Page 1

Misery La carrière au triptyque

Florence abballe Jean Robein & Francois Defrain Conception Architecturale et Culture Constructive projet de fin d’etude _ janvier 2014 _ Ensa Nantes


Je souhaite remercier Julien Verbruggé, Margaux-Anne Bouvier, David Chadeuf, Myriam Blanchin ainsi que ma famille pour leur soutien, leur réfléxion, leur aide et pour m’avoir supportée dans la joie et la bonne humeur.


SOMMAIRE

AVANT - PROPOS p.7 INTRODUCTION p.9 I _ DEFRICHER SA FORMATION

p.10

II _ GENESE D’UN PROJET Localisation p.25 Histoire d’un quartier p.26 La carrière dans la ville p.31 A l’intérieur de la carrière p.33 III _ ANALYSE PROGRAMMATIQUE

p.38

IV _ LE CONCEPT Un point de repère p.42 Esplanade_ lieu de liaison urbaine p.46 Sous l’esplanade _ lieu de liaison architecturale p.49 Au dessus de l’esplanade_ Lieu de repos p.50 Vegetal _ Mineral p.54 V _ CONCLUSION p.57 VI _ MEDIAGRAPHIE p.59

- 5-


AVANT-PROPOS

Août 2013, arrive le temps de l’inscription pédagogique ainsi que la lecture du livret étudiant. C’est à ce moment que vient la question cruciale « Quel choix d’option pour mon projet de fin d’étude ? ». L’école d’architecture de Nantes propose aux étudiants de Master une offre diversifiée d’ateliers. La décision s’avère tout autant excitante que difficile. Arrivée au terme de plus de cinq années d’enseignements, je termine mon cursus par ce projet. De retour à Nantes après une année de mobilité internationale, j’ai choisis d’axer mon master vers les problématiques de mise en valeur et réhabilitation du patrimoine, notion importante à mes yeux et inexistante dans le cursus de licence. Durant cette même période, je côtoie le travail d’architecte à travers différents stages en agence. Avec ces diverses expériences, j’ai réalisé l’importance du détail et de la connaissance technique dans la conception et la réalisation d’un bâtiment. C’est alors tout naturellement que j’ai choisis de m’orienter vers l’option « Conception architecturale & culture constructive » pour conclure mon parcours.

- 7-


INTRODUCTION

Ce mémoire retrace mon parcours d’étudiante en architecture, ainsi que six mois de travail de projet de septembre 2013 à janvier 2014 dans l’atelier. En premier lieu, il me semble nécessaire de faire un point sur le chemin accompli depuis le début de mes études. Bâtir son parcours de formation est un processus important. J’ai pu, grâce à une variété d’enseignements suivis, construire un regard critique et développer ainsi ma propre position. Ce dernier travail pédagogique en est la finalité. Dès le début de l’unité d’enseignement nous avons eu précisément connaissance du site ainsi que du programme. La réalisation était celle d’un centre de retraite diocésain. La conception et la création d’un tel édifice sont complexes. La difficulté majeure est de réussir à unifier les différents espaces qui composent un tel ensemble (espace spirituel, espace de partage, espace de rencontre, espace d’hospitalité, etc.) tout en permettant à chacun d’eux de fonctionner de manière autonome. C’est autour de cette réflexion que mon bâti s’est développé.

- 9-


I _ DEFRICHER SA FORMATION

Durant ces dernières années, j’ai construit petit à petit ma personnalité architecturale. J’ai appris tout au long de ces études à développer mon imaginaire tout en assimilant le langage nécessaire pour le communiquer. La première année d’enseignement à l’école d’architecture de Nantes reste pour moi une année de découverte et d’apprentissage intensif. C’est un tout nouveau système de communication que nous nous devons d’apprendre.

Projet de logements, première Année

Durant les deux années suivantes, j’ai commencé à construire une sensibilité personnelle. A travers des options telles que « Situations extrêmes », en deuxième année, j’ai eu la possibilité de concevoir dans un contexte lointain (spatialement et chronologiquement). Ce mode opératoire avait pour objectif de mettre notre capacité d’imagination au cœur du projet.

Dessin , première année - 10-


Avec deux de mes camarades nous avons alors travaillé sur le scénario suivant : La fonte des glaces dans l’arctique ouvre de nouvelles voies commerciales. Le détroit de Bering va devenir un point de passage obligé pour les navires commerciaux. Or, il est pris dans les glaces 6 mois de l’année. Il est donc nécessaire de l’entretenir. C’est à la suite de ce constat que notre cité portuaire s’implante naturellement au cœur du détroit de Bering, sur les iles Diomèdes. L’ensemble prend place au centre des iles, dans un édifice vertical s’étalant sur l’eau. L’architecture du projet se décompose en deux barres sur chaque ile. Edifices à la forme très épurée, ils reflètent une volonté de praticité dans la construction et le fonctionnement, inspirée de l’architecture militaire.

Projet North Way Toll, deuxième année - 11-


I _ DEFRICHER SA FORMATION

L’enseignement de type projet ne fut pas ma seule source de développement. C’est grâce à une diversité d’outils que j’ai pu affiner l’expression de ma sensibilité. Les options d’arts plastiques ont eu un rôle majeur dans l’enrichissement de mon regard critique. J’ai découvert, notamment avec l’atelier « Volume », une certaine attirance pour la plasticité et le design d’objet. Par groupe de trois, nous avions travaillé sur le standard d’aujourd’hui. En effet dans un monde devenu standardisé, comment est-il encore possible de s’adapter ? Lorsqu’on a besoin d’un meuble, le premier réflexe est souvent IKEA. Nous avions choisi de confronter un des grands standards à un nonsens architectural. Cette erreur influait sur ce meuble. La nouvelle étagère venait épouser les formes de son espace.

- 12-


- 13-


I _ DEFRICHER SA FORMATION

Durant ces premières années, une esquisse de ma sensibilité s’est dessinée. Celleci n’a fait que s’affiner et se renforcer arrivée en cycle de Master. C’est notamment autours de mon mémoire d’étude que j’ai continué à définir mon identité. J’ai toujours été attirée par le patrimoine, et plus particulièrement le patrimoine militaire. C’est alors tout naturellement que j’ai orienté mon mémoire sur ce sujet. Questionnant la légitimité des bunkers dans l’architecture, j’ai eu l’opportunité d’approfondir un sujet qui me tenait à cœur. Parallèlement, je suivais l’atelier « Patrimoine en devenir » proposé en master. La problématique de l’atelier était la réhabilitation d’un manège militaire à Saumur. Ce fût pour moi une année très enrichissante et très déterminante dans la définition de mon futur métier.

Bunker dans les Alples Suisses, photo de Matthieu Gafsou

- 14-


Un cirque à Saumur, image, coupe et élévation, projet de quatrième année


I _ DEFRICHER SA FORMATION

Durant mes voyages d’études, j’ai eu l’opportunité de découvrir d’autres cultures et d’autres savoir-faire tout en confirmant mon attirance pour le patrimoine. Le plus marquant aura sans doute été ma première année de Master à l’étranger. Cette année au Mexique a été un élément important dans la constitution de ma personnalité. De cette expérience, ce sont spécialement les ruines d’Uxmal et de Palenque qui m’ont marquée. Véritable chef d’œuvre laissé par les mayas, elles sont à mon sens un des biens les plus précieux du patrimoine mondial. Uxmal (à gauche) et Palenque (à droite), photos de Florence Abballe

- 16-


Détail constructif, projet de troisième année

Parallèlement, différents projets et expériences m’ont permis de me préparer à l’aspect pragmatique du métier d’architecte. Durant mes deux premières années d’études j’ai eu l’occasion d’exercer la conception à des échelles très variées mais rarement à celles du détail. Or le détail est un élément essentiel à la lecture et à la concrétisation d’un projet. C’est pour cela que j’ai décidé de suivre des options plus techniques telles que «Espace public et Habiter » ou encore « Habitat intimité sociabilité mixité ». Celles-ci m’ont permis d’enrichir mon vocabulaire et ma connaissance technique indispensable au métier d’architecte. - 17-


I _ DEFRICHER SA FORMATION

Suivre ma première année de Master au Mexique a été également l’opportunité d’appréhender des enjeux différents. En effet là-bas le béton est un matériau de luxe et il n’y a pas de normes handicapés ou de RT 2012. L’architecte y est aussi l’ingénieur et le gestionnaire. En plus des plans et des coupes demandés, nous devions fournir des plans de canalisations (eau froide/ eau chaude, gaz, descente eau pluviales et eaux usées), des plans d’électricité, des plans de calepinage, des plans détaillant la composition de tous les murs et une fiche détaillant le cout de la construction. Même si je n’utilise pas ces acquis tous les jours car les normes et les règlements sont extrêmement différents entre la France et le Mexique, ils ont permis d’enrichir mes connaissances techniques maitrise des outils numériques (Autocad, Rhinocéros, etc.). Malgré avoir suivi quelques unités d’enseignements spécialisées dans la structure et la technique, je trouvais ma connaissance dans ce domaine très limitée. J’ai alors multiplié les expériences (agence, chantier, suivi de chantier, réalisation de permis de construire pour du privé, etc.) pour me confronter à la réalité de la profession. Ces différents stages m’ont permis de progresser d’un point de vue de la technique mais également de me perfectionner dans la maitrise des outils numériques (Autocad, Rhinocéros, etc.). A la fin de mon parcours scolaire, mon identité s’est formée grâce à la pluridisciplinarité des domaines cités précédemment. Mais la liste ne serait pas complète sans parler des concours auxquels j’ai participé et des workshops auxquels j’ai pris part. Ils m’ont appris la rigueur, la collaboration, l’organisation mais aussi à faire face à la concurrence.

- 18-


CONCOURS HERMES 2013_FOLD TO YOURSELF Notre idée était de créer une Etoffe composée d’une série de triangles déployant une géométrie simple et répétée à la manière d’une matrice de motifs. Ce travail sur la notion de pliage et d’origami donne naissance à un objet sculptural dont la forme éphémère se pli et se repli selon l’envie.

- 19-


I _ DEFRICHER SA FORMATION

- 20-


CONCOURS ARCA 2013_PACK YOUR SUITE CAISSE Nous avons tous des valises différentes. Pourquoi aurions - nous tous le même logement? La flexibilité de l’appartement permet au nomade de faire du container l’extension de son bagage. Le voyageur peut alors reconfigurer l’espace au fur et à mesure qu’il défait sa valise pour faire de ce lieu l’écrin éphémère de ses péripéties.

- 21-


I _ DEFRICHER SA FORMATION

WORKSHOP GDANSK _ 2013

Le but de la réhabilitation de l’usine est de concevoir un centre de développement interdisciplinaire pour la zone économique de Poméranie. Nous avons crée des espaces d’éducation communautaire ainsi les oucriers et les étudiants s’unissent pour développer de nouvelles idées. Des espaces accueillants pour les habitants de la ville sont aussi réalisés pour exposer les résultats des travaux. - 22-


03. level

hostel

02. level

laboratory

conference room

01. level

library

working station

auditorium

offices

00. level

open space

canteen

studio

outdoor - indoor


Les choix que j’ai faits durant ce cursus n’ont jamais été pensés dans leur globalité. Ils étaient motivés par une envie momentanée de découvrir ou d’approfondir tel ou tel domaine. Mes choix ont toujours été le résultat d’un désir spontané. Mais en revoyant mon parcours, on y trouve une certaine continuité. Et c’est dans cette optique que je conçois mon projet de fin d’étude.

- 24-


II _ GENESE D’UN PROJET

LOCALISATION Situé à l’ouest du centre-ville nantais en bordure de Loire dans le quartier Chantenay, le site apparaît comme une porte d’entrée dans la ville. La carrière Misery est un lieu symbolique de Nantes. Cachée à l’ombre de la Butte Saint Anne, elle a connu bien des usages et des passages depuis les premières excavations jusqu’au XXème siècle. Cette étendue presque plane de 3 hectares est un endroit unique et fascinant. A l’abandon depuis quelques années, elle est aujourd’hui revenue à l’état de friche. La nature reprend petit à petit ses droits. C’est pourtant un lieu spectaculaire bordé par la Loire et par le square Schwob. Cet espace immense à la lisière du centre-ville constitue un mystère pour les visiteurs, chargé d’histoire et d’imaginaire intrigant.

- 25-


II _ GENESE D’UN PROJET

HISTOIRE D’UN QUARTIER La butte Sainte Anne domine le site. C’est la composante majeure du relief environnant. Cet ultime pilier du sillon de Bretagne a donné naissance à la carrière Miséry. Celle-ci indique le commencement du quartier Chantenay. Utilisée pour la construction des édifices de Nantes ainsi que pour le pavement de ses rues, le sillon de Bretagne fut exploité de 1420 jusqu’au XIXème siècle. Au XVIIIème siècle, son exploitation fut interdite par Carré de Lusançay, son nouveau propriétaire. Son exploitation reprendra après la révolution et ce jusqu’au XIXème siècle. Miséry est alors une étendue qui aborde désormais des falaises allant jusqu’à 28m de haut. Elle devient un lieu malfamé fréquenté par des miséreux et des ermites ce qui lui vaudra son nom. Avec l’installation des chantiers navals sur les quais Saint Louis par Jean Crucy, architecte voyer de la ville de Nantes, le quartier Chantenay se développe considérablement à partir de 1782. L’activité économique portuaire croissante permet le développement de nombreuses autres industries. Les chantiers navals Dubigeon s’y installent au début du XXème siècle. On y construit de grands voiliers tels que le Belem (53m de long, 8,80 de large et 3 mâts).

- 26-


Carrière Misery Carte postale Archive municipale de Nantes

Chantier Naval de Chantenay, Vue aĂŠrienne


II _ GENESE D’UN PROJET

HISTOIRE D’UN QUARTIER L’apogée de l’activité industrielle du Bas-Chantenay est au début du XXème siècle. On y trouve de nombreux secteurs d’activités tels que la papeterie, la conserverie, les industries chimiques et les brasseries. Et c’est en 1905 que les Brasseries Burgelin s’installent dans la carrière Miséry. En 1936 elles changent de propriétaires et deviennent les brasseries de la Meuse. Cet établissement rythme la vie du quartier. En 1960 la production atteint son summum. Dès le milieu du XXème, Chantenay connaît un certain déclin. L’activité de ce quartier a été mise en concurrence avec celle de Saint-Nazaire. Les difficultés rencontrées par les bateaux de plus en plus gros à remonter l’estuaire ont entrainé le développement du port de Saint Nazaire. Les chantiers navals ont été délocalisés. Le déménagement des chantiers Dubigeon sur l’île de Nantes marqua aussi fortement l’affaiblissement de ce quartier. Les brasseries fermeront définitivement en 1985. Les bâtiments sont détruits en 1987 pour laisser place à des projets immobiliers qui n’aboutiront pas.

- 28-


Brasserie de la Meuse, 1936 Vue aĂŠrienne

Brasserie de la Meuse, 1936 Vue depuis le square Schwob


II _ GENESE D’UN PROJET

HISTOIRE D’UN QUARTIER Aujourd’hui le Bas-Chantenay semble être en perte de dynamisme mais maintient tout de même une certaine activité économique soutenue par quelques industries. Le terrain, lui est préempté et mis en vente par la ville. Délaissé depuis une vingtaine d’années, le site est amené à se transformer à moyen terme mais dans un délai aujourd’hui encore indéterminé.

Carrière Misery, état actuel

- 30-


LA CARRIERE DANS LA VILLE Le site de projet jouit d’une position stratégique évidente. Sa position péricentrale fait de la parcelle une entrée de ville marquante. C’est un lieu d’échange important reliant Nantes à sa périphérie. Les infrastructures routières constituent l’un des principaux axes de pénétration à l’ouest de la ville. La carrière Miséry est alors une entrée de ville naturelle qu’il faut valoriser.

Nantes Centre

Carrière Misery - 31-


II _ GENESE D’UN PROJET

LA CARRIERE DANS LA VILLE Située entre le boulevard Cardiff et le square Schwob, la parcelle subit des coupures. Autour de ce lieu se confrontent un paysage naturel (Loire et carrière), un paysage industriel (bord de Loire) et un paysage urbain (zone résidentielle dans le Haut-Chantenay) provoquant l’isolement de celui-ci. De même la coupure routière du boulevard Cardiff, très fréquenté, rend la Loire peu accessible. La butte Saint Anne, elle, forme une barrière visuelle importante. Pour le moment seules deux lignes de bus desservent le quai du marquis d’Aiguillon ainsi que le boulevard Cardiff. Les voies piétonnes ne sont que très peu développées dans le quartier. Cette limitation des accès renforce l’idée d’un territoire enclavé.

Rue des Garennes (Butte Sainte Anne) Jardin Public, Square Schwob Promenade Panoramique Carrière Misery Bâtiment «Loge» Boulevard Cardiff Ancienne voie de chemin de fer Bâtiment Cap 44 Parking Renaud Bureaux Loire

- 32-


A L’INTERIEUR DE LA CARRIERE

Vue depuis le Square Schwob

A l’échelle du site, il existe un fort contraste entre la parcelle du projet et son environnement immédiat. Comme expliqué précédemment, la limite sud de la parcelle est en contact avec une zone industrielle et des axes routiers importants provoquant une pollution sonore et visuelle. On notera le décalage avec le caractère sauvage de la parcelle. La présence de zone arborée importante et la proximité de la Loire ajoutent au terrain une certaine qualité paysagère, une pépite verte dans la ville. La limite nord de la parcelle est acollée au square Schwob. Dessiné par l’architecte Coutant, il investit les hauteurs de la carrière, loin du bruit, donnant lieu à une véritable promenade panoramique. Il dégage des vues sur tout Nantes et Trentemoult. - 33-


II _ GENESE D’UN PROJET

A L’INTERIEUR DE LA CARRIERE A la sortie du square Schwob (avenue de Lusancay) se trouve un escalier. Celui-ci débouche sur la rue Joseph Chollet (rue menant à la carrière par le Bas-Chantenay). L’escalier est très peu mis en valeur. Il se finit sur un microtrottoir incommode entouré d’axes routiers très bruyants. Course de Chantenay 2008, photo de Presse Ocean

Promenade à travers le parc Schwob

Escaliers débouchant sur la rue Joseph Chollet

- 34-


A L’INTERIEUR DE LA CARRIERE De prime abord le site est composé de deux espaces distincts. Sur la moitié de la surface, le sol de la carrière est entièrement recouvert par de la végétation. Sur l’autre partie du terrain, on remarque des dalles béton, vestiges des anciennes brasseries. Une frontière se dessine ainsi à l’intérieur même de cet espace.

Dalles

Végétacion

- 35-


II _ GENESE D’UN PROJET

A L’INTERIEUR DE LA CARRIERE En définitive, même si le contexte a de nombreux avantages, il présente certaines faiblesses dues à des nuisances sonores et à l’architecture environnante sans véritable qualité. Le lieu est doté d’un attribut paysager certain qu’il faut valoriser pour prendre le pas sur un environnement nuisible en bas de parcelle. La notion de dualité est un élément très présent dans ce site et ce contexte. On le retrouve à plusieurs échelles et dans différents domaines : -L’horizontalité de la Loire et la verticalité des flancs de falaise. -Un Bas-Chantenay industriel et bruyant (grands axes routiers) et un HautChantenay résidentiel et calme (square Schwob). - Une parcelle à moitié végétale (en friche) et à moitié bétonnée (ancienne dalle de la brasserie).

Square Schwob Carrière Misery Loire

- 36-


A L’INTERIEUR DE LA CARRIERE La dualité du lieu et de la parcelle est selon moi en accord avec le programme. En effet, dans le cas de notre centre de retraite diocésain, il nous faut trouver un certain dialogue entre des espaces d’accueil et de célébrations et des espaces de prière et de temps pour soi. A l’image du contexte la posture d’un projet comprenant une forte dualité est à mes yeux des plus pertinentes au vu de l’analyse.

- 37-


III _ ANALYSE PROGRAMMATIQUE

Les communautés spirituelles ont toujours offert un accueil aux hôtes, leur permettant de se recueillir pendant une durée déterminée, allant de l’heure à la semaine. Lieu propice au ressourcement, à la prière et au recueillement, le centre spirituel accueille toute personne et tout groupe dans leur recherche. Il propose des retraites, des sessions, des formations et des ateliers en s’inspirant de la pédagogie religieuse. Il offre la possibilité d’un accueil de groupes ou d’un accueil individuel. C’est dans un esprit de fraternité et de serennité que se fait ce séjour. Accueillir des retraitants signifie proposer le repos et le calme nécessaire au recueillement, à l’écoute et à l’accompagnement. Les hôtes doivent pouvoir s’isoler. Le recueillement se fait de manière paisible. Mais la vie dans un centre de retraite, c’est aussi des moments de convivialité et d’échange. Les hôtes doivent se sentir libres de participer aux messes et aux différents temps de prière avec la communauté. Le nouveau projet devra donc s’adapter aux différentes activités et être favorable au silence pour pouvoir se tourner vers Dieu. Faire cohabiter tous ces modes opératoires nécessite un programme complexe et détaillé qui nous a été fournis dès le début du semestre :

- 38-


Espace d’accueil 185m2 Hall Boutique du centre Standard téléphonique Toilettes H+F Maison Diocésaine 165m2 4 chambres Un espace séjour Une cuisine + un local dépôt Espace de spiritualité 610m2 Sacristie Bibliothèque Esplanade 2000m2 Espace Tentes 260m2 Hangar Toilettes Espace de rencontre 1480m2 Salle de conférence 10 salles de réunion Salle de dépôt Sanitaires H+F Espace de partage 420m2 Foyer de rencontre Salle de restauration Espace cuisine service repas 138m2 Plonge évier Local poubelle Cuisine Economat Plonge Local réfrigérateurs Zone service repas Espaces extérieurs 20m2 Zone deux roues Sanitaire H + F


III _ ANALYSE PROGRAMMATIQUE

Espace hospitalité 1390m2 40 chambres 10 dortoirs 10 chambres accompagnateurs Sanitaire H + F Espace ateliers artisanaux 365m2 5 ateliers 5 locaux dépôt Sanitaire H + F Espace de gestion 165m2 Prieur 4 bureaux des frères accompagnants Secrétariat Intendant Espace informatique Salle de réunion Locaux Techniques 75m2 Local TGBT Local Poubelle Chaufferie Local traitement air Espace Servant 74m2 Local Service Maintenance Ménage Local agent de Maintenance Local Personnel Vestiaire Personne H + F

- 40-


Square Schwob

+ Silencieux

Espace hospitalité Espace de spiritualité Maison diocésaine

Esplanade

Espace de rencontre Espace de partage Espace de gestion Ateliers artisanaux

Service Repas Espace d’accueil

Espace tentes

Espace Servant Locaux Techniques

Espace extérieur

Boulevard Cardiff

+ Bruyant


IV _ LE CONCEPT

UN POINT DE REPERE Le projet étant un centre de retraite diocésain, il pourrait être normal de penser à laisser la carrière enclavée pour garder une certaine sérénité dans le lieu de culte. Mon approche est différente. Un espace religieux est pour moi, majoritairement un lieu d’accueil et de partage à l’idée des JMJ (journées mondiales de la jeunesse). Ce sont des endroits où on se rassemble pour communiquer et célébrer sa foi. Je souhaite donc désenclaver et mettre en valeurs les potentialités de cette friche, et ainsi donner la liberté aux habitants, croyants ou non, de se réapproprier cet espace peu investi. Il faut aussi noter qu’un pôle multimodal est en passe d’être mis en place dans le quartier, permettant un accès plus facile à celui-ci, ce qui renforcera la fréquentation du site Journées Mondiales de la Jeunesse, Rio de Janeiro, 2013

- 42-


UN POINT DE REPERE Il est important de venir aérer ce lieu, mais ne l’oublions pas, le programme est un centre de retraite diocésain et même si celui-ci se veut accueillant, il doit pouvoir proposer des espaces clos de spiritualité à l’écart du bruit. Il s’agit d’offrir des étendues dégagées ouvertes sur la ville, unifiant l’endroit avec le reste du quartier, créer un nouveau point de repère.Et ensuite de proposer des espaces plus reculés, pour la méditation. La volonté est de ménager de réels espaces de vie et de pause dans cet interstice.

Esp ace clo s

Re lat ion

av ec le S

qu ar eS

ch wo b

L’enjeu urbain est donc d’ouvrir le site. Le projet se veut très compact pour venir en occuper qu’une petite partie. Il se positionne au centre de la parcelle, conservant ainsi la portion la plus végétalisée de la carrière. L’idée étant d’accueillir du public.

ver Ou

re e r t u on v u O aci végét a l r u s

- 43-

la v ur s e tur

ille


IV _ LE CONCEPT

UN POINT DE REPERE Parallèlement, l’édifice est pensé comme un point de repère, un signal d’entrée de ville. Le centre de retraite se dessine tel un volume très compact, divisé en quatre partie affirmant chacun leur autonomie. Par sa massivité et sa matérialité, le projet se détache de la carrière. Il se révèle alors tel un objet singulier au milieu de la masse végétale environnante. Il intrigue par la présence qu’il manifeste. L’émergence des blocs verticaux attise la curiosité. On cherche à savoir comment ils fonctionnent les uns par rapport aux autres. L’opacité de l’édifice entraine une occultation de la vie intérieure. Le désir d’y entrer n’en est que renforcé. Depuis le boulevard de Cardiff et la rue Joseph Cholet, les automobilistes voient une masse bâtie dépassant du terrain. Cet appel est accentué par le monolithe qu’est la chapelle. La façade principale que l’on voit depuis le boulevard est composée d’une seule ouverture destinée à l’accueil et d’une croix haute de 15 mètres. Cette écriture permet de focaliser le regard sur ce dernier. L’implantation du bâtiment quand à lui, viend mettre en avant la notion de dualité. D’une part, il fait face à la falaise en la sacralisant et de l’autre il s’ouvre sur le nature environnante.

- 44-


Division du volume en 4

Espace d’hospitalité et de prière Espace de communauté et de paratage

Square Schwob

d Cardiff Boulevar


IV _ LE CONCEPT

ESPLANADE_LIEU DE LIAISON URBAINE La plupart des monastères et des abbayes fonctionnent autour d’une place centrale, le cloître. C’est une zone de liaison entre les espaces de prière et de communauté. C’est un espace d’union entre les édifices mais aussi d’union à Dieu. Dans notre projet, c’est l’esplanade la place centrale. La notion de procession est très importante dans la religion. Elles se pratiquent dans un grand nombre de cas. Ainsi l’esplanade doit permettre une liaison simple entre les activités et la chapelle. La connexion se fait grâce au patio reliant la place aux niveaux inférieurs. Le parvis est aussi utilisé pour accueillir les grands rassemblements temporaires. Il propose un cadrage exceptionnel sur la chapelle, sur la carrière et sur la Loire.

Vue sur la carrière

Vue sur la carrière

Vue sur la Loire

- 46-


ESPLANADE_LIEU DE LIAISON URBAINE Avec la création de cet espace, tout un cheminement est conçu. L’ édifice vertical le plus imposant est en lien avec le square Schwob grâce à une passerelle menant sur son toit. Ainsi les piétons peuvent déambuler dans le parc, venir admirer la vue et descendre sur la carrière à travers l’élément droit. Ils se retrouvent ensuite sur l’esplanade qui les emmène au cœur de cette pépite verte. Ultérieurement les piétons peuvent remonter sur le Haut Chantenay en traversant le parc paysager et en empruntant un escalier déjà existant sur le site. C’est un nouveau parcours qui s’inscrit dans ce quartier permettant la découverte de cet espace très symbolique de la ville.

Parc paysager Square Schwob

Esplanade

- 47-


IV _ LE CONCEPT

ESPLANADE_LIEU DE LIAISON URBAINE La traversée du parc paysager commence au bas des escaliers présents sur le site. Une voie s’ouvre et traverse la friche. Les visiteurs sont transportés d’un quartier industriel au centre d’un lieu de rassemblement diocésain. Le jardin clos sépare la brouse environnante du reste. Les spectateurs se retrouvent en transition vers cet autre monde. La voie débouche sur une place devant l’édifice de la chapelle. Cet espace ajoute un respect qui doit entourer tout édifice religieux en isolant leur entrée, en la séparant du mouvement de la voie publique.

Edifice monolithique

Jardin Clos Espace devant la chapelle Voie à travers la friche - 48-


SOUS L’ESPLANADE_LIEU DE LIAISON ARCHITECTURALE L’esplanade est la partie centrale de mon projet. A l’intérieur de celle-ci, on trouve les espaces d’accueils, d’atelier, de rencontre, de partage et de gestion. En effet ce socle accueille toutes les activités liées à la communauté. Malgré la singularité de mes différents volumes, leur unité est possible grâce au socle. Il est leur lien. Il est la base sur laquelle repose ces trois composants tels des rochers. C’est un piédestal. Il permet aussi à n’importe qui de circuler facilement d’un édifice à l’autre. Il offre une déambulation protégée et instinctive à travers tout le centre diocésain. C’est un lieu de vie, telle une fourmilière, en lien avec l’extérieur. C’est un espace où les hôtes, les visiteurs et les frères se rencontrent, partagent et échangent. Espaces communautaires (ateliers, réfectoire, foyer, ...)

Accès aux appartements

Accès à la salle de conférence

Accès aux dortoirs

- 49-

Accès à l’esplanade


IV _ LE CONCEPT

AU DESSUS DE L’ESPLANADE_LIEU DE REPOS Le centre de retraite diocésain est un lieu d’accueil. Il héberge, pendant quelques jours, des retraites sprituelles. Il doit offrir des espaces clos permettant des temps de repos, d’isolation avec Dieu. Le site étant à côté d’un boulevard très fréquenté, j’ai décidé de m’élever pour procurer ces endroits de repos et ainsi s’éloigner du bruit. Les trois édifices verticaux accueillent donc ces espaces. Le premier élément est la chapelle, le deuxième comprend les dortoirs et le dernier les chambres d’hôtel. Ce sont des éléments de temps de silence et de recueil. La chapelle est posée sur le socle tel un rocher. C’est un bâtiment monolithique qui tire toute sa force de son aspect brut et replié sur lui même. Cette introversion est nécessaire pour les temps de messe ou l’on souhaite se retrouver avec Dieu. Exemples d’eglises monolithiques

Eglise Santa Maria, Alvaro Siza

Eglise Bruta Klaus Field, Peter Zumthor - 50-


AU DESSUS DE L’ESPLANADE_LIEU DE REPOS

Vue sur l’Ile de Nantes

Vue sur Trentemoult

- 51-


IV _ LE CONCEPT

AU DESSUS DE L’ESPLANADE_LIEU DE REPOS Les espaces d’hospitalité, situés dans les deux grands éléments verticaux fonctionnent de la même manière. Ils sont composés d’une façade principale et d’une façade secondaire. Les façades principales comprennent toutes les ouvertures. Elles sont orientés de manière à offrir des vues sur la Loire, sur Trentemoult et sur Nantes. Les façades secondaires accueillent les circulations en coursive. Celles-ci donnent à voir sur la falaise de la carrière. Ce tête à tête avec la roche apporte une certaine serennité nécessaire à ce genre d’endroit. En effet le contact avec la nature qu’il soit visuel ou physique aide à la méditation et à la reflexion. Appartements Pierres & Vacances, France, 1988-1992, Jean Nouvel, Vue sur la falaise

SCHEMA FONCTIONNEMENT EDIFICE VERTICAUX

- 52-


AU DESSUS DE L’ESPLANADE_LIEU DE REPOS Coursives donnant sur la falaise

- 53-


IV _ LE CONCEPT

VEGETAL_MINERAL Pour accentuer cette dualité, notion très forte dans mon projet, les éléments horizontaux et verticaux ne connaissent pas le même traitement en façade. Les éléments verticaux sont en béton rappelant l’aspect brut de la falaise. Le socle est en bardage bois, évoquant la végétation de la carrière. La transition du bois au béton se fait par un jeu de matériaux sur les escaliers extérieurs menant à l’esplanade. Une partie est en bois et l’autre en béton. On retrouve ce jeux sur les gardes-corps et le mobilier urbain. Sur le plan urbain, on trouve aussi cette confrontation minéral/végétal. En effet certains espaces du site sont laissé tels qu’ils sont pour permettre à la végétation de reprendre ces droits. D’autres endroits comme le parvis et le stationnement sont eux d’un aspect minéral. Ainsi le complexe diocésain dans son ensemble évoque trois rochers posés sur la végétation environnante, tel un triptyque sur son autel.

Banc, Luxembourg - 54-


Espaces vegetalisĂŠs

- 55-


V _ CONCLUSION

Ce qui ressort de cet atelier, ce n’est pas de savoir si l’on peut répondre correctement à un programme donné. Ce qui reste c’est le parti architectural. La position du centre diocésain dans un site anciennement ouvrier amène la question de l’utilisation de ce lieu au fort passé. A qui est-il destiné ? L’une de mes premières intentions fut de redonner un accès à cet endroit, pas seulement aux différents acteurs du centre diocésain mais aussi aux habitants du quartier. Il y a des endroits comme cela où on se sent bien en les parcourant. Le centre de retraite diocésain doit faire naitre ce sentiment. C’est pour cela qu’il doit s’inscrire dans le terrain originel de manière logique tout en se démarquant de celui-ci. Vouloir créer un espace aux rythmes multiples est une chose, le construire en est une autre. Comment lier les différents éléments ? Comment connecter les zones ? La mobilité est au cœur du questionnement, qu’il s’agisse de cheminement religieux ou non. Après une analyse de site, j’ai pris le parti d’espaces duals. Cette posture mène à relier le bas au haut de la parcelle par de grands éléments horizontaux et verticaux. Les parties distinctes forment un tout. Elles créent une entité au sein de cette interstice. Cet édifice autarcique permet alors l’enclavement nécessaire à la méditation et à la réflexion, tout en offrant un usage nouveau de la carrière Misery destiné à tous.

- 57-


V _ MEDIAGRAPHIE

Livres et Revues LEISEING Dorothée, Quand le piéton s’arrête dans l’espace public : le coin et l’étendue, Nantes, 2006 ORY Ingrid, Ambiances architecturales liées à l’ombre, Nantes, 2007 JARNOUX, Les Anciennes paroisses de Nantes : étude historique, 1981 NORBERG-SCHULZ Christian, Architecture baroque, Paris, 1992 Revue El Croquis, Jean Nouvel, n° 65-66 , 1994 Rapport de TPFE CORE Christinr, Aménagement de la carrière Misery, 2005 LANDRON Olivier, Vers un espace public : le site de la petite Hollande, 2006 Sites internet http://projets-architecte-urbanisme.fr/nantes-bas-chantenay-loire-fricheindustrielle/ http://www.fragil.org/focus/1640 http://arquitectures234.blogspot.fr/2011/03/jean-nouvel-cap-dail-residencialxi.html

- 59-


La carrière au triptyque