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SOLJKAT

population démunie comme celle-là. Le soljkat sortit sans un mot, il fixa le ciel. Il sentit sur lui toute la crasse que pouvait contenir un dégueulis. Oui, il était un héros dans toute sa splendeur. Le colocnik en avait ras la bedaine de ce pays pourri. Il faisait trop chaud, il faisait trop humide, il y avait trop de mouches et il n’y avait pas de fichu climatiseur ! Il sortit de sa poche un petit mouchoir afin d’éponger toute la superficie qu’offrait son gros front dégoulinant de sueur. Déblatérer tout ce blablah de merde à ces petits soljkats l’avait exténué. Pour se féliciter, il tendit son bras afin d’attraper son chocolat cacao 95% qu’il aimait tant et ainsi se revigorer. Avec ses doigts d’ogre, il explosa la plaque d’un coup et décima un tiers du chocolat en un battement de cils. Il manqua de s’étouffer en se remémorant avoir employé le mot « héros » tout à l’heure. Il fut sujet à de violentes secousses qui firent trembler toute sa graisse de haut en bas. Il riait. Mais qui croyait encore à des idioties pareilles ? L’ordre de démolir la partie est de la ville lui avait été donné hier par ses supérieurs. Franchement, un civil de moins, un civil de plus, qu’est-ce qu’on s’en foutait tant qu’on obtenait rapidement les terres et de surcroît qu’on rentrait encore plus vite à la maison ! Le colocnik se sentait encore plus exténué à l’idée de devoir expliquer les incidents aux yournalors, qui, il le sait, feront leur apparition d’ici peu. Il grogna, se leva, empoigna le téléphone et informa ses supérieurs de la situation. Le yournalor arriva sur les lieux, environ, vers quatre heures de l’aprèsmidi. De toute sa carrière, il n’avait jamais vu pareille scène. Un vrai carnage. Un chantier. Une boucherie humaine. Il fit signe à son caméraman de filmer sur le champ. Ces images atroces devaient faire le tour de son pays. Maintenant, il ne lui restait plus qu’à trouver une histoire. Oui, il avait pris l’habitude de broder de jolis contes. Le yournalor aperçut le beau bout de gras qui déblatérait déjà devant une multitude de ses confrères. Il s’approcha du colocnik et récolta le maximum d’informations qu’il put : les partisans du predktator ont attaqué leur propre population. En prenant soin - 73 -

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Prix littéraire "Alain Decaux" de la Francophonie - 5e édition  

Recueil des nouvelles primées, publié à l'occasion de la 5e édition du Prix Littéraire "Alain Decaux" de la Francophonie. Sont publiés dans...

Prix littéraire "Alain Decaux" de la Francophonie - 5e édition  

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