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LA VILLE DE TRAYAN

passe à côté de moi. J’habite près du pont Drvenija. Pendant l’été, le pont est un pont normal, les gens passent du côté gauche, et du côté droit. Mais, en septembre, Drvenija est rempli de livres. Si on veut acheter un vieux livre, c’est là-bas que l’on va le chercher. C’est chaotique à Drvenija en septembre, les vendeurs crient: « Les livres ! Physiques, mathématiques, pour le lycée, pour le collège ! Achetez les livres ! » Le tramway arrive. Il est vide et je choisis une place à côté de la fenêtre. Il fait du bruit quand il démarre. La ville commence à bouger derrière la vitre. Je vois les petites rues qui montent dans les mahala, les vieux petits quartiers, avec des petites maisons qui sont toutes construites les unes à côté des autres et beaucoup de petites mosquées. Je vois l’Hôtel de ville et les ouvriers qui peignent la nouvelle façade. Je n’ai jamais vu la façade originale, parce que l’Hôtel de ville a été brulé pendant la guerre, tous les livres importants et les documents historiques sont partis en fumée. On le rénove depuis la fin de la guerre. Le tramway passe à côté de l’église orthodoxe et puis à côté de la Cathédrale catholique. Un groupe de vieilles dames vient de sortir de la messe. Je regarde le marché Markale, puis le Flamme éternelle, la rue Titova, des millions de personnes qui passent. Bon, pas un million. Il n’y a pas un million d’habitants à Sarajevo. J’arrive à la station près du musée national. C’est un beau bâtiment, jaune avec des décorations blanches, de l’époque austrohongroise. A l’intérieur, on y garde l’Hagada juive de Sarajevo. Le musée est fermé depuis quelques mois. Je ne comprends pas pourquoi. C’est quelque chose à propos de la loi et l’économie, et c’est pas mon domaine. Je suis artiste. Je vois une foule de personnes qui proteste devant la porte du musée. Ils veulent qu’on l’ouvre, pour que les élèves puissent le visiter avec leurs institutrices, pour que les vieux puissent observer les plantes dans le jardin botanique. Pour qu’on ne soit pas une capitale qui ferme ses institutions culturelles et ouvre des centres commerciaux. - 27 -

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Prix littéraire "Alain Decaux" de la Francophonie - 5e édition  

Recueil des nouvelles primées, publié à l'occasion de la 5e édition du Prix Littéraire "Alain Decaux" de la Francophonie. Sont publiés dans...

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