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emmanuelle polle

Emmanuelle Polle est historienne

Francis Hammond est photographe.

Ses photographies ont été publiées dans de nombreux ouvrages chez Flammarion, notamment Chanel Intime (2011).

Flammarion SA 87, quai Panhard et Levassor 75647 Paris Cedex 13 editions.flammarion.com styleetdesign-flammarion.com IMPRIMÉ EN ITALIE

Jaquette PATOU FR US EXE.indd 1

Prix France : 75  ISBN : 978-2-0812-9514-8

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Flammarion

Une vie sur mesure

et journaliste. Elle est l’auteur de plusieurs documentaires radiophoniques pour France Culture dont l’un dédié à Jean Patou en 2009 et fut commissaire de l’exposition « Christian Bérard, l’enchanteur » présentée au musée Richard-Anacréon de Granville en 2011.

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JEAN

Une vie sur mesure

PATOU Flammarion

emmanuelle polle

Photographies francis hammond

ans les années vingt et trente, Jean Patou habille les femmes les plus élégantes. Il est le principal rival de Chanel. Leurs modes se confondent au point que l’on ne sache plus qui de Patou ou de Chanel est à l’origine du pyjama de jour, du maillot de bain ou de la petite robe noire. Décédé à l’âge de 49 ans en 1936, il ne disposera que de quinze années pour imprimer sa marque dans l’histoire de la couture. C’est pourtant dans ce temps très court, qu’il amassera une fortune colossale, ouvrira des boutiques à Paris, Deauville, Biarritz et New York, et inventera quelques-uns des parfums les plus mythiques de la planète, tels Joy et Que sais-je ?. Sa clientèle est cosmopolite, compte de nombreuses célébrités et beaucoup sont américaines comme Joséphine Baker, Louise Brooks ou l’aviatrice Ruth Elder. Pour la première fois, les héritiers de la famille Patou ont accepté d’ouvrir leurs archives privées. L’auteur, Emmanuelle Polle, a passé deux années de travail passionnantes à ouvrir boîte après boîte, carton après carton et à choisir parmi des milliers de documents, inédits pour la plupart. Signées des grands noms de la photographie des années folles (baron Adolf de Meyer, Laure Albin Guillot ou les frères Seeberger), les photographies s’ajoutent aux croquis de mode, mais aussi aux tissus, aux pièces de mobilier Art déco, aux flacons de parfum et bien entendu aux vêtements d’époque. Ainsi rassemblées, ces archives permettent de retracer l’univers de cet esthète adepte d’un certain minimalisme qu’était Jean Patou. Une redécouverte.

couverture Robe longue du soir perlée, vers 1932 (détail). 4 e de couverture Croquis de mode pour une robe de grand soir, vers 1932. Robe du soir Black and White en soie brodée d’un motif d’inspiration asiatique, 1927 (détail). Jean Patou, à l’âge de trente-six ans, New York, 1924. Mannequin portant une robe du soir Isabeau, crêpe façonné rose thé, ceinture de cuir brun, 1932.

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Jean Patou par Jean Patou 11 14 36 47 62 70

La liberté Un couturier à la guerre Amitiés masculines et amours féminines Géographie d’un créateur Un parfait honnête homme L’homme pressé

7, rue Saint-Florentin 77 102 112 136 175

Le couturier Dans la maison de couture Jean Patou parfumeur En quête de modernité Le style Patou

L’œil américain

Robe du soir en crêpe de soie bleu nuit, camélias blancs sur le devant, portée avec une longue cape à capuche de velours de soie, printemps-été 1935 (voir pages 172-173). page 2 Croquis de mode, vers 1923. page 5 Jean Patou dans son bureau, rue de la Faisanderie, vers 1924. La grande boîte posée à droite était remplie de pastilles Vichy. page de gauche Détail de la robe du soir Black and White reproduite pages 179-181.

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France-Amérique, une fascination réciproque Des mannequins vedettes américains Une clientèle cosmopolite Des succursales jusqu’à New York De la crise de 1929 au somptueux Joy

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Notes Bibliographie Index Crédits photographiques Remerciements

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Sommaire


Jean Patou

Jean

par

Patou


Pour qui découvre ces lettres, un siècle plus tard, leur pouvoir d’éternité est intact. Les sentiments qui régissent les liens entre deux jeunes amants sont tous là. De la peur de l’abandon au désir de partage absolu. Leurs enthousiasmes littéraires, leurs curiosités et leurs attentes n’ont rien perdu de leur fraîcheur. Le couple est émouvant et drôle dans son amour. Patou, séducteur en devenir, célibataire intrinsèque, va jusqu’à conseiller à Violette la lecture d’un immense succès de librairie, Monsieur, Madame et Bébé (1866) de Gustave Droz. Dans ce livre, il faut attendre la 100e page pour que le jeune célibataire se range au métier de mari et de père de famille. Pas plus avec Violette Schisgall, dont on perd totalement la trace 43, sans doute parce qu’elle se marie et adopte le nom de son époux, qu’avec une autre femme, Jean Patou n’aura cherché à s’unir.

ci-dessous Célèbres vedettes de music-hall pendant les années folles, amies et clientes de Jean Patou, les Dolly Sisters portent une tenue de scène signée du couturier. page de droite Joséphine Baker en robe du soir Jean Patou, 1929.

Amis artistes « Élégance, Beauté, Beaux-Arts et Fantaisie ! Je n’ai jamais accroché que ces quatre étiquettes à mes relations 44 », se plaisait à dire Jean Patou. Dans un livre tout en humour et légèreté 45 consacré aux plus pittoresques parties de chasse des années folles, le dessinateur René Préjelan dédie à Jean Patou un chapitre où s’esquissent, en quelques formules bien saisies, les portraits de ses amis. « Süe était un splendide athlète, champion d’aviron et dont la musculature impressionnante faisait dire à l’un des ouvriers de ses chantiers : “il a des bras au-dessus de sa condition 46. » Jean Patou, Louis Süe, Bernard Boutet de Monvel, « dandy incontestable, pin-up boy up-to-date 47 », mais également l’auteur de théâtre à succès Henri Bernstein, sont plus que des compagnons de chasse. Ils ont en commun d’avoir combattu sur le front d’Orient, trace indélébile et ciment de leur relation. La guerre reste pour ces hommes des années 1920 leur point de fusion. Aux camarades du front d’Orient s’ajoutent des combattants d’un autre ordre, les peintres du camouflage dont André Mare a fait partie. Les peintres André Dunoyer de Segonzac et Jean-Louis Boussingault, le sculpteur Charles Despiau, tous amis de Jean Patou, ont figuré au rang des « camoufleurs ». Pour tromper l’ennemi, l’armée demandait à des artistes de recouvrir chars et canons de peinture ou de fabriquer de faux arbres de métal. Ces peintures de guerre laissent apparaître une certaine dislocation des formes et apparentent ces engins à des toiles cubistes. « J’aurais bien voulu vous entretenir de nos projets d’avenir, d’un groupement d’amis – une dizaine seulement –, sur lesquels on peut compter pour mener à bien toutes ces entreprises de décoration », écrit Louis Süe à André Mare en avril 1916, alors qu’il est en route pour Salonique. « Nous demanderions à Richard Desvallières d’en faire partie. » Ferronnier d’art et fils de peintre, autre membre du cercle rapproché, ce dernier participera lui aussi aux différents chantiers que Jean Patou confiera à la Compagnie des arts français. Largement entouré – et bien entouré ! – de ces amis architectes et peintres, il n’est pas étonnant dès lors de voir naître chez Patou deux grandes lignes fondatrices : d’une part une volonté de structurer le corps de la femme, d’en « bâtir » une nouvelle architecture par l’abandon de la taille basse et le rallongement des robes, et de l’autre un solide travail sur la couleur, qui ira jusqu’au dépôt de couleurs à son nom. Dans le catalogue commercial de sa collection de l’été 1931, Patou n’hésite pas à affirmer cette double tendance, quitte

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Jean Patou

jean patou par jean patou

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7, rue SaintFlorentin

robes pour le monde et la ville


« La silhouette sportive c’est le chic absolu. » Jean Patou

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Jean Patou


De la crise de 1929 au somptueux Joy

À la mort de Jean Patou en 1936, l’avenir est incertain. C’est à Jeanne Grison, veuve de Charles Patou, le père tanneur de Jean Patou, que revient par voie de succession directe la maison de couture fondée par son fils. Cadeau empoisonné s’il en est, pour cette femme de soixante-quatorze ans, que cette entreprise au nom certes prestigieux mais dont les difficultés de trésorerie accusent un déficit de plus de douze millions de francs 56. « Elle a refusé l’héritage, ne pouvant assumer le poids des dettes », confie Jean de Moüy, troisième et dernier directeur de cette maison familiale. « C’est donc mon grand-père, Raymond Barbas, et ma grand-mère, Madeleine Patou qui en héritèrent 57. » « La continuation de l’exploitation a permis de conserver sa valeur au fonds de commerce qu’une fermeture même provisoire eût gravement compromise », note le liquidateur judiciaire dans son rapport adressé aux créanciers de Jean Patou. Car hériter de la direction de la maison de la rue Saint-Florentin signifie, pour Raymond et Madeleine Barbas, hériter des deux cent quinze créditeurs en attente de paiement. « Jusqu’en 1930, le chiffre d’affaires de la société a toujours été en progressant », analyse le liquidateur. Puis, par effet de ricochet du fameux jeudi 24 octobre 1929, où les cours de la Bourse de New York s’effondrent, plongeant l’Amérique et le monde entier dans une profonde dépression économique, la maison Jean Patou n’échappe pas au marasme, et les premières difficultés de trésorerie apparaissent. La liste des créanciers permet d’établir une cartographie des fournisseurs. C’est avant tout l’achat de marchandises (soieries, lainages, dentelles, fourrures, etc.) qui pèse sur les finances de la société. Jean Patou est connu pour sa politique d’acquisition en masse des tissus, y compris des « nouveautés » qui comportent un risque d’invendus 58. Plus de 500 000 francs sont réclamés par la maison Rémond, spécialisée en « soierie, lainage unis et nouveautés », plus de 250 000 par le soyeux Bianchini Ferier, plus de 800 000 par Alliance textile à Lyon, 160 000 par le laineux Chatillon-Marly, et tout juste 10 000 par le célèbre horticulteur Albert Roumagnac de Biarritz, chargé sans doute d’assurer la décoration florale de la succursale basque. La liste, quoique d’une lecture cruelle, raconte de l’intérieur la fabrique d’une maison de haute couture et les alliances que Jean Patou a pu nouer avec ses contemporains. Est-ce par amitié que Charles Koenigswerther, représentant américain de la firme Paquin, lui vient en aide ? Que penser des 200 000 francs que Jean Patou doit à Yvan Droz ? Est-ce au président de la filiale américaine de la parfumerie Houbigant ou au directeur de la maison Amez-Droz (son nom véritable), spécialisée en plumes et parures, qu’il doit cet argent ? À moins que ce ne soit au fondé de pouvoir de la maison Drouelle, connue pour ses importations et exportations de perles et pierres fines 59 ? Car Yvan Droz est un homme à plusieurs facettes. Peut-être est-ce simplement par amitié que la somme est prêtée à la société Jean Patou, ce que laisse supposer le chiffre rond et l’absence de virgule. Quelque dix années auparavant, le 24 octobre 1924, les deux hommes étaient à bord du paquebot France lors de son arrivée à Ellis Island 60. Se connaissaient-ils déjà ? Est-ce Yvan Droz qui souffla à Jean Patou l’idée de diversifier son activité et de se lancer dans la parfumerie 61 ? Les dates et les faits concordent… Autre chiffre rond, le million de francs prêté par Théophile Bader, l’un des fondateurs du grand magasin Aux Galeries Lafayette. L’amitié entre Bader et Patou n’est pas neuve 62.

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Jean Patou

Baptisé « parfum le plus cher au monde », Joy sied à toutes les femmes avec ses notes florales et son raffinement extrême. page de droite Le flacon rectangulaire de Joy dessiné en 1931 rompt avec l’esthétique précédente de la rondeur. Il inaugure une nouvelle ère de la modernité. Double page suivante Parfum d’excellence, Joy a pour mission de conquérir le monde. Publicités parues dans le New Yorker, années 1930.


emmanuelle polle

Emmanuelle Polle est historienne

Francis Hammond est photographe.

Ses photographies ont été publiées dans de nombreux ouvrages chez Flammarion, notamment Chanel Intime (2011).

Flammarion SA 87, quai Panhard et Levassor 75647 Paris Cedex 13 editions.flammarion.com styleetdesign-flammarion.com IMPRIMÉ EN ITALIE

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Prix France : 75  ISBN : 978-2-0812-9514-8

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Une vie sur mesure

et journaliste. Elle est l’auteur de plusieurs documentaires radiophoniques pour France Culture dont l’un dédié à Jean Patou en 2009 et fut commissaire de l’exposition « Christian Bérard, l’enchanteur » présentée au musée Richard-Anacréon de Granville en 2011.

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PATOU Flammarion

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Photographies francis hammond

ans les années vingt et trente, Jean Patou habille les femmes les plus élégantes. Il est le principal rival de Chanel. Leurs modes se confondent au point que l’on ne sache plus qui de Patou ou de Chanel est à l’origine du pyjama de jour, du maillot de bain ou de la petite robe noire. Décédé à l’âge de 49 ans en 1936, il ne disposera que de quinze années pour imprimer sa marque dans l’histoire de la couture. C’est pourtant dans ce temps très court, qu’il amassera une fortune colossale, ouvrira des boutiques à Paris, Deauville, Biarritz et New York, et inventera quelques-uns des parfums les plus mythiques de la planète, tels Joy et Que sais-je ?. Sa clientèle est cosmopolite, compte de nombreuses célébrités et beaucoup sont américaines comme Joséphine Baker, Louise Brooks ou l’aviatrice Ruth Elder. Pour la première fois, les héritiers de la famille Patou ont accepté d’ouvrir leurs archives privées. L’auteur, Emmanuelle Polle, a passé deux années de travail passionnantes à ouvrir boîte après boîte, carton après carton et à choisir parmi des milliers de documents, inédits pour la plupart. Signées des grands noms de la photographie des années folles (baron Adolf de Meyer, Laure Albin Guillot ou les frères Seeberger), les photographies s’ajoutent aux croquis de mode, mais aussi aux tissus, aux pièces de mobilier Art déco, aux flacons de parfum et bien entendu aux vêtements d’époque. Ainsi rassemblées, ces archives permettent de retracer l’univers de cet esthète adepte d’un certain minimalisme qu’était Jean Patou. Une redécouverte.

couverture Robe longue du soir perlée, vers 1932 (détail). 4 e de couverture Croquis de mode pour une robe de grand soir, vers 1932. Robe du soir Black and White en soie brodée d’un motif d’inspiration asiatique, 1927 (détail). Jean Patou, à l’âge de trente-six ans, New York, 1924. Mannequin portant une robe du soir Isabeau, crêpe façonné rose thé, ceinture de cuir brun, 1932.

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