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// Entre micro et macro Il est donc convenu que ce qui donne au texte son épaisseur et sa compréhension quasi-immédiate sont les caractéristiques propres au micro-récit : une économie du mot, et un usage modéré de l’expression verbale. Certains réticents sont là pour dire à quel point la brièveté des textes, et donc la vitesse à laquelle le lecteur les lit, est équivalente à la précipitation, l’impatience qui caractérise notre époque. Selon certains, ces récits brefs sont écrits par des auteurs paresseux soucieux de satisfaire des lecteurs manquant de temps et qui attendent qu’on leur serve des histoires à consommer en moins de cinq minutes. Il y a du vrai dans ce raisonnement. On ne peut contredire que les histoires brèves, qui peuvent s’absorber en un coup d’oeil, arrivent à séduire un public pas véritablement friand de lecture. Seulement, je pense que cette argumentation n’est pas juste, et ferait d’ailleurs crier une bonne partie des auteurs de microfictions. D’une part parce qu’il serait nier le travail — très différent de celui entrepris lors de l’écriture d’un roman — de retouche, de découpage, pas évident pour tout auteur. Laurent Berthiaume le dit très bien dans son article pour Brèves Littéraires : « Avec une bonne idée et le verbe facile, l’écriture d’un roman peut nous accaparer longtemps. À l’inverse, écrire une suite de micronouvelles exige d’autres talents. Au-delà de la concision, de la brièveté, il faut un imaginaire riche et à toute épreuve. Ce n’est pas une seule idée avec de multiples rebondissements qu’il faut, mais beaucoup d’idées indépendantes, et qui ne rebondissent qu’une seule fois. D’un texte à l’autre, la crainte de voir notre imaginaire se tarir nous saisit. Déclencheurs, amorces et autres procédés sont mis à contribution à outrance, et on a vite l’impression de se répéter. Peut-être que la principale limite de la micronouvelle se trouve dans la tête du créateur: essoufflement de son imagination et peur de lasser son lecteur. » Mais il y a autre chose. Si l’on a parfois besoin d’un seul exemple parmi les récits brefs qui existe, il ne faut pas oublier que ceux-ci ne sont quasiment jamais seuls. Un auteur se contente rarement d’un micro-récit de temps en temps, livré gratuitement et sans contexte. Ceux-ci ont des objectifs beaucoup plus vastes, et ont tendance à multiplier leurs textes, à les juxtaposer, pour les rassembler dans des ensembles, des recueils, des collections. Au-delà de l’attrait pour l’écriture fragmentée, il existe un désir d’absolu, de totalité. Le microscopique devient multiple.

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