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Numéro 44

Mixtures Bulletin de liaison de la Fédération Québécoise des Amis de l’Orgue

www.fqao.org

Mai 2016


RCCO Kingston 2016

Assemblée générale 2016 Musée de l’Amérique francophone 2, côte de la Fabrique Québec, QC

Lundi, 20 juin 2016

Organistes invités Isabelle Demers Felix Hell

Rachel Mahon

Mark McDonald Patrick Wedd

Dave Wickerham

12h dîner (Café Buade, 31 rue Buade) 13h30 Assemblée générale 15h00 Récital clavecin et orgue Louise Fortin-Bouchard et Pierre Bouchard 16h00 Hommage à sœur Pauline Charron 16h30 Vin d’honneur Coût: 30 $, incluant dîner et récital (10 $)


Mixtures

Sommaire

Coordonnateur Robert Poliquin

Les organistes

Comité de rédaction Irène Brisson, Noëlla Genest, Robert Poliquin, Yves-G. Préfontaine Michelle Quintal

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Les instruments

Collaborateurs à ce numéro Gaston Arel, Emmanuel Bernier, Jacques Boucher, Irène Brisson, Louis Brouillette, André Côté, Robin Côté, Claude Girard, Olivier Lavoie-Gagné, Gérard Mercure, Robert Poliquin, Michelle Quintal

L’abbé Antoine Bouchard (1932-2015) Massimo Rossi (2e partie)

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La restauration de l’orgue Déry de Saint-Michel-deBellechasse L’orgue Ott de l’église Saint-Ludger de Rivière-duLoup Les concours, congrès, conférences

Révision Marcelle Maheux, Gérard Mercure Impression

Les chroniques

Les Copies de la Capitale

23 Paraît deux fois par année : mai et novembre Prix : Canada : 5 $ par numéro États-Unis : 7 $ par numéro Europe : 11 $ par numéro

Date de tombée : 1er du mois précédent

Fédération Québécoise des Amis de l’Orgue

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Anniversaires en musique Ici et là, au Québec... - Montréal - Québec - Rimouski - Estrie Parutions L’orgue sur le web Revue des revues

Administration et trésorerie Réal Gauthier 1749, rue Boisvert Laval, QC H7M 2L1 Courriel : realgau@yahoo.com Mixtures Robert Poliquin 1203, rue du Sieur-d’Argenteuil Québec, QC G1W 3S1 Courriel : poliquin.robert@videotron.ca Dépôt légal Bibliothèque nationale du Québec et Bibliothèque nationale du Canada Mai 2016 ISSN 1201-5741

En couverture : Beckerath, 1961 3 claviers et pédalier 38 jeux, 56 rangs Traction mécanique des claviers et des jeux Église Immaculée-Conception Montréal, QC

Les textes publiés n’engagent que la responsabilité de leurs auteurs. Mixtures, numéro 44, mai 2016

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L’abbé Antoine Bouchard (1932-2015) NDLR Au moment d’aller sous presse avec notre dernier numéro, nous apprenions le décès de notre collègue et ami, l’abbé Antoine Bouchard, survenu le 21 octobre 2015. Aussi, voulons-nous, dans ce numéro, lui rendre hommage en publiant les deux textes qui suivent. L’enfant qui s’émerveille… Celui que tous appellent aussi au monde de la musique une contribution digne d’une inestimable reconnaissance. Son influence au milieu des années 1960, parallèlement à la Révolution tranquille, fut significative pour l’univers de l’orgue. Tout fraîchement revenu de France où il a étudié auprès de Gaston Litaize, Antoine Reboulot et Simone Plé-Caussade, il se voit confier le projet d’un orgue neuf pour raska, à quelques kilomètres de son cher village natal de Saint-Philippe-de-Néri. En préparant, en 2014, le festival marquant le 50e anniversaire de l’inauguration, par Antoine Bouchard, de cet instrument de de la maison Casavant. La correspondance établie entre l’Abbé et le directeur artistique de l’époque, Lawrence Phelps, du musicien dans la création de cet orgue. Les divers devis sonores proposés illustrent la minutie de ses conceptions sonores. L’orgue de Saint-Pascal-de-Kamouraska aura été le fer de lance de bien d’autres projets de sa propre conception, projets qui ont suscité d’élogieux commentaires de la part de réputés organistes qui visitèrent ces instruments installés à Edmundston, à Rimouski, à Gaspé et, bien sûr, à Saint-Pascal-deKamouraska. À titre d’illustration, j’ai en mémoire des rencontres au banc du Casavant de Saint-Pascal avec Norbert Dufourcq, Gaston Litaize, Marie-Claire Alain, Antoine Reboulot et l’organiste et facteur américain Robert Noehren. L’Abbé a aussi été un remarquable pédagogue. Une oreille irréprochable, une façon de communiquer ses convictions et surtout un inattaquable respect de la personnalité artistique de chacun ont dominé son enseignement. Exigeant, mais aussi respectueux des limites de chacun, il contribua avec subtilité à les promouvoir. Son attitude était davantage celle d’un authentique musicien que du seul spécialiste de notre instrument. Sa vision de la musique était riche et nous accompagnait dans le vaste répertoire de la littéPage 4

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rature occidentale. Que de fois, après mes études universitaires, me suis-je rappelé l’attitude de l’abbé Bouchard durant son enseignement à la classe d’orgue. Les images qui me revenaient me furent utiles dans mes travaux de direction où, dans une absolue solitude, la prise de décision doit s’appuyer sur une réflexion bien éclairée. Dans ces moments, l’humanisme de ce personnage hors de l’ordinaire me nourrissait profondément. À l’observer dans sa de musique de l’Université Laval, on ne pouvait imaginer que son apport à la formation de tant d’organistes pourrait autant enrichir le milieu organistique du Québec. Le pédagogue aura, avec une si enthousiaste sérénité, inspiré quelques générations de musiciens qui, aujourd’hui, s’enorgueillissent d’avoir fréquenté sa classe. On retiendra de l’interprète cette façon unique de faire parler son orgue, un toucher tout entier au service du discours, une irréprochable diction qui nous plonge au cœur des textes qu’il sert. Tout cela, en forme d’apothéose dans son intégrale de 11 disques vouée à l’œuvre de Pachelbel à l’orgue de SaintPascal qui lui fut si cher. Enfin l’homme, aussi intelligent que sincèrement modeste, aussi raffiné qu’extrêmement courtois, a conservé fidèlement, dans sa vie d’adulte, le regard de l’enfant qui s’émerveille. Que peut-on souhaiter plus? Je ne le vois pas. Jacques Boucher Titulaire du grand orgue de Saint-Jean-Baptiste Doyen de la Faculté de musique de l’Université de Montréal (2006-2010) Directeur général et artistique des Jeunesses musicales du Canada (1998-2002) Réalisateur et directeur des émissions musicales de la radio française de Radio-Canada (1972-1997)

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Homélie (funérailles, 31 octobre 2015) « C’est maintenant, Seigneur, que, selon votre parole, vous laissez votre serviteur s’en aller en paix. » (Luc 2,29) Ces paroles du vieillard Siméon, notre confrère et ami Antoine les a prononcées des milliers de fois. Elles font partie de la prière de Complies que les prêtres récitent chaque soir. Avec toute l’Église, ils disent merci à Dieu d’avoir vu son salut pendant le jour qui finit et tout au long de leur existence. Comment Antoine a-t-il vu ce salut ? Dit autrement : « comment Dieu est-il passé dans sa vie ? » Dans un moment comme celui que nous vivons, n’est-ce pas ce qui importe : identifier les passages de Dieu dans sa vie ? Je partirai d’un petit fait. Lors des funérailles de son ami, l’abbé Maurice Langlais, dans l’église de Saint-Philippe, Antoine me rappelait que sa mère y a été organiste pendant de très nombreuses années. Il l’a vue monter régulièrement au deuxième jubé de l’orgue, souvent enceinte. Elle y accompagnait le chant grégorien lors des messes dominicales et des funérailles. J’y vois un symbole de la façon dont Dieu est passé dans la vie d’Antoine. Il a emprunté le chemin de l’amour (Dieu, ses parents, sa famille), le chemin de la beauté (la musique), le chemin de la vérité (sa foi). Dieu est passé dans sa vie en empruntant le chemin de l’amour. 1. Antoine a eu la chance, peut-être faut-il dire la grâce, d’être aimé dès son entrée dans la vie. L’amour qu’il a connu dans sa famille ne se traduisait peut-être pas par de grands épanchements affectifs. Ce n’était guère l’habitude à cette époque. L’amour de ses parents s’exprimait plutôt sous la forme du don de soi, comme tant de parents le font encore. À travers leurs humbles gestes quotidiens, il se savait aimé inconditionnellement. Et lorsque qu’une personne se sait aimée inconditionnellement, elle est disposée à entendre l’apôtre Paul, dans la première lecture : « Qu’il soit béni le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus, le Christ… Il nous a bénis et comblés… Il nous a choisis, dans le Christ, avant que le monde fût créé… grâce à son amour. » Voilà où, pour Antoine, tout a commencé. Comme si Dieu, même avant la création du monde, lui disait déjà : « Je t’aime ». Une comparaison : quand son père, Antoine et sa mère, Alma, se sont fréquentés, il y eut sans doute un premier jour où ils se sont échangés un je t’aime. Antoine était déjà là dans cette parole d’amour. Comme il était dans la parole d’amour que Dieu lui dit de toute éternité. Cette certitude de l’amour de Dieu l’a incité à répondre à l’appel à devenir prêtre, à faire, à son tour, le don de lui-même en se mettant à la suite de Jésus Christ. Or, se mettre à la suite de Jésus, c’est inévitablement se mettre au service des autres. Ce qu’il a fait auprès des élèves du collège de Sainte-Anne et de l’École de musique de l’Université Laval. Son amour, don de soi, il l’exprimera en assumant fidèlement ses responsabilités de professeur et d’administrateur de l’École, en accueillant les personnes avec respect, en développant des amitiés capables de traverser le temps, en demeurant fidèle à ses confrères prêtres et à son Église diocésaine, en posant divers gestes de générosité. Votre présence nombreuse aujourd’hui témoigne de la fécondité de son service : service qui lui a permis, en même temps, de se révéler à lui-même. Jean-Paul II aimait répéter : « Personne ne peut se révéler à lui-même sans le don de soi ». Page 6

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2.

Dieu est passé dans sa vie par le chemin de la beauté. Naître dans un joli petit village entre deux chaînes de montagnes, tout près d’un fleuve majestueux, ne peut qu’éveiller à la beauté. Voir le jour dans une famille où la musique est un pain quotidien y rend sans doute encore plus sensible. Quelqu’un a dit que la beauté, dans la nature, était la signature de Dieu. Il est vrai que certaines manifestations de l’amour finissent par décevoir, que la quête de vérité peut aboutir à des dérives. Alors que la beauté, elle, demeure fiable : elle est ou elle n’est pas. Il m’est arrivé d’entendre un jeune pianiste talentueux et d’en éprouver un immense respect, comme devant une réalité plus grande que nature. Bernard Shaw aurait dit un jour, après un récital de Yehudi Menuhin : « Quand on écoute un artiste comme Menuhin, même un athée croit en Dieu ». Ou l’on croit, comme dit Pascal, que « l’homme passe infiniment l’homme ». Car la musique ouvre sur une certaine transcendance, osons le mot, sur l’infini. Comme si Dieu était en train de passer... Antoine s’est fait le serviteur de la beauté musicale. D’abord en se donnant, à Paris, une formation qu’il a avoué avoir trouvée très exigeante. Puis, en étant lui-même sans compromis dans ses interprétations. Et Dieu sait le nombre de concerts et d’enregistrements qu’il a réalisés. Sans compromis aussi à l’égard de ses élèves, à qui il transmettait ce même souci de rigueur, de respect des auteurs, de vérité. Il s’est également fait serviteur de la beauté en participant au renouveau de la facture d’orgues, comme celui que nous entendons pour ses funérailles. Le don de soi l’a aidé à se révéler à lui-même, la beauté aussi. Dieu était sans doute là, tout proche, sur ce chemin de la beauté musicale.

3. Dieu est également passé dans sa vie par le chemin de la vérité. Dans sa famille très croyante, où deux de ses frères aînés étaient prêtres, le père Paul et l’abbé Pierre, la foi offrait des réponses à beaucoup de questions. Antoine a cru que Jésus et son Évangile étaient un chemin de vérité. Il avait la conviction que ce message, même avec ses clairs-obscurs, avait la capacité d’attirer tout être humain vers ce qu’il y a de plus beau et de plus grand. Pensons aux béatitudes, au commandement de l’amour à la manière de Jésus. L’Évangile l’aura aussi aidé à faire la vérité sur lui-même, à demeurer authentique, fidèle à luimême en toute occasion, simple avec les plus grands, attentif aux plus petits, respectueux de tous. Mais il ne soupçonnait sans doute pas jusqu’où cette tâche de vérité le conduirait. Au cours des dernières années de sa vie, il est passé par ce que le psalmiste appelle « un ravin de ténèbres ». Une expérience de dépouillement des plus éprouvantes : dépouillement de ses forces physiques d’une part, et d’autre part de sa belle intelligence, de sa mémoire, de sa vive sensibilité musicale. Au plus profond de son être, il a éprouvé une fragilité radicale… qui est aussi notre condition à tous. Il est devenu fragile comme l’enfant qui entre dans le monde. Croyons que cette expérience a été comme un prélude à sa naissance dans l’au-delà. Christian de Chergé, qui fut assassiné avec ses confrères de Tibhirine, écrivait : « Et jour après jour (…) nous avons découvert ce vers quoi Jésus nous invite. C’est à naître. Notre identité d’homme et de femme va de naissance en naissance, et de naissance en naissance, nous allons bien finir nous-mêmes par mettre au monde cet enfant de Dieu que nous sommes. » Croyons que cette dernière épreuve de la vie d’Antoine aura contribué, à sa manière, à façonner davantage l’enfant de Dieu qu’il était et à le préparer à ce que le pape François appelle « la grande accolade » avec Dieu son Père.

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Nous allons poursuivre notre Eucharistie. Qu’elle aura été pour beaucoup d’entre nous. Que le témoignage de sa vie soit une invitation à marcher nous-mêmes sur les chemins de l’amour, de la beauté et de la vérité. Amen. Mgr Bertrand Blanchet Archevêque émérite de Rimouski

Lancement de disque 8 mai, 14 h Musée de l’Amérique francophone 2, côte de la Fabrique Québec 20 mai, 12 h 15 Sanctuaire Marie-Reine-des-Cœurs 5875, rue Sherbrooke est Montréal

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MASSIMO ROSSI, organiste, professeur, compositeur et organologue (2 partie) par Michelle Quintal e

Témoignages Aussi modeste que dévoué, Massimo Rossi est une figure remarquable de notre monde musical. Le professeur d’écriture a laissé à la Faculté de musique de l’Université de Montréal plus qu’un souvenir d’un homme aussi gentil que dévoué. À mon arrivée au décanat de la Faculté en 2006, il était déjà à la retraite. Mais combien de fois ses anciens étudiants et ses collègues professeurs m’ont parlé avec émotion de ce maître remarquable possédant son art au plus haut sommet. Le monde de l’orgue lui doit beaucoup aussi. Une connaissance rare de la facture instrumentale, un raffinement, une écoute sans faille de aptitudes qui marquent sa présence dans l’univers de l’instrument à tuyaux. Sa présence lors de restaurations ou de constructions d’instruments nouveaux fut rassurante. Massimo Rossi savait communiquer avec finesse et de façon convaincante ses conceptions. Lorsqu’il fut question de l’orgue italien, il fallait alors reconnaître qu’il régnait en maître absolu. Passionné, respectueux et galant, maître Rossi a apporté, et je souhaite qu’il le fasse encore, une inestimable contribution à l’art de la facture d’orgue tout comme il nous a, comme interprète, associé à une éloquence du meilleur goût. Cela suscite un profond respect. Jacques Boucher de l’Université de Montréal de 2006 à 2010

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C’était il y a 30 ans, alors que je commençais ma maîtrise à la Faculté de musique de l’Université de Montréal. Revenant de mes études en Europe, je m’étais inscrit à un séminaire sur l’opéra Falstaff de Verdi, donné par un professeur que je ne connaissais pas encore : Massimo Rossi. J’ai été émerveillé de découvrir l’intelligence et l’érudition musicale de cet homme. Nous pouvions passer de longs moments à analyser des petits passages. Il m’a fait découvrir toute la finesse de la sensibilité de Verdi. , après un repas copieux, nous nous étions assis au jardin, sous la pergola, près du potager, entourés de basilic et autres herbes aromatiques. C’est dans un tel environnement qu’il me parla d’harmonie et de contrepoint. Pour lui, le savoir-vivre à l’italienne et la science musicale formaient un tout. Parfaitement original dans sa pensée, il avait atteint la liberté que lui conférait l’autorité du savoir. Il savait porter un regard actuel sur les œuvres du passé. Sa manière de ramener les règles d’écriture à la sensibilité musicale donnait une saveur particulière à sa Banchieri (XVIIe siècle). Depuis ces entretiens ont été pour moi une source d’inspiration, et m’ont donné un modèle à suivre comme professeur. Massimo Rossi a été un bâtisseur. Il a mis en place le programme d’écriture à la Faculté de musique. Il a assumé une tâche considérable, passant de longues heures à corriger les travaux tard le soir. Mais la passion qui l’habitait lui a permis de vaincre les obstacles qui se dressaient parfois. Il aimait ses étudiants, il était là pour eux; de là venait sa force. Je me permets de formuler un souhait. J’ai l’’impression qu’une bibliothèque sommeille en par écrit tout le savoir qui l’habite encore!! Sylvain Caron professeur titulaire à la Faculté de musique de l’Université de Montréal depuis 1994, musicologue, organiste à Saint-Albert-le-Grand, compositeur de Suite pour orgue sur l’hymne A solis obtus cardine (1999)

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Durant mes études, j’ai eu le bonheur de et fait avancer dans mon domaine. Vous savez, ce genre de professeur qui vous fait arriver le premier au cours et le dernier à partir pour profiter au maximum de ses connaissances et à qui on peut poser toutes les questions ? Parmi ceux-ci, Massimo Rossi se situe tout en haut de la liste. Personnalité affable et accueillante, toujours souriant, qualités qui s’ajoutaient à son enthousiasme communicatif. La musique était son territoire et il le connaissait mieux que l’organologie, la lutherie, ne sont que quelques-unes des nombreuses facettes de ce musicien. Mais pour moi, il était surtout monsieur « Harmonie »! Ses cours m’ont fasciné dès le début car je voyais le plaisir qu’il avait à construire devant nous un monde sonore où les règles et les contraintes étaient au service de l’inspiration, et non l’inverse. Il était exigeant, mais toujours respectueux du travail de ses étudiants, jamais à court d’encouragement surtout pour nous aider à nous dépasser. J’ai eu le plaisir d’être son assistant pendant à ses côtés. Et lorsque j’ai débuté mon et d’inspiration. Massimo Rossi, cet artiste raffiné, a été et restera toujours ce véritable Maître qui m’a beaucoup appris; je lui en suis extrêmement reconnaissant. Denis Gougeon compositeur, professeur titulaire de composition depuis 2001

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J’ai rencontré Massimo Rossi pour la première fois en 1976 à Pistoia, en Italie, où nous participions à l’Académie d’orgue dirigée par Luigi Ferdinando Tagliavini. C’est ainsi qu’a débuté une longue amitié avec mon collègue de l’Université de Montréal (je venais d’obtenir un poste à temps plein à l’Université McGill). Je savais bien sûr qu’il participait alors activement à la -la-Consolata où il était organiste titulaire. Massimo a joué un rôle de premier plan en tant que membre du comité de planification du symposium « L’orgue à notre époque » organisé en 1981 à l’occasion de l’inauguration de l’orgue classique français Helmuth Wolff de la salle Redpath de McGill. Il a supervisé la traduction simultanée et a fourni aux traducteurs un glossaire des termes techniques propres à l’orgue. Il a aussi aidé Donald Mackey, organiste de l’Université McGill, à préparer la publication par McGill des actes de ce symposium. En tant que membre du Comité des orgues du Conseil du patrimoine religieux du Québec, Massimo a beaucoup voyagé dans la province afin d’évaluer l’état des orgues et par la suite en présenter un compte-rendu détaillé au comité. Mes collègues et moi-même avions beaucoup d’admiration pour le dévouement qu’il démontrait pendant sa participation à ce comité. Je garde aussi un excellent souvenir de nos rencontres préparatoires à la planification de la restauration de l’orgue de l’église des Saints-Anges de Lachine, un instrument qui est devenu depuis un incontournable chez nous. John Grew organiste, professeur émérite à la Faculté de musique de McGill, directeur artistique du Concours international d’orgue du Canada (CIOC)

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C’est lors de l’audition des harmonisations des noëls traditionnels de Massimo Rossi que, pour la première fois, j’ai eu le plaisir de rencontrer cet homme chaleureux. Daniel Doyon, trompettiste très coté, lui avait demandé d’harmoniser et d’orchestrer des noëls pour l’Ensemble de cuivres de Montréal qu’il avait fondé en 1988. Quelques années plus tard, Massimo Rossi greffa les parties vocales au-dessus de celles des cuivres. C’est pour cette raison que la participation d’un grand chœur s’impose pour équilibrer des concerts en 1998, pour répondre à cet impératif, je regroupai trois chœurs : Les Chanteurs de Sainte-Thérèse, l’Ensemble vocal Polymnie et le chœur Vaudreuil-Soulanges. Le concert fut présenté trois fois dans chacun des lieux d’appartenance du chœur, Gisèle Guibord touchait l’orgue. Je programmai plusieurs fois sa Missa Virgo Consolatricis lors des célébrations dominicales à la basilique Notre-Dame de Montréal où j’occupais chanter cette œuvre dans laquelle on retrouve un lyrisme propre aux compositeurs italiens tels Perosi, Puccini. À l’occasion du 25e anniversaire de l’Alliance des chorales du Québec en 1999, le conseil d’administration me confia la tâche de faire les démarches pour commander une œuvre. Le nom de Massimo Rossi me vint aussitôt à l’esprit. Je lui soumis un texte Des Béatitudes Modernes écrit par Jacques Grand’Maison, théologien, écrivain et sociologue. Ces réflexions d’une portée humanitaire et universelle lui plurent beaucoup. Grand’Maison écrivit ce texte en adaptant une vision moderne du Sermon sur la colline de l’évangile selon Matthieu. Massimo retint cinq sujets de l’ensemble qui constituèrent chacun un mouvement de cette cantate. Le patrimoine musical québécois est peu fréquenté et négligé lorsque vient le temps de le promouvoir en concert. Aussi longtemps qu’on ne fouillera pas davantage la bibliothèque du Centre de musique canadienne pour y découvrir un répertoire digne d’être chanté et joué, l’oubli le guettera. Les compositeurs d’ici restent pour la plupart méconnus et c’est bien dommage. Ce maître mérite nos éloges. Jean-Pierre Guindon choral (1990), fondateur du département de musique du Collège Lionel-Groulx (1980), fondateur des Chanteurs de Sainte-Thérèse (1961-1999) Mixtures, numéro 44, mai 2016

Massimo Rossi, le facteur Le monde de l’orgue est complexe et varié. Massimo Rossi a acquis par l’étude, la curiosité et la passion qu’on lui connaît une expertise dans . J’ai eu la chance de côtoyer Massimo Rossi et de bénéficier de ses conseils pour la première fois lors de la construction de l’orgue italien de Karl Wilhelm en 1992. À cette époque, je travaillais avec Jacques L’Italien sur l’harmonie. Massimo Rossi passait régulièrement nous visiter et, rapide que par la délicatesse et la poésie du « parlé », il nous guidait, à l’aide de mots, d’images et d’exemples musicaux, vers des sons riches en voyelles et diaphanes. Tous ceux qui que cet orgue italien maintenant installé dans le chœur de l’église Très-Saint-Rédempteur de Montréal est particulier : c’est qu’il garde l’empreinte des nombreuses visites del signore Rossi! Nos échanges sur la facture d’orgue ont tout de suite été naturels. Ayant lui-même construit deux orgues et ayant participé à l’installation de . Massimo Rossi a aussi œuvré comme consultant pour le Conseil du patrimoine religieux du Québec et, à ce titre, est l’auteur de nombreuses évaluations et descriptions d’instrument. Mon équipe et moi avons eu le plaisir de collaborer avec lui à plusieurs reprises lors de la restauration d’instruments. Il nous a fortement incités à documenter nos travaux à l’aide de photos et de , mais qui, il n’y a pas si longtemps, n’était pas systématique. Merci professeur! Et pour terminer, je vais vous parler de l’ami qui passe à l’atelier les bras chargés de bonnes bouteilles de son cru. En effet, pourquoi se limiter à l’enseignement, à l’interprétation ou à la facture d’orgues? Il est tout aussi naturel pour lui de produire du bon vin… qu’il est tellement agréable de partager sur le bord d’un établi. Salute Massimo! Denis Juget facteur d’orgues à Montréal

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Évoquer le nom du musicien accompli qu’est Massimo Rossi, c’est faire appel à toutes les qualités d’interprète et de pédagogue qu’on peut attendre d’un maître de cette envergure. Cet homme affable et d’un abord facile était un véritable puits de science notamment en tout ce qui touche aux études d’écriture. Pour les jeunes bacheliers provenant des écoles de musique affiliées qui rejoignaient la métropole en vue de poursuivre des études supérieures, le professeur Rossi était la référence en matière de continuité, d’enseignement cohérent et pertinent. « Il n’y a pas de génération spontanée, pas plus en musique qu’ailleurs », nous répétait-il, lorsqu’au sortir des études classiques d’écriture, il . Avec l’harmonie dissonante naturelle, nous tentions alors de trouver le phylum nécessaire parmi tous les langages harmoniques du XXe siècle. Massimo Rossi possédait les clefs de cette démarche, guidant celui qui voulait aborder ces œuvres avec l’esprit d’y déceler comment s’établit à travers les œuvres de l’histoire musicale, la filiation basée sur le sens esthétique et non pas sur la pure coïncidence ou l’aléatoire. Avec patience, un brin d’engouement pour l’originalité, un sens pédagogique qui a fait école, monsieur Rossi corrigeait en détail tous les travaux de ses élèves, conseillait, ne proposait pas de solution mais plutôt … une direction. À partir du moment où je me suis

, il n’y a que celui de Ludmilla Ulehla (Contemporary Harmony) chez Advance Music (1994) dans lequel j’ai pu retrouver un enseignement de ce niveau. Mais déjà, en 1964, soit 30 ans , guidant les musiciens et futurs compositeurs dans le labyrinthe des techniques d’écriture, fin de siècle et nouvel âge, ayant comme objectif le développement de l’autonomie et du sens esthétique. Il n’est pas étonnant que parmi les nombreux élèves qui ont eu le privilège d’être guidés par lui, le témoignage porté à son égard est

Pendant une trentaine d’années, j’ai eu le privilège de côtoyer Massimo Rossi en tant que collègue à la Faculté de musique de l’Université de Montréal. Homme généreux et érudit, il est avant tout un passionné. Le premier domaine où sa passion a été largement démontrée est celui de l’écriture musicale. Nombre d’étudiants m’ont rapporté avec quelle flamme il s’amusait à résoudre les énigmes qui se présentaient à lui. En quelques minutes, il pouvait composer un contrepoint à huit voix au tableau devant sa classe. Harmonie avancée, contrepoint, fugue, orchestration, aucune discipline d’écriture n’avait de secrets pour ce grand pédagogue. Un autre domaine qui l’a passionné tout au long de sa carrière est l’organographie. La facture d’orgue n’était pour lui pas seulement un champ d’études, mais un champ de réalisation. J’ai eu la chance de jouer les deux instruments qu’il a construits pour sa demeure, un travail impressionnant. J’ai également pu consulter les notes reprises durant sa carrière, un modèle du genre. Massimo Rossi est aussi un organiste accompli. J’ai eu le bonheur d’agir comme réalisateur lors de l’enregistrement de son disque consacré à l’école d’orgue napolitaine (UMMUS), un répertoire qu’il défend avec verve. Nous avons également siégé ensemble sur de nombreux jurys de . incommensurable qu’il a apporté au développement de l’enseignement à la Faculté de musique et pour sa contribution à la facture d’orgue montréalaise. Réjean Poirier organiste, claveciniste, professeur émérite à la Faculté de musique de l’Université de Montréal

où… Massimo Rossi enseignait. C’était … les années d’âge d’or. Claude Parenteau . Il a fréquenté la Faculté de musique de l’Université de Montréal, niveau licence de 1969 à 1971. Il vient de publier avec son épouse Ghislaine Lajoie « Tant que musique, il y aura : histoire de l’École supérieure de musique de Nicolet ». Page 12

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J’ai rencontré Massimo Rossi aux salles de montage des ateliers Casavant Frères. Massimo prenait le temps de découvrir les sonorités des orgues en construction. Il explorait la tessiture de chaque jeu, improvisait selon le caractère, l’articulation, la transparence et la richesse de l’harmonie des tuyaux. Il essayait ensuite tous les mélanges de fonds, mariant invariablement les sonorités plus riches et pincées avec les timbres de flûtes, tout en démontrant un goût particulier pour les jeux de flûtes de quatre des orgues à traction mécanique, la construction et la disposition des sommiers à gravures contribuant à une plus grande fusion sonore, le contrôle du vent dans l’expression musicale tout en tenant compte de la pression du vent, de l’acoustique des lieux et de l’harmonisation. Que peut-on souhaiter de plus pour quelqu’un qui œuvre en facture d’orgue que de travailler avec un musicien qui maîtrise non seulement l’écriture mais aussi l’interprétation et la facture de l’orgue? Mon maître Antoine Reboulot qui fut son collègue à l’Université de Montréal me disait invariablement en parlant de Massimo : « Lui, il sait! » du comité des orgues au sein du Conseil du patrimoine religieux du Québec, nous discutions du projet de reconstruction d’instruments tels que ceux des grandes orgues de l’église Notre-Dame de Lévis et de la cathédrale de Saint-Hyacinthe. Pour le grand orgue des Saints-Anges de Lachine, Massimo, à titre d’expert, a participé de près à toutes les prises de décisions, tant au niveau de la planification, de la préparation des devis qu’au niveau des suivis d’exécution et de la mise en harmonie à l’église. Son expérience, son approche musicale, son souci du détail, sa recherche des équilibres et de la justesse des balancements ont été constamment une source d’inspiration.

Je connaissais Massimo Rossi de réputation. J’ai connu davantage ce grand musicien à partir de 1999 alors que la décision avait été prise de restaurer l’orgue Casavant de l’église des SaintsAnges à Lachine. Massimo Rossi a agi à titre de conseiller pour cet immense projet à la suite de la recommandation des membres du comité des orgues du Conseil du patrimoine religieux du Québec. , Yves Garand, organiste du lieu et moi-même, Massimo Rossi a attribué une nouvelle vocation à ce Casavant afin qu’il devienne un instrument de concert tout en conservant sa mission au service de la liturgie. Avec l’expertise et la passion qu’on lui connaît, Massimo a suivi la restauration dans tous ses détails ne ménageant ni son temps, ni sa disponibilité. Bien que ce travail ait sollicité l’effort de plusieurs intervenants, et ce, à plusieurs niveaux, je me dois de souligner que monsieur Rossi a été l’âme dirigeante de ce grand projet et je lui en suis infiniment reconnaissant. Avant même que ce travail ne soit complété, il a eu la générosité, en 2002, de nous offrir un concert dont je garde un émouvant souvenir : après sa voix. (Il est important de mentionner que pour cette prestation, Massimo n’avait utilisé que le clavier du Grand-Orgue et la Pédale, seules parties de l’orgue alors terminées). Et finalement, le concert inaugural a eu lieu le 15 octobre 2006 à la satisfaction de tous ceux qui ont collaboré à ce projet. Merci Massimo! Noël Spinelli mécène

J’ai eu le privilège de créer deux de ses œuvres pour orgue soit Trois Ricercari sur le Victimae paschali laudes et Sonata per Organo su spunti tematici della Messa degli Angeli. Je salue l’ami, le musicien, le créateur auquel j’exprime ma gratitude et ma reconnaissance pour ces différentes collaborations. Et surtout, j’ai hâte à notre prochaine rencontre. Jacquelin Rochette,

NDLR Le texte, incluant les témoignages, est disponible sous forme de tiré à part auprès de la FQAO. Pour commander, visitez le site internet de la FQAO à www.fqao.org et sélectionnez l’onglet Publications.

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La restauration de l’orgue Napoléon Déry 1897 de Saint-Michel-de-Bellechasse Venant de Montréal… prenez la sortie 348 de l’autoroute 20, tournez à gauche au croisement pour descendre vers le fleuve. Alors, sans prévenir, s’ouvre devant vous une saisissante perspective : votre regard embrasse d’un seul coup la Côte-du-Sud, ses villages et ses clochers, le bleu , la verdoyante Côte-de-Beaupré et finalement, les montagnes de l’arrière-pays se mêlant à l’immensité du ciel... Passant par la rue principale bordée de maisons centenaires, la grande église se dresse fièrement en plein centre de votre champ de vision. C’est bien à dire que Saint-Michel-deBellechasse mérite d’emblée sa mention de fleuron des villages de la province ! Grâce à l’initiative d’un solide comité composé d’Anne-Catherine Hatton, de Marie Bélanger et de Paul-André Cloutier, ce projet de restauration de l’orgue paroissial a pu démarrer. Cet instrument, que l’on pense être le quatorzième et dernier opus de Napoléon Déry, n’aurait pu être complètement restauré sans le soutien des paroissiens de SaintMichel et celui du Conseil du patrimoine religieux du Québec.

par Robin Côté

de plusieurs vergettes de pédale avait été réduite de moitié par la friction. De plus, les feutres et les écrous de la mécanique des tirasses étaient complètement usés ce qui rendait l’ajustement très difficile et aléatoire. Au niveau des sommiers, les cornements et les communications entre les gravures étaient courants et plusieurs trous de décharge avaient été faits dans les sommiers pour palier à la situation avec un taux de succès assez relatif. Les problèmes de sommiers étaient surtout causés par le fait que les tables supérieures étaient décollées en plusieurs endroits ce qui permettait,

Malgré le fait qu’il reste encore beaucoup à découvrir sur Napoléon Déry, il est intéressant de constater qu’à l’époque de la construction de l’orgue de Saint-Michel, son atelier se trouvait sur la rue Saint-Jean, à Québec, tout près de la majestueuse église Saint-Jean-Baptiste et à deux pas du prestigieux bureau d’architecte de Joseph Ferdinand Peachy, celui-là même qui fournit les plans de l’église de Saint-Michel. Est-ce que Joseph Ferdinand Peachy aurait suggéré le choix de Napoléon Déry au conseil de fabrique ? Est-ce que M. Peachy aurait collaboré, voire réalisé la conception architecturale des buffets de Déry ? Peut-être qu’une recherche dans les archives paroissiales nous éclairerait à ce sujet… Quoi qu’il en soit, à la visite de l’intérieur de l’orgue de Saint-Michel-deBellechasse, nous ne pouvons fermer les yeux sur de l’œuvre. État des lieux avant la restauration Au démontage de l’orgue, on pouvait diviser la problématique que représentait cette réfection en trois grandes catégories : les problèmes de

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au vent de la gravure du do de passer en même temps à celle du ré et ainsi de suite... La grille et certaines soupapes ont gauchi avec le temps et les cuirs ne pouvaient à eux seuls garantir l’étanchéité des soupapes. Quant au système de vent, il va un recuirage complet. Évidemment, négativement le rendu sonore de l’instrument. La tuyauterie, bien que d’excellente qualité, nécessitait aussi une révision complète basée sur une approche respectueuse du style de l’instrument. Survol des travaux de restauration Mécaniquement, toutes les pièces mobiles telles que les équerres, balanciers, pilotes, vergettes, abrégés, ressorts ont été nettoyées, vérifiées et réparées au besoin. Le tout a été remonté, bien aligné et les frictions ont été supprimées. Les claviers et la console en frêne ont été restaurés et revernis avec soin. Les anciens interrupteurs, qui a été replaqué en utilisant les essences de bois d’origine, soit le noyer pour les feintes et l’érable pour les naturelles. Le faux fini façon chêne du buffet a été refait aux endroits abimés et les tuyaux de façade ont été repeints. Les parties nickelées des tirants de jeux ont été repolies et les trois pédales de combinaison ont été renickelées.

le vent en plus d’être bien fatigant ! Ce phénomène pourrait être le résultat d’une erreur de conception, soit un enseignement sur la façon de de registrer à l’époque… En effet, vous n’avez ainsi que quelques huit pieds de clavier pour alléger la consommation. Malgré tout, le mystère reste entier, car nous n’avons jamais constaté ce « défaut » dans les autres instruments que nous avons restaurés. Mise à part cette légère contrainte, il faut mentionner que certains indices portent à croire que Napoléon Déry avait certainement une compréhension assez poussée de la mécanique et des qualités recherchées par les musiciens. En plus de faire usage de la technique des soupapes brisées pour alléger le toucher, il diminue la longueur des soupapes non pas par groupes de 6 ou 12, mais de façon constante de la première à la dernière. En jouant au clavier, on ne sent donc aucun palier dans le toucher, ce qui rend le jeu très confortable et agile. Contrairement à Louis Mitchell, qui ne semble jamais avoir utilisé le principe des soupapes brisées, et aux frères Casavant, qui utilisaient abondamment ce principe mais en surdimensionnant les soupapes, il semble que Déry ait eu une approche qui lui était propre.

La composition sonore des pédales de combinaison n’a jamais été modifiée mais le mécanisme a été ajusté afin de les rendre maniables sans avoir à forcer. Du côté de l’alimentation en vent, un nouveau ventilateur insonorisé a été installé et encastré dans le plancher à côté de l’orgue. Le trémolo à vent perdu de Déry, qui avait été condamné au XXe siècle, a été recuiré et remis en service. Notre en service. Ce fut très intéressant, car nous avons pu démonter complètement le réservoir et les pompes et analyser la façon de faire selon Déry. Le grand réservoir est à plis compensés, un pli rentrant et un pli sortant, ce qui garantit une pression constante autant quand le réservoir est plein que lorsqu’il est presque vide. En mode ventilateur, le vent de l’orgue est vraiment très stable même en périodes de grande consommation du vent, grâce à deux soufflets anti-secousses originaux installés sur les porte-vent. Cependant, en mode pompage manuel, nous avons constaté un phénomène étrange : il semble que les soupapes d’admission entre les pompes et le grand réservoir soient un peu sous-dimensionnées pour fournir le vent nécessaire au grand-chœur. Il faut donc pomper avec beaucoup d’ardeur, ce qui déstabilise Page 16

La plaque d’identification

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La tuyauterie de métal est de très haute qualité. L’alliage est assez riche en étain (autour de 50 %) et le métal est très épais et très bien soudé. Jusqu’à ce jour, la provenance de la tuyauterie est inconnue. Cependant, tout porte à croire qu’elle a été fabriquée et préharmonisée chez Samuel Pierce Organ Pipe Company, de Reading, MA. Une inscription sur le premier do du Hautbois 8’ du Récit donne, à la fois, l’indice de la provenance et un judicieux conseil au facteur qui installera le jeu : « Feather out holes well – Regulate half on cap half on springs – Voicer – C. H. Moore ’97 – C Orch. Oboe ». Ce qui veut sans doute dire de bien nettoyer les trous du sommier, car c’est un jeu sensible à la poussière, et d’égaliser le jeu en se servant à la fois de la calotte et de la rasette, ce qui est courant pour ce type de hautbois. Tel que décrit par David H. Fox dans son répertoire des facteurs d’orgues1, Charles H. Moore aurait travaillé comme harmoniste pour E. & G. G. Hook de Boston, MA, circa 1866. En 1889, on le retrouve avec la firme George S. Hutchings, de Boston, MA et finalement avec la Samuel Pierce Organ Pipe Company de Reading, MA, vers 1890. Dans le cadre de cette restauration, toute la tuyauterie a été lavée, rallongée et coupée au ton. De tous les jeux, le Violon 4’ du Récit était le plus endommagé. Il s’agit d’un jeu à double cône d’une sonorité gambée très typée qui est aussi appelé « Bell Gamba ». Les tuyaux de bois, quant à eux, sont de Déry et sont faits de pin pour les basses et de cerisier pour les dessus. Leur harmonisation diffère beaucoup de ceux de Louis Mitchell et de ceux des frères Casavant. Lors d’un relevage précédent, les lumières de la majorité des tuyaux de bois de moins de 2’ ont été resserrées et les dents bouchées à la cire à cacheter. Dans le ténor de certains jeux, les bouches ont été montées et les lèvres amincies. Ces actions ont eu pour effet d’en dynamiser l’attaque tout en générant beaucoup de transitoire d’attaque (communément appelé « tchiff »). Nous n’avons pas préconisé de rétablir tous les paramètres d’origine de ces tuyaux, car il était impossible d’enlever complètement la cire sans détériorer les tuyaux. En accord avec le Conseil du patrimoine religieux du Québec, nous avons remodelé le son des jeux de bois modifiés pour recréer un fondu des timbres plus détendu, tel que préconisé à la fin du XIXe siècle.

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Le Récit : sa tuyauterie et son sommier

Fox, David H. A Guide to North American Organ-builders: compiled from historical sources and the work of various researchers, Organ Historical Society, 1991, 256 pages

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Avant le démontage, la pression mesurée était de 70 mm ou environ 2¾ pouces, ce qui est assez inhabituel pour cette époque. Il est fort possible que la pression ait été diminuée pour remédier aux problèmes de cornements et d’emprunts dans les sommiers. Après l’analyse de la tuyauterie, plusieurs tuyaux de premier et de troisième do sont marqués « 3½ » à la pointe sèche ce qui pourrait avoir été la pression d’harmonisation. Un autre indice important qui entre dans l’équation pour déterminer la pression est la longueur des tuyaux. En analysant la tuyauterie, il est très clair que le diapason de référence utilisé par Déry était encore l’ancien diapason britannique standard A=452hz à 70°F. Déry pourrait avoir été le dernier facteur canadien à utiliser ce diapason, car l’Angleterre s’était alignée sur la norme européenne du 435hz dès 1890, norme que les frères Casavant semblent avoir adoptée très rapidement. Cela aidant, nous avons pu rétablir avec confiance la pression à 3½ pouces. Autre indice assez simple mais probant : lors du montage, après avoir remis toutes les briques retrouvées dans l’orgue sur le réservoir, la pression mesurée était à peine plus basse que le 3½ pouces. Au commencement de l’harmonisation, un autre défi s’est présenté : les pieds de la Montre 8’, du Prestant 4’, de la Doublette 2’ et de la Fourniture III avaient visiblement été ouverts à partir du troisième do du clavier. De ce fait, l’équilibre de ces jeux était complètement perturbé. La recherche d’un équilibre optimal s’est déroulée en collaboration avec Benjamin Waterhouse, représentant du Conseil du patrimoine religieux du Québec. Au final, l’ensemble des fonds est limpide et l’ajout de la Doublette et de la Fourniture apporte toute la luminosité nécessaire au plein-jeu sans aucune agressivité. Les quatre flûtes en bois viennent compléter la palette sonore des fonds avec grâce tandis que les trois gambes apportent du tranchant et de la définition à l’ensemble. Le Hautbois du Récit est très rond et élégant tandis que la Trompette du Grand-Orgue ne manque pas d’éclat ! On retrouve dans cet orgue une impressionnante gradation de couleurs sonores sans pour autant manquer de jeux contrastants. L’ensemble remplit amplement le volume de l’église, même quand celle-ci est comble, tel que constaté lors du concert d’inauguration en novembre dernier !

Grand-Orgue

Récit expressif

Pédale

Montre 8’ Principal basse 8’ Soubasse 16’ Dulciane 8’ Principal 8’ Bourdon 16’ 1 Gambe 8’ Bourdon 8’ Flûte traversière 8’ 1Mélodie 8’ Prestant 4’ Violon 4’ Flûte harmonique 4’ Flûte d’amour 4’ Doublette 2’ Octavin 2’ Fourniture III Hautbois 8’ Trompette 8’ Tremolo Étendue des claviers : 56 notes (C-g3) Étendue du pédalier : 25 notes (C-c0) Accouplements : REC/GO, GO/PED, REC/PED Pédales de combinaisons fixes : 4

Robin Côté est associé chez Juget-Sinclair. Il est aussi l’auteur des photos illustrant le texte.

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Première octave commune (Bourdon 8’)

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L’orgue Ott de l’église Saint-Ludger de Rivière-du-Loup par Claude Girard Située à 200 kilomètres à l'est de la ville de

Après avoir reçu l'approbation des autorités, la

qui se sont regroupées, en 2011, sous le nom de Paroisse Saint-Patrice. L'une d'elles, Saint-Ludger, fondée en 1905, a été transformée, en 2013, en centre de pastorale pour les jeunes. Les locaux, situés de chaque côté de la nef, utilisent environ

de la ville. Hellmuth Wolff en fait l'installation et réalise l'harmonisation.

250 personnes. En 2014, le Conseil du patrimoine religieux du Québec décerne une mention spéciale au projet pour sa qualité et son originalité. Dans cette église, on retrouve deux instruments : le plus ancien, à la tribune, un Casavant de 25 jeux datant de 1931 et, « le petit nouveau », un orgue à traction mécanique du facteur allemand Paul Ott, de Gottigën. Le Casavant, d’esthétique anglo-américaine, est en mauvais état et aurait besoin d'une sérieuse restauration. Historique de l’orgue Ott À la fin des années 1950, dans un nouveau quartier de la ville, des pionniers mettent en chantier différents projets reliés à l'enseignement et aux loisirs. C’est ainsi qu’autour d’un « Foyer-Patro » et une école classique, construite en 1948, se grefferont un centre sportif, une piscine, une résidence pour étudiants, une école secondaire, une école des métiers, un aréna (La Cité des jeunes) et un centre culturel.

Au même moment, l'École de musique de l'Université Laval acquiert deux instruments du même facteur : l’un de 13 jeux et l’autre de 12 jeux qui seront d'abord installés dans les locaux de l'Université dans le Quartier Latin. En 1972, ils seront déménagés au Grand Séminaire sur le campus universitaire et, en 1980, seront relocalisés au pavillon Louis-Jacques-Casault. La venue de ces instruments fait suite à l'installation à Montréal des trois orgues Beckerath, ce qui crée un remoud sans précédent dans le domaine de la facture d’orgues au Québec. Même Casavant Frères doit revoir la conception de ses instruments et remettre à l’honneur l'orgue à traction mécanique. Par la suite, on retrouve plusieurs de Pascal-de-Kamouraska (1964), Notre-Dame-desSept-Douleurs à Edmundston, N.B. (1967) et Saint-Pie X à Rimouski (1969).

En 1963, au moment où s’implantent les recommandations de Vatican II, alors que le français remplace le latin et que les messes rythmées font appel à l’orgue électronique, l’aumônier du FoyerPatro, l’abbé Yvan Morin, réclame un orgue à tuyaux pour la chapelle qui peut accueillir 200 personnes. Il demande alors conseil à son confrère, l'abbé Antoine Bouchard du Collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière. Celui-ci lui propose un orgue à traction mécanique du facteur Paul Ott1.

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Le Collège Sainte-Anne possédait déjà, de ce facteur, un orgue de sept jeux harmonisés très doux et qui était installé dans un petit local pour des cours privés. En 2011, cet instrument sera vendu et déménagé à l'église Saint-Jean-Bosco de Montréal par Les Ateliers Bellavance de Saint-Hughes.

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Photo: Claude Girard Page 19


La firme Orgues Providence/Guilbault-Thérien fait de même : Mont-Carmel (1970), la cathédrale Sainte-Anne de La Pocatière (1973) et le Conservatoire de musique de Rimouski (1975). Malgré les nombreuses messes dominicales dans les trois paroisses de la ville, l’orgue Ott de la chapelle du Foyer-Patro sert au culte de 1969 à 1974. À son retour d'études en Europe, en 1974, Robert Patrick Girard y donne un récital pour les Jeunesses musicales du Canada et y réalise un enregistrement pour l’émission Récital d’orgue de Radio-Canada FM. En 1969, le Cégep de Rivière-du-Loup prend possession du Foyer-Patro et, quelques années plus tard, la chapelle est fermée pour d'importantes transformations. Placé à l’origine sous un puits de lumière, l'orgue subit régulièrement des infiltrations d'eau. Il est de plus victime de vandalisme (tuyaux endommagés ou volés). Cependant, son calvaire allait bientôt prendre fin. Composition sonore de l’orgue Ott Grand-Orgue

Positif

Pédale

Flûte à cheminée 8’ Prestant 4’ Fourniture 1 1/3’ III Cromorne 8’

1 Quintaton 16’ Bourdon 8’ Flûte conique 4’ Doublette 2’ Petite Quinte 1 1/3’

Étendue des claviers : 56 notes (C-g3) Étendue du pédalier : 30 notes (C-f1) Accouplements : POS/GO, POS/PED, GO/PED 1

en cuivre

En 1984, le directeur du Cégep, Raymond Boucher, culturelles pour transférer l'instrument au Centre culturel. Le travail est exécuté par la firme Guilbault-Thérien de Saint-Hyacinthe. Guy Thérien termine le buffet et laisse intacte l'harmonie originale. L'orgue Ott est inauguré en décembre 1984 avec la participation de la Société lyrique d'Aubigny sous la direction de Claude Gosselin et de l’organiste Sylvain Doyon. L’instrument est de nouveau inauguré en octobre 1992 à la suite de travaux de rénovation et de sonorisation réalisés dans la salle. Ces travaux soulignaient le 25e anniversaire du Centre culturel. J'ai eu l'insigne honneur de participer, comme organiste invité, à ces deux évènements artistiques prestigieux. Utilisé lors de concerts de musique sacrée donnés par l'Ensemble vocal Adagio de 1987 à 1996, l’orgue reste pratiquement inutilisé jusqu'en 2011 et ce, dû à la difficulté d’y accéder et le peu de résonnance dans la salle. Voyant l'instrument en constante détérioration, l'administration du Centre culturel décide de s'en départir. À la suite de représentations auprès du Conseil de Fabrique de Saint-Patrice, le curé Odilon Hudon, prend en charge le dossier et récupère l’orgue pour le placer en permanence à l'église SaintLudger. Toutefois, l’instrument doit demeurer la propriété de la Ville comme « bien culturel ». À l’hiver 2013, après la fin de travaux de transformation à l'église, le déménagement et la réinstallation sont réalisés par Les Ateliers Bellavance. L'orgue est alors partiellement réharmonisé par Jean-Sébastien Dufour, anciennement harmoniste chez Casavant.

Église Saint-Ludger Orgue de tribune Casavant, Opus 1445, 1931 Photo: Claude Girard

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Concours international d’orgue du Canada Dévoilement des membres du jury 2017

Festival 2016

Le Concours international d’orgue du Canada (CIOC) a révélé, en janvier dernier, la composition du jury international du prochain Concours, qui aura lieu en octobre 2017. Ce jury sera composé d’organistes de renom provenant du Canada, des États-Unis et d’Europe :

Entre temps, le CIOC prépare assidûment une

David Briggs (Royaume-Uni/Canada); Bine Bryndorf (Danemark); Neil Cockburn (Canada); Lynne Davis (États-Unis); JeanBaptiste Robin (France); Silvius von Kessel (Allemagne); Réjean Poirier (Québec); Carole Terry (États-Unis) et John Grew (Canada, président du jury 2017).

en octobre 2016. Un hommage sera rendu à deux figures marquantes du monde de l’orgue au Québec et au Canada : Raymond Daveluy et Sir Ernest MacMillan. « Une foule d’autres activités sont prévues », nous confirme en exclusivité John Grew, directeur artistique du CIOC. Plus d’information sur les activités du CIOC www.ciocm.org Facebook : Concours international d’orgue du Canada

Une grande nouveauté s’ajoute cette année : la Fondation commémorative Sir Ernest MacMillan canadien du CIOC 2017. Les organistes de moins de 35 ans sont est le 30 janvier 2017. Les documents nécessaires et le répertoire exigé sont disponibles sur le site Internet du CIOC : www.ciocm.org. Le voyage, l’hébergement et une allocation hebdomadaire pour chacun des concurrents choisis sont pris en charge par le Concours international d’orgue du Canada.

Les orgues du Concours: ci-haut, église Saint-Jean-Baptiste, ci-contre, église Immaculée-Conception et basilique NotreDame.

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Catégorie Orgue Concurrents âgés de 32 ans ou moins au 1er décembre 2016 Information et formulaire d’inscription : date limite : 13 mai 2016 osm.ca/concours concours@osm.ca 514 840-7400, poste 7415

Jury (orgue) Olivier Latry, organiste titulaire du grand orgue de Notre-Dame de Paris et organiste émérite de l’OSM John Grew, directeur artistique du Concours international d’orgue du Canada et professeur émérite de l’École de musique Schulich de l’Université McGill. Horaire :

23 novembre 2016 Demi-finales Église Saint-Jean-Baptiste 26 novembre 2016 Finales Maison symphonique de Montréal

Le Grand Orgue Pierre-Béique de la Maison symphonique Jacqueline Desmarais.

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Anniversaires en musique par Irène Brisson L’année 2016 marque le 400e anniversaire de qui ont dominé leur époque : Johann Jakob Froberger (1616-1667) et Matthias Weckmann (1616-1674). Leur jeunesse est marquée par le douloureux conflit politique et religieux qu’est la Guerre de Trente ans (1618-1648) et par la menace que constituent les épidémies de peste qui ravagent l’Europe au XVIIe siècle. Tous deux naissent alors que sur le plan artistique, la Renaissance cède la place au monde baroque. Ils succèdent musicalement à la génération des virginalistes anglais (William Byrd, John Bull, Peter Philips), du maître allemand du choral luthérien et de la danse, Michael Praetorius, du grand organiste néerlandais Jan Pieterszoon Sweelinck, de l’organiste de Saint-Pierre de Rome Girolamo Frescobaldi, et de Jehan Titelouze (1562-1633), tous nés dans les années 1560. Ils évoluent parallèlement à leurs aînés allemands Heinrich Schütz, Samuel Scheidt, Heinrich Scheidemann. Dans le présent numéro de Mixtures, nous brosserons un portrait de Froberger. Bien que sa vie nous soit connue dans les grandes lignes, il reste beaucoup d’imprécisions que la musicologie contemporaine s’emploie à élucider par recoupements, grâce à sa correspondance et à ses partitions manuscrites. Johann Jakob Froberger est né le 18 mai 1616 à Stuttgart, capitale du duché du Wurtemberg, au catholicisme. Son père, Basilius, est chanteur et terminera sa carrière comme maître de la également des musiciens professionnels. On sait peu de choses sur sa jeunesse, sinon que la vie musicale de la cour était florissante et que Basilius possédait une remarquable bibliothèque musicale. Il est permis de supposer que le jeune Froberger fut l’élève de son père et de l’organiste de la cour, Johann Ulrich Steigleder (1583-1635), un éminent contrapuntiste. Vers 18 ans, Froberger part pour Vienne, capitale du Saint-Empire, échappant ainsi providentiellement à de terribles épidémies de peste : celle de 1635, qui emporte Steigleder, et celle de 1637, qui fauche ses parents et une de ses sœurs. À 21 ans, il est nommé organiste de la cour de l’empereur Ferdinand III, réputé pour sa passion pour la Mixtures, numéro 44, mai 2016

musique. Vienne sera son port d’attache jusqu’à la mort de son maître, en 1657, mais il quittera régulièrement son poste pour voyager à travers l’Europe. Les largesses de Ferdinand III permettront à Froberger de séjourner deux fois à Rome, de 1637 à 1641, et de 1645 à 1649, d’abord pour étudier avec Frescobaldi, puis pour parfaire ses connaissances auprès d’Athanasius Kircher, un savant jésuite qui publiera, en 1650, un important traité de musique, la Musurgia universalis (science de la musique universelle) dans laquelle figurera une des deux seules œuvres de Froberger parues de son vivant. Nourri du style musical expressif et riche en dissonances (les durezze) de Frescobaldi, Froberger dédiera, en 1649, à l’empereur des pièces de clavier imprégnées d’italianisme (toccate, fantaisies, caprices, ricercari), mais plus modérées que celles de son illustre modèle. Les autres voyages de Froberger le conduiront à Dresde, où un tournoi musical l’opposera amicalement à Matthias Weckmann, à Bruxelles où il se fera dévaliser, comme en atteste une Lamentation sur ce que j'ay été volé et se joüe à la discretion et encore mieux que les soldats m'ont traité (suite XIV pour clavecin). Le périple se poursuivra jusqu’à Londres et Paris, et n’est pas sans annoncer celui que Mozart, âgé de huit ans, effectuera en 1764 avec son père et sa sœur. Arrivé à Paris en 1652, Froberger se lie d’amitié avec les luthistes, clavecinistes et organistes les plus en vue de l’heure, tels Charles Fleury de Blancrocher, Pierre de la Barre, François Roberday et Louis Couperin. S’il se fait l’ambassadeur de la musique de Frescobaldi, il approfondit auprès des Français l’art de la rhétorique musicale, le style brisé et l’écriture oblique des luthistes et des clavecinistes et adoptera la suite de danses qui, sous sa plume comprendra quatre mouvements : une Allemande, une Courante, une Sarabande et une Gigue. La fin tragique de Blancrocher, mort en 1652 après une chute dans un escalier, lui inspire un magnifique Tombeau pour clavecin, fait à Paris sur la mort de Monsieur Blancheroche. À la mort de Ferdinand III, que Froberger souligne avec une Lamentation, faite sur la tres douloureuse Mort de Sa Majesté Imperiale, Ferdinand le Troisiesme, son successeur réorganise sa chapelle et rend sa liberté à l’organiste de la cour. On sait peu de choses sur les années qui suivent, sinon Page 23


que vers 1663, après quelques voyages dont un retour en Angleterre et un autre en France, Froberger entre au service de la princesse Sybilla de Wurtemberg-Montbéliard (1620-1707), fille du duc de Stuttgart, qu’il avait certainement côtoyée dans sa prime jeunesse. Veuve depuis 1662, cette protectrice des arts s’était retirée au château d’Héricourt, près de Montbéliard (aujourd’hui en France), hérité de son mari. C’est là qu’entre quelques voyages, Froberger terminera sa vie et mourra subitement d’apoplexie en 1667. On a retrouvé près de 150 œuvres de Froberger, pour orgue et pour clavecin, et deux motets. Beaucoup d’autres compositions ont été perdues, notamment les volumes I et III des manuscrits pour clavier dédiés à Ferdinand III. Très exigeant au sujet de l’interprétation de ses œuvres, Froberger avait légué ses partitions à la princesse Sybilla et ne voulait pas qu’elles soient publiées. Des copies circulaient toutefois en Europe entre certains de ses amis et de ses élèves, et sa musique était connue et appréciée de ses contemporains et comme elle le fut de ses successeurs. Parmi eux, et Caprices de 1660 suivent de près son modèle, Matthias Weckmann, les organistes qui ont œuvré à Vienne (Johann Caspar Kerll, Johann Pachelbel, Georg et Gottlieb Muffat), Dietrich Buxtehude et Johann Sebastian Bach, qui l’admirait beaucoup. Si la plupart des pièces pour orgue de Froberger

en onze volumes, couronnée en 2015 par un catalogue FbWV. Enfin, un manuscrit de pièces pour clavecin daté de 1660, vendu aux enchères à Londres chez Sotheby en 2006, est venu apporter quelques précisions supplémentaires sur la vie et les voyages de Froberger. Ce document, que quelques musicologues et clavecinistes ont eu le privilège de consulter, n’est malheureusement pas publié, et son acquéreur a choisi de garder l’anonymat. Pour en savoir plus sur Froberger, on consultera avec intérêt J.J. Froberger, musicien européen, un ouvrage comprenant les actes du colloque organisé, en novembre 1990, par la Ville et l'École nationale de musique de Montbéliard. (Paris, Klincksieck, 1998, 156 pages.) Dans le prochain numéro de Mixtures, nous soulignerons le 400e anniversaire de naissance de Matthias Weckmann.

Inauguration de l’orgue restauré de la cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Nicolet

pratiquement pas au pédalier, leur contrepoint, leur chromatisme et leur découpage en plusieurs sections, hérités de Frescobaldi, en font des œuvres idéales pour les célébrations religieuses, bien qu’elles ne reposent sur aucun thème grégorien. Froberger laisse également une trentaine de suites pour clavecin dont l’Allemande initiale est souvent anecdotique : une Allemande faite en passant le Rhin dans une barque en grand péril, une Plainte faite à Londres pour passer la mélancolie, après avoir été attaqué par des pirates et dépouillé de ses biens, une Méditation sur ma mort future. La publication de quelques œuvres de Froberger a les années 1897 à 1903 pour qu’une première intégrale de sa musique pour clavier voie le jour, grâce au musicologue autrichien Guido Adler (1855-1941). Les pièces pour clavecin ont été publiées en deux tomes (4 volumes) en 1979, 1989 et 1992 chez Heugel (Le Pupitre), par Howard Schott. Dès 1993, Siegbert Rampe, spécialiste de la musique allemande du XVIIe siècle, a entrepris, pour Bärenreiter, une édition complète Page 24

Bénédiction : 19 juin, 10 h Récital : 24 juin, 19 h 30

Martin Brossard, Gilles Fortin et Marc Senneville

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Ici et là au Québec ... Montréal par Olivier Lavoie-Gagné

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Amis de l’orgue

L’arrivée du printemps annonce déjà l’achèvement de la 26e saison des Amis de l’orgue de Montréal. Voici donc la rétrospective d’une année bien remplie. Le 13 septembre dernier, Frédéric Deschamps, organiste titulaire des orgues de la cathédrale d’Albi, nous offrait un magnifique concert suivi d’une plaisante rencontre amicale à la cocathédrale de Longueuil. Suivait, le 15 octobre, en collaboration avec le RCCO, le CIOC et l’OSM, une conférence de l’organiste de réputation internationale Jean Guillou en l’église St. John the Evangelist. Interviewé par Jean-Willy Kunz, Jean Guillou nous a entretenus de sujets passionnants tels que la composition, la transcription et l’improvisation sur l’avenir du roi des instruments. Une troisième rencontre, toujours en formule conférence, a eu lieu le 27 octobre dans le parloir du Grand Séminaire de Montréal. Aude Heurtematte, titulaire de l’église Saint-Gervais à Paris, a partagé avec nous sa passion pour la famille Couperin. L’assemblée générale du 2 novembre dernier a été des plus fructueuse. Un nouveau conseil d’administration a été formé. Gabrielle Tessier, fidèle au poste, demeure à la présidence tandis que Lavoie-Gagné qui agira comme vice-président et Laurence Jobidon comme trésorière. Peter Binsse occupera de nouveau le poste de secrétaire tandis que Jean-Claude Bournival et Éliane Thomas acceptent avec un plaisir renouvelé la fonction d’administrateurs. Un poste trouver pour le combler une personne dynamique d’ici un avenir prochain. Un des évènements marquants de la saison fut sans aucun doute la conférence de Gilles Cantagrel. Dans le parloir du Grand Séminaire, un bon nombre d’amoureux de Buxtehude et Bach étaient au rendez-vous pour entendre le dynamique conférencier de réputation internationale nous parler avec passion de son livre La rencontre de Lübeck.

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Pour une deuxième année consécutive, une activité de création était offerte aux mélomanes avertis. Un concert d’improvisation de musique contemporaine pour chœur et orgue a eu lieu en l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus. Au moment d’écrire ces lignes, nous sommes à qui se déroulera le 14 mai 2016. Cette année, c’est la belle région de la Mauricie qui accueillera les mélomanes de la région de Montréal. Cette excursion annuelle s’avère un plaisir toujours renouvelé de découvrir de nouveaux instruments ou d’en redécouvrir de plus connus. Cette année, nous entendrons les orgues des églises SaintLéon-de-Grand (Louiseville), Sainte-Marguerited’Youville (Shawinigan), Saint-Maurice, SainteCatherine-de-Sienne (Trois-Rivières) de même que l’impressionnant orgue Casavant du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap. 

Autres concerts

Encore cette année, la série Les Saints-Anges en musique nous a offert des concerts de qualité. L’année 2016 s’ouvrait avec Les Planètes de Gustav Holst par l’ensemble de cuivres BUZZ et Philip Crozier à l’orgue. Suivait, en février, un concert bien connu Nicolas-Alexandre Marcotte a proposé un programme de pièces inédites de compositeurs canadiens tels que Coté, McKinley, Larocque, Gilbert, Marcotte et Lludgar. Les prochains concerts permettront d’entendre Maurice Clerc (Dijon), David Baskeyfield (Pittsford, NY) Jean-Guy Proulx (Québec) ainsi que le jeune couple d’organistes Francine et Matthieu Latreille (Belleville, ON) dans un concert d’orgue à 4 mains. Le 24 janvier dernier avait lieu en l’église TrèsSaint-Nom-de-Jésus un concert soulignant le 100e anniversaire de l’orgue Casavant. Les organistes Perrin, Jonathan Oldergam ainsi que Jason Biel, le nouveau titulaire de l’orgue, nous ont offert un concert remarquable faisant résonner dans la vaste nef de cette somptueuse église, le majestueux instrument. Il s’agissait aussi du premier concert depuis la réouverture de l’église. Un public nombreux était venu redécouvrir avec un instruments de la ville de Montréal. Page 25


L’Oratoire Saint-Joseph offre chaque semaine à 15 h 30 un concert dominical. Que ce soit orgue seul, ou encore avec instrumentistes ou chœurs invités, il y a toujours un concert de grande qualité qui vous y attend. N’hésitez donc pas à faire un détour par la montagne. Du côté de la cocathédrale Saint-Antoine-deles organistes Philip Crozier, Maria Budacova, Tessier. En mai, vous pourrez entendre JeanMarc Larsen et, en juin, l’organiste principale de la cocathédrale, Suzanne Ozorak, clôturera la saison. C’est donc un rendez-vous à ne pas manquer tous les deuxièmes dimanches du mois, de septembre à juin, à 14 heures. Du nouveau au Conservatoire C’est avec un immense plaisir que nous apprenions que Jean-Willy Kunz a été nommé, en du Conservatoire de musique de Montréal. Il succède ainsi à Mireille Lagacé et Jean Le Buis.

INTERMÈDES À L’ORGUE 2016  O  

J

,  

L C

 12   15   

7   Gagnant du   Concours d’orgue Lynnwood‐Farnam   

14   Bruno Mathieu   (France)   

21   Mar n Bambauer  (Allemagne)   

28   Kurt‐Ludwig Forg  (Allemagne)   

4   Jonathan Oldengarm  (Montréal)   

11   Mark McDonald  (Montréal)   

18   Bap ste‐Florian Marle‐Ouvrard  (France)   

25   Denis Bonenfant  (Montréal) 

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Québec par Emmanuel Bernier

La 49e saison des Amis de l’orgue de Québec nous a proposé un menu des plus diversifié cette année. Après le récital de l’organiste américain dans le dernier Mixtures, nous avons reçu la visite de Jean-Pierre Leguay, organiste émérite à Notre-Dame de Paris. Assisté de son épouse, ce dernier nous a offert un programme varié allant de Bach à Gigout, dont nous avons entendu la fameuse Toccata ! Après un récital donné par Emmanuel Bernier le 31 octobre sur le thème de la Première Guerre mondiale, les le jeune Andrew Dewar, titulaire du grand orgue de la Cathédrale américaine de Paris et multilauréat du Concours international d’orgue du Canada. Le musicien britannique a interprété avec précision et fougue un florilège de pièces écrites pour la plupart au XXe siècle… utilisant une tablette électronique comme support ! Toujours au Palais Montcalm, les mélomanes de Québec ont eu le bonheur, le 21 février, de réentendre le légendaire Michel Bouvard – après son de son épouse, Yasuko Uyama. Très généreux, les deux interprètes ont offert un concert mémorable, s’exécutant tantôt en solo, tantôt en duo, alternant entre le grand orgue Casavant, le clavecin Yves Beaupré et le positif Hellmuth Wolff. Le répertoire, qui nous a fait voyager de la France à l’Italie, en passant par l’Allemagne et la GrandeBretagne, a été livré avec une grande finesse et une complicité de tous les instants entre les deux musiciens. Le 20 mars, c’était au tour de Réjean Poirier, professeur émérite de l’Université de Montréal, de se produire sur l’orgue de l’église Saints-Martyrs-Canadiens. La première partie du concert, consacrée à l’école allemande baroque, faisait un heureux contraste avec la seconde, où nous avons pu entendre la Deuxième symphonie de Widor. Au moment d’écrire ces lignes, nous nous apprêtons à recevoir la jeune musicienne montréalaise Gabrielle Tessier, qui a concocté un programme des plus intéressants, avec des œuvres de Nibelle, Bartók, Pärt et autres. Parallèlement à sa série de concerts, les Amis de l’orgue de Québec ont de nouveau offert leur traditionnelle excursion culturelle, qui a eu lieu le 12 octobre dans la région de Sherbrooke. Les participants ont pu entendre les instruments des églises Saint-Jean-Baptiste et Plymouth-Trinity United, de la cathédrale Saint-Michel, en plus du vénérable Mitchell-Forté de l’église de Saint-François-XavierMixtures, numéro 44, mai 2016

de-Brompton. Le 13 mars, la musicologue Irène Brisson, bien connue dans la région de Québec, a donné une conférence en la chapelle du Froberger. Ses interventions étaient rythmées par des exemples musicaux livrés sur le clavecin et l’orgue Juget-Sinclair. Autres concerts Dans le cadre d’une série présentée pour l’Avent au Palais Montcalm, on a pu également entendre un concert mettant en vedette l’organiste et claveciniste Geneviève Soly et l’Ensemble de la Nouvelle-France, avec chants en abénakis en prime ! Du côté de la chapelle du Musée de l’Amérique francophone, nous entendions récemment Pierre de la flûtiste Anne Thivierge, de même que Denis Bonenfant au clavecin et à l’orgue. Les prochaines semaines nous donneront aussi l’occasion d’entendre Nathalie Gagnon (24 avril), Yves-G. Préfontaine (8 mai) et Federico Andreoni (29 mai). Le traditionnel Festival du printemps à SaintRoch présentera cette année, à midi quinze, tous les mercredis du mois de mai, dans l’ordre, les organistes Denis Gagné, Francine NguyenSavaria et Matthieu Latreille, Robert Gosselin ainsi que Édith Beaulieu, elle-même organistetitulaire de l’église Saint-Roch. Le Festival d’orgue de Sainte-Marie-de-Beauce sera cette année inauguré par la Société lyrique de la Nouvelle-Beauce en compagnie de l’organiste-titulaire du lieu, Dominique Gagnon (5 juin). Bélanger (19 juin) se relaieront ensuite à la tribune. Tous les concerts sont présentés les dimanches à 15 heures dans la magnifique église de Sainte-Marie sur écran géant. L’entrée est gratuite. Pour ceux qui ont eu la chance d’aller du côté de La Pocatière au mois d’avril, le titulaire Claude Lemieux recevait les organistes Jean-Willy Kunz (avec le ténor Thomas Leslie), Vincent Boucher et Mélanie Barney (avec la violoniste Carole Meneghel). Il s’est lui-même produit le 24 avril en compagnie de la Schola Cantorum, sous la direction de Guillaume Boulay. Ces « concerts promenade » permettent d’entendre les instruments de la cathédrale et du collège.

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Rimouski

Estrie

par Gérard Mercure

par Louis Brouillette

Depuis la fermeture de la cathédrale, il y a plus d’un an, Rimouski a connu, bien à regret, deux départs. Jean-Guy Proulx a quitté son poste de titulaire après 45 ans comme organiste liturgique. Le magnifique orgue de la cathédrale étant devenu muet depuis cette fermeture, le conseil de fabrique lui a décerné le titre d'organiste émérite de la cathédrale Saint-Germain. Rémi Martin nous a également quittés pour devenir titulaire de l'orgue de l'Ermitage du Lac-Bouchette au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Il fait bénéficier les pèlerins de ses nombreux talents musicaux. À la suite de ce second départ, les Amis de l’orgue de Rimouski ont dû revoir rapidement leur organisation. À la réunion du conseil en septembre, Josée April a accepté la présidence en remplacement de Rémi Martin. Heureusement, le calendrier des concerts à l’orgue de l’église Saint-Pie X.

C’est le 10 avril dernier que les Amis de l’orgue de l’Estrie concluaient leur saison avec un concert original durant lequel les doigts agiles des duettistes Jean-Yves St-Pierre et Leslie Young ont mis en valeur divers instruments des Ateliers Bellavance de Saint-Hugues, dont un organetto, deux positifs, un régale et un clavecin. En plus de ce que leur été offert au cours de la saison régulière 2015-2016 décrite dans le numéro précédent de Mixtures, les mélomanes estriens ont pu admirer la virtuosité de l’organiste français Pascal Marseault en février dernier lors de deux programmes différents, l’un à la chapelle St. Mark’s de l’Université Bishop’s et l’autre à la basiliquecathédrale Saint-Michel de Sherbrooke.

Dès le 2 octobre, Claude Lemieux, organiste titulaire à la cathédrale de La Pocatière et du Séminaire de Québec ouvrait la nouvelle saison musicale avec un programme allant de Scheidemann à Denis Bédard. Le 15 novembre, les Amis de l’orgue ont eu le bonheur et le privilège de recevoir Mireille Bégin-Lagacé allemande. Ils ont profité de l’occasion pour lui rendre hommage puisqu'elle célèbre cette reconnu de la musique d’orgue de J. S. Bach, a joué le 13 mars, les œuvres de la III e partie de la Clavierübung (La pratique du clavier) de J. S. Bach. Au calendrier des activités musicales à venir, comme chaque année, un concert des élèves est prévu le 7 mai. Pour clôturer la saison, le Quatuor de saxophones de Rimouski, p r é s e n t e r a e n g r a n d e p r e mière, le 12 juin, un quatuor de Borodine, transcrit pour orgue et saxophones par l’organiste Josée April. Du 3 au 8 juillet 2016 se tiendra la 12 e édition de l’Académie internationale d’orgue et de clavecin de Rimouski. Deux musiciens français, l’organiste Frédéric Blanc et le claveciniste Frédérick Haas viendront partager leur savoir. Tout en conservant la formule traditionnelle des classes de maîtres, des cours d’improvisation à l’orgue seront offerts au cours de cette académie ouverte aux musiciens de divers horizons. Mylène Bélanger, claveciniste originaire de la région, est responsable de l’organisation de cette académie d’été. Page 28

La saison 2016-2017 de l’Amis de l’orgue de l’Estrie s’annonce prometteuse. Le 2 octobre, l’organiste Sylvain Barrette et le baryton Michel Cervant ouvriront la saison avec un concert à la chapelle , le Sherbrookois Daniel Laplante donnera un programme solo pour orgue à l’église unie PlymouthDenis Gagné et du trompettiste Trent Sanheim de ravir les oreilles des mélomanes de la basilique-cathédrale Saint-Michel. Le 11 mars suivant, le Chœur grégorien de Sherbrooke ainsi que les organistes estriens Chantal Boulanger, Louis Brouillette, Cécile L’Écuyer, Marc O’Reilly et Maryse Simard mettront en valeur l’orgue Mitchell et Forté de 1863, récemment rénové par Juget-Sinclair, de l’église Saintsérie. La saison se terminera le 2 avril par la prestation de l’organiste Jacques Boucher et de la violoniste Anne Robert à la chapelle St. Mark’s de l’Université Bishop’s. À cette saison bien remplie, les amateurs estriens d’orgue, de musique sacrée ou de création se verront offrir l’occasion de se rendre à la basiliquecathédrale Saint-Michel le 8 avril 2017 pour la création de la Passio Domini Nostri Jesu Christi du compositeur et organiste Marc O’Reilly. C’est Marc D’Anjou qui tiendra la partie d’orgue I et Louis Brouillette d’orgue II.

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Parutions par Robert Poliquin Symphonie et créations pour orgue et orchestre Orgue Casavant, Opus 3900, 2014 (IV/P, 83 jeux, 116 rangs) Orchestre symphonique de Montréal (Kent Nagano) Olivier Latry et Jean-Willy Kunz, orgue Maison symphonique, Montréal, QC Voici un souvenir du concert inaugural du grand orgue Pierre-Béique qui a eu lieu les 28, 29 mai et 1er juin 2014. On y retrouve la célèbre symphonique no 3 pour orgue et orchestre de Camille Saint-Saëns ainsi que deux œuvres commandées pour la circonstance et données en première mondiale, celle de Montréalais d’origine Samy Moussa et celle du Finlandais Kaija Saariaho. Les prestations sont excellentes et pour ceux qui étaient présents à l’une ou l’autre des représentations, ce disque représente un souvenir sonore à conserver et à réécouter. Analekta, AN 28779, 2015

Awari (Gems from Canada and Beyond) William O’Meara Woodstock 1920/Hill, Norman & Beard 1963/Caron 1985/Brisson & Gagnon 2012 (III/P, 80/85) St. George’s Anglican Cathedral, Kingston, ON Voici une belle surprise! Comme chaque enregistrement de musique d’orgue est un mariage de répertoires en fonction d’un instrument bien spécifique à cause de son harmonisation, de sa composition sonore et de son acoustique, voici des œuvres qui vont parfaitement à celui de la cathédrale anglicane St. George’s de Kingston, ON. Parmi les découvertes que procure l’audition de ce disque, il y a tels que Florence Durell Clark (1891-1977), Robert Fleming (1921-1976), Ruth Watson Henderson (1932-), ou de l’immigrant lithuanien Talivaldis Kenins (1919-2008) et du québécois François Morel (1926-). Quant aux autres œuvres présentes (Ernest Block (1880-1959, Jan Janca (1933-), Fela Sowande (1905 -1987), elles représentent aussi des découvertes. L’instrument choisi possède une longue histoire. Il a finalement en 2012. Il sera d’ailleurs en vedette lors du prochain congrès RCCO/CRCO en juillet prochain. Je ne peux vraiment pas me prononcer sur un tel programme, ne connaissant à peu près aucune des œuvres interprétées. Toutefois, j’ai été ravi d’y faire les découvertes proposées et d’entendre un instrument aussi polyvalent et possédant de très jolis coloris, ce qui rend l’audition très intéressante. À conseiller à ceux qui aiment les découvertes. À compte d’auteur, 2015

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Henri Mulet : L’œuvre pour orgue Virgile Monin Moitessier 1850/Puget 1888,1927/Bancells et Lacorre 2009 (III/P, 50/62) Église Notre-Dame-de-la-Dalbade, Toulouse (France) Sur un orgue s’y prêtant admirablement, on retrouve les Dix Esquisses byzantines et quatre autres œuvres de Mulet, dont le célèbre Carillon-Sortie. Habitués à n’entendre que des extraits de ces Esquisses, il fait bon se plonger dans l’intégrale de cette œuvre monumentale et apprécier tous les états d’âme qui ont pu animer le compositeur. Une interprétation habile et l’excellente sonorité de l’instrument font de cet enregistrement une agréable moment écoute. FY et du Soltice, SOCD 311, 2015 French Organ Music Jason Alden Orgue Juget-Sinclair, Opus 42, 2015 (III/P, 58/75) Christ the King Catholic Church, Dallas, TX Si vous désirez entendre le dernier-né et le plus gros instrument jamais produit à jour par la famille Juget-Sinclair, vous serez servi à souhait et même comblé si vous aimez la musique française. On y retrouve sur ce disque des œuvres de Lefébure. De ce dernier on y retrouve l’intégrale de la Deuxième symphonie. Sonorité éclatante, excellente prestation de l’organiste et choix judicieux du répertoire dans un survol de la musique d’orgue des XIXe et XXe siècles. RAVEN, OAR 972, 2016

Le violon spirituel Anne Robert, violon et Jacques Boucher, orgue Sanctuaire du Saint-Sacrement, Montréal, QC La combinaison violon et orgue nous porte presque instinctivement au spirituel. Cet enregistrement nous présente des pages familières, voire même incontournables, qui ont transcendé les âges et suscité l’estime des mélomanes. Les deux artistes, complets s’il y en est, nous rejoignent et nous font vibrer d’émotions à travers les pièces présentées, qui sont souvent des transcriptions d’œuvres écrites pour voix et instrument. Le violon s’acquitte dignement de son rôle d’alternatif. À écouter et à savourer. Une certaine quiétude s’installe presque automatiquement. SMD/Espace XXI, SMD 269-1, 2015 Page 30

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Récitals d’orgue à la basilique Été 2016 5 juin 12 juin 19 juin 26 juin La musique d’orgue au service de la liturgie Rencontre avec trois organistes Publiée par le Centre Leunis, de Montréal, qui est un lieu de ressourcement spirituel et d’animation catholique, la revue Signes présente des jalons d’oraison quotidienne ainsi que des réflexions sur l’engagement des laïcs chrétiens dans l’Église et le monde. La dernière livraison de cette publication nous . D’abord, celle d’Hélène Dugal, de la basilique-cathédrale Marie-Reine-du-Monde, fondatrice de LAUDEM, puis celle de Pierre Grandmaison, de la basique Notre-Dame, et enfin celle de Benoît Mérineau, de la chapelle Notre-Damedu-Bon-Secours. Chaque musicien présente sa vision de la mission de l’organiste et de son rôle dans la liturgie. Deux points communs qu’ils partagent : l’aspect vocationnel de la fonction et l’aide aux fidèles à mieux vivre les célébrations. Signes, volume 51, no 3, avril-juin 2016 Centre Leunis, 4100 avenue de Vendôme, Montréal H4A 3N1 (4 numéros par année, 18 $) www.leunis.org

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3 juillet

Laurence Jobidon (Saint-Apollinaire)

Benoît Bacon (Québec)

Laura Guindon

(Trois-Rivières)

Mélanie Barney (Saint-Jérôme)

Michelle Quintal

(Saint-Bonaventure)

10 juillet

Denis Gagné

17 juillet

Suzanne Ozorak

24 juillet

Claude Girard

31 juillet

Denis Bonenfant

21 août 28 août

(Montréal)

(Saint-Lambert)

(Rivière-du-Loup) (Montréal)

Virgile Monin

(Toulouse, France)

Marc Senneville

(Baie-du-Febvre)

Les dimanches à 14 heures Entrée libre Contribution volontaire 626 Notre-Dame Est Trois-Rivières, QC G8T 4G9 Informations: (819) 374-2441 Page 31 www.sanctuaire-ndc.ca


L’orgue sur le web par André Côté Le numéro 41 de Mixtures (novembre 2014) présentait une couverture imposante mais très justifiée du magnifique orgue Pierre-Béique de la Maison symphonique de Montréal.

Lors d’une chronique précédente, je faisais mention du site OrganLive qui diffuse de la musique d’orgue en continu. À celui-ci, il faut maintenant ajouter :

Dans le même ordre d’idée, une autre importante salle de concert accueille depuis peu un orgue du

The Organ Experience, qui propose des blocs thématiques (compositeur, période, interprète, type d’instrument…) de 30 à 120 minutes :

L’instrument vient tout juste d’être inauguré, soit , Bernard Fouccroulle et Wayne Marshall. http://philharmoniedeparis.fr/fr/activite/recitalorgue/15560-grandes-orgues-olivier-latry-philippe -lefebvre-bernard-foccroulle-wayne La vidéo de ce concert au programme monumental est disponible en ligne jusqu’au 6 août prochain : http://live.philharmoniedeparis.fr/ concert/1046894/titre.html Une très belle description de l’orgue avec, en particulier, de la vidéo à 360 degrés, nous en fait voir Garnier qui a consacré sept mois (de travail de nuit !) à son harmonisation. http://www.lemonde.fr/musiques/ visuel/2016/02/06/plongee-dans-le-ventre-de-lorgue-de-la-philharmonie-deparis_4860650_1654986.html Cet instrument à la fine pointe de la technologie, qui comporte 91 jeux accessibles (6 055 tuyaux) sur les deux consoles de quatre claviers, est l’œuvre de la firme autrichienne Rieger : http://www.rieger-orgelbau.com/en/

Le texte intégral (avec liens hypertextes) de cette chronique peut être consulté à l'adresse suivante : http://pages.videotron.com/acote/

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http://www.organexperience.com/ Positively Baroque qui, comme son nom riode baroque :

de la pé-

http://www.positivelybaroque.com/ Orgelradio qui, tout comme Organ Experience, fonctionne par blocs thématiques mais sur une base quotidienne. Par exemple, le lundi est consacré à des productions belges (Orgelradio est une initiative de la communauté flamande), le mardi à la musique d’avant 1800, le jeudi à la musique de Bach… : http://www.orgelradio.eu/#rwml-EN Les interfaces de toutes ces radios en ligne permettent de trouver aisément les détails des œuvres entendues via des hyperliens et de consulter les listes de lectures récentes et à venir.

2014 et mai 2015 une série intitulée « Les grandes orgues, l'œuvre patrimoniale de Casavant Frères ». http://www.tvcogeco.com/saint-hyacinthe/ gallerie/emissions-2015/7237-casavantfreres/94709-casavant-1ere-emiss Bien que les vidéos disponibles ne soient que des extraits, ces documents sont d’un intérêt certain. Le quatrième épisode a particulièrement attiré mon attention alors qu’on y voit des retraités de Casavant revenir au bercail et constater les avantages qu’offrent maintenant les nouvelles technologies appliquées à la facture d’orgue.

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Revue des revues par Gaston Arel et Robert Poliquin FRANCE L’orgue francophone / BULLETIN DE L’ORGUE FRANCOPHONE, FFAO, 13 rue de Balzac, 93600 Aulnay-sousBois, France.

. , France. (Supplément de musique et CD avec chaque numéro) No 30, Automne 2015 : Éditorial György Ligeti : Un musicien indépendant; Ligeti et l’orgue; Volumina et les deux Études; Harmonies, Coulée; Entretien avec Gerd Zacher; Ligeti et l’orgue de Barbarie — Afrique du Sud : les instruments et les hommes — Acoustique : Comment un tuyau produit-il des sons ? — Denis Chapuis… Une présence — Osons inventer notre métier ! — Patrimoine : Le Dominique Cavaillé-Coll de Saint-Gaudens; — Info en montre, Boîte expressive. Hors série : Dominique Ferran, Pour un historique des doigtés anciens, 38 pages. No 31, Hiver 2016 : Éditorial — Orgue et cuivre : Un mariage mythique; Quand le jazz rencontre l’orgue; Un sacré tour de France; Tumulte — André Isoir, Quatre fois 20 ans : Bon anniversaire; L’organiste des musiciens; Héritage musical — Bourg d’Oisans : une colonne de lumière — La voix des anches — Patrimoine : Bienne, Un souffle nouveau pour un orgue du XXIe siècle — Entre innovation et tradition — Paroles de compositeurs — Radio-France : Un instrument attachant — Infos en montre, Boîte expressive. Suisse La Tribune de l'orgue R E V U E S U I S S E R O M A N D E , Guy Bovet, CH-2000 Neuchatel, Suisse 67e année, No2, 2015 : Éditorial – La 3e partita en sol mineur de J. S. Bach — Conférence de Joseph Samson au congrès de musique sacrée de Versailles — Antonio Soler : Théorie et pratique du tempérament pour les orgues (I) — Le quart d’heure d’improvisation — La partition du trimestre : Erbarm dich mein, o Herre Gott — Le coin des organistes en paroisse : Accompagnement des cantiques — Histoire du Magazine de l'orgue

Mixtures, numéro 44, mai 2016

— L'orgue Merklin de Martigny et le restaurant « La Pizzeria d'Octodure » — Les voyages de M. Philéas Fogg — À propos du nouvel orgue Goll de la Haute École de Zurich — Actualités. 67e année, No3, 2015 : Éditorial — Mendelssohn vu par Charles-Marie Widor — Voir ce qu'on entend: Xavier Marnier et « L'orage de Fribourg » — La semaine sainte, le Stabat Mater de Rossini et celui de Palestrina — Chuchotements de tribune; Clément Loret, St-Louis d'Antin —Antonio Soler : Théorie et pratique du tempérament pour les orgues (II) — La partition du trimestre: La Marche de Pâques de Jean Balissat — Histoire du Magazine de l'orgue (II) — Le quart d’heure d’improvisation: Harmonisation d'un cantus à la basse — Les voyages de M. Philéas Fogg — Restauration de l'orgue Kuhn de St-Aubin (NE) — Actualités. 67e année, No4, 2015 : Éditorial — Pourquoi faire de nos jours des transcriptions pour orgue — Antonio Soler : Théorie et pratique du tempérament pour les orgues (III) — La partition du trimestre: Requiem de Mozart Dies Iræ — Le quart d’heure d’improvisation: Les Psaumes de Samuel Mareschal — Les voyages de M. Philéas Fogg — Deux intéressants instruments italiens en comparaison, ou la Réforme cécilienne de l'orgue italien entre 1880 et 1910 — Actualités. CANADA Organ Canada / Orgue Canada / JOURNAL BIMENSUEL DU COLLЮGE ROYAL CANADIEN DES ORGANISTES (RCCO/ CRCO), 202-204 St. George Street, Toronto, ON V 28 No 6, November 2015 : Bach’s Organ World — 4th Annual Church and Organ Tour : Guelph, Fergus and Elora, ON — Creative Use of the Metronome — The August Organ : New recital series in Gravenhurst, ON — Sir David Wilcocks (1919-2015) — John Scott (19562015) — Winnipeg Organ Festival — Philip Crozier Recital Tour : 13 recitals in four countries — Remembering Victor Togni : On the 50th anniversary of his death — College News. V 29, No 1, January 2016 : The 1863 Mitchell & Forte Organ of Saint-François-Xavier-de-Brompton : JugetSinclair restores an historic Quebec organ — CIOC Festival : three weeks of organ events in Montreal — Searching for Organs in Peru — Martin Jongsma recital in by Chellan Hoffman — College News. V 29, No 2, March 2016 : Grant Smalley Honoured by the RCCO — The Clifford McAree Scholarship — I Feel the Winds : Celebrating the Organ in Historic Kingston, ON — Observing the English Choral Tradition — Report from the 2015 Morelia Organ Festival in Mexico — in North Germany Recital Tour — CIOC 2017 Jury Chosen — College News. Page 33


ÉTATS-UNIS The Tracker / JOURNAL OF THE ORGAN HISTORICAL SOCIETY (OHS), P.O. Box 26811, Richmond, VA 23261

The Diapason / 3030 W . Salt Creek Lane, Suite 201, Arlington Heights, IL 60005 V 106, No 11, November 2015 : A Conversation with Gabriel Kney: The organbuilder turns 86 — 2015 Musforum Conference: A Muse’s Voice — 2015 Sewanee Church Bird — Feature: Catalina United Methodist Church, Tucson, AR; Quimby, 2015 (IV/P, 92/57) V 106, No 12, December 2015 : Peter Kune at 50 — The Eclectic Landscape of Ride in a High-Speed Train — Feature: First United Methodist Church, Salt Lake City, UT; Bigelow & Co., Opus 38, 2015 (II/P, 55/42)

The American Organist / JOURNAL OF THE AMERICAN GUILD OF ORGANISTS (AGO), 475 Riverside Drive, Suite 1260, New York, NY 10115

V 107, No 1, January 2016 : Performing notes inégales: Evidence from cantates françaises — The Schweitzer Festival moves to Trinity College — Feature: Our Lady of Fatima Church, Lafayette, LA; Kegg, 2015 (III/P, 47/63) V 107, No 2, February 2016 : Remembering Cor Edskes

V 49, No 11, November 2015 : ALCM and ELCA: Called to Be a Living Voice — The History of Organs at the Ballpark — OHS Convention Reviewed — Ryan Kennedy: Rising Still

: A Bibliographic Overview of Selected Editions — Early Organ Composer Anniversaries in 2016 — Feature: Chapel of the Holy Spirit, Christ Church, Glendale, OH; Fisk, Opus 146, 2015 (II/P, 25/26)

V 49, No 12, December 2015 : CAGO Exam Repertoire — AGO Student Commission Project — Sewanee Church Music Conference Wrap-up — Tax Planning for Church Musicians — Russell Weismann : Rising Still

V 107, No 3, March 2016 : Scott Smith Pipe Organs Opus 3: Recreating Skinner Organ Opus 751 — 2015 Indiana University Fall Organ Conference and Alumni Reunion — 2015 Netherlands Organ Academies: Alkmaar and Amsterdam — Ernest M. Skinner Sesquicentennial Conference: April 2016, Evanston, IL — Feature: Church of the Incarnation, Dallas, TX; Noack, Opus 127, 1994/1998/2007/2015 (IV/P, 59/74)

, No 1, January 2016 : CAGO Exam Repertoire — Lighting up the Estey — Planyavsky’s Anton Heiller Biography (Review) — Preschool Organists: Getting an Early Start — Touring Bach’s Organ World — Robert Sutherland Lord and the Sainte-Clotilde Tradition

, No 2, February 2016 : Pipe Dream: IUP Is Home of the Pogorzelski-Yankee Organ — University of Michigan Organ Conference Report: Organ Music of Central Europe — The Lynnwood Farnam Papers — The Child Handel in the Attic — French Organ Music Seminar — PAM: From Dream to Reality

Concerts d’orgue

, No 3, March 2016 : The Breadth and Depth of Sung Catholic Worship — The Austin Chorophone and Austin Jr — UCC Musician Association: 2015 Conference Report — Bach and the Art of Improvisation (Review) — Writing It All In: An Old-fashioned Way to Learn New Music

Consultez la rubrique Concerts à

Quand ? Où ? Qui ? www.fqao.org

, No 4, April 2016 : Increasing Interest in Organ Recitals — The Confeddi Stop: A Historical Perspective —

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Mixtures, numéro 44, mai 2016


Mixtures # 44 (mai 2016)  
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