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JOURNAL DE GUILÉ « R ESPONSIBILITY

CREATES VALUE

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EDITORIAL Chers lecteurs, La fonction de CFO est au cœur d’une récente étude commandée par Deloitte1. Chief Financial Officer, Directeur des Finances, ou encore « la personne assise à la droite du CEO ». Celui ou celle qui remplit cette fonction joue un rôle central depuis la nuit des temps modernes, et ce rôle a encore pris de l’ampleur depuis que les entreprises sont cotées et qu’elles doivent informer, et rendre des comptes (expression adéquate s’il en est) à leurs actionnaires. C’est ainsi que le CFO est devenu, aux côtés de l’Investor Relations, la personne de contact des analystes financiers qui choisissent avec méthodologie les sociétés dans lesquelles vous allez placer votre fortune. Le CFO a une fonction-clé en interne, au centre décisionnel de la Direction et des responsables de la stratégie opérationnelle, et il est aussi un pivot majeur entre les propriétaires de la société (actionnaires) et ses dirigeants. L’étude a interrogé plus de 208 Directeurs financiers de grandes entreprises (> $2 milliards recettes, $17 milliards en moyenne) dans 10 grands pays à travers 15 industries. Il est très intéressant de voir dans quelle mesure cette fonction – cruciale - intègre aujourd’hui les enjeux de développement durable dans son cahier des charges et dans son périmètre de pouvoir (graphique ci-contre) : 71% d’entre eux déclarent être déjà engagés dans la stratégie de développement durable et dans la gouvernance de l’entreprise. Par ailleurs 58% des CFOs interrogés s’attendent à ce que cette implication augmente dans les deux prochaines années. Et pour cause. Un CFO est directement concerné par le suivi des risques

Décembre 2011

SOMMAIRE dans l’entreprise. Or les législations et régulations grossissent à vue d’œil dans le domaine du développement durable, avec des impacts financiers potentiellement énormes qui pourraient en découler : les autorités, partout dans le monde, poussent vers une régulation dans la lutte contre la corruption, dans l’utilisation efficiente des ressources et dans le respect des droits de l’homme. Autant de domaines où la moindre nouvelle mesure contraignante peut avoir un impact considérable sur les risques, et donc les bénéfices, d’une multinationale! L’état actuel de l’économie mondiale capte l’attention, générale et souvent paniquée, des marchés; pourtant une période succède à une autre de façon aussi certaine que les saisons - même si le calendrier est par contre … plus aléatoire - et lorsque la croissance sera à nouveau au cœur de la dynamique, les règles du jeu pour pouvoir en tirer profit auront peutêtre en partie changé. Les CFOs les plus conscients de cet avenir-là sont ceux qui, aujourd’hui déjà, contribuent à gérer les risques (coûts ET investissements) de l’efficience énergétique, des conditions de travail dans la chaîne d’approvisionnement, du niveau de formation, de la lutte contre la corruption dans l’acquisition des matériaux de base, etc. car ainsi ils prennent l’opportunité d’une longueur d’avance décisive pour la compétitivité de leur société.

EDITORIAL Le CFO et les enjeux de développement durable, un défi de plus pour cette fonction cruciale LA RESPONSABILITÉ DES MAISONS MÈRES ENVERS LES ACTES DE LEURS FILIALES Une cinquantaine d’ONG réclame une législation de la part du Conseil Fédéral et du Parlement L’INTÉRÊT DES MARCHÉS FINANCIERS POUR LES INFORMATIONS NON FINANCIÈRES Alors que les rapports de Responsabilité d’entreprise deviennent monnaie courante, quel est leur intérêt pour les investisseurs? EMPREINTE EAU : NOUVEAUX INDICATEURS DE L’OR BLEU La gestion de l’eau devient une priorité pour le développement de bon nombre d’entreprises Si les entreprises évoluent vite sous la pression de la concurrence et de la régulation, qu’en est-il des investisseurs de ces sociétés? Savezvous si vos gérants abordent systématiquement, avec les CFOs qu’ils rencontrent, ces enjeux qui feront partie intégrante de vos performances patrimoniales dans une gestion à long terme? Bonne lecture, Doris Rochat Monnier

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Sustainable Finance « The risks and opportunities that (some) CFOs are overlooking © Deloitte Global Services Limited


LA RESPONSABILITÉ DES MAISONS MÈRES ENVERS LES ACTES DE LEURS FILIALES Une cinquantaine d’organisations (ONG) exigent en Suisse, du Conseil Fédéral et du Parlement, une législation pour obliger les multinationales basées dans notre pays à faire respecter les droits humains et l’environnement à leurs filiales étrangères. Nous avons déjà décrit le pouvoir que la libéralisation des marchés a mis en mains des entreprises transnationales. La majorité des plus grandes économies mondiales ne sont plus aujourd’hui « incarnées » par des pays mais par ces multinationales (comparaison respectivement du Produit National Brut et du chiffre d’affaires): l’activité des multinationales représente les 2/3 du commerce mondial (stat. UNCTAD). Au niveau mondial, le nombre de sociétés mères (possédant 50% ou plus d’une autre société affiliée) est passé de 6’000 à 82’000 entre 1967 et 2009, et le nombre de leurs filiales à l’étranger est passé de 27’000 à plus de 800’000 ces trente dernières années1. Or il paraît que la Suisse détient «le record mondial en matière de concentration de multinationales par habitant»2. Normal dès lors d’analyser ce que notre pays pourrait mettre en œuvre dans le cadre des enjeux de développement durable dans les filiales des grandes multinationales qui « habitent » chez nous …

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Nombre de multinationales ont longtemps considéré le respect des Droits de l’homme et de l’environnement au sein de leurs filiales étrangères comme étant du seul ressort de celles-ci et du pays qui les héberge. Les ONG, les grandes instances internationales puis enfin l’œil du public ont toutefois contraint ces sociétés à une prise de conscience (de leur responsabilité) étendue à toute leur chaîne de valeur. Il n’existe toutefois toujours pas de cadre légal contraignant ces entreprises, qui ont des ramifications mondiales, à répondre légalement, au siège, des

agissements de leurs filiales, et/ou à y dédommager le cas échéant les parties prenantes spoliées à l’étranger. Les ONG à l’origine de cette initiative aimeraient qu’une maison mère gère les activités de ses filiales afin qu’elles respectent les droits de l’homme et l’environnement, et qu’en cas de mauvais comportement d’une filiale, la maison mère soit légalement tenue responsable (donc passible de poursuites juridiques) dans le pays où elle a établi son siège social. La nomenclature est parlante : une mère responsable des actes de ses enfants … les lecteurs-parents diront «oui mais non» ! Car ce n’est pas si simple au fond: où commence la responsabilité d’une filiale, où s’arrête celle de sa maison mère ? Il est aussi difficile d’imaginer qu’un parent soit responsable de tous les actes de ses enfants que d’imaginer qu’il puisse au contraire fermer les yeux sur tous les actes de ses enfants. Est-ce qu’une législation serait assez souple pour gérer une multitude de «ça dépend»? La panacée est évidemment ailleurs, dans une gestion proactive des filiales afin d’y intégrer les mêmes standards de respect des droits de l’homme et de l’environnement que dans le pays de la maison mère. Mais cette démarche se heurte forcément à des immenses dilemmes : des contextes politique et économique parfois trop divergents pour que tous les intérêts puissent être conciliés, les pressions financières (de la concurrence, de l’actionnariat), la difficulté d’obtenir des informations précises et fiables ou encore la gageure de partager la même vision de la Responsabilité sociale et environnementale (une sorte de «vision universelle de la bonne éducation des enfants», cela ne vous paraîtrait-il pas utopique également ?). Pourtant les jalons d’un «cadre pour la Responsabilité d’entreprise», ont été posés dans la plupart des pays au sein de l’OCDE, basés sur des Principes directeurs édités en 1976 et mis à jour régulièrement (voir Journal de Guilé No 5). Ces Principes ont été adoptés par plus de 40 Etats et constituent un ensemble de normes, dont celle qui demande à chaque Etat de mettre en place un point de

contact national (PCN) qui puisse accueillir les plaintes déposées à l’encontre des maisons mères concernant les agissements d’une filiale. Chaque PCN a pour le moment une grande latitude de fonctionnement pour remplir cette mission. Le nôtre se trouve au sein du SECO, Secrétariat d’Etat à l’Economie, et n’a publié en 2011 le communiqué que d’une seule procédure (celle de la plainte contre Triumph par des syndicats des Philippines et de Thaïlande). Le PCN suisse dit pouvoir proposer une «plateforme de dialogue ou jouer le rôle de médiateur et œuvrer au règlement de l'affaire. La procédure de médiation est confidentielle et exige l'assentiment des parties intéressées. A l'issue de la procédure, le PCN doit trouver un équilibre entre transparence et confidentialité. » En somme un rôle discret et très nuancé à ce jour, même si le ton des Principes directeurs (aussi bien ceux de l’ONU que ceux de l’OCDE), commence à durcir quant à la responsabilité qui incombe aux Etats, de mettre en place des procédures assurant la protection des droits humains et l’accès à la justice pour la réparation des dommages. Ces dispositifs semblent d’autant plus urgents à inventer que les plus grandes multinationales ne seront peut-être bientôt plus majoritairement en Europe ou aux Etats-Unis (voir graphique); il sera dès lors difficile d’aller donner des leçons ailleurs sur ce que nous n’aurions pas réussi à mettre en place « chez nous »! Répartition des 500 premières firmes transnationales mondiales en 2006 et en 2010. D’après Laurent Carroué, Entreprises, le règne des transnationales, L’atlas des mondialisations, Le Monde, 2010.

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Laurent Carroué « Entreprises: le règne des transnationales », Atlas des mondialisations, Hors-série 2 Site internet de la campagne « Recht ohne Grenzen » Lire aussi: «RSE: une nouvelle stratégie de l’UE pour la période 20112014» – Bruxelles 25 octobre 2011


L’INTÉRÊT DES MARCHÉS FINANCIERS POUR LES INFORMATIONS EXTRAFINANCIÈRES

d’entreprises ou encore structure actionnariale : on y apprend ainsi que 69% des entreprises cotées dans le monde publient à ce jour un rapport sur leur RSE, dont 95% des 250 plus grandes sociétés du monde.

Alors que les Rapports Annuels de responsabilité sociale ou de développement durable se font parfois plus épais que les rapports annuels des comptes, quel est l’intérêt que porte la place financière à ce contenu?

Observant ensuite les 100 plus grandes entreprises par pays, ou région, on constate l’avance de l’Europe (71%) et des Etats-Unis, la volonté très affichée de la Chine (59%) mais aussi de la Russie (58%), ou encore une Inde pour l’instant faiblement mobilisée (20%) – pourtant les entreprises indiennes qui font l’exercice sont parmi les plus pertinentes du monde d’après la même étude; ces chiffres restent donc des «repères» de tendances.

Le rapport annuel de Responsabilité sociale de l’entreprise est devenu une sorte d’obligation pour les sociétés, si pas légale du moins factuelle, afin que ses parties prenantes puissent évaluer tout ce qui ne se trouve pas dans leurs comptes financiers et analyser la durabilité de la stratégie et des activités de la société. Pour satisfaire la demande croissante des investisseurs en matière d’informations non financières, Bloomberg offre une base de données avec 247 mesures extra financières classées en 5 catégories : CDP, environnement, social, gouvernance et diffusion de l’information. Une équipe de la Harvard Business School a étudié1 l’utilisation faite de cette base par les clients de Bloomberg, en relevant les statistiques de consultation sur une période donnée : le postulat étant que si un investisseur se donne la peine d’aller consulter une mesure, c’est qu’elle a un intérêt certain à ses yeux ... Sans grand étonnement ce sont les données de la dernière catégorie, à savoir le degré de transparence générale du reporting, qui intéressent le plus les utilisateurs. Les marchés financiers sont donc extrêmement conscients désormais de l’importance de ces informations, et cherchent à évaluer en premier lieu si une société fait partie de celles qui ont anticipé leur avenir en fonction des enjeux ESG – ou pas … La plupart des entreprises sont depuis une dizaine d’années déjà en phase d’apprentissage accéléré de Responsabilité d’Entreprise! La dernière enquête de KPMG2 (parue en novembre) montre le taux de «reporting» par pays, régions, tailles

Si la remise en question n’est plus possible sur la nécessité de ces informations, sur l’utilisation croissante qu’en font les marchés financiers mais aussi les sociétés, il demeure deux freins à une expansion encore plus fulgurante : 1) la difficulté à transformer les informations extra financières en indicateurs significatifs, pertinents, mesurables, comparables, fiables … et donc gérables ;

Companies may not be held sufficiently accountable for their impacts

2) l’épineuse question de l’interventionnisme politique pour transformer les normes autorégulatrices actuelles en législations contraignantes. Si le premier frein se desserre avec l’expansion globale du cadre de la GRI, qui sortira une 4e version de ses lignes directrices de reporting en 2013, le plus difficile sera de laisser à l’économie le temps de l’adaptation. Oui, bientôt toutes les entreprises auront adopté des KPI (Key Performance Indicators), mais peu d’entre elles savent pour l’heure les aligner à la réalité de leur métier de base et à leur stratégie d’avenir. Le second point de questionnement est plus délicat : dans certains pays, où le gouvernement a mis en place des mesures contraignantes pour l’information extra financière (France, Danemark, UK, Afrique du Sud ou Etats-Unis), on ne peut nier un taux de transparence supérieur. Un groupe d’experts de la Commission Européenne a synthétisé cidessous les enjeux du reporting3, et travaille sur la nature des exigences à mettre en œuvre pour y répondre: sujet «mainstream», s’il en est, pour les marchés financiers également.

Companies may not fully integrate social and environmental issues into their core business

Investors may not be able to build relevant non financial information into their decision-making

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«Market Interest in Nonfinancial Information» , Eccles, Krzus & Serafeim, Harvard Business School 2011 International Survey of Corporate Responsibility Reporting, KPMG, November 2011 3 Expert Group on Disclosure of Non-Financial information by EU Companies, Meeting reports 2

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EMPREINTE EAU : NOUVEAUX INDICATEURS ENVIRONNEMENTAUX POUR L’OR BLEU D’après l’IFPRI1, 2,4 milliards de personnes (soit 36 % de la population mondiale) vivent dans des régions en manque d’eau, sans compter que près de 40 % de la production mondiale de céréales est en danger de durabilité pour les mêmes raisons. Les entreprises deviennent soucieuses également puisque près d’un quart du PIB mondial est réalisé dans les régions en pénurie d’eau! Le CDP Water Disclosure Project annonce, pour la seconde fois, les résultats de son questionnaire2 adressé aux quelque 300 plus grandes entreprises mondiales concernées par les enjeux de l’eau: près de 60% des répondants reconnaissent désormais une exposition aux risques liés à l’eau, pouvant avoir un impact réellement significatif sur leurs activités. En toute logique, presque chaque entreprise dispose d’une stratégie ou d’une politique pour la gestion efficace de l’eau, 81% des répondants au CDP déclarent également avoir des objectifs liés à la gestion de l’eau, mais le taux baisse drastiquement à 57% lorsqu’il s’agit de délivrer des objectifs/cibles concrets et quantitatifs, qui se limitent d’ailleurs généralement à des réductions de l’utilisation d’eau au sein de la société. Une minorité d’entreprises, 26% des répondants, déclare suivre les risques liés à l’eau dans leur chaîne d’approvisionnement en exigeant des informations de leurs fournisseurs. Et pourtant ce ne serait là qu’un «bout de la route» puisqu’à l’aube de fortes pénuries (de l’ordre de 40% d’excédent de demande par rapport aux ressources en 20303, d’après une des nombreuses études sur le sujet), l’utilisation de l’eau devrait être analysée et gérée dans l’entier du cycle de vie des produits, depuis la matière première jusqu’à la fin de l’utilisation par le consommateur.

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Pourtant dans le microcosme du développement durable, il commence à exister p léth ore d e gu id es et

d’instruments pour aider une entreprise à mesurer son utilisation d’eau – premier pas indispensable à l’établissement d’objectifs précis et chiffrés pour la politique de gestion des risques, voire pour une planification d’actions stratégiques d’efficience pour saisir de nouvelles opportunités concurrentielles. On peut citer le CEO Water Mandate du Global Compact, le Ceres Aqua Gauge, le Global Water Footprint Standard ou le Global Water Tool du WBCSD, sans compter la future nouvelle norme ISO 14046 (encore à l’étude) « Empreinte eau – Exigences et lignes directrices ». Quelques chiffres étant parfois plus explicites que bien des mots, voici des exemples4 d’utilisation en ressource «eau» pour certain produits que nous consommons tous : - la production d’1 kg de viande de bœuf nécessite environ 15’000 litres d’eau; - environ 1’000 litres d’eau pour un litre de lait ; - 300 litres pour un litre de bière (ne le prenez pas comme un conseil de consommation durable!) ; - 140 litres pour une tasse de café ; - 11’000 litres pour un kg de tissu en coton ; - 3’400 litres pour un kg de riz ou 1’300 litres pour un kg de blé, etc. Après s’être activement engagées pour l’évolution de leur empreinte carbone, les entreprises comprennent aujourd’hui que la problématique de l’eau y est non seulement liée – puisqu’elle fonctionne en vase communiquant avec les ressources énergétiques – mais qu’elle va faire partie des déterminants essentiels de durabilité de leur activité. 1 International

Food Policy Research Institute Water Disclosure Project 2010 3 2030 Water Resources Group, « Charting Our Water Future : Economic frameworks to inform decision-making » 2009 4 Water Footprint Network, www.waterfootprint.org 2 CDP

BEST WISHES

L’équipe de Guilé vous souhaite d’excellentes Fêtes et une heureuse Nouvelle Année 2012 IMPORTANT Nous aurions un souhait à exprimer: pourriez-vous nous envoyer votre feedback sur l’intérêt que présente ce Journal de Guilé pour vous ? Juste quelques mots sur le contenu actuel, ou sa pertinence à vos yeux, ou des sujets qui devraient y être abordés, ou le format, quoique ce soit qui nous permettrait d’alimenter nos bonnes résolutions 2012 ! Des vœux de bonne année sont également acceptés … Adresse email: rochat@ppt.ch

Journal publié par de Pury Pictet Turrettini & Cie S.A. Fonds Guilé - 12 rue de la Corraterie - 1204 Genève - +41 22 317 00 30 Contact: Mme Doris Rochat Monnier (rochat@ppt.ch) ou M. Melchior de Muralt www.ppt.ch/guilefunds Tous les numéros du Journal de Guilé sont accessibles en PDF sur le site internet dans la rubrique Journal de Guilé. La Fondation Guilé - Domaine de Guilé - Route du Mont Renaud 19-21 2926 Boncourt - www.guile.net

Parution: 12 décembre 2011

Journal de Guilé 6  

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