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APRIL 2018

THE BEST OF CULTURE & ART DE VIVRE

SPOTLIGHT ALL ABOUT YVES ISLANDERS SAINT-PIERRE-ET-MIQUELON COMMUNITY FISC VS IRS

Guide TV5Monde

IDE S IN E UID

Volume 11, No. 4 USD 8.00 / C$ 10.60

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Piaf ! The Show

A Musical Celebration of Edith Piaf Starring Anne Carrere April 18–April 20, 2018 Buy Tickets at fiaf.org


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Président / President Guy Sorman Rédactrice en chef / Editor in Chief Guénola Pellen, 646.202.9830 gpellen@france-amerique.com Directrice exécutive / Executive Director Marie-Dominique Deniau mddeniau@france-amerique.com Directrice artistique / Art Director Marie Vasquez mvasquez@france-amerique.com Assistante direction artistique Assistant Art Director Charlène Colonnier ccolonnier@france-amerique.com Éditeur web / Web Editor Clément Thiery cthiery@france-amerique.com Journaliste / Journalist Juliette Démas jdemas@france-amerique.com Contributeurs / Contributors Jérémy Arki, Nicolas Blanc, Anthony Bulger, William Cloonan, Ariane Fert, Roland Flamini, Tracy Kendrick, Dominique Mataillet, Michele Scicolone, Jean-Luc Toula-Breysse Traducteurs / Translators Alexis Cornel, Samuel Todd, Alexander Uff Révision / Proofreader Marie-Nicole Elian

Jean Renoir sur le tournage d’Elena et les hommes, avec Mel Ferrer et Ingrid Bergman, 1956. Jean Renoir on the set of Elena and Her Men with Mel Ferrer and Ingrid Bergman, 1956. © René Burri/Magnum Photos

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Service clients / Customer Service French: 646.202.9828 English: 800.901.3731 franceamerique@icnfull.com

France-Amérique LLC 115 East 57th St, 11th Fl. NY, NY 10022 Abonnements / Subscription Fullfilment $89.99 par an/annually $149.99 pour 2 ans/for 2 years $200 abonnement de soutien 1 an/Supporter's subscription for 1 year Hors/Outside U.S.A.: +$35 for 1 year; +$56 for 2 years

800.901.3731 (appel gratuit/toll free) or 215.458.8551 PO Box 3110 Langhorne, PA 19047-9930 France-Amérique (ISSN 0747-2757) is published monthly by France-Amérique LLC at France-Amérique, 115 East 57th St, 11th Fl. New York, NY 10022. Periodical postage paid in New York, NY and additional mailing offices. POSTMASTER: send address changes to France-Amérique LLC, 115 East 57th St, 11th Fl. New York, NY 10022. Copyright 2018 by France-Amérique LLC. All rights reserved. France-Amérique is a registered trademark of France-Amérique LLC.

52 Bon Appétit

Le français, langue post-coloniale ? Is French a Post-Colonial Language?

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Publicité & Marketing Advertising & Marketing Julie Vanderperre, 646.202.9828 jvanderperre@france-amerique.com Kelsey Armstrong, 646.202.9829 karmstrong@france-amerique.com

Editorial

Chou rouge braisé & sélection vins Braised Red Cabbage & Wine Pairing

Iconic

56 Books

La Vache qui rit The Laughing Cow

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All the Buildings in Paris

58 Agenda

Sweet tooth

French Cultural Events in North America

Le pain d’épices de Dijon Dijon Gingerbread

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64 Cinema

Community

Un sac de billes A Bag of Marbles

Ces Français rattrapés par le fisc américain French Citizens in the Crosshairs of the IRS

70 Literature 24 Islanders

Le Passé Simple is Not So Simple

Saint-Pierre-et-Miquelon, un confetti français en Amérique Saint-Pierre-and-Miquelon, Scattered French Islands in America

72 The Observer Whither French Cuisine?

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36 Spotlight

The Wordsmith Fake news ou infox, les mots nouveaux

All About Yves

77 Quiz 48 Art Ce que les films de Jean Renoir doivent à son père What Jean Renoir’s Films Owe to His Father

78 Game Mots fléchés bilingues Arrow Word Puzzle

France-Amérique LLC, 115 East 57th St, 11th Fl. New York, NY 10022. Tel: 646.202.9828

© Olivier Tallec

Retrouvez-nous / Visit us at www.france-amerique.com Volume 11, No. 4 APRIL 2018 FRANCE-AMÉRIQUE

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EDITO

LE FR A NÇ A IS, L A NGUE POST-COLONI ALE ? IS FRENCH A POST-COLONIAL LANGUAGE?

By Guy Sorman / Translated from French by Alexis Cornel

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u mois de mars, sur instruction du gouvernement français, relayée par les ambassades, on célèbre la francophonie. Le mot a une résonance quelque peu barbare : pourquoi phonie et pas français tout simplement ? C’est que la francophonie a une double fonction : elle désigne l’usage de la langue par les non Français de France et en même temps, une institution internationale basée à Paris, l’Organisation internationale de la francophonie, à l’initiative du mois de la francophonie. La célébration laisse perplexe, car si on parle français, c’est en principe tous les jours. Il est étrange aussi que l’ordre de faire la fête du français vienne du haut et ne soit pas

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une initiative spontanée des acteurs culturels et linguistiques. Ceci illustre l’ambiguïté du terme francophone et de l’institution officielle supposée défendre notre langue. En quoi se distingue un écrivain francophone, par exemple, d’un écrivain français ? À son origine ethnique, à la couleur de sa peau ? Alain Mabanckou, romancier, né au Congo et professeur de français à l’université UCLA à Los Angeles, est-il francophone ou seulement de langue française ? Lui-même s’insurge contre cette distinction qui lui paraît remonter à l’ère coloniale. Il a récemment précisé, dans une lettre au Président Macron, qu’aux États-Unis les lettres françaises se défendent fort bien sans l’aide de l’État

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n March, pursuant to instructions by the French government as conveyed through its embassies, there is a celebration of “la Francophonie,” that is, the use of the French language by peoples who are not French. The term has a somewhat barbarous resonance: why “phonie” and not simply “francais”? In fact the term “Francophonie” has a double function: it designates the use of the language by those who are not from mainland France and, at the same time, an international institution based in Paris, the International Organization of La Francophonie, with its

“Francophonie Month” initiative. Such a celebration is perplexing, since a person who speaks French presumably does so every day. It is also strange that the order to celebrate French comes from above and is not a spontaneous initiative from cultural and linguistic agents. This illustrates the ambiguity of the term “Francophone” and of the official institution that is supposed to defend our language. What, for example, distinguishes a Francophone writer from a French writer? Is it his ethnic origin, or the color of his skin? Alain Mabanckou is a


EDITO

français ni de l’Organisation de la francophonie : « nombreuses, dit-il, sont les universités qui, de leur propre initiative, créent et font vivre des départements de langue française et nombreux sont les auteurs francophones publiés aux États-Unis ». J’ajouterai au propos d’Alain Mabanckou que, dans toute l’Amérique, prospèrent les écoles bilingues franco-américaines privées ; les parents d’élèves estiment qu’investir dans cette

ceux de la périphérie, de Bruxelles à Montréal et Abidjan parlent le « francophone » ?

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lairement, la francophonie, dont le siège est à Paris, est l’héritage ultime du passé impérial ; l’institution est la dernière forme de ce qui fut tour à tour l’Empire français, puis l’Union française et puis plus rien de tel. Sauver la francophonie, comme langue et comme institution, selon

Congo-born novelist and professor of French at UCLA. Is he a francophone author or simply one who writes in French? The author himself rejects this distinction, which he sees as a legacy of the colonial era. He recently pointed out, in a letter to President Macron, that in the United States French literature is doing just fine without the help of the French government

is a wise choice for their children.

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learly the concept of a “Francophonie” with Paris as its headquarters is ultimately a legacy of an imperial past; the institution is the last form of what was first the French Empire, then the French Union and finally nothing of the sort. To save Francophonie, Senegalese

SAUVER LA FRANCOPHONIE EXIGERAIT D’EN RETIRER LA GESTION AUX FRANÇAIS. éducation est un choix judicieux pour leurs enfants. Souleymane Bachir Diagne, un philosophe qui dirige le Département de littérature française à l’Université Columbia à New York, musulman et sénégalais, ne se perçoit pas non plus comme francophone : il se définit comme sénégalais de langue française. Vus de Paris, les chanteurs et écrivains québécois sont généralement qualifiés de francophones : devrait-on en conclure que les Français de métropole parlent français et que

Bachir Diagne, exigerait au moins d’en retirer la gestion aux Français de France. Certes, les secrétaires généraux viennent d’ailleurs, du Sénégal (Abdou Diouf), de l’Égypte (Boutros Boutros-Ghali), du Québec (Michaëlle Jean) mais c’est tout de même, vue de près, une bureaucratie franco-française : quitter Paris, ce serait le stade ultime de l’affranchissement de la décolonisation. Pour ma part, je serai plus radical encore que Bachir Diagne.

or of the Organization of La Francophonie: “There are,” he says, “many universities that have created and sustained French language departments by their own initiative, and many Francophone authors are published in the United States.” I would add to what Alain Mabanckou says the fact that throughout America bilingual private FrenchAmerican schools are prospering; the students’ parents think that investing in such an education

philosopher Souleymane Bachir Diagne argues, would require at least removing its leadership from the French of France. To be sure, the general secretaries of this organization have come from elsewhere: Senegal (Abdou Diouf), Egypt (Boutros Boutros-Ghali), and Quebec (Michaëlle Jean); but on closer inspection it still remains a Franco-French bureaucracy. Leaving Paris would be the ultimate stage of de-colonizing emancipation.

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EDITO

Il me semble que le terme même de francophonie est à bannir : si l’on me permet un exemple personnel, en ma qualité de membre du Board de la Maison française de New York University, je me suis opposé avec succès à la requalification du Département de culture française en « culture francophone ». Les membres américains du Board ont soutenu ma position, car francophone, qui n’a pas de sens en français, en a encore moins en anglais : intraduisible en vérité. Reste le destin de l’Organisation internationale de la francophonie : c’est évidemment un « machin » comme le Général De Gaulle le disait de l’ONU, ses dirigeants fussent-ils sympathiques et ses intentions louables. On observera tout de même que sa secrétaire générale actuelle, Michaëlle Jean, québécoise d’origine haïtienne, est régulièrement épinglée par la presse pour ses dépenses somptuaires. Ce n’est pas anecdotique mais une dérive propre à toute organisation publique dont l’objet est confus. Quitte à illustrer la langue française, mieux vaudrait soutenir la diffusion de TV5Monde, aider les écoles en français qui, en Afrique, sont parfois dépassées par les

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écoles anglaises, accorder des bourses aux étudiants de l’Afrique de l’Ouest et du Maghreb qui désormais préfèrent faire leurs études aux États-Unis plutôt que dans les universités françaises. Je lis aussi, dans les statuts de cette organisation, qu’elle agit pour la « promotion et l’effectivité des droits de l’homme ». Ce qu’elle n’a jamais fait : pire, la plupart des États membres sont des dictatures, en particulier en Afrique.

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t pour en finir avec cette francophonie institutionnelle, il conviendrait que soit enfin écrite une histoire vraie de l’impérialisme français. Trop de Français restent persuadés qu’en Afrique, voire dans l’ex-Indochine, on leur reste reconnaissant d’avoir apporté leur langue et leur civilisation. La vérité est que l’impérialisme français fut violent comme toute colonisation. Les jeunes générations en Afrique de l’Ouest, le principal foyer francophone en dehors de France, exigent que la vérité historique soit enfin rétablie. C’est sur la base de cette vérité que la langue française persistera, une langue à décoloniser dans cette partie du monde. ■

I myself would be still more radical than Bachir Diagne. It seems to me that the very term “Francophonie” should be banished. If I may be permitted a personal example, in my position as member of the Board of the Maison Française of New York University, I successfully opposed renaming the Department of French Culture “Francophone Culture.” The American members of the Board supported my position, because “Francophone” makes even less sense in English than in French – it is in fact untranslatable. What, then, of the fate of the International Organization of “La Francophonie”? It is evidently a “gimmick,” as General De Gaulle once said of the United Nations, however well-meaning its leaders and praiseworthy their intentions. And it should be noted as well that the current General Secretary, Michaëlle Jean, a Québécoise of Haitian origin, has been regularly criticized in the press for lavish expenses. This is not anecdotal but an excess endemic to any public organization without a clear purpose. Better ways to promote the French language would be to support the broadcast of TV5Monde, to help French

schools in Africa that are sometimes outstripped by English schools, or to grant scholarships to students in West or North Africa who now prefer to pursue their studies in the United States rather than in French universities. I also read in the statutes of this organization about the “promotion and implementation of human rights.” This is something that it has never done. And what’s worse is that most of its member states are dictatorships, especially in Africa.

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inally, to have done with this institutional Francophonie, it would be nice for someone to write a true history of French imperialism. Too many French people are still convinced that in Africa and even in the former Indochina people are grateful to them for having brought their language and their civilization. The truth is that French imperialism was violent, just like any other form of colonization. The younger generations in West Africa, the main site of Francophonie outside France, demand that the true history finally be told. It is on the basis of this truth that the French language will endure, a language that must be decolonized in this part of the world. ■


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ICONIC

e h q c u a i V r i a t L THE L AUGHING COW

By Guénola Pellen / Translated from French by Alexander Uff

Ce fromage fondu de forme triangulaire – mélange de comté, d’emmental, de gouda, d’edam et de cheddar – vendu dans sa petite boîte ronde, est le produit emblématique de l’enfance française. Sa version allégée est aussi un best-seller aux États-Unis où on le trouve dans les supermarchés sous le nom de Laughing Cow. La saga de la Vache qui rit débute en 1865 avec l’installation de Jules Bel comme maître affineur de gruyère à Orgelet (Jura). Le futur groupe Bel (Babybel, Kiri et Apéricube) n’est encore qu’une petite affaire familiale. Le fils, Léon Bel, ambitionne bien de transformer cette fabrique traditionnelle en une entreprise moderne mais ses rêves sont interrompus par l’irruption de la Première Guerre mondiale.

LA WACHKYRIE, UN PIED DE NEZ AUX ALLEMANDS Léon Bel est enrôlé dans la section de ravitaillement des soldats en viande fraîche. Pour remonter le moral des troupes, ces unités de cantines lancent un concours de mascottes afin de désigner l’insigne de leur bataillon. Celle de Léon Bel élit une vache hilare, créée par l’illustrateur Benjamin Rabier. Pour narguer les Walkyries, figures de la mythologie germanique et emblèmes de l’armée allemande, les soldats la baptisent « Wachkyrie ».

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These triangular cream cheeses combining comté, emmental, gouda, edam, and cheddar are actually a French invention, and known as La Vache Qui Rit. Sold in little round boxes, these snacks are part of fond childhood memories in France. The lighter version is also a best-seller in the United States, where it is sold in supermarkets as the Laughing Cow. The saga of La Vache Qui Rit (literally “the cow who laughs’’) began in France in 1865 when Jules Bel established himself as a master Gruyere cheese ripener in Orgelet (Jura). The company that went on to become the Bel group (which now owns Babybel, Kiri, and Apéricube) was a small family business at the time. Jules’ son, Léon Bel, had high hopes of transforming the traditional cheesemaking brand into a modern enterprise, but his dreams were dashed by the start of World War I.

A “WACHKYRIE” TO POKE FUN AT THE GERMANS Léon Bel was assigned to supplying the troops with fresh meat. In an effort to boost morale, the army’s canteen division launched a competition to choose a mascot for their battalion’s crest. Léon Bel’s regiment put forward a chuckling cow drawn by illustrator Benjamin Rabier. The soldiers quickly saw the humorous potential, and nicknamed it “Wachkyrie” in a mocking parody of the Valkyries – figures from Germanic mythology and emblems of the German armed forces.


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Après la guerre, Léon Bel reprend l’activité familiale. Il se lance dans la production et la commercialisation de fromage fondu, selon un procédé révolutionnaire inventé en Suisse quelques années auparavant, permettant au fromage de se conserver longtemps et à température ambiante. En 1919, il reçoit la partition d’un foxtrot humoristique composé par un ancien compagnon de régiment. Pour faire sourire ses amis, ce dernier a illustré sa partition avec le fameux dessin de Rabier. Une inspiration salutaire pour Léon Bel : en 1921, il dépose la marque « Vache qui rit » au tribunal de commerce. Non sans avoir dessiné en personne les premiers emballages sur lesquels un bovin sur pattes, toujours riant, qui dit : « Il n’est rien de donner son lait lorsqu’on sait qu’il est bien employé. »

After the war, Léon Bel returned to the family business. He began producing and selling melted cheese made using a revolutionary Swiss technique invented several years before. Thanks to the new method, cheese could be kept for longer and at room temperature. Then in 1919, he received the music score for a funny foxtrot dance written by a former regiment comrade. Hoping to make his friends laugh, the soldier had illustrated the score with Rabier’s drawing. The inspiration was immediate, and in 1921 Léon Bel patented the La Vache Qui Rit brand. He even personally drew the mascot on the first packaging, portraying it standing, laughing, and proclaiming: “Giving your milk is nothing when you know it’s put to good use.”

LÉON BEL, PRÉCURSEUR EN MARKETING

LÉON BEL, A MARKETING PIONEER

L’entrepreneur fait fabriquer une boîte métallique, bientôt remplacée par un emballage carton, pour conditionner son fromage en portions triangulaires. Benjamin Rabier retravaille son dessin de vache qui délaisse sa teinte brunâtre pour une robe rouge et un museau blanc. L’histoire dit que la femme de Léon Bel, pour la féminiser, a eu l’idée de lui mettre des boucles d’oreilles, qui représentent en abyme la boîte.

The businessman first used metal boxes, then cardboard packaging to present his cheese in triangular portions. Benjamin Rabier developed his original drawing of the cow, replacing its brown color with a red coat and a white muzzle. So the story goes, Léon Bel’s wife had the idea of making the cow more feminine by adding the now-iconic earrings in a metareference to the box itself.

Bel fait apposer son égérie sur de nombreux objets destinés aux enfants. Bien avant les héros de Disney, c’est une vache rouge qui orne les buvards, protège-cahiers et portemines. Elle fait aussi une apparition remarquée dans la caravane du Tour de France, de 1933 à 2009, et se présente même à l’élection présidentielle en 2012.

Léon Bel went on to use the logo to decorate a number of objects aimed at children. Long before the rise of Disney characters, the red cow was all the rage on blotting papers, book covers, and pencils. The bovine star was also featured in the Tour de France from 1933 until 2009, and even took part in the 2012 French presidential elections.

Sa candidature est déposée lors du Salon de l’agriculture, au nom du « Parti d’en rire ». Soutenue par son équipe de campagne, les habitants (virtuels) de la fabrique, elle se retire à la veille du premier tour. Depuis 2009, La Vache qui rit a aussi sa Maison, à Lons-le-Saunier (Jura), à la fois musée de la marque et centre d’exposition d’art contemporain.

It announced it was running for president at the Paris Agriculture Fair under the name of the Parti d’en Rire. Supported by its campaign staff – the (virtual) inhabitants of the factory – it pulled out of the race just before the first round of voting. La Vache Qui Rit also opened a space to the public in Lons-le-Saunier (Jura) in 2009, offering a museum recounting the brand’s history and a contemporary art exhibition center.

LE FROMAGE MINCEUR DES AMÉRICAINS Le groupe Bel s’attaque dès les années 1970 au marché nord-américain, en commençant par le Canada. Le succès est immédiat.

HEALTHY CHEESE SNACKS ENJOYED BY AMERICANS The Bel group set its sights on the North American market in the 1970s, starting with Canada where its products were an instant success.

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Mais aux États-Unis, la Vache qui rit a une concurrente : Elsie the Cow, propriété des fromageries Borden, star des produits laitiers américains et d’un cartoon populaire. Malgré un prix supérieur, la Vache qui rit snobe sa consœur et s’impose sur les étals américains comme produit gourmet. En 2005, un régime minceur à la mode, le South Beach Diet (ou régime Miami) mis au point par un cardiologue de renom, le docteur Arthur Agatston, préconise le fromage fondu français en version allégée, comme en-cas quotidien. Les boîtes de Laughing Cow, version light, s’arrachent dans les supermarchés. Nous sommes pourtant en pleine crise franco-américaine à la suite de l’intervention en Irak : pour éviter un boycott comme celui des freedom fries, on rebaptise le fromage « Creamy Swiss Original ». Mais à y regarder de plus près, l’Américain avisé découvre que c’est bien un drapeau tricolore, et non la croix helvète, sur le carton d’emballage…

TROIS USINES DE PRODUCTION AUX ÉTATS-UNIS La demande est alors multipliée par trois en quelques semaines. Pour approvisionner son usine Bel locale, dans le Kentucky, la fromagerie s’accommode de la législation réglementant les échanges commerciaux franco-américains. Elle exporte aux États-Unis non pas le fromage fondu original, base de la recette, mais un alias, non soumis au système des quotas. Cette aventure n’aura duré qu’une année à peine, mais elle aura permis à Bel d’augmenter de 30% sa production américaine. Kraft, le géant de l’agroalimentaire américain, mit un terme au phénomène en rachetant les droits du South Beach Diet. Les exemplaires du docteur Agatston ne font désormais plus mention de la Laughing Cow, incitant simplement le lecteur à consommer du fromage fondu. Aujourrd’hui, les usines américaines de Bel – à Leitchfield dans le Kentucky, Little Chute dans le Wisconsin, et à Brookings dans le Dakota du Sud – produisent encore la Vache qui rit, et d’autres produits Bel. On estime que près de 10% des foyers américains en consomment, sans nécessairement en connaître l’origine française. L’assimilation est totale. ■

However, the Group had to contend with a rival in the United States: Borden Cheese’s Elsie the Cow, who was the star of U.S. dairy products and even had her own cartoon show. Unruffled, the Laughing Cow snubbed its competition and established itself as a gourmet product at a higher price. In 2005, the fad diet known as the South Beach Diet developed by famed cardiologist Dr. Arthur Agatston, recommended the lighter version of the French melted cheese as a daily snack. The boxes of Laughing Cow light flew off the shelves. This success was however threatened by the FrenchAmerican crisis sparked by the invasion of Iraq. In an effort to avoid a boycott similar to the “freedom fries” affair, the cheese was rechristened Creamy Swiss Original. But any American consumer looking closely enough would notice that the tricolor flag – and not the Swiss cross – was still displayed on the packaging…

THREE PRODUCTION SITES IN THE UNITED STATES Driven by the South Beach Diet, demand increased threefold in just a few weeks. Bel had to adapt to the legislation governing French-American trade in order to keep up supply to its local factory in Kentucky. The Group began exporting a slightly different version of the melted cheese under the new name, thereby avoiding the quota systems. This initiative barely lasted a year, but led Bel to boost its U.S. production by 30%. American food giant Kraft finally put an end to the frenzy when it acquired the rights to the South Beach Diet. The book by Dr. Agatston no longer mentions the Laughing Cow, but simply encourages consumers to eat melted cheese. Today, the American Bel factories – Leitchfield in Kentucky, Little Chute in Wisconsin, and Brookings in South Dakota – continue to produce the Laughing Cow and other Bel products. It is currently estimated that almost 10% of U.S. households enjoy this cheese, without necessarily being aware of its French origins. The assimilation is complete! ■

Affiche publicitaire pour la Vache qui rit, d’après un dessin de Benjamin Rabier, 1927. Poster for La Vache Qui Rit based on a drawing by Benjamin Rabier, 1927. 10

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Le pain d’epices de Dijon DIJON GINGERBREAD

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By Jean-Luc Toula-Breysse / Translated from French by Alexander Uff

Dijon est célèbre pour sa moutarde, un peu moins pour sa crème de cassis et son pain d’épices. Sous la forme d’un pavé moelleux à trancher ou d’un petit pain glacé fourré à la confiture, ce gâteau au miel embaume depuis quatre cents ans les marchés de Noël et les souvenirs d’enfance des habitants de l’Est de la France. Dijon is renowned for its mustard, although not as well known for its crème de cassis and its gingerbread. Presented as irresistibly squishy slabs waiting to be sliced, or alternatively as small, glazed bites filled with jam, this honey-based cake has been a staple of Christmas markets and childhood desserts in Eastern France for 400 years.

’est la Grande Encyclopédie (1885) qui le dit : « En France, le pain d’épices le plus renommé pour sa finesse est celui de Dijon ». La fabrication de ce gâteau est très ancienne. Les Européens y auraient goûté pour la première fois lors des croisades en Orient. Le pain d’épices serait originaire de Chine et semblait déjà apprécié sous la dynastie des Tang (618907). Dans leur cavalcade, les troupes mongoles de Gengis Khan transportaient cet aliment hautement énergétique dans leur besace avant de le faire découvrir aux Perses, aux Turcs et aux Arabes. Il faut attendre le XIVe siècle pour que le pain d’épices arrive en Europe, rapporté par les croisés. À Reims, Dijon et Strasbourg, les premiers maîtres pain d’épiciers s’installent et prospèrent.

ccording to the Grande Encyclopédie (1885), “In France, the gingerbread best-known for its delicacy is made in Dijon.” The origins of this cake are ancient, and Europeans supposedly tasted it for the first time during crusades in the East. Gingerbread is said to have been invented in China, and was enjoyed as far back as the Tang Dynasty (618-907). The Mongol troops led by Genghis Khan transported the highly calorific substance in their saddlebags, and helped introduce it to the Persians, the Turks, and the Arabs. However, it was not until the 14th century that gingerbread arrived in Europe, brought back by the crusaders. The first master gingerbread artisans appeared in Reims, Dijon, and Strasbourg, and quickly prospered.

Très apprécié au Moyen Âge, le « gâteau de miel » est aussi célébré à Paris où une foire aux pains d’épices, ancêtre de la foire du Trône, voit le jour au XIIe siècle.

This “honey cake” was also wildly popular in Paris during the Middle Ages, and a gingerbread fair was even created in the capital – a precursor to the modern Foire du Trône fairground – in the 12th century.

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Dijon comptait une douzaine de fabriques de pain d’épices à la fin du XIXe siècle. La maison familiale Mulot & Petitjean, fondée en 1796, est la dernière à perpétuer la préparation traditionnelle du pain d’épices. Les ingrédients sont la farine de froment, le miel, le sucre, l’anis et les jaunes d’œufs. En Alsace, le seigle remplace le blé et l’on ajoute de la cannelle. Le miel est un ingrédient essentiel de la recette originale. Hélas de nos jours d’autres produits sucrants entrent dans la composition, cette friandise doit donc être consommée avec modération. Dans la boutique historique de Dijon, les habitués dégustent le pain d’épices en tranches ou se délectent de nonnettes, petits pains d’épices glacés, parfois fourrés à la confiture d’orange, de cassis, de framboise… Comme l’indique leur nom, elles étaient confectionnées autrefois par des religieuses. L’été dernier, la boutique a inauguré son musée pour livrer quelques secrets de fabrication et proposer aux visiteurs un voyage gustatif. On y apprend que le pain d’épices peut s’apprécier à tout moment de la journée et se mange à toutes les sauces : il peut être dégusté toasté avec du foie gras, ou accompagner un poulet à la crème, des aiguillettes de canard ou des fromages de caractère. Selon Catherine Petitjean, présidente de l’entreprise familiale, le mieux est encore de le consommer à l’apéritif, avec « un peu de fromage de chèvre et un verre de Savigny-lès-Beaune, un Bourgogne rouge. » ■

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Dijon was already home to around a dozen gingerbread bakeries by the late 19th century. And the family-run company Mulot & Petitjean, founded in 1796, is the last one to still prepare this specialty according to the traditional recipe and method. The ingredients used are wheat flour, honey, sugar, aniseed, and egg yolk. However, there are variations. For example, in Alsace it is customary to replace the wheat flour with rye and add cinnamon. But regardless of the ingredients, honey remains an essential part of the original recipe. Unfortunately, nowadays other sweeteners are used in commercially-made gingerbread, and this delectable treat should therefore be enjoyed in moderation. In the original boutique in Dijon, regulars enjoy gingerbread in slices while others tuck into iced gingerbread bites known as “nonnettes” which are sometimes filled with jams such as orange, blackcurrant, and raspberry. Their name literally means “young nun,” and they were in fact once made in convents. The store also inaugurated its museum last summer, offering visitors a chance to discover its manufacturing secrets throughout a culinary adventure. The exciting information includes the fact that gingerbread can be enjoyed at any moment of the day, and in a variety of different ways! Whether toasted with foie gras, or served with cream chicken, thin duck strips, or bold cheeses, the possibilities are endless. According to Catherine Petitjean, CEO of the family business, the very best way is to sample gingerbread for the aperitif, served with “a bit of goat cheese and a glass of Savigny-lès-Beaune, a Burgundy red wine.” ■

Boutique de pain d’epices Mulot & Petitjean

Le musee Fabrique Mulot & Petitjean

13, place Bossuet, Dijon. Tel. : +33 (0)3 80 30 07 10. www.mulotpetitjean.fr

6, boulevard de l’Ouest, Dijon. Tel. : +33 (0)3 80 66 30 80. accueil@mulotpetitjean.fr

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CES FRANÇAIS RATTRAPÉS PAR LE FISC AMÉRICAIN 16

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FRENCH CITIZENS IN THE CROSSHAIRS OF THE IRS By Clément Thiery / Translated from French by Alexander Uff

Français au regard du fisc mais Américains aux yeux de l’IRS, les « Américains accidentels » sont les victimes collatérales d’un traité contre l’évasion fiscale, la loi FATCA, appliquée en France depuis 2014. Cette situation concerne plusieurs dizaines de milliers de Franco-Américains menacés de redressement fiscal. L’Association des Américains Accidentels défend ces contribuables involontaires. Seen as French by the tax authorities in France, but U.S. citizens in the eyes of the IRS, “accidental Americans” have fallen victim to the FATCA agreement passed to fight tax avoidance and enforced in France since 2014. This situation affects tens of thousands of French-Americans, who are now being threatened with tax adjustments. The Association des Américains Accidentels was founded to defend these unwitting taxpayers.

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u premier courrier de sa banque, le Parisien Fabien Lehagre choisit de « faire l’autruche ». Il ignora la lettre de la BNP Paribas et oublia les deux formulaires portant l’en-tête de l’Internal Revenue Service (IRS), le fisc américain. Le Français né en Californie découvre, à l’aube de ses trente ans, qu’il est contribuable américain et que Washington lui réclame une déclaration de revenus annuels. « Je n’ai pas vécu aux États-Unis depuis l’âge de dix-huit mois », s’indigne le responsable commercial, ajoutant qu’il parle « très mal » anglais. « On marche sur la tête. » Cette situation qui affecte notamment les enfants d’expatriés nés aux États-Unis s’explique par les singularités de la législation américaine. Selon le droit du sol, inscrit au 14e Amendement de la Constitution, il suffit de naître dans l’un des cinquante États, à Porto Rico, à Guam ou dans les Îles Vierges pour devenir citoyen américain. Les États-Unis sont aussi le seul pays au monde avec l’Érythrée à fonder le statut de contribuable sur la nationalité plutôt que sur la résidence. Où qu’il se trouve, tout citoyen américain peut donc être appelé à payer des impôts aux États-Unis. Ce principe ne posait pas problème avant que les banques du monde entier ne démocratisent l’échange d’informations. Les Franco-Américains installés aux États-Unis déclaraient leurs revenus à l’IRS et ceux installés en France au Trésor public. À chaque pays ses contribuables. Le « cauchemar fiscal » des binationaux a commencé le 18 mars 2010, date de ratification par le Congrès américain de la loi FATCA (Foreign Account Tax Compliance Act). Arme dans la lutte contre l’évasion fiscale et le crime organisé, cette disposition vise à identifier les personnes de nationalité américaine résidant à l’étranger et à s’assurer qu’elles ont bien déclaré leurs revenus auprès de l’IRS.

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hen he received the first letter from his bank, Parisian Fabien Lehagre chose to “stick his head in the sand.” He ignored the message from BNP Paribas, and completely forgot about the two forms bearing the letterhead of the IRS (Internal Revenue Service). The Californian-born Frenchman discovered, just before his 30th birthday, that he was officially an American taxpayer. As a result, Washington demanded a declaration of his yearly income. “I haven’t lived in America since I was 18 months old,” exclaims the sales manager, before adding that his spoken English is “awful” and that the whole situation is “backwards.” This situation mainly affects expats’ children born in the United States, and has been created by the particularities of U.S. legislation. In line with the right to citizenship by birth, written into the 14th Amendment to the Constitution, being born in any of the 50 U.S. states, Puerto Rico, Guam, or the Virgin Islands is enough to make you American. The United States is also the world’s only country – along with Eritrea – to base taxpaying status on nationality instead of residence. Wherever they may find themselves, all American citizens can be called on to pay taxes in the U.S.A. This principle was unproblematic before the world’s banks began sharing information. FrenchAmericans living in the United States declared their income to the IRS, while those living in France declared theirs to the Trésor Public. Both countries kept their taxpayers to themselves. But a “tax nightmare” for binational citizens began on March 18, 2010, when the U.S. Congress passed FATCA (Foreign Account Tax Compliance Act). Developed as a weapon in the fight against tax avoidance and organized crime, the act aimed to identify American citizens living abroad and ensure they were declaring their income to the IRS.


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LES EXIGENCES DU FISC

THE DEMANDS OF

AMÉRICAIN

THE AMERICAN TAXMAN

Depuis l’entrée en vigueur de la loi FATCA en France, le 29 septembre 2014, les banques françaises sont tenues de signaler à Washington leurs clients qui présentent un « indice d’américanité » : un passeport, un lieu de naissance, une adresse ou un numéro de téléphone américain. Sont aussi concernées, précise la banque française Natixis, les personnes qui « transfèrent des fonds vers les États-Unis » ou donnent « procuration à une personne ayant des indices d’américanité ».

Since FATCA entered into force in France on September 29, 2014, French banks have been obliged to inform Washington of any clients who have certain “indicia of U.S. person status.” These include an American passport, birthplace, address, or telephone number. And according to French bank Natixis, those also include people who “transfer funds to the United States,” or “authorize someone with indicia of U.S. person status” to do so.

En novembre 2014, la BNP Paribas demande donc à Fabien Lehagre de « confirmer ou d’infirmer » par courrier son statut de « personne américaine ». Né à Mountain View, dans la Silicon Valley, le Franco-Américain ne possède pas de Social Security Number, le numéro national d’identification utilisé par les administrations et les banques aux États-Unis. Il est incapable de remplir le formulaire exigé par l’IRS. À défaut de réponse, précise la BNP Paribas, ses revenus et l’activité de ses comptes seront automatiquement communiqués à l’administration fiscale américaine.

In November 2014, French bank BNP Paribas therefore asked Fabien Lehagre to send a letter “confirming or disproving” his status as a “U.S. person.” The French-American was indeed born in Mountain View, in Silicon Valley, but has no Social Security Number, and was incapable of filling out the forms demanded by the IRS. However, BNP Paribas warned him that a lack of response would lead the bank to send all information concerning his accounts to the American tax authorities.

Après une année de démarches auprès de l’ambassade américaine à Paris, Fabien Lehagre obtient finalement un Social Security Number mais reste malgré lui dans l’illégalité. Pour être en conformité avec l’IRS, les contribuables américains résidant à l’étranger sont tenus de déclarer leurs revenus des trois derniers années et l’activité de leurs comptes sur les six dernières années. « J’ai pris le parti de ne pas suivre cette procédure », déclare Fabien Lehagre. « J’estime que je suis français et il est hors de question que je rentre dans le système fiscal américain. »

PLUSIEURS DIZAINES DE MILLIERS DE CAS EN FRANCE Le casse-tête des binationaux américains est international. Ils seraient un million au Canada et 200 000 au Royaume-Uni. Et lusieurs dizaines de milliers de Franco-Américains seraient en conflit avec l’IRS.

After a year of back-and-forth with the U.S. embassy in Paris, Fabien Lehagre finally obtained a Social Security Number. However, he was still technically breaking the law. In order to respect IRS regulations, American taxpayers living abroad are obliged to declare their income for the last three years, and their bank account activity for the last six years. “I decided to not follow this procedure,” says Fabien Lehagre. “I consider myself to be French, and there is no way I am going to become part of the American tax system.”

TENS OF THOUSANDS OF CASES IN FRANCE The awkward situation experienced by binational Americans is one of international proportions. There are said to be one million cases in Canada, 200,000 in Britain, and tens of thousands of French-Americans are now battling it out with the IRS.

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Nés aux États-Unis de parents expatriés ou nés en France de parents américains, ils se sont regroupés au sein de l’Association des Américains Accidentels (AAA). L’association regroupe 390 membres. Son président, Fabien Lehagre, observe que « chaque nouvelle campagne d’envoi de courriers de la part des banques françaises se traduit par un pic d’adhésions ». Tom Wallis, né à Paris d’une mère française et d’un père new-yorkais, a rejoint l’association suite à la vente de son entreprise. Sur la plus-value de cette vente, l’État français a prélevé 160 000 euros de contribution sociale généralisée (CSG), un impôt sur les revenus français. Le fisc américain, ne considérant pas la CSG comme un impôt, réclame aussi son dû : l’entrepreneur franco-américain doit à l’IRS la somme de 115 000 dollars. « Mon entreprise est française, mon argent a été gagné en France », se défend le Franco-Américain. « Je refuse de payer cette somme injuste. » Nombre d’Américains accidentels se trouvent dans cette situation. Une convention signée en 1994 limite la double-imposition des binationaux mais ne couvre pas tous les cas de figure. La CSG et la contribution pour le remboursement de la dette sociale (CRDS) ne sont pas des impôts sur le revenu, mais des contributions sociales. À ce titre, elles ne bénéficient pas des crédits d’impôts prévus par la convention fiscale signée par la France et les États-Unis. Sont aussi assujettis à l’impôt américain sans déduction possible la plus-value sur la vente d’une résidence principale, les dividendes, et les bénéfices d’un contrat d’assurance-vie.

LA MÉFIANCE DES BANQUES FRANÇAISES Les tracas des Américains accidentels ne s’arrêtent pas là. Depuis le passage de la loi FATCA, témoigne Fabien Lehagre, les banques françaises « se méfient de leurs clients franco-américains ». Une banque française se défend : « à partir du moment où un client respecte les règlementations en vigueur, il n’y a pas de raison que nous refusions de lui ouvrir un compte ». Le dilemme des Américains accidentels : la procédure « simplifiée » qui permet de se mettre en conformité avec l’IRS est longue et coûteuse.

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Having been born in the United States to expat parents, or in France to American parents, many of these people are now members of the AAA (Association des Américains Accidentels). The association currently has 390 members. Fabien Lehagre is the group’s president, and has noticed that “every new wave of letters sent by French banks is followed by a rise in the number of members.” Tom Wallis was born in Paris to a French mother and an American father, and joined the association after selling his company. Based on the capital gains from the sale, he paid the French government 160,000 euros in CSG (Contribution Sociale Généralisée), a form of French welfare tax. However, as the IRS does not consider the CSG to be a tax, it demanded the FrenchAmerican businessman pay an additional 115,000 dollars. “My company is French, and I earned my money in France,” says Tom Wallis. “I refuse to pay this unfair amount of money.” Many accidental Americans find themselves in this situation. A 1994 agreement limits the doubletaxation of binational citizens, but fails to take every possible scenario into account. The CSG and another French tax known as “social debt reimbursement” are not technically income taxes, but rather social contributions. As a result, they do not benefit from the tax credits set out by the fiscal agreement signed by France and the United States. In the current situation, the capital gains on the sale of a primary residence, dividends, and pay-outs on life insurance contracts are all taxable, without qualifying for any deduction.

SUSPICION FROM FRENCH BANKS But the plight of accidental Americans does not stop there. Since FATCA came into force, Fabien Lehagre has observed that French banks are “suspicious of their French-American customers.” Contacted on the subject, a French bank denied these claims, stating that “as long as customers respect current regulations, there is no reason for us to refuse them opening an account.” Accidental Americans are also faced with another dilemma; the “streamlined” procedure that enables them to conform to IRS regulations is long and expensive.


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Une majorité de binationaux choisissent donc de demeurer illégaux selon les critères de Washington et de leur banque. Les clients nés aux États-Unis sont aussi refusés par les banques en ligne. « La présence d’un indice d’américanité ne permettra pas de donner une suite favorable à [une] demande d’ouverture de compte ou de crédit », indique Boursorama. Pour la même raison, la banque en ligne ING Direct a clôturé le compte assurance-vie de Marilyn WilesMooij, née « par hasard » à Atlanta d’une mère bretonne et d’un père britannique. Certains binationaux se sont vu refuser un prêt. D’autres ont eu des problèmes de succession. Les sites de courtage en ligne et nombre de produits financiers sont également interdits aux Franco-Américains. C’est le cas des placements de type SICAV (société d’investissement à capital variable), FCP (fond commun de placement) ou OPCVM (organisme de placement collectif en valeurs mobilières). Pour percevoir l’intéressement auquel il a droit dans le cadre de son travail, un membre de l’Association des Américains Accidentels né sur la Côte Ouest est contraint de dissimuler sa double nationalité : dans sa déclaration, il atteste qu’il n’est pas contribuable américain.

L’IRS, « UNE ÉPÉE DE DAMOCLÈS » « Le seul fait d’avoir un indice d’américanité en France est discriminant », témoigne le président de l’AAA. Nombre d’Américains accidentels disent être « stressés », « inquiets » et « anxieux ». Ils refusent de se rendre aux États-Unis tant que leur statut ne sera pas régularisé. « Nous vivons avec une épée de Damoclès au-dessus de notre tête », lâche Marilyn Wiles-Mooij. Aucun Américain accidentel n’a encore été inquiété par la justice américaine. « Pour le moment, c’est discret », tempère Fabien Lehagre. « Les personnes qui en ont assez des discriminations se mettent en conformité avec l’IRS : elles acceptent de longues et coûteuses démarches et acceptent si nécessaire de payer des impôts aux États-Unis. » Si les banques françaises ignorent les requêtes de l’IRS et refusent de signaler leurs clients binationaux, elles s’exposent à une amende de 30% sur leurs flux émanant des États-Unis.

Most binational citizens therefore prefer to remain in breach of the law in the eyes of Washington and their banks. Customers born in the United States also find themselves refused by online banks. “The existence of an indicia of U.S. person status means we cannot authorize the opening of an account or line of credit,” says Boursorama. The same reasons were cited by online bank ING Direct when it closed the life insurance account owned by Marilyn Wiles-Mooij, a woman born “by chance” in Atlanta to a Breton mother and a British father. Some binational citizens have also been refused loans, while others have encountered problems with their inheritance. Online brokerage sites and a number of financial products are also off-limits to French-Americans, including openended funds (SICAVs), common funds (FCPs) and Undertakings for Collective Investment in Transferable Securities (UCITS). One member of the AAA born on the West Coast of the U.S.A. is forced to hide his dual nationality in order to receive profit-sharing bonuses paid as part of his work. When declaring his taxes, he states that he is not an American taxpayer.

THE “SHADOW” OF THE IRS “Just having an indicia of U.S. person status in France is enough to cause problems,” says the president of the AAA. Many accidental Americans say they are “stressed,” “worried,” and “anxious,” and refuse to travel to the United States while their status remains unresolved. “We are living in the shadow of the IRS,” says Marilyn Wiles-Mooij. For the time being, no accidental American has had to deal with the U.S. justice system. “It’s discreet for now,” says Fabien Lehagre. “Those who are tired of this discrimination have complied with the IRS regulations, accepting long, expensive procedures and, if necessary, agreeing to pay tax in the United States.” If French banks ignore requests from the IRS, and refuse to pass on information about their binational clients, they expose themselves to fines of 30% on profits generated in the United States.

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La loi FATCA sanctionne l’extraterritorialité du droit américain. « C’est inadmissible que les entreprises françaises bafouent les droits de leurs clients pour respecter une loi américaine. »

APPEL AUX SOUTIENS POLITIQUES Fabien Lehagre s’est entretenu avec des responsables du ministère des Affaires étrangères, du ministère des Finances et du bureau du Premier ministre. Plusieurs parlementaires ont offert leur soutien. Marc Le Fur, député (Les Républicains) des Côtes-d’Armor et vice-président de l’Assemblée nationale, et Jacky Deromedi, sénatrice (Les Républicains) des Français établis hors de France, ont proposé une résolution invitant le gouvernement à se saisir du dossier. Roland Lescure, député (La République en marche) représentant les Français d’Amérique du Nord, a discuté de la loi FATCA avec deux cadres de l’IRS le 13 octobre dernier. Le groupe parlementaire LREM a appelé le Premier ministre Édouard Philippe à engager « une action diplomatique forte » en soutien aux Américains accidentels. Ce dernier s’est engagé à « poursuivre le dialogue » avec les États-Unis, mais ce n’est pas encore assez pour Fabien Lehagre.

RENONCER GRATUITEMENT À LA CITOYENNETÉ AMÉRICAINE Les Américains accidentels souhaitent aujourd’hui être exonérés de leurs obligations envers l’IRS ou, le cas échéant, renoncer gratuitement à leur citoyenneté américaine. Une démarche de plus en plus fréquente : 5 036 Américains ont renoncé à leur citoyenneté en 2017, contre 1 534 en 2010. La procédure coûte 2 350 dollars et jusqu’à 20 000 euros de frais d’avocat. « Je n’ai pas les moyens de payer pour renoncer à ma nationalité », proteste Renaud B., né dans l’État de New York lorsque son père était employé par IBM. Ce professeur de mathématiques consacre son temps libre à l’AAA. Il a écrit aux soixante-quatre députés de la région Auvergne-Rhône-Alpes où il réside. Les autres membres de l’association agissent de même dans leur région.

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FATCA authorizes the application of U.S. law beyond American borders. But in the eyes of Marilyn Wiles-Mooij, “it is unacceptable for French companies to trample their customers’ rights in order to respect an American law.”

A CALL FOR POLITICAL SUPPORT Fabien Lehagre has met with high-ranking officials from the French Ministry for Foreign Affairs, the Ministry for Finance, and the Office of the Prime Minister. Several members of the National Assembly have also offered their support. A resolution inviting the government to review the case has been put forward by Marc Le Fur, a member of the Les Républicains party, a representative for the Côtes-d’Armor département and vice-president of the National Assembly, and Jacky Deromedi, a senator for French citizens residing outside of France. Roland Lescure (La République en Marche), a representative for French citizens residing overseas (North American constituency), discussed the issues surrounding FATCA with two senior IRS officials on October 13, 2017. His party also called on Prime Minister Édouard Philippe to launch “solid diplomatic action” in support of the accidental Americans. Philippe has committed to “pursuing a dialogue” with the United States, but it is still not enough for Fabien Lehagre.

RENOUNCING U.S. CITIZENSHIP FOR FREE An increasing number of accidental Americans are now looking for exemption from any tax obligation to the IRS, or, if necessary, to renounce their U.S. citizenship free of charge. Some 5,036 Americans gave up their citizenship in 2017, compared with 1,534 in 2010. But the procedure costs 2,350 dollars, and up to 20,000 dollars in legal fees. “I can’t afford to renounce my nationality,” says Renaud B., born in New York State when his father was working for IBM. Now employed as a math teacher, he spends his free time working with the AAA. He has written to the 64 representatives in the Auvergne-Rhône-Alpes region where he lives, and the other members of the association have done the same in their respective regions.


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RENONCER À SA CITOYENNETÉ AMÉRICAINE, These appeals to politicians Peu de démarches ont UNE PROCÉDURE DE PLUS EN PLUS FRÉQUENTE have born little fruit. “The abouti à ce jour. « Le proTHE INCREASINGLY FREQUENT DECISION TO problems faced by binational blème des binationaux RENOUNCE U.S. CITIZENSHIP citizens are not yet serious n’est pas encore assez enough for the government important pour que l’État to get involved,” says the s’en saisisse », regrette Renoncements recensés 2007 : 470 2013 : 2 999 AAA. But a fault found par le département du l’AAA. Mais la découverte 2008 : 231 2014 : 3 415 Trésor américain et l’IRS in the FATCA agreement d’une faille dans l’accord entre 2007 et 2017 2009 : 742 2015 : 4 279 has brought the accidental FATCA encourage les AméRenouncements 2010 : 1534 2016 : 5 411 Americans hope. A legal ricains accidentels : une recorded by the 2011 : 1781 2017 : 5 036 U.S.department of the study published in September étude juridique publiée en Treasury and the IRS 2012 : 932 2017 concluded that the septembre 2017 conclut between 2007 and 2017 law – which authorizes the que la loi, qui sanctionne exchange of banking information in the United States – l’envoi d’informations bancaires aux États-Unis, n’est ni is not reciprocated by nor in compliance with French and réciproque ni conforme au droit français et européen. European law. These developments enabled the AAA to Ces éléments ont permis à l’AAA de contester la légacontest the legality of FATCA before the French Council lité de FATCA auprès du Conseil d’État. Le verdict est of State. The verdict will be delivered in 2018. “It’s a very attendu dans le courant de l’année 2018. « Le sujet est political subject,” says Fabien Lehagre, who remains très politique », souffle Fabien Lehagre, peu optimiste. pessimistic. If the Council judges FATCA to be illegal, then Si le conseil reconnaît l’illégalité de FATCA, les banques French banks will stop providing the IRS with data on françaises cesseront de transmettre les données de leurs their binational clients, but will also expose themselves to clients binationaux au fisc américain mais s’exposeraient hefty fines as outlined by the agreement. alors à de lourdes amendes prévues par l’accord.

LE SÉNATEUR DU KENTUCKY À LA RESCOUSSE

A KENTUCKY SENATOR TO THE RESCUE

L’espoir pour les Américains accidentels viendra-t-il des États-Unis ? Le sénateur républicain Rand Paul (Kentucky) et le député républicain Mark Meadows (Caroline du Nord) font campagne pour abroger FATCA, qui selon eux transgresse le droit à la propriété privée et enfreint le 4e Amendement de la Constitution. Une association d’Américains installés à l’étranger, Republicans Overseas, soutient cette initiative et propose d’adopter une fiscalité basée sur la résidence et non plus sur la citoyenneté. Une mesure que soutient l’Association des Américains Accidentels.

A new hope for accidental Americans may well come from the United States. Republican senator Rand Paul (Kentucky) and Republican representative Mark Meadows (North Carolina) are currently campaigning to repeal FATCA. Both politicians claim the agreement infringes upon the right to private property, and goes against the Fourth Amendment to the Constitution. The Republicans Overseas association, whose members are Americans living abroad, support the initiative and advocate for taxation based on residence instead of citizenship. This measure is also supported by the Association des Américains Accidentels.

La solution la plus simple, conclut Fabien Lehagre, reste le recours diplomatique. Une intervention auprès de Washington permettrait d’amender l’accord FATCA de manière à exclure les Américains accidentels des listes des contribuables de l’IRS et de limiter « l’ingérence américaine » en France. Le gouvernement américain ferait-il une exception pour ses citoyens accidentels ? ■

Fabien Lehagre continues to see diplomatic discussion as the simplest solution. Appealing to Washington would enable an amendment to FATCA, excluding such people from the IRS list of eligible taxpayers while limiting “American interference” in France. But will the U.S. government make an exception for its accidental citizens? ■

L’ASSOCIATION DES AMÉRICAINS ACCIDENTELS : WWW.AMERICAINS-ACCIDENTELS.FR APRIL 2018 FRANCE-AMÉRIQUE

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Le port de Saint-Pierre et son alignement de typiques façades colorées. The port of Saint-Pierre and its line of typical colorful façades. © Patricia Detcheverry

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aintPierre-etMiquelon UN CONFETTI FRANÇAIS EN AMÉRIQUE SCATTERED FRENCH ISLANDS IN NORTH AMERICA

By Juliette Démas / Translated from French by Alexander Uff

Dans l’Atlantique Nord, à 20 kilomètres de Terre Neuve, les 6 274 habitants de l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon vivent au rythme de Paris. La collectivité territoriale de Saint-Pierre-etMiquelon est un confetti de l’empire colonial français. Jusque dans les années 1990, la pêche était sa raison d’être. Aujourd’hui, les insulaires misent sur leur « francité » pour relancer l’économie. In the North Atlantic Ocean, some 12 miles off the coast of Newfoundland, the 6,274 inhabitants of the archipelago of Saint-Pierre-and-Miquelon live on Paris time. The overseas collectivity is a scattering of islands left over from the French Empire, and fishing was its mainstay until the 1990s. But today, the islanders are using their “Frenchness” to reboot the local economy.

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TERRE-NEUVE CANADA

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ur la place du Général De Gaulle, les drapeaux tricolores flottent toute USA l’année. Les gendarmes portent des képis, les plaques d’immatriculation affichent la lettre F et chacun s’exprime dans un français parfait. À 4 300 kilomètres de Paris, sur la même latitude que Nantes, les îles de Saint-Pierre-et-Miquelon composent le territoire ultramarin le plus proche de la France métropolitaine. Les Américains s’y sentent en France, les « mayoux » – expression locale pour désigner les Métropolitains – aux États-Unis. Sur l’archipel, les bus scolaires sont jaunes comme en Amérique ; les maisons de l’île sont recouvertes d’un bardage de bois, peintes de couleurs vives, et dotées d’un sas d’entrée isolant – le « tambour » – comme au Canada. Car le climat est rude : moins 15 degrés Celsius en hiver en minimale. Quand il neige à gros flocons, on dit qu’il « tombe des bérets basques ».

Saint-Pierre-et-Miquelon dans la littérature

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ST-PIERREET-MIQUELON

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n the Place du Général de Gaulle, the tricolor flags fly all year round. The gendarmes wear the traditional kepi military cap, the license plates all feature the letter F, and everyone speaks perfect French. Located some 2,700 miles from Paris on the same latitude as Nantes, the Saint-Pierre-and-Miquelon archipelago makes up the closest French overseas territory to mainland France. Americans enjoy the impression of being in France, while the mayoux – a local expression used to describe people from mainland France – feel like they are in the United States. The school buses in the archipelago are yellow, just like in the U.S.A. And the houses are covered with clapboard painted in bright colors, and also feature insulated double-door entrance halls known as tambours, or “drums” – just like in Canada. These architectural characteristics are quite necessary given the harsh climate. Average temperatures in winter drop to 5°F, and when the large snowflakes fall the locals say “it’s snowing Basque berets!”

Saint-Pierre-and-Miquelon in Literature

La brume qui enveloppe l’archipel pendant un quart de l’année lui vaut le surnom de « pays des ombres » dans les Mémoires d’Outre-Tombe de Chateaubriand, publiées en 1791 : « Ses côtes perçaient, en forme de bosse noire, à travers la brume [...] j’attendis qu’une rafale, arrachant le brouillard, me montrât le lieu que j’habitais, et pour ainsi dire le visage de mes hôtes dans ce pays des ombres ». Pour Louis-Ferdinand Céline, Saint-Pierre est « l’île-Reproche », « la plus pauvre et la plus désolée du monde ».

The mist hanging over the islands for three months a year inspired the nickname “land of shadows” in Chateaubriand’s 1791 Memoires from Beyond the Grave. “Its coast showed like a black hump through the fog [...]. I waited until a gust of wind tore the mist asunder and showed me the place in which I was living and, so to speak, the faces of my hosts in this land of shadows.” And in the words of French novelist Louis-Ferdinand Céline, Saint-Pierre is the “Isle of Reproach” and the “the poorest and most desolate island in the world.”

Parmi les écrivains inspirés par l’archipel, citons également Pierre Schoendoerffer (Le Crabe-Tambour, 1976), Hervé Jaouen (L’Adieu aux îles, 1986), Didier Decoin (Louise, 1998), Alexis Gloaguen (Les Veuves de verre, 2010 ; Digues de ciel, 2014) et Yann Queffélec. Mais le seul écrivain natif de Saint-Pierre vit aux ÉtatsUnis : en 1988 paraît le premier tome de L’œuvre des mers, la fresque littéraire d’Eugène Nicole, professeur de littérature française à la New York University.

Other writers inspired by the archipelago include Pierre Schoendoerffer (The Drummer Crab, 1976), Hervé Jaouen (L’Adieu aux îles, 1986), Didier Decoin (Louise, 1998), Alexis Gloaguen (Les Veuves de verre, 2010; Digues de ciel, 2014) and Yann Queffélec. But the only one actually born in Saint-Pierre lives in the United States – a certain Eugène Nicole. The professor of French literature at New York University published the first tome of a literary fresco, L’œuvre des mers, in 1988.

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Saint-Pierre-et-Miquelon se trouve sur la même latitude que Nantes, mais le climat est celui de l’Amérique du Nord. Saint-Pierre-and-Miquelon is located on the same latitude as Nantes, but has a North American climate. © Patricia Detcheverry

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Ancrée dans l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon, elle mêle histoire familiale, histoire collective et mythologie, et demeure à ce jour le plus important ouvrage littéraire consacré à « ces chiures de mouche entre les rives en chiens de faïence de l’Océan ».

Un confetti ultra marin Se rendre sur l’archipel est déjà une aventure. Au départ de la France, un passeport biométrique et une Autorisation de voyage électronique (AVE) sont nécessaires. Les Américains n’ont besoin que de leur passeport. L’escale est obligatoire, à Halifax (en NouvelleÉcosse), à Montréal ou à Saint-Jean-de-Terre-Neuve, d’où la compagnie locale Air Saint-Pierre opère un ATR-42 de moins de cinquante places. En juillet et août, ASL Airlines France reliera Saint-Pierre à Paris en moins de 7 heures. Au Sud de l’archipel, Saint-Pierre ou « Le Caillou » rassemble près de 90% de la population sur ses 25 km². Elle abrite la plus petite prison de France (5 cellules, 11 places), le port et l’aéroport. Au Nord, Miquelon (110 km²) compte 641 habitants et de nombreuses infrastructures. Un Reims-Cessna F406 à huit sièges et un bateau assurent la navette entre les deux îles. Sans eau courante ni électricité, Langlade (91 km²) est un lieu de villégiature où les Saint-Pierrais viennent passer l’été. Un isthme de sable d’une douzaine de kilomètres la relie à Miquelon. Les eaux qui séparent les deux territoires ont gardé le nom de « Gueule d’Enfer » : 600 bateaux y ont fait naufrage depuis le XIXe siècle. L’archipel compte aussi une multitude de petites île désertes : l’île aux Vainqueurs, l’île aux Pigeons,… L’île aux Marins est un lieu de pèlerinage ; le Grand Colombier abrite des oiseaux rares.

Une identité française Saint-Pierre-et-Miquelon vit avec pragmatisme son insularité. Tous ses systèmes (judiciaire, scolaire, administratif ou postal) sont français, mais l’influence du Canada est grande. Si les Saint-Pierrais jouent à la pelote basque, ils soutiennent aussi les équipes de hockey, le sport national canadien.

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Set in Saint-Pierre-and-Miquelon, it blends a family’s story with collective history and mythology, and remains the most extensive work about “these fly droppings between the land’s edge and the ocean.”

An Overseas Archipelago Getting to the archipelago is already an adventure in itself. Those traveling from France require a biometric passport and an Electronic Travel Authorization (eTA). Americans, on the other hand, only need a passport. There are currently no direct flights, and at least one stopover is obligatory. Visitors either touch down in Halifax (Nova Scotia), in Montreal, or in St. John’s (Newfoundland), where the local Air Saint-Pierre airline operates an ATR42 aircraft with less than 50 seats. However, from July to August 2018, ASL Airlines France will be offering direct flights between Saint-Pierre and Paris lasting less than seven hours. To the south of the archipelago, the ten square miles of Saint-Pierre (nicknamed “The Pebble”) are inhabited by almost 90% of the population. The island is also home to the smallest French prison (5 cells and 11 beds), as well as the seaport and airport. Miquelon (42 square miles) lies to the north, and has just 641 inhabitants and a vast number of infrastructures. An eight-seater Reims-Cessna F406 aircraft and a boat provide passage between the two islands. Langlade and its 35 square miles has no running water or electricity, and is a summer vacation spot for Saint-Pierre locals. A strip of sand stretching for some eight miles connects it to Miquelon. The water separating the two main islands is known as the “Mouth of Hell,” as 600 boats have been shipwrecked there since the 19th century. The archipelago also contains a multitude of small deserted islands such as the Île aux Vainqueurs and the Île aux Pigeons, while the Île aux Marins is a popular tourist site, and Le Grand Colombier is populated by rare birds.

A French Identity Saint-Pierre-and-Miquelon takes a pragmatic approach to its insular nature. All its systems (from courts and schools to the administration and the postal service) are French, but there is also a palpable Canadian influence. While locals are partial to games of Basque pelota, they also follow hockey – Canada’s national sport.


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Les opérations médicales lourdes sont pratiquées à l’hôpital de Terre-Neuve et chaque lundi, un bateau arrive d’Halifax avec une cargaison de produits frais. « Lorsqu’il tombe en panne, il arrive que les étals des épiceries soient vides pendant 15 jours », explique Patricia Detcheverry, hôtelière à Saint-Pierre. « Ici, tout est plus compliqué et plus cher, car les produits viennent de l’extérieur. Il faut beaucoup de patience. »

Major medical operations are performed at a Newfoundland hospital, and a boat carrying fresh produce arrives every Monday from Halifax. “When the boat needs repairs, the store shelves can be empty for two weeks,” says Patricia Detcheverry, a hotel owner in Saint-Pierre. “Everything here is more complicated and more expensive because it comes from elsewhere. You have to be very patient.”

En contrepartie, les îliens ont un accès privilégié à leurs représentants et à leurs élus. Territoire d’Outremer, puis éphémère département entre 1975 et 1986, Saint-Pierre-et-Miquelon est désormais une collectivité territoriale d’Outre-mer. Ce statut lui permet d’appliquer sa propre fiscalité et d’être représenté dans les instances de coopération régionale, à égalité avec le Canada et les États-Unis. Son préfet, Thierry Devimeux, et son député, Stéphane Claireaux (LREM), représentent les habitants des îles. L’actuelle ministre de l’Outre-mer, Annick Girardin, y avait été élue en 2007. Cette indépendance autorise l’archipel à éditer ses propres timbres, prisés des philatélistes.

While this precarious situation is not ideal, the islanders do enjoy special access to their representatives and elected officials. Under French law, Saint-Pierre-andMiquelon was first an Overseas Territory, then briefly a département between 1975 and 1986, and is now an Overseas Collectivity. This status allows the archipelago to apply its own tax regulations and be represented on regional cooperation bodies – on an equal footing with Canada and the United States. Its prefect Thierry Dévimeux and representative Stéphane Claireaux (La République en marche) represent the islands’ inhabitants. The current French minister for Overseas Territories, Annick Girardin, was elected in 2007. This independence enables the archipelago to print its own stamps, much to the delight of the world’s philatelists.

202 ans d’histoire

202 Years of History

Malgré sa petite taille, le « Caillou » est riche d’histoire. Découvert par Jacques Cartier, il a été peuplé par les marins bretons, normands et basques. Les drapeaux de ces trois régions figurent encore sur ses armoiries. Longtemps disputé entre la France et l’Angleterre, le territoire a changé sept fois de propriétaire avant de redevenir français en 1816.

Despite being so small, “The Pebble” has a rich history. Originally discovered by Jacques Cartier, it was first inhabited by Breton, Norman, and Basque sailors. The flags of these three regions are still used on the local coat of arms. The territory was long coveted by both France and England, and changed owner seven times before finally becoming French for good in 1816.

« Les habitants de Saint-Pierre-et-Miquelon sont exemptés du service militaire depuis le Directoire », rappelle Marc Cormier, conseiller consulaire à Toronto et spécialiste de l’histoire de l’archipel. « Néanmoins, les Saint-Pierrais ont toujours répondu à l’appel, lorsque que la France était en guerre. » Les îliens combattaient en première ligne aux côtés des troupes coloniales. Une centaine de combattants sont morts pour la France entre 1914 et 1918.

“The people of Saint-Pierre-and-Miquelon have been exempted from military service since the time of the Directory,” says Marc Cormier, a consular advisor in Toronto and an expert in the archipelago’s history. “Nevertheless, they have always rallied to the call when France was at war.” The islanders actually fought on the front alongside colonial troops, and some 100 soldiers gave their lives for France between 1914 and 1918.

Au sortir de la Première Guerre mondiale, Saint-Pierre a su tirer profit de sa situation géographique et de sa spécificité française.

Following the end of World War I, Saint-Pierre was able to take advantage of its geographic location and its French identity.

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Des casiers à crabes des neiges dans le port de Saint-Pierre. Snow crab pots in the port of Saint-Pierre. © Patricia Detcheverry APRIL 2018 FRANCE-AMÉRIQUE

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Pendant la Prohibition, dans les années 1920, les lois et taxes françaises ont permis aux habitants de s’enrichir en improvisant une plateforme de revente d’alcool. À cette période, 350 000 caisses de bouteilles transitent chaque mois par les îles. Importées depuis le Canada et stockées dans le port, elles sont emportées la nuit par les contrebandiers. Le parrain de la mafia de Chicago en personne, Al Capone, aurait séjourné une nuit à l’hôtel Robert, où il aurait laissé son chapeau, exposé au côté d’autres reliques de l’époque.

Le premier territoire de la France Libre Un épisode fait la fierté des Saint-Pierrais. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, l’archipel fut le premier territoire à rejoindre la France Libre du Général de Gaulle. Disposant d’une radio à longues ondes et du câble télégraphique sous-marin, la position de SaintPierre et Miquelon est stratégique. L’archipel se trouve à l’embouchure de la route maritime par laquelle transitent les bateaux qui ravitaillent l’Angleterre. Avec l’aval des Britanniques mais contre l’avis de Franklin Roosevelt, l’amiral français Muselier organise le ralliement des îles au Général De Gaulle. En 1941, à la veille de Noël, il débarque à Saint-Pierre avec 230 hommes. Pas un coup de feu n’est tiré. Lors d’une consultation, la population choisit à la quasi-unanimité de rejeter le régime de Vichy. Plus de 500 volontaires (dont 55 femmes) s’engagent dans les forces de la France Libre. Un geste que De Gaulle, alors président de la République, saluera au cours de sa visite sur l’archipel, le 20 juillet 1967 : « La France aime et estime ces îles. Je suis venu le leur dire ».

L’ère de la grande pêche « A mare labor », le travail vient de la mer. La devise de Saint-Pierre-et-Miquelon rappelle que la pêche a été l’activité principale de l’archipel jusqu’au moratoire canadien sur la morue, menacée d’extinction en 1992.

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During the Prohibition Era of the 1920s, inhabitants used French laws and taxes to make a fortune by using the archipelago a transshipment hub for liquor. Over this period, 350,000 cases of bottles went through the island every month. After being imported from Canada and stocked at the port, they were then shipped out by smugglers at night. The godfather of the Chicago mafia, Al Capone himself, even supposedly spent a night at the Robert Hotel, and left behind his hat which is now exhibited with other mementoes from the time.

The First Territory of Free France One historical event continues to make locals proud. During World War II, the archipelago was the first territory to join General de Gaulle’s Free France. Using longwave radio and a transatlantic telegraph cable, Saint-Pierre-and-Miquelon was in a strategic position at the opening of a shipping route used by boats to bring supplies to England. With the authorization of the British (but against the wishes of Franklin Roosevelt), Admiral Émile Muselier helped rally the islands to General de Gaulle’s cause. On Christmas Eve in 1941, he arrived in Saint-Pierre with 230 men. Over the course of a meeting, almost all the inhabitants chose to reject the Vichy government without a single shot being fired. More than 500 volunteers (including 55 women) signed up to fight in the Free France forces. De Gaulle himself honored this effort as president of the French Republic while visiting the archipelago on July 20, 1967. “France loves and respects these islands. I have come to pass on the message,” he said.

The Golden Age of Fishing A mare labor, or “work comes from the sea” is the motto of Saint-Pierre-and-Miquelon, and is a reminder of the local mainstay until the Canadian government outlawed fishing the endangered local cod in 1992.


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Des dizaines de bateaux de toutes nationalités venaient mouiller au port ; les marins passaient la nuit dans les multiples boîtes de nuit et bars de la ville. Tout, sur l’archipel, était tourné vers cette mono économie qui a marqué son histoire et son vocabulaire. Une collision entre deux véhicules est un « abordage » ; on « amarre » son soulier lorsqu’on le lace, et on « embarque » dans son lit pour se coucher.

Dozens of boats of all nationalities would drop anchor at the port, and sailors would spend the night in the town’s various bars and clubs. Everything in the archipelago was structured around this monoeconomy, which influenced its history and even the local vocabulary. A collision between two vehicles is an abordage (used to describe two boats hitting each other), you “moor” your shoes when you tie your laces, and “board” your bed when going to sleep at night.

De la « forêt de mâts » d’autrefois, il ne reste que quelques bateaux de petite pêche ou de plaisance. À Miquelon, deux chalutiers pêchent chaque année quelques tonnes de morue, que les employés salent et conditionnent sur place. Les fruits de mer font partie du régime quotidien. « Il arrive qu’en été, le prix du kilo de jambon soit le double de celui du kilo de homard », s’amuse Patricia Detcheverry.

Today, a few small fishing and sailing boats are all that remain of the “forest of masts” from years ago. In Miquelon, two trawlers catch several tons of cod every year, which the employees salt and pack on site. Seafood is also part of the islanders’ daily diet. “Sometimes in summer, the price by weight for ham is twice as expensive as lobster,” says Patricia Detcheverry.

La francité, un atout économique

Frenchness Powering the Economy

La fin de l’ère de la grande pêche a contraint les SaintPierrais à diversifier leurs activités économiques, en développant l’aquaculture et d’autres types de pêche : le crabe des neiges, le homard, ou le concombre marin prisé par le marché chinois. Sur Miquelon, on produit aussi du foie gras et des coquilles Saint-Jacques.

The end of the great age of fishing forced SaintPierre locals to diversify their economic activities by developing other types of aquaculture and fishing, including snow crabs, lobsters, and the sea cucumbers so prized by the Chinese market. Foie gras and king scallops are also produced in Miquelon.

Depuis 1992, le Francoforum joue sur la spécificité régionale de l’archipel. Ce programme subventionné par le Conseil territorial offre un enseignement du français en immersion totale à Saint-Pierre. Il accueille près de 700 professeurs, lycéens et étudiants anglophones chaque année au cours de séjours linguistiques d’été et d’hiver.

The Francoforum language school has been promoting the regional particularity of the archipelago since 1992. This program funded by the French Territorial Council offers fully immersive French education in Saint-Pierre. It welcomes almost 700 Englishspeaking teachers and students for language courses in summer and winter every year.

Promouvoir le tourisme de proximité, la culture française et offrir aux jeunes diplômés des opportunités de carrière sont autant de défis pour l’archipel. Il les réalisera, comme on dit dans la région, « si temps le permet ». ■

Promoting local tourism and French culture, and providing young graduates with career opportunities are some of the key challenges now faced by the archipelago. And each will be met with relish, as they say in the region, “weather permitting.” ■

Prochainement, nous vous emmènerons à la découverte des îles de Saint-Barthélémy et Saint-Martin. We will soon be taking you to discover the islands of Saint-Barthélémy and Saint-Martin.

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Carnet d’adresses / Adress book

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S’Y RENDRE En avion. Depuis la France ou les États-Unis, se rendre à Montréal pour prendre un vol Montréal/SaintPierre (2h45, uniquement les samedis avec Air SaintPierre). Un autre itinéraire est possible en passant par Halifax, ou par SaintJean-de-Terre-Neuve : Halifax/Saint-Pierre (1h15, les lundi, le mercredi et vendredi), Saint-Jean-deTerre-Neuve/Saint-Pierre (45 minutes, les mardis, mercredis, vendredis et dimanches). ASL Airlines France effectuera des liaisons expérimentales entre Paris et Saint-Pierre à l'été 2018 (en juillet et en août), à raison d’un vol par semaine les lundis en Boeing 737-700 au départ de l'aéroport CDG, terminal 3, avec un retour les mardis de l'aéroport de Saint-Pierre PointeBlanche. Ce vol sera limité à 100 passagers pour satisfaire à la contrainte de la longueur de la piste (1 800 mètres seulement) En ferry. Depuis TerreNeuve, à l’embarcadère de Fortune : Fortune/ Saint-Pierre (55 minutes, traversée quotidienne).

GETTING THERE By plane: From France or the United States, visitors can travel to Montreal before taking a plane to Saint-Pierre (2 hours and 45 minutes, Saturdays only, with Air Saint-Pierre). Another route takes passengers via Halifax or

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St. John’s in Newfoundland, then Halifax-Saint-Pierre (1 hour and 15 minutes, Mondays, Wednesdays, and Fridays), or St. John’sSaint-Pierre (45 minutes, Tuesdays, Wednesdays, Fridays, and Sundays). ASL Airlines France will be trialing direct flights between Paris and SaintPierre in summer 2018 (July and August), with one outbound flight every Monday in a Boeing 737700 from Terminal 3 of Charles de Gaulle Airport, and an inbound flight every Tuesday from Saint-Pierre Pointe-Blanche Airport. Flights will be limited to 100 passengers due to the length of the runway in Saint-Pierre (just 5,900 feet). By ferry: From Newfoundland, boarding at the quay in the town of Fortune. Fortune-SaintPierre (55 minutes, daily crossings).

OÙ DORMIR ? Situé en face du vieux port, l’hôtel Robert a été construit pendant la Prohibition (chambres entre 80 et 195 euros ; 12 rue du 11 Novembre). Plus intimiste, l’auberge des Nuits Saint-Pierraises et son salon de thé Les délices de Joséphine sont au cœur de la ville (à partir de 79 euros ; 10 rue du Général Leclerc).

ACCOMMODATION Located opposite the old port, the Robert Hotel was built during the Prohibition Era (rooms between 80

euros and 195 euros; 12 Rue du 11 Novembre). Those in search of a more intimate setting can head to the Auberge des Nuits SaintPierraises with its Les Délices de Joséphine tearoom in the town center (from 79 euros; 10 Rue du Général Leclerc).

OÙ MANGER ? Les restaurants Les P’tits Graviers (2 rue de l’Amiral Muselier) et Le Feu de Braise (14 rue Albert Briand) mêlent plats traditionnels de la gastronomie française et les produits locaux issus de la chasse et de la pêche : magret de canard, brochette de cerf, coquilles Saint-Jacques...

RESTAURANTS The restaurants Les P’tits Graviers (2 Rue de l’Amiral Muselier) and Le Feu de Braise (14 Rue Albert Briand) combine traditional standards of French cuisine with locally hunted and fished produce. Dishes include duck breast, stag skewers, and king scallops.

QUE VISITER ? Le musée de l’Arche retrace l’histoire de Saint-Pierre-et-Miquelon, et abrite les archives de l’archipel (7 euros). Il propose plusieurs visites guidées sur les thèmes du patrimoine, de l’architecture ou de la préhistoire. Remontez dans le temps avec une excursion sur l’île aux Marins, inhabitée depuis 1965, pour découvrir les intérieurs d’époque

et le quotidien d’une communauté de marins.

PLACES TO VISIT The Arche Museum recounts the history of Saint-Pierreand-Miquelon, and is home to the archipelago’s archives (admission 7 euros). It offers several guided tours on the themes of heritage, architecture, and prehistory. Visitors can also travel back in time to explore the Île aux Marins, uninhabited since 1965, and discover the original buildings and daily lives of the former sailing community.

À VOIR En se promenant sur les dunes, de long de l’isthme reliant Miquelon à Langlade, vous pourrez observer plusieurs espèces d’oiseaux limicoles, des bernaches du Canada et la colonie de phoques qui peuple la lagune du Grand Barachois.

THINGS TO SEE Visitors walking along across the dunes along the stretch of land connecting Miquelon to Langlade will spot several species of wader birds, Canada geese, and a herd of seals living in the Grand Barachois lagoon. ■ Blog d’une Saint-Pierraise, chroniqueuse de la vie à SaintPierre-et-Miquelon : www. laviesurlecaillou.com The laviesurlecaillou.com blog is about life in Saint-Pierre-andMiquelon written by a local woman.


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Accessible à pied, le phare de la Pointe aux Canons tient son nom d’un ancien fort construit pour défendre Saint-Pierre contre les invasions britanniques. The Pointe aux Canons lighthouse can be reached on foot, and its name is taken from an ancient fort built to defend Saint-Pierre against British invasions. © Tjalling Van Der Zee

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Automne-hiver 1974, collection « Opéra – Ballets russes ». YSL reçoit les applaudissements du public. Au premier rang, Catherine Deneuve et Nan Kempner, socialite new-yorkaise, « la femme la mieux habillée du monde » selon Saint-Laurent. Fall-winter 1974, Opéra – Ballets russes collection. YSL is applauded by the audience. The front row features actress Catherine Deneuve and Nan Kempner, a New York socialite and the “world’s best-dressed woman” according to YSL. 36

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By Marie-Dominique Deniau / Translated from French by Alexander Uff

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n 2014, deux films sortis sous les titres « Yves Saint-Laurent » et « Saint Laurent » vont créer le buzz dans les dîners en ville parisiens. Leurs visions bien différentes (sulfureuse ou édulcorée) seront un dilemme pour les convives priés de prendre parti. La publication en 2010 de Saint Laurent, mauvais garçon, un livre de souvenirs controversé, quasiment interdit par Pierre Bergé, avait lui aussi attisé les fâcheries d’un soir dans le microcosme germanopratin. Aujourd’hui, All about Yves est l’album de la réconciliation, témoignage de toute cette improbable épopée, biographie impeccable, assortie d’une maquette inédite pour un livre d’art.

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he two movies Yves Saint-Laurent and Saint Laurent released in 2014 caused quite a stir at Parisian dinner parties. Their two distinctive versions of the designer’s life (one scurrilous, one sugarcoated) offered guests a fine dilemma when questioned. A 2010 controversial book of memories and anecdotes entitled Saint Laurent: Bad Boy (whose publication was almost stopped by Pierre Bergé) also stoked the flames of fashion fall-outs at parties in Saint-Germain-des-Prés in Paris. Today, All About Yves is a book that tries to patch things up, offering a behind-the-scenes journey through this incredible era in a flawless biography combined with a truly unique layout for an art book.

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On y découvre entre les pages, présentés sous une élégante enveloppe de papier calque, les fac-similés des lettres manuscrites du Maître, ses dessins des collections assortis d’échantillons de tissus, les polaroïds des mannequins avant l’épreuve du podium, les cartons d’invitation à Lauren Bacall, Grace de Monaco, Catherine Deneuve etc., les cartes de vœux ornées d’un traditionnel « Love », déclaration destinée aux amis, journalistes, artisans, et aujourd’hui objets de collection. Pour jouer aussi, voici cette fameuse poupée de papier avec sa garde-robe détachable, fidèle reproduction de celle qui fut dès 1953, le premier mannequin d’Yves Saint-Laurent adolescent. All about Yves ? Certes, tout y est, ou presque ; restent quelques secrets de Polichinelle à préserver. Voici les souvenirs d’une enfance oranaise et solaire où les femmes sont reines : grand-mère Wilbaum, Maman Lucienne-Andrée, Michèle et Brigitte, ces deux jeunes sœurs si attentives. Viennent ensuite les inévitables clichés autour du joli jeune homme « monté » à Paris. Ses rencontres providentielles, Michel de Brunhoff, patron de Vogue France, qui l’introduira auprès de Christian Dior ; Pierre Bergé, avec lequel il formera le couple gay le plus emblématique de ces années-là ; J. Mack Robinson, homme d’affaires d’Atlanta resté dans l’ombre. Ce premier Américain à investir dans une maison de haute couture en France permettra l’ouverture d’un modeste atelier, puis en 1961 celle de la maison de haute couture, au 30 bis de la rue Spontini, Paris XVI. Viendront alors gloire et scandale : ainsi cette collection printemps-été 1971, inspirée de la mode pendant l’Occupation, so shocking, qu’Eugenia Sheppard, chroniqueuse au New York Herald Tribune, décrira comme « franchement hideuse » ; la boutique sur Madison Avenue à New York sera alors boycottée. Quelques saisons plus tard, viendront les collections inspirées par les voyages en pensée à travers l’Inde, le Japon, la Chine. En point d’orgue, l’inoubliable collection des Ballets Russes (1976). Suivront d’autres collections dédiées aux poètes – Jean Cocteau (1980) –, aux peintres classiques – Matisse et Léger (1981), Van Gogh et Georges Braque (1988) –, collectionnées par YSL et Bergé, à l’œil implacable, pour leur hôtel particulier de la rue de Babylone. 38

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Readers will be able to peek behind elegant layers of tracing paper to discover copies of letters written by the master himself, his collection sketches, fabric samples, polaroid shots of models before the catwalk, invitations sent to Lauren Bacall, Grace Kelly, and Catherine Deneuve, and greetings cards adorned with his traditional “Love” design destined for friends, journalists, and artisans. A whole host of mementos that have today become collectibles. Playful perusers will also be delighted to find the famous “paper doll” and its detachable wardrobe – a faithful reproduction of the first model ever used by the teenage Yves Saint-Laurent in 1953. All about Yves? Well, almost everything is there, save a few well-known secrets… There are memories of a childhood spent in sunny Oran, in Algeria, where women ruled the roost – his grandmother Wilbaum, his mother Lucienne-André, and his two attentive sisters, Michèle and Brigitte. Then there are the inevitable photos of the beautiful young man who “went up” to Paris. Tales of his fortuitous encounters are also told, such as with Michel de Brunhoff, head of Vogue France, who introduced him to Christian Dior, Pierre Bergé, with whom he formed the most iconic gay couple of the time, and J. Mack Robinson, a mysterious businessman from Atlanta. The entrepreneur was the first American to invest in an haute couture fashion house in France, and his financial contributions enabled the creation of a modest atelier, followed by the brand’s main studio at 30 bis Rue Spontini, in the 16th arrondissement of Paris in 1961. Other key events include glory and scandal in equal measure. The shocking 1971 springsummer collection inspired by fashion during the Occupation was described as “truly hideous” by New York Herald Tribune columnist Eugenia Sheppard. The YSL boutique on Madison Avenue in New York was boycotted as a result. Several seasons later, the designer produced collections inspired by imaginary adventures in India, Japan, and China. This trend finished with the climactic Russian Ballets collection in 1976. These were followed by other collections in homage to poets (Jean Cocteau, 1980), classical painters (Matisse and Léger, 1981), Van Gogh and Georges Braque (1988), whose works were collected by the eagle-eyed SaintLaurent and Bergé to decorate their mansion on the Rue de Babylone.


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Les Polaroïds, un rituel lors des derniers essayages. Ils fixent le choix des accessoires, portent la date de la collection, ici « PE 88 », soit printemps-été 1988, le numéro de passage lors du défilé et le nom du mannequin. Robe du soir portée par Sonia, hommage à Georges Braque. The Polaroids – a ritual in the final fittings. These photos dictated the choice of accessories, and displayed the date of the collection (here, PE 88, meaning “spring-summer ’88”), the model’s number in the show, and the model’s name. Evening dress worn by Sonia, an homage to French painter Georges Braque.

Ensemble du soir, hommage à Pablo Picasso. Collection haute couture printemps-été 1988. Evening ensemble in homage to Pablo Picasso. Haute couture collection, spring-summer 1988.

Véra, la première « poupée de papier » d’Yves SaintLaurent. Il lui créera dès l’automne 1953, une collection haute couture complète avec tous ses accessoires. Véra, YSL’s first “paper doll.” He used this medium to create his first complete haute couture collection, and all his accessories, in 1953.

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Les artistes contemporains l’ont aussi inspiré : David Hockney, Andy Warhol, et Tom Wesselmann à qui l’on doit l’emblématique collection Pop’Art en 1966.

Contemporary artists also served as sources of inspiration, including David Hockney, Andy Warhol, and Tom Wesselmann, whose works helped create the iconic Pop Art collection in 1966.

Et comment taire les amours du Maître pour l’opéra, le théâtre, la littérature, Shakespeare, Proust et son « Tout homme d’amour est un homme de douleur » répété par Saint-Laurent comme un mantra. N’oublions pas non plus la part obscure des amitiés sulfureuses, Jacques de Bascher, amant magnifique et diabolique partagé avec Bergé et Karl Lagerfeld, les nuits de défonce – c’était l’époque du Palace, la plus délirante des boîtes de nuit parisiennes, fermée depuis belle lurette –, les muses inspirantes et déjantées, Loulou de la Falaise, Betty Catroux, son double féminin. Voici « l’homme qui aimait les femmes », mais pas seulement. Quasi mutique, follement touchant, esthète absolu et vrai mauvais garçon, YSL saura transgresser toutes les règles, dans sa vie privée comme dans ses créations. Adieu le New Look de Dior et ses tailleurs cintrés, le corps sera libre dès 1958 pour cette première collection appelée « Trapèze »; adieu la sage palette chère à la haute couture, ces rose poudrés, ce gris tourterelle. Viendront dans un télescopage jamais envisagé, le rose fuschia des bougainvillées et le violet d’encre des couchers de soleil sur Oran. Puis au fil des collections, cette manière de faire bouger, sans la trahir, cette si chic Haute Couture.

And no list of inspirations would be complete without the master’s other loves, such as opera, theatre, literature, Shakespeare, and Proust – especially his “Any man of love is a man of pain” that YSL repeated like a mantra. And let us not forget the dark side of the designer’s more scandalous friendships: Jacques de Bascher – the magnificent and devilish lover shared by Bergé and Karl Lagerfeld, the heady nights (back in the days of Le Palace, the wildest Parisian nightclub that has long since closed), and the inspirational, unhinged muses such as Loulou de la Falaise, and Betty Catroux, his female alter ego. YSL was “the man who loved women,” but not exclusively. He chose his words carefully – when he said anything at all – was incredibly moving, the ultimate aesthete, and an authentic bad boy. Needless to say, he succeeded in breaking all the rules, both in his private life and in his creations. The New Look by Dior and its tapered waists were abandoned in a liberation of the body in 1958, with the first collection entitled Trapeze. Out went the hautecouture palette of dusty pinks and dove gray. It was time to embrace a never-before-seen mishmash of the fuchsia-pink of bougainvillea flowers and the inky purple of sunsets over Oran. Throughout the collections the designer managed to shake up, but never stray from, the ultimate chic of haute couture style.

Au commencement était le croquis, YSL pouvait en dessiner des centaines par jour. Dessin original du premier tailleur-pantalon en gabardine de laine noire rayée. Il est porté avec une chemise blanche boutonnée jusqu’au cou et une cravate noire. Printemps-été 1967. Everything began with a sketch, and YSL could produce hundreds of them per day. An original sketch of the first pant suit in black striped wool gabardine. It is worn with a white shirt buttoned up to the neck and a black tie. Spring-summer 1967.

Révélation des couleurs au soleil du Maroc. Le rouge était l’une des couleurs favorite du Maître : « Le rouge est dangereux, couleur du sang et de la passion ». Croquis préparatoire pour les manteaux « Bougainvilliers », printemps-été 1989. An awakening of color inspired by the Moroccan sun. Red was one of the master’s favorite colors, who once said “red is dangerous, it’s the color of blood and passion.” Here is an initial sketch for the Bougainvillea coat in the 1989 spring-summer collection.

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Collection automne-hiver 1970. Échantillons de velours et satin, croquis de recherches pour le numéro 119, planche de contacts du défilé. Fall-winter collection, 1970. Here are samples of velvet and satin, research sketches for the number 119 piece, and an contact sheet for the show. © Pauline Courtois En un poétique délire, les arguments d’YSL pour le lancement d’Opium. With poetic frenzy YSL reveals the reasons behind the launch of Opium. 42

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Nous y serons dès 1966, provocation encore, du jamais vu dans la Haute Couture. Le lancement de la première boutique de prêt-à-porter, Saint Laurent Rive Gauche, VI e) marquera un point décisif dans l’histoire de la mode » accompagné de cette courageuse déclaration : « J’en ai assez de créer pour des millionnaires blasées, assez du Ritz, vive la rue ! »

As we read on to 1966, we are confronted with another first in the haute couture world, and another provocation. The launch of the first ready-to-wear boutique, Saint Laurent Rive Gauche in the sixth arrondissement, was a turning point in the history of fashion. This revolutionary act was accompanied by a brave declaration from YSL, who cried “I am sick of designing for bored millionaires! I am sick of the Ritz! Long live the street!”

Mai 1968 est à nos portes, comment l’ignorer ? YSL aura cette audace : nous dessiner ces modèles devenus iconiques, les smokings (1966), sahariennes (1968), où ce tailleur pantalon (1967) pour aller au bureau. Même Coco Chanel, féministe revendiquée, n’ y était pas parvenue. Nous deviendrons impertinentes, libres en somme, dans cette nouvelle armure, délicieux pied-de-nez aux machos qui nous rêvent encore en frou-frou et porte-jarretelles. Provocation toujours avec le lancement des parfums, et en 1971, cette photo de Jeanloup Sieff qui fait scandale : YSL y pose entièrement nu. Le nom du parfum ? « Pour un homme ». En 1977, Opium, parfum féminin, confirmera le succès de ce sulfureux parti-pris.

This period leads us inevitably to May 1968, an event that cannot be ignored. And YSL didn’t, using his creativity and daring to design now-iconic womenswear pieces such as the Smoking tuxedo (1966), safari jackets (1968), and the pant suit (1967) to be worn at the office. Even Coco Chanel, a proud feminist, couldn’t pull off this feat. We as women became impertinent and free in this new armor, thumbing our noses at the machos who still preferred us in frills and garter belts. The provocative fashion statements continued with the launch of the brand’s perfume lines, and a 1971 photo by Jeanloup Sieff kicked up a fuss. The snap featured YSL posing completely naked, and the perfume was named Pour un homme (“For a man”). And in 1977, Opium, for women, only confirmed the success of this brazen stance.

Les décennies vont passer. Autre époque pendant laquelle plusieurs couturiers « vendront leur âme au diable », les financiers. Au jeu des « chaises musicales » sur lesquelles se succèderont une nouvelle génération de « jeunes stylistes » de célèbres maisons de haute couture perdront leur âme. Pour autant, même si brièvement Yves Saint-Laurent succomba à cette tentation, au 5 avenue Marceau (XVI e), depuis 1974, entre dépression et mort annoncée, son génie créatif perdurera.

The decades passed, slipping into another era when several couturiers “sold their soul to the devil,” the bankers. In these games of “musical chairs” that saw a new generation of young designers rise to prominence, the renowned haute couture fashion houses began to lose their sheen. And yet YSL’s creative genius lived on, despite briefly yielding to temptation during a period of depression at 5 Avenue Marceau (16th arrondissement), where the house moved in 1974.

Le 7 janvier 2002, fin de partie lors d’une ultime conférence de presse chargée d’émotion. Les rédactrices en chef des plus influents magazines sont venues du monde entier, Vogue, Harper’s Bazaar, Elle, Vanity Fair, etc. Toutes rivalités confondues, elles sont là, kleenex entre leurs jolis doigts gantés de daim noir. Ce 22 janvier, la collection des adieux au musée du Centre Pompidou viendra clore ces 44 années de création.

On January 7, 2002, the end of an era was announced at a final press conference. The emotion was palpable. Editors-in-chief of the world’s most influential magazines flocked from all over the world. Vogue, Harper’s Bazaar, Elle, Vanity Fair, everyone was there. Rivalries were forgotten, and every beautiful, black-gloved hand held a tissue to dab away the tears. On January 22, the farewell collection exhibited at the Centre Pompidou marked the end of 44 years of fashion design.

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SPOTLIGHT

Lettre de Michel de Brunhoff, patron de Vogue France adressée à « Monsieur Yves Saint-Laurent, 11 rue de Stora à Oran, Algérie », le 10 août 1954. L’aventure commencée alors prendra fin ce 22 janvier 2002. A letter from Michel de Brunhoff, head of Vogue France addressed to “Monsieur Yves Saint-Laurent, 11 Rue de Stora in Oran, Algeria, August 10, 1954.” The adventure began, and continued until January 22, 2002. APRIL 2018 FRANCE-AMÉRIQUE

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SPOTLIGHT

Le Maître, lunettes embuées de larmes, choisira la simplicité pour son ultime message : « Enfin, je veux vous remercier, ceux qui êtes ici et ceux qui n’y sont pas, d’avoir été fidèles aux rendez-vous que je vous ai donnés depuis tant d’années, de m’avoir compris et aimé. Je ne vous oublierai pas ». Comment en douter, cher Yves, et comment vous répondre autrement ?

With his glasses misted with sorrow, the master chose simple words to bid his goodbye: “I would like to thank you all, those both present and absent, for faithfully remaining by my side for all these years, for having understood and loved me. I will never forget you.” How could we doubt it, our dearest Yves? And how else could we reply but in agreement?

Dans ce XXe siècle, YSL reste le plus célèbre couturier au monde, entré au Met de New York en 1983 lors d’une exposition organisée par Diana Vreeland, ex-grande prêtresse de la mode au Vogue Amérique ; il nous quitta en 2008. À l’origine publié en français, All about Yves demeure le plus fidèle témoignage de toute cette épopée et sa première et seule traduction en anglais. ■

Even now in the 21 st century, YSL is still the world’s most renowned designer. He was honored by the Met in New York in 1983 as part of an exhibition organized by Diana Vreeland, the late high priestess of fashion and editor-in-chief of the American Vogue. He passed away in 2008. Originally published in French, All about Yves remains the most faithful account of this era, and the first and only one of its kind to have been translated into English. ■

All about Yves, Catherine Örmen, Laurence King Publishing c/o Chronicle Books, 2017. 50 dollars.

All about Yves, Catherine Örmen, Laurence King Publishing c/o Chronicle Books, 2017. 50 dollars.

Dessinées à la gouache et aux encres de couleur, les « poupées de papier », muses éternelles d’YSL sur lesquelles il créa dès 1953 ses collections de haute couture. Ici, Suzy Parker, son mannequin vedette de l’époque. Drawn with gouache and colored inks, these “paper dolls” acted as eternal muses for YSL, through which he developed his haute couture collections from 1953 onwards. Here we see Suzy Parker, his favorite model of the time.

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SPOTLIGHT

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ART

Ce que les films de Jean Renoir '2 ,9(17€6213ˆ5 ( :+ $7  - ( $ 1  5 (1 2 , 5 Í 6  ), /0 6  2:(  72  + , 6  )$7+ (5

By Roland Flamini / Translated from English by Samuel Todd

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Scorsese ne fut ni le premier ni le seul à déceler ces liens visuels autant qu’intellectuels. Bien au contraire, ce fructueux et parfois paradoxal dialogue entre un fils et son père se retrouve dans la longue carrière de metteur en scène de Jean Renoir qui, pour ne citer

Scorsese was neither the first, nor the only person to recognize that visual and intellectual connection. On the contrary, a fruitful and at times paradoxical dialogue between a son and his father runs through Renoir’s own long and distinguished career as

l’âge de neuf ans, le réalisateur américain Martin Scorsese vit Le Fleuve de Jean Renoir au cinéma. À peu près au même moment – comme il s’en souvint des années plus tard –, il tomba sur une carte postale d’un tableau de Pierre-Auguste Renoir représentant deux jeunes filles en train de pique-niquer. Scorsese ne se rappelle pas si, à l’époque, il avait fait le lien entre le père et le fils, mais il le fit certainement par la suite lorsqu’il affirma que Le Fleuve était « le plus beau film en couleur jamais réalisé ». Scorsese avait été frappé par l’influence du peintre impressionniste sur Jean dans l’utilisation de la couleur, pour les séquences de paysages notamment. Par exemple, une scène du film dans laquelle deux petites filles sont endormies, « semble tout droit sortie d’une œuvre de son père. »

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hen American filmmaker Martin Scorsese was nine he was taken to see Jean Renoir’s film The River. About the same time – as he later recalled – he came across a postcard of PierreAugust Renoir’s painting of two girls picnicking. Scorsese doesn’t recall whether he made the father-son connection at the time, but he certainly did later in life when he came to appreciate The River as “the most beautiful color film ever made.” Scorsese was struck by the Impressionist painter’s influence on his son’s use of color in landscape scenes and even elsewhere. A sequence in the film of two little girls asleep, for example, “looks like right out of one of his father’s works,” he once said.


ART

Pierre-Auguste Renoir, Picnic (Le Déjeuner sur l’herbe), c. 1893. Collection of The Barnes Museum, Philadelphia.

Une scène du film Le déjeuner sur l’herbe (1959) de Jean Renoir. Le titre est une référence au tableau homonyme de Manet qui mêle, tout comme le film, nature, sexualité et intellectualisme. Le film se ressent aussi de l’influence de l’impressionnisme de son père, les images de la nature sont particulièrement réussies. A scene from Jean Renoir’s 1959 movie Picnic on the Grass. The title is a reference to Manet’s painting of the same name, and just like the painting, the film combines nature, sexuality, and intellectualism. The film is also influenced by the impressionist art of Renoir’s father, and the scenes in nature are particularly well-shot. APRIL 2018 FRANCE-AMÉRIQUE

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ART

que quelques-uns de ses films, a réalisé Nana (1926), La Grande Illusion (1937), La Règle du jeu (1939) et Le Carrosse d’or (1954). Cas de figure exceptionnel, sinon unique, dans l’histoire de l’art. D’autres réalisateurs ont été inspirés par des peintres, mais jamais un fils par son propre père. Jean reconnaissait l’influence de son père sans la comprendre totalement. « J’ai toujours essayé de savoir à quel point mon père m’a influencé », reconnut-il un jour. À la fin de sa vie, il confia au vieil acteur américain Norman Lloyd qu’au début de sa carrière les critiques pensaient qu’il allait reproduire le style de son père dans ses films. Il avait travaillé dur pour ne pas imiter Renoir père mais, au final, il avoua que les critiques avaient eu raison. Il était inévitable que tôt ou tard quelqu’un ait eu l’envie d’explorer la relation entre les deux artistes et entre peinture et cinéma à l’occasion d’une exposition. Sylvie Patry, directrice de la conservation et des collections du musée d’Orsay à Paris et directrice adjointe de la Fondation Barnes à Philadelphie, est cette personne ; et le résultat de ses efforts est une exposition intitulée Renoir : Father and Son, Painting and Cinema, au cours de laquelle le public pourra juger par lui-même de la relation entre les deux hommes. L’exposition sera présentée à la Fondation Barnes à partir du 6 mai, et à partir du 5 novembre au musée d’Orsay (sous le titre Renoir père et fils. Peinture et cinéma). En présentant des extraits de films à côté de tableaux de Renoir père, des photographies, des costumes et des documents, l’exposition dépasse le seul cadre de références visuelles et explore les thèmes (la condition des femmes, par exemple) et les lieux (Paris, le sud de la France) communs aux deux œuvres y compris, comme le formule Sylvie Patry : « un sens de l’humanité, une espèce d’approche panthéiste de la nature, et l’idée que l’artiste est un artisan ». Jean Renoir avait 25 ans quand son père mourut, mais sa relation avec l’immense artiste et son travail avait été très intime. Jean et ses frères et sœur, bien que réticents, servaient fréquemment de modèles à leur père. Jean Renoir n’a jamais filmé son père, et ne débutera dans le cinéma que cinq ans après la mort de celui-ci, mais son livre, Pierre-Auguste Renoir, mon père est l’un des meilleurs portraits littéraires consacrés à un artiste.

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the director of – among others – Nana (1926), La Grande Illusion (1937), La Règle du jeu (1939), Le Carrosse d’or (1954). It was an exceptional, if not unique situation in the history of art. Other film directors have been inspired by painters, but never a son by his own father. Jean acknowledged his father’s influence without fully understanding it. “I have spent my life trying to determine the extent of the influence of my father upon me,” he once said. Late in life he told the veteran American actor Norman Lloyd that early in his career critics had presumed that he would replicate his father’s style in his movies. He had tried hard not to mimic the older Renoir, but in the end, he supposed the critics had been right, he said. It was inevitable that sooner or later the bulb would light up over someone’s head to explore the relationship between the two artists and between painting and cinema in an exhibition. That someone is Sylvie Patry, deputy director for curatorial affairs and collections at the Musée d’Orsay in Paris, and consulting curator at the Barnes Collection in Philadelphia, and the result of her endeavors is an exhibition called Renoir: Father and Son, Cinema and Painting at which people will be able to judge the relationship for themselves. The exhibition opens at the Barnes Collection on May 6, and at the Musée d’Orsay from November 5. Pairing film clips with Renoir paintings, and using photographs, costumes, and documents, the exhibition goes beyond visual references and explores the themes (the treatment of women, for example) and locations (Paris, the South of France) common to both bodies of work. This includes, as Patry puts it, “a sense of humanity, a sort of pantheist approach to nature, and the idea that the artist is a craft maker.” Jean Renoir was 25 when his father died but his relationship with the great artist and his work had been close. Jean and his siblings had been frequent, if often reluctant, models for their father. Renoir never filmed his father: his film career began some five years after his father’s death. But his memoir, Renoir, My Father is one of the great literary portraits of an artist.


ART

Toutefois, comme le fait remarquer Sylvie Patry, du point de vue du réalisateur « leur relation était compliquée et oscillait entre des moments d’admiration et d’autres de rejet. Si l’exercice de son art et l’univers créatif de Pierre-Auguste ont influencé l’œuvre de Jean, ses films ont mis en lumière les toiles de son père. »

Even so, as Sylvie Patry observes, from the filmmaker’s perspective “their relationship was complex and oscillated between moments of admiration and rejection. If Pierre-Auguste’s artistic practice and creative universe influenced Jean’s art, Jean’s films shed light on his father’s paintings.”

À la mort de Pierre-Auguste Renoir, on trouva dans son atelier 720 toiles, dont un grand nombre fut vendu par Jean et ses deux frères à des collectionneurs et des marchands du monde entier. Parmi ces acheteurs, Albert C. Barnes acquit auprès de Jean 44 petits tableaux, dont quelques-uns, de simples esquisses, sont aujourd’hui disséminés dans les salles de la fondation. Barnes était obsédé par Renoir et, à la fin de sa vie, il avait accumulé 181 œuvres, la plus grande collection privée connue. Pour faire bonne mesure, l’exposition présente aussi quelques prêts d’autres institutions, parmi lesquels un portrait de Jean à quinze ans tenant un fusil de chasse. Accroché au mur de son salon à Los Angeles jusqu’à sa mort, ce portrait est désormais visible au L.A. County Museum of Art .

When he died, Pierre-Auguste left 720 paintings in his atelier, a large number of which Jean and his two brothers sold to collectors and dealers all over the world. Among the buyers was Albert C. Barnes who acquired 44 small Renoir paintings from Jean, many of them roughly sketched, and they are now distributed throughout the foundation’s galleries. But Barnes was obsessed with Renoir and by the end of his life had amassed 181 of his works, the largest single collection in existence. For good measure, the exhibition also includes a few loans from other institutions, one of which is Renoir’s portrait of Jean at 15 with a hunting rifle. It hung in Renoir’s Los Angeles living room until his death. And is now at the L.A. County Museum of Art.

Autant de raisons qui font de la Barnes le lieu idéal pour cette exposition. Comme il est naturel que celle-ci trouve sa genèse aux États-Unis où Jean Renoir résida de façon permanente des années 1940 jusqu’à la fin de sa vie, ne se rendant qu’occasionnellement dans sa France natale. En fait, Renoir : Father and Son, Painting and Cinema est une idée qui n’a que trop tardé : PierreAuguste Renoir est un monument de l’art occidental, et son fils un réalisateur vénéré par les scénaristes et metteurs en scène. François Truffaut aimait tant Le Carrosse d’or qu’il baptisa sa société de production d’après le titre du film. Presque tous les 19 longs métrages de Jean Renoir (14 réalisés en France, 5 aux États-Unis) ont été des succès critiques, et quelques-uns des succès commerciaux1. Malgré l’admiration de ses pairs, son génie cinématographique n’a jamais été du goût des studios hollywoodiens inféodés au boxoffice, ce qui explique une œuvre américaine rare et, par voie de conséquence, une notoriété encore trop confidentielle en Amérique. Souhaitons que cette exposition y remédie. ■

All of which makes the Barnes a particularly fitting venue for the exhibition. Equally appropriate that it should have its genesis in the United States where Jean Renoir was a permanent resident from the 1940s for the rest of his life, with only occasional visits to his native France. If anything, Renoir: Father and Son, Cinema and Painting is an idea that’s overdue: PierreAuguste Renoir is one of the monuments of Western art, and his son is a filmmaker revered by movie writers and directors. François Truffaut loved Le Carrosse d’or so much that he named his production company after the film. Virtually all of Jean Renoir’s 19 feature films (14 in France; 5 in the U.S,) were critical successes1, a few were also commercial hits. For all the admiration of his peers, his cinematic genius was never embraced by the box-office driven Hollywood studios, which accounts for his sparse American œuvre and the consequent fact that he is not well known today. Hopefully, this exhibition will go some way to correcting that. ■

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Voir l’article « Renoir à Hollywood », France-Amérique, septembre 2016.

1 See the article “Renoir in Hollywood”, France-Amérique, September 2016.

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R O U U O G H E C BRAISÉ AUX POMMES ET AUX MARRONS

Braised Red Cabbage with Apples and Chestnuts By Michele Scicolone / Translated from English by Samuel Todd

Le chou rouge acidulé accompagné de marrons peut être servi avec des saucisses, du canard rôti, des côtelettes de porc ou de la dinde. Ajoutez-y des pâtes fraîches pour un plat d’hiver idéal. Des marrons précuits en bocal ou en boîte conviennent parfaitement pour cette recette. Assurez-vous simplement qu’ils ne sont pas sucrés. Tangy, ruby-red cabbage studded with chestnuts goes with sausages, roast duck, pork chops, or turkey. Add some buttered egg noodles for a perfect winter meal. Jarred or canned precooked chestnuts are good for this recipe. Just be sure they are unsweetened.

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BON BONXXXX APPÉTIT APPÉTIT

POUR 8 PERSONNES

YIELD: 8 SERVINGS

INGRÉDIENTS

INGREDIENTS

1 chou rouge (environ 2 kg) 1 grosse pomme, pelée et coupée en dés 10 cl de vinaigre de cidre 2 cuillères à soupe d’huile de colza ou d’une autre huile végétale 2 cuillères à soupe de sucre 1 feuille de laurier Sel et poivre du moulin 1 boîte de marrons précuits et pelés

1 head red cabbage (about 11/2 pounds) 1 large apple, peeled and chopped ½ cup apple cider vinegar 2 tablespoons canola or vegetable oil 2 tablespoons sugar 1 bay leaf Salt and freshly ground pepper 2 cups peeled cooked chestnuts

PRÉPARATION

PREPARATION

1. Couper le chou en quartiers et ôter les grosses côtes. Trancher les quartiers en fines lamelles.

1. Cut the cabbage into quarters and remove the hard core. Cut the wedges crosswise into thin shreds.

2. Dans une grande mijoteuse, mélanger le chou avec les autres ingrédients, à l’exception des marrons. Saler et poivrer. Couvrir et faire cuire à feu doux entre 5 et 6 heures, en remuant de temps en temps, jusqu’à ce que le chou et les morceaux de pomme soient très tendres. 3. Incorporer les marrons, couvrir et laisser cuire 30 minutes supplémentaires. Retirer la feuille de laurier et servir chaud.

NOTE Si vous n’avez pas de mijoteuse, vous pouvez cuisiner cette recette sur le gaz ou au four en utilisant une cocotte en fonte de type Le Creuset. Il faudra alors veiller à augmenter la quantité de liquide dans les plats tels que ragoûts ou soupes, l’évaporation étant plus importante dans un four que dans une mijoteuse. Pour les temps de cuisson, les plats cuisant 3 à 4 heures en position « fort » ou 5 à 7 heures en position « doux » dans une mijoteuse, le seront en une heure sur le gaz. Le meilleur des conseils est de cuire la viande ou les légumes jusqu’à ce qu’ils soient tendres, et de surveiller de manière à ajuster la durée de cuisson si nécessaire. ■

2. In a large slow cooker, combine the cabbage with the remaining ingredients except for the chestnuts, seasoning with salt and pepper to taste. Cover and cook on low for 5 to 6 hours, stirring occasionally, until the cabbage and apple are very tender. 3. Stir in the chestnuts, cover, and cook for 30 minutes more. Remove the bay leaf and serve hot.

NOTE If you don’t own a slow cooker, it is possible to cook the recipe on the stove top or in the oven using a Le Creuset-type cast-iron pot instead. The main adjustment would be to increase the amount of liquid in dishes such as stews or soups since there will be more evaporation from the pot on the stove than from a slow cooker. As for timing, recipes cooked for 3 to 4 hours on “High” or 5 to 7 hours on “Low” in a slow cooker would be done in about 1 hour on the stove. The best advice is to cook meat or vegetables until tender and to monitor the food as it cooks so that necessary adjustments can be made. ■

© From The French Slow Cooker by Michele Scicolone. Copyright © 2012 by Michele Scicolone. Photograph copyright © 2012 by Alan Richardson. Used by permission of Houghton Mifflin Harcourt. All rights reserved.

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BON APPÉTIT

VIN

WINE

Né et élevé à Lyon, et certifié par la Society of Wine Educators de la Vallée de Napa (Californie), Nicolas Blanc est un passionné de cuisine et de vin. Directeur de la restauration du Sofitel de New York, il est l’œnologue de l’hôtel.

Born and raised in Lyon, France and certified by the Society of Wine Educators in Napa Valley, Nicolas Blanc has a passion for food and wine. Director of food and beverage at the Sofitel New York, he is the hotel’s wine specialist. By Nicolas Blanc / Translated from French by Alexander Uff

France Leroy – Bourgogne Blanc – 2015 Le plat du mois est une délicieuse association de saveurs. Le vin devra balancer l’acidité et la générosité du plat mijoté. Un Chardonnay de Bourgogne possède toutes les qualités nécessaires. En Côte-d’Or à Meursault, la maison Leroy a produit une année fantastique pour ses vins rouges et blancs. Dégustons le Bourgogne blanc qui, de par sa fraîcheur et ses arômes combinés de poire et d’herbes légères, accomode pour votre palais le chou rouge aux pommes et aux châtaignes.

This month’s slow-cooked dish is a delicious blend of flavors, and the wine pairing should balance out its generosity and tanginess. A Chardonnay from Burgundy is the tipple for the job. Located in Meursault, in the Côte d’Or département, the Leroy winery has produced a fantastic vintage of red and white wines. We will be indulging in the Bourgogne Blanc 2015, whose freshness and mixed notes of pear and subtle herbs offer the ideal accompaniment to the red cabbage, apples, and chestnuts. ■

UNITED STATES Bonny Doon Vineyard – Le Cigare Blanc Reserve – 2014 Les légumes sont des ingrédients d’accompagnement pour les viandes et poissons, il est rare de devoir appuyer notre choix de vins sur leurs caractéristiques gustatives. Les pommes et les châtaignes embellissent le chou mais le vinaigre est un ennemi. C’est sa rondeur, sa richesse et sa longueur en bouche qui me font choisir ce vin exquis d’Arroyo Seco, en Californie. Assemblage de Roussanne et de Grenache Blanc, ce vin issu du Bonny Doon Vineyard est un hommage aux meilleurs vins de la région du Rhône.

Vegetables are often served as an accompaniment to meat and fish, but their flavors are rarely factors in choosing a wine. Apples and chestnuts enhance the cabbage, but the vinegar in the dish can ruin a pairing. I was therefore drawn to the full-bodied character, rich flavor, and long finish of this exquisite wine from Arroyo Seco in California. This vintage from the Bonny Doon Vineyard is a blend of Roussanne and Grenache Blanc, and pays homage to the finest wines of the Rhône region of France. ■

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BOOKS

T hat I’ve Drawn So Far By Clément Thiery / Translated from French by Alexander Uff

Dessiner tous les bâtiments de Paris. La mission impossible du dessinateur James Gulliver Hancock est un prétexte pour errer dans la ville et s’imprégner de son architecture. Monuments célèbres, façades atypiques et ruelles oubliées, une centaine de ses illustrations sont réunies dans l’album All the Buildings in Paris: That I’ve Drawn So Far, publié par Rizzoli.

Drawing all the buildings in Paris was the mission impossible accepted by illustrator James Gulliver Hancock as a pretext to wandering through the city and taking in its architecture. From famous monuments to atypical façades and forgotten alleyways, some 100 drawings are now available in a new book, All the Buildings in Paris: That I’ve Drawn So Far, published by Rizzoli.

près le succès de ses albums consacrés à Sydney, Melbourne, Londres et New York, James Gulliver Hancock tourne son regard vers Paris. Une résidence à la Cité internationale des arts a donné à l’illustrateur australien l’opportunité d’observer la capitale sans passer pour un touriste. « Je ne voulais pas me promener en prenant des photos et manger des pains au chocolat en imaginant que j’ai passé ma jeunesse dans les cafés avec Jean-Paul Sartre ou Picasso », expliquet-il. « Dessiner les bâtiments d’une ville [...] me pousse à m’arrêter, à observer et apprécier mon environnement. »

fter the success of his books on Sydney, Melbourne, London, and New York, James Gulliver Hancock has turned to Paris. A residency at the Cité Internationale des Arts gave the Australian illustrator the chance to observe the French capital without acting like a tourist. “I didn’t want to just wander around taking photos and eating chocolate croissants wishing I’d grown up hanging out in cafés with Jean-Paul Sartre or Picasso,” he said. “Drawing each experience of place I have in a city […] makes me stop and look and really take it all in.”

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Ses pas le mènent de la place des Vosges à la Fondation Louis Vuitton, œuvre de l’architecte Frank Gehry, en passant par le Moulin de la Galette et la librairie américaine Shakespeare and Company. Les monuments incontournables côtoient les façades méconnues. D’un trait fluide, faussement enfantin, on passe de la pyramide du Louvre à la devanture vert bouteille de la Maison Aurouze, « inventeur de la tapette à souris » et « spécialiste de la dératisation depuis 1872 », au 8 rue des Halles. Le Paris extra-muros n’est pas en reste. Dans les dernières pages de son album, James Gulliver Hancock illustre la proche banlieue : Nanterre et la Grande Arche de la Défense, Noisy-le-Grand et les Arènes de Picasso, Sarcelles et la cité du Grand Ensemble. Puis l’aéroport Charles-DeGaulle, son terminal aux airs de pieuvre, et déjà la fin du voyage. ■

A

His meanderings lead him from the Place des Vosges to the Fondation Louis Vuitton designed by architect Frank Gehry, as well as to the Moulin de la Galette and the American bookshop Shakespeare and Company. Must-see monuments are featured alongside little-known façades; the artist’s fluid, seemingly childlike lines take us from the Louvre pyramid to the bottle-green storefront of the Maison Aurouze, “inventor of the mousetrap” and “rat extermination specialist since 1872” at 8 Rue des Halles. The region around central Paris is also showcased. James Gulliver Hancock fills the last pages of the book with illustrations of the nearby suburbs, including Nanterre and the Grande Arche in the La Défense business district, Noisy-le-Grand and its Arènes de Picasso buildings, Sarcelles and the Cité du Grand Ensemble tower blocks, and finally, Charles de Gaulle airport and its tentacular terminal to round off the adventure. ■

All the Buildings in Paris: That I’ve Drawn So Far, by James Gulliver Hancock, Universe Publishing, 2018. 64 pages. 22.50 dollars. 17 euros. 56

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BOOKS

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Calendrier

AGENDA

French Cultural Events In North America By Tracy Kendrick

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Joyce DiDonato in the title role of Laurent Pelly’s new production of Massenet’s Cendrillon at the Metropolitan Opera. © Bill Cooper


AGENDA

Highlight New York, NY CENDRILLON The Metropolitan Opera performs Massenet’s sumptuous Cendrillon, an instant success when it premiered at Paris’s Opéra-Comique in 1899. Director Laurent Pelly’s staging fully embraces fairytale magic, inviting audience members to regain their childlike wonder. Joyce DiDonato stars as Cinderella, with Alice Coote in the trouser role of Prince Charming; Bertrand de Billy directs. In French with English subtitles. April 12 through May 11 at the Metropolitan Opera House; metopera. org.

EXHIBITIONS Montreal, Canada NAPOLEON

Napoleon: Art and Court Life in the Imperial Palace provides a fresh perspective on one of history’s most iconic figures by revealing the vast machinery underpinning the everyday life of the Emperor and his family. Spanning from Napoleon’s coronation in 1804 to his exile in 1815, the show brings together some 400 sumptuous works of fine and decorative art, many

never before exhibited in North America. Viewers get a taste of the atmosphere of the Imperial Household, whose elaborate functioning, heavy on etiquette, required no fewer than 3,500 employees. Extending from the throne room to the bedroom, the show offers both a first-row seat and a behind-thescenes look at the Imperial extravaganza, meticulously designed to project a public image combining the spirit of the Enlightenment with certain values of the Ancien Régime. Among the many highlights are the gold altarpiece created for the marriage of Napoleon and the Archduchess Marie-Louise in 1810; the imperial throne from the palace of Monte Cavallo in Rome, the second capital of the Empire from 1809 to 1814; and a monumental painting by Ingres titled The Dream of Ossian (1813), commissioned to adorn the ceiling of Napoleon’s bed chamber in that same residence. Through May 6 at the Montreal Museum of Fine Arts; mbam.qc.ca.

Louisville, KY WOMEN ARTISTS

Paris was the cultural capital of the Western world in the latter half of the 19th century, attracting creative talents from all over Europe and beyond. Yet the opportunities it offered were largely off limits to women seeking to pursue professional

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AGENDA

Mina Carlson-Bredberg’s Mademoiselle Beson Drinking from a Glass is on view at the Speed Art Museum in Louisville as part of an exhibition entitled Women Artists in the Age of Impressionism. © Courtesy American Federation of Arts

careers as artists; such ambitions were still frowned upon as a diversion from the path to marriage and family life. Women were not allowed to attend the state-sponsored École des Beaux-Arts until 1897 and could not even explore and set up their easels in public spaces unescorted. Through more than 80 paintings, Women Artists in the Age of 60

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Impressionism shows how Berthe Morisot, Rosa Bonheur, Mary Cassatt, and dozens of their European and American contemporaries circumvented these obstacles by obtaining instruction from established artists and private academies, exhibiting independently, and various other means. Through May 13 at the Speed Art Museum,

speedmuseum.org.

Denver, CO DEGAS

Bringing together more than 100 paintings, sculptures, and works on paper executed between 1855 and 1905, Degas: A Passion for Perfection offers insight into the master’s dynamic creativity and highlights the themes to which he returned time and again, such as the

nude, opera and dance, and horses. Classically trained, he started out painting portraits and historical scenes but went on to become one of the great artistic innovators of his time, constantly experimenting with ways to capture modern subject matter (how best to depict the harsh glow of electric lights?) and blurring the lines between media. This will be the show’s


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sole U.S. presentation. Through May 20 at the Denver Art Museum; denverartmuseum.org.

Santa Barbara, CA THE PAINTED PORTRAIT

Crosscurrents: The Painted Portrait in America, Britain, and France, 1750-1850 celebrates a genre whose star waned with the advent of photography, revealing how its practitioners maintained an artistic exchange in spite of the various political and military conflicts that arose between their respective countries. Highlights include a newly degrimed Rembrandt Peale portrait and works by two women—England’s Mary Grace, believed to have been self-taught, and France’s Pauline Auzou, one of the rare female artists of her time to have enjoyed a successful career, regularly exhibiting at the Salon even after marrying and having children. Through May 27 at the Santa Barbara Museum of Art; sbma.net.

Washington, DC CÉZANNE PORTRAITS

Although Cézanne is best known as a landscape and still-life painter, he executed some 200 portraits during his

decades-long career. These ranged from selfportraits and depictions of his wife to images of field laborers and servants. As with other subjects he tackled, he sought to distill the essence of the figures before him. The first in-depth exhibition of its kind, Cézanne Portraits brings together about 60 paintings, some never before exhibited in this country, to survey the master’s achievement in the genre, trace his influences and artistic evolution, and explore how his various sitters helped shape his practice. Among the highlights is his SelfPortrait with Beret, his final effort to distill his own essence on canvas. This will be the show’s sole U.S. presentation. Through July 1 at the National Gallery of Art; nga.gov.

Pittsburgh, PA MELLON COLLECTION

While the galleries they normally occupy undergo renovation, some of the Virginia Museum of Art’s finest holdings of French art are on tour, offering museum-goers around the country a chance to see these masterpieces close to home. Spanning a century and a half, this trove of more than 70 works includes

outstanding examples of every major movement from Romanticism through the School of Paris. Along with the masters mentioned in its title, Van Gogh, Monet, Degas: The Mellon Collection of French Art from the Virginia Museum of Fine Arts includes works by Manet, Renoir, Pissarro, Delacroix, Matisse, Bonnard, Courbet, Seurat, and other greats. Through July 8 at the Frick Pittsburgh; thefrickpittsburgh.org.

New York, NY VISITORS TO VERSAILLES

Visitors to Versailles (1682–1789) examines the iconic palace from the perspective of various people who passed through its gates between the year Louis XIV moved his court there and the year Louis XVI and the royal family were forced back to Paris. The voices represented range from French aristocrats and foreign dignitaries to luminaries of the arts and sciences to mere tourists. Letters and journals detailing various individuals’ experiences are complemented by paintings, tapestries, furniture, arms and armor, and all the other trappings necessary to transport viewers back in time. April 16

through July 29 at The Metropolitan Museum of Art; metmuseum.org.

Los Angeles, CA LACQUER BOXES

Among MarieAntoinette’s most cherished belongings was her collection of Japanese lacquerware, the core of which was bequeathed to her by her mother, Empress Maria Theresa of Austria. Some of these exquisite objects, once reserved for the eyes of visitors to the opulent private salon known as the cabinet doré, are now on view in A Queen’s Treasure from Versailles: MarieAntoinette’s Japanese Lacquer. This focused show offers a unique sense of her refined taste and also highlights the remarkable skill of urushi masters of the mid-Edo period (c. 1681-1764). Through Jan. 6, 2019, at the Getty Center; getty.edu.

PERFORMING ARTS AND FILM Long Beach and Los Angeles, CA FRENCH SPLENDOR

The period instrument orchestra Musica Angelica presents French Splendor, with the acclaimed Paris-based American

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harpsichordist Jory Vinikour guest directing from his instrument. The program includes Clérambault’s 1710 cantata “Médée,” featuring the FrenchItalian soprano Céline Ricci, as well as chamber music by Rameau, Leclair, and Couperin. April 7 at the Beverly O’Neill Theater in Long Beach and April 8 at Zipper Hall in Los Angeles; musicaangelica.org.

Portland, OR DAPHNIS AND CHLOE

The Oregon Symphony offers classical music lovers a rare chance to hear Ravel’s entire “choreographic symphony” Daphnis et Chloé (and not only Suite No. 2, its “greatest hit”), complete with wordless choral music. Commissioned by Sergei Diaghilev for the Ballets Russes, the score enjoyed its premiere in Paris in 1912. April 7 through 9 at The Arlene Schnitzer Concert Hall; orsymphony.org.

New York, NY ÉDITH PIAF

PIAF! THE SHOW traces the singer’s rise from poverty to international stardom through her well-known repertoire, with images of famous Paris locales of her era as a backdrop. Starring Anne Carrere, billed

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as the Little Sparrow’s “legitimate musical heiress.” April 18 through 20 at the French Institute Alliance Française’s Florence Gould Hall; fiaf.org.

Washington, DC BAROQUE MUSIC

The early music ensemble Folger Consort performs Ovid’s Vineyard: Music of the French Baroque, a program of pieces inspired by The Metamorphoses. Among these are cantatas by Rameau and the lesserknown, somewhat earlier composer Michel de Montéclair, credited with introducing the double bass to the Paris Opera. Also included are instrumental works by Marais, Couperin, Telemann, and others. Featuring soprano Rosa Lamoreaux. April 27 through 29 at the Folger Theatre; folger.edu.

Los Angeles, CA COLCOA

Now in its 22nd year, the COLCOA French Film Festival screens dozens of the latest motion pictures from France, as well as a few time-tested audience favorites. The 2018 edition honors filmmaker and actress Mélanie Laurent (best known to American audiences as Shosanna Dreyfus in Quentin Tarantino’s

Inglourious Basterds). Fans can catch the U.S. premiere of her latest effort behind the camera, Plonger (Diving), about a photographer who feels suffocated by her new role as a mother and takes off on her own. At the lighter end of the spectrum, this year’s selection of classics includes Francis Veber’s Le Dîner de Cons (The Dinner Game) and Bertrand Blier’s Préparez Vos Mouchoirs (Get Out Your Handkerchiefs), comedies from 1998 and 1978 respectively. April 23 through 30 at the Directors Guild of America Theater Complex; colcoa.org.

Philadelphia, PA CARMEN

Now that Carmen is such a mainstay of the operatic repertoire, it’s hard to imagine that it received a less than enthusastic reception when it premiered in Paris in 1875, and that Georges Bizet, who died that same year, had no idea that it would become his most famous composition. Audiences and critics alike found it far too risqué and were put off by the realism of its working-class characters and setting, groundbreaking at the time. Its popularity took off after it won fans abroad. This spring, Opera Philadelphia stages a

new production of this beloved tale of a love triangle between a gypsy seductress, a soldier, and a matador. Starring Daniela Mack, Evan LeRoy Johnson, and Adrian Timpau. Directed by Paul Curran; Yves Abel conducts. In French with English titles. April 27 through May 6 at the Academy of Music; operaphila.org.

North American Tour JEAN RONDEAU

Harpsichordist Jean Rondeau’s numerous accolades include being named best newcomer in the instrumental soloist category at the 2015 Victoires de la Musique Classique, the French equivalent of the Grammy Awards. His most recent album, Dynastie, is devoted to concertos by J.S. Bach and his sons. This spring, Rondeau visits New York; Boston; Washington, DC; Montreal; Toronto; Vancouver; and San Diego, performing works by the elder Bach, as well as Rameau, Couperin, and others. April 19 through May 6; for details, visit jeanrondeau.com.

New York, NY ROMÉO ET JULIETTE

The Metropolitan Opera presents Charles Gounod’s Roméo et


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A new production of Georges Bizet’s Carmen will be winging its way to the Opera Philadelphia stage.

Juliette, first performed in Paris in 1867. Although the libretto is mostly faithful to the Shakespeare tragedy on which it was based, its authors took the liberty of keeping Roméo alive long enough in the tomb scene to sing the opera’s

fourth and final duet with Juliette when she awakens from her druginduced sleep. Staged by the Tony Award–winning director Bartlett Sher, this production also transports the action from 14th- to 18th-century Verona. With Bryan

Hymel and Ailyn Pérez in the title roles and Plácido Domingo conducting. In French with English titles. April 23 through May 12 at the Metropolitan Opera House; metopera.org. ■

For more information about French cultural events around the country, go to www.france-amerique.com/ events. You can also submit your own events to the online calendar. Each listing must be received at least seven days before the event in question, and all submissions will be reviewed prior to publication.

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Une scène du film de Christian Duguay, adapté du roman de Joseph Joffo, Un sac de billes. A scene from Christian Duguay’s adaptation of Joseph Joffo’s novel, A Bag of Marbles. © Courtesy of Gaumont

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CINEMA

UN SAC DE BILLES A Bag of Marbles By Ariane Fert Translated from French by Alexander Uff

Nouvelle adaptation du best-seller de Joseph Joffo, Un sac de billes relate la fuite de deux garçons juifs à travers la France occupée des années 40. A Bag of Marbles is a new adaptation of Joseph Joffo’s best-selling novel, and portrays two Jewish boys fleeing the war through Occupied France during the 1940s.

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CINEMA

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près Jappeloup et Belle et Sébastien, ses deux précédents films tournés en France, le réalisateur québécois Christian Duguay a choisi de porter à l’écran le célèbre roman autobiographique de Joseph Joffo, paru en 1973 et vendu à plus de 20 millions d’exemplaires. L’auteur y relate les péripéties vécues avec son frère Maurice pendant la guerre, alors qu’ils étaient enfants, afin d’échapper aux Nazis et au gouvernement de Vichy. En 1942, comprenant que toute la famille risque d’être déportée, leurs parents les poussent à fuir Paris pour rallier le sud du pays, en zone libre, avec la promesse de les retrouver là-bas. Commence alors pour les deux garçons, livrés à eux-mêmes, une cavale éprouvante à travers la France. Il s’agit de la deuxième adaptation au cinéma de ce classique de la littérature jeunesse après celle réalisée par Jacques Doillon (Le petit criminel, Ponette) en 1975. Contrairement à Doillon qui, tout en sobriété, avait privilégié dans sa version la recherche d’une vérité des sentiments, le cinéaste québécois emprunte une approche beaucoup plus classique mais d’une redoutable efficacité. Son film s’adresse d’abord aux jeunes et se veut très accessible. S’il ne fait pas toujours dans la nuance, Un sac de billes est servi par la qualité de ses interprètes – les jeunes Dorian Le Clech et Batyste Fleurial mais également leurs parents incarnés par Patrick Bruel et Elsa Zylberstein – et réserve de belles émotions. ■ Durée : 110 min Sortie américaine : 23 mars Réalisateur : Christian Duguay Avec : Dorian Le Clech, Batyste Fleurial, Patrick Bruel, Elsa Zylberstein, Bernard Campan, Christian Clavier, Kev Adams Distributeur : Gaumont

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ollowing on from Jappeloup and Belle & Sébastien, his two previous movies shot in France, Quebecer director Christian Duguay has chosen to bring Joseph Joffo’s renowned autobiographical novel to the silver screen. The book was originally published in 1973, and has sold more than 20 million copies. The author recounts the mishaps, adventures, and dangers he experienced as a child with his brother Maurice during World War II, as the pair fled the Nazis and the Vichy government. With the realization their whole family is threatened with deportation in 1942, their parents send them away from Paris to reach unoccupied Southern France, promising to join them there. The two boys are left to fend for themselves, and a grueling race for their lives ensues. This is the second cinematic adaptation of this classic book for young adults, after the 1975 movie by Jacques Doillon (The Little Gangster, Ponette). Unlike Doillon, who took a more sober approach in an effort to portray realistic emotion, the Quebecer filmmaker offers a more traditional yet undeniably striking work. While it occasionally lacks nuance, A Bag of Marbles is carried by fantastic performances from Dorian Le Clech and Batyste Fleurial, as well as by their parents played by Patrick Bruel and Elsa Zylberstein. A movie sure to tug on your heartstrings. ■

Running time: 110 min U.S. release: March 23 Director: Christian Duguay With: Dorian Le Clech, Batyste Fleurial, Patrick Bruel, Elsa Zylberstein, Bernard Campan, Christian Clavier, Kev Adams Distributor: Gaumont


CINEMA

© Courtesy of Gaumont

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CINEMA

Chez nous de Lucas Belvaux. Lucas Belvaux’s This Is Our Land.

© Synecdoche/Artémis Productions

CHEZ NOUS

THIS IS OUR LAND

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Le dixième film de Lucas Belvaux décortique le discours et les méthodes d’un parti populiste d’extrême droite pour s’implanter dans une petite commune de France.

The tenth movie from Lucas Belvaux analyzes the message and methods used by a far-right, populist political party to gain a following in a village in France.

Pauline est une infirmière à domicile dans le Nord de la France, appréciée par ses patients. Approchée par des dirigeants d’un parti d’extrême droite, le « Bloc patriotique », elle se voit proposer de devenir leur candidate aux élections municipales, aux côtés de la dirigeante du parti. D’abord hésitante, Pauline se laisse séduire par le discours populiste du parti, aussi flatteur que simpliste. Lors de sa sortie l’an dernier en France, Chez Nous a suscité un véritable tollé de la part du Front National, le parti d’extrême droite de Marine Le Pen. L’analogie est évidente et son réalisateur, Lucas Belvaux, qui a choisi de sortir son film en pleine campagne présidentielle, ne s’en est pas caché. « Tout ce qui concerne l’extrême droite, ses différentes composantes, la nébuleuse, ce qui se dit

Pauline is a visiting nurse in Northern France and well-liked by her patients. One day she is approached by high-ranking members of a far-right party called the Patriotic Block, and is asked to represent them in the local elections alongside the party leader. While initially reluctant, Pauline is gradually won over by the party’s flattering, simplistic message. Upon its release in France last year, This Is Our Land was heavily criticized by the Front National – France’s far-right party led by Marine Le Pen. The analogy is stark, and director Lucas Belvaux – who also chose to release the movie in the midst of the 2017 French presidential campaign – hardly denies it. “Everything to do with the far right, its different components, its power systems, and everything expressed

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CINEMA

sur internet (ce qu’on appelle la ‘fachosphère’) est très documenté. On n’a rien inventé, si ce n’est ce qui relève directement du récit », affirme-t-il. « J’ai essayé de décrire un parti, de comprendre son impact, son efficacité, son pouvoir de séduction. D’exposer la confusion qu’il entretient, les peurs qu’il suscite et celles qu’il instrumentalise. » ■

Durée : 114 min Sortie américaine : 18 avril à New-York, 27 avril à L.A., suivi d’une sortie nationale Réalisateur : Lucas Belvaux Avec : Émilie Dequenne, André Dussollier, Catherine Jacob, Guillaume Gouix Distributeur : Le Pacte

online (known as the fachosphère in French) are all very well-documented. We didn’t make anything up, other than aspects directly related to the storyline,” he says. “I tried to describe a political party, and understand its impact, effectiveness, and power of seduction. I wanted to expose the confusion it cultivates, the fears it stirs up, and those it uses to its advantage.” ■

Running time: 114 min U.S. Release: April 18 in New York, April 27 in Los Angeles, followed by a national release Director: Lucas Belvaux With: Émilie Dequenne, André Dussollier, Catherine Jacob, Guillaume Gouix Distributor: Le Pacte

UN BEAU SOLEIL INTÉRIEUR

LET THE SUNSHINE IN Le nouveau film de Claire Denis relate la quête d’une femme de cinquante ans, Isabelle (Juliette Binoche), en quête du grand amour. Une comédie servie par les dialogues de la romancière Christine Angot, qui co-signe le scénario, et une pléiade d’acteurs : Xavier Beauvois, Gérard Depardieu, Josiane Balasko, Valeria Bruni-Tedeschi, Philippe Katerine, Nicolas Duvauchelle, Bruno Podalydès… ■ Durée : 94 min Sortie américaine : 27 avril Réalisateur : Claire Denis Avec : Juliette Binoche, Xavier Beauvois, Gérard Depardieu Distributeur : ED Distribution

The latest movie from Claire Denis follows 50-year-old Isabelle (Juliette Binoche) as she searches for true love. A comedy carried by dialogues written by novelist Christine Angot, who cowrote the screenplay, and by a star-studded cast including Xavier Beauvois, Gérard Depardieu, Josiane Balasko, Valeria Bruni-Tedeschi, Philippe Katerine, Nicolas Duvauchelle, and Bruno Podalydès. ■

Duration: 94 min U.S. Release: April 27 Director: Claire Denis With: Juliette Binoche, Xavier Beauvois, Gérard Depardieu Distributor: ED Distribution

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LITERATURE

I S

N O T

S O

S I M P L E

By William Cloonan

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he French grammatical tense, the passé simple, has one very significant advantage for Americans learning French: you did not have to speak it. For many Americans, the hardest part of mastering the language of Molière is pronouncing the words. I have a vivid memory of being assured that the French “e” was very easy to articulate. Just hold the tip of the tongue while making a noise similar to “ugh.” Try that sometime on a Parisian street. The problem for Americans with the passé simple is equally straightforward. Since there was no true equivalent in English, we never quite understood what it meant. Used primarily in literature, the passé simple refers to the past, but not really the way the passé composé does (I wrote), nor the imparfait (I was writing), even though the passé composé and the passé simple can often be translated in the exact same way. A phrase like I saw the

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lion could be an appropriate translation for either a passé composé or a passé simple, depending upon the context. The passé composé form would convey simply what I saw: J’ai vu le lion, whereas the use of the passé simple would suggest the variety of emotions created by the sight of the big cat, and foreshadow the greater significance this encounter would have in the story: Je vis le lion. Imagine a man who was walking down a street and was thinking about a friend who was learning English. Suddenly, he slipped on a banana peel. If the fellow were French and recounting this incident to others, he would use the imparfait (the ing verbs) to lead up to the incident, and then switch to the passé composé to state in a factual manner his unexpected and undignified fall to earth: Un homme marchait dans la rue et pensait à un ami qui apprenait l’anglais.


LITERATURE

Soudainement, il a glissé sur une peau de banane. However, were the same incident to occur in a novel and the author wanted to indicate that this discovery would reverberate in the story, the activities leading up to the event would still be in the imparfait, but slipped would now be in the passé simple: Un homme marchait dans la rue et pensait à un ami qui apprenait l’anglais. Soudainement, il glissa sur une peau de banane. Teachers attempted with varying degrees of success to make us understand that the passé simple was a grammatical device which allowed a writer to emphasize what was significant in a passage or establish a nuance in a narrative dealing with the past just by switching from another past tense to the passé simple. Whereas in English it would be necessary to state explicitly that something important was on the way, or use italics, bold face, or capital letters to establish this point, the French could accomplish that feat with a tense shift. Actually quite neat, even if the slyer American students quickly realized they could navigate daily life in France without it.

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pparently this dubious discovery is now becoming widespread in France. According to Alain Borer, essayist and Rimbaud scholar, the passé simple is sinking into obsolescence particularly among France’s youth. They do not really understand the subtlety inherent in the passé simple, assuming they can identify the verb sequestered in its rather alien verbal form (je suis becomes je fus, j’ai becomes j’eus). Borer laments that the passé simple, once so integral to written communication that it was a staple in letters written by poilus from the trenches of World War I, has suffered from an increasing impatience among the young with grammar. For them, the fast, nuancefree communication of the Internet, often conveyed in abbreviated form, is the new norm. The aural has come to dominate the verbal, and an approximate articulation of a thought is deemed sufficient. French kids are increasingly finding ways of ending

a sentence with the Gallic equivalent of “You know what I mean?” As a result, they fail to see grammar as the structural glue which holds a language together. Instead they perceive it as a somewhat effete nicety, reserved for the culturally pretentious. The decline in the teaching of the native language in French schools has also abetted this unfortunate tendency. As Borer points out, language instruction in France has 630 fewer hours today than in the 1960s.

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his misunderstanding of grammar’s role in permitting the clear expression of ideas, is not peculiar to the Hexagon. French teachers in the States frequently encounter American students who profess a strong desire to speak the language, but do not feel the need to burden themselves with grammatical rules. To such enthusiastic if misguided young people, one might point out that speaking French without grammar is perhaps possible if the goal were to say, “Moi Tarzan, toi Jane,” but more subtle ideas would be beyond their reach. Of course, for many young males on study abroad programs a personal association with the Ape Man would prove most flattering. While teachers of foreign languages can take pleasure in students at a certain level beginning to grasp the gist of a passage, this is impermissible where native speakers are concerned. The passé simple is not an irrelevant grammatical embellishment, but rather a means of expressing thoughts in written language which cannot quite be formulated in other tenses. More specifically, it has played a crucial role in establishing the subtlety and nuances which have become the hallmark of French literature over the centuries. If the passé simple were indeed to become obsolete, the French would be depriving themselves of a great deal. Quite aside from talk about cultural decline in general, the real loss would be quite personal: the inability to identify and appreciate the function of this tense would lessen each French person’s delight in one of its country’s undisputed treasures: its national literature. ■

William Cloonan is a retired Richard Chapple Professor of Modern Languages (Emeritus) at Florida State University. He has written books on Jean Racine, Michel Tournier, and French and German novels concerning World War II. His most recent project is a study of the way French literature views Americans and American literature views the French. His primary research area is the contemporary French novel. APRIL 2018 FRANCE-AMÉRIQUE

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THE OBSERVER

WHITHER By Anthony Bulger

he recent passing of legendary chef Paul Bocuse, a colossus of French haute cuisine, set me thinking about how food, restaurants, and the language associated with them, have changed radically on both sides of the Atlantic in the past 30 years. France’s importance in the gastronomic universe is reflected in the fact that obituaries to the Lion of Lyon appeared not just in the French media but also in foreign newspapers of record, including the New York Times and Washington Post.

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Even so, France is no long-er the centre of that universe. It still sees itself as the guardian of a gastronomic tradition stretching back hundreds of years, whose standard bearers – great chefs from Taillevent in the 14th century to Robuchon today – are national monuments. So it was only fitting that Bocuse be given

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a national send-off. But in some ways, those tributes harked back to a world that’s past. Gastronomy has long since gone global, and some of the top chefs now working in France hail from – whisper it – the Anglosphere. Of course, there has always been the occasional Anglo-American oddity lurking in the hallowed halls of French cuisine. In classic cookery technique, the term à l’anglaise means either boiled or batter-fried – not necessarily a ringing endorsement of a nation’s culinary arts. And à l’américaine refers to fish in a sauce of tomato, brandy and cayenne pepper, although some purists insist the real name is à l’armoricaine – Breton style – because les yanquis surely don’t know how to cook. And where would they get cognac from, anyway? Nevertheless, the Anglo heritage runs a bit deeper than just frying, boiling and brandying. My timehonored Pelleprat cookbook,

published in 1946, contains recipes for such exotic dishes as l’irish stew, le welsh rarebit and Gallic classics like 50 frogs’ legs in sauce poulette for four people. In those days, the Brits used to be synonymous with le chic and the Americans with le choc. Once upon a time, the height of refinement in France was to mimic the English high-tea ritual, though the niceties were not always understood: One hotel in Lyon famously offered le five o’clock tea à quatre heures et demie, gaining half an hour but eliciting chuckles among Englishspeaking customers. The Americans, meanwhile, were known for brash energy, Jazz Age sophistication, and cocktails. In post-WWII America, the stars of the culinary world were haughty French chefs like Henri Soulé, proprietor of New York City’s Le Pavillon, and Pierre Franey. Later on, influen-

tial cooks and writers such as Jacques Pépin, Craig Claiborne and the indomitable Julia Child brought the wonders of la cuisine française to the American public. If it was French, it was fancy. And expensive. In France, meanwhile, the very idea of American cuisine was considered an oxymoron. The food was a hotchpotch: a dash of Italian, and a pinch of Asian spread thinly across a solid and stodgy AngloIrish base. Of course, it was seen through tunnel vision. Little was known about the myriad regional specialties or the culinary delights of, say, Cajun food. Or even the basic fact that America’s culinary tradition was as diverse as its population. No, the country famed for the Bill of Rights was also known for a lousy diet and, quelle horreur!, the cut-andswitch between knife and fork at the dining table. What many foreigners failed to spot was the seis-


THE OBSERVER

mic shift in the American culinary scene that began in the 1960s. It was triggered by a new generation of cooks and writers who wanted to ditch the pomp and circumstance of the French kitchen and celebrate homespun culinary traditions. One of the leading lights of that movement was Alice Waters, who, after travelling and training in Europe, returned to America in the 1970s to concentrate on sustainable cooking using seasonal and local ingredients. Waters inspired what became known as California cuisine (and is arguably the person who launched today’s locavore movement). n France, too, things were changing. La nouvelle cuisine, which Bocuse popularized, sought to emancipate young chefs from stodgy tradition, allowing them to cook with a fresher and lighter touch. At the same time, the restaurant clientele was changing. The French were venturing farther abroad and experiencing different types of foods. If the idea of foreign cuisine in France until the mid1970s was largely confined to North African couscous or the pseudo-Cantonese fare served up in Chinese restaurants, the final quarter of the last decade saw a

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broadening of culinary horizons. Young French chefs who had travelled widely and eaten adventurously returned home with new ideas and exotic ingredients. And “foreign” cuisines gained traction in a more exciting gastronomic scene. Among the pioneers were a number of highly-trained American chefs who had earned their chops at some of the world’s top restaurants and were keen to liven up the French tradition. National prejudices still prevailed, however, along with a lack of knowledge of things foreign. (One Colorado-born chef of my acquaintance had to explain to a would-be restaurateur that her stint at the CIA had nothing to do with espionage and everything to do with the top-flight Culinary Institute of America.) Despite everything, the out-of-home dining scene in France has changed beyond all recognition in the past three decades, with enthusiastic young chefs from all over the world plying their trade and a United Nations smorgasbord of cuisines available on the doorstep. It’s not just the food that has changed. The lexicon, too, is now international. While Americans have long used terms like à la carte entrée and au jus (not to mention French fries, toast

and dressing), the French, traditionally, would cherrypick the occasional word: think le brunch and le brownie (we won’t count le sandwich, which entered the language in the early 19th century). After all, why import “le boiled egg” when l’oeuf à la coque sounds so much nicer? Just look at French menus today, however. Restaurants serve trendy dishes made with ingredients that have been snacké (seared very briefly on all sides – think quick cooking for an easy “snack”) or woké (wok-fried). Don’t feel like a full meal? Try le finger food, which can be dredged through un dip of cream cheese and chives. Among the latest trends in la comfort food is le pulled meat, served on un bun (preferably un home-made). Meanwhile the true hipster (yes, that’s now a French word, too) is turning into un végan who wants to sourcer ingredients like le kale and le squash (true, the latter is easier to pronounce than its French equivalent la cucurbitacée). Some of the blame for this language dilution (or pollution) can be laid at the door of the blogs and websites that have turned eating from a simple pleasure into a cosmopolitan lifestyle. One hugely popular French site provides information

about les coffee spots, les pop-ups and les picnic trips (breaching a basic grammar rule by adding a plural “s” to loan words). Alternatively, you can search their eat liste to find le restau le plus chill in Paris. It’s enough to give you une indigestion. As a cynical gourmet friend of mine observes: Plus il y a de mots anglais sur la carte, plus le restaurant est cher. (“The more English words on the menu, the higher the check.”) So just how far will the invasion go? Will we all be eating de la world food and babbling in pseudo-English at the table in a few years’ time? As I was about to file this story, my pal the cynic invited me for a meal at Chez La Vieille, an iconic 50year old Paris bistro now in the hands of Daniel Rose, a media-savvy American who has turned it into a hip destination. I was dubious. So imagine my relief on reading the menu. The stars of the show were boudin basque, rognons, and blanquette de veau, staunchly classic dishes revisited by a chef with a modern, light touch and a deep respect for French tradition. Our server placed the food on the table with an amiable “Bon appétit, enjoy your meal.” Which just about sums it up, really. ■

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THE WORDSMITH XXXX

)$. (1 (:628, 172; LES MOTS NOUVEAUX Par Dominique Mataillet

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omme ils se plaisent Ă le faire rĂŠgulièrement, les mĂŠdias français se sont employĂŠs Ă  rĂŠpertorier les mots et les expressions qui ont marquĂŠ lâ&#x20AC;&#x2122;annĂŠe ĂŠcoulĂŠe. Impossible de ne pas placer en tĂŞte de liste lâ&#x20AC;&#x2122;anglo-amĂŠricain fake news, ÂŤ informations bidon Âť, ressassĂŠ jusquâ&#x20AC;&#x2122;Ă  la nausĂŠe par le nouveau prĂŠsident amĂŠricain. Très remarquĂŠes aussi, les fantaisies oratoires dâ&#x20AC;&#x2122;un autre chef dâ&#x20AC;&#x2122;Ă&#x2030;tat fraĂŽchement ĂŠlu, Emmanuel Macron. Le prĂŠsident français sâ&#x20AC;&#x2122;est distinguĂŠ Ă  plusieurs reprises par des termes osĂŠs (dans la bouche dâ&#x20AC;&#x2122;un homme dâ&#x20AC;&#x2122;Ă&#x2030;tat) tels que ÂŤ bordel Âť et ÂŤ fainĂŠants Âť. De lui, on a ĂŠgalement retenu la formule ÂŤ poudre de perlimpinpin Âť, le dĂŠsuet ÂŤ galimatias Âť et lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtonnant ÂŤ croquignolesque Âť. Toujours en 2017, on a beaucoup parlĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcriture

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inclusive1, lâ&#x20AC;&#x2122;outil linguistique supposĂŠ rĂŠduire les inĂŠgalitĂŠs liĂŠes au sexe, et plus largement de fĂŠminisme, en raison, notamment, des rĂŠvĂŠlations de harcèlement sexuel qui ont surgi un peu partout dans le monde Ă la suite de lâ&#x20AC;&#x2122;affaire Weinstein â&#x20AC;&#x201C; du nom du producteur amĂŠricain accusĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;agressions par de nombreuses actrices. DĂŠsireux eux aussi de capter lâ&#x20AC;&#x2122;air du temps, les dictionnaires sâ&#x20AC;&#x2122;enrichissent chaque annĂŠe de nouveaux mots. Parmi les deux cents nouvelles entrĂŠes de lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠdition 2018 du Robert illustrĂŠ2, certains font ĂŠcho Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;actualitĂŠ politique ou sociale : ÂŤ europhobe Âť, ÂŤ europĂŠiste Âť, ÂŤ djihadisme Âť, ÂŤ dĂŠradicalisation Âť, ÂŤ post-vĂŠritĂŠ Âť, ÂŤ dĂŠsencerclement Âť, ÂŤ jungle Âť (dans le sens de lieu de vie de fortune pour rĂŠfugiĂŠs), ÂŤ disruptif Âť,

ÂŤ pĂŠtromonarchie Âť, ÂŤ ubĂŠrisation Âťâ&#x20AC;Ś Dâ&#x20AC;&#x2122;autres viennent du monde des nouvelles technologies â&#x20AC;&#x201C; ÂŤ like Âť, ÂŤ googliser Âť, ÂŤ retweetter Âťâ&#x20AC;Ś â&#x20AC;&#x201C;, de celui de lâ&#x20AC;&#x2122;environnement â&#x20AC;&#x201C; ÂŤ glyphosate Âť, ÂŤ biodĂŠchet Âť â&#x20AC;&#x201C;, des mĂŠdias et de la culture â&#x20AC;&#x201C; ÂŤ playlist Âť, ÂŤ gameur Âť, ÂŤ graffer Âť, ÂŤ kirigami Âť, ÂŤ batucada Âť. Issus du domaine du sport, on relève ÂŤ paddle Âť et ÂŤ vĂŠloroute Âť, alors que la mode donne ÂŤ burkini Âť, ÂŤ bomber Âť, ÂŤ stilettos Âť. Du cĂ´tĂŠ de la mĂŠdecine, ÂŤ autotest Âť et ÂŤ presbyacousie Âť sont consacrĂŠs.

M

ĂŞme souci de suivre lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠvolution du langage au Petit Larousse, oĂš lâ&#x20AC;&#x2122;on retrouve, parmi les cent cinquante nouvelles entrĂŠes, quelques-uns des mots ci-dessus citĂŠs (ÂŤ ubĂŠrisation Âť, ÂŤ dĂŠradi-

calisation Âťâ&#x20AC;Ś), mais aussi quantitĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;autres, et de tout ordre. Cela va dâ&#x20AC;&#x2122; ÂŤ aptonyme Âť et ÂŤ bisounours Âť Ă ÂŤ storytelling Âť et ÂŤ youyouter Âť en passant par ÂŤ bondage Âť, ÂŤ chromosphore Âť, ÂŤ hipster Âť, ÂŤ infobĂŠsitĂŠ Âť, ÂŤ neurogenèse Âť, ÂŤ pĂŠdopornographie Âť, ÂŤ permaculture Âť, ÂŤ tangelo Âť, ÂŤ tennessine Âť, ÂŤ virophage Âť3. Qui a dit que le français ĂŠtait figĂŠ et que son vocabulaire ne se renouvelait pas ? De toute façon, quâ&#x20AC;&#x2122;on le veuille ou non, lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠvolution de la sociĂŠtĂŠ et des technologies conduit chaque jour ou presque Ă  la crĂŠation de nouveaux termes pour exprimer de nouvelles rĂŠalitĂŠs. Ceux-ci, quâ&#x20AC;&#x2122;on le dĂŠplore ou quâ&#x20AC;&#x2122;on sâ&#x20AC;&#x2122;en moque, sont souvent des anglicismes. Dieu merci, la Commission dâ&#x20AC;&#x2122;enrichissement de la


THE WORDSMITH XXXXX

langue française, organisme placé sous l’autorité du Premier ministre et connu autrefois sous le nom de Commission de terminologie, veille au grain. Elle s’est récemment attaquée au vocabulaire de l’informatique et d’internet. Ainsi propose-t-elle « joueur » et « visionnage boulimique » à la place de gamer et de binge watching, « internet clandestin » au lieu de dark net ou encore « toile profonde » plutôt que deep web et fact checking pour « vérification des faits ». À hardcore gamer, elle suggère de préférer « hyperjoueur » et à casual game « jeu grand public ». Une fois publiés au Journal officiel, ces termes ou locutions servent de référence pour les documents fournis au public par les institutions étatiques. Libre aux autres utilisateurs du français de les reprendre à

leur compte. Ce sera peutêtre le cas pour « directeur des données » que la Commission propose à la place de chief data officer. Mais on voit mal « conception d’interfaces adaptatives » prendre le pas sur responsive design. L’avantage de l’anglais, on le sait, c’est que, souvent, il est plus concis et donc plus frappant que le français. Quel sera le sort de « mobile multifonction » ? Même réduit à « mobile », on peut craindre que cet équivalent français de « smartphone » n’ait pas beaucoup plus de succès que ceux préconisés par la Commission en 2009 : « terminal de poche » et « ordiphone ». Autre domaine où la Commission a été très active ces derniers temps, les relations internationales. Pour désigner une personne qui revient dans

son pays après avoir combattu à l’étranger dans les rangs d’une organisation terroriste, « revenant » devrait se substituer à l’anglais returnee. De la même façon, « habillage onusien » et « habillage humanitaire » remplaceraient blue washing et empathy washing, tandis qu’au lieu de war room et de situation room il conviendrait de parler de « cellule de crise » et de « centre opérationnel stratégique ».

qui assureront – ou pas – le succès de telles nouveautés lexicales. ■

1

Voir France-Amérique de janvier

2018. 2

Comme celle du Larousse, l’édi-

tion 2018 du Robert est sortie en juin 2017. 3

Nous laissons au lecteur le soin

de chercher la signification des mots qu’il ne connaît pas. Dans un Larousse ou un Robert, par exemple…

E

t que propose la Commission comme solution de rechange à fake news ? Un combiné d’information et d’intoxication : « infox ». Jolie trouvaille, comme celle qui – touchant le secteur de l’édition – consiste à oublier le décrié « nègre littéraire » au profit de « prête-plume ». Mais, encore une fois, ce sont ceux qui parlent le français de tous les jours

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mutual fund. 4 (c) Downpours are so heavy that each raindrop resembles one of the berets worn in the Basque Country. Les Digues du ciel (“the sea walls of heaven”) is the title of a travelogue by Alexis Gloaguen, and un tambour (“drum”) is the local term for a double-door entrance hall. (A picturesque Franco-French expression describing heavy rain is Il tombe des hallebardes.) 5 (b) Belle de jour, though set in France and starring Catherine Deneuve, was made by Spanish director Luis Buñuel in 1967. La Règle du jeu (aka The Rules of the Game, 1939), was, at the time, the most expensive French movie ever made. Banned by the Vichy

The archipelago of SaintPierre-and-Miquelon is a French territorial authority, so its inhabitants naturally speak French. But they do have some quirky expressions, such as embarquer, meaning “to go to bed.” When it rains, they say: Il tombe… (a) Des digues du ciel (b) Des tambours (c) Des bérets basques

4

“Nothing can be said to be certain, except death and taxes,” said Benjamin Franklin. America’s IRS has many nicknames, some of them unprintable. What do the French (politely) call their tax authority? (a) La CSG (b) Le fisc (c) L’OPCVM

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1 (b) L’Union française, the French Union, was established in 1946 to replace the French Empire by combining metropolitan France and its various colonies and territories into a single state. It was replaced in 1958 by la Communauté française (c). The organization promoting the French language and its values is l’Organisation internationale de la francophonie (aka la Francophonie), founded in 1970 (a).

Trône renversé, or “toppled throne.” It later became la place de la Nation (b). The modern-day event is held on la Pelouse de Reuilly in the Bois de Vincennes. La place des Épices (c) is the French translation of Rahba Lakdima, a spice market on the eponymous square in Marrakech, Morocco. 3 (b) Le fisc is an apocope of fiscal, or “tax-related.” The term is used loosely to refer to the tax authorities of any country. The official name of the French authority is le Trésor public. La CSG, or la contribution sociale généralisée, is a welfare tax, and an OPCVM ( organisme de placement collectif en valeurs mobilières ) is a category of

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government, it is considered one of the greatest movies of all time. Le Carrosse d’or (aka The Golden Coach, 1952) was Renoir’s own all-career favorite – so much so that he named his production company after it.

6 (a) Le visionnage boulimique (equating binge watching with bulimia); (b) un hyperjouer ( un joueur means both “a player” and “a gambler”); (c) le directeur des données (modeled on le directeur des opérations, or “COO”). As for (d), the Commission’s two proposals – le terminal de poche and l’ordiphone – are unlikely to ever replace le smartphone ! ■

2 1

2 (a) In olden times, the annual festival was organized on la place du Trône (“throne square”) in eastern Paris, hence the name La Foire du Trône. After the 1789 Revolution, the square was renamed

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Dijon gingerbread, le pain d’épices, has existed since the Middle Ages. It used to be the centerpiece of a Lenten festival held on which public square? (a) La place du Trône (b) La place de la Nation (c) La place des Épices What exactly is l’Union française? (a) An organization promoting the humanist values enshrined in the French language (b) A political entity that replaced the French colonial empire (c) A community of states set up under the Fifth Republic

Stop English loan words! La Commission d’enrichissement de la langue française has come up with home-grown alternatives for several loan words and expressions currently used in French. En bon français, comment devrait-on dire…? (In good French, how should we say…?) (a) Le binge watching (b) Un hard-core gamer (c) Le chief data officer (d) Le smartphone

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Son of one of the leading Impressionist painters, Jean Renoir was an acclaimed filmmaker who directed some of the greatest movies of the 20th century. Which of the following is not a Renoir film? (a) La Règle du jeu (b) Belle de jour (c) Le Carrosse d’or

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NOW, SIT UP STRAIGHT AND PAY ATTENTION! Are you still paying close attention to the articles in France-Amérique? Let’s find out with another edition of our monthly quiz. As always, the aims are to check your understanding of our featured articles and test your broader knowledge of the history, culture, and language of France.

Quiz

By Anthony Bulger


GAME

MOTS FLÉCHÉS BILINGUES / ARROW WORD PUZZLE By Jérémy Arki - jarki@france-amerique.com

Mots anglais et mots français se mêlent dans cette grille. À vous de la remplir, sachant que : Les définitions en français, dans les cases rouges, appellent des mots anglais ; Les définitions en anglais, dans les cases bleues appellent des mots français.

Le mot à chercher est en français Le mot à chercher est en anglais

In this arrow word puzzle you have both English and French words that intersect. You must complete the grid keeping in mind that: Every clue in French, in the red box, calls for a word in English; Every clue in English, in the blue box, calls for a word in French.

Find the word in French Find the word in English

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France-Amérique Magazine (April 2018)  

The Best of French Culture & Art de Vivre

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