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JOURNAL DE GUILÉ « R ESPONSIBILITY

EDITORIAL Chers lecteurs, Dans ce second numéro du Journal de Guilé, nous vous proposons de continuer à explorer la responsabilité d’entreprise; c’est l’initiative du Global Compact des Nations Unies qui dessine principalement, depuis 10 ans déjà, les repères globaux en la matière. En juin dernier, lors du sommet fêtant son dixième anniversaire, le Global Compact a annoncé ses ambitions pour la prochaine décennie : 20'000 entreprises signataires contre quelque 5'300 à ce jour. Si, dans les pays développés, la plupart des grandes sociétés sont déjà des membres actifs du Global Compact, les investisseurs responsables doivent prodiguer un effort soutenu pour encourager, à travers le dialogue permanent, les entreprises des pays émergents à signer cet engagement. C’est, en effet, en pleine croissance économique que des mesures doivent être prises pour tendre vers une gestion sociale et environnementale saine, pour lutter contre une corruption contre-productive dans les pays les plus sensibles et fragiles, faute de quoi les débordements se paieront cher par la suite lorsque la concurrence, et de plus en plus les législations, obligeront les entreprises de ces pays à adopter urgemment des pratiques responsables auxquelles elles ne se seront pas préparées. De nombreux investisseurs ont aujourd’hui une part de leur portefeuille dédiée aux marchés émergents et cet investissement devrait être géré avec prudence et responsabilité pour ne pas subir un sérieux retournement de profitabilité. La signature du Global Compact engendre une obligation majeure pour l’entreprise : la publication d’un rapport annuel sur les objectifs fixés et les progrès accomplis, pendant l’année, dans chacun des 10 principes

CREATES VALUE

(évoqués dans le premier numéro du Journal et qui couvrent les droits de l’homme, le droit du travail, l’environnement et la lutte contre la corruption). Ce rapport est parfois intégré dans le rapport annuel usuel de la société, parfois édité de façon dissociée. Cette pratique a mis ainsi fin à l’omnipotence des seuls résultats financiers pour faire apparaître, aux yeux de toutes les parties prenantes d’une entreprise, des résultats annuels en termes de responsabilité sociale, environnementale et de lutte contre la corruption - variables qui ont un impact aussi puissant sur la réputation et l’avenir économique d’une société que ses marges opérationnelles brutes ou son ratio d’endettement ! Le COP (Communication On Progress), est le rapport annuel exigé des signataires du Global Compact. L’analyse du COP sert de base de travail à l’équipe d’engagement de Guilé lorsqu’elle dialogue avec les entreprises signataires au nom des actionnaires. C’est ainsi que s’engagent des échanges pragmatiques, entre les actionnaires et la société, sur des sujets comme la gestion responsable des chaînes de fournisseurs (voir l’article p. 3). Pour les sociétés des pays émergents par contre, l’effort de dialogue porte principalement sur la signature du Global Compact et l’engagement à communiquer chaque année le rapport sur les progrès accomplis et les objectifs d’amélioration (COP). Guilé organise le 7 octobre prochain une première réunion d’investisseurs exclusivement dédiée aux éléments extra-financiers : c’est Nestlé, un des premiers signataires et leader du Global Compact, qui viendra témoigner, auprès des caisses de pensions et autres investisseurs, de l’impact que peuvent avoir ces actionnaires, à travers un engagement constructif, sur sa responsabilité d’entreprise. Bonne lecture.

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Septembre 2010

SOMMAIRE ENGAGEMENT ACTIONNARIAL OU « BEST IN CLASS » Deux approches complémentaires LA RAPPORT ANNUEL DE RESPONSABILITÉ D’ENTREPRISE Le rapport annuel sur la gestion de la responsabilité d’entreprise est devenu un outil précieux et indispensable JUSQU’OÙ DOIT ALLER LA RESPONSABILITÉ D’UNE ENTREPRISE ? Les sociétés doivent souvent désormais répondre des actes de toute leur chaîne de valeur CAISSES DE PENSIONS: REGARD D’UN CONSULTANT Graziano Lusenti nous livre son point de vue sur l’ISR au sein des caisses de pensions suisses INTERVIEW

ENGAGEMENT ACTIONNARIAL OU « BEST IN CLASS » Etat des lieux de deux approches différentes en matière d’Investissement Socialement Responsable L’origine de l’activisme actionnarial remonte aux années ’30, lorsqu’un ouvrage1 crée la polémique en déclarant que les actionnaires des firmes cotées ont perdu le contrôle au profit de leurs dirigeants. Mais son essor date des années ’80 lors des nombreux votes en assemblées générales qui ont obligé des centaines d’entreprises américaines à se retirer de l’Afrique du Sud de l’Apartheid. (suite page 2)


L’engagement (ou activisme) actionnarial vise donc à orienter le comportement de l’entreprise vers un niveau de responsabilité plus élevé, afin de prendre en compte les intérêts de toutes les parties prenantes dans toute la chaîne de valeur. L’approche « best in class » favorise quant à elle une allocation du capital aux sociétés jugées les meilleurs élèves selon un certain nombre de critères de responsabilité. Elle valorise et sélectionne les entreprises les plus avancées selon des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance. Même si l’objectif ultime est commun adopter une stratégie d’investissement intégrant le développement durable – le processus et donc les moyens à mettre en œuvre diffèrent beaucoup. Pour le «best in class» l’effort réside essentiellement dans l’analyse globale des entreprises et dans la méthode de sélection des meilleurs (en absolu ou par secteur, selon quelle proportion, etc.). L’efficacité de l’engagement repose quant à lui sur la capacité d’entamer un dialogue direct et régulier, auprès des entreprises, sur des points spécifiques. Mais chacune des méthodes peut trouver sa place dans un portefeuille. Les investisseurs institutionnels sont naturellement les principaux acteurs de l’ISR parce qu’ils ont l’obligation fiduciaire d’une gestion à long terme, qui nécessite forcément la prise en compte des éléments plus larges que les seuls critères financiers. Par ailleurs les différentes réglementations tendent de manière croissante à exiger des institutions de prévoyance l’intégration des facteurs extra-financiers dans les décisions d’investissement, ainsi que l’exercice des droits de vote. Certains estiment d’ailleurs que l’actionnariat et l’investissement responsable deviendront la norme pour les caisses de pensions d’ici 20202. Aujourd’hui, la part croissante de stratégies d’investissement répliquant des indices de référence sera indéniablement une source de croissance pour les approches d’engagement, puisque la qualité des sousjacents n’y est pas un critère de choix. En revanche l’engagement permet

d’agir sur les mauvais élèves. En termes géographiques, les investissements dans les pays émergents sont très propices à l’application d’un engagement. En effet, les faibles pratiques responsables d’une majorité d’entreprises de ces régions ne permettent pas de mettre en œuvre une approche « best in class » mais il est possible d’obtenir des améliorations significatives au travers d’un dialogue et d’un accompagnement constructif. 1 B e r l e s & M e a n s , The Modern Corporation and Private Property, 1932 2 Financial Times, Reponsible investing nears a tipping point, juillet 2010

RAPPORT ANNUEL DE RESPONSABILITÉ D’ENTREPRISE Entre un outil indispensable pour intégrer les variables ESG et un instrument de pur marketing, le reporting sur la responsabilité est en pleine maturation. Les premiers débats sur le reporting, aux Etats-Unis et en Europe dans les années ’60-’70, ont été déclenchés par une prise de conscience des responsabilités que ne pouvaient assumer les gouvernements et qui devaient l’être par le monde des affaires. Les premiers rapports ou bilans sociaux, puis plus tard environnementaux, sont apparus ainsi. Dans les années ’80, des fonds éthiques anglo-saxons ont commencé à imposer des standards sociaux et éthiques pour leurs choix d’investissement. C’est toutefois seulement à partir des années ’90 que les rapports de responsabilité d’entreprise ont commencé à fleurir, avec une couverture beaucoup plus complète des défis à relever pour répondre à certaines exigences légales, mais aussi aux attentes des parties prenantes de l’entreprise. En 1997 la coalition américaine CERES pour des économies environnemen-

tales responsables, ainsi que le programme des Nations Unies pour l’environnement (UNEP) ont lancé l’initiative GRI – Global Reporting Initiative – un ensemble de directives pour que les entreprises communiquent sur les aspects économiques mais également environnementaux et sociaux. En 2000 les Nations Unies ont créé l’initiative du Global Compact pour encourager la responsabilité d’entreprise et la transparence de l’information sur 10 principes fondamentaux. Ces deux initiatives ont créé un partenariat cette année afin de promouvoir, auprès des sociétés, un cadre unique de communication, complet et homogène. C’est bien sur ce point que l’effort est à faire, sur la communication pertinente et transparente des entreprises, car c’est le seul moyen, pour nous investisseurs et pour toutes les parties prenantes de ces sociétés, de pouvoir juger des politiques et stratégies durables d’une entreprise voire de les influencer. C’est pourquoi le COP (Communication On Progress), le rapport annuel exigé des signataires du Global Compact pour communiquer à leurs parties prenantes les progrès réalisés et les objectifs de la société dans chacun des dix principes de l’initiative, est particulièrement important. Il y a plusieurs dizaines de milliers de multinationales dans le monde, et malgré les quelques milliers qui désormais jouent le jeu de la transparence et de l’information, beaucoup reste à faire. La réflexion porte essentiellement sur la nécessité ou non de rendre ces rapports légalement obligatoires et quelle structure leur donner pour ne pas nous inonder d’informations mais identifier celles qui sont pertinentes pour l’entreprise et pour ses résultats financiers. Le temps où l’on pouvait considérer cette communication comme une propagande au bénéfice de l’entreprise a bien l’air dépassé ; autant les entreprises que les investisseurs et bon nombre d’analystes ont compris que l’évaluation de la valeur d’une société passe désormais aussi par ces informations.


JUSQU’OÙ DOIT ALLER LA RESPONSABILITÉ D’UNE ENTREPRISE? Au cours des dernières décennies, les chaînes de fournisseurs ont connu une croissance exponentielle en volume et en complexité. L’ouverture des marchés a permis aux entreprises occidentales de sous-traiter et de s’approvisionner auprès de fournisseurs de pays émergents, voire d’y délocaliser leur production, avec à la clé un gain substantiel en rentabilité et en valeur actionnariale. Cette évolution aura même pu contribuer, dans une certaine mesure, au développement économique et social de ces pays fournisseurs. Néanmoins de vives préoccupations ont émergé quant aux mauvaises conditions sociales et environnementales qui règnent dans ces chaînes de fournisseurs. En parallèle, les entreprises ont commencé à intégrer le fait que leur produit ou service avait un impact au-delà de leur sphère d’influence directe (l’entreprise intra muros). Elles se sont alors mises à soigner et à promouvoir, dans toute cette nouvelle chaîne de valeur (voir schéma ci-contre), les questions sociales et écologiques qui étaient historiquement hors du champ de leur responsabilité et de leurs compétences. La gestion active de ces défis, dans la chaîne de valeur, peut en réalité offrir de nouvelles opportunités commerciales aux entreprises. De même que si elles ne réussissent pas à appréhender ces difficultés, même les plus grandes sociétés peuvent subir d’importants dommages opérationnels et prendre un énorme risque de réputation qui discréditerait l’ensemble de leur engagement vis-à-vis de la responsabilité d’entreprise. Le Global Compact des Nations Unies (la plus grande initiative mondiale d’autorégulation abordée dans le Journal de Guilé de juillet) appelle activement ses membres à promouvoir le Pacte à travers la diffusion des bonnes pratiques de responsabilité à tous leurs partenaires, pairs, clients, consommateurs et au public en général.

L’équipe d’engagement de Guilé a constaté que de plus en plus de sociétés publient des informations sur les standards qui sont pertinents dans leur chaine d’approvisionnement (par exemple le Heineken Supplier Code ou le H&M Code of Ethics for Business Partners). Pourtant, les rapports de Communication sur le Progrès (COP, le rapport annuel exigé des signataires du Global Compact) restent vagues sur la façon dont les standards sont implémentés chez leurs fournisseurs et réellement gérés à travers la chaine de valeur.

ou conjointes entre entreprises sont nécessaires, afin de faire appliquer les mêmes normes, étiquettes de produits ou systèmes de surveillance à ces parties prenantes en bout de chaine. À travers des exemples de bonnes pratiques et des mises en évidence de possibilités d'amélioration, les équipes d’engagement, comme Guilé, dialoguent avec les entreprises pour trouver des moyens de mieux gérer ces risques et ces opportunités dans leur chaine de valeur.

Souvent on ne comprend pas clairement comment les entreprises informent leurs clients ou encore comment la conformité aux standards est appliquée et surveillée auprès des fournisseurs et partenaires commerciaux.

Quelques exemples qui illustrent la sphère « étendue » de responsabilité:

Nos discussions avec de nombreux responsables d’entreprises, depuis plusieurs années, ont confirmé ces observations : alors que les sociétés savent généralement bien gérer leurs propres opérations, elles font face à des défis réels dans la gestion des questions durables dans leur chaine de valeur. La raison principale réside dans le fait que ces grandes entreprises ont des milliers de fournisseurs, de partenaires commerciaux et de clients et qu’elles n’ont souvent que peu d’influence sur leur comportement. Par conséquent, des activités coordonnées

- Nike a dû faire face à une vive critique pour avoir fabriqué des ballons de foot dans des usines, au Cambodge et au Pakistan, qui faisaient travailler des enfants ; - Siemens a dû mettre en place un véritable système de gestion de ses fournisseurs car la société en compte plus de 30’000 dans 177 pays ; -SABMiller et le WWF ont découvert que plus de 90 % de l’eau consommée par la production de bière était utilisée pour la phase de culture des plants, et qu'il existait des variations importantes de la quantité totale d'eau utilisée selon les plantations des différents pays.


RÉPONSES D’UN CONSULTANT À QUELQUES QUESTIONS QUI DÉRANGENT Graziano LUSENTI

Dr. sc. polit., expert diplômé en assurances de pensions, Conseiller stratégique pour investisseurs institutionnels, fondateur et managing partner, Lusenti Partners LLC, Nyon, g.lusenti@lusenti-partners.ch Journal de Guilé (JdG) : Quelle est l’ampleur et la nature des placements des institutions de prévoyance helvétiques avec les critères du développement responsable ? Graziano Lusenti (GL) : Les résultats d’une enquête sur les placements avec les principes du développement durable de la part des institutions de prévoyance suisses, publiés en octobre 2009*, suggèrent que la proportion des caisses de pension qui appliquent de tels critères dans leur gestion s’élève à seulement 20% ou 25% environ, et qu’elle est particulièrement élevée parmi les caisses publiques et en Suisse romande. Les placements durables privilégient les aspects de l’écologie et de l’efficience énergétique, mais attachent une importance à peine moindre à la réalisation d’une performance appropriée (même si le critère de la rentabilité ne paraît pas dominant ou déterminant), ainsi qu’à la dimension éthique (lutte contre la corruption, etc.) ou à celle des droits humains. Nos données suggèrent que les principes du développement ne se sont pas (encore) largement imposés dans les placements des caisses de pension suisses et qu’il existe donc un potentiel important d’extension des placements de ce type. JdG : Les coûts de gestion ne sont-ils pas disproportionnés pour ces produits, n’assiste-t-on pas à l’émergence d’une véritable bulle spéculative dont profitent en premier lieu les asset managers, mais pas les investisseurs, l’environnement ou la société civile ?

GL : Il est vrai qu’on observe une hausse de la proportion des actifs gérés avec les critères du développement durable, croissance qui sans nul doute se poursuivra à l’avenir, ce qui fait de cette approche de gestion un véritable domaine de croissance – ce qui n’a évidemment pas échappé aux banques et autres gérants de fortune, confrontés par ailleurs à une stagnation ou à une baisse de leur volume d’activités. L’investisseur est donc bien inspiré de regarder de très près les différents postes de coûts – mais cela est vrai de tous les produits et services de gestion. Un examen attentif ne suggère pas que les coûts sont considérablement supérieurs à ceux des produits traditionnels, et il existe même désormais des produits indiciels sur indices spécifiques au développement durable. En revanche, il est indéniable que pour une caisse de pension la mise en œuvre de la gestion avec des critères durables s’avère plus complexe – et donc plus onéreuse – parce qu’il y a davantage de contrôles à réaliser, que le screening des placements est plus complexe, que le nombre d’intervenants s’accroît, etc. JdG : Certains font valoir que les plus grandes entreprises appliquent déjà de manière extensive les critères du développement durables et que dès lors, il ne serait guère nécessaire de distinguer entre les bonnes entreprises et les autres ; qu’en pensez-vous ? GL : Il est vrai, nombre d’entreprises de grande taille, parmi les plus profitables, appliquent de manière exemplaire les principes du développement durable. Il n’en demeure pas moins qu’il reste de nombreuses sociétés qui gagnent beaucoup d’argent en polluant, en foulant aux pieds les droits humains (travail des enfants, etc.), en recourant

systématiquement à la corruption, en conservant des structures de rémunération iniques, etc. On peut supposer que d’ici 20 ou 10 ans, l’examen de ces critères par les analystes sera aussi important que les seuls critères financiers. Mais d’ici là, il est certainement nécessaire et judicieux d’accompagner ou d’accélérer les mutations de certains…. JdG : Réaliser des placements dits responsables, n’est-ce pas une manière de se donner une bonne conscience capitaliste ? GL : Nous avons observé dans notre étude* que les critères qui incitent les institutions de prévoyance à effectuer des placements durables ne sont pas seulement financiers, mais également éthiques, philosophiques. C’est un fait que de nombreux institutionnels peinent à identifier, à mesurer les résultats de leurs efforts et de la mise en œuvre de leurs principes, surtout lorsque l’impact des placements est plutôt indirect, comme c’est le cas du respect des droits humains, par exemple. D’un autre côté, les défis auxquels est confrontée notre époque dans les domaines du développement, des droits humains, de l’utilisation efficace et parcimonieuse des ressources, du réchauffement climatique, ne méritent-ils pas que des efforts conséquents soient consentis par ces investisseurs à long terme que sont les caisses de pension, pour que les prochaines générations d’actifs, de retraités, de veufs et d’orphelins bénéficient aussi de conditions de vie décentes ? * Swiss Institutional Survey, 13ème édition, www.institutionalsurvey.ch

Journal publié par de Pury Pictet Turrettini & Cie S.A. Fonds Guilé 12 rue de la Corraterie - 1204 Genève - +41 22 317 00 30 Contacts: Mme Doris Rochat (rochat@ppt.ch) et M. Melchior de Muralt - www.ppt.ch La Fondation Guilé - Domaine de Guilé - Route du Mont Renaud 19-21 2926 Boncourt - www.guile.net Parution: 20 août 2010


Journal de Guilé