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Elsa Barrère

Paris TRASH

ARRONDISSEMENT PAR ARRONDISSEMENT

illustré par Stéphane Trapier


Elsa Barrère

Paris TRASH

ARRONDISSEMENT PAR ARRONDISSEMENT

illustré par Stéphane Trapier


Sommaire

PARIS Ier MALÉDICTION À CHÂTELET-LES-HALLES page 5

PARIS IIe GRAILLON & COMÉDIE-FRANÇAISE page 8

PARIS IIIe/IVe AMENEZ VOTRE AMI LE PLUS HÉTÉRO DU MONDE DANS LE MARAIS page 11

PARIS Ve TERREUR À LA BIBLIOTHÈQUE page 14

PARIS VIe ALLEZ AU MUSÉE CHEZ HERMÈS page 17

PARIS VIIe BON PLAN ! FRIMEZ EN FAISANT CROIRE QUE VOUS FAITES VOS COURSES AU BON MARCHÉ ! page 20

XVIIe

PARIS VIIIe INSURRECTION À LA MADELEINE page 22

BON PLAN ! COMMENT RÉSISTER À UN MOMENT DÉTENTE ET PLAISIR À 40€ ? page 26

PARIS IXe ALLEZ AU CASINO (PAS LE SUPERMARCHÉ, OK, LES BEAUFS ?) page 28

PARIS Xe ALLEZ CHEZ LE COIFFEUR ET PAYEZ EN FRANCS CFA page 31

BONUS ! TESTEZ VOTRE SÉDUCTION EN INDE page 34 PARIS XI DÉJEUNEZ AVEC VOTRE MÈRE À CÔTÉ D’UNE STAR page 35 e

VIIIe

XVIe

PARIS XIIe BON PLAN ! ALLEZ À LA FOIRE DU TRÔNE LE MATIN page 38 BON PLAN ! L’ÉTRANGE NOCTAMBUS CLEAN page 40

PARIS XIIIe LES HARICOTS MAGIQUES page 43

PARIS XIVe VISITE DE ROUTINE À L’HÔPITAL SAINTE-ANNE page 46

PARIS XVe ALLEZ EN VACANCES À AQUABOULEVARD page 49

BON PLAN ! SE FAIRE DES AMIS POUR LA VIE DANS LE MÉTRO page 53

PARIS XVIe LA BALADE NULLE AU BOIS DE BOULOGNE page 55 PARIS XVIIe COMÉDIE DRAMATIQUE EN 3 ACTES PLACE DE CLICHY page 59 PARIS XVIIIe ÊTRE URBAIN PORTE DE LA CHAPELLE page 63

BON PLAN ! COMMENT DIFFERENCIER UN PROVINCIAL D’UN PSYCHO PATHE DANS LE MÉTRO page 66

PARIS XIXe SE FAIRE AGRESSER PAR DES OISEAUX AUX BUTTES-CHAUMONT page 70 PARIS XXe ROMANCE AU DAB DE MÉNILMONTANT page 73

OBSERVATION : LES WARRIORS PARISIENS page 76

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XVe


XVIIIe

XIXe IXe Xe

IIe

IIIe

XXe

Ier VIIe

XIe IVe

VIe XIIe

V

e

XIIIe

XIVe

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“MARCHER ?? DANS PARIS ??? HAHAHAHAHAHA !!!!” Francis Kuntz

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PARIS Ier

Malediction À CHÂTELETLES-HALLES

T

out a commencé par une naissance. Son papa, à ce petit bébé, c’est le métro, et sa maman, c’est le RER. C’est une flaque de vomi, qui est née sous mes yeux. Du vomi millésimé Châtelet-Pont-au-Change. Cette flaque de vomi m’a porté malheur. Mais j’ai beaucoup appris, grâce à elle. * Je sortais de la FNAC, et j’allais sur mon quai de métro, situé à cinq kilomètres à vol d’oiseau, à travers des centaines de couloirs que je connaissais par cœur.

chaque escalator sinistre. C’est au détour d’un couloir, juste avant le croisement de la ligne 14 et du gggrrraaaannd couloir qui fait peur aux enfants, qu’un petit freluquet banlieusard a dégobillé devant moi. Un beau vomi multicolore, avec des M&M’s verts et rouges. Je fis un pas de côté pour éviter le vomi, et poursuivis ma route, direction le grand couloir. Je ne le savais pas encore, mais ma vie allait changer. L’accès au grand couloir était barré par une barrière, et une flèche, à côté, avec le numéro de ma ligne, indiquait une déviation.

J’avais fait ce trajet des milliards de fois. Je connaissais chaque trace marron sur les murs, chaque tag, chaque toile d’araignée noirâtre,

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Je suivis la flèche. Je pris un autre couloir, montai des escaliers, pris à gauche, encore à gauche, et à droite, me retrouvai devant une fourche… Une nouvelle déviation indiquait la voie de gauche. Je l’ignorai, et pris à droite : c’était un raccourci, seulement connu par quelques privilégiés, comme moi. Avec cette déviation spéciale, j’allais directement atterrir sur mon quai ! Je pris un long couloir venteux, marchai contre le vent, redescendis, passai un coude… Et l’innommable se produisit. Je stoppai net. Devant moi, il y avait la flaque de vomi. La même (avec les mêmes bouts de M&M’s qui semblaient me narguer avec leur petit sourire sadique). Comment était-ce possible ? Elle m’avait suivie ? Non. C’était encore pire : En effet… je compris que j’étais revenue sur mes pas : Je m’étais perdue ! ! ! À Châtelet-les-Halles ! MA STATION QUE JE CONNAIS LE PLUS AU MONDE ! À Châtelet, j’ai vu des flics, des

pompiers, des bandes, des stars (si, Mimie Mathy est une star), des vols, des rires, des pleurs, du sang… Je croyais la connaître, ma station, mais non. Alors voilà ce que j’ai fait. Je suis sortie. Dans la rue. Car j’ai compris que… je ne savais rien de rien. J’ai agi comme un touriste. J’ai marché à l’extérieur pour éviter les couloirs. Voilà. C’est dit. J’assume. Depuis, à chaque fois que je passe devant la flaque de vomi, je pleure.

MES ADRESSES : STATION CHÂTELET-LES-HALLES, comme son nom l’indique. La flaque de vomi se trouve au niveau de la librairie Relay, devant l’accès aux RER. (Ne tardez pas trop, car un nettoyage de la station est prévu en 2019 !) FNAC DES HALLES : 1-7, rue Pierre-Lescot, 75001 Paris (le Forum est en travaux ; il y a une rumeur, comme quoi une famille de Dijon y erre depuis sept ans sans réussir à en sortir – par contre ils sentent bon parce qu’ils arrêtent pas de se parfumer au Sephora !)

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Graillon & COMÉDIE-FRANCAISE

PARIS IIe

la tête ; je me suis donc assise, pas rassurée, et j’ai regardé autour de moi.

J

’étais rue Sainte-Anne, dans le quartier japonais de Paris, j’avais faim, et je me suis dit :

— Non, les soupes super bonnes, saines et nourrissantes je connais… Je vais plutôt me laisser tenter par les boiseries en plastique de ce restaurant à la déco typiquement américaine pensée par un Français. À peine entrée, j’ai entendu un bruit de verrou derrière moi, et une femme blafarde m’a indiqué une banquette. J’ai tenté de faire demi-tour, mais deux clients m’ont regardée d’un air terrorisé, et m’ont fait “non” de

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La déco était vraiment atypique : un diner des années cinquante… mais version La colline a des yeux. C’est-à-dire dans une zone d’essais nucléaires. Tout était vieux, moche, triste et mort. … D’apparence ? Je me suis installée sur une banquette de voiture américaine trouée, un serveur est passé devant moi avec un regard lugubre en laissant tomber un menu irradié… J’ai découvert les prix, astronomiques, le serveur est repassé en me fusillant du regard… Et là, enfin, j’ai compris : j’étais à un dîner-spectacle ! C’est pour ça que les plats étaient si chers ! C’était des comédiens qui faisaient office de serveurs ! ! Il y avait même de faux clients, comme le couple terrorisé, qui avait maintenant l’air d’être malade ! Excellent ! !


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Une femme déguisée en serveuse est arrivée pour prendre ma commande. — Aidez-moi. Patronne garde mon passeport, dit-elle avec des petits coups d’œil craintifs, sur le côté. — Haha, excellent, votre maquillage : super bien, les cernes noirs ! Je vais prendre “le sandwich Philadelphia”. Allez, en cuisine, Cosette, haha ! Elle venait juste de partir, quand une comédienne d’un certain âge, très Comédie- Française, est entrée en scène : c’était la chef, la reine de la Nuit, la mère Thénardier ! Rien que pour moi ! — Qu’est-ce qu’elle vous a dit, la serveuse ? m’a-t-elle demandé avec un parfait petit sourire sadique. — Rien, rien, rien ! ai-je dit avec un clin d’œil.

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La mère Thénardier est partie en cuisine, en claquant la porte derrière elle. Excellent. Très Actors Studio. Oui, c’était vraiment un bon spectacle. Une seule petite critique : trop radical, trop “Dogma”. Parce qu’ils ont poussé l’artistique jusqu’à me servir un faux sandwich en plastique avec des fausses frites ! ! MON ADRESSE : C’est le pire restaurant de Paris : je donne pas l’adresse, ça va pas, non ? J’ai pas envie de finir en steak haché dans leurs burgers ! Pour compenser : HIGUMA, super bon restaurant japonais, 32 bis, rue Sainte-Anne, 75002 Paris. (Si jamais vous y allez en amoureux pour un premier rendez-vous et que vous êtes super timide, c’est génial : vous n’avez même pas besoin de parler, les cuistots font à manger devant vous, ça occupe ! Marche aussi pour les vieux couples qui n’ont plus rien à se dire.)


PARIS IIIe/IVe

Amenez votre ami le plus hetero du monde DANS LE MARAIS

P

our rire, j’ai amené un copain, Eric, célibataire et hétérosexuel, dans le Marais. Au début, il ne voulait pas : “Non. C’est dangereux.” J’ai rusé, je lui ai dit qu’il y avait des bars de lesbiennes bourrés de bombes érotiques et sensuelles. Nous sommes entrés dans le Marais ; donc, le principe, c’est que les hétéros pensent que, dans le Marais, tout le monde est gay, sauf eux.

Nous sommes passés devant un bar à touristes. — Eric, j’ai chuchoté. Je crois que le petit vieux homo assis en terrasse avec sa vieille copine lesbienne te mate le cul. — Quoi ! ! Il s’est mis à marcher en bougeant le bassin le moins possible. Mais comme personne ne s’intéressait à lui, et comme je connaissais bien le quartier, il a cru que j’étais une espèce de “fixeuse”, et que je le protégeais… Il s’est un peu détendu. J’en ai profité pour lui demander, mine de rien : — J’ai une course à faire. Tu m’attends là, devant le Dépôt ? — Le dépôt ? C’est un entrepôt ? — Non c’est une boîte. T’as qu’à prendre un verre en m’attendant, va discuter avec les mecs, là ! T’as des capotes ? — Mais arrête ! C’est pas drôle ! J’ai marché de plus en plus vite, dans les petites rues. Il me suivait. Je me mis à marcher de plus en plus vite, puis à courir à petites foulées. — Mais où tu vas ? ! a-t-il geint. Je pris à droite, puis à gauche, puis

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je ralentis, et fis semblant de chercher quelque chose. — Tu cherches quoi ? — “Satin et Culottes”, dis-je. — C’est quoi, ça ? me demanda-t-il d’un air soupçonneux. — C’est un bar lesbien. Je pensais que c’était par là… Ah ! Mais y en a un autre, on a qu’à entrer ! Voilà comment nous nous sommes retrouvés au bar les Killeuses Dykes, un soir de débat féministe : “Gouines, trans, hétéros, bi : Pourquoi accepter la domination ? L’homme blanc hétérosexuel en questions”. Eric a essayé de s’enfuir. C’était drôle. Puis il s’est bien tenu, et il est devenu bien soumis, notre petit esclave ! MES ADRESSES : LE DÉPOT, 10 rue aux Ours, 75003 Paris, M° Rambuteau Petite anecdote touristique : il y a un commissariat juste à côté. Dites à votre ami hétéro ce que vous voulez, perso j’ai raconté à Eric que les flics étaient là pour séparer les bagarreurs dans les partouzes, et jeter des seaux d’eau quand les homosexuels restaient coincés. LES KILLEUSES DYKES C’est un lieu secret. Ça fait aussi restau, on y déguste du risotto de pénis. Délicieux. LE SATIN & CULOTTES Pour trouver ce bar, c’est facile : il suffit de suivre la belle lesbienne blonde qui parcourt le Marais, à califourchon sur une licorne. Le mot de passe pour entrer : “eunuque”.

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UNE PARISIENNE VOUS EMMÈNE EN BALADE DU IER AU XXE ARRONDISSEMENT. PRÉVOYEZ UNE GOURDE, UN SAC VOMITOIRE ET UNE BALISE DE SURVIE.

Elsa Barrère est auteur de sketchs et de scénarios pour la télévision (Groland, Dr Cac, les Guignols), et chroniqueuse à la radio (Ouï FM). Elle a écrit et réalisé des courts métrages de comédie, et fait des spectacles de stand-up.

Depuis plus de 10 ans, Stéphane Trapier réalise les dessins du Théâtre du Rond-Point. Ses affiches sont donc exposées dans le plus grand musée de Paris : les couloirs du métro. Il travaille également pour la presse (Fluide Glacial, Le Monde, Le 1 Hebdo, Vanity Fair, La Revue Dessinée, Topo…). Dernier ouvrage paru : Tarzan contre la vie chère (éd. Matière).

Prix : 16 € - N001

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Paris trash  

Elsa Barrère + Stéphane Trapier

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