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L’élaboration d’une base de données à partir du système national des comptes pour la simulation en modèle d’équilibre général calculable : une matrice de comptabilité sociale pour la France MAITRE Philippe1 et SASSI Marc2 RÉSUMÉ. – L’objectif général de ce papier est de développer une méthode originale pour la construction d’une matrice de comptabilité sociale à partir du système national des comptes. La modélisation en équilibre général calculable nécessite, ex ante, une base de données consolidée et équilibrée assurant une vision d’ensemble de l’économie étudiée. Dans cette perspective, une matrice de comptabilité sociale agrégée puis désagrégée sera présentée pour l’économie française, en retenant l’année de référence 2004. Mots clés : matrice comptabilité sociale, comptes nationaux, tableaux économiques.

Constructing a Database from the System of National Accounts for Modeling in Applied General Equilibrium: a Social Accounting Matrix for France ABSTRACT. – The general aim of this paper is to develop an original method of building a social accounting matrix from the system of national accounts. The applied general equilibrium models needs, ex ante, a strong and balanced data base showing a global outlook of the economy studied. According to this way, an aggregate and disaggregate social accounting matrix will be introduced for the French economy, for the year of reference 2004. Key words: Social accounting matrix, social account, economic table. JEL classification: B41, D58, E10

1 Introduction 1

MAITRE Philippe, Professeur, Aix-Marseille Université, CERGAM-CAE. E-mail : philippe.maitre@univ-cezanne.fr SASSI Marc, Aix-Marseille Université, 3 avenue Robert Schuman – 13628 Aix en provence cedex 01. CERGAM -CAE-. Tél.: 06 26 26 80 78. E-mail : marc.sassi@gmail.com, auteur assurant la correspondance. 2

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La matrice de comptabilité sociale est une architecture comptable statique pour une année de référence servant de base de données aux modélisations en équilibre général calculable. Elle se présente sous la forme d’une matrice carrée dans laquelle chaque transaction figure dans une cellule précise et où chaque compte doit être équilibré en ligne et en colonne. Dans la littérature existante, REINERT et ROLAND-HOLST (1997) dans FRANÇOIS JOSEPH et REINERT (1997), et DÉCALUWE, MARTENS et SAVARD (2001), montrent qu’il n’existe pas une matrice de comptabilité sociale mais plutôt des matrices de comptabilité sociale (MCS). Contrairement au tableau d’échange interactivités de Leontief ou de la matrice de comptabilité sociale de Stone, les MCS classiques peuvent se présenter sous différentes formes. La première MCS a été construite dans les années soixantedix, pour l’économie du Sri Lanka, par un groupe d’économistes anglais3. Dans leur présentation, la MCS devait apporter une vision d’ensemble sur des chiffres réels de l’origine sectorielle des revenus de production ainsi qu’à leur distribution et redistribution entre les agents économiques de ce pays. Le critère commun entre toutes les matrices de comptabilité sociales tient au fait qu’elles se présentent sous la forme de tableaux symétriques entréessorties où, pour une année déterminée, les flux comptables de recettes et de dépenses de l’économie étudiée sont enregistrés. Une revue approfondie de la littérature montre qu’il existe peu d’ouvrages ou d’articles traitant de manière globale la structure et les étapes de la construction méthodologique d’une matrice de comptabilité sociale. L’apport de cet article consiste à palier ce manque en proposant une méthode d’élaboration de la matrice de comptabilité sociale pour la France, année de référence 2004, à partir du système national des comptes. De fait, peu d’ouvrages et très peu d’articles dévoilent une démonstration détaillée et une justification complète de la construction d’une MCS. Au contraire cet article met en évidence la base documentaire, les étapes méthodologiques ainsi que les institutions à solliciter afin de permettre la construction d’une MCS sous sa version numérique. Cet article s’adresse ainsi aux chercheurs désireux de bâtir en profondeur une MCS à partir des données institutionnelles disponibles sur le territoire. Dans une première partie il s’agira de développer les étapes de construction d’une MCS à une échelle d’agrégation maximale (macro-MCS) à partir du SNC pour le cas de la France. Lors d’une seconde partie, une procédure de désagrégation possible pour la macro-MCS sera proposée.

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Pyatt G. et Roe A. [1977]. Social accounting for development planning with special reference to Sri Lanka. Cambridge University Press, Cambridge.

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2 La matrice de comptabilité sociale française (2004) agrégée ; une procédure d’élaboration complexe L’objectif de cette partie repose sur la présentation et la construction d’une matrice de comptabilité sociale pour la France, pour l’année de référence 2004, avec un niveau d’agrégation maximale. La MCS est une matrice carrée dans laquelle, par convention, les entrées en lignes représentent les ressources, les revenus, les recettes et les variations des actifs, alors que les entrées en colonnes représentent les emplois, les dépenses et les variations de passifs et de la valeur nette. Chaque transaction figure dans sa propre cellule et seulement une fois. La MCS présente les comptes de production, les comptes institutionnels et du reste du monde. Ces derniers peuvent être subdivisés en autant de parties que l’exige la modélisation et l’information disponible. Concernant les étapes d’élaboration de la macroMCS, les travaux de PYATT (1988) et (1991) mais aussi de ceux, plus récents, de SANTOS (2003), (2004), (2005), (2006) et (2007a), (2007b) ont permis de développer une méthode originale de construction. De façon générale, les matrices de comptabilité sociale peuvent être présentées de deux manières ; en une version numérique ou en une version algébrique. Dans sa première version, chaque cellule présente une valeur numérique spécifique, de manière à ce que la somme des lignes soit égale à la somme des colonnes. Sous sa seconde forme, chaque cellule est représentée par une expression algébrique qui, ajoutée à toutes celles des autres cellules, propose la structure de base d’un modèle de MCS. Notons que la procédure de calibration exige du modélisateur un effort de remaniement vers la version numérique4. La première étape de construction consiste à travailler à un niveau agrégé. Cela suppose donc la collecte de données à un niveau national. Dans cette perspective, la source d’informations basiques disponible se trouve dans les comptes nationaux dans leur ensemble. Notons que d’autres sources d’informations peuvent être utilisées pour permettre la désagrégation des valeurs de la matrice de comptabilité sociale. Quoi qu’il en soit, la structure de base d’une macro-MCS - rendue possible par l’intermédiaire des comptes nationaux assure une cohérence nécessaire et requise pour une telle base de données. Ainsi, à partir de la macro-MCS, il est possible d’extraire les macro-agrégats et autres indicateurs économiques

4

Cf. Page 1, SANTOS S. [2007b].

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qui sont essentiels pour améliorer notre connaissance de l’économie sous un angle quantifiable. Nous retiendrons comme cadre méthodologique une structure basée sur le Système Européen des Comptes de 1995 (SEC 1995). A partir du SEC 95, il est possible d’extraire les sources informationnelles nécessaires, assurant la base de données de la macro-MCS. Les informations disponibles sont rationalisées et traitées sous la forme de comptes nationaux par les institutions françaises. L’interlocuteur public privilégié, mettant à disposition la base de données nécessaire à l’élaboration de la macro-MCS reste l’Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques (INSEE). L’INSEE met à disposition les comptes nationaux annuels en base 2000 présentés sous la forme de tableaux Excel, récapitulatifs de l’activité de la France, pour l’année désirée. Plus précisément, la principale source d’informations pour la construction de notre macro-MCS se trouve dans les tableaux de synthèse des comptes nationaux. Les tableaux de synthèse principaux sont au nombre de deux ; -

Le tableau des entrées – sorties ou TES5, qui décrit et synthétise les opérations sur les biens et services, que l’on appelle aussi les équilibres ressources – emplois des biens et services. On y trouve les ressources (production et importations) et leurs emplois (consommations intérimaires et finales).

Pour la suite, le TES de niveau 118 a été retenu, en sachant que les TES disponibles vont du niveau 16 à 118. Il s’agit du niveau de précision relatif aux activités économiques recensées. -

Le tableau économique d’ensemble ou TEE6, qui décrit et synthétise les opérations des secteurs institutionnels, de la production à la formation de leur patrimoine en passant par leurs comptes financiers.

Le TEE permet de compléter l’apport informationnel du TES pour la construction de la macro-MCS. L’élaboration de la MCS à un niveau d’agrégation élevé est donc possible à partir des données proposées par le système des comptes nationaux, plus particulièrement grâce au TES et TEE. Le passage du système des comptes nationaux à la structure d’une matrice de comptabilité sociale reste une étape délicate. Il faut respecter pour chaque compte les conditions d’équilibre qui assureront la stabilité de la MCS. Une présentation de la méthode est proposée par SANTOS (2007b). Ses travaux reprennent les études préalables réalisées par PYATT (1991), (1988) et ses associés, PYATT et ROUND (1985) et PYATT et ROE (1977). 5

INSEE [2008]. Tableaux Entrées-Sorties. Comptes nationaux annuels - Base 2000 ; http://www.insee.fr/fr/themes/comptes-nationaux/. 6 INSEE [2008]. Tableaux Economique d’Ensemble. Comptes nationaux annuels - Base 2000 ; http://www.insee.fr/fr/themes/comptes-nationaux/.

4


Dans ces travaux, la matrice des comptes nationaux (MCN) est représentée à partir du système des comptes nationaux afin de la distinguer de la matrice de comptabilité sociale (MCS). Cette étude a été appliquée au cas du Portugal pour l’année de référence 20037. Les différences entre les deux présentations sont expliquées sous la forme d’un tableau récapitulatif de comptes aux pages 5 et 6 de SANTOS (2007b). Nous reviendrons sur ces différences lors de la construction de notre macro-MCS à partir du système des comptes nationaux. L’élaboration de la macro-MCS est permise grâce à deux principales sources statistiques et comptables élaborées par l’INSEE au niveau national. Le système national des comptes est présenté par l’INSEE sous la forme d’un tableau économique d’ensemble équilibré entre emplois et ressources. Le tableau entrées – sorties permet quant à lui de détailler certains comptes. Ces deux sources d’information permettent d’identifier la structure du système national des comptes assurant, ex-post, la correspondance avec la macro-MCS. Il importe d’identifier les comptes nationaux équilibrés au niveau du système national des comptes, puis d’élaborer les corollaires pour la matrice de comptabilité sociale. Les comptes sélectionnés représentent la structure de l’économie ; il faudra donc identifier les comptes entrant dans le secteur de production, le secteur institutionnel et celui du Reste du monde. Le secteur de production est désagrégé à l’aide de trois comptes ; facteurs, activités et produits. Le secteur institution est également composé de trois comptes ; compte courant, compte de capital et compte financier. Rappelons que la matrice de comptabilité sociale doit satisfaire les conditions d’équilibre, c'est-à-dire que le total de ligne doit être égal au total de chaque colonne. Le premier tableau propose une présentation de la structure de la macro-MCS retenue8.

La macro-MCS représente ainsi la structure statique des flux monétaires intervenant pour chaque compte de l’économie française. Autrement dit, la MCS est une photographie de l’économie, comptabilisant, par un processus numérique, le cycle : production, revenu et dépense. Le cadre analytique de la MCS entre en parfaite adéquation avec la structure opérationnelle des MEGC, puisqu’il s’agit de simuler les stocks et flux économiques et financiers intervenant sur l’économie étudiée. Voici une présentation de la méthode retenue permettant la mise en œuvre de la MCS pour la France, année de référence 2004 :

FIGURE n°1 : Méthode proposée pour la construction d’une MCS 7 8

Cf. Pages 2 à 4, SANTOS S. [2007b]. Cf. Tableau n°1 ci-dessous.

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Analysons désormais l’architecture comptable des comptes présents dans la MCS retenue. Ce travail illustre la pertinence des rapports entre les comptes du SNC de l’INSEE et leurs correspondants dans la MCS. Il s’agit de l’architecture comptable de la version numérique de la matrice de comptabilité sociale.

Commentaires : Concernant les achats directs par des résidents à l'étranger, le tableau des ressources en produits du TES fournit l’information demandée, dans la ligne “PCHTR” qui correspond aux produits/services consommés par les résidents hors du territoire de résidence. Ces consommations n'étant connues qu’indirectement (par le biais des flux financiers qu’elles engendrent), elles ne peuvent pas être ventilées par produits et sont comptabilisées globalement en PCHTR (comme une importation de services). C’est une convention qui est prévue par le SEC 95.

8


Commentaires : A la valeur ajoutée brute il faut retrancher les impôts moins les subventions sur la production. Cette information est donnée dans le TEE en opérant le calcul suivant : (1436,597 = [(1490,230 (B1)) – (69,403 (D29) – 14,587 (D39)) + (0 (D29) – 1,183 (D29))])

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Commentaires : Il est possible de détailler l’allocation du compte du revenu primaire ainsi que le résumé de sa distribution à partir du SNC : Allocation du compte du revenu primaire (SNC): Ressources : Excédent brut d'exploitation + Revenu mixte brut :

569,919

Rémunération des salariés reçue par les institutions françaises :

874,602

- depuis les institutions française :

865,309

- depuis le reste du monde :

9,293

Taxes nettes sur la production et les importations reçues / payées par les institutions françaises :

229,374

Revenus de la propriété reçus par les institutions françaises :

511,374

- depuis les institutions françaises :

426,522

- depuis le reste du monde :

84,852

Total :

2185,269

Emplois : Revenus de la propriété reçus par les institutions françaises :

511,924

- depuis les institutions françaises :

427,622

- depuis le reste du monde :

84,302

Revenu national brut :

1673,345

Total :

2185,269

(Résumé) - Distribution primaire du compte de revenu (SNC) : Ressources : Valeur ajoutée brute :

1490,230

Revenus de la propriété reçus par les institutions françaises depuis les institutions françaises :

426,522

Revenu primaire depuis le reste du monde :

93,595

- rémunération des salariés :

9,293

- revenus de la propriété :

84,302

Impôts moins subventions sur les produits :

169,959

Total :

2180,306

Emplois : Revenus de la propriété payés par les institutions françaises aux institutions françaises :

426,522 10


Revenu primaire depuis le reste du monde :

80,439

- rémunération des salariés :

1,369

- revenus de la propriété :

84,852

- taxes nettes sur la production et les importations :

-5,782

Revenu national brut :

1673,345

Total :

2180,306

Quant au passage à la MCS, il faut noté que le e revenu national brut au prix du producteur s’obtient en retranchant au revenu national brut les impôts sur la production et les importations moins les subventions : (1443,971 = [(1673,345 (B5)) – (254,084 (D2) – 24,710 (D3))]).

Commentaires : Pour le SNC, partie ressources, le calcul des transferts courants avec les institutions françaises s’obtient ainsi ; (184,315 (D5) + 335,691 (D61) + 325,677 (D62) + 393,486 (D7) + (147,412 +129,816) (D63) = 1516,397) A cela nous retranchons les transferts courants depuis le reste du monde, soit ; (1516,397 – 13,075 (D5) = 1503,322). 11


Partie emplois, le calcul des transferts courants avec les institutions françaises s’obtient ainsi ; 183,099 (D5) + 338,527 (D61) + 329,291 (D62) + 412,801(D7) + (147,412 +129,816) (D63) = 1540,946 A cela nous retranchons les transferts courants depuis le reste du monde, soit ; (1540,946– 37,624 (D5) = 1503,322) Conformément à la démarche méthodologique adoptée par SANTOS [2006], il faut prendre en compte les ajustements concernant les réserves en fonds de pensions des propriétaires. Cet indicateur n’apparaît pas dans le TEE publié car cet ajustement n’est pas pratiqué pour l’instant en France (les fonds de pensions n’y sont pas développés de façon significative). Coté MCS, le RNB au prix du producteur s’obtient ainsi : 1443,971 = (1673,345 (B5) – (254,084 (D2) – 24,710 (D3))). Concernant les transferts courants avec les institutions françaises, il se calcul comme suit : 184,315 (D5) + 335,691 (D61) + 325,677 (D62) + 393,486 (D7) = 1239,169 - 13,075 (D5) = 1226,094.

Commentaires : La seule différence entre ces deux comptes est la façon selon laquelle les emprunts nets et prêts sont considérés. Dans le compte de capital de la MCS, ils sont considérés comme étant une composante du fond d’investissement nécessaire ou non, requis pour couvrir

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l’investissement agrégé. Autrement dit, c’est le besoin ou la capacité de financement de l’économie qui sera couvert ou absorbé par les transactions financières.

Commentaires : L’explication concernant la différence entre ces deux comptes est la même que celle commentée précédemment.

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Commentaires : La relation entre ces deux derniers comptes est claire. Le même total emplois – ressources est obtenu, que cela soit avec le SNC comme sa retranscription à la MCS. L’élaboration de la MCS reste une extension du SNC permettant ex post une désagrégation au niveau de l’économie étudiée. Une approche basée sur la constriction d’une MCS, assure ainsi de nombreux avantages aux modélisateurs. En effet, PYATT (1991) souligne:

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“Parmi les autres avantages qui pourraient être mentionnées, il faudrait souligner, qu’en collant à l’essentiel, les relations économiques entre les concepts et les principes, d’une part et, d’autre part, la structure comptable qui en découle, peuvent être clairement gardés dans la phase de construction”. PYATT (1991), page 315. Le tableau suivant présente les résultats obtenus, il s’agit de la macro-MCS construire en respectant les conditions décrites précédemment.

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La macro-MCS pour la France, année de référence 2004, étant ainsi obtenue, il est désormais possible de proposer une désagrégation pertinente. C’est l’objet de cette seconde partie.

3

La

matrice

de

comptabilité

sociale

française

(2004)

désagrégée ; justifications méthodologiques et étapes de construction Les procédures de désagrégation de la macro-MCS sont multiples et s’effectuent en fonction de la nature de la problématique d’étude. Que cela soit de type top-down ou bottomup, il est possible de désagréger les agrégats macroéconomiques de chaque compte en catégories, notamment grâce aux informations véhiculées par les tableaux d’entrées – sorties. Sans faire référence au système national des comptes, il est possible de ne pas perdre en précision en conservant comme référence les chiffres obtenus précédemment. Nous proposons à l’aide de deux points, une revue de la source d’information utilisée ainsi que les possibles formes de désagrégations de la MCS. Le dernier point a pour objectif la présentation de la matrice de comptabilité sociale désagrégée ainsi qu’une justification de la procédure de désagrégation retenue.

3.1

Les différentes possibilités de désagrégations pour une MCS PIET (2002) présente une matrice de comptabilité sociale à l’échelle de la nation pour

l’année de référence 1995. Dans cette matrice, le secteur agricole est directement désagrégé, la matrice de comptabilité sociale sous sa forme agrégée (macro-MCS) n’est pas présentée. Plus précisément, on trouve trois facteurs de production (le facteur travail, capital et la terre), le secteur agricole désagrégé en trois activités agricoles (agriculture à dominante végétale, agriculture à dominante animale, polyculture élevage) produisant six biens (productions de grande culture, produits vitivinicoles, autres cultures végétales, bovins vivants, lait et autres produits d’élevages non bovins). A cette liste des activités agricoles s’ajoutent celle des industries (agroalimentaires et autres industries), des activités de transport et des autres activités de services. Ces quatre activités étant mono-produit, elles produisent toutes quatre types de biens ou services9. SANTOS (2004), envisage une désagrégation des secteurs de la production et des institutions. Plus précisément, relativement au secteur de production, ces 9

Cf. Page 67, PIET L. [2002].

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travaux proposent une désagrégation au niveau des comptes des facteurs de production (en facteur travail et capital), au niveau du compte des activités (activités primaires, secondaires et tertiaires) et au niveau du compte des produits (produits primaires, secondaires et tertiaires). En ce qui concerne le secteur des institutions, le compte courant est composé des propriétaires, des entreprises, des comptes gouvernementaux (central, local et fonds de sécurité social) et autres, la procédure de désagrégation pour le compte de capital est la même.

Passons désormais au point suivant permettant la justification de la procédure de désagrégation retenue.

3.2

Proposition d’une MCS française (2004) désagrégée : justification et illustration La procédure de désagrégation doit répondre à deux problématiques essentielles. Elle

doit servir de base de données à la construction du modèle d’équilibre général calculable, luimême, permettant la simulation et l’analyse de résultats pour l’étude à mener. Elle doit également être suffisamment robuste et composée de données exploitables. Ainsi, le compte des facteurs de production est désagrégé en deux niveaux; le facteur travail et les autres facteurs entrant dans la catégorie facteurs de production. Le compte des activités est désagrégé en six activités de production ; les activités agricoles, les activités d’industrie et d’énergie, les activités de construction, les activités de commerce en gros et de détail, les activités d’intermédiation financière et services rattachés et enfin les autres services. Quant au compte de production, il se désagrège également en six produits ; les produits de l’agriculture, les produits de l’industrie et de l’énergie, les travaux de construction, les produits de commerce en gros et de détail, les produits d’intermédiation financière et services rattachés et enfin les produits des autres services. Une fois le choix du niveau de désagrégation retenu, il convient de procéder à une nouvelle collecte des données à une échelle plus restreinte. A ce niveau, les données mises à disposition par l’INSEE notamment à travers le tableau des entrées – sorties en niveau 118 ont été utilisées. La source d’information la plus précise possible a été retenue (sachant que les niveaux vont de 16 à 118) afin de disposer d’une base de données suffisamment solide. Le tableau des entrées – sorties est composé de cinq comptes qui a été largement exploité10 ; le 10

Concernant la classification des activités dans le secteur de production, nous avons couplé six branches suivant la nomenclature de l’INSEE en niveau 118 :

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tableau des ressources en produits, le tableau des entrées intermédiaires, le tableau des emplois finals, le compte de production par branche et enfin le compte d’exploitation par branche. Afin d’être le plus précis et complet possible il a fallut, pour chaque compte désagrégé, intégrer une ligne et une colonne avec le total, lui même calculé lors de la construction de la macro-MCS. Etant donnée la diversité des sources informationnelles collectées, il est extrêmement rare de présenter une matrice parfaitement équilibrée. Dans cette perspective, l’approche de type top-down adoptée, rend possible une compilation de la version numérique de la MCS avec ses 18 lignes et 18 colonnes sous GAMS11. L’approche de la cross-entropy (ROBINSON et al. (2000), ROBINSON et EL-SAID (2000) et ROBINSON et al. (1998)]) a été retenue afin de présenter une MCS équilibrée. Le problème est donc de trouver une nouvelle matrice, proche de celle existant en minimisant la distance dite cross-entropy entre eux tout en respectant les différentes contraintes. La procédure d’estimation consiste à minimiser la mesure cross-entropique, KULLBACK et LEILBLER (1951), de la distance entre les nouvelles et anciennes probabilités estimées. La procédure de minimisation peut alors s’écrire comme suit :

min t1 H   t ln 1 ij

i

j

tij1 t

0 ij

 tij1 ln tij1  tij1 ln tij0 i

j

i

j

Avec, tij0 l’ancienne information relative aux différentes cellules de la MCS. Sous contraintes ;

t j

1 ij

X j  X i et

t

1 ij

1

j

Avec, X cellule (ligne (i) ou colonne (j)) correspondante). Ici, tij1 est une nouvelle valeur de la cellule ij et 0  tij1  1 .

Il existe d’autres méthodes permettant une procédure d’équilibrage de la MCS. Outre la méthode cross-entropy, on peut citer la méthode RAS également couramment utilisée. Elle se

Agriculture et activités rattachées : GA01 - GA03 Industrie / Energie : GB01 - GG22 Construction : GH01 - GH02 Commerce en gros et de détail : GJ10 - GP10 Intermédiation Financière et services rattachés : GL01 - GP32 Autres Services : GQ1A - GR20 Cf. INSEE – Compte de la Nation, Année 2004. 11 GAMS (General Algebraic Modeling System) est un logiciel de modélisation économique, il permet en outre d’entrer un programme permettant l’équilibrage d’une matrice de comptabilité sociale.

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 tij1 rapproche également d’un problème de minimisation de H   t ln  0  tij 1 ij

  , soumis aux 

contraintes connues de sommes lignes et colonnes. La méthode RAS a été étendue à l’incertitude quant aux totaux des lignes et colonnes tout comme à l’existence de valeurs négatives dans les cellules. Ainsi, la méthode cross-entropy est formellement similaire à la méthode RAS généralisée. Une autre méthode peut être également utilisée, il s’agit de la procédure OLS (Ordinary Least Squares). Le problème consiste à minimiser la somme des carrés des déviations entre les nouvelles et les anciennes valeurs en termes absolus ou en pourcentages. Voici la matrice de comptabilité sociale désagrégée obtenue après traitement :

20


21


22


La matrice de comptabilité sociale ainsi désagrégée constitue une base de données stable et solide pour la modélisation en équilibre général calculable. En effet, la MCS désagrégée propose une structure et un cadre comptable équilibré cohérent pour l’année 2004. Le modèle d’équilibre général calculable calqué sur cette base de données est censé, ex post, reproduire l’équilibre de référence afin de permettre la simulation.

4

CONCLUSION L’objectif de ce papier était de proposer une méthode d’élaboration de la matrice de

comptabilité sociale pour la France, année de référence 2004, à partir du système national des comptes. En effet, peu d’ouvrages et très peu d’articles dévoilent une présentation et une justification détaillée de la construction d’une MCS. Dans cette perspective, notre apport a consisté à mettre en évidence la base documentaire, les étapes méthodologiques ainsi que les institutions à solliciter afin de permettre la construction d’une MCS sous sa version numérique. En deux temps, nous avons tout d’abord justifié l’élaboration d’une macro-MCS par l’intermédiaire du système national des comptes, puis la structure d’une possible désagrégation pour la MCS. L’utilisation de la méthode cross-entropy a ensuite permis d’obtenir une matrice de comptabilité sociale équilibrée pour l’année de référence 2004. L’objectif de la MCS étant d’établir, par l’intermédiaire d’une matrice carrée équilibrée, une vision comptable et statique de l’ensemble des secteurs économiques d’un pays. Ce papier assure ainsi la justification méthodologique et théorique de la construction d’une MCS numérique, première étape d’une procédure d’élaboration d’un modèle d’équilibre général calculable.

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nationaux

annuels

-

Base

2000 ;

INSEE. 2008. “Tableaux Economique d’Ensemble”. Comptes nationaux annuels - Base 2000 ; http://www.insee.fr/fr/themes/comptes-nationaux/.

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Sassi_Article-2  

Key words: Social accounting matrix, social account, economic table. JEL classification: B41, D58, E10 Constructing a Database from the Syst...

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