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// Origines et précurseurs /// Un rapide état des lieux historique Le micro-récit ou littérature fragmentée marque depuis quelques temps l’écriture contemporaine, par sa multiplication et l’engouement soudain des auteurs pour celle-ci. Si le phénomène est récent, le genre, lui, n’est pas nouveau. Moins codifié qu’à l’heure actuelle, et pas vraiment un genre en soi, le micro-récit a pourtant pris place, discrètement peut-être, dans la tradition littéraire. Certains en font remonter l’origine jusqu’aux Fables d’Ésope, désignant un ensemble de fables, de récits qui circulaient alors de façon orale. C’est donc dans la tradition orale que les microrécits trouvent leur origine, et prennent donc part à la manifestation la plus ancienne du récit. Hors des formes prosaïques, on peut citer le haïku, forme poétique extrêmement brève d’origine japonaise. Outre les tournures utilisées propres à la poésie en général, le haïku est très proche dans l’esprit de la micro-nouvelle. En effet, toute la force du haïku provient du fait qu’il n’est pas là pour décrire des actions, des sensations, mais simplement les évoquer. Par le peu d’informations qu’il donne, il nécessite souvent un temps de réflexion et de relecture afin d’en saisir pleinement le sens et la subtilité. Les historiens et amateurs de micro-nouvelles s’accordent souvent à penser que les précurseurs sont plus récents (XXe siècle). Ainsi, la paternité du micro-récit dans la littérature est souvent attribuée à l’américain Ernest Hemmingway, qui aurait écrit dans les années vingt, six mots, aujourd’hui bien connus :

For sale : baby shoes, never worn. 1

Toute la force de ce (très) court texte provient de sa capacité à suggérer les faits. En six mots, deux personnages sont présentés : une mère et son futur enfant. La situation initiale suppose que cette dernière est enceinte, et prévoit l’accouchement en faisant des achats pour le bébé. On peut aisément deviner l’élément déclencheur : par malheur la femme perd son enfant — vraisemblablement une fausse couche. L’ex-future mère revend alors les chaussures de bébé qui n’ont donc jamais été portées. L’usage de la petite annonce véhiculant des situations tragiques est très fréquent parmi les auteurs de récits brefs, jusqu’aux plus 1 « À vendre : chaussures de bébé, jamais portées. »

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Document écrit de DNAP Design Graphique et Multimédia

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