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SAMEDI 30 JANVIER

On lui conseilla d’essayer d’en savoir un peu plus. Un salarié de l’association viendrait rencontrer son fils si la demande d’accompagnement se confirmait. Elle remercia et raccrocha. Restait le plus difficile à accomplir : en parler à son fils. Lui avouer qu’elle en avait parlé au médecin. Lui expliquer le coup de fil à l’association et les questions auxquelles il allait devoir répondre. Ensuite, ce serait à lui de décider. Ils discutaient depuis une heure déjà. Au début, ça s’était très mal passé : il avait mal pris le fait que sa mère en ait parlé au médecin. Une trahison qui l’avait instantanément blessé, comme un coup de griffe inattendu. Non seulement sa mère ne faisait rien pour lui, mais elle balançait son secret au premier venu. Heureusement qu’il ne s’était pas laissé aller à tout lui dire ! Le ton était encore monté quand elle avait avoué avoir téléphoné à une association d’enfants de détenus. Il était fou de rage ! Qu’elle ait pu imaginer parler de sa situation à des étrangers ! Il n’était pas un enfant de détenu, il ne voulait en aucun cas que l’on s’occupe de lui sous ce statut. Il était lui et n’avait rien à voir —absolument RIEN- avec l’Autre. Il avait tout de même fini par se calmer et être attentif au résumé qu’elle lui avait fait concernant l’association. Il avait même posé des questions, écouté avec intérêt les réponses. Après un long silence, il avait dit « j’ai besoin de réfléchir » et il était sorti de la maison. N’était revenu que le soir. Elle avait eu très peur d’autant que son portable était éteint. Il était parti droit devant lui ne visualisant rien du chemin emprunté, des jardins et des murs qu’il avait longés. Une voiture avait dû freiner sec pour l’éviter alors qu’il s’était pratiquement jeté sous ses roues. Le conducteur l’avait sans doute insulté. Aucun son, aucune image, rien de l’extérieur ne l’imprégnait ; il était aveugle et sourd, uniquement replié dans sa tête comme un fœtus dans le ventre de sa mère. Son cerveau bouillonnait, et lui se trouvait emporté dans cette marmite. Il avait laissé derrière lui le centre social puis le centre commercial et enfin le centre tout court.

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Prix littéraire "Alain Decaux" de la Francophonie - 5e édition  

Recueil des nouvelles primées, publié à l'occasion de la 5e édition du Prix Littéraire "Alain Decaux" de la Francophonie. Sont publiés dans...

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