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Olivier DEMAZET VOISINS DU CIEL

MONTAURIOL - Poésie


Olivier DEMAZET

VOISINS du CIEL

Hors Textes : Henry Clairvaux

Préface : Jean-Jacques Hetzel

Montauriol-Poésie-Montauban

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DU MÊME AUTEUR : - Pages Anthologiques dans diverses revues, (1963-1995). - Foi d'Animal Les Paragraphes littéraires de Paris - 1978. - Histoire de Dire Aquitaine-Expansion, Bordeaux 1982. - Silhouettes IMF Production 1984, (Préface de Gilbert Patout). - Natures Vives IMF Production 1985, (Préface de Jean Darwel). - L'Enfance de l'Art La nouvelle Pléiade, (Préface de Vital Heurtebize), 1987. - La Vie de Poème (Préface de Jacqueline Delpy) IMF Production 1990. - L'Amour de Vous La Nouvelle Pléiade - Montauriol - Poésie 1990 (Préface de V. Heurtebize). - Numéro Spécial 13 Montauriol - Poésie 1993 - L’Éclair de la Nuit Frédéric Maire COREP Bordeaux.

Olivier DEMAZET 1995 -2-


A ma mère

AVANT-PROPOS

J'ai voulu honorer la vieillesse quotidienne en termes quotidiens, accessibles à nous tous qui serons vieux. Période de la vie trop souvent méconnue, oubliée, ignorée. Il est délicat d'évoquer la détresse, le désespoir, la rancœur par l'amour triste, par l'humour noir. Il est agréable d'évoquer les plaisirs simples, la sagesse, la confiance par l'amour serein, par l'amour simple. Il est poignant d'évoquer les dernières années avec leurs souffrances, leurs interrogations. Mais il est peut-être illégitime de les craindre. Ce qui est sûr, c'est que la pensée des aînés réagit souvent aux problèmes de la vie avec intensité.

La poésie va se nicher jusqu'au tréfonds de la vieillesse, séquelle de la jeunesse, permanence de la vie.

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PRÉFACE

Olivier DEMAZET est un poète du quotidien et de l'humain, observateur de la souffrance et des infimes joies de la vie. On rencontre chez lui une communion avec les humbles.

Mais il est aussi artisan du langage, celui qui joue avec les mots, les triturant ou en créant de nouveaux. Cela l'amène aussi à chercher l'envers d'un concept, pratiquant ainsi ce qu'exprimait Emmanuel Mounier lorsqu'il affirmait l'intérêt de "casser une idée comme on casse une noix", pour voir ce qu'il y a dedans.

Avant lui, Ronsard, Joyce ou Boris Vian se sont livrés à ces exercices révélateurs de sens.

Homme de culture, et un des derniers "honnêtes hommes", si l'on s'en réfère à la conception de Montaigne ou de Molière, il observe avec recul l'absurdité ou les incohérences de la "Comédie humaine", jetant un œil lucide mais bienveillant sur la vie.

Sa poésie est inattendue où la forme colle au fond sans plan préétabli, ni préjugé de pied ou de rime. Ne nous étonnons donc pas si ce n'est pas une poésie qui marche au pas. Le rythme vient naturellement quand le sens l'appelle.

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Ce recueil fait suite à une série déjà fort respectable de sept autres répandus à travers l'hexagone et ailleurs.

Oserais-je révéler aussi qu'Olivier Demazet préside avec maestria et autorité aux destinées d'une revue poétique, faisant office de rédacteur en chef, d'éditorialiste, voire d'éditeur, drainant par làmême une pépinière de jeunes poètes de 15 à 90 ans du Tarn-etGaronne à toutes les régions de France, et mettant au service de créateurs moins chevronnés une expérience mûrement éprouvée, à la fois de l'écriture et des milieux littéraires.

Je conclurai cette modeste présentation, à titre de collaborateur et ami, en souhaitant bon vent et longue vie à ces poèmes,

Jean-Jacques HETZEL

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Deux hors-textes de Henry Clairvaux « Ombres se rendant au bal par une nuit d’hiver »

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MA MÉMOIRE

Moi, vieille mère ...

Ma mémoire est un trou noir. Je n'entends plus le temps. Je n'amasse plus l'espace. Je ne sonne plus personne. Ma vie est un soir fermoir.

Et pourtant, chers enfants ... Mes yeux de sentimence foisonnent. Les cieux de mes silences raisonnent. Et pourtant ... Mon cœur vous aime tant ! Ô la solitude de mon agitude !

Moi, vieille mère.

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CE SERAIT

La naissance ce serait comme la prise du billet de dĂŠpart La jeunesse ce serait comme la durĂŠe du voyage La vieillesse ce serait comme le voyage de retour La mort ce serait comme le jet du billet dans la corbeille.

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TOUT TOURNE

Notre Terre tourne autour du Soleil. L'argent tourne autour de la terre Le pays tourne autour de Paris Le piéton tourne autour de l'agent La ceinture tourne autour de la taille Le grand vent tourne autour du clocher Le coq fier tourne autour de la poule Le gros loup tourne autour de l'agneau Le corbeau tourne autour du cadavre Le poivrot tourne autour de sa tête Le valseur tourne autour de la valse Le cadran tourne autour des aiguilles Le pétale tourne autour de la rose Et mon cœur tourne autour du bonheur

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SOLITUDE

Je suis un sauvage aveugle et sans quiétude Ô solitude impitoyable immensément triste et rude. Je suis un sauvage aveugle et sans quiétude. Ô solitude interminable démente sinistre et si rude.

POURQUOI ?

Pourquoi ai-je pour vous fait tant de sacrifices ? Un jour éteindrez-vous votre feu d'artifice ? J'ai donné tous mes doigts Vous me tuez plusieurs fois. J'ai donné mes deux yeux, ma tête est votre jeu.

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JOURNÉES

Journées trop longues idées trop courtes Journées trop courtes idées trop longues Aligner les journées sur les idées Aligner les idées sur les journées Des journées à idées ? Des idées à journées ?

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DESSERT

Jour d'anniversaire dessert supplémentaire de neiges éternelles pour la vie fraternelle.

CUEILLEZ !

Cueillez ! Cueillez les roses de la vie ! Où sont les roses ? où est la vie ?

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C'EST LE HIC

Hic multitechnique prophète du fric. C'est le fric électronique informatique télématique et bureautique. C'est le hic démagogique et illogique politique étatique Chomagique narcotique inesthétique et frénétique. c'est le hic spécifique ou le hic crétinique. C'est le hic érotique pour initiés. C'est le hic cynique pour répudiés. C'est le hic alchimique hermétique. C'est le hic bien pratique mirifique pour les citoyens-robots pour les penseurs de robots. Hic didactique Hic dramatique Hic apocalyptique.

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PROGRAMME

Soyons bien sages en hÊritage et en devis. C'est bon la vie ! Et construisons cette maison avec raison pour les saisons de frondaison de floraison. Et la retraite sera bien faite. Un tour de main un peu de vin un bon gâteau quel beau tableau !

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L'ENFER Êtres du dernier âge assoupis, presque morts sur vos lits de douleurs ! Chers parents résignés à vos jours désignés ! Doux vieillards allongés, où se trouve votre âme ? Pauvres vieux décharnés, où est donc votre esprit ? Sur la terre ou au ciel ? Nul ne sait le dilemme, mais votre cœur est là qui, péniblement bat pour tous ceux qui vous aiment pour tous ceux qui vous laissent. Je vois vos yeux qui pensent à tout ce temps qui passe pour souffrir sans mourir. Je vois vos yeux qui pleurent l'atrocité des jours, l'énormité des nuits. La parcelle de vie que l'on vous attribue sert encore de couronne à votre dignité mais de grâce, vivez sur Terre comme au Ciel ! Finissent les supplices de l'hôpital cruel ! Vienne la liberté de vivre enfin sa mort, cadeau de la Nature, qui la donne en douceur. - 15 -


MES ENNUIS

Moi, ton ami, qui aime tes thèmes, j'ai suivi ta thèse à l'aise et mes ennuis de punaises se taisent.

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QUAND VOUS SEREZ

Quand vous serez bien vieille, le soir, à la veillée, je vous dirai, ma vieille, vous avez trop veillé. Quand vous serez bien vieille, le soir, à la chandelle, je vous dirai, ma vieille, tenez-moi la chandelle.

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OUTRE-BIERE

Vite arrêtez ce vacarme de vos larmes. Vos êtes bien plus belles plus loin d'elles. Vous êtes bien plus beaux sans cette eau.

Jetez ces muguets de buis c'est la nuit. Épargnez l'eau bénite les redites. Et ne desserrez pas sur un triste apparat, vos petits cœurs intrinsèques à coups secs. Plus de regret social impartial sur l'avis du journal si banal.

Demain sachez que la vie vaut le coup d'être vécue gravie à grands coups que la mort est sommeil en éveil. - 18 -


Il est mort le doux aïeul en aimant. Il est mort votre aïeul en souriant de votre vie recluse O méduses.

Sur de riches souvenirs à venir allez boire une bière comme hier. A ta santé l'aïeul sur ton seuil.

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LES ANNテ右S

Oui c'est dommage que les annテゥes aient mis tant de ravages sur votre visage.

Mais quel bonheur que les annテゥes aient mis tant de chaleur dans tout votre coeur.

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LE DERNIER QUART D'HEURE

Il suffisait de tenir le tout dernier quart d'heure. Il suffisait de gémir les dernières torpeurs. Il suffisait de tarir les dernières douleurs. Il suffisait de mourir dans l'avant-dernier heurt. Il suffisait de bien vivre à chaque bon quart d'heure. Il suffisait de bien rire un ultime quart d'heure.

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AUX GRANDS HOMMES

Il fut diplômé de sciences politiques et devint grand Commis de l’État. Aux Grands Hommes la Nation reconnaissante. Il fut Diplômé de sciences poétiques et devint Grand Démis de l’État. Aux Grands Hommes la Nation méconnaissante

LES MONDES

Il existe le beau monde le demi-monde le mauvais monde le tiers monde le quart monde dans le monde entier jusqu'au bout du monde jusqu'à la fin du monde il y avait beaucoup de mondes

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LE RÊVE

Ah ! Le rêve ? On en crève ! Le bonheur ? On en meurt ! Et la mort ? on en vit !

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LES COUPS

- Donne-moi un coup de main - Je n'ai plus les mains libres - Jette-moi un coup d'œil - Je n'ai plus d'œil - Lance-moi un coup de pied - Je n'ai plus de pied - Alors un coup de tête - J'ai perdu la tête - A force de prendre des coups, on ne tient plus le coup.

EN DÉCOUDRE

- Je ne peux me résoudre aux foudres de ma femme - Enfuis-toi et prends donc la poudre de ses flammes. Puis tu vas les dissoudre dans son âme. C'est fini d'en découdre, Tu le clames. - 24 -


TEXTE DU BON CANCRE HISTORIQUE

Au village, c'est la fête de l'Armistice. Les gendarmes et les pompiers, décorés d'ifs, étaient entourés de colonels. Nous fîmes le tour de la Place, tandis que la cloche nous accompagnait. La musique entama son morceau. Ayant fini de jouer, Monsieur le Maire sortit une feuille de sa poche et nous fit son récit. Je fus touché à la pensée que je ne connus pas mon grand-père qui, par sa bonne volonté, se fit tuer pour la France.

1962 (C.E.P.)

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COMMERCES

Mouroirs dernières chambres des derniers âges. Pompes funèbres derniers voyages des dernières années. Commerces de la mort derniers deniers des dernières vies.

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MOI

De moi tu ne veux plus si fatiguée de moi ! J'ai trop donné de moi. Oh ! mais je n'en peux plus !

JE VOUS

Oui je vous aime car je vous aime Oui je vous hais car je vous hais Oui je vous tue car je me tue Je ne sais plus Je n'y suis plus

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LA DOULEUR

La douleur seule est grande le malheur seul est grand Ces rendez-vous font l'homme doux prĂŠtendez-vous par dessus tout. Commencez donc par vous Surtout oubliez-nous.

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MON DIEU, MON VIEUX

Mon Dieu, Mon Vieux Sentinelle des Cieux et Lunettes des Vieux. Pour un rien si tu veux bien écoute nos prières ne datant pas d'hier. Arrête les forfaits. Interdis les méfaits des Seigneurs de la Guerre des Marchands de Misère, des Patrons de finances, des Gérants de Souffrance. Ils savent ce qu'ils font, ce qu'ils défont à fond. Pardonne-leur, mais les malheurs, ne permets pas. Et n'oublie pas ces moins que rien si tu veux bien. Mon Dieu, Mon Vieux Sentinelle des Cieux et Lunette des Vieux.

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LES FUMAILLONS

Dans le cabinet de toilette de l'enfantine maisonnette de leurs grands-parents innocents, les deux impossibles garnements se sont gâtés, se sont camés : ils ont allumé une brochette de cigarettes. Ils ont toussé, pauvres poucets. Ils ont pleuré, sont défoncés. Tous les deux enivrés comme si c'était vrai. Arrivent les parents dans un calme apparent. Ils sentent la fumée et s'écrient : "ça promet !" "Matamores déjà morts ! Quelle engeance vous absorba ? C'est le tabac qui vous abat ? Et le cancer, à quoi ça sert ? Vous êtes à l'envers, tout verts !" Les fumaillons fluets baissent le nez, déjà muets. Ils rougissent, ergotent. Leurs deux genoux flottent. La carence ne paie pas pour franchir un grand pas ...

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UN ROC

C'était un roc au regard d'acier au cœur de pierre à la volonté de fer. Ses mains d'or faisaient de l'argent. Il est mort des calculs noyés dans sa tête qui prenait l'eau.

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CHANT D'APPARAT

Passent les temps qui courent ! On se fait dur, fat, sourd. Essayez ce recours : envisager un tour Orné de poésie, de féerie, courtoisie pour apprécier ailleurs un monde bien meilleur. Mais, attention : danger ! Rétention des projets ... Démodés, interdits, C'est un édit redit. Poésie légitime te voilà synonyme d'hérésie, ineptie, frénésie, inertie. Poètes anonymes qui pleurez dans l'abîme de folies arguties et fausses prophéties : On vous veut hermétiques, obscurs, ésotériques. On vous veut plats, sans fièvre, ni souffle, mais mièvres.

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On vous veut tous conformes aux modèles, aux normes. Sinon, l'indiffÊrence vous noie dans la navrance.

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Alors chers troubadours, ignorez les vautours. persistez dans vos œuvres, évitez les couleuvres. Gardez vos espérances, vos sources et vos transes. Fidèles à vous-mêmes, les amoureux vous aiment. Par votre transfigure éclatera l'envergure. Puis la vie s'ouvrira sur un chant d'apparat. Passent les temps qui courent et qui aiment d'amour !

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QUE RESTE-T-IL

Il est las, elle est lasse. Est-ce le glas ? Est-ce la glace ?

Il est muet, elle est muette. Est-ce d'excès ? Est-ce la diète ?

Il est inquiet, elle est inquiète. Est-ce un décès ? Est-ce les miettes ?

La fin du jour ? Que reste-t-il de leur amour ? Et goutte et croûte

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CEUX QUI

Ceux qui ne m'aiment pas ne me respectent pas sont encore de ce monde. Mais ils n'existent plus car ils ne vivent plus. Ceux qui m'ont aimĂŠ m'ont respectĂŠ ne sont plus de ce monde. Mais ils existent toujours car ils vivent toujours.

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NOCES DE DIAMANT

Mon mari, mon copain prends ma main Ton cœur d'or prend essor Ô ma Femme chérie Tu souris toi ma perle qui déferles. Jour diamant gentil vent Nobles noces sans caresse Soir divin Feu du vin Pain d'écrin Eau-satin Dure vie qui gravit Joie, qui rit de féerie Fin de vie mais ravie d'amour fort sans retors

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DANS LE NOIR

- Que faites-vous ce soir dans le noir parmi vos idées noires ? Vous faites du marché noir ?

- Non, du travail noir à broyer du noir ...

- Mais c'est de l'humour noir ?

- Non, de la magie noire. Noire jusqu'à l'horizon noir du monde noir. Mais par ces termes noirs, il faut bien tout voir en noir : c'était écrit au tableau noir.

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LA SOUPE A L'AIL

- Pourquoi recules-tu quand je parle ?

- Il faut bien prendre parfois du recul.

- Pourquoi fais-tu la tête quand je parle ?

- Ce n'est pas un coup de tête.

- Pourquoi grimaces-tu dès que je parle ?

- Je n'en fais pas une soupe de grimaces.

- Alors tu ne peux pas me sentir ?

- Tu sens la soupe à l'ail !

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A L'ENDROIT

Aurais-je fait un cauchemar de canard de barbarie ? Le lion donnait la viande au dompteur le cheval montait sur le cavalier le chien promenait son maître en laisse le coq se déguisait en pendule à quartz la souris dévorait le chat la vache trayait la fermière les soldats passaient les généraux en revue les voleurs arrêtaient les gendarmes les fautifs jugeaient les jurys les élèves notaient leurs maîtres l'orchestre dirigeait le chef les ouvriers recevaient les patrons au bureau les malades soignaient les médecins les infirmières faisaient fortune les morts ressuscitaient les vivants. Je me sentais tout à l'envers dans ce monde à l'endroit.

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MÊME

Sur deux choses je louche les gâteaux et ma couche. Vivent les achats, vive la fuite se dit toujours Mémé-Dynamite qui pense au réveillon à la bûche au rillons. C'est tous les jours Noël. Ma vie est une fête éternelle.

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A MA MÈRE

Si tu savais, ma mère ... Que tu peux être fière !

Tu m'as donné le souffle de la vie Tu m'as donné le souffle poésie.

Je me suis fait poète pour tes fêtes. M'as-tu lu ? Suis-je lu ? Qu'importe si fermées sont les portes.

Tes souffrances m'ont donné l'espérance. Même mort en ta tête un poète est toujours en ton cœur un poète.

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PIÈCES MONTÉES

- Ça y est ! Il est encore remonté J'en suis tout démonté ! - C'est elle qui l'a remonté Elle aime bien les pièces montées.

GARAGE

- Alors, chéri, la mécanique est usée ? - Tu sais, chérie, je suis sur la voie de garage.

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VOS SILENCES

Vous qui écoulez vos vacances dans un petit coin de France, que vous ai-je donc fait pour mériter tant de silence ? Que vous ai-je donc fait pour être digne de votre indifférence ? Pourquoi parcourir des pays inconnus au lieu de ressentir les souvenirs communs ? Oublierez-vous le berceau du pays ?

Au bord, seriez-vous, d'un précipice tout noir, creuset de l'infamie où morts sont les amis ? Un bandeau aveuglerait-il l'espace de l'avenir jusqu'à ne plus sourire, d'un cœur ouvert, sans travers et sans fardeau, à celui qui vous fît sans défi moins de mal que de bien à celui qui vous aime pour un rien ?

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LA BOULE

Mon vieux copain fait le fou ... C’est le plus grand manitou de la Pétéaénque dès qu’il joue. Partoput, il fait des jaloux en gagnant toutes les coupes, désespérant ceux qui loupent. A Toulouse et puis Marseille, il s’éclate ou s’émerveille. Il court, il crie, saute et rit : la victoire est à ce prix. Champion de boules bien né, il doit toujours s’entraîner. Sa vie ? C’est le boulailler : boulailler, c’est travailler. Admirable est son mérite, car, par la boule, il médite. Les travailleurs vont en foule, loin des trésors de la boule : Labeur ? Art de la férule réservé aux pauvres mules ! Il vaut mieux coincer la bulle hors de l’ennui qui pullule. 18/03/88

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MALADIE D'AMOUR

Maladie d'amour se guĂŠrit toujours et partout dans un petit trou tranquille fertile.

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MA MÈRE, ELLE ...

Ma mère elle naquit dans les flonflons la nuit d’un quatorze juillet. Ma ère elle jaillit à pleins poumons au bruit de la joie vanillée. Ma mère elle vécut dans les saisons de suie d’une vie étrillée. Ma mère elle mourut dans les ronrons qui fuient, ... un jour de juin mouillé.

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L'ASPIC

L'aspic nous mord l'aspic nous pique l'aspic envenime l'aspic assassine. L'esprit si fort l'esprit viatique l'esprit nous ranime l'esprit nous vaccine.

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VIVRE !

Église silence Hôpital silence École silence Avenue vacarme HLM vacarme Vidéo vacarme Que choisir Partir dormir ? Non vivre Hors du silence Hors du vacarme

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BLINDE

Tu connais certes le tank blindé la voiture blindée la porte blindée le blockhaus blindé le cœur blindé le monde blindé la vie blindée. Eh bien sais-tu que je suis aussi blindé qu'un blindé bien blindé ?

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COEUR ET VENTRE

Certains ont le ventre plein et le cœur sec. D'autres ont le ventre creux et le cœur gros. Tout est question de cœur au ventre.

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LE FAUX POETE

Le faux poète que rien n’arrête comptait les pieds de son poème. Il se méfiait d’écrire même des vers moulus tout dissolus.

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HAUT LES MAINS !

- Haut les mains, bonhomme ! Vieux, sois de ton somme ! - Je vous prÊviens : je n’ai rien, je ne suis rien. Juste un homme ! Mais je suis bien !

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BILLEVESÉES

Mais pourquoi tant de sang versé ? Pourquoi tant de bile versée ? Pourquoi ces larmes déversées ? Pour tout ces billevesées faites pour diviser, désintégrer, bouleversa et ainsi visser un monde renversé.

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EN CE MONDE

En ce monde qui berne, il ne faudrait pas prendre nombreuses gens de cœur pour des enfants de cœur, à qui l’on pourrait vendre toutes les balivernes.

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ABSENCE ...

Qu'est-ce que l'éternité ? l'absence de temps Qu'est-ce que l'immensité ? l'absence d'espace Qu'est-ce que l'universalité ? l'absence de monde

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BIOGRAPHIE

Olivier DEMAZET

Instituteur honoraire né à Tours en 1930, qui a enseigné à Paris et Montauban jusqu'en 1989 dans l'Enfance Handicapée. Auteur de 9 recueils. Président-Fondateur et Rédacteur de la Revue Association MontauriolPoésie (1990) Membre de la Société des Gens de Lettres de France (1986). Membre de la Compagnie des Écrivains de Tarn-et-Garonne (1993). Membre Associé de l'Académie de Montauban (1993). Participant à plusieurs autres Associations et Sociétés de Poésie. La poésie d'Olivier Demazet a été présentée et dite dans plusieurs émissions et récitals.

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Dépôt légal à parution.

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SOMMAIRE

- AVANT-PROPOS

3

- PRÉFACE

4 et 5

MA MÉMOIRE

8

- CE SERAIT

9

- TOUT TOURNE

10

- SOLITUDE

11

- POURQUOI ?

11

- JOURNÉES

12

- DESSERT

13

- CUEILLEZ

13

- C’EST LE HIC

14

- PROGRAMME

15

- L’ENFER

16

- MES ENNUIS

17

- QUAND VOUS SEREZ

18

- OUTRE-BIERE

19

- 58 -


- LES ANNÉES

21

- LE DERNIER QUART D'HEURE

22

- AUX GRANDS HOMMES

23

- LES MONDES

23

- LE RÊVE

24

- LES COUPS

25

- EN DÉCOUDRE

25

- TEXTE DU BON CANCRE HISTORIQUE

26

- COMMERCES

27

- MOI

28

- JE VOUS

28

- LA DOULEUR

29

- MON DIEU, MON VIEUX

30

- LES FUMAILLONS

31

- UN ROC

32

- CHANT D’APPARAT

33

- 59 -


- QUE RESTE-T-IL

35

- CEUX QUI

36

- NOCES DE DIAMANT

37

- DANS LE NOIR

38

- LA SOUPE A L’AIL

39

- A L’ENDROIT

40

- MÊME

41

- A MA MÈRE

42

- PIÈCES MONTÉES

43

- GARAGE

43

- VOS SILENCES

44

- LA BOULE

45

- MALADIE D’AMOUR

46

- MA MÈRE, ELLE ...

47

- L’ASPIC

48

- VIVRE !

49

- BLINDE

50

- COEUR ET VENTRE

51

- 60 -


- LE FAUX POÈTE

52

- HAUT LES MAINS !

53

- BILLEVESÉES

18

- EN CE MONDE

55

- ABSENCE ...

56

- BIOGRAPHIE

57

- 61 -



Olivier Demazet Voisins du ciel