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VINCENT BRUNNER

LUZ

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13-IX

Prix France : 25 € ISBN : 978-2-0812-9570-4

Flammarion

ourquoi Jimi Hendrix ou Blondie sont-ils plus sexy que Pavarotti ou Céline Dion ? La « banane » des artistes rockabilly n’est-elle pas, en soi, un symbole phallique ? La libération des mœurs prônée par la musique hippie, l’androgynie et la bisexualité du glam-rock, la provocation et le cuir sadomasochiste du punk… Le sexe constitue l’élément moteur du rock’n’roll, reléguant le reste (oui, ça va, on le sait, les drogues) à ses vapeurs. Précisons que ce livre, gaulé comme un dictionnaire, n’est pas pour les petits enfants – et encore moins les cahiers « Explicit drawings ». Sex & Sex & Rock’n’Roll s’adresse à celles et ceux qui, depuis leur adolescence rebelle, perçoivent dans les mystères du sexe et les fantasmes du rock’n’roll un seul et même mythe.

Flammarion

31/07/13 13:35


Arab Strap

D

ans les paroles de leurs chansons, les Écossais d’Arab Strap, formation indie rock culte, évitaient tout glamour ou effet romanesque pour privilégier l’humour noir et une vision froide, voire déprimante, des relations humaines. Le nom du groupe, lui, est directement tiré du vocabulaire des sex-shops britanniques. Il désigne en effet un petit objet en cuir avec un anneau de métal qui, une fois mis au bon endroit, permet de maintenir l’érection.

Austin (Mary)

Trophée :   Freddie Mercury avant qu’il   ne préfère   définitivement   les hommes   (elle sera sa   principale   héritière).

(1951, Grande-Bretagne)

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Beatles

L

e groupe le plus connu du rock et – d’apparence – le moins sexué ? Leurs grands rivaux, les Rolling Stones, dégagent eux une farouche odeur de lubricité hirsute. Leur premier manager, Andrew Oldham, à l’origine du slogan « Laisseriez-vous votre fille épouser un Rolling Stone ? », a beaucoup fait pour leur réputation. Comparés à ces sauvages, les Beatles, coupes au bol

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(The)

bien sages et bien propres sur eux, ressemblent aux gendres idéaux – à part pour les parents très religieux que les blasphèmes à la « nous sommes plus populaires que Jésus » scandalisent. Mais ce n’est pas parce qu’ils donnent dans la romance depuis « Love Me Do » qu’ils sont les puceaux de la pop. Tout en cultivant leur image de garçons un peu taquins mais pas méchants, ils multiplient les soustextes, les jeux de mots scabreux et

les private jokes graveleuses. Sans y toucher, sans mettre les mains et choquer ceux qui se contentent d’une lecture au premier degré, ils se montrent assez grivois si vous avez l’esprit aussi mal tourné qu’eux. Car, dans la plupart des cas, il s’agit d’interprétation. Dans certains cas, celle-ci tombe presque sous le sens comme la main de velours de « Happiness Is a Warm Gun », « Why Don’t We Do It in the Road » ou encore la « tarte aux doigts » (« finger pies ») de « Penny Lane ». Attention aux faux amis : « Sexy Sadie » n’évoque pas le souvenir laissé par une belle groupie. Elle a été inspirée à Lennon par le comportement de leur gourou indien, Maharishi Mahesh Yogi, qui avait essayé de coucher avec une de ses élèves (sans les protestations de George Harrison, la chanson se serait appelée « Maharishi », ce qui aurait été quand même plus clair !). Lennon et McCartney, comme les Rolling Stones, ont aussi emprunté aux bluesmen la tradition de la métaphore salée (dans « Drive my Car », ils ne parlent peut-être pas vraiment de conduire une voiture). Quant à « Ticket to Ride », ça aurait été le nom déguisé du sésame officiel dont les prostituées de

Hambourg (croisées lors d’une tournée des clubs forcément… formatrice) avaient besoin pour exercer leur profession. Pendant le refrain de « Girl», il faut tendre l’oreille : les facétieux garçons dans le vent répètent « tits » (« seins »).

La preuve ultime que la bande de Liverpool était intensément sexuelle, c’est l’état d’excitation de son jeune public, ces gamines

mises en transe quasi orgasmique par les phéromones de sa pop pas (si) pucelle. Les membres des Beatles, impliqués dans des relations plutôt sérieuses sur le moyen (sinon le long) terme, n’ont jamais trop abusé des groupies et de cette chair fraîche consentante. Cela n’a pas changé quand chacun est parti en solo… Au moment où John Lennon et Yoko Ono se sont séparés, le charismatique binoclard est tombé dans les bras de May Pang, celle que Yoko avait choisie pour lui… Voir Blues, O’Dell (Chris), Onanisme,   Pang (May), Prostitution, Rolling Stones (The), Triangle amoureux, Yoko.

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C

ooper, l’alter ego de l’Américain Vincent Furnier, appartient à la même famille que Ziggy Stardust, l’extraterrestre androgyne créé par David Bowie, celle des figures théâtrales et sexuelles du rock’n’roll. Ce nom fictif, Furnier l’aurait trouvé après une séance de spiritisme en 1968. Sous les traits d’Alice, il prétendra être – pour se faire de la publicité – la réincarnation d’une sorcière du xviiie siècle. Niveau look, il s’inspire pour la scène du costume de la Reine noire, lesbienne maléfique interprétée par Anita Pallenberg dans le film Barbarella, comme des combinaisons moulantes portées par Diana Rigg en tant qu’Emma Peel dans Chapeau melon et bottes de cuir. Du coup, Alice Cooper aura beaucoup de succès auprès des fétichistes. Mais le trouble que le groupe d’Alice crée ne se limite pas

au fait que tous ses membres s’habillent en femme. Le discours tenu par Furnier dès 1971 fait écho à celui que tiendra Bowie quelques mois plus tard, de l’autre côté de l’Atlantique, en affichant sa bisexualité.

« Ce qui irrite le plus les gens, c’est qu’ils ne peuvent pas identifier notre sexualité. Ils n’acceptent pas que nous soyons à la fois masculins et féminins. »

L’ironie c’est qu’avec le temps, Alice Cooper est devenu une des références du genre le plus macho du monde (ou de celui qui refoule le plus sa féminité), le heavy metal que l’on peut ranger dans le cock rock. Voir Bowie (David), Cock rock,  Pallenberg (Anita).

Cooper

County

(Wayne puis Jayne)

N

é dans une famille très religieuse mais dysfonctionnelle, Wayne Rogers a trouvé son salut dans le travestissement. Devenu drag-queen sous le nom ironique de Wayne County (accessoirement l’homonyme de plusieurs

comtés américains), il joue d’abord dans plusieurs pièces de théâtre expérimentale dont Pork, conçue à partir d’enregistrements de Warhol. Quand la troupe extravertie (Cherry Vanilla est de la partie) se produit à Londres, Wayne fait grosse impression sur David Bowie, au

point que ça accélérera (inspirera ?) sa transformation en Ziggy Stardust. Lassé de voir les travestis roucouler en reprenant de la soul à la Supremes, Wayne, branché rock’n’roll, se retrouve à la tête de plusieurs groupes. L’un d’eux est d’ailleurs financièrement soutenu par la boîte de management gérant la carrière de Bowie, Main Man. À l’époque rien ne sort, mais le blond aux yeux vairons n’en perd pas une miette. À New York, Wayne County & the Backstreet Boys (non, rien à voir avec le boys band) appartient de plein droit à la scène punk. Après deux albums enregistrés avec The Electric Chairs, Wayne répond désormais au prénom de Jayne. D’où le titre de son autobiographie : Man Enough to Be a Woman. Voir Bowie (David), Vanilla (Cherry).

(Alice) 30

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Fuck (groupe)

C

’est une histoire improbable : la police débarque dans une soirée monstrueuse à Oakland, et embarque des fêtards au hasard. Dont trois qui ne se sont jamais vus et sont condamnés (coup de chance) à vivre dans la même cellule pendant trente-six heures. Pour passer le temps, ils se retrouvent vite à parler musique et même à échanger des idées de chanson. Et quand ils regagnent l’air libre, ils ont formé leur groupe, appelé Fuck pour qu’il y ait un contraste avec leur indie rock plutôt sage. Car, non, malgré des morceaux nommés « Fuck Motel » ou « Motherfuckeroos », Fuck ne lance pas un appel constant à la fornication ou à la rébellion (voire

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les deux). Rien non plus d’ordurier. Mais quand un directeur marketing de la maison indépendante Matador lui a fortement conseillé de changer de nom, que croyez-vous qu’il répondit ? « Fuck off » ? Peut-être. En tout cas, le quatuor américain a gardé son appellation d’origine – choisie, rappelons-le, en prison. Ce qui a nécessité un peu de gymnastique de la part des animateurs radio qui ont diffusé leurs chansons (loin d’être des tubes). Car, oui, un groupe peut être censuré parce que son nom chatouille les oreilles d’âmes très prudes et puritaines. En 2007, le groupe électro-punk canadien Holy Fuck a reçu un e-mail des organisateurs du gros festival californien Coachella l’avertissant qu’il ne serait pas programmé pour cette seule raison. En revanche, depuis 2000, une manifestation a vengé Fuck mais aussi Holy Fuck, Starfucker, Fuck Buttons ou encore Fuck The Writer : le Fuck The Bands Festival, le festival des groupes avec Fuck dedans, organisé dans la bourgade autrichienne de Fucking (cent cinquante habitants). Hélas, ce rendez-vous des hors-la-loi allergiques au très politiquement correct n’est plus honoré depuis quelques années…

Glitter (Gary)

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Pallenberg (Anita)

(1944, Italie)

Trophées : Brian Jones, Keith Richards et Mick Jagger des Rolling Stones.

Pang (May) (1950, états-Unis)

Trophée : John Lennon.

ssistante personnelle de John Lennon et de Yoko Ono, elle se voit prier par la seconde de sortir avec le premier quand le couple bat de l’aile. Après une relation de dix-huit mois résumée par l’ex-Beatles à un « lost week end », il se réconcilie avec Yoko. Goodbye May !

A 118

n 1985, le Parents Music Resource Center – intitulé pompeux trouvé par des épouses d’hommes politiques pour leur lobbying – persuade l’industrie discographique américaine qu’il faut protéger la jeunesse de toute musique licencieuse. Ou, du moins, prévenir les parents quand leurs bambins écoutent des chansons qui se frottent à des sujets aussi sensibles et honteux que le sexe ou la drogue. En août 1985, dix-neuf maisons de disques acceptent de classer les disques et d’apposer à certains l’infamant sticker « Parental Advisory – Explicit Lyrics »

E

(« avertissement parental –  paroles explicites »)

dès que la morale du PMRC est offensée. Pour la forme, un débat est cependant organisé au Sénat américain. Frank Zappa vient y dénoncer l’idiotie de cette initiative. « Cette proposition est un tissu d’absurdités mal conçu qui ne bénéficiera pas aux enfants et empiète sur les libertés civiles de ceux qui ne le sont plus. » Rien n’y fait, le sticker fait son apparition à la fin de

Parental Advisory

l’année 1985, surtout sur des albums de metal ou de hard rock (comme AC/DC à cause de « Let Me Put my Love into You » sur Black in Black). En 1986, Metallica,

sur la pochette de Master of Puppets, se moque ouvertement de la censure du PMRC et le défie en précisant : « Le seul titre que vous refuserez sans

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Prix France : 25 € ISBN : 978-2-0812-9570-4

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ourquoi Jimi Hendrix ou Blondie sont-ils plus sexy que Pavarotti ou Céline Dion ? La « banane » des artistes rockabilly n’est-elle pas, en soi, un symbole phallique ? La libération des mœurs prônée par la musique hippie, l’androgynie et la bisexualité du glam-rock, la provocation et le cuir sadomasochiste du punk… Le sexe constitue l’élément moteur du rock’n’roll, reléguant le reste (oui, ça va, on le sait, les drogues) à ses vapeurs. Précisons que ce livre, gaulé comme un dictionnaire, n’est pas pour les petits enfants – et encore moins les cahiers « Explicit drawings ». Sex & Sex & Rock’n’Roll s’adresse à celles et ceux qui, depuis leur adolescence rebelle, perçoivent dans les mystères du sexe et les fantasmes du rock’n’roll un seul et même mythe.

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