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LISIÈRE

PROJET DE FIN D’ÉTUDES À LA FACULTÉ D’ARCHITECTURE LACAMBRE-HORTA 2012

FLORIAN DE CLERCQ


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INTRODUCTION

La question de la lisière se manifeste dès l’instant où l’on aborde l’échelle territoriale. L’approche de la grande échelle amène à quitter un regard purement urbano-centrique, vision trop réduite, au profit d’une vision plus large et reconsidérant une entité plus complexe composée par l’établissement humain, l’histoire, le paysage, la géographie. Cette préoccupation est le fruit d’un glissement du regard, d’un changement d’échelle.

Ainsi la question des interactions,

entre

l’établissement humain et le territoire qu’il occupe, comme entre deux milieux, devient pertinente. Si la formulation du concept de lisière émane d’un questionnement sur les mutations des rapports qu’entretiennent les résidents aux territoires qu’ils occupent, elle est aussi l’issue d’une volonté d’aborder l’agglomération bruxelloise par une autre approche.

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LISIÈRE

Une lisière est un écotone. L’écotone est un terme récent employé en biologie allant à l’encontre du simplisme inévitable des classifications et porteur de réflexions sur la variabilité des phénomènes observés selon l’échelle d’observation. Un écotone est une zone de transition écologique entre deux milieux. En biologie sont par exemples désignés d’écotones la mangrove et les ripisylves. La lisière est une limite entre deux milieux, une limite qui ne figure pas une fin mais un espace de transition aux qualités singulières dont le caractère se nourrit des deux espaces adjacents. La lisière est un concept-image qui par sa définition et l’imaginaire très riche auquel elle renvoie en font une matière intéressante à penser le territoire métropolitain d’une agglomération. Et c’est de ce concept là que prend naissance cette recherche par le projet.

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RADIOGRAPHIE N°001

Nous débutons cette recherche, après avoir définit le concept de lisière, par un recherche carto-graphique. Celle-ci ayant pour objectif de s’approprier un vaste territoire, de dépasser les a priori sur l’agglomération bruxelloise, de chercher à se représenter autrement ce territoire avant de rendre visible et de faire resurgir des pistes de recherches et des potentialités de projets. A la manière d’une radiographie nous avons injecté à ce territoire un traceur s’infiltrant dans les espaces (ou)verts. En plus des figures habituelles telles que la forêt de Soignes, apparait entre les espaces à dominantes agricoles de la «périphérie» lointaine et la ville consolidée un entre-deux flou et d’une complexité apparente supérieure. Par négatif resurgi un système urbain complexe intense le long des grands tracés ( chaussez de Waterloo, chaussez de 6

Ninove, canal Anvers-Bruxelles-Charleroi etc...) et autour de l’installation historique de Bruxelles. Cet espace intermédiaire semble être la résultante de ces deux développements urbains.


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TENTATIVES DE CONTOURS / LA LISIÈRE COMME ÉPAISSEUR

A la manière de Michel Desvignes, lorsque qu’il trace pour le Grand Paris le contour de l’agglomération parisienne et l’épaissi de 100 mètres et lui conférant de possibles fonctions d’interactions entre l’urbain périphérique et le monde rural. Il s’agit ici de tenter de mettre en évidence les éléments composants la complexité précédemment soulignée, par un tracé minutieux sur fond de vue aérienne épousant au possible l’étalement du bâti, le but étant de mettre en évidence une épaisseur de lisière subjective et d’en déceler la composition actuelle.

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LA LISIÈRE COMME LIGNE DE CONTACT

Nous ne considérons plus ici une surface bâti et son négatif mais une surface complexe, un territoire sur lequel se dessine un linéaire de contact, se manifestant par le passage d’un monde à l’autre, d’une indescriptible complexité, offrant une possible relecture de la forme de l’agglomération bruxelloise.

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PERMÉABLE VS IMPERMÉABLE

Dans une recherche il nous parait primordiale de prendre appui sur des bases solides, rigoureuses, et de savoir quitter l’aspect phénoménologique. Ici nous entamons une relecture à partir d’une carte de la perméabilité des sols mise à disposition par l’ European Environment Agency. Celle-ci confirme l’hypothèse d’une épaisseur hybride autour de la ville consolidée. Il n’est pas réellement possible de parler de périphérie urbaine de Bruxelles car ce qui la compose et ce qui l’a formé n’est pas systématiquement dépendant du centre, il y figure une alternance d’objets autonomes et indépendants.

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IMPERMÉABILITÉ 0%

Pour continuer à rechercher et révéler quelque chose de complexe par ce qui ne l’est pas, nous avons soustrait au territoire un équivalent sommaire des surfaces «bâties». Il en resurgit une constellation d’espaces ouverts autour de la ville consolidée qui parfois semble former des archipels faisant figures approximatives d’entrées vertes pénétrants la ville consolidée.

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BRUXELLES N’EST PAS RADIO-CONCENTRIQUE

Elle n’est qu’un point de concentration au sein d’une nappe urbaine diffuse pouvant être rattachée à un Eurodelta, «vaste territoire urbanisé où les relations entre l’espace construit et non-construit changent en permanence». Il n’existe donc pas à proprement parlé de périphérie finissant la ville pour laisser place aux plaines agricoles. Néanmoins il y a un pourtour complexe qui laisse se côtoyer des espaces urbanisés, des champs, des prés, des résidus de forêts. Ces espaces ouverts résultent des transformations urbaines, ils ont pris la forme d’un envers, d’une empreinte du développement urbain. Si ils sont parfois des parcs ou des zones récemment protégées, ils semblent souvent n’exister que comme un envers de du territoire bâti. Si cette dentelle complexe peut déjà être à même d’être penser comme une lisière car elle en possède quelques qualités, nous pensons que ces fragments d’espaces ouverts eux-mêmes composantes d’un système territorial complexe, mérite que nous nous questionnons à leur sujet.

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Les fragments de la nébuleuse périphérique, quelque soit leur dimension, sont toujours encadrés par des emprises construites. La matière continue n’est pas l’espace-ouvert mais le tissus urbain, il tantôt compact, tantôt linéaire, ou plus diffus, sa présence en frange est systématique.

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Cela nous amène à poser la question de l’interaction, celle qui existe (l’ignorance est une forme d’interaction) ou qui pourrait naître entre le milieu bâti et ce «tiers paysages». La lisière révèle ici une dimension fractale. Sa dimension est vérifiée à une échelle métropolitaine, elle apparait ici dans une dimension intermédiaire. Au delà d’être une interaction générant une certaine richesse en matière de fonctions ou d’espaces publics, elle est surtout la possibilité d’une articulation entre deux milieux, entres des systèmes qui se côtoient mais qui relèvent de structures et des fonctionnements différents. La lisière comme articulation offre la possibilité d’un nouveaux modèles de coexistence et de dialogue entre l’urbain et l’espace ouvert. Ceux ci ont des qualités vitales à la villes outre la biodiversité et l’agriculture ils sont des aérations, des biens publics nécessaires à l’équilibre. Nous sommes convaincu qu’il est important de penser ces entités comme appartenant à un même système, il nous faut donc chercher comment l’une peut être au service de l’autre et comme chacune peut trouver une force structurante en matière de développement urbain.

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ÎLES

Pour ne parler que de formes et de dimensions, ce catalogue d’îles

de

la

nébuleuse

périphériques démontre qu’il en existe une grande variété. Nous croyons qu’avant de s’attaquer à leur projection il est nécessaire de tenter de saisir une certaine logique dans

l’ordonnancement

leur contenu.

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de


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1_ Bruxelles-Dilbeek-Ninove

SÉQUENCES

2 Bruxelles-Ganshoren-Merchtem

Les documents qui suivent procèdent d’abord par extraction

3 Bruxelles-Grimbergen-Spilt

puis par abstraction dans le but de tenter de rendre visible

4 Bruxelles-Zaventem-Olmenhoek

une réalité complexe difficilement lisible.

5 Bruxelles-Crainhem-Bertem

Cette matière étudiée est la nébuleuse qui gravite autour de la

6 Bruxelles-Soignes-Huldenberg

ville consolidée. Ces transects (échantillonnage le long d’une

7 Bruxelles-Soignes-Gaillemarde

ligne physique ou virtuelle le long de la quelle on compte les

8 Bruxelles-Beersel-Espinette

occurrences) sont tracés de façon à saisir les espaces ouverts

9 Bruxelles-Pajottenland

qui s’approchent le plus de la ville consolidée.

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Ces pseudo entrées vertes sur lesquelles nous reviendrons sont souvent ni plus ni moins que la résultantes des «sorties viaires» et sont donc comprises entre elles. Il s’agit en quelque sorte de générer un «code génétique» de ces épaisseurs et d’en analyser brièvement la composition. Cette étude s’appuie sur les carte de l’Eea de la perméabilité des sols, les fonds de cartes Corinne et les vues aériennes Google earth et Bing maps.

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1 Bruxelles-Dilbeek-Ninove

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Perméabilité du sol

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2 Bruxelles-Ganshoren-Merchtem

Occupation du sol bâti Espaces ouverts

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Séquences bâties

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4 Bruxelles-Zaventem-Olmenhoek

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5 Bruxelles-Crainhem-Bertem

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7 Bruxelles-Soignes-Gaillemarde

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LA VILLE HYBRIDE CETTE SÉRIE DE PRÉLÈVEMENTS NOUS A CONFIRMÉ QU’IL EXISTAIT UNE GRANDE COMPLEXITÉ COMPRISE ENTRE VILLE CONSOLIDÉE ET LA «CAMPAGNE» RELATIVE. CETTE COMPLEXITÉ EST UNE QUALITÉ QUE L’ON RETROUVE DANS LA NOTION DE LISÈRE, ELLE ÉVOQUE LA POSSIBILITÉ D’UN URBANISME ALTERNATIF, LA PROJECTION D’UNE MATIÈRE DE VILLE HYBRIDE. UN URBANISME AUTANT PENSÉ POUR LA «VILLE» DANS TOUTE SA COMPLEXITÉ ET SES NÉCESSITÉS, QUE PAR LE «PAYSAGE»ET TOUTES SES POSSIBILITÉS NOTAMMENT EN TERME D’ESPACES PUBLICS DE GRANDE QUALITÉ. IMAGINONS UNE POSSIBLE VILLE QUI INTÈGRE LES CONTRAINTES DE CHACUN DES MILIEUX ,ET QUI FONCTIONNE SUR DES PRINCIPES D’ ADAPTATION ET PREND EN COMPTE LES MUTATIONS. AINSI LA VILLE CONSOLIDÉE N’EST PLUS ANTINOMIQUE AU «NON-URBAIN», À CE QUI N’EST PAS CONSTRUIT, AUSSI, LA CAMPAGNE EST ASSUMÉE EN TANT QUE TERRITOIRE PLEINEMENT ANTHROPISÉE ET INTERDÉPENDANT DE L’URBAIN.

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NÉGATIF POSITIF

Les espaces ouverts, forĂŞts, parcs urbains, zones de loisirs et plaines agricoles dessinent une (autre) ville.


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ENTRÉES SORTIES

Ces espaces ouverts persistent dans la lisière de l’agglomération, intègrent la ville consolidée ou s’en approchent. Ce document rend perceptible l’endroit ou viendraient se terminer de possibles «entrées vertes» ou ces portes de sortie vers une aération.


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FIGURES IMAGINAIRES

L’entrée verte est ici une figure imaginaire. Elle existe pas ou peu dans l’image collective de la ville Bruxelloise, elle n’est pas le fruit d’une planification urbaine mais celui du processus d’une «urbanisation autonome», elle n’est pas non plus un objectif à atteindre pour l’agglomération, les qualités de cette épaisseur existe autre-part. Nous avons évoqué l’image de l’île pour le fragments d’espaces ouverts, ici , nous devrions parler d’archipels. Ceux ci sont des «assemblages» d’îles disjointes qui ne s’orientent pas nécessairement dans la direction de la ville consolidée pour leur agencement.


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urbains définis et les résidus champêtres. Ils ont une image collective faible et pourtant leur constitution est d’une richesse enviable au sein ou à proximité de l’urbain. Le fait qu’ils soient considérés dans leur individualité ne leur permet pas une présence métropolitaine. Il y a dans ce sens un travail à faire pour leur donner une lecture à l’échelle territoriale et faire émerger leurs qualités à une échelle intermédiaire.

Ceinture verte-Groene gordel Ring

périphérie urbaine et de la ville consolidée, entre les parcs

Limite régionale Bruxelles-capitale

émerger une articulation possible entre la matière de la

Promenade verte

Cette figure de l’entrée verte permet néanmoins de faire


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Figure complexe


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Tissus construit adjacent aux espaces ouverts.


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Paysage redessinĂŠ


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Pratiques de ce territoire hybride


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Atlas photographique du sud au nord.


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Système de voiries et de chemins existant

Entrées dans l’espace ouvert existantes (rouges) et possibles (noires)


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Passages / impasses


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Structure du parcellaire agricole

Ossature des cheminements


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passages, ĂŠlargissement et rĂŠseau de lieux publiques


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Expérience emblématique de la privatisation d’un paysage


41 Enrichir

Epaississement des abords, paysage et lisière comme bien commun et lieux de passages


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Emprises hermĂŠtiques


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Passages, lieux publics, enrichissement du paysage et ossatures


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Passages, lieux publics, enrichissement du paysage et éléments permanents

Fabriquer une ossature à partir de la structure solide et intelligente du parcellaire agricole. Elle ordonne un système de chemins adaptés aux multiples pratiques de ce territoire et accueille un réseaux de «lieux publics» adaptés. Ils deviendront les éléments permanents à même d’appréhender les mutations de ce territoire.


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Introduction Définition de lisière Radiographie La lisière comme épaisseur complexe La lisière comme ligne de contact Perméabilité Fragmentation La lisière comme articulation

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Séquençage d’une épaisseur hybride Porte d’entrée et de sortie Figure imaginaire Échelle intermédiaire Dessin d’un paysage Travail photographique Potentialités de projet tentatives


Références: Michel Desvignes - Natures intermédiaires Michel Desvignes - le paysage en préalable Mosbach - Traversées Ariella Masboungui - penser la ville par le paysage Thomas Sieverts - Entre-ville Xavier Guillot - Espace rural, projet spatial Joan Busquets - Cities Xlines Bertrand Folléa Benedicte Grosjean - Urbanisme sans urbanisme Sebastien Marrot - L’art de la mémoire, le territoire et l’architecture Robert Venturi - Learning from Las Vegas Paloa Vigano - Les territoires de l’urbanisme Les carnets du paysage - Cartographie Les Carnets du paysage - A la croisée des mondes Michel Corajoud

Cartographies: Vues Aériennes Google Earth Google street view Atlas Corine land cover Atlas European Environnement Agency

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PROMOTEURS: NADIA CASABELLA GEOFFREY GRULOIS

Dossier PFE  

Dossier du projet de fin d'étude.

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