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EDITO Jacques Nathan-Garamond a été influencé à la fois par deux mouvements apparemment contradictoires, le cubisme et le surréalisme. Grand admirateur du Bauhaus et de l’architecture moderne il a, au cours de sa longue carrière, toujours réalisé des oeuvres au graphisme rigoureux et équilibré . Cette dualité, qui se retrouve dans son nom - qui est Nathan ?, qui est Garamont ? - est le reflet d’un traumatisme ancien mais aussi une richesse. L’un ne remplace pas l’autre, ils s’équlibrent et se complètent.


Jacques Nathan-Garamond a été influencé à la fois par deux mouvements apparemment contradictoires, le cubisme et le surréalisme. Grand admirateur du Bauhaus et de l’architecture moderne il a, au cours de sa longue carrière, toujours réalisé des oeuvres au graphisme rigoureux et équilibré.

UN MAÎTRE DU GRAPHISME Les premières années de guerre En octobre 1945, paraissait dans Graphis, la revue suisse d’Arts graphiques, éditée à Zurich, un article de W. H. Allner sur Jacques Nathan, qui marquait le retour officiel du dessinateur dans l’exercice de son métier, après l’interruption forcée provoquée par le Seconde guerre mondiale : «Jacques Nathan est rentré de captivité, et, après tant d’annés d’absence, a repris sa place parmi les jeunes artistes de la graphique française. Les quelques exemples, ici rassemblés de ses travaux des derniers mois démontrent qu’il lui a été donné de surmonter l’épreuve, pour lui si particulièrement dure, des années de guerre et de se réadapter à l’activité créatrice. Les affiches si souvent reproduites, qu’il avait créées pour le Salon de l’Habitation, avaient déjà contribué de façon décisive à conserver à l’affiche française le premier rang auquel elle se maintint jusqu’à l’exposition internationale de 1937. À mon sens, il ne fait pas de doute que, dans le renaissance française à venir, Jacques Nathan sera appelé à exercer une féconde influence sur le renouvellement de l’art graphique appliqué tel qu’il se manifestera en France». Effectivement, les épreuves de la guerre avaient été particulièrement éprouvantes, car Jacques Nathan, par deux fois, avait pu craindre pour sa vue et pour celle des siens. D’abord en Allemagne, ou il était retenu comme prisonnier. Puis, après son retour de captivité, en 1943. «J’ai été fait prisonnier à Saint Dié en juin 1940, précisa-t-il avec quelques réticences car il ne souhaitait pas qu’on insiste trop sur cette période pénible. Nous avons été envoyés d’abord à Strasbourg, puis à de l’autre côté du Rhin, dans un stalag à Münster. Là, après une dispute et une bagarre avec des soldats allemands, j’ai été expédié à Urlau, en Forêt noire, dans un camp de travaux forcés. Il y avait des «sélections» à cet endroit-là pour ceux qui ne voulaient pas travailler, on ne pouvaient pas travailler suffisamment. Avec quatre ou cinq autres camarades, j’ai été jugé inapte aux travaux de force. Il fallait remblayer des voies de chemin de fer, par exemple, j’étais mort de fatigue. On nous a dit qu’on allait se débarrasser de nous et nous expédier en camion dans un autre camp et qu»on n’entendrait plus jamais parler de nous. Et vous savez pourquoi je m’en suis sorti ? Un officier allemand, qui appréciait mes

dessins et dont j’avais tiré le portrait, est intervenu en notre faveur et nous avons pu rester à Urlau. «La deuxième fois, c’était à Paris, après mon retour en avril 1943. J’avais été rapatrié commepère de trois enfants. Je ne connaissais d’ailleurs pas mon troisième rejeton, Philippe, qui était né le 31 décembre 1940. A Paris je devais faire tamponner mes papiers toutes les semaines à la Gendarmerie française, pour prouver que je n’avais pas pris la fuite. Une nuit, à trois heures du maitn, nous avons vu débarquer la Gestapo qui, du fait de mon nom à consonance juive, alors que je ne suis pas israélite, voulait nous embarquer. Nous avons été sauves, grâce à l’existence de mes papiers militaires de prisonnier de guerre, dûment tamponnés. Nos enfants, nous avions réussi à les faire partir dans le sud quelque temps auparavant, en les confiant à une amie, à Cahors.

Nathan, un nom «Pendant les premières années de guerre, quand ma femme était seule avec les gosses, elle en a bavé ; elle a eu toutes les peines du monde pour les nourrir. Du fait de notre nom, elle ne recevait aucun secours de la mairie ; mais je dois dire qu’elle a été aidée, moralement et matériellement, par mon ami Edgard Derouet, qui lui envoyait de temps en temps des colis. Je lui en suis toujours très reconnaissant. Je le lui ai dit encore récemment. Mais cela a vraiment été dur pur elle ! Elle avait dû aussi changer d’appartement, quitter Boulogne ou nous habitions du fait des bombardements qui visaient les usines Renault et s’installer boulevard Exelmans. Nous, on était obligés de rester à Paris. Il fallait que je gagne un peu d’argent

pour vivre. J’ai trouvé des petits boulots chez des éditeurs, avec Cassandre, avec de jeunes boîtes comme Publi-Service. Je n’ai rien gardé de toute cette période. Je ne pouvais pas travailler sous mon nom. Que d’angoisses ! J’ai mis longtemps à m’en remettre ! «A cause de toutes ces épreuves, nous avons décidé, ma femme et moi, de changer de patronyme, pour que nos enfants ne connaissent pas ce que nous avions subi. Nous avons choisi Garamond, à cause du caractère d’imprimerie. Mais cela a pris pas mal d’années, a été long et coûteux et créé pas mal de complications ; j’ai travaillé sous les deux noms ; mais pour nos enfants, il fallait le faire. On ne sait jamais ce qui peut arriver...». Jacques Nathan avait connu avant guerre une période particulièrement heureuse et fructueuse. Il était né le 26 mars 1910 à Paris dans le 18ème arrondissement. Son père, André Nathan, était fondé de pouvoir à la banque Neuflize et Cie. Sa mère, Joséphine Olive Fedirici, était d’origine normande malgré son nom qui révélait ses anciennes racines corses. Elle exerçait le métier de modiste. La famille habitait rue Legendre, dans le 17ème. Jacques fut enfant unique pendant une dizaine d’année jusqu’à la naissance de son frère Michel. Il connut une enfance sans histoire. Il fréquenta l’école communale de l’impasse Compoint général de la Ville de Paris. Le jeune Nathan avait réalisé une nature morte et obtenu le premier prix. Comme récompense, il avait reçu un livret de Caisse d’épargne avec un montant de 50 francs, et un beau livre d’art. En A924, ses parents l’inscrivirent au lycée Chaptal, boulevard des Batignolles, pour lui permettre

«J’ai été fait prisonnier à Saint Dié en juin 1940» L’année suivante, sur le conseil de son professeur de dessin, il passait le concours d’entrée à l’Ecole des Arts appliqués à l’industrie, rue du Petit-Thouars. Admis facilement, il suivit pendant trois ans les cours de l’établissement. Nathan se souvient : «L’Ecole des Arts Appliqués, ce fut une excellente formation. Il y avait un atelier d’architecture avec Perrot, un atelier de papiers peints avec Eric Gagge, qui était très connu à l’époque, un atelier de céramique, un atelier de sculpture avec Robert Wlerick. Il y avait aussi un excellent atelier d’art graphisque publicitaire qui était dirigé par Münsch et un lithographe, Berdon, de la belle époque de Touchargues, l’illustrateur. On avait vraiment de bons professeurs. Et les Arts décos ? J’y suis resté peu de temps. L’enseignement n’y était pas très organisé. En réalité, ,il n’y avait que de la peinture et aucun atelier d’art graphique. «Ma véritable formation, c’est vraiment à l’Ecole des Arts Appliqués que je l’ai reçue. D’ailleurs, je ne suis pas le seul à être passé par là : Guy Georget et Hervé Morvan ont fait la même école que moi. J’en suis dons sorti avec un beau diplôme et j’ai tout de suite trouvé du travail chez Paul Brandt, le joaillier. «Mon métier, je l’ai appris aussi en regardant dans la rue. J’ai découvert Bauhaus, j’ai lu tous les bouquins qui en traitaient, les Gebrauschgraphiks qui passaient. Ce qui me plaisait dans le Bauhaus, c’était la prise de position de cette école qui avait décidé de mettre la beauté architecturale et picturale à la portée de l’Industrie. L’objet devait à la fois être beau et fonctionnel, beau à voir, beau à saisir, beau à toucher.

Une enfance heureuse

Couverture d’une brochure sur le port du Havre, qui a retrouvé ses activités, 1955 Exposition de Vienne en 1955 Exposition de Toronto en 1955

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des poursuivre des études classiques, mais la réussite ne fut pas au rendez-vous. Nathan se rapelle notamment ses difficultés en mathématiques (ce qui est d’ailleurs un comble pour le graphiste qui deviendra, dans certains de ses dessins, un champion incontesté de la géométrie dans l’espace).

C’est l’époque de Mies Van der Rohe, de Breuer. C’était le traitd’union entre l’Art et l’Industrie. En même temps que le Bauhaus, j’ai découvert le Surréalisme. J’ai aussi connu le cinéma d’avant-garde grâce à Brunus (qui s’appelait Cotens à l’époque). Il habitait au sixième dans mon immeuble. Il avait autour de lui toute une équipe, notamment JeanGeorges Auriol, le fils du typographe, les deux Prévert, Pierre et Jacques, un metteur en scène Chenal. Moi, j’avais seize ans, j’étais très réceptif, et ils m’en mettaient plein la vue. Brunus m’a fait découvrir beaucoup

de choses. Il avait trois ans de plus que moi. Il m’a fait rencontrer des gens de qualité. « Et Cassandre ? Il m’a tout appris, sans avoir été pourtant mon professeur ! Il m’a donné un peu de boulot quand il était directeur artistique de l’imprimerie Danel, qui travaillait spécialement pour les Chemins de fer. Je l’ai donc rencontré. Je lui ai montré quelques travaux. «C’est pas mal ce que vous faites, mais il faudra attendre un peu, vous êtes très jeune». Il m’avait reçu très gentiment. Pourtant il savaut se montrer très sévère. Il suffit d’interroger André François, quand Cassandre s’ingéniait à mettre tout le monde à la porte ! Il engueulait ses élèves sans arrêt : «-Vous ne saurez jamais rien foutre !». C’était un monsieur d’un ascétisme extraordinaire, seulement il fallait compter avec lui ; il ne fallait pas lui raconter d’histoire, quand c’était mauvais, il ne prenait pas de gants. Par contre quand c’était bon, il ne disait rien. Mais c’est comme ça qu’on apprend ! Moi j’ai beaucoup appris, non pas par les contacts personnels, car je n’en ai pas eu beaucoup, mais en regardant ce qu’il faisait. J’essayais de faire aussi bien ; je lui ai un peu fait les poches au début, mais après, j’ai volé de mes propres ailes. «Il m’a appris le métier sur le plan technique - comment on passe un ton en dégradé, comment on équilibre l’image avec le texte, etc. C’était un passionné du nombre d’or, de l’équilibre des surfaces entre elles, très influencé par le cubisme ; pourtant il n’avait pas qu’un côté dogmatique, il savait se montrer très sensible. POur l’affiche, il recommandait les grandes surfaces; il disait que ce qui tient à la lumière du jour, ce sont les grands aplats, ce ne sont pas les petites choses romantiques. Une affiche, il faut qu’elle se voit dehors, il faut qu’elle soit puissante, brutale. Il faut schématiser les personnages humains. «Je reconnais mes influences. Mais je n’ai pas fait que l’imiter. J’ai fait autre chose. J’ai pris pour moi tout ce qui me semblait valable pour être transposé sur des grands surfaces. Parce qu’une affiche, - ça c’est mon credo - une bonne affiche, c’est une affiche qui peut à la rigueur se passer de texte. J’assimile la très bonne affiche aux panneaux de signalisation routière. Ce qui importe pour l’affichiste, c’est de déclencher la mémorisation chez des gens qu’il ne connaît pas. Nous travaillons pour un public qui nous est complètement inconnu. Nous devons donc forcer cette porte par un procédé quelconque, que ce soit par la poésie,


patronage. Je dessinais les couvertures de la revue. J’ai fait dès avril 1932 une première annonce signée de mon nom pour la promotion du studio et plus tard une autre pour une automobile. Mais c’était surtout les nombreuses petites annonces de quart de page, entièrement typographiques, non signées, pour les entreprises et les produits liés au bâtiment, qui accaparaient mon temps. C’est ce qui faisait vivre la revue. On me donnait à faire n’importe quoi, mais j’ai beaucoup appris.

Le salon des arts

le sentiment, le décoratif, l’érotisme, donner un coup de poing - «faire irruption comme un cambrioleur». Finalement la fonction d’une affiche, ce n’est pas d’être une belle image, mais de faire vendre. Come il y a toujours incertitude quant au résultat, il faut mettre toutes les chances de son côté. Il faut qu’une affiche soit un signe qui soit comparable à un graphisme que vous reconnaissez même si vous le voyez de loin. «J’ai eu peu de contacts avec Paul Colin, je ne l’ai rencontré que très rarement. Il était plutôt distant. Je n’était pas de son bord. Il avait une école avec Villemot, Grillères, et une autre fille dont j’ai oublié le nom. C’était un excellent professeur. Par contre, j’ai beaucoup travaillé avec Jean Carlu. «A ma sortie des Arts appliqués, j’ai donc trouvé une place chez un joaillier moderne, Paul Brandt, une place très bien payée pour faire des dessins de bijoux. Il y avait aussi Templier, Fouquet - tous ces gens-là faisaient des bijoux modernes, pas le petit truc romantique. J’ai appris beaucoup de choses, notamment la précision. J’inventais des bagues, des bracelets, des étuis à cigarettes. Paul Brandt était un être adorable. «Après mon service militaire, que j’ai fait en 1931 dans des conditions particulièrement confortables, au Fort de Domont, à coté de Montmorency, dans un service chargé de la cartographie, je suis entré chez André Bloc à L’Architecture d’Aujourd’hui. Et là, j’ai vraiment commencé à faire de l’art graphique. C’était un milieu très stimulant. J’étais en contact avec des tas d’architectes qui venaient à la revue pour donner leurs articles prêts à être imprimés. J’y ai connu Michel Hermant, Pierre Vago, Le Corbusier, Charlotte Perriand, et bien d’autres. J’étais tout seul au Studio, d’abord responsable des annonces, puis des affiches et aussi de la mise en page du journal, sous la direction exigeante d’André Bloc. C’était lui le directeur de la revue, fondée en 1930 avec Marcel Eugène Cahen, malheureusement décédé avant la sortie du premier numéro. C’était une belle revue, entièrement dédiée à l’architecture modesne et qui me mettait occasionnellement en contact, moi simple maquettiste, avec les projets et réalisations des grands noms de l’architecture du moment, les Frantz Jourdain, Le Corbusier, Auguste Perret, Mallet-Stevens, Henri Sauvage, Tony Garnier, Henri Sellier, Hector Guimard, Roux-Spitz, Joseph Vago, Marcel Temporal, et d’autres, qui faisaient partie du comité de

«J’ai fait les affiches pour les Salons de l’Habitation (qui étaient annexés aux Salons des Arts ménagers) parce qu’André Bloc était très lié avec Jules Louis Breton, le Commissaire général de cette grande manifestation annuelle. J’ai fait aussi des affiches pour Salon des Arts ménagers mais une seule a été imprimée. Une autre e reçu la première mention, ex-aequo avec avec Francis Bernard. «Cette année-là, c’est Roger Perot qui a eu le premier prix. Dans le cadre de ce salon, il y avait toujours aussi un secteur réservé au stand des «Formes utiles», co-dirigé par Michel Hermant, un architecte issu de l’école de Perret. Dans ce stand, on mettait en valeur les beaux objets, un beau fer à repasser, une belle bouteille, qui donnaient un véritable sentiment de bonheur. «Je me suis marié le 12 mars 1934 à Boulogne-Billancourt avec Renée Jeanne Trouillet. Pendant plusieurs mois, je la croisais tous les jours en me rendant à mon travail à Boulogne, au bureau de L’Architecture d’Aujourd’hui. Elle même travaillait dans un cabinet d’architecte à Passy et rentrait déjeuner chez elle. On se rencontrait dans la rue devant la piscine Molitor. C’est elle qui a pris l’initiative un beau jour et nous nous sommes mariés. Nous avions d’abord habité à Boulogne, avenue Jean-Jaurès, puis quand je me suis installé à mon compte, rue Emile-Dunois, toujours à Boulogne ou l’appartement disposait d’un atelier. Ma femme était passionnée par l’édition. Elle suivra, par la suite, les cours du Cercle de la Librairie pour apprendre les différentes étapes de la fabrication d’une publication, ce qui lui permettra de le seconder efficacement». En 1935, la nouvelle couverture de Nathan pour L’Architecture d’Aujourd’hui, stricte, austère mais élégante, comme il convient à un magazine technique, était reproduite et commentée : «l’Ecole de la dignité», écrira Maximilien Vox dans la revue Arts et Métiers Graphiques, que dirigeait Charles Peignot, l’un des patrons des Fonderies de caractères d’imprimerie Deberny & Peignot. Arts et Métiers Graphiques, qui publiait six numéros par an, était un des plus luxueux périodiques de l’époque, entièrement dédié à la création graphique, à l’édition de beaux livres, aux techniques de reproduction et d’impression, à l’utilisation de papiers de qualité, à la découverte des photographes et

artistes contemporains, ainsi qu’aux réalisations publicitaires.

Les affiches de la période AIR FRANCE Les affiches de Nathan se voyaient ainsi reproduites à côté de celles de Paul Colin, Cassandre, Picartle-Doux, Carlu, Fix-Masseau et d’autres, ce qui ne pouvait que flatter un jeune artiste de vingt-cinq ans et lui faire entrevoir l’avenir sous un jour radieux. Pour les six mois à venir, Peignot lui confia la création d’une nouvelle couverture pour son magazine, dont le jeune dessinateur fit varier les couleurs, tout en conservant la même typographie irréprochable ; à partir de 1936, il lui fit également réaliser, pour son propre studio de publicité, des projets d’affiches touristiques, ayant notamment pour thème. - Front populaire exige -, les vacances à la mer ou à la montagne. En 1937, il lui commanda la couverture de son septième album annuel, entièrement consacré à la photographie, remarquablement imprimée, comme tous les ans, en héliogravure et comportant une élégante reliure spirale. Nathan, très tôt, fut conscient que pour faire connaître et valoriser son travail, il était nécessaire de s’associer avec ses confrères pour créer un événement. La première expérience du genre fut l’exposition qu’il organisa avec ses amis affichistes et photographes «publicitaires» à la Galerie Billiet-Worms en octobre-novembre 1935. Arts et Métiers Graphiques apporta son concours à cette manifestation de jeunes talents, regroupant les affichistes Guy Georget, Savignac, Picart-le-Doux, Satomi, Junot et Nathan, ainsi que les photographes Zuber, Dora Maar, René-Jacques, Maywald et Pierre Boucher. Nathan avait dessiné l’affiche-maquette de l’exposition, dont on n’a conservé malheureusement qu’une simple trace photographique. Cassandre avait accepté de rédiger le texte de présentation, qui commençait en ces termes : «Les jeunes peintres, qui nous convient aujourd’hui, ont délaissé le motif pour le «slowan» … Ils ont préféré, à l’air étouffant des musées et des salons, le grand air de la rue et des routes…» «Il nous plaît, commenta Arts et Métiers Graphiques en rendant compte de la manifestation, de voir

un aîné collaborer ainsi à la révélation au public de ses cadets, lesquels d’ailleurs lui prouvent leur damiration rien que, déjà, par leurs oeuvres. En effet, avec des personnalités très différentes et des factures fort variées, on sent que ce petit groupe a, avant tout, compris la leçon de Cassandre, sa façon de décomposer l’essentiel d’un paysage ou d’un sujet, d’en décanter logiquement chaque élément frappant, pour en faire une attraction symbolique en soi, et de retrouver l’apparence concrète par une savante recomposition aux contours nettement découpés, à l’intérieur desquels l’artiste modèle quelques touches sensibles. Ajoutons que presque tous ces jeunes artistes ont le sens épigraphique, je veux dire qu’ils savent parfaitement intégrer la lettre dans leurs compositions quelles qu’elles soient». Le journaliste poursuivait son discours en analysant quelques-unes des oeuvres présentées : «De Nathan, Bretagne, nous paraît une réussite parfaite.

l’exposition qu’il organisa avec ses amis affichistes et photographes «publicitaires» à la Galerie Billiet-Worms en octobre-novembre 1935. Arts et Métiers Graphiques apporta son concours à cette manifestation de jeunes talents, regroupant les affichistes Guy Georget, Savignac, Picart-le-Doux, Satomi, Junot et Nathan, ainsi que les photographes Zuber, Dora Maar, René-Jacques, Maywald et Pierre Boucher. Nathan avait dessiné l’affiche-maquette de l’exposition, dont on n’a conservé malheureusement qu’une simple trace photographique. Cassandre avait accepté de rédiger le texte de présentation, qui commençait en ces termes : «Les jeunes peintres, qui nous convient aujourd’hui, ont délaissé le motif pour le «slowan» … Ils ont préféré, à l’air étouffant des musées et des salons, le grand air de la rue et des routes…» «Il nous plaît, commenta Arts et Métiers Graphiques en rendant compte de la manifestation, de voir un aîné.

Couverture pour la revue japonaise Idea, en 1959

Exposition de Djakarta en 1955

Le Catalogue général des produits Esso, édité en 1956 par Sodico, comporte cent cinquante pages. Il est mis en page et illustré par Nathan. De grandes compositions symbolisent les différentes utilisations du pétrole et de ses dérivés.

Pendant plus de dix ans, de 1950 à 1962, Nathan est responsable de la mise en page et de l’illustration des couvertures de la revue Acier, éditée par l’OTUA. Chaque année pour les quatre numéros à paraîttre, le dessinateur choisit un graphisme donné, dont il fait varier les couleurs.

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Les électrons colorés qui gravitent autour de l’étoile centrale font penser à la figure de l’Atomium, symbole de l’Exposition universelle qui ouvrira ses portes à Bruxelles l’année suivante, en 1958.

EXPOSITIONS

Affiche des droits de l’homme Grâce à son goût pour l’abstraction, consolidé par un sens de la couleur exceptionnel, Nathan a, tout au long de sa carrière, créé des affiches culturelles de très grande qualité. Son affiche pour l’exposition des Droits de l’homme, organisée par l’UNESCO au musée Galliéra en 1949 (n°81) est une réussite. Ces deux profils décalés perpendiculairement, illuminés par une étoile aux branches inégales, évoquent parfaitement le destin tragique de l’humanité. Les coloris assez sourds, brun, jaune, noir et bleu clair renforcent l’impact poétique de la composition. L’affiches pour le Palais de la Découverte (n°82), au tracé géométrique et aux couleurs pures, ressemble à un vitrail. Les électrons colorés qui gravitent autour de l’étoile centrale font penser à la figure de l’Atomium, symbole de l’Exposition universelle qui ouvrira ses portes à Bruxelles l’année suivante, en 1958. Cette affiche, rappelons-le, a reçu la médaille d’or du prix Martini. La direction de cette marque d’apéritif avait décidé, à partir de 1953, de décerner des prix récompensant des projets publicitaires concernât sa propre marque. Mais, à partir de 1957, elle étoffe la formule en décidant de se consacrer aussi «la meilleur affiche éditée dans l’année’. Nathan est le second à recevoir la médaille d’or, après Bernard Villemot. Très inspirée par le style décoratif de Picart-le-Doux, l’affiche de l’exposition à la galerie Charpentier «Noblesse de l’objet quotidien» (n°87), cite les noms prestogieux des artistes exposés, sans donner de détails sur leurs réalisations. Il s’agit en fait d’une opération publicitaire de la marque Frigidaire: chacun des artistes a décoré à sa manière un appareil de la célèbre marque. Jean Cocteau s’exprime ainsi dans la préface du petit catalogue: «On pouvait croire que l’âge des machines et du robot ne devint le crépuscule des choses de l’art. Mais une chance

mystérieuse organise un mariage entre une force évidente et une force secrète. Et, de même le vingtième siècle orne ses frigidaires. Pourquoi pas ? C’est une victoire sur le style négatif du vide». Quand, en 1961, Nathan dessine l’affiche, très inspiré de Mondrian, du Salon des Artistes décorateurs (n°89), il est le secrétaire général de cette manifestation. Il en sera le président à la saison suivante, en 62-63. En octobre 1945, paraissait dans Graphis, la revue suisse d’Arts graphiques, éditée à Zurich, un article de W. H. Allner sur Jacques Nathan, qui marquait le retour officiel du dessinateur dans l’exercice de son métier, après l’interruption forcée provoquée par le Seconde guerre mondiale : «Jacques Nathan est rentré de captivité, et, après tant d’annés d’absence, a repris sa place parmi les jeunes artistes de la graphique française. Les quelques exemples, ici rassemblés de ses travaux des derniers mois démontrent qu’il lui a

Couverture pour le n° 94 de Publimondial, paru fin 1958. Ce sera l’avant-dernier numéro de cet intéressant périodique qui, depuis sa création, a eu du mal à joindre les deux bouts, alors que les revues suisses, allemandes et japonaises se maintiennent sans problèmes. La publicité change de nature en France.

été donné de surmonter l’épreuve, pour lui si particulièrement dure, des années de guerre et de se réadapter à l’activité créatrice. Les affiches si souvent reproduites, qu’il avait créées pour le Salon de l’Habitation, avaient déjà contribué de façon décisive à conserver à l’affiche française le premier rang auquel elle se maintint jusqu’à l’exposition internationale de 1937. À mon sens, il ne fait pas de doute que, dans le renaissance française à venir, Jacques Nathan sera appelé à exercer une féconde influence sur le renouvellement de l’art graphique appliqué tel qu’il se manifestera en France». Effectivement, les épreuves de la guerre avaient été particulièrement éprouvantes, car Jacques Nathan, par deux fois, avait pu craindre pour sa vue et pour celle des siens. D’abord en Allemagne, ou il était retenu comme prisonnier. Puis, après son retour de captivité, en 1943. «J’ai été fait prisonnier à Saint Dié en juin 1940, précisa-t-il avec quelques réticences car il ne souhaitait pas qu’on insiste trop sur cette période pénible. Nous avons été envoyés d’abord à Strasbourg, puis à de l’autre côté du Rhin, dans un stalag à Münster. Là, après une dispute et une bagarre avec des soldats allemands, j’ai été expédié à Urlau, en Forêt noire, dans un camp de travaux forcés. Il y avait des «sélections» à cet endroit-là pour ceux qui ne voulaient pas travailler, on ne pouvaient pas travailler suffisamment. Avec quatre ou cinq autres camarades, j’ai été jugé inapte aux travaux de force. Il fallait remblayer des voies de chemin de fer, par exemple, j’étais mort de fatigue. On nous a dit qu’on allait se débarrasser de nous et nous expédier en camion dans un autre camp et qu»on n’entendrait plus jamais parler de nous. Et vous savez pourquoi je m’en suis sorti ? Un officier allemand, qui appréciait mes dessins et dont j’avais tiré le portrait, est intervenu en notre faveur et nous avons pu rester à Urlau. «La deuxième fois, c’était à Paris, après mon retour en avril 1943. J’avais été rapatrié comme père de trois enfants. Je ne connaissais d’ailleurs pas mon troisième rejeton,

Jacques, 1956 Affiche lith. en couleurs, 240 x 160 cm signée Nathan.

Philippe, qui était né le 31 décembre 1940. A Paris je devais faire tamponner mes papiers toutes les semaines à la Gendarmerie française, pour prouver que je n’avais pas pris la fuite. Une nuit, à trois heures du maitn, nous avons vu débarquer la Gestapo qui, du fait de mon nom à consonance juive, alors que je ne suis pas israélite, voulait nous embarquer. Nous avons été sauves, grâce à l’existence de mes papiers militaires de prisonnier de guerre, dûment tamponnés. Nos enfants, nous avions réussi à les faire partir dans le sud quelque temps auparavant, en les confiant à une amie, à Cahors.

Cocteau comme inspiration Très inspirée par le style décoratif de Picart-le-Doux, l’affiche de l’exposition à la galerie Charpentier «Noblesse de l’objet quotidien» (n°87), cite les noms prestogieux des artistes exposés, sans donner de détails sur leurs réalisations. Il s’agit en fait d’une opération publicitaire de la marque Frigidaire: chacun des artistes a décoré à sa manière un appareil de la célèbre marque. Jean Cocteau s’exprime ainsi dans la préface du petit catalogue: «On pouvait croire que l’âge des machines et du robot ne devint le crépuscule des choses de l’art. «Pendant les premières années de guerre, quand ma femme était seule avec les gosses, elle en a bavé ; elle a eu toutes les peines du monde pour les nourrir. Du fait de notre nom, elle ne recevait aucun secours de la mairie ; mais je dois dire qu’elle a été aidée, moralement et matériellement, par mon ami Edgard Derouet, qui lui envoyait de temps en temps des colis. Je lui en suis toujours très reconnaissant. Je le lui ai dit encore récemment. Mais cela a vraiment été dur pur elle ! Elle avait dû aussi changer d’appartement, quitter Boulogne ou nous habitions du fait des bombardements qui visaient les usines Renault et s’installer boulevard Exelmans. Nous, on était obligés de rester à Paris. Il fallait que je gagne un peu d’argent pour vivre. J’ai trouvé des petits boulots chez des éditeurs, avec Cassandre, avec de jeunes boîtes comme Publi-Service. Je n’ai rien gardé de toute cette période. Je ne pouvais pas travailler sous mon nom. Que d’angoisses ! J’ai mis longtemps à m’en remettre ! «A cause de toutes ces épreuves, nous avons décidé, ma femme et moi, de changer de patronyme, pour que nos enfants ne connaissent pas ce que nous avions subi. Nous avons choisi Garamond, à cause du caractère d’imprimerie. Mais cela a pris pas mal d’années, a été long et

coûteux et créé pas mal de complications ; j’ai travaillé sous les deux noms ; mais pour nos enfants, il fallait le faire. On ne sait jamais ce qui peut arriver...». Jacques Nathan avait connu avant guerre une période particulièrement heureuse et fructueuse. Il était né le 26 mars 1910 à Paris dans le 18ème arrondissement. Son père, André Nathan, était fondé de pouvoir à la banque Neuflize et Cie. Sa mère, Joséphine Olive Fedirici, était d’origine normande malgré son nom qui révélait ses anciennes racines corses.

La peur des temps modernes Jean Cocteau s’exprime ainsi dans la préface du petit catalogue: «On pouvait croire que l’âge des machines et du robot ne devint le crépuscule des choses de l’art. Elle exerçait le métier de modiste. La famille habitait rue Legendre, dans le 17ème. Jacques fut enfant unique pendant une dizaine d’année jusqu’à la naissance de son frère Michel. Il connut une enfance sans histoire. Il fréquenta l’école communale de l’impasse Compoint général de la Ville de Paris. Le jeune Nathan avait réalisé une nature morte et obtenu le premier prix. Comme récompense, il avait reçu un livret de Caisse d’épargne avec un montant de 50 francs, et un beau livre d’art. En A924, ses parents l’inscrivirent au lycée Chaptal, boulevard des Batignolles, pour lui permettre des poursuivre des études classiques, mais la réussite ne fut pas au rendez-vous. Nathan se rapelle notamment ses difficultés en mathématiques (ce qui est d’ailleurs un comble pour le graphiste qui deviendra, dans certains de ses dessins, un champion incontesté de la géométrie dans l’espace). L’année suivante, sur le conseil de son professeur de dessin, il passait le concours d’entrée à l’Ecole des Arts appliqués à l’industrie, rue du Petit-Thouars. Admis facilement, il suivit pendant trois ans les cours de l’établissement. Nathan se souvient :

Exposition Atome «Espoir de l’avenir». 1954 Affiche lith. en couleurs, 160 x 120 cm signée Nathan. Entrait dans le cadre du plan Marshall.

Et Cassandre ?

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Il avait autour de lui toute une équipe, notamment Jean-Georges Auriol, le fils du typographe, les deux Prévert, Pierre et Jacques, un metteur en scène Chenal. Moi, j’avais seize ans, j’étais très réceptif, et ils m’en mettaient plein la vue. Brunus m’a fait découvrir beaucoup de choses. Il avait trois ans de plus que moi. Il m’a fait rencontrer des gens de qualité. « Et Cassandre ? Il m’a tout appris, sans avoir été pourtant mon professeur ! Il m’a donné un peu de boulot quand il était directeur artistique de l’imprimerie Danel, qui travaillait spécialement pour les Chemins de fer. Je l’ai donc rencontré. Je lui ai montré quelques travaux. «C’est pas mal ce que vous faites, mais il faudra attendre

un peu, vous êtes très jeune». Il m’avait reçu très gentiment. Pourtant il savaut se montrer très sévère. Il suffit d’interroger André François, quand Cassandre s’ingéniait à mettre tout le monde à la porte ! Il engueulait ses élèves sans arrêt : «-Vous ne saurez jamais rien foutre !». C’était un monsieur d’un ascétisme extraordinaire, seulement il fallait compter avec lui ; il ne fallait pas lui raconter d’histoire, quand c’était mauvais, il ne prenait pas de gants. Par contre quand c’était bon, il ne disait rien. Mais c’est comme ça qu’on apprend ! Moi j’ai beaucoup appris, non pas par les contacts personnels, car je n’en ai pas eu beaucoup, mais en regardant ce qu’il faisait. J’essayais de faire aussi bien ; je lui ai un peu fait


Exposition Garamond1952 Affiche lith. en couleurs, 120 x 160 cm signée Nathan.

Telefunken, 1962 Affiche lith. en couleurs, 160 x 120 cm signée Nathan.

«L’Ecole des Arts Appliqués, ce fut une excellente formation. Il y avait un atelier d’architecture avec Perrot, un atelier de papiers peints avec Eric Gagge, qui était très connu à l’époque, un atelier de céramique, un atelier de sculpture avec Robert Wlerick. Il y avait aussi un excellent atelier d’art graphisque publicitaire qui était dirigé par Münsch et un lithographe, Berdon, de la belle époque de Touchargues, l’illustrateur. On avait vraiment de bons professeurs. Et les Arts décos ? J’y suis resté peu de temps. L’enseignement n’y était pas très organisé. En réalité, ,il n’y avait que de la peinture et aucun atelier d’art graphique. «Ma véritable formation, c’est vraiment à l’Ecole des Arts Appliqués que je l’ai reçue. D’ailleurs, je ne suis pas le seul à être passé par là : Guy Georget et Hervé Morvan ont fait la même école que moi. J’en suis dons sorti avec un beau diplôme et j’ai tout de suite trouvé du travail cgez Paul Brandt, le joaillier. «Mon métier, je l’ai appris aussi en regardant dans la rue. J’ai découvert Bauhaus, j’ai lu tous les bouquins qui en traitaient, les Gebrauschgraphiks qui passaient. Ce qui me plaisait dans le Bauhaus, c’était la prise de position de cette école qui avait décidé de mettre la beauté architecturale et picturale à la portée de l’Industrie. L’objet devait à la fois être beau et fonctionnel, beau à voir, beau à saisir, beau à toucher. C’est l’époque de Mies Van der Rohe, de Breuer. C’était le traitd’union entre l’Art et l’Industrie. En même temps que le Bauhaus, j’ai découvert le Surréalisme. J’ai aussi connu le cinéma d’avant-garde grâce à Brunus (qui s’appelait Cotens à l’époque). Il habitait au sixième dans mon immeuble.

Derouet, Fromentier, Fix-Masseau, Georget, Gid, Kieffer, Mery, Morvan, Ravo, Savignac, Villemot et Nathan, une exposition qui devint itinérante ; fin 1949, il y eut encore l’exposition d’Art publicitaire français, comportant quatre sections, organisée par la Fédération française de la publicité à la Maison de la Pensée française, rue de l’Elysée, ou n’étaient présentées que des maquettes, ainsi que l’exposition Formes utiles organisée par l’Union des Artistes modernes au Musée des Arts décoratifs.

L’Alliance Graphique Puis eurent lieu les premières expositions à l’étranger, en 1950 au Kunstgewerbemuseum de Bâle notamment, ou Nathan jeta avec deux graphistes suisses (Donald Brun et Fritz Buhler), et deux de ses confrères français (Jean Colin et Jean Picart-le-Doux) les bases de ce qui deviendrait deux ans plus tard l’Alliance Graphique Internationale, et serait le moteur d’expositions annuelles à partir de 1955 à Paris, puis à Londres en 1956, à Lausanne en 1957, etc. Quelle était l’état d’esprit de Nathan pendant toute cette période ? Un document nous éclaire sur ce point. En septembre 1947, la revue Art présent, déjà citée, publiait un important numéro spécial de cent trente pages, intitulé «Présence de la Publicité», dans lesquelles il ne ferait plus d’affiches), Paul Colin, Loupot, Villemot, Savignac, Raymond Gid, Szekely, et Nathan dont étaient reproduites plusieurs de ses créations récentes, prouvant la fraude diversité de ses

Telefunken, 1965 Affiche lith. en couleurs, 160 x 120 cm signée Nathan.

ment, créer le scandale à jet continu. Car en fin de compte, la Publicité, c’est ce que les autres ne font pas. C’est en quoi la publicité d’aujourd’hui est médiocre. La publicité d’aujourd’hui est presque uniquement propagande officielle ou publicité de prestige. Publicité sévères, qui se réfugient dans une dignité plus ou moins officielle. L’on sape à la base l’effet de surprise, clef de la publicité. On a peur de se tromper en faisant différent ; et la publicité coûte cher ; aussi la publicité ne sait plus sourire comme autrefois. «Il convient de ne pas s’enfermer dans des formules, il faut résoudre les problèmes sans idée préconçue, apporter une conception nouvelle à chaque commande. Malgré son caractère commercial utilitaire, la publicité est un moyen d’expression artistique. Un programme imposé n’empêche pas l’oeuvre d’art (…)».

UNE CONCEPTION PERSONNELLE DE LA PUBLICITÉ Manifestement Nathan, dans cette déclaration, exposait les idées qui l’agitaient et cherchait à définir (pour lui-même et pour les autres) sa conception de la publicité. Ne faisait-il pas allusion, par exemple, dans son évocation de la «propagande officielle» aux affiches ?

Une idée différente de la publicité

«Le drame de notre métier, déclarait le dessinateur, c’est que nous sommes pris entre le client, agent de publicité ou annonceur, qui s’en tient surtout au côté commercial de la publicité, et nos préoccupations artistiques. Nos préoccupations artistiques ? L’important en réalité n’est pas d’apporter une qualité artistique supérieure, mais un certain style propre à la publicité. Il faut abandonner les recherches de finesses, grossir les effets, tenir compte aussi des exigences des techniques de reproduction. «Il faut aussi se renouveler continuelle-

inconnu avec des professionnels comme Derouet, Fromentier, Fix-Masseau, Georget, Gid, Kieffer, Mery, Morvan, Ravo, Savignac, Villemot et Nathan, une exposition qui devint itinérante ; fin 1949, il y eut encore l’exposition d’Art publicitaire français, comportant quatre sections, organisée par la Fédération française de la publicité à la Maison de la Pensée française, rue de l’Elysée, ou n’étaient présentées que des maquettes, ainsi que l’exposition Formes utiles organisée par l’Union des Artistes modernes au Musée des Arts décoratifs. Puis eurent lieu les premières expositions à l’étranger, en 1950 au Kunstgewerbemuseum de Bâle notamment, ou Nathan jeta avec deux graphistes suisses (Donald Brun et Fritz Buhler), et deux de ses confrères français (Jean Colin et Jean Picart-le-Doux) les bases de ce qui deviendrait deux ans plus tard l’Alliance Graphique Internationale, et serait le moteur d’expositions annuelles à partir de 1955 à Paris, puis à Londres en 1956, à Lausanne en 1957, etc. Quelle était l’état d’esprit de Nathan pendant toute cette période ? Un document nous éclaire sur ce point. En septembre 1947, la revue Art présent, déjà citée, publiait un important numéro spécial de cent trente pages, intitulé «Présence de la Publicité», dans lesquelles il ne ferait plus d’affiches), Paul Colin, Loupot, Villemot, Savignac, Raymond Gid, Szekely, et Nathan dont étaient reproduites plusieurs de ses créations récentes, prouvant la fraude diversité de ses sources d’inspiration.

Arts décoratifs. Puis eurent lieu les premières expositions à l’étranger, en 1950 au Kunstgewerbemuseum de Bâle notamment, ou Nathan jeta avec Derouet, Fromentier, Fix-Masseau, Georget, Gid, Kieffer, Mery, Morvan, Ravo, Savignac, Villemot et Nathan, une exposition qui devint itinérante ; fin 1949, il y eut encore l’exposition.

Formes Utiles, exposiitons, 1936 Affiche lith. en couleurs, 160 x 120 cm signée Nathan.

Exposition de Djakarta en 1955.

Art publicitaire français, comportant quatre sections, organisée par la Fédération française de la publicité à la Maison de la Pensée française, rue de l’Elysée, ou n’étaient présentées que des maquettes, ainsi que l’exposition Formes utiles organisée par l’Union des Artistes modernes au Musée des Arts décoratifs. Puis eurent lieu les premières expositions à l’étranger, en 1950 au Kunstgewerbemuseum de Bâle notamment, ou Nathan jeta avec deux graphistes suisses (Donald Brun et Fritz Buhler), et deux de ses confrères français (Jean Colin et Jean Picart-le-Doux) les bases de ce qui deviendrait deux ans plus tard l’Alliance Graphique Internationale, et serait le moteur d’expositions annuelles à partir de 1955 à Paris, puis à Londres en 1956, à Lausanne en 1957, etc. Quelle était l’état d’esprit de Nathan pendant toute cette période ?

Un document nous éclaire sur ce point. En septembre 1947, la revue Art présent, déjà citée, publiait un important numéro spécial de cent trente pages, intitulé «Présence de la Publicité», dans lesquelles il ne ferait plus d’affiches), Paul Colin, Loupot, Villemot, Savignac, Raymond Gid, Szekely, et Nathan dont étaient reproduites plusieurs de ses créations récentes, prouvant la fraude diversité de ses sources d’inspiration. «Le drame de notre métier, déclarait le dessinateur, c’est que nous sommes pris entre le client, agent de publicité ou annonceur, qui s’en tient surtout au côté commercial de la publicité, et nos préoccupations artistiques. Nos préoccupations artistiques ? L’important en réalité n’est pas d’apporter une qualité artistique supérieure, mais un certain style propre à la publicité. Il faut abandonner les recherches de finesses, grossir les effets, tenir compte aussi des exigences des techniques de reproduction. «Il faut aussi se renouveler continuellement, créer le scandale à jet continu. Car en fin de compte, la Publicité, c’est ce que les autres ne font pas. C’est en quoi la publicité d’aujourd’hui est médiocre. La publicité d’aujourd’hui est presque uniquement propagande officielle ou publicité de prestige. Publicité

d’affaires avec Derouet, Fromentier, Fix-Masseau, Georget, Gid, Kieffer, Mery, Morvan, Ravo, Savignac, Villemot et Nathan, une exposition qui devint itinérante ; fin 1949, il y eut encore l’exposition d’Art publicitaire français, comportant quatre sections, organisée par la Fédération française de la publicité à la Maison de la Pensée française, rue de l’Elysée, ou n’étaient présentées que des maquettes, ainsi que l’exposition Formes utiles organisée par l’Union des Artistes modernes au Musée des Arts décoratifs. Puis eurent lieu les premières expositions à l’étranger, en 1950 au Kunstgewerbemuseum de Bâle notamment, ou Nathan jeta avec deux graphistes suisses (Donald Brun et Fritz Buhler), et deux de ses confrères français (Jean Colin et Jean Picart-le-Doux) les bases de ce qui deviendrait deux ans plus tard l’Alliance Graphique Internationale, et serait le moteur d’expositions annuelles à partir de 1955 à Paris, puis à Londres en 1956, à Lausanne en 1957, etc. Quelle était l’état d’esprit de Nathan pendant toute cette période ? Un document nous éclaire sur ce point. En septembre 1947, la revue Art présent, déjà citée, publiait un important numéro spécial de cent trente pages, intitulé «Présence de la Publicité», dans lesquelles il ne ferait plus d’affiches), Paul Colin, Loupot, Villemot, Savignac, Raymond Gid, Szekely, et Nathan dont étaient reproduites plusieurs de ses créations récentes, prouvant la fraude diversité de ses sources d’inspiration. «Le drame de notre métier, déclarait le dessinateur, c’est que nous sommes pris entre le client, agent de publicité ou annonceur.»

Campagne Internationale des Musées, 1956 Affiche lith. en couleurs, 160 x 120 cm signée Nathan.

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«L’affiche de voyage devenait une porte ouverte ou comme indiscrètement entrouverte sur des invitations au voyage.»

SNCF

Le catalogue d’exposition

Pendant plus de dix ans, de 1950 à 1962, Nathan, recommandé par René Herbst, est responsable de la mise en page et de l’illustration des couvertures de la revue Acier, éditée par l’OTUA, l’office Technique pour l’Utilisation de l’Acier, chargé de l’information mutuelle entre producteurs et utilisateurs d’acier. Chaque année, pour les quatre numérosà parâitre, le dessinateur choisit un graphisme donné, dont il fait varier les couleurs.

En 1956, dans un catalogue d'exposition, l'académicien André Maurois donne son sentiment sur la publicité, et plus particulièrement sur les affiches de tourisme: "Avec l'art graphique, le créateur retrouve dans la société la place que, depuis une centaine d'années, il semblait avoir perdu… L'affichiste, dans le monde moderne, répond à une nécessité économique et sociale. Les affiches nous montrent que l'artiste peut se faire le poète de l'Invitation au voyage. Son rôle est de nous faire sentir, en quelques traits colorés, qu'un vaste monde est mis à notre portée…". Jean Cocteau n'est pas en reste et, dans le même ouvrage, s'exprime lui aussi, à l'imparfait de la narration, avec talent sur le sujet : "L'affiche de voyage devenait une porte ouverte ou comme indiscrètement entrouverte sur des invitations au voyage dont le poème de Baudelaire reste l'exemple. Il ne s'agissait plus d'attirer la foule vers un chanteur ou vers un guitariste, vers un dentifrice ou vers une voiture, il s'agissait de tirer le flâneur par la manche et de l'entraîner vers son propre rêve, d'exciter le besoin que tout homme porte en soi de sortir de soi, de le mettre en état d'hypnose et de lui murmurer à l'oreille: saute l'obstacle de la paresse, ose, roule ou vole. Des spectacles t'attendent dont cette affiche peinte n'est que le rideau ". Les affiches de Nathan pour les voyages, par train ou par avion, illustrent bien le propos des deux

L’OTUA publie également des numéros spéciaux, comme «Surévélation d’immeubles», et des catalogues pour les expositions qu’il a organisé à l’étranger.

grands écrivains; très harmonieuses, elles invitent à la rêverie et donnent envie de partir au loin. Beaucoup ont été éditées par l'agence Perceval. Ce nom à consonance médiévale a été élaboré à partir des patronymes de deux de ses fondateurs: Henri Péro et Roger de Valério, le troisième étant Lucien Boucher. Le directeur, Henri Péro, avait travaillé auparavant à l'imprimerie Devambez. La série "Visitez" pour laquelle Nathan a dessiné trois affiches, la Bretagne, les Alpes et la Côte d'Azur, est une des plus réussiées de la SNCF, elle a été publiée de 1952 à 1968. Les meilleurs artistes y ont participé: Luc-Marie Bayle, Jacques Dubois, Jean Jacquelin et Bernard Villemot. En 1956, dans un catalogue d’exposition, l’académicien André Maurois donne son sentiment sur la publicité, et plus particulièrement sur les affiches de tourisme: «Avec l’art graphique, le créateur retrouve dans la société la place que, depuis une centaine d’années, il semblait avoir perdu… L’affichiste, dans le monde moderne, répond à une nécessité économique et sociale. Les affiches nous montrent que l’artiste peut se faire le poète de l’Invitation au voyage. Son rôle est de nous faire sentir, en quelques traits colorés, qu’un vaste monde est mis à notre portée…».

Par train ou par avion Jean Cocteau n’est pas en reste et, dans le même ouvrage, s’exprime lui aussi, à l’imparfait de la narration, avec talent sur le sujet : «L’affiche de voyage devenait une porte ouverte ou comme indiscrètement entrouverte sur des invitations au voyage dont le poème de Baudelaire reste l’exemple. Il ne s’agissait plus d’attirer la foule vers un chanteur ou vers un guitariste, vers un dentifrice ou vers une voiture, il s’agissait de tirer le flâneur par la manche et de l’entraîner vers son propre rêve, d’exciter le besoin que tout homme porte en soi de sortir de soi, de le mettre en état d’hypnose et de lui murmurer à l’oreille: saute l’obstacle de la paresse, ose, roule ou vole. Des spectacles t’attendent dont cette affiche peinte n’est que le rideau «. Les affiches de Nathan pour les voyages, par train ou par avion, illustrent bien le propos des deux grands écrivains; très harmonieuses, elles invitent à la rêverie et donnent envie de partir au loin. Beaucoup ont été éditées par l’agence Perceval. Ce nom à consonance médiévale a été élaboré à partir des patronymes de deux de ses fondateurs: Henri Péro et Roger de Valério, le troisième étant Lucien Boucher. Le directeur, Henri Péro, avait travaillé auparavant à l’imprimerie Devambez. La série «Visitez» pour laquelle Nathan a dessiné trois affiches, la Bretagne, les Alpes et la Côte d’Azur, est une des plus réussiées de la SNCF, elle a été publiée de 1952 à 1968. Les meilleurs artistes y ont participé: Luc-Marie Bayle, Jacques Dubois, Jean Jacquelin et Bernard Villemot. En 1956, dans un catalogue d’exposition, l’académicien André Maurois donne son sentiment sur la publicité, et plus particulièrement sur les affiches de tourisme:

Exposition de Vienne en 1955.

Air France, ParisOrly, 1962 Affiche offset en couleurs,100 x 62 cm signée Nathan.

«Avec l’art graphique, le créateur retrouve dans la société la place que, depuis une centaine d’années, il semblait avoir perdu… L’affichiste, dans le monde moderne, répond à une nécessité économique et sociale. Les affiches nous montrent que l’artiste peut se faire le poète de l’Invitation au voyage. Son rôle est de nous faire sentir, en quelques traits colorés, qu’un vaste monde est mis à notre portée…».

Jean Cocteau n’est pas en reste «L’affiche de voyage devenait une porte ouverte ou comme indiscrètement entrouverte sur des invitations au voyage dont le poème de Baudelaire reste l’exemple. Il ne s’agissait plus d’attirer la foule vers un chanteur ou vers un guitariste, vers un dentifrice ou vers une voiture, il s’agissait de tirer le flâneur par la manche et de l’entraîner vers son propre rêve, d’exciter le besoin que tout homme porte en soi de sortir de soi, de le mettre en état d’hypnose et de lui murmurer à l’oreille: saute l’obstacle de la paresse, ose, roule ou vole. Des spectacles t’attendent dont cette affiche peinte n’est que le rideau «. Les affiches de Nathan pour les voyages, par train ou par avion, illustrent bien le propos des deux grands écrivains; très harmonieuses, elles invitent à la rêverie et donnent envie de partir au loin. Beaucoup ont été éditées par l’agence Perceval. Ce nom à consonance médiévale a été élaboré à partir des patronymes de deux de ses fondateurs: Henri Péro et Roger de Valério, le troisième étant Lucien Boucher. Le directeur, Henri Péro, avait travaillé auparavant à l’imprimerie Devambez. La série «Visitez» pour laquelle Nathan a dessiné trois affiches, la Bretagne, les Alpes et la Côte d’Azur, est une des plus réussiées de la SNCF, elle a été publiée de 1952 à 1968. Les meilleurs artistes y ont participé: Luc-Marie Bayle, Jacques Dubois, Jean Jacquelin et Bernard Villemot. En 1956, dans un catalogue d’exposition, l’académicien André Maurois donne son sentiment sur la publicité, et plus particulièrement sur les affiches de tourisme: «Avec l’art graphique, le créateur retrouve dans la société la place que, depuis une centaine d’années, il semblait avoir perdu… L’affichiste, dans le monde moderne, répond à une nécessité économique et sociale. Les affiches nous montrent que l’artiste peut se faire le poète de l’Invitation au

voyage. Son rôle est de nous faire sentir, en quelques traits colorés, qu’un vaste monde est mis à notre portée…». Jean Cocteau n’est pas en reste et, dans le même ouvrage, s’exprime lui aussi, à l’imparfait de la narration, avec talent sur le sujet : «L’affiche de voyage devenait une porte ouverte ou comme indiscrètement entrouverte sur des invitations au voyage dont le poème de Baudelaire reste l’exemple. Il ne s’agissait plus d’attirer la foule vers un chanteur ou vers un guitariste, vers un dentifrice ou vers une voiture, il s’agissait de tirer le flâneur par la manche et de l’entraîner vers son propre rêve, d’exciter le besoin que tout homme porte en soi de sortir de soi, de le mettre en état d’hypnose et de lui murmurer à l’oreille: saute l’obstacle de la paresse, ose, roule ou vole. Des spectacles t’attendent dont cette affiche peinte n’est que le rideau «. Les affiches de Nathan pour les voyages, par train ou par avion, illustrent bien le propos des deux grands écrivains; très harmonieuses, elles invitent à la rêverie et donnent envie de partir au loin. Beaucoup ont été éditées par l’agence Perceval. Ce nom à consonance médiévale a été élaboré à partir des patronymes de deux de ses fondateurs: Henri Péro et Roger de Valério, le troisième étant Lucien Boucher. Le directeur, Henri Péro, avait travaillé auparavant à l’imprimerie Devambez. La série «Visitez» pour laquelle Nathan a dessiné trois affiches, la Bretagne, les Alpes et la Côte d’Azur, est une des plus réussiées de la SNCF, elle a été publiée de 1952 à 1968. Les meilleurs artistes y ont participé: Luc-Marie Bayle, Jacques Dubois, Jean Jacquelin et Bernard Villemot. En 1956, dans un catalogue d’exposition, l’académicien André Maurois donne son sentiment sur la publicité, et plus particulièrement sur les affiches de tourisme: «Avec l’art graphique, le créateur retrouve dans la société la place que, depuis une centaine d’années, il semblait avoir perdu… L’affichiste, dans le monde moderne, répond à une nécessité économique et sociale.


Air France, Europe, 1963 Affiche, offset en couleurs, 104 x 66 cm signée Nathan.

sigle UNESCO, p. 66), que picturale ("Cosmogonie" p.87). En même temps que Nathan, Carlu a contacté neuf autres affichistes: Jean Colin, Paul Colin, Jacques Dubois, Guy Georget, Eric Lancaster, Hervé Morvan, Jean Picart-le-Doux, Raymond Savignac et Bernard Villemot. Leurs affiches seront toutes éditées, et feront l'objet d'une exposition dan sels locaux d'Air France, accompagnée d'un petit catalogue. Carlu luimême ne participe pas à cette série, déclarant avec pertinence que l'on ne peut "à la fois conduire l'orchestre et jouer du violon". Auparavant, en 1952, Nathan avait conçu pour Air France des dépliants publicitaires (p. 78), reproduits dans des revues d'art graphique, mais dont aucun exemplaire n'a été conservé par l'artiste. L'affiche "Chili" (n°68) reçoit la médaille d'or Martini en 1963. Nathan avait déjà reçu cette importante distinction en 1958 pour son affiche du "Palais de la découverte" (n°82). Il est, avec Bernard Villemot, le seul affichiste à avoir obtenu deux fois cette récompense.

Moins d’une dizaine d’années

C'est à la demande de Jean Carlu que Jacques Nathan réalise, en 1956, sa première affiche pour la compagnie Air France: "Le plus grand réseau du monde". L'artiste représente une mappemonde dont le pied et l'armature sont dessinés par les entrelacs d'un long ruban bicolore traîné par un avion, évoquant ainsi la figure d'un bilboquet, objet cher à son coeur, que l'on retrouve à différentes reprises dans son oeuvre, aussi bien graphique (Crystal and C°, p. 22, Jaeger-Le-Coultre, p. 23,

Les quinze affiches pour Air France ont été dessinées par Nathan en moins de dix années, de 1956 à 1965. On retrouve dans cette série des influences diverses, celle du surréalisme et particulièrement de Giorgio de Chirico dans celle de "Rome" (n°69), celles de Jean Lurçat et de Picart-le-Doux dans "Chili" et "Caraïbes" (n°70 et 71), mais toutes ces images sont belles, suggestives, magnifiquement colorées: elles remplissent parfaitement leur fonction en invitant le spectateur au voyage. C’est à la demande de Jean Carlu que Jacques Nathan réalise, en 1956, sa première affiche pour la compagnie Air France: «Le plus grand réseau du monde». L’artiste représente une mappemonde dont le pied et l’armature sont dessinés par les entrelacs d’un long ruban bicolore traîné par un avion, évoquant ainsi la figure d’un bilboquet, objet cher à son coeur, que l’on retrouve à différentes reprises dans son oeuvre, aussi bien graphique (Crystal and C°, p. 22, Jaeger-Le-Coultre, p. 23, sigle UNESCO, p. 66), que picturale («Cosmogonie» p.87). En même temps que Nathan, Carlu a contacté neuf autres affichistes: Jean Colin, Paul Colin, Jacques Dubois, Guy Georget, Eric Lancaster, Hervé Morvan, Jean Picart-le-Doux, Raymond Savignac et Bernard Villemot. Leurs affiches seront toutes éditées, et feront l’objet d’une exposition dan sels locaux d’Air France, accompa-

Air France, le plus grand réseau, 1956 Affiche lith. en couleurs, 100 x 62 cm signée Nathan.

AIR FRANCE «Il convient de ne pas s'enfermer dans des formules, il faut résoudre les problèmes sans idée préconçue et apporter une conception nouvelle.»

gnée d’un petit catalogue. Carlu lui-même ne participe pas à cette série, déclarant avec pertinence que l’on ne peut «à la fois conduire l’orchestre et jouer du violon». Auparavant, en 1952, Nathan avait conçu pour Air France des dépliants publicitaires (p. 78), reproduits dans des revues d’art graphique, mais dont aucun exemplaire n’a été conservé par l’artiste. L’affiche «Chili» (n°68) reçoit la médaille d’or Martini en 1963. Nathan avait déjà reçu cette importante distinction en 1958 pour son affiche du «Palais de la découverte» (n°82). Il est, avec Bernard Villemot, le seul affichiste à avoir obtenu deux fois cette récompense. Les quinze affiches pour Air France ont été dessinées par Nathan en moins de dix années, de 1956 à 1965. On retrouve dans cette série des influences diverses, celle du surréalisme et particulièrement de Giorgio de Chirico dans celle de «Rome» (n°69), celles de Jean Lurçat et de Picart-le-Doux dans «Chili» et «Caraïbes» (n°70 et 71), mais toutes ces images sont belles, suggestives, magnifiquement colorées: elles remplissent parfaitement leur fonction en invitant le spectateur au voyage. C’est à la demande de Jean Carlu que Jacques Nathan réalise, en 1956, sa première affiche pour la compagnie Air France: «Le plus grand réseau du monde». L’artiste représente une mappemonde dont le pied et l’armature sont dessinés par les entrelacs d’un long ruban bicolore traîné par un avion, évoquant ainsi la figure d’un bilboquet, objet cher à son coeur, que l’on retrouve à différentes reprises dans son oeuvre, aussi bien graphique (Crystal and C°, p. 22, Jaeger-Le-Coultre, p. 23, sigle UNESCO, p. 66), que picturale («Cosmogonie» p.87). En même temps que Nathan, Carlu a contacté neuf autres affichistes: Jean Colin, Paul Colin, Jacques Dubois, Guy Georget, Eric Lancaster, Hervé Morvan, Jean Picart-le-Doux, Raymond Savignac et Bernard Villemot. Leurs affiches seront toutes éditées, et feront l’objet d’une exposition dan sels locaux d’Air France, accompagnée d’un petit catalogue. Carlu lui-même ne participe pas à cette série, déclarant avec pertinence que l’on ne peut «à la fois conduire l’orchestre et jouer du violon».

La série «Visitez» pour laquelle Nathan a dessiné trois affiches, la Bretagne, les Alpes et la Côte d’Azur, est une des plus réussiées de la SNCF, elle a été publiée de 1952 à 1968. Les meilleurs artistes y ont participé: Luc-Marie Bayle, Jacques Dubois, Jean Jacquelin et Bernard Villemot.

Ce jour qui changea tout

Paysages de cartes postales

Tous ces journaux, ce qui fut une heureuse détermination de leur part, suivirent pas à pas l’activité des affichistes européens et en rendirent compte régulièrement dans leurs colonnes, par leurs commentaires et leurs reproductions. Nathan fut particulièrement gâté et bénéficia de nombreux articles illustrés, ce qui a permis non seulement de retrouver quelques oeuvres oubliées, mais surtout de rectifier la datation initiale donnée par l’artiste lui-même.

Comme expositions, il y eut en 1947, le Salon de l’Imagerie et le Salon des Artistes Décorateurs (section Arts graphiques); en 1948, l’Exposition de l’Affiche française, organisée sous l’impulsion de Paul Colin, à la Galerie des Beaux-Arts, avec de nombreux artistes : Cassandre, Paul Colin, Loupot, Sepo, de Valerio, Ansieau, Jean Colin, Delpy, Derouet, Fromentier, Fix-Masseau, Georget, Gid, Kieffer, Mery, Morvan, Ravo, Savignac, Villemot et Nathan, une exposition qui devint itinérante ; fin 1949, il y eut encore l’exposition d’Art publicitaire français, comportant quatre sections, organisée par la Fédération française de la publicité à la Maison de la Pensée française, rue de l’Elysée, ou n’étaient présentées que des maquettes.

Auparavant, en 1952, Nathan avait conçu pour Air France des dépliants publicitaires (p. 78), reproduits dans des revues d’art graphique, mais dont aucun exemplaire n’a été conservé par l’artiste. L’affiche «Chili» (n°68) reçoit la médaille d’or Martini en 1963. Nathan avait déjà reçu cette importante distinction en 1958 pour son affiche du «Palais de la découverte» (n°82). Il est, avec Bernard Villemot, le seul affichiste à avoir obtenu deux fois cette récompense. Les quinze affiches pour Air France ont été dessinées par Nathan en moins de dix années, de 1956 à 1965. On retrouve dans cette série des influences diverses, celle du surréalisme et particulièrement de Giorgio de Chirico dans celle de «Rome» (n°69), celles de Jean Lurçat et de Picart-le-Doux dans «Chili» et «Caraïbes» (n°70 et 71), mais toutes ces images sont belles, suggestives, magnifiquement colorées: elles remplissent parfaitement leur fonction en invitant le spectateur au voyage. C’est à la demande de Jean Carlu que Jacques Nathan réalise, en 1956, sa première affiche pour la compagnie Air France: «Le plus grand réseau du monde». L’artiste représente une mappemonde dont le pied et l’armature sont dessinés par les entrelacs d’un long ruban bicolore traîné par un avion, évoquant ainsi la figure d’un bilboquet, objet cher à son coeur, que l’on retrouve à différentes reprises dans son oeuvre, aussi bien graphique (Crystal and C°, p. 22, Jaeger-Le-Coultre, p. 23, sigle UNESCO, p. 66), que picturale («Cosmogonie» p.87). En même temps que Nathan, Carlu avait contacté neuf autres affichistes.

SNCF, Côte d’Azur, 1954 Maquette, gouache en couleurs, 60 x 38 cm signée Nathan.

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LES ANNÉES TRENTE Un travail rigoureux et obscur En 1932, Jacques Nathan travaille comme maquettiste à la revue L’Architecture d’Aujourd’hui. Il y compose et met en page principalement les nombreuses annonces pour la promotion des entreprises du bâtiment et les matériaux de construction qui

11ème Salon des Arts Ménagers, 1934 Exposition de l’Habitation 12ème Salon des Arts Ménagers, 1935 Exposition de l’Habitation

Trois Expostions d’architecture, 1932. Affiche lith. en couleurs, 60 x 80 cm signée Nathan Studio AA, bg Impr. Girbal, Paris BF n° 196398 (donation) C’est la première affiche réalisée par Nathan, qui travaille alors au studio de publicité de la revue L’Architecture d’Aujourd’hui

Son directeur André Bloc apprécie son travail rigoureux et obscur. Il lui confie tout d’abord la réalisation d’une petite affiche pour «Trois expressions d’architecture», qui vont avoir lieu à la Galerie Vignon. Le jeune dessinateur mentionne modestement son nom au bas de sa première création(très typographique), «Nathan Studio AA». Comme L’Architecture d’Aujourd’hui organise chaque année un Salon de l’Habitation, dans le cadre du Salon des Arts ménagers, la réalisation des affiches pour cette manifestation annexe est confiée à son jeune maquettiste. Nathan en exécutera trois de 1934 à 1936. Mais sa véritable première affiche, il la dessine en 1934 pour le Salon des Arts ménagers proprement dit, qui en est à sa onzième édition, représentant dans une composition résolument géométrique qui fait penser au buveur de Dubonnet de Cassandre, un valet époussetant le toit d’une maison. La même année, il répond au concours d’affiches pour le douzième Salon, lancé par Jules Louis Breton, le Commissaire général de ces manifestations. Le projet de Nathan obtient une «première mention», mais le premier prix est attribué à Roger Perot. On retrouve dans la maquette présentée, reproduite dans Arts et Métiers Graphiques, le même style de personnages, fortement stylisés, que ceux qu’il met en scène dans ses affiches pour les Messageries Hachette ou l’entreprise de bâtiment Vassous. Deux affiches, hormis ses maquettes pour l’exposition Affiches-Photos, sont d’une tout autre facture, pour Le Populaire et la marque de chaussures Hungaria, ou l’on ressent à la fois, dans la mise en page et le choix du sujet, la double influence de Cassandre (son affiche pour l’Intransigeant) et des «nouveaux» photographes (cheminées d’usines, angle de prise de vue), mais aussi une capacité très personnelle pour rendre perceptibles la nature de la matière (le cuir) et les qualités d’une ambiance (le rougeoiment des hauts fourneaux sur un fond de grisaille). En 1932, Jacques Nathan travaille comme maquettiste à la revue L’Architecture d’Aujourd’hui. Il y compose et met en page principalement les nombreuses annonces pour la promotion des entreprises du bâtiment et les matériaux de construction qui occupent les premières et dernières pages de publication. Son directeur André Bloc apprécie son travail rigoureux et obscur. Il lui confie tout d’abord la réalisation d’une petite affiche pour «Trois expressions d’architecture», qui vont avoir lieu à la Galerie Vignon. Le jeune dessinateur mentionne modestement son nom au bas de sa première création(très typographique), «Nathan Studio AA». Comme L’Architecture d’Aujourd’hui organise chaque année un Salon de l’Habitation, dans le cadre du Salon des Arts ménagers, la réalisation des affiches pour cette manifestation annexe est confiée

à son jeune maquettiste. Nathan en exécutera trois de 1934 à 1936. Mais sa véritable première affiche, il la dessine en 1934 pour le Salon des Arts ménagers proprement dit, qui en est à sa onzième édition, représentant dans une composition résolument géométrique qui fait penser au buveur de Dubonnet de Cassandre, un valet époussetant le toit d’une maison. La même année, il répond au concours d’affiches pour le douzième Salon, lancé par Jules Louis Breton, le Commissaire général de ces manifestations. Le projet de Nathan obtient une «première mention», mais le premier prix est attribué à Roger Perot. On retrouve dans la maquette présentée, reproduite dans Arts et Métiers Graphiques, le même style de personnages, fortement stylisés, que ceux qu’il met en scène dans ses affiches pour les Messageries Hachette ou l’entreprise de bâtiment Vassous.

Les débuts de maquettiste Deux affiches, hormis ses maquettes pour l’exposition Affiches-Photos, sont d’une tout autre facture, pour Le Populaire et la marque de chaussures Hungaria, ou l’on ressent à la fois, dans la mise en page et le choix du sujet, la double influence de Cassandre (son affiche pour l’Intransigeant) et des «nouveaux» photographes (cheminées d’usines, angle de prise de vue), mais aussi une capacité très personnelle pour rendre perceptibles la nature de la matière (le cuir) et les qualités d’une ambiance (le rougeoiment des hauts fourneaux sur un fond de grisaille). En 1932, Jacques Nathan travaille comme maquettiste à la revue L’Architecture d’Aujourd’hui. Il y compose et met en page principalement les nombreuses annonces pour la promotion des entreprises du bâtiment et les matériaux de construction qui occupent les premières et dernières pages de publication. Son directeur André Bloc apprécie son travail rigoureux et obscur. Il lui confie tout d’abord la réalisation d’une petite affiche pour «Trois expressions d’architecture», qui vont avoir lieu à la Galerie Vignon. Le jeune dessinateur mentionne modestement son nom au bas de sa première création(très typographique), «Nathan Studio AA». Comme L’Architecture d’Aujourd’hui organise chaque année un Salon de l’Habitation, dans le cadre du Salon des Arts ménagers, la réalisation des affiches pour cette manifestation annexe est confiée à son jeune maquettiste. Nathan en exécutera trois de 1934 à 1936. Mais sa véritable première affiche, il la dessine en 1934 pour le Salon des Arts ménagers proprement dit, qui en est à sa onzième édition, représentant dans une composition résolument géométrique qui fait penser au buveur de Dubonnet de Cassandre, un valet époussetant le toit d’une maison. La même année, il répond au concours d’affiches pour le douzième Salon, lancé par Jules Louis Breton, le Commissaire général de ces manifestations. On retrouve dans la maquette présentée, reproduite dans Arts et Métiers Graphiques, le même style de personnages, fortement stylisés, que ceux qu’il met en scène dans ses affiches pour les Messageries Hachette ou l’entreprise de bâtiment Vassous.

Deux affiches, hormis ses maquettes pour l’exposition Affiches-Photos, sont d’une tout autre facture, pour Le Populaire et la marque de chaussures Hungaria, ou l’on ressent à la fois, dans la mise en page et le choix du sujet, la double influence de Cassandre (son affiche pour l’Intransigeant) et des «nouveaux» photographes (cheminées d’usines, angle de prise de vue), mais aussi une capacité très personnelle pour rendre perceptibles la nature de la matière (le cuir) et les qualités d’une ambiance (le rougeoiment des hauts fourneaux sur un fond de grisaille). En 1932, Jacques Nathan travaille comme maquettiste à la revue L’Architecture d’Aujourd’hui. Il y compose et met en page principalement les nombreuses annonces pour la promotion des entreprises du bâtiment et les matériaux de construction qui occupent les premières et dernières pages de publication. Son directeur André Bloc apprécie son travail rigoureux et obscur. Il lui confie tout d’abord la réalisation d’une petite affiche pour «Trois expressions d’architecture», qui vont avoir lieu à la Galerie Vignon. Le jeune dessinateur mentionne modestement son nom au bas de sa première création(très typographique), «Nathan Studio AA».

Hachette - Noël, 1935. Service de propagande des Messageries Hachette, Paris. Vassout, 1937c. Affiche lith. en couleurs, 80 x 60 cm Hachette rentrée des classes, 1935

Ecole Ski Club de Paris, 1937 Affiche lith. en couleurs, 100 x 60cm

Le projet de Nathan obtient une «première mention», mais le premier prix est attribué à Roger Perot. Comme L’Architecture d’Aujourd’hui organise chaque année un Salon de l’Habitation, dans le cadre du Salon des Arts ménagers, la réalisation des affiches pour cette manifestation annexe est confiée à son jeune maquettiste. Nathan en exécutera trois de 1934 à 1936. Mais sa véritable première affiche, il la dessine en 1934 pour le Salon des Arts ménagers proprement dit, qui en est à sa onzième édition, représentant dans une composition résolument géométrique qui fait penser au buveur de Dubonnet de Cassandre, un valet époussetant le toit d’une maison. La même année, il répond au concours d’affiches pour le douzième Salon, lancé par Jules Louis Breton, le Commissaire général de ces manifestations. Le projet de Nathan obtient une «première mention», mais le premier prix est attribué à Roger Perot. On retrouve dans la maquette présentée, reproduite dans Arts et Métiers Graphiques, le même style de personnages, fortement stylisés, que ceux qu’il met en scène dans ses affiches pour les Messageries Hachette ou l’entreprise de bâtiment Vassous. Deux affiches, hormis ses maquettes pour l’exposition Affiches-Photos, sont d’une tout autre facture, pour Le Populaire et la marque de chaussures Hungaria, ou l’on ressent à la fois, dans la mise en page et le choix du sujet, la double influence de Cassandre (son affiche pour l’Intransigeant) et des «nouveaux» photographes (cheminées d’usines, angle de prise de vue).

11ème Salon des Arts ménagers, 1934. Affiche lith. en couleurs, 64 x 44 cm signée Nathan. Edi. Architecture d’Aujourd’hui, impr. Courbet, Boulogne/Paris. BF n° 197610 (donation)

Florence Cousergue Alice Devaux

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Rétrospective Jacques-Nathan Garamond  

Florence Cousergue & Alice Devaux. Journal de l'exposition rendant hommage au célèbre affichiste français Garamond