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LA FÉDÉRATION QUÉBÉCOISE POUR LE SAUMON ATLANTIQUE

Saumons Volume 35, numéro 1 • HIVER 2012

illimités 92

L’exploration pétrolière et le saumon

700$ / 5 €

Convention Poste-publications 40063917

La rivière Godbout en pleine relance!

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Numéro 92 Photo couverture : Jacques Verreault, Fosse Batture, rivière Sainte-Anne, juin 2011

4 Mot du président

Revue officielle de la Fédération québécoise pour le saumon atlantique et de la Fondation François de Beaulieu-Gourdeau, dont le siège social et le secrétariat sont au 42-B, rue Racine, Québec (Québec) G2B 1C6 Téléphone : 418 847-9191 • Télécopieur : 418 847-9279 secretariat@saumon-fqsa.qc.ca www.saumon-fqsa.qc.ca

6 From the president

Éditeur et rédacteur en chef: Ghyslain Provençal Comité de rédaction : André A Bellemare, Bernard Beaudin, Gérard Bilodeau, Yvon Côté, Pierre Manseau, Gilles Shooner et Richard Sirois. Publicité : Ghyslain Provençal Tirage : 4 000 copies Convention Poste-publications 40063917 RETOURNER TOUTE CORRESPONDANCE NE POUVANT ÊTRE LIVRÉE AU CANADA À : FQSA, 42-b, Racine, Québec (Québec) G2B 1C6 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec • Bibliothèque nationale du Canada Adhésion FQSA : 40 $ (hors Canada ajouter 10 $) • La Fédération ne s’engage pas à publier tous les écrits qu’elle reçoit. • Si cela est jugé pertinent, la Fédération se garde le droit de répondre à tout propos. • La Fédération ne publiera pas les propos qui sont jugés diffamatoires, qui contiennent des erreurs, qui sont fondés sur des opinions racistes ou qui pourraient inciter à la violence. • Les opinions émises dans les articles n’engagent que leurs auteurs. • Dans cette revue, la forme masculine n’est utilisée que pour alléger les textes.

Sommaire

8 Mot de l’éditeur 10 Statistiques de pêche 2011 12 Bonne retraite Monsieur Firth ! 15 Gaz de schiste et saumons… compatibles ou non ? 17 Le saumon… dans le golfe Saint-Laurent

Le conseil d’administration de la FQSA Président : Yvon Côté Secrétaire : André Baril Trésorier : Georges Malenfant Vice-présidence à la pêche sportive : Claude Hamel, V.P. • Bas-Saint-Laurent et Gaspésie : Dial Arsenault • Côte-Nord : Gilles Poirier • Montréal : François Chapados, Lyne Trudeau, Berchmans Rauzon • Québec et Saguenay : David Saint-Laurent, Sylvie Tremblay Vice-président aux affaires autochtones : Jean-Marie (Jack) Picard Vice-présidence à la gestion des rivières : Michel Ouellet, V.P. • Rive sud : Marco Bellavance et Paul M. Leboutiller, administrateurs à l’Association des pêcheurs sportifs de saumon de la rivière Rimouski • Rive nord : Georges Gagnon, directeur général de la Société d’aménagement de Baie-Trinité Jacques Laroche, administrateur CGRSE Représentant de la FPQ : Dominic Dugré Gestionnaires : 2 postes vacants Vice présidence aux finances et affaires corporatives : Vacant Délégués externes : • CIRSA : Gilles L. Duhaime • FSA : Charles Cusson • Maryse Saint-Amant • Améllie Thériault

23 La Godbout : une « nouvelle » rivière 28 Saumon thérapie 30 Stratégie de pêche au saumon

17

34 Mouche fétiche 36 Pêcheur de 100 ans 39 Forum Spey de Sherbrooke 42 Fosse n° 8 de la rivière aux Rochers 46 Trucs photo

Directeur général : Michel Jean Présidents honoraires : Bernard Beaudin, Jean-Pierre Mailhot, Jean Racine, André Vézina

Index des publicités Air Médic................................................................................ 27

48 Gastronomie 50 Opinion du lecteur 51 6e édition du souper de Thetford

Alain Mercier........................................................................... 38 Andrew Giffin.......................................................................... 53 APRM..................................................................................... 49 Avalon.................................................................................... 41 Camp Bonaventure................................................................... 9 Chalets du Bout du Monde..................................................... 38 Fondation de la Faune du Québec..................................... 2 et 9 Hydro Québec........................................................................ 45 Le Coin du Moucheur............................................................. 55 Magasin Latulippe................................................................... 21

51 Rencontre de pêcheurs à la mouche de la région de Québec 52 Dans la seconde édition de son livre Modern Atlantic Salmon Flies… 54 Babillard

42

Mentorat 2012........................................................................ 37 Pierre Bahamas...................................................................... 35 Pourvoirie Lac Robidoux........................................................... 8 Salmon Lodge........................................................................ 27 Salon expert chasse et pêche................................................. 56

48

Saumon Québec..................................................................... 21 Torrent.................................................................................... 35

Le conseil des Gouverneurs 2011 Membres corporatifs Hydro-Québec Camp de pêche de la rivière Moisie inc. Corporation de pêche Sainte-Marguerite inc. Membre individuel M. John E. Houghton

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Photo : Marcographie

Mot du président

Que nous réserve 2012? La dernière page du calendrier de 2011 est à peine tournée que la FQSA doit déjà envisager l’année qui est là. Le cycle annuel d’activités est passablement le même d’une année à l’autre.

Participation des membres du conseil d’administration au Forum de pêche à la mouche de Granby en février. Mise en place du programme scolaire « Histoire de saumons » dans plus de 40 écoles participantes, en février et mars. Première parution de la revue Saumons illimités au début mars. Congrès annuel et assemblée générale annuelle des membres de la fédération à la mi-avril. En mai, annonce des projets retenus pour le « Programme de l’amélioration des habitats du saumon sur la Côte-Nord ». Seconde parution de Saumons illimités au début juin. Juin, juillet, août et septembre seront les mois de travail sur certains dossiers de fond sur lesquels je reviendrai. Et un peu de pêche au milieu de tout ça. Mi-septembre, ce sera le « Programme Mentorat/Découverte des rivières/Initiation de la jeunesse ». Fin octobre, le souper bénéfice annuel de la Fédération qui

permet d’amasser en une soirée le tiers du budget annuel de notre organisation. Puis, début décembre, dernière parution annuelle de Saumons Illimités. Et on sera alors parvenu à la dernière page du calendrier. C’est certain, le Conseil d’administration et l’équipe FQSA ont encore du boulot devant eux.

Mais le saumon dans tout ça, me dira-t-on? L’année 2011 a été exceptionnelle parmi les dernières années. Les remontées ont généralement été plus abondantes que par le passé, les résultats de pêche excellents, la fréquentation des rivières par les pêcheurs à la hausse et,

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nous dit-on au ministère des Ressources naturelles et de la Faune, la vente des permis de pêche au saumon était à la hausse. Bref, le meilleur vendeur de la pêche du saumon, c’est le saumon lui-même. En principe, les remontées de saumons en 2012 devraient encore être bonnes d’après certains indicateurs, dont le nombre de madeleineaux dans les remontées de 2011. Également, les résultats de la pêche observée au Groenland à la fin de l’été dernier indiquaient, selon les pêcheurs, une bonne abondance. Cette cohorte de saumons parviendra à nos rivières l’été prochain. Par contre, la mer demeure une grande boîte noire dont il est difficile de percer les secrets. Les prévisions sont souvent déjouées par Mère Nature; 2011 en est la preuve. Bref, quand on est pêcheur du saumon ou gestionnaire de rivière à saumon, il faut s’ajuster au contexte d’incertitude qui entoure le déroulement du cycle vital du saumon. Dans un tel contexte, le principe de la précaution demeure la meilleure ligne de conduite. Le mot d’ordre : « On poursuit les efforts de conservation ».

son habitat. La proposition est actuellement à l’étude par les instances gouvernementales. On s’attend à l’annonce d’une consultation élargie à ce sujet, en cours d’année. Il y a également la consultation sur l’exploitation et l’exploration gazière et pétrolière dans le golfe du Saint-Laurent. Je réfère ici tout particulièrement au champ pétrolifère Old Harry qui a fait la manchette des journaux, au cours de 2011. La Fédération a participé à une séance d’information à ce sujet, en décembre dernier. Un mémoire sera déposé à la commission créée à ce sujet.

Les grands dossiers de la pêche du saumon en 2012? La relève, le développement d’une nouvelle génération de saumoniers, l’accessibilité à la pêche au bénéfice des saumoniers et des régions salmonicoles ainsi que la gestion de la pêche sportive.

D’abord, le dossier de la mise en place des tables de consultation en matière d’exploitation forestière. La Fédération est très active sur ce plan. Nous déposerons un rapport important sur les normes d’exploitation qui, selon nous, devraient s’appliquer aux rivières à saumon.

Le système de gestion de la pêche sportive du saumon au Québec a été mis en place il y a 30 ans déjà, dans le contexte sociopolitique, économique et gouvernemental de l’époque. Les données du problème ont changé en 30 ans. Il est donc nécessaire de revoir nos façons de faire et de s’ajuster au contexte d’aujourd’hui. La FQSA, de concert avec la Fédération des gestionnaires de rivières à saumon (FGRSQ), la Fédération des pourvoiries du Québec (FPQ) et les représentants de Faune Québec, tous partenaires de la « Table Saumon », a mis ce sujet à l’ordre du jour pour 2012. Tout un défi!

Incidemment, la Fédération a participé à l’élaboration d’une proposition pour créer un réseau d’aires protégées spécifiquement pour les rivières à saumon, afin d’accorder un statut particulier à cette espèce et protéger encore davantage

Yvon Côté, président

Les grands dossiers sur le plan de la conservation en 2012?

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Photo : Marcographie

From the President

What’s in store for us in

2012?

The last page of the 2011 calendar has hardly been turned and the FQSA must already prepare and organise for the new year. The cycle of annual activities is fairly consistent from one year to the next.

Participation of the Board of directors at the Granby Fly Fishing Forum in February. Implementing the « Salmon Story » educational program in more than 40 participating schools in February and March. The publication of the first issue of the Saumons illimités journal in early March. The Annual Conference and General Assembly of Federation members in mid-April. In May, the announcement of the projects selected in the « Program for salmon habitat improvement on the North Shore ». Second issue of Saumons illimités in early June. During the months June to September, work on certain fundamental issues of which I will come back to later on. And for sure, a little fishing in the middle of all this. Mid-September, it’s the «Mentoring/River Discovery/Youth Initiation Program». End of October, the Federations annual benefit supper, which raises in one evening one-third of our organisations annual budget. Then, in early December, the last issue of Saumons Illimités.

And then once again, we’re at the last page on the calendar. For sure the Board of directors and the entire FQSA team have their work cut out for them.

But what about salmon in all this you ask? The year 2011 was indeed exceptional compared to recent years. The salmon runs were generally more abundant than in the past, fishing results were excellent, angling activity on the rivers was on the increase and, according to the Ministry of Natural Resources and Wildlife, fishing license sales improved. In short, the best vendor for salmon fishing is the salmon itself. In principle, salmon runs should be good again in 2012, based on certain indicators, such as the number of grilse in the 2011 run. Moreover, the fishing results recorded

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in Greenland at the end of last summer indicate, according to fishermen, relatively abundant stocks. This cohort of salmon should reach our rivers next summer. However, the sea remains a black box which does not readily reveal its secrets. Predictions are often thwarted by Mother Nature; 2011 is clearly proof of that. In short, whether we’re a salmon angler or salmon river manager, it is necessary to continually adjust to the context of incertitude that revolves around the life cycle of salmon. In such a context, a cautionary approach remains the best course of action. The order of the day then: « Continue our conservation efforts ».

The major conservation issues in 2012? First, the issue of setting up consultation committees concerning forest exploitation. The Federation is very involved in this regards. We will soon submit an important report on forestry standards that, we believe, should be implemented on salmon rivers. Incidentally, the Federation participated in the elaboration of a proposition to create a network of protected areas specifically for salmon rivers, in order to confer a special status for the species and to further protect its habitat. This proposition is presently under study by government officials. We expect an announcement of an expanded consultation process on this subject in the coming months. There is also the consultation process concerning the exploration and exploitation of gas and oil reserves in the Gulf

of St-Lawrence. I’m referring here specifically to the Old Harry oil fields that made newspaper headlines in 2011. The Federation participated in an information session on the matter last December. A brief will be submitted to the commission which has been set up to deal with this matter.

The major issues concerning salmon fishing in 2012? Attracting recruits; developing a new generation of salmon anglers; greater accessibility to fishing for the benefit of anglers and the salmon regions, as well as the question of the overall management of the sport fishery. The salmon sports fishery management system in Quebec was set up over 30 years ago, in response to the prevailing socio-political, economic and governmental context of that period. Issues and problems have obviously changed in 30 years. It is time to revise the way we do things and to adjust to today’s realities. The FQSA, in concert with the Federation of Salmon River Managers (FGRSQ), the Federation of Quebec Outfitters (FQP) and the representatives of Faune Quebec, all partners on the « Table Saumon », has included this subject on the addenda for 2012. Quite a challenge!

Yvon Côté, president Saumons illimités 7

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Mot de l’éditeur

La pêche au saumon : Photo : Louise Poulin

Considérations environnementales et... humaines !

L’environnement est un sujet de plus en plus sensible. Les changements climatiques, les gaz à effet de serre, l’exploration et une éventuelle exploitation pétrolière sont autant de sujets suscitant des inquiétudes ou, à tout le moins, des questionnements de la part de la population. Dans ce numéro, on présente un aperçu un aperçu des problèmes potentiels que causerait le gaz de schiste dans dans le Bas-StLaurent, à l’île d’Anticosti et en Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine. De plus, un article important résume les préoccupations de la FQSA à l’égard de l’exploitation pétrolière et gazière dans le golfe SaintLaurent ainsi que les connaissances scientifiques sur l’utilisation du golfe par les saumons issus des rivières du Québec. Outre les considérations environnementales, nous vous présentons une histoire vécue qui démontre comment la pêche au saumon a pu avoir des retombées humaines extraordinaires.

Un témoignage touchant, à lire absolument! Un autre article fait état d’un homme âgé de 101 ans qui a encore du succès à la pêche au saumon. Vous connaitrez les statistiques annuelles de pêche pour la saison 2011 ainsi que tous les détails sur le MENTORAT 2012 à la page 37. Plusieurs autres articles très intéressants viennent se greffer à tout cela pour rendre le contenu du magazine Saumons illimités de plus en plus riche et varié. Bonne lecture... en attendant la prochaine saison de pêche ! Vos commentaires et suggestions sont les bienvenus, à l’adresse courriel suivante: ghyspro@videotron.ca. Ghyslain Provençal

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Statistiques de pêche sportive au Données fournies par le ministère des Ressources naturelles et de la Faune Nom de la rivière Bonaventure Cascapédia Causapscal Kedgwick Matapédia Nouvelle Patapédia Petite rivière Cascapédia Total Q1

Mad. 704 55 35 27 785 6 101 49 1 762

Captures rapportées Réd. Total 0 43 133 20 1 106 0 63 0 1 365

704 98 168 47 1 891 6 164 49 3 127

Effort jours-pêche

Succès (cap./j-p)

6 151 4 384 295 270 9 096 298 823 1 075 22 392

0,11 0,02 0,57 0,17 0,21 0,02 0,20 0,05 0,14

Remises à l’eau

Succès Ajusté 1

1 188 2 615 14 16 462 15 96 299 4 705

0,31 0,62 0,62 0,23 0,26 0,07 0,32 0,32 0,35

73 79 32 222 24

0,39 0,55 0,26 0,39 0,21

Dartmouth 167 8 175 1 271 De l’Anse à la Barbe Du Grand Pabos 33 1 34 277 Du Grand Pabos Ouest 97 0 97 319 Du Petit Pabos 12 0 12 167 Grande Rivière 135 28 163 995 Malbaie 18 0 18 202 Petite rivière Port-Daniel* Port-Daniel du Milieu Port-Daniel Nord 21 0 21 195 Saint-Jean 206 43 249 1 993 York 381 359 740 4 915 Total Q2 1 070 439 1 509 10 334

0,14

0,11 6 0,12 505 0,15 120 0,15 1 061

0,14 0,38 0,17 0,25

Cap-Chat 111 27 138 931 De Mont-Louis* Madeleine 133 62 195 1 053 Matane 759 356 1 115 7 574 Mitis 344 97 441 1 671 Ouelle 30 25 55 458 Rimouski 83 0 83 946 Sainte-Anne 182 35 217 1 975 Sud-Ouest* Total Q3 1 642 602 2 244 14 608

0,15

0,29

0,15

1 025

0,22

Du Gouffre Jacques-Cartier* Malbaie (Charlevoix) Total Q5

167

0

167

1 863

0,09

257

0,23

126 293

0 0

126 293

881 2 744

0,14 0,11

148 405

0,31 0,25

À Mars Petit Saguenay Sainte-Marguerite Sainte-Marguerite Nord-Est Saint-Jean Total Q6

68 18 58 112 63 319

0 0 0 0 0 0

68 18 58 112 63 319

1 109 441 1 835 566 820 4 771

0,06 0,04 0,03 0,20 0,08 0,07

131 100 191 177 136 735

0,18 0,27 0,14 0,51 0,24 0,22

Aux Anglais* Aux Rochers Betsiamites* De la Trinité Des Escoumins Du Calumet* Franquelin* Godbout Laval Mistassini* Pentecôte Petite rivière de la Trinité* Total Q7 Aguanus Au Bouleau De la Corneille Jupitagon Magpie Matamec* Mingan** Moisie*** Nabisipi Natashquan Petite rivière Watshishou Piashti Pigou Romaine* Saint-Jean (Moy. Côte-Nord) Sheldrake* Watshishou Total Q8

0,12 0,30 0,07 0,16 0,09

131

0,19 137 0,32 0,15 114 0,16 0,26 56 0,30 0,12 15 0,15 0,09 81 0,17 0,11 491 0,36

186

57

243

1 156

0,21

147

0,34

201 26

5 0

206 26

986 437

0,21 0,06

79 80

0,29 0,24

155 20

476 203

0,33 0,10

155 2 22 592

0 18 0 80

22 672

57 3 315

197

0,74

503

0,35

0,39 0,20

32 0 38 13 0

37 0 11 4 0

69 0 49 17 0

216

0,32

240 40

0,20 0,43

16 48 286 22 37 0

242 35 598 3 12 0

258 83 884 25 49 0

3 136 107 785 63 88

92

100

192

721

5 589

10 1 052

15 1 641

201 5 597

2 49 1

0,33 0,41 0,45

0,08 0,78 1,13 0,40 0,56

482 23 12 26 29

0,24 0,99 1,14 0,81 0,89

0,27

272

0,64

351 1 247

1,82 0,52

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e au saumon par rivière en 2011 Nom de la rivière

Mad.

Captures rapportées Réd. Total

Brador Est 26 1 Chécatica 0 0 Coacoachou Coxipi 0 0 Du Gros Mécatina 104 9 Du Petit Mécatina Du ruisseau au Saumon 14 1 Du ruisseau des Belles 10 2 Du Vieux Fort 52 6 Étamamiou 31 45 Kécarpoui 3 3 Kégaska 16 3 Musquanousse 25 6 Musquaro 4 1 Napetipi 0 0 Nétagamiou Olomane Saint-Augustin Saint-Augustin Nord-Ouest Saint-Paul 104 45 Véco 7 0 Washicoutai 13 13 Total Q9 409 135 À la Loutre À la Patate* À l’Huile* Aux Cailloux* Aux Plats* Aux Saumons Bec-Scie* Bell* Chicotte* Dauphiné* De la Chaloupe Du Pavillon* Du Renard* Du ruisseau Box* Du ruisseau Martin* Ferrée Galiote* Jupiter Maccan* MacDonald* Petite rivière de la Chaloupe* Petite rivière de la Loutre* Sainte-Marie* Vauréal* Total Q10 À la Baleine Autres rivières Aux Feuilles George Koksoak Total Q11 Total Québec

Effort jours-pêche

27 0 0 113 15 12 58 76 6 19 31 5 0

149 7 26 544

Succès (cap./j-p)

15

1,80

157

0,72

8 7 183 104 17 42 55 8 113

1,88 1,71 0,32 0,73 0,35 0,45 0,56 0,63 0,00

711 4 72 1 496

0,21 1,75 0,36 0,36

Remises à l’eau

Succès Ajusté 1

87

1,27

284 44 12 4 0

1,87 1,15 1,06 0,55 0,56

334

2,96

1 496

2,31

1 2 262

0,38 1,88

11

3

14

214

0,07

2

0,07

114

4

118

185

0,64

19

0,74

69

20

89

144

0,62

62

1,05

9

2

11

19

0,58

11

1,16

228

3

231

587

0,39

369

1,02

463

0,81

431

32

463

1 149

0,40

25

119

144

152

0,95

62 133 122 436

124 152 169 589

161 138 76 527

0,77 1,10 2,22 1,12

62 19 47 153 7 260

4 141

11 401

66 933

0,17

12 406

0,36

* : Rivière fermée à la pêche au saumon. 1 : Le succès de pêche ajusté représente le nombre de poissons capturés auquel on ajoute ceux remis à l’eau vivants. Les rivières du Brick (Q10), depuis 1993, et au Tonnerre (Q8), depuis 1999, n’ont plus le statut de rivière à saumon, de même que les rivières Port-Daniel du Milieu et de l’Anse à la Barbe. Étant donné que la remise à l’eau ne fait pas l’objet d’une déclaration obligatoire, les statistiques rapportées à cet effet demeurent un minimum et constituent donc une estimation. Depuis 2002, tous les saumons de 63 cm et plus (rédibermarin) doivent être remis à l’eau dans la zone Q10 (Île d’Anticosti). Toutefois, en se basant sur des lectures d’âge des années antérieures, on considère que les saumons de plus de 58 cm sont des rédibermarins dans cette zone, ce qui explique leur présence dans les captures sportives. ** données 2011 non-disponibles *** données incomplètes

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Merci et bonne retraite

Monsieur Firth! Par Ghyslain Provençal

Photo : Annie Tremblay de la CGRMP

Nous avons appris récemment que le directeur général de la Corporation de gestion des rivières Matapédia et Patapédia (CGRMP), Richard Firth, a décidé de prendre une retraite bien méritée. Bien méritée... que dis-je? C’est beaucoup plus que cela. Il a consacré toute sa vie à la rivière Matapédia et il nous laisse un héritage absolument fabuleux. Richard Firth

Ses débuts Dès l’âge de 11 ans, Richard assiste son père qui agit alors comme guide pour le Restigouche Salmon Club. Après 12 ans d’apprentissage auprès de ce dernier, connaissant tous les secrets ou presque de la pêche au saumon, Richard devient lui-même guide et chef guide dans le réputé secteur Glen Emma de la rivière Matapédia. Pendant plusieurs années, des centaines de pêcheurs ont la chance de bénéficier de ses précieux et généreux conseils. En 1992, l’implication de Richard passe à un autre niveau, lorsqu’il devient directeur général de la Corporation de gestion des rivières Matapédia et Patapédia.

Ses réalisations comme directeur général Mentionnons d’abord que Richard insiste sur le fait que ses réalisations ne sont pas uniquement le fruit de ses propres interventions, mais qu’elles découlent d’un travail de collaboration avec ses collègues, les administrateurs et plusieurs autres partenaires en région. 12 Saumons illimités

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Voici les points saillants de sa carrière de 20 ans à la direction générale de la CGRMP:

10 décembre 1992 : Cette date réfère à un moment important, soit la signature du transfert de la gestion des activités et services reliés à la pêche au saumon de la réserve faunique des rivières Matapédia et Patapédia à la CGRMP. Le milieu se prend ainsi en mains et pourra dorénavant participer au développement de la ressource salmonicole.

1992-1996 : La CGRMP investit, via le programme de développement économique du saumon (PDES), près de 1,5 million de dollars pour la mise en valeur du saumon. La CGRMP sollicite le milieu et recueille plus de 300 000 $ afin d’investir dans le programme.

1996 :

Photo : Marc Robitaille

La CGRMP et la Fondation Richard Adams inc. s’associent à la FQSA et créent le programme provincial « Le Saumon et sa rivière ». Ce programme, à vocation éducative, se traduit concrètement par l’installation d’incubateurs à œufs de saumon dans cinq écoles primaires de la vallée de la Matapédia?

2001 :

La CGRMP, en collaboration avec d’autres partenaires du bassin hydrographique de la rivière Restigouche, entreprend une démarche afin de former un organisme à but non lucratif qui verra à protéger la ressource salmonicole du bassin. Cet organisme, le Conseil de gestion du bassin versant de la rivière Restigouche, signe un protocole d’entente avec les gouvernements du Nouveau-Brunswick, du Québec, du Canada et des Premières nations de Listuguj et d’Eel River Bar.

2003 :

Suite à la menace d’implantation de mégaporcheries dans la Vallée de la Matapédia, la CGRMP a initié et travaillé à la mise sur pied du Conseil de bassin versant de la rivière Matapédia. Cet organisme, aujourd’hui nommé l’Organisme de bassin versant Matapédia-Restigouche, œuvre à assurer la qualité de l’eau de la partie québécoise du bassin versant de la rivière Restigouche.

Richard lorsqu’il était chef guide dans le secteur Glen Emma sur la rivière Matapédia

2004

: Un plan de développement récréotouristique est élaboré pour le site des Chutes et Marais sur la rivière Causapscal. Ce plan de développement est mis en œuvre au fil des ans, pour en arriver à l’inauguration officielle du site en août 2011. Entre 8 000 et 15 000 visiteurs sont prévus dans les prochaines années.

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2007 :

La réserve faunique des rivières Matapédia et Patapédia connaît un agrandissement. Après plus d’une dizaine d’années de travail, la réserve couvre dorénavant toute la rivière Matapédia et une partie de la rivière Humqui. Ceci permet un meilleur contrôle de la protection ainsi qu’une accessibilité accrue.

2007-2008 : Après plus de 26 ans de travail, le milieu se voit octroyer la gestion des activités et services reliés à la chasse à l’orignal de la réserve faunique de Dunière. Le propriétaire du territoire de la Dunière signe une entente de cinq ans avec la CGRMP, en novembre 2007, et le MRNF signe un protocole d’entente avec la CGRMP, en décembre 2007. Un message personnel de RICHARD Richard laisse à nos lecteurs un message qui traduit bien ses valeurs et sa philosophie. «  Au début de son premier mandat de gestion en 1993, la Corporation n’était pas beaucoup connue dans le monde des pêcheurs au saumon. Vu notre inexpérience, nous avions beaucoup à faire pour mériter la confiance et gagner le respect de tout le monde. Le 10 décembre 1992 lors de sa venue à Causapscal pour la signature du protocole de gestion, le ministre du Loisir, de la Chasse et de la Pêche (MLCP), monsieur Gaston Blackburn, disait que la Corporation devait dorénavant démontrer, par son travail, qu’il avait fait le bon choix en octroyant la gestion au milieu. Après avoir vu grandir la CGRMP au cours des 20 dernières années, on peut aujourd’hui affirmer que le milieu a bien relevé le défi. Il a su assurer une saine gestion des ressources qui lui ont été confiées par l’État, tout en respectant les principes d’équité et d’accessibilité.

À bien des égards, lorsqu’on donne l’opportunité aux gens du milieu de se prendre en mains, et souvent ils ne demandent que ça, ils peuvent réaliser de magnifiques projets et même des choses inimaginables. C’était vrai il y a vingt ans et ça l’est encore tout autant aujourd’hui. Au cours des dernières années à la CGRMP, lorsque je faisais une présentation sur les réalisations accomplies par la Corporation et le chemin parcouru depuis ses débuts, je pouvais constater l’émerveillement sur le visage des gens du milieu. Ces derniers comprenaient alors qu’ils avaient participé à tout cela et je ressentais une grande fierté d’avoir pu contribuer à la réalisation de ce beau projet. J’ai été privilégié de faire partie de cette belle organisation depuis sa création. J’aimerais remercier tous les administrateurs, mes collègues et les employés pour leur confiance et leur support tout au long de ma carrière, et surtout un gros merci à Victor Tremblay qui m’a donné ma chance. »

MERCI! Avec une telle implication dans son milieu, et par surcroît de telles réalisations, Richard a contribué de façon exceptionnelle à la protection des rivières Matapédia et Patapédia, à la conservation du saumon ainsi qu’au développement de la pêche sportive. La réputation de ces rivières dépasse nos frontières. Chaque année, des milliers de pêcheurs, de partout, pratiquent leur activité favorite dans ces rivières. La gestion de ces rivières a été menée de main de maître et c’est tout à l’honneur de Richard. Bonne retraite Richard, mais surtout MERCI!

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Gaz de schiste et saumons…

compatibles ou non ? Par Brigitte Blais et André Bélisle de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA)

Le niveau des océans tend actuellement à monter, résultat de la fonte des glaciers et autres phénomènes dus aux changements climatiques. Le contraire pourrait se produire dans certaines rivières du Québec, si l’industrie du gaz de schiste en venait à puiser trop d’eau pour fracturer le schiste.

Une industrie qui a soif On estime à environ 15 000 m3 (10 millions de litres) la quantité d’eau nécessaire au forage d’un seul puits. Cette donnée tient compte d’une quantité extraite des rivières, à ne pas dépasser par jour. Cette norme est déterminée par la loi, selon le débit d’étiage du cours d’eau en question et la capacité de support des écosystèmes. Or, 20 000 puits sont requis pour rendre un projet économiquement intéressant. L’eau peut provenir notamment des rivières et des nappes souterraines profondes, avec la possibilité d’utiliser de l’eau non potable, ou encore de réutiliser de l’eau d’un puits précédent, une fois épurée. À la fin de la fracturation, environ 50 % de l’eau est laissée dans le sous-sol, alors que le reste doit être traité dans une usine d’épuration des eaux municipales, puisque l’eau contient jusqu’à 600 produits chimiques et une forte teneur en sel.

Or, les usines d’épuration des eaux municipales n’ont pas la capacité de traiter la majorité des produits chimiques et le sel qui se retrouvent dans l’eau. Bien que ces produits y soient en faible proportion, lorsqu’on multiplie par un million de litres et qu’on sait qu’ils seront en interaction et en partie biocumulables par la faune et la flore aquatique, il y a de quoi s’inquiéter.

Les besoins du saumon Comme on le sait bien, le saumon a non seulement besoin d’un niveau d’eau appréciable pour remonter les rivières, mais il doit également pondre ses œufs dans une eau impeccable et à une température spécifique. La présence de polluants dans les eaux de rejets municipales pourrait graduellement nuire à sa fécondité et donc à sa capacité de reproduction. En outre, le saumon étant un Saumons illimités 15

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Photo : AQLPA

Site d’exploration de gaz de schiste

grand prédateur au sommet de la chaîne alimentaire, il accumulerait, dans sa chair, des polluants qui se transmettraient à ceux qui s’en délectent. Concernant la température de l’eau, celle des rivières est relativement froide au printemps mais elle se réchauffe rapidement en début d’été. Il s’ensuit des périodes d’étiage de plus en plus sévères en raison des changements climatiques dû au réchauffement de l’eau des océans. Ceci cause donc un déséquilibre lorsque vient le temps pour le saumon d’entreprendre la grande remontée. Le danger est que le saumon, face à des eaux basses et chaudes, reste à l’embouchure pendant de trop longues semaines. Que se passera-t-il, si avec l’exploitation des gaz de schiste, le niveau de l’eau baisse encore plus et qu’elle devient encore plus chaude?

Mobilisation citoyenne Ces enjeux d’industrialisation de nos milieux font partie des revendications des groupes environnementaux et citoyens qui émergent depuis quelques années. La majorité d’entre eux se trouvent dans la Vallée du St-Laurent, où l’industrie des gaz de schiste désire s’installer. Mais trop peu de Québécois se préoccupent de la recherche de pétrole et de gaz dans le Bas-St-Laurent, à l’île d’Anticosti et en Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine. Dans le Bas-St-Laurent, la société Gastem est à la recherche de pétrole conventionnel, affirme-t-elle. Craintives de l’exploitation du gaz de schiste, trois municipalités ont tout de même adopté des résolutions interdisant la fracturation hydraulique, et plus précisément l’utilisation de l’eau potable de son territoire pour les opérations de fracturation. Ce sont Amqui, Saint-Léon-le-Grand et Sayabec.

À l’Île d’Anticosti, 30 milliards de barils potentiels de pétrole de schiste ont fait saliver les investisseurs en 2011. L’Île d’Anticosti étant à l’extérieur du périmètre protégé par la Loi limitant les activités pétrolières et gazières1, elle pourrait être exploitée. Or, plusieurs rivières à saumon s’y trouvent. Y aura-t-il des citoyens pour y voir? En Gaspésie, c’est le pétrole qui attire les exploitants. Pétrolia et Junex ont 10 ans pour explorer et passer en mode d’exploitation, ou quitter les lieux. Le premier permis à avoir été émis se termine en 2012, ce qui signifie que nous saurons s’il y aura « exploitation » ou non très bientôt. Aux Îles-de-la-Madeleine, les citoyens sont présentement mobilisés autour de l’arrivée de Gastem qui désire exploiter du gaz conventionnel (poches de gaz) sous l’île. Les résultats de l’audience publique du BAPE sur ce sujet sont attendus pour l’automne 2012. Un dernier dossier à suivre est celui de l’exploitation gazière et pétrolière au large des Îles-de-la-Madeleine, aux frontières avec Terre-Neuve, soit le site Old Harry. Les saumons sont présents en faible densité dans les zones potentielles du projet, selon le promoteur2. Il y a donc plusieurs raisons sérieuses de s’inquiéter des impacts possibles sur la qualité des habitats de SALMO SALAR. NDLR : La FQSA développe actuellement sa position sur le sujet.

1 http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge. php?type=5&file=2011C13F.PDF 2 Corridor resources inc. "Description de projet - Forage d’un puits d’exploration - Gisement de Old-Harry – PP 1105", février 2011, 47 pages. Lien : http://www. corridor.ca/oil-gas-exploration/documents/CorridorDrillingPDfrfeb21.pdf

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Le saumon

dans le cadre de l’étude environnementale stratégique du golfe du Saint-Laurent (EES) Texte et illustrations par François Caron, biologiste

Le gouvernement du Québec a amorcé la réalisation d’un

Photo : André A Bellemare

Programme d’évaluations environnementales stratégiques (EES)

L’auteur François Caron

afin de bien encadrer la conduite future d’activités d’exploration et d’exploitation d’hydrocarbures en milieu marin. La firme GENIVAR a rédigé un rapport d’étude préliminaire ainsi que des consultations auprès de la population et de divers organismes afin de le bonifier.

L

e saumon est une ressource importante présente dans plus d’une centaine de rivières au Québec, la grande majorité de celles-ci se trouvant sur le pourtour du golfe du Saint-Laurent. De façon générale, on accorde une attention toute particulière au saumon pour de nombreuses raisons. Pour le grand public, il projette l’image d’un milieu de vie sain; pour quelques groupes autochtones, sa présence est un symbole important; pour les communautés locales et régionales, le saumon entraîne des retombées

économiques significatives directes par l’activité de pêche sportive, par les activités d’observation et d’interprétation dont il est l’objet. Pour le pêcheur, le saumon représente souvent le défi ultime, le poisson qui le fait vibrer et pour lequel il consacrera une partie de ses congés, ne serait-ce que pour jouir de journées exceptionnelles à le taquiner à la mouche, quitte à le remettre souvent à l’eau pour des raisons de conservation de la ressource. Saumons illimités 17

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On estime que l’activité économique reliée à la pêche au

une de mortalité potentielle élevée pour le saumon; elle

saumon au Québec était de l’ordre de 36,6 millions de

est déterminante par quant à l’importance des cohortes de

dollars en 2005 et qu’elle assurait le maintien de 980 emplois.

saumons qui seront de retour en rivière au cours des années

Une étude de 2010 fait état de retombées économiques de

subséquentes.

40,4 millions de dollars reliées à la pêche sportive du saumon au Québec et de 45,9 millions de dollars lorsque l’on prend en

L’arrivée en eau salée se fait à des moments différents selon

compte les autochtones, les secteurs gouvernementaux et la

la position géographique des rivières. Pour les rivières de

recherche.

la Baie-des-Chaleurs et de la péninsule de la Gaspésie, le pic de migration se produit habituellement vers la mi-mai

Depuis deux décennies, l’abondance générale du saumon

ou la fin mai, à la fin mai au Saguenay, début juin sur l’Ile

sauvage a pourtant considérablement diminué au Québec,

d’Anticosti et mi-juin sur la Haute-Côte-Nord. Plus à l’est, les

comme partout ailleurs dans le monde. Les causes de ce déclin

informations ne sont que partielles, mais certaines indica-

semblent multiples, mais il serait attribuable à ce qui se produi-

tions tendent à démontrer que l’arrivée en eau salée se ferait

rait surtout en mer. En suivi au rapport du Groupe de travail sur

jusqu’à la mi-juillet.

le saumon de l’Atlantique Nord, le conseil international pour l’exploration de la mer souligne ceci : In the marine environ-

C’est lors de cette migration vers l’eau salée que les smolts

ment, return rates of adult salmon have declined through the

s’imprègnent de « l’odeur » de leur rivière, facteur qui sera

1980s and are now at the lowest levels in the time-series for some

important lors de leur migration de retour pour retrouver leur

stocks, even after closure of marine fisheries.

rivière d’origine. Tout élément perturbateur de l’olfaction des

La diminution de certains stocks est telle que le comité sur la situation des espèces menacées au Canada a désigné les populations de l’est et de l’ouest de la Côte-Nord et celles de la Gaspésie comme « préoccupantes », alors que les populations de saumon de l’Île d’Anticosti ont été désignées « en voie de120,000   disparition ». Il convient donc, à notre avis, d’accorder une Fou  de  Bassan   de  l'Ile  Bonaventure   attention toute spéciale au saumon et en particulier à son habi100,000  

tat estuarien et marin, dans le cadre de la présente étude.

smolts ou susceptible de modifier l’odeur de la rivière peut avoir des conséquences négatives sur la migration. Des études récentes menées dans l’estuaire de la rivière York ont révélé une grande diversité des mouvements des post-smolts lors de leur transition vers l’eau salée. Les déplacements orientés vers le large se font surtout la nuit alors que durant le jour, ils sont plus rapides, mais moins bien orientés, ce qui est interprété comme étant une activité

80,000  

intensive d’alimentation. Pour l’instant, cette étude est la plus

L’importance des estuaires 60,000  

éclairante sur le comportement des smolts au moment de

Le 40,000   saumon atlantique naît en rivière, y séjourne en moyenne

leur arrivée en eau salée, mais elle ne couvre que les dépla-

20,000   3 ou 4 ans, avant de se transformer en smolt et de rejoin-

cements dans les premiers kilomètres d’une seule rivière.

dre l’eau salée où on le nomme post-smolt. La migration 0  

Dès qu’ils s’éloignent des estuaires, aucune étude ne permet

1960   se produit 1970   au printemps 1980   1990   2000   sur envi2010   des smolts et s’échelonne

de connaître leurs déplacements et l’utilisation spatiale de la

ron un mois pour une rivière donnée. Cette période en est

colonne d’eau dans le golfe.

60,000  

120,000  

Fous Bassan Rochers Oiseaux Fou  de de  B assan  ddu u  Rocher   aux  aux Oiseaux  

50,000  

100,000  

40,000  

80,000  

30,000  

60,000  

20,000  

40,000  

10,000  

20,000  

0   1960  

de Bassan l’Ile Bonaventure Fou  Fous de  Bassan   de  l'Ile  de Bonaventure  

0   1970  

1980  

1990  

2000  

2010  

1960  

1970  

1980  

1990  

2000  

2010  

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Fou  de  Bassan  du  Rocher  aux  Oiseaux   FQSA_92.indd 18

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Photo : Jean-Pierre Desroches

Le séjour des post-smolts dans le golfe

Les causes de mortalité sont diverses; généralement, les chercheurs ont mis en évidence que le climat et la prédation jouent un rôle important et que ces deux facteurs peuvent

À la suite du « Sommet sur le saumon en mer » tenu à La Rochelle

même souvent être reliés. Étant donné que les prédateurs

en 2011, l’Organisation pour la conservation du saumon de

sont nombreux, il n’y a que peu d’études révélatrices du rôle

l’Atlantique Nord (OCSAN) a émis le communiqué qui débu-

d’un prédateur en particulier.

tait par ceci : « Scientists confirmed that wild Atlantic salmon are dying at sea in alarming numbers. Southern stocks

Plusieurs ont mis en cause l’augmentation phénoménale des

including some in North America and Europe are threatened

populations de phoques dans le golfe, ce qui est plausible,

with extinction ».

mais difficile à démontrer scientifiquement, même si on sait que ces derniers ont joué un rôle important dans le déclin

La mortalité lors de la migration en mer est en effet très

des populations de morues. Les phoques sont si nombreux

élevée. Pour les populations des rivières Saint-Jean et de la

qu’il suffirait qu’une infime partie de leur diète soit compo-

Trinité, la mortalité dépasse 98 % de façon régulière depuis

sée de saumon pour que l’impact soit significatif. Par contre,

une décennie, et ce, malgré l’arrêt complet des pêches

quelques études ont révélé une augmentation importante du

commerciales dirigées vers le saumon dans les eaux cana-

nombre d’oiseaux marins dans les colonies de la côte atlanti-

diennes. On déduit facilement que tout facteur susceptible

que et l’effet de ces prédateurs n’est peut-être pas négligeable.

d’accroître, ne serait-ce que d’un seul point de pourcentage,

On sait qu’au mois d’août, à l’est de Terre-Neuve, les post-

la mortalité en mer pourrait avoir des conséquences drama-

smolts ne constituaient que 0,29 % du régime alimentaire du

tiques sur les retours en rivière.

fou de Bassan de l’Ile Funk Island, avant 1990. Depuis, cette Saumons illimités 19

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proportion est passée en moyenne à 2,53 %, atteignant même

la Natashquan se présentent environ un mois plus tard,

6,37 % en 1993. Les deux colonies de fous de Bassan les plus

en passant par le détroit de Belle Isle. On retrouvera des

importantes à l’intérieur du golfe, celles de l’Ile Bonaventure

saumons adultes dans le golfe jusqu’à l’automne.

et du Rocher aux Oiseaux (Îles-de-la-Madeleine) ont doublé et triplé depuis 1990. Aucune étude à notre connaissance ne

Avant leur montaison en rivière, les saumons connaissent

porte sur la prédation à l’intérieur du golfe, révélant ici égale-

une période d’alimentation intensive qui leur permettra

ment un manque évident de connaissances à cet effet.

de compléter leurs réserves d’énergie pour faire face à la longue période de jeûne, avant la fraye et leur hivernation

La survie du post-smolt dépend pour une bonne part de sa

en rivière. L’abondance habituelle du capelan près des côtes

croissance, donc de l’abondance, la disponibilité et la qualité

à cette période de l’année en fait une proie de prédilection.

de ses proies. Les post-smolts, tout comme les saumons adul-

Utilisation du golfe par eau plus profonde pendant le jour. Dans les premiers mois les adultes après la fraye tes, se retrouvent près de la surface durant la nuit, mais en

de vie en mer, son alimentation se compose initialement d’insectes et de gammares, puis de crustacés et par la suite de petits poissons, particulièrement de lançons et de capelans. Sa croissance est si rapide qu’elle est supérieure à celle de la plupart des poissons marins et supérieure à celle des saumons du Pacifique. Les études sur la migration marine du saumon européen sont beaucoup plus avancées que les nôtres et ont généré des résultats qui étaient assez peu attendus. Elles ont révélé, entre autres, que des post-smolts migraient parfois très loin des côtes, dans des zones où des pêcheries de hareng et de maquereau étaient responsables de captures accidentelles non négligeables. Pour nous, il reste de nombreuses lacunes dans nos connaissances à combler sur l’utilisation du golfe par les smolts.

Migration des adultes lors de leur retour dans le golfe

Au Québec, toutes les études récentes semblent confirmer que l’ensemble des géniteurs passe l’hiver en rivière, avant de retourner vers l’eau salée au printemps suivant. Une partie de ces saumons quitteront le golfe pour faire une grande migration en mer, mais la grande majorité demeure dans le golfe, s’y alimente et revient frayer la même année. Les saumons s’éloignent des embouchures de rivières et effectuent des déplacements fréquents de haut en bas dans la colonne d’eau, comportements associés à leur alimentation. Leurs plongées seraient fréquentes, mais de courte durée, les entraînant parfois à des températures sous zéro. Leurs proies seraient diverses, principalement constituées de poissons, mais aussi de divers organismes marins. Ce séjour dans le golfe dure de deux à trois mois, au cours duquel le saumon regagne le poids perdu durant son long séjour en rivière et réussit même à poursuivre sa croissance. Amaigri et affaibli après une privation qui a duré un an, il va s’en

Dans son habitat hivernal, le saumon se rencontre en plus

dire que la disponibilité des proies joue un rôle crucial pour lui

grande abondance dans des eaux dont la température se main-

permettre de refaire rapidement son plein d’énergie, sans quoi

tient entre 4 et 10 °C, habitats que l’on retrouve dans des eaux

ses chances de survie pour revenir frayer sont faibles.

hors du golfe dans la mer du Labrador et à l’est de Terre-Neuve. Toutefois, si le réchauffement climatique devait se poursuivre, le golfe pourrait offrir des conditions d’hivernement favorables dans un avenir plus ou moins rapproché; certaines populations de saumons pourraient alors demeurer plus près de leur rivière, comme cela est le cas pour des saumons qui hivernent dans la Baltique et dans la Baie de Fundy.

Recommandations dans le cadre de l’EES avant de prendre une décision Les documents préliminaires déposés jusqu’ici ont fait une mention limitée du saumon dans le cadre de l’étude environnementale stratégique. Ceci reflète en bonne partie le manque de connaissances que nous avons de cette « boîte noire » que constitue la zone à l’étude pour le saumon. Même si la percep-

Au printemps, les saumons se dirigeant vers les rivières du

tion habituelle de gens est que la rivière constitue l’habitat

sud du golfe jusqu’à la rivière Natashquan, sont les premiers

essentiel au saumon, nous sommes en mesure d’affirmer que les

à se présenter en mai au sud-ouest de Terre-Neuve. Par

estuaires et le golfe sont des habitats sensibles et même critiques

contre, les saumons se dirigeant vers les rivières à l’est de

à plusieurs égards pour le saumon.

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Malgré une bonne année de retours de saumons adultes observés dans les rivières en 2011, la ressource saumon demeure dans une situation fragile. Depuis maintenant deux décennies, la mortalité en eau salée semble plus élevée que ce qui était observé antérieurement. Une diminution additionnelle de la survie en mer entraînerait une situation périlleuse pour de nombreux stocks. À cause de son statut d’espèce phare indicatrice de la qualité de l’environnement, nous croyons que l’attention du grand public sera considérable en ce qui concerne les garanties de protection qui seront accordées au saumon et à son habitat. De plus, les communautés vivant sur le pourtour du golfe, et en particulier les communautés autochtones de ces régions, voudront obtenir des garanties importantes quant à la sécurité des travaux d’exploration et d’exploitation qui pourraient s’effectuer dans le golfe. Les informations scientifiques concernant l’utilisation du golfe par le saumon restent à compléter. Nous encourageons fortement les gouvernements et leurs partenaires à accentuer ces travaux d’acquisition de connaissances. La chaîne trophique dont dépend le saumon, tout aussi bien que l’utilisation du golfe comme voie migratoire, devrait être mieux documentée de manière à mettre en lumière tous les aspects de protection nécessaires pour assurer idéalement l’absence d’impact négatif sur le saumon, advenant la mise en œuvre de travaux dans le golfe du Saint-Laurent. La liste suivante des connaissances à combler n’a pas la prétention d’être complète, mais il nous semble qu’elle doit être considérée avec sérieux.

Dans les estuaires

Pour le golfe La position occupée par le saumon dans la chaîne alimentaire, celui de consommateur secondaire, fait en sorte qu’il est sensible à ce qui pourrait affecter les niveaux trophiques inférieurs. L’EES devra donc considérer de façon satisfaisante cet aspect pour le saumon ainsi que pour les autres poissons prédateurs du golfe, d’ailleurs. Dans l’immédiat, des travaux devraient être entrepris pour mieux connaître l’utilisation spatiale du golfe par les postsmolts et par les saumons adultes. Étant donné l’étendue du golfe, il serait stratégique de concentrer l’étude sur les secteurs qui seraient susceptibles de faire l’objet de travaux au cours des prochaines années. Il conviendrait toutefois de couvrir à la fois les voies de migration et l’utilisation de la colonne d’eau, pour être en mesure de mieux comprendre les précautions à prendre pour la protection de son habitat. De façon raisonnable, trois années d’étude devraient permettre de bien saisir l’utilisation de ces milieux par le saumon.

En conclusion Nous sommes tous conscients des enjeux que représente la présence de ressources énergétiques dans le golfe. Nous sommes tout aussi convaincus que l’on ne doit absolument pas sacrifier ne serait-ce qu’une seule population de saumons, au bénéfice immédiat d’une autre ressource. Il ne faut pas négliger les impacts que pourrait avoir l’exploitation des ressources pétrolières sur le saumon. Une exploitation sensée des ressources doit se faire sans compromettre l’avenir des autres, dont la valeur économique immédiate est sans doute moindre que celle du pétrole, mais qui sont des ressources renouvelables structurantes pour les communautés régionales et une ressource symbolique importante pour la population du Québec.

La grande importance de ce milieu, lors de la dévalaison comme de la montaison du saumon, et la sensibilité particulière du saumon à l’odeur de sa rivière font en sorte que nous recommandons avec insistance d’exclure toutes ces zones sensibles d’exploration ou d’exploitation dans l’immédiat. Notons en plus que ces milieux sont d’une grande importance pour d’autres espèces de poissons migrateurs, notamment l’omble de fontaine anadrome et l’anguille d’Amérique, deux espèces qui risqueraient d’être lourdement affectées par des perturbations de ces milieux.

Avant de prendre toute décision dans le cadre de cette EES, nous croyons qu’il faut entreprendre sans tarder les travaux nécessaires pour bien comprendre les enjeux en regard du saumon, de manière à pouvoir mettre en place tous les moyens nécessaires à sa protection et sa conservation dans ce milieu. L’acquisition de nouvelles connaissances à cet effet sera de nature à nous indiquer comment on pourrait exploiter éventuellement d’autres ressources du golfe, sans compromettre la ressource saumon qui s’y trouve. NDLR : La FQSA développe actuellement sa position sur le sujet.

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La Godbout : une « nouvelle » rivière Texte et photos de Gérard Bilodeau

Mon premier contact avec la rivière Godbout s’est fait grâce au livre  « La vie et le sport sur la Côte-Nord ». Je fréquentais alors l’école secondaire. Photo : Pierre Manseau

Dès que j’avais quelques minutes devant moi, je me précipitais à la bibliothèque pour plonger dans la lecture de ce livre dans lequel l’auteur, Napoléon-Alexandre Comeau, raconte sous forme anecdotique la vie

L’auteur, Gérard Bilodeau

rude et intense qui était le lot quotidien des habitants de la Côte-Nord du Saint-Laurent, de 1850 à 1910 environ.

Pêcheurs scrutant attentivement le pied d’une fosse sur la Godbout.

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connaissance intime de son environnement incluant, bien sûr, la rivière Godbout et les saumons qui la fréquentent. Il souligne que toute sa vie durant, il a été intimement lié au saumon. Pour illustrer ceci, alors qu’il était jeune enfant, sa mère lui disait qu’elle l’avait trouvé sur la grève à côté d’un saumon… la cigogne ayant peu de chances de se rendre aussi loin sur la Côte-Nord !!! Napoléon A. Comeau a pratiqué la pêche commerciale du saumon, a été le gardien de la rivière Godbout pendant près de 60 ans et a pratiqué la pêche sportive du saumon à la mouche, dans le cours inférieur de la rivière.

À gauche, Christian Béland pose quelques instants après avoir capturé son premier saumon à la fosse Étienne en septembre dernier dans le cadre du programme Mentorat/Découverte. Apparaissent aussi deux mentors: Claude Hamel au centre et Paul Potvin à droite.

Ce livre a tellement stimulé ma jeune imagination que j’avais l’impression d’entendre couler l’eau des rivières et de sentir l’odeur caractéristique des forêts de conifères de ce coin de pays, quand je parcourais avidement ses pages. En même temps, ce livre alimentait une passion naissante pour la pêche du saumon et déjà, je m’imaginais aux prises avec de gros saumons fougueux, nageant en tous sens dans la fosse et exécutant des bonds prodigieux hors de l’eau. Comme il a habité Godbout une bonne partie de sa vie et grâce à sa vive intelligence, Comeau a développé une

Ce parcours de cinq kilomètres environ, ponctué de rapides et de fosses, se termine à l’extrémité amont par un long et tumultueux rapide, au terme duquel il y a une chute où l’on retrouve maintenant une passe migratoire. Le saumon qui s’engage dans la Godbout est immédiatement mis à l’épreuve, en raison des obstacles importants qu’il doit franchir. Ce secteur qu’on appelle maintenant Cap-Nord était le terrain de jeu favori de Comeau quand il pêchait le saumon dans la Godbout. En juin et en juillet, de formidables quantités de saumons s’accumulaient dans les fosses, attendant que le niveau de l’eau baisse pour leur permettre de franchir les chutes. Dans son livre « Le héros légendaire de la Côte-Nord », Réjean Beaudin mentionne que Comeau a capturé 57 saumons à la mouche le 10 juillet 1874 dans un contexte où l’abondance et la pression de pêche n’ont rien de comparable avec ce que l’on connaît aujourd’hui. Si l’on fait l’hypothèse que Comeau a pêché 12 heures, ça fait près de cinq saumons à l’heure, ce qui représente quand même tout un exploit. Au début des années quatre-vingt, je suis passé finalement du rêve à la réalité. Grâce à la création d’une zec-saumon, j’ai pêché dans cette rivière mythique et, croyez-moi, je ne fus pas déçu! Les saumons étaient abondants, mais sûrement pas autant qu’à l’époque de Comeau, les paysages le long de la rivière à couper le souffle et, en plus… je pêchais seul dans la plupart des fosses. Quels souvenirs inoubliables la Godbout m’a laissés!

La relance de la Godbout

Alain Comeau, directeur général de la zec, Marie-Line Chassé, responsable de l’accueil et Gaétan Chassé, un expert de la rivière, jouent un rôle clé dans la relance de la rivière. Ils ont tous trois un lien de parenté avec Napoléon-Alexandre Comeau.

Puis, au fil des années, la fréquentation de la Godbout a diminué, particulièrement dans les fosses de la partie non contingentée, située en amont du secteur Cap-Nord. Une baisse constante de la population de saumons et des pêcheurs ainsi que le désengagement graduel des gens du milieu ont contribué à cette situation. On était dans un cercle vicieux. C’est là qu’entre en scène Éric Deschênes.

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Je me rappelle toute la fierté que je pouvais lire sur le visage de Alexandre Dubé et de sa conjointe Pascale, quand Alexandre a piqué et sauvé son premier saumon à vie, le 3 septembre à la fosse Charles. Ou encore, Christian Béland qui affichait un sourire radieux en nous montrant son premier saumon, capturé à la fosse Étienne sous une pluie diluvienne. La communauté des saumoniers a accueilli de nouveaux adeptes dans ses rangs, au cours de cette fin de semaine, grâce aux charmes de la rivière Godbout et de l’accueil chaleureux des personnes qui y travaillent.

Dans l’ordre habituel, Alain Labrie, maire de Godbout, Yvon Côté, président de la FQSA et Éric Deschênes, président du conseil d’administration de la zec.

Plaque à la mémoire de Isola Beaudin, placée près de la fosse Escapuce, dévoilée par Alain Labrie, Yvon Côté et Éric Deschênes.

Après une brillante carrière universitaire, Éric revient dans son coin de pays. Il a été témoin des efforts investis pour développer la pêche au saumon dans la rivière Godbout durant les années quatre-vingt, dans la foulée du vent de démocratisation de la pêche du saumon qui soufflait alors sur le Québec. Et il a aussi assisté, malheureux, au déclin des dernières années. Animé par un dynamisme si caractéristique chez les entrepreneurs et par une profonde conviction que la rivière a énormément à offrir sur le plan de la pêche sportive, tout en permettant aux saumoniers de découvrir l’environnement unique du village de Godbout, Éric s’est mis en tête de redonner à cette rivière ses lettres de noblesse, tout en sachant fort bien que le milieu bénéficiera de retombées positives. Il a donc pris en charge « le sauvetage de la ZEC », en 2011. Sa première priorité visait l’accueil. Bénéficiant d’un programme de subventions, Éric et son équipe ont investi dans les infrastructures d’accueil, passablement désuètes avec les années, afin que les saumoniers puissent bénéficier d’un minimum de commodités, à l’arrivée, et une fois rendus sur le bord de l’eau. Le « bouche-à-oreille » a fait son œuvre, la communauté des pêcheurs de saumons étant tissée serrée au Québec. La réponse a donc été bonne. En prime, des retours de saumons en nombre supérieur aux prévisions et aux observations des dernières années ont aussi contribué à ramener des pêcheurs au bercail.

Mentorat 2011 En septembre dernier, le programme annuel Mentorat/Découverte de la Fédération québécoise pour le saumon atlantique (FQSA), s’est tenu sur trois rivières de la Côte-Nord, dont la Godbout faisait partie. Cette fin de semaine a été le théâtre de moments inoubliables vécus par des participants.

Au cours de cette même fin de semaine, Éric Deschênes, Alain Labrie, maire de Godbout, et Yvon Côté, président de la FQSA, ont inauguré la fosse Escapuce, en l’honneur de Isola Beaudin. Ce personnage coloré possédait une connaissance intime de la rivière. Aujourd’hui disparu, Isola Beaudin a agi comme guide sur la rivière pendant de nombreuses années. Tous les pêcheurs qui l’ont connu se rappellent son patois « Escapuce » qui a inspiré le nom de la fosse que l’on appelait auparavant le 14 milles. Quand vous visiterez la Godbout un jour, ne manquez pas de pêcher cette fosse, car en juillet ou en août selon le niveau de l’eau, de bonnes quantités de saumons s’y reposent, avant de s’attaquer à la chute située plus loin en amont.

Implication du milieu Une autre priorité de Éric Deschênes est d’augmenter le potentiel de pêche du secteur contingenté appelé CapNord, là où l’on trouve un des meilleurs taux de succès au Québec. Rappelezvous que c’est là que NapoléonAlexandre Comeau exerçait sa fonction de gardien et pêchait le saumon. Même si les quantités de saumons ne sont pas comparables à celles qu’il y avait Saumons illimités 25

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à l’époque, un nombre appréciable de saumons s’accumule encore aujourd’hui dans ce secteur en juin et en juillet. Comme les saumons arrivent tout droit de la mer, ils sont forts et vigoureux. Éric et son équipe vont offrir, au cours des prochains mois, des programmes de formation pour les personnes qui travailleront à l’accueil, comme guide ou qui auront des responsabilités de gestion au sein de la ZEC. Éric est d’ailleurs fier de souligner l’implication active des gens du milieu et l’aide précieuse apportée par la Société locale de développement des collectivités, le Centre local de développement et la Fédération québécoise pour le saumon atlantique. Pour avoir jasé longuement avec Éric et des membres de son équipe, je peux vous assurer qu’ils ne ménageront pas leurs efforts pour que la rivière accueille les saumoniers dès le mois de juin prochain.

Laissez-vous séduire! Je vous l’avoue : je fais partie des saumoniers qui ont délaissé la Godbout ces dernières années. Mais mon retour à cette

rivière, grâce au programme Mentorat/Découverte de la FQSA, m’a permis de constater, hors de tout doute, qu’un vent de changement souffle sur cette région et dans la petite localité de Godbout. Le leadership exercé par Éric est contagieux. Je garde un excellent souvenir de mes échanges avec MarieLine Chassé, responsable de l’accueil et arrière-petite-fille de Napoléon-Alexandre Comeau. C’est avec beaucoup de professionnalisme que Marie-Line accueillait chaque matin les dizaines de pêcheurs. Enfin, j’ai vu et entendu des gens engagés et mobilisés qui ont à cœur la réussite du projet de relance. Il ne vous reste qu’à aller vérifier sur place, pour vivre à votre tour une expérience unique dans l’univers de Napoléon-Alexandre Comeau. Si vous voulez en savoir davantage, consultez le site web de la rivière à l’adresse suivante : http://www.rivieregodbout.ca/. Le contenu de ce site sera mis à jour dès que le conseil d’administration aura établi les modalités d’accès, plus tard ce printemps.

Saumons en pleine remontée sur la Godbout

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« Saumon-thérapie » Photo : Deny McDonald

Une thérapie par la pêche sportive du saumon… Eh bien oui! Cette activité fut d’une très grande aide pour moi, dans une période difficile de ma vie. J’aimerais partager avec vous ce volet de mon histoire. L’auteur, Pierre Juneau

J

e suis un grave accidenté de la route. Accident qui a eu lieu, il y a 20 ans, dans le cadre de mes activités dans le domaine de la pêche sportive, soit tout ce qui touche les évènements promotionnels tels que salons de la pourvoirie, télévision, soirées de films de pêche, évènements corporatifs et « Pro Staff ». Parler de pêche et être en contact avec les gens étaient ma vie.

ans. Tout ce long processus dura plus de trois ans, au Centre François Charron. Ensuite, une période d’adaptation sociale se présentait. Réapprendre le quotidien d’une personne normale soit faire son lavage, le ménage, faire à manger…, tout cela avec les nouvelles limitations physiques que l’accident m’avait laissées.

La remontée Un grave accident Le lendemain de la présentation d’une soirée à Mont-Laurier, nous avons eu une sortie de route à la suite d’une crevaison. Plusieurs tonneaux verticaux avec le camion se sont produits. Les deux occupants qui m’accompagnaient dans le véhicule ont eu des blessures relativement mineures. Pour moi, une longue route m’attendait, soit celle de la réadaptation à long terme. Un traumatisme crânien cérébral sévère, un coma végétatif assez long ainsi que des fractures multiples à la colonne vertébrale m’ont entraîné dans une hospitalisation de plusieurs mois, dont six semaines aux soins intensifs. Ensuite, je suis entré à l’Institut de réadaptation en déficience physique du Québec (IRDPQ), au Centre François Charron, où l’on commence à remettre les morceaux en place. Mes souvenirs étaient presque tous effacés. Je devais tout réapprendre, incluant écrire, compter (multiplication, addition, soustraction) et essayer de me souvenir qui j’étais, car à cette époque j’avais la capacité de raisonnement d’un enfant de six

Certains souvenirs revenaient de façon confuse, surtout ceux reliés à cette passion de la pêche. J’ai dû me rendre à l’évidence que je ne pourrais plus pratiquer la pêche de la même façon, à cause de mes limitations physiques. Je recommence toutefois à monter des mouches, je me refais un cercle d’amis, je rencontre des gens dans le domaine de la pêche et je commence à côtoyer des saumoniers. Je rencontre à ce moment Richard Couturier avec qui j’entreprends une collaboration, pour l’aider à produire des DVD de pêche à la mouche. À un moment donné, on tourne de la vidéo sur le bord d’une rivière et je suis trop loin de mon sujet. Je dois me rapprocher et embarquer dans l’eau. Quelle surprise! En m’aidant du trépied de la caméra, je réussis à me déplacer dans l’eau. Wow! Ce sont mes premiers pas en rivière depuis mon accident. On m’avait dit que je ne pourrais plus faire cette activité. Cette première tentative réussie m’amena à me demander pourquoi je ne pourrais pas utiliser un bâton de rivière et me permettre de pêcher en rivière à nouveau.

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Photo : Louis Demers

Par Pierre Juneau


L’auteur aime marcher près des rivières et observer la nature

Photo : Louis Demers

L’auteur appréciant de nouveau sa passion pour la pêche à la mouche

capacités s’amélioraient à chaque sortie. La canne à pêche était remplacée de plus en plus par la caméra vidéo. On me disait : « Tiens, pourquoi on ne ferait pas un autre DVD mais, cette fois, sur le saumon atlantique? » Deux ans plus tard le DVD « Découvrir la pêche au saumon » de Richard Couturier se concrétisait.

Le montage de mouches

L’auteur en plein travail de montage

Chose dite, chose faite! Me voici avec une canne à moucher dans les mains, en train de taquiner la truite sur une petite rivière.

La pêche au saumon Mon ami Richard, me parlant souvent de sa passion de la pêche au saumon, me demande : « Pierre, on va pêcher le saumon sur la Matapédia, viens-tu avec nous? ». Ce fut le début d’une nouvelle passion. Pas uniquement pour le défi que représente M. Saumon, mais surtout pour cette forme de fraternité et de goût de partage de connaissances entre les saumoniers. Cette pêche est fascinante pour ce qu’elle nous apporte comme occasions de rencontre sur le bord d’une fosse : gens d’ailleurs, autre pays, autre vision de la pêche. Un autre ami m’a permis de découvrir les plaisirs de marcher les bords de rivière, de regarder et d’apprendre à lire une rivière à saumon. J’ai commencé aussi à gagner de la distance de lancer. Mes

Tout ce processus m’a permis de découvrir jusqu’à quel point un rêve peut devenir une réalité. Au lieu de faire du montage de mouches à truite, je me suis mis à monter de la mouche à saumon. Pour le monteur de mouches à truite que j’étais, un autre univers était à découvrir. Quoi de mieux que de le faire à l’intérieur d’un club de montage de mouches. Encore une autre activité de partage, d’échange et de dévoilement de trucs et astuces. J’ai commencé à connaître la FQSA en côtoyant des monteurs de mouches et une première visite au Forum pêche mouche de Granby m’a permis de voir dans le regard de bien des gens la même passion que la mienne. Lors d’un voyage sur la Matapédia avec séjour au chalet Aline, en revenant d’une journée difficile avec peu d’action dans les fosses et des conditions de température froide, un de la « gang » décida que l’on fabriquerait de la mouche ce soir-là. Il se créa alors de la mouche originale. Pas de patron connu, seulement de la création. Est-ce que ces créations furent la seule raison du succès du lendemain? Rien ne peut nous le dire, mais cette soirée de montage restera mémorable!

Objectif atteint Une autre passion se présentait à moi. Celle des rivières de la région de Gaspé, soit la York, la Darmouth, la St-Jean et la Pabos. Ces rivières magnifiques furent des moments de découverte avec ma caméra et ma canne à moucher. Au fil des rencontres avec les gens du coin, une autre amitié venait de se créer avec un gaspésien passionné de saumon. Je me souviendrai toujours d’un matin sur la York où je me suis mis à observer la rivière, assis sur une roche, regardant partout de gauche à droite. Le fait d’écouter et de regarder ces pêcheurs manipulant leur équipement me permettait de réaliser que j’avais atteint un objectif. Celui d’avoir retrouvé la passion de la pêche malgré mes limitations. Lors de votre prochaine sortie de pêche, quand vous observerez la rivière, que vous regarderez l’autre rive en face, prenez le temps de regarder plus loin et de savourer ces moments intenses. Tout cela peut s’arrêter rapidement. Savourez votre passion! Saumons illimités 29

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Photo : Dominic de Serre

Stratégie de pêche au saumon

quand l’analyse du milieu prend les devants sur la chance Par Pierre Manseau

Pêcheur émérite et figure bien connue des saumoniers, Pierre Manseau pratique la pêche au saumon depuis une trentaine d’années, en plus d’être un intervenant engagé dans le milieu salmonicole. Dans cet article, l’auteur nous livre généreusement le fruit de son expérience, pour nous permettre d’améliorer notre succès face à Salmo salar. Nous publions à nouveau cet article, déjà paru il y a quelques années,à la suite de nombreuses et fréquentes demandes des saumoniers. L’auteur, Pierre Manseau

R

ivière Patapédia, « camp du 23 milles », débutjuin d’une année quelconque. Nous sommes six saumoniers, réunis en ce lieu de culte qui est devenu le nôtre depuis quelques années, à discuter

fin octobre, avec une excursion tardive en Nouvelle-Écosse. Mais tous, nous avons compté les « dodos » depuis au moins deux mois avant ce jour fatidique marquant le début d’une nouvelle saison.

de ce début de saison. Nous sommes excités après ces longs mois d’attente. Certains avaient rangé leurs perches en août, l’été précédent, et d’autres avaient étiré leur saison jusqu’à la

Les discussions vont bon train. Pendant que l’un teste son nœud de fil de réserve, l’autre prépare son avançon pour

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qu’il soit le mieux équilibré possible, sachant très bien que cette belle discipline aura disparu après quelques jours. Les mouches sont toutes vérifiées. Les pointes sont-elles bien affûtées? La fameuse noyée « miracle » est-elle bien là? Dans toutes les tailles nécessaires? Toutes les pièces d’équipement sont ainsi scrutées à la loupe une dernière fois avant le début de cette nouvelle saison. Pour ma part, je cherche, je cherche et je cherche encore, non sans quelques jurons... Je cherche la pièce d’équipement la plus importante de tout mon attirail. Ma fameuse Saranac Ghost léguée l’année précédente par mon ami Bousquet? Non. Ma sèche miraculeuse qui m’a procuré tant de satisfaction l’année précédente? Non plus. En fait, je cherche mon thermomètre! Dans mon esprit, le thermomètre est sans doute l’outil le plus utile du pêcheur, après sa canne bien sûr. À quoi sert un attirail de soies, de mouches sèches ou noyées, si l’on ne connaît pas le moment approprié où il est opportun de se servir de ses outils? Les skis ne sont guère utiles en été... pas plus qu’une paire de patins à roues alignées en hiver! Le choix dans ce cas est assez simple... l’environnement est clair et manifeste. La même réalité s’applique à la pêche, avec des subtilités parfois plus difficiles à détecter. Le texte qui suit se veut le simple reflet d’observations et du partage de connaissances accumulées depuis plus de trente ans. Il n’a pas la prétention de présenter « La technique miracle », mais bien une vision qui a connu du succès, comme il en existe vraisemblablement bien d’autres. Certaines des techniques mentionnées choqueront probablement certaines âmes sensibles, surtout depuis les événements déplorables des dernières années concernant l’utilisation douteuse d’équipement par certains pêcheurs, et la polémique qui entoure le sujet. J’espère seulement que l’aspect rationnel des choses permettra à tous de percevoir ce qu’est la technique appliquée dans une éthique de pêche saine, et non de façon abusive dans un mépris total de l’éthique. En ce sens, certains verront peut-être le bien-fondé de certains outils disponibles à la pêche, dans un contexte donné. Dans mon esprit, la pêche demeure une activité de dépaysement, mais aussi un défi de dépassement et de découverte.

Une théorie Il y a de cela plusieurs années, j’ai acheté une petite brochure de George Maul, à sa boutique de Saint-René-de-Matane. Ce dépliant, malgré son format et sa présentation plus que modestes, livrait une foule de petits trucs et conseils des plus judicieux. Parmi ceux-ci, un a attiré mon attention :

« Quand la température de l’eau est inférieure à 50 °F, il est approprié d’utiliser une soie à bout calant. Quand la température de l’eau est supérieure à 50 °F, une soie flottante est plus efficace ». Donc, la température de l’eau a une influence sur le type d’engin à utiliser. Au-delà de cette simple théorie, y avait-il d’autres éléments susceptibles d’améliorer le succès de pêche? Bien sûr! Le meilleur moyen d’illustrer la chose est sans doute de se « plonger » dans des situations réelles...

3 juin 1998, Rivière Matapédia, Fosse « Les Fourches » Le ciel est nuageux. Aucune variation de température n’est prévisible en cours de journée. La température de l’eau, à la sortie de la rivière Causapscal est de 44 °F. Celle de la Matapédia est de 50 °F; un kilomètre en aval, la température de l’eau est de 49 °F. Donc, le cours de la Matapédia influence la température de l’eau plus que celui de la Causapscal, en fonction du débit d’eau de cette journée en particulier. Le saumon, qui est en migration rapide à cette période de la saison, est habitué à une température de 49 °F. Sachant que la plupart des saumons de cette montaison sont destinés à migrer vers la Causapscal, est-ce que la température de l’eau aura une influence sur leur position et sur leur période de rétention dans la fosse « Les Fourches » durant cette fameuse journée? Un petit indice : lors des ensemencements de jeunes saumons, il importe de prévoir une période d’acclimatation d’une heure pour chaque degré d’écart entre la température de l’eau du camion-citerne les transportant et celle de la rivière, en diminuant la température de l’eau de la citerne par une injection de l’eau de la rivière, à raison d’un degré par heure. Sans cette période d’adaptation, le taux de mortalité est colossal. Dans ce contexte, est-il réaliste de croire à une certaine chance de succès en choisissant la rive « Causapscal » comme point de pêche? Lors de cette fameuse journée, j’ai fait la capture d’un saumon de 29 lb, juste en amont de la Causapscal, à partir de la rive du terrain de balle, dans une eau très vive. La soie utilisée en était une à bout calant de 30 pieds et de densité 3. La mouche, une Rusty Rat no 2/0. Le lendemain, j’ai perdu un monstre après plus d’une heure de combat, avec le même attirail. Sans mon thermomètre, je n’aurais sans doute jamais fait ces captures. Je n’aurais sans doute pas adopté la rive opposée à la Causapscal, là où l’eau était plus chaude, pas plus que je n’aurais adopté une soie à bout calant. Saumons illimités 31

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Démystification d’un mythe… une soie à bout calant bien utilisée sert souvent davantage à ralentir la course de la mouche qu’à la plonger en profondeur. Le poisson en eau froide a une réaction beaucoup plus lente qu’en eau chaude. Autre élément important: le saumon destiné à migrer dans un tributaire ne le fera qu’en présence de conditions favorables, donc lorsque les températures de l’eau de la rivière et du tributaire sont similaires. Parfois, de telles conditions ne durent que quelques heures durant une journée, surtout au début de juin.

7 juin 1999, rivière Patapédia, Fosse « du Rocher »

Plusieurs journées de l’été 1998 Ouf! Qu’il a fait chaud cet été-là! Même en juin! Malgré tout, les matinées nous procuraient quand même certaines joies. Le début de journée en juin, sur une petite rivière, signifiait souvent une température d’eau de 55 °F. L’activité durait jusqu’à la fin de l’avant-midi, alors que la température grimpait jusqu’à 62-63 °F. Les saumons devenaient soudainement inertes vers le début d’après-midi et ils ne se révélaient pas plus actifs en soirée, alors que l’eau était à ce moment-là de 65-66 °F. Lorsque la variation de la température de l’eau excède plus de 10 degrés en une même journée, mieux vaut opter pour une partie de cartes, un bon repos, ou un bon repas bien arrosé avec les amis, en prévision d’un lever matinal le lendemain.

Photo : Claude Hamel

En matinée, nous parcourons cette fosse à la noyée avec une soie flottante. L’eau est à 50 °F. Aucune activité... Au passage en canot, nous observons cinq saumons, dont quatre de plus de 20 lb. Le soir venu, je retourne à ladite fosse. La température de l’eau est de 56 °F. Donc, une variation de température de plus de 5 degrés, en moins de 12 heures. Bates a déjà écrit que de telles conditions sont particulièrement

propices à l’utilisation de la mouche sèche, même en début de saison. Sans aucune hésitation, j’opte pour une sèche et « patrouille » à l’aveuglette dans le secteur où les saumons ont été aperçus. Au premier passage, un saumon de 27 lb se laisse tenter.

Saumon capturé et remis à l’eau par l’auteur à la fosse de la Falaise sur la rivière Kedgwick en 2011. 32 Saumons illimités

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Durant ce même été, celui où je me suis finalement convaincu d’acheter un équipement de golf, écœuré d’attendre après la pluie et un temps plus frais; j’ai fait l’acquisition d’une soie à bout intermédiaire. Le bout de cette soie est translucide comme un bas de ligne. Les nuits étaient chaudes, les journées torrides. À 4 heures du matin, la température des rivières était de 68-70 °F, atteignant parfois les 74-76 °F en fin de journée. L’activité des saumons sur la Matane (voir note en bas de page) se limitait à de brèves incursions vers les mouches lancées dans leur direction, sans jamais percer l’eau (sauf pour quelques « cas » quotidiens dont il importe peu de faire mention dans ce texte). J’ai alors tenté l’expérience de ma fameuse soie à bout intermédiaire (plongée extrêmement lente visant surtout à briser le fil de surface de la rivière). Après trois jours, cinq saumons s’étaient laissé tenter par cette offrande. En eau chaude, il est approprié de faire plonger sa mouche sous le fil d’eau chaude de la surface de la rivière.

25 septembre 1995, rivière Miramichi Nous sommes sur une fosse située à quelques kilomètres en amont de Blackville. L’eau est basse et froide, à moins de 50 °F. J’attache une grosse Mickey Finn sur mon avançon. Le guide me regarde et rit comme « pas possible ». « Bon... le ti-cul de touriste québécois veut s’amuser! », qu’il se dit. Pourtant, après une « drop » dans la fosse, trois saumons s’étaient laissé tenter! Je venais de détruire le culte de la petite Green Machine!!! La taille et la couleur de la mouche sont davantage une question de température d’eau que de niveau d’eau. Une grosse mouche vive sera aussi appropriée au printemps qu’en automne, alors qu’une petite mouche sobre sera très efficace en eau haute estivale.

Éthique Les lignes qui précèdent font fréquemment mention de l’utilisation de soies à bout calant. Ce type de soie est un engin de pêche légal, tout comme certains types de mouches moins traditionnelles, tel que le tube fly à tube de laiton, tout à fait légal (cf. Avis formulé par Jean-Pierre Dorion du MEF, 1998). Au cours des dernières années, nous assistons à un débat malheureux sur l’utilisation de ce type d’outils. Malheureux, parce que certains en font un usage irraisonné. Ces outils font pourtant partie de l’attirail du pêcheur. Leur utilisation peut être malicieuse, mais est généralement raisonnée. Une minorité s’en sert malheureusement de façon déraisonnable, et souvent inconsciente. Le meilleur parallèle qui me vient en tête est celui d’une automobile. Est-il raisonnable de conduire à 100 km/h dans une zone résidentielle?

Non! L’inconscient qui le fait sera ramené à la raison, soit par la justice, soit par un père de famille soucieux de la vie de ses enfants. D’une manière ou d’une autre, l’utilisation d’une soie calante dans une situation printanière où la densité de saumons est minime ne présente aucun risque. Une telle utilisation dans une fosse de rétention en période d’étiage ou automnale représente, d’un point de vue éthique, une pratique inacceptable. Les soies modernes offrent différentes densités de plongée permettant d’atteindre les objectifs sportifs de notre art, sans représenter une menace pour les concentrations de saumons. Il importe d’en faire un usage judicieux et raisonné. Dans une situation que nous jugeons inacceptable, notre devoir est de faire connaître notre réprobation. Nous ne pourrons cependant jamais modifier les comportements malicieux; ce domaine est du ressort de la justice.

Conclusion Tout sport ou activité comporte sa dose de défis. Pour le skieur, il s’agira de descendre la pente la plus abrupte, ou de descendre le plus rapidement. Pour le chasseur, l’orignal trophée sera le summum de sa vie. Pour le hockeyeur, jouer dans une équipe de la ligue nationale et, ultimement, remporter la coupe Stanley, comblera sa vie de joie (et de dollars). Plus simplement, le cueilleur de champignons sera à l’apothéose en trouvant une zone peuplée de morilles. Le marcheur sera comblé, arrivé au sommet du mont le plus haut. Le golfeur visera, dans la plupart des cas, jouer près de la normale (dans mon cas, surtout éviter de perdre plus de six balles dans les trous d’eau du parcours!). Le saumonier ne diffère pas des autres. Il vise à se mesurer à Salar, aussi souvent que possible. Il en rêve l’hiver. Le printemps venu, il se réveille aux petites heures du matin, avec en tête sa dernière prise, le gros saumon perdu l’été précédent… ou ceux qu’il affrontera dans quelques semaines… Pour y arriver il puisera dans son ingéniosité la plus profonde. Il procédera à la graciation lorsque la ressource le requiert, afin de préserver cet héritage pour lui et ses enfants; il consultera tous ceux qu’il connaît; il lira tout ce qui s’écrit; il appréciera ceux qu’il juge nobles… et répudiera ceux qu’il juge nuisibles à capturé son sport Saumon et remis à l’eau sur la préféré. À nous de faire en sorte que les techniques nous permetrivière York en 2011. tant de rencontrer notre idéal ne deviennent pas les outils de destruction de notre passion! Note : L’utilisation des soies plongeantes ou intermédiaires est maintenant interdite sur la rivière Matane

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La mouche fétiche de Bernard Beaudin :

La CANUEL

Photo : Lucie Blanchet

L’auteur a été président de la Fédération québécoise pour le saumon atlantique, président-directeur général de la Fondation de la faune du Québec pendant 10 ans, et il pêche le saumon depuis 35 ans. Au milieu des années soixante-dix, j’ai commencé la pratique de la pêche au saumon sur la rivière Matane. Je rappelle aux plus jeunes pêcheurs qu’à cette époque, la majorité des rivières à saumon étaient inaccessibles aux Québécois. C’est le gouvernement du Parti Québécois qui mit fin aux clubs privés à la fin des années 1970 et au début des années 1980.

L’auteur, Bernard Beaudin

L

La Canuel m’a apporté des succès sur un très grand nombre de rivières. Depuis 35 ans, j’ai lancé des mouches sur plus de 50 rivières. Cette mouche fétiche a été efficace sur la Basse-Côte-Nord, la Côte-Nord, au Saguenay, dans le Bas-SaintLaurent, en Gaspésie et à l’île d’Anticosti. Je l’utilise en plusieurs grosseurs, autant des petites que des très grosses.

Le créateur Le 4 septembre 2011, je me dirige avec mon fils Vincent sur la fosse « Le vieux tentage » de la rivière Matane, au milieu de l’après-midi. Arrivés sur le bord de la rivière, nous observons un pêcheur au pied de la fosse. Il pêche à la mouche sèche, en remontant le courant. Pourtant l’eau est froide, un peu trouble et assez haute; la température est fraîche et il pleut abondamment. Ce ne sont pas vraiment des conditions idéales pour la mouche sèche. Nous nous assoyons sur le banc et l’observons. Il a un lancer remarquable d’élégance et exécuté avec beaucoup de facilité. Il prospecte chaque mètre de rivière où un saumon pourrait se trouver. La mouche se dépose sur l’eau comme une feuille, très délicatement. Que c’est beau à voir! Ce n’est pas un débutant; c’est un pêcheur d’expérience qui croit à l’efficacité de la pêche à la mouche sèche dans presque toutes les conditions. « Un vrai Matanais! », me dis-je.

Photo : Bernard Beaudin

a rivière Matane s’appelle « rivière-école », parce qu’elle a été une des premières accessibles à toute la population et que beaucoup de saumoniers de mon âge ont commencé à pêcher sur ses berges. Vous savez, être initié à la pêche par des Matanais, c’est apprendre que la mouche sèche surpasse la noyée, tant en efficacité qu’en plaisir. Ma mouche fétiche ne pouvait donc être qu’une mouche sèche.

Cette mouche Canuel vient de l’Atelier du moucheur à Rimouski.

Toilette de la « Canuel » Queue : Queue de veau blanche Corps : Poil de chevreuil gris/vert Hackle du corps : Hackle badger Ailes : Queue de veau blanche Hackle de la tête : Hackle badger

Quand il est sorti de la rivière, je lui ai dit que la fosse avait été remarquablement pêchée. Il m’a montré sa mouche, une « Canuel ». Je lui ai fait remarquer que j’avais capturé de nombreux saumons avec cette mouche. Il m’a alors répondu qu’il l’avait créée il y a longtemps; il s’appelle Raynald Canuel! Je ne l’avais jamais croisé sur la Matane. Il était enseignant à Matane et il a probablement créé ma mouche fétiche quand je débutais la pêche au saumon sur sa rivière. 34 Saumons illimités

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Un saumon... à 100 ans! Texte et photos par Geneviève Gélinas

Armand Bunton, maintenant âgé de 101 ans, de Grande-Rivière en Gaspésie, pêche encore le saumon. Il a même attrapé ce roi des poissons l’été dernier. La journaliste Geneviève Gélinas était au bord de la rivière avec lui.

C

haque matin, M. Bunton se rend au bord de la Grande-Rivière. « Je vais voir s’il y a du saumon qui monte, et si oui, je vais pêcher à la fosse à Blais [en aval de la rivière, sur un terrain privé]. » Aujourd’hui, il va tenter sa chance plus en amont de la Grande-Rivière, où les possibilités que ça morde sont meilleures.

Au volant de son 4 x 4, M. Bunton roule dans les chemins forestiers jusqu’à la Forestière des Trois Couronnes, une pourvoirie. Appuyé sur sa canne, il descend vers les eaux turquoise de la rivière. Puis, en déployant sa canne à pêche, il vante son nouveau gadget. « Ça, c’est un leader japonais, dit-il en montrant le bas de ligne. C’est censé prendre la

couleur de l’eau. » Il commence ses lancers : sa ligne décrit les « S » caractéristiques de la pêche à la mouche. Bunton pêche le saumon à la ligne depuis 1929. À l’époque, la rivière était un domaine privé et peu de gens y avaient accès. « La première fois que j’ai pêché, c’était avec les Renouf, se souvient M. Bunton. Ils avaient un magasin et ils géraient la rivière pour les Américains. Ils avaient des passes et on allait avec eux. » Au bord de la Grande-Rivière, la matinée avance et aucun saumon n’a daigné mordre encore. De sa veste de pêche, M. Bunton extrait une boîte à mouches, des appâts qu’il fabrique lui-même. Il essaie sa quatrième mouche de la journée,

Armand Bunton pratique ses lancers depuis 8 décennies.

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une blanche aux allures de papillon. « J’ai fait ça avec du poil de chevreuil et de la queue de veau », précise-t-il. Après quelques lancers, un saumon se jette sur le nouvel appât. Tout se passe très vite. On voit le long corps argenté bondir hors de l’eau et crac! La ligne casse. Ce n’est pas celui-là qui aura l’honneur d’être attrapé par un centenaire. Après presque deux heures debout, M. Bunton s’assoit dans une chaise pliante et passe sa canne à son guide, Gilbert Blais. Ce dernier décide d’y accrocher une déclinaison de la Bunton Green, une mouche homologuée au nom du centenaire. Au bout de quelques minutes, la canne se courbe : M. Blais a ferré un saumon. M. Bunton se lève comme une flèche et saisit fermement la canne. Il mouline, puis laisse aller. « Wô wô, va-t’en pas trop loin! », dit-il à « son » saumon. Il se retourne vers nous et lance : « La mouche vert irlandais, c’est chanceux! »

Monsieur Bunton pose près de sa prise, tenue par son guide, Gilbert Blais.

Au bout d’un quart d’heure, le poisson cesse de lutter. Gilbert Blais l’empoigne pour la photo, puis le remet à l’eau. Mais M. Bunton n’a pas eu son content. « On va aller dîner, et on reviendra après! » lance-t-il. Ce texte a d’abord paru dans le mensuel gaspésien GRAFFICI.

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Le Forum Spey de Sherbrooke 3e édition Par Mario Viboux

Pour faire suite à l’article sur le Spey, qui a été publié dans le dernier Photo : Joannie De Lasablonnière

numéro de ce magazine, j’aimerais vous parler d’un évènement d’une grande importance, le Forum Spey de Sherbrooke. Cet évènement est carrément devenu incontournable, et voici pourquoi. L’auteur, Mario Viboux

D’

Tout cela est bien beau, mais il y a plus. Chaque jour, des ateliers sur le lancer Spey sont animés par des instructeurs chevronnés qui nous viennent des quatre coins du Canada et chaque heure, un nouvel atelier commence avec des sujets variés tels que : initiation au lancer Spey, techniques des différents lancers Spey, techniques de pêche avec une canne Spey, le Spey à une main, le matériel et encore bien d’autres… Pour quelqu’un qui veut s’initier, essayer les derniers modèles de cannes, soies et moulinets, ou encore rencontrer des passionnés, le Forum Spey de Sherbrooke est un évènement à ne pas manquer!

Photo : Selma Aïssiou

abord, toutes les grandes compagnies de cannes à pêche y sont présentes et vous pouvez essayer toutes celles qui vous font envie. Comme cette manifestation a lieu dans un parc immense traversé par une magnifique rivière, on peut essayer des cannes à une main sur l’herbe, dans un espace spécialement aménagé ou des cannes Spey, directement dans la rivière.

Démonstration de lancer Spey par un instructeur.

Photo : David Quenneville

Mais attendez, il y a encore mieux. L’objectif principal de ce grand « happening » est le partage et c’est dans cet esprit que tous les instructeurs circulent sur le site, entre les ateliers, pour vous prodiguer leurs meilleurs conseils, corriger un mouvement ou simplement vous faire essayer leurs cannes favorites. En prime, le dîner est fourni, il y a du Essai de cannes et pratique par les participants. Saumons illimités 39

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Photo : Selma Aïssiou

stationnement pour tous et vous avez la chance de gagner de magnifiques prix tels que des cannes, des soies ou encore des moulinets, offerts gracieusement par nos généreux partenaires.

Photo : David Quenneville

Le coordonateur de l’évènement, Pascal Perreault, qui aide une participante.

Photo : Maisons des jeunes Point de mire

Un instructeur de lancer Spey avec un groupe de jeunes.

Pour ceux et celles que cela intéresse, voici ce qu’il faut savoir : le Forum a lieu les 12 et 13 mai prochains, au parc Lucien Blanchard de Sherbrooke, entre 8 h et 17 h. Le coût d’entrée, de 5 $ par jour, comprend le stationnement, l’accès au site et à tous les ateliers, le dîner (hot-dogs) et un billet de tirage. Pour plus de détails (itinéraire, hébergement, ateliers, instructeurs, etc.), surveillez le site quebecpeche.com. Le Spey n’est pas une simple mode ou la dernière tendance; c’est une technique très efficace qui est là pour rester. Venez faire un tour et vous comprendrez vite pourquoi. L’équipe des organisateurs : Pascal Perreault (coordonateur), Éric Mageau et Alain Fortin du Regroupement des pêcheurs à la mouche de Sherbrooke, David Quenneville, Bruno Isabel de même que votre humble serviteur, accompagnée des jeunes de la Maison des jeunes Point de Mire, vous invitent cordialement lors de cette troisième édition. Tous nos collaborateurs ainsi que M. Bob Mckenzie, de qui a émergé cette fabuleuse idée d’un forum sur le lancer Spey au Québec, se joindront à nous et à notre équipe d’instructeurs pour vous faire découvrir le fabuleux monde du Spey. C’est un rendez-vous annuel et unique à ne pas manquer !!!

Sabrina et Pierre-Luc ont compris depuis belle lurette que les cannes Spey sont parfaites pour pêcher dans nos rivières à saumon.

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La réfection du pilier de la fosse n° 8 de la rivière aux Rochers Un bel exemple de coopération et de solidarité des saumoniers de la région de Port-Cartier L’auteur, Richard Sirois

Texte par Richard Sirois et photos par Monique Sirois

T

ous les pêcheurs qui fréquentent la rivière aux Rochers sont unanimes : la fosse nº 8 du secteur contingenté de la rivière aux Rochers est l’une des plus productives et, quand Salmo Salar se manifeste, c’est tout un spectacle étant donné la configuration de la fosse. Celle-ci est somme toute petite, mais le courant y est excellent et la profondeur d’eau qu’on y retrouve permet à plusieurs saumons de s’y entasser. Qui plus est, le saumonier ne peut suivre le saumon quand il mord à l’hameçon étant

donné qu’il est « condamné » à demeurer sur un pilier, les eaux tumultueuses environnantes empêchant pratiquement tout déplacement vers l’amont ou vers l’aval. Il s’ensuit alors généralement des combats épiques entre le pêcheur et la flèche d’argent. La fosse nº 8 est située au beau milieu de la branche principale de la rivière et l’utilisation d’une embarcation devient incontournable pour être en mesure de se rendre sur ce

Voici ce qu’il reste de l’ancien pilier. Au mois d’août, l’eau est relativement basse, il est donc plus aisé de se rendre sur le pilier.

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Il a fallu préfabriquer la structure et la marquer avant de la démonter pour la transporter sur le site original.

Les billots ont été apportés un à un pour l’assemblage.

pilier afin de bien couvrir la fosse. À la suite des assauts répétés des crues printanières, le pilier où les pêcheurs peuvent accoster leur embarcation s’est détérioré au point où il devenait hasardeux de s’y aventurer, même pour les pagayeurs les plus aguerris. Conséquemment, depuis plus de deux ans, l’Association de protection de la rivière aux Rochers (APRR), avec en tête l’ingénieur Oscar Roussy, planifiait la réfection du pilier de la fosse nº 8 tout en obtenant les autorisations requises pour effectuer les travaux. Monsieur Roussy est d’ailleurs un des bénévoles de la première heure à l’APRR (il a fondé l’association en collaboration avec Serge Miller et Gérard Sirois) qui ont contribué à développer la population de saumons depuis le début des années 1980, par l’amélioration de la passe migratoire, des ensemencements de saumoneaux et des démarches pour le rachat des pêches commerciales entre autres.

Les montaisons ont évolué de façon très marquée passant de 150-200 saumons au début des années 1980 à 1 000-1 500 les dernières années et la progression continue. Rappelons que durant des décennies, des opérations industrielles liées au transport et à la transformation du bois ont nécessité des aménagements particuliers qui ont contribué à la détérioration de l’habitat du saumon dans la partie de la rivière qui lui était alors accessible à Port-Cartier. Les conditions de reproduction du saumon étaient aussi très limitées, puisque plusieurs chutes infranchissables empêchaient sa migration vers l’amont et c’est pourquoi les saumons sont maintenant transportés par camion au débarcadère du 9 mille multipliant ainsi son aire de distribution. Paradoxalement, le pilier de la fosse nº 8, vestige des opérations industrielles qui avaient cours jadis sur la rivière, a Saumons illimités 43

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Les ouvriers-bénévoles recevant la cargaison, par hélicoptère, de roches qu’ils placeront dans la nouvelle assise.

permis la pêche du saumon sur cette fosse, autrement pratiquement inaccessible. Les travaux de remise en état du pilier étaient prévus en deux phases.

La première phase consistait à préfabriquer la structure du pilier sur la berge. Les pièces ont été marquées, puis la structure a été démontée pour être transportée, pièce par pièce, à l’aide de « freighters », au site original du pilier. Les pièces ont ensuite été installées à nouveau, une à une, suivant le plan établi à l’avance. L’APRR a d’ailleurs dû se procurer des billots de cèdre et des clous galvanisés de 45 cm pour la construction de la nouvelle assise. La deuxième phase, certainement la plus spectaculaire, consistait en l’enrochement de la structure. Un hélicoptère a transporté plusieurs charges de roches sur le site alors que des bénévoles les disséminaient méticuleusement dans le pilier afin d’en assurer la stabilité.

Les bénévoles en plein travail.

En tout, près de vingt saumoniers de la région ont participé à la réfection du pilier de la fosse nº 8. L’exécution de cet ambitieux chantier s’est déroulée en toute sécurité, sans qu’aucun incident notoire ne survienne. Les coûts des travaux, initialement prévus à 25 000 $, ont pu être réalisés pour 19 000 $, grâce à la contribution inestimable des bénévoles et de certains commanditaires. Voilà un bien bel exemple de complicité et d’altruisme des divers intervenants afin de maintenir en excellent état les installations et les commodités disponibles à la rivière aux Rochers, ce véritable joyau de la Côte-Nord.

Une photo aérienne de la nouvelle structure qui, une fois « lavée » , procurera un endroit sécuritaire aux pêcheurs.

D’ailleurs, si vous allez dans le coin, prenez le temps de visiter le Parc de la rivière aux Rochers. Vous serez étonnés de la qualité et de la beauté de l’emplacement. Profitez aussi de cette visite pour apprécier le centre d’interprétation du saumon et admirer ceux-ci avant leur transport au 9 mille.

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Trucs photo

Question de point de vue... Texte et photos par Marc-Antoine Jean, photographe

L’écriture d’une telle chronique m’est venue lors de la dernière réunion de rédaction de Saumons illimités lorsque Pierre Manseau, collaborateur au magazine, m’a montré une image sur son téléphone, me demandant mon avis. J’aimais l’idée audacieuse d’un tel angle de vue. J’ai alors décidé de vous entretenir à propos de « point de vue de photo ».

Variez et osez vos angles de vue

Photo 1

Il peut devenir très intéressant de varier les angles de vue, afin d’aller chercher un peu plus de punch dans vos images de pêche. Bien entendu, les images classiques de pêcheurs en action, prises de côté, auront toujours un certain intérêt, mais si vous désirez que vos images sortent du lot et de la norme, variez les angles. De cette façon, je suggère de tenter des prises de vues en considérant qu’un sujet peut être photographié de tous les angles possibles, et ainsi avoir un style fort différent de ce que l’on peut voir habituellement. En agissant ainsi, vous risquez de saisir le petit quelque chose qui donne un intérêt particulier à une image.

Prenez l’exemple de cette image (photo 1) de Mario Viboux, de la Maison des jeunes Point de Mire de Verdun. L’image a été prise en août 2009, sur la fosse Première Est de la rivière Bonaventure. On a ici une scène en contre-plongée

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(quand l’angle de vue vient de plus bas que le sujet principal). J’avais moi aussi les pieds dans l’eau, étant entré aussi creux dans la rivière que le pêcheur, mais un peu en aval de celui-ci. J’avais déjà le pêcheur face à moi, lançant sa ligne presque sur moi, me donnant ainsi déjà quelques bonnes images. Mais je n’en suis pas resté là, décidant de baisser la caméra au niveau de la surface de l’eau (en fait elle touchait carrément l’eau). Le résultat d’une telle pratique est que le personnage a l’air très dominant sur son environnement, idéal pour représenter un moucheur en pleine maîtrise de son art.

De cette même façon, vous pourrez utiliser des rochers, des arbres morts, des canots, et bien plus encore, pour composer vos premiers plans et ainsi mieux situer vos sujets dans l’espace. Ce n’est pas nécessaire d’être un très gros élément, mais le premier plan est trop souvent négligé.

Jouez avec le premier plan

Grand angle ou téléobjectif ?

La prochaine astuce de composition d’image me vient directement du peintre paysagiste St-Gilles, qui fait partie d’une communauté d’artistes très présents dans les activités de financement de la FQSA. Dans ses compositions, St-Gilles accorde beaucoup d’importance à l’utilisation du premier plan, permettant de mieux encadrer et de diriger la lecture d’une image.

Photo 2

Si l’on prend exemple de cette image (photo 2) des jeunes se reposant sur le bord de la rivière, prise le même jour que la photo précédente. Elle représente une scène où plusieurs jeunes dorment sur la même table, par un bel après-midi ensoleillé. En me reculant pour faire ma photo, j’ai utilisé les arbres autour afin de cadrer ma composition, donnant ainsi l’idée que l’on découvre une scène lorsque l’on sort de la forêt pour aller vers la rivière. On a donc l’impression d’arriver dans un moment qui ne nous appartient pas, comme si l’on était en train de les épier. En réalité, cette prise de vue ressemble beaucoup plus à l’impression que l’on a réellement lorsque l’on regarde une telle scène, et permet davantage de situer le sujet dans son endroit, son contexte. En utilisant ainsi mon premier plan, je ne donne pas d’autre choix que de forcer le spectateur à regarder lui aussi la scène depuis la forêt.

Il s’agit là de deux concepts bien distincts. Lequel utiliser alors ? Ce qui devient intéressant pour les utilisateurs d’appareils de type « reflex », c’est que dans toutes les gammes d’objectifs disponibles, on en retrouve toujours quelques-uns qui sont très polyvalents et permettent d’avoir à la fois un téléobjectif et un grand angle. Le désavantage de tels objectifs est souvent leur manque de précision et la lenteur de leur système de focus automatique. Mais, oublions l’aspect technique des objectifs et tentons de comprendre quand utiliser le grand angle, et quand utiliser les longues focales. L’utilisation d’un grand angle va permettre de saisir beaucoup d’informations dans un même plan, très large. Ceci va permettre de capter des scènes plutôt narratives qui pourront pratiquement être lues comme une phrase avec verbe, sujet et compléments. Les images prises au grand angle, dans la mesure où il ne s’agit pas d’un paysage, chercheront à raconter quelque chose qui peut représenter une action se situant dans une durée de plus en plus longue. Avec l’utilisation du téléobjectif, on va chercher à isoler le sujet de son environnement, figeant ainsi l’image dans le temps. Bonnes photos!

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Gastronomie

Photo : Alexis Bourdages-Chabot

Gravlax au saké

Par Sothea Deng

Photo : marcopgraphie

Voici comment faire, quand le temps nous manque, pour préparer un saumon gravlax non traditionnel en moins de deux heures. Il n’en faut pas davantage afin d’impressionner vos convives. L’auteur, Sothea Deng

INGRÉDIENTS

PRÉPARATION

Filet de saumon frais

Choisir un filet de saumon TRÈS FRAIS auquel on retire la peau.

Une bouteille de saké (Hakatsuru)

Couper le filet en deux sur le sens de la longueur.

Sel de mer

Laisser reposer 45 minutes au réfrigérateur.

Huile d’olive

Rincer les filets à l’eau froide pour ôter le sel.

Oignons verts Poivre

Ajouter beaucoup de sel de mer sur les deux côtés.

Bien éponger les filets de saumon, en utilisant du papier essuie-tout (surtout ne pas frotter). Mettre le saumon dans un cul de poule et vider la bouteille de saké jusqu’à ce que le poisson soit entièrement recouvert. Ajouter des oignons verts finement tranchés. Laisser reposer 45 minutes au réfrigérateur. Retirer les filets du bol et bien éponger le saké, toujours à l’aide d’un essuie-tout. Trancher finement dans le sens contraire de la fibre et placer dans une assiette. Servir avec de l’huile d’olive et des oignons verts finement taillés au goût. Ajouter, si désiré, du poivre fraîchement moulu. Bon appétit! Site internet de l’auteur : www.cookning.com

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Opinion

du lecteur

Lettre ouverte adressée au ministre des Pêches et Océans Canada, monsieur Keith Ashfield, par monsieur Michael W. Brislain de Fredericton, Nouveau-Brunswick.

Objet: Espèces de poissons anadromes/Développement du gaz de schiste Monsieur le Ministre, Je ne suis pas opposé au développement du gaz de schiste. Cependant, nous devons connaître la quantité d’eau dont l’industrie a besoin et d’où cette eau proviendra. Étant donné que le gouvernement du Canada, sous l’égide de votre ministère, détient l’ultime autorité sur le saumon atlantique, je profite de cette occasion pour vous aviser des risques sérieux pour la survie de cette ressource. Le Nouveau-Brunswick procède présentement au développement de l’industrie du gaz de schiste. En tant que ministre, je vous demande d’interdire complètement à cette industrie, l’utilisation des ressources en eau douce lors du processus de fracturation. L’utilisation exclusive du propane semble être la méthode la plus sécuritaire pour l’environnement, car il n’y a pas d’impact sur l’eau douce. En tant qu’ancien ministre du Cabinet du Nouveau-Brunswick, et quel que soit le gouvernement au pouvoir, vous admettrez que notre bilan de prévoyance et de mise en œuvre d’une réglementation n’a pas été exemplaire. Malgré toutes les promesses dites, peut-on croire qu’un gouvernement de cette province réussira à légiférer l’industrie du gaz de schiste et réussira à en faire appliquer la réglementation? Avec les milliards de gallons d’eau douce requis, les rivières à saumon de la province sont, sans équivoque, dans la mire de cette industrie. De la rivière Restigouche à la rivière Big Salmon, les rivières, les lacs, les cours d’eau, les marais, et les aquifères pourront être convoités comme source d’approvisionnement sans redevance. Les décisions se baseront sur des considérations plutôt financières qu’environnementales. Mes préoccupations résultent de deux documents : 1) New York State Water Resource Institute – Gas Wells Water Use; 2) Natural Gas Wells Development in the Susquehanna River Basin – State of Pennsylvania – 2010.

Dans le cas du Nouveau-Brunswick, en extrapolant l’information (pour une superficie de 50 milles carrés, approximativement la taille de la ville de Fredericton), on peut en déduire ces données : 1) Chaque site de forage couvrira environ 4 à 5 acres, accueillant entre 6 à 10 puits. 2) Chaque site de forage va extraire le gaz du dépôt de schiste sur une superficie de 200 à 600 acres. Basé sur ces données, un terrain de forage d’une superficie de la taille de la ville de Fredericton possède, en moyenne, le potentiel d’accueillir 108 sites de forage avec 860 puits. Chaque puits, lors du processus de fracturation, utilisera entre 4 à 7 millions de gallons d’eau. La quantité d’eau nécessaire pour développer un terrain de forage de 50 milles carrés est étonnamment de 4,8 milliards de gallons d’eau. La diminution des débits des rivières aura des impacts néfastes sur les sites de fraye. Des températures d’eau plus élevées et la mortalité du poisson qui en résultera, sont des conséquences réelles. Les retombées liées aux baux de la Couronne, au tourisme, à l’immobilier, etc., vont diminuer inévitablement avec la baisse de la valeur associée à la ressource du saumon atlantique. L’industrie du gaz de schiste, durant sa phase d’exploration et de développement, n’a jamais considéré les espèces de poissons migrateurs. La province du Nouveau-Brunswick exige une voix forte du ministre fédéral des Pêches et Océans, afin d’assurer la protection et la préservation de toutes nos espèces anadromes. Sincèrement, Michael W. Brislain

AVIS : Les opinions émises dans la rubrique « Opinion du lecteur » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement la position de la FQSA.

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6e édition du souper de Thetford Mines Texte et photos de Ghyslain Provençal Le 10 janvier dernier s’est tenue la sixième édition du souper annuel des saumoniers, à la Rôtisserie Saint-Hubert de Thetford Mines. Ce fut, encore une fois, une réussite totale! Plus de 75 passionnés de pêche étaient présents à cette soirée.

Le conférencier, Claude Hamel, dévoilant ses trucs et techniques.

Quoi de mieux, pour apaiser l’attente fébrile de la prochaine saison de pêche, que de se rencontrer entre amis pêcheurs? On en profite pour se raconter des histoires de pêche avec des saumons « gros comme ça », échanger des trucs, dévoiler à certains « en secret » nos fameux « spots », visionner des films vraiment amusants et même apprendre des techniques de pêche présentées par des pêcheurs réputés. Cette année, le volet « conférence » fut animé par Claude Hamel, figure bien connue des saumoniers et pêcheur de grand calibre. Celui-ci a généreusement informé les participants sur les techniques efficaces lors d’un affrontement avec le saumon. Cette si belle soirée a été organisée, de main de maître, par David Saint-Laurent, membre du conseil d’administration de la Fédération québécoise pour le saumon atlantique (FQSA). Il est assisté de son cousin Étienne Saint-Laurent et de Yves Vincent, propriétaire de la Rôtisserie Saint-Hubert de Thetford Mines. Merci de nous avoir fait partager de si bons moments!

Le comité organisateur de la soirée. De gauche à droite : Étienne Saint-Laurent, Yves Vincent et David Saint-Laurent.

Rencontre de pêcheurs à la mouche de la région de Québec.... Texte de Ghyslain Provençal et photos de Marc-Antoine Jean

L

e 14 janvier dernier, une vingtaine de pêcheurs à la mouche se sont réunis à Québec, pour un petit déjeuner. Cette activité, initiée par monsieur Yves Hudon, a permis aux pêcheurs de se rencontrer entre amis, afin d’apaiser la longue attente de l’ouverture de la prochaine saison de pêche. Vous pouvez imaginer que la pêche a été LE sujet principal! On a parlé d’équipement, de mouches, de techniques, de trucs et, bien entendu, de toutes sortes d’histoires de pêche avec des poissons « immenses », comme de raison!

Le président de la FQSA, monsieur Yvon Côté, procédant à un tirage parmi les participants.

Des mouches ont été généreusement distribuées aux participants, ce qui fut fort apprécié. Également, le président de la Fédération québécoise pour le saumon atlantique (FQSA), monsieur Yvon Côté, a fait tirer quelques prix. Et enfin, l’organisateur du déjeuner, monsieur Hudon, nous a fait apprécier ses talents culinaires, avec la dégustation d’un délicieux morceau de canard séché. Bref, une rencontre très agréable qui sera sûrement répétée, aux dires de monsieur Hudon.

Quelques participants en pleine discussion sur tout ce qui touche la pêche. Saumons illimités 51

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Dans la seconde édition de son livre Modern Atlantic Salmon Flies Paul C. Marriner propose en 2012 457 mouches à saumon modernes Texte et photos d’André-A. Bellemare

Maintenant que l’hiver 2011-2012 est installé chez nous, et puisque les saumoniers sont alors plus casaniers qu’en d’autres saisons, je vous suggère d’offrir en cadeau à vos parents et amis adeptes du montage de mouches à saumon, ou d’acheter pour votre propre bonheur, le livre

Modern Atlantic Salmon Flies du réputé saumonier Paul C. Marriner, de la Nouvelle-Écosse. André-A. Bellemare Chroniqueur de chasse et de pêche Quotidien LE SOLEIL Québec

Ce qu’il vous faut savoir à propos du livre susmentionné, c’est que Marriner vient d’éditer une version revue et augmentée de ce livre d’abord publié en 1998, et dont les derniers exemplaires avaient été vendus en 2009. Cette seconde publication du livre est encore plus intéressante que l’originale, à cause de tout ce qu’elle offre de plus que la première. Le livre renferme aujourd’hui, dans ses 158 pages de format 8,5 X 11 pouces à couverture rigide, les parures précises de

Photo : André-A. Bellemare

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aul Marriner, propriétaire de la maison d’édition Gale’s End Press ayant publié la demi-douzaine de livres qu’il a déjà écrits concernant la pêche du saumon atlantique et le montage des mouches à saumon, est un chroniqueur de vie au grand air et un photographe prolifique. Marriner est un membre actif et respecté des Outdoor Writers of Canada et de l’Outdoor Writers Association of America. Ces importants groupes de journalistes chroniqueurs spécialisés lui ont périodiquement décerné des trophées et médailles, pour reconnaître son apport remarquable à la promotion de la pêche à la mouche et de la pêche du saumon atlantique.

457 mouches modernes utilisées pour pêcher le saumon atlantique dans plus d’une centaine de rivières d’Amérique du Nord et du continent européen. C’est 25 % plus de mouches que dans la première édition. De superbes photos en couleurs de 417 mouches et la description d’une quarantaine de mouches supplémentaires sont publiées sur du papier glacé épais. La reliure du livre est boudinée pour consultation facile et très pratique, au moment du montage des mouches suggérées.

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Plus de 75 % des mouches ont été montées par les créateurs eux-mêmes, spécialement pour publication dans ce livre. L’auteur traite aussi des circonstances de la création de la presque totalité de ces mouches, et divulgue des secrets à propos des conditions dans lesquelles elles devraient être utilisées pour obtenir le maximum de succès. Les adeptes du montage des mouches à saumon seront très heureux de constater que plusieurs des créateurs utilisent maintenant de nouveaux matériaux synthétiques répandus, pour remplacer des matériaux aujourd’hui difficiles à trouver ou vendus à fort prix dans des boutiques spécialisées. Les saumoniers les plus informés d’entre vous savent déjà que Paul Marriner est l’ami de nombreux saumoniers et artisans monteurs de mouches du Québec. Il était compagnon de pêche de feu Jean-Guy Côté, fondateur de la compagnie Produits Fil-Uni J.-G. Côté Inc. (de SainteMélanie, près de Joliette). C’est grâce à ce dernier que Marriner s’est lié d’amitié avec autant de saumoniers et monteurs de mouches du Québec.

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Vous constaterez avec joie que Paul Marriner a beaucoup de respect pour les « moucheux » du Québec, auxquels il accorde une large place dans la seconde édition de son livre Modern Atlantic Salmon Flies. Vous ne serez pas surpris d’y retrouver des mouches créées par des membres connus de la Fédération québécoise pour le saumon atlantique (FQSA) et par des guides renommés offrant leurs services sur les rivières à saumon du Québec. Leurs mouches sont bien « pêchables ».  Vendu au prix de 45 $ (plus 15 $ pour les taxes, la manutention et les frais de poste), le livre, rédigé en anglais, peut être obtenu de Gales’s End Press, dont voici les coordonnées : 103 Maders Cove Road, Mahone Bay, NS, B0J 2E0 Téléphone : 1 902 624-9662 Courriel : info@galesendpress.com Site Web : www.galesendpress.com Paul Marriner offre aussi des exemplaires conçus tout spécialement à l’intention de collectionneurs : informez-vous auprès de lui à ce sujet.

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Babillard ÉCOLE DE PÊCHE À LA MOUCHE CATSHALAC

MOUCHEURS DU MONTRÉAL MÉTROPOLITAIN (MMM)

Les fins de semaine du 20-21-22 avril 2012 et du 27-2829 avril 2012, Catshalac donnera deux (2) formations de pêche à la mouche, dans un environnement idéal, à la Station touristique de Duchesnay. Les cours se tiendront du vendredi soir au dimanche après-midi.                                 Pour des raisons qualitatives, physiques et matérielles, Catshalac limite à 25 le nombre d’inscriptions par école. Les coûts sont de 185 $ pour un adulte et 150 $ pour les jeunes de 12 à 17 ans inclus. (Les jeunes de 12 à 14 ans inclus doivent obligatoirement être accompagnés d’un adulte). Les dîners, un livre de cours et l’équipement complet sont inclus dans la tarification. Le cours, qui se veut de base, couvre toutefois tous les aspects de la pêche à la mouche, soit: l’équipement, les nœuds, l’entomologie, les lancers de base et la lecture de lacs et de rivières.

Activités à venir

Pour toute information et inscription : Odette au 418 875-0357 et Pierre au 418 875-1434 ou sur le net à www.catshalac.com dans le menu « École de pêche à la mouche ».

L’ENCAN FAUNE ET NATURE AU PROFIT DE LA RELÈVE Faites-vous plaisir en 2012! Entre le 15 février et le 15 mars 2012, naviguez sur le www. fondationdelafaune/encan et obtenez des forfaits de pêche, de chasse, de villégiature et des produits pour vos activités de plein air, à des prix incomparables! Aucune taxe à payer sur vos achats, même sur notre produit vedette : un Commander 800R XT de Can-Am (véhicule hors route « côte à côte ») offert par Bombardier Produits récréatifs!

Pour les pêcheurs en herbe L’Encan faune et nature est réalisé par la Fondation de la faune du Québec, en collaboration avec ses partenaires du milieu faunique, dont la Fédération québécoise pour le saumon atlantique. Tous les bénéfices de cette activité seront investis dans des projets d’initiation à la pêche sportive pour les jeunes de 9 à 12 ans, dans le cadre du programme Pêche en herbe (180 000 jeunes formés depuis 1998).

Assemblée générale : Vendredi 9 mars 2012, à 19 h, dans la grande salle du Centre Saint-Mathieu, situé au 7110, 8e Avenue, Montréal. Nos toujours très populaires vendredis de montage libre, à 19 h et les jeudis de montage de 10 h à 15 h. Marché aux puces : Le samedi 31 mars, de 9 h à 15 h au Centre Saint-Mathieu; ouvert à tous. Pour toute information et inscription sur nos cours de montage, ateliers et stages de lancer les samedis, s.v.p. visitez notre site Internet : www.moucheurs-mtl-metro.org ou contactez-nous via le Mouch-O-Phone au 514 721-8695.

CORPORATION DE GESTION DE LA RIVIÈRE SAINT-JEAN-SAGUENAY Nous avons le plaisir de vous annoncer que la 17e édition du souper-bénéfice de la Corporation de gestion de la rivière St-Jean-Saguenay aura lieu le samedi 28 avril 2012, au Centre touristique du Mont-Édouard. Les fonds recueillis serviront au projet de passe migratoire donnant accès à un nouveau secteur de frai. Pour toute information, veuillez communiquer au 418 272-2199

FÉDÉRATION QUÉBÉCOISE POUR LE SAUMON ATLANTIQUE (FQSA) Veuillez noter ces dates à votre agenda : Congrès annuel des membres : 14 avril 2012 Assemblée générale annuelle : 15 avril 2012 Souper bénéfice : 26 octobre 2012 Tous les détails concernant ces évènements vous seront communiqués ultérieurement. Pour toute information, veuillez communiquer au 418 847-9191

Du 15 février au 15 mars, visitez l’Encan régulièrement et misez sur la relève! www.fondationdelafaune/encan

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Magazine Saumon 92  
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