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THE BEST OF CULTURE & ART DE VIVRE

ON THE RISE ROSÉ WINE'S FAME IN THE U.S.A. TRUMP / MACRON TRANSATLANTIC COUSINS Guide TV5Monde Volume 11, No. 6 USD 8.00 / C$ 10.60

FRENCH COMMUNITY WELCOME TO LARCHMONT!

JUNE 2018


JUNE 2018

Président / President Guy Sorman Rédactrice en chef / Editor in Chief Guénola Pellen, 646.202.9830 gpellen@france-amerique.com Directrice exécutive / Executive Director Marie-Dominique Deniau mddeniau@france-amerique.com Directrice artistique / Art Director Marie Vasquez mvasquez@france-amerique.com Assistante direction artistique Assistant Art Director Laetitia Monier lmonier@france-amerique.com Éditeur web / Web Editor Clément Thiery cthiery@france-amerique.com Journaliste / Journalist Juliette Démas jdemas@france-amerique.com Contributeurs / Contributors Jérémy Arki, Nicolas Blanc, Anthony Bulger, Ariane Fert, Roland Flamini,Tracy Kendrick, Alexandra Klinnik, Dominique Mataillet, Michele Scicolone, Jean-Luc Toula-Breysse Traducteurs / Translators Alexis Cornel, Samuel Todd, Alexander Uff Révision / Proofreader Marie-Nicole Elian Publicité & Marketing Advertising & Marketing Julie Vanderperre, 646.202.9828 jvanderperre@france-amerique.com Kelsey Armstrong, 646.202.9829 karmstrong@france-amerique.com Service clients / Customer Service French: 646.202.9828 English: 800.901.3731 franceamerique@icnfull.com

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800.901.3731 (appel gratuit/toll free) or 215.458.8551 PO Box 3110 Langhorne, PA 19047-9930 France-Amérique (ISSN 0747-2757) is published monthly by France-Amérique LLC at France-Amérique, 115 East 57th St, 11th Fl. New York, NY 10022. Periodical postage paid in New York, NY and additional mailing offices. POSTMASTER: send address changes to France-Amérique LLC, 115 East 57th St, 11th Fl. New York, NY 10022. Copyright 2018 by France-Amérique LLC. All rights reserved. France-Amérique is a registered trademark of France-Amérique LLC.

Rosé by Château d’Esclans

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Editorial

52 Bon Appétit

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The Political Scene

56 Books

Les cousins transatlantiques Transatlantic Cousins

Les dîners d’État à la Maison Blanche White House State Dinners

Crème caramel façon bistro & sélection vins Bistro Crème Caramel & Wine Pairing

Henri Samuel, maître de la décoration d’intérieur Henri Samuel, Master of the French Interior

14 Iconic

60 Agenda

18 Sweet Tooth

68 Cinema

L’imprimé Vichy Vichy Print

Jusqu’à la garde, un regard sur les violences conjugales Custody, a Portrayal of Domestic Violence

La dragée de Verdun

22 Community

Larchmont, un éden français Larchmont, a French Paradise on the Edge of New York

72 The Observer

32 On the Rise

Le rosé à la conquête de l’Amérique Rosé Wine Finds Fame and Fortune in the United States

42 Heritage

French Cultural Events in North America

Les vitraux de la cathédrale de Metz, et la lumière fut ! The Stained-Glass Windows of Metz Cathedral, Let There Be Light!

Whatever Happened to Politeness?

74 The Wordsmith

Des mots et des vêtements

76 Quiz 78 Game

Mots fléchés bilingues Arrow Word Puzzle

France-Amérique LLC, 115 East 57th St, 11th Fl. New York, NY 10022. Tel: 646.202.9828

© Olivier Tallec

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EDITO

LES COUSINS TR A NSATL A NTIQUES

TRANSATLANTIC COUSINS

By Guy Sorman / Translated from French by Alexis Cornel

À

première vue, tout oppose Donald Trump et Emmanuel Macron. Le premier est deux fois plus âgé et truculent, l’autre est solide et précis. Trump bouscule tous les protocoles alors que le Président français s’en tient aux bonnes manières européennes. Trump est nationaliste, populiste, hostile aux migrants et à tout ce qu’il décrète non américain ; il préconise le repli des nations sur leurs territoires et leurs valeurs, il se méfie instinctivement des autres et des échanges ; il ne croit pas en la diplomatie et considère que la force affichée, voire les gesticulations belliqueuses, constituent la meilleure parade contre les rivaux, les alliés et les ennemis sans que l’on puisse trop distinguer entre eux. Macron en revanche illustre une conception ouverte de la culture française, accueille avec bienveillance les apports étrangers, 4

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A

t first glance, Donald Trump and Emmanuel Macron seem to have nothing in common. The former is twice as old and antagonistic; the latter even-tempered and wellbehaved. Trump flouts all protocol, while the French president upholds European good manners. Trump is a nationalist and a populist, hostile to immigrants and to anything he labels unAmerican; he promotes the nation’s turn inward towards its own territory and its own values; he is instinctively distrustful of outsiders and of trade; he does not believe in diplomacy and considers shows of force and even bellicose gestures to be the best response to rivals, allies, and enemies – if he were even inclined to distinguish between these three groups. Macron, on the other hand, represents an open concept of French culture; he warmly welcomes international contributions, is


EDITO

s’investit dans la diplomatie active, ne diabolise personne, ni individu ni collectivité, et estime que ce que l’on appelle la mondialisation est un bienfait pour l’humanité. Ajoutons que Macron est un catholique fervent et ne s’en cache pas, tandis que la religion de Trump s’apparente au culte du succès matériel. Et « en même temps », comme le dirait Emmanuel Macron, à voir les deux hommes s’embrasser, par la parole et le geste, lors de leur rencontre récente à Washington, on doit envisager quelques ressemblances. L’un et l’autre sont parvenus au sommet sans passer par le labyrinthe ordinaire d’une carrière politique. D’emblée, ils se sont adressés au peuple, sans l’intermédiaire des partis, recourant à l’arme plus puissante des

committed to active diplomacy, demonizes neither individuals nor groups, and considers what we call globalization as a benefit to humanity. We can add that Macron does nothing to hide his fervent Catholicism, while Trump’s religion is closer to the worship of material success. “At the same time,” as Macron might say, as we watched the two men embrace each other in word and in deed during their recent meeting in Washington, certain similarities became apparent. Both attained the summit of power without going through the usual labyrinth of a political career. From the beginning, they spoke directly to the people without the intermediary of a party, making use of the more powerful weapon of mass and social

UNE PHOTOGRAPHIE DE CE QUE LA POLITIQUE EST DEVENUE EN NOTRE TEMPS : UN REALITY SHOW médias de masse et des réseaux sociaux ; l’un et l’autre maîtrisent la « communication » moderne, croient en elle et en connaissent tous les ressorts techniques. Macron et Trump sont des hommes de communication et de marketing, excellents à se vendre eux-mêmes : dans les deux cas, ça marche. Loin des partis et des ligues de partage traditionnels, ils inventent une nouvelle manière de faire de la politique et aussi un nouveau clivage idéologique. Macron n’est ni à droite ni à gauche ; Trump n’est en vérité, ni Républicain ni Démocrate, ni conservateur ni libéral (au sens américain du terme). La nouvelle frontière est la mondialisation, la société ouverte ou la société fermée. Trump est du côté de la fermeture, Macron de l’ouverture, mais ils s’accordent à estimer que le débat vital de notre

media. Both have proved themselves masters of modern “communication”; they believe in it and are familiar with all its techniques. Macron and Trump are men of marketing and communications, highly skilled at selling themselves, and both have made it work. Aloof from parties and traditional political dealings, they are inventing a new form of politics as well as a new ideological rift. Macron is neither of the right nor of the left; Trump is really neither a Republican nor a Democrat, neither conservative nor classic liberal. The new frontier is globalization, and the pressing question is that of an open or a closed society. Trump takes the side of closing, Macron of opening, but they agree that this vital debate of our times is superseding all previous quarrels. And despite the fact they seem to oppose each other directly, it is

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EDITO

temps remplace toutes les querelles antérieures. Et malgré cette opposition qui paraît frontale, comment ne pas observer que tous les deux font l’éloge de la réussite personnelle plus que de la solidarité collective. Ce qui vaut à Macron d’être, justement ou non, qualifié de Président des riches ; Macron s’en défend car c’est en France une insulte, alors que Trump s’en félicite, ce qui aux États-Unis est acceptable. Voici donc deux hommes qui disent vouloir tout changer, qui ramènent tout débat à leur mesure, qui négocient peu et préfèrent passer en force : ce qui explique que chacun dans son pays a ses fans, ses groupies, expression qui convient mieux que l’archaïque concept de partisan. Quitte à tout changer, l’un et l’autre, par-delà leur ascension au pouvoir et son exercice, ont aussi métamorphosé la définition du couple : Trump change sans cesse d’épouse de manière à ce que celle du moment reste éternellement jeune. Macron casse les codes à sa manière, battant Napoléon qui était plus jeune que l’Impératrice Joséphine d’un bonne dizaine d’années (on ne sait pas exactement quel âge avait Joséphine). Par-delà les apparences de la camaraderie entre les deux couples (Brigitte Macron se dit l’amie de Melania Trump), par-delà les exigences de la politique et du show business, il faut envisager une complicité authentique entre deux egos, surdimensionnés, qui sont de part et d’autre de l’Atlantique, une photographie de ce qu’est devenue la politique en notre temps : un reality show. ■

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clear that both sing the praises of personal success rather than collective solidarity. This has earned Macron the reputation, rightly or not, of being the president of the rich. Macron rejects this, because in France it is an insult, but Trump embraces the title, which is more acceptable in the United States. We therefore have two men who say they want to change everything, for whom all debates are about them personally, and who prefer not to negotiate but to have their own way – by force if necessary. This explains why each has fans or groupies in their respective countries, terms that fit better than the archaic concept of partisan supporters. And there is another similarity: beyond the ways in which the two men rose to power and now exercise it, they have broken new ground in defining the presidential couple. Trump changes wives so as always to have one that is young. Macron flouts convention in his own way, outdoing Napoleon, who was a good ten years younger than the Empress Josephine (though we do not know Josephine’s exact age). Beyond the displays of camaraderie between the two couples (Brigitte Macron calls Melania Trump a friend), and beyond the requirements of politics and showbusiness, there seems to be a certain authentic complicity between these two outsized egos from either side of the Atlantic, and this provides a snapshot of what politics has become today: a reality show. ■


Lyceum Kennedy


THE POLITICAL SCENE

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© Associated Press


THE POLITICAL SCENE

LES DINERS D’ETAT A LA MAISON BLANCHE WHITE HOUSE STATE DINNERS By Roland Flamini / Translated from English by Samuel Todd

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ucun Français sain d’esprit ne se rend aux États-Unis pour la gastronomie. Mais une fois de l’autre côté de l’Atlantique, il faut bien se nourrir. S’il est président de la République, il peut compter sur au moins un repas à la Maison Blanche lors du dîner officiel donné en son honneur. Le dîner d’État est l’une des festivités les plus fastueuses de la Maison Blanche, un signe de l’importance de l’invité et l’occasion de mettre en valeur l’hospitalité américaine à son plus haut niveau. Lorsque l’invité est français, le défi pour les hôtes américains n’en est que plus pimenté ; mais, pour l’essentiel, ses principaux ingrédients demeurent inchangés. Ils comprennent un chef d’État et sa suite, leurs homologues américains, une pincée de notables américains et étrangers, des toasts (portés, à défaut d’être absorbés) et, bien entendu, de la nourriture. À cette combinaison, le couple présidentiel ajoute ses goûts personnels. Étant donné l’extravagance naturelle de Donald, le premier dîner d’État des Trump servi au mois d’avril en l’honneur du président Emmanuel Macron et de son épouse Brigitte fut traité d’une manière étonnamment sobre. Le dîner avait été organisé par Melania Trump et son équipe personnelle pour ce qui fut sa première réception importante en tant que First Lady ; la vidéo en ligne sur les mois de préparation, en plus de l’événement lui-même, reflète ses goûts plutôt que ceux de son mari. D’abord quelques chiffres : ce dîner officiel fut l’un des plus intimes dans la catégorie, 123 invités. Le dîner des Obama servi en l’honneur de François Hollande il y a quatre ans, une soirée monstre avec une liste de 280 invités, était davantage dans la norme. Parmi les membres de la délégation du président Hollande en 2014, se trouvait un conseiller spécial du chef de l’État français, un certain Emmanuel Macron. Raison pour laquelle cette soirée dut avoir un goût de déjà-vu pour l’actuel président français. Et encore davantage pour la Française Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international et ancienne ministre qui peut désormais se targuer d’avoir été invitée à trois dîners officiels en l’honneur d’un chef d’État français : Macron, Hollande et Nicolas Sarkozy. Le dîner des Trump fut une première à au moins un égard. Aussi loin qu’on s’en souvienne, les présidents ont toujours invité un échantillon des membres de la presse accrédités à la Maison Blanche et autres éminents journalistes. Ce ne fut pas le cas pour les Trump. Étant donné la guerre ouverte entre Donald Trump et les médias traditionnels, ce n’est pas difficile à comprendre. Cependant, le magnat des médias et soutien de Trump, Rupert Murdoch, était bien là, mais il est difficile de le qualifier de journaliste.

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o French person in their right mind comes to America for the food; but once they’re there they have to eat. If they are the president, they can often count on at least one meal at the White House at a state dinner in their honor. State dinners are the White House’s most sumptuous social event, a signal of the importance of the guest, and an occasion to show off American hospitality at the highest level. When the dinner guest is French, the challenge to the American hosts rises sharply; but essentially, the main ingredients remain the same. They include a visiting head of State and his entourage, their American counterparts, an additional sprinkling of American and foreign notables, toasts (spoken, not eaten), and, of course, food. To this combination every presidential couple adds their individual flavor. Given the president’s natural flamboyance, the Trumps’ first state dinner in April in honor of President Emmanuel Macron and his wife Brigitte was a surprisingly low-key affair. But the dinner was planned by Melania Trump and her personal staff in her first important function as First Lady, and her online video of the months of preparation, together with the event itself, reflect her own taste, rather than her husband’s. Let’s start with the numbers: The dinner was one of the smallest on record, 123 guests. The Obama dinner for President François Hollande four years ago, a huge affair with a guest list of 280, was more typical. Included in President Hollande’s delegation in 2014 was the president’s special adviser – none other than Emmanuel Macron. Which is why the more recent evening must have had a flavor of déjà vu for the French president. More so for Christine Lagarde, managing director of the International Monetary Fund, who hails from France and is a former French government minister. Lagarde has now been a guest at three state dinners for a visiting French head of state – Presidents Macron, Hollande, and Nicolas Sarkozy. The Trumps’ dinner scored a first in at least one respect. As long as anyone can remember, presidents have always invited a sprinkling of members of the White House press corps and other prominent members of the working press. The Trumps did not. Given Trump’s running war with the mainstream media this is not hard to understand. True, media mogul and Trump supporter Rupert Murdoch was there, but he hardly qualifies as working press.


THE POLITICAL SCENE

Emmanuel Macron et Donald Trump ont chacun porté un toast à l’amitié entre leurs pays respectifs au cours du dîner d’État donné à la Maison Blanche le 24 avril dernier. Emmanuel Macron and Donald Trump each proposed a toast to the friendship between their two countries at the state dinner hosted at the White House on April 24. © Associated Press

Dans le temps, les dîners d’État étaient aussi l’occasion de faire la démonstration du bon fonctionnement d’un système politique bipartisan. Mais pas lors de celui-ci : aucun élu démocrate n’y a été invité.

Past state dinners have also been an occasion to demonstrate political bi-partisanship, but not this one. No Democrats from either the Senate or the Congress were invited.

Selon la Maison Blanche, le premier dîner donné en l’honneur d’un responsable politique français en visite officielle eut lieu en 1931, lorsque le président Herbert Hoover reçut le président du Conseil Pierre Laval. Depuis, tous les présidents français élus après la Deuxième Guerre mondiale ont eu droit aux mêmes égards, et à deux reprises pour deux d’entre eux. Charles De Gaulle fut reçu lors d’un dîner bien arrosé par le président Truman quand le Général était chef du Gouvernement provisoire, puis de nouveau en 1960 par le président Dwight Eisenhower, son camarade de guerre. Avant ce dernier dîner, De Gaulle ne manqua pas de déposer une couronne de fleurs au pied de la statue de La Fayette. Le premier hôte de Jacques Chirac, alors Premier ministre de Mitterrand en 1987, fut Ronald Reagan. Son deuxième hôte, cette fois en tant que président, fut Bill Clinton en 1996.

According to the White House, the first recorded state dinner for a visiting French leader was in 1931, when President Herbert Hoover hosted Prime Minister Pierre Laval. Since then, every post-war French president has been similarly feted, two of them twice. Charles De Gaulle was wined and dined by President Truman when the general was provisional French president, and again by President Dwight Eisenhower, his wartime comrade, in 1960. Before the dinner, De Gaulle placed a wreath at the foot of Lafayette’s statue outside the White House. Jacques Chirac’s first presidential host – in 1987 – was Ronald Reagan. He was still prime minister at the time. His second, in 1996, was Bill Clinton.

Les dîners d’État sont parfois l’occasion pour les manifestants de faire entendre leurs doléances devant les grilles de la Maison Blanche. Le seul président français à avoir été la cible de protestataires fut Georges Pompidou. Lors de son arrivée, une foule pro-israélienne chanta « La Fayette oui, Pompidou non » pour protester contre la vente d’avions de chasse français Mirage au régime libyen.

State dinners are sometimes an occasion for demonstrators to make their grievances heard outside the White House. Only one French president was ever targeted by protesters, and that was Georges Pompidou. As he arrived, a pro-Israeli crowd chanted “Lafayette yes, Pompidou no” to protest the sale of French Mirage fighters to the Libyan regime.

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Stars de cinéma et personnalités françaises du monde des affaires et de la culture sont conviées à ces dîners de travail dans le cadre d’un sommet bilatéral. Au dîner donné pour Macron, Bernard Arnault, président du groupe de luxe LVMH et sa femme Hélène, la présidente de la Bibliothèque nationale de France, Laurence Engel, et la directrice du musée d’Orsay, Laurence des Cars, faisaient partie de la liste des invités.

Movie stars, and French personalities from the business world and the arts are included as supporting actors to what is essentially a time-honored framework for a bi-lateral summit. With Macron at the White House, the French guests included Bernard Arnault, chairman of the luxury conglomerate LVMH, and his wife Hélène, the president of the Bibliothèque Nationale de France, Laurence Engel, and the director of the Musée d’Orsay, Laurence des Cars.

iscard d’Estaing se rendit à Washington en y mettant les formes, à bord de feu le Concorde. Cet avion n’était pas du goût des écologistes mais ils ne manifestèrent pas devant la Maison Blanche lors du dîner. Le supersonique commença sa liaison régulière entre Paris et la capitale américaine (trois heures cinquante-cinq de vol) quelques jours plus tard, malgré les plaintes à propos des nuisances sonores.

Lors du dîner donné en l’honneur de Sarkozy en 2007, on comptait parmi les invités Guy Wildenstein, patriarche d’une dynastie de marchands d’art, et le chef cuisinier Guy Savoy. Xavier Guerrand-Hermès, alors à la tête de la célèbre marque parisienne, était parmi les invités lorsque Gerald Ford reçut Giscard d’Estaing. Les animations de ces soirées ont au fil des ans couvert une large palette allant du jazz à l’opéra. Le président Gerald Ford opta pour le légendaire pianiste de jazz Earl « Fatha » Hines. Le couple Obama avait un faible pour les stars de la pop, comme Beyoncé. Lors du dîner servi en l’honneur de François Hollande, ce dernier était à la droite de Michelle Obama, comme le veut le protocole, et le présentateur de télévision Stephen Colbert à sa gauche. Et peu importe si lors de son émission de la veille, il ne s’était pas privé de plaisanter à propos de Valérie Trierweiler, l’ex- compagne du président français. Melania Trump a choisi une programmation musicale classique : deux sopranos de l’Opéra national de Washington ont interprété Les Chemins de l’Amour de Francis Poulenc, et le magnifique et envoûtant « Duo des fleurs » tiré de Lakmé, l’opéra de Léo Delibes qui raconte l’amour tragique d’un officier britannique pour une Indienne au temps de l’Empire britannique. Puis, les cordes de l’U.S Army et de l’Air Force ont pris des intonations gauloises pour jouer La Vie en rose. Sarkozy et Hollande se sont chargés eux-mêmes du show en alimentant les rumeurs sur leurs histoires d’amour respectives. Sarkozy n’était pas accompagné

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iscard d’Estaing arrived in Washington in style on the now defunct Concorde, itself the subject of objections by environmentalists, but there were no protests outside the state dinner. The supersonic plane began its regular service between Paris and the nation’s capital (three hours and 55 minutes) a few days later despite complaints about noise pollution, but it was short-lived.

At the Sarkozy dinner in 2007, Guy Wildenstein, patriarch of an art-dealing dynasty, and the restauranteur Guy Savoy were on the guest list. Xavier Guerrand-Hermès, then chairman of the famous Paris-based fashion house, was among the invitees when Giscard d’Estaing was entertained by Gerald Ford. The evening’s entertainment has over the years covered the gamut from jazz to opera. The Ford White House opted for the legendary jazz pianist Earl “Fatha” Hines. The Obamas favored pop celebrities like Beyonce. At the Hollande dinner, the president sat on Michelle Obama’s right, as protocol demanded, and the late-night television host Stephen Colbert was on her left. Never mind that in his previous night’s show he had made jokes about Valérie Trierweiler, the president’s recent ex romantic partner. Melania Trump opted for operatic entertainment, and two sopranos from the Washington National Opera performed Francis Poulenc’s Les Chemins de l’Amour, and the hauntingly beautiful “Flower Duet” from Lakmé, an opera by Léo Delibes about a British officer’s tragic love for an Indian woman in the time of the British Raj. Later, though, the U.S. Army and Air Force strings went Gallic with a rendition of La Vie en Rose. Sarkozy and Hollande provided their own entertainment in the form of gossip about their respective amours. Sarkozy was not accompanied to Washington


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à Washington de sa femme Cécilia Ciganer, car ils venaient de divorcer. Les Américains s’attendaient à ce que Hollande soit accompagné de sa compagne Valérie Trierweiler, mais le couple avait rompu quelques jours auparavant, obligeant la Maison Blanche à détruire des centaines d’invitations mentionnant le nom de Trierweiler.

by his wife Cécilia Ciganer because they had recently divorced. The Americans were expecting Hollande to be accompanied by his then partner Valérie Trierweiler, but the French couple broke off the relationship days before the visit, causing the White House to destroy hundreds of invitations which bore her name.

Et que peut-on dire du repas lui-même ? L’approche globale des chefs de la Maison Blanche est de résister à la tentation de servir des plats américains rustiques, et de proposer plutôt des menus classiques de grande qualité avec, ici et là, quelques touches locales.

And what can one say about the cuisine? The overall approach of White House chefs over the years has been to resist the temptation of offering folksy American dishes, and to prepare high-quality classic menus, with occasional local touches.

L’idée du paradis gastronomique selon Trump a la forme d’un cheeseburger baignant dans le ketchup, englouti à grand renfort de coca light. Mais au dîner en l’honneur des Macron, fut servi une tarte au fromage de chèvre, accompagnée d’une confiture de tomate en entrée. Vinrent ensuite des côtelettes d’agneau avec un jambalaya de riz doré de Caroline (un plat originaire de Louisiane, d’influence espagnole et française), puis une tarte aux nectarines, ainsi que de la glace à la crème. Le tout arrosé de vins californiens.

Trump’s idea of gastronomic heaven is a cheeseburger slathered in ketchup and washed down with Diet Coke. But the menu for the Macron dinner consisted of goat cheese gâteau, tomato jam, and biscuit, with to follow rack of Spring lamb with Jambalaya (a Louisianaorigin dish of both Spanish and French influence) and Carolina gold rice, and a dessert of nectarine tart with ice cream. The wines were Californian.

Entre les plats, on assista à un échange de politesses se terminant par des toasts proposés par les deux présidents. Au cours de cet exercice, quasiment tous les hôtes de la Maison Blanche ont invoqué le nom de La Fayette comme symbole de l’amitié franco-américaine, et Trump n’a pas dérogé à la règle. Rochambeau est aussi mentionné à l’occasion, y compris par le président Trump, qui a également cité Victor Hugo. Concernant leur relation personnelle, l’attitude de Macron sembla, disons, plus pragmatique. Lors de la préparation de la visite présidentielle, le Français s’était distancé des conversations « entre bons copains » proposées par Washington. Macron a d’ailleurs profité de ses interventions pour mettre en perspective son amitié avec Trump. Oui, a-t-il dit, « il y a beaucoup de commentaires sur notre amitié », mais cela sert un objectif plus large qui est de maintenir un dialogue bilatéral, et ce que Macron a qualifié de « statut d’universalité » – stabilité et valeurs universelles –, au service de « nos deux pays et du reste du monde ». « J’ai appris à vous connaître, vous avez appris à me connaître », a-t-il poursuivi en anglais. « Nous savons tous deux qu’aucun de nous ne change d’avis facilement. Mais nous allons travailler ensemble, et nous avons cette faculté de nous écouter mutuellement. » Cela sonnait encore moins amical en français. ■

Between courses comes an exchange of verbal genuflections ending with each leader proposing a toast to the other. Virtually every presidential host has invoked the name of Lafayette as a symbol of FrancoAmerican friendship, Trump included. Rochambeau also gets an occasional mention, as he did in the remarks by President Trump, who also quoted Victor Hugo. Macron’s response sounded more – well, pragmatic about the personal relationship. In the run-up of the presidential visit, the French had pushed back against the “best-buddy” talk coming out of Washington. And Macron used his remarks to put his friendship with Trump in perspective. Yes, he said, “many comment on our friendship,” but it serves a broader purpose of maintaining the bi-lateral dialogue, and what Macron called “the statute of universality” – stability and universal values, serving “both our countries and the rest of the world.” “I got to know you, you got to know me,” he went on. “We both know that neither of us easily changes his mind. But we will work together, and we have this ability to listen to one another.” It sounds even less chummy in French. ■

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ICONIC

L ’i m p r i m é

Vichy Print

By Guénola Pellen / Translated from French by Alexander Uff

Popularisé par Brigitte Bardot dans les années 1950, ce motif de coton à petits carreaux – surnommé « gingham » aux États-Unis – est de nouveau à la mode. Avant d’habiller les pin ups de Saint-Tropez, le vichy était surtout utilisé par les ménagères pour la décoration intérieure. Dans les années 1930, il se décline sous forme de serviettes de table, de torchons, de rideaux ou de nappes de pique-nique à damier rouge et blanc. Sensible à son charme champêtre, la marque Bonne Maman le choisira pour habiller le tissu d’emballage de ses pots de confiture de fruits, et la marque de saucissons Cochonou pour indiquer au consommateur l’origine « terroir » de cette charcuterie. 14

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First made popular by Brigitte Bardot during the 1950s, this checked cotton print – known as Gingham in the English-speaking world – has come back into fashion. Before adorning the pin-ups of Saint-Tropez, Gingham was mostly used as a decorative fabric by homemakers. During the 1930s, the iconic red-and-white checked pattern was splashed across table napkins, dish towels, curtains, and picnic blankets. Drawn to its rustic charm, French brand Bonne Maman adopted it as part of the packaging for its jars of preserves, while Cochonou used it to show consumers its saucissons and charcuterie were “locally produced.”


ICONIC

Aux États-Unis, les jeunes filles le portent en tablier ou en petit haut à manches ballons. Il faut attendre le film musical de Victor Fleming, Le Magicien d’Oz, pour découvrir sur grand écran, en 1939, la robe en vichy bleu et blanc de l’actrice Judy Garland – alors âgée de 16 ans – qui interprète le rôle de Dorothy. Le film récompensé aux Oscars propulse au rang de stars l’actrice et sa robe qui sera adjugée lors d’une vente aux enchères en 2015 pour 1,56 million de dollars !

LA MARIÉE ÉTAIT EN (ROSE ET) BLANC Le vichy se popularise dans l’habillement mais reste associé à la candeur féminine et aux traditions. Le changement s’amorce dans les années 1950 grâce à Brigitte Bardot. En 1959, la star à la réputation sulfureuse épouse l’acteur Jacques Charrier. Faisant fi des conventions et de la robe de mariée blanche de rigueur, elle s’affiche dans une robe vichy rose et blanc, surmontée d’un petit col Claudine en broderie anglaise, du couturier Jacques Esterel à l’allure étonnament sage. « J’ai dessiné une robe qui me rappelait des petites bergères du XVIIIe siècle », dira-t-il à propos de sa création. La robe dont le patron fut dévoilé dans un magazine, devient culte. À la même époque à Paris, Jules Ouaki, fondateur de l’enseigne Tati spécialisée dans le textile bon marché, choisit pour logo une pièce de Vichy rose et blanc. Emblématique de la marque, il s’affiche sur les cabas jusqu’en 2013.

In the United States, young women preferred to wear it as aprons or blouses with puff sleeves. But it was not until Victor Fleming’s 1939 musical film The Wizard of Oz that the U.S. public discovered the blue-and-white version on the silver screen, sported by a 16-year-old Judy Garland in the role of Dorothy. The Oscar-winning movie saw the actress shoot to fame – along with her dress, which was sold at auction in 2015 for 1.56 million dollars!

THE BRIDE WORE PINK AND WHITE Gingham continued to forge its reputation within the fashion world, although it remained associated with feminine innocence and tradition. This image began to change in the 1950s thanks to Brigitte Bardot, when the notorious star married actor Jacques Charrier in 1959. Flouting the conventions of brides wed in white dresses, she instead opted for a surprisingly sensible pink-and-white checked Gingham dress with a small Claudine collar with English embroidery by designer Jacques Esterel. “I designed a dress that reminded me of the little shepherdesses of the 18th century,” he said of his creation. The template was later revealed in a magazine, and the dress became an iconic piece. Around the same time in Paris, Jules Ouaki, founder of the Tati brand specialized in inexpensive textiles, chose a pink-and-white Vichy pattern for his company’s logo. In its role as the brand’s emblem, it was used to decorate shopping baskets up until 2013.

LES HOMMES AUSSI !

GINGHAM FOR HIM!

Le carreau vichy est souvent associé au vestiaire féminin. À tort, car ce motif peut très bien habiller les hommes. Bien avant les années 1960, l’époque victorienne consacra le carreau dont l’existence s’avère très ancienne. Dès le Moyen-Âge, la vallée dite du lin, le long du fleuve Trieux, en Bretagne, était déjà grande productrice d’une toile solide carroyée, appelée toile de Guingamp. Les Anglais en achetaient en quantité. L’étymologie du terme gingham exprime cette origine. Mais alors, pourquoi l’appelle-t-on Vichy en France ? Ce terme trouverait son origine au XIXe siècle. L’industrie textile de Vichy, dans l’Allier, est

Gingham is still often associated with women’s fashion, although it goes just as well with menswear. Long before the 1960s, the pattern took the Victorian age by storm, and the checks appear to be even older than that. As far back as the Middle Ages, the so-called “Linen Valley” along the Trieux River in Brittany was already a major production site for a robust, checked fabric known as “Guingamp.” The English purchased it in enormous quantities, which explains the etymology of the term “Gingham.” But why is it known as Vichy in France? The origins of the term actually date back to the 19th century when the textile industry in the town of Vichy was renowned

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alors réputée pour sa qualité et ses tissus à carreaux. Après une visite de Napoléon III à la filature locale des Grivats en 1863, les « élégantes » de la cité thermale auraient lancé la mode, en France et à l’étranger. C’est à cette époque que la toile prend son nom : il fallait être vu en « Vichy ».

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ujourd’hui, le tissu est surtout produit... en Chine. On le retrouve en Amérique dans les tenues « rockabilly » des années 1950. Les dimensions des carreaux varient, mais sont fréquemment de 8 à 15 mm. Les carreaux des chemises « country », généralement plus larges, ne sont donc pas considérés comme du Vichy. Plébiscité par de nombreux couturiers, au rang desquels Christian Dior, Hubert de Givenchy ou encore Jacques Fath, le motif est aussi vecteur de sophistication et de modernité. Au début des années 1990, alors que les journalistes lui reprochent de faire une mode trop élitiste, le styliste Azzedine Alaïa va prouver son avantgardisme en collaborant avec l’enseigne Tati le temps d’une collection spéciale Vichy. Cette année, on retrouve la célèbre cotonnade partout, surtout dans des coloris classiques : tons bleus et blancs pour les chemises et robes Claudie Pierlot, ou noirs et blancs pour les maillots de bain chez J. Crew et pour les ballerines Repetto (déjà en rupture de stock). On délaissera les versions rouges et blancs qui siéent généralement mieux aux nappes de tables. ■

for the quality of its fabrics and checked patterns. Following a visit from Napoleon III to a nearby spinning mill in Les Grivats in 1863, the fashionable women living in the spa town launched the trend in France and abroad. It was around this time the fabric adopted its current name, as anyone who was anyone had to be seen in “Vichy.”

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he fabric is now mainly produced in China, and found in the U.S.A. in clothing inspired by the rockabilly era of the 1950s. The dimensions of the checks vary, but are usually between 8mm and 15mm. Those used to make country shirts are generally wider, and therefore not technically considered to be Gingham. Championed by many designers including Christian Dior, Hubert de Givenchy, and Jacques Fath, the motif also represents sophistication and modernity. In the early 1990s when journalists criticized him for creating overly elitist fashion, designer Azzedine Alaïa proved his capacity for the avant-garde in a collaboration with Tati to create a special Gingham-inspired collection. This year is set to see the renowned cotton fabric pop up all over the place, especially in classic colors. Dresses and shirts by Claudie Pierlot will boast blue and white tones, while J. Crew swimwear and ballet pumps by Repetto (which are already sold out) will feature black and white. As for the red-and-white pattern, it’s generally best left to tablecloths. ■

Brigitte Bardot en jupe Vichy bordée de broderie anglaise aux côtés de Serge Gainsbourg dans le film Voulez-vous danser avec moi ? de Michel Boisrond (1959). Brigitte Bardot wearing a Vichy-print skirt with English embroidery alongside Serge Gainsbourg in Michel Boisrond’s 1959 movie Come Dance with Me. 16

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La dragee de Verdun

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By Jean-Luc Toula-Breysse / Translated from French by Alexander Uff

Cette confiserie, généralement une amande enrobée de sucre, est reconnaissable à sa forme ovale et oblongue. Lisse comme une porcelaine, ce produit a pour berceau Verdun, lieu de mémoire de la Grande guerre. This candy generally takes the form of a sugar-coated almond distinguished by its oval, oblong shape. Its texture is as smooth as porcelain, and it was first invented in Verdun, a major World War I memorial site.

ière de sa tradition de confiseur, cette commune de l’Est de la France tient la dragée haute aux autres villes grâce à la dernière et seule fabrique artisanale encore en activité ! Fille de Lorraine, la dragée était déjà appréciée dans la Rome antique. Deux siècles avant notre ère, un dénommé Julius Dragatus, cuisinier des Fabius, une grande famille romaine, aurait par inadvertance laissé tomber une amande dans du miel. Un bonbon est né. Il sera longtemps proposé à la fin des repas pour ses (soidisant) vertus digestives.

he town in Eastern France is proud of its confectioners’ traditions, and undeniably holds dragées in higher esteem than anyone else. After all, Verdun is home to the only functioning artisanal factory still in existence! The dragée first shot to popularity in the Lorraine region, and was enjoyed as far back as Ancient Rome. In the second century B.C., a certain Julius Dragatus, who worked as a chef for the powerful Fabius family in Rome, is said to have inadvertently dropped an almond into some honey. And so the candy was born! The accidental confection was long served after meals for its (supposed) digestive virtues.

Les archives de la ville de Verdun attestent la fabrication de dragées dès 1200. Sur les berges de la Meuse, elles sont confectionnées au sein d’officines et séduisent princes et ecclésiastiques gourmands. Il faut dire que depuis la Renaissance, les magistrats de la ville offrent aux nobles visiteurs, qu’ils soient seigneurs ou hommes d’État, un drageoir (coupe, généralement en cristal, servant à présenter des dragées) frappé des armes de Verdun. Les rois Henri III et Henri IV reçurent ces douceurs en guise de considération. Sur décision du parlement de Metz, il est décrété que seuls les apothicaires de Verdun peuvent fabriquer des dragées. Ambassadeur du bon goût, la famille des Médicis, à l’exemple de Catherine, font saliver les palais des grandes cours européennes en leur faisant présent de cette friandise royale.

The archives of the town of Verdun prove that dragées were produced there as early as the year 1200. The candies were made in apothecaries, and were a particular hit with gourmet princes and members of the clergy. What’s more, during the Renaissance, the town’s magistrates would gift prestigious visitors such as lords and politicians with a drageoir (a cup generally crafted in crystal and used to serve dragées) embossed with the Verdun coat of arms. French kings Henri III and Henri IV both received gifts of these sweet treats, for example. As the confections grew in popularity, a motion was passed by the parliament of Metz to decree that the apothecaries of Verdun were the only ones authorized to produce them. In their roles as ambassadors of good taste, members of the Medici family – including Catherine – made mouths water in Europe’s finest courts with this royal delicacy.

La dragée tient aussi une place de choix dans les bonbonnières. Offerte à l’occasion d’un baptême, d’une communion ou d’un mariage, elle accompagne dans la religion chrétienne les sacrements qui marquent

Away from the court, dragées were also very popular in candy stores. Presented as gifts for christenings, communions, and weddings, they accompanied the Christian sacraments that marked the

© Magasin Poubeau-Sodichef - www.boutique-poubeau.fr

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les grands moments de l’existence. En son cœur, l’amande symbolise l’abondance et la fertilité, mais aussi l’amour éternel, à l’image de Jésus Christ dont la nature divine est invisible.

major events of people’s lives. The almond actually symbolizes abundance and fertility, but also eternal love as represented by Jesus Christ, whose divine nature is invisible.

Depuis 1783, la maison Braquier confectionne cette spécialité de Verdun. Une sélection d’amandes de bel aspect et de forme plate, sont triées à la main avant d’être recouvertes de sirop de sucre, aromatisé ou non, coloré ou pas. La dragée est prête à être croquée ! L’entreprise verdunoise propose régulièrement de nouvelles variétés et décline les dragées à la noisette, au chocolat, à la nougatine, à la liqueur, à la pâte d’amandes ou aux pâtes de fruits. Elle propose aussi d’autres confiseries comme la « dragée géante » bleue, blanche et rouge, en hommage au drapeau tricolore. Une création imaginée au lendemain des sanglantes batailles de la Première Guerre mondiale. Pour tout connaître de l’histoire de la dragée et être initié aux procédés de fabrication, il suffit de visiter les ateliers ! ■

An artisanal company by the name of Braquier has been making this Verdun specialty since 1783. A selection of beautiful, flat almonds are hand-picked and sorted before being coated in a sugar syrup, which can be flavored, colored, or just plain. And with that, the dragée is ready to be eaten! The Verdun company regularly offers up new varieties, and has created dragées with hazelnut, chocolate, nougatine, liqueur, marzipan, and fruit. The business also boasts a number of other versions of the iconic candy, such as the “Giant Dragée” featured in the blue, white, and red colors of the French flag. This particular interpretation was dreamed up following the bloody battles of World War I. Those looking to discover more about the dragées’ history and how they are made should take a trip to the factory in Verdun! ■

DRAGEES BRAQUIER Les ateliers / The factory Usine du Coulmier 50 rue du Fort-de-Vaux 55100 Verdun Tel.: +33 (0)3 29 84 30 00

La boutique du centre ville / The store in the town center 3 rue Pasteur 55100 Verdun Tel.: +33 (0)3 29 86 05 02 www.dragees-braquier.fr

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Front de mer du Larchmont Manor Park. The seafront at Manor Park, Larchmont. © Laurence Belotti 22

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LARCHMONT UN ÉDEN FRANÇAIS AUX PORTES DE NEW YORK A FRENCH PARADISE ON THE EDGE OF NEW YORK

By Juliette Démas / Translated from French by Alexander Uff À une demi-heure de train au nord de Manhattan, dans le Westchester, le petit village de Larchmont abrite depuis les années 1970 une communauté française aisée. Attirées par la présence d’écoles bilingues de qualité et par la douceur de vivre de cette banlieue chic, les familles de cette enclave francophone se renouvellent au gré des départs et des arrivées des expatriés.

The little village of Larchmont is located in Westchester County just a 30-minute train ride north of Manhattan, and has been home to a community of wealthy French people since the 1970s. Drawn in by the availability of high-quality dual-language schools and the relaxed lifestyle in this chic suburb, the population of this Francophone enclave is continuously renewed by the arrivals and departures of expats.

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Je connais un village où toutes les rues portent des noms d’arbres », écrivait le poète Phyllis McGinley à propos de Larchmont, en 1951. Soixante ans plus tard, ses vers sont toujours d’actualité. Située sur les rives du Long Island Sound, Larchmont est un coin de paradis de 6 118 âmes, où cinq cent Français se sont installés. Ces expatriés – des cadres et hauts diplômés –, sont pour la plupart des « détachés » d’entreprises françaises et travaillent à Manhattan aux sièges de banques (Société Générale, Crédit Agricole), pour l’entreprise agro-alimentaire Materne (groupe MOM) ou pour la branche américaine de L’Oréal. À White Plains et Mamaroneck dans le Westchester, Pernod Ricard, Danone et l’entreprise d’import Brands Within Reach constituent les principaux employeurs de ces Français.

UN PETIT COIN DE FRANCE AU BORD DE L’EAU Le centre de Larchmont s’étend sur trois kilomètres carrés à peine. Ses deux rues principales, Chatsworth Avenue et Larchmont Avenue, mènent de la gare à la côte. Les commerces et restaurants se concentrent sur quelques dizaines de mètres, jusqu’à la Boston Post Road, la U.S. Route 1 qui traverse les États-Unis du Nord au Sud. Cette route sépare le quartier du Village, qui date du début du XXe siècle et où se concentre l’enclave francophone, de celui du Manor, qui s’étend vers l’Est en direction de la plage. Les cottages victoriens et imposantes maisons de style Nouvelle-Angleterre ou Colonial de ce quartier cossu ont été construits entre 1880 et 1910, quand Larchmont était encore un lieu de villégiature pour New-Yorkais aisés. Le bord de mer de Larchmont, surmonté d’un kiosque, a des faux airs de littoral breton. « Vous comprenez pourquoi les Français viennent s’installer ici ? », sourit France Mellet Tucker, agent immobilier. « Lorsque mes parents sont arrivés ici en 1966, seules trois autres familles françaises habitaient la région. Petit à petit, la communauté s’est étoffée via le bouche à oreille et les réseaux d’expatriés ». Une Alliance Française, toujours en activité, s’est créée non loin de là, à White Plains. D’autres choisissent Rye, Scarsdale et New Rochelle toutes proches, autres pôles de la culture française du Westchester. Tous sont à la recherche d’un cadre de vie plus agréable qu’à Manhattan,

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I know a village where all the streets are named for trees,” wrote the poet Phyllis McGinley about Larchmont in 1951. And her words still ring true 60 years later. Nestled on the coast of Long Island Sound, Larchmont is a little slice of paradise home to 6,118 people, including some 500 French nationals. The expats are highly educated and in top-ranking jobs, and most are on foreign postings working in Manhattan at the headquarters of French banks (Société Générale, Crédit Agricole), the food company Materne (MOM group), or the American branch of L’Oréal. Others work in White Plains and Mamaroneck in Westchester, where Pernod Ricard, Danone, and the import company Brands Within Reach are the main employers of this French community.

A LITTLE PIECE OF FRANCE ON THE WATERFRONT The center of Larchmont spans just 1.1 square miles. Its two main streets, Chatsworth Avenue and Larchmont Avenue, run from the train station to the coast. Its stores and restaurants are huddled together across a stretch of a few dozen meters up to the Boston Post Road – the U.S. Route 1 that crosses the United States from north to south. This road separates the Village neighborhood – founded in the early 20th century and where most of the French people live – from the Manor neighborhood, which leads up to the east towards the beach. The Victorian cottages and imposing New England and Colonial houses in this well-heeled area were originally built between 1880 and 1910 when Larchmont was still a holiday destination for well-off New Yorkers. The Larchmont waterfront features an elevated pavilion and is somewhat reminiscent of the coast of Brittany. “Now do you understand why the French move here?” says France Mellet Tucker, a realtor and Larchmont local. “When my parents arrived here in 1966, there were only three other French families in the region. Slowly but surely, the community grew thanks to word-of-mouth and the expat network.” A branch of the Alliance Française, which is still going today, was opened in the neighboring town of White Plains. Others opt for the nearby Rye, Scarsdale, and New Rochelle, three other French culture hubs in Westchester. Everyone who moves here is looking for a better quality of life than in Manhattan, a bit


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Les grandes maisons du quartier résidentiel du Manor, construites à la fin du XIXe siècle, se vendent à plusieurs millions de dollars. Les expatriés qui s’installent à Larchmont pour quelques années seulement préfèrent louer dans le quartier du Village. The large houses in the residential Manor neighborhood were built in the late 19th century, and now sell for several million dollars. Expats who move to Larchmont for just a few years prefer to rent property in the Village neighborhood. © Laurence Belotti JUNE 2018 FRANCE-AMÉRIQUE

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d’un peu de calme et d’un jardin pour leurs enfants.

of peace and quiet, and a garden for their children.

« L’histoire de l’immobilier à Larchmont reflète celle de l’arrivée des Français », explique France Mellet Tucker. Les expatriés s’installent dans le Village, où les loyers sont plus abordables, pour des séjours de trois ou quatre ans. Âgés en moyenne d’une quarantaine d’années, ces Français n’en sont généralement pas à leur première expérience à l’étranger et bénéficient des avantages liés à l’expatriation : assurance, frais de scolarité, loyer… Attachés à leur culture française, ils souhaitent que leurs enfants, inscrits dans les clubs de soccer ou au judo, poursuivent une scolarité française.

“The history of real estate in Larchmont mirrors that of the arrival of the French,” says France Mellet Tucker. The expats moved into the Village where rents were more affordable, and stayed for three or four years each. The members of this upper-middle-class population are aged around 40 on average, have generally lived abroad before, and enjoy the advantages that come with the expat life such as their employers paying for insurance, school fees, and rent. They are also attached to their French culture and want their children to continue their education in French while enjoying afterschool activities such as soccer or judo.

UNE ÉDUCATION BILINGUE ET BICULTURELLE

BILINGUAL, BICULTURAL SCHOOLING

En 1980, deux professeures du Lycée Français de New York, une Américaine et une Française, décident de quitter Manhattan pour créer la French-American School of New York (FASNY). La première année, 17 élèves intègrent les petites classes, dans des locaux loués à l’église Sainte-Augustine. Dans une salle attenante, le Westchester Accueil reçoit les nouveaux arrivants pour leur prodiguer des conseils, les orienter vers les médecins français et leur proposer des visites de New York en français.

Two teachers from the Lycée Français de New York decided to leave Manhattan and open the FrenchAmerican School of New York (FASNY) in 1980. The first year saw 17 students enrolled in small classes in a building rented from the Church of St. Augustine. And in an adjoining room, the Westchester Accueil association meets new arrivals to provide advice, direct them to French doctors, and offer Frenchlanguage tours of New York.

La présence de cette école bilingue agréée par le ministère de l’Éducation nationale français et par l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Étranger, explique à elle seule l’attractivité de ce coin du Westchester. Sept cent quatre-vingt étudiants – de la petite section à la terminale – bénéficient d’un enseignement biculturel dans l’un de ses quatre campus : la maternelle est à Scarsdale, la primaire à Larchmont, le collège et lycée à Mamaroneck. Ils préparent le diplôme du bac français ou le bac option internationale1, sésame pour intégrer par la suite les meilleures universités américaines, canadiennes et européennes, à condition de pouvoir régler les frais de scolarité qui peuvent s’élever jusqu’à 33 000 dollars par an (parfois à la charge des entreprises françaises).

The presence of this dual-language school approved by the French Ministry for National Education and the Agency for French Education Abroad is one of many reasons this part of Westchester is so appealing. Some 780 students – from first year of kindergarten to senior year – now enjoy a bicultural education across the school’s four campuses. The kindergarten is in Scarsdale, the elementary school is in Larchmont, and the middle and high schools are in Mamaroneck. Students study for either the French or International Option baccalaureates, a golden ticket for those looking to attend the best American, Canadian, or European universities. This does however require having the means to pay the school fees, which can be as high as 33,000 dollars per year and are often taken care of by French companies.

1 L’OIB, ou bac option internationale est une mention délivrée aux élèves étrangers d’un Lycée Français, ou aux élèves francophones possédant un niveau élevé dans une seconde langue.

The International Option Baccalaureate (OIB in French) is a diploma granted to foreign students graduating from a French high school and to Francophone students with high proficiency in a second language.

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Au Lycée Franco-Américain de New York, la moitié des élèves sont des enfants d’expatriés francophones. Half the students at the French-American School of New York are the children of expats. © Fasny

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ujourd’hui, la FASNY est une institution. Un bureau de vote est installé entre les murs de son établissement de Mamaroneck à chaque élection, présidentielle ou législative, et accueille les Français du Westchester qui votent traditionnellement plus à droite que les autres habitants de l’État de New York. En 2012 Nicolas Sarkozy l’avait emporté haut la main avec près de 50% des voix au premier tour. Mais l’an dernier, comme presque partout aux États-Unis, ils ont surtout voté pour Emmanuel Macron (à près de 48%), contre 35% pour François Fillon. Face à la demande, les écoles publiques des environs proposent aussi des cours de français. Les parents souhaitant une éducation religieuse pour leurs enfants se tournent vers la Saints John and Paul School, où un enseignement en français existe depuis 2010. Le programme, créé à la demande des familles, est intégré au cursus américain. Il permet aux élèves de réintégrer le système français par la suite. Cinq fois par semaine, les francophones étudient en petits groupes dans des salles de classe où les romans de la collection Bibliothèque Rose s’alignent sur les étagères aux côtés des magazines J’aime lire.

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he FASNY has now become an institution. A polling place is set up at the establishment in Mamaroneck to welcome French voters in Westchester for every French presidential and legislative election. This population generally opts more for the right-wing candidates than the rest of the inhabitants of New York State. In 2012, Nicolas Sarkozy won hands down with almost 50% of the votes after the first round. Last year, however, and in keeping with almost every French community in the U.S.A., they mainly voted for Emmanuel Macron (almost 48%) compared to 35% for right-wing contender François Fillon. Faced with growing demand, public schools in the surrounding areas are now also offering French classes. Parents looking for a religious education for their children turn to the Saints John and Paul School, which has offered a French-language program since 2010. Created on the request of local families, it has now been integrated into the American curriculum and enables students to rejoin the French system after they leave. Francophone students study in small groups five times a week in classrooms where novels from the Bibliothèque Rose collection are featured alongside editions of J’aime Lire magazine.

UN ENTRE SOI FRANÇAIS DYNAMIQUE

A DYNAMIC, CLOSE-KNIT FRENCH COMMUNITY

Les conjoints d’expatriés qui ne travaillent pas – parce que les visas de travail de leur époux ne le leur permet pas, parce que le rythme scolaire américain et les trajets en voiture de la maison à l’école sont incompatibles avec un emploi de bureau, ou par choix – s’impliquent dans la vie locale. Certains sont bénévoles, d’autres créent leurs propres projets. La Music School of Westchester a été fondée par Dominique Rivière, ancienne économiste à la Chambre de Commerce Internationale à Paris et pilier de la communauté française de Larchmont. Les French Movies Nights, projections mensuelles de films francophones au théâtre de Mamaroneck, sont une initiative Carina de Naurois, une autre Française très impliquée dans la vie du groupe.

Contributing to the local community is common for expats’ spouses who do not work – whether because their partners’ work visas do not allow for it, because the rhythm of U.S. schooling and taking their children to school is incompatible with an office job, or simply out of choice. Some volunteer while others launch their own projects. The Music School of Westchester was founded by Dominique Rivière, a former economist at the International Chamber of Commerce in Paris and a pillar of the Larchmont French community. In another artistic field, the French Movies Nights offer monthly screenings of Francophone films at the theatre in Mamaroneck – an initiative started by Carina de Naurois, another highly devoted French member of the community.

Autour de la FASNY aussi gravitent les volontaires qui préparent ensemble les fêtes annuelles comme Halloween, la traditionnelle Galette des rois et le gala de l’école. Pour certains d’entre eux, la langue demeure une barrière. « Le réseau français est si étendu qu’ils ne ressentent pas le besoin de se mélanger aux Américains », explique Charlotte Thivaios, bénévole du Westchester Accueil. Les expatriés en séjour court tendent

There are also volunteers working in and around the FASNY, preparing annual events such as Halloween, the traditional King Cake celebration as part of Epiphany, and the school gala. However, the language barrier remains a problem for some. “The French network is so vast that many don’t feel the need to mix with Americans,” says Charlotte Thivaios, a volunteer for Westchester Accueil. Expats on short-term postings tend to create a closed circle

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La communauté catholique française du Westchester se retrouve à la paroisse Saints John and Paul, où la messe est célébrée en français une fois par mois. Son école privée accueille 75 jeunes francophones. The French Catholic community of Westchester gathers at the Saints John and Paul Church where mass is given in French once a month. The church’s private school is attended by 75 young Francophones. © Caitie McCabe

à former un cercle fermé, tourné vers l’actualité et la politique françaises plutôt que locale. « Les premières générations de Français installés depuis plusieurs décennies et les parents ayant scolarisé leurs enfants dans le système public s’adaptent plus facilement à la vie américaine et s’intègrent mieux. »

of friends and are more interested in French news and politics than local life. “The first generations of French people who have lived here for decades and parents who enrolled their children in U.S. public schools adapt more easily to American life and are more integrated,” she says.

Un lieu rassemble pourtant les expatriés à court terme et les résidents de longue date : l’église. En quelques années, Saints John and Paul s’est imposée comme la paroisse de référence pour tous les catholiques français du Westchester. Trois prêtres francophones de la Communauté de l’Emmanuel y officient. Une fois par mois, la messe est célébrée en français et les enfants peuvent y suivre des cours de catéchisme dans leur langue natale. Les groupes de prière et les célébrations, elles, rassemblent Français et Américains.

Despite this attitude, church is one place that unites both temporary and longstanding expats. In just a few years, Saints John and Paul Church has established itself as the go-to place of worship for all French Catholics in Westchester, staffed by three Francophone priests from the Emmanuel Community association. Mass is given in French once a month, and Francophone children can take bible study classes in their native language. Prayer groups and celebrations, on the other hand, draw in both French expats and Americans.

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D’après le Révérend Thomas Petrillo, cette mixité s’est faite spontanément. « Ce diocèse est l’un des endroits de Larchmont où Français et Américains se rencontrent et échangent sur une base régulière ».

According to Reverend Petrillo, this mingling developed spontaneously. “The diocese is one of the places in Larchmont where French and American people meet each other and get together on a regular basis,” he says.

Un groupe de scouts français s’est même organisé en 2014, en marge de la Saints John and Paul Church. Une vingtaine de parents volontaires orchestrent les activités de 150 enfants, acceptés dès l’âge de sept ans. Certains adolescents viennent de Manhattan pour participer aux activités ; d’autres vivent dans le Westchester. L’été, ils partent ensemble camper en France pendant que les parents travaillent aux ÉtatsUnis.

A group of French scouts was even set up alongside the Saints John and Paul Church in 2014. Some 20 parents volunteer to organize activities for 150 children from the age of seven. Some of the attending teenagers come from Manhattan to take part, while others live in Westchester. And in the summer, they travel to France for a camping vacation while their parents stay in the United States for work.

GRENADINE, CHOCOS BN ET RICORÉ Les commerçants du coin ont su tirer profit de la présence de cette communauté française jeune et aisée. La nostalgie aidant, les expatriés sont prêts à payer un paquet de Carambars ou du Petit Marseillais au double du tarif. Les produits de grande distribution française s’y vendent à prix d’or.

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GRENADINE, BN BISCUITS, AND RICORÉ Local business owners have managed to turn the presence of this young, wealthy, French community to their advantage. Helped by a healthy dose of nostalgia, expats are prepared to pay double the price for a packet of Carambar candy bars or Petit Marseillais beauty products, while French retail products sell for a small fortune.

Sur Larchmont Avenue, Gisèle Coiffure fait face à Auray Gourmet, traiteur et boutique de fromages dirigée par l’Américaine Carolynn Dilworth. Le mercredi aprèsmidi, à l’heure du goûter, les familles s’installent sur ses chaises en rotin pour déguster des crêpes. « Des clients viennent de Manhattan pour passer la journée en bord de mer et faire le plein de raclette et de charcuterie française. » Un peu plus haut dans la rue, La Parisienne vend ses pains au chocolat, quiches et macarons à côté des paquets de TUCS, bouteilles de sirop de grenadine Teisseire et autres boîtes de Ricoré.

On Larchmont Avenue, the Gisèle Coiffure hair salon is located opposite Auray Gourmet, a delicatessen and cheese shop headed up by American Carolynn Dilworth. On Wednesday afternoons for the after-school snack, families get comfortable on the wicker seats and enjoy a selection of crêpes. “Customers come all the way from Manhattan to spend the day by the sea and indulge in raclette and French charcuterie,” she says. A little further up the street, La Parisienne sells pain au chocolat, quiches, and macarons alongside packets of TUC crackers, bottles of Teisseire grenadine syrup, and boxes of Ricoré chicory coffee.

À Larchmont, les Américains aussi se mettent à l’heure française. Le salon de thé Bradley’s Dessert propose des sandwiches de baguette fraîche, des salades de chèvre et des croissants au beurre. Chez Encore Bistro, tenu par un Lyonnais, les escargots et os à moelle font partie des best-sellers. Fut un temps, on jouait aux billes dans la cour de la FASNY.

Even the Americans are trying out French living in Larchmont. The Bradley’s Dessert tea room serves French baguette sandwiches, goat cheese salads, and full-butter croissants. At Encore Bistro, managed by a Lyon native, snails and marrowbone are two of the bestselling dishes. And there was a time when people could be spotted playing marbles in the FASNY schoolyard.

La communauté ne fonctionne pas uniquement en vase clos. Dans cette partie du Westchester où chacun a déjà voyagé en Europe, elle se renouvelle au gré des nouvelles affectations professionnelles. ■

The community does not just function in a vacuum. In this part of Westchester, where everyone has already traveled to Europe, the population is renewed thanks to new arrivals and postings to other professional horizons. ■

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Carnet d’ adresses Adress book S’Y RENDRE En train, depuis New York, prendre le Metro-North Railroad à Grand Central en direction de Stamford et descendre à la gare de Larchmont (une demiheure).

HOW TO GET THERE By train. From New York, take the MetroNorth Railroad from Grand Central in the direction of Stamford and get off at Larchmont station (30 minutes).

SE RESTAURER Le traiteur Auray Gourmet (144 Larchmont Ave) vend des fromages à la coupe et propose des formules de restauration sur place le midi et le soir : sandwiches, crêpes, omelettes... La pâtisserie La Parisienne (2116, Boston Post Rd) vend des pains, des quiches et des gâteaux français. Une sélection de produits de grande distribution française (sirop Teisseire, chocos BN, purée Mousline) est en vente dans ces deux boutiques.

Le restaurant français Encore Bistro (22 Chatsworth Ave) offre tous les classiques de la gastronomie française. Et Chez Estelle Gourmet (1971 Palmer Ave), on peut prendre des cours de cuisine avec la cheffe Estelle Lebbrecht.

PLACES TO EAT The Auray Gourmet delicatessen (144 Larchmont Ave) sells cheeses by weight and offers eat-in lunch and dinner menus featuring sandwiches, crêpes, omelets, and more. The La Parisienne patisserie (2116, Boston Post Rd) sells French bread, quiches, and cakes. Both stores also have a selection of French retail products such as Teisseire syrups, BN biscuits, and Mousline mashed potatoes. The French restaurant Encore Bistro (22 Chatsworth Ave) serves up classic dishes from the French culinary canon. And Estelle Gourmet (1971 Palmer Ave) provides cooking classes with chef Estelle Lebbrecht.

ÉTUDIER À Larchmont, le Lycée Franco-Américain de New York / FASNY (11 Larchmont Ave) accueille les classes de primaire. La Saints John and Paul School (280 Weaver St) dispense un enseignement religieux et des cours de français. L’Alliance Française installée à White Plains offre également des cours de français et propose une programmation culturelle : book club, cours de cuisine française, groupes de conversations, etc.(31 Mamaroneck Ave # 600).

SCHOOLING OPTIONS In Larchmont, the French-American School of New York (FASNY) (11 Larchmont Ave) welcomes elementary school students. The Saints John and Paul School (280 Weaver St) offers religious education and French classes. And the Alliance Française in White Plains also provides French classes, as well as a cultural program including a book club, French cooking classes, and conversation groups (31 Mamaroneck Ave # 600).

LES RENDEZ-VOUS - MEETING PEOPLE • L’association Westchester Accueil (www.westchesteraccueil.org) oriente les nouveaux arrivants français en leur prodiguant conseils pour bien s’intégrer. Elle est représentée par des hôtesses réparties dans les différentes villes de la région. The Westchester Accueil association (www.westchesteraccueil.org) guides French newcomers by giving advice on how to integrate. This work is carried out by local advisers posted in the region’s different towns.

• Les scouts français de Larchmont (280 Weaver St, Larchmont, NY 10538 et sjpscouts@gmail.com) accueillent les enfants francophones dès 7 ans pour des activités de plein air.

• Une fois par mois, à l’occasion des French Movies Nights, un film en français est diffusé à l’Emelin Theatre de Mamaroneck (3609, 153 Library Ln).

The Scouts Français de Larchmont (280 Weaver St, Larchmont, NY 10538, and sjpscouts@gmail.com) welcomes Francophone children from seven and up for open-air activities.

Once a month as part of French Movies Nights, a Francophone film is screened at the Emelin Theatre in Mamaroneck (3609, 153 Library Ln).

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© La Nuit en Rosé


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LE ROSÉ À LA CONQUÊTE DE L’AMÉRIQUE

ROSÉ WINE FINDS FAME AND FORTUNE IN THE UNITED STATES

By Clément Thiery / Translated from French by Alexander Uff Les ventes de rosé ont bondi de 53% l’an dernier aux États-Unis. Une progression record qui s’explique par la culture grandissante du vin en Amérique du Nord et par un marketing agressif de la part des producteurs du Sud de la France. Sales of rosé wine shot up 53% in the United States last year. The reasons for this record growth can be found in the booming wine culture in North America and the aggressive marketing strategies employed by winegrowers from Southern France.

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Le rosé ne représente que 5% du marché du vin aux États-Unis, mais il affiche le taux de croissance le plus important : les ventes ont augmenté de 53% entre 2016 et 2017. Les prévisions sont encourageantes pour l’année 2018. Le rosé est la boisson estivale par excellence ; le deuxième samedi de juin a été décrété National Rosé Day par les marchands américains. Dans la région de New York et parmi les jeunes consommateurs, le « pink wine » commence même à concurrencer les champagnes et vins mousseux.

Rosé only counts for 5% of the wine market in the U.S.A. but is currently enjoying the highest growth rate. Sales went up 53% between 2016 and 2017, and the 2018 forecasts are already encouraging. Rosé is a summer drink par excellence, and the second Saturday in June was even named National Rosé Day by American marketers. In the New York region, and particularly among younger consumers, this “pink wine” is even starting to compete with champagnes and sparkling wines.

e rosé, il est vrai, n’a pas toujours eu bonne réputation. Longtemps, le rosé de référence aux États-Unis a été le White Zinfandel de la maison Sutter Home, un vin californien couleur grenadine, sucré et sirupeux. Une boisson bon marché popularisé par la comédie romantique Pretty in Pink. Tout sauf chic. « Bien des Américains pensent que le rosé est un vin bas de gamme », témoigne l’œnologue francoaméricain Paul Chevalier. Ancien employé de VeuveClicquot, il est maintenant en charge de la promotion du domaine provençal Château d’Esclans aux ÉtatsUnis. « J’essaye d’éduquer les consommateurs : j’attire leur attention sur la teinte – rose pâle – puis sur le goût – sec et fruité. »

CONVERTIR LES AMÉRICAINS AU ROSÉ PROVENÇAL Une bouteille de rosé sur cinq aux États-Unis porte l’étiquette de Château d’Esclans, à 30 kilomètres au nord de Saint-Tropez. La popularité du millésime Whispering Angel – le best-seller de ce domaine et le vin français le plus vendu aux États-Unis en 2016 – est à l’origine de l’engouement des Américains pour le rosé. Aucun vin français n’a été aussi populaire en Amérique du Nord depuis le beaujolais nouveau de Georges Dubœuf dans les années 1980. En 2007, Château d’Esclans a vendu 6 000 bouteilles aux États-Unis. Son objectif ? Cinq millions cette année. Pour convertir les Américains au rosé provençal, le représentant de Château d’Esclans passe son temps sur la route. La marque, qui exporte 60% de sa production aux États-Unis, a sponsorisé 458 évènements en 2017 : l’U.S. Open de tennis, le

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t has to be said that rosé wine has not always had the best reputation. The go-to rosé in the United States was long White Zinfandel by Sutter Home, a grenadine-colored, sweet, syrupy tipple from California. This cheap wine was made popular by the rom-com Pretty in Pink and is hardly the last word in chic. “Many Americans see rosé as a substandard wine,” says Franco-American oenologist Paul Chevalier. After working for VeuveClicquot, he is now head of promotion in the United States for the Provençal wine estate Château d’Esclans. “I am trying to educate consumers,” he says. “I draw their attention to the pale pink color followed by the taste, which should be dry and fruity.”

CONVERTING AMERICANS TO PROVENÇAL ROSÉ One in every five bottles of rosé in the United States bears the label of Château d’Esclans, whose winery is located some 20 miles north of Saint-Tropez. The Whispering Angel vintage – the vineyard’s most popular product and the best-selling French wine in America in 2016 – was the catalyst for American consumers’ first love of rosé. No other French wine has been as successful in North America since George Dubœuf’s Beaujolais Nouveau in the 1980s. Château d’Esclans sold 6,000 bottles in the United States in 2007 and is hoping the figure will be closer to five million this year. In an effort to convert Americans to Provençal rosé, the Château d’Esclans sales representative spends his time on the road. The brand exports 60% of its production to the United States and sponsored 458 events in 2017, including the U.S. Tennis Open, the Coachella


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Créé par un Français en 2016, le festival Pinknic réunit les amateurs de rosé sur Governors Island, à New York. Près de 16 000 personnes sont attendues cette année, le 30 juin et le 1er juillet. The Pinknic festival was founded by a Frenchman in 2016 and gathers rosé lovers on Governors Island in New York. Almost 16,000 people are expected to attend this year’s edition from June 30 through July 1. © Pinknic

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Bouteilles de rosé de type provençal du domaine Croteaux, fondé en 2003 sur la côte nord de Long Island. Bottles of “Provençal-style” rosé from Croteaux Vineyards, founded on the north coast of Long Island in 2003 © Michael Croteau

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festival Coachella, une régate à Nantucket, un salon nautique à Palm Beach et des soirées dans les stations d’altitude du Colorado. Son DJ officiel ? Une certaine Nicole Rosé.

festival, a regatta in Nantucket, a boating trade show in Palm Beach, and nights at the winter sports resorts of Colorado. Château d’Esclans even has its own official DJ, a certain Nicole Rosé.

L’essor du rosé passe aussi par des produits dérivés : bougies « Eau de rosé », casquettes brodées « Make America Rosé Again », matelas de piscine en forme de bouteille, sucettes glacées aromatisées. Ce marketing, pas toujours de très bon goût, a contribué à la popularité du rosé auprès des jeunes consommateurs, et notamment des femmes entre 28 et 33 ans. Selon le Français Pierrick Bouquet, qui organise deux évènements annuels sur le thème du rosé à New York – la croisière La Nuit en Rosé et le festival Pinknic –, le rosé est devenu le « champagne des millennials ».

The boom in rosé is also driven by derivative products such as “Eau de Rosé” candles, baseball caps proclaiming “Make America Rosé Again,” inflatable rafts shaped like bottles, and rosé-flavored popsicles. These (often quite tasteless) marketing techniques have contributed to the rise in the popularity of rosé among younger consumers, particularly women between the ages of 28 and 33. According to Frenchman Pierrick Bouquet, who organizes two annual rosé-themed events in New York – the La Nuit en Rosé river cruise and the Pinknic festival – rosé has become the “champagne of the millennials.”

DES ROSÉS MADE IN THE U.S.A.

ROSÉ WINES BORN IN THE U.S.A.

La moitié des bouteilles de rosé vendues aux ÉtatsUnis sont importées de France, mais un tiers sont produites sur place. Un pour cent des rosés servis lors de la première édition de La Nuit en Rosé en 2014 étaient américains ; cette année, dix pour cent seront produits aux États-Unis. « Les vins des régions Provence-Alpes-Côte d’Azur et Occitanie restent la référence », témoigne Pierrick Bouquet. « Mais certains rosés américains sont aujourd’hui de qualité égale aux vins français. »

Half of all bottles of rosé sold in the United States are imported from France, but another third of them are produced on American soil. And while just 1% of the rosé wines served for the first La Nuit en Rosé cruise in 2014 were American, this year the percentage has jumped to 10%. “Wines from the regions of ProvenceAlpes-Côte d’Azur and Occitanie are still the market leaders,” says Pierrick Bouquet. “But some U.S. rosés now offer the same quality as French wines.”

Pour conjurer l’image négative du White Zinfandel, les producteurs américains s’inspirent maintenant des techniques viticoles françaises. Michael Croteau, originaire du Vermont, produit du rosé à Southold sur la côte nord de Long Island. Les vignerons provençaux lui ont appris à sélectionner les cépages – il a fait venir de Californie des pieds de merlot, de cabernet franc et de sauvignon blanc – et à minimiser l’utilisation de sulfites : le rosé, qui doit être consommé dans l’année, nécessite moins d’agents conservateurs qu’un vin rouge. Le maître de chai de Croteaux Vineyards a également suivi une formation de trois semaines au Centre de recherche et d’expérimentation sur le vin rosé à Vidauban, dans le Var. « Nos rosés s’améliorent d’année en année », affirme Michael Croteau. « Nous produisons un rosé de type provençal, mais l’environnement marin de Long Island apporte au vin une tonalité minérale singulière. »

American producers are currently trying to remedy the negative image of White Zinfandel and are drawing inspiration from French winemaking techniques. Vermont-born Michael Croteau produces rosé in Southold on the north shore of Long Island. Provençal winegrowers taught him to select grape varieties – he had vine stocks of Merlot, Cabernet Franc, and Sauvignon Blanc brought from California – and to minimize the use of sulfites, as rosé should be consumed within the year and so requires fewer preservatives than red wine. The cellar master at Croteaux Vineyards also attended a three-week training course at the Center for Rosé Research in Vidauban in the Var département. “Our rosé wines are getting better with every year,” says Michael Croteau. “We produce a Provençal-style rosé but the marine environment of Long Island lends the wine its singular mineral notes.”

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LE SAVOIR-FAIRE PROVENÇAL EN CALIFORNIE

PROVENÇAL KNOW-HOW IN CALIFORNIA

Les producteurs américains recrutent aussi des œnologues et des maîtres de chais français. Julien Fayard, ancien employé de Château Lafite-Rothschild dans le Bordelais, est maintenant consultant dans la vallée de Napa. Il offre ses services à huit domaines. « Le nord de la Californie et la Provence sont proches », observe le Français qui a grandi à Toulon — sa famille possède le domaine Château Sainte-Marguerite, réputé pour son rosé. « Les sols de schiste et de granit sont comparables à ceux de la Provence ; les journées sont aussi chaudes, mais les nuits sont plus froides. »

Another initiative led by U.S. producers is the recruitment of French oenologists and winemakers. Julien Fayard, a former employee of Château LafiteRothschild in the Bordeaux region, now works as a consultant in Napa Valley where he offers his services to 8 wineries. “Northern California and Provence are similar regions,” says the French wine expert, who grew up in Toulon where his family owns the nearby Château Sainte-Marguerite, a wine estate renowned for its rosés. “The schist and granite soils are comparable to those found in Provence. The days are also just as hot, although the nights are colder in the U.S.A.”

Contrairement à une croyance populaire, le rosé n’est pas une mélange de vin rouge et de vin blanc ! C’est la peau rouge du raisin qui donne sa couleur au jus, vert pale au moment de son extraction. Certains cépages macèrent pendant deux heures ; d’autres jusqu’à vingt-quatre heures. Plus le processus est long, plus le vin est foncé et sucré. « Il faut aller vite entre le ramassage et le pressage et être précis dans les manipulations », explique Julien Fayard. « Cela a pris du temps pour enseigner cette méthode aux producteurs californiens. »

Contrary to popular belief, rosé is not in fact a mix of red and white wines! It actually gets its color from the skins of red grapes, and the juice obtained is pale green after extraction. Some grape varieties macerate for two hours, while others take up to 24 hours. The longer the process, the darker and sweeter the wine will be. “There is no time to waste between the harvest and the pressing, and each movement has to be very precise,” says Julien Fayard. “It took quite a long time to teach the Californian producers this method.”

Le Français est satisfait du résultat. Il commercialise depuis 2007 un « rosé américain d’inspiration provençale » obtenu à partir de syrah et de grenache, deux cépages du sud de la France. Quarante-deux mille bouteilles d’Azur Rosé seront vendues cette année en Californie, dans l’Oregon, en Floride, dans le Missouri et au Texas. « Le terroir d’Azur Rosé est californien, mais notre savoir-faire est français. »

Despite the time invested, the Frenchman is pleased with the result. He has been producing and selling a “Provençal-inspired American rosé,” made using Syrah and Grenache grapes, two varieties from Southern France, since 2007. Some 42,000 bottles of Azur Rosé will be sold this year in California, Oregon, Florida, Missouri, and Texas. “The Azur Rosé terroir is Californian, but our know-how is French,” he says.

LE ROSÉ AMÉRICAIN, MENACE POUR LES VINS FRANÇAIS ?

IS AMERICAN ROSÉ A THREAT TO FRENCH WINES?

Le rosé de Californie ou de l’État de New York gagne en qualité, mais il est loin de concurrencer les cuvées françaises. Les cépages plantés aux ÉtatsUnis — mourvèdre, grenache, syrah, cabernet franc ou merlot — sont trop jeunes pour produire un rosé haut de gamme. Ce qui incite les producteurs américains à pratiquer l’assemblage (blend).

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While rosés from California and New York State are growing in quality, they are far from being able to compete with French wines. The grape varieties planted in the United States, including Mataro, Grenache, Syrah, Cabernet Franc, and Merlot, are too young to produce premium rosés. As a result, U.S. producers have begun using a technique known as assemblage or “blending.”


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Un procédé courant sur la côte Ouest : le rosé de Josh Cellars est obtenu en combinant la récolte de plusieurs vignobles du centre et du nord de la Californie. « C’est un bon vin américain », admet Pierrick Bouquet « mais son origine, vague le classerait en France dans la catégorie des vins de table ».

This is now common practice on the West Coast. For example, Josh Cellars makes their rosé by combining the harvest from several vineyards from Central and Northern California. Pierrick Bouquet admits “it is a good American wine,” but “its vague origins mean it would be relegated to the status of table wine in France.”

Les rosés américains se distinguent par leur prix. En France, une bonne bouteille de rosé est vendue entre 10 et 15 euros ; elle coûte le double à New York. Les vins américains, entre 15 et 20 dollars la bouteille, offrent un bon rapport qualité-prix, explique l’organisateur de La Nuit en Rosé. « Les rosés américains se rapprochent des vins du centre de la France. Un pinot noir rosé de l’Oregon comme Elouan est comparable à un sancerre rosé de la Vallée de la Loire. » ■

If there is one category in which American wines stand out, it is their price. In France, a good bottle of rosé is sold for between 10 and 15 euros, while high-quality rosé would cost twice that in New York! But the U.S. wines sold between 15 and 20 dollars a bottle offer good value for money according to the organizer of La Nuit en Rosé. “American rosés are comparable to the wines from the center of France. A Pinot Noir rosé from Oregon such as Elouan is similar to a Sancerre rosé from the Loire Valley.” ■

Les cépages plantés aux États-Unis sont les mêmes qu’en Provence, mais ils sont souvent trop jeunes pour produire un rosé haut de gamme. The grape varieties planted in the United States are the same as in Provence but are often too young to produce premium rosé wines. © Château d’Esclans

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En 1957, Jacques Villon (1875-1963) réalisait les cinq baies vitrées de la chapelle du Saint-Sacrement de la cathédrale Saint-Étienne de Metz. Seuls vitraux dessinés par cet artiste au cours de sa carrière, ils restent paradoxalement encore dans l’ombre de ceux de Marc Chagall, certains touristes les attribuant parfois au grand maître d’origine russe... Jacques Villon (1875-1963) designed the five stained-glass windows in the Blessed Sacrament Chapel of Metz Cathedral in 1957. These are the only windows the artist designed throughout his career, and they are paradoxically overshadowed by Marc Chagall’s windows as some tourists think Villon’s creations were actually the work of the Russian-born master… Jacques Villon, baie de la chapelle du Saint-Sacrement, 1957, cathédrale de Metz. Jacques Villon, window in the Blessed Sacrament Chapel, 1957, Metz Cathedral.

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HERITAGE

VITRAUX DE LA CATHÉDRALE DE METZ, ET LA LUMIÈRE FUT! THE STAINED-GLASS WINDOWS OF METZ CATHEDRAL, LET THERE BE LIGHT!

By Alexandra Klinnik / Translated from French by Alexander Uff

Surnommée « la Lanterne du Bon Dieu », en raison de ses 6 500 mètres carrés de vitraux, la cathédrale Saint-Étienne de Metz abrite des œuvres de Marc Chagall, Jacques Villon – frère de Marcel Duchamp – et Roger Bissière.

Nicknamed the “Good Lord’s Lantern” thanks to its 70,000 sq. ft. of stained-glass windows, Metz Cathedral (also known as the Cathedral of Saint Stephen of Metz, or La cathédrale Saint-Étienne de Metz) is home to works by Marc Chagall, Jacques Villon – Marcel Duchamp’s brother – and Roger Bissière.

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ressée en plein centre-ville de Metz, la cathédrale gothique de SaintÉtienne préserve ses atouts à l’abri des regards. Souffrant d’une relative désaffection, l’édifice érigé en 1220 abrite pourtant un trésor. Au-delà de sa surface vitrée exceptionnelle (la plus importante de France), la cathédrale peut s’enorgueillir de faire côtoyer les meilleurs peintres verriers de France, aux noms oubliés par l’histoire, avec les maîtres de l’art du XXe siècle.

L’arrivée de Jacques Villon, Roger Bissière et Marc Chagall dans les murs de l’édifice interviendra après la Deuxième Guerre mondiale. De nombreux vitraux, endommagés par les bombardements, nécessitent en effet d’être remplacés au plus vite. Sous l’impulsion de Robert Renard, architecte en chef des Monuments historiques, l’art contemporain fera son entrée – non sans difficultés – dans le sanctuaire messin en 1957. Picasso et Jean Cocteau, jugés trop sulfureux pour l’époque, sont écartés du projet. On consolera ce dernier en lui attribuant les vitraux de l’église Saint-Maximin de Metz. À l’intérieur de la bâtisse, quelques rares touristes déambulent sous l’imposante nef de quarante-deux mètres de haut, en croisée d’ogives. Peu viennent contempler la beauté des vitraux. Il est vrai que les œuvres contemporaines n’apparaissent pas au premier coup d’œil, circonscrites dans des endroits confidentiels de l’église. Le visiteur se laisse d’abord happer par la façade occidentale d’Hermann de Munster (1384-1392), une surface vitrée de 350 mètres carrés, avec sa rose monumentale déployée sur le grand portail, irradiant l’accès principal. Plus en avant, le chœur illuminé par le vitrail éclatant de Valentin Bousch, peintre verrier de la Renaissance (1521-1527), représente la lapidation de Saint-Étienne. Dans le croisillon1 nord, on admire ensuite la verrière gothique d’un autre maître de la Renaissance, Théobald de Lixheim (1455-1505) : le Couronnement de la Vierge surmontant les quatre Évangélistes dans les quadrilobes2.

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he gothic cathedral stands in the center of the town of Metz, and its walls hide a whole host of treasures. The structure was built in 1220, and, despite suffering from a relative lack of interest, is home to a quite exceptional heritage. Aside from its extraordinary expanse of stained-glass windows (the largest in France), the cathedral also boasts creations by the masters of 20th-century art presented alongside works by the finest yet forgotten French glassmakers. Pieces by Jacques Villon, Roger Bissière, and Marc Chagall only arrived in the edifice following World War II. Many stained-glass windows had been damaged by bombing and had to be replaced as soon as possible. Driven by Robert Renard, the chief architect of historical monuments, works of contemporary art made their entrance – although not without opposition – into the local sanctuary in 1957. Picasso and Jean Cocteau were seen as too scandalous for the time and were forbidden from the project. Nevertheless, Cocteau was offered a chance to showcase his work in the stained-glass windows of the church of Saint-Maximin de Metz. A handful of tourists occasionally wander through the building’s interior, walking under the imposing, ribvaulted nave towering above at 138 feet high. Very few come to admire the beauty of the stained-glass windows, however. That being said, the contemporary artworks are not easy to spot, as they are hidden away in littleknown parts of the cathedral. Visitors will first notice the western façade created by Hermann von Münster (1384-1392). The expanse of glass covers more than 3,700 sq. ft., and its monumental rose window featured in the vast portal illuminates the main entrance. A little further along, the choir is lit up by the dazzling stained-glass window from Valentin Bousch, a Renaissance glassmaker and painter (1521-1527), that represents the stoning of Saint Stephen. Moving through the crossing1 and up to the northern transept, visitors can admire gothic-style stained-glass windows by another Renaissance master, Théobald de Lixheim (1455-1505), displaying the Coronation of the Virgin above the Four Evangelists positioned in the window’s quatrefoils2. 

En architecture, un croisillon est l’un des deux bras du transept d’une église, perpendiculaire à la nef. In architecture, a crossing is the junction of the four arms of a cross-shaped church, giving access to the northern and southern transepts, the nave, and the choir. 2 Le quadrilobe est un ornement gothique formé de quatre lobes en arcs brisés. A quatrefoil is a gothic decorative element formed of four partially overlapping circles of the same diameter. 1

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HERITAGE

En 1959, Marc Chagall accepte de peindre les cartons de deux baies du déambulatoire nord avec pour sujets des épisodes de l’Ancien Testament. Certains visiteurs ne viennent à Metz que pour admirer son œuvre teintée de bleu surnaturel, de vert cosmique, de rouge mystique et de jaune paradisiaque. In 1959, Marc Chagall agreed to paint two of the stained-glass windows in the northern ambulatory to depict episodes from the Old Testament. Some visitors come to Metz just to see this work painted with supernatural blue, cosmic green, mystic red, and heavenly yellow. Marc Chagall, vitrail de La Création, 1959, cathédrale de Metz. La Création stained-glass window, Marc Chagall, 1959, Metz Cathedral. JUNE 2018 FRANCE-AMÉRIQUE

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En 1960, Roger Bissière réalise les deux verrières des tympans nord et sud de la cathédrale. Ce sont les premiers vitraux abstraits de l’édifice. La verrière du tympan nord est dominée par les bleus froids évoquant le monde de la nuit alors que le tympan sud célèbre le monde du jour avec ses ocres radieux. Roger Bissière created the two stained-glass windows in the cathedral’s north and south tympanums in 1960. These were the building’s first abstract windows. The work in the north tympanum is dominated by cold blues reminiscent of the night, while the southern window celebrates the daytime with radiant ochre tones. Roger Bissière, détail de la Rose, verrière du tympan sud, 1960, cathédrale de Metz. Close-up of the rose window in the south tympanum, Roger Bissière,1960, Metz Cathedral.

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Si les vitraux anciens suscitent l’admiration, les verrières contemporaines, moins exposées, envoûtent par leur mélange de couleur et leur spiritualité. « Après les bombardements, il a fallu s’occuper des fenêtres orphelines. À cette époque, on faisait du pastiche inintéressant, de la décoration sulpicienne3 », explique Christian Schmitt, critique d’art et auteur de plusieurs ouvrages sur les vitraux de Metz4. En levant la tête vers les verrières des quatre dernières fenêtres hautes, on aperçoit le travail des maîtres verriers Jean et Pierre Gaudin, réalisé entre 1954 et 1957 : des saints et saintes alignés dans un décor fixe, « des représentations conformistes qui n’ont aucune valeur artistique », résume Christian Schmitt.

While the older stained-glass windows inspire admiration, the less-exhibited contemporary offerings enchant visitors with their spirituality and blends of color. “The people of Metz had to take care of the surviving windows after the bombing. But at the time, trends focused on bland pastiches and Sulpician decorations3,” says Christian Schmitt, art critic and the author of several works on the stained-glass windows of Metz Cathedral4. When looking up to the four final windows at the top, visitors will see the work of master glassmakers Jean and Pierre Gaudin, created between 1954 and 1957, and portraying male and female saints lined up against a fixed backdrop. “Conformist representations with no artistic value,” according to Christian Schmitt.

Cet avis est partagé par l’architecte en chef, Robert Renard, qui se détourne alors des pastiches gothiques « sans intérêt, parfois habiles mais généralement vides de réelles spiritualités5 ». Pour lui, il s’agit d’inspirer un souffle poétique à ces évocations figées, de tourner la page de l’académisme ambiant de l’art sacré ! Aux petites mains des maîtres verriers, il alliera l’art de grands artistes renommés. En sortiront des chefs-d’œuvre…

This is also the opinion of Robert Renard, who wanted to break from the gothic pastiches seen as “unappealing, occasionally skilled, but generally bereft of any real spirituality5.” The chief architect’s objective was to breathe new, poetic life into the frozen representations by shifting away from the prevailing conventionalism of religious art. He therefore decided to pair the works by the ancient artisans with creations by leading, renowned artists. And the result was a selection of true masterpieces.

C’est ainsi qu’en 1957, Jacques Villon, de son vrai nom Gaston Duchamp, frère aîné de Marcel Duchamp, fait son entrée dans la cathédrale de Metz. Il a alors 82 ans. Ce peintre cubiste, discret et renommé, se consacre pour la première fois de sa vie à l’art du vitrail. La direction des Monuments historiques lui attribue une place de choix. En effet, la chapelle du Saint-Sacrement, située sur le côté sud de la nef, attire instantanément l’œil avec ses cinq verrières eucharistiques, où les verts, jaunes,

The first to make an entrance into Metz Cathedral in 1957 was Jacques Villon – actually named Gaston Duchamp, the older brother of Marcel Duchamp. At the age of 82, the renowned yet discreet Cubist painter turned to the art of stained-glass windows for the very first time. The chief architect offered him a prime position in the Blessed Sacrament Chapel on the southern side of the nave, which immediately draws the eye. Visitors cannot help but look at its five eucharistic windows in which greens, yellows, purples, and oranges

Le style sulpicien, style saint-sulpicien ou style dit « Saint-Sulpice », est une expression inventée en 1897 par Léon Bloy pour qualifier les « bondieuseries » telles que les statuettes de saints ou les tableaux figuratifs des vitraux, au style quelque peu naïf et sans grand génie. Sulpician style, also known as “Saint-Sulpician,” is an expression invented by Léon Bloy in 1897 to describe religious “kitsch” such as statuettes of saints or figurative stained-glass windows, defined by a certain naïve style and a lack of any real ingenuity. 4 « Les vitraux de Jacques Villon » – Christian Schmitt – Éditions des Paraiges. Les vitraux de Jacques Villon – Christian Schmitt – Éditions des Paraiges. 5 Lettre de Robert Renard au directeur général de l’Architecture, Paris, le 21 août 1958 « Les couleurs du Ciel », vitraux de création du XXe siècle dans les cathédrales de France, Centre international du Vitrail, Éditions Gaud, 2002. A letter from Robert Renard to the director of architecture, Paris, August 21, 1958, published in Les couleurs du Ciel, vitraux de création au XXe siècle dans les cathédrales de France, Centre International du Vitrail, Éditions Gaud, 2002. 3

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violets et orange se mêlent dans une symphonie de couleurs. Pour reprendre les termes de l’artiste, il fallait que cela « pétouille un peu ». Sur les dalles de la cathédrale apparaît, à la lumière, un joli damier de couleurs primaires « qui fait la joie des photographes messins », commente Marie-Isabelle Soupart, responsable du diocèse de Metz. « Je conseille d’ailleurs aux visiteurs de venir plusieurs fois durant une journée ensoleillée pour saisir au mieux la richesse de la lumière », prévient-elle.

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combine in a symphony of color. To quote the artist, the works had to “crackle and pop a little.” When the sun is shining, a beautiful checked pattern of primary colors is projected onto the slabs of the cathedral’s floor, “much to the delight of local photographers,” says Marie-Isabelle Soupart, head of the diocese of Metz. “I also advise tourists to visit the cathedral at several different times during a sunny day to really appreciate the light’s rich variety,” she says.

Avec la complicité de l’atelier Simon-Marq de Reims, Jacques Villon exécute donc plusieurs maquettes sur le thème imposé en privilégiant l’art figuratif. Sur les vitraux s’illustrent ainsi des scènes bibliques qui laissent peu de place à l’art abstrait : l’Agneau Pascal, la Cène, la Crucifixion, le miracle des noces de Cana et, pour finir, Moïse frappant de son bâton le rocher d’Horeb. L’ensemble est magnifié par une construction géométrique en triangles aux couleurs vives, rythmée par de longues lignes obliques. Le résultat sera d’une « intensité spirituelle sans égale ». Cette première entrée réussie du vitrail moderne poussera Robert Renard à faire appel en 1960 à Roger Bissière, de la nouvelle École de Paris. Une décision d’autant plus courageuse de la part de l’architecte que cet artiste est un peintre non figuratif. Une révolution en soi au sein de l’Église.

With the help of the Atelier Simon-Marq in Reims, Jacques Villon created a number of models according to the given theme with a focus on figurative art. The resulting stained-glass windows depict biblical scenes that leave little room for abstract inspirations. The series features the Paschal Lamb, the Last Supper, the Crucifixion, the Miracle of the Wedding at Cana, and concludes with Moses Hitting the Rock at Horeb. The ensemble is magnified by a geometric construction of brightly-colored triangles interspersed with long, oblique lines. The final impression is “intensely, inimitably spiritual.” Buoyed by the success of the first inclusion of a modern stained-glass window, Robert Renard commissioned Roger Bissière, a member of École de Paris movement, to create his own windows in 1960. This move was a courageous one as the artist was a non-figurative painter – a stance that marked a revolution within the church.

Pour découvrir les deux verrières de Bissière, il faut se rendre devant les tympans nord et sud de la cathédrale. En prêtant attention, on finit par distinguer deux mosaïques de couleur, juxtaposées selon une grille orthogonale. Discrets, les deux vitraux se font face au-dessus des tambours de porte. L’un, dans les tons froids et bleus, placé sous la tour du Chapitre vers le nord, « signifie le monde de la nuit ». L’autre, dans les tons rouges et chauds, tourné vers le sud sous la tour de la Mutte « traduit le jour ». Ces deux oppositions pourraient rappeler les débuts de la Création. Mais plus que la signification en elle-même, c’est la technique qui importe dans cette œuvre. Car, comme le rappelle Christian Schmitt, « la vraie réussite artistique des deux verrières n’a été possible que grâce à la prouesse technique de ces maîtres verriers qui ont dû utiliser des échantillons de verre de très petites dimensions représentant 422 pièces au mètre carré ». Ce travail colossal a ainsi permis de faire pénétrer la lumière de manière fragmentée et délicate sur le sol dallé.

Those looking to discover Bissière’s two stained-glass windows should head to the cathedral’s northern and southern tympanums. By looking closely, visitors will make out two colorful mosaics juxtaposed in an orthogonal grid. The two discreet windows are presented facing each other above the tambours. One of them is crafted with cold, blue shades and showcased below the Chapitre Tower to the north, depicting “the world of the night.” The other offers warm, red tones facing towards the south under the Mutte Tower, “reflecting the day.” These two contrasting works are somewhat reminiscent of the beginning of Creation. But aside from the meanings themselves, the techniques are the most impressive part of windows. As stated by Christian Schmitt, “the artistic success of both windows was only made possible thanks to the technical prowess of the artisans, who used tiny samples of glass in a total of 422 pieces for every space of 11 sq. ft. This colossal work allows fragmented beams of light to filter through onto the paved floor.

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HERITAGE

En contraste avec la modernité des vitraux contemporains, cette grande verrière classique réalisée entre 1521 et 1527 est le chef-d’œuvre de Valentin Bousch, l’un des peintres sur verre les plus doués de la Renaissance. In contrast with the modernity of the contemporary works, this vast, classical window created between 1521and 1527 is a masterpiece by Valentin Bousch, one of the most gifted glass painters of the Renaissance. Valentin Bousch, grande verrière dans le bras sud du transept, 1521-1527, cathédrale de Metz. Large window in the southern transept, Valentin Bousch, 1521-1527, Metz Cathedral.

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HERITAGE

La cathédrale de Metz, de nuit. Metz Cathedral, at night. © Roland Cura

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HERITAGE

Pour couronner cet embrasement coloré, Marc Chagall achève le spectacle. Entre 1960 et 1970, l’artiste, de confession juive, se plonge dans la confection des vitraux du déambulatoire6 nord, placés dans un endroit discret de la cathédrale. « Les touristes confondent souvent les œuvres de Villon exposées dans un lieu voyant, la Chapelle du Saint-Sacrement, avec celles de Chagall, plus difficiles à trouver », note Marie-Isabelle Soupart, face à notre étonnement de voir ainsi le maître relégué au fond de l’église. Lui-même avait fait part de son mécontentement auprès des Monuments historiques : « Vous me mettez dans un coin où personne ne viendra voir mes vitraux », aurait-il protesté. De bonne grâce cependant, il réalise une construction très libre du vitrail, tout en volutes, sans perspective, avec un jeu symbolique sur les couleurs. Dans le déambulatoire, le grand maître d’origine russe relate les scènes du livre de la Genèse : Noé et l’arcen-ciel, la Vierge à l’enfant, le sacrifice d’Abraham, Jacob luttant avec l’Ange, le rêve de Jacob, Moïse et le buisson ardent. En tant que coloriste, Chagall a soigné ses rouges, qui apparaissent éclatants, et ses bleus, pénétrants. « C’est la couleur qui prime sur la forme. Le peintre aime jouer sur les polarités. Par ailleurs, toutes les scènes sont subordonnées au mouvement », commente Christian Schmitt devant les figures de l’Ancien Testament qui semblent en lévitation permanente. « Sa peinture est à l’image de la culture juive : un peuple en fuite perpétuelle, toujours prêt à s’évader ailleurs. » Dans le transept7, on reconnaît tout aussi bien la marque de l’artiste. L’ensemble de dominante jaune évoque la création d’Adam et Eve, le Paradis terrestre, Eve et le Péché originel, et Adam et Eve chassés du paradis. La figure féminine, chère à Chagall, est omniprésente. Ses derniers vitraux, peu visibles dans le triforium8, représentent des motifs floraux au graphisme léger. Même si les vitraux de Chagall ne firent pas l’unanimité auprès de la paroisse, en raison de l’origine religieuse du peintre et de la nudité d’Eve, son art atteint une spiritualité sans égale. « Mieux vaut faire appel à de grands artistes sans la foi qu’à des croyants sans génie », fera remarquer le père dominicain Marie-Alain Couturier, un des principaux acteurs du renouveau de l’art sacré. ■

Marc Chagall rounds off this spectacle of light and color. Between 1960 and 1970, the Jewish artist set about making windows for the northern ambulatory6 in an inconspicuous part of the cathedral. “Tourists often mix up the easily-visible works by Jacques Villon in the Blessed Sacrament Chapel and those by Chagall, which are a little harder to find,” says Marie-Isabelle Soupart in response to our astonishment at seeing the master relegated to the back of the cathedral. Even Chagall himself contacted the chief architect to express his disappointment. “You are putting me in a space where no one will see my stained-glass windows,” he said. However, displaying good grace, the artist went on to produce a very free interpretation of the window. The finished work contains features reminiscent of curling smoke, free of perspective, and offering symbolically interplaying colors. In the ambulatory, the Russian-born master recounted scenes from the Book of Genesis, including Noah and the Rainbow, the Virgin and the Child, the Sacrifice of Isaac, Jacob Wrestling with the Angel, Jacob’s Dream, and Moses and the Burning Bush. Drawing on his skills as a colorist, the artist focused on bright reds and piercing blues. “The color takes precedence over the form. The painter enjoys playing on polarities, and you can see that each scene is underpinned by a certain movement,” says Christian Schmitt, commenting on the figures from the Old Testament that appear as though in a permanent state of levitation. “His painting is a reflection of Jewish culture; a people in constant flight, always prepared to escape to somewhere new.” In the transept7, visitors will also recognize the artist’s work. The ensemble defined by a heavy use of yellow shades shows the creation of Adam and Eve, the Garden of Eden, Eve and the Original Sin, and Adam and Eve Cast Out of the Garden. The female figure, one of Chagall’s favorite themes, is omnipresent. And the final, barely-visible windows in the triforium8, represent floral patterns in an ethereal style. Even though Chagall’s windows did not receive unanimous praise from the parish, due to the painter’s religious background and the nudity of Eve, the artist’s work achieved an incomparable level of spirituality. “It is better to commission accomplished artists without faith than believers who lack ingenuity,” says the Dominican Father Marie-Alain Couturier, one of the leading figures in the renewal of religious art. ■

Le déambulatoire est la galerie entourant le chœur d’une église. An ambulatory is a gallery or aisle running around the choir of a church. 7 Le transept est la nef transversale qui coupe la nef principale d’une église, formant ainsi une croix. The transept is the transversal nave that runs perpendicular to the main nave to form the short arm of the cross shape. 8 Le triforium est une galerie étroite à ouvertures. A triforium is a narrow, open gallery. 6

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XXXX


BONXXXXX APPÉTIT

A C R E A M M È E R L C FAÇON BISTRO Bistro Crème Caramel By Michele Scicolone / Translated from English by Samuel Todd

La crème caramel, un classique de la gastronomie française, est l’un des desserts les plus simples à réaliser. Préparée avec du lait concentré, sucré et non sucré, cette recette est la meilleure de toutes celles que j’ai eu la chance de déguster – et la liste est longue. J’ai toujours en réserve les ingrédients en cas de dessert improvisé. Si vous devez la servir rapidement, le mieux pour refroidir la crème est de mettre le plat dans un saladier rempli d’eau et de glace. A French classic, crème caramel is one of the simplest desserts. Made with evaporated milk and sweetened condensed milk, this version is the best I have ever tried – and I have tried quite a few! I keep the canned ingredients in the pantry so that I can serve it any time. To chill it quickly and serve it sooner, place the dish in a shallow bowl filled with ice and water. © From The French Slow Cooker by Michele Scicolone. Copyright © 2012 by Michele Scicolone. Photograph copyright © 2012 by Alan Richardson. Used by permission of Houghton Mifflin Harcourt. All rights reserved.

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BON BONXXXX APPÉTIT APPÉTIT

POUR 8 PERSONNES

YIELD: 8 SERVINGS

INGRÉDIENTS

INGREDIENTS

200 g de sucre 9 cl d’eau 1 boîte de 340 gr de lait concentré non sucré 1 boîte de 400 gr de lait concentré sucré 4 gros œufs entiers 1 cuillère à café d’extrait de vanille

1 cup sugar ¼ cup water 1 12-ounce can evaporated whole milk 1 14-ounce can sweetened condensed milk 4 large eggs 1 teaspoon vanilla extract

PRÉPARATION

PREPARATION

1. Mélanger le sucre et l’eau dans une petite casserole. Chauffer à feu moyen, remuer de temps en temps jusqu’à ce que le sucre ait fondu. Laisser mijoter sans mélanger jusqu’à obtenir une couleur dorée. Tourner délicatement la casserole de manière à obtenir un sirop uniformément caramélisé. 2. La main protégée dans un gant, verser le sirop dans un moule à manqué en l’inclinant de façon à ce que le plat soit bien recouvert uniformément. Laisser refroidir jusqu’à ce que le caramel ait durci. 3. Fouetter les laits concentrés sucré et non sucré dans un bol de préparation. Y battre les œufs et ajouter l’extrait de vanille. Verser le mélange dans le moule à manqué. 4. Placer une grille dans une grande mijoteuse (vous pouvez aussi improviser une grille en froissant une feuille de papier aluminium en forme d’anneau, et le disposer au fond de la mijoteuse.) Poser le moule à manqué sur la grille. Verser de l’eau chaude autour du plat à hauteur de 3 cm. Couvrir et laisser cuire sur « fort » entre 2 heures et 2 heures 30. Pour vérifier la cuisson, planter la pointe d’un couteau dans le centre du flan. Si elle ressort sèche, c’est cuit. 5. Sortir le plat de la mijoteuse avec précaution. Laisser refroidir, puis couvrir et mettre au réfrigérateur, quelques heures ou toute une nuit. 6. Pour servir, détacher la crème des parois du moule à l’aide d’un couteau. Démouler dans le plat de service en retournant le tout rapidement. Puis, soulever délicatement le moule à manqué, en laissant couler le caramel sur la crème. Couper en parts et servir. ■

1. Combine the sugar and water in a small saucepan. Cook over medium heat, swirling the pan occasionally, until the sugar is dissolved. Simmer the mixture without stirring until it begins to turn brown. Gently swirl the pan until the syrup is evenly caramelized.

NOTE Si vous ne disposez pas d’une mijoteuse, vous pouvez réaliser la recette dans un four ou sur une gazinière en utilisant un plat en fonte de type Le Creuset. Il faudra alors augmenter les quantités de liquide car l’évaporation sera plus importante dans le four que dans une mijoteuse. Quant au temps de cuisson, l’équivalent de 3 ou 4 heures sur « fort » ou de 5 à 7 heures sur « doux » dans une mijoteuse sera d’environ 1 heure au four.

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2. Protect your hand with an oven mitt and pour the hot syrup into a 6-cup soufflé dish, turning the dish to coat the bottom evenly. Let cool until the caramel is just set. 3. Whisk together the evaporated and condensed milks in a large bowl. Beat in the eggs and vanilla until blended. Pour the mixture into the soufflé dish. 4. Place a rack in the insert of a large slow cooker (you can also improvise a rack by crushing a sheet of aluminum foil into a ring shape and placing it in the bottom of the insert). Place the dish on the rack. Pour hot water around the dish to a depth of 1 inch. Cover and cook on high for 2 to 2 1/2 hours, or until a knife inserted near the center comes out clean. 5. Carefully remove the dish from the slow cooker. Let cool slightly, then cover and refrigerate until chilled, several hours or overnight. 6. To serve, run a knife around the inside of the dish. Invert a serving plate on top of the dish and quickly turn the dish over. Carefully remove the dish, allowing the caramel to drizzle over the custard. Cut into wedges and serve. ■

NOTE If you don’t own a slow cooker, it is possible to cook the recipe on the stove top or in the oven using a Le Creusettype cast-iron pot instead. The main adjustment would be to increase the amount of liquid in dishes such as stews or soups since there will be more evaporation from the pot on the stove than from a slow cooker. As for timing, recipes cooked for 3 to 4 hours on “High” or 5 to 7 hours on “Low” in a slow cooker would be done in about 1 hour on the stove.


BON APPÉTIT

VIN

WINE

Né et élevé à Lyon, et certifié par la Society of Wine Educators de la Vallée de Napa (Californie), Nicolas Blanc est un passionné de cuisine et de vin. Directeur de la restauration du Sofitel de New York, il est l’œnologue de l’hôtel.

Born and raised in Lyon, France and certified by the Society of Wine Educators in Napa Valley, Nicolas Blanc has a passion for food and wine. Director of food and beverage at the Sofitel New York, he is the hotel’s wine specialist. By Nicolas Blanc / Translated from French by Alexander Uff

France Chassenay d’Arce, Cuvée Première – Champagne Pour accompagner ce dessert à la fois fin et riche qu’est la crème caramel, le champagne me semble un choix judicieux. Avec ses notes dominantes de Pinot noir, cette cuvée première est issue du terroir de la Côte des Bar, au sud de la région Champagne. La minéralité apportée par le Chardonnay allie avec aisance l’acidité et les nuances de fruits jaunes mûrs. Les effervescences procurent une longueur en bouche idéale qui se marie à l’onctuosité de la crème caramel.

I believe champagne is an appropriate choice to accompany the rich yet delicate dessert that is crème caramel. Offering dominant notes of Pinot Noir, this cuvée première is the result of the terroir of La Côte des Bar in the south of the Champagne region. The minerality of the Chardonnay provides a harmonious blend of acidity and ripe, yellow fruits. The bubbles ensure an ideal, lingering taste and mouthfeel that pair wonderfully with the creaminess of the crème caramel. ■

UNITED STATES Charles & Charles Art den Hoed – Riesling – Washington State – 2015 Un peu d’acidité de pomme verte, résidu de la maturation longue et contrôlée du raisin, un petit goût de pêche blanche sucrée, des notes minérales et d’agrumes… ce verre de Riesling contient tout cela. Ses raisins sont cultivés dans les vignobles à faible altitude des Rattlesnake Hills, dans la vallée de Yakima, au sud-est de l’État de Washington. Célèbres pour leur Riesling, ils doivent leur qualité au sol limoneux et au climat de montagne aux températures modérées.

This Riesling has it all: A pinch of acidic green apple as the result of a long, controlled ripening process, a little taste of sweet white peach, mineral notes, and hints of citrus fruit. The grapes are grown in the low-altitude vineyards of the Rattlesnake Hills in Yakima Valley in the south-east of Washington State. Renowned for their Riesling, these grapes owe their quality to the silty soil and the moderate temperatures of the alpine climate. ■

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BOOKS

By Marie-Dominique Deniau / Translated from French by Alexander Uff

Henri Samuel, (1904-1996) fut l’un des maîtres de la décoration française du XXe siècle. Inconnu du grand public, il fut pourtant le décorateur privilégié de la jetset ; Doris Duke, Valentino, le Prince Sadruddin Aga Khan, et de bien nombreuses baronnes de Rothschild. Ses décors opulents inspirés par Versailles et le style Napoléon III l’étaient souvent jusqu’à l’excès : lustres de cristal aux mille pampilles, dorure de stucs encadrant d’immenses miroirs, tapisseries d’Aubusson, débauche de tissus aux imprimés XVIIIe siècle, etc. Son érudition, son œil et sa parfaite connaissance du style « à la française » étaient sans pareil. Il deviendra ainsi consultant pour le Musée du château de Versailles et au Metropolitan Museum de New York pour les célèbres « Period rooms » qui reconstituent l’atmosphère des châteaux français. Mais dans les années 1980, le XVIIe siècle commence à ennuyer Henri Samuel. Il va alors être le premier à transgresser l’ordre établi. Passionné par la création contemporaine, ami de nombreux artistes de son temps, il va opérer un salutaire télescopage entre leurs œuvres et les incontournables grands classiques. Les consoles Empire vont alors côtoyer des tables en plexiglas ; le designer Diego Giacometti avec ses tables basses va renouveler le genre des « coffee tables books » ; les « compressions » de César deviendront des consoles et, aux murs, les tableaux de Balthus, Alechinsky et Bram van Velde ne laisseront aucune place aux anciens portraits de famille. Nous voici entrés grâce à Henri Samuel dans une nouvelle ère de la décoration : celle de l’éclectisme contemporain. ■

Henri Samuel: Master of the French Interior by Emily Evans Eerdmans, Rizzoli, 2018. Hardcover : 75 dollars.

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Henri Samuel (1904-1996) was one of the masters of 20thcentury French interior design. While little-known to the general public, he was in fact the leading decorative artist commissioned by the jet-set of the time, whose members included Doris Duke, Valentino, Prince Sadruddin Aga Khan, and many of the Rothschild baronesses. His décors inspired by Versailles and the Napoleon III style were often so opulent as to be excessive. Features would include crystal chandeliers with a thousand beads, immense mirrors framed by gilded stucco, Aubusson tapestries, and countless varieties of fabrics boasting 18th-century prints. His immense knowledge, his eye for detail, and his perfect understanding of style à la française were unparalleled. He went on to become a consultant for the Palace of Versailles Museum and we have him to thank for the renowned Period Rooms that recreate the atmosphere of French châteaux at the Met in New York. However, Henri Samuel began to grow bored of 17th-century trends during the 1980s. This restlessness led him to become the first figure to break with the status quo. Driven by a passion for contemporary design, and as a friend of many artists of the time, he started creating exquisite combinations of their works and the leading classics. The results included Empire console tables paired with plexiglass tables, a renewal of the coffee-table-book genre through coffee tables designed by Diego Giacometti, “compressions” by César transformed into console tables, and the replacement of old family portraits with paintings by Balthus, Alechinsky, and Bram van Velde. Thanks to Henri Samuel, we have entered into a new era of interior design: one of contemporary eclecticism. ■ Henri Samuel: Master of the French Interior by Emily Evans Eerdmans, Rizzoli, 2018. Hardcover: 75 dollars.


BOOKS

Pour Robert de Balkany, Henri Samuel a réinterprété le « goût Rothschild » dans des proportions plus modestes, pour cet hôtel particulier parisien. Les murs du salon, tendus d’un des plus célèbres tissus de la Maison Braquenié – « Le Grand Corail » – sont une parfaite mise en valeur de la collection de bronzes et objets d’art en Pomponne de son propriétaire. Henri Samuel reinterpreted the “Rothschild style” in more modest proportions for a private Parisian mansion owned by Robert de Balkany. The living room walls feature one of the most famous fabrics created by the Maison Braquenié – Le Grand Corail – and offer the perfect backdrop to the owner’s collection of bronze statues and artwork made with pomponne, a copper alloy designed to imitate gold. © Courtesy of Rizzoli

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BOOKS

Dans la bibliothèque lambrissée de chêne, Henri Samuel a dessiné au-dessus de la porte un panneau de stuc en demi-lune. La table basse en bronze, en face du canapé, est l’œuvre de Diego Giacometti. In the oak-paneled library, Henri Samuel designed a half-moon stucco panel above the doorway. The bronze coffee table in front of the couch is a work by Diego Giacometti. © Courtesy of Rizzoli

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BOOKS

Pour ce salon aux vastes volumes, Brian McCarthy a su recréer une atmosphère chaleureuse grâce à la répétition de ce délicat motif. Comme dans le salon d’Henri Samuel, sa meilleure source d’inspiration, on retrouve ici confort, chaleur, et cette manière audacieuse d’intégrer l’art contemporain. In this expansive living room, interior designer Brian McCarthy successfully created a welcoming atmosphere by repeatedly using the same delicate pattern. Just like in the living room by Henri Samuel – McCarthy’s biggest source of inspiration – the space offers comfort, warmth, and the same audacious way of integrating pieces of contemporary art. © McCarthy - Courtesy of Rizzoli JUNE 2018 FRANCE-AMÉRIQUE

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Calendrier

AGENDA

French Cultural Events In North America By Tracy Kendrick

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Victor Skrebneski’s Givenchy Red (Paris, negative 1990, print circa 1995) is one of the photographs featured in the exhibit Icons of Style at the Getty Museum in Los Angeles.

© Victor Skrebneski. Credit: The J. Paul Getty Museum, Los Angeles, Purchased with funds provided by the Photographs Council


AGENDA

Washington, DC

EXHIBITIONS Los Angeles, CA

ICONS OF STYLE Having overcome a certain highbrow bias against its commercial origins, fashion photography – at least in its finer forms – is now recognized for its artistic merit. It takes center stage as never before in Icons of Style: A Century of Fashion Photography, 1911–2011, which presents some 180 images alongside a selection of costumes, illustrations, magazine covers, videos, and advertisements. The jumping off point is the year French publisher Lucien Vogel (who later helped launch Vogue Paris) challenged Edward Steichen to elevate the medium to the level of art. The exhibition then explores how designers, and in turn the photographs intended to seduce consumers into buying their garments, have evolved over the decades in response to political, social, and economic factors; the trends showcased range from the “patriotic chic” of the World War II years to the “heroin chic” of the 1990s. Richard Avedon, Guy Bourdin, Man Ray, Louise Dahl-Wolfe, William Klein, Helmut Newton, Irving Penn, and Herb Ritts are just a few of the talents represented. June 26 through Oct. 21 at the Getty Center; getty.edu.

CÉZANNE PORTRAITS Although Cézanne is best known as a landscape and still-life painter, he executed some 200 portraits during his decades-long career. These ranged from selfportraits and depictions of his wife to images of field laborers and servants. As with other subjects he tackled, he sought to distill the essence of the figures before him. The first indepth exhibition of its kind, Cézanne Portraits brings together about 60 paintings, some never before exhibited in this country, to survey the master’s achievement in the genre, trace his influences and artistic evolution, and explore how his various sitters helped shape his practice. Among the highlights is his Self-Portrait with Beret, his final effort to distill his own essence on canvas. This will be the show’s sole U.S. presentation. Through July 1 at the National Gallery of Art; nga.gov.

Pittsburgh, PA

MELLON COLLECTION While the galleries they normally occupy undergo renovation, some of the Virginia Museum of Art’s finest holdings of French art are on tour, offering museum-goers around the country a chance to see these masterpieces close to home. Spanning a century and a half, this trove of more than 70 works includes outstanding examples of every major movement from Romanticism

through the School of Paris. Along with the masters mentioned in its title, Van Gogh, Monet, Degas: The Mellon Collection of French Art from the Virginia Museum of Fine Arts includes works by Manet, Renoir, Pissarro, Delacroix, Matisse, Bonnard, Courbet, Seurat, and other greats. Through July 8 at the Frick Pittsburgh; thefrickpittsburgh. org.

New York, NY

PARKS AND GARDENS In the 19th century, France experienced a horticultural boom that transformed lands both public and private. Various royal properties became parks, and Baron Haussmann’s grand modernization of Paris greatly increased its green spaces, which became an integral part of urban life. At the same time, ships were bringing in all sorts of exotic plants from far-flung places, leading to the creation of new hybrid specimens. All of this spurred an interest in gardening that not only trickled down to individual homeowners but also influenced the fine and decorative arts, with Monet being perhaps the most celebrated artist-gardener of that era. Public Parks, Private Gardens: Paris to Provence examines this prolific melding of art and nature through some 150 contemporary photographs, Impressionist paintings, flower vases, and other works. Through July 29 at The Metropolitan Museum of Art; metmuseum.org.

Jacksonville, FL

THE HORVITZ COLLECTION Storytelling: French Art from the Horvitz Collection presents 60 drawings and etchings for book illustration, as well as 10 paintings to round out the show. Executed between the 16th and 19th centuries, the works vary widely in style and subject matter, from religious and biblical imagery to more lighthearted genre scenes. Viewers have a chance to admire works by such big names as Charles Le Brun and Jean-Honoré Fragonard and also to discover lesserknown talents. Through July 29 at the Cummer Museum of Art & Gardens; cummermuseum.org.

New York, NY

VISITORS TO VERSAILLES Visitors to Versailles (1682–1789) examines the iconic palace from the perspective of various people who passed through its gates between the year Louis XIV moved his court there and the year Louis XVI and the royal family were forced back to Paris. The voices represented range from French aristocrats and foreign dignitaries to luminaries of the arts and sciences to mere tourists. Letters and journals detailing personal experiences are complemented by paintings, tapestries, furniture, arms and armor, and all the other trappings necessary to transport viewers back in JUNE 2018 FRANCE-AMÉRIQUE

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AGENDA

time. Through July 29 at The Metropolitan Museum of Art; metmuseum.org.

New York, NY

MARC CAMILLE CHAIMOWICZ A consistent theme in Marc Camille Chaimowicz’s 50-year career – and in his life – has been the blurring of lines. Born in Paris in 1947 to a French Catholic mother and a Polish Jewish father, he grew up in London and made a name for himself there in the 1970s by merging performance and installation art. He has created not only paintings, sculptures, collages, and drawings, but also furniture, textiles, lighting, and wallpaper, using his own living space as both subject and object of his creative expression. He thus interweaves art and everyday life, the fine and decorative arts, the public and the private. The immersive Marc Camille Chaimowicz: Your Place or Mine… is his first solo exhibition in the United States. Through Aug. 5 at the Jewish Museum; thejewishmuseum.org.

Seattle, WA

TOWARDS IMPRESSIONISM Located about 40 miles southeast of Paris, the vast Forest of Fontainebleau became a hub of experimentation in landscape art during the first half of the 19th century, with an emphasis on the plein air practices that would later become one of the hallmarks of Impressionism. The village

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of Barbizon, at the edge of the forest, lent its name to a school of painting that favored a down-to-earth style and subject matter over the idealized imagery and historical scenes embraced by the Academy. Towards Impressionism: Landscape Painting from Corot to Monet centers on some 40 works from the Musée des BeauxArts of Reims, known for its outstanding collection of works by Théodore Rousseau, Jean-François Millet, and other members of the Barbizon School. The show also includes works executed a little later in and around Honfleur, another center of plein air activity, this time on the Normandy coast. Through Aug. 5 at the Frye Art Museum; fryemuseum.org.

Richmond, VA

NAPOLEON Napoleon: Power and Splendor offers a fresh perspective on one of history’s most iconic figures by revealing the vast machinery underpinning his and his family’s everyday life. Spanning from Napoleon’s coronation in 1804 to his exile in 1815, the show brings together some 200 sumptuous works of fine and decorative art, many never before exhibited in the United States. Projection mapping technology summons up the atmosphere of the Imperial Household, whose elaborate functioning, heavy on etiquette, required no fewer than 3,500 employees. Every aspect of this extravaganza was

meticulously coordinated to construct a public image that combined the spirit of the Enlightenment with certain values of the Ancien Régime. Among the many highlights are the gold altarpiece created for the marriage of Napoleon and the Archduchess Marie-Louise in 1810; the imperial throne from the palace of Monte Cavallo in Rome, the second capital of the Empire from 1809 to 1814; and a monumental painting by Ingres titled The Dream of Ossian (1813), commissioned to adorn the ceiling of Napoleon’s bed chamber in that same residence. June 9 through Sept. 3 at the Virginia Museum of Fine Arts; vmfa. museum.

Philadelphia, PA

RENOIR PÈRE ET FILS The Impressionist artist Pierre-Auguste Renoir and his filmmaker son Jean, director of such masterpieces as La Grande illusion (The Grand Illusion) (1937) and La Règle du jeu (The Rules of the Game) (1939), each reached the pinnacle of his chosen medium. Growing up, Jean served as both a model for and a witness to his father’s paintings, experiences that would deeply influence his own work. His cinematic portrayals of artists and their process would in turn shed light back on his father’s life and oeuvre. This remarkable creative exchange, as well as the larger exchange between canvas and screen,

is the subject of Renoir: Father and Son/Painting and Cinema, which brings together some 120 paintings, drawings, ceramics, film clips, costumes, photographs, and posters – many never before shown in this country. This will be the exhibition’s sole U.S. presentation. Through Sept. 3 at the Barnes Foundation; barnesfoundation.edu.

Toronto, ON, Canada

THE ORDRUPGAARD COLLECTION Located north of Copenhagen, the Ordrupgaard Museum is known for its fine collection of 19th- and early 20thcentury French and Danish art. Seventy-six of these masterpieces are on view in Impressionist Treasures: The Ordrupgaard Collection, which both celebrates the movement and places it in its arthistorical context. In addition to paintings by Renoir, Monet, Pissarro, and other Impressionist luminaries, viewers will thus find canvases by their predecessors, among them Corot and Courbet, as well as Post-Impressionist works by Gauguin and others. The show also offers North American art lovers a chance to become acquainted with the work of C. W. Eckersberg, Vilhelm Hammershøi, and other painters of the Danish Golden Age. Through Sept. 9 at the National Gallery of Canada; gallery.ca.


AGENDA

Paul Gauguin, Blue Trees. Your Turn Will Come, My Beauty! (1888) is part of the Ordrupgaard Collection on view at the National Gallery of Canada in Toronto. © Ordrupgaard, Copenhagen. Photo: Anders Sune Berg


AGENDA

Daniel Buren’s Voile/Toile–Toile/Voile (situated work, 1975–2005, Grasmere Lake regatta) is part of the Daniel Buren exhibit and performance in Minneapolis. © DB-ADAGP Paris

New York, NY

CHAIM SOUTINE Born in Lithuania in 1893, Chaim Soutine moved to Paris at the age of 20 and spent the rest of his life in France, going into hiding (and then dying from a medical emergency) during World

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War II. Chaim Soutine: Flesh explores the Expressionist artist’s creative evolution through the lens of his searing paintings of animal carcasses, one of the most important parts of his oeuvre. His interest in this unsettling subject sprang both from

childhood memories involving the ritual slaughter of animals in the shtetl where he grew up and from the still lifes by Rembrandt, Chardin, and others that he later saw at the Louvre. He proved himself the worthy heir of these masters by introducing a

modern palette and dynamic compositions to the theme; the resulting works would in turn influence subsequent artists such as Francis Bacon, Willem de Kooning, and Damien Hirst. Through Sept. 16 at the Jewish Museum; thejewishmuseum.org.


AGENDA

Minneapolis, MN

DANIEL BUREN For more than five decades, the conceptual artist Daniel Buren has been using his signature 8.7-centimeter-wide vertical stripes to explore such ambitious topics as what art really is and how we perceive it. Central to this inquiry is his fascination with the interplay between works of art and their environment. He has melded the two by striping monuments, train stations, and other public spaces. Buren’s two-part Voile/ Toile – Toile/Voile (Sail/ Canvas – Canvas/Sail), a public performance and installation, makes its U.S. debut this month. The performance consists of a regatta featuring boats with striped sails; in the artist’s conception, the sails are paintings and the water their exhibition space. After the regatta, the sails will be repurposed into an outdoor installation. Regatta June 23 on Bde Maka Ska (formerly Lake Calhoun); installation June 26 through Oct. 8 at the Walker Art Center/ Minneapolis Sculpture Garden; walkerart.org.

Los Angeles, CA

LACQUER BOXES Among Marie-Antoinette’s most cherished belongings was her collection of Japanese lacquerware, the core of which was bequeathed to her by her mother, Empress Maria Theresa of Austria. Some of these exquisite objects, once reserved for the eyes of visitors to the opulent private salon known as the cabinet

doré, are now on view in A Queen’s Treasure from Versailles: Marie-Antoinette’s Japanese Lacquer. This focused show offers a unique sense of her refined taste and also highlights the remarkable skill of urushi masters of the mid-Edo period (c. 16811764). Through Jan. 6, 2019, at the Getty Center; getty.edu.

PERFORMING ARTS AND FILM Berkeley, CA

BERKELEY FESTIVAL The extensive program of the San Francisco Early Music Society’s 15th biennial Berkeley Festival and Exhibition includes “Un musicien de premier ordre – Marc-Antoine Charpentier,” with the 30-voice California Bach Society Chorus performing the composer’s Litanies de la Vierge and Missa Assumpta est Maria; “Nasty Women – French Baroque Cantatas of Retribution,” featuring LouisNicolas Clérambault’s Médée and Élisabeth Jacquet de la Guerre’s take on the story of Judith and Holofernes, along with instrumental works by Marin Marais and JeanMarie Leclair; “Musique à deux clavecins,” a program of Spanish, French, and German harpsichord music performed by two virtuosi of that instrument, Jory Vinikour and Philippe Leroy; and “The Big Wig—Sophisticated and Unexpected Music from the Courts of France and England,” showcasing compositions written under Louis XIV and Charles II.

June 3 through 10 at various venues; berkeleyfestival.org.

Chicago, IL

FAUST When New York’s Metropolitan Opera first opened its doors in 1883, it did so with a performance of Gounod’s then hugely popular Faust. Lyric Opera of Chicago and Portland Opera have teamed up for a new production of the work, now widely considered the composer’s masterpiece. Designed by Southern California visual artist John Frame, this innovative staging features sculpture and stopmotion animation. Directed by Kevin Newbury and starring Jonathan Boyd in the title role, Angel Blue as Marguerite, and Alfred Walker as Méphistophélès. In French with English titles. June 8 through 16 at Keller Auditorium; portlandopera.org.

U.S. Tour

ANCESTRAL MEMORIES Cuban saxophonist and percussionist Yosvany Terry and French jazz pianist Baptiste Trotignon collaborated on the 2017 album Ancestral Memories, which also features Terry’s brother Yunior on bass and Jeff “Tain” Watts on drums. Its ten tracks – five composed by Terry and five by Trotignon – celebrate the rich musical traditions originating from the African diaspora in the Caribbean and French Louisiana. This month, the Ancestral Memories Quartet performs in Brooklyn, NY; Washington, DC; Marlboro, NY; Boston,

MA; and Old Lyme, CT. June 15 through 23; for details, visit baptistetrotignon.com/ concerts.

Sacramento, CA

FILM FESTIVAL The 17th annual Sacramento French Film Festival screens an array of contemporary and classic pictures over two weekends. The lineup includes Godard mon amour (Redoubtable), Oscar-winning director Michel Hazanavicius’s (The Artist, 2011) humorous dramatization of the New Wave filmmaker’s relationship with his second wife, actress Anne Wiazemsky, during the political tumult of the late 1960s. Complementing this picture on the classic side is Godard’s own Le Mépris (Contempt, 1963), starring Brigitte Bardot, Michel Piccoli, and Jack Palance. Other contemporary selections include François Ozon’s daring erotic thriller L’amant double (Double Lover) and Xavier Legrand’s critically acclaimed debut feature film, the gripping domestic drama Jusqu’à la garde (Custody). June 15 through 17 and June 22 through 24 at the Crest Theatre; sacramentofrenchfilmfestival. org.

Seattle, WA

SAINT-SAËNS The Seattle Symphony presents Saint-Saëns’s grand Symphony No. 3 in C Minor, commonly known as the “Organ Symphony” because two of its four movements feature that instrument.

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AGENDA

The work premiered in London in 1886 under the direction of the composer, who claimed to have put his all into his creation. The main theme of the final movement has since become one of the familiar melodies of the classical canon, making its way into popular culture; movie-goers might recognize it from the family movie Babe. The composer’s Danse Macabre and Chopin’s Piano Concerto No. 2 complete the program. With British pianist Benjamin Grosvenor. Kazuki Yamada of the Orchestre

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Philharmonique de Monte Carlo conducts. June 28 through 30 at Benaroya Hall; seattlesymphony.org.

LOOKING AHEAD New York, NY

AMERICANS IN PARIS This year’s Mostly Mozart Festival includes Americans in Paris, with the resident orchestra performing a new edition of Gershwin’s An American in Paris and the overture to Bernstein’s

Candide under Louis Langrée’s baton. In keeping with the festival’s name, the program also includes plenty of Mozart – both his Piano Concerto No. 17, with guest soloist Emanuel Ax, and his rarely presented Adagio and Rondo in C minor, featuring the glass harmonica. Invented by Benjamin Franklin, this instrument consists of a series of glass bowls of descending size mounted on a pedalactivated spindle. Sound is produced by touching the spinning bowls with wet fingertips. July 24 and

25 at David Geffen Hall; lincolncenter.org. ■

For more information about French cultural events around the country, go to www.franceamerique.com/events. You can also submit your own events to the online calendar. Each listing must be received at least seven days before the event in question, and all submissions will be reviewed prior to publication.


CINEMA

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CINEMA

CUSTODY A PORTRAYAL OF DOMESTIC VIOLENCE

By Ariane Fert / Translated from French by Alexander Uff

Doublement primé à la dernière Mostra de Venise, le premier long métrage de Xavier Legrand s’immisce dans l’intimité d’un couple en procédure de divorce. Une œuvre saisissante entre documentaire, thriller et drame social. The first feature-length movie by Xavier Legrand offers an intimate depiction of a couple in the midst of a divorce, and picked up two awards at the last Venice International Film Festival. A striking work combining documentary, thriller, and social drama genres.

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CINEMA

L

e film s’ouvre sur une scène dans le bureau du juge. Miriam et Antoine Besson s’y affrontent par l’intermédiaire de leurs avocats respectifs. Le couple est en plein divorce. La tension est palpable. Miriam veut protéger Julien, leur fils âgé de 11 ans, en l’éloignant du père qu’elle accuse d’actes de violence. Elle demande la garde exclusive de l’enfant qui, dans une lettre adressée au magistrat, exprime, lui aussi, son désir de rester avec sa mère. Le père réfute les accusations de son ex-femme et se dit meurtri de ne plus voir son fils. Son avocate intervient, avance des arguments convaincants et le juge finit par accorder une garde partagée au père… À partir de ce prologue quasi documentaire, le film va se concentrer sur le drame intime de la famille Besson et se muer, suivant une progression implacable, en thriller. Harceleur et manipulateur, Antoine se révèle peu à peu être un danger réel pour ses proches. Il fait pression sur son fils pour lui soutirer des informations et maintenir une emprise sur son ex femme. L’enfant, tiraillé entre la peur et l’empathie vis-à-vis de son père, cherche à protéger sa mère. Peu à peu, l’étau se resserre. Otage de ses parents, Julien va tout faire pour empêcher le pire… Avec une mise en scène épurée, Xavier Legrand, qui dit avoir beaucoup regardé La Nuit du Chasseur de Charles Laughton et Shining de Stanley Kubrick, parvient à créer un climat d’anxiété allant crescendo jusqu’aux derniers plans, bouleversants. Le film doit également beaucoup à son casting. Denis Ménochet, jusqu’alors injustement cantonné dans des seconds rôles, incarne à la perfection cet homme bien plus tortueux qu’il n’en a l’air. Léa Drucker dans le rôle de la mère et Thomas Gioria, le fils, sont eux aussi excellents. Une première œuvre maîtrisée qui met en lumière les ressorts de la folie ordinaire et les violences qu’elle engendre au sein de la famille. Une révélation. ■ Sortie américaine : 29 juin Durée : 1h33 Réalisateur : Xavier Legrand Avec : Léa Drucker, Denis Ménochet, Thomas Gioria Distributeur américain : Kino Lorber 70

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he film opens with a scene set in a judge’s office. Miriam and Antoine Besson are going through the administrative and legal motions of their divorce, and are at loggerheads via their respective lawyers. The tension is palpable. Miriam is looking to protect their 11-year-old son Julien by taking him away from his father, whom she accuses of being violent. She requests sole custody of their child, who has also written a letter to the judge personally expressing his desire to stay with his mother. The father denies his ex-wife’s accusations and claims to be devastated at the prospect of never seeing his son. His lawyer steps in and puts forward some convincing arguments that persuade the judge to grant shared custody between the parents. Following this prologue, which could almost be taken from a documentary, the movie zooms in on the intimate drama playing out within the Besson family and develops unrelentingly into a thriller. Proving his capacity for harassment and manipulation, Antoine gradually shows himself to be a real danger to his loved ones. He pressures his son into divulging information and uses him to maintain his power over his ex-wife. Julien is torn between the fear of and empathy for his father, while also trying to protect his mother. The familial noose slowly tightens… Finding himself held emotionally hostage by his parents, Julien will do anything to stop the worst from happening… With his simple, elegant directing style, Xavier Legrand – who admits to having watched Charles Laughton’s The Night of the Hunter and Stanley Kubrick’s The Shining countless times – manages to cultivate an increasingly stressful environment right up to the final, overwhelming shots. The movie also owes a lot to its cast. Denis Ménochet, who has been unfairly confined to secondary roles until now, is the perfect embodiment of a man far more devious than he seems. Léa Drucker plays the mother alongside Thomas Gioria as her son, and both offer excellent performances. A masterful first work that shines a light on the reasons behind ordinary madness and the violence it can create within a family. A revelation. ■ U.S. release date: June 29 Running time: 93 mn Director: Xavier Legrand With: Léa Drucker, Denis Ménochet, Thomas Gioria U.S. distributor: Kino Lorber


CINEMA

U

Rodin

A

n siècle après sa mort, Auguste Rodin est le sculpteur le plus célèbre après MichelAnge. Il est difficile d’imaginer qu’en 1880, cet immense artiste alors âgé de 40 ans était encore un inconnu. Cette année-là, il reçoit sa première commande de l’État français : La Porte de L’Enfer, composée de sculptures dont certaines feront sa gloire comme Le Baiser et Le Penseur. Alors qu’il partage sa vie avec Rose, sa compagne de toujours, Rodin (Vincent Lindon) va rencontrer la jeune Camille Claudel (Izïa Higelin), son élève la plus douée qui devient son assistante, puis sa maîtresse. Ils vont vivre dix ans d’admiration commune et de travail complice, dix ans de passion, qui après la rupture les laisseront, l’un et l’autre, exsangues pour longtemps... Le 29e long métrage de Jacques Doillon (La femme qui pleure, La Pirate, La tentation d’Isabelle...) explore, avec rigueur, cette période qui constitue l’étape la plus inventive et tourmentée de la vie de Rodin. ■

century after his death, Auguste Rodin is the world’s most famous sculptor after Michelangelo. It is hard to imagine that this tremendous artist was still unknown at the age of 40 in 1880. However, that year he was commissioned for the first time by the French government. The result was The Gates of Hell, a group work comprised of different sculptures, some of which forged his reputation such as The Kiss and The Thinker. At the time, although still with his lifelong companion Rose, Rodin (Vincent Lindon) meets the young Camille Claudel (Izïa Higelin), his most gifted student who becomes his assistant and then his mistress. The pair spend ten years together. A decade of mutual admiration, complicit work, and passion. But their eventual separation leaves them both devastated for many years... This 29th feature-length movie from Jacques Doillon (The Crying Woman, The Pirate, The Temptation of Isabelle) rigorously explores the most inventive yet tormented period of Rodin’s life. ■

Sortie américaine : le 1er juin à New York et Los Angeles Durée : 1h59 Réalisateur : Jacques Doillon Avec : Vincent Lindon, Izïa Higelin, Séverine Caneele, Edward Akrout Distributeur américain : Cohen Media Group

U.S. release: June 1 in New York and Los Angeles Running time: 119 mn Director: Jacques Doillon With: Vincent Lindon, Izïa Higelin, Séverine Caneele, Edward Akrout U.S. distributor: Cohen Media Group

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THE OBSERVER

THE MOST ACCEPTABLE

 HYPOCRISY: WHATEVER HAPPEN ED TO POLITEN ESS? By Anthony Bulger I’m not rude, just French.” That’s how a large segment of the English-language media reported a recent case in which Guillaume Rey, a French waiter working in Canada, was sacked for allegedly being “aggressive, rude and disrespectful.” Responding, Mr. Rey described himself as “direct, honest and professional,” qualities he had learned while training in France’s hospitality industry. The incident unleashed a torrent of grievances, grumbles, and gripes from (largely Anglo-American) pundits about the reputed rudeness of French people, French police officers, French poodles, and – what the heck! –

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France in general. But are the French really so rude and disrespectful? And are Americans the paragons of social virtue that they’re often made out to be? These questions are the crux of a debate that the Rey affair has brought back into the limelight. Much has been made of a survey by the travel search firm Skyscanner ranking the world’s rudest nations, in which France came out top (or at the bottom, depending on how you look at it). Regardless of whether a survey garnering just over a thousand responses can be deemed wholly representative, it’s important to remember that the vast majority of the participants assimi-

lated Paris with France as a whole. Indeed, the journalist who published the Skyscanner findings acknowledged as much: “Parisians [are] just as rude to each other as they are to foreigners,” he wrote. “Outside of Paris – and even within the city – people can be as gracious as anywhere.” Most travelers, even unseasoned ones, are aware of the huge difference between the frenetic bustle of a metropolis and the slower, more hospitable pace of a provincial town. On my first trip to New York City, in the 1970s, I stopped someone to ask the way to the Guggenheim. “Get lost,” snapped the denizen. It was only when I replied

plaintively that I was lost that he deigned to point vaguely in an uptown direction that could have indicated Fifth Avenue, Hackensack, New Jersey, or even California. Rather than take umbrage, I reflected on my own tendency to ignore American tourists in Paris who ask me “Hey buddy, where’s the Louvre at?” without first saying hello. City dwellers are indeed a breed apart. The Parisian who responds to an innocent question with a shrug and a “J’sais pas, moi” is a kindred spirit to the Chicagoans who rolls their eyes and snaps “Nope, can’t help you.” (The newspaper Le Parisien once ran a brilliant series of TV ads


THE OBSERVER

caricaturing the capital’s uncivil citizens.1) And since most tourists seem to flock to big cities, they tend to extrapolate that narrow experience to an entire nation. Likewise, natives often judge a foreign country on the behavior of its visiting citizens. Seen from abroad, Americans are often perceived as “rude.” And there are, of course, rude Americans – just as there are rude Spaniards, Italians, or Brits. But whereas the latter nationalities are seen as a pain in the fundament, Americans are vilified immediately for being uncouth and impolite in the way they eat, dress, and talk. Or, as the old saying goes: “They’re overpaid and over here.” Conversely, from a visitor’s perspective, the French – especially the Parisians – are viewed as brusque, lacking in deference, and downright rude (or très direct, as they prefer to put it). Snooty waiters, ill-mannered taxi drivers, and boorish shop assistants are particular bugbears. So much

so that some tourists, notably those from Japan, apparently experience an emotional shock dubbed the “Paris Syndrome.” Sufferers experience delusions and hallucinations caused by the mismatch between an idealized Amélie-Poulainesque image of the capital and the harsh reality. Aware of this reputational problem, the municipal and regional authorities have acted. The response includes a “politeness manual” and a website to educate service industry workers in the ways of the foreigner2. Among the nuggets of useful information are that Americans call people by their first names and eat dinner at (the ridiculously early hour of) 6 p.m. They also expect so-called prestations full-service, or “full-service services,” a phrase that suggests a totally foreign concept to the French. Despite all these efforts, though, negative perceptions persist on both sides. One possible reason for the lack of mutual understanding is, of course,

Watch them here at https://www.youtube.com/ watch?v=zXdJudGGd2Q

1

2

language. In my experience, many American tourists abroad make little or no effort to learn even a smattering of a foreign tongue – or indeed to accept the fact than not everyone communicates in English. I’m not the only person to snub someone who visits my country without bothering to pick up a simple word like bonjour. (The loudmouth who accosted me on the Rue de Rivoli demanding directions to “that Sistine church place” may still be circling forlornly on the metro looking for the station I directed him to, called Ignare3.) By the same token, many French people balk at speaking English when in the U.S. because they’ve accepted the common, self-reinforcing view that Nous, les Français, on est nuls en langues étrangères4. On that score, though, things are changing thanks to improvements in language tuition and much wider exposure to AngloAmerican culture. Indeed, shop signs in Paris now proclaim: “English spoken (with French accent).” There is, however, a

broader issue in all this cultural misapprehension. The lack of civility that upsets foreign visitors to a country, be it France, the U.S. or anywhere else, pales in comparison to the locals’ own concerns about a loss of homegrown politeness. A recent survey entitled Civility in America found that incivility in the United States was turning into a national epidemic, with 70% of citizens saying it had reached crisis proportions. In France, several polls conducted recently by research institutes and journalists have revealed that impoliteness is the main source of stress, more so than debt or unemployment. So, what if the real problem was not pushy Parisian waiters or inyour-face New Yorkers but bad-mannered people in general? It’s time to make America and France polite again. After all, as an American writer once said, “Politeness is the most acceptable hypocrisy.” ■

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Ignoramus

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We French are lousy at languages.

http://doyouspeaktouriste.fr JUNE 2018 FRANCE-AMÉRIQUE

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THE WORDSMITH XXXX

DES MOTS ET DES VÊTEM ENTS Par Dominique Mataillet

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lus que toute autre catégorie de mots, ceux qui désignent les vêtements et les tissus nous font voyager dans le temps et dans l’espace. Pour commencer, ils sont nombreux à porter le nom d’une ville, d’une région, d’un pays, qui situent leur provenance. C’est très clair avec « astrakan », « cachemire », « shetland », « jodhpur », « tulle », « vichy », « jersey », « ulster », « bermuda » (les Bermudes en anglais), « madras », « damas », « brandebourg » (un ornement d’uniforme militaire), « panama », « fez », « caudebec » (variété de chapeau tirant son nom d’une ville de Normandie), « manille ». Et aussi « bikini », du nom d’un atoll du Pacifique. On comprend aisément l’origine de « saharienne », « canadienne », « cretonne » (Creton est une ville de l’Eure), « charentaises », « spartiates ». On ne sait pas toujours, en revanche, que les « poulaines », ces chaussures à bout long et recourbé, sont originaires de Pologne, que la « gaze » doit son nom à Gaza et la « mousseline » à Mossoul.

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Beaucoup d’entre nous ignorent aussi que « satin » vient de Tsia-Toung, l’ancien nom de la ville chinoise de Quanzhou, que les Arabes dénommaient Zaitûn, et que l’ « organdi » tire son nom de la ville d’Urgang, dans le Turkestan. Qui a en tête que Calicut, ville côtière du sud-ouest de l’Inde, a donné « calicot » tandis que Tweed est d’abord le nom d’un fleuve dont une partie du cours délimite la frontière entre l’Angleterre et l’Écosse ? Une autre série de termes, eux aussi nombreux, ont pour origine un patronyme. Comme le Royaume-Uni a longtemps excellé dans l’industrie textile, beaucoup sont britanniques. Parmi les personnages éponymes, on peut citer « cardigan », « spencer », « macfarlane », « raglan ». Sans oublier, bien sûr, « prince de Galles ». D’Italie sont venus « borsalino » ou encore « pantalon » (un personnage de comédie) ; d’Amérique du Sud « bolivar ». Quant aux termes « gibus », « godillot », « richelieu », « lavallière », ils ont été empruntés à des personnalités françaises. Il est des cas où l’origine du mot est

LE PANTALON « PATTE D’ÉLÉPHANT » A EU SON HEURE DE GLOIRE. LE TISSU « PIED-DE-POULE » (OU « PIED DE COQ ») LUI, EST INDÉMODABLE.

moins évidente. « Cravate » est une forme francisée de Croate. « Redingote » n’est rien d’autre qu’une adaptation de l’anglais riding coat, littéralement « manteau pour la monte ». Malgré sa sonorité anglaise, « duffle-coat » renvoie à une ville belge, Duffel, réputée au XIXe siècle pour sa production de laine très épaisse. « Anorak » est la transposition de l’inuit anoré, signifiant « vent », alors que « casaque » et « gilet » viennent des termes turcs kazak (« aventurier ») et yelek. Quant à


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« coton », « jupe » et « caban », ils sont issus des mots arabes kutun, djubbah et qaba (« tunique »). Parallèlement, le vocabulaire français a intégré tels quels quantité de noms de vêtements portés un peu partout à travers le monde : « sari », « mundu » (Inde), « kimono », « fundoshi », « hakama » (Japon), « sarong » (Indonésie), « dhoti » (Bengale), « boubou » (pays du Sahel), « cafetan » et « caraco » (Turquie), « babouche », « turban » et « tchador » (Perse), « burqa » (Afghanistan), « burnous », « gandoura », « haïk », « sarouel », « djellaba », « hijab », « abaya », « niqab » (pays arabo-musulmans). Le français a également assimilé des termes d’autres langues européennes tels l’allemand « loden », les espagnols « sombrero » et « boléro », le russe « chapka », les anglais « pull-over », « tee-shirt », « blazer » et « kilt ». Parfois, les animaux sont mis à contribution pour décrire telle ou telle caractéristique vestimentaire : « col cygne », « manches chauvessouris », « queue-de-pie », « slip kangourou ». Le pantalon « patte

d’éléphant » a eu son heure de gloire. Le tissu « pied-de-poule » (ou « pied de coq »), lui, est indémodable1.

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reuve que l’habillement a de tout temps été une préoccupation majeure des hommes et des femmes, les expressions idiomatiques qu’il a suscitées abondent. Parmi les plus courantes, « l’habit ne fait pas le moine » et sa variante par analogie « la robe ne fait pas le médecin ». « Habiller pour l’hiver » et « tailler un costume » (ou « une veste ») ont le même sens : dire des vilenies sur quelqu’un. « Être tiré à quatre épingles », c’est porter un soin extrême à sa tenue vestimentaire. « Se mettre sur son trente et un », qui a la même signification, a une origine incertaine. Probablement l’expression vient-elle, par glissement d’orthographe, de « trentain », un drap fin luxueux très en vogue au XVIIe siècle. On dit de quelqu’un qu’il est « collet monté » lorsqu’il est guindé et/ou pédant. Et qu’il « est de la jaquette » (ou « de la manchette »)

s’il est homosexuel. Comme « tourner casaque », « retourner sa veste » veut dire changer d’opinion ou de parti. « Prendre une veste » signifie subir une défaite alors qu’à l’inverse « battre à plate couture » est synonyme de victoire écrasante. « Une autre paire de manches » indique une difficulté supplémentaire. « Être dans de beaux draps » est une antiphrase pour dire qu’on est dans une situation difficile. « Filer un mauvais coton » signifie soit dépérir soit faire de mauvaises affaires. « Travailler du chapeau », c’est ne plus avoir toute sa tête alors que « porter le chapeau », c’est endosser la responsabilité d’une faute, en général à la place d’un autre. Et, bien sûr, la liste des expressions liées à l’habillement est loin de s’arrêter là. ■

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Sans compter les noms de fourrures :

« vison », « lapin », « renard », etc.

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4 (c) In fact, the whole question is about alternative names. Jacques Villon, the artist, was born Émile Duchamp and is the brother of the surrealist Marcel Duchamp. François Villon,

3 (b) The confectionery derives its name either from the Roman chef Dragius or from the Latin tragemata, meaning “candy.” Un dragonnier is a dragon tree, while un dragueur literally means “a dredger,” (and is the origin of the verb “to drag”). However, the word is also used in the familiar sense of “a womanizer”!

1 (a) Jean-Baptiste Donatien de Vimeur, le Comte de Rochambeau, commanded an expeditionary force dispatched by France to assist the American Continental Army in its fight against the British. Both of the other men also played a role in the Revolution: le Comte de Grasse was the commander of the French fleet at the Battle of Chesapeake; and the playwright Pierre de Beaumarchais delivered arms and supplies to the American rebels (in addition to writing revolutionary plays).

cloth decorated with complex vignettes, while le serge de Nîmes, named for the southern French town, is the origin of the English word “denim.”

born François de Montcorbier, was a poet in the Middle Ages; and Jacques Villeret, born Mohamed Boufroura, was an actor best known in France for his role in Le Dîner de Cons (remade in the U.S. as the movie Dinner for Schmucks ).

5 (c) La Valse (also known as Les Valseurs) is a bronze sculpture by Rodin’s fellow artist and lover Camille Claudel. The original work was made in the same year that her relationship with Rodin began, but later versions – including the one in the Rodin Museum in Paris – came to reflect her separation from him. The work was sold at auction in 2017 for 1.18 million euros ($1.4 million) to Camille Claudel’s greatniece.

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2 (b) In the 19th century, Vichy was home to a thriving textile industry renowned for its patterned cloth. La toile de Jouy, named for the town of Jouy-en-Josas, is a type of

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6 Another slightly tricky question. (b) is the expression used in France (one possible etymology is the bonus paid to Prussian soldiers seven times a year, in each 31-day month, if they were smartly turned out), whereas (a) is used in French-speaking Canada (the difference between the two figures is a matter of much conjecture). Lastly, (c) is presumed to be the original phrase because le trentain, a highquality material made with a hundred threads woven 30 times, was deemed the height of elegance. The English translation for all three phrases is “to be dressed up…to the nines”! ■

Gingham, the checked material, derives its name from Guingamp, the Breton city where it was originally manufactured. But what do the French call it? (a) La serge de Nîmes (b) Le Vichy (c) La toile de Jouy

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Speaking at a state dinner for Emmanuel Macron at the White House, President Trump cited Le Marquis de Lafayette (of course), and Victor Hugo. For good measure, he mentioned a third illustrious Frenchman. Who? (a) Le Comte de Rochambeau (b) Le Comte de Grasse (c) Pierre de Beaumarchais

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The 13th-century cathedral in Metz is world-renowned for its stained glass. Notable artists include Marc Chagall, Roger Bissière, and… (a) François Villon (b) Jacques Villeret (c) Jacques Villon

A common French idiomatic expression for being well-dressed is: (a) Se mettre sur son trente-six (b) Se mettre sur son trente-et-un (c) Se mettre sur son trentain

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Dragées are sugar-coated almonds traditionally given as gifts to guests at christenings, communions, and weddings. In Renaissance times, they were served in a special receptacle called… (a) Un dragueur (b) Un drageoir (c) Un dragonnier

Auguste Rodin is arguably the best-known sculptor after Michelangelo. All these famous pieces are associated with the artist, but only one is not his own work. Which is it? (a) Le Penseur/The Thinker (b) La Porte de l’Enfer/The Gates of Hell (c) La Valse/The Waltz (d) Le Baiser/The Kiss

NOW, SIT UP STRAIGHT AND PAY ATTENTION! Are you still paying close attention to the articles in France-Amérique? Let’s find out with another edition of our monthly quiz. As always, the aims are to check your understanding of our featured articles and test your broader knowledge of the history, culture, and language of France.

Quiz

By Anthony Bulger


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GAME

MOTS FLÉCHÉS BILINGUES / ARROW WORD PUZZLE

By Jérémy Arki - jarki@france-amerique.com

Mots anglais et mots français se mêlent dans cette grille. À vous de la remplir, sachant que : Les définitions en français, dans les cases rouges, appellent des mots anglais ; Les définitions en anglais, dans les cases bleues appellent des mots français.

Le mot à chercher est en français Le mot à chercher est en anglais

In this arrow word puzzle you have both English and French words that intersect. You must complete the grid keeping in mind that: Every clue in French, in the red box, calls for a word in English; Every clue in English, in the blue box, calls for a word in French.

Find the word in French Find the word in English

78

FRANCE-AMÉRIQUE JUNE 2018


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France-Amérique (June 2018)  

The Best of French Culture & Art de Vivre

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