du sel de mer / 1 gros œuf / 60 ml de lait / 2 c. à soupe de mascarpone (ou crème fraîche) / 1 c. à soupe de poudre de noisettes / 1/2 poivre long, pilé dans un mortier ou dans un moulin à épices / 3 C à soupe persil haché / 100 g de fromage Taleggio, coupé en petits morceaux

2 tablespoons olive oil / 1 red onion, sliced finely / 1 leek, white part, sliced finely / 1 celeriac, peeled and soft middle part removed (about 10 ounces), grated sea salt / 1 large egg / 1/4 cup milk / 2 tablespoons mascarpone cheese (or crème fraîche) / 1 tablespoon hazelnut flour M/ 1/2 long pepper, crushed with a mortar or spice grinder / 3 tablespoons chopped parsley / 3.5 ounces Taleggio cheese, diced.

Préchauffez le four à 200 C°. Dans une poêle, faites chauffer 2 c. à soupe d’huile d’olive. Ajoutez l’oignon et faites suer pendant 4 minutes. Ajoutez le poireau et continuez à cuire pendant 3 minutes, en mélangeant de temps à autre. Ajoutez le céleri. Assaisonnez de sel et cuisez pendant 1 minute. Couvrez et poursuivez la cuisson à feu doux pendant 10 minutes. Retirez du feu et laissez refroidir. Pendant ce temps, battez l’œuf avec le lait et le mascarpone, la poudre de noisettes, le poivre long et le persil. Ajoutez-y les légumes réservés. Garnissez les moules de cette préparation et répartissez le fromage sur les légumes. Faites cuire les tartelettes pendant 35 à 40 minutes, ou jusqu’à ce que le flan soit pris et la pâte légèrement dorée. Servez chaud avec une salade. ■ 54

FRANCE - AMÉRIQUE AUGUST 2015

Preheat your oven at 400 F. In a large sauté pan, heat 2 tablespoons olive oil. Add the onion and cook without browning for 4 minutes, or until soft. Add the leek and continue to cook for 3 minutes, stirring occasionally. Add the celeriac. Season with salt, and cook for 1 minute. Cover, reduce the heat, and cook for 10 minutes, or until the vegetables are soft. Remove from the heat and let cool. In the meantime, beat the egg with the milk, mascarpone, hazelnut flour, long pepper and parsley. Add to the cooked vegetables. Garnish the tartlets with the vegetable preparation. Scatter the cheese on top. Bake the tartlets for 30 to 35 minutes, or until the flan is set and the crust is golden brown. Serve warm with a side salad. ■


BON APPÉTIT

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BON APPÉTIT

VIN

WINE

Né et élevé à Lyon, et certifié par la Society of Wine Educators de la Vallée de Napa (Californie), Nicolas Blanc est un passionné de cuisine et de vin. Food & Beverage Manager du Sofitel de New York, il est l’œnologue de l’hôtel.

Born and raised in Lyon, France and certified in Napa Valley by the Society of Wine Educators, Nicolas Blanc has a marked passion for food and wine. Food and beverage manager at the Sofitel New York, he is the hotel’s wine specialist. BY NICOLAS BLANC /

TRANSLATED BY ALEXANDER UFF

France Ruinart – Blanc de Blancs – Champagne Pour accompagner cette tartelette à la pâte fine de farine de riz complet et quinoa, et ses épices raffinées, j'opterais pour les bulles de ce Champagne 100% chardonnay, issu de la Côte des Blancs et de la Montagne de Reims. Les notes d’agrumes et la minéralité de ce Champagne produit par la célèbre et ancestrale maison Ruinart ­s'accorderont parfaitement avec le poivre long du plat. I would choose bubbles as an accompaniment to the delicate, brown rice and quinoa pastry and its subtle spices. This Champagne is made using only chardonnay grapes, and is made in the Côte des Blancs and the Montagne de Reims vineyards. Produced by the renowned, ancestral Ruinart house, the citrus notes and subtle freshness of this Champagne are a perfect match for the long pepper used in the tart. ■

États-Unis Provenance Estate – Sauvignon Blanc 2013 – Rutherford Ce vin américain parfumé aux arômes de pamplemousse et de feuilles d’oranger relèvera le goût des graines de pavot de la tartelette. Le céleri rave, le mascarpone et le fromage Taleggio donnent à sa texture soyeuse une toute autre dimension en bouche. On y retrouvera des notes épicées de fruits exotiques et une douceur subtile propre à ce vin blanc de terroir. This American wine is infused with fragrances of grapefruit and orange leaves, and will highlight the taste of poppy seeds in the tart. The celeriac, mascarpone and Taleggio cheese lend an entirely different taste to the Sauvignon Blanc’s silky texture. Spicy notes of exotic fruits and a subtle smoothness combine to create this local white wine. ■

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BON APPÉTIT

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FRANCE - AMÉRIQUE AUGUST 2015


LE FRANÇAIS TEL QU’ON LE PARLE

IL Y A MIGRANT ET MIGRANT

P

ourquoi les Blancs établis à l’étranger sont-ils appelés expatriés, alors que les Noirs qui travaillent et vivent en dehors de leur pays sont qualifiés d’immigrés ? C’est la question que posait il y a quelques semaines un entrepreneur togolais dans une tribune publiée sur le site Silicon Africa et reprise par le quotidien britannique The Guardian. Les choses sont claires, pourtant. Un expatrié, du latin ex (« hors de ») et patria (« patrie), c’est quelqu’un qui a quitté son pays ou qui en a été chassé. D’où vient, alors, la distinction évoquée ci-dessus. Aurait-elle un lien avec le statut socioprofessionnel des uns et des autres, les expatriés étant des immigrés très qualifiés ? Ne tiendrait-elle pas plutôt à quelque préjugé tenace ? Sinon, pourquoi les cadres africains de haut niveau qui s’installent en Europe ne sont pas présentés comme des expatriés mais comme des immigrés ? Immigré, pour autant, n’est pas un gros mot. Dans le droit français, il désigne une personne née étrangère à l’étranger et résidant en France. D’où la confusion, fréquente, entre immigré et étranger. Lorsque l’on naît en France de parents étrangers, on peut demeurer un étranger si on ne sollicite pas la nationalité française à sa majorité, mais on n’est pas un immigré. En revanche, si l’on est né à l’étranger et que l’on a obtenu la nationalité française, on n’est plus un étranger, bien entendu, mais on reste un immigré. C’est dans ce contexte que revient régulièrement dans le débat l’expression problématique « Français de souche ». Utilisée lors la colonisation pour distin58

FRANCE - AMÉRIQUE AUGUST 2015

DOMINIQUE MATAILLET

guer les Européens des Nord-Africains, elle a été récupérée par l’extrême droite pour opposer les « vrais » Français aux immigrés ou descendants d’immigrés. On voit bien en quoi cette reconstruction ethnique imaginaire est une menace pour la cohésion de la nation. Ceux qui l’utilisent à des fins politiciennes feignent par ailleurs d’ignorer qu’une très grande partie des Français ont, dans leur arbre généalogique, des ancêtres d’origine étrangère.

A

utre notion ambiguë, celle de citoyenneté. Traditionnellement, en France, la qualité de citoyen est liée à la détention de la nationalité. Si cette dernière est une condition nécessaire, elle n’est pas suffisante : il faut aussi jouir de ses droits civils et politiques. Mais le lien entre nationalité et citoyenneté tend à disparaître avec les avancées de la construction européenne. Depuis le traité de Maastricht de 1992, les ressortissants d’un État de l’Union résidant dans un autre État peuvent participer aux élections locales et européennes et s’y faire élire. Ils ont ainsi l’un des éléments essentiels de la citoyenneté, le droit de vote, sans avoir la nationalité du pays dans lequel ils votent. C’est ainsi que la citoyenneté européenne devient une réalité. Même si, au sein de l’Union, les situations sont contrastées. Dans un pays comme la Lettonie, la citoyenneté est réservée aux personnes qui l’avaient avant 1940 (ainsi qu’à leurs descendants). En sont donc privés Russes, Biélorusses, Ukrainiens arrivés pendant la période soviétique. Ces non citoyens – la mention figure

sur leur passeport – n’ont pas le droit de vote, et l’accès à certains emplois de la fonction publique leur est fermé. Mais ils peuvent se rendre sans visa en ­Russie. Belle consolation… Israël, pour sa part, encourage l’immigration. À condition que les migrants soient juifs. Plusieurs dizaines de milliers d’entre eux font ainsi chaque année leur alya (« ascension », en hébreu). Les clandestins africains, eux, ne sont pas les bienvenus. Quelque 50 000 Soudanais et Érythréens sont parqués par les autorités dans un quartier de Tel Aviv. Faute de relations diplomatiques avec le Soudan, pour les uns, et parce que l’Érythrée est une des pires dictatures au monde, pour les autres, ils ne peuvent pas être expulsés. Pour désigner ces demandeurs d’asile, un terme revient couramment : « infiltrés ». Le même terme que celui utilisé pour les Palestiniens pénétrant en Israël afin de commettre des attentats. Pour revenir à la France, confrontée elle aussi à un afflux d’immigrés illégaux sans précédent, les confusions sémantiques sont courantes. Afghans, Syriens, Somaliens, Maghrébins, Ouest-Africains… tous sont classés ­ dans la catégorie des migrants clandestins. Or celui qui fuit la violence, la persécution ou la guerre est un réfugié ou un demandeur d’asile, dans le cas où sa requête pour obtenir le statut de réfugié est en cours d’examen. Un migrant, rappellent les spécialistes, est une personne qui vit depuis plus d’un an hors de son pays de nationalité. Une chose est sûre : personne ne pense à traiter d’expatriés ces centaines de milliers de gens qui déferlent sur les côtes européennes. ■


1 Fondée en 1632, la colonie britannique du Maryland a été ainsi nommée en l’honneur d’HenrietteMarie de France (1609-1669), fille d’Henri IV et épouse du roi d’Angleterre Charles Ier. 2 La statue érigée au centre de la place Denfert-Rochereau est une réplique au tiers, en cuivre martelé, du Lion de Belfort. Construit selon les plans d’Auguste Bartholdi entre 1875 et 1879, ce dernier - une sculpture en grès située au pied de la falaise de la citadelle de Belfort commémore la défense héroïque de la ville face aux Prussiens durant la guerre de 1870.

6 juin 1944 avait pour nom de code Overlord (« suzerain » en français). Fortitude (« courage ») est le nom donné à l’opération d’intoxication montée par les Alliés pour tromper les Allemands sur le lieu et la date du débarquement. Dragoon est le nom de l’opération de débarquement en Provence en août 1944. 4 Né en 1898 à Lawnton, près de Philadelphie, Alexander Calder s’installa en France en 1926 et passa le reste de sa vie entre Paris et New York, où il mourut en 1976. 5 Maurice-Edgar Coindreau (1892-1990) a traduit en français les romans de nombreux auteurs américains (Hemingway, Faulkner,

Steinbeck, Styron, Dos Passos…). Un prix portant son nom récompense chaque année depuis 1982 la traduction d’une œuvre littéraire écrite en anglais américain. 6 Le Hyatt Center de Chicago est quasiment identique à la tour EDF de la Défense. Et pour cause : les deux bâtiments ont été dessinés par l’architecte américain Ieoh Ming Pei, célèbre en France pour avoir conçu la Pyramide du Louvre. 7 Sempé a créé sa première couverture pour le New Yorker en 1978. Il en réalisera plus d’une centaine par la suite. Le magazine américain lui a rendu hommage en 2014 en publiant en ligne une sélection

FRANCE - AMÉRIQUE AUGUST 2015 3 L’opération de débarquement du

59

de ses couvertures ( Cover Story : Jean-Jacques Sempé’s Dancers ). 8 John Carreyrou est l’un des journalistes du Wall Street Journal récompensé, en avril dernier, par le prestigieux prix Pulitzer pour une série d’articles sur le Medicare. 9 Né en 1955 dans l’Utah, Jonathan Boyer fut en 1981 le premier ­Américain à prendre le départ du tour de France. 10 Cédric Pioline, battu en finale par Pete Sampras en 1993, est le dernier Français à avoir atteint ce stade de la compétition à l’US Open.

Alexander Calder Andy Warhol Mark Rothko

Lequel de ces plasticiens américains a passé une grande partie de sa vie en France ?

4

Overlord Fortitude Dragoon

Quel était le nom de code du débarquement de Normandie, en juin 1944 ?

3

La colonne de Juillet, place de la Bastille Le lion de Belfort, place Denfert-Rochereau Le pont Alexandre III

Quel célèbre monument parisien porte la griffe d’Auguste Bartholdi, à qui l’on doit la statue de la Liberté de New York ?

2

1968 1978 1988

En quelle année le dessinateur Sempé a-t-il réalisé sa première couverture pour le New Yorker ? Chicago Baltimore Atlanta

10

7

Yannick Noah Guy Forget Cédric Pioline

Quel joueur français de tennis a-t-il été finaliste de l’US Open en 1993 ?

Un gratte-ciel achevé en 2005 aux États-Unis ressemble fortement à la tour EDF de la Défense, construite, elle, entre 1997 et 2001. Dans quelle ville trouve-t-on ce bâtiment ?

6

La cuisine La peinture La littérature

Marie Tudor La Vierge Marie Henriette-Marie de France

En l’honneur de quelle personnalité le Maryland a-t-il été ainsi nommé?

1

Quiz

Quel aspect de la culture américaine Maurice-Edgar Coindreau a-t-il contribué à faire connaître en France ?

5

FRANCE-ÉTATS-UNIS

Greg LeMond Jonathan Boyer Bobby Julich

Quel a été le premier cycliste américain à prendre part au tour de France ?

9

La musique La mode Le journalisme

Dans quel domaine le Français John Carreyrou a t-il été distingué il y a peu aux États-Unis ?

8

PAR DOMINIQUE MATAILLET


LANGUAGE

THE MIGRANT MIGRAINE

DOMINIQUE MATAILLET /

W

hy are white people living abroad called expatriates, while black people who work and live outside of their native countries are defined as immigrants? This question was put forward by a Togolese businessman in an opinion column published on the Silicon Africa website, and reported by the British daily newspaper The Guardian. But things seem relatively clear. An expatriate, from the Latin ex (out of) and patria (homeland), is someone who has left their country, voluntarily or otherwise. So what are the origins of the above distinction? Is there a link with the socio-professional status of different people, defining expatriates as highly qualified immigrants? Or is it rather based on persisting prejudice? Why are highranking African executives living in Europe called immigrants, instead of expatriates? “Immigrant” is not a dirty word, however. French law defines an immigrant as someone born abroad but residing in France, which explains the frequent confusion between the terms “immigrant” and “foreigner”. If someone is born in France to non-French parents, and refuses French nationality upon reaching the age of majority, they will remain a foreigner but cannot be called an immigrant. However, if someone is born abroad and becomes a French citizen, they are of course no longer a foreigner, but remain an immigrant. This is the backdrop to the regular debate surrounding the sensitive expression français de souche, 60

FRANCE - AMÉRIQUE AUGUST 2015

TRANSLATED BY ALEXANDER UFF

or “pure French person”. It was originally used in the colonial era to distinguish Europeans from North Africans, but has more recently been taken up by the extreme right wing to set “pure” French people apart from immigrants and descendants of immigrants. It is easy to see how this imaginary ethnic reconstruction threatens national cohesion. And those using the term to political ends seem to have forgotten that a significant number of French people have immigrant ancestors in their family trees. Citizenship is another ambiguous notion. Being a French citizen traditionally means holding French nationality, but while this is a necessary condition, it is not enough. Citizens must also enjoy the accompanying civil and political rights. But the link between nationality and citizenship is disappearing with the growth of the European Union. Since the 1992 Treaty of Maastricht, citizens of one Union State residing in another may take part in local and European elections, and stand for election themselves. In this case, they have the essential elements of citizenship – voting rights– without having the nationality of the country in which they vote. This is how European citizenship becomes a reality, even if there are contrasting situations within the Union. In Latvia, citizenship is reserved for people who had it before 1940, and their descendants. Russians, Belarusians and Ukrainians who arrived during the Soviet era are therefore excluded. These “noncitizens” – as indicated on their passports – are not allowed to vote, nor are they able to work in certain parts of the civil service. But

they can travel to Russia without a visa, which may serve as some small ­consolation…

I

srael, on the other hand, encourages immigration, on the condition that the migrants are Jewish. Every year several tens of thousands of them take part in Aliyah (“ascension”, in Hebrew). African illegal immigrants are not welcome, however. Some 50,000 Sudanese and Eritrean people are confined to a neighborhood of Tel Aviv by the authorities. Due to insufficient diplomatic relations with Sudan, and the fact that Eritrea has one of the world’s worst dictatorships, they cannot be deported. A term that crops up a lot to define these asylum seekers is “infiltrators”, which is the same term used to describe Palestinians who cross the Israeli border to commit attacks. To bring things back to France, a country also faced with an unprecedented influx of illegal immigrants, semantic confusions are frequent. Afghans, Syrians, Somalians, ­ Maghrebis, West Africans and others are all put into the same category of illegal migrants. Yet semantically, someone fleeing violence, persecution or war is a “refugee”, or an “asylum seeker” if their demand for refugee status is being processed. And as the specialists will remind us, a migrant is a person who has lived for more than one year outside of their country of citizenship. One thing is sure: no one thinks about using the term “expatriates” to define the hundreds of thousands of people arriving on European shores. ■


61

FRANCE - AMÉRIQUE AUGUST 2015


1 Founded in 1632, the British colony of ­Maryland was named in homage to HenriettaMaria of France (1609-1669), daughter of Henri IV and wife of the King of England Charles I.

Landings. Dragoon was the code name for the landing mission in Provence in August 1944. 4 Born in Lawnton, near Philadelphia, in 1898, Alexander Calder moved to France in 1926 and spent the rest of his life between Paris and New York, where he died in 1976.

6 The Hyatt Center in Chicago is an almost identical copy of the EDF tower in La Défense. And it’s no surprise; both buildings were designed by the American architect Ieoh Ming Pei, renowned in France for having designed the

5 Maurice-Edgar Coindreau (1892-1990) translated novels by American authors including Hemingway, Faulkner, Steinbeck, Styron, and Dos Passos into French. An annual prize named after him has been awarded to the U.S. English translation of a literary work since 1982.

2 The statue erected at the center of the Place Denfert-Rochereau is a hammered copper replica, three times smaller than the first Lion of Belfort. The original sandstone statue was built between 1875 and 1879 according to plans drawn up by Auguste Bartholdi, and is located at the foot of cliffs around the Citadel of Belfort. It commemorates the town’s heroic defense against Prussian forces during the war of 1870.

FRANCE - AMÉRIQUE AUGUST 2015 3 The Normandy Landings of June 6, 1944, were known under the code name Overlord. Fortitude was the name given to the disinformation operation led by the Allies to deceive the Germans as to the time and place of the

62

Louvre Pyramid. 7 Sempé created his first cover for The New Yorker in 1978, and went on to make more than 100 others. The American magazine paid homage to him in 2014 by publishing a selection of his covers online ( Cover Story: JeanJacques Sempé’s Dancers ). 8 John Carreyrou was one of the journalists at the Wall Street Journal to win the prestigious Pulitzer Prize in April 2015 for a series of articles on Medicare. 9 Born in Utah in 1955, Jonathan Boyer was the first American to take part in the Tour de France, in 1981. 10 Cédric Pioline, beaten by Pete Sampras in the 1993 final, is the last French player to reach this stage of the U.S. Open to date.

Cooking Painting Literature

Which aspect of American culture did Maurice-Edgar Coindreau help to introduce into France?

5

Yannick Noah Guy Forget Cédric Pioline

Which French tennis player played in the U.S. Open final in 1993?

10

Greg LeMond Jonathan Boyer Bobby Julich

Alexander Calder Andy Warhol Mark Rothko

Which of these American artists spent a large part of their lives in France?

4

Who was the first American cyclist to take part in the Tour de France?

9

Music Fashion Journalism

Overlord Fortitude Dragoon

What was the code name for the Normandy Landings in June 1944?

3

The July Column, Place de la Bastille The Lion of Belfort, Place Denfert-Rochereau The Alexandre III Bridge

Which famous Parisian monument was designed by Auguste Bartholdi, the man behind the Statue of Liberty in New York?

2

In which field did Frenchman John Carreyrou recently win acclaim in the U.S.A.?

8

1968 1978 1988

In which year did French cartoonist Sempé create his first cover for The New Yorker?

7

Chicago Baltimore Atlanta

Marie Tudor The Virgin Mary Henrietta-Maria of France

Which renowned figure was Maryland named after?

1

Quiz

A skyscraper completed in 2005 in the U.S.A. bears a strong resemblance to the EDF tower at La Défense in Paris, built between 1997 and 2001. Which city is home to this building?

6

FRANCE-UNITED STATES

TRANSLATED BY ALEXANDER UFF

BY DOMINIQUE MATAILLET


3

FRANCE - AMÉRIQUE NOVEMBRE 2014


France amerique august 2015  

Spécial été 2015 Découvrez le numéro d’Août de France-Amérique bilingue

France amerique august 2015  

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