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Marcel Manville 22 juillet 1922 - 2 dĂŠcembre 1998

2 dĂŠcembre 2013


Marcel Manville (22 juillet 1922 – 2 décembre 1998)

Combattant de la liberté de la dignité et de la libération nationale, authentique révolutionnaire Marcel Manville est né le 22 Juillet 1922 à Trinité. Pendant toute sa vie il a été de tous les combats pour la liberté à travers le Monde. Contre le totalitarisme nazi et la barbarie hitlérienne, il n’hésita pas à quitter la Martinique et à s’engager auprès des forces françaises. Au péril de sa vie et sur un sol étranger, ce jeune Martiniquais volontaire et décidé, compagnon de Frantz FANON, comprenait déjà que le combat pour la liberté était un combat universel. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, il adhéra au Parti Communiste Français où il mena la lutte aux côtés des travailleurs Français. Contre le colonialisme français, il s’engage résolument aux côtés des peuples colonisés en lutte pour leur libération nationale. Son soutien à la lutte du Peuple Vietnamien, des Peuples Africains et du Peuple Algérien, ne s’est jamais démenti. Avocat du Front de Libération National algérien, il paya cette audace par des menaces en tous genres et pour finir par le plastiquage de sa maison à Paris. Il s’est toujours impliqué dans le combat du Peuple Palestinien, spolié de sa terre.

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Fondateur du MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples), il montra par son action militante que le combat pour l’égalité était à mener aussi sur le sol français. Victime de la répression coloniale, interdit de séjour pendant un temps dans son propre pays, Marcel MANVILLE ne baissa jamais les bras dans la lutte de libération nationale et sociale de notre peuple. A la tête du R.E.A (Rassemblement de l’Emigration Antillaise), il été un soutien permanent et un animateur remarquable des luttes de nos compatriotes émigrés. Adhérent du PCM, de par ses convictions, il fut tout naturellement en 1984, un fondateur du PKLS d’où il n’hésita pas à oeuvrer pour le renforcement de la lutte pour l’indépendance de sa patrie. Fondateur et Président du Cercle Frantz FANON, il contribua grandement à la reconnaissance de l’oeuvre immense de celui-ci pour la désaliénation des victimes de l’oppression coloniale. Avec le Cercle Frantz FANON, il contribua à alimenter le débat politique fondamental en le sortant des querelles politiciennes. La haute tenue des colloques du Cercle qu’il animait ainsi que leurs portées internationales en témoignent. Sa connaissance des fronts de lutte de par le monde conférait à ses analyses politiques une dimension considérable et bien utile à la réflexion des militants. Frantz FANON

Avocat illustre, Marcel MANVILLE ne dissociait pas son engagement politique de sa profession. Défenseur des plus humbles, défenseur des causes justes, défenseur des patriotes victimes de la répression mais aussi défenseur de simples victimes innocentes de la barbarie coloniale, il su transformer, à chaque fois que cela s’avérait nécessaire, les prétoires en tribunes d’où il dénonçait inlassablement le caractère colonial, raciste et à l’occasion, fasciste de l’occupation française de ses dernières colonies. Militant communiste acquis à la cause des travailleurs, il participe à bien des combats, dans les prétoires comme dans la rue, pour la reconnaissance des droits de ces derniers contre l’exploitation capitaliste. Dans la vie de tous les jours, il demeurait intraitable dans la lutte pour la dignité de l’homme Martiniquais. «Il faut accrocher son char à une étoile » Cette phrase de Charles-Augustin Sainte-Beuve a été la devise de Marcel Manville , qui le guida toute sa vie. 3


Il nous rapporte que son père lui disait «Il faut accrocher son char à une étoile». Ce fut, tout le temps de son existence, sa devise. En 1943, Marcel MANVILLE a 21 ans. Il se rallie à la France Libre comme aussi Frantz FANON. «Au moment du départ, l’admirable Eléonore FANON, la mère de Frantz, m’avait dit les larmes aux yeux et la voix cassée par l’émotion «Marcel, tu es le plus grand, je te confie Frantz» ,et moi ,les sanglots dans la voix, j’avais quand même deux ans de plus que lui ,de répondre(que faire d’autre) «je le promets ,Mme FANON, je prendrai soin de lui» (évoqué dans son livre «Les Antilles sans fard»). 1943-1945 Campagne de France Marcel MANVILLE fait la douloureuse expérience de la guerre, de sa différence, de l’angoisse de vie, du risque total. Il revient en Martinique et décide un soir de Noël 1945 de la quitter pour faire son droit à Paris. Il prête serment au barreau de Paris en 1947. Sa vie de défense des droits individuels et du droit des peuples à l’autodétermination prend forme. Il défend les travailleurs en lutte pour le respect de leurs droits. Il participe à la défense des seize de Basse-Pointe . Il crée avec d’autres militants le MRAP (Mouvement contre le Racisme et l’Antisémitisme et pour la Paix). Dés 1954 Marcel défend au péril de sa vie les Algériens en lutte pour la libération de leur pays .Il devient avocat international des minorités. Il est aux côtés des Palestiniens. Il intervient dans tous les grands procès relatifs à la décolonisation, comme ceux nous concernant directement (O.J.A.M, GONG, MOGUIDE,ARC etc…). Marcel MANVILLE s’est préoccupé du sort des Antillais déracinés rendus en France par le BUMIDOM notamment. Il crée le REM (Regroupement de l’Emigration Martiniquaise) puis avec des Guadeloupéens le REA (Regroupement de l’Emigration Antillaise). Revenu en Martinique dés après l’immense décision d’un Mémorial Frantz FANON, il a l’initiative de la création du CERCLE FRANTZ FANON. Sont ensuite organisés entre 1982 et 1998 année de sa mort, une suite de congrès séminaires conférences et colloques. Il faut souligner les deux colloques sur le « Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes» et l’historique procès de Christophe Colomb et donc la mise en évidence du génocide des Amérindiens, de la traite et de l’esclavage comme crimes contre l’humanité. 23 et 24 Avril 1998 Célébration de la révolte anti-esclavagiste par un colloque au Conseil Régional. Après ce colloque l’une des tâches de Marcel Manville au nom du Cercle Frantz FANON était d’instruire la requête qui devait être introduite à l’ONU pour faire reconnaitre l’esclavage 4


comme crime contre l’humanité. Marcel Manville a quitté ce monde en pleine défense des libertés au Palais de Justice de Paris . Aujourd’hui rendre hommage à Marcel MANVILLE c’est reprendre à notre compte le SENS ou /et les SENS qu’il donnait à ses engagements militants : - Traquage des aliénations - Repérage des contradictions dans nos sociétés - Mobilisation active pour informer ,former ,conscientiser.

«La grandeur d’un projet pour l’homme ,pour le peuple ,est la quête laborieuse, douloureuse d’une autre maniére de vivre par delà la satisfaction des besoins d’une société de consommation effrénée ,trompeuse ,car la réalité de la misére structurelle est cachée par le décor et le discours. » (Les Antilles Sans Fard)

Rendre hommage à Marcel MANVILLE c’est donc aussi nous alimenter aux sources lui ayant permis de passer au milieu de nous comme Une force Un rempart contre les injustices et pour le droit Un lutteur pour la reconnaissance pour notre Peuple de disposer librement de lui-même. Rien ne nous oblige à nous habituer aux crises qui semblent s’éterniser et dont nous nous déchargeons en haussant les épaules. «Avant de se préoccuper de prestige international on doit redonner dignité à chaque citoyen, meubler les cerveaux, emplir les yeux de choses humaines, développer un panorama humain parce qu’habité par des hommes conscients». Dans son célèbre discours de Lisbonne, en 1998, Marcel Manville cite Aimé Césaire, et l’extrait choisi montre bien la corrélation qu’il y avait entre les deux hommes : «Et alors, un beau jour , c’est le réveil… et un véritable choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets . On s’étonne, on s’indigne, on dit «comme c’est curieux ! mais…bah ! c’est le nazisme, çà passera» , et on attend…et on espère… 5


Oui, il vaut la peine d’étudier cliniquement dans le détail les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme, et de révéler au très distingué,au très humaniste, très chrétien européen du 19ème siècle, qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon. Que si il le vitupère, c’est par manque de logique, et qu’au fond ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’Homme, ce n’est pas l’humiliation de l’Homme en soi, mais c’est le crime contre l’Homme Blanc, c’est l’humiliation de l’Homme Blanc,… et d’avoir appliqué en Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les Coolies de l’Inde, et les Nègres d’Afrique.». Aimé CESAIRE – Discours sur le colonialisme – 1955

Dans un article paru dans le Monde Diplomatique d’Avril 1998, voilà ce que dit Marcel Manville , et qui retrace bien la base de sa lutte pour la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité : «Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse continueront à glorifier le chasseur», dit un vieux proverbe africain, souvent repris par l’écrivain uruguayen Eduardo Galeano. Pour lui, ce qu’on a appelé la «découverte» de l’Amérique par Christophe Colomb a été surtout un «ensevelissement de l’Amérique par l’Europe», avec l’élimination des Indiens et le recours à l’esclavage. La sueur, les larmes, le sang de nos glorieux arrière-grandspères arrachés à leur terre d’Afrique, à leur soleil et à leurs dieux, méritent d’être honorés à jamais. L’esclavage a constitué le premier crime contre l’humanité, avant les martyres des Arméniens, des juifs, des Cambodgiens et des Rwandais : une ponction humaine énorme, étalée sur plusieurs des Arméniens, des juifs, des Cambodgiens et des Rwandais : une ponction humaine énorme, étalée sur plusieurs siècles. «Il y a crime contre l’humanité lorsqu’on tue quelqu’un sous le prétexte qu’il est né», avait expliqué l’académicien français André Frossard, témoignant au procès du tortionnaire nazi Klaus Barbie . La déportation et la traite des trente millions de nègres soumis à l’esclavage pendant plus de trois cents ans aux Amériques doivent être reconnues comme le premier crime contre l’humanité. La France, l’Europe, la communauté internationale, doivent accepter d’en endosser 6


la responsabilité pour qu’enfin, à l’aube du troisième millénaire, cette hémiplégie de la mémoire ne puisse se prolonger. La repentance, qui est de saison actuellement, doit se prolonger en ce qui concerne la communauté noire et les Amérindiens, toujours victimes du mépris et de la discrimination. Mais il s’agit d’aller plus loin. Nous ne saurions, cinq siècles après Christophe Colomb, nous contenter d’une macération morose du passé, alors que nous avons une tâche immense à accomplir, nous par exemple Antillais, encore souvent considérés comme les «bâtards» de l’Europe et de l’Afrique. L’esclavage a été aboli il y a cent cinquante ans, mais par-delà les frictions juridiques, les hommes restent encore colonisés … Frantz Fanon, l’auteur martiniquais des «Damnés de la terre», celui que les intellectuels du monde ont placé parmi les cinquante aiguillères de la pensée de ce siècle finissant, à côté d’Albert Camus, de Jean-Paul Sartre, de Paul Valéry, nous le rappelait dans son testament politique et moral : «Il faut faire peau neuve, développer une pensée neuve, tenter de mettre sur pied un homme neuf pour que cesse à jamais l’asservissement de l’homme par l’homme.» Frantz Fanon reste une source pérenne pour tous ceux qui, à travers le monde, ne veulent pas être comptables des désertions de l’espérance, de la servitude morale, de la résignation, du repli sur soi, pour tous ceux qui veulent affronter l’avenir et accéder à la souveraineté politique. Il faut donner au peuple la parole de feu. Nous continuerons à marcher la nuit, le jour, à la recherche de l’homme, comme aimait à le dire Frantz Fanon, mon compagnon de lutte et d’espérance. Les Antilles et la Guyane, en dépit de la loi du 16 mars 1946 qui a érigé ces trois territoires coloniaux en départements d’Amérique, n’ont pas accédé à la majorité politique. Il ne s’agit pas, comme nous le faisons trop souvent, d’imputer à l’Etat français la seule responsabilité de cet anachronisme». Sources : Montraykreol.com Cercle Frantz FANON Pkls.org Marcel Manville, dans son livre «Les Antilles sans fard» (1993) nous livre sa vision de ces anciennes colonies qu’il appelle «les lambeaux palpitants de la France sous les tropiques». Une sorte de bilan qui résulte de la maîtrise, sans concession qu’il avait de l’Histoire des Antilles, non sans nous livrer des «lucioles d’esperance». «Une propagande habile a trop longtemps masqué la réalité du problème colonial aux Antilles et en Guyane. Il faut, avec courage, ne plus masquer la vérité et détruire les chromos d’une littérature inspirée par le seul souci de maintenir l’ordre du maître. Cette autopsie d’un colonisé voudrait permettre aussi la compréhension des flux et reflux de notre mouvement de libération nationale.» 7


«Industrialiser la Martinique, comme la Guadeloupe ou la Guyane, c’est créer les conditions de l’indépendance économique si l’on va jusqu’au bout du projet. Mais cette indépendance économique, ce début d’autosuffisance entraîne nécéssairement l’autodétermination politique. Faute de quoi, la novation économique va se heurter avec fracas aux intérês nationaux français puisque la nation dominante doit écouler les produits fabriqués dans le territoire sous tutelle. L’état français deviendrait alors comme ces animaux préhistoiques qui, en marchant, se mangeaient les pieds pour mourir dans la sédentarité. Le pouvoir colonial n’est jamais suicidaire. Il ne va pas créer ici aux Antilles et en Guyane les conditions objectives pour que nos produits nationaux fabriqués sur place entrent dans une compétition sans merci avec les produits qui viennent de France. D’autre part, toute politique économique, pour être viable aux Antilles, doit au préalable détruire les structures arriérées qui sont restées à peu près les mêmes, depuis l’époque du Code Noir et du Pacte de Colbert, avec évidemment les amodiations, les adaptations imposées par la nécessité de suivre le processus de l’Histoire qui ne remonte pas la pente, un peu à l’image de l’eau qui descend la rivière, suivant la même et irréversible direction. Alors, par peur de ce qu’ils appellent l’Aventure, mais qui n’est que la vie, les gouvernants français sont devenus comme ces tirailleurs des combats d’arrière-garde qui voudraient empêcher l’irréparable : en un mot, arrêter le temps tandis que leurs relais sur place sont devenus des morts vivants, des hommes qui ne pensent plus pour eux mais qui sont devenus des gérants d’un système dont ils sont les victimes à cause de leur refus et de leur désertion.»

Espoir à tout prix ... «Nous sommes prêts, à partir du moment où le pouvoir français reconnaît nos droits nationaaux fondamentaux et, par voie de conséquence, notre droit à la libre disposition, à envisager des rapportspréferentiels avec l’ancienne administration tutrice ; Mais ces rapports devraient être débarrasés de toute sujétion coloniale ou néo-coloniale.»

© Service Communication - Impression Service Mécanographie Ville de Fort-de-France - Décembre 2013

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Marcel Manville