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Can. 8$ • Sui. 10,70FS • Bel., Lux. 5,80€ • Dom 6,20€ • May. 8€ Esp., Port. (cont.) 6€ • D. 6,20€ • TOM S: 760 XPF • TOM A: 1500 XPF

!! EN CADEAU ! INCLUT  : T N E M É L P U S LE DE E R È R É T T LI IAL C A L G E D I U L F

LE JOURNAL D’UMOUR & BANDESSINÉES DEPUIS 1975 • N°463 JANVIER 2015


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Sommaire N°463 JANVIER 2015

2 DIEGO ARANEGA L’ATELIER MARKETING 3 LINDINGRE/Clémentine MELOIS L’ÉDITO 4 POCHEP IN BED WITH MARGUERITE DURAS 6 WALDECK LEROC/DUTREIX LA LITTÉRATURE , UN APOSTOLAT ?

7 REUZÉ PUB 8 TRAPIER GISCARD & SES AMIS 10 Philippe SOHIER/CHAUZY SHADOW WAY 12 BOUZARD LES POILUS ET LA LETTRE D’AMOUR 16 ZANELLO FLUIDE GLACIAL

COMME SI VOUS Y ÉTIEZ

18 CASOAR PICTO CELLULO & CIE 20 SATTOUF PASCAL BRUTAL 26 REUZÉ PUB 27 FELDER/CIZO LE JOURNAL GROSPORC 32 LEFRED-THOURON LITTÉRATURE & AMOUR 33 ÉDIKA DÉDICACES 38 JC MENU CHROQUETTES 40 Pacôme THIELLEMENT/Arnaud BAUMANN LES MAÎTRES SECRETS DU TEMPS 42 MO/CDM PHILIPP KRADOW 48 HOUSSIN TENDRE ENFANCE 49 NOUVEAUTÉS 50 Lénaïc VILAIN PENDANT CE TEMPS 51 TEXIER CAT CAZ 52 David VANDERMEULEN/ONCLE GILBERT ONCLE GILBERT AU CONSEIL COMMUNAL

56 FIORETTO MA BOÎTE EST À VOUS 57 CAMILLE EL GUIDO DEL CREVARDO 60 HAUDIQUET/LIBON ÇA NE S’INVENTE PAS 61 BESSERON/FELDER PIRE OUVRIER DE FRANCE 64 THIRIET 2 PAGES MAG 66 HUGOT SAINT LOUIS 70 MAHLER COMPLÈTEMENT TARÉS 71 KLUB HANSEL & GRETEL 72 TERREUR GRAPHIQUE/BERNSTEIN

ERREUR 404

74 FABCARO TALK SHOW 75 FIORETTO CHOUCHOUS MAMOURS & PISTONS 76 OSTERMANN/HAUDIQUET PAS VU À LA RADIO

77 HOUSSIN PIMENT ROUGE 78 PIXEL VENGEUR/MONSIEUR LE CHIEN LA MÉTHODE CHAMPION

82 SOURDRILLE RONALD FUCK 83 Claire BOUILHAC/Jake RAYNAL FRANCIS BLAIREAU FARCEUR

84 LEFRED-THOURON

LA FRANCE QUI GANGNE

Ours

Éditions AUDIE S.A.S. au capital de 300 000  R.C. Paris B 352046197. 87, quai €

Panhard & Levassor, 75647 Paris cedex 13. Tél. : 01 55 28 12 20. Président et Directeur de la publication : T. Capot. Journal : Directeur de conscience : Alexis. Rédacteur en chef : Y. Lindingre. Rédacteurs en chef adjoints : V. Solé - V. Fruchart. Fabrication : C. Argouarc’h (01 55 28 12 24). Directeur artistique : Plipo [design]. Relations Presse : V. Véron (01 55 28 12 27). Vente au numéro : G. Ghanem (01 55 28 12 31). Distribution : Presstalis. Service abonnements : Fluide Glacial, Bureau B1369, 60643 Chantilly Cedex - tél. : 03 44 62 43 55, email : abo.fluideglacial@everial.com. Abonnements : 1 an, 12 numéros mensuels : 58, 80 € 1 an, 12 numéros mensuels + 4 numéros hors-série : 85, 40 €. Dépôt légal : décembre 2014. Photogravure Reproscan. Imprimerie Pollina. Printed in France. ISSN 0339-7580. Commission paritaire N° 0617K81954. © Éditions AUDIE et les auteurs. Ce numéro comporte un supplément littéraire de 16 pages “jeté” sur la totalité de tirage. redaxion@fluideglacial.com Albums : Responsable éditorial : V. Solé. La reproduction des dessins, photographies et textes est interdite sans l’autorisation écrite du journal. Les documents non sollicités par le journal ne sont pas retournés.

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courrier des lecteurs : movida@fluideglacial.com Notre prochain numéro paraîtra le jeudi 15

janvier 2015.

l’Edito par Yan Lindingre

Comme ne manque jamais de me rappeler mon président bien-aimé lors de sa visite hebdomadaire, et tout en épluchant d’un pouce distrait l’actualité éditoriale de Fluide Glacial qui jonche mon bureau : “Vous, mon cher Lindringue, vous êtes incontestablement le plus con de tous mes lieutenants. Et pourtant j’en ai vu défiler des abrutis, vous savez. Enfin, depuis que vous vous piquez de pondre des éditoriaux, je me dis qu’au moins vous ne savez que “ni lire””. Blague à part, depuis qu’il a appris que je n’ai jamais lu un traître livre de ma vie (à part le manuel de montage de l’étagère Billy), je crois savoir qu’il me voue une sorte d’intérêt relatif, mon président. Il éprouve à mon endroit (quand son emploi du temps le lui permet) un sentiment sis tout pile entre navrement et une certaine forme d’admiration. Cette émotion paradoxale qui s’empare du naturaliste lorsqu’il découvre malencontreusement en égrainant le pelage d’un mammouth une espèce nouvelle d’anoploure… morpion génital qu’il aura l’heur de pouvoir baptiser, c’est toujours ça. Je voudrais rebondir sur ce que je viens d’écrire et évoquer ici même la notion de sérendipité concernant cette belle rencontre entre mon président et moi. Fruit du hasard, caprice du destin, avènement soudain de cette chose que l’on n’attendait pas et surtout ne cherchait résolument point. Ce machin furtif qui vient s’exploser inopinément sur votre pare-chocs sans crier gare, et qui pour autant ne tient pas du gros lot providentiel. Le “machin” dans la métaphore plus en haut étant “moi”.

Au moment où il allait entonner son habituelle tirade sur mon inculture crasse, mes 4 neurones montés en quinconce, je coupai court : “Un supplément littéraire que je vais vous concocter ! Le avec un grand L, Le supplément littéraire de Fluide Glacial, avec un grand F et un grand G, et vous allez voir… Ça s’appellera “la Nouvelle Revue Française d’Umour et Bandessinée”, que nous acronymerons NRFUB, et qui va marcher du feu de Dieu avec un gros D. J’ai parmi mes troupes de comiques des types qui savent écrire sans faire de fautes (avec un petit s car ils en font toujours plein). Ils vont bien étudier tous les bouquins qui se vendent super bien en ce moment, tout malaxer, détricoter, déconstruire, dérider, retendre et ils vont tout nous refaire mais en très mieux. Monsieur le président, je vous fais une lettre, puis deux, puis un mot, puis des phrases, des paragraphes, voyez comme c’est magique… mes idées, votre confiance… on va gagner plein de sous vous et moi. Des montagnes de braise !” Le président m’interrompit : Proust ! Moi : Quoi ? Vous vous sentez mal ?

Lui : Marcel Proust, abruti ! Ça vous dit quelque chose ? Moi : Ah… Euh oui, de nom… (comme on m’a appris à dire quand je sais pas).

Et moi, mon président, il m’a trouvé alors qu’il ne me cherchait pas, rangé derrière mon bureau le jour où il a racheté ma maison mère. Ou plutôt le lendemain, quand le vendeur lui a dit : “Attendez, monsieur, je crois qu’il y a encore ce truc qui fait partie du lot.” Aussi improbable que cela puisse paraître, il m’a gardé… un peu comme Monsieur Tanner avec Alf. Histoire de pas trop l’embêter, j’aurais pu tenir mon petit rôle pépère de rigolo qui confirme la règle, couler sans faire de vagues des jours heureux au sein de ce nouveau consortium. Je me serais fait tout petit dans le grand building façon “trouvez Charlie”. Tout aurait tranquillement suivi son chemin si ne m’avait pas traversé la calebasse l’idée géniale de soumettre au président lors de l’une de ses visites de routine, soucieux que j’étais malgré tout de monter dans le baromètre de son estime, si je n’avais entrepris un beau matin, dis-je, de lui proposer tonitruant de, à l’instar de mes voisins de palier du groupe, faire moi aussi un peu dans la littérature avec un grand L et quatre petits t (puisque comme c’est gratuit, j’en mets toujours 4).

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Lui : A la recherche du temps perdu ! Je viens de le retrouver le temps perdu ! le temps perdu, il est ici, dans ce bureau, dans votre ciboulot ! Ici tout n’est que temps perdu ! Faites ce que vous avez à faire, mais cessez de me faire perdre mon temps, Lindringue ! Le voir si enthousiaste m’engagea à pousser la chansonnette. “J’irai refaire un tour, du côté de chez Swann, revoir mon premier amour qui m’a donné rendez-vouuuuuuus… sous le chêneuh !”  Moi (m’interrompons à mon tour) : Et vous, monsieur le président, est-ce que vous connaissez Dave ?


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?   T A L O T S PO vant lui. A N U , E R U rs de T u A o j R x É u a T e LA LITvains ont encore de b

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Les écri

C’est mon fils. Pour une fois qu’il s’intéresse à quelque chose. Il feuillette une breuchure chez la conseillère de la orientation. — Littérature, c’est bien ce truc avec des livres ? — Littérature ? Je vais voir ce que j’ai. Littérature cleussique ou littérature maderne ? Il y a le choix, désormaiche. Littérature classique, c’est quand les maintenant morts étaient vivants. Qu’ils travaillaient en robe de chambre de satin sur une grande table en bois. Leur gros stylo à pompe laissait de l’encre sur les doigts. Souventes fois, il fallait les appeler maître. A l’appel du maîmaître, une boniche arrivait pour de quelques savants coups de langue laver la souillure au bout des doigts, et plus si entente au bout du bout. Et le labeur reprenait, les feuillets parcheminés s’accumulaient sur le sous-main en couir de bête. Littérature moderne, c’est ceux d’aujourd’hui. Ils écrivent sur un ordinateur tout seuls dans leur chambre parce que la femme travaille, que les boniches sont devenues rares

PAR

REIX PAR DUT ILLUSTRÉ , C O R E L WALDECK

et plus personne ne tient la maison. C’est pour résumer, mais c’est pas si simple. Dans la littérature moderne, il y a les ringards et les autres. Les autres sont ceux qui passent à la télé. Et dans les salons du livre, ils passent devant les ringards. Pour sûr, c’est prescripteur la télévision. Tout le monde le dit. L’ a donc devant lui, l’autre, une queue de lecteurs rabattus par la télé pour se faire mettre “amitchalement” sur la page de garde, puis amicalement par le caissier. Arrive même que l’autre, il soye les deux z-à la fois : écrivain la journée et rabatteur de la télé le soir, pour mettre toutes les chances de son côté. L’a donc la queue, et le lecteur attend des heures le gri-gri, que des fois pour attendre plus à son aise, le lecteur, il pose ses fesses sur les piles de livres du ringard. — Il ne suffit plus de produire, il faut-il encore que ça se sache. C’est pas moi qui le dis, c’est les fiches. En matière de vie actuelle, pour la littératchure maderne, l‘écriture n’est plus ce qui compte pour avant tout. Elle a raison un peu, la conseillère qui a dit ça en sortant de l’armoire à fiches. On est bien d’accord, il faut vendre, et pour vendre il faut

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de la gouaille. “N’a pas de gouaille n’a pas de graille” : le proverbe paysan si souvent rencontré dans la littératchure classique, voire de terroir, s’applique à la moderne. Et le travail d’écrivain rejoint celui du camelot des marchés. Elles sont belles mes salades ! Si vous me donnerez des sous je vous raconterais. Le littérateur moderne confond la première personne du futur et la première personne du conditionnel, mais trouve ça pas grave du moment qu’il parle de je. — Cette autofiction autour de mon fessard, de la salade ? Si vous ne respectez mon fessard, respectez au moins ma vie, mon engagement et ma bataille. Tout de suite les grands mots, l’écrivain. Qui est de nos jours une femme pour souvent. (Ecrivain, fem. : écrivaine. Femme, fem. : femmesse. Ex : une femmesse écrivain, une femme écrivaine. Les deux se disent, la langue est riche). Bon, qu’il dit mon fils. Je vais réfléchir. — C’est ça, réfléchissez bien parce que c’est comme dans tout, les places sont chères. Beaucoup d’appeléches et peu d’éluffes. En attendant, je vous inscris en commerce international. Ça ne mange pas de pain à un canard.


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SHADOW WAY UNE NOUVELLE DE PHILIPPE SOHIER ILLUSTRÉE PAR CHAUZY

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Irina hésita un long moment avant de pénétrer dans la salle à manger du centre. Elle n’aimait pas cet endroit qui sentait l’urine et le chocolat chaud. C’était l’heure du goûter et des patients hébétés erraient parmi les tables en quête de vagues souvenirs ainsi que d’éventuels camarades. Elle balaya la salle d’un regard angoissé et furtif et finit par apercevoir Henri qui était assis seul. Prostré sur sa chaise, il regardait son pain aux raisins comme on regarde un vulgaire pneu abandonné sur une plage. Cela faisait déjà six mois qu’elle avait placé son époux dans cet établissement destiné aux personnes atteintes d’Alzheimer. Ecrivain de son état, il avait eu une carrière honorable. Au fil du temps, il était devenu même un auteur reconnu et respecté. Son extrême lucidité ainsi que son humour dévastateur avaient suscité chez ses pairs un véritable respect. 10

Seulement, après avoir écrit quinze romans aussi gros que des maxi-burgers, il était devenu progressivement sujet à d’horribles lacunes au niveau de son vocabulaire. Peu à peu il avait perdu aussi les fondements de la conjugaison. Lui qui n’avait jamais fait aucune faute d’orthographe de sa vie se mit à ne plus savoir écrire le mot “peine” autrement que “paine”. A peine commençaitil à écrire une phrase qu’il en oubliait aussitôt le début. Pour couronner son déclin, lors de ses nombreuses interviews, il ne fut plus capable de se rappeler ses propres histoires. Ce handicap finit par l’irriter profondément et changer son comportement, il devint irascible, associable et surtout violent avec Irina. Son amour passionnel envers elle se mua très vite en une sorte de méfiance maladive. Le jour où il se mit à l’appeler “salope” contraignit la pauvre femme à le placer dans un centre spécialisé. A présent, il ne la reconnaissait même plus et l’appelait “Madame Bovary”.


Après qu’il eut avalé son pain aux raisins qu’il avait pris pour un pilon de poulet, elle le poussa non sans mal vers le jardin où d’autres fantômes prenaient un soleil timide. Comme d’habitude, elle lui parla de ses livres dans le but de ranimer ce qui lui restait de mémoire, mais il resta perplexe en affirmant qu’il détestait la lecture et préférait le coloriage. Les sujets de conversation devenant de plus en plus restreints, elle se mit à lui parler de la pluie et du beau temps, du retour de Sarkozy histoire de réveiller sa conscience politique, mais Henri ne frémit pas. Il s’obstina à prononcer le mot “shadow way” car ce mot semblait lui plaire. — Qu’est-ce que tu veux me dire ? lui demanda-t-elle à bout de patience et d’abnégation. — Shadow way ! Shadow way ! Shadow way ! chantonnait sans cesse le pauvre bougre. Irina tenta en vain de lui parler d’elle et des trois enfants qu’ils avaient eus ensemble, des années de bonheur qu’ils avaient vécues en famille. Après avoir fait mine de s’en souvenir, il reprenait sa détestable litanie en murmurant le fameux shadow way sans reprendre le moindre souffle. Passablement paniquée et convaincue qu’il ne l’écouterait plus jamais, elle se mit à l’invectiver. Lui balançant les pires reproches, tels que “j’en ai marre de toi, de ta maladie, de ta peau, de ton regard vide et de tes sourires idiots”. — Shadow way ! Shadow way. — Mais tu ne sais dire que ça ? ! — Shadow way ! Shadow way ! Shadow way ! A bout de nerfs et les larmes aux yeux, elle finit par hurler plus fort que lui : — Pourquoi tu me fais ça ? Qu’est-ce que je t’ai fait ? Pourquoi tu ne veux pas mourir ? Histoire de me foutre la paix ! — Shadow way ! Shadow way ! shadow way — Oui, shadow way ! Je sais ce que ça veut dire, “le chemin de l’ombre”, et alors ! Ça fait des années que je vis dans ton ombre ! Des années que je me tais et que je supporte tes angoisses d’écrivain, tes caprices ! Toutes ces belles phrases que tu as écrites qui n’ont rien à voir avec toi ! Sans compter toutes ces histoires d’amour que tu as publiées et que l’on n’a pas vécues ! Je peux te le dire maintenant ! J’aime un autre homme depuis deux ans, quelques jours avant que tu tombes malade ! Tu sais

pourquoi je l’aime ?… Parce qu’il me caresse au lieu de caresser ses mots ! Les siens sont simples et ne donnent de leçon à personne ! Ils sont nus ! Les tiens ont toujours été trop couverts, comme s’ils avaient peur de prendre froid !… Pourtant je t’aimais ! Mais tu ne l’as même pas vu ! Car tu cherchais l’immortalité et tu as négligé le présent ! Je sais que tu ne m’écoutes plus et ce n’est pas nouveau ! Maintenant il faut que je rentre, car lui, il m’attend, il m’espère ! Si tu savais comme c’est bon ! C’est fini, Henri ! Je ne viendrai plus te voir ! Ça fait six mois que je viens tous les jours te voir décliner, et je n’en peux plus. Je préférerais que tu sois mort. C’est fini ! Les shadow way d’Henri cessèrent d’un coup. Son regard se ralluma comme un néon qui a du mal à se mettre en route. Son visage jusqu’alors affaissé reprit une forme humaine. — Je le savais ! dit Henri avec le sourire d’un conquérant qui vient de perdre une bataille. — Ça va ? lui demanda Irina, qui eut tout d’un coup l’impression d’assister à un miracle, un terrible miracle mais un miracle tout de même. Henri se tourna vers elle et lui prit la main tendrement, un sourire tristement digne barrait son nouveau visage. Tout en lui caressant les doigts il lui dit d’une voix claire : — Shadow way vient d’un titre des Stones. Même si c’est “Just a shot away !” J’ai toujours entendu Shadow way ! Surtout quand vous l’avez chanté tous les deux le soir du nouvel an… Vous faisiez les chœurs lèvres contre lèvres en léchant le micro. Vous aviez dans les yeux des guitares illuminées par des feux d’artifice et là j’ai compris que je n’étais plus ta seule rock star. Il soupira comme s’il agonisait et se mit à parler comme un bon élève qui connaît sa leçon : — Sinon je m’appelle Henri Lagrange et l’on s’est mariés le trente août mille neuf cent quatre-vingt à onze heures pile et je t’aime… Et ça, je ne pourrai jamais l’oublier. — Alors tu n’es pas malade ! balbutia Irina, complètement abasourdie. — Non ! Je voulais juste t’entendre pour te libérer. — T’es complètement dingue ! Comment as-tu pu me faire ça ? — Ben quoi ? Ça pourrait faire un super sujet de roman, répondit Henri qui avait du mal à retenir ses larmes. FIN 11


FLUIDE GLACIAL N°463  

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