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Deux explications ont été avancées pour expliquer le retard de migration observé sur la rivière du Petit Pabos. Certains biologistes ont dit que vu le faible calibre de cette rivière, il s’agissait probablement d’une rivière à montée tardive, comme il s’en voit ailleurs (la rivière Port-Daniel par exemple). Dans ce genre de rivière, le saumon, même s’il est présent à l’embouchure tout au long de l’été, n’y monte qu’à la faveur des crues de fins d’été ou d’automne. D’autres estimaient que l’absence d’un chenal profond concentrant la majeure partie de l’écoulement des eaux estuariennes constituait un élément peu propice à la migration du saumon, ce qui pourrait expliquer les retards de migration dans certaines conditions hydrauliques. Quant aux pêcheurs locaux, ils savaient par la tradition orale qu’à l’époque du club des Américains, le saumon remontait cette rivière au début de l’été, soit dès son arrivée à l’embouchure. En outre, les anciens du village de Pabos disaient que ce sont les opérations de flottage du bois et surtout la construction du nouveau pont qui avaient modifié l’estuaire de la rivière et qui étaient responsables de la modification du comportement du saumon. Le RRTRP a donc mandaté des firmes d’ingénieurs et de biologistes-conseils pour obtenir une expertise technique indépendante sur le sujet. Les observations sur le terrain ont bien entendu permis de confirmer l’absence d’un chenal d’écoulement préférentiel des eaux de l’estuaire, dont l’effet négatif sur la migration du saumon se manifestait surtout en période d’hydraulicité faible à moyenne. De l’avis des ingénieurs, l’aménagement d’un chenal préférentiel était techniquement possible, sans toutefois offrir de garantie de résultat sur la migration du saumon. Il était en effet impossible de confirmer scientifiquement si la rivière du Petit Pabos était une rivière à montée tardive sans rapport avec les conditions estuariennes, ou si elle était une rivière à montée hâtive présentant un problème d’habitat suite à une dégradation du

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Écart des montaisons 1997 à 2001

Rivière à montée tardive ou problème de chenal

Comparaison des montaisons de 2002 à 2005 versus 1997 à 2001, sur la rivière Petit Pabos

Nombre de saumon

Les pêcheurs avaient noté que lors des années à bas niveau d’eau en début de saison, le saumon ne remontait la rivière qu’à la fin juillet, voire en août. Le confinement des saumons à l’embouchure de la rivière donnait même lieu à une activité de braconnage inacceptable et d’après nos observations, à une déprédation inhabituelle par les phoques patrouillant régulièrement près de l’embouchure de la rivière. Par contre, lors d’épisodes de coups d’eau ou durant les années à fortes précipitations, le saumon n’hésitait pas à progresser vers l’amont de la rivière.

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Période de montaison

milieu estuarien. Cependant, les avis techniques indiquaient qu’il n’y avait pas de contre-indication biologique à aménager un chenal principal dans cet estuaire, dans la mesure où les estuaires des rivières à saumon présentent normalement un ou deux chenaux d’écoulement préférentiel.

Les diverses tentatives À la suite d’une première étude conduite en 1997, le RRTRP a fait construire une digue de déviation sur la branche est de l’estuaire, de manière à forcer l’écoulement de l’eau douce de la rivière vers le côté ouest de l’estuaire. La raison ayant motivé ce choix était la suivante : à une certaine époque le gros du débit de la rivière s’écoulait en rive ouest de l’estuaire; en outre en concentrant l’écoulement de ce côté, on espérait qu’il en résulterait un débit d’appel qui serait rapidement détecté par les saumons présents à l’embouchure. Après quelques années, vu l’absence de réponse du saumon à cet aménagement, il a fallu se rendre à l’évidence que cette solution théoriquement valable n’était pas concluante. Une seconde étude a été faite en 2000 et un tout autre concept d’aménagement a été mis en place. Plutôt que de tenter de reconstituer l’écoulement de l’eau selon les conditions qui prévalaient il y a fort longtemps, le nouveau scénario d’aménagement proposait plutôt de tirer profit de la nouvelle configuration de l’estuaire qui s’est établie en réponse aux modifications apportées par les usages faits par l’homme de cet environnement. Selon ce scénario, il fallait laisser passer un maximum de débit en rive est de l’estuaire puisque le chenal de cette branche de l’estuaire semblait Saumons illimités 19

Magazine Saumon 83  
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