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BENGA KALEIDOSCOPE KENYAN 01-15.07.2018

EXPOSITION / CONFERENCES / DJ SETS LA GRENETTE PLACE DU MARCHE 2 NYON


AVANT-PROPOS La globalisation culturelle que connaît notre monde n’aura jamais été aussi importante que depuis le début du siècle, notamment du fait d’une digitalisation croissante des échanges. Si ce phénomène constitue une chance, permettant de découvrir et de désenclaver populations et cultures, il n’est pas sans risque. C’est dans ce contexte délicat que s’inscrit la démarche du collectif FLEE qui s’est intéressé pour son premier opus à un genre musical kenyan peu considéré au-delà des frontières est-africaines : le Benga. Désireux de transcender un imaginaire trop souvent improductif et nostalgique, FLEE a cherché à présenter le plus fidèlement possible l’histoire et les multiples facettes de cette musique si particulière née sur les rives du lac Victoria dans les années 1960. En la faisant interagir avec des créateurs et artistes contemporains à l’heure d’un regain d’intérêt souvent superficiel pour des musiques dites exotiques, cet exercice soulève de nombreuses questions. Dynamiques nord-sud, appropriation culturelle, ou encore logiques globales asymétriques sont autant d’enjeux inhérents à cette démarche et à cette exposition organisée conjointement avec le collectif Hapax21. « Benga, un kaléidoscope kenyan » pose un regard averti sur le reflet changeant passé, présent et futur d’une société en cinq séquences consécutives jalonnant une première réflexion sur les acteurs et dynamiques liés à ce genre musical. À travers les interventions de professionnels kenyans mais également par la tenue de débats et la mobilisation de ressources photographiques, auditives et vidéo inédites, FLEE propose une plongée dans le kaléidoscope qu’est le Benga.


I. BENGA : FIN D’UNE HISTOIRE ? La musique Benga est le produit d’un entrecroisement magique entre plusieurs phénomènes. Si ce sont bien les musiciens congolais, eux-mêmes inspirés par la rumba importée en Afrique par les révolutionnaires cubains, qui donnèrent le « la », le Benga n’aurait pas vu le jour sans le génie des premiers musiciens Luo1. En effet, c’est au milieu des années 1960 qu’un groupe de guitaristes avant-gardistes commença à transposer ses techniques de tapotement de la lyre traditionnelle (nyatiti) à la guitare électrique. Ces pionniers se nomment alors John Ongara, Ochieng Nelly et Daniel Owino Misiani, dit le mwalimu (le professeur). Dans un pays connaissant un exode rural et une intense urbanisation, les foisonnantes nouvelles villes kenyanes deviennent rapidement le terrain de jeu de ce nouveau genre musical. L’épicentre du Benga se déplace alors de Kisumu, son berceau, vers Nairobi. Dans cet engouement frénétique, plusieurs groupes des enclaves régionales vont progressivement épouser le genre tout en agrémentant leurs morceaux de subtilités issues de leurs cultures locales. Cette dynamique marque le début d’un âge d’or du Benga amorcé au début des années 70 avec l’apparition de grands noms tels Colella Mazee, Gabriel Omolo, Joseph Kamaru ou encore Kakai Kilonzo. Les années 90 sonnent le glas de cette période dorée et plongent le Benga dans ce que certains perçoivent comme une crise, incarnée par la débâcle financière et artistique de nombreux pionniers du mouvement. La démocratisation du piratage musical, l’absence de cadre légal favorable au droit d’auteur et le manque de soutien institutionnel finissent par progressivement écarter le Benga des grands centres urbains. .


Cantonné aux bourgades rurales émaillant le Kenya, le Benga se mélange désormais bien souvent à ses enfants illégitimes, dont l’Ohangla2, posant la question de sa pérennité future. Dans ce contexte, puristes et réformistes s’opposent sur la direction à donner au Benga de demain et sur les artistes susceptibles d’inspirer un second souffle au mouvement. Au delà de ce débat, pour Emmanuel Mwendwa, spécialiste de la question, le futur du genre dépend surtout du public qui « devra se détacher des discours stéréotypés rattachés au Benga et accepter que ce genre n’est ni une musique réservée aux masses rurales, ni un genre indigène susceptible d’être un sujet d’étude pour des anthropologues occidentaux. Au contraire, le Benga doit être reconnu pour ce qu’il est : une vibrante déferlante musicale qui n’a eu de cesse de rouler sa bosse depuis les années 1960, incorporant la vigueur et la force de multiples cultures. » 1

Communauté de l’ouest du Kenya, historiquement marginalisée du pouvoir.

2 Inspiré par le Benga, avec une boîte à rythme qui est venue remplacer la batterie et des guitares troquées pour un clavier analogique, la musique Ohangla est également originaire de Kisumu et très répandue dans les clubs des bourgades qui longent le lac Victoria.


II. REGARDS CROISÉS Producteurs vedettes, amateurs, artistes et musicologues, l’épopée du Benga n’a laissé personne indifférent. À travers des entretiens vidéo exclusifs conduits au Kenya entre 2014 et 2015, FLEE revient sur la connotation politique du Benga, sur sa perception parmi les élites nairobiennes, ainsi que sur l’économie inhérente à ce genre musical emblématique du pays. Entretiens avec Douglas Paterson (producteur) et George Odhiambo (directeur de label).

III. HYBRIDE OU AUTHENTIQUE : LE FUTUR DU BENGA Chantant en langue vernaculaire ou en Kiswahili, l’ensemble des communautés du Kenya se sont progressivement réappropriées le Benga, le façonnant selon leurs propres sensibilités. Ainsi, c’est tout naturellement que ce genre hybride a connu de nombreuses mutations à travers les années. En encourageant ce processus au-delà du Kenya, et en impliquant des musiciens contemporains européens de manière critique, FLEE pose la question de l’authenticité et de l’immuabilité des musiques traditionnelles. Une station d’écoute et un habillage sonore conçus pour cette exposition invitent le public à se pencher sur les différentes facettes de la musique Benga et de sa réinterprétation contemporaine.


IV. « THE BEAT » : ICONOGRAPHIE CHANGEANTE ? La musique Benga est avant tout une musique de célébration et de danse. L’iconographie du genre a ainsi souvent été caractérisée par des couleurs vibrantes qui puisent leur énergie dans l’abondante nature équatoriale kenyane, tout en faisant preuve d’un certain second degré à l’égard des clichés africanistes occidentaux. Pour le projet « Benga : a signature genre from Kenya », l’atelier U-Zehn basé à Neuchâtel, ainsi que l’illustratrice Olka Osadzinska basée à Berlin, se sont penchés sur l’imagerie du Benga en proposant de nouvelles réinterprétations iconographiques. Ici associés au talent créatif du collectif Hapax21, U-Zehn présente une oeuvre exclusive jouant sur les mutations propres au Benga.

V. DU KALÉIDOSCOPE AU MIROIR Pour cet ultime tableau, face au miroir, l’audience est invitée à se pencher sur son expérience de manière réflexive, tout en donnant son avis sur l’exposition. En laissant une empreinte qui vient se superposer à celle d’autres visiteurs anonymes, les rôles s’inversent, et le spectateur devient lui-même acteur et partie intégrante d’une œuvre artistique interactive et vivante. Ainsi donc, le sentiment subjectif de l’audience vient s’exprimer ouvertement, dans un jeu de miroir où l’opinion, tout comme les émotions, interagissent. Dans ce cadre, l’œuvre sera a postériori préservée et célébrée comme le produit d’une exposition totale.


CONFÉRENCES - WORKSHOPS MA/02.07/19:00

Benga, une signature kenyane Modération : Alexandre Kaspar (Hapax21) Intervenants : Swann Cherpillod (Hapax21), Carl Åhnebrink (FLEE), Description : Iconique et véritable signature musicale kenyane, le Benga est l’objet du premier opus de FLEE paru en octobre dernier. D’un essor aussi brutal que son oubli, ce genre complexe intrigue et questionne sur le Kenya d’hier et d’aujourd’hui. Éléments de réponse en compagnie des instigateurs du projet FLEE et à travers sa généalogie.

JE/05.07/19:00

Musique locale, logique globale : enjeux et défis Modération : Simon Gabioud (Le Temps ) Intervenants : Alexandre Kaspar (Hapax 21), Gregg Tendwa (Santuri Safari), Alan Marzo (FLEE) Description : À l’heure de la globalisation culturelle, quels défis et enjeux se posent pour les représentants de musiques locales et comment ce rapport de force asymétrique peut-il être dépassé ? Tentative d’explication basée sur l’analyse des réseaux de distribution globaux et d’autres facteurs déterminants pour l’export musical.

VE/06.07/14:00

Masterclass : sérigraphie Intervenants : Théophile Glauser (U-Zehn), Sébastien Doutaz (U-Zehn) Description : FLEE invite le collectif neuchâtelois U-Zehn, auteur de la conception graphique du premier numéro de FLEE pour un atelier pratique autour de la sérigraphie. À travers l’expertise de ces artisans reconnus, cet atelier se proposera d’aborder la sérigraphie dans son application moderne et traditionnelle, et en rapport avec l’iconographie particulière du Benga.


SA/07.07/14:00

Masterclass : production sonore Intervenants : Gregg Tendwa (Santuri Safari / Bengatronics), Flexfab, Shake it Maschine (RAW Records) Description : FLEE invite Gregg Tendwa, entrepreneur et musicien kenyan, fondateur de Santuri Safari et du projet Bengatronics. Lors de ce workshop, il sera question de voir comment les nouveaux outils de production musicale sont en mesure d’interagir avec des styles musicaux traditionnels et de comprendre quels rôles ceux-ci peuvent jouer dans la production de styles hybrides. Pour l’accompagner, les musiciens Flexfab et Shake it Maschine viendront apporter leur créativité.

LU/09.07/19:00

Digging in Africa: risks and opportunities

(séance en anglais)

Modération : Gregg Tendwa (Santuri Safari) Panélistes : Cyril Yeterian (Bongo Joe), Brian Wesaala (Wa Kenya), Mathias Naguy (Nouchy Arts), Alan Marzo (FLEE) Description : While more and more African sonorities are being celebrated and played worldwide, it remains difficult to say if the benefits of this phenomenon are finding their way back to Africa. How do we ensure that the new army of “diggers” and music enthusiasts engage in their passion and business respectfully? Gregg Tendwa, founder of the creative network Santuri Safari, dedicated to the promotion of underground African musicians, will lead the path toward this highly critical conversation.

SA/14.07/14:00

L’appropriation culturelle aux frontières de l’art Modération : Jehanne Denogent (UNIL) Panélistes : Léa Genoud (HEAD), Noémi Michel (UNIGE), Alan Marzo (FLEE) Description : Concept clivant et à géométrie variable, l’appropriation culturelle demeure aujourd’hui une question aux enjeux primordiaux. Opposé à ses limites de plus en plus évidentes et à un changement de paradigme croissant, comment ce concept peut-il se réinventer afin de rester actuel et pertinent ?


CALENDRIER

BENGA KALEIDOSCOPE KENYAN 01.07-15.07 2018 DI/01/07 VERNISSAGE Exposition + DJ-Sets

VE/06/07 WORKSHOP Masterclass : sérigraphie

SA/07/07 WORKSHOP Masterclass : création audio

MA/03/07

CONFÉRENCE Benga, une signature kenyane

JE/05/07

CONFÉRENCE Musique locale, logique globale : enjeux et défis

LU/09/07

CONFÉRENCE Digging in Africa: risks and opportunities (EN)

JE/12/07

CONFÉRENCE

L’appropriation culturelle aux frontières de l’art

SA/14/07 FINISSAGE Exposition + DJ-Sets


FLEE remercie Hapax21 pour sa collaboration et sa précieuse aide à l’organisation de cette exposition. Par ailleurs, nous tenons également à remercier la ville de Nyon, la Grenette, Gregg Tendwa, le collectif U-zehn, Culturadio, Jehanne Denogent, Simon Gabioud, Noémi Michel, Léa Genoud, Brian Wesaala, Cyril Yeterian, Matyas Naguy, Flexfab, Shake it Maschine, ainsi que tout celles et ceux nous ayant aidé dans la tenue de cette résidence. Photos : FLEE ©


WWW.FLEEPROJECT.COM WWW.C-H-21.TUMBLR.COM 2018

Programme - BENGA KALEIDOSCOPE KENYAN  
Programme - BENGA KALEIDOSCOPE KENYAN  
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