Page 41

Photo : Romain Tremblay

VUE AÉRIENNE DE BARDSVILLE, LÀ OÙ S’EST TENUE L’ÉCOLE DE PÊCHE.

Par une belle fin d’après-midi, alors que je le félicitais pour le magnifique brochet qu’il venait de capturer à la mouche. Pierre me demanda si j’étais un adepte de cette sorte de pêche. Je lui répondis que je possédais un modeste équipement et que j’étais un piètre moucheur. Chaque fois que j’avais rencontré un moucheur d’expérience les informations techniques que j’avais obtenues me semblaient complexes et inabordables, et comme je préfère les choses simples, je m’étais désintéressé de ce type de pêche. À mon grand étonnement Pierre me répondit que le lancer à la mouche était une technique relativement simple, et qu’en une demi-heure il pourrait faire de moi un moucheur. Il me dit aussi que si je voulais bien lui consacrer à cet effet une demi-heure au bout du quai, il m’enseignerait tout ce dont j’avais besoin afin de maîtriser cet art. Sceptique mais intrigué, j’acceptai la proposition et allai quérir mon équipement de pêche à la mouche. Pierre m’expliqua de façon simple et claire les principes physiques qui régissent le fonctionnement d’une canne à moucher. Il me guida dans mes premiers lancers,

m’indiquant les erreurs commises par les débutants et me donnant des trucs pour corriger ces erreurs. Le tout d’une manière conviviale et détendue. Une demi-heure plus tard Pierre me dit : ‘’Regarde, la demi-heure que je t’avais demandée s’est écoulée et déjà tu étends facilement entre 35 et 45 pieds de soie ‘’ J’étais ébahi, il avait raison. Alors toute la soirée, inlassablement, j’ai longé les berges du lac Duhamel en lançant ma mouche. Je n’ai capturé aucun poisson ce soir-là mais je n’y portai aucune attention, j’étais totalement concentré à apprivoiser ma canne. Bien sûr mes lancers étaient loin d’être parfaits et certains d’entre eux furent même désastreux, mais de lancer en lancer ma maîtrise et ma confiance s’amélioraient. Lentement je découvrais le plaisir d’étendre la soie. Je venais de franchir une autre frontière du plaisir de la pêche. L’hiver suivant ce séjour mémorable, Pierre, avec qui je m’étais lié d’amitié, m’initia à l’art du montage de mouche, activité qui vingt ans plus tard contribue toujours à agrémenter mes hivers.

Le printemps venu, Pierre m’informa qu’il organisait depuis quelques années une école de pêche au saumon atlantique, école qui se déroulait au début de l’été sur la rivière Sainte-Marguerite. Il me demanda si je souhaitais connaître cette pêche et m’invita à participer à son école. Je ne savais quoi répondre. J’avais entendu parler de la pêche du saumon que l’on surnomme le roi de nos eaux, mais je n’avais jamais été attiré par cette activité qui me semblait réservée à une certaine élite et qui m’apparaissait inabordable pour le commun des mortels. Pierre ajouta que cette année-là l’école coïncidait avec la sortie du livre Saumon Atlantique dont les auteurs étaient André A. Bellemarre, Gérard Bilodeau et Gilles Aubert et qu’un exemplaire du livre serait remis à chaque participant. De plus, les auteurs seraient parmi les instructeurs. Il n’en fallait pas plus pour piquer ma curiosité et j’acceptai d’emblée l’invitation. Environ une semaine avant le début de l’école, Pierre eut la gentillesse de me remettre le livre. Il n’est nul besoin de dire que j’ai dévoré cet ouvrage au moins à deux reprises avant le début des cours. Saumons illimités 41

Magazine Saumon 83  
Magazine Saumon 83  
Advertisement