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Feuille de salle

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Le présent du passé œuvres de la collection du Frac des Pays de la Loire Du 1er avril au 20 juin 2010 Carte blanche à Dominique Abensour

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Michel Aubry Ensemble s’intitulant “Mise en musique du Club ouvrier de Rodtchenko” 1925-2002 Les Pupitres. La salle de lecture du Club ouvrier

Roy Arden

L’Echiquier

Polis, 1986

Le présentoir de photographies

Né en 1957 à Vancouver (Canada) où il vit.

L’œuvre de Roy Arden s’inscrit dans le contexte d’une scène artistique très homogène, celle de Vancouver. Tout en intégrant volontairement un certain académisme local, l’artiste propose une lecture très personnelle de l’image d’archives. Les images sélectionnées relatent un événement politique, historique ou social. Détachées de leur contexte, elles sont recadrées, disposées en séquences, amputées des légendes. Ainsi Polis nous donne à voir dans la partie supérieure, des fragments montrant des traces de lutte : des vitres sont brisées, des détritus jonchent le sol, des corps (mannequins) gisent dans la rue. Un drame a eu lieu. Au registre inférieur, se succèdent les étapes de la construction d’un bâtiment, à mi-chemin entre les buildings new yorkais et certains édifices staliniens. Il s’agit de l’Hôtel de Ville de Vancouver (construit dans les années 1930) qui est ici juxtaposé aux souvenirs des émeutes ouvrières de 1938. L’œuvre de Roy Arden jette le trouble, remue nos consciences, avant même que nous ayons pu en décoder les images. Toute de contrastes, elle est à la fois immédiate et complexe, intellectuelle et émotionnelle, érudite et simple.

Le Dévidoir d’affiches Bois peint

La Bibliothèque. La salle de lecture du Club ouvrier Né en 1959 à Saint-Hilaire-duHarcouët, il vit à Paris.

Depuis une quinzaine d’années, Michel Aubry s’est créé une place singulière dans le monde de l’art contemporain en développant une œuvre dont la démarche, plutôt conceptuelle, cultive tradition et modernité, musique et arts plastiques, son et sculpture. Dans ses premiers travaux, il poursuit une recherche fondée essentiellement sur le domaine musical et les Launedas (parmi les plus anciens instruments de musique sarde) lui fournissent une véritable grammaire. L’œuvre monumentale Mise en musique du Club ouvrier de Rodtchenko est composée d’éléments mobiliers reconstruits par l’artiste à partir du Club ouvrier réalisé par Alexandre Rodtchenko pour l’exposition internationale des arts décoratifs et industriels de 1925 à Paris. Michel Aubry respecte le dessin constructiviste et les couleurs utilisées par l’artiste russe tout en combinant des proportions empruntées aux

codes de la musique sarde. Les éléments de mobilier (le dévidoir d’affiches, les sièges de l’échiquier, le présentoir de photographies, la bibliothèque, etc. ) subissent ainsi une distorsion déterminée par les notes de musique que l’artiste a gravées dans les champs de la menuiserie. Ainsi, pour la bibliothèque, la largeur de chaque tablette est égale à la longueur du son gravé dans le support. De même, l’échelle des cinq notes choisies pour former les étagères reconstruites est celle d’un Pentacorde, joué sur une canne mélodique de roseau percée de cinq trous. Pour parachever cette mise en musique, des «anches» en roseau sont fichées dans chacun des supports et le spectateur, s’il soufflait dans ces «meubles-instruments», produirait la note voulue qui détermine la hauteur ou la largeur des éléments. L’artiste combine ici magistralement la fonctionnalité du Club ouvrier avec des formes qui obéissent à des échelles musicales. Enfin, tous les objets et le mobilier sont peints en quatre couleurs - gris, rouge, noir et blanc. Le plan de coloration a une signification organisationnelle il différencie et souligne l’utilisation, les parties et la nature des objets.

Pascal Convert Grilles de fenêtre 1930, 1986 Né en 1957 à Mont-de-Marsan, il vit à Biarritz.

Dès le début des années 1980, par une série d’œuvres que lui inspirent trois villas abandonnées de la Côte basque, Pascal Convert manifeste un intérêt pour l’architecture et les relations qu’elle définit entre un espace privé et un espace public. La maison inhabitée, vidée


de son mobilier, destinée à une prochaine démolition, devient pour l’artiste le lieu d’une investigation et l’objet d’une topographie minutieuse. À l’inverse de l’archéologue qui cherche à reconstituer le passé à partir de fragments exhumés, Pascal Convert, par des relevés ou des moulages en verre d’éléments du décor, cristallise l’histoire et crée lui-même ce qui va prendre valeur de vestige. Grilles de fenêtre opère un véritable travail de cristallisation où le motif, devenu mural et simplement posé au sol, devient une sorte de legs du passé et des sensations. Chez l’artiste, décor et décoratif deviennent les signes ou les motifs désaffectés — apparemment neutres, sans affects — d’une longue durée intime, le plus souvent insue, inaperçue. Le décor accompagne notre vie entière, et c’est lui en effet que nous voyons le moins. Voici des pots de fleurs (avec fleurs), en fer forgé, leur volume aplati en deux dimensions les rend propres à faire office de motifs décoratifs à placer devant une fenêtre. À la fois familières et étrangères ces sculptures mettent en jeu (...) le paradigme décoratif comme paradigme d’altérité et d’absence - plus encore de séparation, de perte et de deuil.

un circuit fermé, qu’il soit social ou culturel. Braco Dimitrijevic joue sur ces conventions en promouvant l’image et le nom d’un inconnu choisi au hasard. La série Status Post Historicus à laquelle l’œuvre du Frac appartient, fait son apparition en 1971, avec la réalisation du buste de David Harper. Passant occasionnel passé ainsi de l’anonymat à la notoriété publique, il est le premier à voir son effigie en bronze. L’œuvre du Frac présente deux bustes de cette série: un de Michel Ange, et un autre de Mario Orsini, un inconnu passé à la notoriété grâce au travail de l’artiste. Depuis, les bustes se sont multipliés, et forment un panthéon mêlant quelques personnalités célèbres à des inconnus. Ce monument dispersé aux quatre coins du monde est aussi un monument à ceux qui, se retrouvant par hasard face à l’un de ces nombreux visages, éprouveront soudain le sentiment intime d’avoir été quelques instants face à face avec eux-mêmes. L’œuvre de Braco Dimitrijevic peut être considérée comme un hommage à ceux dont l’histoire ne retient pas le nom, mais qui participent pourtant à sa construction.

vidéos, de dessins, etc. L’œuvre acquise par le Frac des Pays de la Loire est un frottage réalisé à partir du mur d’accueil de la Cité de Refuge, bâtiment conçu par Le Corbusier au début des années 30, situé dans le 13ème arrondissement de Paris. Sur le panneau figurent les noms des personnes qui ont financé et soutenu ce projet ainsi qu’une note d’intention à propos de la destination de ce bâtiment : un centre de secours social géré aujourd’hui par l’Armée du Salut. Ce projet est représentatif de l’intérêt que porte cet artiste à la dimension collective et utopique de l’architecture (mais aussi parfois autoritaire), ainsi que l’appropriation de ces zones ou symboles par la population. C’est un regard critique sur le modernisme et les politiques de rassemblement.

Georges Didi-Hubermann, extrait du catalogue d’exposition, Pascal Convert, CAPC de Bordeaux, 1992

Andreas Fogarasi

Bertrand Lavier

Braco Dimitrijevic

Cité de refuge, 2008

Walt Disney Productions, 1947-1984, 1984

Status Post Historicus, 1989

Le travail d’Andreas Fogarasi questionne les rapports qui existent entre l’architecture et son impact auprès des masses. Il épie les signes visibles des espaces urbains comme les logos des villes, des inscriptions ou des pictogrammes marquants, qu’il reproduit ensuite sous la forme d’installations, de photographies, de

Né en 1948 à Sarajevo (Yougoslavie), il vit à Londres, New York et Paris.

La place d’un individu dans l’histoire est toujours coïncidence et arbitraire, fondée sur un système fixe de conventions et de signes qui régulent les attitudes de reconnaissance dans

Né en 1977 à Vienne (Autriche), où il vit.

Walt Disney Productions, 1947-1985, 1984 Né en 1949 à Châtillon-surSeine, il vit à Aignac-Le-Duc et à Paris. Bertrand Lavier interroge la nature de l’art et ses rapports avec le quotidien, comme dans sa série des Walt Disney Productions, dont le Frac possède plusieurs œuvres. Ces “productions” sont tout


droit sorties de Mickey au musée d’art moderne, l’une des aventures imaginées par Walt Disney pour son héros. Figure de l’Américain moyen, personnage d’un monde voulu sans dissidence, Mickey ne peut visiter qu’un musée reflétant la vision d’un art moderne stéréotypé. Isolant de la vignette de bande dessinée le “tableau” ou la “sculpture”, Lavier procède à leur agrandissement. Dans la mesure où les œuvresmodèles n’ont d’existence que de papier, l’artiste doit trouver l’échelle qui lui paraît la plus juste. Les dimensions de Walt Disney production correspondent potentiellement à celles d’œuvres abstraites des années 40. Réalisations à deux auteurs, dont pourtant aucun n’a imaginé ou réalisé la forme, les Walt Disney productions oscillent entre fiction et réalité.

David Maljkovic Lost Review, 2008 Né en 1973 à Rijeka (Croatie), il vit à Berlin (Allemagne). Lost review est une installation sous forme de collage autour de l’Exposition Universelle de Zagreb. Réalisée à partir de documents d’archives liés à l’histoire récente de l’exYougoslavie, l’artiste interroge le paradoxe de ce pays, pris entre devoir de mémoire et amnésie collective. Mais contrairement à d’autres artistes ayant vécu à l’ombre du Rideau de fer, avid Maljkovic ne cherche pas à étourner ces stéréotypes vieillis de la propagande politique et économique. Ni ironie ni dérision dans son découpage obsessionnel. De manière réfléchie, froidement, par des carrés, des rectangles ou des cercles tracés au compas, son œuvre compose un message censé être assimilé sans nuances, dans sa globalité. Mettre en pers-

pective les images d’hier et le regard d’aujourd’hui, telle est la démarche de l’artiste. Son ravail prend tout son sens appliqué à l’ex-Yougoslavie, un pays au passé récent riche et complexe. Par ces collages, il propose un «last review», un dernier examen mais aussi une dernière ritique, de ces scènes du passé avec un œil contemporain. Libre au public de se réapproprier les spaces manquants, de combler les trous en regardant sous un jour nouveau ces instantanés d’une autre époque.

usine électrique démesurée qui fut, il y a peu de temps encore, un des fleurons de l’industrie lituanienne. Des panoramas documentés de la cité et de la centrale électrique sont entrecoupés d’entretiens avec des personnages qui l’ont fait vivre et qui l’ont parfois rêvée, touchants témoins d’un passé glorieux et d’une utopie avortée. L’exploration de l’Histoire nourrie de sa propre expérience reste le matériau central de tout le travail de l’artiste. Tout l’art de Deimantas Narkevicius consiste à transférer avec justesse et émotion le temps de l’histoire dans l’espace de l’art.

Deimantas Narkevicius

Panamarenko

Energy Lithuania, 2000

Papavore, 1980

Né en 1964 à Utena (Lituanie), il vit à Vilnius.

Né en 1940 à Anvers (Belgique) où il vit.

Deimantas Narkevicius a développé sa pratique artistique au début des années 1990, un moment particulier qui vit tomber «le rideau de fer» avec un travail sculptural autour de l’objet. Rapidement, il s’oriente vers l’image en mouvement, s’inscrivant ainsi de plain-pied dans le contexte des arts visuels. Aux marges du documentaire, Energy Lithuania se propose comme une relecture de la télévision soviétique et des standards de l’image dans son pays : «Ces images télé avec lesquelles j’ai grandi. Le réalisateur tournait dans une usine, ou traitait d’un quelconque problème social, et c’était censé être de la propagande. (...) Mais les images, elles, étaient bizarrement très modernes. Car quoique mâtinée de propagande et légèrement surannée, l’image tient aussi dans le commentaire qui l’accompagne, dans la narration.» Dans Energy Lithuania, on découvre Elektrenai, une ville bâtie toute entière autour d’une

Après avoir à ses débuts pratiqué le happening, dont il conservera dans toutes ses œuvres la dimension ludique, Panamarenko s’intéresse très tôt, dés la fin des années soixante, aux machines volantes. Son pseudonyme choisi en songeant à la compagnie d’avion Pan American and Co, est déjà un manifeste. Les machines à voler réalisées utilisent des techniques simples, voire obsolètes. Ni visionnaire comme Vinci, ni utopiste comme Tatlin ou les futuristes, Panamarenko nous entraîne dans un parcours à rebours du progrès scientifique, dans une totale liberté d’imagination qui se teinte parfois d’ironie. Se libérer de la pesanteur, c’est quitter la condition terrestre, et Panamarenko crée dès 1966 des chaussures magnétiques pour marcher au plafond. Prendre son envol tel l’oiseau, c’est le rêve absolu qui rapproche l’homme du ciel, abolit les distances et donne une maîtrise de l’univers. Le Papavore est à cet égard exemplaire de la dimension


onirique des propositions de l’artiste. Cet aérostat, fragile maquette d’un improbable vaisseau volant à la délicate nacelle d’osier, s’inspire directement d’une capsule végétale. Sa vive couleur rouge évoque “l’amour en cage” qui fleurit aux premiers jours de l’automne et comme le pavot auquel il emprunte son nom, il nous invite à un subtil et exaltant voyage de l’esprit et des sens.

culturel, économique et social de son époque. La fin des années 60 a été aux Etats-Unis celle de la revendication d’une fonction nouvelle de l’art : la fonction critique, et d’un rôle nouveau pour l’artiste et le créateur. Martha Rosler a ainsi investi différents champs : la société américaine, l’inégalité des sexes, ou encore la transformation du paysage urbain. Elle s’est fait connaître au début des années 70 par ses photomontages sur la guerre du Vietnam -Bringing the War Home, House Beautiful, 1967-1972-, qui constituent une réponse de l’artiste face aux images vues à la télévision et dans la presse. Dans cette série, l’artiste intègre des images de la guerre du Vietnam dans des intérieurs américains, et vice-versa. Chaque jour, les médias font pénétrer dans les foyers des faits extérieurs, mais ceux-ci débordent rarement du cadre du petit écran ou de la page de journal. Martha Rosler confronte deux réalités antinomiques; ces photomontages interrogent brutalement notre rapport au quotidien et à l’histoire.

Joe Scanlan Donelle Woolford Lute, 2005 Donelle Woolford Columbine, 2007 Né en 1961 à Stoutsville (Etats-Unis), il vit à New York.

Martha Rosler Run-Away Bringing the War Home: in Vietnam, 1969-1972 First lady (Pat Nixon) Bringing the War Home: House beautiful, 1967-1972 Née en 1943 à New York (Etats-Unis) où elle vit.

Figure majeure des artistes femmes engagés politiquement, Martha Rosler réalise, depuis le milieu des années 1960, une œuvre exigeante qui interroge et utilise conjointement plusieurs médiums de représentation. Photomontage, photographie, performance, écrit et vidéo sont ainsi pour l’artiste des formes d’expression qui lui permettent de créer des réponses artistiques radicales au contexte

Joe Scanlan pratique la sculpture à base d’objets quotidiens qu’il construit et transforme dans de longs processus manuels. Ses œuvres relèvent à la fois de la sculpture et du design et du croisement de ces deux disciplines, et partent souvent d’objets d’usage courants et fonctionnels. Il travaille à base d’éléments et matériaux qu’il achète dans les magasins en fonction des besoins de sa vie pratique. Le principe du “do it yourself”, le bricolage et le côté élémentaire des moyens n’excluent pas la qualité ni l’inventivité. Depuis maintenant 10 ans, Joe Scanlan s’approprie des Kits d’ameublement qui deviennent entre ses mains des structures évolutives, esthétiques et pratiques. L’artiste reconsidère les notions d’espace privé, d’artisanat et d’économie démocratique. Les œuvres présentées ici portent la signature de «Donelle Woolford» : il s’agit d’un personnage de fiction inventé par Joe Scanlan. Jeune artiste afro-améri-


caine du 21ème siècle, travaillant seule dans une scierie d’une ville industrielle en décrépitude, elle utilise le bois comme matériau artistique et reconstruit de mémoire des moments de gloire. Depuis ces dernières années, Joe Scanlan a travaillé avec elle comme alter ego pour ses tableaux cubistes. Il lui a donné par ailleurs une forme et une apparence, pour en faire une vraie artiste en chair et en os, la faisant devenir l’incarnation vivante de son travail. Amalgame de mythes et de réalités, ce personnage nous montre que la démarche de Joe Scanlan est empreinte d’une préoccupation sur le caractère temporaire des choses, la réalité fugitive des images, des objets et des vies, et marquée par l’idée de traversée.

notamment dans ces deux bâtiments, mais aussi une allusion à une technologie simple et efficace propre au célèbre architecte. Enfin, c’est aussi un clin d’œil à la question cruciale de l’environnement dans le monde moderne. Simon Starling appartient bien à cette tradition anglaise des artistes marcheurs, ces nouveaux arpenteurs de la modernité comme Richard Long et Hamish Fulton qui interrogent la notion d’identité à travers le temps et l’espace.

apparenteraient la démarche de l’artiste à celle du topographe ou du paysagiste, ces inscriptions et tracés de figures constituent des travaux de mémoire. L’œuvre de Tremlett constitue une confrontation avec des lieux, à travers les souvenirs d’un voyage, une marche immense vers l’origine. Sachant que son travail allait être exposé dans le grand dortoir de l’abbaye, il se plut à renchérir en utilisant cette destination pour son titre: A Work for the Dormitory.

Simon Starling

David Tremlett

Heinzmann, Uni Solar Trek, 2000-2001

A Work for the Dormitory, 1985

Né en 1967 à Epsom (Royaume-Uni), il vit à Glasgow.

Né en 1945 à Saint-Austell (RoyaumeUni), il vit à Bovington.

Né en 1966 à Varsovie (Pologne) où il vit.

De prime abord insolite, multipliant geste de transformation et de re-fabrication, références, déplacements géographiques et correspondances culturelles, l’œuvre de Simon Starling se caractérise par ses effets de rebonds et d’accumulation. Une création qui se constitue par épisodes, où l’on voyage beaucoup, telle une flânerie plastique dans l’imaginaire occidental. Dans Heinzmann, Uni Solar Trek, les photographies illustrent un voyage de Briey-en-forêt (Lorraine) à Rezé (Pays de la Loire), reliant en plusieurs jours à bicyclette deux bâtiments presque semblables (unité d’habitation) de Le Corbusier, si bien que l’artiste finit par se demander s’il a bien parcouru tous ces kilomètres. Par ailleurs, son vélo était équipé de panneaux solaires qui l’aidaient à monter les côtes. Cet appareillage est une évocation directe du travail de Le Corbusier sur la lumière,

David Tremlett est un voyageur collectionneur, c’est à dire qu’en Afrique ou au Pôle Nord, à Fontevraud ou dans la campagne anglaise, il saisit des impressions, odeurs, ambiances, formes, états psychologiques, bruits. De cela il constitue sa richesse et, à son retour, note ses impressions lacunaires. Puis s’opèrent un processus de transformation, des condensations à travers la mémoire et l’oubli, qui révèlent que le lieu a en lui d’autres images que celles que le visible nous transmet. A Fontevraud, lors des Ateliers Internationaux du Frac, Tremlett a agi sur l’Abbaye comme un restaurateur sur une fresque qui s’estompe. Pour A Work for the Dormitory, il a réveillé les sons, les odeurs, il a évoqué les derniers prisonniers —qu’il a rencontrés— il a dessiné les silhouettes des arches, rappelé les cris d’oiseaux. Loin d’être des illustrations ou des esquisses documentaires qui

D’une façon presque obsessive, Artur Zmijewski traite dans ses oeuvres les problèmes de la matérialité du corps et du côté physique de l’homme vu par ses fonctions biologiques fondamentales. Cette perspective pose la question de la relation entre la matière du corps prédisposé aux maladies et à la décomposition et le côté spirituel et intellectuel de l’homme. L’artiste s’intéresse particulièrement aux cas où des dysfonctions profondes du corps et des maladies graves font impossible pour l’homme sa participation à la vie ou détruisent son esprit. La vidéo Zeppelintribüne a été réalisée à Nuremberg dans la tribune de Zeppelin, construite par Albert Speer, l’architecte le plus important du troisième Reich. Ce bâtiment long de 360 mètres fait partie d’un ensemble architecural plus grand, le Zeppelinfeld, qui était le haut lieu des grands rassemblements nazis. La tribune

(Heinzmann = marque de vélo - Uni-solar =  pile batterie solaire - Trek = randonnée)

Artur Zmijewski Zeppelintribüne,  2002


de Zeppelin a été immortalisée par le film de propagande «Le triomphe de la volonté» ( Triumph des Willens) de Leni Riefenstahls qui traite du congrès nazi de 1934. Incarnant le souvenir d’un passé lourd, c’est le lieu le plus négligé, le plus sâle et le plus détérioré d’Allemagne; entre volonté d’oublier et devoir de mémoire, ce monument figure pourtant dans tous les guides touristiques. C’est en partant de ce constat que Zmijewski réalise sa vidéo Zeppelintribüne. « Si de tels monuments continuent d’exister, pourquoi ne pas retourner à leurs formes historiques». L’artiste reprend des extraits de chroniques fachistes montrant un défilé d’ouvriers nazis, qu’il accompagne de ses propres enregistrements. Il se met lui-même en scène avec son amie dans le stade de Nuremberg (la Zeppelintribüne) pour le nettoyer, tout en reprenant des postures militaires du IIIè Reich. C’est un film qui parle de mémoire, mais d’une mémoire quelque peu perverse qui amène de nombreux touristes à faire le salut nazi sur l’ancien balcon de Hitler. Il dénonce ainsi le côté absurde de la Zeppelintribüne que le peuple allemand souhaite oublier, mais dont le passé resurgit à la venue de chaque visiteur. La notion de corps y est par ailleurs traitée, notamment dans la gestuelle du couple lorsqu’ils exécutent une danse en nettoyant la Zeppelintribüne, ou encore dans les reproductions parodiques des rituels militaires du IIIè Reich.


Textes sur les oeuvres, exposition Le présent du passé